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Approvisionnement en engrais chimiques

Par Le 21/03/2026

Tous ceux et celles qui pratiquent la permaculture connaissent l'importance considérable des fixateurs d'azote... Cette crise met en avant l'usage immodéré des engrais chimiques et encore une fois, on peut commencer à parler d'une crise utile. 

 

Comment la guerre au Moyen-Orient a fait exploser les prix des engrais et sème le chaos dans les champs

 

Article rédigé par Marie-Adélaïde Scigacz

France Télévisions

Publié le 21/03/2026 07:05

Temps de lecture : 7min Un agriculteur procède à l'épandage d'engrais dans un champs de colza, à Neuensien, en Allemagne, le 18 mai 2017. (JENS BUTTNER / AFP)

Un agriculteur procède à l'épandage d'engrais dans un champs de colza, à Neuensien, en Allemagne, le 18 mai 2017. (JENS BUTTNER / AFP)

Du détroit d'Ormuz aux plaines céréalières de l'Hexagone, les impacts du conflit sur le prix du gaz – et donc des engrais – interrogent sur la dépendance de l'agriculture française aux engrais azotés de synthèse.

"Si le conflit au Moyen-Orient se poursuit jusqu'en juin, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë." Le directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial des Nations unies, Carl Skau, a sonné l'alerte mardi 17 mars. En raison de la hausse des prix de l'énergie, mais aussi des engrais produits en grande partie dans les pétromonarchies du Golfe, la faim dans le monde menace.

Qu'ils soient organiques (issus du fumier ou du lisier des élevages) ou synthétiques, les engrais azotés visent, en quelque sorte, à "nourrir notre nourriture". Les plantes cultivées à destination de l'alimentation humaine ou animale en ont toutes besoin pour se développer, fabriquer des protéines, etc. A l'exception des légumineuses, toutes puisent une partie de l'azote dont elles ont besoin dans les sols.

"Mais en général, cette offre du sol ne suffit pas pour obtenir des rendements élevés", explique Sylvain Pellerin, directeur de recherche à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). "C'est pour ça que l'on complète cette offre du sol par des apports d'engrais." Or, la guerre qui enflamme le Moyen-Orient depuis le 28 février sème le chaos dans la production et l'exportation de cette précieuse ressource.

Une production énergivore

Pour produire des engrais de synthèse, il faut pouvoir fabriquer de l'ammoniac. Et pour pouvoir fabriquer de l'ammoniac ? Il faut du gaz. Beaucoup de gaz. "Pour fixer l'azote de l'air et le transformer en ammonium, le processus chimique est extrêmement énergivore", explique Alain Carpentier, chercheur à l'Inrae. Puisqu'il n'existe pas à ce jour de technologie mature pour produire des engrais de manière décarbonée, les pays qui disposent de grande quantité de gaz, comme les pétromonarchies du Golfe, l'Iran ou encore la Russie, dominent ce marché.

Jusqu'à 30% des engrais commercialisés transitent habituellement par le détroit d'Ormuz, estime l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture(Nouvelle fenêtre) (FAO). Mais avec la fermeture de ce passage stratégique depuis près de trois semaines et les frappes répétées (américaines, israéliennes ou iraniennes) contre les infrastructures pétrogazières du Moyen-Orient, il devient de plus en plus compliqué de se fournir, alerte l'agence onusienne.

Si certains pays sont capables d'assurer une partie de la production sur leur territoire – y compris la France, qui produisait en 2022 environ un tiers de ses besoins(Nouvelle fenêtre) – encore faut-il pouvoir importer du gaz pour faire tourner ces usines qui produisent ces engrais. En trois semaines de conflit, le prix du gaz naturel liquéfié a bondi de 35%.

"On estime que les prix mondiaux des engrais pourraient augmenter en moyenne de 15 à 20% au cours du premier semestre 2026 si la crise persiste."

L'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO)

dans une note datée du 15 mars

Selon une note(Nouvelle fenêtre) publiée par le cabinet Global Sovereign Advisory, "les pays qui produisent des engrais à partir de gaz importé du Golfe sont déjà contraints de réduire leur production (Pakistan, Inde, Bangladesh) ou de limiter leurs exportations afin de protéger leur marché intérieur (Chine)". Alors que s'ouvre la période des semis de printemps dans tout l'hémisphère nord, le gouvernement américain a pour sa part annoncé qu'il autorisait désormais l'importation d'engrais en provenance du Venezuela.

Plus de coûts ou moins de rendement ?

Tensions sur les marchés, hausse des prix... Si la crise venait à durer, tous les agriculteurs dont les cultures dépendent de ces intrants seront touchés, y compris ceux qui ne se fournissent pas au Moyen-Orient. Pour un céréalier ou un producteur de pommes de terre ou de betteraves, "les engrais représentent 30% des charges opérationnelles", a rappelé Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA, sur franceinfo. Selon lui, une multiplication par deux du prix des engrais azotés représenterait "une hausse qui peut avoisiner 15 à 20 000 euros [annuels] de plus par exploitation".

Heureusement, "plus de 80% des besoins en fertilisants pour la campagne agricole actuelle 2025-2026 ont déjà été couverts", rassure France Fertilisants, l'union des industries de la fertilisation, dans un communiqué(Nouvelle fenêtre). Pour ceux qui, comme Fabrice Berge, n'avaient pas encore fait le plein d'engrais, la facture est d'ores et déjà douloureuse. Pour sa parcelle de tournesols, ce céréalier de la Vienne rencontré par France 2 déplore un surcoût de 2 300 euros.

La veille, en Côte-d'Or, Driss Jacquet faisait le calcul : +12 000 euros pour son exploitation qui utilise chaque année environ 300 tonnes d'engrais. "Quand on a vu les prix partir à la hausse, on a décidé de sécuriser notre prix d'achat à 450 euros la tonne auprès de notre fournisseur, mais on avait déjà pris 40 euros par rapport à ce qu'on avait budgétisé", raconte le céréalier à France 3(Nouvelle fenêtre).

Les craintes concernent surtout l'année prochaine, assure Alain Carpentier. "En cas de forte hausse des prix, deux possibilités s'offrent aux agriculteurs : réduire la surface des cultures gourmandes en azote ou réduire les rendements", résume-t-il. Bref, produire moins.

"Un agriculteur qui vise un rendement de 9,5 tonnes de blé à l'hectare utilise à peu près 200-230 kg d'engrais à l'hectare. Si le prix est trop élevé par rapport à celui auquel il vendra son blé, ce sera trop cher d'aller chercher cette dernière tonne. Il préfèrera viser un rendement à 8,5 tonnes."

Alain Carpentier, chercheur à l'Inrae

à franceinfo

Là encore, le marché dictera la marche à suivre. Celui du gaz, mais aussi celui du maïs, du blé, de l'orge, etc. "Tout va dépendre du ratio entre le prix auquel ils peuvent acheter les engrais et celui auquel ils peuvent vendre leurs récoltes", note le chercheur.

Des alternatives à développer

Agriculteur dans le Puy-de-Dôme, Vincent Marand ne se préoccupe plus du prix des engrais azotés de synthèse. "J'ai fait le choix de passer en bio, pas pour cette raison, mais j'arrive à faire pousser mes céréales sans engrais chimiques", confie-il à France 3(Nouvelle fenêtre).

"Je place des légumineuses dans mes cultures, comme la féverole, le pois chiche, la lentille et la luzerne. Ces plantes rejettent naturellement de l'azote dans le sol par leurs racines."

Vincent Marand, agriculteur bio

à France 3

S'il vise des rendements moindres que ses confrères qui travaillent de manière conventionnelle, il assure s'y retrouver avec cet autre modèle économique. Surtout en ces temps troublés. En 2022 déjà, la hausse du prix du gaz à cause de la guerre en Ukraine avait fait exploser le prix des engrais azotés de synthèse.

"Contrairement au pétrole, le secteur des engrais ne dispose pas de réserves stratégiques coordonnées à l'échelle internationale", rappelle ainsi la FAO. Pour faire face à ces chocs, la "Ferme France" doit "réfléchir à ce qu'elle peut faire pour réduire sa demande en engrais", estime Alain Carpentier. A commencer par "développer la production de légumineuses". Ces cultures (comme le soja, les lentilles, le pois...) ne nécessitent pas d'engrais et contribuent à fixer l'azote dans le sol. Mais dans un pays qui a fait le choix de l'élevage et des céréales, elles restent "peu valorisées sur les marchés" et "manquent encore de débouchés", constate Lucile Rogissart, spécialiste de la transition agricole à l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE).

Une autre solution serait d'optimiser l'utilisation des engrais organiques, en rapprochant les animaux des cultures alors que "les élevages sont de plus en plus concentrés territorialement". Les spécialistes évoquent encore d'autres possibilités pour l'avenir, plus ou moins simples à mettre en place, coûteuses, ambitieuses ou abouties. Parmi celles-ci : manger des lentilles plus souvent (et surtout moins de protéines animales), construire des "pipelines à lisiers" pour transporter les engrais organiques entre les territoires, favoriser la production d'engrais au sein de l'UE à travers le mécanisme de marché carbone ou valoriser l'urine humaine comme fertilisant.

Approvisionnement en hélium

Par Le 12/03/2026

Le détroit d'Ormuz, ça ne concerne pas que le pétrole.

Le téléphone de Donald doit beaucoup sonner. 

 

"Samsung et SK Hynix sont en alerte maximale.

Plus d'hélium. Plus de semi-conducteurs. Plus de téléphones. Plus d'IA. Plus d'avenir.

Les navires transportant de l'hélium ont cessé de circuler dans le Golfe.

Voici comment tout bascule, étape par étape :

1- L’hélium est utilisé pour refroidir les équipements de fabrication de semi-conducteurs.

2- Sans lui, les usines de semi-conducteurs sont à l’arrêt.

3- Il n’existe aucun substitut à l’hélium dans ce processus.

4- La plupart des navires transportant de l’hélium via le Golfe sont désormais menacés.

5- La Corée du Sud produit 60 % des puces mémoire mondiales.

6- Samsung et SK Hynix fournissent Apple, Nvidia, Tesla et toutes les entreprises d’IA du monde.

Et maintenant, observez l’effet domino :

1- Les livraisons d’hélium s’interrompent.

3- La production des usines de semi-conducteurs ralentit en quelques jours.

4- Nvidia ne trouve plus de puces mémoire.

5- Les centres de données d’IA ne trouvent plus de GPU.

6- Apple ne peut plus fabriquer d’iPhones.

7- Tesla ne peut plus fabriquer de voitures.

8- Tous les serveurs cloud, tous les ordinateurs portables, tous les appareils intelligents sont retardés.

9- L’industrie des semi-conducteurs, un secteur de 600 milliards de dollars, est paralysée.

Et il ne s'agit pas seulement d'hélium. Il y a aussi du néon, du palladium, et tous les gaz rares qui transitent par le Golfe et la mer Rouge.

L'Iran n'a pas eu besoin de tirer un seul missile sur une usine de semi-conducteurs.

Il lui a suffi de rendre les voies maritimes impraticables." 

AfricaFoodResearch Review

 

Le blocus du détroit d'Ormuz réduit de 33% l'approvisionnement mondial en hélium, menaçant les fabricants de puces

Edgen StockEdgen Stock·Mar 10 2026, 02:17

 

https://www.edgen.tech/fr/news/stock/strait-of-hormuz-blockade-cuts-33-of-global-helium-supply-threatening-chipmakers

Points Clés

Un blocus du détroit d'Ormuz, provoqué par un conflit, a interrompu la production d'hélium au Qatar, déclenchant une grave crise d'approvisionnement pour l'industrie mondiale des semi-conducteurs. Cette perturbation supprime un tiers de l'approvisionnement mondial en hélium, un gaz essentiel pour le refroidissement des plaquettes de semi-conducteurs pendant la fabrication, exerçant une pression immense sur les principaux centres de production comme la Corée du Sud.

Choc d'approvisionnement mondial : Trois grandes installations d'hélium au Qatar ont cessé leurs opérations, retirant instantanément environ un tiers de l'approvisionnement mondial en hélium du marché.

Goulot d'étranglement des semi-conducteurs : L'industrie sud-coréenne des puces fait face à une perturbation critique, car elle s'approvisionne en 64,7% de ses importations d'hélium auprès du Qatar, exposant une vulnérabilité majeure de la chaîne d'approvisionnement.

Pressions sur les coûts imminentes : Bien que les entreprises utilisent les stocks existants, un conflit prolongé de plus de deux semaines pourrait créer des mois de chaos dans la chaîne d'approvisionnement, entraînant des augmentations de coûts significatives et des retards de production.

Le blocus du détroit d'Ormuz réduit de 33% l'approvisionnement mondial en hélium, menaçant les fabricants de puces

Le Qatar arrête sa production, 33% de l'approvisionnement mondial en hélium supprimé

 

Un conflit en Iran a déclenché un blocus du détroit d'Ormuz, forçant le Qatar à fermer ses trois installations de production d'hélium. Cette mesure a brusquement réduit l'approvisionnement mondial en hélium d'environ un tiers, provoquant des ondes de choc dans les industries dépendantes de ce gaz critique. L'hélium est un composant irremplaçable dans la fabrication de semi-conducteurs, où il est utilisé pour le refroidissement des plaquettes. Ce choc d'approvisionnement, combiné à une flambée des prix du pétrole à 111 dollars le baril, soulève de sérieuses inquiétudes quant à l'augmentation des coûts de production et à la stabilité opérationnelle pour l'ensemble du secteur technologique.

Le secteur des puces sud-coréen confronté à une perturbation de 64,7% de son approvisionnement

La crise représente une menace directe pour la formidable industrie sud-coréenne des semi-conducteurs. Selon la Korea Trade Association, le pays a importé 64,7% de son hélium du Qatar en 2025, ce qui le rend exceptionnellement vulnérable à la fermeture qatarienne. Le blocus a coupé la principale voie maritime pour ces expéditions. Cet événement met également en évidence les risques de concentration de la chaîne d'approvisionnement de la région, car la Corée du Sud dépend également d'Israël pour 97,5% de ses importations de brome, un autre matériau clé pour la gravure des puces. Bien que l'approvisionnement en brome ne soit pas encore affecté, la pénurie d'hélium expose la fragilité de l'approvisionnement en matériaux critiques provenant de zones géopolitiquement sensibles.

Les entreprises puisent dans leurs stocks alors que les coûts à long terme augmentent

En réponse à cette pénurie soudaine, de grands fabricants comme SK Hynix s'appuient sur les stocks d'hélium existants et recherchent activement des fournisseurs alternatifs pour atténuer les perturbations immédiates. Cela offre un amortisseur à court terme, mais ce n'est pas une solution durable. Les analystes avertissent que si le conflit et le blocus qui en résulte persistent pendant plus de deux semaines, le chaos qui en découlera pourrait prendre des mois à se résoudre. Les entreprises seraient confrontées à des coûts d'approvisionnement croissants et à des délais de livraison prolongés, même si elles peuvent se tourner vers de nouveaux fournisseurs validés. Une crise prolongée risque de retarder les investissements dans les centres de données et pourrait même entraîner des fermetures d'usines mondiales.

ARTE : Guerre en Iran : va-t-on vers un choc énergétique mondial ?

Par Le 12/03/2026

Des gens compétents qui savent de quoi ils parlent. 

Quant à Trump, il n'est pas mécontent de la hausse du prix du baril étant donné que les USA sont exportateurs...Il faudra que les marchés financiers se décident à montrer leur mécontentement, non pas les entreprises pétrolières mais toutes les autres. Une guerre, aujourd'hui encore plus qu'autrefois, c'est d'abord et avant tout un problème d'argent, de beaucoup d'argent.

 

 

La stagflation

Par Le 12/03/2026

 

On se souvient tous de l'inflation déclenchée par la guerre en Ukraine.

Certains économistes commencent à parler d'une éventuelle stagflation au regard de l'enlisement éventuel du conflit USA-Israël-Iran.

On sait tous que le pétrole est une denrée indispensable à nos économies.

Un pétrole cher ajouté à un ralentissement du commerce mondial en raison du blocus sur le détroit d'Ormuz, à l'extension du conflit sur des pays considérés jusqu'ici comme des zones privilégiées (Dubaï, Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Koweit, etc ...), c'est le mélange détonnant pour que se mette en place une stagflation généralisée et par conséquent, ici, en France.

 

Fiche thématique

Qu'est-ce que la stagflation ?

Dernière modification : 10 mai 2023

Temps de lecture  3 minutes

L’essentiel

La stagflation décrit une situation dans laquelle l'économie souffre simultanément d'une forte inflation et d'une croissance faible, voire nulle.

La stagflation est un phénomène rare. Stricto sensu, elle s'est produite seulement une fois, dans l'histoire économique récente, durant les années 1970, à la suite du premier choc pétrolier. 
 

En détail

Le terme de "stagflation" est né de la contraction des mots stagnation et inflation : l'économie souffre simultanément d'une forte inflation et d'une croissance faible, voire nulle. La stagflation s'accompagne souvent d'un taux de chômage élevé. Si le taux de croissance devient négatif, c'est-à-dire qu'il y a une chute du produit intérieur brut (PIB), on parle de "déclinflation" (ou slumflation).

La notion a été utilisée la première fois au milieu des années 1960 pour décrire la situation économique du Royaume-Uni. Elle a gagné de popularité au cours des années 1970, à la suite du premier choc pétrolier de 1973. Les prix du pétrole et d'autres matières premières montent en flèche, entraînant une forte accélération de l'inflation et un fort ralentissement de la croissance. Le "nouveau" phénomène économique se généralise à l'ensemble des pays industrialisés. Avec un taux de croissance à -1% en 1975 en France, le spectre de "déclinflation" a plané brièvement sur l'économie.

La stagflation est un phénomène très rare. Contrairement au boum et à la récession qui interviennent régulièrement lors de la succession des cycles économiques, elle reste exceptionnelle.

En 2023, avec la réapparition d'une forte inflation à la suite de la hausse des prix de l'énergie, le risque de stagflation est réapparu.

Le phénomène de stagflation est difficile à expliquer par la théorie économique car, en principe, les taux de croissance et d'inflation évoluent dans la même direction : en période de forte croissance, les prix augmentent et vice versa.

La stagflation pose également un problème à la théorie keynésienne classique qui suppose un arbitrage entre inflation et chômage (courbe de Philipps : l'augmentation de l'un provoque la baisse de l'autre).

La lutte contre la stagflation s'avère délicate. Relancer la croissance risque de stimuler encore plus l'inflation. Dans le même temps, lutter contre l'inflation via des politiques monétaire et budgétaire restrictives risque d'aggraver la chute de l'activité et augmenter le chômage. 

La stagflation des années 1970 a ainsi contribué au basculement des politiques économiques dominées par un soutien à la demande vers des politiques de l'offre, des politiques expansionnistes vers des politiques de rigueur.

 

Dernières analyses du front...

 

"Donald Trump s'est retrouvé pris à son propre piège" : au Moyen-Orient, les Etats-Unis face au spectre d'une guerre sans fin contre l'Iran

 

Les objectifs du président américain ont plusieurs fois changé depuis le lancement de l'attaque contre la République islamique, le 28 février. Les experts interrogés par franceinfo imaginent un enlisement durable du conflit, avec de possibles conséquences délétères.

Consulter le Dossier : Tout comprendre à la guerre au Moyen-Orient

Article rédigé par Fabien Jannic-Cherbonnel

France Télévisions

Publié le 12/03/2026 05:48

Temps de lecture : 8min Un incendie touchant un dépôt de pétrole après une frappe, à Téhéran (Iran) le 7 mars 2026. (NEGAR / MIDDLE EAST IMAGES / AFP)

Un incendie touchant un dépôt de pétrole après une frappe, à Téhéran (Iran) le 7 mars 2026. (NEGAR / MIDDLE EAST IMAGES / AFP)

Combien de temps durera encore la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran ? Washington semble bien en peine de répondre à la question. Interrogé, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, s'est ainsi refusé mardi 10 mars à toute précision : "Ce n'est pas à moi de dire si c'est le début, le milieu ou la fin." La veille, Donald Trump avait affirmé que la guerre était "quasiment" terminée. Quelques jours plus tôt, le président américain parlait pourtant d'une guerre de "quatre semaines". "Nous ne voulons pas partir avant l'heure, n'est-ce pas ? Nous devons finir le boulot, non ?", a-t-il encore lancé, mercredi, pendant un meeting à Hebron, dans le Kentucky.

Les objectifs mouvants des Etats-Unis n'aident pas à y voir plus clair. Donald Trump a multiplié les déclarations contradictoires, assurant tour à tour vouloir mettre fin au programme nucléaire iranien, éradiquer les capacités balistiques du pays, aboutir à un changement de régime, ou encore contrer une menace imminente. "Les choses semblent échapper à Donald Trump, qui a voulu dupliquer le modèle de la guerre des douze jours contre l'Iran [en juin 2025], sans avoir les mêmes cartes en main", analyse auprès de franceinfo Sylvain Gaillaud, chercheur en histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le spécialiste de l'Iran estime le chef d'Etat américain "y est allé à l'instinct", pensant "que le régime iranien, affaibli, allait s'effondrer" après la mort du guide suprême, Ali Khomeini, et plusieurs dirigeants iraniens dès le premier jour du conflit, le 28 février. Or la République islamiste résiste, et a déjà désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau leader.

La Maison Blanche et les fantômes du passé

"Il y a un manque total de préparation de l'administration américaine, on a pu l'observer avec le rapatriement des ressortissants, qui n'avait pas été anticipé", estime également Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund of the United States. Washington fait face "à un risque d'enlisement" en Iran, qui a touché "de nombreux présidents américains" au Moyen-Orient, ajoute l'experte. La guerre en Irak, décidée par George W. Bush en 2003, a ainsi duré près de huit ans et a déstabilisé la région pour deux décennies, causant la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. La décision américaine d'intervenir en Afghanistan pour chasser les talibans, après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, a finalement mené à leur retour au pouvoir, par la force, en 2021. Bien conscient de cet historique, Donald Trump avait promis de "ne pas démarrer de guerre" lors de la dernière campagne pour la présidentielle.

Entre-temps, "Donald Trump s'est retrouvé pris à son propre piège, avec une surenchère rhétorique sur les négociations, pour finir par s'aligner sur les objectifs d'Israël, qui sont la fin du régime iranien", souligne Sylvain Gaillaud. Mardi, le Premier ministre de l'Etat hébreu, Benyamin Nétanyahou, a ainsi affirmé ne pas "pas encore terminé" avec son ennemi. En face, "l'Iran ne cherche pas de victoire militaire immédiate" mais veut "garder la face le plus longtemps possible", notamment en élargissant la guerre au Liban ou aux pays du Golfe, expliquait le 2 mars à France Culture(Nouvelle fenêtre) Julia Tomasso, spécialiste de la région à l'Institut de relations internationales et stratégiques. L'objectif : installer une guerre d'usure.

Les prix de l'énergie scrutés

Cette perspective inquiète le reste du monde, notamment sur le plan économique. Le prix du baril de pétrole a frôlé les 120 dollars en début de semaine, avant de redescendre. Mais le blocage du détroit d'Ormuz, contrôlé de facto par le pouvoir iranien et par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, fait craindre une flambée durable du coût de l'énergie. La Commission européenne a mis en garde(Nouvelle fenêtre) lundi contre un "choc stagflationniste majeur", soit une forte inflation combinée à une absence de croissance, capable d'ébranler l'économie mondiale.

Les Etats-Unis ont laissé entendre qu'ils pourraient escorter les pétroliers transitant dans le détroit. Mais la promesse est jugée irréaliste par les spécialistes, alors que Téhéran laisse entendre qu'il pourrait miner le passage. Mercredi, plusieurs navires se trouvant dans la zone ont été touchés par des "projectiles inconnus", provoquant un incendie à bord de l'un d'eux, a rapporté l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO. Dans le même temps, la production d'hydrocarbures par les pays du Golfe tourne au ralenti. La raffinerie de Ruwais aux Emirats arabes unis, l'une des plus grandes au monde, a ainsi suspendu son activité mardi après une attaque de drone.

"Aucune unité nationale" pour Donald Trump

Plus largement, le conflit risque de déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient. "Les pays du Golfe voient d'un très mauvais œil ce conflit, analyse Sylvain Gaillaud. La disparition du régime iranien ne suscitera la détresse de personne, mais la question est de savoir ce qu'il y a après, de trouver un substitut qui donne de la stabilité régionale." Un enlisement du conflit poserait aussi la question "de la crédibilité et validité des garanties de sécurité américaine" pour les Etats de la région, dont certains sont des alliés de Washington, comme un écho aux questionnements européens après l'épisode groenlandais.

"Les pays du Golfe se sont construits comme des îlots de stabilité et de richesse. S'ils ne sont plus correctement protégés, cela deviendra très compliqué pour eux."

Tara Varma, directrice du programme de prospective stratégique du German Marshall Fund of the United States

à franceinfo

Du côté des Etats-Unis, se pose par ailleurs la question de l'opinion publique, alors que plusieurs soldats américains ont perdu leur vie depuis le début du conflit. Seuls 29% des Américains approuvent l'opération en Iran, selon un sondage Ipsos(Nouvelle fenêtre) publié lundi. "L'unité nationale sur ce sujet n'existe pas aux Etats-Unis, contrairement à ce qu'il se passe en Israël", souligne Tara Varma. La guerre pourrait réduire les chances des candidats républicains aux élections de mi-mandat, prévues en novembre, déjà traditionnellement défavorables au pouvoir en place. "Une victoire des démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat redonnerait au Congrès son rôle de contre-pouvoir", rappelle la spécialiste.

Mais arrêter la guerre pourrait s'avérer compliqué. "Le problème est que les deux parties sont actuellement déterminées à ne pas céder en premier", estime sur X(Nouvelle fenêtre) la chercheuse Kelly Grieco, spécialiste de la politique étrangère américaine au centre Stimson, basé à Washington. "Un camp augmente le coût [d'une possible fin] du conflit, puis l'autre en fait de même à son tour. Trouver une porte de sortie devient alors à chaque fois de plus en plus difficile. C'est ça le danger", ajoute-t-elle.

"Il est difficile de trouver un scénario dans lequel Donald Trump pourra dire : 'J'ai obtenu ce que je souhaitais", résume Sylvain Gaillaud. La suite du conflit dépendra aussi de l'attitude du gouvernement israélien et de sa stratégie jusqu'au-boutiste. Donald Trump parviendra-t-il à imposer une fin des hostilités à son allié ? "Il est en tout cas tout à fait possible qu'il décide de se désengager de manière abrupte de cette guerre", estime Tara Varma, tant les décisions du chef d'Etat américain sont imprévisibles. Mais même si la guerre s'arrêtait demain, elle laisserait "d'importants dégâts et une situation très instable dans la région", prévient l'experte.

 

Restaurer les haies

Par Le 11/03/2026

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L'aubépine pousse dans presque toutes les haies de France, et pourtant rares sont ceux qui savent qu'elle servait autrefois de clôture vivante bien avant l'invention du fil barbelé. Nos campagnes regorgent d'arbustes natifs dont les rôles écologiques et les usages anciens sont tombés dans l'oubli

Aubépine (Crataegus monogyna) : reine des haies bocagères, elle nourrit plus de 150 espèces d'insectes et ses baies tiennent tout l'hiver pour les grives et les merles.

Prunellier (Prunus spinosa) : premier arbuste à fleurir en fin d'hiver, ses épines protègent les nids des prédateurs. Ses prunelles servent à préparer le vin d'épine.

Sureau noir (Sambucus nigra) : chaque partie a un usage — fleurs en beignets, baies en sirop, bois creux pour les sifflets. Les anciens l'appelaient la pharmacie du pauvre.

Cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) : ses rameaux rouges illuminent les haies en hiver. Son bois, parmi les plus durs d'Europe, servait à fabriquer des manches et des flèches.

Troène commun (Ligustrum vulgare) : arbuste des lisières calcaires, ses fleurs parfumées en juin attirent une diversité de pollinisateurs difficile à égaler.

Viorne obier (Viburnum opulus) : spectaculaire en automne avec ses grappes rouge translucide, elle pousse en sol frais et nourrit les fauvettes dès septembre.

Fusain d'Europe (Euonymus europaeus) : ses fruits roses éclatants cachent des graines orange vif. Toxiques pour l'homme, elles sont indispensables aux rouges-gorges en migration.

Noisetier commun (Corylus avellana) : ses chatons apparaissent dès janvier, première source de pollen pour les abeilles en sortie d'hivernage. Ses branches souples servaient en vannerie.

Bourdaine (Frangula alnus) : discrète et méconnue, elle est pourtant la plante hôte exclusive du citron de Provence, un papillon jaune emblématique.

Genêt à balais (Cytisus scoparius) : colonisateur des terres pauvres, il fixe l'azote et prépare le sol pour les espèces forestières qui lui succéderont.

Églantier (Rosa canina) : ancêtre sauvage de nos rosiers, ses cynorrhodons contiennent vingt fois plus de vitamine C que l'orange. Les confitures d'églantine restent une spécialité régionale.

Nerprun purgatif (Rhamnus cathartica) : arbuste des coteaux secs, il produit un colorant vert utilisé par les enlumineurs du Moyen Âge et reste un refuge pour les insectes auxiliaires.

Ces arbustes forment le maillage invisible qui tient nos paysages ensemble — corridors pour la faune, brise-vent pour les cultures, garde-manger pour les pollinisateurs. Replanter une haie d'espèces locales, c'est restaurer un patrimoine vivant que trois générations de remembrement ont failli effacer.

Une fois la tempête passée

Par Le 10/03/2026

« Je ne sais pas quelles seront les armes de la Troisième Guerre mondiale, mais celle de la quatrième seront des pierres et des bâtons. »

Albert EINSTEIN

 

On sait tous que la folie humaine rend possible l'éclatement d'une troisième guerre mondiale. Le nier relèverait d'un déni aux conséquences fâcheuses. Nous savons aujourd'hui quelles en seraient les armes. Missiles et drones et éventuellement le recours fatal à l'arme nucléaire. Et dans cette hypothèse, il est clair que le retour à l'âge préhistorique est envisageable, pour ceux et celles qui auraient survécu.

Ce qui est effrayant dans cette citation, c'est d'entendre le savant lancer l'hypothèse que ces survivants porteraient toujours en eux, cette idée que la guerre est une chose juste, justifiable, que les gains à saisir sont plus importants que les pertes à subir, que rien de bon n'aurait émergé dans l'esprit des survivants de la troisième guerre mondiale ou de leurs descendants, que l'Histoire est un éternel recommencement et que rien ne pourrait guérir l'humain de ses travers les plus profonds.

C'est justement l'inverse de cette idée que je cherche à développer dans le tome 4 de la dystopie en cours.

Voilà le texte en exergue : 

 

«Une fois la tempête passée, tu te demanderas comment tu as fait pour la traverser, comment tu as fait pour survivre. Tu ne seras pas très sûr, en fait, qu’elle soit vraiment achevée. Mais sois certain d’une chose : une fois que tu auras essuyé cette tempête, tu ne seras plus le même. »

Haruki MURAKAMI

 

 

Journalistes en danger.

Par Le 10/03/2026

Des journalistes en danger quand ils essaient d'alerter et donc de nous protéger. 

«Je ne pensais pas que le sujet de mes articles pouvait m’attirer des problèmes» : la journaliste experte des PFAS Stéphane Horel cible de pressions

 

https://vert.eco/articles/je-ne-pensais-pas-que-le-sujet-de-mes-articles-pouvait-mattirer-des-problemes-la-journaliste-experte-des-pfas-stephane-horel-cible-de-pressions

PFAS aux faits. La journaliste d’investigation, qui coordonne des enquêtes internationales sur le scandale sanitaire des «polluants éternels», a été la cible de vols et de tentatives d’effraction de son domicile. Dans cet entretien à Vert, elle revient sur ces événements et sur la spécificité de son travail sur les PFAS.

10/03/2026

Par Mathilde Picard

 

À l’origine de nombreuses révélations sur les scandales de pollutions chimiques, Stéphane Horel est journaliste au Monde depuis 2018. Ciblée par des intimidations depuis 2023, elle a porté plainte mi-février aux côtés de son média pour «entrave à la liberté d’expression, atteinte à l’intimité de la vie privée, tentative de violation de domicile, vol et détérioration de biens privés».

Reporters sans frontières lui a apporté son soutien et affirme que si les faits sont avérés et organisés par une seule personne, «ce serait une atteinte très grave à la liberté de la presse et au droit des citoyen·nes à avoir accès à de l’information d’intérêt général». L’ONG rappelle que «de telles méthodes qui relèvent de moyens criminels sont rares en France, mais existent bien, comme l’ont montré les pressions exercées sur le média Fakir».

Quels évènements ont mené à la plainte contre X que vous avez déposée aux côtés du Monde ?

J’ai coordonné le Forever pollution project, une enquête transfrontalière qui a révélé l’ampleur de la contamination aux PFAS. Elle a donné lieu à une carte des zones les plus polluées en Europe. Dans la continuité, nous avons lancé le Forever lobbying project, une investigation collective sur le lobbying de l’industrie afin d’empêcher l’interdiction de ces substances dans la réglementation. J’ai rassemblé une équipe de 46 personnes pour mener ces enquêtes. C’est un projet collaboratif et je me sens responsable de la sécurité de mes collègues et de notre travail.

Or, le 3 janvier 2025, à dix jours de la publication du Forever lobbying project, j’étais chez moi et j’ai entendu un bruit métallique à l’extérieur de mon appartement. Peu après, je suis sortie sur mon palier et j’ai vu une marque autour de la serrure, la peinture était abîmée et le cylindre enfoncé. J’étais quasi seule dans l’immeuble, j’ai vérifié toutes les serrures de mes voisins : aucune autre n’avait été abîmée. J’en ai parlé avec les collègues avec qui je bosse sur le projet. Ils m’ont fait remarquer que c’était la troisième fois cette année que j’avais «un problème avec ma porte».

Stéphane Horel coordonne une enquête transfrontalière sur les PFAS, ces polluants toxiques pour la santé et ultra-persistants dans l’environnement. © Lisa Drian/Vert

Je me suis souvenue qu’en mai 2024, le lendemain de mon arrivée à une conférence de journalisme d’investigation à côté de Bruxelles, mes voisins m’avaient prévenue que ma serrure avait été cassée. Quelques mois plus tard, j’intervenais dans une autre conférence à Bologne : même scénario, ma serrure était de nouveau abîmée. J’ai compris que ces deux incidents étaient arrivés à des moments où mon absence était connue publiquement.

«Sur la question de la pollution aux PFAS, les enjeux économiques sont colossaux.»

Le vol de mon sac à dos dans un bar en juillet 2024 était-il un hasard ? En juin dernier, je me suis aussi fait voler mon téléphone à la terrasse d’un café, dans des circonstances un peu bizarres. Je ne m’étais jamais retrouvée dans des commissariats, et là j’y suis allée quatre fois en 18 mois, dans une période où je travaillais uniquement sur les PFAS. Le 3 septembre dernier, un homme m’a suivie en vélo jusqu’à l’endroit où je m’étais garée, au pied des locaux du Monde. Il a uniquement volé ma sacoche et ne s’en est pris à aucun autre vélo autour. Nous avons donc porté plainte avec Le Monde. Heureusement, aucun collègue ou chercheur du projet collaboratif n’a vécu ce même type d’incident.

Travailler sur les questions environnementales est-il devenu risqué pour les journalistes ?

Je ne pensais pas que le sujet de mes articles pouvait m’attirer des problèmes. J’ai des collègues qui travaillent sur des oligarques et des trafiquants de drogue au quotidien… Je n’envisageais pas que mes enquêtes pouvaient être aussi sensibles par rapport aux leurs. Je me suis dit que, peut-être, les gens visés par nos enquêtes voulaient savoir ce qu’on allait révéler, et qu’après la publication de nos articles on allait me laisser en paix. Mais ça n’a pas été le cas.

© Lisa Drian/Vert

En dehors de l’Europe, les journalistes les plus ciblés par des menaces et des assassinats, ce sont ceux qui travaillent sur l’environnement. Est-ce que ça devient aussi problématique en France ? Sur la question de la pollution aux PFAS, les enjeux économiques sont colossaux, on parle de dizaines ou centaines de milliards d’euros. Sans compter que, sur les questions environnementales, des personnes qui ont d’autres rôles dans la société subissent également des intimidations gravissimes. C’est le cas de Claire Nouvian, directrice de l’ONG Bloom, qui lutte pour une meilleure réglementation de l’industrie de la pêche et pour la protection des océans.

Ces intimidations ont-elles changé votre quotidien de journaliste ?

Il y a des périodes où j’étais aux aguets, mais on ne peut pas l’être tout le temps. Maintenant, je me demande beaucoup plus ce qui, dans mon travail, peut susciter ce genre d’évènements. Je ne bosse que sur les PFAS depuis 2022. Est-ce qu’il s’agit d’intimidations, ou de personnes qui voulaient se renseigner sur ce que nous allions publier ? Impossible de savoir, on peut seulement émettre des hypothèses.

Comment en êtes-vous venu à travailler sur les PFAS, ces polluants persistants toxiques ?

Les PFAS, c’est mon obsession journalistique, ça fait partie des sujets qui te percutent. C’est un sujet total qui recoupe toutes les problématiques liées à la pollution. Cela révèle les manquements de nos gouvernements, qui n’ont pas instauré de règles adéquates pour protéger la population.

«Rendre visible l’invisible.»

En enquêtant sur ces substances, j’ai découvert le concept du state-facilitated corporate crime : ce sont les dommages industriels facilités par l’État. Ce ne sont pas les entreprises les méchantes de l’histoire, et les pouvoirs publics les victimes : les normes sont coconstruites avec les pouvoirs publics, donc il y a une véritable absence de curiosité de leur part sur ce qu’il se passe à l’intérieur des usines. On compromet notre santé pour une molécule qui sert à protéger la moquette. Aujourd’hui, les bébés naissent pré-pollués, on a tous des PFAS dans le sang – et les enfants dans une proportion bien plus importante.

Comment faire pour informer sur une pollution d’une telle ampleur et aux conséquences si graves sans se décourager ni accabler le public ?

Il faut une énergie joyeuse pour travailler sur des sujets comme ça. Avoir de l’humour peut apporter de nouvelles idées, une perspective neuve sur les problèmes. Il y a une quinzaine de jours, lors d’une réunion pour préparer un voyage à Bruxelles, où certains d’entre nous ont suivi des «habitants de la pollution» [qui vivent dans des zones hautement contaminées, NDLR], j’ai fait une blague en disant : «I am a PFAS hotspot» [«Je suis une zone de haute contamination aux PFAS»], et ça a fini sur des autocollants qu’ils ont distribués pendant leurs rendez-vous.

C’était une blague qui attrapait quelque chose de très réel : une des femmes italiennes que j’ai rencontrées a plus de 100 nanogrammes par millilitre (µg/l/ml) de PFAS dans le sang. Les Académies nationales des sciences, de l’ingénierie et de médecine américaines estiment que les patients présentant une concentration supérieure à 20 ng/ml devraient subir une série d’examens pour prévenir des effets importants sur la santé. Elle a eu un cancer du sein. L’humour permet de vulgariser ces sujets-là parce que, quand on parle de polluants, on doit rendre visible l’invisible. Et on peut avoir de la fantaisie tout en étant très carré.

«On n’a pas encore pris la mesure du problème.»

Le journalisme cross-border [transfrontalier, en collaboration avec des enquêteur·ices de différents pays, NDLR] crée aussi un espace de liberté énorme pour développer les sujets environnementaux. Il permet de sortir l’investigation des scandales politico-financiers sur lesquels elle se concentrait traditionnellement, et de féminiser la profession.

Détruire les datacenters

Par Le 10/03/2026

C'est une nouveauté : le bombardement de datacenters.

Le cloud héberge des services financiers, des systèmes de santé, des communications d’État et des données industrielles critiques, quels critères géopolitiques doivent guider le choix d’une région d’hébergement ? Les Émirats arabes unis sont devenus ces dernières années une destination prisée pour les grandes infrastructures numériques, attirées par une fiscalité avantageuse, une connectivité dense et une stabilité perçue comme solide.

La nuit du 1er mars a mis un sérieux bémol à cette perception.

C'est le système informatique qui est visé et on sait tous l'importance considérable de cette technologie.

 

Guerre en Iran : les datacenters américains dans le viseur

 

En ciblant les datacenters d’AWS au Moyen-Orient, l’Iran désigne les infrastructures numériques comme des cibles de guerre.

Par Philippe Leroy, Le 6 mars 2026, 17h18

3 min

Des drones iraniens ont frappé délibérément cette semaine les data centers d’AWS aux Émirats arabes unis et à Bahreïn. Selon le Financial Times (FT), c’est la première fois qu’une opération militaire prend pour cible les infrastructures d’une entreprise technologique américaine de premier plan.

L’agence Fars News, proche des Gardiens de la révolution islamique, a revendiqué ce jeudi des frappes contre des installations d’Amazon et de Microsoft dans la région. Si Microsoft a démenti tout incident opérationnel, AWS a confirmé que deux de ses sites aux Émirats avaient été « directement touchés » par des drones, mettant hors service deux de ses trois zones de disponibilité régionales.

Un data center en Bahreïn a également été atteint lors d’une attaque à proximité. AWS a conseillé à ses clients de migrer leurs données vers d’autres régions, reconnaissant que « l’environnement opérationnel au Moyen-Orient reste imprévisible ».

Des cibles difficiles à défendre

Les data centers présentent des caractéristiques qui en font des cibles vulnérables : des groupes électrogènes diesel, des turbines à gaz, et surtout d’imposants systèmes de refroidissement. « Ce sont des installations tentaculaires, et si vous mettez hors service les refroidisseurs, vous pouvez les mettre entièrement hors ligne », explique au FT Sam Winter-Levy, chercheur à la Carnegie Endowment for International Peace.

Lire aussi : OpenAI se raccroche à AWS pour avancer sur l'agentique

Matt Pearl, du think-tank américain CSIS, résume la logique de ces offensvives : « Les Iraniens voient les data centers comme une composante du conflit. C’est une façon d’avoir un impact réel dans la région. »

L’eldorado de l’IA du Golfe remis en question ?

Les conséquences de ces frappes dépassent largement le cadre militaire. Le Golfe avait misé sur son image de havre de stabilité pour attirer des investissements colossaux dans l’intelligence artificielle. L’Arabie saoudite, via son entité Humain, et les Émirats arabes unis, via G42, ont engagé des milliards aux côtés de Nvidia, Amazon et Microsoft pour construire de vastes clusters de data centers.

Abu Dhabi accueille également l’un des gigantesques projets « Stargate «  d’OpenAI. Le mois dernier encore, Microsoft annonçait l’ouverture prochaine d’un nouveau centre Azure en Arabie saoudite.

« Ces frappes pourraient fondamentalement changer le calcul de risque pour les investisseurs privés, les assureurs et les entreprises technologiques elles-mêmes », avertit Jessica Brandt, du Council on Foreign Relations. « Le Golfe s’était vendu comme une alternative sûre à d’autres marchés. Cet argument vient de perdre de sa force. »

Un avertissement mondial

Au-delà des capitaux, c’est le recrutement de personnel d’ingénierie et de construction qui pourrait pâtir du nouveau climat d’insécurité, selon un vétéran américain de l’industrie tech installé dans la région, cité par le FT. Il compare le projet « Stargate » aux usines de fabrication de puces d’Intel en Israël, protégées par l’armée et entourées de défenses anti-aériennes : « Il faut intégrer la protection dès le départ, c’est incontournable pour un projet de cette envergure. »

Reste que l'attaque soulève une question qui dépasse le seul Moyen-Orient. « C'est un avant-goût de ce qui va venir, et ces types d'attaques ne se limiteront pas à cette région », prévient Winter-Levy. À l'heure où les infrastructures numériques deviennent le nerf de la guerre économique et technologique mondiale, leur protection physique s'impose désormais comme un enjeu de souveraineté à part entière.