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  • "C'est pas grave, l'Inde et le Pakistan, c'est loin"

    C'est loin de notre belle France, avec nos rivières, nos fleuves, nos nappes phréatiques, notre climat tempéré, notre réseau d'eau potable qui remplit nos chasse d'eaux.

    Mais oui, bien sûr. Tout va bien. 

     

    Cédric Rouleau

     

     

    "Un dôme de chaleur va avoir lieu cette semaine dans le sud de la France, et plus globalement dans le sud de l'Europe.

    Nous devrions atteindre 37°C, un record historiquement pour un mois de mai en France. Cela vient s'ajouter à une sécheresse dramatique qui a lieu depuis des mois dans notre pays, avec des agriculteurs et agricultrices à bout de nerfs.

    Je me suis fait une frayeur ce midi, j'ai regardé les infos et les chaînes d'info en continu... Devinez quels étaient les sujets ?

    - Est-ce que l'Eurovision va faire du bien aux Ukrainiens ?

    - La hausse du carburant rend les billets d'avion plus cher, c'est terrible

    - Est-ce qu'MBappé part au Réal ?

    - Le Festival de Cannes (avec ses stars qui ont une empreinte carbone 100x supérieure à ce qu'il faut qui vont vous expliquer comment respecter la planète).

    Je viens également de voir passer 3 pub différentes qui disent "qu'il faut profiter de ce super temps pour voyager en avion, avec un superbe voyage en avion pour Séville à 9€.

    Répétons-le à nouveau : les médias ne sont pas au niveau sur les enjeux écologiques. Ils continuent de la jouer #dontlookup alors que nous battons des records de chaleur partout dans le monde et que les catastrophes climatiques s'accumulent.

    le GIEC l'a rappelé dans son dernier rapport : les médias mainstream ont un rôle à jouer. Et ils ne l'assurent pas.

    Si vous voulez que cela change, soutenez les médias indépendants qui travaillent à alerter sur le sujet tous les jours et oubliez les médias traditionnaux."

     

    Canicules mortelles en Inde et au Pakistan : ce n’est que le début

     

    Bon Pote

    mai 15, 2022

    Mis à jour le 16 mai 2022

    5 commentaires

    Canicule Inde et Pakistan

    Depuis plus d’un mois maintenant, l’Inde et le Pakistan subissent des vagues de chaleur à répétition. L’Inde a enregistré la pire canicule au mois de mars depuis 122 ans, le Pakistan a atteint 51°C le 14 mai, soit la température la plus élevée enregistrée pour l’année 2022.

    Alors que plus d’un milliard de personnes sont concernées, cela n’a pas l’air de choquer grand monde en Occident, où la majorité des médias continuent d’adopter une posture Don’t Look up. Comme si le changement climatique ne concernait que ces pays lointains et qu’il n’avait aucune conséquence en France. Pis, lorsque ces canicules sont évoquées, c’est bien souvent avec des images de personnes s’amusant à la mer ou d’enfants courant dans des fontaines, tout sourire. Malheureusement, la réalité est tout autre et les conséquences sont d’ores et déjà catastrophiques.

    Canicules en Inde et au Pakistan : que se passe-t-il ?

    Qu’il fasse chaud en Inde n’a rien d’extraordinaire. Qu’il fasse très chaud et sur plusieurs semaines est une tout autre histoire. Les très fortes chaleurs ont commencé dès le 11 mars dans la partie nord de l’Inde, en raison de conditions anticycloniques sur les parties occidentales du Rajasthan et en raison de l’absence de pluie. Ce fut non seulement le mois de mars le plus chaud depuis 122 ans (selon l’IMD, le département météorologique indien), mais il fait très chaud depuis maintenant plus d’un mois, quasiment sans aucun répit.

    La vague de chaleur s’est prolongée en avril et a même été plus intense en ce début de mois de mai, avec des écarts de 4.5 à 8.5°C au-dessus de la normale. Rappelons que la définition d’une canicule change selon les pays, et les régions. L’IMD considère qu’une zone connaît une vague de chaleur si les températures maximales dépassent 40°C dans les régions de plaine, ou au moins 30°C dans les régions de montagne, pendant au moins deux jours consécutifs.

    Pour mieux comprendre l’intensité de cette vague de chaleur, voici les températures moyennes par mois en Inde depuis 1986 :

    Température moyenne haute et basse en Inde depuis 1986

    Température moyenne haute et basse en Inde depuis 1986
    Source : 
    WeatherSpark.com

    Est-ce significatif ? Sans aucun doute possible. Si cela avait été en Antarctique, 5 ou 7°C de plus est plutôt banal. Mais en Inde, de telles valeurs représentent le premier centile de la distribution. Ces vagues de chaleur sont donc exceptionnelles pour deux raisons : leur intensité, mais aussi et surtout leur durée.

    Une situation similaire au Pakistan

    Les épisodes caniculaires sont tout aussi extraordinaires au Pakistan. Le mois d’avril a été extrêmement chaud et sec, le plus chaud depuis 61 ans. D’après le Pakistan Meteorological Department, la température moyenne nationale a été de 28,36°C, soit 4,05°C de plus que la norme 1961-1990 (plus de 3°C de plus que la norme 1991-2020). C’est le mois d’avril le plus chaud jamais enregistré, avec une marge énorme : presque 1°C de plus qu’en avril 2010, le deuxième plus chaud.

    Les 12, 13 et 14 mai, la température a atteint 50 degrés à Jacobabad et des températures très proches à plusieurs endroits dans le pays. Lorsque l’on sait que dans le nord-ouest de l’Inde comme au Pakistan, la phase humide de la mousson n’arrive généralement pas avant fin juin ou mi-juillet, on ne peut qu’espérer que la température baisse dans les prochains jours…

    50 degrés au Pakistan

    Source : Scott Duncan

    Mais quelles sont exactement les conséquences de telles vagues de chaleur ?

    Conséquence 1 : le « thermomètre mouillé » (wet bulb temperature)

    Le plus redouté n’est pas la chaleur indiquée, mais la température thermomètre mouillé maximale. Elle combine la chaleur et l’humidité pour indiquer la quantité d’évaporation dans l’air. Lorsque la température au thermomètre mouillé dépasse environ 30°C, nous sommes incapables de réduire notre température par la transpiration et nous souffrons d’un coup de chaleur mortel au bout de quelques heures (généralement entre 4 et 6 heures). Que vous ayez de l’eau avec vous ne changera rien au résultat.

    Attention : c’est une notion compliquée, hétérogène, qui n’a pas la même définition selon la région dans laquelle vous l’utilisez. De plus, depuis au moins un mois, le chiffre de 35°C est avancé un peu partout dans la presse française, alors que les dernières études montrent que la létalité adviendrait plutôt autour de 31°C.

    Bien sûr, ce qui vient d’être dit est le cas pour les personnes en bonne santé. Vous pouvez avoir de graves problèmes de santé ou mourir avec une température humide moins importante. En effet, 28 degrés peuvent suffire, comme lors des canicules européennes et russes de 2003 et 2010 qui firent des dizaines de milliers de morts.

    NB1 : L’humidex est également un calcul intéressant (à ne pas confondre avec le thermomètre humide qui est une mesure via un psychromètre.)

    Le rôle de l'humidité sur l'inconfort lié à la chaleur.

    Le rôle de l’humidité sur l’inconfort lié à la chaleur.
    L’indice humidex ne prend pas en compte l’exposition de la peau au soleil ni les vents qui pourraient aider à l’évaporation. Attention : c’est un calcul, et non une mesure.
    Source : 
    Méteo-Paris.com

    NB2 : le GIEC utilise la notion de « Heat Index » (HI). Comme pour les canicules, le Heat Index diffère selon les zones géographiques (donc n’a pas une valeur internationale qui s’appliquerait partout). On retrouve dans le chapitre 12 du dernier rapport du GIEC une illustration des zones à risque, où nous retrouvons l’Inde et le Pakistan :

    (d-f) Nombre moyen de jours par an où l'indice de chaleur NOAA (HI) dépasse 41°C.
On y retrouve l'Inde et le Pakistan

    (a-c) Nombre moyen de jours par an où la température maximale dépasse 35°C ;
    (d-f) Nombre moyen de jours par an où l’indice de chaleur 
    NOAA (HI) dépasse 41°C.
    Source : Chapitre 12, AR6 WG1

    Conséquence 2 : le travail… et la santé

    Le marché du travail indien est très loin d’être adapté aux aléas climatiques présents et à venir. Sophie Landrin, correspondante pour le Monde en Inde, apporte quelques précisions sur les travailleurs lors de la canicule :

    « Au contraire, les gens continuent de travailler, malgré les conditions extrêmes, car la majorité des travailleurs ne sont pas salariés. Ils appartiennent à ce qu’on appelle le « secteur informel », sans assurance, sans contrat de travail. S’ils ne travaillent pas, ils ne sont pas indemnisés. Lors des première et deuxième vagues de Covid-19, ils avaient dû regagner leur village, malgré l’arrêt des transports, car ils ne pouvaient plus travailler, ni se loger ou se nourrir ».

    Traduisez : travaillez, ou vous n’aurez pas d’argent pour acheter votre nourriture. Travaillez, ou mourrez. Ce sont dans ces conditions que des dizaines de millions d’indiens vont travailler dans les usines, dans le bâtiment, dans les champs, etc. Ils ne peuvent pas non plus compter sur la climatisation : environ 12% de la population a accès à la climatisation, en très grande majorité les plus aisés.

    Deux conséquences majeures à cela. La première, c’est que l’Inde perd plus de 100 milliards d’heures de travail par an à cause des vagues de chaleur. C’est de très loin le pays le plus concerné par le sujet, et les chiffres anticipés par un réchauffement de +2°C ou +4°C sont vertigineux.

    L'Inde perd plus de 100 milliards d'heures de travail par an à cause des vagues de chaleur

    Les dix pays présentant les pertes de main-d’œuvre les plus importantes au cours de la journée de travail de 12 heures en raison de l’exposition à la chaleur, pondérées par la population en âge de travailler dans les industries de travaux lourds en plein air dans le présent (a moyenne 2001-2020), et avec +1 °C, +2 °C et +4 °C de réchauffement climatique supplémentaire (b-d, ΔT global).
    La somme globale de la main-d’œuvre perdue (somme des 163 pays dont les données sont disponibles) est indiquée au-dessus de chaque graphique, les chiffres autour du centre du cercle indiquent les pertes individuelles par pays, et l’épaisseur du cercle augmente à mesure que la somme globale de la main-d’œuvre perdue augmente avec le réchauffement.
    Toutes les unités sont exprimées en milliards d’heures/an.
    Source : 
    Increased labor losses and decreased adaptation potential in a warmer world

    La deuxième conséquence est bien sûr la santé des travailleurs et travailleuses. Quand vous êtes obligé(e) de travailler sous 45°C car vous n’avez pas le choix, cela vient irrémédiablement avec des effets sanitaires immédiats multiples : hyperthermie, coups de chaleur, déshydratation, diminution de la capacité cognitive, accidents, troubles psychiatriques, etc. Pour les personnes qui auront la chance de pouvoir aller à l’hôpital, il faudra ensuite espérer que les hôpitaux puissent anticiper et supporter le recours accru aux soins.

    Conséquence 3 : l’agriculture

    L’agriculture est l’un des secteurs les plus directement touchés par les canicules et les sécheresses39% de la population pakistanaise travaille dans le secteur, pour 18.5% du PIB. En Inde, plus de la moitié de la population y travaille, pour environ 23% du PIB. Outre les conséquences que ces canicules peuvent avoir sur le PIB, ce sont surtout les effets sur les cultures qui sont à craindre, dans une région du monde où beaucoup dépendent de la récolte de blé pour se nourrir. Selon les témoignages, nous trouvons des agriculteurs qui ont perdu entre 10 et 50% de leur récolte à cause de la canicule.

    Alors que les autorités indiennes avait déclaré lors du mois d’avril que le pays n’était pas au bord de l’insécurité alimentaire, le discours a totalement changé ce samedi 14 mai : « l’Inde a interdit les exportations de blé sur lesquelles le monde comptait pour atténuer les contraintes d’approvisionnement provoquées par la guerre en Ukraine, affirmant que la sécurité alimentaire du pays est menacée ».

    Javier Blas, spécialiste des matières premières chez Bloomberg, anticipe une forte inflation : « avant l’interdiction d’exporter, l’Inde devait figurer parmi les 10 premiers exportateurs de blé pour la saison 2022-23. La suppression de tout (ou partie) des exportations de blé prévues par l’Inde crée un trou massif dans l’offre et la demande mondiales. Les prix du blé vont encore augmenter, et rapidement« 

    L'Inde figure parmi les 10 plus gros exportateurs de blé au monde pour la saison à venir.

    L’Inde figure parmi les 10 plus gros exportateurs de blé au monde pour la saison à venir.
    Crédit : 
    Javier Blas

    Ces annonces, bien que soumises à conditions, rappellent qu’une décision politique peut mettre un terme à des exportations… et donc des importations d’autres pays. Des décennies de mondialisation n’ont pas préparé les pays à supporter les aléas climatiques et leurs conséquences. Que se passera-t-il si aucune décision n’est prise pour renforcer la sécurité alimentaire des pays et que le monde se réchauffe à +1.5°C, 2°C, voire 3°C ?

    Conséquence 4 : relance de la production de charbon ou blackout

    L’une des solutions les plus courantes pour supporter la chaleur de la canicule est d’allumer la climatisation. Mais cela n’est pas sans conséquences, surtout dans un pays comme l’Inde. Presque 80% du mix électrique vient d’énergies fossiles, et un peu plus de 70% du charbon. Les autorités n’ayant pas anticipé que les vagues de chaleur allaient durer aussi longtemps, la forte demande d’électricité a épuisé les stocks de charbon et les coupures de courant sont très fréquentes depuis deux mois dans le pays, parfois pour plusieurs heures. Nous ne parlons pas de quelques foyers, mais de deux tiers des foyers, soit des centaines de millions de personnes.

    A gauche, la production électrique annuelle en Inde (en TWh). A droite, le mix électrique par énergie en %.
    Source : 
    OurWorldInData.org

    Pour répondre à l’explosion de la demande d’électricité, Coal India a relancé la production à des niveaux records. Si vous avez l’image d’un serpent qui se mort la queue en tête, c’est tout à fait normal. C’est ce qu’il se passe quand on gère en catastrophe et sans planification un système électrique et plus globalement un système énergétique. On prend des décisions en urgence qui peuvent potentiellement venir aggraver le changement climatique et donc amplifier les aléas et les catastrophes climatiques.

    Conséquence 5 : les effets combinés

    L’un des risques identifié de la poursuite du réchauffement climatique, c’est que chaque région pourrait subir de façon différenciée plus d’évènements climatiques extrêmes, parfois combinés, et avec des conséquences multiples. Cela a plus de chance d’arriver avec un réchauffement à +2°C que 1,5°C (et d’autant plus avec des niveaux de réchauffement supplémentaires). Traduisez « combinés » par ‘plusieurs en même temps’ (canicule, suivi de mégafeux par exemple, comme au Canada en juin 2021).

    Il est arrivé plusieurs cas similaires au Pakistan depuis deux mois. Avec la canicule, les glaciers fondent beaucoup plus vite que prévu et peuvent mener à des effets en cascade. C’est ce qu’il s’est passé avec plusieurs ruptures de lacs glaciaires, dont celui qui était sur le glacier Shisper.

    C’est une zone surveillée par les scientifiques car ces inondations brutales peuvent non seulement avoir des conséquences économiques et sociales, mais aussi mortelles, avec des milliers de personnes risquant d’être prises dans des crues.

    L’une des autres conséquences est l’augmentation du nombre de mégafeux. Selon le Forest Survey of India, les dernières années ont observé une augmentation du nombre de mégafeux, et 2022 ne fera pas exception. Ces feux ont provoqué des dizaines d’incendies agricoles, où les cultures de blé ont été détruites. Une partie des forêts de la fameuse « compensation carbone » sont également parties en fumée dans le nord du pays. Un bon rappel pour les entreprises et Etats qui souhaitent ne rien changer et planter des arbres pour compenser : cela ne suffira pas.

    Est-ce que c’est de la faute du changement climatique ?

    La question qui revient toujours : est-ce la faute du changement climatique ? En lisant les réactions depuis plus d’un mois, la mauvaise nouvelle c’est qu’il y a des climatosceptiques dans tous les pays qui viennent vous expliquer que cela n’a rien à voir et que des canicules et des sécheresses, il y en a toujours eu.

    L’équipe du World Weather Attribution (WWA) devrait rendre son rapport définitif dans les deux semaines pour savoir si les canicules sont bien la conséquence du changement climatique anthropique. Mais que cela soit attribué de façon certaine ou non, nous savons qu’il y a déjà un réchauffement climatique d’origine humaine qui rend les canicules plus fréquentes et plus intenses. Cela ne fait aucun doute, c’est documenté dans plusieurs rapports, dont le dernier rapport du GIEC.

    A quel point ces canicules ont été mortelles ?

    C’est la question la plus difficile qui soit sur le sujet des canicules : à quel point sont-elles mortelles. Tout d’abord, il est important de se rappeler que la météorologie d’une vague de chaleur ne détermine pas son impact. De nombreux facteurs socio-économiques influenceront les perturbations causées par une canicule, notamment la densité de population, les conditions de logement et les systèmes d’alerte précoce.

    A l’instar de la canicule de 2003 en France, cela peut prendre des années avant d’avoir une estimation finale et fiable. C’est d’autant plus le cas pour des pays comme l’Inde et le Pakistan, où nous manquons de chiffres officiels pour évaluer le nombre de morts. Concernant la fiabilité des annonces du gouvernement indien, je n’ai personnellement pas une très grande confiance. Un exemple ? L’Organisation mondiale de la santé estime qu’au moins 4 millions d’Indiens sont morts de la Covid, bien au-delà du chiffre officiel d’un peu moins de 524 000 morts. Sans surprise, le gouvernement de Modi conteste ces chiffres…

    Dans le cas des canicules actuelles, il est extrêmement difficile d’obtenir des chiffres fiables. Le gouvernement indien a officiellement reconnu une dizaine de morts, certains journaux indiens des dizaines, la presse internationale entre quelques dizaines et centaines… et parfois sans aucune source !

    Autre difficulté à prendre compte : l’Inde ne compte parmi les décès dus aux coups de chaleur que les décès médicalement certifiés.

    Morts directement causées par une canicule en Inde, de 1970 à 2019
    Source : Factly, 
    Envistats 2022

    Même si la dernière décennie a enregistré un nombre records de morts à cause des canicules, il y a tout de même une meilleure gestion des canicules depuis 2015 (plus de 2000 morts), ce qui vient atténuer le nombre potentiels de morts. Mais cela ne veut absolument rien dire de l’avenir, et le nombre de morts dépendra grandement des actions prises par le gouvernement indien en termes de prévention et d’adaptation aux canicules.

    L’Inde pourra-t-elle toujours s’adapter aux canicules à venir ?

    Avant de conclure, il est intéressant de voir ce à quoi l’Inde peut s’attendre, en fonction du réchauffement mondial à venir.

    Premièrement, l’Inde n’est qu’à +1 degré de réchauffement aujourd’hui (+1.1°C à l’échelle mondiale, +1.8°C pour la France). Sur la trajectoire actuelle de nos émissions (SSP2-4.5), l’Inde se dirige vers un réchauffement d’environ 3,5°C d’ici la fin du siècle, et environ +2°C d’ici 2040.

    Source : BerkeleyEarth.org

    Sauf miracle, la Terre va continuer à se réchauffer lors des (au moins) deux prochaines décennies. Dans la mesure où les canicules actuelles testent déjà les limites physiologiques des Indiens et Pakistanais, il sera important de suivre les décisions politiques d’atténuation et d’adaptation aux aléas climatiques. Les décisions prises aujourd’hui par les deux gouvernements ne sont pas à la hauteur des enjeux.

    Il est cependant important de se souvenir que l’Inde et le Pakistan payent les décisions égoïstes des pays du Nord, qui sont historiquement responsables du changement climatique. Le GIEC l’a rappelé dans le 2e volet sur l’adaptation : « Les limites « strictes » de l’adaptation ont été atteintes dans certains écosystèmes (confiance élevée). Avec l’augmentation du réchauffement climatique, les pertes et les dommages vont augmenter et d’autres systèmes humains et naturels atteindront les limites de l’adaptation (confiance élevée)« . En d’autres termes : des populations ne pourront plus s’adapter, et devront migrer, ou mourir.

    Carte exprimant les différentes vulnérabilités, basées sur les moyennes nationales. Cette carte ne montre pas les différences à l’échelle locale. C’est pourquoi vous retrouvez sous la carte quelques exemples de populations vulnérables.
    Source : Figure TS.7 du 6eme rapport du GIEC, groupe 2

    Le mot de la fin

    On ne peut être plus clair que Christophe Cassou, auteur principal du dernier rapport du GIEC, lorsqu’il déclare que « nous vivons un avant-goût de notre futur climatique. Pour que l’exceptionnel ne devienne pas la norme, il faut réduire nos émissions de gaz a effet de serre de manière immédiate, soutenue dans le temps et dans tous les secteurs… Pas dans 3 ans, maintenant !« 

    En plus de la baisse des émissions, l’adaptation jouera un rôle absolument central lors des prochaines années et décennies à venir. Il est trop tard pour penser que l’atténuation des émissions puisse suffire. Mais cela ne doit pas faire oublier le très fort sentiment d’injustice climatique de ce qui arrive actuellement en Inde et au Pakistan. C’est ce que rappelle Chandni Singh , autrice principale du dernier rapport du GIEC : « les émetteurs historiques de gaz à effet de serre doivent redoubler d’efforts car, dans des pays comme l’Inde et le Pakistan, nous atteignons réellement les limites de l’adaptation à la chaleur« . Rappelons que l’Inde représente à peine 3% des émissions historiques, et le Pakistan moins d’1%. Ces pays payent et paieront entre autres les excès des pays du Nord, ainsi que les décisions égoïstes et socialement injustes de leurs dirigeants respectifs.

    J’aimerais conclure cet article par une question. Je n’ai pas l’impression qu’une majorité de Françaises et Français se rendent compte que nous sommes en train de rendre des régions du monde d’ores et déjà inhabitables, alors que nous ne sommes qu’à +1.1°C de réchauffement mondial. Voulez-vous vraiment voir à quoi ressemble un monde à +2°C ?

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  • La Matrice

     

     

    "La Matrice, Elle est le Monde, qu'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité."

    Oui, ok, mais combien sont-ils à être ravis que ce "on" prenne soin d'entretenir la Matrice et de leur y laisser une place. Tout le problème est là. Nous ne pouvons pas grand-chose dès lors que la masse contribue par son adhésion volontaire à la Matrice. Il n'est même pas nécessaire que le "on" fasse preuve de contraintes violentes puisque l'adhésion est déjà considérablement puissante. C'est la masse elle-même qui donne son pouvoir au "on". Il faudrait donc comprendre pour quelle raison la masse est heureuse de contribuer au maintien de la Matrice. A mon sens la raison essentielle, c'est que la Matrice use de l'identification de chacun à l'ego. "Je suis" blanc, noir, riche, pauvre, célèbre, inconnu, je suis, je suis..." Et l'objectif est d'être toujours mieux que ce "je suis" et d'atteindre un "je suis" plus puissant, plus heureux, plus comblé. Et la Matrice est là pour donner à croire que c'est possible, que le travail est récompensé, que la consommation est un critère de valeur, que la compétition est une donnée naturelle, le fameux "struggle for life", le combat que la Matrice légifère. Alan Watson parlait de "l'ego encapsulé". Voilà ce dont la Matrice se sert. Le "je suis". Alors que dans la vérité, dans le monde réel, "je" n'est rien d'autre qu'une particule du Tout. Si la planète est dans cet état, c'est parce que la notion du Tout a été effacé de l'esprit des "je". L'humanité est une utopie. Elle n'est qu'un conglomérat d'individus. Au grand bonheur de la Matrice. 

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    Morpheus : Te voilà enfin. Bienvenue, Néo. Comme tu as du le deviner, je suis Morpheus.
    Neo : Très honoré de te voir enfin.
    Morpheus : Non, tout l'honneur est pour moi. Par ici, viens, assieds-toi..
    Je suppose que pour l'instant tu te sens un peu comme Alice, tombée dans le terrier du lapin blanc.
    Neo : On pourrait dire ça.
    Morpheus : Je le lis dans ton regard..
    Tu as le regard d'un homme prêt à croire ce qu'il voit parce qu'il s'attend à s'éveiller à tout moment.
    Et paradoxalement, ce n'est pas tout à fait faux..
    Crois-tu en la destinée Néo ?
    Neo : Non.
    Morpheus : Et pourquoi ?
    Neo : Parce que je n'aime pas l'idée de ne pas être aux commandes de ma vie.
    Morpheus : Bien sur, et je suis fait pour te comprendre..
    Je vais te dire pourquoi tu es là.
    Tu es là parce que tu as un savoir.
    Un savoir que tu ne t'expliques pas, qui t'habites.
    Un savoir que tu as ressenti toute ta vie.
    Tu sais que le monde ne tourne pas rond sans comprendre pourquoi, mais tu le sais.
    Comme un implant dans ton esprit.
    De quoi te rendre malade. C'est ce sentiment qui t'a amené jusqu'à moi..
    Sais-tu exactement de quoi je parle ?
    Neo : De la Matrice ?
    Morpheus : Est-ce que tu veux également savoir ce qu'elle est ?
    Neo : Oui.
    Morpheus : La Matrice est universelle, elle est omniprésente.
    Elle est avec nous, ici, en ce moment même.
    Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre ou lorsque tu allumes la télévision.
    Tu ressens sa présence quand tu pars au travail, quand tu vas à l'église, ou quand tu paies tes factures.
    Elle est le Monde, qu'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité.
    Neo : Quelle vérité ?
    Morpheus : Le fait que tu es un esclave, Néo.
    Comme tous les autres, tu es né enchaîné.
    Le monde est une prison où il n'y a ni espoir, ni saveur, ni odeur.
    Une prison pour ton esprit..
    Et il faut que tu saches que malheureusement, si tu veux découvrir ce qu'est la Matrice.. tu devras l'explorer toi-même..
    C'est là ta dernière chance, tu ne pourras plus faire marche arrière.
    Choisis la pilule bleue, et tout s'arrête.
    Après tu pourras faire de beaux rêves, et penser ce que tu veux.
    Choisis la pilule rouge, et tu restes au Pays des Merveilles.. et on descend avec le Lapin Blanc au fond du gouffre..
    N'oublies pas, je ne t'offres que la vérité, rien de plus.

  • Les lynx

    Une rencontre magnifique. 

     

    RÉCIT. "En compagnie de six lynx, dans les secrets des bois, j'ai vécu cinq jours exceptionnels"

     

    Publié le 07/05/2022 à 08h00

    Écrit par Jean-Stéphane Maurice

    Ce cliché restera pour la photographe un moment absolument bouleversant d'émotion. Le père de famille est venu présenter ses trois petits très curieux. Totalement immobile, ce sont eux qui sont venus vers elle, preuve d'une totale acceptation de sa discrète présence.

    Ce cliché restera pour la photographe un moment absolument bouleversant d'émotion. Le père de famille est venu présenter ses trois petits très curieux. Totalement immobile, ce sont eux qui sont venus vers elle, preuve d'une totale acceptation de sa discrète présence. • © Véronique Frochot

    Haut-Jura

    Jura

    Haut-Doubs

    Doubs

    Franche-Comté

    Bourgogne-Franche-Comté

    C'est une histoire magnifique qu'a vécu Véronique Frochot, photographe naturaliste en Franche-Comté. Lors d'une de ses balades matinales en forêt, elle est tombée par le plus grand des hasards sur une famille de lynx. Après avoir rencontré un couple totalement paisible, elle était loin d'imaginer qu'elle pourrait les revoir durant près d'une semaine. Le moment le plus intense en émotion a été pour elle la présentation de trois jeunes par les adultes. Un moment rarissime réalisé dans le plus grand respect de l'animal.

    Durant plusieurs semaines, Véronique Frochot n'a pas voulu évoquer cette magnifique rencontre qui l'a marqué à jamais. Une partie d'elle avait besoin de savourer l'instant, de le comprendre, de redescendre de sa forêt qui était devenue pour elle comme un lieu enchanté. Sa crainte a aussi été qu'on ne la croit pas, malgré ses nombreux clichés, ou qu'elle soit jugée par des gens qui ne connaissent pas l'animal mais qui pensent savoir. Finalement, pour tous les amoureux de la nature qui sont fiers d'avoir le lynx comme symbole de notre région, elle a accepté de confier son récit à Naturae, la page dédiée à la nature et à la faune sauvage de France 3 Franche-Comté.

    Pour cette photographe très discrète, se confondre avec la nature environnante est primordial pour observer la faune sauvage.

    Pour cette photographe très discrète, se confondre avec la nature environnante est primordial pour observer la faune sauvage. • © Jean-Stéphane Maurice - Naturae France Télévisions

    Originaire de Dijon, Véronique Frochot a toujours vécu en communion avec la nature. Dès son plus jeune âge, ses parents lui ont inculqué ce respect de la forêt et de ses habitants comme les majestueux cervidés. Après avoir pratiqué la peinture, elle découvre la photographie qui lui permet de sortir de son atelier. Une passion qui ne la quitte plus.

    Jour 1 : la rencontre avec un couple de lynx dans le massif du Jura

    L'hiver est encore bien présent dans le massif du Jura perdu dans les lueurs de brume. Comme la plupart des matins du monde, Véronique part à la rencontre d'une nature encore endormie dans la pénombre d'une fine pluie. Comme à chacune de ses sorties, la photographe ne cherche rien. Elle espère juste une rencontre. Une biche, un renard, une chouette chevêchette feraient son bonheur. Forcément, elle a conscience qu'elle pourrait comme l'an dernier rencontrer un lynx, mais elle se refuse à ce que cela devienne pour elle une quête, ou un objet de convoitise. Elle laisse une place au hasard et à la découverte. Pourtant, elle ne se doute pas que ce matin-là, sa vie de photographe naturaliste va être bouleversée, au détour d'un chemin.

    La première vision de la photographe est un lynx qui se tient dos à elle.

    La première vision de la photographe est un lynx qui se tient dos à elle. • © Véronique Frochot

    Alors que je monte tranquillement par un sentier l'esprit perdu à contempler cette beauté, je relève la tête et j'aperçois une silhouette de dos qui se glisse derrière un rocher. La vision fut très furtive, mais je sens mon cœur s'accélérer.

    Véronique Frochot, photographe naturaliste

    "À pas feutrés, je contourne la butte afin de voir si je n'ai pas rêvé. Dans le plus grand silence, mon regard croise celui d'un lynx. Mes yeux ne m'avaient pas trahi et une profonde émotion m'envahit. Je réalise alors que ce n'est pas un lynx, mais deux qui se tiennent tranquillement devant moi. Un mâle et une femelle en aucun cas dérangés par ma présence" raconte avec encore beaucoup d'émotion la photographe. 

    Le couple de lynx reste une trentaine de minutes avec la photographe. Un moment fort en émotions.

    Le couple de lynx reste une trentaine de minutes avec la photographe. Un moment fort en émotions. • © Véronique Frochot

    Rencontrer un lynx reste une émotion indescriptible pour une amoureuse de la nature.  Alors, lorsque deux adultes se tiennent devant elle, ce sont beaucoup de larmes de joie qui coulent le long du tissu qui camoufle son visage.

    " Après une trentaine de minutes en leur compagnie, le mâle se lève pour quitter la scène où m'a été offert un magnifique spectacle.  La lynxette me regarde, mais entre lui et moi, son choix est vite fait. Je sais que je suis très chanceuse, mais j'ai tout de même un peu de frustration. J'aurais aimé que cela dure plus longtemps, et même si je sais que je ne les ai pas dérangés, je préfère toujours partir que de les regarder partir".  Véronique est radieuse en finissant le récit de cette première journée. Elle est certaine que c'est la femelle qu'elle a déjà observée l'an passé. C'était pour elle comme des retrouvailles, mais elle ne se doutait pas à ce moment-là, qu'il y aurait une suite.  

    Jour 2 : "Des petites têtes me regardent avec curiosité sur leur rocher"

    Le lendemain de cette merveilleuse rencontre, Véronique décide, sans trop y croire, de retourner au même endroit. Quoiqu'il arrive, elle revivra en souvenir cet instant partagé. Car croiser le seigneur de nos forêts n'arrive pas tous les jours, surtout s'ils sont deux.  

    "Après 30 minutes de marche, je retrouve cet endroit qui m'est devenu familier. Je scrute la scène où s'est joué le premier acte. C'est à peine croyable ! Je réalise que deux petites têtes me regardent avec curiosité sur leur rocher. Ce sont à nouveau des larmes d'émotion qui m'envahissent. Délicatement, je m'allonge au sol et sans les déranger, je commence à prendre quelques clichés. Tout à coup, une silhouette allongée dans les feuilles bouge la tête. Naturellement camouflée, je n'avais même pas remarqué ce lynx adulte tellement il était discret à dormir sans aucune crainte" souligne Véronique.

    Aucunement dérangé par la présence de la photographe, le lynx se repose en toute quiétude.

    Aucunement dérangé par la présence de la photographe, le lynx se repose en toute quiétude. • © Véronique Frochot

    Je découvre avec étonnement que les petits lynx sont accompagnés de leur père.

    Véronique Frochot, photographe naturaliste

    Les gestes affectueux et les frottements de tête ne laissent que peu de doutes sur les liens familiaux qui les unissent. Mais pourtant, les surprises ne s'arrêtent pas là. Tapis dans la végétation, avec son appareil photo, elle n'ose plus bouger de peur de déranger les petits. "Et là, à ma très grande surprise, je réalise qu'il y a un troisième petit lynx qui me regarde tout aussi intrigué. Le spectacle est d'une grande simplicité, mais il reste pour moi fascinant".

    Les trois jeunes lynx regardent avec curiosité la photographe. Aucune crainte n'est perceptible chez eux.

    Les trois jeunes lynx regardent avec curiosité la photographe. Aucune crainte n'est perceptible chez eux. • © Véronique Frochot

    Cette fratrie de trois petits accompagnés de leur papa a totalement accepté la photographe dans leur environnement. "Je les observe vivre tranquillement leur vie. Les jeunes s'amusent à jouer à cache-cache avec moi. Ils me regardent, disparaissent derrière un rocher et par magie, réapparaissent à coté d'un arbre. À chaque fois, je distingue ce même regard d'ambre fascinant et maquillé d'un liseré blanc qui en accentue l'intensité" se remémore Véronique.

    Le lynx adulte observe la tranquillement la photographe après sa sieste. En aucun cas, il ne montre d'inquiétude. Véronique a le sentiment d'avoir été adoptée et de ne jamais les avoir dérangés.

    Le lynx adulte observe la tranquillement la photographe après sa sieste. En aucun cas, il ne montre d'inquiétude. Véronique a le sentiment d'avoir été adoptée et de ne jamais les avoir dérangés. • © Véronique Frochot

    Mis en confiance par le réveil de leur père, les trois jeunes lynx se montrent alors plus entreprenants. Ils décident de s'approcher de la photographe. À la très grande surprise de Véronique, loin de les en dissuader, le père accompagne ses petits dans ce rapprochement absolument bouleversant. "Les quatre lynx se retrouvent face à moi, sur une magnifique dalle rocheuse recouverte d'une mousse épaisse. Le cadre est sublime, et ils ne sont qu'à une vingtaine de mètres de moi. Ils m'observent et je n'ose plus bouger. Je réalise au bout d'une dizaine de minutes que je fais partie de leur décor et que je ne les dérange absolument pas. Les petits curieux m'ignorent rapidement et retournent à leur vie. Je peux reprendre quelques clichés de cet instant absolument unique" m'explique Véronique, la voix encore pleine d'émotions.

    Tranquillement, les jeunes lynx reprennent leurs occupations. Cependant, ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder régulièrement en direction de la photographe comme pour s'assurer qu'elle était toujours bien là.

    Tranquillement, les jeunes lynx reprennent leurs occupations. Cependant, ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder régulièrement en direction de la photographe comme pour s'assurer qu'elle était toujours bien là. • © Véronique Frochot

    Après sept heures au milieu de cette famille, il est temps pour moi de partir.

    Véronique Frochot, photographe naturaliste

    Véronique a déjà rencontré le félin, symbole du massif jurassien. Mais elle n'aurait jamais imaginé vivre ainsi en communion avec quatre individus alors qu'il est si rare d'en croiser, ne serait-ce qu'un seul. "Ces instants partagés ensemble sans aucun soupçon de dérangement ou d'inquiétude de leur part, dépassent très largement ce que j'aurais pu espérer vivre un jour avec un lynx. Je réalise alors que nous sommes ensemble depuis près de sept heures et qu'il est temps pour moi de m'en aller. 

    Je me lève avec d'infinies précautions et leur tourne immédiatement le dos. Je ne veux pas qu'ils croient que je cherche à m'approcher, mais que je quitte la scène de ce spectacle qui restera unique pour moi. Ce choix de les quitter et le plus grand respect que je puisse avoir pour eux après ce qu'ils m'ont donné.

    Durant cette rencontre incroyable, Véronique en profite également pour faire quelques vidéos.

    La photographe entame sa redescente dans la plus grande discrétion. A bonne distance, elle décide de doucement tourner la tête pour s'assurer que son départ se passe bien. Quelle surprise alors pour elle. Les quatre lynx l'observent... comme s'ils étaient déçus de la voir partir. 

    Jour 3 : Une nouvelle journée avec eux, est-ce trop en demander ?

    Après une journée de travail, rien de tel pour Véronique Frochot que de retrouver la nature pour se détendre. Inconsciemment, elle espère une nouvelle rencontre mais elle ne veut pas trop en demander à sa bonne étoile qui l'a déjà très largement gâtée.  Faut-il croire aux miracles lorsqu'on est photographe naturaliste ? Véronique n'est pas loin de le croire. Après 30 minutes de marche, il est là, seul cette fois, à l'attendre sur son rocher. 

    La photographe retrouve le lynx adulte sur son rocher. Il est seul cette fois car le reste de la famille est resté un peu à l'écart.

    La photographe retrouve le lynx adulte sur son rocher. Il est seul cette fois car le reste de la famille est resté un peu à l'écart. • © Véronique Frochot

    Comme à chaque rencontre, Véronique se fige, immobile et s'allonge très lentement au sol afin de se montrer la plus discrète possible. Fondue dans le paysage environnant, elle a ce sentiment étonnant d'invisibilité. Mais le félin, avec son œil de lynx, sait depuis longtemps qu'elle est là. 

    Allongée dans la végétation, la photographe peut se confondre avec une souche d'arbre.

    Allongée dans la végétation, la photographe peut se confondre avec une souche d'arbre. • © Jean-Stéphane Maurice - Naturae France Télévisions

    "La montée de larmes a toujours fait partie de mes rencontres avec les lynx. Je ne veux pas chercher à contrôler ces émotions très fortes. Je réalise alors en photographiant ce magnifique mâle adulte que je ne pleure plus comme les deux premiers jours. Il ne faudrait pas que je m'habitue à ces rencontres qui doivent rester exceptionnelles" explique la photographe.

    Jour 4 : Juste observer et profiter de l'instant

    Pour la quatrième journée de suite, Véronique Frochot reprend la direction de ses lieux d'affûts devenus si exceptionnels pour elle. Elle travaille dans le domaine du bien-être à mi-temps en Suisse. Elle sait combien il est vital pour elle de communier avec la nature chaque jour pour avancer et se sentir équilibrée. Cette sortie en forêt est très agréable, mais elle ne croise aucun animal. Peu importe, la photographe retrouve finalement le chemin d'une certaine normalité et se réjouit de cet instant de sérénité qu'elle vient de vivre après sa journée de travail. Elle se remémore alors tous les instants passés en compagnie de cette famille de lynx.

    Le lynx observe la photographe. Un sentiment de sérénité et de plénitude se dégage de son attitude.

    Le lynx observe la photographe. Un sentiment de sérénité et de plénitude se dégage de son attitude. • © Véronique Frochot

    Sur le chemin du retour, elle aperçoit au loin des silhouettes dans un pierrier. Elle reconnaît immédiatement les trois jeunes lynx. "Cette fois-là, je vais juste profiter des lynx. Les photos n'auraient pas grand intérêt à cause de la distance. Je vais donc me contenter de simplement les regarder et de profiter de l'instant" se souvient la photographe.

    Jour 5 : Un regard avant de partir sans savoir que cela sera le dernier

    De nouveau en balade avec son appareil reflex, la photographe ne veut plus imaginer qu'une rencontre est encore possible. Certes, la veille, elle les a plutôt regardés que photographiés, mais ils étaient bien là, encore une fois. La situation est devenue tellement exceptionnelle pour elle. "Je ne le sais pas encore, mais ce cinquième jour sera celui de la dernière rencontre avec cette famille de lynx. Je retourne en direction du pierrier où, la veille, j'avais vu les jeunes au loin. Stupéfaction ! Cette fois, ils sont beaucoup plus près et accompagnés de leur mère. Celle-ci a les pattes croisées. Mélange d'élégance et de noblesse, elle semble me toiser, pauvre humain que je suis" me raconte Véronique en souriant.

    La mère et ses trois petits (un seul visible sur la photo) profitent des rayons du soleil.

    La mère et ses trois petits (un seul visible sur la photo) profitent des rayons du soleil. • © Véronique Frochot

    Il est maintenant temps pour Véronique Frochot de quitter cette famille qui l'a adoptée. "Un regard avant de partir sans savoir que cela le dernier, mais j'ai vécu des émotions tellement fortes avec ses six lynx durant cinq jours qu'il me semble à peine croyable de pouvoir le raconter. Et si je vous dis six lynx et non pas cinq, c'est parce que j'ai réalisé en observant mes clichés que le mâle rencontré le premier jour avec la femelle n'était pas le même que celui avec les petits" m'explique la photographe. Peut-être un amant égaré dans cette forêt pleine de secrets…

    Une centaine de lynx boréal dans le massif du Jura

    Le massif du Jura est le territoire du lynx boréal. Les spécialistes estiment sa population à une centaine d'individus en France (prés de 200 individus avec la Suisse). C'est le secteur où il est le plus présent en France. On retrouve également quelques lynx dans les Vosges et les Alpes. 

    Le lynx vous voit toujours avant que vous ne le voyiez. Mais rassurez-vous, il n'y a aucun risque d'attaque si vous le croisez lors de vos promenades.

    Le lynx vous voit toujours avant que vous ne le voyiez. Mais rassurez-vous, il n'y a aucun risque d'attaque si vous le croisez lors de vos promenades. • © Véronique Frochot

    Un félin menacé d'extinction en France

    Le premier plan national pour protéger le lynx boréal, disparu en France au début du XXe siècle avant d'être réintroduit, a été publié mi-mars. Il vise à "rétablir l'espèce dans un bon état de conservation". Ce plan national porte sur la période 2022-2026 et vise à mieux protéger le plus grand félin sauvage présent en Europe et qui reste menacé d'extinction en France.

    Saurez-vous retrouver tous les lynx sur cette photo ? Elle illustre parfaitement combien il peut être parfois difficile de les apercevoir.

    Saurez-vous retrouver tous les lynx sur cette photo ? Elle illustre parfaitement combien il peut être parfois difficile de les apercevoir. • © Véronique Frochot

    Le lynx n'est pas un animal farouche quand il croise la route de l'homme. C'est lui qui va décider s'il vous tolère ou non en fonction de son humeur. Il est finalement assez proche du chat dans son caractère. Les lynx sont régulièrement victimes de collision routière, parfois de braconnage. Certains voient dans le prédateur un concurrent simplement parce qu'il se nourrit d'un chevreuil par semaine. Si la population semble stabilisée, elle reste néanmoins très fragile. Le lynx fait la fierté des Jurassiens et il convient à chacun de nous de le protéger. 

  • Jon Hopkins et Ram Dass

     

    J'aime infiniment les compositions de Jon Hopkins et j'aime tout autant les écrits de Ram Dass. 

     

     

    Sit Around The Fire

     

    Beyond all polarities, I am
    Let the judgments and opinions of the mind
    Be judgments and opinions of the mind
    And you exist behind that

    Ah so, ah so
    It's really time for you to see through
    The absurdity of your own predicament
    You aren't who you thought you were
    You just aren't that person

    And in this very lifetime
    You can know it
    Right now
    The real work you have to do
    Is in the privacy of your own heart

    All of the external forms are lovely
    But the real work
    Is your inner connection

    If you're quiet when you meditate
    If you truly open your heart
    Just quiet your mind
    Open your heart
    Quite the mind, open the heart

    How do you quiet the mind? You meditate
    How do you open the heart?
    You start to love that which you can love
    And just keep expanding it

    You love a tree
    You love a river
    You love a leaf
    You love a flower
    You love a cat
    You love a human

    But go deeper and deeper into that love
    'Til you love that
    Which is the source of the light behind all of it
    Behind all of it
    You don't worship the gate
    You go into the inner temple

    Everything in you that you don't need
    You can let go of
    You don't need loneliness
    For you couldn't possibly be alone
    You don't need greed
    Because you already have it all
    You don't need doubt
    Because you already know

    The confusion is saying
    "I don't know"
    But the minute you are quiet
    You find out that in truth you do know
    For in you, you know
    Plane after plane will open to you
    I want to know who I really am

    As if in each of us
    There once was a fire
    And for some of us
    There seem as if there are only ashes now
    But when we dig in the ashes
    We find one ember

    And very gently we fan that ember
    Blow on it, it gets brighter
    And from that ember we rebuild the fire
    Only thing that's important is that ember

    That's what you and I are here to celebrate
    That though we've lived our life totally involved in the world
    We know
    We know that we're of the spirit

    The ember gets stronger
    Flame starts to flicker a bit
    And pretty soon you realize that all we're going to do for eternity
    Is sit around the fire

     

     

     

  • IL FAUDRA BEAUCOUP D'AMOUR : L'entraide

    IL FAUDRA BEAUCOUP D'AMOUR

    Page 166/167

    Tristan avait pris son poste de veille à 22 heures. Dans le dernier virage avant l’arrivée sur le plateau. David occupait le deuxième poste cent mètres plus haut. Fusil, cartouches, poignard, cocktail-molotov, radio, thermos, lampe frontale, un duvet.

    L’attente.

    Peut-être rien. Peut-être le pire. La conscience aiguë de la survie du groupe.

    Tristan avait vérifié le fonctionnement de sa radio en appelant David puis il avait installé ses affaires. Tout à portée de main. Il avait laissé le duvet dans son sac. La nuit était douce, ciel étoilé. L’idée de garder une radio dans le hameau pour prévenir d’une attaque avait été abandonnée. Si une attaque avait lieu, les coups de feu suffiraient à réveiller le groupe. Il était préférable que les guetteurs puissent communiquer entre eux. La maison de Sophie et Tristan avait été choisie pour accueillir l’ensemble de la communauté pendant les nuits. Il était essentiel que le groupe soit réactif. Pas de dispersion dans les diverses habitations. Les décisions devaient être immédiates, sans problème de communication. Il avait fallu aménager les pièces, enlever des meubles pour installer des couchages. Quatre couples à loger Martha avait demandé à rester avec Tian et Louna.

    Poste de guet en pierres sèches, au sommet de la pente qui dominait la piste, cinq mètres en contrebas. Pendant la construction, ils s’étaient tous appliqués à penser au confort. Si tant est qu’on pouvait parler ainsi. Des pierres plates en assise et pour le dos, le corps tourné vers la piste. Un châssis en bois supportant deux tôles. Les pluies étaient rares mais souvent intenses. Il s’agissait de tenir quatre heures, aux aguets. Des assaillants viendraient sans doute avec des véhicules, comme chez les Teillard mais ils pouvaient aussi les laisser plus bas et finir à pied. Il fallait rester vigilant, guetter le moindre bruit de pas sur les pierres de la piste, une lampe frontale, des voix.

    Une chouette au loin, pas de vent. La lune en phase ascendante, juste un croissant. Clarté limpide.

    Tristan se doutait bien qu’ils auraient tous à vivre des nuits bien plus rudes.

    Il se leva pour uriner, s’écarta de quelques mètres puis il décida de pousser jusqu’au point de vue, un promontoire qui dominait l’étendue forestière. Si la piste n’avait pas filé en ligne droite pendant un kilomètre pour bifurquer bien plus bas, il aurait pu voir les phares d’éventuels véhicules. Mais sous lui, s’étendait uniquement un espace sauvage, parcouru par les sentes animales. Avant que le monde ne s’éteigne, on pouvait voir les lumières des villes en fond de vallée. Maintenant, la nuit n’avait plus aucune blessure. Pas un seul point lumineux sur tout l’horizon. À vol d’oiseau, Alès devait être à vingt kilomètres. Tristan imagina la ville dans l’obscurité. Comment les habitants se débrouillaient-ils sans courant ? Plus d’eau potable dans les robinets, plus de nourriture dans les magasins, plus de soins dans les hôpitaux. Les forces de l’ordre étaient-elles encore en état d’intervenir ou la loi du plus fort était-elle devenue la norme ? L’entraide, la solidarité, le partage, l’attention aux autres. Que restait-il de ce qui avait permis à l’espèce humaine de se développer alors qu’elle avait représenté pendant des millénaires une proie de choix ? Il se souvenait d’un livre de Kropotkine sur cette entraide. Loin des théories de Darwin et du combat pour la vie, de la sélection naturelle à l’avantage du plus fort, Kropotkine considérait que l’entraide avait eu un rôle considérable dans le maintien et le développement des communautés, qu’elles soient animales ou humaines. Le chaos permettrait-il aux humains de redécouvrir ce que la vie moderne avait effacé ? Non pas juste, le coup de main aux membres de la famille ou aux amis proches, mais un mouvement de masse, un comportement universel. Les villes regorgeaient-elles désormais d’individualistes acharnés ou baignaient-elles dans un amour inconditionnel de l’autre ? Ou était-ce le mélange des deux ? Et qui avaient le plus de chances de l’emporter ?

    Lui vint alors l’image de Jean et Delphine. Et la tristesse de Martha.

    Il retourna à son poste de guet.

     

     


    De la dépendance à l'entraide

    L'entraide

     

    Kropotkine : l'entraide, facteur d'évolution

     

    14 MARS 2018

    par Emmanuel Daniel / Reporterre

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    Article paru le 17 février 2018 sur 
    Reporterre

    Et si l’homme n’était pas un loup pour l’homme ? Et si la loi du plus fort n’était pas la loi de l’évolution ? Et si l’entraide en était le vrai moteur ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles répond « L’Entraide », le livre majeur du penseur anarchiste russe Pierre Kropotkine.

    L’entraide, facteur d’évolution. Avec un titre pareil, on pourrait s’attendre à un bouquin ennuyeux comme la pluie, réservé aux personnes qui connaissent par cœur le nom des plantes et des animaux en latin. Pourtant, ce livre de Pierre Kropotkine, prince russe, géographe et théoricien de l’anarchisme, est un livre accessible, stimulant et combatif.

    Paru en 1902, il vient tordre le cou à la pensée, majoritaire à son époque (et toujours aujourd’hui), selon laquelle le règne animal est une arène où il faut vaincre ou mourir, une jungle où la seule règle qui compte est la loi du plus fort. Kropotkine ne nie pas l’existence de la compétition, notamment entre les espèces, mais contrairement aux darwinistes, il lui dénie son caractère systématique et son rôle central dans l’évolution.

    Et il multiplie les exemples pour étayer sa position : des fourmis qui partagent la nourriture à demi digérée à tout membre qui en fait la demande ; des chevaux qui, pendant le blizzard, se collent les uns aux autres pour se protéger du froid ; des pélicans qui, chaque jour, parcourent 45 km pour aller nourrir un des leurs aveugle ; des abeilles qui, grâce au travail en commun, « multiplient leurs forces individuelles [et…] parviennent à un niveau de bien-être et de sécurité qu’aucun animal isolé ne peut atteindre ».  Partout ou presque où Kropotkine a pu jeter son regard, il y a trouvé de la coopération. Même des animaux aussi belliqueux que les rats s’entraident pour piller nos garde-manger et nourrissent leurs malades, écrit-il.

    S’appuyant sur ses observations et lectures scientifiques, Kropotkine affirme que l’entraide assure aux animaux une meilleure protection contre les ennemis, une meilleure efficacité dans la recherche de nourriture et une plus grande longévité. Attribuer le progrès à la lutte du chacun contre tous, analyse-t-il, est une grossière erreur. La coopération a fait bien plus pour le développement de l’intelligence que les combats, qui laissaient les espèces affaiblies et ne leur laissaient que peu de chance de survie et encore moins d’évolution positive.

    Une contre-histoire de l’humanité

    Partant du constat (erroné) que la compétition est dominante dans le règne animal, la plupart des intellectuels de cette époque ont décidé d’en faire une loi naturelle chez les humains, justifiant ainsi les inégalités et la pauvreté. Refusant cette fable, qu’on appelle « darwinisme social », Kropotkine nous livre une contre-histoire de l’humanité. Pas celle des grands hommes et de leurs luttes pour le pouvoir et le prestige, mais celle des masses de paysans, de nomades et de prolétaires qui luttent ensemble pour faire face aux différents défis posés par l’existence. Dans ce livre, il nous raconte l’histoire de ceux dont se fiche l’Histoire. Et ça fait un bien fou.

    Pierre Kropotkine (1842-1921)

    Qu’il parle du « communisme primitif » des tribus préhistoriques, des communes villageoises, des cités médiévales et de leurs puissantes guildes ou des associations de travailleurs, il décrit avec simplicité des pratiques d’entraide aussi répandues chez nos aïeux que méconnues aujourd’hui. Le travail collectif, la propriété commune des terres et le fait que rien ne pouvait se décider sans l’accord de l’assemblée étaient des caractéristiques partagées par la plupart des sociétés qu’il évoque. On découvre les trésors d’ingéniosités inventés depuis des millénaires pour lutter contre les inégalités et faire que les conflits ne dégénèrent pas en règlements de comptes violents, voire en guerre. Greniers communs, ventes groupées, caisses d’entraide pour la maladie ou les grèves, jurys populaires et droit coutumier… On y apprend comment, avant la Sécurité sociale, le Code civil et les supermarchés, les humains s’organisaient pour faire face à la nature hostile mais aussi pour « se protéger des habiles et des forts ».

    Et l’entraide dont parle Kropotkine ne se limite pas à quelques individus isolés mais à des groupements de familles, de villages, de tribus rassemblées en confédération de parfois plusieurs dizaines de milliers de membres. L’humanité qu’il décrit a confiance en sa capacité d’autodétermination. Ou plutôt avait confiance. Car, si les communautés humaines se sont longtemps méfiées des petits chefs, Kropotkine estime que le travail de sape de l’Église et de certains intellectuels ont eu petit à petit raison de notre goût pour l’insoumission et l’autogestion. « Bientôt aucune autorité ne fut trouvée excessive […]. Pour avoir eu trop de confiance dans le gouvernement, les citoyens ont cessé d’avoir confiance en eux. »

    La colonisation de nos imaginaires

    Ce livre est plein de surprises et d’apprentissages, abondamment sourcé, et plaisant à lire. Un siècle après sa sortie, il garde toute sa pertinence, d’un point de vue scientifique mais aussi politique (comme l’explique le très bon livre de Renaud Garcia sur le sujet). Dans la préface, Pablo Servigne (coauteur d’un ouvrage qui prolonge le travail commencé par L’Entraide), fait remarquer que les travaux de Kropotkine ont été jusqu’à récemment ignorés par les scientifiques et commencent seulement à être pris au sérieux. Pas trop tôt ! Car ce vieux bouquin nous est utile pour tenter de résoudre un des paradoxes de notre époque : le capitalisme réussit l’exploit de nous apparaître à la fois détestable et nuisible, mais… indépassable. Nos imaginaires sont tellement colonisés que l’on peine à imaginer un monde sans État, sans flic, sans actionnaire, sans salariat et sans banque.

    Le savant russe nous rappelle que nous n’avons pas toujours été les êtres de calcul, cupides et soumis que nous sommes aujourd’hui. Sans nier que l’histoire humaine est aussi faite de violences et de dominations, il nous donne à voir une humanité partageuse, inventive et rebelle. Il prouve ainsi que le capitalisme et l’État ne sont ni naturels ni éternels et que d’autres formes d’organisation, basées sur l’entraide et l’autogestion, sont possibles. À nous maintenant de les faire (re)vivre.

    Pour aller + loin

     L’Entraide, de Pierre Kropotkine, éditions Aden, 2009.

    Pierre Kropotkine ou l’économie par l’entraide, de Renaud Garcia, éditions Le Passager clandestin, 2014.

    L'Entraide, l'autre loi de la jungle, de Gauthier Chapelle et Pablo Servigne, éditions Les Liens qui Libèrent, 2017.

  • Alerte sécheresse

    Personnellement, le fond de l'article ne me surprend aucunement et on en est qu'au début. Les pays industrialisés valorisent le pétrole à des prix toujours plus hauts mais il viendra un jour où l'eau sera tout aussi recherchée. Il y a une phrase qu'il est important de lire et à laquelle il faut fortement réfléchir : 

    "Elle rappelle que la France ne dispose pas d’une agriculture capable de nourrir sa population",...

    C'est complètement dingue ce constat. Nous disposons d'un climat tempéré, d'un sol riche sur le plan végétal, d'une diversité extraordinaire dans les légumes et les fruits et le pays n'est pas autonome sur le plan alimentaire. C'est affligeant, consternant et totalement anormal. Et je n'attends rien des politiques. FNSEA, UE, Bruxelles, subventions, endettement des agriculteurs, etc etc...Les problèmes sont connus, les solutions ne viendront pas d'un système qui les a créés.

    Je pense juste que chacun, en tout cas, ceux qui ont la chance de disposer d'un terrain, pourraient s'y mettre. Alors, oui, c'est du travail, il faut être régulier, organisé, attentif, observateur,il faut apprendre, lire, expérimenter, mais le bonheur de manger ses propres productions et de ne pas être dépendant des réseaux commerciaux,en tout cas le moins possible, c'est sans commune mesure.

    Pour ce qui est des pénuries d'eau actuelles et à venir, il ne reste qu'une solution : la récupération et le stockage des eaux pluviales. Ici, c'est le chantier en cours. 

    Les scientifiques lancent l’alerte sur la sécheresse qui s’installe en France

     

    MétéoFrance a établi des scénarios plus chauds et secs que la normale pour les mois de mai et juin. Emma Haziza estime ainsi que la situation ne peut que difficilement s’inverser, sauf précipitations exceptionnelles, puisque même en cas de pluies, l’eau sera récupérée par la végétation et ainsi ne s’infiltrera pas dans les sous-sols.

    22 avril 2022 - Maïté Debove

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    Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

    - Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
    - Format : 290 pages
    - Impression : France

     

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    La France vit son début d’année le plus sec depuis 2012. D’après les géologues et les hydrologues français, la sécheresse est cette année précoce, et est à surveiller de très près. Les déficits de pluie depuis janvier concernent quasiment tout le pays et atteignent des niveaux records sur la Région PACA, où la sécheresse des sols est particulièrement inquiétante.

    En février et mars 2022, la situation s’est rapidement dégradée, la période de vidange ayant démarré deux mois à l’avance : les réserves d’eau sont ainsi très basses pour un mois d’avril.

    Selon une alerte du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) publiée le 12 avril, le niveau des nappes souterraines est en 2022 inférieur à la normale dans tous nos territoires sauf en Ile-de-France, en Normandie, en Savoie, dans une partie des Pyrénées, et également dans l’Aude et dans l’Hérault. Ces régions ont bénéficié des pluies du début de l’année.

    La situation est plus particulièrement inquiétante en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Vendée, en Charente-Maritime et dans le Grand Est. La sécheresse est aussi particulièrement marquée dans le Sud-Est.

    Cette sécheresse a déjà des effets très concrets dans tout le pays. Dans la Drôme, des premières restrictions des usages de l’eau ont été mises en place, au mois d’avril !, et quasi-l’ensemble du département est en état d’alerte. Dans la Loire, la situation n’est pas encore critique mais pourrait vite le devenir et des mesures de restriction d’eau sont envisagées.

    Dans le Vaucluse, Météo France a enregistré le début d’année le plus sec depuis les années 1950. Comme sur toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, il n’a pas plu une seule goutte depuis le début du mois d’avril. Les agriculteurs sont extrêmement inquiets. Toujours en PACA, les maires de 18 communes ont décidé de couper l’eau des fontaines publiques pour alerter la population sur cette sécheresse inédite, d’habitude observée durant les mois d’été.

    Emma Haziza, hydrologue, qui s’est exprimée lors d’une interview pour FranceInfo, a expliqué que les sécheresses sont particulièrement sévères depuis 2017. Un cinquième des cours d’eau des territoires tendent chaque année à avoir 40 % de débit en moins que la moyenne. Dans les Pyrénées-Orientales, le déficit de pluie peut s’élever jusqu’à 75 %.

    MétéoFrance a établi des scénarios plus chauds et secs que la normale pour les mois de mai et juin. Emma Haziza estime ainsi que la situation ne peut que difficilement s’inverser, sauf précipitations exceptionnelles, puisque même en cas de pluies, l’eau sera récupérée par la végétation et ainsi ne s’infiltrera pas dans les sous-sols.

    L’hydrologue n’exclut pas une multiplication d’autres restrictions d’eau dès le mois de mai (qui surviennent habituellement en juillet), et redoute des difficultés d’irrigation des terres agricoles, ainsi que des incendies majeurs dans le sud cet été.

    Elle avertit : « Si toutes ces masses d’eau, qui sont censées tenir jusqu’à l’été, sont défaillantes dès le mois de mars, ça pose problème. Surtout, le paramètre aggravant c’est qu’à chaque canicule, on a un territoire qui plonge encore plus dans un état de sécheresse. Si on s’oriente vers un été plus chaud et plus sec, ce qui semble être le cas, on risque d’avoir à nouveau une sécheresse historique. »

    Elle rappelle que la France ne dispose pas d’une agriculture capable de nourrir sa population, et que la problématique liée à l’eau est un phénomène global. Le Maroc, la Tunisie ou encore le Portugal subissent déjà des sécheresses historiques.

    Lire aussi : En plein hiver, sécheresse et canicule en Espagne, Portugal, France et Californie

    Les réserves de blé ou autres denrées alimentaires qui ne seront pas disponibles sur un territoire seront importées d’autres pays : « (…) mais si tout le monde se met à aller le chercher ailleurs, il y a un vrai problème. Notre seule solution est de faire en sorte de réformer notre agriculture pour nourrir notre population en premier lieu. »

    La journaliste Anne Le Gall souligne : « D’où l’urgence d’apprendre à mieux séquestrer l’eau dans le sol dans les années à venir et cela passe par les prairies, les forêts, la végétalisation des villes. Limiter l’artificialisation des sols leur permettra de jouer ce rôle crucial d’éponge. »

    Le manque d’eau est source d’une véritable détresse et est à l’origine de famines, provoque immanquablement des révoltes populaires et des migrations. Les sécheresses s’installent dans la durée et affectent l’environnement de plusieurs semaines à plusieurs décennies, et dégradent les écosystèmes.

    Emma Haziza souligne le manque de traitement de la question aux présidentielles : « Je crois qu’on n’a pas compris ce qui arrive devant nous avec ces évolutions de température et on n’a surtout pas compris ce que signifie le manque d’eau. Ça concerne à peu près quatre milliards d’êtres humains sur Terre mais nous, nous ne sommes pas habitués à ne pas avoir d’eau dans notre robinet. C’est une question d’énergie puisque la plupart des sources énergétiques s’alimentent en eau, notamment le nucléaire, les barrages hydroélectriques, mais l’eau est aussi nécessaire pour aller chercher du pétrole ou du gaz. Nous avons besoin de quantités d’eau astronomiques, donc on voit très bien que se pose la question énergétique. »

    Crédit photo couv : Extrait reportage FranceInfo

    22 avril 2022 - Maïté Debove

  • La civilisation de l'entraide

     

    La question est simple : Qui serait le plus à même de survivre à une époque considérablement chaotique ? Réponse : ceux qui s'entraident. C'est la raison première qui a conduit notre espèce humaine, fragile au premier abord, à avoir réussi à occuper l'ensemble de la planète et à avoir appris à en retirer tous les bénéfices. Au détriment de la planète elle-même, c'est là tout le problème. Peut-être devrons-nous donc repasser par la case départ pour retrouver le fondement même de l'humanité. 

     

     

    « Il y a des années, un étudiant a demandé à l’anthropologue Margaret Mead ce qu’elle pensait être le premier signe de civilisation dans une culture. L’étudiant s’attendait à ce que Mead parle d’hameçons, de casseroles en terre cuite ou de moulins en pierre. Mais ce ne fut pas le cas.

    Mead a dit que le premier signe de civilisation dans une culture ancienne était un fémur cassé puis guéri. Elle a expliqué que dans le règne animal, si tu te casses la jambe, tu meurs. Tu ne peux pas fuir le danger, aller à la rivière boire ou chercher de la nourriture. C’est n’être plus que chair pour bêtes prédatrices. Aucun animal ne survit à une jambe cassée assez longtemps pour que l’os guérisse. Un fémur cassé qui est guéri est la preuve que quelqu’un a pris le temps d’être avec celui qui est tombé, a bandé sa blessure, l’a emmené dans un endroit sûr et l’a aidé à se remettre.

    Mead a dit qu’aider quelqu’un d’autre dans les difficultés est le point où la civilisation commence. »

    L'entraide n'est pas une valeur. La coopération est un mode adaptatif, une stratégie sélectionnée dans l'évolution pour les avantages qu'elle peut aussi procurer dans l'optimisation de la capture d'énergie et la domination.

    Extraits de l'article :

    "L’être humain, de nos jours, est seul, et c’est exceptionnel. Durant la majorité de notre existence en tant qu’Homo sapiens, nous avons partagé la planète avec toutes sortes d’autres espèces humaines. À l’époque où notre lignée a commencé à évoluer, en Afrique, il y a environ 300 000 ans, on en comptait au moins cinq autres. Et s’il avait fallu parier sur la survie d’une seule de ces espèces, vous n’auriez peut-être pas misé sur nous.

    En fait, c’étaient plutôt les Néandertaliens qui semblaient les mieux lotis, eux qui s’étaient déjà adaptés à la vie sous des climats plus rigoureux et s’étaient répandus dans une grande partie de l’Eurasie. Ou Homo erectus, qui s’était installé avec succès dans le sud-est de l’Asie. En comparaison, nos ancêtres Homo sapiens étaient les derniers arrivés, et il leur faudrait attendre encore plus de 200 000 ans avant de s’implanter ailleurs qu’en Afrique. Pourtant, il y a 40 000 ans, voire moins, nous étions les seuls humains encore en vie. Pourquoi ?

    Survie du plus aimable

    Bien des hypothèses ont été avancées : la puissance de notre cerveau, le langage, ou la chance, tout simplement. Aujourd’hui, une nouvelle idée se fait jour pour expliquer notre domination. Curieusement, ce sont peut-être certaines de nos plus grandes vulnérabilités – notre dépendance vis-à-vis des autres, notre aptitude à la compassion et à l’empathie – qui nous ont donné l’avantage."

    (...)

    Nouer des relations

    L’archéologue Penny Spikins, de l’université de York, au Royaume-Uni, propose une nouvelle explication. Elle pense que ce sont nos fragilités et notre nature émotive qui nous ont conféré l’avantage : “Notre besoin affectif nous a poussés à entrer en contact avec les autres.” Et plus nous avons étendu notre réseau, plus nous sommes devenus résistants, ce qui nous a permis de prospérer dans bien des environnements différents.

    Cet investissement dans l’attention a produit des bénéfices tant pour le groupe que pour l’individu. Penny Spikins précise :

    “Cela a permis à l’être humain de chasser des animaux dangereux tout en vivant avec les conséquences en matière de risques de blessures. Et cela a allongé la durée de vie, donnant aux grands-parents la possibilité de s’impliquer dans l’éducation des plus jeunes et de leur transmettre leur savoir et leurs compétences.”

    Plus on se rapproche de notre époque, plus l’archéologie nous apporte des preuves de ces bénéfices, et l’on voit que les hommes chassaient des animaux plus grands qu’eux et coopéraient pour s’attaquer à une faune particulièrement dangereuse, comme le rhinocéros laineux, le mammouth et le grand buffle du Cap [Pelorovis antiquus].

    Augmenter ses chances de survie

    Mais, dès son apparition, Homo sapiens a perfectionné ces compétences collaboratives et a commencé à interagir de façon considérable avec d’autres individus que les membres de son groupe – ce qui n’avait encore jamais été vu. On ne sait pas ce qui a motivé cette évolution, mais d’importantes variations climatiques en Afrique ont pu rendre l’existence difficile et ceux qui collaboraient avaient peut-être plus de chances de survie.

    (...)

    Les Homo sapiens se seraient « domestiqués » eux-mêmes

    Qui plus est, ces mêmes mutations peuvent expliquer pourquoi les Néandertaliens sont parfois décrits comme ayant l’air de brutes, avec leurs arcades sourcilières épaisses et leur mâchoire robuste. Penny Spikins commente :

    “Non seulement ces changements génétiques nous ont rendus moins agressifs, mais ils ont apparemment pour résultat des caractéristiques physiques qui nous font paraître moins menaçants.”

    En fait, nos ancêtres Homo sapiens se seraient apparemment “domestiqués” eux-mêmes. Les découvertes archéologiques confirment que l’adoucissement des traits de notre visage, avec le développement de crânes plus petits, de maxillaires moins proéminents et de dents plus petites, commence à se produire dans notre lignée il y a environ 300 000 ans."

    Paléoanthropologie. Comment “Sapiens” a enterré tous les autres

  • Bravery in battle

    Un groupe que j'aime infiniment. Je connais chaque morceau par coeur :) 

    J'ai passé la journée avec eux, à décaisser des monceaux de terre pour préparer la réception de cinq citernes de mille litres pour récupérer l'eau de pluie.

    De l'énergie dans les oreilles.  

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