blog

"La nature, c'est l'abondance"

Une vidéo à mes yeux incontournable.

Eco-villages

Un reportage de qualité, complet, clair, objectif. Une expérience qui nous plaît et qui attire de plus en plus de monde.

De notre côté, nous n'en sommes pas là. Nous n'avons pas cherché à intégrer ce genre de lieu pour diverses raisons. La principale étant de répondre à notre besoin de solitude, tout autant que de créer des liens avec nos voisins. Mais que rien de commun ne soit décidé dans des "conseils" de groupe. Cela ne veut pas dire que ça n'est pas viable mais juste que nous n'en sommes pas capables. Par contre, il est certain à nos yeux que beaucoup de gens se tourneront de plus en plus vers ce mode de vie. Et c'est tant mieux. 

Peut-être qu'ici, nous parviendrons à créer une forme de communauté, de partage, de solidarité, de bienveillance tout en continuant à préserver notre mode de vie et cette "solitude" qui nous est si chère. Il n'en reste pas moins que ces expériences multiples en France sont d'un grand intérêt. 

Le débriefing à 46 minutes est particulièrement intéressant quant aux conclusions qui sont tirées.

Le lien humain, la priorité. Le reste est secondaire.

La qualité des relations humaines, assurément ce qui manque cruellement à nos sociétés "modernes". 

 

 

"Le chemin de la nature"

Un site que nous regardons régulièrement et avec lequel nous avons beaucoup appris.

Hier, nous nous sommes accordés une pause dans les travaux à la maison et nous sommes allés nous balader, à la recherche des plantes sauvages. Quinze kilomètres dans les chemins des forêts. 
Nous avons trouvé du cerfeuil des bois. C'était bien lui puisque nous sommes toujours en vie :)

 

 

 

Le marché mondial et ses cafouillages

Ruptures de stock, pénuries, difficultés d'approvisonnement. Hausse  des prix, baisses des marges pour les entreprises. 

Comme on est en pleine rénovation de la maison, j'ai pu constater de visu toutes ces difficultés. Sur le bois, sur les métaux, sur l'électricité, sur l'outillage, sur les matériaux d'isolation. Rien en dépôt, des commandes passées qui n'arrivent pas, des délais inconnus. Et c'est partout pareil, pas uniquement dans la Creuse. Les entreprises tapent dans les stocks mais ne savent pas combien de temps elles tiendront.
Là encore, il s'agit donc de se "débrouiller" et c'est là que la récupération joue son rôle. Pour ma part, je n'ai aucune hésitation quand je vois une camionnette décharger à la déchetterie des panneaux isolants, des panneaux en aggloméré, des panneaux en OSB (alors qu'il n'y en a plus en vente un peu partout en France)...Je récupère, je descends dans les bennes et au final, parfois je rentre avec davantage de matériaux que ce que je suis allé jeter. Pas plus tard que vendredi. J'y vais avec une remorque de végétaux divers, non utilisables en broyat. Une remorque de 500 kg de charge utile. Pour donner une idée de la taille. Au final, je suis rentré avec une remorque pleine. Deux meubles, des plaques de laine de roche, des panneaux d'aggloméré, des panneaux d'OSB, de la bâche noire d'ensilage (je l'utilise pour entourer les planches dans la serre), des tuyaux de gouttière, des bobines de fils électriques (très utiles dans le potager comme liens), des piquets métalliques tordus qui ne demandaient qu'à être redressés à coups de masse. 

Avant de se plaindre de l'approvisonnement qui vient de Chine, de se plaindre de la pollution générée, de la dépendance économique, il faudrait déjà apprendre à ne pas jeter tout et n'importe quoi. Bien entendu que ça ne peut pas être une voie royale mais c'est au moins une voie de secours. C'est comme de vouloir multiplier les moyens de production électrique, nucléaire, éolien, solaire, hydroélectrique etc...Il faudrait déjà éteindre les lampadaires dans les campagnes. Ici, il y a cinq lampadaires dans le hameau, allumés toute la nuit. C'est ridicule. Et je ne parle pas des vitrines dans les villes. Et des lumières dans les usines quand personne n'y travaille. Des milliers d'exemples de ce gaspillage quotidien.

Réduire au lieu de vouloir produire davantage.

Non, impossible, réduire, c'est revenir à l'époque des cavernes, me répond-on. La décroissance, c'est bon pour les hippies. 

Mais oui, bien sûr.

Alors, je suis un hippie néanderthalien.  

 

 

La pénurie de bois de construction pénalise le secteur du bâtiment

Publié le : 25/03/2021 - 00:06

 

Une charpente en cours de construction. (Photo d'illustration)

Une charpente en cours de construction. (Photo d'illustration) Getty Images - sot

Par :Altin Lazaj

4 mn

Le bois de construction connait une pénurie et une hausse des prix. Une situation qui affecte le secteur du bâtiment en France et en Europe qui souffre également du ralentissement de l’activité en raison de la crise sanitaire.

Les professionnels du bâtiment en France tirent la sonnette d’alarme sur une pénurie de bois de construction qui menace l’approvisionnement des chantiers. Ce bois, utilisé pour les structures ou encore les charpentes des bâtiments, connait également une flambée des prix ces derniers mois, entre 20 et 30% d'augmentation depuis octobre.

La pandémie, principale raison de la pénurie

Les restrictions sanitaires et le confinement ont perturbé la production de bois de construction et des produits semi-transformés. À cela s’ajoute une désorganisation au niveau mondiale du transport maritime, ce qui complique le système de distribution et cause des retards de livraisons. Une situation qui risque de durer jusqu’en été.

Autre facteur, les Américains achètent de plus en plus du bois européen. Traditionnellement, ils s’approvisionnaient au Canada, mais depuis que Donald Trump a imposé des taxes sur les importations du bois d’œuvre canadien, les entreprises américaines se sont repliées sur le marché européen. « Et elles n’hésitent pas à payer le prix fort pour s’approvisionner », explique Luc Charmasson, président du comité stratégique de la filière bois.

Hausse des prix du bois de construction

Conclusion : suite à une forte demande accompagnée d'une pénurie, les prix du bois de construction ne cessent de grimper. Ce phénomène n’est pas seulement français, mais aussi européen.

Résultat, les entreprises du bâtiment subissent une double peine. Elles sont obligées de faire moins de marges à cause de cette hausse des prix et elles risquent de payer des pénalités de retard de livraison des chantiers du fait de la pénurie de bois.


 

 

La pénurie de semi-conducteurs provoque l'arrêt de l'usine Stellantis de Rennes : la CFDT s'inquiète pour les salaires

 

Il n'y aura aucune livraison de semi-conducteurs, ces composants électroniques indispensables à l'équipement des voitures, avant vendredi. 

Article rédigé par

franceinfo

Radio France

Publié le 19/04/2021 08:22

 Temps de lecture : 2 min.

Stellantis, un groupe né de la fusion de PSA et de Fiat Chrysler. (ALESSANDRO DI MARCO / ANSA / MAXPPP)

Stellantis, un groupe né de la fusion de PSA et de Fiat Chrysler. (ALESSANDRO DI MARCO / ANSA / MAXPPP)

La production de l'usine Stellantis, le groupe né de la fusion de PSA et de Fiat Chrysler, de Rennes-La Janais, sera quasiment à l'arrêt à partir de lundi 19 avril jusqu'à vendredi prochain en raison d'une pénurie en semi-conducteurs dans le monde entier. "On ne s'attendait pas à une semaine de coupure", a réagi Laurent Valy, secrétaire du comité social et économique et secrétaire de section CFDT de cette usine lundi sur franceinfo. Il s'inquiète pour les salaires. Environ 2 000 personnes travaillent dans cette usine.

franceinfo : Est-ce que vous aviez déjà connu ça, toute une usine à l'arrêt pour des problèmes d'approvisionnement ?

Laurent Valy : Cette pénurie mondiale des semi-conducteurs, ces petits composants électroniques indispensables pour produire les voitures, les PC, les téléphones, les consoles, on l'a au-dessus de la tête depuis quelques temps. Mais on ne s'attendait pas à une semaine de coupure.

Qui est responsable selon vous ?

Il y a deux facteurs importants pour cette crise mondiale, la pénurie de l'offre, avec quand même une production qui est très axée en Asie.

"Il faut savoir que la production des semi-conducteurs reste très mal répartie dans le monde et clairement, l'Europe est en situation de faiblesse sur ce point."

Laurent Valy 

à franceinfo

Au Japon, l'usine Renesas, un des grands fournisseurs pour l'industrie automobile qui représente quand même 30 % du marché, a subi un incendie. En parallèle, on a Huawei, qui a stocké fortement dès 2020 des semi-conducteurs dans un contexte de guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis.Il y a eu aussi une augmentation forte de la demande, dès 2020, avec une reprise économique à laquelle on ne s'attendait pas. La crise du Covid-19 a fait exploser le télétravail et la demande en matériel informatique. En parallèle, on a aussi le lancement de la 5G avec une nouvelle génération de téléphones, les lancements des nouvelles consoles de jeux, par exemple la Playstation.

Quelles conséquences pour les salariés du groupe Stellantis ?

On a cette chance d'avoir un dispositif au sein du groupe de modulation du temps de travail. Mais bon, le problème, c'est l'accumulation des séances. Bien sûr, les salariés vont commencer à dépasser le seuil de déficit, le déficit de 84 heures fixé par la modulation. Au-delà, ils basculent en chômage partiel. Il y a le plus grand fabricant de puces électroniques au monde, TSMC, qui a averti le 15 avril que la pénurie va durer. Il n'y a aucun doute sur le fait que, malheureusement, nous allons devoir subir [cette pénurie] encore toute l'année. Donc oui, il y a de l'inquiétude sur les pertes de salaire.

Bande-son

Il y a longtemps que je n'ai pas posté de vidéos musicales.

Lorsque je travaille dehors, j'écoute souvent de la musique avec mes écouteurs de MP3.

J'ai enregistré une playlist assez conséquente :)

J'avais seize ans, mes parents m'avaient offert un "walkman" (il faut être né dans les années 1960 pour savoir à quoi ça ressemblait) :) :) 

J'avais des cassettes et il fallait la retourner dans l'appareil pour écouter l'autre "face" :) :)

Mais j'ai découvert à cette époque-là la puissance des souvenirs quand ils sont associés à la musique. 

Mes parents, en réponse à mes suppliques, avaient accepté d'aller passer les vacances dans les Pyrénées. J'étais comme un jeune chien fou, je courais partout, Un immense bonheur. J'avais mon walk man à cette époque, j'écoutais beaucoup "Mahavisnhu orchestra" et "John Mac Laughlin". Lorsqu'on est rentré en Bretagne et que j'écoutais à nouveau ces cassettes, toutes les images revenaient avec une précision étonnante. Les images étaient inscrites sur la bande son. 

Je n'ai jamais arrêté ensuite. J'ai très souvent de la musique dans les oreilles. 

Mes goûts ont changé avec le temps. Mais pas cet amour des "bandes-son" qui accompagnent mon existence. 

Ascendant - Ascension [SpaceAmbient]

SpaceAmbient

 

 

 

Kisnou - Unbound

Ambient

Jon Hopkins - Feel First Life (Official Video)

Jon Hopkins

Dreamstate Logic - Luminescence [SpaceAmbient]

SpaceAmbient

Interconnected Cosmos & Dreamstate Logic - Toward The Light [SpaceAmbient]

SpaceAmbient

Jon Hopkins - Emerald Rush

theXchange

The Ambientalist - A Children's Dream

Ambient

Jon Hopkins - Everything Connected (Official Audio)

Jon Hopkins

Barry Hudson-Taylor - Motion

Barry Hudson-Taylor Music

HOSTILES OST MEDLEY

Ale Xey

Martin Roth - An Analog Guy In A Digital World

George Souris

Christian Löffler - Swim

Bad Vibes

Christian Loffler - Neo

TheIoLoSo7

Christian Löffler - Ry

SuicideSheeep

För Alltid - Vindstilla

Ambient

Delectatio - Adjust

Ambient

Hirola - Perpetual Light

Ambient

Alaskan Tapes - Because Finally It's Everything

Alaskan Tapes

Skekz - 8-bit Cloud

Ambient

Luke Pearson - Requiem In The Mountains

Ambient

Tambour - The Nude And The Quiet

Ambient

Alaskan Tapes - Views From Sixteen Stories

Ambient

Joachim Heinrich - Windlicht

Joachim Heinrich

Her OST - 13. Dimensions

Soundtrack Central

Colton Jackson - Here Today, Remembered Tomorrow

Ambient

Cash - Reverie

Ambient

Clemens Ruh - Days Of Wonder

Ambient

Delectatio - Broken World

Ambient

Dan Farley - Lorica

Ambient

Atis Freivalds - Solitude

Ambient

Max Richter - The Young Mariner

MaxRichterMusic

Max Richter - Never Goodbye

Le Silence Des Sirènes

Departure

Lights & Motion

Sonic Scope - Goodbye

Fluidified

Medium Format TLR images - Roofless Room

Jasonnapier100

Max Richter - War Anthem

Elliott Walsh

Olafur Arnalds - TREE

Muzimate

Ólafur Arnalds - The Final Chapter

Ólafur Arnalds

Ólafur Arnalds - Only The Winds

Ólafur Arnalds

Max Richter - She Remembers

Elliott Walsh

Solace - Come Find Me

Ambient

Fjordne - "Last Sun"

champs0606

The Tumbled Sea - A Song For Staying In

SoundBankOfTheYear

The Tumbled Sea - melody iii

Brian Kuhn

Joachim Heinrich - I Throw This To The Wind

Joachim Heinrich

Kisnou - H.O.M.E (Music Video)

Ambient

Joachim Heinrich - Horizon

Joachim Heinrich

Joachim Heinrich - As Guiding Lights Appear

Joachim Heinrich

Solace - St Catherines

Ambient

Solace - If Only

Ambient

Nomad - Weep

Ambient

Tristan Eckerson - Sepelo

Ambient

Where the Good Way Lies - Hope Unfolds

Ambient

August Søren - Come Back Into The Light

Ambient

An Imaginal Space - Myths

Ambient

Ether - As If Time Stood Still...

Ambient

Arros - Find Yourself

Ambient

No-kë - Oceans

Ambient

Tony Anderson - Younger

Ambient

The Monk by the Sea - Lake

Ambient

Serein - Avenoir

Ambient

Jakob Ahlbom - Approaching Spring

Ambient

Joachim Heinrich - Pilgrim

Ambient

BLUT OWN - We Are Young

The GΔmes We PlΔy

Kisnou - Let Go

Ambient

Joachim Heinrich - Lùnastal

Ambient

Aeon Waves - The Lonely Path

Ambient

Blut Own - Endless Space In Mirror

Fluidified

Blut Own - Avalanche

Fluidified

Blut Own - Reminiscence

Fluidified

Wezi Mkandawire - Where I Belong

Ambient

Sensitize - Shinrin-Yoku

Ambient

Serein - Reconcile

Ambient

Fading Language - A Memory to Lay Waste To

Ambient

the tumbled sea - melody summer (Full Album)

9eCn3

Takeoff

Need a Name - Topic

Asmar - Ameth [ARTSGALLERY001]

HATE

Phon.o - Leaving Khidi

HATE

Christoffer Franzen ( Lights & Motion) ~ Breathe

ז'אן סבסטיאן

Eikona - Engraved in Torchlight

Ambient

Tom Day - Starlight

Ambient

Brombaer - Silencio

Ambient

moshimoss - Untitled Song (Live at Camp Off-Tone 2015)

Ambient

Igor Khabarov - Try

Ambient

Dominik Landahl - Nivalis

Ambient

Aleks Michalski - Existence

Ambient

Joachim Heinrich - I'm An Astronaut

Joachim Heinrich

Joachim Heinrich - Unreachable

Joachim Heinrich

Joachim Heinrich - Stjärna

Joachim Heinrich

Joachim Heinrich - Water

Joachim Heinrich

Introspecter - Submerged

Ambient

Ayush. - Rue

Melancholy Music

Need a Name - Patterns

Ambient

Pg. Lost - Crystaline

eRtRko

Max Richter - The Consolations of Philosophy

Le Silence Des Sirènes

Tom Day - Descending

Ambient

James Maloney - Blink

Ambient

Wreckage Machinery - Hourglass

MrSuicideSheep

Wreckage Machinery - Dawn of Time [Epic Emotional Music]

ThePrimeCronus

Rone - Parade

InFiné Music

Rone - Brest

InFiné Music

Kiasmos - Gaunt (Official Music Video)

Erased Tapes

Kiasmos - Burnt (Official Audiovisual)

Erased Tapes

Apstract - Lights

Ambient

Chasing Dreams - Departures

Ambient

Aurora - Hans Zimmer

xNarsil

Random Forest - Awakening

Ambient

Ólafur Arnalds - Particles ft. Nanna Bryndís Hilmarsdóttir

Ólafur Arnalds

The Captive Oceans - New Beginnings

Ambient

Tambour - Sleepers

Ambient

Unforseen - The Universe Inside Of You

Ecstasy Sounds

Hiatus - Nobody

djhiatus

FREE DOWNLOAD: Sweet Tooth - Walk With Me (Hiatus Remix)

djhiatus

Stellardrone - To The Great Beyond [SpaceAmbient]

SpaceAmbient

Aural Planet - Sunfruits Avenue [SpaceAmbient]

SpaceAmbient

Jón Hallur - Red Glowing Dust [SpaceAmbient]

SpaceAmbient

Tom Day - Flemington

SuicideSheeep

Tom Day - Peaks

SuicideSheeep

Tom Day - Never Give Up (Soundtrack Mix)

MrBernibest

Tom Day - Who We Want To Be

Heed The Sound

Tom Day - Going Home

MrSuicideSheep

Owsey - Sarah's Summer Wasteland

Ambient

12. Explosions in the sky - An Old Peasant Like Me

beeech

02. Explosions in the sky - Theme From Prince Avalanche

beeech

Hans Zimmer - No Time For Caution (Interstellar Soundtrack)(Docking)(Interstellar OST)

711Tactical

Hammock-Like A Valley With No Echo

Lela Vega

Luke howard - Schlusshymne

durutti9006

Luke Howard - Rotations

EyeCatchDreams

Luke Howard - Liminal

durutti9006

Luke Howard - August

Innsmouth815

Luke Howard - Hold Me Through

Linden815

Kosh Anade - Fractures

Ambient

We Are All Astronauts - Ether

Ambient

Michael FK - Boundaries Of Imagination

Ambient

Levi Patel - As She Passes

Ambient

We Are All Astronauts - Doves

Reach Another Level

Greg Haines - So it goes

Damien Chang

Jon Hopkins - Luna Moth

coldhopkins8million

Jon Hopkins - A Drifting Up

coldhopkins8million

Jon Hopkins - Nightjar

Ermahgerd

Jon Hopkins - journey

shtilisful

Moon Ate the Dark — She/Swimming

collectablesblog

Rybitwa - The Perfect Sleep [Ambient Set]

The Silver Dubber

Moon Ate the Dark — Messy Hearts

collectablesblog

 

Les survivalistes dans le collimateur.

Les médias mainstream se lâchent beaucoup en ce moment sur la mouvance "survivaliste". On pourrait parler tout autant d'une mouvance appelée également celle du "citoyen prévoyant". Mais les médias ont besoin de l'audimat et le terme "survivalistes" contient davantage d'images, de projections, de suppositions.

Je poste ici un message écrit par une personnalité connue de ce milieu. Qui n'est pas un "milieu" d'ailleurs avec ses réunions secrètes et ses "leaders" mais juste une communion de pensées dans laquelle un nombre grandissant d'individus trouvent des valeurs qui leur parlent. 

Si nous sommes venus nous installer dans la partie Sud de la Creuse, c'est en réponse à de multiples interrogations depuis des années, de multiples états des lieux, analyses, observations. Ici,nous pensions pouvoir trouver un lieu de vie qui répond à nos valeurs. Et depuis un mois que nous sommes là, nous pouvons dire sans aucune hésitation que nous ne nous sommes pas trompés. 

J'ai longuement étudié les graphiques météorologiques, les graphiques de pluviométrie, les cartes du réseau hydrologique, les graphiques de températures, les vents dominants, l'ensoleillement, les graphiques historiques sur les gelées printanières, j'ai lu des articles sur l'agriculture de la région, écouté des vidéos sur des adeptes de la permaculture qui parlaient de la qualité du sol, sur les plantes sauvages disponibles, sur la présence des arbres fruitiers plantés tout autant que les ressources sauvages (châtaignes, noyers, cerisiers, pommiers, cerisiers, poiriers, noisetiers...

Les graphiques sur l'évolution démographique, sur le maillage économique, sur le développement des centres urbains, j'ai lu de multiples ouvrages historiques et sociologiques, étudié la carte des risques "Seveso". 
Puis nous sommes venus sur place, particulièrement sur le plateau des Millevaches, on a discuté avec des gens du terroir, on a cherché à ressentir les choses, l'aspect relationnel, l'accueil, la curiosité, l'envie de connaître l'autre, "l'étranger". Nous avons vu la bienveillance, nous avons entendu les paroles qui nous réjouissaient. Ce goût de la vie de terriens, ce goût de l'anticipation, de la préparation, le sens de la communauté, le désir d'autonomie, le désir de résilience, de débrouillardise, de partage.

Qui y a-t-il de "malsain" dans tout cela ? En quoi devrions-nous êtres assimilés à des individus qui se mettent "hors la loi" ?

Encore faudrait-il d'ailleurs connaître tous les paramètres de l'histoire en cours...mais bon, passons. On ne saura jamais tout. Donc, je n'en pense rien du tout.  

Sans doute ne faudrait-il se donner aucune étiquette ? J'en connais effectivement les dangers. Les gens sont friands des étiquettes.

Alors disons que nous ne sommes pas survivalistes, ni citoyens prévoyants, ni rebelles, ni anti mondialisation, ni adeptes de la décroissance. Nous ne sommes rien dautre que deux individus qui aspirent à vivre au mieux avec nos valeurs et nos convictions. 

 

Mouvance survivaliste : réalité et propagande politico-médiatique

 

https://www.resilience-urbaine.com/survivalisme-resilience/mouvance-survivaliste-realite-vs-propagande/

Publié par  | 17/04/2021 |  |  |     

Mouvance survivaliste : réalité et propagande politico-médiatique

Que vous soyez un curieux de passage ou un de mes lecteurs assidus, il ne vous aura pas échappé que le survivalisme en France commence à sentir le soufre. La « mouvance survivaliste » fait couler de plus en plus d’encre, et pas pour chanter nos louanges.

Ces derniers temps, les survivalistes ont été associés à des actes atroces en contradiction totale avec nos valeurs : prévoyance sereine, solidarité, respect de son prochain, de la loi et des forces de l’ordre.

Il est indéniable qu’il y a des fous partout et que certains se disent « survivalistes ». Mais si un écologiste décide d’abattre des automobilistes au hasard, parlera-t-on alors de « mouvance écologiste » dans les médias ou le traitera-t-on comme un événement isolé ?

La mouvance survivaliste française

J’ai abordé l’essence du survivalisme dans cet article où j’explique longuement les fondements de la démarche survivaliste.

Dans les médias, on parle désormais de « mouvance survivaliste » au moindre fait divers pour mieux nous associer à une idéologie dangereuse. Les mots ne sont pas choisis au hasard et sonnent comme il faut pour être sûr de faire de nous un nouvel ennemi identifié et identifiable.

« Survivaliste » semble être l’étiquette parfaite pour un nouveau vivier de boucs-émissaires : globalement personne n’est vraiment d’accord sur la définition, c’est vague, le public visé n’est pas la cible électorale et détient souvent des armes (légalement, mais ça fait l’affaire).

Sauf que…

Il y a un problème de taille : la mouvance survivaliste n’existe pas. Nous sommes tous dans une démarche individuelle : la protection de nos familles.

Et par protection, on parle essentiellement de résilience familiale, alimentaire et matérielle, n’en déplaise à ceux qui souhaitent nous faire passer pour des paranoïaques en crise ou des milices paramilitaires suprémacistes.

Nous n’animons aucun débat politique public, nous n’avons pas de revendications politiques autre que de jouir de nos droits constitutionnels, nous ne nous réunissons pas en parti ni en associations, nous n’avons pas de représentants.

Je ne parle au nom de personne et personne ne parle en mon nom. Comme vous, je suis totalement indépendant et je ne suis affilié à aucun groupe, réseau, mouvement ni à aucun courant de pensée d’aucune sorte.

Tout cela pour une raison simple : le survivalisme est une démarche personnelle, une prise de responsabilité face à son destin et rien d’autre.

S’attaquer aux survivalistes a autant de sens que s’en prendre aux alpinistes ou aux écologistes : ce n’est pas parce que nous partageons un intérêt commun -celui de nous préparer aux catastrophes qui pourraient frapper nos familles- que nous formons une masse cohérente qui partage une idéologie commune.

mouvance survivaliste

J’apprécie particulièrement la notion « d‘imaginaire du danger« . Un mélange des genres navrant alors qu’on parle de la disparition d’une enfant… Article complet, livré sans sac vomitoire : https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2021/04/16/mia-enlevee-par-des-survivalistes-quelle-est-cette-mouvance

Se préparer au pire ne veut pas dire qu’on vit dans une spirale de peur. Être capable de se défendre ne veut pas dire qu’on se prépare à attaquer son prochain.

Tiens, puisqu’on en parle, pourquoi voudrait-on se préparer au pire et savoir se défendre ?

Survivalisme et défaillance de l’Etat

Je m’amuse de recevoir des leçons des médias et de la classe politique qui, jour après jour, se montrent aussi réticents et impuissants à comprendre et respecter les Français comme à prévoir et préparer leur avenir. Je ne réponds plus à aucun journaliste pour une raison simple.

En France, on ne pose pas les bonnes questions !

La seule vraie question à poser est : pourquoi de plus en plus de français s’intéressent-ils à la « mouvance survivaliste » ?

La réponse est aussi évidente qu’inavouable pour les politiques : les Français se préparent au pire car l’Etat est défaillant et que plus rien ou presque ne garantit notre sécurité matérielle et personnelle.

Un tour dans les rues d’une grande ville de France ou 15 minutes de lecture des faits divers de la presse suffisent pour s’en rendre compte. Il n’y a que les vendus et les politiques hors-sol pour feindre de ne pas le voir. J’ai déjà évoqué le rôle du tissu social dans la bonne marche de la société. A vous de juger ce qu’il en est aujourd’hui.

Notre pays est dans un état lamentable et les citoyens avisés se préparent au pire car le gouvernement se montre incapable de remplir ses fonctions régaliennes.

Un citoyen qui se sent en sécurité ne ressent pas le besoin de se protéger lui-même.

Un citoyen qui a confiance en son gouvernement et en l’économie de son pays ne ressent pas le besoin de stocker des vivres.

Un citoyen qui a confiance en l’avenir ne se prépare pas au pire.

Alors, à qui la faute ?

Les politiciens ne feront jamais ce constat publiquement car les fondements de notre Etat de droit se sont effondrés. Ils n’ont manifestement pas l’envie et plus le pouvoir de changer les choses, il est donc bien plus facile de faire passer les survivalistes pour des fous dangereux que d’assumer leur échec et les conséquences à venir. Je vous parle souvent d’inversion des valeurs… on est encore et toujours dans ce contexte.

Ne vous y trompez pas : tout est vu, tout est su et rien n’est fait au hasard.

Plus la propagande politico-médiatique sera bruyante et agressive, plus il sera évident que nous sommes de plus en plus nombreux à voir la réalité en face et qu’elle va bientôt nous exploser à la figure.

Plus que jamais, faites marcher vos neurones et ne doutez pas de votre boussole intérieure.

Prenez soin de vous et de vos proches.

Légendat.

Un mois après

Voilà donc un mois que nous sommes arrivés dans notre nouvelle maison.

4300 mètres carrés de terrain avec un puits, une maison principale, une deuxième petite maison à finir de rénover, une grange de cent mètres carrés avec dalle en béton, un immense abri pour le bois de chauffage. Un ancien potager, une serre à rénover, des arbres fruitiers matures. 

On commence les journées à 9 h et on arrête à 17 h. Et c'est que du bonheur. On a entamé un "cahier du jour" où on écrit tout ce qu'on fait, avec les dates. C'est important pour le suivi des travaux au jardin. En un mois, on a écrit quelque chose tous les jours :) 

On est la dernière propriété d'un hameau avec dix-sept habitants à l'année. Il y a deux ans, ils n'étaient que sept. Juste pour montrer l'importance du mouvement des citadins vers les campagnes. 

Nous sommes à 600 mètres d'altitude, la première ville est à dix minutes, (1400 habitants) la première grande ville qui est également la préfecture est à 30 minutes (13 000 habitants).

Une de nos voisines travaille dans l'immobilier et confirme ce que nous avons connu lorsque nous cherchions cette maison : le boom de l'immobilier vers les campagnes est phénoménal. Il n'y a d'ailleurs quasiment plus aucune maison à vendre sur le secteur. Les prix ne cessent de grimper et les artisans du secteur sont débordés de travail. Toutes les anciennes maisons qui ont été rachetées ont besoin d'eêtre rénovées et il n'y a pas assez de professionnels du bâtiment pour répondre aux demandes. Bien évidemment que l'éducation nationale porte une grande part de responsabilité dans cette pénurie de travailleurs. Déjà, lorsque j'étais lycéen, les filières professionnelles étaient considérées comme des voies de garage, des filières de misère, juste bonnes à récupérer les élèves qui ne pouvaient pas suivre la voie royale du BAC général. Pitoyable désastre. Mais de toute façon, qu'est-ce qu'on pourrait trouver de positif dans l'historique de l'éducation nationale depuis quarante ans ?...

Une particularité ici, c'est le silence. Et on réalise à quel point le bruit humain est un phénomène que nous ne supportions plus. On entend parfois une tronçonneuse, une tondeuse, une voiture qui passe sur la petite route (dix voitures par jour, c'est un grand maximum). Le chant des oiseaux est un fond sonore constant. Ils sont chez eux dans le jardin et notre présence ne les gêne aucunement. Ils sont près de nous et chantent.

La nature n'est pas silencieuse. C'est le bruit humain qui vient couvrir la vie qui s'y trouve. Combien d'humains dans leur environnement n'entendent plus les oiseaux, ne connaissent plus le silence, c'est à dire en fait, le bruissement de la vie naturelle ? L'accoutumance à ce bruit humain est une abomination mais bien pire encore, c'est le fait d'accepter de ne plus entendre vivre la nature. C'est une caractéristique de l'humain d'ailleurs d'être capable de s'adapter au pire en croyant que c'est raisonnable. Ce mouvement d'un nombre de plus en plus important de gens vers une autre vie est un mouvement qui ne s'arrêtera plus. On a eu une discussion avec le maire de la commune et il nous disait qu'ils sont prêts à accueillir davantage de monde et à faire évoluer les services inhérents mais pas au détriment de cette qualité de vie que tous ici sont venus chercher depuis bien logtemps et ne veulent surtout pas perdre. 

Les nuits étoilées sont dignes de celles qu'on trouve en altitude. Aucune poluution lumineuse. Le ciel est un joyau.

Une chouette, "l'aboiement" d'un chevreuil en vadrouille, les cris des renards (ils ont un répertoire étonnant), le vent dans les feuillages. Et parfois, rien du tout. Rien, absolument rien. Il semble qu'ici, les lignes aériennes sont aussi vides que les routes départementales. Même en l'air, personne ne passe :) 

On a rencontré nos voisins et certains d'entre eux sont là pour les mêmes raisons que nous : l'autonomie. Une vision identique de nos sociétés consuméristes. Tous sont là pour la même chose, un élément incontournable : la paix, la tranquillité, le silence, une vie simple d'où les attirances de la ville sont exclues. Tout le monde récupère, farfouille, stocke, répare, recycle, bricole. Il existe une réelle solidarité, le sens de la communauté, le partage. On nous a donné des oeufs, des graines et on a donné nos confitures et un peu de tout ce qu'on a récupéré dans cette maison. La propriété était meublée, la grange était remplie d'outils et de tas de matériaux. Tout ne nous servira pas. Alors, on partage. Et tout le monde en fait autant.

Cette vie rythmée par nos travaux nous a considérablement "coupés" du monde. On ne savait même pas qu'il y avait un nouveau confinement :) On réalise en vivant ici avec cette activité quotidienne tournée vers le terrain et les divers travaux dans la maison à quel point la vie sociale entretient un envahissement intérieur, une sorte de contamination, une dérive de pensées. C'est ça aussi la vie de retraités. Une retraite sociale, un éloignement, une distanciation, un choix volontaire d'activités et c'est un immense bonheur, un profond soulagement. 

Lorsque j'ai appris qu'il y avait un nouveau confinement, je suis allé fouiller sur internet et de tout ce que j'ai lu ou écouté, il y a une vidéo que j'ai trouvé intéressante. Je me demande effectivement si l'espérance de sortir un jour de cette crise sanitaire n'est pas une illusion. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que l'impact économique sera gigantesque et il serait risible de prétendre pouvoir aujourd'hui en évaluer avec certitude les dégâts et les changements considérables que cela va engendrer. 

 

Pour notre part, les vidéos qui nous occupent sont celles de Damien Dekarz ou de Rémi, du "jardin d'Emerveille". 

 

Auteur inconnu

Une citation d'un auteur inconnu. 

Cela parle de notre situation actuelle.

La crise actuelle, c'est l'eau autour de nous.

Il est de notre responsabilité de maintenir cette eau à l'extérieur pour ne pas couler.

On pourra me rétorquer que ma situation est celle d'un privilégié. Cette crise n'impacte pas mes finances, elle n'impacte pas mon mode de vie, elle n'impacte pas ma vie de couple. Oui, c'est certain, je suis un privilégié. J'aurais certainement beaucoup plus de mal à suivre ce conseil si j'étais encore instituteur, responsable de trente enfants.

C'est là qu'on voit la marge entre l'écrit et le monde social, entre la réflexion et l'existence quotidienne. Il n'en reste pas moins qu'on peut toujours tenter de garder tout cela à l'esprit. Au moins, comme une sorte de renforcement de notre étanchéité. 

 

"Les bateaux ne coulent pas à cause de l’eau autour d’eux.
Ils coulent à cause de l’eau qui rentre à l’intérieur.
Ne laissez pas les événements qui surviennent autour de vous pénétrer votre esprit et vous faire couler. »

AUTEUR INCONNU

Absence prolongée

On a vendu notre maison en Savoie.

On change de région. 


Départ dans quelques jours. 

Un nouveau projet, un projet qui va réclamer du temps, beaucoup de temps et beaucoup d'énergie. 

Ce blog va donc entrer en mode "pause".

Je m'occuperai uniquement d'archiver les articles, de faire du rangement. Les différentes articles de la rubrique "THEME" occuperont les quelques heures que je passerai sur l'ordinateur dans les prochaines semaines. Il m'a suffi de m'occuper un peu de la rubrique "NATURE" (et c'est loin d'être fini) pour réaliser qu'il était grand temps que je fasse du rangement. 

Je répondrai bien entendu aux commentaires quand il y en a. 

Et si un évènement se révèle incontournable, je verrai bien ce que j'en fais :)

Prenez soin de la vie en vous.

 

 

 

THÈME : Nature (10)

La Nature

Une amitié (Nature)

La nature de la Nature (philosophie)

Nourrir l'Humanité entière (Nature)

Cash Investigation sur les pesticides 

Cash Investigation ; Pesticides (2) 

La nature et l'homme (spiritualité)

Raison et nature (spiritualité)

La Nature et la Grâce (spiritualité)

L'émerveillement. (Nature)

De notre responsabilité

Biodiversité

Biodiversité : KOKOPELLI

Biodiversité et monde agricole

Biodiversité et stations de montagne

Syndrome de manque de nature

Nous et la nature

Pollution des mers (Nature)

Fascinante Nature. (Nature)

L'amour de la Nature (spiritualité)

Nature et comportement (spiritualité)

Nature (philosophie)

Nature contre Capitalisme (spiritualité)

Nature et fonction

L'âme de la Nature (spiritualité)

L'eau de la Terre (Nature)

L'eau et la conscience (Nature)

Aimer la Terre (spiritualité et Nature)

Conscience animale (Nature)

Terra Incognita

Sur le spécisme.

Sur les poissons (Nature)

La vie autour d'un point d'eau (Nature)

La Terre Mère

La vie des arbres ( Nature)

Véganisme, végétarisme (Santé, Nature)

L'agriculture contre nature (Nature)

Une imagination illimitée (Nature)

L'incommensurable Univers ( Nature)

L'habituation (Nature)

Collaborateurs ou réfractaires ? (humanisme et nature)

Retours de flammes (Nature)

Les Kogis et la Nature

les Kogis : Le message des derniers Hommes

Le réchauffement climatique, un mythe ?

Climat et pauvreté

"Si le climat était une banque..."

Climat et apprentis sorciers.

"Les criminels du climat" (Nature)

Le piège climatique

Dérèglement climatique

Le pergélisol

Méthane et climat

Réfugiés climatiques

Réchauffement climatique

Réchauffement climatique(2)

Incendies et climat.

Incendies au Canada

Réchauffement climatique en Corse

"La bataille du climat"

Climato-sceptique : arguments et objections

Sciences étonnantes : réchauffement climatique

Changement climatique : depuis 30 ans

Réchauffement climatique : mécanisme et évolution

Climatiseurs et dissonance cognitive

Jean Jouzel, climatologue

Dépression climatologique

Climat : dernier rappel.

Climat : toujours plus chaud

Changement climatique : un aperçu.

Face à l'urgence climatique, les "J'accuse"...

"Je suis le climat"

Un climat de guerre

Pour les climato-sceptiques

Sciences et vie : le climat en France

Sciences et vie : la guerre de l'eau

Le changement climatique dans les Alpes

Urgence climatique et croissance

Changements climatiques et épisodes méditerranéens

Zoonoses et dérèglement climatique

Covid et changement climatique

Réchauffement climatique et menaces planétaires

Michael Shellenberger et la peur climatique

Le catastrophisme climatique

"L'écomodernisme"

Un climato-sceptique

Un climato-sceptique (2)

Enjeux philosophiques du changement climatique 

Philosophie et réchauffement climatique

Analyse des arguments climato-sceptiques

François Couplan, ethnobotaniste

Questions-réponses sur le rapport du GIEC

Lutte contre le réchauffement."Capitalisme et écologie"

"Ecologie, éthique et anarchie." (politique)"

La Terre est vivante" James Lovelock

Les scénarios du GIEC

Le GIEC

Gaïa : de la mythologie à nos jours

Inondations et agricultures (Nature)

Inondations et zones humides

"L'urgence écologique"

Damien Dekarz, philosophe de la nature

"Les soulèvements de la Terre"

Protection de la nature

Bruno Latour, philosophe

Ce Monsieur est davantage lu et écouté à l'étranger qu'ici. Depuis le début de cette crise, les médias les plus écoutés ont pris la mesure de ses écrits et de ses pensées.

 

 

La théorie "Gaïa" a été présenté par James Lovelock et je ne peux qu'inviter les lecteurs à chercher et à lire cet ancien livre : "La Terre est un être vivant".

"La Terre est vivante" James Lovelock

 

Gaia, la Terre mère, est-elle obligée d'aimer ses enfants ?

 

Weronika Zarachowicz

Publié le 03/05/13 mis à jour le 08/12/20

Partager

Sous-estimé en France, le penseur Bruno Latour est une star à l'étranger, où il développe l'une des théories les plus avant-gardistes sur l'avenir de la terre : celle de Gaia, un système complexe, fini et capable de s'autoréguler. Qui pose la question de la survie non-plus de la planète mais des humains.

La scène se passe en février dernier, dans la très vieille et vénérable université d'Edimbourg. Une foule dense d'étudiants, d'enseignants, de curieux venus d'Ecosse et d'ailleurs se presse pour assister à un rendez-vous incontournable du monde intellectuel : les Gifford Lectures, des conférences sur la théologie, la philosophie et leur rapport à la science, données par la crème de la pensée occidentale depuis plus d'un siècle. Hannah Arendt, John Dewey, George Steiner, Richard Dawkins, Noam Chomsky, Henri Bergson ou Raymond Aron y ont dispensé leurs lumières. Et ce 18 février 2013, c'est un Français à l'œil pétillant et aux sourcils broussailleux qui ouvre son cours.

Bruno Latour est sociologue, anthropologue, philosophe, reconnu en France, mais un peu en catimini. A l'étranger en revanche, c'est une star – il est traduit en trente langues, et plus souvent cité sur Google que Michel Serres, l'un de ses maîtres. Il est admiré pour son œuvre foisonnante, qui empoigne la question de l'écologie et de la modernité, et dément « l'idée reçue d'une décadence de la pensée française », comme l'écrivait récemment le philosophe Patrice Maniglier. Pour les Gifford, notre philosophe aventurier affronte une figure mystérieuse et controversée : Gaia, qu'il propose de regarder « en face ». « Combien de fois, explique-t-il devant un auditoire captivé, m'a-t-on conseillé de ne pas utiliser le terme et de ne pas avouer que j'étais intéressé par les livres de James Lovelock ! »

Gaia, la déesse, Terre mère redoutable et toute-puissante de la Grèce archaïque, fleure bon les romans de l'écrivain de science-fiction Isaac Asimov, le new age et les néopaganismes. Mais Gaia, c'est surtout une déroutante hypothèse scientifique, formulée au début des années 1970 par un scientifique inventeur anglais, James Lovelock, et une microbiologiste américaine, Lynn Margulis : la Terre, selon eux, n'est pas une matière inerte.

Si la vie a pu y prospérer, c'est parce qu'elle constitue une énorme entité composée d'interactions entre différents écosystèmes, comprenant la biosphère terrestre, l'atmosphère et les océans. Chacune de ses composantes – physiques, chimiques, biologiques – interagit de façon à maintenir un environnement optimal pour la vie ! Bref, Gaia est un gigantesque « être vivant » capable d'autocontrôler sa température et la composition de sa surface, écrit Lovelock en 1974 (1).

D'abord rejetée comme « non scientifique » et non vérifiable, cette hypothèse révolutionnaire a peu à peu repris du galon. Plusieurs organismes scientifiques internationaux ont endossé la théorie d'un « système Terre », écosystème autorégulé à la surface de la Terre, somme de tous les autres écosystèmes en interaction. Parallèlement, les scientifiques ont confirmé que notre planète fait face à des changements environnementaux globaux, en passe de modifier la relative stabilité du climat que Gaia contribuait jusqu'ici à maintenir. La biodiversité se réduit. L'effet de serre augmente. Le climat se réchauffe à très, très grande vitesse.

On connaît la suite : création du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) et ses nombreux rapports, prise de conscience générale, grandes conférences internationales sur le climat qui, l'une après l'autre, échouent... Rappelons les dernières prévisions : la température moyenne de la Terre, actuellement de 15 °C, pourrait augmenter de 3 à 4 °C d'ici à 2060, de 6 °C d'ici à la fin du siècle. Aucun chercheur n'ose imaginer les conséquences du scénario pour ceux qui habiteront la planète à ce moment-là, principalement nos ­enfants ou nos petits-enfants.

Mais on peut raconter l'histoire d'une autre façon, popularisée par un scientifique néerlandais, le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen : nous sommes entrés dans un nouvel âge géologique, l'anthropocène. Pour la première fois dans l'histoire de la Terre, l'anthrôpos – l'homme – est devenu la force géophysique qui modifie le plus la planète. L'être humain est déjà le premier agent de production et de distribution dans le cycle de l'azote ; avec la déforestation, il est l'un des principaux accélérateurs de l'érosion ; sans parler de son rôle dans le cycle du carbone, qui bouleverse la composition chimique de l'atmosphère !

« En l'espace de deux générations, depuis les années 1950, nous voilà confrontés à l'anthropocène : l'obligation de prendre en charge la biosphère et l'atmosphère, résume le philosophe Patrick Degeorges, chargé de mission au ministère de l'Ecologie. Nous sommes contraints de repenser l'histoire humaine à échelle géologique, à la fois vers le passé et vers le futur, puisque nos émissions de carbone nous engagent pour les prochains dix mille, voire cent mille ans. C'est un éclatement des horizons qui donne le vertige : littéralement, la Terre se dérobe sous nos pieds. »

Ce vertige, les géologues, les climatologues, les chimistes ne sont plus seuls à le vivre. Du côté des humanités, des philosophes s'y confrontent à leur tour et élaborent une pensée de l'anthropocène. On les compte sur les doigts des deux mains – Bruno Latour, Isabelle Stengers, Mary Midgley, John Baird Callicott, Catherine Larrère… Mais leurs textes font souffler un vent nouveau, ultra créatif et puissant, qui nous fait dépasser les simples injonctions techniques – éteignez les lumières, pensez à recycler, pensez à la planète. Leur ­pari ? Nous donner à voir ce que nous ne voyons plus, comme il y a quelques jours, par exemple, cette révélation (en une du New York Times, passée presque inaperçue chez nous) que la calotte glaciaire des Andes, au Pérou, a fondu en vingt-cinq ans, alors qu'elle avait mis mille six cents ans (au moins) à se constituer.

Pourquoi avons-nous tant de mal à réagir et à « faire attention », comme dit la philosophe belge Isabelle Stengers ? Tâche immense en effet que de sentir des changements « globaux » quand on n'est pas soi-même un être « global » ; de ressentir le « climat » quand les seules façons d'en parler sont des gigantesques modèles conçus par ordinateur. « C'est toute la difficulté du changement climatique ; nous ne pouvons en faire l'expérience en tant que tel, car c'est une construction, un grand récit scientifique qui reste déconnecté de la vie quotidienne, en particulier dans les mégapoles globalisées où conditions et modes de vie nous insensibilisent », explique Patrick Degeorge. Bref, nous autres modernes sommes incapables de regarder Gaia en face et de faire le deuil de nous-mêmes.

« L'anthropocène est le concept philosophique, religieux, anthropologique et politique le plus décisif jamais produit comme alternative aux idées de modernité », affirmait Bruno Latour en Ecosse. Quelques semaines plus tard, dans son bureau de Sciences Po, les yeux du philosophe pétillent toujours autant quand il évoque Gaia. « Au XVIe siècle, on a découvert l'Amérique. Au XIXe, on découvre non pas d'autres terres au sens d'une extension de l'espace, mais au sens d'une intensification de notre rapport à cette Terre. C'est aussi important et nous sommes aussi démunis face à cette découverte que nos ancêtres avec leurs idées médiévales. Ce qui m'intéresse aussi, c'est que l'anthropocène et Gaia sont deux concepts élaborés par des chercheurs de sciences exactes, extraordinairement plus en avance sur l'époque que toute une flopée d'intellectuels, de politiques, d'artistes qui ne s'intéressent qu'à l'histoire des êtres humains. »

Voilà le premier intérêt de Gaia pour les philosophes : mettre les pieds dans le plat de l'anthopocentrisme. Bouleverser l'habitude des modernes de ne parler que d'eux, à travers la nature et tous les « non-humains » (animaux, microbes, montagnes...), selon la formule de Bruno Latour. Nommer Gaia, selon Isabelle Stengers, c'est donner « un coup de vieux aux versions épiques de l'histoire humaine, lorsque l'homme, dressé sur ses deux pattes et apprenant à déchiffrer "les lois de la nature", a compris qu'il était maître de son destin, libre de toute transcendance. » Les humains ne sont pas le centre de la vie, pas plus qu'aucune autre espèce. Ils constituent « une partie qui croît rapidement dans un énorme tout ancien », écrit Lynn Margulis dans un article remarquable sur Gaia. Ils sont là, dans, avec et à côté de l'eau, de l'air, de la terre, à côté des bactéries, à côté des éléphants, à côté des microbes et des arbres de la forêt tropicale. Tous liés les uns aux autres. Mais l'homme y est à la fois plus puissant et plus fragile que jamais...

La théorie Gaia ouvre un monde d'une complexité et d'une richesse étonnantes, avec une multitude de portes d'entrée. Celle, par exemple, offerte par un Américain encore trop méconnu en France, John Baird Callicott. Ce maestro de l'éthique environnementale insiste sur la nécessité de préserver le bien commun et de trouver de nouveaux modes de coexistence entre humains et non-humains (plantes, animaux...), en tenant compte des relations d'interdépendance qui définissent Gaia et en proposant de « penser comme Gaia ». Le philosophe américain dessine un nouveau rapport à la nature, harmonieux et non plus conflictuel, une précieuse et ambitieuse extension de l'éthique pour remplacer le paradigme industriel qui a marqué la modernité. Et dès lors, c'est toute l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes qui s'en trouve transformée.

Bruno Latour pousse plus loin la nécessité d'une refonte, et sur d'autres bases. Sus aux paradigmes d'hier, auxquels les modernes, les Occidentaux s'accrochent déséspérement, à ces fictions progressistes qui dressent une frontière entre le scientifique et la politique, la nature et la culture. Bienvenue dans les « humanités scientifiques », situées au croisement des sciences et de la politique. Elles seules sont capables de nous faire explorer le chaos d'aujourd'hui, et surtout de nous apprendre à naviguer dessus. Et quel morceau de choix que Gaia, née sous les doubles auspices de la science et des humanités ! Cette théorie dont le nom fut soufflé au scientifique ­Lovelock par... un écrivain, son ami William Golding, auteur de Sa Majesté des mouches. Gaia, quatre petites lettres à la place de « système cybernétique à tendances homéostatiques telles que détectées par les anomalies chimiques dans l'atmosphère terrestre ». Et à l'arrivée un « affreux mélange » qui permet à Bruno Latour de livrer un con­centré fulgurant et inventif de l'oeuvre qu'il construit depuis trente ans autour des sciences, de la politique, du droit, de la religion, de la métaphysique.

Le philosophe aborde Gaia par une démarche... gaïenne ! Il croise, interconnecte, enrôlant dans ce voyage mental Walt Disney, le cinéaste hongrois Béla Tarr ou le philosophe allemand Peter Sloterdijk. Il nous offre des clés essentielles pour mieux cerner cette entité étrange, ni divinité ni nature : un « système science » ; un cosmos fini et « local » qui bouleverse radicalement la vision de l'univers infini, sans limites des modernes ; une Histoire en soi, succession d'événements que Latour nomme « géo-histoires », histoires mélangées et intriquées de tout ce qui existe sur la Terre ; et surtout une injonction à repenser la politique, si seulement « on prend au sérieux ce que nous dit Gaia, à l'époque de l'anthropocène ».

Prenons-la donc au sérieux. Et tentons d'interpréter ses messages. Gaia est en colère, elle prend sa revanche, affirme James Lovelock, devenu prophète du désastre dans l'un de ses derniers livres. « En empiétant sur l'environnement, c'est comme si nous avions à notre insu déclaré la guerre au système Terre. » D'où les cyclones Katrina ou Sandy, les grandes sécheresses, etc. Lovelock précise user d'une métaphore, mais est-ce la bonne, s'interroge Emilie Hache, jeune voix éloquente de la philosophie de l'écologie. « Il fait appel à cette métaphore guerrière pour nous faire (ré)agir, mais cette dernière nous engage-t-elle vers une façon d'agir intéressante, efficace ? Est-ce le type de relation dont nous avons aujourd'hui besoin ? » Imaginer une Gaia vengeresse nous amène en terrain glissant : comme si l'on savait ce qu'elle voulait, mais aussi comme si un tel scénario justifiait « une compensation, une punition et pourquoi pas la mort de l'humanité ».

On préfère la version de Lynn Margulis, finalement adoptée par beaucoup de philosophes : une entité ni protectrice ni malfaisante dans sa relation à l'humanité. « Gaia s'en sortira toujours, qu'on soit là ou non, c'est le processus bactérien qui continue, résume Catherine Larrère, la spécialiste française de l'éthique environnementale. Elle n'a pas besoin de nous, humains comme non-humains. Nous ne pouvons mettre fin à la nature, mais nous pouvons nous menacer nous-mêmes. » C'est ce qu'Isabelle Stengers appelle les relations dissymétriques. L'enjeu est de nous protéger, pas de sauver la planète. Ce qui bouleverse radicalement les perspectives, pour les écologistes et les autres. Bien traiter Gaia, qui se montre de plus en plus sensible et « chatouilleuse », qui réagit de plus en plus vite à nos actions, nous oblige à retrouver « l'art de faire attention » et à redevenir sensibles, nous aussi : non pas parce qu'elle serait fragile, mais parce que nous dépendons d'elle pour vivre.

Encore faut-il définir ce « nous », et s'ouvre là l'un des pans les plus vertigineux des Gifford Lectures de Latour. Car qui est l'homme de l'anthropocène ? Non pas cet anthrôpos unifié comme les modernes continuent de nous le présenter, mais des hommes aux intérêts contradictoires, aux cosmos opposés, des adversaires en guerre : bref, résume Bruno Latour, « nous sommes dans Babel après la chute de la tour géante » ! Pensons aux violentes controverses sur la réalité du changement climatique, qui opposent les scientifiques du Giec aux climato­sceptiques. Ces derniers ne sont pas « irrationnels », ce sont des adversaires politiques qui investissent des millions de dollars dans des machines de guerre – comme les think tanks – pour contester le réchauffement. Car ils ont compris que cette thèse et ses implications représentent la fin de leur monde, celui de l'énergie bon marché, celui de la croissance et de la consommation sans limite.

Cette vision prométhéenne d'un homme capable de modeler la nature à l'infini n'étant évidemment pas exempte d'intérêts matériels et financiers bien compris. « Logiquement et rai­sonnablement, ils résistent, ils se battent. » D'où la question fondamentale que Gaia nous oblige à affronter, la seule qui soit porteuse de solutions : quelle politique à l'âge de l'anthropocène ? « Nous devons identifier nos ennemis et nos alliés, les gens de Gaia, ceux qui ne se disent pas seulement "humains", poursuit Latour. Une fois cette décision prise (car c'est une décision), nous serons capables de reconnaître la multiplicité des peuples qui sont en conflit, un état de guerre, et ensuite on pourra parler de paix. Ce qui nécessitera de la diplomatie, des traités de paix... Ni la nature, ni Dieu n'apportent d'unité ni de paix. Mais "les gens de Gaia", ceux qui se disent "Terriens", peuvent peut-être devenir, eux, les artisans de la paix. » En attendant, avec ces Gifford Lectures, c'est bel et bien la première philosophie gaienne que Bruno Latour vient d'écrire. Et c'est, à l'image de Gaia, un monde effrayant et fabuleux.

(1) James Lovelock ne présente plus Gaia comme un « organisme » vivant, ayant une « finalité ».

La déesse Gaia, un mythe grec
L'hostilité des scientifiques à la théorie Gaia tient en partie à son nom, qui renvoie à la mythologie. Car Gaia, c'est la « Terre mère » originelle, déesse « aux larges flancs » de la mythologie grecque archaïque, héroïne de la Théogonie d'Hésiode. Née après le Chaos, Gaia est l'ancêtre maternelle des races divines et des monstres (mère des Titans et des Cyclopes, grand-mère de Zeus, etc.) : une déesse souvent cruelle et redoutable... 

À lire

Facing Gaia. A new enquiry into natural religion, Gifford Lectures, février 2013, de Bruno Latour
Ethique de la Terre, de John Baird Calicott, éd. Wildproject, 2010.
Ce à quoi nous tenons, d'Emilie Hache, éd. La Découverte, 2011.
Au temps des catastrophes, d'Isabelle Stengers, éd. La Découverte, 2009.
Du bon usage de la nature, de Catherine et Raphaël Larrère, éd. Flammarion, 2009.
Ethiques de la nature, de Gerald Hess, éd. PUF (à paraître le 29 mai).

sciences

Bruno Latour

Protection de la nature

 

Entre les paroles politiques et les actes, la marge est considérable et très rarement du côté de la nature. 

 

Moins de gardes dans le Parc national des Cévennes, nature menacée

https://reporterre.net/Moins-de-gardes-dans-le-Parc-national-des-Cevennes-nature-menacee

Le ministère de la Transition écologique a récemment annoncé la création de quarante postes pour les aires protégées. Insuffisant, répondent les agents de terrain. Dans le Parc national des Cévennes, après dix ans de suppressions de postes, les agents sont à bout, et craignent que leur mission de protection de la nature en pâtisse.

Florac, Ispagnac et Castelbouc (Lozère), reportage

Campés dans la pente recouverte d’herbes sèches et de genêts, jumelles en main, les deux hommes scrutent la montagne qui leur fait face. Une forêt de pins la recouvre en bonne partie. Vert foncé des arbres parfois percé du gris des falaises granitiques, ciel bleu clair dégagé, forts dénivelés... le paysage illustre parfaitement un slogan du début des années 2000, utilisé par un office de tourisme local : « Les Cévennes à l’austère beauté ». Une beauté que s’efforce de préserver depuis 1970 l’un des plus anciens parcs nationaux de France, celui des Cévennes, à cheval sur la Lozère, le Gard et l’Ardèche.

Un faucon pèlerin dessine sa silhouette dans l’azur. Un vautour fauve survole les pins, au loin, puis disparaît. Mais ce n’est pas eux que cherche aujourd’hui Jean-Pierre Malafosse, garde-moniteur au parc. Il pointe sa lunette vers une petite falaise. Sur une plateforme, des branches mortes ont été amassées. Un couple d’aigles royaux prépare son nid. Tous les ans, le garde repère l’endroit choisi par le couple pour nidifier puis le surveille comme du lait sur le feu. « Cela nous permet de dire aux forestiers où ils se trouvent », explique-t-il, désignant des coupes récentes dans la forêt. « J’ai demandé de laisser des arbres autour de la plateforme. Si on n’avait pas été là tout le temps, ils n’auraient pas tenu cinq ans. »

Jean-Pierre Malafosse, garde-moniteur au parc.

« Quand le parc a été créé, l’aigle royal était une espèce en train de disparaître, il n’y avait plus que trois ou quatre couples, dit Jocelyn Fonderflick, chargé de mission faune du parc. Maintenant, il y en a quinze. » En cinquante ans de parc national, la loutre, le castor, le faucon pèlerin, le loup, les chevreuils sont aussi revenus. Le vautour a été réintroduit avec succès. Autant de réussites dues en grande partie à la vigilance des gardiens du parc. Mais c’est à leur tour de se sentir en phase d’extinction. « On a été jusqu’à trente-huit gardes-moniteurs, se souvient Jean-Pierre Malafosse. On n’est plus que vingt-et-un. Les départs à la retraite ne sont pas remplacés. Avant, je m’occupais de deux communes et demie. Maintenant, c’est sept. »

« L’érosion de la biodiversité se fait par méconnaissance »

Ses missions sont aussi diversifiées que celles du parc : inventaires de la flore et la faune, pédagogie dans les écoles, accompagnement des touristes, maintien d’une bonne relation avec les sept cents habitants du cœur de parc, missions de police… « Je fais beaucoup moins d’activités pédagogiques qu’avant et j’échange beaucoup moins avec les habitants », remarque-t-il.

Jocelyn Fonderflick, chargé de mission faune du parc.

« On en arrive à faire des choix, regrette Jocelyn Fonderflick. Pour la première année, on a décidé d’arrêter le baguage des vautours. Interrompre ce suivi, le plus long qui existe pour une espèce réintroduite, c’est mettre à la poubelle des années de données. » Il désigne aussi, au creux de la vallée, un vieux pont en arches de pierre : « C’est le pont de Quézac. Il a été restauré. Mais on a appris seulement après qu’une colonie de chauves-souris y nichait. Elle a été détruite. L’érosion de la biodiversité se fait par méconnaissance. »

Mi-janvier, le gouvernement a présenté sa stratégie nationale pour les aires protégées, avec un objectif de 30 % des espaces naturels protégés en France d’ici 2030, dont 10 % sous protection forte (contre 1,8 % actuellement). « Une protection forte nécessite une connaissance fine, donc du personnel », rappelle notre spécialiste de la faune sauvage.

Pourtant, le parc national a perdu 16,5 postes équivalent temps plein en dix ans, quasiment 20 % de ses effectifs. En tout, l’ensemble des parcs nationaux métropolitains ont perdu entre 15 et 20 % de leur personnel sur la période, estime Kisito Cendrier, représentant du personnel et cosecrétaire de la section du Syndicat national de l’environnement-FSU du parc. « Ils ont aussi pris des postes sur les parcs existants pour créer les nouveaux : celui des Calanques en 2012 et celui des forêts en 2019 », ajoute-t-il.

Kisito Cendrier, représentant du personnel et cosecrétaire de la section du Syndicat national de l’environnement-FSU du parc.

Comme pour tous les fonctionnaires, l’érosion a commencé sous la présidence Sarkozy. « Au début, cela ne se voyait pas trop, c’était des départs en retraite, se souvient-il. Mais depuis trois quatre ans, on est vraiment en sous-effectif. » L’élu syndical décrit un lourd bilan social : la surcharge de travail amène stress, anxiété, perte de sens pour les agents qui font un métier de passion et même d’épuisement professionnel (burn-out). « En 2019, on avait obtenu un moratoire sur les suppressions de postes dans les parcs nationaux. Puis, fin 2020, on nous a annoncé dix nouvelles suppressions ! » Les présidents de parcs nationaux ont même écrit une lettre à Emmanuel Macron pour protester.

70 % de grévistes contre les suppressions de postes

Dans le Parc national des Cévennes, cela s’est rapidement concrétisé par la convocation d’une collègue par la direction : « On lui a annoncé que son poste était supprimé. Elle est chargée des archives et du centre de documentation, en poste depuis quinze ans. Cela a été un gros choc. » Le 4 février dernier, 70 % des salariés du parc ont fait grève pour protester. « Du jamais vu », assure Kisito Cendrier.

Depuis, des annonces gouvernementales ont inversé la tendance. Barbara Pompili et Bérangère Abba se sont félicitées, mercredi 24 février, de la création de quarante postes. vingt pour les parcs naturels marins, dix pour le nouveau Parc national des forêts et dix postes à répartir entre les autres parcs nationaux, soit en moyenne un par parc.

Pas mal, mais insuffisant, déplore Kisito Cendrier : « Rien que pour les Cévennes, ce sont quatre ou cinq postes qu’il nous faudrait. » Par ailleurs, l’incertitude plane encore sur l’avenir de leur collègue. Rien ne confirme que les annonces ministérielles sauveront son poste. « On attend. »

Et ce n’est pas le paisible écoulement de l’eau du Tarn qui apaise l’inquiétude des agents. Yannick Manche, chargé de mission Eau du parc, pourrait être, après l’archiviste, le prochain sur la liste. « Je suis là depuis quatorze ans. Mon contrat était renouvelé tous les trois ans. La dernière fois, il n’a été renouvelé que pour deux ans », détaille-t-il.

Yannick Manche, chargé de mission eau du parc.

Il est pourtant en train de finaliser une importante étude géologique pour retracer les chemins de l’eau, depuis le causse Méjean jusque dans le Tarn et la Jonte, qui coulent à ses pieds. « Je peux maintenant expliquer aux habitants que l’eau qui coule ici vient du cœur du parc national », se réjouit-il, devant une cascade émergeant d’une faille entre les roches et alimentant le Tarn. En cette fin d’hiver, l’eau est limpide.

La source de Castelbouc, en Lozère.

Il nous fait faire le tour des cinq résurgences de Castelbouc. Le village, accroché à la falaise, surplombe les gorges. Le lieu est hautement touristique l’été. « Si les gorges sont polluées et qu’on doit les fermer à la baignade, c’est la mort du pays. » Les élèves d’un collège local l’ont aidé à mesurer les débits des sources. On croise un spéléologue barbouillé de glaise sortant d’une grotte, avec lequel il commence une conversation animée. Les clubs de spéléologie du coin ont participé bénévolement à l’étude, explorant les entrailles du Causse pour y déverser les colorants qui ont permis de suivre l’eau. « On a fait des centaines de manips ! » se félicite Yannick Manche.

Yannick Manche, un des gardes du Parc national des Cévennes et un spéléologue.

Avec les habitants, il a ainsi acquis une connaissance plus précise du territoire, ce qui lui permet de prévenir les pollutions. « Cela coûte moins cher de faire de la prévention que du curatif », souligne-t-il. « Et dans le parc, on a les sources des bassins versants du Tarn, du Lot, une partie de l’Ardèche, les Gardons qui descendent dans le Rhône, les sources de l’Hérault, la Cèze. ». Si son poste est supprimé, c’est toute la surveillance des milieux aquatiques et la prévention de l’incidence des activités humaines qui n’aura plus de référent.

« Ça marche parce que j’habite ici, je suis présent sur le territoire »

« Depuis le temps que je suis là, les gens me connaissent. Tous ceux que je croise, je leur dis : “Si vous avez un projet, vous m’en parlez.” Ça marche parce que j’habite ici, je suis présent. » De l’abreuvoir à la station d’épuration, il permet que ces installations soient réalisées dans le respect des milieux naturels. « Le territoire est très rural, les collectivités ont très peu de compétences techniques. On est les seuls à pouvoir les apporter », souligne-t-il.

Le village de Castelbouc, à l’entrée des gorges du Tarn.

Le parc perd donc à la fois des postes, et le contact avec les habitants. « Souvent, on est la dernière administration présente », remarque encore notre spécialiste de l’eau. « Des gens vivent dans le parc, il est habité, il y a beaucoup de relationnel », explique Kisito Cendrier. « Tout ce paysage est modelé par des activités agricoles et forestières », enchérit Jocelyn Fonderflick, embrassant d’un geste les forêts de hauts pins qui alimentent la filière bois d’un côté, et un paysage de steppe entretenu par les moutons de l’autre.

« Les gens nous reprochent qu’ils nous voient de moins en moins, reprend Kisito Cendrier. Maintenant, on ne vient plus que quand il y a des problèmes. Les agents de terrain arrivent quand c’est trop tard, et se retrouvent obligés de verbaliser. On pense que c’est pour cela qu’il y a eu des tensions avec les agriculteurs. » En octobre 2019, une manifestation d’agriculteurs devant le siège du parc national, à Florac, a dénoncé la réglementation, qui les empêcherait de travailler. Le loup et le sanglier, peu appréciés des bergers et des cultivateurs, sont aussi des dossiers épineux qui demandent beaucoup de temps de médiation aux agents.

À Castelbouc, en Lozère.

Pourtant, cette coexistence fragile, c’est ce qui fait la particularité de ce qu’ils appellent le « parc à la française », qui a pour idéal de réussir à « vivre avec » la nature, plutôt que d’en interdire l’accès à toute activité humaine, voire à tout visiteur.

« S’il n’y a plus personne sur le terrain, la meilleure façon de protéger une zone est de la boucler, et de jouer sur la peur du gendarme, explique Jean-Pierre Malafosse. Il y a des coins en Europe où l’on aurait interdit l’accès à la zone autour de ce nid d’aigle. Vous mettriez un seul pied sur le chemin qui passe en dessous, vous écoperiez d’une grosse amende ! » Lunette sur l’épaule, il remonte la pente d’un bon pas, un peu essoufflé tout de même. Sa barbe et ses cheveux d’un blanc immaculé laissent deviner que la retraite approche. « C’est pour dans deux ans, confesse-t-il. Quand je suis arrivé au parc, j’étais le plus jeune. Maintenant, je suis le plus vieux ! Mais je ne sais pas si je serai remplacé. »

En attendant, ce vénérable syndicaliste n’abandonne pas le combat. « Protéger la nature, cela ne rapporte pas d’argent. Il faut que ça reste un service public, jamais le privé ne le fera », insiste-t-il.

"Les soulèvements de la Terre"

 

A diverses reprises, j'ai eu à échanger sur les actions menées ou à venir au regard de l'état de la planète et sur d'éventuelles "actions de force". Beaucoup de gens considèrent que c'est illégal et que ça ne doit pas être utilisé. 

La question qui se pose est de voir si les organismes contre lesquels ces actions seraient menées ne sont pas eux-mêmes engagés dans des voies violentes.

Ne peut-on pas considérer que des sociétés industrielles, chimiques ou de n'importe quel autre secteur qui sont connus comme étant considérablement agressives envers la biodiversité ne peuvent pas être accusées de violence ? Etant donné que les conséquences de ces fonctionnements destructeurs mettent en péril la vie de milliers ou de millions de personnes, de quel côté se place réellement la violence ? Bien évidemment et malheureusement, les conséquences immédiates du fonctionnement de ces sociétés ne sont pas visibles, dans les faits mais il est indéniable que les effets sur le long terme le sont. Il s'agit d'une violence mortifère qui n'est pas perçue parce qu'elle se traduit par des conséquences qui ne peuvent pas actées sans que personne ne puisse venir émettre le moindre doute. C'est bien évidemment là-dessus que "jouent" les grandes industries. L'exemple de l'agriculture industrielle est incontournable. L'exemple de la pollution atmosphérique en zones urbaines et industrielles l'est tout autant. Les sociétés occidentales de par l'idée d'une croissance infinie fonctionnent dans un registre violent étant donné que les conséquences de ces systèmes impactent la vie des gens et dégradent la nature elle-même.

La question de la violence n'est pas si simple qu'on le croit...Il y a quarante ans maintenant que des scientifiques, des économistes, des sociologues alertent sur la violence de nos sociétés. L'indifférence, l'insouciance, le déni, les moqueries des élites politiques, des élites financières, des économistes de la croissance à tous prix, c'est là que prend forme la violence. Cette violence-là crée aujourd'hui le terreau de mouvements de contestation qui n'auraient pas eu lieu d'être si les idées sur un monde viable dans une croissance finie avaient réellement été analysées, discutées, expérimentées.

 

 Contre l'apocalypse climatique, les soulèvements de la Terre

Une constellation de personnes en lutte pour un monde habitable et désirable propose un programme d’actions pour les saisons à venir. Faire cesser le ravage climaticide, se rassembler pour sortir de l’impuissance, (re)mettre les mains dans les terres et décider collectivement de leur futur, afin de se défaire du règne de l’économie. Première salve le 27 mars.

La liste des signataires est à la fin du texte.

Nous sommes des habitant·es en lutte attaché·es à leur territoire. Nous avons vu débouler les aménageurs avec leurs mallettes bourrées de projets nuisibles. Nous nous sommes organisé·es pour défendre nos quartiers et nos villages, nos champs et nos forêts, nos bocages, nos rivières et nos espèces compagnes menacées. Des recours juridiques à l’action directe, nous avons arraché des victoires locales. Face aux bétonneurs, nos résistances partout se multiplient.

Nous sommes des jeunes révolté·es qui avons grandi avec la catastrophe écologique en fond d’écran et la précarité comme horizon. Nous sommes traversé·es par un désir croissant de déserter la vie qu’ils nous ont planifiée, d’aller construire des foyers d’autonomie à la campagne comme en ville. Sous état d’urgence permanent, nous avons lutté sans relâche contre la loi Travail, les violences policières, le racisme, le sexisme et l’apocalypse climatique.

Nous sommes des paysan·nes. La France n’en compte presque plus. Avec ou sans label, nous sommes les dernier·es qui s’efforcent d’établir une relation de soin quotidien à la terre et au vivant pour nourrir nos semblables. Nous luttons tous les jours pour produire une nourriture saine à la fois financièrement accessible et garantissant une juste rémunération de notre travail.

Parce que tout porte à croire que c’est maintenant ou jamais, nous avons décidé d’agir ensemble.

Depuis longtemps, l’économie nous a séparé·es de la terre pour en faire un marché. Erreur fatale qui nous mène droit au désastre. La terre n’est pas du capital. C’est le vivant, le paysage et les saisons. C’est le monde que nous habitons, en passe d’être englouti par la voracité extractiviste. Après avoir enclos et privatisé les communs, le marché capitaliste et ses institutions précipitent aujourd’hui le ravage de la biodiversité, le bouleversement climatique et l’atomisation sociale.

L’ère Covid a achevé de rendre l’atmosphère irrespirable. Entassé·es dans des métropoles chaque jour plus invivables, confiné·es dans une existence hors-sol et artificielle, un sentiment d’étouffement nous étreint. Le coronavirus relève de la dévastation écologique, de l’exploitation globale de la terre et du vivant. Il dévoile notre totale dépendance à l’économie mondialisée, révèle la fragilité de cette fausse abondance étalée dans les rayons des supermarchés. La gestion gouvernementale a pour conséquence de reconfigurer l’économie (télétravail, dématérialisation...) tout en abolissant nos libertés fondamentales (loi sécurité globale, régime d’exception...).

Nous ne croyons pas dans une écologie à deux vitesses dans laquelle une minorité se targue de manger bio et de rouler en 4x4 hybride tandis que la majorité est contrainte de faire des jobs subis, de longs trajets quotidiens et de manger low-cost. Nous n’acceptons pas que les exploitants agricoles soient réduits au rang de sous-traitants suréquipés et surendettés de l’industrie agroalimentaire. Nous ne nous résoudrons pas à contempler la fin du monde, impuissant·es, isolé·es et enfermé·es chez nous. Nous avons besoin d’air, d’eau, de terre et d’espaces libérés pour explorer de nouvelles relations entre humains comme avec le reste du vivant.

Venu·es de toute la France, nous étions plus d’une centaine à nous retrouver à Notre-Dame-des-Landes le mois dernier. De sensibilités, de parcours et d’horizons très différents, un constat commun nous rassemble :

1 - La question foncière est à la croisée de la fin du monde et de la fin du mois, de la planète des écologistes et de la terre des paysans. Dans les dix ans à venir, la moitié des exploitant·es agricoles de France va partir à la retraite. Concrètement, près d’un tiers de la surface du territoire national va changer de main. C’est le moment ou jamais de se battre pour un accès populaire à la terre, pour restaurer partout les usages et les égards à même d’en prendre soin.

2 - Quoi qu’on puisse en penser ou en attendre, l’État laisse le champ libre au ravage marchand de la terre. Il organise le contournement des régulations foncières et environnementales qu’il a lui-même instituées. En guise de verdissement publicitaire, Macron rebondit sur la proposition de la Convention citoyenne sur le climat d’organiser un referendum pour « inscrire la défense de l’environnement dans la constitution ». Mais le même refuse d’interdire glyphosate et néonicotinoïdes. Le même s’apprête à bétonner à tour de bras en vue des JO de 2024. Il est grand temps d’établir un rapport de force pour faire redescendre l’écologie sur terre.

3 - Nos luttes comme nos alternatives sont absolument nécessaires mais, séparées les unes des autres, elles sont impuissantes. Syndicalisme paysan, mouvements citoyens, activismes écologiques, agitations autonomes, luttes locales contre des projets nuisibles, ne parviennent pas, seuls, à renverser la situation. Il est nécessaire d’unir nos forces pour impulser et inventer des résistances nouvelles, à la mesure du ravage auquel nous assistons stupéfait·es.

L’incertitude produite par la crise sanitaire ne doit pas nous empêcher de nous projeter et de nous organiser sur le long terme. Nous voulons faire advenir des soulèvements pour la défense de la terre comme bien commun. Nous voulons arracher des terres à l’exploitation capitaliste pour constituer des espaces libérés, propices à une multiplicité d’usages communs, de relations et d’attachements. Nous voulons défendre le monde vivant grâce à une agroécologie paysanne et solidaire, à la protection des milieux de vie et à une foresterie respectueuse. Cela commence par trois gestes :

1- Pour faire cesser le ravage, nous appelons à enclencher le frein d’urgence, à concentrer nos forces pour cibler, bloquer et démanteler trois des industries toxiques qui dévorent la terre : celles du béton, celle des pesticides et celle des engrais de synthèse. Nous nous retrouverons en juin et à l’automne pour des grosses actions de blocage d’industries.

2 - Remettre la terre entre nos mains et l’arracher des griffes des accapareurs exige que nous soyons chaque jour plus nombreux à remettre les mains dans la terre. Des centres urbains jusqu’aux confins des périphéries, nous appelons à des reprises de terres, par l’installation paysanne, le rachat en commun ou l’occupation. Nous nous retrouverons dès ce printemps pour des actions d’occupations de terres contre l’artificialisation.

3 - Pour restituer aux habitant·es et aux paysan·nes de chaque localité le pouvoir de décider de l’attribution, l’usage et la destination des terres, nous appelons à s’introduire en masse, chaises en main, dans les diverses institutions et lieux de pouvoir où se décide sans nous le devenir de la Terre. Nous ne pouvons laisser plus longtemps ce pouvoir entre les mains de la FNSEA et de l’agro-industrie, des aménageurs et des bétonneurs. Nous nous retrouverons à partir de la rentrée prochaine pour occuper ces lieux de décision.

La première saison des soulèvements de la Terre sera marquée par une première vague d’occupations de terres et de blocages contre le bétonnage : 27 mars aux Vaites à Besançon (jardins populaires vs extension urbaine), les 10 et 11 avril à Rennes à la Prévalaye (cultures collectives vs métropole), les 22 et 23 mai au Pertuis en Haute-Loire (paysans expropriés vs construction d’une déviation routière), les 19-20-21 juin à St-Colomban en Loire-Atlantique (défense du bocage menacé par les carrières de sable et le maraîchage industriel), au cours du printemps sur le plateau de Saclay dans l’Essonne (terres agricoles vs technopole), à partir du 29 juin (semaine d’actions de blocages d’envergure et simultanées ciblant l’industrie de la construction et du Grand Paris). Les 3-4 juillet, un grand rassemblement festif aura lieu pour célébrer la fin de la saison 1 sur des terres à défendre en Île-de-France.

La seconde saison des soulèvements de la Terre s’ouvrira en septembre par une marche populaire jusqu’aux portes du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation à Paris. Elle sera prolongée tout au long de l’automne et de l’hiver par des actions de réappropriation dans les institutions et des blocages des industries qui empoisonnent les terres. Le programme détaillé de chacune de ces mobilisations est disponible sur lessoulevementsdelaterre.org

Faire date. Agir ensemble au fil des saisons. Jeter toutes nos forces dans la bataille. Remuer ciel et terre. Entre la fin du monde et la fin de leur monde, il n’y a pas d’alternative. Rejoignez les soulèvements de la Terre.

Depuis la Zad de Notre-Dame-des-Landes, le dimanche 24 janvier 2021.

Pour plus d’infos : lessoulevementsdelaterre.org
#SoulevementsTerre
mail - 
lessoulevementsdelaterre@riseup.net
twitter - @lessoulevementsdelaterre
fb - les soulèvements de la Terre
insta - 
infos.luttes.paysannes


PREMIERS SIGNATAIRES :

Organisations, coopératives, associations et groupes du monde paysan et de la forêt

Adret Morvan (58,21,71,89), la Confédération Paysanne France, Conf’IDF, la coopérative bocagère (Notre Dame des Landes, 44), le collectif du Jardin des ronces (Nantes, 44), Collectif de Paysan-Forestier Longo Maï Treynas (07), des terres pour Auber (Aubervilliers, 93), GAB44 (Groupement des Agriculteurs Biologistes 44), GAB (25/90), ISF Agrista (Ingénieur.es sans frontières groupe Agricultures et souveraineté alimentaire), l’association les Jardins des Vaîtes (25), l’association Abiosol, l’association Vigilanceogm21, l’Atelier Paysan, la classe BPREA 3 de l´Ecole du Breuil (75), le GFA citoyen Champs Libres, les ami·es de la Confédération Paysanne, La Maison Paysanne de l’Aude, MIRAMAP (mouvement inter-régional des AMAP), Mouvement des coopératives Longo Maï, Nature et Progrès, Pôle INPACT (Initiative pour une Agriculture Citoyenne et Territoriale), le RAF (le Réseau pour les Alternatives Forestières), SCIC Couveuse Coopérative Les Champs des Possibles, Sème ta ZAD (Notre Dame des Landes, 44), SOS forêt France

Fermes

La Bête Rave (23), Baptiste Cousin (vigneron, 49), Bergerie La Pastorale (38), GAEC Ty Menez (35), Jardins de Vauvenise (70), l’association Lâche tout (Plessé, 44), la ferme ciboulette (Savagna, 39), la ferme collective de l’âne arrosé (79), la ferme collective de la Tournerie (87), la ferme de l’Oseraie (76), la ferme de la Pommeraie (39), la ferme des pailles (Quilly, 44), la ferme du Bouffay (44),
La ferme de Lachaud sur le plateau de millevaches (Creuse -23) la ferme du Limeur (44), la ferme Lou Vié Staou (38)la ferme du Moulin du Châtillon, la ferme du mouton noir (25), la ferme Duthilleul (70), la ferme en Cavale (ferme Paysanne et Pédagogique, 35), la ferme le Miam (Larchant, 77), le collectif de Vispens (St Affrique, 12), le collectif des jardins de Marsaü (65), le jardin debout (34), le jardin des tille légumes (21), le jardin des maraîchers (21), les Lombrics Utopiques (44), les trois parcelles (45), Romain Balandier paysan dans les Vosges, Récoltes et Semailles, ferme maraîchère (95)

Collectifs, organisations, groupes, etc.

Alternatiba ANV COP 21 Besancon, Amis de la Terre France, ARPENT (L’Association pour la Restauration et la Protection de l’Environnement Naturel du Tonnerrois), Assemblée des usages de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (44), ATTAC France, Baronnies en transition (26), CAPEN71 (Confédération des Associations de Protection de l’Environnement et de la Nature pour la Saône et Loire), COLL•E•C - Collectif d’Échanges Citoyens du Pays d’Aix, Collectif l’Îlot Vivant (Rennes 35), La coopérative de le Maison Commune de la décroissance (85), collectif Jaggernaut - Editions Crise et critiques, comité Pli (revue, éditions, désertion), Désobéissance ecolo Paris, Espace autogéré des Tanneries (21), l’association Sciences citoyennes, l’Union syndicale Solidaires 25, l’association Après la Révolution, l’Internationale des Savoirs pour Tous, la Brigade d’Intervention Champêtre (BIC) (Rennes, 35), la cagette des terres (44), La Commune de Chantenay (44), la Coopération Intégrale du Haut Berry CIBH (18), la Foncière Antidote, le groupe « Ecologie sociale Liège », Les jardins de l’Engrenage (21), la librairie-café Les Villes Invisibles (Clisson, 44), la lutte des sucs : le collectif contre la RN88 de Haute-Loire (43), la tendance Emancipation intersyndicale et pédagogique, la ZAD du Moulin (67), le Carrouège - café culturel (58), le Chaudron des alternatives (centre Alsace), le collectif artistique ZO PROD (Poitiers 86), le collectif bassines non merci de la Vienne (86) et des Deux-Sèvres, le collectif l’Antivol (37), le collectif la tête dans le sable (St Colomban, 44), le collectif Le Sabot (revue littériaire de sabotage), le collectif Or de Question, le Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), le collectif SAGA (Nantes, 44), le GRAPE (Groupe de Recherche et d’Action sur la Production de l’Espace), Ledokiosque (Lons le Saunier, 39), les casse-noix (26, 38), les militant·es du Plateau de Saclay, Maiouri Nature Guyane, NDDL Poursuivre Ensemble, Quartier Libre des Lentillères (21), Reprises de Terres, RER (Résistance Ecologiste Rennes), réseau RELIER (réseau d’expérimentation et de liaison des initiatives en espace rural), RISOMES (Réseau d’Initiatives Solidaires Mutuelles et Écologiques) (Malain, 21), Terrestres.org (Revue des idées et des écologies), UCL65 (l’union communiste libertaire 65), XR France, XR PEPPS, XR Poitiers, XR Besançon, Youth For Climate France, ZEA

Soutiens :

Alain Damasio (écrivain), Alain Jugnon (philosophe), Alessandro Pignocchi (auteur de BD), Alèssi Dell’Umbria (écrivain), Alexis Forestier (metteur en scène et musicien), Anselm Jappe (philosophe, auteur), Audrey Vernon (comédienne), Aurélie Trouvé (porte parole d’Attac), Baptiste Morizot (enseignant chercheur, écrivain), Baptiste Victor (enseignant bio/écologie, salarié paysan), Barbara Glowczewski (directrice de recherche au CNRS), Benjamin Fouché (auteur), Catherine Balteau (restauratrice de sculptures), Christiane Vollaire (philosophe), Christophe Bonneuil (historien, CNRS), Christophe Laurens (architecte), Claire Dupeux (étudiante), Corinne Morel Darleux (écrivaine), Damien Najean (architecte maçon), Didier Bergounhoux (documentariste), Dom Bouillet, Dominique Cerf (artiste), Dominique Gauzin-Müller (architecte-chercheur), Edith et Philippe Monvoisin, Emmanuelle Monnin, Emilie Hache (philosophe), Emmanuelle Rallu (retraitée), Eric Chapalain (educateur sportif / socio-culturel), Fabian Lévèque (doctorant), Fabrice Flipo, Fanny Ehl (designer militante), Franck Doyen (poète, 54), François Jarrige (historien), François Lotteau (médecin généraliste, 71), Françoise Guiol (comédienne, art thérapeute), Frédéric Barbe (géographe, Nantes, 44), Frederic Brun (ancien inspecteur général de l’agriculture, fondateur de la revue écologie et politique), Frédéric Neyrat (philosophe), Gaëtan du Bus de Warnaffe (ingénieur forestier indépendant, docteur en sciences), Geneviève Azam (essayiste), Geneviève Martinet, Geneviève Nouhaud (habitante campagnale), Gilles Clément (paysagiste), Gilles Fumey (professeur de géographie culturelle), Guillaume Faburel (enseignant-chercheur en études urbaines, université Lyon 2), Guy et Anne-Marie Second, Isabelle Fremaux (art-activiste), Itto Mehdaoui (metteuse en scène et comedienne), Jacques Caplat (agronome et anthropologue), Jacob Rogozinski (philosophe), Jacques Delamarre (futur paysan), Jean-Baptiste Fressoz (historien), Jean-Louis Tornatore (anthropologue), Jean-Loup Amselle (anthropologue), Jean-Luc Nancy (philosophe), Jean-Marie Gleize (écrivain), Jérôme Baschet (historien), Jocelyne Porcher (chercheure INRAE), Johan Grzelczyk (écrivain), John Jordan (art-activiste), José Bové, Josep Rafanell i Orra (psychologue, écrivain), Julien Blaine (poète), Kristin Ross (historienne), Laëtitia Moreau (réalisatrice de documentaire), Laure Ferrand (sociologue), Laurence Petit-Jouvet (cinéaste), Laurent Cauwet (auteur, éditeur), Léo Coutellec (philosophe des sciences), Liliane Giraudon (poétesse), Malcom Ferdinand (chercheur CNRS), Marie Christine Bayol (entrepreneuse salariée des Champs des Possibles), Marie-Anaïs Taillandier (étudiante), Martin Paquot (rhaspode de la revue Topophile), Mathias Rollot (architecte), Mathilde Dumontet (doctoresse en études théâtrales), Mathilde Girault (docteure en études urbaines), Michel Surya (directeur de publication de la revue Lignes), Miguel Benasayag (philosophe), Mireille Perrier (actrice, metteur en scène), Nataska Roublov (artiste), Nathalie Quintane (écrivain), Nathalie Blanc (géographe), Nelo Magalhães (doctorant), Nicolas Zurstrassen (auteur), Olivier Dubuquoy (militant écologiste), Olivier Vinay (vétérinaire, technicien agricole, professeur agrégé), Oscarine Bosquet (écrivain, enseignante en école d’art), Patricia Pol (universitaire militante), Patrick Bouchain (architecte), Philippe Quandalle (mathématicien), Pierre Bitoun (sociologue), Raphael Pauschitz (rhaspode de la revue Topophile), Raphaël Lhomme (auteur) , AuteurSégolène Darly (géographe), Sidoine (clown), Silvia Grünig Iribarren (architecte, urbaniste, professeure-chercheure), Sophie Wahnich (historienne), Thierry Grosjean (porte parole CAPEN71, membre de FNE BFC), Thierry Paquot (philosophe), Véronique Guislain (bénévole Terre de Liens), Yves Peutot

Pour signer : lessoulevementsdelaterre@riseup.net

La vie moderne

 

http://www.qobuz.com/info/Qobuz-info/Video-du-jour/Joshua-Bell-fait-la-manche-dans-le8742

Un musicien de rue était debout dans l'entrée de la station "L'Enfant Plaza" du métro de Washington DC.


C'était un matin froid, en janvier.
Il a joué durant quarante-cinq minutes.
Pour commencer du Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et de nouveau Bach.

A cette heure de pointe,
il était près de 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail
Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon d'environ trois ans.
Sa mère l'a tiré, pressée, mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste.
Finalement sa mère l'a secoué et agrippé vivement afin qu'il reprenne le pas.
Toutefois, en marchant, l'enfant a gardé la tête tournée vers le musicien
Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien,
seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps.
Il a récolté en tout et pour tout 32 dollars !
Quand il a eu terminé de jouer
personne ne l'a remarqué.
Personne n'a applaudi.
Une seule personne l'a reconnu, sur plus de mille .
Personne ne se doutait que ce violoniste était Joshua Bell, un des meilleurs musiciens sur terre.
Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius de 1713 valant 3,5 millions de dollars !

Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston était «à guichet fermé» avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.

C'est une histoire vraie

L’événement Joshua Bell, jouant incognito dans une station de métro, a été organisé par le « Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens.
Les questions étaient :
• dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ?
• Nous arrêtons-nous pour l'apprécier ?
• Pouvons-nous reconnaître le talent dans un contexte inattendu ?


Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être :

Si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter l'un des meilleurs musiciens au monde jouant quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, à côté de combien d'autres choses exceptionnelles passons-nous ?

Est-ce donc cela la vie ?

Et lorsque une personne va passer des heures à regarder des arbres, assise, immobile, à écouter le chant des oiseaux ou le murmure d'un ruisseau, et qu'elle ne travaille pas, qu'elle n'a aucune activité sociale, beaucoup diront que cette personne est marginale, hors cadre, que c'est une personne "bizarre". Et que toutes les autres, celles qui courent au travail, sont des gens normaux, dans une vie normale, avec des occupations normales.

La vie moderne. 

Il ne s'agit pas de critiquer les gens qui ont un travail et y courent. Je l'ai fait pendant 37 ans. La question à se poser est de savoir si c'est une vie normale, si c'est un mode de vie qui mérite l'importance qu'on lui accorde, si c'est une vie qui nous comble ou une vie qui nous désagrège.

Il est clair que ma situation de retraité plaide pour ce genre de réflexions et que je n'avais pas vraiment le temps, ni encore moins l'envie de me poser ces questions lorsque j'étais responsable de trente enfants dans ma classe. Je pense aujourd'hui que l'absence profonde de questions ne venait que d'une chose : la peur de réaliser que tout cela était "anormal" et d'y avoir pourtant consacré toute mon énergie. C'est un phénomène connu que celui qui nous fait continuer dans une voie alors qu'on sait qu'elle n'est pas la meilleure, uniquement au regard de tout le chemin déjà parcouru. S'arrêter revient en fait à s'avouer que pendant des milliers de jours, on s'était trompé. 

 

Analyse des arguments climato-sceptiques

 

 

 

LES EXPERTS

 

Le réchauffement climatique se pose comme une problématique complexe, qui conduit et conduira  encore et toujours à de nombreux débats, polémiques, articles, controverses.

 

Depuis quelques années, des scientifiques surnommés communément « climato-sceptiques », remettent en cause la théorie officielle portée par le GIEC, organisme de l’ONU, affirmant avec un haut niveau de confiance que le réchauffement est largement imputable aux activités humaines, du fait de l’émission dans l’atmosphère de grandes quantités de gaz à effet de serre. La question essentielle est toujours la même, les hommes sont-ils responsables de ce changement ou bien est-ce tout simplement la nature (soleil compris) qui brouille le jeu de nos pensées ?

Je vais dans cet article parler du cadre dans lequel devrait s’inscrire l’opposition aux thèses officielles, de la fragilité des arguments avancés, de quelques phénomènes qui méritent un développement tout particulier (notamment certaines dynamiques).

Je précise qu’il est essentiel et bénéfique que des scientifiques dissèquent les rapports du GIEC espérant y trouver des failles, des contradictions, des trucages, des erreurs de procédés, de constructions, de méthodes, de relevés, des modèles imparfaits, etc. en vue de réfuter une théorie trop largement admise à leurs yeux. Encore faut-il qu’il y ait une solidité, une robustesse dans l’argumentaire proposé, que la démarche reste scientifique, et que cela soit fait en toute indépendance, honnêteté et sincérité. Comme on le verra, c’est loin d’être toujours le cas.

FAIBLESSE ET FRAGILITE DES ARGUMENTS

Privilégions la science

La science du climat s’appuie sur les sciences de la physique et de la chimie (thermodynamique, électromagnétisme, optique, …) celles qu’on appelle « sciences dures », implacables, également sur les sciences naturelles (par exemple, le vivant pour analyser les puits de carbone), tout en s'inscrivant dans des processus et des dynamiques complexes, où là les « vérités » peuvent se discuter (l’interdisciplinarité par excellence !). Pour être recevables, les arguments contre les théories du GIEC doivent s'inscrire dans cet espace là. Or parfois, on constate facilement que certains arguments visant à détruire ses conclusions flirtent avec la dimension politique (mission orientée, complot, …), qui en aucun cas constitueraient une preuve implacable établissant qu’une théorie est fausse. Certes, le plan politique ne peut-être complètement écarté, car tout peut devenir politique dans notre monde où la représentation marchande est forte, où les influences (lobbies) sont sans cesse croissantes, où tout peut s’acheter y compris les théories et les idées. Mais l’aspect politique me paraît assez secondaire, au regard des contributions qui visent à éclairer le monde et les décideurs politiques de l’état des connaissances actuelles.

Le CO2 ne serait pas responsable !

Les études du GIEC établissent que le CO2 est le principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement, de par sa contribution à ce qu’on appelle le forçage radiatif (plus de 50% de l’effet additionnel). Pour mettre en défaut ces propositions, il faut soit démontrer que le CO2 n'est pas un gaz à effet de serre, donc neutre dans la dynamique climatique, ou bien admettre que le CO2 est un gaz à effet de serre en soutenant que l'augmentation de sa concentration dans l'atmosphère de 40% par rapport à l’ère préindustrielle n'a pas (ou très peu) d'effet sur le bilan radiatif global.  Or, les démonstrations qui vont dans ce sens paraissent assez peu convaincantes. Le bilan radiatif de la planète est assez bien connu, ainsi que les effets du CO2 et autres gaz à effet serre sur la température (sensibilité climatique qui est une fonction logarithmique). Bien sûr, les différentes méthodes de calcul aboutissent à des résultats différents, à cause des interactions et rétroactions différemment analysées et pondérées, mais globalement ils montrent qu’un doublement de la teneur en CO2 (prévu à la fin du siècle) provoque un forçage radiatif non négligeable, intégrant les rétroactions positives qui viendraient amplifier le seul « effet CO2 » (comme la plus grande quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère) ou les rétroactions négatives qui au contraire pourraient en atténuer les effets. C’est pour cela que les scientifiques du GIEC proposent d’agir vite, même très vite, d’autant plus que des phénomènes d’emballement sont déjà à l’œuvre.

La fragilité des arguments

Certains arguments contre les théories du GIEC sont assez fragiles, comme l’idée du décalage entre température et CO2 dans les climats du passé, censé démolir tout un édifice, idée sur laquelle je reviendrai en pointant les fréquentes confusions entre corrélation et causalité. Certains opposants n’hésitent pas à glisser leurs « vérités » comme des évidences, par exemple en interprétant les graphiques selon des angles qui les arrangent (interprétation rapide de la relative stagnation des températures de 1998 à nos jours, période trop courte pour en tirer des conclusions). On peut admettre qu’ils sont souvent de brillants scientifiques, mais il est bien connu que certains sont payés par des firmes, des industries, notamment pétrolières, pour développer des théories « agréées » par ces lobbies ayant tout intérêt à faire perdurer notre monde carboné.

Rappelons que le climat s'inscrit dans des dynamiques, or, vous remarquerez qu’il est rarement prononcé dans leurs discours les mots ou expressions suivantes : interaction, rétroaction positive, rétroaction négative, délai, inertie, équilibre, déséquilibre, point de rupture, transition de phase, bifurcation, amplification, sensibilité aux conditions initiales, divergence, effecteur,  ... Très curieux lorsque l'on parle des systèmes complexes, où cette terminologie ne peut être ignorée.

DEUXIEME PARTIE : QUELQUES POINTS IMPORTANTS SUR LES DYNAMIQUES

Il faut raisonner à la fois en globalité et en dynamique

L’embellie de l’an mil au Groenland (terre verte presque accueillante !), souvent citée pour attester que dans des périodes relativement récentes il y a bien eu des phases de réchauffement naturel, devient vite une évidence chez les négateurs : l’homme est bien hors de cause puisque un réchauffement s’est bien produit dans un passé pas si lointain. Or, le problème est de savoir si seule cette région était concernée ou bien la planète entière, et quelles en étaient les causes. Le raisonnement global exige quelques précautions vis-à-vis des analyses réductrices de contextes, qui ne s’inscriraient pas dans un schéma général (exemple : les courants marins influencent beaucoup les régimes de températures sur une zone géographique, un phénomène purement localisé). Quand la terre se réchauffait au début du 2ème millénaire, il y avait toute chance que l'arrivée de facteurs contraires ralentirait et inverserait la tendance (facteurs inversés, ou rétroactions négatives versus rétroactions positives ou emballements en œuvre actuellement).

Tout cela pour illustrer le fait que les auteurs qui récusent la thèse officielle du GIEC proposent rarement des analyses sur les dynamiques futures qui viendraient mettre en défaut les processus décrits. J'en reviens toujours aux dynamiques car c'est le plus important à mon sens. Il ne faut pas focaliser sur des instantanés. Aujourd'hui on est à 400 ppm en concentration de CO2 (parties par million), demain on sera à 500 ppm ou plus, c'est à dire le double de la moyenne des 800000 ans passés. Pour imager, on peut dire que ce n'est pas avec des analyses de sang que l’on comprendra la régulation de la glycémie.

Attention aux confusions corrélations / causalités (retard CO2 sur la température)

Je reviens sur l’idée souvent avancée par les climato-sceptiques concernant la corrélation ou la causalité entre la température et la concentration de CO2. L’histoire du climat, révélée avec l’étude des carottes glaciaires, des sédiments marins, nous apporte des éléments précieux, mais parfois remis en question à cause des incertitudes sur les datations et de la complexité des analyses. Je n’irai pas plus loin. Je pose simplement la question cruciale suivante :

Quand 2 variables varient (quasi) simultanément à la hausse ou à la baisse, comme c’est un peu le cas de la courbe des températures et du CO2 sur 800000 ans (recul que l’on a aujourd’hui avec l’analyse des glaces en Antarctique), en supposant que l’évolution du CO2 ait un retard sur l’évolution de la température (ce qui reste à prouver), que peut-on en déduire ?

Il y a causalité linéaire entre les deux variables.  Première causalité: l'augmentation du CO2 est la conséquence de l'augmentation de la température. Deuxième causalité: l'augmentation de la température est la conséquence de l'augmentation du CO2. Pas très logique pour nos petits esprits vu que le décalage nous fait pencher en faveur de la 1ère hypothèse! Les variables sont juste corrélées, il n’y a donc pas de liaison de cause à effet. C'est un facteur exogène qui fait varier les 2 variables en même temps (ou des facteurs). L'une n'influence pas l'autre et inversement. On a affaire à une causalité circulaire: la température fait augmenter le CO2 et le CO2 fait augmenter la température. En supposant qu'une première impulsion (même de longue durée) est exogène au phénomène circulaire. A noter que beaucoup de phénomènes dans la nature évoluent selon ce type de causalité. Le phénomène « A » influence le phénomène « B », et « B » en retour influence « A ». On ne pas conclure, car on oublie le contexte ou on ignore trop de choses sur le système étudié.

Réponse : si on analyse uniquement les courbes en question, on ne peut rien conclure. Il faut faire intervenir d’autres éléments pour édifier une hypothèse sérieuse. Des scientifiques commettent volontairement ou non cette négligence. Soit ils tombent eux-mêmes dans le piège de la confusion corrélation/causalité, ce qui est peu probable, soit ils profitent de l’ignorance pour tordre une réalité. De toute manière, là n’est pas le problème, car dans le passé lointain, l’Homme n’ayant pas encore sévi, les grandes variations climatiques se sont réalisées sur plusieurs milliers ou dizaines de milliers d’années, accompagnant les cycles astronomiques. Il est peu probable que le CO2, en tant que phénomène impulsif, ait été à l’origine de l’augmentation ou de la diminution des températures dans le passé. Il a peut-être seulement joué le rôle d’amplificateur, par des variations de concentration non négligeables évoluant entre 180 et 300 ppm maximum. 

La problématique actuelle est totalement différente

Aujourd’hui, le problème est tout autre. Il faut oublier les grands cycles astronomiques. Les facteurs agissant globalement sur la planète et sur le long terme, en dehors du compliqué périple de notre planète, sont à chercher du côté du soleil, des gaz à effets de serre, ou bien de l’activité volcanique (produisant des aérosols). Au regard des évolutions de l’irradiance solaire, le soleil ne semble pas être en cause. Le CO2 a augmenté depuis l’ère préindustrielle de 120 ppm (parties par million), la même ampleur de variation constatée sur les grands cycles des 800000 ans passés. Le forçage radiatif est important (et ce n’est pos fini!) et nous n’avons pas de précédent qui nous permettrait de connaître la réelle contribution du CO2 au réchauffement, pour une telle impulsion et sur une durée aussi courte. On ne peut s’appuyer que sur des modèles. J'ai envie de prendre le phénomène CO2 comme un point de départ, une forme d'impulsion, qui au-delà se son propre effet appelé à perdurer (certainement non négligeable) va provoquer d'autres phénomènes venant en renforcement par le biais des boucles de rétroaction.

Points de rupture liés aux phénomènes de transition de phase.

Les phénomènes naturels, les évolutions, dépendent non seulement des variations et des amplitudes des facteurs qui les gouvernent, mais également des niveaux. Quand les températures moyennes dans une région passent de -20°C à -17°C, il ne se passe rien sinon pas grand chose. Quand elles passent de -2°C à +1°C, « il se passe tout ». On est sur une transition de phase, l'eau passant de l'état solide à l'état liquide, provoquant des ruptures, des bifurcations. C'est ce qui se passe avec la fonte de la banquise et de l'inlandsis et de tous les autres glaciers sur la planète. L'albédo diminue en arctique, car il y a moins de surface de glace pour réfléchir les rayons solaires, et de fait une plus grande absorption de la chaleur rayonnante par les eaux qui vont donc être réchauffées accentuant le phénomène de fonte. Un exemple intéressant de boucle de rétroaction !

Beaucoup de régions voient leurs températures en été approcher les 0°C et le moindre réchauffement subi provoque des ruptures (+1°C suffit!). Donc il faut définitivement effacer les schémas linéaires, les extrapolations, etc.  

Pour glisser une petite note d’humour, prenons un exemple de rupture chez l’être humain lié à la température … Si on peut en première approximation considérer qu'en état de maladie, la température du corps varie proportionnellement à l'intensité de l'infection, au delà de 42 ou 43°C, il y a un vrai point de rupture qui nous conduit droit vers la mort. Une belle transition de phase et définitive ! Quand je dis que la nature n'est pas linéaire .... !

La rapidité du phénomène

Il y a un point important sur lequel il faut insister qui est la rapidité du réchauffement, la dimension temporelle. On voit sur les graphiques que les évolutions climatiques significatives au niveau planétaire (et non pour une zone géographique) se produisent sur au moins 10000 ans, le temps par exemple de passer d'une période glaciaire à une période plus chaude. Pour nous, les humains de passage, pas très à l’aise avec les dimensions temporelles, face à un univers (ou une Terre) qui compte en milliers, millions ou en milliards d’années, l’évolution s’est produite sur quelques décennies seulement, une toute petite différence d'échelle, et comme par hasard au moment où les émissions de GES se sont accélérées ! Oublions un instant notre anthropocentrisme, et pensons à une nature à qui on impose des ultimatums  d’adaptation (par exemple la désynchronisent des interdépendances). La nature a besoin de temps, il a fallu 4 milliards d'années pour passer de la 1ère cellule à l'homme. La marche vers la complexité et l'intelligence est longue et laborieuse. La marche vers la destruction est immédiate!

Et même en supposant que le GIEC ait tort

Supposant que le CO2 en surplus dans l'atmosphère n'influence pas le climat et que par conséquent l'homme est dégagé de toute responsabilité en la matière, peut-il au moins endosser la responsabilité d’autres problématiques comme l'acidification des océans et de tous les déséquilibres et désordres qui en résultent? Auquel cas, n'est-il pas urgent de stopper nos émissions au nom de tous ces écosystèmes qui n'ont pas la possibilité d'organiser leur propre COP21 et faire entendre leurs doléances ? Je crois que la question se pose.

Conclusion

Difficile de conclure sur un tel sujet, aux facettes multiples. La meilleure conclusion sera celle du lecteur. Cependant j’insiste pour terminer sur les 2 points suivantes :

Les dangers tiennent dans les boucles de rétroaction qu'on a enclenchées nous les hommes inconséquents, et les fortes inerties des systèmes écologiques et climatiques. Le retour arrière semble impossible, sauf sur des milliers d'années.

Pour analyser correctement les phénomènes terrestres donc climatiques, il faut absolument intégrer le temps, l'espace, les systèmes ouverts, et la complexité. Il faut introduire dans le raisonnement les causalités circulaires, tout simplement parce que les systèmes complexes transforment les causalités simples (linéaires) par le jeu des interactions et des rétroactions. Toute négligence sur ces aspects provoque l'écroulement des théories.

De notre responsabilité

 

Quand la philosophie aide à penser le réchauffement climatique et notre responsabilité

 

Marine Le Breton

20 octobre 2019·8 min de lecture

Nous, qui grandissons, vieillissons, vivons aujourd’hui, quel monde allons-nous transmettre à nos enfants? À nos petits-enfants? À ceux qui vont naître dans 100, 200, 1000 ans? N’avons-nous pas le devoir de leur léguer une planète habitable? (Photo: buradaki via Getty Images)

Nous, qui grandissons, vieillissons, vivons aujourd’hui, quel monde allons-nous transmettre à nos enfants? À nos petits-enfants? À ceux qui vont naître dans 100, 200, 1000 ans? N’avons-nous pas le devoir de leur léguer une planète habitable? (Photo: buradaki via Getty Images)

Plus

PHILOSOPHIE - La planète se réchauffe, les glaciers fondent, des espèces vivantes disparaissent. Nous, qui existons aujourd’hui, avons encore la chance de vivre sur une Terre habitable, malgré le réchauffement climatique criant. Mais les générations futures pourront-elles en dire autant?

Les scénarios imaginant le monde dans les années à venir sont déconcertants. Ils interrogent sur la planète qui accueillera les générations suivantes. Nous, qui grandissons, vieillissons, vivons aujourd’hui, quel monde allons-nous transmettre à nos enfants? À nos petits-enfants? À ceux qui vont naître dans 100, 200, 1000 ans? N’avons-nous pas le devoir de leur léguer une planète habitable?

39% des personnes interrogées dans un sondage réalisé par Yougov pour Le HuffPost estiment que notre génération a une dette envers les futures. 22% affirment même que cette responsabilité était déjà celle de nos parents.

Que devons-nous à ces générations futures qui nous regardent faire, ou plutôt ne pas assez en faire? C’est une interrogation qui en soulève bien d’autres, tant les enjeux sont complexes. S’agit-il d’une question d’ordre moral, juridique ou les deux? Qui doit à qui? Parle-t-on des individus, du collectif, des entreprises ou des États? De nos descendants directs, enfants et petits-enfants, ou des personnes qui verront le jour dans mille, deux mille ans? Doit-on se projeter jusqu’à la nuit des temps?

“Le Principe responsabilité”

En philosophie, c’est l’Allemand Hans Jonas qui a introduit la question des générations futures dans sa pensée, développée en grande partie dans “Le Principe responsabilité”, publié en 1979. Son constat est simple: les dangers qui planent sur la Terre mettent en péril la survie de l’humanité. Il faut tenir compte du pire scénario possible qui est celui de la disparition des êtres humains. Partant de là, il développe une heuristique de la peur; c’est à partir de cet effroi que l’homme va entreprendre des actions responsables, qui ne mettent en péril ni l’existence des générations futures ni leur qualité de vie sur Terre.

Si pour ce philosophe, il était évident que nous sommes responsables de la planète léguée aux générations à venir, il est loin d’être le seul. Catherine Larrère, professeure émérite à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, spécialiste des éthiques et politiques liées à la crise environnementale et aux nouvelles technologies, contactée par Le HuffPost, est catégorique: ”à partir du moment où nous réalisons des actions qui ont des conséquences à très long terme, oui, nous avons des obligations vis-à-vis de ceux qui vont vivre après”. Mais elle concède qu’une fois cela dit, la conception d’un devoir envers les générations futures n’a rien de simple. “Parle-t-on des générations qui vivront dans 300, 500, 1000 ans? Existeront-elles encore? Ce n’est pas la même vision des choses. On peut certainement prendre des engagements pour la génération suivante, mais après?”, s’interroge-t-elle.

“Bien sûr, répond également Dominique Bourg, philosophe et professeur à l’université de Lausanne, en Suisse. De quel droit leur laisse-t-on une planète moins habitable? Nous avons la capacité de voir ce qui arrive, les jeunes devraient donc nous en vouloir.”

Greta Thunberg ne dirait pas le contraire, elle qui, lors du sommet de l’ONU en septembre dernier, a laissé sa colère s’exprimer et affirmé: “les yeux de toutes les générations futures sont braqués sur vous. Si vous décidez de nous laisser tomber, je vous le dis: nous ne vous pardonnerons jamais.”

Responsabilités individuelle et collective

Mais en vouloir à qui? À nous, qui prenons l’avion pour aller en vacances, montons dans notre voiture pour aller au travail et consommons un peu trop de viande? Ou aux entreprises et aux États?

Pour Dominique Bourg, auteur, entre autres, de “Le marché contre l’humanité”, il est évident qu’il existe une “responsabilité minimum”, celle de tout un chacun, qui concerne les comportements du quotidien (transports, alimentation, etc.). Mais selon lui, “l’individuel ne va pas sans le collectif”. Si une prise de conscience de chacun est nécessaire, elle doit s’accompagner de celle des États. Sur ce point, il est rejoint par Catherine Larrère, qui estime également que le réchauffement climatique ne sera pas endigué “sans un profond changement de comportement... Mais culpabiliser les individus, qui ne font ‘pas grand-chose’ à côté des États qui sont d’énormes pollueurs, ne sert à rien”, affirme-t-elle.

Là encore, reste à savoir comment procéder. Si l’on estime que la coercition est la réponse adéquate, “les actes intentionnels doivent-ils être les seuls à pouvoir être condamnés? Ou chaque action qui a des conséquences sur la planète? Comme le fait de monter dans sa voiture et de polluer avec du CO2”, se demande la philosophe.

Écocide, les droits de la nature

Certains spécialistes, comme la juriste Valérie Cabanes, estiment que la nature devrait être considérée comme un “sujet de droit” et l’écocide, c’est-à-dire un crime contre l’environnement, reconnu. Cela permettrait, selon elle, “la poursuite des personnes physiques et morales soupçonnées de porter atteinte à la sûreté de la planète”. Ces crimes pourraient relever des compétences de la Cour pénale internationale (CPI), mais on est encore très loin de ce cas de figure.

Autre question, d’ordre éthique plutôt que juridique: est-il juste de “pénaliser” les générations actuelles, vivantes, au profit des générations futures, pas encore nées? Nul doute que pour certains, la priorité devrait par exemple être de lutter contre la pauvreté actuelle, plutôt que pour les conditions de vie des futurs Terriens. Si tant est que l’on puisse hiérarchiser les plus grands maux de ce monde.

Des recours à la justice ont déjà eu lieu. Récemment, Greta Thunberg et quinze autres jeunes ont porté plainte contre cinq États pour “inaction climatique”. Cette action ne devrait pas entraîner de sanctions contre les pays accusés, mais une autre plainte, déposée en 2015 par l’ONG de défense de l’environnement Urgenda, contre les Pays-Bas, a connu plus de succès. Le tribunal de La Haye avait en effet ordonné à l’État néerlandais de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 25% d’ici à 2020.

Pour Dominique Bourg en revanche, il ne s’agit même pas de parler de coercition. “On est en train de retirer aux générations suivantes le nécessaire. De leur retirer ce qui permet à la Terre d’être habitable. Cette destruction a déjà des conséquences irréversibles et c’est le devoir de chacun d’agir. Ce qui compte avant tout, c’est la coordination entre les États, qui doivent contrôler leurs flux, renoncer à la croissance, et les individus, qui en tant que consommateurs, suivent ce modèle”, estime-t-il.

“Fiction utile”

L’un des exemples allant en ce sens, plutôt que dans la pénalisation des générations vivantes au profit des futures, est celui de la Norvège. Ce pays a en effet mis en place un fonds public à destination des générations futures. Depuis des années, l’argent qu’il tire des activités pétrolières ou gazières est investi dans ce fonds. En 2018 par exemple, 23 milliards d’euros en dividendes, intérêts et loyers ont été ajoutés à ce fonds, souligne Libération. Que va en faire la Norvège? “Ce sont les économies du peuple norvégien. Nous en prenons soin pour les générations futures”, affirme Marianne Groth, secrétaire d’État aux Finances. Selon Usbek & Rica, un conseil d’éthique a même été créé pour désigner quelles sont les actions dans lesquelles il ne faut surtout pas investir, comme celles qui portent atteinte à la planète.

Définir les contours de la notion de responsabilité vis-à-vis des générations futures est loin d’être évident. N’est-elle qu’une “fiction utile”, pour reprendre les mots de Hans Jonas, destinée à nous faire prendre conscience de l’urgence de la situation? Ou doit-elle prendre corps à travers la loi? Quelle que soit la réponse, une certitude: les générations actuelles, bien vivantes, sont de plus en plus conscientes du manque d’action en faveur de l’écologie. Et en même temps qu’elles bousculent nos habitudes et certitudes, elles mettent en avant l’existence d’une responsabilité collective qui est la nôtre.

L’avion, c’est fini. Il va falloir se mettre au vrac et ne plus manger de viande. Mais aussi arrêter d’acheter la fast fashion et ne pas trop allumer le chauffage cet hiver.

Malgré tous les efforts que vous faites, l’inquiétude grandit. Et si c’était trop tard? Comme beaucoup de personnes, vous souffrez d’éco-anxiété, cette angoisse liée à la perspective du réchauffement climatique. Cette inquiétude n’est pas forcément le signe d’une paralysie, elle pourrait aussi avoir des conséquences positives. Plus concernés, engagés, touchés par les évolutions de notre planète, nous avons enfin pris conscience que nous devions changer.

À l’occasion du lancement de LIFE, Le HuffPost s’intéresse aux contours de cette éco-anxiété ainsi qu’à tout ce qu’elle pourrait engendrer de bon dans les années à venir. Comment parler aux enfants du réchauffement climatique? Que devons-nous aux générations futures? De plus en plus de groupes de soutien voient le jour, à quoi servent-ils? Comment agir, au quotidien, pour lutter contre les angoisses liées à ce futur incertain?

Vous trouverez des réponses à ces questions dans notre dossier (mais on ne peut vous garantir que vous ressortirez de cette lecture avec encore plus d’interrogations).

Philosophie et réchauffement climatique

 

Philosophie et réchauffement climatique

 

 Aymee Nakasato

10 février 2019

Ajouter un commentaire

4 minutes de lecture

France Culture organise un forum annuel en partenariat avec la Sorbonne. Pour l’édition 2019, l’environnement était la star. Cet article est librement inspiré de la table-ronde « Les chemins de la philosophie» avec Dominique Bourg (philosophe), Cynthia Fleury (philosophe) et Pierre-Henri Castel (psychanalyste). 

Penser la fin d’un monde ou la fin du monde

Le constat scientifique de la crise environnementale et notamment du réchauffement climatique annonce l’imminence de la catastrophe. De fait, s’agit-il de penser la fin d’un monde ou bien la fin du monde ? La fin d’un monde, c’est la fin de l’homme « possesseur des lieux » viases activités humaines, comme l’affirmait Descartes. Continuer dans cette direction sans prendre en compte l’impact environnemental de ces activités revient un peu à l’expression : « Savoir que l’on fonce dans un mur et accélérer quand même ». Quant à la fin du monde, c’est la thèse de la collapsologie qui est l’étude scientifique de l’effondrement de notre société voire de notre espèce ou de la biosphère. 

Désastre global et inaction individuelle

Le caractère irréversible et global de la crise environnementale conduit toujours à une inaction individuelle au niveau comportemental. Pourquoi ? A partir d’expériences terrain, lectures, suivi de l’actualité et participation à des événements scientifiques et médiatiques, Sorb’on livre ses pistes : 

La menace environnementale n’est pas visible à nos yeux car elle n’affecte pas notre quotidien (pas de catastrophes naturelles ni d’envol des prix des matières premières). De fait, la prise de conscience est difficile et non pas instinctive.

Nous avons du mal à penser la radicalité d’une rupture : soit on hystérise la pensée radicale soit on raisonne de manière rationnelle et logique sur des problématiques concrètes et non abstraites, comme les menaces environnementales.

Pour soutenir la transition écologique, il est nécessaire de prendre des mesures radicales et globales sur l’ensemble des domaines de la société (transports, éducation, alimentation, urbanisme, etc), grâce au pouvoir politique.

Penser la crise environnementale de manière plurifactorielle et critique nécessite de sortir d’une idéologie purement capitaliste. Progrès technique = production = richesses = bien-être/bonheur humain. Et aboutir à une idéologie qui serait axée sur un progrès civilisationnel où l’homme cohabiterait avec son environnement.

Tout le fonctionnement des activités humaines repose sur le carbone : c’est une démocratie carbonée. Le spectre de la crise environnementale conduit à une pénurie de carbone donc on ne sait plus quoi faire. C’est la peur du vide structurel et sociétal. 

La transition environnementale peut paraître brutale et trop radicale puisqu’elle tend vers un changement de comportement social et citoyen. Pour la faciliter, il faut accompagner tous les acteurs concernés qui s’engagent sur cette voie (entreprises, collectivités, associations). Il faut guider les autres et pallier les manques d’offre (médias sur l’environnement, éducation environnementale, boutiques zéro déchet, etc).

Environnement et démocratie 

Et si l’incapacité à agir vis-à-vis de la catastrophe environnementale proviendrait d’une incompatibilité avec le régime démocratique lui-même ? Le réchauffement climatique est une menace imprévisible, globale et sur le long-terme, dépassant ainsi les risques et schémas politiques traditionnels potentiels à court-terme, limités dans l’espace et compensables économiquement. Il faut donc que les responsables politiques et les entreprises industrielles et commerciales arrêtent de se justifier pour enfin se responsabiliser et s’engager en faveur d’un changement de paradigme axé sur l’environnement. 

Une autre philosophie de vie : vers la sobriété et la décroissance

D’un point de vue philosophique, ne serait-il pas mieux vis-à-vis de la menace environnementale de changer de mode de vie ? Une philosophie de vie qui serait non plus tournée vers la consommation à outrance, l’accumulation infinie de richesses et le profit à court-terme mais plutôt vers la sobriété ou la décroissance. La sobriété tend à optimiser l’utilisation des ressources naturelles (comme le recyclage) pour le fonctionnement sociétal. La décroissance vise à se tourner vers des alternatives au paradigme de la croissance économique (localisme, basse technologie, bioéconomie) qui est vue comme nuisible pour l’humanité (dysfonctionnements économiques, aliénation au travail, stress, crise de la biodiversité). 

Pour finir, rien de mieux qu’écouter le podcast dans son intégralité ! Et retrouvez également le premier article de la série ici.

 

Enjeux philosophiques du changement climatique 

 

Je trouve intéressant de chercher le point de vue de la philosophie au regard du changement climatique et de tous les effets que nous connaissons. Dès lors qu'on considère ceux-là comme indéniables.

 

Grand angle

Enjeux philosophiques et éthiques du changement climatique 

cou_03_19_wide_angle_ethics_01_website.jpg

 

Minimum Monument, un projet d’art éphémère de l’artiste brésilienne Néle Azevedo. Des centaines de figurines de glace fondent sous la température une fois installées. São Paulo, Brésil, 2016.

L’humanité est en débit. Année après année, elle consomme plus de ressources que la nature peut lui en procurer. Cette surconsommation a un effet direct sur le climat. Pour mieux en comprendre les enjeux, le philosophe et biologiste Bernard Feltz éclaire les rapports complexes entre l’homme et la nature avant de se pencher sur les aspects éthiques de la gestion de l’évolution climatique.

Bernard Feltz

Défi majeur pour notre époque, le changement climatique concerne aussi bien notre quotidien que l’ordre géopolitique mondial. Il constitue l’une des dimensions d’une crise écologique globale, conséquence directe des rapports complexes entre les humains et la nature. Ces rapports peuvent être distingués en quatre grandes approches.

La première, celle de Descartes, considère la nature comme un ensemble d’objets mis à disposition de l’être humain. Le philosophe du XVIIe siècle, contemporain de Galilée et considéré comme un grand initiateur de la modernité, porte le projet d’une science du vivant analogue à la science physique naissante. Il défend l’idée d’un « animal-machine ». Le vivant n’est rien d’autre que de la matière inerte organisée de manière complexe. Seul l’être humain a une âme substantielle distincte du corps, ce qui en fait la seule espèce respectable. Le reste de la nature, vivante ou inerte, relève du monde des objets à disposition de l’humanité. Descartes n’a aucun respect pour l’environnement qu’il envisage sous un rapport utilitaire et qu’il considère comme une ressource infinie dans laquelle l’homme peut puiser sans complexe. On perçoit combien de telles présuppositions ont conduit à une utilisation sans vergogne de la nature sous toutes ses formes : agriculture, pêche, élevage intensifs, épuisement de minerais, pollutions de toutes sortes…

Autre approche, l’écologie scientifique est porteuse d’une tout autre vision du monde. Le botaniste britannique Arthur George Tansley propose en 1937 le concept d’écosystème, qui va révolutionner le rapport scientifique à la nature. Ce concept renvoie à l’ensemble des interactions des diverses espèces vivantes entre elles, et de l’ensemble du vivant avec le milieu physique : sol, air, climat… Dans ce contexte, l’homme se redécouvre appartenant à la nature, comme un élément de l’écosystème. Bien plus, cet écosystème est un milieu fini, aux stocks limités, en amont comme en aval des activités humaines.  

Mais de nombreux penseurs jugent que l’approche de l’écologie scientifique est insuffisante. Les adeptes de l’écologie profonde (deep ecologists), par exemple, estiment que le cœur du problème dans l’approche scientifique, y compris écologique, est l’anthropocentrisme. Ils prônent une philosophie de la totalité qui intègre l’humain au vivant dans son ensemble sans lui accorder de statut particulier. Le respect de l’animal est analogue au respect de l’humain. 

Une dernière conception des rapports humains/nature tente de se tenir à juste distance de la radicalité des deep ecologists, tout en soulignant la pertinence de la critique à l’égard de l’écologie scientifique. Nature et humain cohabitent et s’interpénètrent dans un vivant mieux respecté. Un animal peut être respectable pour lui-même, sans que lui soit accordé le même statut qu’à l’humain.

Une espèce vivante, un écosystème particulier sont respectables comme réalisations remarquables de la nature, au même titre qu’une œuvre d’art est une réalisation remarquable de l’humain. La dimension esthétique d’une réalisation renvoie à une dimension fondamentale de la réalité, que seul l’artiste est capable de dévoiler. Mais un tel rapport n’implique pas que l’œuvre respectée ait statut humain. Une hiérarchisation des valeurs est envisageable. L’animal, certains écosystèmes, certains paysages deviennent respectables selon une double modalité : c’est l’humain qui décide de les respecter, et c’est un mode de respect qui n’équivaut pas à un respect dû à l’humain. 

Au croisement de la science et de la politique 

Dimension de la crise écologique, le changement climatique ouvre la voie à une réflexion plus spécifique qui s’articule sur les relations entre science et politique. 

La science porte une lourde responsabilité dans l’émergence du problème climatique. C’est en grande partie en raison de la puissance impressionnante développée par les nouvelles technologies et leur utilisation sans limites par les puissances économiques que nous sommes entrés dans l’Anthropocène : pour la première fois dans l’histoire, les activités humaines conduisent à une modification de certaines caractéristiques environnementales pour l’ensemble de l’humanité.

Mais la science nous fait aussi prendre conscience des problèmes liés à la crise écologique. Elle joue un rôle décisif dans l’élaboration de scénarios susceptibles de conduire à une gestion rationnelle de la crise climatique. La science peut nous perdre, mais aussi nous sauver. Intégrée dans une conception plus large du réel, l’approche scientifique reste déterminante dans la maîtrise du changement climatique. 

Cependant, démocratie n’est pas technocratie… En démocratie, c’est le politique qui prend les décisions. Le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) distingue le registre des faits du registre des valeurs. Du côté de la connaissance, le scientifique est un spécialiste des faits. Lui incombent l’analyse des situations et les propositions de divers scénarios compatibles avec les contraintes écologiques. Le politique agit, quant à lui, en fonction des valeurs qu’il s’engage à défendre. Dans un système démocratique, il tient sa légitimité du fait de son élection. Il est élu pour choisir précisément le scénario qui répond à son système de valeurs. Les changements climatiques impliquent des analyses techniques d’une haute complexité, qui ne sont pas toujours en accord avec les orientations choisies par les politiques.

Éthique environnementale

Néanmoins, force est de reconnaître que nous sommes entrés en transition vers une société modelée de manière décisive par les contraintes écologiques. Une implication de chacun dans sa vie quotidienne, le travail des divers acteurs économiques dans leurs activités respectives – depuis les petites et moyennes entreprises jusqu’aux trusts multinationaux les plus puissants –, l’engagement des structures étatiques, comme des structures intermédiaires – syndicats, fédérations d’entreprises, ONG… – sont des conditions indispensables à une action efficace. 

Car l’enjeu fondamental est bien l’avenir de l’humanité. Ce qui pousse à agir, c’est cette prise de conscience que l’évolution climatique non maîtrisée peut conduire à rendre la vie humaine sur Terre beaucoup plus difficile, voire impossible. On connaît le « principe responsabilité » que le philosophe allemand Hans Jonas a élaboré à la fin des années 1970, en pensant précisément aux questions écologiques : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre ». Désormais, il s’agit de concevoir une vie sociale contemporaine en y intégrant la préoccupation de la viabilité du système à très long terme, en incluant les générations futures dans le domaine de nos responsabilités.

Ces préoccupations écologiques doivent cohabiter avec les exigences contemporaines de l’éthique, à savoir le respect des droits de l’homme et la considération égale de toute personne humaine. Toutes les populations humaines ne sont pas égales devant le défi climatique. Paradoxalement, les pays les plus démunis sont souvent ceux qui sont le plus affectés par un réchauffement climatique non maîtrisé. Le respect des droits de l’homme doit donc conduire à un principe de solidarité internationale qui seul pourra garantir à la fois une gestion globale de l’évolution climatique et la prise de mesures spécifiques pour des situations particulièrement complexes. Principe de responsabilité pour les générations futures et principe de solidarité de tous envers tous sont essentiels pour une gestion équitable de la crise écologique.

En savoir plus

Rapport de la COMEST sur : L’éthique de l’eau : océans, eau douce, zones côtières
Principes éthiques en relation avec le changement climatique

Bernard Feltz

Biologiste et philosophe belge, Bernard Feltz est professeur émérite de l’université catholique de Louvain. Ses recherches portent sur la philosophie de l’écologie, les questions de bioéthique et les rapports sciences-sociétés. Il est l’actuel représentant de la Belgique au Comité intergouvernemental de bioéthique de l’UNESCO (CIGB).

Un climato-sceptique (2)

Cette fois, l'article date de 2007.

 

LA FABLE DU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

 

La Nouvelle Revue d’Histoire n°31, Juillet/août 2007

Publié par La Nouvelle Revue d’Histoire n°31, Juillet/août 2007, pp. 15-18 le 26/9/2007 (Paru dans le dernier numéro de la revue NRH) : L’exploitation excessive de la nature ou encore les nuisances provoquées par la société industrielle et l’économie de gaspillage sont des réalités évidentes. Certains de leurs effets sont visibles, d’autres moins. En marge de ces réalités préoccupantes naissent cependant des modes ou des phobies qui s’apparentent à des mystifications. L’une d’entre elles est la question du “réchauffement global” de la planète, tarte à la crème d’habiles charlatans qui rapportent gros, misant sur la crédulité et la peur du public. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Marcel Leroux, professeur émérite de climatologie, ancien directeur du LCRE (Laboratoire de climatologie, risques, environnement) du CNRS, membre de l’American Meteorological Society et de la Société météorologique de France.

NRH : Le propre du climat est de changer. Or, il existe un discours actuel qui prétend que les changements actuels vont dans le sens d’un réchauffement inéluctable de la planète. L’étude du passé permet-elle de confirmer cette interprétation?

Marcel Leroux : Non, car, à l’échelle paléoclimatique, les bouleversements ont été beaucoup plus importants que ceux que l’on nous annonce. Ainsi, en Afrique, lors du DMG (dernier maximum glaciaire), c’est-à-dire entre 18 000 et 15 000 par rapport à nos jours, les températures moyennes étaient inférieures de 5°C à celles que nous connaissons aujourd’hui et le désert s’étendait considérablement vers le sud, tandis que la forêt avait quasiment disparu.Au contraire, lors de l’OCH (optimum climatique holocène), entre 9000 et 6000 par rapport à nos jours, les températures étaient supérieures de 2°C à celles d’aujourd’hui et la forêt dépassait très largement son étendue actuelle. Quant au Sahara, il recevait des pluies relativement abondantes, d’origine à la fois méditerranéenne et tropicale. Parsemé de lacs et de marécages, il était parcouru par des éleveurs, comme l’attestent les nombreux dessins rupestres.

NRH : Après avoir perdu la longue mémoire paléoclimatique, ne perdons-nous pas également notre mémoire immédiate en matière climatique ?

ML : Aujourd’hui, la mémoire est très sélective, car on omet de rappeler l’automnale fraîcheur du surprenant mois d’août 2006, et on s’empresse d’oublier l’hiver 2005-2006 qui a battu des records de froid ou de chutes de neige, ou bien encore l’hiver 2000, lorsque la Sibérie a enregistré ses plus basses températures et que la Mongolie a fait appel à l’aide internationale. Sans parler de l’Afrique qui, au cours des années soixante, bénéficia d’une pluviométrie supérieure à la normale. Elle avait fait remonter la zone sahélienne vers le nord, avec recul du désert. Á la même époque, en Eurasie du Nord et au Canada, la forêt boréale et l’exploitation agricole gagnaient vers le nord. Puis, à partir de 1972, renversement de tendance, la pluviométrie a dramatiquement décru, et le Sahel a progressivement glissé une nouvelle fois vers le sud.

NRH : Les hommes doivent-ils avoir peur du réchauffement annoncé par certains ” experts” ?

ML : Historiquement, nous pouvons constater que les périodes chaudes ont toujours été des périodes fastes, comme par exemple au début de notre ère lors des années triomphantes de la République romaine et de l’Empire. Lors de l’épopée des Vikings vers le Groenland et l’Amérique du Nord, entre 1150 et 1300, un optimum climatique régnait sur l’Europe centrale et occidentale, déplaçant les cultures et en particulier celle de la vigne de 4 à 5 degrés de latitude vers le nord. Le ” doux douzième (gentle twelfth century) représente dans la tradition écossaise un “âge d’or” avec ses hivers doux et ses étés secs. Ensuite, après une chute de températures, s’est produit le retour d’une période “chaude” connue par les spécialistes sous le nom d’optimum climatique médiéval (OCM) qui a notamment favorisé les grands voyages de découvertes. Par opposition, les épisodes froids ont été considérés comme des “périodes sombres” (dark ages), comme celle qui, après 1410, a coupé les relations avec le Groenland ou celle du “petit âge de glace” entre 1600 et 1850, qui a atteint sa plus grande rigueur vers 1708-1709 dénommée par Réaumur “l’année du grand hiver”, période au cours de laquelle les glaciers alpins ont atteint une grande extension, comme en témoignent en 1789 les Cahiers de doléances des paysans chamoniards dont les prairies étaient envahies par la glace. Il est donc ridicule de la part des médias de prétendre que la chaleur est synonyme de calamité, en particulier à des gens qui, au cours de l’hiver, ne pensent qu’à l’été, rêvant pour leur retraite de résider dans le Midi ou en Espagne, voire au Maroc, c’est-à-dire au soleil ! De cette façon, ” l’invraisemblable douceur ” du mois de décembre 2006 et la facture de chauffage allégée ont pu être présentées par les médias comme des catastrophes !

NRH : Vous soutenez que si le désert du Sahara “avance”, ce n’est pas pour les raisons habituellement invoquées. Mais si un réchauffement climatique durable se produisait, ne serait-il pas à craindre en Afrique où l’on nous prédit des catastrophes terrifiantes dues à l’élévation des températures ?

ML : L’histoire nous montre que toutes les périodes “chaudes” ont été en Afrique des périodes pluvieuses, notamment le Moyen-Âge qui a permis la prospérité (entre 1200 et 1500) des grands empires sahélo-soudaniens. Quant à la diminution actuelle de la pluie au sud du Sahara, c’est tout le contraire d’un scénario de “réchauffement”, ce qui apporte un démenti flagrant à ce que prétend le GIEC (Groupement intergouvernemental pour l’étude du climat). Il faut en effet souligner que sous les tropiques les précipitations tombent majoritairement en saison chaude. Si un réchauffement devait réellement se produire, il se traduirait par une amélioration pluviométrique, or ce n’est pas le cas actuellement. Le glissement actuel vers le Sud de la zone sahélienne, donc du Sahara, est de l’ordre de 200 à 300 km et le phénomène, qui a débuté dans les années 1970, s’inscrit comme au DMG, entre 18000 et 15000 avant nos jours, lorsque le Sahara s’était déplacé de 1000 km vers le sud, non pas dans un contexte de réchauffement des pôles mais au contraire dans un schéma d’accentuation du refroidissement des pôles, ce qui contredit encore une fois le scénario infondé du GIEC, des écologistes et des médias.

NRH : Sur quoi repose alors ce que vous qualifiez de “myhe du réchauffement global” planétaire ?

ML : En 1988, les États-Unis vécurent dramatiquement une sécheresse accompagnée de vents de poussière, qui évoquaient les années 1930, celles du dust-bowl, illustré par John Steinbeck dans Les Raisins de la colère. En juin 1988, J. Hansen (de la Nasa) présenta devant le Congrès une courbe sur laquelle il ajouta, à des moyennes annuelles, une moyenne établie sur les cinq derniers mois, ce qui eut pour effet de faire grimper artificiellement la courbe thermique des États-Unis. Ce procédé malhonnête déclencha alors la ” panique climatique ” déjà préparée de longue date par les mouvements écologistes, ce qui conduisit en 1989 à la création du GIEC. Á partir de cette date, le nombre de prétendus climatologues, le plus souvent auto-proclamés ou désignés par les gouvernements, augmenta d’une façon vertigineuse. Le climat devint l’affaire des organisations écologistes, de journalistes dits scientifiques, des médias et des politiques. Dans le même temps, tout fut hypersimplifié par des délégués désignés par les gouvernements et dénommés “experts” (donc des politiques ou des scientifiques politisés) qui établissent, comme à Paris en février 2007, le ” Résumé pour Décideurs” (Summary for Policymakers). C’est à l’occasion de ces réunions que sont orchestrés, avec force simplifications et marchandages, voire mensonges éhontés, les “coups” médiatiques destinés à impressionner l’opinion. De cette façon, en 1995, avait été introduite, hors débat scientifique, la formule, toujours non prouvée, de ” la responsabilité de l’homme dans le changement climatique”. On est alors très loin du climat lui-même ! Mais c’est de cette façon que les politiques et les médias surenchérissent dans la catastrophisme du réchauffement…avec la même assurance et la même vigueur que dans les années 1970 lorsqu’ils annonçaient le retour d’un ” nouvel âge de glace” !

NRH : Venons-en, si vous le voulez bien, à l’effet de serre. Doit-on croire les “experts” et les médias quand ils soutiennent que le CO2 est le facteur “unique” du changement climatique et de tous les phénomènes météorologiques ?

ML : Pour 95%, l’effet de serre est dû à la vapeur d’eau. Le dioxyde de carbone, ou CO2 , ne représente, quant à lui, que 3,62% de l’effet de serre, soit 26 fois moins que la vapeur d’eau. La vapeur d’eau étant à presque 100% d’origine naturelle, comme la majeure partie des autres gaz émissifs ( CO2 et CH4 ou méthane), l’effet de serre est donc essentiellement un phénomène naturel. Seule une faible proportion (effet de serre dit anthropique) peut être attribuée aux activités humaines et cela pour une valeur totale de 0,28% de l’effet de serre total, dont 0,12% pour le seul CO2 , c’est-à-dire une proportion insignifiante, voire tout à fait négligeable.Il est donc stupide de prétendre que les taux actuels n’ont jamais été aussi élevés depuis…650 000 ans selon la dernière affabulation. D’autant plus que les études paléoclimatiques n’ont révélé aucune relation entre le CO2 et la température ! En résumé, aucune relation causale, physiquement fondée, prouvée et quantifiée, n’a été établie entre l’évolution de la température (hausse, mais aussi baisse) et la variation de l’effet de serre par le CO2. A fortiori, aucune relation n’est démontrée entre les activités humaines et le climat : l’homme n’est en aucune façon responsable du changement climatique.

NRH : Pardonnez cette question brutale : la terre se réchauffe-t-elle, oui ou non ?

ML : La température moyenne dite “globale” a augmenté de 0,74° au cours de la période 1906-2005 (GIEC, 2007). Mais, surtout, les données d’observation montrent que des régions se réchauffent tandis que d’autres se refroidissent. Certaines régions se sont ainsi refroidies comme l’Artique occidental et le Groenland, tandis que d’autres se sont réchauffées comme la mer de Norvège et ses pourtours, à l’échelle annuelle de ±1°C et en hiver de l’ordre de ±2°C, au cours de la période 1954-2003. L’espace Pacifique nord connaît une évolution comparable avec un refroidissement sur la Sibérie orientale, particulièrement en hiver, et un fort réchauffement sur l’Alaska et le détroit de Béring. Il est donc absolument inexact de prétendre que la planète se réchauffe. Le “changement climatique” n’est pas synonyme de “réchauffement global” car il n’existe pas de “climat global”. De plus, et comme je viens de vous le dire, l’évolution du climat ne dépend en aucune façon du CO2, et l’homme n’est en aucun cas responsable de ce dernier, sauf dans le cadre limité des villes.

NRH : Que répondre à ceux qui annoncent de fortes menaces sur l’Artique et sur l’Antarctique ?

ML : On mélange tout : climat, pollution, écologie et écologisme, développement durable, scoops médiatiques, propagande et faits réels, souvent déformés d’ailleurs, politique et intérêts économiques (avoués et inavoués). Ainsi les incohérences, les affirmations gratuites, les impossibilités physiques et les mensonges éhontés sont multiples.

NRH : Pourtant, le ” Groenland fond ” et l’Antartique se disloque.

ML : C’est vrai que la glace fond dans les basses couches, sur les pourtours du Groenland baignés par l’air chaud venu du sud. Mais, en 1816 et 1817, par exemple, on avait pu atteindre le Pôle en longeant les côtes groenlandaises. En revanche, le satellite prouve que la partie sommitale du Groenland se refroidit et s’élève de 6 cm par an en raison des chutes de neige abondantes. Quant à l’Antartique, il est particulièrement stable et bénéficie même d’un gain de masse glaciaire dans sa partie orientale. La péninsule antarctique constitue une exception bien connue des climatologues. En raison de sa latitude et de la proximité des Andes qui canalisent vigoureusement vers le sud le flux cyclonique chaud et humide (M.Leroux, 2005), les dépressions australes connaissent ici une évolution remarquable. Elles sont de plus en plus creusées, tandis que leur trajectoire est de plus en plus méridionale, et la température de l’air est croissante (A. Pommier, 2006). Ainsi, comme dans le voisinage de la mer de Norvège (ou encore dans la région Alaska-détroit de Béring), le réchauffement de la péninsule antarctique, faussement attribué par le GIEC à l’effet de serre, est commandé par une intensification vers le Pôle de la circulation d’air chaud et humide de lointaine origine tropicale.

NRH : Comment expliquez-vous alors les changements que l’on observe en Europe ?

ML : Afin de répondre à votre question de façon à être compris par des non-spécialistes, disons que dans l’espace de l’Atlantique Nord, tandis que l’Artique occidental se refroidit et que les anticyclones qui quittent le Pôle sont plus puissants, les remontées d’air cyclonique associé aux dépressions transportent davantage d’air chaud et humide d’origine subtropicale, voire tropicale, vers la mer de Norvège et au-delà. En conséquence, la température s’élève et les précipitations (neigeuses en altitude, sur le Groenland et la Scandinavie) augmentent. Tandis que la pression baisse, la tempêtuosité s’accroît, avec des dépressions plus nombreuses atteignant des latitudes plus septentrionals (A. Pommier, 2005). Comme l’Europe occidentale est située sur la trajectoire ees remontées cycloniques du sud, elle bénéficie aussi d’un réchauffement, voire localement d’un excès de pluie.

Il faut bien voir que sur l’Atlantique, l’agglutination anticyclonique (AA), couramment appelée anticyclone des Açores, est plus puissante et plus étendue vers le sud et c’est pourquoi le Sahel atlantique et notamment l’archipel du Cap-Vert, subit une sécheresse plus prononcée que sur le continent voisin. La Méditerranée qui prolonge cet espace atlantique est plus froide et donc plus sèche sur son bassin oriental (comme sur l’Europe centrale), tandis que la pression de surface est également croissante. C’est en particulier cette hausse de pression, et non le CO2, qui est responsable dans nos régions à la fois de longues séquences sans pluie (ou sans neige en montagne) lorsque la situation reste longtemps anticyclonique, ou des périodes de chaleur, voire de canicule comme en août 2003.

NRH : Mais pourtant, comme on le dit souvent, ” les glaciers disparaissent…”

ML : Pourquoi ne pas dire qu’ils ont été plus réduits encore dans les Alpes au Moyen Âgen et que la longueur aujourd’hui observable de leur langue glaciaire dépend de leur alimentation en neige antérieure à la période actuelle ? C’est d’autant plus vrai à l’altitude des neiges du Kilimandjaro, autre exemple hyper médiatisé, proche de 6000 mètres, où ce n’est pas la température (ici inférieure à 0°C) qui a varié mais, comme ailleurs, les conditions de la pluviosité (M.Leroux, 1983,2001).

NRH : On dit également que les cyclones vont être de plus en plus nombreux et de plus en plus violents.

ML : Les spécialistes de météorologie tropicale ne sont pas de cet avis, mais ils ne sont pas écoutés… Ils affirment même qu’aucune tendance à la hausse n’est observée. Quant au colloque sur les cyclones tropicaux tenu au Costa Rica sous l’égide de l’OMM (Organisation météorologique mondiale) en décembre 2006, il a même conclu que ” aucun cyclone ne peut être directement attribué au changement climatique”. Chris Landsea, spécialiste incontesté des cyclones, a préféré démissionner du GIEC pour ” ne pas contribuer à un processus motivé par des objectifs préconçus et scientifiquement non fondés “. Mais les dégâts provoqués par les cyclones offrent de si ” belles images” aux revues et aux journaux télévisés… L’exemple de “Katrina” est exploité sans vergogne, alors que la rupture des digues de La Nouvelle-Orléans était une catastrophe annoncée depuis déjà fort longtemps…

NRH : Dans le registre catastrophique, certains médias prétendent même que le Gulf Stream va s’arrêter…

ML : Il faudrait pour cela que le vent, qui est le moteur des courants marins superficiels, cesse de souffler, c’est-à-dire que toute la circulation aérienne comme océanique soit bloquée, ce qui est naturellement invraisemblable ! On dit aussi que ” la mer monte”…mais aucune courbe ne le prouve, sauf pour quelques hypothétiques centimètres (12 cm en 140 ans), et aucune terre n’a encore disparu. Les prédictions, souvent de caractère “hollywoodien”, sont issues de modèles climatiques dont l’efficacité est fortement discutée. En premier lieu, et c’est le comble pour des modèles numériques, par les mathématiciens eux-mêmes qui jugent que “les modèles employés sont à ce point sommaires, grossiers, empiriques, fallacieux que les conclusions qui en sont tirées sont dépourvues de toute valeur prédictive” (B. Beauzamy 2006).

NRH : Quel est l’avenir de la climatologie dans l’actuel politiquement correct climatique ?

ML : Au lieu de tirer des plans très hypothétiques sur la comète 2100, la climatologie, dans une impasse conceptuelle depuis une cinquantaine d’années, devrait plutôt chercher à contribuer efficacement à déterminer les mesures idoines de prévention et d’adaptation au climat du futur proche. Car le changement climatique -c’est le propre du climat d’évoluer constamment- est bien réel, mais antinomique du scénario ” chaud ” qui nous est actuellement imposé, comme le prouve la hausse continue de la pression atmosphérique au-dessus de nombreuses régions dont la France. Ce changement du climat n’est pas celui qui est prédit par le GIEC. Mais les théoriciens et les modélisateurs se soucient peu de l’observation des phénomènes réels. Ce sont les raisons et les mécanismes de ce changement permanent qu’il convient à la climatologie de définir sérieusement. Dans le même temps, les autres disciplines, desservies par le mélange des genres et qui n’ont pas besoin de l’illusoire épouvantail climatique, pourront elles-mêmes se consacrer efficacement à la lutte contre la pollution ou s’investir dans le développement durable.

Un climato-sceptique

 

Une ITW qui mérite d'être lue. Elle date de 2004. Un climatosceptique qu'il serait intéressant de lire aujourd'hui avec les données actuelles.

Pour se faire une idée des arguments de cette catégorie de personnes.

C'est toujours indispensable de lire les avis contraires. 

 

MARCEL LEROUX :

LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE EST UN MYTHE !

 

http://www.la-philosophie.fr/rechauffement-climatique

AGRICULTURE & ENVIRONNEMENT
N° 18 – OCTOBRE 2004

Aujourd’hui, il n’est presque plus possible de participer à un colloque consacré à l’agriculture sans que soient évoqués le réchauffement climatique et l’effet de serre. Préoccupation majeure de l’agriculteur, la question du climat suscite un intérêt évident car ses aléas ont des répercussions immédiates sur les résultats des exploitations. Marcel Leroux, professeur en climatologie à l’université Jean Moulin de Lyon III et directeur depuis 1986 du Laboratoire de Climatologie, Risques, Environnement (CNRS), est l’auteur du premier livre de climatologie en français traduit en anglais, La Dynamique du temps et du climat (éditions Dunod, 1996). Après la parution de The Meteorology and Climate of tropical Africa, aux Editions Springer en 2001, il achève son troisième ouvrage, Global Warning, myth or reality, qui sera disponible en décembre. Pour ce climatologue iconoclaste, qui conteste la validité des modèles informatiques actuels, les variations climatiques s’expliquent tout naturellement, lorsque l’on prend en compte ce qu’il appelle les anticyclones mobiles polaires (AMP), vastes lentilles d’air glacial de 1500 mètres d’épaisseur et de 2.000 à 3.000 km de diamètre, générées quotidiennement par les pôles et se déplaçant vers l’équateur.

Tout le monde s’accorde à dire que la planète se réchauffe.
Qu’en pensez-vous ?

En me parlant de réchauffement, vous voulez sûrement me faire peur, moi qui ai vécu 40 ans en Afrique ! Personnellement, je souhaite que la terre se réchauffe. C’est d’ailleurs la position de la Russie, qui considère qu’un réchauffement serait bénéfique. En effet, cela nous ferait faire d’immenses économies de chauffage, et donc de matières premières comme le pétrole. En outre, nous gagnerions de larges étendues de terres cultivables en direction des régions subpolaires, comme cela fut le cas dans les années 1930 à 60. A l’époque, les exploitations agricoles du nord du Canada et de la Scandinavie s’étaient en effet déplacées vers le nord. Dans les années 1970, lorsqu’il était plutôt à la mode de parler du retour du petit « âge de glace », elles ont rétrogradé vers le sud. La même chose s’est d’ailleurs produite en Afrique subsaharienne, où les éleveurs se sont d’abord déplacés vers le nord, puis sont redescendus vers le sud, lorsque la sécheresse a commencé dans les années 1970. Car lors de toute période chaude, à l’échelle paléoclimatique comme à l’échelle récente, les pluies tropicales sont plus abondantes. Ce qui veut dire que paradoxalement, si le réchauffement était effectif, la sécheresse cesserait dans le Sahel ! Mais malheureusement, ce n’est pas le cas. Pourquoi parle-t-on alors de réchauffement climatique ?

Pourquoi parle-t-on alors de réchauffement climatique ?

Parce ce que tout le monde accorde foi à la courbe de température globale publiée tous lesans par l’OMM (Organisation MétéorologiqueMondiale) et le GIEC (Groupe intergouvernemental sur le changement climatique). Or, cette courbe n’est autre qu’une moyenne des températures mesurées dans 7.000 stations de la planète, traitées à l’Université d’East Anglia, à Londres, sous la direction de Philipp Jones. L’augmentation serait de 0,6° de 1860 à nosjours, soit la différence de température qu’on observe à l’échelle moyenne annuelle entre Nice et Marseille. Quel extraordinaire bouleversement ! Une telle valeur, donnée avec une fourchette de précision de plus ou moins 0,2° sur un siècle et demi, est ridicule, car elle est de l’ordre de la précision de la mesure. Cette courbe n’est d’ailleurs pas validée par les mesures récentes effectuées par les capteurs de satellites qui, depuis 1978, ne montrent au contraire aucune évolution notoire, pas plus que les mesures issues de millions de radio-sondages. En outre, comment parler de moyenne à l’échelle globale en mélangeant des températures marines, continentales, urbaines et surtout des températures de régions qui se refroidissent alors que d’autres se réchauffent ? Par exemple, l’Arctique occidental (au nord du Canada) se refroidit, alors que l’Arctique au nord de la mer de Norvège se réchauffe. Que fait-donc alors vraiment l’Arctique ? On ne peut pas du tout dire avec certitude que la terre se réchauffe.

Les modèles ne prévoient-ils pas pourtant une augmentation de la température de 2 à 6°C d’ici l’an 2100 ?

On n’a pas besoin de modèle pour faire une telle prédiction. Le chimiste suédois Svante Arrhénius (1859-1927) avait déjà « prédit » exactement la même chose en 1903 ! Il avait appliqué une règle de trois entre le taux de CO2 de son époque, celui du futur et la température correspondante. C’est exactement ce que font les modèles informatiques en insistant sur l’effet de serre. Un modèle n’est qu’un super calculateur qui dépend entièrement des données qu’on lui fournit et de la démarche qu’on lui impose pour traiter ces données. Il ne faut pas prêter aux modèles des vertus « magiques », d’autant plus qu’ils ne donnent qu’une vision très incomplète et déformée de la réalité météorologique. En particulier, ils ne tiennent pas compte de la circulation générale de l’atmosphère, de son organisation et de son mouvement. Pour ces modèles, les discontinuités, pourtant présentes partout dans la nature, ne sont tout simplement pas prises en considération. Les modèles utilisés pour la prédiction climatique sont fondés sur les mêmes principes que ceux utilisés pour la prévision météorologique. Or, ces derniers se trompent constamment : ils n’ont pas été capables de prévoir les tempêtes de 1999, les inondations de Nîmes ou Vaison la Romaine, la canicule de 2003 et l’été pourri de 2004. Comment pourraient-ils être fiables à l’horizon de 2100 ? D’ailleurs, comme le rappelle l’océanographe Robert Stevenson, ces modèles prévoyaient une augmentation de la température de 1,5° pour l’an 2000 ; or, c’est six fois plus que ce que l’on a observé.

Pourtant, il y a unanimité chez les climatologues pour dire que le réchauffement est une réalité …

Non, on insiste sur un prétendu consensus chez les climatologues, alors que celui-ci n’existe pas. Ensuite, il y a plusieurs sortes de« climatologues ». Prenons le GIEC, présenté comme l’autorité en la matière. En réalité, il s’agit d’un groupement intergouvernemental, c’est-à-dire que la nomination de ses membres est politique, et ne répond pas à des critères scientifiques. D’ailleurs, la grande majorité de ses membres ne sont pas climatologues, à l’instar de Michel Petit, ingénieur en télécommunications, ou bien Jean Jouzel, qui est un excellent chimiste glaciologue, mais dont les connaissances scientifiques sur le climat sont limitées. Depuis l’avènement de l’informatique, nombre de ceux qui s’autoproclament « climatologues » sont en réalité des informaticiens-modélisateurs, qui accordent de très loin la préférence à la statistique et aux téléconnexions, sans se préoccuper des liens physiques réels. Il existe toutefois des climatologues météorologues, comme le spécialiste suédois de l’élévation du niveau de la mer Nils-Axel Mörner, ou encore le météorologiste canadien Madhav Khandekar, qui en revanche se préoccupent en priorité de l’observation des phénomènes réels et des principes physiques qui les relient. C’est aussi, naturellement, le souci premier de notre laboratoire. Ces derniers sont loin d’être convaincus par les résultats des modèles. Même parmi les modélisateurs, certains, comme l’Américain Richard Lindzen, restent très sceptiques concernant l’hypothèse du réchauffement climatique. Le problème du GIEC, comme d’ailleurs de Météo France, c’est que depuis les années 1980, ces organismes sont dominés par les modélisateurs, vedettes des médias. Les climatologues réellement soucieux de l’analyse du temps se sont d’ailleurs regroupés en association, dont l’une particulièrement active est intitulée « climat sceptics ».

Le rôle nocif sur le climat des gaz à effet de serre est quand même une donnée objective ?

Il n’y a rien de moins objectif qu’une telle affirmation ! Mettre l’accent sur les gaz à effet de serre donne une vision très simpliste du climat, alors que d’autres facteurs sont beaucoup plus importants ; en particulier, ceux qui déterminent la dynamique de l’atmosphère, les transferts méridiens d’air et d’énergie, et pour faire simple, les transferts d’air froid et d’air chaud. Chacun est capable d’observer que la température est fonction de ces brusques changements, et qu’elle n’évolue pas de façon linéaire. L’important, c’est d’abord de savoir pourquoi et comment des masses d’air froid se forment et se déplacent ; pourquoi elles remplacent ou sont remplacées par de l’air chaud – autrement dit de préciser le mécanisme de la machine atmosphérique. Le temps dépend au jour le jour de ces changements de masses d’air ; en revanche, sur le long terme, la variation dépend de l’activité solaire (tâche, magnétisme, éruption et vent solaires), des projections volcaniques, de la turbidité de l’air, des paramètres astronomiques, etc… Comment voulez-vous que leur responsabilité dans le climat puisse être mise en évidence dans des modèles qui ne prennent tout simplement pas en compte l’ensemble de ces paramètres ? L’effet de serre est donc totalement marginal, sinon même insignifiant, d’autant plus que le principal effet de serre n’est pas réalisé par le CO2 ou le CH4, mais par la vapeur d’eau. Or, même la part réelle de la vapeur d’eau dans l’effet de serre n’est pas considérée à sa juste valeur dans les modèles.

Qu’observe-t-on alors à l’échelle globale ?

On n’observe rien, car il n’y a pas de « climat global ». En revanche, on connaît parfaitement l’évolution des climats régionaux qui suivent des évolutions fort dissemblables. D’ailleurs, il est très révélateur de constater que, de l’aveu même du GIEC, leurs modèles sont incapables de restituer ces variations régionales ! Dans son deuxième rapport de 1996, le GIEC écrit : « Les valeurs régionales des températures pourraient être sensiblement différentes de la moyenne globale, mais il n’est pas encore possible de déterminer avec précision ces fluctuations. » Cela signifie que les modèles du GIEC seraient capables de donner une valeur moyenne sans connaître les valeurs régionales qui permettent d’établir précisément cette moyenne ! Ce n’est pas très sérieux !

Dans l’Atlantique Nord, on observe un refroidissement de la façade ouest (Canada, Etats-Unis à l’est des Rocheuses), alors que l’Europe occidentale se réchauffe, notamment la Scandinavie. L’Europe centrale, elle, se refroidit, comme la Méditerranée orientale, ou comme la Chine. Ces différences de comportement résultent de la dynamique aérologique. Cela dépend en effet des trajectoires des anti-cyclones mobiles polaires (AMP). Ceux-ci sont de vastes lentilles d’air glacial de 1500 km de rayon, générées quotidiennement par les pôles. Ces lentilles glissent au ras du sol, sous les couches d’air chaud plus légères, contournant les reliefs pour se diriger vers l’équateur. Sur leurs faces avant, elles provoquent le retour vers leur pôle respectif de l’air réchauffé sous les tropiques. Les AMP représentent l’exemple même de discontinuité que les modèles informatiques refusent d’incorporer. En outre, ils pointent du doigt le comportement particulier et l’importance des régions polaires qui, contrairement aux prédictions des modèles, ne se réchauffent pas, mais au contraire se refroidissent.

Vous voulez dire qu’il n’y a pas de fonte des calottes glaciaires ?

C’est un fait inconstestable ! Cependant, évitons de généraliser : dans le détail, la glace de mer fond au nord de la mer de Norvège ou dans la région des Aléoutiennes dans le Pacifique nord, où arrivent de l’eau marine et de l’air chauds. En revanche, la banquise ne varie pas au Nord du Canada. Comme l’écrit correctement M. Postel-Vinay, rédacteur de la revue La Recherche, «le gros de la calotte antarctique n’a pas fondu depuis sa formation, voici 60 millions d’années.» L’observation satellitale montre même qu’au cours de la période 1979-1999, qui est celle de la plus forte hausse supposée de la température, la surface de la banquise a globalement augmenté autour du continent antarctique. Au Groenland, certaines régions fondent, notamment sur les pourtours, mais la masse de glace augmente au centre de l’île, comme la masse de la plupart des glaciers scandinaves. Le refroidissement des pôles a atteint 4 à 5°C pendant la période 1940-90 – c’est-à-dire plus de la moitié, mais en négatif, de la valeur prévue pour 2100 ! C’est le démenti le plus flagrant apporté aux prévisions des modèles. Il est d’ailleurs surprenant que ceux-ci aient pu concevoir un tel réchauffement alors qu’il n’y a aucune raison physique qui puisse le justifier ! Est-ce seulement pour faire peur aux gens avec une prétendue montée des eaux qui en résulterait ?

En revanche, ce qui est sûr, c’est que comme les pôles se refroidissent, la puissance et la fréquence des AMP augmentent, les contrastes de températures s’élèvent, les confrontations entre l’air froid et l’air chaud sont plus vigoureuses et le temps devient de plus en plus violent et de plus en plus contrasté dans nos latitudes. Il devient aussi toujours plus irrégulier, avec des périodes étendues de froid puis de chaud, des pluies abondantes et des sécheresses. Des records de chaleur comme de fraîcheur sont d’ailleurs constamment dépassés. Par exemple, le Canada a subi la pire tempête de verglas de son histoire en 1998, et la Mongolie a connu deux hivers successifs tellement rigoureux que l’Etat a dû faire appel à l’aide internationale. Il serait donc plus judicieux de tenir compte de cette évolution réelle, plutôt que d’un hypothétique scénario à l’horizon 2100, pour assurer, par exemple, une meilleure gestion de l’eau, notamment dans le domaine agricole. La France n’est pas plus épargnée qu’une autre région du monde. Nous avons déjà eu des chutes de neige sur la forêt méditerranéenne, en 2002. La canicule de l’été 2003 est encore un autre exemple, bien qu’elle ait été présentée comme la preuve du réchauffement climatique par M. Besson, Président de Météo France. Cette erreur de jugement est à la base de la mise en place du plan anti canicule pourl’été 2004, canicule qui n’a bien sûr pas eu lieu. J’avais pourtant adressé, en août 2003, une note rectificative aux principaux médias écrits et audiovisuels pour expliquer les causes de la canicule. Il s’agissait tout simplement d’une hausse de pression, elle-même conséquence d’une augmentation de fréquence des AMP, visibles sur les images satellitales, mais dont les modélisateurs ne veulent pas entendre parler !

Un article paru dans le quotidien Le Monde du 18 septembre explique que la violence du cyclone Ivan constitue précisément une preuve du réchauffement climatique.

C’est très ironique car Ivan a connu des prédécesseurs plus redoutables que lui, comme Hugo, ou Andrews. En outre, le GIEC, dans les années 1990, prétendait que les modèles sont incapables de prévoir l’évolution de la cyclogenèse, qui ne montre aucune tendance à la hausse sur l’Atlantique Nord depuis un siècle. Les modèles annonçaient alors que le réchauffement allait nous apporter une plus grande clémence climatique : « Les tempêtes aux latitudes moyennes (…) résultent de l’écart de température entre le pôle et l’équateur (…). Comme cet écart s’affaiblira avec le réchauffement (…), les tempêtes aux latitudes moyennes seront plus faibles », écrivait le GIEC en 1990. Mais aujourd’hui, puisque le temps n’est pas conforme aux prévisions, le même GIEC oublie ses propres dires et récupère la violence – plus médiatique – du temps, en annonçant qu’il est précisément dû au réchauffement.

Comment expliquez-vous une telle désinformation sur ce sujet ?

Prédire le temps a toujours été une passion. Or, prédire que rien d’alarmant ne va se produire n’est pas très intéressant. Au début du XXe siècle, les prédictions alarmistes étaient déjà très à la mode. Cependant, elles n’ont jamais réussi à s’imposer, car tous les faits les contredisaient. C’est seulement à partir des années 1985 que sont réapparus, lorsque la climatologie a été monopolisée par les informaticiens, les scénarios les plus catastrophistes. Oubliant tout simplement la météorologie, les modélistes ont appliqué des calculs en vérité extrêmement simplistes dans des modèles super sophistiqués pour imposer leurs concepts. Mais les hypothèses sur le réchauffement climatique n’ont jamais été vérifiées par l’observation, pas plus au début du XXe siècle qu’au début du XXIe. La fameuse courbe du GIEC n’est qu’un artefact, constamment démenti par les mesures et les observations satellitaires. En réalité, le problème dit du climat est en permanence confondu avec celui de la pollution, deux domaines pourtant bien séparés, qui ne seront bien traités l’un et l’autre que lorsqu’ils seront dissociés. Il sert également de prétexte pour imposer une restriction à l’activité humaine, considérée à tort comme à l’origine du réchauffement climatique. La connexion d’intérêt qui s’est établie entre certains laboratoires, plusieurs institutions internationales et certains hommes politiques, a imposé la notion de réchauffement global. Suivre aveuglément les « recommandations pour décideurs » du GIEC fait passer à côté des phénomènes réels, dépenser vainement des sommes colossales pour des réunions par définition inutiles, et n’autorise pas des mesures de prévention efficaces contre les véritables aléas climatiques que nous allons connaître. A quoi sert de préparer l’économie d’un pays à un réchauffement, alors que tous ses thermomètres signalent un refroidissement ? Finalement, le réchauffement climatique revêt de plus en plus un caractère de manipulation, qui ressemble vraiment à une imposture « scientifique », et dont les premières victimes sont les climatologues qui ne perçoivent de financements que lorsque leurs travaux vont dans le sens du GIEC.

De l'obscurité à la lumière

 

« Croyant avec la plus grande ferveur en son moi, l’individu ne réagit pas à ce qui détruit la vie, à commencer par la sienne propre ! Dans la cassure des liens, il ne voit que sa propre affirmation alors que sa nature même s’y dilue… Indépendamment donc de sa valeur, la structuration objective de ce mythe piège l’humanité, produisant une grande impuissance. Or, l’obscurité de notre époque est précisément le produit de cette impuissance. L’obscurité ou la luminosité d’une époque dépendent en effet de l’existence de possibilités concrètes de dépassement des problèmes qui menacent la vie, sous toutes ses formes. »

Miguel Benasayag, Angélique Del Rey, "De l’engagement dans une époque obscure."

 

L'obscurité de notre époque.

"Mais quelle obscurité ?" dirait un grand nombre. Tellement d'individus vivent dans une totale indifférence aux noirceurs qui nous entourent. Revoilà le printemps, le soleil, le temps des barbecues. Cette obscurité, quand elle existe dans la tête des gens, n'est bien souvent que l'assemblage constitué par les difficultés de la vie quotidienne : un salaire insuffisant, une charge de travail épuisante, un chef irrascible, des collègues malveillants, l'incertitude de l'emploi, des enfants qui décrochent à l'école, le manque d'amour, un mari violent... Loin de moi l'idée de dire que tout cela ne compte pas. J'en suis même infiniment désolé pour tout ceux qui vivent ce genre de déboires et parfois de drames.

Tout le problème est là. Nos esprits ne sont pas disponibles parce que nos existences sont trop souvent saturées de difficultés et d'obscurité.
Alors comment pourrait-on prendre conscience de zones d'ombres bien plus graves encore ?

Je sais combien aujourd'hui je suis un privilégié : je suis à la retraite et même si ma pension ne vole pas bien haut, elle me permet de vivre sans souffrir de manques, nos trois enfants sont adultes et font leur chemin sereinement, nos projets de couple sont similaires et nous unissent.

Je suis disponible pour lire, réfléchir, m'informer, agir à ma mesure, me réjouir de ce que j'améliore en moi. 

« Il est aussi dans l’intérêt d’un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu’il soit si occupé à ses tâches quotidiennes qu’il n’aie pas de temps pour la rébellion. »

Aristote.

Qu'il n'ait même pas le temps de la réflexion suffit amplement.

Lorsque j'étais instituteur, je proposais une expérience à mes élèves : ils prenaient un carnet et ils notaient le temps passé devant la télévision quotidiennement, en notant le titre des émissions regardées. Ensuite, ils laissaient passer une semaine et ils reprenaient ce carnet. Ils lisaient le titre des émissions et ils essayaient d'en extraire un enseignement, quelque chose qu'ils auraient appris et qui vaudrait la peine de ne pas être oublié. Vous imaginez aisément la conclusion de ceux et celles qui menaient l'expérience objectivement. Un désastre. 

En complément de cette expérience, je leur montrais en classe divers documentaires, animaliers, scientifiques, historiques, technologiques ou sur le corps humain. Et toujours quelques jours plus tard, je leur demandais d'écrire en quelques phrases ce qu'ils en avaient retenu. La plupart du temps, il s'agissait bien souvent de données secondaires, associées à des images captivantes mais pas nécessairement destinées à l'acquisition d'une connaissance. 

L'objectif était de leur montrer la puissance "détournante" de l'image même dans un documentaire à visées enseignantes. L'esprit est très vite détourné, le visuel l'emporte sur l'écoute, l'émotionnel entrave la raison. 

Dans les "débats-philo" qui suivaient ces expériences, j'essayais de les amener à prendre conscience de la difficulté de la connaissance, du cheminement exigeant qu'elle réclame, de la concentration qu'elle implique et de tous les "biais de distanciation" qu'ils peuvent rencontrer et dans lesquels ils peuvent s'égarer s'ils n'en ont pas conscience. 

Puis, j'organisais des expériences similaires en usant uniquement de l'écrit. De nouveau des documents scientifiques, technologiques, historiques, agrémentés de quelques photographies. Et quelques jours plus tard, je lançais un questionnaire, une discussion. Bien évidemment, les résultats étaient bien plus positifs que dans le cadre d'un support audio-visuel. 

Tout cela pour dire qu'aujourd'hui, à l'heure des écrans, des centaines de chaînes de télévision, des millions de vidéos, à l'heure des gens connectés sur les réseaux sociaux, la réflexion approfondie n'est pas mise sur un piédestal.

Nous sommes dans une société de consommation et les médias les plus puissants sont des distributeurs de malbouffe. L'individu a besoin de ses expédients. ( Ressource momentanée pour se tirer d'embarras sans résoudre la difficulté essentielle :)

J'ai lu que pendant les confinements des individus s'étaient mis à lire, que  les distractions habituelles étant suspendues, certains et certaines s'étaient tournés vers la lecture. Dans toutes les crises, il y a toujours des aspects positifs. 

Je recopie l'extrait de l'interview de Patrick Le Lay dans lequel il avait utilisé cette expression devenue célèbre : "le temps de cerveau disponible"

Cette formule de Patrick Le Lay (1942 – 2020), dirigeant du groupe TF1 de 1988 à 2008, vient d’une interview présentée dans le livre Les Dirigeants face au changement (2004, rapporté dans AFP 9 juillet 2004, Le Lay:

"Le métier de TF1 « c’est d’aider Coca-Cola à vendre son produit » ), dans lequel il explique la réalité de son métier : Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu,il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible. Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. La télévision, c’est une activité sans mémoire. Si l’on compare cette industrie à celle de l’automobile, par exemple, pour un constructeur d’autos, le processus de création est bien plus lent ; et si son véhicule est un succès, il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n’en aurons même pas le temps ! Tout se joue chaque jour, sur les chiffres d’audience. Nous sommes le seul produit au monde où l’on « connaît » ses clients à la seconde, après un délai de 24 heures.  

En savoir plus sur 
https://www.laculturegenerale.com/patrick-le-lay-le-temps-de-cerveau-humain-disponible/ | La culture générale

 

Voilà ce que nous sommes si nous n'y prenons garde : des têtes à vider pour mieux les remplir.

Les remplir de tout ce qui nous empêche de comprendre les raisons de l'obscurité et par conséquent de chercher la lumière.