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"Printemps silencieux" de Rachel Carson
Par
Thierry LEDRU
Le 25/04/2026
Des printemps silencieux, année après année. Quant à ceux et celles qui clameraient que "si, si, on entend encore des oiseaux", je les renvoie à l'article précédent.
Ici, j'ai installé des nichoirs (huit), de différentes tailles, pour différentes espèces : mésanges charbonnières, mésanges à tête bleue, sitelles, pinsons, bouvreuils. Deux sont habités...Et ça n'est pas une question de dimension ou d'emplacement, je sais ce dont ils ont besoin. C'est juste qu'il n'y a quasiment pas d'oiseaux. On habite dans ce qui s'appelle "l'Ardèche verte"... Oui, c'est vert mais c'est vide.
https://reporterre.net/Printemps-silencieux-comment-un-livre-a-bouleverse-la-lutte-ecolo
« Printemps silencieux » : comment un livre a bouleversé la lutte écolo

En 1962, la parution du livre de la biologiste Rachel Carson fit l’effet d’un coup de tonnerre. Son alerte sur les pesticides a conduit à l’interdiction du DDT, et est devenue une référence incontournable de l’écologie politique.
Pionnière de l’écologie, Rachel Carson publiait Printemps silencieux le 27 septembre 1962. Reporterre revient en 3 articles sur l’histoire et les travaux de cette femme visionnaire. Le 1ᵉʳ est ici et le 3ᵉ là.
« Il y avait un étrange silence dans l’air. Les oiseaux par exemple — où étaient-ils passés ? On se le demandait, avec surprise et inquiétude. Ils ne venaient plus picorer dans les cours. Les quelques survivants paraissaient moribonds ; ils tremblaient, sans plus pouvoir voler. Ce fut un printemps sans voix. » En très peu de mots, Rachel Carson a tout dit : la beauté de la nature, le déchirement intime lié à sa destruction, le calme avant la fin du monde.
Nous étions le 27 septembre 1962 quand la biologiste américaine a publié Printemps silencieux (Silent spring en version originale), premier livre consacré aux effets désastreux des pesticides et du productivisme agricole sur le vivant. Ces 300 pages mêlant descriptions sensibles des campagnes américaines, témoignages d’habitants et références scientifiques pointues se sont particulièrement intéressées aux dégâts causés par un insecticide : le « dichloro-diphényl-trichloroéthane », mieux connu sous le nom de « DDT ». Extinction de la biodiversité, développement insidieux de cancers chez les humains… L’autrice a raconté comment ce « biocide », promu cyniquement par les dirigeants américains et l’industrie agrochimique à partir des Trente glorieuses, a tout anéanti sur son passage.
C’est que, « dans la nature, tout est lié » : Rachel Carson a décrit un monde, notre monde, où, sous l’effet des pesticides, « la puce meurt d’avoir mordu le chien, l’insecte est asphyxié par l’arôme de la plante, l’abeille rapporte à sa ruche un nectar empoisonné, et fabrique du miel vénéneux ».

Rachel Carson a été parmi les premières à voir dans la disparition des oiseaux un indicateur du déclin de la biodiversité, souligne le président de la Ligue de protection des oiseaux. © P-O. C./ Reporterre
Cet essai, vendu depuis à plus de 2 millions d’exemplaires et traduit en 30 langues, a eu l’effet d’une bombe : en 1972, l’agence de protection de l’environnement des États-Unis, créée deux ans plus tôt, a interdit l’usage agricole du DDT sur le continent. En France, cette décision a été prise en 1971. De quoi donner très vite à Printemps silencieux le statut de boussole et de référence incontournable dans les milieux écolos.
« Sans ce livre, [qui] a changé le cours de l’histoire, le mouvement écologiste aurait pu être largement retardé — ou tout simplement ne jamais voir le jour », écrit même l’ex-vice-président américain Al Gore dans l’introduction d’une réédition française proposée par Wildproject, en 2009. Mais quelle a été son influence en France, où il fut disponible aux éditions Plon à partir de 1963 ?

Un chevalier à pattes jaunes, dans la Réserve nationale de vie sauvage Rachel Carson, aux États-Unis. Domaine public / U.S. Fish and Wildlife Service Northeast Region
« C’est vraiment un livre qui est fondateur de l’écologie moderne : Rachel Carson a fait faire un bond de géant à l’écologie en ce qui concerne la compréhension de la nature et le fait que tout est interdépendant », explique François Veillerette, directeur de Générations futures, association de défense de l’environnement. Co-auteur de Pesticides : révélations sur un scandale français (Fayard, 2007, avec Fabrice Nicolino), le militant évoque auprès de Reporterre « un bouquin absolument visionnaire », tant au niveau de son contenu que de la méthodologie employée par l’autrice. « Ce livre a inspiré beaucoup de personnes sur leur façon d’écrire et de travailler : Rachel Carson avait compris avant tout le monde qu’il est essentiel pour le public de pouvoir lire et étudier la science. »
Un avis partagé par la philosophe Catherine Larrère, autrice de Penser et agir avec la nature : une enquête philosophique (La Découverte, 2015) : « À l’époque, elle a fait le travail que fait le Giec aujourd’hui : elle a réuni et rendu publiques de nombreuses publications scientifiques qui avaient été publiées avant la guerre, et qui étaient très peu connues jusqu’ici. » Pour cette spécialiste des questions éthiques et politiques liées à la crise environnementale, Rachel Carson était en fait une « lanceuse d’alerte » : « Avec ce livre, c’est la première fois qu’il est aussi clairement dit que les applications techniques de la science dans des buts productivistes sont dangereux pour la nature et pour l’homme. Et puis, elle met également en avant un autre enjeu extrêmement important, toujours d’actualité aujourd’hui : le droit au savoir des personnes qui subissent les conséquences de cette pollution. »
La disparition des oiseaux, une « peine personnelle »
Catherine Larrère loue ainsi un essai « scientifiquement impeccable », qui réussit en outre le prodige d’être agréable à lire. Dans ce livre où l’on croise des rouges-gorges et des pélicans, des ratons-laveurs et des poissons, des herbes folles et des rivières, de nombreux passages sont en effet déchirants de beauté… et de tristesse. « Elle est un véritable écrivain, qui transmet son amour de la nature : elle parle du monde vécu, et de la nature qu’il y a autour d’elle aux États-Unis. Par exemple, elle raconte à quel point la disparition des oiseaux provoque chez les gens une peine personnelle, ce qui est extrêmement important », dit la philosophe.
D’autant que pour Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) depuis 1986, la biologiste a été l’une des premières à alerter sur « le fait que le déclin de l’oiseau pouvait conduire au déclin de l’humanité » : « De nos jours, les oiseaux sont considérés scientifiquement comme les indicateurs de l’état de la biodiversité au niveau européen, et son travail y a grandement contribué. Elle a été précurseure sur cette question de façon admirable. »
Pour le militant, Printemps silencieux s’inscrit ainsi pleinement dans l’histoire de la LPO : « On s’envoyait des références utiles pour le combat que nous avions à mener, et ce livre en faisait partie. Il a éclairé et continue à éclairer nos consciences d’ornithologues. » Allain Bougrain Dubourg souligne aussi comment Rachel Carson « a prouvé que l’engagement peut être utile et fertile ». « Après la sortie de son livre, le DDT a été interdit. Elle nous montre l’exemple, en invitant chacun d’entre nous à s’engager à sa mesure », s’enthousiasme-t-il.

Fleurs, insectes, oiseaux : l’effacement de certaines espèces entraîne celui des autres. En montrant que dans la nature tout est interdépendant, Rachel Carson a fait faire « un bond de géant » à l’écologie. © P-O. C./ Reporterre
Arnaud Swchartz, président de France nature environnement (FNE), est un peu plus mesuré : « Il est certain que ce livre a eu un effet de détonateur, tant aux États-Unis qu’en Europe, où l’agriculture fortement mécanisée et utilisatrice d’intrants chimiques était en train de se déployer. En outre, il a permis que, dans la société, le sujet des pesticides soit abordé au-delà des milieux associatifs et militants. Mais il ne faut pas non plus surestimer son influence : par exemple, sur la décennie 2008-2018, au lieu de diminuer de 50 % son usage des pesticides, la France l’a augmenté de 25 %… »
Le militant souligne également tout le travail effectué par de nombreuses associations de protection de la nature avant la publication de l’ouvrage : « Ce livre n’arrive pas comme un ovni ou par hasard, son autrice faisait déjà partie d’une communauté de pensée et d’action dans son pays. À l’époque, il y avait déjà beaucoup de choses qui se passaient, avec notamment des personnes engagées dans tout un tas d’alternatives, notamment en agriculture biologique. » Catherine Larrère, elle, cite Notre environnement synthétique, livre du philosophe américain Murray Bookchin sorti quelques mois avant Printemps silencieux — sans connaître le même succès.
« Elle a largement participé à la prise de conscience »
Martine Laplante, engagée de longue date chez les Amis de la Terre — elle en fut la présidente de 2009 à 2013 —, évoque de son côté Ivan Illich, ou encore Jacques Ellul : « Il y avait plein de mouvements qui s’élevaient derrière elle, avec d’autres auteurs qui ont travaillé sur le productivisme et la technique au début des années 70. Mais elle a largement participé à la prise de conscience sur les méfaits de l’agriculture intensive et chimique, tout en ayant la spécificité d’avoir montré l’interdépendance des enjeux. »
Selon elle, Rachel Carson fait ainsi partie des autrices qui ont largement influencé René Dumont, premier candidat écologiste à l’élection présidentielle, en 1974. « À la base, il était productiviste, avant de devenir un écologiste assez remarquable. Ce livre a pu inspirer un certain nombre de militants, dont des personnes engagées au sein des Amis de la Terre : Printemps silencieux est un livre ressource pour notre association », note Martine Laplante. Pour la militante, cet essai reste ainsi une lecture féconde en 2022 : « Tout ce qu’elle écrit est encore valable aujourd’hui. En fait, lire Printemps silencieux fait du bien et du mal à la fois. Du bien, car elle avait raison sur absolument tout. Du mal, car on voit que cela fait 60 ans que les problèmes sont mis sur la table, et que l’on en est pourtant toujours au même point. »
J'ajoute plutôt que c'est bien pire car justement, maintenant, on sait, on a le recul, les connaissances scientifiques, les alertes ont été lancées. Et rien n'y fait. Les oiseaux meurent par milliers, par centaines de milliers, par millions. Où sont passés les vanneaux qui emplissaient de leur murmuration le ciel de mon enfance ?
Le syndrome de la ligne de base fluctuante dans la nature
Par
Thierry LEDRU
Le 25/04/2026
J'ai connu des zones humides en Bretagne où j'ai passé mon enfance, des marais où foisonnait une diversité de faune et de flore dont je n'avais pas conscience et une fois adulte, j'ai voulu montrer ces lieux à nos enfants et à la place, j'ai découvert des lotissements et des zones commerciales, des périphériques et des ronds-points, des stations essence et des Mc Do.
Au printemps, dès les premières lumières du jour, le chant des oiseaux envahissaient l'espace, il était impossible de dormir avec une fenêtre ouverte. Aujourd'hui, c'est le silence qui m'empêche de dormir.
Lorsque je faisais le parcours Quimper-Chamonix en voiture, c'était toujours de nuit et je me souviens de cette "bouillie" d'insectes sur le pare-brise. Aujourd'hui, quand je vois un insecte écrasé, je me dis que je participe à une espèce en voie d'extinction et ça me ronge.
J'ai connu des côtes rocheuses où je pouvais courir sur des sentiers pendant des kilomètres et aujourd'hui, ils sont découpés en portions par des parkings immenses et des voies goudronnées pour accéder à la mer.
J'ai connu des vallées de montagne alors qu'elles n'étaient pas encore devenues des spots touristiques surpeuplés.
Ici, on a acheté un hectare de terrain, on est complètement isolé, des champs et des bois partout et pourtant, mes caméras infrarouge de nuit n'ont encore jamais photographié de hérissons ou de blaireaux, juste un renard et un chevreuil. Où sont passés les hérissons qu'on voyait si nombreux il y a dix ans ?
Je vais toujours en montagne et je cherche intensément les lieux préservés mais je n'en mets ici aucun récit ou description. J'ai lu un article qui annonçait une restriction des bivouacs en montagne, au bord des lacs, parce que les impacts sur la faune et la flore sont dramatiques.
Je ne m'habitue aucunement à ces désastres et je sais parfaitement que la situation actuelle n'est pas normale.
La disparition progressive de cette vie foisonnante que j'ai connue est un drame.
C'est pour moi d'une infinie tristesse.
A lire également ces deux anciens articles sur "l'amnésie environnementale"
L'amnésie environnementale (2)
Le syndrome de la ligne de base fluctuante dans la nature
Le syndrome de la ligne de base changeante décrit comment les communautés oublient les changements environnementaux passés, faisant passer un environnement dégradé pour naturel pour les générations futures.
1. Définition
Le syndrome de la ligne de base fluctuante désigne la tendance des individus et des sociétés à percevoir comme « normal » l’état actuel d’un écosystème, en oubliant ou en sous‑estimant les conditions passées. Chaque génération accepte comme référence les niveaux de biodiversité, de pollution ou de ressources qu’elle observe durant son enfance, ce qui conduit à une dégradation progressive masquée par l’impression que l’état actuel est naturel.
2. Origine du concept
Pierre Pauly (1995) : premier à formuler le terme shifting baseline syndrome dans le contexte de la pêche, en montrant que les pêcheurs jugent les stocks actuels comme normaux alors qu’ils sont déjà fortement réduits.
Depuis, le concept s’est étendu à la biologie de la conservation, à l’écologie marine, à la gestion des forêts, à la qualité de l’air et à d’autres domaines environnementaux.
3. Mécanismes psychologiques et sociologiques
Mémoire sélective : Les souvenirs d’environnements riches en biodiversité s’estompent avec le temps.
Normalisation : Les changements graduels sont perçus comme des variations naturelles.
Transmission culturelle : Les connaissances écologiques sont transmises de génération en génération sans référence historique précise.
Biais de disponibilité : Les informations les plus récentes sont les plus accessibles et influencent les jugements.
4. Exemples concrets
Pêche : Diminution des tailles moyennes de poissons; les jeunes pêcheurs considèrent les stocks actuels comme normaux.
Forêts : Réduction de la surface des forêts anciennes; les habitants des zones rurales voient les forêts fragmentées comme le paysage habituel.
Coraux : Dégradation des récifs coralliens; les touristes jugent les récifs blanchis comme « naturel ».
Qualité de l’air : Augmentation progressive des particules fines en milieu urbain; les citadins acceptent un niveau de pollution plus élevé comme la norme.
5. Conséquences
Sous‑estimation de la perte de biodiversité : les politiques de conservation peuvent viser des objectifs déjà dégradés.
Mauvaise allocation des ressources : les budgets sont alloués à la « gestion » d’un état déjà altéré, au lieu de viser la restauration.
Perte de résilience : les écosystèmes sont moins capables de résister aux chocs (climat, invasions biologiques) lorsqu’ils sont déjà affaiblis.
Par
Thierry LEDRU
Le 24/04/2026
J'en ai déjà parlé ici : Des pluies de pesticides
Les études s'enchaînent, les scientifiques alertent. Et ils dépriment. Tout autant que les pollinisateurs qui disparaissent.
Effrayant.
https://reporterre.net/Il-pleut-litteralement-des-pesticides-18-scientifiques-alertent-sur-les-dangers-de-la-loi
« Il pleut littéralement des pesticides » : 18 scientifiques alertent sur les dangers de la loi Duplomb pour les pollinisateurs

Dans une tribune, 18 scientifiques appellent à protéger les pollinisateurs, menacés par les pesticides. À l’origine de cette initiative, Bertrand Schatz revient sur le fossé qui se creuse entre science et décisions politiques.
« La France doit privilégier la protection des pollinisateurs plutôt que l’utilisation des pesticides. » Tel est le titre d’une lettre signée par dix-huit scientifiques français et publiée le 23 avril dans la revue Science. Les chercheurs y rappellent les données scientifiques alarmantes : les populations d’insectes pollinisateurs, essentiels dans les écosystèmes, s’effondrent, et ce déclin est en grande partie dû aux pesticides.
Dans ce contexte, la tentative de réintroduire deux insecticides néonicotinoïdes dangereux en France, via la loi Duplomb, est pour eux un non-sens total. Ces réintroductions, d’abord censurées par le Conseil constitutionnel, sont en passe de revenir en force via le vote d’une loi Duplomb 2, au mépris des faits.
Alors que l’on sait que des alternatives aux pesticides existent, les scientifiques appellent les législateurs français et européens à — enfin — mener « des politiques conformes au consensus scientifique ».
Bertrand Schatz, directeur de recherche au CNRS, dirige le groupement de recherche Pollinéco, qui fédère plus de 250 scientifiques français, belges et suisses spécialistes en écologie des pollinisateurs. Il est à l’initiative de cette lettre et explique à Reporterre les dangers du fossé qui ne cesse de se creuser entre la science et les décisions politiques.
Reporterre — De nombreux scientifiques se sont déjà exprimés contre la loi Duplomb ces derniers mois. Qu’est-ce qui vous a poussé à publier cette nouvelle lettre dans Science ?
Bertrand Schatz — L’impression de vivre en pleine dystopie. Nous étions en pleine semaine d’évaluation de la situation des abeilles sauvages, pour établir la prochaine liste rouge des espèces d’abeilles sauvages menacées avec les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et la même semaine, on voit surgir cette nouvelle loi Duplomb qui insiste pour réintroduire deux néonicotinoïdes. C’est juste l’inverse de ce qu’il faut faire.
On constate que de nombreuses espèces d’abeilles sauvages sont menacées, que leurs populations diminuent. Et on travaille à trouver des solutions pour restaurer leurs milieux, mais tous ces efforts sont balayés tant qu’on continue d’appliquer des pesticides.
C’est très frustrant en tant que chercheur : on n’a jamais disposé d’autant de données, de rapports internationaux et nationaux, de l’IPBES par exemple, et de listes rouges qui nous disent tous que les espèces sont de plus en plus menacées, notamment les pollinisateurs. Et les pesticides sont une des principales menaces pour ces pollinisateurs. On est là pour éclairer les décisions publiques et on a l’impression que les décideurs ne tiennent pas compte de nos travaux.
Le message d’alerte lancé par la science est brouillé par la propagande de l’agro-industrie et de ses relais, qui prétendent que les néonicotinoïdes réintroduits sont beaucoup moins dangereux que d’autres. Comment contrer ces discours relativistes, qui s’appuient notamment sur l’expertise de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, qui pointe des incertitudes mais ne s’oppose pas à l’utilisation de ces produits ?
Il y a de nombreux trous dans la raquette de l’évaluation de l’Efsa. Elle mesure le taux de létalité des abeilles après quarante-huit heures d’exposition à un pesticide. Mais quid après des mois, voire après des années d’exposition de générations d’abeilles ? De plus, l’évaluation est faite uniquement sur l’abeille domestique, qui est une espèce hyper résistante, et sociale, donc en capacité d’être aidée par ses congénères en cas de faiblesse. À l’inverse, avec une espèce d’abeille sauvage solitaire plus fragile, si on perd un mâle ou une femelle, c’est toute une microcolonie qui est menacée.
« Dans un verger, une abeille peut être exposée des dizaines de fois au même pesticide »
Autre grosse limite : chaque pesticide est testé sur les abeilles en les exposant une seule fois. Alors que dans un verger, une abeille peut être exposée des dizaines de fois au même pesticide. Sur les pommiers, un traitement peut être passé une trentaine de fois, jusqu’à une fois par semaine lorsque les arbres sont en fleurs. Quel est l’effet de ces expositions répétées sur les pollinisateurs ? On n’en a aucune idée.
Sans parler de l’effet cocktail : l’Efsa ne teste même pas les effets que peuvent avoir deux pesticides associés sur une abeille, alors que les insectes sont exposés à des dizaines de substances dans l’environnement, dont on ne connaît pas non plus l’effet cumulé.
C’est toute la difficulté : la compréhension des interactions dans des milieux aussi complexes laisse nécessairement des incertitudes. Comment éviter le piège de ceux qui exigent des « preuves absolues » avant d’agir ?
Des preuves, sur le terrain, on en constate partout, tout le temps. On a des milliers de cas d’apiculteurs qui ont mis leurs ruches sur des vergers et dont les colonies sont mortes juste après le passage de pesticides. Ceux qui contestent ces effets ne sont jamais venus sur le terrain ou refusent de constater la réalité.
Et puis, il ne faut pas oublier l’approche « une seule santé », de plus en plus intégrée notamment par l’Organisation mondiale de la santé. La santé des espèces, celle des écosystèmes (communautés d’espèces, eau, sols) et la santé des humains sont toutes liées entre elles. Et on sait que les pesticides contaminent massivement tous les milieux.
« L’argument sur l’absence d’alternatives aux pesticides est simplement faux »
Il pleut littéralement des pesticides comme le montre le dernier rapport de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) sur le sujet. Le lien entre de nombreuses maladies humaines (cancers, maladies neurodégénératives) et les pesticides est de plus en plus direct, comme le montrent les rapports de l’Inserm.
Il y a d’autant moins de raisons de ne pas agir que l’on connaît des solutions. L’argument sur l’absence d’alternatives aux pesticides est simplement faux. De nombreux chercheurs travaillent au développement d’alternatives, à l’agroécologie. Les agriculteurs ont juste besoin de moyens financiers et d’accompagnement. On n’a aucune politique volontariste sur le sujet.
Outre la perte de leur valeur intrinsèque, quelles seraient les conséquences de la disparition des principaux insectes pollinisateurs ?
Les abeilles sauvages et les syrphes sont les deux contributeurs majeurs à la pollinisation, avec les abeilles domestiques bien sûr. Mais on trouve aussi de nombreux autres pollinisateurs, papillons, coléoptères, hyménoptères ou diptères. Tous sont essentiels si l’on veut conserver des écosystèmes et des paysages fleuris : 87 % des plantes dépendent, de manière plus ou moins importante, des pollinisateurs à l’échelle européenne. L’agriculture en a aussi besoin : 35 % des espèces cultivées dépendent de ces insectes pollinisateurs.
La bonne nouvelle, c’est que bien que beaucoup de ces espèces sont en régression (en abondance par espèce), elles n’ont pas encore disparu. Il y a donc encore un espoir, si l’on change radicalement de pratiques agricoles, de les voir à nouveau abondantes.
Par
Thierry LEDRU
Le 24/04/2026
Depuis une semaine, je ne pouvais plus poster de nouvel article.
J'avais un message de l'hébergeur "e-monsite" qui m'indiquait que j'avais atteint le "plafond" en nombre de pages et en nombre d'articles et que je devais passer sur un abonnement "professionnel" pour pouvoir continuer à utiliser le site.
De 45 euros par an, je devais passer à 66 euros.
Et comme je suis attaché à ce site au regard de tout ce qu'il contient de personnel et du nombre de gens qui viennent le lire quotidiennement, je suis donc passé en mode "professionnel" ^^
De toute façon, après avoir regardé d'autres offres sur des sites concurrents, celui-ci est à un tarif tout à fait honorable et je maîtrise quand même pas trop mal son usage. L'aide en ligne est de qualité dès lors que les responsables prennent en compte le fait que je suis à des années lumière d'un passionné de l'informatique.
Donc, l'histoire de ce blog continue.
Et si vous y trouvez un quelconque intérêt, ne vous privez pas de le partager à vos connaissances. Merci.
Par
Thierry LEDRU
Le 11/04/2026
A écouter, à lire et bien évidemment ne pas oublier le livre de Camus.
J'étais en Terminale littérature-philo quand je l'ai lu et l'association de ces deux phrases m'est restée, à tout jamais.
« Il faut imaginer Sisyphe heureux » car « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme. »
L'été de mes 17 ans, j'étais monté au sommet du Mont-Blanc, j'avais cette phrase en tête et le livre "Les conquérant de l'inutile" de Lionel Terray ne me quittait pas.
Le Sens du Sacré (2) (15/03/2013)
Oui, c'était inutile, absurde même puisque le sommet atteint, je devais redescendre. Mais je l'avais choisi, j'en étais conscient et ce que je découvrais de moi, là-haut, rien d'autre ne pouvait me l'enseigner. Je poussais consciemment ce rocher et je redescendais le chercher pour remonter ensuite. Et j'en étais infiniment heureux. Je le suis toujours.
J'ai retrouvé cet ancien article. Je n'en changerai pas un mot aujourd'hui :
"Il faut imaginer Sisyphe heureux. " (12/10/2011)
"Il faut imaginer Sisyphe heureux"
Vendredi 3 avril 2026
2 min restantes
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Provenant du podcast
Les punchlines de la philo (cliquer)
Par Thibaut de Saint Maurice
Si l’on cherche un vrai paradoxe, en voilà un, dans cette citation d'Albert Camus.
Sisyphe est un roi de l’Antiquité grecque qui a eu l’audace de tromper les dieux à deux reprises : il a enchaîné la Mort elle-même, puis s’est échappé des Enfers. Sa punition est à la mesure de son insolence : il est condamné par les dieux à rouler éternellement un rocher jusqu’au sommet d’une montagne. Et une fois arrivé en haut, il le voit redescendre de l’autre côté. Et doit donc recommencer. Tous les jours, éternellement et sans aucune raison. C’est l’image même de l’absurde, c’est-à-dire de ce qui n’a strictement aucun sens.
L’absurdité de notre vie humaine
Et c’est l’image dont Camus se sert pour penser toute l’absurdité de notre vie humaine. C’est ce qu’il développe dans son livre intitulé Le Mythe de Sisyphe , publié en 1942. Pourtant, la dernière phrase de ces 150 pages qui expliquent que la vie n’a pas de sens donné, que le monde reste silencieux face à nos questions et que l’espoir est une illusion, c’est : "Il faut imaginer Sisyphe heureux".
Alors moi je veux bien essayer. On peut tous essayer. Mais je ne vois pas bien comment, si nos vies sont absurdes, si nous ne faisons que pousser un rocher qui finit toujours par redescendre, je ne vois pas bien comment nous pourrions être heureux. Et surtout pourquoi il faudrait absolument nous imaginer que nous sommes heureux…
De la pensée positive ?
Ça ressemble à de la pensée positive un peu forcée : "Je vais bien, tout va bien". Ça en a l’odeur et le goût, mais ce n’est pas de la pensée positive. C’est même exactement l’inverse. Parce que Camus ne dit pas qu’il faut imaginer Sisyphe heureux comme une consolation. Il dénonce même nos tentatives de consolation comme des illusions. Pour lui, résoudre l’absurde par un saut vers la foi religieuse ou vers l’espoir d’un sens caché, c’est un "suicide philosophique". Il faut renoncer à l’espoir, refuser de se mentir sur sa condition. C'est justement depuis cette vérité-là que la joie devient possible. Facile à dire, me direz-vous, mais pas facile à comprendre.
Alors voilà comment ça marche. Dans son livre, Camus attire notre attention sur le moment de la descente : "C’est pendant ce retour, cette pause, que Sisyphe m’intéresse", dit-il. Après que le rocher a roulé en bas, Sisyphe redescend à son tour, les mains vides, conscient de ce qui l’attend. Il le voit, il le pense, et il y retourne quand même. Et c’est dans cette descente lucide que quelque chose bascule : en acceptant pleinement l’absurdité de sa tâche, Sisyphe la domine. Il cesse d’en être la victime passive. Les dieux ont voulu le punir par un supplice absurde ; il retourne cette absurdité contre eux en la regardant en face.
Le choix de la lucidité
Voilà, c’est pour cela qu’il faut imaginer Sisyphe heureux. Parce qu’au cœur de l’absurdité de sa vie, il lui reste cette lucidité comme une lumière dans la nuit. Et à notre tour, même quand nous n’y comprenons plus rien et que nous sommes submergés par l’absurdité de nos vies, même quand nous poussons, toutes et tous, les rochers de nos vies, nous pouvons faire le choix de la lucidité. C’est ce travail pénible qui recommence chaque lundi, cette douleur chronique qui bouffe les articulations, ces incompréhensions qui rongent nos relations ou, tout simplement, ces tomates qui n’ont plus de goût au cœur de l’été.
Dans ces combats dont nous ne voyons pas le bout, dans ces routines qui contaminent tout, Camus ne nous promet pas le grand soir d’un changement qui renverserait tout. Il nous dit seulement que la conscience que nous apportons à notre effort nous appartient, et que personne ne peut nous l’enlever. Imaginer Sisyphe heureux, c’est se rappeler que le bonheur n’attend pas que les choses s’arrangent. Il commence au moment où l’on cesse d’en être la victime et que l’on entre en résistance intérieure. Ou comme le disait le poète René Char : "La lucidité est la blessure la plus proche du soleil".
À écouter
L’espoir fait-il vivre ? Camus, "Il faut imaginer Sisyphe heureux"
Les Chemins de la philosophie
France Culture
Par
Thierry LEDRU
Le 10/04/2026
Depuis que j'ai découvert cette vidéo, je l'écoute tous les soirs et je suis toujours aussi fasciné. Jamais, je n'aurais imaginé que cette oeuvre musicale puisse être interprétée par huit voix, juste huit voix, avec une telle puissance, une telle justesse, une telle perfection, comme si l'intégralité d'un orchestre symphonique était là.
Je n'aime pas les religions mais il m'arrive d'aimer les chants religieux, tout autant que je suis fasciné par la beauté des églises et des cathédrales. Dans nos périples à pied, si on passe à côté d'une église, on entre, toujours et on écoute le silence. Parfois, si on est seul, on chante. Et toujours, je pense à ces hommes qui ont bâti ces monuments puis à tous ces êtres qui sont venus s'y recueillir. Il y a tant de vies qui sont passés dans ces lieux.
Par
Thierry LEDRU
Le 09/04/2026
Pour en revenir au texte précédent et que les choses soient claires, je n'adhère à aucune religion monothéiste et ce ne sont pas les événements en cours, musulmans, juifs, chétiens (créationnisme) qui vont me faire changer d'avis. Pour ceux et celles qui auraient lu "Là-haut (le roman), vous avez eu un aperçu de ce que que je pense des religions.
Un ancien article :
Religion/Spiritualité
Par Thierry LEDRU Le 29/06/2020
J'ai déjà tenté ici de décrire ce que représente pour moi ces deux aspects de la psyché humaine.
Je viens de lire ceci et ça me convient intégralement. Aucun jugement de ma part envers qui que ce soit. (Je tiens à le préciser vu deux commentaires reçus dernièrement). Quand je parle de comportements humains, je ne "juge" pas les humains mais leurs actes. Et le mot "jugement" n'a aucune connotation agressive. Je parle de faits. C'est tout. Je ne suis pas juge. Ce que je pense et écrit ne change rien à rien.
" La religion est pour ceux qui ont peur d'aller en enfer, la spiritualité pour ceux qui y sont allés. "
- Proverbe Sioux -
Pour ce qui est de mes croyances ou plutôt de mes certitudes, je résumerai en une phrase : tout est conscience. Ce qui me place dans la sphère du panthéisme, bien que je n'aime aucune catégorie d'aucune sorte, dès lors qu'elles deviennent des identifications.
Pour ceux et celles qui voudraient aller plus loin, je vous invite sur la page wikipedia sur le panthéisme :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Panth%C3%A9isme
"Le panthéisme est une doctrine philosophique selon laquelle « Dieu est tout ». Elle se distingue du monothéisme en considérant que Dieu n'est pas un être personnel distinct du monde, mais qu'il est l'intégralité du monde ; cette conception est appelée l'immanence par opposition au principe de transcendance du Dieu créateur monothéiste.
Ou vers cet ancien article sur Spinoza et le panthéisme:
Oui, la lecture de Spinoza est ardue et j'ai mis bien des années avant de commencer à prendre conscience de la portée de ses textes. Je ne le regrette pas.
Anthropique : pour ou contre ?
Par
Thierry LEDRU
Le 06/04/2026
Il y a quelques éléments qui m'amènent à aimer encore l'être humain.
Il est capable de créer des musiques qui m'émeuvent au plus haut point.
et il réfléchit à des questions qui me fascinent et me passionnent.
L'univers aurait été intentionnellement créé pour nous accueillir (d’où le terme « anthropique »). Bien évidemment, on voit poindre l'idée d'une "intelligence, d'une intention" et par conséquent d'un être créateur, Dieu. C'est donc une hypothèse sur laquelle de esprits éminents ont travaillé. Et puis, il y a les autres qui considèrent que l'univers n'a pas besoin de nous. Franchement, quand je vois le désastre en cours, je serais enclin à adhérer au deuxième groupe ^^. Comment pourrait-on considérer que ce Dieu serait doté d'une très grande intelligence si c'est pour avoir créé une espèce aussi déglinguée :)
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3650
« L’univers est suffisamment bienveillant pour que, une fois que l’intelligence a pu s’y développer, les lois de la physique permettent qu’elle continue à s’y exercer à jamais. »
Jean Staune :
« L’hypothèse d’un créateur est scientifique. »
« Tout commence avec un principe appelé anthropique (d’anthropos, l’« homme » en grec). Les scientifiques se sont rendu compte que si l’on change quoi que ce soit dans les constantes fondamentales de l’Univers, aucune forme de vie et encore moins de conscience ne peut s’y développer. Face à cette découverte, que personne ne conteste, il n’y a que les trois solutions que je vous ai décrites avec mon histoire. Première solution, il existe des milliards d’univers parallèles et statistiquement l’un d’entre eux a pu « gagner au loto », créer la vie en ayant juste la bonne vitesse d’expansion, la bonne gravitation, la bonne masse du proton, etc. La deuxième solution, c’est celle du complot où l’on a payé un à un les tireurs pour qu’ils ratent leur cible : un principe créateur a effectué un réglage fin de toutes les constantes fondamentales de notre Univers pour qu’il soit ce qu’il est. Enfin, la troisième solution, c’est qu’il existe une théorie d’unification expliquant la valeur de toutes les constantes fondamentales de l’Univers (ce qui correspond à l’hypothèse des balles à blanc : il y a une cause commune à l’échec des tireurs)... Stephen Hawking défend les première et troisième options. Dans Une brève histoire du temps, Stephen Hawking reconnaissait que s’il existait une théorie du Tout, le problème se poserait de savoir « ce qui a insufflé le feu aux équations », c’est-à-dire qui a mis les balles à blanc dans l’armurerie ? L’existence éventuelle d’une théorie de grande unification ne suffit pas à éliminer la question d’un créateur. Par contre, s’il y a une infinité d’univers parallèles, alors oui, l’hypothèse d’un créateur n’est plus utile. Il y a une autre contradiction chez Hawking : il dit qu’une théorie scientifique doit être confrontée à la réalité, or, l’existence d’univers parallèles, qu’il soutient, ne peut jamais être testée puisque nous ne voyons, par définition, que notre univers. Stephen Hawking évoque une création spontanée de ces univers. Mais sans en apporter la moindre preuve. De plus, la théorie d’unification qu’il défend (la M-Théorie) est très, très loin d’être vérifiée. Lee Smolin a écrit un livre à ce sujet, Rien ne va plus en physique ! (Editions Dunod). Pour lui, la M-Théorie n’existe pas encore vraiment. Et si elle existe un jour, rien ne dit que nous pourrons la tester. Ces réponses sont donc à la fois contradictoires et insuffisantes. C’est la science elle-même et non la théologie qui pose la question de l’existence d’un créateur. Comme elle n’impose aucune des trois réponses que nous avons décrites ici, il est antiscientifique d’affirmer que la science permet de se passer d’un créateur. »
George Coyne :
« Je crois que le principe anthropique a non seulement constitué un stimulant à la recherche en cosmologie, mais qu’il fournit aussi un point de rencontre passionnant entre la théologie et les sciences et qu’il a certainement servi à réintégrer le facteur "être humain" qui, pendant des siècles, a été exclu des sciences physiques. »
Trinh Xuan Thuan :
« On s’est aperçu que si l’on variait un tant soit peu ces conditions physiques, l’Univers ne pourrait pas fabriquer d’étoiles. Sans étoiles, pas d’éléments lourds, parce que le big-bang ne fabrique que l’hydrogène et l’hélium - éléments trop simples pour construire la chimie nécessaire aux chaînes d’ADN qui portent nos gènes, ou pour former les neurones qui sont le support de notre conscience. L’Univers a été réglé de façon extrêmement précise pour que nous soyons ici. Tout se joue sur un équilibre très délicat. La densité initiale de l’Univers doit être réglée avec une précision de 1060, comparable à celle dont devrait être capable un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d’un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l’Univers, à une distance de 15 milliards d’années-lumière ! Un changement infime entraînerait la stérilité de l’Univers. Nous voici donc intimement liés au cosmos. Et nous sommes là pour lui donner du sens. »
« L’univers a été réglé avec une précision infinie pour que la vie apparaisse. ... On s’est aperçu que les constantes physiques ont été réglées d’une façon extrêmement précise pour que la vie apparaisse. ... Sur la probabilité que la vie apparaisse. La densité de l’univers par exemple, doit être réglée à une précision de 10 puissance moins 60, donc qui est égale à la précision qu’un archer doit exercer s’il voulait planter une flèche dans une cible de 1 cm carré, mais qui serait placé au bord de l’univers à 14 milliards d’années. Une précision extrême. D’où la question, est-ce qu’il y a un principe créateur, quelque chose qui règle les choses dès le début, ou, c’est le pur hasard ? Mais le pur hasard quand il y a une probabilité si faible pour que cela aboutisse il faut faire l’hypothèse qu’il y a une infinité d’univers. ... Donc, j’appelle ça mon pari pascalien, et bien sûr je pense qu’il y a un principe créateur qui a réglé tout cela dès le début, et je pense qu’il y a un univers unique, c’est mon intuition. ... C’est difficile de croire quand je vois toute cette beauté, cette harmonie, cette organisation, de croire que tout est hasard, que rien n’a de sens, que nous sommes là par hasard, que toute cette architecture cosmique est faite par hasard. »
Stephen Hawking :
« A la question : ‘‘pourquoi l’univers est-il tel que nous le voyons ?’’, la réponse est simple : s’il avait été différent nous ne serions pas là. Les lois de la Physique, nous le savons aujourd’hui, contiennent beaucoup de nombres fondamentaux, comme la taille de la charge électrique de l’électron et le rapport des masses du proton et de l’électron. (...) Le fait remarquable est que la valeur de ces nombres semble avoir été finement ajustée pour rendre possible le développement de la vie. (...) Si le stade initial n’avait été choisi avec le plus de soin possible pour en arriver à ce que nous voyons autour de nous, l’univers n’aurait que peu de chance de contenir quelque région dans laquelle la vie pourrait apparaître. (...) Il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous. »
R. Morris dans « Comment l’univers finira et pourquoi ? » :
« Pour être favorable à la vie, l’univers doit être très particulier. La véritable question que nous posons est la suivante : « Pourquoi l’univers est-il si particulier ? […]
C’est comme si l’univers avait été consciemment modelé de manière à ce que la vie soit inévitable. Les scientifiques des époques précédentes n’auraient pas hésité à conclure que ces considérations prouvaient l’existence du Créateur […]
Un moyen très évident de contourner la difficulté consiste à imaginer qu’il y a un nombre infini d’univers. Les univers qui ne possèdent pas le caractère particulier du nôtre existent aussi, mais ils n’abritent aucune vie. La raison pour laquelle notre univers à certaines propriétés spéciales est que, s’il ne les avait pas il n’y aurait personne pour s’en rendre compte.
Il faut bien préciser que l’hypothèse selon laquelle il existerait un nombre infini d’univers n’est absolument pas une théorie scientifique reconnue. Cependant, je ne vois pas comment on pourrait éviter cette conclusion. Il n’y a tout simplement pas d’autres solutions raisonnables. »
Favorables au principe anthropique faible mais non fort :
Martin Rees :
« Le principe anthropique ne peut manifestement pas fournir d’explication scientifique au sens propre. Au mieux, il peut fournir une satisfaction de type ’’bouche-trou’’ à notre curiosité relative aux phénomènes pour lesquels nous n’avons pas encore obtenu d’explications scientifiques authentiques. »
Malcolm Sim Longair :
« Je déteste profondément la théorie du principe anthropique et la considère comme un dernier recours absolu au cas où tous les arguments physiques échoueraient.. »
Christian Magnan :
« On connaît encore l’argument repris par nombre de vulgarisateurs relatif aux prétendus « choix » concernant les conditions prévalant à l’origine de l’Univers, et notamment le choix relatif à la vitesse intiale d’expansion : trop rapide, et l’Univers sera ouvert, trop faible, et il sera fermé. On avance souvent à ce propos l’exemple du lancement d’une sonde spatiale, laquelle doit posséder une vitesse suffisante pour ne pas retomber sur Terre. Et de se gargariser autour de la précision inimaginable (donc inexplicable, sinon après coup par argument anthropique !) avec laquelle « il a fallu » ajuster la vitesse d’expansion pour en arriver à l’état actuel. Or cet ajustement d’apparence extraordinaire existe en réalité dans tous les modèles d’univers que nous fabriquons avec nos équations, et non pas exclusivement dans celui qui nous concerne. Les équations d’univers d’Einstein contiennent en effet un terme de « courbure spatiale » qui devient asymptotiquement négligeable devant les autres lorsqu’on se rapproche du temps zéro. Du même coup, les termes qui « comptent vraiment » se compensent de plus en plus exactement. Faire croire que cet écart infime est exceptionnel pour notre Univers relève de la tricherie. Il s’agit ici de la même confusion dénoncée plus haut entre les effets et les causes. Ce n’est pas la vitesse d’expansion qui détermine le type d’univers (ouvert ou fermé), mais l’inverse. La véritable condition aux limites (à l’origine) concerne en effet le type d’univers, de sorte que, si choix il y a, c’est entre un univers fermé ou ouvert. Mais, dès lors que ce « genre » est fixé, toute possibilité de choix ultérieur disparaît : une fois l’univers choisi, la vitesse d’expansion est elle-même fixée sans ambiguïté à chaque instant. Ainsi, contrairement à ce que voudrait faire croire une vulgarisation tapageuse, on ne « lance » pas un univers comme un simple satellite artificiel ! Enfin et surtout, parler de « choix » en ce qui concerne l’univers relève, en l’état de nos connaissances, de la fantaisie, et ce pour au moins deux raisons. La première est une question de principe. Notre Univers est unique et nous ne pouvons donc pas le comparer à d’autres univers. Considérer comme des objets physiques réels des univers hypothétiques existant « au-delà » du nôtre mais avec lesquels, par définition même (autres univers), nous ne pouvons pas établir le moindre contact est pure mystification. Car le champ de la physique se limite au domaine de l’expérience et qu’au-delà, il s’agit, à proprement parler, de « métaphysique ». La seconde est que, si nos modèles comportent bien des paramètres, nul n’en connaît le statut. Supposer avec les partisans du principe anthropique que tous les choix sont possibles sans la moindre discrimination est une hypothèse « sauvage » constituant en réalité un aveu inacceptable d’impuissance. Tant que nous ne possèderons pas de théorie sérieuse de création des univers, toutes ces questions de « choix » relèveront de la fiction et ne mériteront pas la caution de la science. »
Leonard Susskind dans « Le paysage anthropique de la théorie des cordes » :
« A partir de travaux récents d’un certain nombre d’auteurs, il paraît probable que le paysage est si vaste et diversifié qu’on ne peut même pas en avoir un aperçu. Que cela nous plaise ou non, ce type de comportement justifie le principe anthropique… Mais, en théorie anthropique… le seul critère pour choisir un état du vide est son utilité, s’il possède ou non les éléments nécessaires à la vie, à la formation des galaxies et à la chimie complexe. »
Steven Weinberg dans « Vivre dans le multivers » :
« Plus élevé est le nombre de valeurs possibles de paramètres physiques fournies par le paysage des cordes, plus la théorie des cordes rend légitime le raisonnement anthropique comme le nouveau fondement des théories physiques : tout scientifique qui étudie la nature doit vivre dans une partie du paysage où les paramètres physiques ont les valeurs permettant l’apparition de la vie et des scientifiques. »
Joseph Polchinski :
« Le raisonnement va tellement à l’encontre des buts historiques de la physique théorique que je lui ai résisté longtemps après avoir compris qu’il était probablement nécessaire. Mais maintenant j’ai fait mon coming-out. »
Andrei Linde :
« Ceux qui n’aiment pas le principe anthropique nient simplement l’évidence. »
George Coyne :
« Je crois que le principe anthropique a non seulement constitué un stimulant à la recherche en cosmologie, mais qu’il fournit aussi un point de rencontre passionnant entre la théologie et les sciences et qu’il a certainement servi à réintégrer le facteur "être humain" qui, pendant des siècles, a été exclu des sciences physiques. »
Des philosophes l’ont soutenue :
Sébastien Giguère :
« Si l’apparence d’une connexion profonde entre la possibilité de la conscience humaine et les paramètres physiques fondamentaux de l’Univers étonne aujourd’hui plusieurs hommes de science, c’est en grande partie parce que le mode de connaissance propre à la rationalité physiciste moderne a habitué le scientifique à considérer le monde physique "objectivement", comme s’il lui était extérieur, et à y faire abstraction de la présence de l’esprit. (…) Le dualisme de I’esprit philosophique moderne, problème auquel tant de penseurs se sont consacrés depuis quatre siècles, plonge ses racines au coeur de cette rationalité physiciste qui, aspirant à mathématiser la totalité du réel, a dû se résoudre, pour le dire simplement, soit à apercevoir dans la vie ou l’esprit des phénomènes dont l’essence diffère radicalement de celle du monde physique, soit à tenter de réduire ces phénomènes au niveau des régularités physiques mathématisables. Ainsi, lorsqu’elle envisage la diversité des lois mathématiques qui régissent le monde physique, la pensée scientifique moderne le fait habituellement sans tenir compte de la présence de l’esprit au sein de cette totalité objectivée. C’est donc pour elle un fait déconcertant de découvrir aujourd’hui que sa propre existence dépende si étroitement de l’ajustement de l’ensemble de ces lois physiques. (…) Dans une telle perspective, il parait s’installer une continuité inattendue entre la matière, la vie et l’esprit. (…) Dans un tel tableau, comme nous l’évoquions, la matière, la vie et l’esprit paraissent s’inscrire dans une étonnante continuité. Tous apparaissent réunis dans une même trame et semblent participer du même mouvement. (…) Les versions les plus controversées du principe anthropique aspirent justement à apporter une solution au problème de la valeur des constantes et des lois. Cette solution consiste à animer que les présences de l’être humain, de la vie et, plus généralement, de la complexité dans l’univers, par l’ampleur des contraintes qu’elles imposent à I’évolution et à la structure du cosmos, permettent d’expliquer la valeur de ces paramètres et de leur donner un sens. C’est là bien sûr opérer un renversement de la logique scientifique traditionnelle et faire appel à un processus téléologique. C’est dire : "c’est en vue de permettre l’évolution de la complexité, de la vie ou de l’être humain que les lois sont ce qu’elles sont". (…) Ensuite, puisque les différentes positions dans cette discussion se définissent selon l’attitude adoptée envers 1"’ajustement précis" des paramètres fondamentaux, nous progresserons à partir de ce premier point selon un schéma arborescent correspondant aux diverses attitudes possibles face à lui. (…) Mais habituellement, dans les discussions sur le principe anthropique, l’ensemble des paramètres fondamentaux est envisagé dans sa relation à la possibilité de l’émergence de la vie. Ainsi, dans les pages qui suivent, lorsqu’il sera question de la vie ou de l’intelligence, ce sera la plupart du temps en les envisageant à partir du plus lointain passé de l’Univers, alors que ni elles ni les étoiles et les atomes qui leur sont nécessaires n’existaient encore. De ce point de vue, ce sont bien les paramètres fondamentaux de l’univers qui sont adaptés à la vie telle que nous la connaissons. »
Nicola Dallaporta :
« La reconnaissance du principe anthropique devrait être considérée comme un moment décisif dans le développement de la science, ouvrant de nouvelles voies vers des aspects inconnus de l’Univers. »
Quelques physiciens l’ont combattue :
Heinz Pagels :
« Contrairement aux principes de la physique conventionnelle, le principe anthropique n’est sujet à aucune vérification expérimentale - le signe sûr qu’il ne s’agit pas d’un principe scientifique. L’influence du principe anthropique sur le développement des modèles cosmologiques contemporains a été stérile... »
George Smoot :
« Stephen Hawking apporte malheureusement sa caution à ce « principe anthropique », d’autant plus principiel qu’il n’est pas scientifique, dans « Une brève histoire du temps », affirmant : « Ce que l’on connaît comme le principe anthropique peut être résumé par la phrase : « c’est parce que nous existons que nous voyons l’univers tel qu’il est. » (...) Le principe anthropique faible pose que dans un univers qui est grand et infini dans l’espace et/ou dans le temps, les conditions nécessaires au développement de la vie intelligente ne se rencontreront que dans certaines régions limitées dans l’espace et dans le temps. Les êtres intelligents de ces régions devraient donc ne pas être étonnés que leur voisinage dans l’univers remplisse les conditions qui sont nécessaires pour leur existence. Un peu comme une personne riche vivant dans un environnement riche sans jamais voir de pauvreté. Un exemple, de l’utilisation de ce principe anthropique faible est d’ « expliquer » pourquoi le Big bang est apparu il y a dix milliards d’années de cela : il a fallu tout ce temps aux êtres intelligents pour évoluer. (...) Peu de personnes devraient contester la validité ou l’utilité du principe anthropique faible. (...) A la question : ‘‘pourquoi l’univers est-il tel que nous le voyons ?’’, la réponse est simple : s’il avait été différent nous ne serions pas là. Les lois de la Physique, nous le savons aujourd’hui, contiennent beaucoup de nombres fondamentaux, comme la taille de la charge électrique de l’électron et le rapport des masses du proton et de l’électron. (...) Le fait remarquable est que la valeur de ces nombres semble avoir été finement ajustée pour rendre possible le développement de la vie. (...) Si le stade initial n’avait été choisi avec le plus de soin possible pour en arriver à ce que nous voyons autour de nous, l’univers n’aurait que peu de chance de contenir quelque région dans laquelle la vie pourrait apparaître. (...) Il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous. »
André Brahic :
« Certains n’hésitent pas à introduire dans leurs modèles des idées anthropiques : l’Homme serait le symbole, voire la finalité de cette réussite et notre existence de toute façon déterminerait le « bon » modèle cosmologique. En replaçant l’Homme au centre de l’Univers, ils ne sont apparemment pas guéris des folies du géocentrisme. »
Bernard D’Espagnat :
« Supposons (ce qui est peut-être vrai, je n’en sais rien : je dis donc « supposons ») que l’existence de cristaux de neige aussi étonnants — en variété, en complexité, en beauté etc. — que ceux qui se forment sous nos yeux ne soit concevable que moyennant un réglage extrêmement fin, donc, à première vue, fort improbable, des constantes, niveaux d’énergie etc. qui interviennent dans la structure de l’eau. Si la chose était prouvée, dirions-nous pour autant qu’il y a un « principe cristallique » ? Émettrions-nous la conjecture que l’Univers a été créé peu ou prou dans le but que les cristaux de neige soient aussi complexes et beaux qu’ils le sont ? «
Hervé Zwirn :
« L’argument consistant à envisager qu’une très faible différence entre la charge électrique de l’électron et celle du proton conduirait les objets qui nous entourent à exploser, n’est pas réellement recevable. En effet, qu’est ce que la physique ? C’est une explication plus ou moins précise du réel matériel qui nous entoure. Les lois, élaborées par les physiciens, qui fondent notre modèle explicatif de cette réalité, sont admises lorsque tout au moins, leurs prédictions théoriques sont en accord avec les mesures objectives, expérimentales ou observationnelles, que nous sommes capables de réaliser. Une fois que les lois physiques sont établies, si un désaccord évident apparaît entre la réalité expérimentale ou observationnelle et les prédictions théoriques, comme la non-stabilité des objets environnants, cela signifie, que c’est la loi qui est en cause et qui doit être corrigée, et non que la réalité physique est particulièrement singulière. Dans l’exemple qui nous intéresse, ce n’est pas la différence éventuelle entre la charge de l’électron et du proton qu’il faudrait questionner, mais notre capacité, le cas échéant si cette différence existait, à expliquer alors la stabilité des objets qui nous entoure. Nous aboutirions dans ce cas, fort probablement à de tout autres lois physiques que celles que nous connaissons aujourd’hui. De plus, les lois physiques sont élaborées de façon cohérente, non seulement avec la réalité expérimentale et observationnelle, mais également entre-elles. C’est pourquoi l’observation d’un évènement aussi “ étrange ” qu’une différence entre la charge de l’électron et celle du proton mettrait en difficulté non pas une loi physique particulière ayant trait à cet événement mais des pans entiers de notre compréhension physique du monde. »
« J’ai dit mon scepticisme sur les raisonnements du type : " si telle constante n’avait pas exactement telle valeur, il se passerait ceci". En fait, un tel raisonnement est ce qu’on appelle un contre factuel. On se dit si les choses avaient été comme ceci, alors aujourd’hui il se passerait cela. Or, il ne se passe pas cela, on le constate, donc c’est qu’il ne s’est pas passé ceci avant. Ce type de raisonnement est la base même du principe anthropique, au moins le principe faible. Il consiste à dire que si telle ou telle constante avait été différente, en utilisant les lois de la physique on en conclurait que les choses devraient être différentes de celles qu’on observe. Un raisonnement par l’absurde permet alors d’en conclure que l’hypothèse (à savoir la valeur différente de telle ou telle constante) est fausse. Mais dans ce cas, on raisonne toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire qu’on fait des simulations numériques qui permettent de prédire ce qu’on observerait si la seule chose qui changeait, était, par exemple, la valeur de la masse du proton ou le rapport entre la charge du proton et la charge de l’électron mais que tout le reste (par exemple les lois physiques) ne changeait pas. Or ceci me paraît contestable car on pourrait penser que si la masse du proton change alors telle ou telle loi de la nature pourrait changer aussi et permettre ainsi de rétablir ce qu’on observe. Si en changeant à la fois la masse du proton et une loi physique on peut rétablir la concordance avec ce qu’on observe alors rien ne nous permet de déduire que la masse du proton doit nécessairement avoir sa valeur constatée pour que l’univers soit tel que nous l’observons. »
Jean-Pierre Petit :
« On pourrait dire que la nature, en donnant une telle valeur à la longueur de réabsorption du neutron par l’uranium, avait en quelque sorte programmé l’autodestruction de cette humanité au bout de quelques milliards d’années de cette pénible évolution. Si la vie avait été une chose nécessaire, inévitable, incluse dans le programme de l’Univers sur certaines planètes, il se pourrait que la mort le fût aussi. »
Maccolm Sim Longair :
« Je déteste profondément la théorie du principe anthropique et la considère comme un dernier recours absolu au cas où tous les arguments physiques échoueraient... »
Notre point de vue sur le principe anthropique
Une discussion sur le principe anthropique
Une défense de la thèse anthropique
Pour combattre l’anthropocentrisme par rapport à l’évolution des espèces
Messages
Charles Darwin :
"Le vieil argument du dessein dans la nature, tel que le donnait Paley, me paraissait autrefois des plus concluants, il tombe aujourd’hui après qu’a été découverte la loi de sélection naturelle. Nous ne pouvons plus soutenir que, par exemple, l’admirable charnière d’une coquille bivalve a dû être faite par un être intelligent, comme la charnière d’une porte par l’homme. Il semble qu’il n’y a pas plus de dessein dans la variabilité des êtres organiques et dans l’action de la sélection naturelle, que dans la façon dont le vent souffle. Tout dans la nature est le résultat de lois fixées à l’avance."
Je ne sais pas par qui la densité de l’univers peut être « choisie », mais ce que je sais c’est que dans les modèles d’univers la densité n’est pas un paramètre libre, ce qui veut dire que l’on ne peut pas lui donner une valeur arbitraire. En particulier il est stupide (que l’on me pardonne le qualificatif mais c’est le « mot juste ») de penser que l’on peut changer de type d’univers en changeant de densité. C’est le type d’univers, fini ou infini, qui détermine la densité (et notamment son rapport à la densité critique) ; ce n’est pas la densité qui détermine le type d’univers. Par conséquent dire que la densité de notre Univers a été choisie de façon à lui donner telle structure est un nouveau mensonge.
Si on considère un univers fini, alors sa densité, donnée par les équations classiques, sera forcément supérieure à tout instant à la densité critique. C’est la situation inverse (densité inférieure à la densité critique) qui prévaut pour un modèle infini. Mais il serait absurde de prétendre que la donnée de la densité fixe l’univers, pour la bonne raison que les équations d’un univers fini ne sont pas les mêmes que celles d’un univers infini et que par conséquent, tant qu’on n’a pas fait son choix entre les deux systèmes, on ne peut conduire aucun calcul. Conclusion : n’étant pas optionnelle, la densité de matière de notre Univers n’a pas pu être choisie pour quelque motif de convenance que ce soit.
La question de la précision du réglage (impossible) recouvre une autre escroquerie. En accord avec notre théorème du jardin, la courbure de l’espace n’est pas décelable au big bang ni dans les premiers stades évolutifs de l’univers. Il en résulte que la distinction ne peut pas se faire au départ entre univers fini et univers infini, et que pareillement dans les équations la densité est « presque strictement », pourrait-on dire, égale à la densité critique. Mathématiquement parlant, l’égalité n’est pas exactement réalisée, évidemment, puisque dans un cas (fini) le rapport est supérieur à l’unité, ne serait-ce que d’une quantité infime, et dans l’autre il est inférieur, ne serait-ce que d’une quantité infime.
L’entourloupette consiste à faire croire que c’est ce terme « infime », celui qui fait la différence entre univers fini et univers infini, ce terme qui contient en germe la courbure future, qui précisément pourrait être choisi par ajustement du rapport de la densité réelle à la densité critique (ce rapport est souvent baptisé Oméga, comme le savent les amateurs éclairés en matière de big bang). Or nous venons de voir qu’il est faux de penser que ce terme (et notamment son signe) pourrait être ajusté.
Le physicien Brandon Carter a calculé en 1974 que si l’intensité de l’interaction entre charges électriques était plus petite de quelques pour cent, aucune planète ne se serait jamais formée et les seuls objets denses dans l’univers seraient les étoiles ; et que si elle était de quelques pour cent supérieure, alors aucune étoile n’aurait jamais explosé, et par conséquent aucun élément autre que l’hydrogène et l’hélium n’existerait en dehors des étoiles. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y aurait pas de chimie complexe et donc probablement pas de vie.
Un autre exemple : si le taux d’expansion initial de l’univers au moment du Big Bang avait été un peu plus élevé, aucune étoile ne se serait formée et il n’y aurait dans l’univers rien d’autre que de l’hydrogène – à une densité extrêmement basse et sans cesse décroissante. Si ce taux avait été un peu plus petit, l’univers se serait recontracté peu après le Big Bang. Des résultats similaires ont été obtenus depuis pour d’autres constantes de la physique qui ne sont déterminées par aucune théorie connue. Pour la plupart, sinon pour toutes, il semble que si elles avaient eu des valeurs légèrement différentes, il n’y aurait pas eu de possibilité que la vie existe.
C’est un fait remarquable qui a même été pris comme preuve que ces constantes ont été ajustées finement de façon intentionnelle, c’est-à-dire choisies, par un être surnaturel. C’est une nouvelle version du créationnisme et de l’argument d’intention, aujourd’hui fondé sur l’apparence d’intention dans les lois de la physique…
A l’idée que le réglage fin requiert une explication, on peut simplement objecter que nous n’avons pas de bonne explication indiquant que les planètes, ou la chimie, sont essentielles à la formation de la vie… Nous n’avons pas la moindre idée du type d’environnement, permettant l’émergence de la vie, qui existerait sous l’effet d’autres lois. L’idée que l’on doive s’attendre à ce que des lois de la physique similaires conduisent à des environnements similaires est réfutée par l’existence même d’un réglage fin.
« Une brève histoire du temps : du Big Bang aux trous noirs » de Stephen Hawking, défendant le principe anthropique :
« Cependant, supposons qu’il n’y ait de galaxies et d’étoiles formées que dans les régions uniformes et qu’il n’y ait que là, également, que l’on rencontre de bonnes conditions pour le développement d’organismes compliqués s’autorépliquant, comme nous, capables de poser la question : Pourquoi l’univers est-il si lisse ? C’est un exemple d’application de ce que l’on connaît sous le nom de principe anthropique qui peut être résumé par la phrase : " C’est parce que nous existons que nous voyons l’univers tel qu’il est ". »
Le principe anthropique est un vaste retour en arrière, retour vers l’ancien anthropocentrisme...
Stephen Jay Gould dans « Darwin et les grandes énigmes de la vie » :
« Toutes les sciences ont contribué à mettre en doute l’idée suivant laquelle l’homme aurait une importance cosmique. L’astronomie a montré que nous occupons une petite planète, à la frontière d’une galaxie de taille moyenne, parmi des millions d’autres. La biologie nous a retiré notre statut d’exception aux lois de la nature, créée à l’image de Dieu. La géologie, elle, nous a donné l’immensité du temps et nous a appris que notre espèce n’en avait occupé qu’une part dérisoire. »
Gould dans « L’éventail du vivant » :
« Nous pensions vivre sur le corps central d’un univers limité lorsque Copernic, Galilée et Newton révélèrent que la Terre n’est qu’un minuscule satellite d’une étoile secondaire. Nous nous étions alors rassurés en imaginant que Dieu avait néanmoins choisi ce lieu excentré pour créer un organisme unique à Son image quand Darwin vint "nous reléguer au rang de descendants du monde animal". Nous avions alors trouvé consolation dans la rationalité de notre esprit lorsque, ainsi que le note Freud dans l’une des moins modestes affirmations de l’histoire de l’intelligence, la psychologie découvrit l’inconscient. »