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Le deuil écologique

Par Le 26/04/2026

 

 

Deuil écologique : les cinq étapes à connaître

12 février 2026 par

https://alice-ecologie.fr/deuil-ecologique-etapes/

Nous sommes en 2026, et le constat est sans appel : voilà plus de trois décennies que la communauté scientifique s’époumone à nous alerter sur les conséquences dévastatrices de notre modèle de surconsommation. L’origine humaine de l’accélération du changement climatique ne fait plus débat, les rapports s’empilent et les records de température tombent les uns après les autres. Pourtant, collectivement, nous nous retrouvons dans une situation paradoxale, presque absurde : installés confortablement au volant d’une voiture lancée à pleine vitesse, nous voyons le mur se rapprocher inexorablement. Mais au lieu de freiner ou de donner un coup de volant salvateur, nous détournons le regard, augmentons le volume de la radio et appuyons sur l’accélérateur. Cette inertie ne relève pas de la bêtise, mais de mécanismes psychologiques profonds et complexes. Comprendre pourquoi nous ne réagissons pas rationnellement face au danger est la première clé pour déverrouiller l’action climatique.

La nuance d’Alice — Le « deuil écologique » n’est pas un diagnostic médical, mais un cadre de lecture psychologique utile pour décrire des réactions observées face à la crise climatique. La littérature sur le climat montre surtout que le déni et la dissonance cognitive servent à réduire l’inconfort, pas à nier les données elles-mêmes.

En bref

 Le paradoxe de l’inaction : Malgré les preuves scientifiques accablantes accumulées depuis 30 ans, nos comportements peinent à changer radicalement.

 Le déni comme bouclier : Ignorer la réalité est un mécanisme de défense psychologique pour se protéger d’une vérité trop douloureuse, comparable à l’annonce de sa propre finitude.

 La dissonance cognitive : Cette tension interne nous pousse à justifier nos actions polluantes (comme prendre l’avion) par des excuses irrationnelles pour préserver notre confort mental.

 Les étapes du deuil écologique : Inspiré du modèle de Kübler-Ross, le processus traverse le déni, la colère, le marchandage et la dépression avant d’atteindre l’acceptation.

 La colère, moteur ou frein ? : Le sentiment de trahison envers les générations précédentes ou les décideurs est une étape violente mais nécessaire vers la résilience.

Le déni face à l’urgence climatique : pourquoi nous préférons ignorer le mur

Lorsque Valérie Masson-Delmotte, climatologue émérite, affirmait qu’il fallait impérativement questionner nos choix de consommation pour contenir le réchauffement, la logique aurait voulu que nous changions tout, tout de suite. Pourtant, la réponse collective ressemble davantage à un gigantesque « Oui, mais… ». Ce phénomène de déni est fascinant par sa puissance. Il ne s’agit pas simplement d’un manque d’information, mais d’un refus inconscient d’intégrer une vérité qui remet en cause les fondements mêmes de notre existence et de notre confort.

Le chercheur Clive Hamilton, dans son ouvrage Why We Resist the Truth about Climate Change, a brillamment décortiqué ce mécanisme. Au-delà des lobbys industriels et des inerties politiques, il pointe du doigt une barrière psychologique individuelle : une vérité qui dérange est souvent trop lourde à porter. Accepter la réalité de la crise climatique en 2026, c’est accepter la fin d’un monde, celui de l’abondance illimitée et de l’insouciance. Hamilton dresse un parallèle saisissant avec notre propre mortalité. Nous savons tous intellectuellement que nous allons mourir un jour, mais nous vivons au quotidien comme si nous étions éternels. Ce n’est que lorsque l’échéance devient imminente et inévitable que la prise de conscience opère réellement. Pour le climat, c’est identique : tant que le mur n’a pas été percuté, nous préférons regarder le paysage.

Les excuses que nous inventons pour maintenir ce déni sont légion et souvent créatives. Qui n’a jamais entendu — ou pensé — « De toute façon, si je change et que les Chinois ne font rien, ça ne sert à rien » ou encore « La technologie va nous sauver, inutile de paniquer » ? Ces phrases ne sont pas des arguments rationnels, mais des pare-feux mentaux. Elles servent à repousser l’angoisse et à maintenir le statu quo. C’est une protection contre la souffrance émotionnelle qu’engendrerait la pleine réalisation de la catastrophe en cours. Pour aller plus loin dans la compréhension de ces mécanismes à travers la culture, je vous invite à consulter notre sélection sur les œuvres cinématographiques majeures sur l’environnement, qui illustrent souvent ces conflits intérieurs avec brio.

La dissonance cognitive ou l’art de se mentir pour ne pas souffrir

Si le déni est le bouclier, la dissonance cognitive est la gymnastique mentale qui nous permet de le tenir à bout de bras. En psychologie sociale, ce concept désigne la tension interne insupportable que nous ressentons lorsque nos actes sont en contradiction flagrante avec nos valeurs ou nos connaissances. Dans le contexte actuel, c’est ce malaise diffus qui nous saisit lorsque nous nous considérons comme des « amoureux de la nature » tout en réservant un week-end à l’autre bout de l’Europe en avion low-cost.

Prenons un exemple concret et d’actualité : l’employé d’une grande compagnie aérienne ou d’une multinationale pétrolière. Cet individu a besoin de son salaire pour nourrir sa famille ; son travail lui donne un statut social et une identité. Comment réagit-il lorsqu’un reportage expose, preuves à l’appui, que son activité contribue directement à rendre la planète invivable pour ses propres enfants ? La violence de cette information crée une dissonance cognitive aiguë. Pour réduire cette tension, il a deux options : changer ses actes (démissionner, changer de vie) ou changer ses opinions (minimiser le problème).

L’être humain étant naturellement averse à la perte et au changement radical, la seconde option est majoritairement choisie. C’est ainsi que l’on construit des narratifs rassurants : « Oui, je travaille pour TotalÉnergies, mais regardez, nous investissons dans des projets solaires et nous avons aidé une école au Gabon en 2006 ». Ce processus de rationalisation permet de préserver l’estime de soi et de continuer à fonctionner au quotidien sans s’effondrer sous le poids de la culpabilité. C’est le même mécanisme qui s’active chez le consommateur qui refuse d’envisager la fin des voyages en avion comme une nécessité, préférant croire aux promesses lointaines de l’avion à hydrogène ou à la compensation carbone, dont on connaît pourtant les limites.

Le modèle de Kübler-Ross revisité : cartographie de nos émotions climatiques

Pour naviguer dans ces eaux troubles de la psychologie et climat, le modèle des cinq étapes du deuil, théorisé par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross en 1969 dans son livre On Death and Dying, offre une grille de lecture pertinente, bien qu’il faille l’adapter. Initialement conçu pour décrire le cheminement des patients apprenant leur propre maladie incurable, il est aujourd’hui largement utilisé pour décrypter le deuil écologique. Ce terme désigne la douleur ressentie face à la perte des écosystèmes, des espèces et de la certitude d’un avenir stable.

Il est crucial de noter que, contrairement à une maladie incurable, le changement climatique n’est pas une fatalité absolue dont l’issue est binaire (la mort). Nous avons encore une marge de manœuvre, ce qui rend le deuil d’autant plus complexe : c’est un deuil actif. Cependant, les étapes émotionnelles traversées sont similaires. Nous passons du choc initial au déni, puis traversons des phases de colère, de marchandage, de dépression, pour espérer atteindre l’acceptation et l’action. Ce cheminement n’est pas linéaire ; nous pouvons faire des allers-retours entre ces états selon les nouvelles du jour ou notre fatigue mentale.

INTERACTIF

Duel Psychologique

Explorez les nuances entre le deuil intime et la douleur liée à la crise climatique. Cliquez sur les dimensions ci-dessous.

Deuil Classique

Perte personnelle irréversible (décès, rupture).

Focalisation : Passé

Deuil Écologique

Perte environnementale (biodiversité, lieux) et incertitude radicale face au futur.

Focalisation : Futur & Collectif

VS

Analyse Rapide

Alors que le deuil classique regarde en arrière vers ce qui est fini, le deuil écologique regarde anxieusement vers l'avant.

Voici comment ces étapes se manifestent spécifiquement dans le contexte de la crise environnementale :

 Le Déni : « Le climat a toujours changé », « Ce n’est pas si grave ». C’est le refus de voir la réalité.

 La Colère : « Pourquoi personne ne fait rien ? », « Ils nous ont menti ! ». Recherche de coupables.

 Le Marchandage : « Je vais trier mes déchets, mais je garde mon SUV », « La fusion nucléaire nous sauvera ». Tentative de négocier avec la réalité pour ne pas trop perdre.

 La Dépression : « C’est foutu », « À quoi bon ? ». Sentiment d’impuissance et éco-anxiété profonde.

 L’Acceptation : « La situation est grave, mais je fais ma part », « Je construis de la résilience ». Lucidité et action constructive.

De la sidération à la colère : l’explosion émotionnelle nécessaire

Une fois la carapace du déni fissurée, c’est souvent la colère qui jaillit, telle une éruption volcanique. Cette étape est particulièrement visible chez les jeunes générations ou chez ceux qui viennent de « se réveiller » face aux données climatiques. La violence du changement demandé est telle qu’il est impossible de rester placide. Cette colère se dirige tous azimuts : contre les gouvernements inactifs, contre les multinationales prédatrices, mais aussi, de manière plus intime et douloureuse, contre ses propres proches.

Le conflit intergénérationnel est ici central. Comment ne pas ressentir de l’amertume en réalisant que nos parents ou grands-parents savaient, ou auraient pu savoir, et n’ont rien fait ? La question « Pourquoi n’avez-vous pas agi ? » résonne lors des repas de famille, créant des fractures parfois profondes. De l’autre côté, les jeunes parents d’aujourd’hui sont confrontés à une culpabilité dévorante : comment expliquer à son enfant, dans 20 ans, que l’on a continué à vivre « comme avant » alors que les voyants étaient au rouge ? Cette colère est le symptôme d’un sentiment de trahison et d’abandon, une réaction saine face à une menace existentielle ignorée par ceux qui étaient censés nous protéger.

Cependant, rester bloqué dans cette colère peut être destructeur et mener au burnout militant. Il est essentiel de reconnaître cette émotion, de la valider, mais aussi d’apprendre à la canaliser pour qu’elle devienne un moteur de revendication plutôt qu’un poison mental. Si vous ressentez ces émotions de manière envahissante, sachez qu’il existe des solutions pour apaiser l’éco-anxiété et transformer cette rage en énergie créatrice.

Trois gestes concrets pour traverser le deuil écologique

Le deuil écologique éclaire une réalité simple : la prise de conscience ne suffit pas toujours à produire un changement durable. Dans les faits, l’enjeu se joue à la fois dans l’acceptation psychologique et dans la sobriété des usages, car l’empreinte carbone dépend aussi des infrastructures, des choix de conception et de la durée de vie des objets. Les gestes individuels restent utiles lorsqu’ils sont mesurables et reliés à des leviers plus larges, notamment côté écoconception et consommation réelle.

Nommer la réaction dominante — Dans les modèles de deuil, 5 phases reviennent souvent ; les repérer aide à sortir du flou émotionnel et à réduire la dissonance cognitive.

Réduire l’exposition aux contenus anxiogènes — Une étude de l’ADEME rappelle qu’un email avec pièce jointe de 1 Mo émet environ 19 g de CO2 ; alléger les flux numériques limite une partie du bruit informationnel.

Allonger la durée de vie des appareils — Selon l’IEA, prolonger l’usage d’un smartphone de 1 an peut éviter environ 25 % d’émissions liées à son cycle de vie, en moyenne.

Le travail psychologique compte, mais l’impact climatique ne se joue pas seulement dans la sphère intime. En réalité, les plus gros leviers restent la production d’énergie, l’organisation des mobilités, l’écoconception des services et la durée de vie des équipements. Les gestes personnels peuvent diminuer l’empreinte à la marge et rendre l’action plus cohérente, sans masquer le poids des systèmes. Pour un repère sur les ordres de grandeur du numérique, un point d’entrée utile reste le bilan environnemental publié par l’ADEME.

Le marchandage et l’illusion de la solution technologique

Avant de sombrer dans la tristesse ou d’atteindre la sérénité de l’action, nous passons presque inévitablement par la phase de marchandage. C’est l’étape de la négociation avec nous-mêmes et avec les lois de la physique. Nous tentons de trouver des compromis pour retarder l’échéance du changement radical. C’est le règne des « petits pas » isolés utilisés comme justification pour ne pas faire les « grands sauts ».

Le marchandage s’exprime par des phrases types : « Je ne prends plus l’avion qu’une fois par an, c’est déjà bien, non ? » ou « Ma banque a promis de réduire ses investissements fossiles de 10%, donc mon épargne est verte ». C’est une tentative désespérée de garder le contrôle, de se dire que l’on peut conserver notre mode de vie actuel moyennant quelques ajustements mineurs à la marge. C’est aussi à ce stade que le technosolutionnisme bat son plein : on veut croire aveuglément que la capture de carbone ou la géo-ingénierie nous dispensera de la sobriété.

Ce stade est humain, mais il est dangereux s’il dure trop longtemps, car il nous maintient dans l’illusion que l’on peut négocier avec le climat comme on négocie un contrat. Or, l’atmosphère ne fait pas de politique et ne signe pas de compromis. Passer cette étape demande du courage : celui d’admettre que les demi-mesures ne suffiront pas et que la technologie, bien qu’utile, ne sera pas le deus ex machina qui nous sauvera de nous-mêmes. C’est souvent l’échec de ce marchandage face à la réalité des chiffres qui précipite ensuite vers la phase de dépression — ou « solastalgie » — que nous aborderons plus en détail dans la seconde partie de ce dossier, avant d’explorer les chemins lumineux de l’acceptation et de la reconstruction.

Catégories Comprendre l'écologie

"Printemps silencieux" de Rachel Carson

Par Le 25/04/2026

 

Des printemps silencieux, année après année. Quant à ceux et celles qui clameraient que "si, si, on entend encore des oiseaux", je les renvoie à l'article précédent.

Ici, j'ai installé des nichoirs (huit), de différentes tailles, pour différentes espèces : mésanges charbonnières, mésanges à tête bleue, sitelles, pinsons, bouvreuils. Deux sont habités...Et ça n'est pas une question de dimension ou d'emplacement, je sais ce dont ils ont besoin. C'est juste qu'il n'y a quasiment pas d'oiseaux. On habite dans ce qui s'appelle "l'Ardèche verte"... Oui, c'est vert mais c'est vide. 

 

Culture

https://reporterre.net/Printemps-silencieux-comment-un-livre-a-bouleverse-la-lutte-ecolo

« Printemps silencieux » : comment un livre a bouleversé la lutte écolo

«<small class="fine d-inline"> </small>Printemps silencieux<small class="fine d-inline"> </small>» : comment un livre a bouleversé la lutte écolo

En 1962, la parution du livre de la biologiste Rachel Carson fit l’effet d’un coup de tonnerre. Son alerte sur les pesticides a conduit à l’interdiction du DDT, et est devenue une référence incontournable de l’écologie politique.

Pionnière de l’écologie, Rachel Carson publiait Printemps silencieux le 27 septembre 1962. Reporterre revient en 3 articles sur l’histoire et les travaux de cette femme visionnaire. Le 1ᵉʳ est ici et le 3ᵉ .

« Il y avait un étrange silence dans l’air. Les oiseaux par exemple — où étaient-ils passés ? On se le demandait, avec surprise et inquiétude. Ils ne venaient plus picorer dans les cours. Les quelques survivants paraissaient moribonds ; ils tremblaient, sans plus pouvoir voler. Ce fut un printemps sans voix. » En très peu de mots, Rachel Carson a tout dit : la beauté de la nature, le déchirement intime lié à sa destruction, le calme avant la fin du monde.

Nous étions le 27 septembre 1962 quand la biologiste américaine a publié Printemps silencieux (Silent spring en version originale), premier livre consacré aux effets désastreux des pesticides et du productivisme agricole sur le vivant. Ces 300 pages mêlant descriptions sensibles des campagnes américaines, témoignages d’habitants et références scientifiques pointues se sont particulièrement intéressées aux dégâts causés par un insecticide : le « dichloro-diphényl-trichloroéthane », mieux connu sous le nom de « DDT ». Extinction de la biodiversité, développement insidieux de cancers chez les humains… L’autrice a raconté comment ce « biocide », promu cyniquement par les dirigeants américains et l’industrie agrochimique à partir des Trente glorieuses, a tout anéanti sur son passage.

C’est que, « dans la nature, tout est lié » : Rachel Carson a décrit un monde, notre monde, où, sous l’effet des pesticides, « la puce meurt d’avoir mordu le chien, l’insecte est asphyxié par l’arôme de la plante, l’abeille rapporte à sa ruche un nectar empoisonné, et fabrique du miel vénéneux ».

Rachel Carson a été parmi les premières à voir dans la disparition des oiseaux un indicateur du déclin de la biodiversité, souligne le président de la Ligue de protection des oiseaux. © P-O. C./ Reporterre

Cet essai, vendu depuis à plus de 2 millions d’exemplaires et traduit en 30 langues, a eu l’effet d’une bombe : en 1972, l’agence de protection de l’environnement des États-Unis, créée deux ans plus tôt, a interdit l’usage agricole du DDT sur le continent. En France, cette décision a été prise en 1971. De quoi donner très vite à Printemps silencieux le statut de boussole et de référence incontournable dans les milieux écolos.

« Sans ce livre, [qui] a changé le cours de l’histoire, le mouvement écologiste aurait pu être largement retardé — ou tout simplement ne jamais voir le jour », écrit même l’ex-vice-président américain Al Gore dans l’introduction d’une réédition française proposée par Wildproject, en 2009. Mais quelle a été son influence en France, où il fut disponible aux éditions Plon à partir de 1963 ?

Un chevalier à pattes jaunes, dans la Réserve nationale de vie sauvage Rachel Carson, aux États-Unis. Domaine public / U.S. Fish and Wildlife Service Northeast Region

« C’est vraiment un livre qui est fondateur de l’écologie moderne : Rachel Carson a fait faire un bond de géant à l’écologie en ce qui concerne la compréhension de la nature et le fait que tout est interdépendant », explique François Veillerette, directeur de Générations futures, association de défense de l’environnement. Co-auteur de Pesticides : révélations sur un scandale français (Fayard, 2007, avec Fabrice Nicolino), le militant évoque auprès de Reporterre « un bouquin absolument visionnaire », tant au niveau de son contenu que de la méthodologie employée par l’autrice. « Ce livre a inspiré beaucoup de personnes sur leur façon d’écrire et de travailler : Rachel Carson avait compris avant tout le monde qu’il est essentiel pour le public de pouvoir lire et étudier la science. »

Un avis partagé par la philosophe Catherine Larrère, autrice de Penser et agir avec la nature : une enquête philosophique (La Découverte, 2015) : « À l’époque, elle a fait le travail que fait le Giec aujourd’hui : elle a réuni et rendu publiques de nombreuses publications scientifiques qui avaient été publiées avant la guerre, et qui étaient très peu connues jusqu’ici. » Pour cette spécialiste des questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale, Rachel Carson était en fait une « lanceuse d’alerte » : « Avec ce livre, c’est la première fois qu’il est aussi clairement dit que les applications techniques de la science dans des buts productivistes sont dangereux pour la nature et pour l’homme. Et puis, elle met également en avant un autre enjeu extrêmement important, toujours d’actualité aujourd’hui : le droit au savoir des personnes qui subissent les conséquences de cette pollution. »

La disparition des oiseaux, une « peine personnelle »

Catherine Larrère loue ainsi un essai « scientifiquement impeccable », qui réussit en outre le prodige d’être agréable à lire. Dans ce livre où l’on croise des rouges-gorges et des pélicans, des ratons-laveurs et des poissons, des herbes folles et des rivières, de nombreux passages sont en effet déchirants de beauté… et de tristesse. « Elle est un véritable écrivain, qui transmet son amour de la nature : elle parle du monde vécu, et de la nature qu’il y a autour d’elle aux États-Unis. Par exemple, elle raconte à quel point la disparition des oiseaux provoque chez les gens une peine personnelle, ce qui est extrêmement important », dit la philosophe. 

D’autant que pour Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) depuis 1986, la biologiste a été l’une des premières à alerter sur « le fait que le déclin de l’oiseau pouvait conduire au déclin de l’humanité » : « De nos jours, les oiseaux sont considérés scientifiquement comme les indicateurs de l’état de la biodiversité au niveau européen, et son travail y a grandement contribué. Elle a été précurseure sur cette question de façon admirable. »

Pour le militant, Printemps silencieux s’inscrit ainsi pleinement dans l’histoire de la LPO : « On s’envoyait des références utiles pour le combat que nous avions à mener, et ce livre en faisait partie. Il a éclairé et continue à éclairer nos consciences d’ornithologues. » Allain Bougrain Dubourg souligne aussi comment Rachel Carson « a prouvé que l’engagement peut être utile et fertile ». « Après la sortie de son livre, le DDT a été interdit. Elle nous montre l’exemple, en invitant chacun d’entre nous à s’engager à sa mesure », s’enthousiasme-t-il.

Fleurs, insectes, oiseaux : l’effacement de certaines espèces entraîne celui des autres. En montrant que dans la nature tout est interdépendant, Rachel Carson a fait faire «  un bond de géant  » à l’écologie. © P-O. C./ Reporterre

Arnaud Swchartz, président de France nature environnement (FNE), est un peu plus mesuré : « Il est certain que ce livre a eu un effet de détonateur, tant aux États-Unis qu’en Europe, où l’agriculture fortement mécanisée et utilisatrice d’intrants chimiques était en train de se déployer. En outre, il a permis que, dans la société, le sujet des pesticides soit abordé au-delà des milieux associatifs et militants. Mais il ne faut pas non plus surestimer son influence : par exemple, sur la décennie 2008-2018, au lieu de diminuer de 50 % son usage des pesticides, la France l’a augmenté de 25 %… »

Le militant souligne également tout le travail effectué par de nombreuses associations de protection de la nature avant la publication de l’ouvrage : « Ce livre n’arrive pas comme un ovni ou par hasard, son autrice faisait déjà partie d’une communauté de pensée et d’action dans son pays. À l’époque, il y avait déjà beaucoup de choses qui se passaient, avec notamment des personnes engagées dans tout un tas d’alternatives, notamment en agriculture biologique. »  Catherine Larrère, elle, cite Notre environnement synthétique, livre du philosophe américain Murray Bookchin sorti quelques mois avant Printemps silencieux — sans connaître le même succès.

« Elle a largement participé à la prise de conscience »

Martine Laplante, engagée de longue date chez les Amis de la Terre — elle en fut la présidente de 2009 à 2013 —, évoque de son côté Ivan Illich, ou encore Jacques Ellul : « Il y avait plein de mouvements qui s’élevaient derrière elle, avec d’autres auteurs qui ont travaillé sur le productivisme et la technique au début des années 70. Mais elle a largement participé à la prise de conscience sur les méfaits de l’agriculture intensive et chimique, tout en ayant la spécificité d’avoir montré l’interdépendance des enjeux. »

Selon elle, Rachel Carson fait ainsi partie des autrices qui ont largement influencé René Dumont, premier candidat écologiste à l’élection présidentielle, en 1974. « À la base, il était productiviste, avant de devenir un écologiste assez remarquable. Ce livre a pu inspirer un certain nombre de militants, dont des personnes engagées au sein des Amis de la Terre : Printemps silencieux est un livre ressource pour notre association », note Martine Laplante. Pour la militante, cet essai reste ainsi une lecture féconde en 2022 : « Tout ce qu’elle écrit est encore valable aujourd’hui. En fait, lire Printemps silencieux fait du bien et du mal à la fois. Du bien, car elle avait raison sur absolument tout. Du mal, car on voit que cela fait 60 ans que les problèmes sont mis sur la table, et que l’on en est pourtant toujours au même point. »

J'ajoute plutôt que c'est bien pire car justement, maintenant, on sait, on a le recul, les connaissances scientifiques, les alertes ont été lancées. Et rien n'y fait. Les oiseaux meurent par milliers, par centaines de milliers, par millions. Où sont passés les vanneaux qui emplissaient de leur murmuration le ciel de mon enfance ? 

Le syndrome de la ligne de base fluctuante dans la nature

Par Le 25/04/2026

J'ai connu des zones humides en Bretagne où j'ai passé mon enfance, des marais où foisonnait une diversité de faune et de flore dont je n'avais pas conscience et une fois adulte, j'ai voulu montrer ces lieux à nos enfants et à la place, j'ai découvert des lotissements et des zones commerciales, des périphériques et des ronds-points, des stations essence et des Mc Do.

Au printemps, dès les premières lumières du jour, le chant des oiseaux envahissaient l'espace, il était impossible de dormir avec une fenêtre ouverte. Aujourd'hui, c'est le silence qui m'empêche de dormir.

Lorsque je faisais le parcours Quimper-Chamonix en voiture, c'était toujours de nuit et je me souviens de cette "bouillie" d'insectes sur le pare-brise. Aujourd'hui, quand je vois un insecte écrasé, je me dis que je participe à une espèce en voie d'extinction et ça me ronge.

J'ai connu des côtes rocheuses où je pouvais courir sur des sentiers pendant des kilomètres et aujourd'hui, ils sont découpés en portions par des parkings immenses et des voies goudronnées pour accéder à la mer.

J'ai connu des vallées de montagne alors qu'elles n'étaient pas encore devenues des spots touristiques surpeuplés.

Ici, on a acheté un hectare de terrain, on est complètement isolé, des champs et des bois partout et pourtant, mes caméras infrarouge de nuit n'ont encore jamais photographié de hérissons ou de blaireaux, juste un renard et un chevreuil. Où sont passés les hérissons qu'on voyait si nombreux il y a dix ans ?  

Je vais toujours en montagne et je cherche intensément les lieux préservés mais je n'en mets ici aucun récit ou description. J'ai lu un article qui annonçait une restriction des bivouacs en montagne, au bord des lacs, parce que les impacts sur la faune et la flore sont dramatiques.

Je ne m'habitue aucunement à ces désastres et je sais parfaitement que la situation actuelle n'est pas normale.

La disparition progressive de cette vie foisonnante que j'ai connue est un drame.

C'est pour moi d'une infinie tristesse.

 

A lire également ces deux anciens articles sur "l'amnésie environnementale"

L'amnésie environnementale

L'amnésie environnementale (2)

 

Le syndrome de la ligne de base fluctuante dans la nature

 

Le syndrome de la ligne de base changeante décrit comment les communautés oublient les changements environnementaux passés, faisant passer un environnement dégradé pour naturel pour les générations futures.

 

1. Définition

 

Le syndrome de la ligne de base fluctuante désigne la tendance des individus et des sociétés à percevoir comme « normal » l’état actuel d’un écosystème, en oubliant ou en sous‑estimant les conditions passées. Chaque génération accepte comme référence les niveaux de biodiversité, de pollution ou de ressources qu’elle observe durant son enfance, ce qui conduit à une dégradation progressive masquée par l’impression que l’état actuel est naturel.

2. Origine du concept

Pierre Pauly (1995) : premier à formuler le terme shifting baseline syndrome dans le contexte de la pêche, en montrant que les pêcheurs jugent les stocks actuels comme normaux alors qu’ils sont déjà fortement réduits.

Depuis, le concept s’est étendu à la biologie de la conservation, à l’écologie marine, à la gestion des forêts, à la qualité de l’air et à d’autres domaines environnementaux.

3. Mécanismes psychologiques et sociologiques

 

Mémoire sélective : Les souvenirs d’environnements riches en biodiversité s’estompent avec le temps.

Normalisation : Les changements graduels sont perçus comme des variations naturelles.

Transmission culturelle : Les connaissances écologiques sont transmises de génération en génération sans référence historique précise.

Biais de disponibilité : Les informations les plus récentes sont les plus accessibles et influencent les jugements.

4. Exemples concrets

 

Pêche : Diminution des tailles moyennes de poissons; les jeunes pêcheurs considèrent les stocks actuels comme normaux.

Forêts : Réduction de la surface des forêts anciennes; les habitants des zones rurales voient les forêts fragmentées comme le paysage habituel.

Coraux : Dégradation des récifs coralliens; les touristes jugent les récifs blanchis comme « naturel ».

Qualité de l’air : Augmentation progressive des particules fines en milieu urbain; les citadins acceptent un niveau de pollution plus élevé comme la norme.

5. Conséquences

Sous‑estimation de la perte de biodiversité : les politiques de conservation peuvent viser des objectifs déjà dégradés.

Mauvaise allocation des ressources : les budgets sont alloués à la « gestion » d’un état déjà altéré, au lieu de viser la restauration.

Perte de résilience : les écosystèmes sont moins capables de résister aux chocs (climat, invasions biologiques) lorsqu’ils sont déjà affaiblis.

"Il pleut des pesticides"

Par Le 24/04/2026

J'en ai déjà parlé iciDes pluies de pesticides

 

Les études s'enchaînent, les scientifiques alertent. Et ils dépriment. Tout autant que les pollinisateurs qui disparaissent.

Effrayant. 

 

EntretienAgriculture

https://reporterre.net/Il-pleut-litteralement-des-pesticides-18-scientifiques-alertent-sur-les-dangers-de-la-loi

« Il pleut littéralement des pesticides » : 18 scientifiques alertent sur les dangers de la loi Duplomb pour les pollinisateurs

«<small class="fine d-inline"> </small>Il pleut littéralement des pesticides<small class="fine d-inline"> </small>» : 18 scientifiques alertent sur les dangers de la loi Duplomb pour les pollinisateurs

Dans une tribune, 18 scientifiques appellent à protéger les pollinisateurs, menacés par les pesticides. À l’origine de cette initiative, Bertrand Schatz revient sur le fossé qui se creuse entre science et décisions politiques.

« La France doit privilégier la protection des pollinisateurs plutôt que l’utilisation des pesticides. » Tel est le titre d’une lettre signée par dix-huit scientifiques français et publiée le 23 avril dans la revue Science. Les chercheurs y rappellent les données scientifiques alarmantes : les populations d’insectes pollinisateurs, essentiels dans les écosystèmes, s’effondrent, et ce déclin est en grande partie dû aux pesticides.

Dans ce contexte, la tentative de réintroduire deux insecticides néonicotinoïdes dangereux en France, via la loi Duplomb, est pour eux un non-sens total. Ces réintroductions, d’abord censurées par le Conseil constitutionnel, sont en passe de revenir en force via le vote d’une loi Duplomb 2, au mépris des faits.

Alors que l’on sait que des alternatives aux pesticides existent, les scientifiques appellent les législateurs français et européens à — enfin — mener « des politiques conformes au consensus scientifique ».

Bertrand Schatz, directeur de recherche au CNRS, dirige le groupement de recherche Pollinéco, qui fédère plus de 250 scientifiques français, belges et suisses spécialistes en écologie des pollinisateurs. Il est à l’initiative de cette lettre et explique à Reporterre les dangers du fossé qui ne cesse de se creuser entre la science et les décisions politiques.

Reporterre — De nombreux scientifiques se sont déjà exprimés contre la loi Duplomb ces derniers mois. Qu’est-ce qui vous a poussé à publier cette nouvelle lettre dans Science ?

Bertrand Schatz — L’impression de vivre en pleine dystopie. Nous étions en pleine semaine d’évaluation de la situation des abeilles sauvages, pour établir la prochaine liste rouge des espèces d’abeilles sauvages menacées avec les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et la même semaine, on voit surgir cette nouvelle loi Duplomb qui insiste pour réintroduire deux néonicotinoïdes. C’est juste l’inverse de ce qu’il faut faire.

On constate que de nombreuses espèces d’abeilles sauvages sont menacées, que leurs populations diminuent. Et on travaille à trouver des solutions pour restaurer leurs milieux, mais tous ces efforts sont balayés tant qu’on continue d’appliquer des pesticides.

C’est très frustrant en tant que chercheur : on n’a jamais disposé d’autant de données, de rapports internationaux et nationaux, de l’IPBES par exemple, et de listes rouges qui nous disent tous que les espèces sont de plus en plus menacées, notamment les pollinisateurs. Et les pesticides sont une des principales menaces pour ces pollinisateurs. On est là pour éclairer les décisions publiques et on a l’impression que les décideurs ne tiennent pas compte de nos travaux.

Le message d’alerte lancé par la science est brouillé par la propagande de l’agro-industrie et de ses relais, qui prétendent que les néonicotinoïdes réintroduits sont beaucoup moins dangereux que d’autres. Comment contrer ces discours relativistes, qui s’appuient notamment sur l’expertise de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, qui pointe des incertitudes mais ne s’oppose pas à l’utilisation de ces produits ?

Il y a de nombreux trous dans la raquette de l’évaluation de l’Efsa. Elle mesure le taux de létalité des abeilles après quarante-huit heures d’exposition à un pesticide. Mais quid après des mois, voire après des années d’exposition de générations d’abeilles ? De plus, l’évaluation est faite uniquement sur l’abeille domestique, qui est une espèce hyper résistante, et sociale, donc en capacité d’être aidée par ses congénères en cas de faiblesse. À l’inverse, avec une espèce d’abeille sauvage solitaire plus fragile, si on perd un mâle ou une femelle, c’est toute une microcolonie qui est menacée.

« Dans un verger, une abeille peut être exposée des dizaines de fois au même pesticide »

Autre grosse limite : chaque pesticide est testé sur les abeilles en les exposant une seule fois. Alors que dans un verger, une abeille peut être exposée des dizaines de fois au même pesticide. Sur les pommiers, un traitement peut être passé une trentaine de fois, jusqu’à une fois par semaine lorsque les arbres sont en fleurs. Quel est l’effet de ces expositions répétées sur les pollinisateurs ? On n’en a aucune idée.

Sans parler de l’effet cocktail : l’Efsa ne teste même pas les effets que peuvent avoir deux pesticides associés sur une abeille, alors que les insectes sont exposés à des dizaines de substances dans l’environnement, dont on ne connaît pas non plus l’effet cumulé.

C’est toute la difficulté : la compréhension des interactions dans des milieux aussi complexes laisse nécessairement des incertitudes. Comment éviter le piège de ceux qui exigent des « preuves absolues » avant d’agir ?

Des preuves, sur le terrain, on en constate partout, tout le temps. On a des milliers de cas d’apiculteurs qui ont mis leurs ruches sur des vergers et dont les colonies sont mortes juste après le passage de pesticides. Ceux qui contestent ces effets ne sont jamais venus sur le terrain ou refusent de constater la réalité.

Et puis, il ne faut pas oublier l’approche « une seule santé », de plus en plus intégrée notamment par l’Organisation mondiale de la santé. La santé des espèces, celle des écosystèmes (communautés d’espèces, eau, sols) et la santé des humains sont toutes liées entre elles. Et on sait que les pesticides contaminent massivement tous les milieux.

« L’argument sur l’absence d’alternatives aux pesticides est simplement faux »

Il pleut littéralement des pesticides comme le montre le dernier rapport de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) sur le sujet. Le lien entre de nombreuses maladies humaines (cancers, maladies neurodégénératives) et les pesticides est de plus en plus direct, comme le montrent les rapports de l’Inserm.

Il y a d’autant moins de raisons de ne pas agir que l’on connaît des solutions. L’argument sur l’absence d’alternatives aux pesticides est simplement faux. De nombreux chercheurs travaillent au développement d’alternatives, à l’agroécologie. Les agriculteurs ont juste besoin de moyens financiers et d’accompagnement. On n’a aucune politique volontariste sur le sujet.

Outre la perte de leur valeur intrinsèque, quelles seraient les conséquences de la disparition des principaux insectes pollinisateurs ?

Les abeilles sauvages et les syrphes sont les deux contributeurs majeurs à la pollinisation, avec les abeilles domestiques bien sûr. Mais on trouve aussi de nombreux autres pollinisateurs, papillons, coléoptères, hyménoptères ou diptères. Tous sont essentiels si l’on veut conserver des écosystèmes et des paysages fleuris : 87 % des plantes dépendent, de manière plus ou moins importante, des pollinisateurs à l’échelle européenne. L’agriculture en a aussi besoin : 35 % des espèces cultivées dépendent de ces insectes pollinisateurs.

Lire aussi : Ces militants sèment des fleurs résistantes aux pesticides dans un énorme champ de tulipes

La bonne nouvelle, c’est que bien que beaucoup de ces espèces sont en régression (en abondance par espèce), elles n’ont pas encore disparu. Il y a donc encore un espoir, si l’on change radicalement de pratiques agricoles, de les voir à nouveau abondantes.

En mode "pro"

Par Le 24/04/2026

Depuis une semaine, je ne pouvais plus poster de nouvel article.

J'avais un message de l'hébergeur "e-monsite" qui m'indiquait que j'avais atteint le "plafond" en nombre de pages et en nombre d'articles et que je devais passer sur un abonnement "professionnel" pour pouvoir continuer à utiliser le site.

De 45 euros par an, je devais passer à 66 euros.

Et comme je suis attaché à ce site au regard de tout ce qu'il contient de personnel et du nombre de gens qui viennent le lire quotidiennement, je suis donc passé en mode "professionnel" ^^

De toute façon, après avoir regardé d'autres offres sur des sites concurrents, celui-ci est à un tarif tout à fait honorable et je maîtrise quand même pas trop mal son usage. L'aide en ligne est de qualité dès lors que les responsables prennent en compte le fait que je suis à des années lumière d'un passionné de l'informatique. 

Donc, l'histoire de ce blog continue.

Et si vous y trouvez un quelconque intérêt, ne vous privez pas de le partager à vos connaissances. Merci.

"Le mythe de Sisyphe"

Par Le 11/04/2026

 

 

A écouter, à lire et bien évidemment ne pas oublier le livre de Camus.

J'étais en Terminale littérature-philo quand je l'ai lu et l'association de ces deux phrases m'est restée, à tout jamais.

« Il faut imaginer Sisyphe heureux » car « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme. »

L'été de mes 17 ans, j'étais monté au sommet du Mont-Blanc, j'avais cette phrase en tête et le livre "Les conquérant de l'inutile" de Lionel Terray ne me quittait pas.

Le Sens du Sacré (2) (15/03/2013)

Oui, c'était inutile, absurde même puisque le sommet atteint, je devais redescendre. Mais je l'avais choisi, j'en étais conscient et ce que je découvrais de moi, là-haut, rien d'autre ne pouvait me l'enseigner. Je poussais consciemment ce rocher et je redescendais le chercher pour remonter ensuite. Et j'en étais infiniment heureux. Je le suis toujours.

J'ai retrouvé cet ancien article. Je n'en changerai pas un mot aujourd'hui :

"Il faut imaginer Sisyphe heureux. " (12/10/2011)

 

Le mythe de Sisyphe

"Il faut imaginer Sisyphe heureux"

 

Vendredi 3 avril 2026

France Inter

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Provenant du podcast

Les punchlines de la philo (cliquer)

Par Thibaut de Saint Maurice

 

 

 

Si l’on cherche un vrai paradoxe, en voilà un, dans cette citation d'Albert Camus.

Sisyphe est un roi de l’Antiquité grecque qui a eu l’audace de tromper les dieux à deux reprises : il a enchaîné la Mort elle-même, puis s’est échappé des Enfers. Sa punition est à la mesure de son insolence : il est condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne. Et une fois arrivé en haut, il le voit redescendre de l’autre côté. Et doit donc recommencer. Tous les jours, éternellement et sans aucune raison. C’est l’image même de l’absurde, c’est-à-dire de ce qui n’a strictement aucun sens.

L’absurdité de notre vie humaine

Et c’est l’image dont Camus se sert pour penser toute l’absurdité de notre vie humaine. C’est ce qu’il développe dans son livre intitulé Le Mythe de Sisyphe , publié en 1942. Pourtant, la dernière phrase de ces 150 pages qui expliquent que la vie n’a pas de sens donné, que le monde reste silencieux face à nos questions et que l’espoir est une illusion, c’est : "Il faut imaginer Sisyphe heureux".

Alors moi je veux bien essayer. On peut tous essayer. Mais je ne vois pas bien comment, si nos vies sont absurdes, si nous ne faisons que pousser un rocher qui finit toujours par redescendre, je ne vois pas bien comment nous pourrions être heureux. Et surtout pourquoi il faudrait absolument nous imaginer que nous sommes heureux…

De la pensée positive ?

Ça ressemble à de la pensée positive un peu forcée : "Je vais bien, tout va bien". Ça en a l’odeur et le goût, mais ce n’est pas de la pensée positive. C’est même exactement l’inverse. Parce que Camus ne dit pas qu’il faut imaginer Sisyphe heureux comme une consolation. Il dénonce même nos tentatives de consolation comme des illusions. Pour lui, résoudre l’absurde par un saut vers la foi religieuse ou vers l’espoir d’un sens caché, c’est un "suicide philosophique". Il faut renoncer à l’espoir, refuser de se mentir sur sa condition. C'est justement depuis cette vérité-là que la joie devient possible. Facile à dire, me direz-vous, mais pas facile à comprendre.

Alors voilà comment ça marche. Dans son livre, Camus attire notre attention sur le moment de la descente : "C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse", dit-il. Après que le rocher a roulé en bas, Sisyphe redescend à son tour, les mains vides, conscient de ce qui l’attend. Il le voit, il le pense, et il y retourne quand même. Et c’est dans cette descente lucide que quelque chose bascule : en acceptant pleinement l’absurdité de sa tâche, Sisyphe la domine. Il cesse d’en être la victime passive. Les dieux ont voulu le punir par un supplice absurde ; il retourne cette absurdité contre eux en la regardant en face.

Le choix de la lucidité

Voilà, c’est pour cela qu’il faut imaginer Sisyphe heureux. Parce qu’au cœur de l’absurdité de sa vie, il lui reste cette lucidité comme une lumière dans la nuit. Et à notre tour, même quand nous n’y comprenons plus rien et que nous sommes submergés par l’absurdité de nos vies, même quand nous poussons, toutes et tous, les rochers de nos vies, nous pouvons faire le choix de la lucidité. C’est ce travail pénible qui recommence chaque lundi, cette douleur chronique qui bouffe les articulations, ces incompréhensions qui rongent nos relations ou, tout simplement, ces tomates qui n’ont plus de goût au cœur de l’été.

Dans ces combats dont nous ne voyons pas le bout, dans ces routines qui contaminent tout, Camus ne nous promet pas le grand soir d’un changement qui renverserait tout. Il nous dit seulement que la conscience que nous apportons à notre effort nous appartient, et que personne ne peut nous l’enlever. Imaginer Sisyphe heureux, c’est se rappeler que le bonheur n’attend pas que les choses s’arrangent. Il commence au moment où l’on cesse d’en être la victime et que l’on entre en résistance intérieure. Ou comme le disait le poète René Char : "La lucidité est la blessure la plus proche du soleil".

À écouter

L’espoir fait-il vivre ? Camus, "Il faut imaginer Sisyphe heureux"

Les Chemins de la philosophie

France Culture

 

 

 

 

 

Albert Camus

 

 

Philosophie

 

 

 

 

 

 

Huit voix

Par Le 10/04/2026

 Depuis que j'ai découvert cette vidéo, je l'écoute tous les soirs et je suis toujours aussi fasciné. Jamais, je n'aurais imaginé que cette oeuvre musicale puisse être interprétée par huit voix, juste huit voix, avec une telle puissance, une telle justesse, une telle perfection, comme si l'intégralité d'un orchestre symphonique était là.

Je n'aime pas les religions mais il m'arrive d'aimer les chants religieux, tout autant que je suis fasciné par la beauté des églises et des cathédrales. Dans nos périples à pied, si on passe à côté d'une église, on entre, toujours et on écoute le silence. Parfois, si on est seul, on chante. Et toujours, je pense à ces hommes qui ont bâti ces monuments puis à tous ces êtres qui sont venus s'y recueillir. Il y a tant de vies qui sont passés dans ces lieux. 

Le panthéisme

Par Le 09/04/2026

Pour en revenir au texte précédent et que les choses soient claires, je n'adhère à aucune religion monothéiste et ce ne sont pas les événements en cours, musulmans, juifs, chétiens (créationnisme) qui vont me faire changer d'avis. Pour ceux et celles qui auraient lu "Là-haut (le roman), vous avez eu un aperçu de ce que que je pense des religions.

Un ancien article : 

Religion/Spiritualité

 

 Par Le 29/06/2020 

J'ai déjà tenté ici de décrire ce que représente pour moi ces deux aspects de la psyché humaine.


Je viens de lire ceci et ça me convient intégralement. Aucun jugement de ma part envers qui que ce soit. (Je tiens à le préciser vu deux commentaires reçus dernièrement). Quand je parle de comportements humains, je ne "juge" pas les humains mais leurs actes. Et le mot "jugement" n'a aucune connotation agressive. Je parle de faits. C'est tout. Je ne suis pas juge. Ce que je pense et écrit ne change rien à rien. 

 

" La religion est pour ceux qui ont peur d'aller en enfer, la spiritualité pour ceux qui y sont allés. "

- Proverbe Sioux -

 

Pour ce qui est de mes croyances ou plutôt de mes certitudes, je résumerai en une phrase : tout est conscience. Ce qui me place dans la sphère du panthéisme, bien que je n'aime aucune catégorie d'aucune sorte, dès lors qu'elles deviennent des identifications.

Pour ceux et celles qui voudraient  aller plus loin, je vous invite sur la page wikipedia sur le panthéisme :

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Panth%C3%A9isme

"Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle « Dieu est tout ». Elle se distingue du monothéisme en considérant que Dieu n'est pas un être personnel distinct du monde, mais qu'il est l'intégralité du monde ; cette conception est appelée l'immanence par opposition au principe de transcendance du Dieu créateur monothéiste.

 

Ou vers cet ancien article sur Spinoza et le panthéisme:

Spinoza et le panthéisme

 

Oui, la lecture de Spinoza est ardue et j'ai mis bien des années avant de commencer à prendre conscience de la portée de ses textes. Je ne le regrette pas.