Basse synergie

Le besoin constant de soutenir le moi dérivé aboutit à une vision extrêmement courte des effets générés par les actes. Il n'y a aucune compassion envers les générations futures. Elles n'existent même pas à moins qu'elles puissent autoriser par leur venue prochaine la validation des actes présents. Les industriels alliés des politiciens qui combattent les ethnies de la planète pour s'attribuer leurs richesses naturelles utilisent le prétexte de l'aprovisionnement des générations actuelles et même futures en énergies fossiles et autres minéraux. Vaste mensonge qui n'a pour autre but que de maintenir le flux des richesses pour quelques privilégiés, au détriment de communautés entières et de l'équilibre naturel; La société indienne Vedanta en est un des nombreux exemples;

On a ici le détail d'une des affaires.

Il est indispensable de connaître tous les actes qui contribuent à cette basse synergie. Et à les combattre à notre mesure;

Bulletin Oeconomia Humana

Mai 2010, volume 8, numéro 4


Vedanta Resources et les Dongria Kondh : une histoire de responsabilité sociale ?


Par Kristell Labous et Anne de Malleray, candidates au Master développement durable de l'Université Paris Dauphine

Catégorie: RSE



Vedanta Resources, une compagnie minière, siégeant à Londres, exploite de nombreuses mines d’aluminium, de cuivre, de zinc et de plomb en Inde, en Australie et en Zambie. En projet depuis 1997, la mine de bauxite située dans l’état indien d’Orissa n’est pas en activité. Elle se situe en effet sous la colline sacrée des Dongria Kondh, une tribu de 9000 personnes dont le mode de vie ancestral serait menacé par l’ouverture de la mine. Ce conflit local est devenu international : l’ONG Survival International, spécialisée dans la défense des droits des tribus et peuples indigènes s’est saisie du sujet et a porté plainte devant l’OCDE pour non respect des droits de l’homme et des libertés. Cette plainte a donné lieu à une condamnation par le gouvernement britannique en octobre 2009. La même année, Amnesty International a lancé sa campagne.

L’affaire a pris une ampleur médiatique à la sortie du film Avatar, en décembre 2009. Les ONG ont fait le parallèle entre la situation des Na’vi, la tribu du film, et celle des Dongria Kondh, ce qui a valu de nombreux articles dans la presse internationale.
Depuis 2007, des investisseurs retirent leurs actions de la société Vedanta, cotée à la bourse londonienne. Ainsi, l’Eglise d’Angleterre, après de nombreux avertissements, s’est retirée du capital de la compagnie, l’Etat norvégien ou encore le fonds de pension de la major britannique BP également.

Contre toute attente, la compagnie minière ne réagit que très peu aux pressions médiatiques. Elle dément le rapport publié par Amnesty International, a refusé de collaborer à l’enquête menée par l’OCDE sur la véracité des faits allégués par Survival International. Elle se contente uniquement de publier son rapport de développement durable annuel, d’informer ses investisseurs sur ses projets, de tenir quelques blogs sur les impacts positifs de la raffinerie de bauxite déjà implantée au pied de la colline Niyamgiri et de poursuivre ses projets auprès de la communauté locale indienne (implantation d’écoles, projet d’université en Inde…). Cette passivité nous a amené à nous interroger sur la stratégie de l’entreprise.

Pour répondre à cette question, nous nous sommes intéressées tout d’abord à l’émergence du problème social sur la scène médiatique internationale, dans un second temps au rôle de l’Etat, régulateur et arbitre, et dans un dernier temps à la stratégie de l’entreprise face à cet environnement hostile et complexe.

Pour comprendre l’émergence de ce conflit local sur la scène internationale, il nous a semblé pertinent de l’analyser selon une approche constructiviste. Le modèle de l’arène publique d’Hilgartner et Bosk (1988) offre un cadre d’analyse pour expliquer la sélection qui s’opère, dans l’espace public, entre les différents enjeux sociaux. Selon ces auteurs, la capacité d’attention de l’opinion et des institutions est limitée, c’est pourquoi une compétition s’installe entre les différents problèmes sociaux émergents. Différents critères opèrent pour permettre à un conflit de faire surface : la dramatisation, le principe de nouveauté, la culture, le contexte politique et l’espace disponible dans l’opinion publique. Concernant le cas de Vedanta Resources, la dramatisation a eu lieu à la sortie du film Avatar : l’ONG Survival International publie en février 2010 un appel à James Cameron dans la revue hollywoodienne Variety. Comparer la situation des Dongria Kondh à celle des Na’vi a suscité l’intérêt de tous les médias internationaux. L’enjeu, pour les ONG est désormais de conserver l’attention des médias pour maintenir la pression de l’opinion publique sur la compagnie minière. Nous pouvons aussi nous référer au principe de caractérisation formulé par Joel Best (2005) pour expliquer l’émergence de problème social. Premièrement, il faut souligner le fait que les ONG, impliquées dans le conflit, défendent les droits de l’homme et non la protection de l’environnement. Même si les impacts environnementaux sont mis en avant, la priorité dans ce conflit est de défendre les droits des peuples autochtones, dont les Dongria Kondh font partie. Dans un second temps, ce conflit peut être caractérisé comme un enjeu économique et politique pour l’Etat d’Orissa et l’Etat indien. En effet, le développement économique de l’Inde est une priorité pour le gouvernement et pour l’Etat d’Orissa, le plus pauvre en Inde. Concernant l’OCDE et les actionnaires, l’enjeu semble davantage correspondre à la responsabilité sociale et à l’éthique des affaires. Chaque acteur interprète ici le conflit entre les Dongria Kondh et Vedanta Resources selon sa propre culture, son propre point de vue, ce qui conduit à la complexification du problème.

Vedanta Resources est également confronté à un autre acteur dominant : l’Etat. Plusieurs Etats interviennent dans le conflit : l’Etat indien, l’Etat d’Orissa, l’Etat britannique et l’Etat norvégien. Nous avons identifié différents rôles qu’endosse l’Etat selon la relation qu’il entretient avec l’entreprise. L’Etat d’Orissa soutient Vedanta Resources depuis le début du projet d’exploitation minière. Riche en métaux, notamment en bauxite, c’est l’Etat le plus pauvre d’Inde. Ainsi depuis 2002, le gouvernement d’Orissa a signé 54 accords d’exploitation minière. De plus, l’Etat d’Orissa a engagé son entreprise d’Etat Orissa Mining Corporation dans un consortium avec Vedanta Resources pour l’exploitation de la mine de Lanjigarh. Ce soutien est un soutien financier, économique et politique, l’Etat d’Orissa souhaitant développer l’économie locale autour du secteur minier. L’Etat indien a une position plus ambigüe : le Ministère de l’Environnement souhaite préserver les forêts de cette région et maîtriser l’exploitation forestière, tandis que le gouvernement indien espère développer économiquement son pays; Anil Argawal, président directeur de Vedanta Resources, disposant d’une fortune personnelle de 6 milliards de dollars, les enjeux économiques entre Vedanta Resources et l’Inde sont considérables. La divergence des intérêts indiens a conduit l’Etat indien à des décisions contradictoires : l’autorisation d’exploitation fut accordée en 2009 par la Cour Suprême indienne, un rapport recommande au Ministère de l’Environnement d’interdire l’exploitation et le gouvernement indien n’a toujours pas rendu sa décision. Ainsi le dossier est en suspens depuis 2006.

Concernant l’Etat britannique et l’Etat norvégien, les positions sont différentes de celles de l’Inde. L’Etat britannique héberge le siège londonien de Vedanta Resources depuis quelques années désormais. L’entreprise a donc la nationalité britannique. De ce fait, l’ONG Survival International a pu déposer une plainte auprès du point de contact national britannique de l’OCDE, selon le principe qu’une entreprise multinationale, dont le siège se situe dans un Etat membre de l’OCDE, doit respecter les principes directeurs de l’OCDE (Droits de l’Homme universels, transparence, droits du travail internationaux…). Selon l’ONG, l’entreprise aurait violé les droits des peuples autochtones. Le point de contact national britannique après avoir mené une enquête sur la véracité des faits a statué favorablement à la demande de Survival International, déçu de l’absence de réponse de la part de la compagnie minière. Malgré l’absence de force obligatoire des recommandations de l’OCDE, cette condamnation du point de contact national britannique signale à l’entreprise la nécessité d’être responsable socialement. C’est une intervention indicative et non normative de l’Etat britannique. Cette décision a ensuite été reprise médiatiquement par les ONG et les journaux internationaux. Pour l’Etat norvégien, actionnaire de Vedanta Resources, l’absence de considération à l’égard des Dongria Kondh relève d’un manque d’éthique des affaires, c’est pourquoi, l’Etat norvégien s’est retiré du capital. Cette intervention relève du champ des normes incitatives. L’Etat souhaite faire pression sur l’entreprise par une intervention financière. Toutefois, nous relevons que Vedanta Resources n’a pas réagi aux différents retraits de ces plus gros actionnaires. Est-ce dû au fait que l’entreprise est détenue majoritairement par la famille Argawal ? Dans le cas de Vedanta Resources, aucun Etat n’a pour l’instant pris de mesures coercitives. L’Etat indien pourrait condamner la compagnie minière pour la pollution de la rivière de Lanjigarh par la raffinerie de bauxite, il n’en est rien actuellement. La décision finale d’exploiter la mine de bauxite peut constituer, si elle est négative, une sanction. Nous supposons également que l’ONG pourrait saisir la Cour de Justice de la Communauté Européenne pour violation du droit communautaire et ainsi faire condamner Vedanta Resources. Cependant, un tel procès peut prendre plusieurs années avant d’aboutir, et la situation d’urgence des Dongria Kondh ne permet sûrement pas à l’ONG de recourir à ce type de procédure.

Dans un dernier temps, nous avons analysé le comportement de l’entreprise à l’égard de ses parties prenantes, que nous avions identifié précédemment. Selon le cadre d’analyse de Mitchell, Agle et Wood, les parties prenantes peuvent être classées selon leur degré d’influence sur l’entreprise. Celui-ci peut s’évaluer en fonction du nombre d’attributs que possèdent les parties prenantes : légitimité, urgence et pouvoir. Cette classification des parties prenantes nous a permis d’identifier quatre groupes. Le premier constitué de l’Etat d’Orissa et de l’Etat indien dispose des trois attributs : la légitimité au regard de Vedanta Resources du fait que le territoire concerné soit sous l’autorité des deux Etats, le pouvoir de sanctionner par l’autorisation ou l’interdiction d’exploiter et l’urgence pour Vedanta Resources d’exploiter le plus rapidement possible la mine de bauxite. Le deuxième est constitué de l’Etat britannique, des ONG et des communautés locales. Ce groupe dispose de la légitimité et du pouvoir. L’Etat britannique dispose de la légitimité au regard de sa compétence sur une entreprise de sa nationalité, du pouvoir de sanctionner, mais l’Etat britannique ne l’utilise pas. Il ne dispose donc pas de l’urgence. Concernant les ONG et les communautés locales, elles disposent de la légitimité d’agir, elles sont directement concernées par les activités de la compagnie minière, elles disposent du pouvoir médiatique et de l’opinion publique, mais au regard de l’entreprise, l’urgence ne leur est pas attribuée. La compagnie minière ne réagit pas à leurs revendications et ne répond pas à leurs attentes. La dernière entité est l’OCDE, qui dispose de l’urgence et de la légitimité. En effet, l’OCDE est légitime d’intervenir dans un conflit entre une ONG et une entreprise multinationale depuis la mise en place des points de contact nationaux. L’urgence a permis au point de contact britannique de rendre une décision rapide et de condamner l’entreprise, ce qui l’obligerait à réagir. Cependant, Vedanta Resources semble n’accorder que peu de pouvoir à l’OCDE, puisqu’elle ne répond pas à sa demande de lui apporter des preuves de son innocence. Les mesures indicatives de l’OCDE ne semblent pas ennuyer Vedanta Resources, qui reste silencieuse sur cette affaire.

Pour conclure sur les comportements de l’entreprise face à son environnement, Vedanta Resources use de trois stratégies différentes : l’évitement, la compétition et la non coopération. Ces trois stratégies ont pour cible des parties prenantes différentes en fonction des intérêts que porte l’entreprise à celles-ci. Nous pouvons ici faire le parallèle entre les stratégies déployées par l’entreprise et le classement que nous avons fait précédemment des parties prenantes. En effet, nous remarquons que la considération pour autrui coïncide avec le nombre d’attributs dont disposent les parties prenantes. Ainsi l’Etat d’Orissa et l’Etat indien disposent des trois attributs et Vedanta Resources adopte un comportement de collaboration pour le premier et un comportement de compétition pour le deuxième. Les autres parties prenantes ne possèdent que deux attributs. De ce fait l’entreprise semble négliger leur importance et leur potentiel d’influence sur les activités de l’entreprise. En effet, en optant pour une stratégie de non coopération à l’égard des ONG et de l’OCDE, elle fait abstraction de leur poids international et notamment des conséquences médiatiques d’une telle campagne. Pour les Dongria Kondh, principaux concernés par les conséquences de l’ouverture de la mine, elle ne prend pas en compte la légitimité et le pouvoir dont disposent les communautés locales. Vedanta Resources semble ne pas se soucier de son image dans la région, ni de son intégration dans la communauté locale. Ces comportements trahissent une stratégie uniquement économique, écartant toute responsabilité sociale dans la région.

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