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  • Dominique Bourg : la sobriété

     

     

    Dominique Bourg : "La sobriété, ce n'est pas vivre plus mal, c'est apprendre à vivre mieux"

     

    Vendredi 12 août 2022

    ÉCOUTER (24 MIN)

    Image d'illustration ©AFP - CAMILLO BALOSSINI / ROBERT HARDING

    8h20 - Podcast

    Provenant du podcastL'invité de 8h20 : le grand entretien

    CONTACTER L'ÉMISSION

    Résumé

    Dominique Bourg, philosophe franco-suisse, professeur honoraire à l'Université de Lausanne et spécialiste des questions environnementales et Olivier Sidler, membre fondateur et porte-parole de l'association négaWatt, qui prône la sobriété énergétique, sont les invités de France Inter.

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    "On se comporte comme si la Terre n'existait pas. Comme s'il n'y avait pas d'équilibres sur cette planète, et comme si on pouvait, par nos techniques, tout transgresser", commence le philosophe Dominique Bourg, spécialiste de l'écologie. Il donne une définition de la sobriété : "Ce n'est pas de vivre plus mal, c'est d'apprendre à vivre mieux, avec une empreinte écologique beaucoup plus petite". Or, dit-il, "quand vous parlez de sobriété, si chacun doit faire moins, ça rend les écarts de richesse beaucoup plus insupportables. Qu'un Jeff Bezos fasse du tourisme planétaire et émette en carbone ce que des centaines de personnes ne feront même pas dans leur vie, ça n'est plus tolérable", analyse-t-il.

    "L'idée clé de la sobriété, c'est l'autolimitation"

    Il revient sur l'origine philosophique de ce concept. Selon Dominique Bourg, l'idée clé de la sobriété, "c'est l'autolimitation et la civilisation qui a le plus excellé dans ce domaine, c'est la Grèce. La Grèce s'est construite sur le rejet de la démesure, de l'hubris", détaille-t-il. Puis il poursuit : "la sobriété, ce n'est pas pour se faire suer. C'est pour trouver une forme d'équilibre, car il n'y a pas de bonheur sans une forme d'équilibre. Dans nos sociétés, où on nous incite à acheter sans cesse, c'est très anxiogène. On crée un manque artificiel". Selon lui, passer à la sobriété, c'est donc changer de "civilisation".

    Pour Olivier Sidler, membre fondateur et porte-parole de l'association négaWatt : "La sobriété, c'est tout ce qu'on peut faire à titre individuel et collectif pour changer nos comportements et nos choix afin de réduire la quantité d'énergie nécessaire pour satisfaire nos besoins de base. Si chacun s'astreint à cela, c'est un grand progrès", avance-t-il.

    "On peut tous prétendre qu'on est libre, sauf qu'on fait mourir l'espace qui nous fait vivre"

    Que répondre à ceux qui prônent plutôt la liberté, et notamment celle de consommer ? "La Terre a ses limites", déclare Olivier Sidler*. "On peut tous prétendre qu'on est libre et qu'on a le droit de faire ce qu'on veut. Sauf qu'on est en train de faire mourir l'espace qui nous fait vivre, qui nous nourrit. Donc c'est suicidaire de faire ça*."

    Et donc, cette fameuse liberté individuelle que chacun s'octroie est au final la disparition de la liberté de tous puisque chacun condamne les autres à souffrir et même à mourir. On pourrait donc dire "que j'ai le droit d'être libre de faire ce que je veux, légalement parlant, même si cela impacte la vie de tous. C'est face à ce paradoxe mortifère qu'il est urgent et impératif de légiférer. Mais qui aura le courage de le faire ? 

    Dominique Bourg revient sur ce concept de liberté : "La liberté a pour limite ce qui ne nuit pas à autrui, or c'est ce qu'on fait. La manière dont nous, Occidentaux, avons répandu une illusion de l'accomplissement de soi par la consommation, ça a pour conséquence de détruire la vie sur Terre. Donc ce n'est pas de la liberté", estime-t-il.

    Les "énormes intérêts pour le particulier" de la sobriété

    Olivier Sidler, fondateur de négaWatt, liste les "énormes intérêts pour le particulier" de la sobriété : "l'intérêt économique, se sentir mieux dans la maitrise de sa vie, l'amélioration de sa santé, une plus grande résilience, la préservation du bien être animal et de la biodiversité…Ca fait beaucoup de choses qui sont positives lorsqu'on s'engage dans ce concept de sobriété."

     

     

  • Ecologie radicale

    L'écologie radicale n'existera jamais à grande échelle. Il n'est qu'à voir les critiques acerbes et parfois haineuses envers les "écolo-bobo-gaucho". La majeure partie de la population s'opposera toujours à la restriction de leurs "libertés", c'est à dire la possibilité de continuer à détruire la vie de la planète. 

     

    « Si nous ne prenons pas soin du sol et des milieux vivants, l’espèce humaine se tire une balle dans le pied »

     

    Je ne suis pas optimiste mais j’aime à croire qu’en agissant collectivement, il y a toujours des espèces à sauver, des terres agricoles à sauvegarder, des dixièmes de degrés de réchauffement à gagner et donc des êtres humains et non-humains à protéger.

    20 septembre 2021 - Matthieu Delaunay

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    Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

    - Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
    - Format : 290 pages
    - Impression : France

     

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    Avec La Révolution du potager, la militante anarcha-féministe Béné propose une nouvelle façon de cultiver la radicalité écologique par de nouveaux modes d’action. Plutôt que l’écologie de la carte bleue, elle prône l’urgence de rompre avec la dichotomie entre nature et culture, et encourage à remettre les mains dans la terre. Entretien autour de l’engagement et de des joies et des défis du grand dehors.

    LR&LP : Sur quoi et pourquoi tentez-vous d’agir en ce moment (sachant que le moment peut avoir duré et durer encore longtemps) ?

    Béné : Je fais partie du collectif Stop Carnet qui lutte contre un projet de zone industrielle de 110 ha en bord de Loire et plus globalement je lutte contre toutes formes de violences systémiques (écologiques, racistes, sexistes, spécistes, validistes…) et pour un monde digne et soutenable pour tous et toutes !

    Lire aussi : La ZAD du Carnet a été expulsée ce matin pour un « projet au point mort »

    LR&LP : Qu’est-ce qui vous a amené aux joies (et aux difficultés) du jardin ?

    Mes parents ont toujours beaucoup jardiné et ont eu un potager très tôt, et mes grands-parents étaient paysan.ne.s. Cultiver un potager est donc un héritage familial en plus d’un plaisir et une nécessité écologique pour moi !

    Se ressourcer au potager avec Melle Béné

    LR&LP : Quelle est la genèse de ce livre ? Était-ce d’abord pour vous un moyen de rejoindre et convaincre de nouvelles personnes ou surtout de poser sur le papier la somme de connaissances que vous avez assimilée depuis plusieurs années ?

    J’ai été contactée par la maison d’édition La Plagepour écrire un livre sur le potager au fil des saisons, accompagné de recettes végétariennes aux légumes de saison. Honorée par ce projet, j’ai fait de mon mieux pour donner au potager et à l’alimentation végétale un angle politique.

    L’idée était surtout de transmettre ma passion pour l’écologie, le monde animal et végétal et donner des clés de compréhension sur l’écologie systémique et politique.

    Globalement, je souhaitais faire évoluer l’imaginaire des lecteurs et lectrices sur la radicalité écologique et sur l’écologie individuelle et collective, en leur montrant qu’il y avait de nombreux modes d’actions pour s’emparer de l’écologie, à différentes échelles et en fonction de ses moyens.

    LR&LP : Si on retrouve des conseils, des recettes, des façons de faire et de bonnes pratiques pour apprendre à cultiver et entretenir son jardin, ce livre témoigne aussi de vos engagements de militante. Peut-on vous décrire comme une ecoféministe? Quels sont les combats que vous menez et pour quelle raison ?

    J’ai toujours eu du mal à me revendiquer éco-feministe. Ce terme est galvaudé particulièrement depuis quelques mois et récupéré politiquement à toutes les sauces. Cela dit, je me revendique de l’éco-féminisme radical, celui des Bombes Atomiques de Bure ou du camp de femmes de Greenham Common.

    Je me sens hermétique à l’éco-féminisme spirituel, que je respecte évidemment par ailleurs. Comme la notion est encore floue et récupérée par des partis politiques ou des méthodes avec lesquelles j’ai peu d’affinités, je préfère me voir comme anarcha-féministe ou éco-anarchiste (rires).

    Mes sensibilités prioritaires sont l’écologie et le féminisme. Les deux sont fortement liées puisque les femmes font partie des premières victimes du dérèglement climatique et qu’on exploite les femmes comme on exploite “la nature”. Plus globalement, je me bats contre tous les rapports de domination en essayant de prendre part à la construction d’alternatives politiques.

    La révolution du potager, Manuel d’écologie individuelle et collective, de Béné

    LR&LP : Plutôt que de pratiquer l’écologie de la carte bleue, vous nous proposez de faire la révolution par le potager. Qu’entendez-vous par là et pourquoi continuez-vous d’y croire ?

    À travers le potager, je propose en effet que chacune et chacun se saisisse des enjeux liés au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité. Je suis convaincue que comprendre comment fonctionne la culture de fruits et légumes, de quoi notre sol a besoin pour nous nourrir, donner des clés de compréhension des aberrations écologiques de notre monde à travers des focus sur les engrais de synthèse, l’artificialisation des sols, l’élevage intensif, etc., peut donner envie aux personnes de militer concrètement et radicalement pour l’écologie.

    Je ne suis pas optimiste mais j’aime à croire qu’en agissant collectivement, il y a toujours des espèces à sauver, des terres agricoles à sauvegarder, des dixièmes de degrés de réchauffement à gagner et donc des êtres humains et non-humains à protéger.

    Le sourire de Bene au potager

    LR&LP : Qu’est-ce que le potager vous a appris ? Que retirez-vous, en plus d’une excellente nourriture, de cette vie de « grand dehors »?

    Que la dichotomie “nature” et “culture” est complètement erronée. Que nous faisons partie de la nature, que si nous ne prenons pas soin du sol et de nos milieux vivants, l’espèce humaine se tire une balle dans le pied. Elle ne pourra plus se nourrir dignement, n’aura plus d’air respirable, plus d’eau potable. C’est d’ailleurs déjà le cas pour des millions de personnes déjà confrontées aux conséquences du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité.

    LR&LP : Alors que vous avez les deux mains et les pieds dans la terre, vous menez aussi un travail de fond sur les réseaux sociaux.  Pourquoi être sur ces deux terrains ? Comment arrivez-vous à jongler entre ces deux « écosystèmes » et à garder le moral, alors que nous venons de traverser un été particulièrement concentré en drames climatiques de toutes sortes et que les réseaux sociaux exacerbent ?

    Je ne garde pas du tout le moral. Je suis très fragilisée par les évènements de cet été, en plus du reste comme la montée du fascisme… Essayer d’informer sur les réseaux pour donner envie de lutter est selon moi nécessaire, pour ne pas laisser la place aux discours haineux ou fascisants anti-écologistes.

    Je pense que l’information sur l’écologie loin des discours catastrophistes, qui peuvent résigner plutôt que d’inciter à agir, est vitale.

    Extrait du compte Instagram de Melle Bene

    LR&LP : La période que nous traversons est très anxiogène et étouffante. À bien y regarder, rien ne peut laisser supposer que l’avenir sera plus encourageant. Avant de pouvoir toutes et tous retrouver la terre et faire pousser nos légumes (si nous le pouvons et le souhaitons), que vous semble-t-il urgent de mettre en place, au niveau individuel mais aussi collectif, pour sortir de l’ornière que la COVID a creusée plus profondément ?

    Lutter contre les causes et les conséquences du dérèglement climatique, de l’effondrement de la biodiversité et contre les rapports de domination à échelle individuelle et collective est urgent et nécessaire.

    Cela passe par la végétalisation de son alimentation et la lutte contre le modèle agro-industriel. Mais aussi par revoir sa mobilité et réduire drastiquement ses trajets en avion tout en luttant contre le tourisme de masse et les projets d’aéroports.

    En bref, remettre en question son mode de vie et sa façon de consommer (si on a le privilège de pouvoir le faire) tout en luttant contre le capitalisme à échelle plus globale.

    Il y a une palette d’actions très vaste dont on peut se saisir, tout en privilégiant l’action collective (au sein de collectifs écologistes, féministes, anti-racistes, etc.) pour changer radicalement le système. Cela permet d’agir avec un rapport de force incomparable à l’écologie individuelle et de s’émanciper en même temps.

    Lorsqu’on se sent seul.e, que l’on ne sait plus quoi faire pour agir, le collectif est une soupape en plus d’être un moyen d’action dont on doit s’emparer au maximum pour faire la révolution !

    LR&LP : Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin et qui continue de vous faire marcher la journée ? Une Musique, un livre, une peinture, un paysage, une personne…

    Le chant des oiseaux le matin, les câlins de mes animaux, les bons petits plats, les fêtes entre ami.e.s, danser… Il y a plein de moments de joie dans la vie. C’est d’ailleurs parce que j’aime autant la vie que j’ai envie de la préserver !

    Lire aussi : Paroles de Zadistes : « La nature suffoque et c’est à notre génération de faire bouger les lois »

    Propos recueillis par Matthieu Delaunay. Journaliste, auteur, voyageur au long cours, Matthieu Delaunay contribue régulièrement à La Relève et La Peste à travers des entretiens passionnants, vous pourrez le retrouver ici.

    20 septembre 2021 - Matthieu Delaunay

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    "Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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  • Le fruit de notre liberté

    "Le fruit de notre liberté"

    Est-ce un fruit condamné à pourrir et à contaminer l'ensemble de l'arbre ? 

    Cette fameuse liberté nous donne-t-elle le droit de condamner ainsi la multiplicité merveilleuse de la vie ? 

    Est-ce donc dans ce cas-là une forme de condamnation de tous par personnes interposées ? C'est ça la question essentielle.

    J'ai écrit dernièrement à l'office de tourisme de la Creuse pour les laerter sur les risques qu'il génère eux-mêmes en appelant les touristes à venir goûer à la magie de ce département.

    La Creuse n'a aucun intérêt, c'est un désert culturel, il n'y a pas de zones commerciales, il n'y a pas de festivals, les villages sont silencieux et ne proposent que des petits commerces aux heures d'ouverture limitées, les routes sont sinieuses et en mauvais état, les locaux ne cherchent pas à entrer en contact avec les gens de passage. Ne venez pas. 

     

     

    Pollution, maltraitance animale et construction à outrance. Le tourisme de masse, une catastrophe environnementale

     

    Que faire ? Comme tous les problèmes environnementaux, c’est avant tout notre rapport au monde qu’il faut changer.

    30 juillet 2019 - Sarah Roubato

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    Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

    - Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
    - Format : 290 pages
    - Impression : France

     

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    En 2018, la croissance du tourisme mondial fut de 9 %, un chiffre record qui n’avait pas été prévu par les observateurs. Ce sont près de 1,4 milliards de personnes qui voyagent chaque année. C’est l’un des moteurs les plus puissants de l’économie mondiale. Représentant à elle seule 3,2 % du PIB intérieur mondial, cette industrie florissante ne va pas sans son lot de mauvaises nouvelles pour le vivant : pollution, constructions à outrance, maltraitance des animaux. Le tourisme de masse représente 8 % des émissions de gaz à effets de serre et ce chiffre ne va cesser d’augmenter dans les prochaines années.

    Une pollution hors norme

    L’engrenage du tourisme de masse est souvent le même : construction de résidences sur des sites paradisiaques, pollution des sols des océans et de l’air, affluence des véhicules, prolifération des fast foods et des produits low cost. Si les promoteurs avancent souvent l’argument du développement local et des emplois créés, cela se fait au détriment des artisans locaux adeptes de la qualité qui ne peuvent rivaliser avec les produits bon marché. 

    Des pays comme la Chine voyant une classe moyenne émerger, des millions de personnes réclament le droit de découvrir le monde et ses merveilles. Comment leur interdire ? Comment prendre conscience que notre soif d’aller admirer la beauté de la nature la détruit ? 

    Si de nombreux pays ont mis en place la taxe carbone en 2017, elle ne s’applique toujours pas au transport aérien. Or pour les pays les plus pollueurs comme les États-Unis ou la Chine, ce sont bien les vols intérieurs qui produisent le plus de gaz à effets de serre.

    Du côté de la faune, le tourisme animalier joue son rôle dans l’extinction des espèces. On se souvient de ce bébé dauphin échoué trop près des côtes argentines, mort de déshydratation à force d’être exhibé pour les selfies d’une foule de touristes. Le phénomène du selfie est étudié de près par des ONG de protection des animaux. Nouvelle source lucrative, elle encourage les éleveurs à séparer les bébés de leurs mères, ou à maltraiter de grands animaux comme les tigres ou les éléphants, pour les rendre dociles lors de la prise de photo. Les animaux ne survivent pas plus de quelques mois, obligeant les fournisseurs à acheter capturer ou braconner encore plus d’animaux sauvages.

    Quand on regarde derrière la carte postale, l’impact du tourisme est non négligeable : les quartiers touristiques des villes et les villages se ressemblent, avec leurs lots de boutiques de souvenirs pas toujours fabriqués localement, de restaurants sans clients locaux, car ce qui en faisait la spécificité – artisans, commerces de proximité, cafés du coin – n’ont pas tenu le coup. Les prix montent, les habitants vont vivre ailleurs, les villages se retrouvent désertés quand les touristes ne sont pas là.

    Que faire ? Comme tous les problèmes environnementaux, c’est avant tout notre rapport au monde qu’il faut changer.

    À la découverte, à la beauté, à l’aventure. Nombreux seraient surpris de ce qu’ils pourraient vivre non loin de chez eux, en termes d’expériences humaines, culturelles et naturelles. Nous devons peut-être réapprendre à nous enchanter près de chez nous. Le droit de circuler librement est un droit fondamental de l’individu moderne. C’est un gage de progrès et d’ouverture au monde.

    Pourtant, l’urgence de la situation nous mettra un jour face à la nécessité de réfréner certains de nos droits individuels, tout simplement pour que notre espèce et le vivant puissent survivre. À nous de décider si nous attendons le blocage des avions faute de carburant, l’imposition par les gouvernements, ou le fruit de notre liberté, celle de choisir de préserver la vie.

    30 juillet 2019 - Sarah Roubato

  • Ne pas s'inquiéter

     

    Je ne crois pas à une émergence de conscience collective, un acte volontaire de masse, un abandon de la société consumériste.

    Je ne crois pas que la masse abandonnera l'alimentation carnée et donc les agriculteurs continueront à produire du maïs et à faire de l'élevage et on connait, quand on cherche, les effets dévastateurs sur la nature.

    Je ne crois pas que la masse entière abandonnera les voyages touristiques en avion et les croisières, la voiture pour les vacances, les ruées sur les  magasins qui soldent.

    Je ne crois pas que la masse entière abandonnera les piscines et les climatiseurs, la consommation effrénée d'eau potable, le tourisme de masse, les périodes festives annuelles et toute la consommation qui les accompagne.

    Je ne crois pas que la masse entière mettra un jour au pouvoir un gouvernement essentiellement écologiste et je ne crois pas d'ailleurs qu'un gouvernement écologiste ait la moindre chance de gagner la lutte contre les forces financières. 

    Je ne crois qu'en une seule chose et je l'ai déjà écrit ici : une dictature survivaliste. Car, il ne faut pas se voiler la face, nous partons vers des temps très, très compliqués où l'idée de survie sera prioritaire. On va me dire que c'est une vision très pessimiste. Qu'on vienne me prouver que j'ai tort, je serais très heureux de l'apprendre.

    Quant à ceux ou celles qui considèrent qu'une dictature survivaliste est inacceptable, parce que le terme de "dictature" est associée à des exemples effroyables, je répondrais simplement que nous sommes depuis l'émergence de l'exploitation pétrolière dans une dictature philosophique, un exemple unique, un modèle répliqué de façon planétaire, un paradigme auquel il n'est quasiment pas possible de s'opposer et qui est enseigné aux plus jeunes. C'est une dictature qui ne dit pas son nom parce qu'elle a mis en place un système qui laisse à penser que les choix sont possibles. Et c'est sa plus grande réussite. Pour notre plus grand malheur.  

     

    Canicule, sécheresse... "Qui a encore le luxe de ne pas s'inquiéter ?" : le chercheur François Gemenne a répondu à vos questions sur cet été suffocant

     

    Alors que la France métropolitaine traverse une troisième vague de chaleur en à peine deux mois, franceinfo a sollicité mercredi le chercheur François Gemenne pour prendre la mesure de ce phénomène. 

    Article rédigé par

    franceinfo

    France Télévisions

    Publié le 03/08/2022 16:49Mis à jour le 03/08/2022 16:50

     Temps de lecture : 12 min.

    Certaines parcelles du lac de Serre-Ponçon, dans les Hautes-Alpes, sont complétement à sec, le 2 août 2022. (THIBAUT DURAND / AFP)

    Certaines parcelles du lac de Serre-Ponçon, dans les Hautes-Alpes, sont complétement à sec, le 2 août 2022. (THIBAUT DURAND / AFP)

    Champs jaunis, lacs à sec, coupures d'eau, sommeil perturbé... L'été 2022 n'en finit pas de se réchauffer. Une troisième vague de chaleur frappe, depuis mardi 2 août, la France métropolitaine, et ce alors que le pays est concerné par une sécheresse intense. La journée de mercredi devrait être la plus chaude à l'échelle nationale, a averti Météo France, même si ce nouvel épisode caniculaire sera plus court que les précédents.  

    >> Jusqu'à 40°C encore attendus dans le Sud-Ouest... Suivez en direct les dernières informations sur la canicule et la sécheresse qui frappe la France

    Cet été caniculaire est-il un aperçu de ce qui nous attend désormais ? Faudra-t-il s'habituer à de telles températures, et à autant de conséquences désastreuses sur nos écosystèmes et notre quotidien ? Si oui, comment s'y adapter ? Les internautes de franceinfo ont interrogé le chercheur François Gemenne, spécialiste de l'impact du réchauffement climatique sur nos sociétés, pour évoquer la crise climatique. Voici ses réponses à vos questions.

    Sur la météo que connaît la France en ce moment

    @Patrice : La sécheresse en cours peut-elle être enfin l'élément déclencheur d'un changement d'habitudes et de politiques ?

    François Gemenne : Honnêtement, je ne pense pas. Ceux qui vont souffrir concrètement des conséquences de la sécheresse restent une minorité de la population. La plupart des gens, à part quelques restrictions pour laver leur voiture, ne verront pas à quoi a ressemblé cette sécheresse. Quand il y a une catastrophe, les gens ont envie de trouver un responsable, et si l'on dit que c'est le changement climatique, ils ont l'impression qu'on les rend responsables, ce qui est inaudible. Après Katrina, par exemple, la Louisiane a voté contre un gouverneur très climatosceptique, qui avait fait campagne sur cette déresponsabilisation.

    "Mais il est vrai que les événements extrêmes nous permettent de prendre conscience de notre vulnérabilité."

    François Gemenne, spécialiste des questions de géopolitique de l'environnement  

    aux internautes de franceinfo

    @Cyril : La France traverse actuellement, et s'apprête à l'avenir à traverser, une grave crise de l'eau. Allons-nous manquer d'eau potable en France à l'avenir ?

    Il est tout à fait possible que dans certains endroits, ou pour certaines populations, il y ait un manque d'eau potable. Ce n'est pas uniquement une question de quantité d'eau disponible, mais aussi de choix sur ses usages. Aujourd'hui, l'agriculture est l'usage qui consomme le plus, de très loin. Et à l'avenir, il faudra sans doute revoir certaines allocations de la ressource et changer certains types de cultures pour privilégier celles qui consomment le moins.

    @Jean-Philippe : On voit énormément en France de cultures de maïs, qui est une plante tropicale demandant beaucoup d'irrigation. N'est-ce pas aberrant ?

    Le maïs est typiquement une culture qu'il est possible que l'on abandonne en France à cause de sa consommation d'eau. Avec une eau rationnée, elle risque d'être de plus en plus problématique. On a commencé à le cultiver à une époque où l'on n'imaginait pas de pénurie.

    @Gauthier Gosselin : En Californie, victime de grosses sécheresses, l'eau devient un produit spéculatif et est entrée dans le monde de la finance. Est-ce possible en France ? Est-ce une solution ?

    C'est possible en France, mais je ne pense pas que ce soit une solution. Cela souligne la nécessité d'avoir des services publics forts pour l'adaptation climatique, pour garantir l'accès à l'eau, mais aussi la protection : en Californie se développent aussi des pompiers privés qui ne protègent que les habitations de ceux qui les paient.

    "La spéculation sur l'eau se ferait au détriment des plus vulnérables."

    François Gemenne 

    aux internautes de franceinfo

    Or, une société plus inégalitaire est plus vulnérable aux impacts du changement climatique, car la solidarité est un élément crucial de la résilience. Tout le monde a intérêt à cette réduction des inégalités.

    @Barbara : Si les cours d'eau baissent notablement et se réchauffent, quel sera le scénario concernant les centrales nucléaires ? Jusqu'à quel point peuvent-elles fonctionner ? Doit-on craindre des coupures d'électricité ?

    Je n'irai pas jusqu'à craindre des coupures. C'est vrai que la baisse du débit des fleuves peut poser quelques problèmes ponctuels, mais je ne voudrais pas non plus affoler les gens avec ça. Cela serait un peu malhonnête de l'utiliser comme un argument contre le nucléaire ; il y en a d'autres qui sont plus recevables.

    Sur l'enjeu de l'adaptation au changement climatique

    @Jeanne : Je m'interroge sur l'articulation entre limitation du changement et adaptation au changement climatique. Faudra-t-il choisir entre les deux ? 

    Nous n'avons plus le luxe de choisir entre l'un ou l'autre. Nous avons longtemps cru que la limitation du changement climatique suffirait. On se rend compte qu'il va falloir aussi s'adapter. A la fois tenter d'éviter l'ingérable, et gérer l'inévitable. Ces deux options peuvent parfois entrer en concurrence, comme sur la climatisation. On va alors parler de maladaptation, une adaptation qui aggrave le problème. Mais il y a aussi des cas où les deux se renforcent mutellement : la rénovation thermique permet de réduire la consommation des logements et d'éviter qu'ils soient des fours en été.

    @choux : Est-il possible de parler "lutte contre le réchauffement" sans "décroissance" ? Je fais partie des 5% de privilégiés : puis-je continuer à vivre dans 200 mètres carrés à deux ? 

    Je pense que le problème, quand on parle de décroissance, est, d'une part, qu'on ne peut pas en parler de la même façon pour tout le monde, en France comme en Inde par exemple. Il faut choisir la décroissance pour que certains aient la possibilité de croître. D'autre part, il faut que ce soit quelque chose de choisi, qui commence par les plus riches, sinon cela risque d'être une précarité imposée. Et il faut questionner quelle croissance on cherche : de l'économie ? de la santé ? des services publics ? 

    @climat : La préoccupation environnementale se traduit-elle par un changement des pratiques individuelles ? L'accumulation de piscines, la climatisation, les projets de maison et nos modes de vie ne montrent-ils pas un décalage important entre le "il faut changer" et le "nous sommes prêts à changer" ?

    Absolument. Nous sommes tous face à un certain nombre de contradictions et d'injonctions contradictoires. Nous allons parfois penser qu'une de nos actions compense une action délétère : comme je suis parti en vacances en train, je peux faire creuser une piscine. En réalité, ces gestes ne s'annulent pas : chacun d'entre eux compte. Il faut sortir d'une vision du changement climatique comme un problème binaire alors qu'il est graduel. En même temps, il ne s'agit pas de culpabiliser les gens mais de reconnaître qu'il y a une limite à ce que nos gestes individuels peuvent accomplir. Il faudra aussi des changements structurels.

    Sur les solutions possibles

    @perplexe : Peut-on continuer à promouvoir la voiture électrique tout en demandant au consommateur de réduire sa consommation d'électricité ? 

    Question compliquée. Aujourd'hui, si on remplace le parc thermique par son équivalent électrique, on va avoir des problèmes de génération d'électricité. On doit poser la question des modes de déplacement et en particulier des transports publics. Et il faut aussi réduire notre consommation d'électricité. La question de la sobriété n'est pas juste une question de se donner bonne conscience ; elle est vitale pour la transition énergétique.

    Aujourd'hui, les énergies fossiles représentent 84% du mix énergétique mondial. Il y a vingt ans, c'était 86%. Malgré toutes les alertes, cette part ne s'est réduite que de 2%, malgré le développement du nucléaire et du renouvelable. Ces sources n'ont pas remplacé les énergies fossiles : elles s'y sont ajoutées pour satisfaire notre surplus de consommation. Tant que celle-ci continuera à augmenter, jamais on ne parviendra à sortir des énergies fossiles.

    @Hébert : Est-ce qu'une limitation par foyer de la consommation du nombre de m3 d'eau et de kwh d'électricité serait une solution efficace pour limiter les impacts du réchauffement climatique ?

    Ça pourrait être une solution, bien entendu. Mais on touche là à certaines libertés fondamentales. Cela risque de ne pas être accepté dans la population. Il faut se méfier des solutions autoritaires : au-delà de la question des libertés se pose une question d'efficacité, car elles risquent d'être rejetées. D'autant qu'on parle de mesures permanentes : on a vu au moment de la crise du Covid-19 que certaines choses n'étaient acceptées que parce qu'elles étaient temporaires.

    "Par contre, on pourrait jouer avec les prix, donner un quota d'énergie gratuite permettant de vivre décemment puis faire payer un prix croissant pour les volumes supplémentaires consommés."

    François Gemenne

    @Bernard : Entre l'eau potable et l'alimentation carnée, ne devons-nous pas faire un choix ? 

    Je pense que ce débat est déjà largement posé, et que chacun réalise que nos régimes sont trop carnés, que la réduction de notre consommation de viande est un impératif pour des raisons climatiques et d'économies d'eau. Il est important de garder en tête que toutes les viandes n'ont pas la même empreinte carbone ni le même usage de l'eau : le bœuf a de très loin la plus lourde, même s'agissant des produits laitiers. Mais il y a déjà une forme d'évolution de la société à ce sujet.

    @SME : Que peut-on espérer d'une rénovation thermique des logements, d'un point de vue de l'efficacité, du coût énergétique pour le faire et de son amortissement (à moyen terme) ? 

    On peut en attendre beaucoup de choses. Le logement est l'une des principales sources d'émissions de gaz à effet de serre en France, il pèse un peu moins d'un cinquième du total, et ce poids peut être réduit. C'est aussi un énorme enjeu de justice sociale, car les plus pauvres sont souvent ceux qui n'ont pas les moyens de rénover leurs logements et qui voient leur facture énergétique exploser. C'est aussi bon en matière d'adaptation aux températures extrêmes. Enfin, c'est un vivier d'emplois.

    A mon sens, il y a deux obstacles : c'est un investissement – et l'on n'investit pas assez pour le climat en France – et il n'y a pas assez de main-d'œuvre dans le bâtiment. Il faudrait sans doute faire venir des travailleurs de l'étranger, et je ne suis pas sûr qu'on y soit prêts.

    @Loulou : La question du transport revient souvent quand on parle de climat. Ecologiquement parlant, vaudrait-il mieux quelques très grosses villes concentrées ou bien décentraliser et avoir des pôles plus petits ?

    Je dirais qu'il vaut sans doute mieux quelques grosses villes très concentrées. Le fait que la France ait tellement encouragé l'habitation dans les zones pavillonaires ou péri-urbaines a fait exploser l'empreinte carbone des transports. L'idée n'est pas de faire culpabiliser leurs habitants : c'est le résultat de politiques sur le logement à long terme. Les transports représentent 14% des émissions de gaz à effet de serre : 9% pour la route, 3% pour les avions et 2% pour les bateaux.

    Sur la crise climatique que nous traversons

    @Bertrand : Le dérèglement climatique est mondial. Faisons-nous suffisamment pression sur le Chine, les USA, l'Inde, la Russie pour qu'ils transforment leur société de façon plus respectueuse des accords de Paris ? 

    Les gens en Chine et en Inde se posent la même question : est-ce que nous faisons assez pression sur la France ? En Europe, nous avons souvent l'impression d'être vertueux et que les autres ne le sont pas. Nous ne prenons pas la mesure, par exemple, de l'ampleur des capacités solaires installées en Chine, tandis que nous sommes en retard à ce sujet. Et dans les sommets, les pays émergents reprochent aux pays riches de ne pas en faire assez. Par ailleurs, il ne s'agit pas de faire pression sur ces pays – comme l'Egypte, le Mexique ou l'Indonésie, qui deviendront les grands émetteurs de demain –, mais de se demander comment travailler avec eux.

    @Fred : Au final, le problème n'est-il pas juste démographique ? A priori, la Terre devrait accueillir au maximum deux milliards d'individus ; or, aujourd'hui, nous sommes sept milliards…

    Attention à ne pas établir une corrélation directe entre la taille de la population d'un pays et ses émissions. La Chine et l'Inde ont une population comparable mais la Chine émet quatre fois plus. L'Afrique est le continent dont la population croît le plus et dont les émissions croissent le moins. La question qui va se poser est celle de la transition démographique, souvent corrélée au niveau de développement : parfois, la baisse de la démographie peut s'accompagner d'une hausse des émissions. Tout dépend donc de la trajectoire de développement qui sera suivie.

    @Bimbeau : Comment agir pour que les gouvernements prennent des mesures efficaces et pertinentes pour lutter contre le réchauffement climatique ? 

    Aujourd'hui, les gouvernements ne prennent pas de mesures suffisamment radicales parce qu'ils ne reçoivent pas ce mandat de leurs électeurs. Ceux-ci, dans leur majorité, votent pour le statu quo. Si on veut que les gouvernements se saisissent de ces enjeux, il faut qu'ils soient identifiés comme la priorité par les électeurs.

    "Aujourd'hui, 80% des Français se disent préoccupés par le climat, mais seulement 31% estiment qu'il s'agit d'une priorité politique."

    François Gemenne 

    aux internautes de franceinfo

    Pour l'instant, je pense qu'on ne peut pas trop attendre des gouvernements. Si on veut que ça change, il faut faire en sorte que, lors des campagnes éléctorales, les gens réalisent que le changement climatique menace leurs intérêts directs.

    @Benjamin : Quelles sont les sources d'espoir qui permettraient de ne pas sombrer dans une éco-anxiété indéfinie ?

    C'est une interrogation très compréhensible... Aujourd'hui, on se demande qui a encore le luxe de ne pas s'inquiéter. La solution peut être l'action collective : se rendre compte que d'autres gens partagent ces préoccupations. Même au niveau très local, s'associer avec d'autres pour faire avancer les choses me semble être le meilleur moyen de lutter contre cette anxiété et de faire bouger les choses.

  • Une terre pleine de vie

     

     

     

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    Jean-Marc Jancovici 

    16 min  · 

    https://www.mediapart.fr/.../marc-andre-selosse-contre-l...

  • Raymond Devos

    C'est une fois à la retraite que j'ai vraiment pris conscience à quel point la vie avant ça était celle d'un fou.

    Il est toujours possible de se dire que c'est normal puisque tout le monde court de la même façon.

    Et c'est bien là que repose toute la fourberie du système. Jusqu'à montrer du doigt ceux ou celles qui ne courent plus. 

  • Dictature survivaliste

    Aucune mesure locale, régionale ou nationale ne parviendra à freiner le processus. Pour l'arrêter, c'est déjà trop tard.

    Il ne peut et ne doit y avoir qu'une décision planétaire, au niveau des plus pays les plus pollueurs bien évidemment mais également de la part des pays en "voie de développement". Ce fameux développement qui est à la source même des problèmes. Mais comment faire comprendre à des populations manquant de tout ce dont nous profitons que c'est la mauvaise voie ? Et comment faire comprendre aux populations privilégiées dont nous faisons partie que seul l'abandon partiel de nos privilèges consuméristes peut contribuer à encourager et à décider les pays en voie de développement de choisir un autre développement ?

    En fait, il faudrait un nouvel ordre mondial, celui que beaucoup condamnent. Une dictature survivaliste. Et ça n'arrivera jamais. Donc ...

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    Il n'a jamais fait aussi sec en France, depuis le début des relevés météo en 1959. Les scénarios les plus alarmistes qui imaginaient des rationnements d'eau pour les prochaines décennies étaient très en retard. Des coupures d'eau potable auront probablement lieu dès cette année. Le désastre est là. Quelques chiffres :

    ➡️Le cumul mensuel de précipitations à l'échelle de la France est le plus bas jamais mesuré depuis 1959. En moyenne, sur le pays, il s'élève à 7,8 mm d'eau sur tout le mois de juillet. Autrement dit, un déficit de 88% par rapport à ce qui aurait été nécessaire selon le ministre de l'écologie.

    ➡️ Cette sécheresse se voit depuis l'espace. La France a pris une couleur ocre, y compris la Bretagne, pluvieuse même en été d'habitude. Cette année, fin juillet, la France a déjà traversé 3 épisodes caniculaires, et explosé tous les records de températures maximales. Il fait à nouveau plus de 40°C sur une partie du pays sur un sol extrêmement sec.

    ➡️A Nantes, il est tombé 11 mm de pluie en juillet 2022. Les précipitations habituelles à Nantes en juillet sont de 45 mm. Une baisse de 75% par rapport à la moyenne des autres mois de juillet. Les cours d'eau souffrent. L'Erdre, trop chaude, est remplie de cyanobactéries très toxiques.

    ➡️ Situation encore plus grave en Bretagne et Auvergne, où le déficit est proche de 95 % ! En Bretagne, 2,9mm de précipitations, autant dire rien, contre 50mm pour un mois de juillet moyen. La Bretagne et les Pays-de-la-Loire constituent l'une des premières zones agricoles de France.

    ➡️ Il n'a pas plu du mois en région PACA et en Corse. Pas de précipitations. En moyenne « en plaine », Météo France a recensé 3 jours de pluie en un mois.

    ➡️93 départements sont classés en alerte sécheresse par les autorités, la quasi totalité de la France métropolitaine. La plupart sont en alerte « crise », le seuil maximal.

    ➡️ Les risques de coupure d'eau potable sont réels, notamment à St Malo où les autorités sonnent l'alarme. Le niveau des nappes phréatiques en Bretagne est critique. Les cours d'eau français sont presque tous en alerte.

    ➡️ La France est particulièrement mal préparée face à la sécheresse : toute l'industrie nucléaire dépend de l'eau, nécessité absolue pour refroidir les réacteurs. De nombreuses centrales doivent être arrêtées lorsque l'eau des rivières est trop chaude ou en quantité insuffisante. Le nucléaire est donc une menace supplémentaire gravissime dans le cadre du réchauffement climatique et de la sécheresse.

    ➡️Cette sécheresse implique moins de récoltes, donc moins de nourriture, et une hausse des prix de l'alimentation. Mais aussi moins de fourrage pour l'élevage. La production de fourrage a baissé de 21%. Se passer de viande sera une nécessité pour tout le monde.


     

  • Vélo et musique

    Je tourne sur les petites routes de la Creuse, très vallonnées, je traverse des forêts, des hameaux isolés, tête dans le guidon, j'arrache la viande, à fond, autant que possible, jusqu'à ce que j'explose en vol et puis je rentre avec les forces qui restent, celles qu'il faut aller chercher au fond du fond, celles qui se nourrissent de l'esprit, quand il est en apesanteur, loin de tout, au-dessus du monde.

    La musique m'accompagne, toujours, à chaque instant, j'y puise l'énergie nécessaire. Parfois, elle m'emporte dans une euphorie qui me brûle, délicieusement. Parfois, elle m'apaise et alors, je roule le sourire à l'âme, j'écoute mon coeur, le sang qui bat, les jambes électrisées, et puis un autre morceau arrive, juste au pied d'une bosse et j'appuie, j'appuie, la bave aux lèvres, les yeux rivés sur le goudron qui défile, peu importe la pente et la distance jusqu'au sommet, chaque mètre est un sommet, chaque instant est une distance. Il m'arrive de crier et de rire parfois quand j'atteins le haut de la bosse et aussitôt, je relance la machine et je plonge dans la pente, j'enchaîne les virages comme un skieur, concentration totale, à la recherche d'un second souffle puis d'un troisième puis d'un vingtième puis d'un millième, il y en a toujours, encore et encore, bien plus que ce que le mental nous sermonne.

    Je ne veux pas laisser la raison me contenir. Je rejette la peur de ne plus avoir de forces pour rentrer. J'ai toujours réussi à rentrer.

    Il y a longtemps, les médecins m'ont annoncé que mon dos ne me permettrait plus de faire des efforts intenses, que je devais être "prudent", que je devais me contenter de ce qui me restait, que je ne devais prendre aucun risque. Je les remercie de la rage de vivre qu'ils m'ont donnée. Une rage emplie d'amour.  

    J'aime infiniment le vélo.

     

    Le chant du cygne.

    Vélo, tantrisme et pleine conscience.

    Vertiges de l'Amour à vélo.

     

     

     

  • Montagne : un exemple à ne pas suivre

    La Clusaz, station à boycotter. Et le faire savoir à la municipalité. 

    La Clusaz : 500 personnes mobilisées contre une gigantesque retenue d’eau pour canons à neige

     

    Au-delà du partage de l’eau, c’est surtout l’accès au logement qui devient de plus en plus difficile pour les populations locales, en concurrence déloyale avec des investisseurs privés possédant de bien plus gros moyens. A tel point que les collectifs engagés parlent « d’épuration sociale » : plus le dérèglement climatique s’intensifie, et plus la montagne se privatise.

    27 juin 2022 - Laurie Debove

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    Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

    - Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
    - Format : 290 pages
    - Impression : France

     

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    A la Clusaz, 500 personnes se sont rassemblées pour protester contre un gigantesque projet de retenue collinaire, destinée à alimenter les canons à neige. Face à un impressionnant dispositif policier déployé, les participants ont dénoncé le saccage de la montagne au profit de quelques intérêts privés, le tout grassement subventionné par les finances publiques.

    Bataille de l’eau

    A la Clusaz, la bataille fait rage depuis un an et demi contre le projet de retenue d’eau collinaire qui doit se construire sur le plateau de Beauregard. Au cœur des Aravis (Haute-Savoie), ce cratère de 148 000 m³ dans la montagne (l’équivalent de 60 piscines olympiques et d’une surface au sol de 5 terrains de foot) détruirait 8ha de bois abritant 58 espèces protégées et risquerait d’assécher la tourbière remarquable de Beauregard, classée Natura2000.

    Après avoir bloqué le début des travaux avec succès en novembre 2021, Extinction Rebellion Annecy, accompagné des collectifs Sauvons Beauregard et Fier Aravis, les Aravis et les montagnes, a organisé un grand weekend de mobilisation ces 25 et 26 juin nommé le « Grondement des Cimes » en lien avec le mouvement des Soulèvements de la Terre.

    Lire aussi : La Clusaz : des rebelles ont bloqué le chantier de la retenue d’eau pour canons à neige

    Plusieurs actions ont été menées : samedi matin, la préfecture a été bloquée par des cadenas avec une banderole indiquant « fermée pour cause d’inutilité publique » ; le promoteur immobilier MGM a vu sa devanture repeinte avec les mots « massacreur de montagne » et 500 marcheurs ont randonné dans la montagne pour exprimer leur opposition à l’accaparement de l’eau pour la neige artificielle et le tourisme de luxe.

    Crédit photo : Soulèvements de la Terre

    « L’utilité publique de ce projet dépend du fait qu’il serve la population dans son ensemble. Or, lorsque le commissaire enquêteur a rendu son enquête, il a précisé que ce n’était pas d’utilité publique pour la population française mais seulement pour les villes et personnes de la Clusaz qui vivent et dépendent du tourisme. A la source de la Gonière où elle serait pompée, l’eau est déjà potable. Là, pour les canons à neige, ils veulent la faire monter à travers 3000 mètres de canalisations pour qu’elle croupisse dans une bassine, puis la traiter avec une unité de potabilisation s’ils ne l’utilisent pas entièrement pour les canons à neige. C’est de la folie… » explique Anton, membre d’Extinction Rebellion et originaire du Grand Bornand, pour La Relève et La Peste

    Lire aussi : La Clusaz : les habitants s’opposent au saccage de la montagne pour les canons à neige

    Ce projet fait partie de la centaine de retenues d’eau prévues par le plan montagne II (d’un budget de 100 millions d’euros) du président d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez (Les Républicains, LR) qui prévoit d’en consacrer 30 millions à la « sécurisation de l’enneigement » face à la raréfaction des chutes de neige en période de dérèglement climatique. A rebours de certaines stations, le président du conseil départemental de la Haute-Savoie Martial Saddier (LR) a de son côté fait adopter un plan d’investissement de 300 millions d’euros pour « la relance des stations de sports d’hiver ».

    Lire aussi : Une station de ski anticipe sa fermeture en raison du changement climatique

    Un climat conflictuel

    Hautement polémique, le projet n’a pour l’instant toujours pas été officiellement déclaré d’utilité publique par la Préfecture de Haute-Savoie qui « prend le temps nécessaire de la réflexion » selon une interlocutrice de l’institution, contactée par téléphone. Preuve du climat anxiogène qui règne dans les cimes, un important dispositif policier a été déployé dans toute la montagne pour encadrer les manifestants.

    Les fouilles et les 5 checkpoints d’affilée n’ont pas découragé les marcheurs qui ont parcouru le périple prévu avec des pancartes colorées dans une ambiance conviviale.

    Et la situation est similaire d’un côté à l’autre des versants : lors de ce weekend, plusieurs collectifs montagnards se sont joints à la mobilisation, mais aussi Bassines Non Merci qui lutte contre les projets de méga-bassines agricoles.

    Crédit photo : Soulèvements de la Terre

    « Une telle manifestation est inédite dans des stations-villages où règne l’omerta, et dit bien la colère maintenant montante contre les appétits destructeurs des promoteurs immobiliers comme MGM, prêts à bétonner le moindre mètre carré au profit d’un tourisme de luxe avec l’appui des institutions locales – mairies, département, région et préfecture. » expliquent les collectifs à l’origine de la mobilisation

    Ainsi, certains responsables publics sont parfois étroitement liés à l’industrie du tourisme. Le maire de La Clusaz, Didier Thévenet, est également Président du conseil d’administration de la Société d’Aménagement Touristique d’Exploitation de La Clusaz. Il défend la création de « 2 000 emplois » avec le projet de Beauregard.

    Suite à une action de collage humoristique l’invitant à faire un « acte historique en prenant position contre les retenues collinaires », l’édile a déposé plainte pour diffamation ce qui a donné lieu à une perquisition chez un citoyen. Sollicitée, la municipalité n’a pas répondu à nos questions.

    « Globalement, c’est très difficile pour les locaux de s’opposer à ce type de développement car une très grande partie de leurs emplois dépendent du tourisme et les niveaux de vie explosent. Surtout, ceux qui parlent ouvertement reçoivent parfois des lettres anonymes menaçantes type on va brûler votre chalet…Il y aussi beaucoup d’incompréhension lié au manque de discussion et à la stigmatisation des écolos perpétrés par les élus eux-mêmes. Pendant la réunion avec Castex et Wauquiez, le maire de La Clusaz a traité les gens « d’ayatollahs de l’écologie » et d’extrémistes, c’est quelque chose de récurrent. » dénonce Anton, membre d’Extinction Rebellion et originaire du Grand Bornand, pour La Relève et La Peste

    Autre exemple flagrant de ce musèlement politique : Laurent Wauquiez ôte petit à petit les subventions publiques aux associations connues pour éplucher les dossiers d’aménagement public. Or, leur travail d’expertise juridique est inestimable pour comprendre et décortiquer ces dossiers complexes de plusieurs milliers de pages et permettre aux habitants de s’approprier les enjeux.

    Au-delà du partage de l’eau, c’est surtout l’accès au logement qui devient de plus en plus difficile pour les populations locales, en concurrence déloyale avec des investisseurs privés possédant de bien plus gros moyens. A tel point que les collectifs engagés parlent « d’épuration sociale » : plus le dérèglement climatique s’intensifie, et plus la montagne se privatise.

    Crédit photo : Soulèvements de la Terre

    Ainsi, le promoteur immobilier MGM est « un acteur reconnu de l’immobilier et du tourisme haut de gamme qui pèse dans la vie économique savoyarde ». Prix moyen d’une « résidence de tourisme » dans le Massif d’Aravis : 400 000 euros HT. Son PDG, David Giraud, est bien connu de la justice : il avait été condamné à un an de prison ferme (qu’il n’a pas purgé) et 375.000 euros d’amende pour abus de biens sociaux et recel, c’est pourquoi son entreprise a été ciblée lors de ce weekend de mobilisations.

    Face à ces pratiques mafieuses, les opposants au projet militent pour ouvrir des assemblées avec les populations locales afin de discuter des pertinences écologiques et sociales des projets d’aménagement du territoire. Pour Mikaël Chambru, Maître de conférences en sciences sociales à l’Université Grenoble Alpes (UGA), « des pistes existent pour déjouer l’artificialisation de la montagne ».

    De leur côté, les collectifs engagés dans la mobilisation restent vigilants sur les futurs travaux qui peuvent démarrer très vite, dès que la déclaration d’utilité publique sera signée par le Préfet. Les associations ont d’ores et déjà préparé des recours juridiques.

    Crédit photo : Soulèvements de la Terre

    27 juin 2022 - Laurie

  • Montagne : un exemple à suivre

     

     

    La Drôme met fin aux canons à neige pour préserver l’eau

     

    Cerise sur le gâteau, les domaines vont être reboisés afin de conserver plus longtemps la neige. La forêt joue en effet un rôle de coupe-vent et fait ombrage, elle évite que la neige ne soit soufflée et ralentit sa fonte.

    6 juillet 2022 - Maïté Debove

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    https://lareleveetlapeste.fr/la-drome-met-fin-aux-canons-a-neige-pour-preserver-leau/

    Le lundi 27 juin, Marie-Pierre Mouton, présidente du conseil départemental de la Drôme, a annoncé que le département n’investira plus dans la neige artificielle. La décision est de taille, car la Drôme compte actuellement sept stations de ski qui représentent une entrée économique importante. Cette avancée pourrait inspirer d’autres départements et stations à faire face au réchauffement climatique.

    Lors de la présentation du plan Montagne 2022-2028, la présidente du département a déclaré : « Il n’y aura plus de neige de culture ».

    Elle développe : « On sait qu’il y aura de moins en moins de neige à l’avenir. Il faut faire avec notre temps, et la ressource en eau est un bien précieux. On peut trouver des activités annexes pour continuer à faire venir des gens en montagne, que ce soit en hiver ou en été. »

    Selon les modèles climatiques, la Drôme perd dix jours d’enneigement par an tous les 15 ans. Les sept stations de ski de la Drôme engendrent actuellement plus de 200 000 entrées par an, ce qui équivaut à 10 millions d’euros de retombées économiques, et constituent la troisième destination touristique du département. La région a choisi de s’adapter.

    Par l’intermédiaire du plan Montagne, les élus souhaitent changer ce modèle économique sur les 8 prochaines années en diminuant le chiffre d’affaires des activités liées à la neige en station. Le but est d’abaisser les 73 % actuels à 58 % d’ici 2030.

    Pour cela, des activités 4 saisons vont être inaugurées. L’objectif est d’ouvrir des stations avec une dimension patrimoniale ou portée sur ses espaces naturels, qui ne sont pas uniquement tournées sur des activités de loisir. France Bleu en rapporte le détail, présenté par Cédric Fermond, le directeur des stations de la Drôme : des sentiers avec outils numériques, deux parcs de trottinettes électriques, des activités d’accrobranche, ou encore du tubing (glisse sur bouées, skis ou vélos).

    En ce qui concerne les stations-même, les canons à neige déjà en place seront conservés, mais des aménagements vont être développés afin de mieux stocker et utiliser la neige naturelle. Des jardins des neiges destinés à l’apprentissage des enfants seront installés à plus de 1350 mètres d’altitude.

    Cerise sur le gâteau, les domaines vont être reboisés afin de conserver plus longtemps la neige. La forêt joue en effet un rôle de coupe-vent et fait ombrage, elle évite que la neige ne soit soufflée et ralentit sa fonte.

    Crédit : La Drôme Montagne

    Si certaines régions s’adaptent, à d’autres endroits, les canons à neiges sont en augmentation. Adopté en octobre 2021, le plan montagne II de Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhônes-Alpes, pour lequel 100 millions d’euros ont été alloués, inclut la mise en place d’une centaine de retenues d’eau pour alimenter des canons à neige. Les retenues d’eau empêchent pourtant l’eau de s’infiltrer dans les sols, et la laissent s’évaporer très facilement.

    Elles sont également une menace directe pour l’environnement et la biodiversité. En Haute-Savoie, à la Clusaz, un projet de retenue collinaire provoquerait un trou d’une largeur de 148 000 m³ dans la montagne, au-dessus d’une immense tourbière, essentielle pour le cycle de l’eau. Les activistes ne lâchent rien : le 25 juin, 500 personnes étaient rassemblées pour exprimer leur opposition contre l’accaparement de l’eau et le tourisme de luxe.

    Lire aussi : La Clusaz : 500 personnes mobilisées contre une gigantesque retenue d’eau pour canons à neige

    Dans le massif du Jura, une station de ski franc-comtoise, le Métabief, dont les remontées sont relativement basses, a annoncé en septembre 2021 qu’il fermera ses portes d’ici 2030-2035, car la viabilité du ski alpin est remise en cause par les prédictions climatiques.

    Lire aussi : Une station de ski anticipe sa fermeture en raison du changement climatique

    Le syndicat qui gère la station a préféré anticiper un déficit chronique. Des activités intégrées avant tout à l’environnement, pour sa préservation, seront mises en place. La station de Métabief a également construit un document méthodologique afin de présenter les nombreux critères dont les élus doivent prendre compte pour développer la transition climatique des stations de ski.

    Le cas de Métabief et la décision du Conseil municipal de la Drôme montrent une considération face à l’arrêt futur de nombreuses remontées mécaniques, et une anticipation du choc auquel les économies locales devront faire face.

    Olivier Erard, l’un des acteurs principaux de la transition du Métabief, encourageait en 2021 les stations de ski à franchir cette étape : « Je dirais à toutes les stations qu’elles ont la responsabilité de bien connaître leur montagne, son environnement, ses enjeux liés à l’eau et ses perspectives climatiques. Cela doit faire partie des fondamentaux et non plus des options. Tout le monde dispose maintenant des outils pour accéder à la connaissance, il n’y a pas d’excuse. »

    6 juillet 2022 

  • L'absurdité contre nature

     

    Le pouvoir de nuisance des technocrates et des Elus est parfois digne du Gorafi.

    On pourrait donc en rire si ce n'était tristement pitoyable. 

     

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    - Une structure métallique ratée et un pare-soleil inutilisable financés par Nantes Métropole -

    Face au réchauffement climatique et aux pics de chaleur la ville de Rezé semble avoir trouvé la solution miracle : une structure composée d’un banc connecté, surplombé d’une voile et d’une jardinière censées rafraîchir les passant-es et toutes les personnes qui seraient tentées de se poser sous ce repoussoir. Sur les réseaux sociaux, Nantes Métropole vante cet «espace d’attente à l’air libre» qui «aide à mieux supporter la chaleur». L'adjoint au numérique de la ville s'empresse de relayer l'initiative.

    Encore un objet qui promet de résoudre tous nos soucis à l’avenir et permet de charger au passage votre portable. Pratique, indispensable. La métropole start-up a fixé le banc au sol, ce qui rend cet aménagement inutilisable la plupart du temps : avec les mouvements du soleil, le banc se retrouve en plein cagnard les trois quarts de la journée.

    Déjà moqué sur les réseaux, la décision de la ville de Rezé fait écho à l’aberrant «arbre» artificiel inauguré avec fierté par les élites nantaises le 16 juillet 2021. L'objet métallique labellisé «Nantes City Lab» et baptisé «corolle» par les aménageurs est censé végétaliser une place bétonnée et apporter de la fraîcheur pour la modique somme de 13960€ (de quoi planter plus d’une vingtaine d’arbre). On en parlait ici : 
    https://contre-attaque.net/.../insolite-la-mairie-de.../

    Pourtant, pour ce prix astronomique, les habitants du quartier ont seulement hérité d’un OVNI sur lequel se battent quelques lianes en duel. Les génies qui gouvernent la ville réinventent le parasol et l'arbre avec l'argent public, et ça ne fonctionne même pas. On est très très loin des 50 m² d’ombrage promis par la start-up… Qu’on se le dise, aucun objet ne pourra construire à lui seul un plan écologique suffisant pour permettre aux sociétés de maîtriser son empreinte écologique et coexister avec la biodiversité environnante.

    La technologie ne sauvera pas nos sociétés du chaos et du désordre qu’elle crée par son organisation capitaliste. Pourtant ces structures sont de plus en plus fréquentes dans l’espace public (remplaçant quelques fois de vrais arbres), résultats d’un urbanisme événementiel et de campagnes de greenwashing évidentes, promues par des start-ups rapaces au détriment de véritables plans d’aménagement urbain ambitieux et réfléchis en concertation avec les habitant-es des quartiers concernés.

    Il faut transformer les villes de fond en comble pour répondre au défi climatique et social d’aujourd’hui et de demain. Exigeons de déboulonner ces totems technologiques au profit de véritables espaces de verdure qui profiteront à toutes et tous comme à la biodiversité. Exigeons l’exclusion de tous ces start-up vampires de l’environnement des politiques publiques et le principe de responsabilité politique face à l’inaction climatique.

    «Il nous incombe précisément de distinguer les promesses de la technologie – son potentiel créateur – de sa capacité de destruction.» Murray Bookchin

     

    INSOLITE : LA MAIRIE DE NANTES COUPE DE VRAIS ARBRES MAIS FINANCE UN «ARBRE

    ARTIFICIEL» POUR «RAFRAÎCHIR» LA VILLE

    31 JUILLET 2021CAPITALISMEECOLOGIE

    – PLUS DE 13 000 EUROS POUR UN ARBRE MÉTALLIQUE VENDU PAR UNE START-UP –​

    Avec le réchauffement climatique, les métropoles de béton sont de plus en plus suffocantes en cas de canicule. L’asphalte et les constructions conservent la chaleur, alors que la verdure, notamment les arbres, rafraîchissent l’air. Les endroits sans végétation sont invivables en cas de coups de chaud.

    La mairie de Nantes a trouvé LA solution : acheter un arbre artificiel fait de «maillage composite, branches en fibre de verre, résine époxy pour les jointures» à une start-up parisienne baptisée «urban canopée». Les décideurs appellent cela du «mobilier urbain innovant» ! Coût de la plaisanterie : 13 650 euros pièce. L’arbre en métal est implanté sur l’île de Nantes, et est sensé se couvrir progressivement, en plusieurs années, de végétaux sur son armature pour «faire de l’ombre sur 50 mètres carrés».

    Formidable. Le problème c’est que cette même mairie de Nantes a abattu des dizaines d’arbres dans le centre-ville ces dernières années. En 2019, le grand projet d’aménagement du secteur de la Place du Commerce a commencé par le tronçonnage de 70 platanes en plein cœur de la ville.

    Trois semaines plus tôt, 40 noyers étaient rasés le long de l’Erdre, donnant un air sinistre aux rives du cours d’eau.

    L’automne dernier, c’était le petit square Fleuriot, à côté de la Place Royale, qui était détruit, et tous les magnolias rasés.

    En novembre 2020, 8 arbres étaient abattus par surprise en pleine nuit à Vertou le long de la rivière de la Sèvre, à l’Est de Nantes.

    Une drôle de façon de «lutter contre les îlots de chaleur». Couper les vrais arbres faits de sève et de feuilles, et payer à pris d’or des «arbres» métalliques à des start-up. Disruptif.

    Source : https://www.ouest-france.fr/…/nantes-un-arbre…


     

  • Climat : un constat de plus.

    103 ans séparent ces deux photos. Et 103 ans, c'est très, très peu...

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    Valérie Masson-Delmotte : « On trottine lentement derrière un climat qui change vite »

    Article complet :

    La climatologue Valérie Masson-Delmotte pense que la prise de conscience et l’action contre le réchauffement « montent en puissance », mais que la réponse politique reste loin du changement d’échelle nécessaire.

    Alors que la France suffoque sous la canicule, la climatologue Valérie Masson-Delmotte revient sur l’aggravation de la crise climatique. La directrice de recherche au Laboratoire des sciences du climat de Paris Saclay et coprésidente du groupe de travail 1 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) détaille l’impact du réchauffement et les vulnérabilités françaises.

    Elle estime que la prise de conscience existe, mais qu’elle reste en décalage par rapport à l’urgence.

    Entretien avec Valerie Masson-Delmotte

    • Deux canicules déjà cet été en France, des vagues de chaleur aux Etats-Unis et en Chine, après celles de l’Inde et du Pakistan, des incendies au Portugal… Est-ce notre nouveau quotidien ?

    Les phénomènes que l’on subit aujourd’hui sont des précurseurs d’événements qui vont devenir plus fréquents et plus intenses à l’avenir.

    Ce sont les conséquences directes des activités humaines, qui entraînent une accumulation de chaleur dans le système climatique. Chaque tonne de CO2 y contribue et chaque fraction de réchauffement augmente la fréquence, la durée et la sévérité des événements extrêmes, et en particulier des vagues de chaleur.

    Tout cela affecte la santé, les cultures et les revenus des personnes qui travaillent en extérieur. Les risques du changement climatique sont de plus en plus complexes et difficiles à gérer.

    • La France est-elle particulièrement vulnérable au dérèglement climatique ?

    L’exposition et la vulnérabilité de la France sont importantes, notamment dans les régions de haute montagne (recul des glaciers, de l’enneigement, etc.) ou sur le littoral, avec la montée du niveau de la mer (salinisation, érosion, augmentation des submersions, etc.). Partout sur le territoire, des millions de logements sont en outre soumis au problème du retrait-gonflement des argiles [des mouvements de gonflement et de rétractation qui provoquent des fissures].

    Les vagues de chaleur s’intensifient, et c’est aussi le cas des pluies extrêmes, associées à des risques d’inondations − ces deux aspects sont exacerbés par l’urbanisation. Il y a un enjeu à intégrer l’aggravation future de ces phénomènes dans les plans de prévention des risques, ce qui n’est pas encore suffisamment le cas.

    • La population a-t-elle pris la mesure de la gravité de la situation ?

    Je vois une prise de conscience croissante partout dans le monde et surtout dans les pays en développement.

    En France, j’observe une montée en puissance de la compréhension de la sévérité de la situation, le fait qu’il y a des dommages croissants partout et qu’il va falloir changer d’échelle dans l’action. C’est le cas pour beaucoup de citoyens, d’élus − quelles que soient leurs convictions politiques − et d’entreprises de multiples secteurs d’activité (bâtiments, transports, industrie…).

    Mais de nombreux obstacles persistent et freinent l’action, comme sur la rénovation thermique des logements ou l’aménagement des villes. • On redécouvre pourtant à chaque canicule la sévérité de la crise climatique…

    Il faut parvenir à construire une mémoire collective qui permette de saisir l’intensification des phénomènes. Cela pourrait notamment passer par le fait de nommer les canicules, à l’image de ce qui est fait pour les ouragans.

    L’Italie l’a fait en 2021, baptisant un anticyclone Lucifer.

    En Afrique de l’Est, certaines communautés donnent aussi des noms aux fortes sécheresses.

    Cela permet de se les approprier et d’ancrer les connaissances sur la récurrence des événements.

    Dans certains pays d’Europe centrale, il y a des plaques dans les rues qui montrent la hauteur des crues historiques, ce qui permet de construire collectivement une culture du risque dans la vie quotidienne.

    En France, on essaye souvent d’effacer le plus vite possible la trace des événements extrêmes.

    Mais ni l’expérience d’événements extrêmes ni l’information scientifique ne sont suffisantes pour conduire à des modifications profondes des pratiques.

    Ce qui compte, c’est d’être dans un cadre familial, associatif, professionnel ou territorial qui engage des transformations sociétales, ce qui permettra d’entraîner une évolution des styles de vie.

    Améliorer le bien-être et la qualité de vie permet aussi de renforcer l’engagement de tous sur la durée.

    • Observez-vous encore beaucoup de climatoscepticisme ?

    Le climatoscepticisme existe encore mais a changé de forme. Il réside moins dans la négation du changement climatique et de son origine humaine que dans un déni de la gravité des enjeux et de l’urgence à agir.

    Lors de mes interventions publiques, j’observe la récurrence de discours de l’inaction, des alibis que l’on se donne pour ne pas agir : c’est trop tard, on parviendra toujours à s’adapter, la technologie va nous sauver, la France ne pèse rien dans les émissions mondiales, etc.

    La meilleure façon de surmonter ce déni, c’est de renforcer, lors de la formation initiale et continue, les connaissances non seulement sur les risques, mais surtout sur les leviers d’action à toutes les échelles.

    Il y a aussi du climatoscepticisme chez certains seniors, qui perçoivent l’urgence climatique comme une remise en cause de leurs choix passés et ressentent de la culpabilité.

    • La réponse politique est-elle à la hauteur de l’urgence ?

    On trottine lentement derrière un climat qui change vite. L’action se met en place, et monte en puissance, mais elle n’est pas encore à la hauteur.

    Au moment où elle se met en place, on sait déjà qu’elle ne suffira pas. Au final, les conditions ne sont pas encore réunies pour parvenir à doubler le rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre dans les années à venir [afin de tenir les objectifs climatiques français].

    Les propositions de la convention citoyenne pour le climat qui allaient dans le sens de la sobriété n’ont pas été retenues. Du fait du contexte de tensions sur les prix de l’énergie et de pénuries, on voit une appropriation de cet enjeu, mais de manière tardive et contrainte.

    Le gouvernement maîtrise le prix des carburants, ce qui constitue des subventions cachées aux énergies fossiles, mais n’encourage pas la baisse de la vitesse sur les autoroutes ou la limitation du poids des voitures pour réduire la consommation.

    L’adaptation au changement climatique n’est également pas suffisante : on réagit après coup et on gère crise après crise au lieu d’anticiper.

    • Que faire face à la crise climatique ?

    En réduisant massivement les émissions de gaz à effet de serre mondiales, on peut réussir à stabiliser le réchauffement d’ici à une vingtaine d’années et donc limiter l’intensification des événements extrêmes.

    Ce qui pèse le plus dans les émissions en France, ce sont les transports (30%) et en particulier la voiture individuelle.

    Une partie des déplacements sont contraints, mais beaucoup pourraient être réalisés autrement.

    Il faut valoriser d’autres manières de se déplacer, faciliter les déplacements à vélo, y compris par exemple pour accompagner les enfants à l’école.

    Les bénéfices seraient nombreux, pour le climat, la santé, la réduction du trafic routier, le bruit ou encore la concentration en classe.

    Il faut aussi faire en sorte que nos infrastructures, nos activités agricoles, notre gestion de l’eau soient pensées pour être résilientes face aux caractéristiques climatiques à venir. Les impacts des événements extrêmes que l’on subit doivent nous ouvrir les yeux sur les transformations profondes à réaliser.

    https://www.lemonde.fr/.../on-trottine-lentement-derriere...

    (posté par Joëlle Leconte)

  • Mer de glace

     

    J'aurais pu mettre les photos que j'ai prises quand j'avais 17 ans sauf que je ne vais plus à Chamonix depuis bien longtemps et que je n'ai donc pas de photos récentes. Cet été de mes 17 ans, j'ai fait l'ascension du Mont Blanc par le Goûter. Aujourd'hui, cette voie est fortement déconseillée à cause des chutes de pierres, jours et nuits. Lorsque je l'ai empruntée, le risque était minime. Bien sûr que la traversée du couloir devait être prudente et se faire alors que la glace tenait encore les pierrres. Désormais, là-haut, le gel n'existe plus et toutes les roches tombent. La traversée du couloir, c'est de la roulette russe. Sans parler de la foule, des dizaines de grimpeurs qui se suivent et dont certains n'ont rien à faire là. Incapables de marcher sans décrocher les pierres. La foule, c'est la raison principale pour laquelle j'avais arrêté de fréquenter ce massif. C'était pour moi insupportable. 

     

    "Ma vie sépare ces 2 photos. La 1ère date des années 70 : on y voit mon père et sa famille, un peu avant ma naissance, contempler une Mer de Glace généreuse et rutilante.

    La 2nde photo date de juin cette année où j’emmenais à mon tour mes enfants sur ce lieu emblématique du massif du Mont Blanc… pour y voir une Mer de Glace exsangue, à bout de souffle, indigne de son nom.

    La montagne de mon enfance a déjà disparu : des glaciers qui me faisaient rêver ont carrément fondu, d’autres se meurent, des voies rocheuses se sont effondrées, des sommets deviennent inaccessibles (la voie normale du Mont Blanc est déjà fermée mi-juillet).

    Le changement, ce n’est ni maintenant ni demain ; c’était hier." Roland Granottier

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  • Métaphore du bonheur

     

    Peut être une image de ballon, balle et intérieur

    Un professeur a donné un ballon à chaque élève, qui devait le gonfler, écrire son nom dessus et le lancer dans le couloir.

    Le professeur a ensuite mélangé tous les ballons.

    Les élèves ont eu 5 minutes pour trouver leur propre ballon.

    Malgré une recherche mouvementée, personne n'a trouvé son ballon.

    À ce moment-là, le professeur a dit aux étudiants de prendre le premier ballon qu'ils avaient trouvé et de le remettre à la personne dont le nom était écrit dessus.

    En 5 minutes, chacun avait son propre ballon.

    Le professeur a dit aux étudiants:

    «Ces ballons sont comme le bonheur. Nous ne le trouverons jamais si tout le monde cherche le sien. Mais si nous nous soucions du bonheur des autres ... nous trouverons le nôtre aussi.

  • De l'Anthropocène au Pyrocène : les méga feux

     

     

    Entretien — Climat

    Mégafeux : « Nous ne vivons pas seulement dans l’Anthropocène mais dans le Pyrocène »

     

    Mégafeux : «<small class="fine d-inline"> </small>Nous ne vivons pas seulement dans l'Anthropocène mais dans le Pyrocène<small class="fine d-inline"> </small>»

    Pour Joëlle Zask, auteure de « Quand la forêt brûle », les feux géants qui se multiplient dans le monde ne sont pas des phénomènes naturels. C’est bien le réchauffement climatique qui nourrit ces incendies et maintenant que ces derniers sont rentrés dans les villes, « on ne peut plus en faire abstraction ».

    Joëlle Zask enseigne au département de philosophie de l’université Aix-Marseille. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont Quand la forêt brûle (Premier Parallèle, 2019).

    Joëlle Zask.

    Reporterre — Que vous évoquent les incendies qui ravagent en ce moment l’Australie ?

    Joëlle Zask — Ces incendies vont au-delà même de tout ce que j’avais pu imaginer et décrire dans mon livre. C’est d’une gravité extrême. Le désastre est devant nous : plus les zones brûlées s’étendent et plus les feux deviennent intenses, moins la réversibilité de la situation semble envisageable. On parle de 500 millions d’animaux carbonisés. Des milliers de personnes sont obligées de se réfugier sur les plages pour éviter le brasier. On voit un pays littéralement partir en fumée. Cela crée un choc psychologique. Nous entrons dans une époque où les conséquences du réchauffement climatique sont particulièrement palpables. Le feu détruit non pas la planète, mais les conditions d’existence des êtres humains et de nombreux animaux sur Terre.

    Un autre aspect me révolte : l’attitude négationniste du Premier ministre Scott Morrison. Le gouvernement, qui a longtemps été climato-sceptique, refuse d’arrêter la production de charbon. Ces feux ne sont pourtant pas un phénomène naturel. Le croire est criminel.

    Du feu près du lac Conjola (Nouvelle-Galles du Sud), en Austalie.

    L’activité humaine est-elle ici en cause ?

    Indéniablement. Ces incendies sont nourris par le réchauffement climatique. L’augmentation des températures fait baisser le taux d’humidité, la végétation sèche et devient extrêmement inflammable. Les forêts sont aussi de plus en plus attaquées par des insectes ravageurs et des pathologies qui croissent avec la chaleur. En Californie, une région qui a connu aussi de nombreux incendies ces dernières années, un arbre sur dix est victime d’agents pathogènes, de virus ou de champignons. Les forêts sont malades, les écosystèmes fragilisés et donc plus vulnérables à des incendies. Avec la sécheresse et le réchauffement climatique, la saison des feux s’allonge. En Australie, il reste encore trois mois d’été. On n’est donc qu’au début de la catastrophe.

    Cette année a aussi été marquée par des feux en Amazonie, en Sibérie, au Portugal. On a l’impression que la forêt brûle partout. Est-ce inédit ?

    Non, cela fait plus de dix ans que le phénomène des feux s’est aggravé et que les incendies sont devenus hors norme. C’est notre perception qui a changé récemment. On a commencé à en parler, à les voir, à les conscientiser. On revient de loin. Quand j’ai commencé la rédaction de mon livre [Quand la forêt brûle], il y a trois ans, la vulgate disait que les incendies étaient bons pour la forêt, qu’ils la régénéraient.

    Les positions ont évolué depuis que les feux sont rentrés dans les villes, quand les habitants de Singapour ont commencé à suffoquer à cause des incendies en Indonésie ou que les gens de Sao Paulo étouffaient du fait de l’Amazonie en feu. En Australie, c’est parce que le brasier menaçait Melbourne et Sydney que les médias et les politiques ont commencé à s’emparer de la question. On ne peut plus en faire abstraction, l’incendie vient défier notre société urbaine, frapper à ses portes. Ses fumées entraînent de nombreuses maladies respiratoires et condamnent des dizaines de milliers de personnes à une mort prématurée. Canberra, en Australie, est désormais la ville la plus polluée du monde, avec un taux de pollution de l’air plus de 20 fois supérieur au maximum autorisé. Les gens s’empoisonnent. Désormais, on le sait. Avant le territoire des indigènes ou des ruraux brûlait en silence, sans susciter l’indignation. Ça prouve que pour se mobiliser contre le réchauffement climatique, il faut le vivre dans sa chair, ses tripes. C’est ce que découvrent aujourd’hui des populations urbaines partout sur la planète.

    Le 31 décembre 2019, en Nouvelle-Galles du Sud (Australie).



    Quels liens faites-vous entre ces multiples incendies à travers le monde ?

    Dans mon livre, je les ai rassemblé autour du terme de « méga feux ». Ces dernières années, le régime du feu a évolué. Les incendies sont devenus, selon les commentateurs, « extrêmes », « very large », « inextinguibles ». On parle de « monstre » en Australie, de « bête » en Californie. Ils sont incontrôlables. Quel que soit le nombre de personnes qu’on met sur le terrain, on ne peut plus les éteindre. On n’arrive même plus à protéger les logements. On fait simplement fuir les gens. La stratégie militaire qui déclare « la guerre au feu », à grand renfort de techno science, est impuissante.

    Les incendies éclatent partout. Même le Groenland a brûlé en 2017. Des plaines enneigées ont pris feu. À l’été 2018, c’était au tour de la Lettonie et de la Suède jusqu’au cercle polaire. On ne peut pas les arrêter. En Sibérie, il a fallu attendre le changement de saison et la pluie pour que les feux s’éteignent. En Corse, on a des saisons du feu qui durent cinq mois. 

    Certains scénarios de la Nasa envisagent un embrassement des terres émergées. Quand on regarde le planisphère des feux, on se rend compte que leurs foyers se rapprochent de plus en plus les uns des autres. On estime qu’en 2050, 50 % des municipalités françaises seront exposées aux méga feux. (On le voit cet été 2022)

    Comment les méga feux contribuent-ils au dérèglement climatique ?

    Ces feux sont d’une telle intensité qu’ils génèrent leur propre climat. Par exemple ils augmentent la vitesse des vents et peuvent même déclencher la foudre. Sans compter que leurs cendres se déposent sur les glaciers et précipitent la fonte des glaces. C’est ce qui se passe en ce moment même en Nouvelle Zélande, les glaciers ont pris une couleur caramel avec la cendre qui provient des feux australiens, et du coup vont moins réfléchir la lumière et fondre plus vite.

    Une utilisatrice de Twitter a posté cette photo de neige « caramélisée par la poussière des feux de forêts », près du glacier Franz Josef en Nouvelle-Zélande.

    Les méga feux libèrent aussi beaucoup de gaz à effet de serre. Ils doublent l’activité humaine. En 2018, les feux de Sumatra ont généré autant de gaz à effet de serre que l’activité économique des États-Unis tout entier. En 2019, les incendies en Sibérie émettent autant de dioxyde de carbone que 36 millions de voitures. Nous ne vivons pas seulement dans l’Anthropocène mais dans le Pyrocène. Le feu est responsable d’une accélération du réchauffement climatique.
     

    On parle beaucoup aujourd’hui d’adaptation au réchauffement climatique. En quoi les méga feux montrent-ils les limites de cette vision ?

    Les méga feux sont des voisins infréquentables. Ils balayent tout et créent le désert. On ne peut pas s’adapter à un incendie. En prônant l’adaptation au réchauffement climatique, les politiques révèlent leur impuissance à lutter contre ses causes.

    C’est absurde. Il faut imaginer que la surface qui a brûlé en Australie équivaut au quart sud-est de la France, de Marseille à Lyon. Le feu a vidé la population de ce territoire. Aucune adaptation n’est possible. La lutte contre l’incendie n’est pas non plus la solution. Reste alors la prévention.
     

    Des personnes évacuées de Mallacoota, en Australie, le 2 janvier 2020.

    Quelle est-elle ?

    Il faut évidement lutter contre les causes du réchauffement climatique mais aussi remettre en cause les croyances qui irriguent la pensée occidentale : l’idéologie qui voudrait soumettre la nature, la dominer, mais également le préservationnisme - c’est-à-dire l’idée selon laquelle les équilibres naturels et la présence humaine sont incompatibles, que la nature fait bien les choses, qu’il faut s’en retirer, la protéger en la sanctuarisant et en la mettant sous cloche. Au contraire, je pense qu’il faut prôner une sorte de coopération et de partenariat, développer un modèle de soin de la forêt où cette dernière ne serait pas uniquement vue sous l’angle de l’extractivisme.

    Concrètement, cela veut dire revenir à des pratiques menées par des peuples indigènes mais aussi par les paysans traditionnels. Monter la garde, débroussailler, habiter le territoire, faire des feux de surface pendant la saison des pluies. Devenir l’auxiliaire de la nature. Faire avec elle plutôt que contre. S’opposer à la nature, c’est la détruire mais c’est aussi détruire nos chances de vie sur la Terre.
     

    La gestion industrielle des forêts peut-elle être à l’origine de certains incendies ?

    Tout à fait. J’ai été frappée par les feux de forêt, totalement inédits, en Suède, à la fin de l’été 2017. C’était sidérant parce que l’on ne s’attendait pas à ce que des forêts boréales et même arctiques brûlent. Ces incendies ont révélé le fait que la Suède possédait une forêt à 70 % industrielle. Des plantations de pins, des monocultures uniformes qui appauvrissent les sols et affament les rennes qui manquent de lichens. Les méga feux se sont rapidement propagés du fait de l’extrême densité de ces pins et de la vulnérabilité de ces forêts industrielles. On voit la même chose se développer en Espagne ou au Portugal avec les plantations d’eucalyptus particulièrement inflammables. Le feu n’a donc rien d’un phénomène naturel, il est éminemment politique.

    Propos recueillis au téléphone par Gaspard d’Allens

    Quand la forêt brûle, de Joëlle Zask, Premier Parallèle, août 2019, 208 p., 17 euros.

  • L'esprit de tribu

     

    C'est le fond du roman que j'écris depuis des mois..."Le désert des Barbares"

    Dans le scénario d'un effondrement de la société, c'est l'esprit de "tribu" ou de "communauté" qui deviendra le seul moyen de survivre.

     

     

    Peut être une image de 5 personnes et plein air

    Lionel Dupont

    "Quand nous avons cessé d'être des tribus, l'unité a craqué. Nous pensions que le couple, ou le noyau familial allaient suffire, tandis que les amitiés et les cercles d'appartenance nous donnaient les miettes de cohabitation éphémères.

    La tribu est bien plus que des amis et des frères de sang. La tribu est l'appartenance spirituelle à une fraternité qui soutient et nous invite à soutenir. La tribu est l'endroit où les rôles naturels sont partagés, échangés et interagis.

    Les mères aujourd'hui maternent seules sans le groupe de confinement et de soutien. Les enfants ont des frères qui sont toujours les mêmes, ceux du sang, et les frères spirituels qui sont nombreux devraient jouer ensemble, en train de cocréer. Nous nous séparons en petites propriétés privées, courant d'un côté à l'autre pour trouver la subsistance du noyau familial.

    Le naturel c'est de se regrouper et pendant que certains sèment, d'autres éduquent, d'autres construisent, d'autres cuisinent, et au bon moment nous nous réunissons pour manger, célébrer, continuer à tribuer.

    Sans tribu, c'est comme un corps humain démembré essayant de fonctionner, chaque membre séparément.

    Nous devons retourner dans les tribus où les grands-parents sont dignes et les oncles sont tous. Le commerce, la propriété privée et l'individualisme nous ont arrachés comme des branches du tronc qui nous unit.

    Dans la tribu tous les dons sont les bienvenus, et les rôles rotatifs ne créent ni ennui ni saturation. Dans les tribus il y a tellement de frères et sœurs que le partage est délicieux et les modèles alternent.

    Maintenant, on commence à utiliser le vieillissement entre amis, et c'est apprécier la tribu. Nous pouvons commencer plus tôt et donner aux enfants un environnement sain où le partage est naturel et où il y a de nombreuses références à apprendre.

    La tribu : c'est pour créer l'amour."

     

     

     

    LE DESERT DES BARBARES

    Martha dormait, la tête sur l’épaule de Moussad.

    « Ils sont morts, annonça-t-il en murmurant lorsqu’il rejoignit le groupe. Martha s’était cachée. »

    Tristan prit la petite fille dans ses bras, son corps lourd, profondément endormi. Anne posa la main sur son épaule.

    « On va l’installer dans la chambre. Je vais la veiller.»

    Kenza enlaça Moussad qui déposa un baiser dans son cou.

    « Je vais bien, » souffla-t-il à son oreille. 

    Il déposa le sac qu’il avait porté sur la poitrine, il sortit la gourde et se déshydrata.

    « Tout était fini là-bas, il n’y avait plus personne, raconta-t-il au groupe. Ils ont mis le feu à la maison, je pense que les corps de Jean et Delphine y étaient, je ne les ai pas trouvés. Martha était cachée à l’orée de la forêt, elle m’a reconnu. Elle m’a dit qu’il y avait quatre voitures, des 4X4 et le dernier avait une remorque. Jean a dit à Martha de partir se cacher dans la forêt. Elle a entendu des coups de feu. Elle avait une cabane où elle allait jouer parfois. Elle s’y est cachée. Elle les a attendus puis elle s’est endormie et ce matin, elle est retournée à la ferme. Elle m’a vu quand je tournais sur le terrain. Ils ont tué et emporté toutes les chèvres, c’est pour ça qu’ils avaient une remorque. J’ai trouvé les corps des deux chiens. Martha voulait qu’on les enterre. Je m’en suis occupé. La petite était épuisée, elle a beaucoup pleuré. Elle a compris que ses parents sont morts. Elle a du courage. »

    Ils s’étaient tous regroupés dans la salle commune. Tristan avait pris son tour de garde.

    « Ils viendront ici aussi, on est connu dans le coin et les pillards sont toujours des gens du pays. En tout cas, au début. Ils vont chercher tous les lieux où ils pourront trouver de la nourriture et tout ce qu’ils pourront revendre. Le carburant, le matériel agricole, les voitures, les groupes électrogènes, les batteries des panneaux solaires. En ville, il ne doit plus y avoir grand-chose à voler. C’est maintenant que ça va devenir le plus dangereux pour nous. »

    Sophie avait pris la parole et comme à chaque fois, Tian observa le groupe. Il était fasciné par l’écoute de tous.

    «  Ils cherchent de la nourriture, c’est facile de s’en prendre aux fermes isolées. Mais ils ne savent pas qu’on est tous armés. Jean n’avait que son fusil de chasse. Aucune chance contre un groupe entier. »

    Quelques instants de silence. Chacun dans les pensées sombres, un scénario dramatique qu’ils ne voulaient pas connaître.

    « Il faudra deux gardes en permanence. Un à mi-parcours de la piste, au niveau du dernier virage, un autre à l’entrée du hameau. Si un groupe passe, le premier guetteur laisse passer le dernier véhicule et il déclenche les hostilités. Pas de sommations. Il faut les prendre tout de suite entre deux feux. C’est eux ou nous. Dites-vous qu’un mort parmi eux, c’est un vivant parmi nous. Le premier guetteur devra prendre la radio, le second poste restera ici sur écoute en permanence. Didier, tu surveilles l’alimentation des deux.»

    Louna était estomaquée. Non pas par les paroles de Sophie mais par l’adhésion totale du groupe à tout ce qu’elle disait. Elle réalisa combien elle admirait cette femme, sa détermination, son pouvoir de décision, la clarté de ses interventions. Là, dans le scénario détaillé, comme dans tout ce qu’elle avait pu entendre depuis qu’elle était arrivée.

    Sophie écoutait les remarques, les analysait, les commentait mais au final, c’est ce qu’elle proposait qui était toujours retenu.

    « Je rappelle à tous qu’en plus de votre arme à feu, vous devez toujours avoir un poignard avec vous et que vous ne devrez avoir aucune hésitation à vous en servir. Rappelez-vous toujours ce que Moussad nous a appris. Dans une situation de combat, celui qui hésite est mort. Si vous disposez de deux secondes pour tuer un ennemi, n’en prenez pas trois.

    -Sophie ?

    -Oui, Tian.

    -Louna et moi, on n’a pas d’arme à feu et on n’a jamais appris à tirer.

    -Moussad vous donnera un pistolet et des balles mais il est trop tard pour apprendre. Des coups de feu seraient entendus. On ne peut pas prendre ce risque. En cas de coup dur, vous resterez à l’abri avec Martha. Est-ce que vous avez un poignard ?

    -On a un couteau chacun mais c’est pareil, on n’a jamais appris à se battre.

    -Moussad, tu t’occuperas de leur donner quelques rudiments.

    -Ok, on commence aujourd’hui, répondit Moussad. 

    -Louna et Tian, reprit Sophie, j’ai bien conscience que vous puissiez être choqués par mes propos. Vous n’avez certainement jamais envisagé de devoir vous battre pour survivre. Pour nous, c’est une évidence que ça devait arriver et on s’est préparé à ça. Ce que vous avez vu jusqu’ici, c’est l’aspect tranquille du mode survivaliste. L’autonomie alimentaire, énergétique, l’eau, l’élevage, l’entraide, le bricolage, la récupération. Tout ça, c’est bien joli, ça fait un peu baba-cool et nouveau monde, ça fait rêver. Mais il y a un autre aspect qui ne doit pas être occulté. Et c’est malheureusement ce que Jean et Delphine n’ont pas voulu entendre. Ne survivront que ceux qui sont en groupe parce que dans le chaos, il y a inévitablement des bandes armées qui ne respectent plus rien. Si Martha avait été attrapée, il faut imaginer qu’elle aurait été violée avant d’être tuée et j’espère que Jean et Delphine ont été rapidement abattus.»

    Une voix monocorde, le silence dans la salle.

    « On s’est regroupé ici pour survivre ou en tout cas se donner une chance d’y parvenir. Le monde a basculé dans le chaos, c’est une certitude, nous avons des informations suffisantes pour n’avoir aucun doute. Le monde d’avant est en train de disparaître. Je sais Louna que tu pleures ta mère mais maintenant, il faudra te battre pour ne pas pleurer ton père ou Tian. Et nous ferons tout notre possible pour ne jamais avoir à te pleurer. Voilà ton monde désormais. Notre groupe, rien d’autre. »

     

  • Raid à vélo

    Voilà vingt ans qu'on fait nos raids à vélos avec des VTT, bien lourds et cette année, on a décidé d'investir dans de nouvelles montures.

    Le magasin "La boîte à vélos" de Guéret nous a confectionné deux vélos de voyage sur mesure. Des merveilles. Une équipe au top, de très bons conseils et ils se sont sacrément démenés pour pouvoir nous livrer les vélos avant l'été malgré toutes les ruptures de stock. 

    Voilà donc notre premier raid effectué, le tour de la Creuse. Cinq jours, 400 km, 4600 mètres de denivélée. La Creuse, c'est très vallonné. Et c'est magnifique. 

    On est en autonomie, tente, duvets, vêtements, réchaud, popote, des bouteilles d'eau etc... Les bivouacs, c'est notre bonheur. La Creuse regorge de ruisseaux et d'étangs et ça nous suffit pour nous rafraîchir après une journée à pédaler. Un pré, une lisière de forêt, c'est tout ce qu'il nous faut.

    Les petites routes empruntées sont très peu fréquentées et de toute façon, les locaux sont très respectueux des cyclistes.

    La gentillesse des Creusois, on a encore pu l'apprécier pleinement. De belles rencontres avec des gens du terroir et des discussions passionnantes. Voyager à vélos, c'est le gage d'une curiosité sympathique de la part des habitants et des commerçants. Les Creusois entendent tellement dire qu'ils habitent dans le trou .... du monde que lorsqu'on leur clame notre amour pour ce département, ils sont heureux. 

    Trente euros de dépense par jour par personne, uniquement en alimentaire. C'est certain que l'investissement dans les vélos est conséquent mais c'est pour des années, tant qu'on pourra pédaler. Donc, le voyage à vélo, c'est économique.

    Et puis, c'est là qu'on sent une terre, qu'on l'entend, qu'on la respire, qu'on la voit réellement. 

    "On n'arrête pas le vélo parce qu'on devient vieux mais on devient vieux quand on arrête le vélo." 

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  • Sécheresse encore et toujours.

    L'eau manque. De plus en plus tôt dans l'année. 

     

    Gorges du Verdon: les activités touristiques menacées par la sécheresse

     

    Mis en ligne le 30/06/2022 à 11:51

    En ce début d’été, les Alpes-de-Haute-Provence, très prisées des touristes européens, ont l’impression de « toucher du doigt » le réchauffement climatique.

    FRANCE-ENVIRONMENT-TOURISM-DROUGHT

    Des gorges du Verdon sans rafting cet été faute d’eau, un lac réduit à peau de chagrin: en ce début d’été, les Alpes-de-Haute-Provence, très prisées des touristes européens, ont l’impression de « toucher du doigt » le réchauffement climatique.

    Au bord de la plage du lac de Castillon, enserré entre les montagnes alpines à 900 mètres d’altitude, il ne reste même pas 40 cm de fond. L’eau a reculé comme sous l’effet d’une grande marée.

    « Quand on voit ce spectacle, ça donne pas envie », admet tristement Serge Prato, le maire de Saint-André-les-Alpes, un village de quelque 980 habitants qui vit en partie du tourisme.

    La mort dans l’âme, le maire s’apprête à interdire la baignade car le niveau d’eau du lac est cinq mètres au-dessous de la cote habituelle.

    Le parc aquatique n’ouvrira pas. Et le ponton où se louent les bateaux électriques et autres pédalos a les pieds à sec.

    « On va même pas faire le quart de notre chiffre d’affaires. Les touristes sont déjà énervés (Oh les pauvres, ils n'ont pas d'eau pour leur trempette...On voit le niveau de conscience de ces gens...Effrayant) et quand il y aura beaucoup de monde, qu’est-ce qu’on va pouvoir leur proposer ? », se désespère Inès Flores, responsable de la base nautique Bike Beach.

    « En quelques décennies, on est passé d’une sécheresse tous les cinq ans, à trois sécheresses tous les cinq ans », explique Claude Roustan, président de la fédération de la pêche de ce département du sud-est de la France.

    Découvrir plus de vidéos

    Avec le réchauffement climatique, l’intensité et la fréquence des épisodes de sécheresse risquent encore d’augmenter même si le monde parvient à limiter la hausse des températures à +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, selon les experts de l’ONU pour le climat.

    Déjà comme une fin d’été

    Dans ce coin des Alpes françaises, un hiver avec peu de pluie et de neige sur le Val d’Allos a créé une situation hydrologique « historique », explique Olivier Savoye, délégué territorial pour la compagnie électrique EDF pour le Verdon.

    Barrages et lacs artificiels ont été aménagés sur cette rivière au XXe siècle afin d’assurer une production d’électricité ( Je rappelle qu'une vingtaine de centrales nucléaires sont en arrêt pour maintenance (de la rouille...). Il y en aura d'autres par manque d'eau pour le refroidissement. ) mais aussi l’alimentation en eau de la Provence jusqu’à Marseille et son irrigation.

    Avec leurs eaux émeraude, les cinq lacs et les gorges - le plus grand canyon d’Europe - sont aussi devenus de hauts lieux des loisirs nautiques avec un million de touristes par an dont beaucoup de Néerlandais, Belges ou Allemands. Mais cette année, les activités y seront réduites.

    EDF, qui a maintenu un débit minimum dans le Verdon pour préserver la faune, ne fera pas de lâchers d’eau dans les gorges, compromettant pour la première fois toute une saison de rafting.

    Le célèbre lac de Sainte-Croix est lui à un niveau de fin d’été. Les activités nautiques sont pour l’instant maintenues mais qu’en sera-t-il en août ?

    Plus au Nord, sur le lac de Serre-Ponçon, plus grand lac artificiel de France, les activités de nautisme (9 plages, 15 bases nautiques, 12 ports) tout comme l’agriculture sont menacées, s’inquiète la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui promet d’aider à adapter les structures à ces « nouveaux enjeux du dérèglement ».

    « Il faut que les habitants comme les touristes aient conscience de cette situation exceptionnelle », insiste la préfète des Alpes-de-Haute-Provence, Violaine Démaret. ("Conscience" ? pas pendant les vacances, c'est inimaginable...)

    « Changer »

    Il faudra aussi encourager les activités annexes (VTT, randonnée) dans ce pays de la lavande, même si l’incendie récent de 1 800 hectares dans un camp militaire proche a rappelé que la sécheresse fragilise aussi la végétation.

    « Est-ce qu’on va réussir à la fois à faire de l’électricité, de l’agriculture, du raft et du kayak? », s’interroge Jacques Espitalier, vice-président du Parc naturel régional du Verdon.

    « On est dans le pays de Manon des sources (le roman de Marcel Pagnol) mais ce n’est pas chacun sa source et son eau », insiste Violaine Démaret au moment où certains hameaux aux sources taries doivent être ravitaillés en eau potable. (Et c'est là qu'on voit pourquoi le rejet du tourisme de masse n'en est qu'au début)

    Chaque acteur devra faire des concessions: EDF a « sacrifié » sa production hydroélectrique depuis six mois pour préserver les autres usages, explique Mme Démaret.

    « A quoi bon accorder des permis de construire si on a des problèmes d’eau? », réfléchit à haute voix le maire de Castellane, Bernard Liperini qui hésite désormais à attirer 500 personnes de plus sur sa commune de 1 600 habitants comme il l’envisageait.

     

    L'Italie frappée par la sécheresse : "Cela fait trois mois qu'il ne pleut pas ici", témoigne un maraîcher du Sud du pays

     

    Tout le pays est confronté à un manque d'eau en cette fin juin et les agriculteurs soumis à des restrictions d'irrigation. Nous avons rencontré des producteurs de fruits qui ont déjà perdu une bonne partie de leurs récoltes.

    Article rédigé par

    Bruce de Galzain

    Radio France

    Publié le 30/06/2022 08:28Mis à jour le 30/06/2022 08:29

     Temps de lecture : 2 min.

     (PIERO CRUCIATTI / AFP)

    (PIERO CRUCIATTI / AFP)

    Fabiano Santapria marche sur les feuilles sèches de ses pastèques. Ce maraîcher de la province de Latina, dans le Sud de l'Italie, a une petite exploitation de quatre hectares et cultive ses fruits sous serre mais ils ont besoin de beaucoup d'eau et en continue. En raison de la sécheresse qui sévit dans tout le pays et des fortes chaleurs - juqu'à 43 degrés en Sicile - l'eau est désormais rationnée pour les agriculteurs. Ce mercredi 29 juin, Fabiano est autorisé à arroser, alors il ouvre les vannes.

    >> Après l'hiver le plus sec depuis 65 ans, le nord de l'Italie au bord de "l'extrême urgence sécheresse"

    L'eau coule en abondance mais demain le fournisseur coupera l'alimentation 24h pour faire des réserves, dimanche aussi. À quelques kilomètres, les coupures sont quotidiennes mais seulement 6 heures. L'impact est immédiat pour Fabiano : "Cette année nous avons déjà 20% de pertes au moins, en terme de quantité mais aussi de qualité car sans eau la pastèque est plus farineuse. Et vous voyez juste-là j'ai un terrain sur lequel je voulais planter des courgettes mais sincèrement sans la garantie d'avoir de l'eau je ne peux pas. Cela fait trois mois qu'il ne pleut pas ici".

    L'Italie manque de réservoirs d'eau

    Le président de la section locale du syndicat agricole Coldiretti n'a jamais vécu une telle situation, avec des coupures d'eau anticipées d'un mois par rapport à la dernière grande sécheresse. À ces restrictions, s'ajoute le coût du transport de l'eau car l'énergie est plus chère et c'est l'agriculteur qui paie, explique Denis Carnello : "On parle de 30 à 35 centimes du mètre cube, c'est énorme par rapport aux années passés, on payait moins de 20 centimes. Donc ça a quasiment doublé... Et en plus on n'a même pas de service fiable, ce n'est pas de la faute du fournisseur mais bien du manque d'eau".

    En revanche, les compagnies des eaux et les pouvoirs publics ont bel et bien une responsabilité dans l'acheminement de l'eau car les conduites fuient et pas qu'un peu, affirme Anna Gianetti, la président de la ligue de l'environnement Legambiente locale : "70,3% : c'est le taux énorme de fuite de notre réseau d'eau. C'est dû notamment au vieillissement des infrastructures. Notre compagnie des eaux a un plan d'investissement mais il est clairement insuffisant. Imaginez qu'au niveau national on est à 40% de pertes, nous, ici, on est a presque deux fois plus que la moyenne nationale !" L'Italie manque aussi cruellement de réservoirs d'eau, ils ne collectent que 11% des eaux de pluie.

    Espagne et Portugal en février...

     

    Ils se plaignent mais on voit quand même un arrosage de cultures en plein soleil...Du grand n'importe quoi...Et quand je fais une recherche, on voit le même genre de reportages depuis des années. Avant, c'était en août, maintenant, c'est en juin. Mais rien ne change au niveau de la prise de conscience. Les gens râlent et c'est tout...

     

    Les Américains et leur arrosage de pelouse...Population d'inconscients et d'irresponsables. 

     

  • Rejet du tourisme de masse (2)

    On a remonté ces gorges lorsque les enfants étaient jeunes, il y a une vingtaine d'années. C'était en plein été. On n'a vu personne. Pas un seul randonneur... Cinq heures de marche dans l'eau, certains passages à la nage, à contre courant. C'était même un peu engagé vu le débit de la rivière. Il y avait eu un orage deux jours avant...On maîtrisait. J'avais mon matériel d'escalade s'il avait fallu sortir par la falaise. 

    Un lieu magnifique, sauvage. 

    Et aujourd'hui...

    On connaît plusieurs autres gorges du même type, dans des endroits perdus, inconnus. Il faut chercher, sans chemin, sans road book, à travers la végétation en suivant les sentes des animaux. On n'en parle plus. Jamais, à personne. C'est la seule raison pour laquelle il n'y a plus de récits de nos sorties sur ce blog. 

     

    Sur le tourisme de masse :

    Tourisme de masse (1)

    Tourisme de masse (2)

    Tourisme de masse (3)

    Tourisme de masse (4)

    Méditerranée : tourisme, industrie, pollution.

    Sur le tourisme

     

     

     Les gorges du Toulourenc étouffent, un maire interdit l'accès à la rivière

     

    Mercredi 22 juillet 2020 à 16:04 - 

    Par France Bleu VaucluseFrance Bleu Drôme Ardèche

    Saint-Léger-du-Ventoux

    Le maire de Saint-Léger-du-Ventoux interdit l’accès aux gorges du Toulourenc (Vaucluse) pour préserver ce site classé Natura 2000 au pied du Ventoux. La qualité de l'eau est dégradée par la surfréquentation. Les poissons et insectes aquatiques fuient. Un garde pourrait filtrer les visiteurs.

    La surfréquentation du Toulourenc étouffe la rivière l'été

    La surfréquentation du Toulourenc étouffe la rivière l'été © Radio France - Philippe Paupert

    Les gorges du Toulourenc étouffent. Cet espace naturel protégé derrière le Ventoux est pris d'assaut chaque été par des vacanciers qui transforment la fragile rivière en piscine. L'eau de la rivière est dégradée par cette surfréquentation. Les poissons, les insectes aquatiques fuient, les scientifiques mettent en garde.  

    Le maire de Saint-Léger-du-Ventoux vient d'interdire l'accès aux gorges du Toulourenc.

    Accès interdit, mais touristes irresponsables

    La baignade, la promenade... tout est interdit dans les gorges du Toulourenc quand on vient de Saint-Léger-du-Ventoux. Le maire Eric Massot ne supporte plus la foule. Il souhaite limiter la surfréquentation avec son arrêté municipal : "ça fait 10 ans qu'on en parle. On voit la fréquentation augmenter chaque année, c'est catastrophique pour ce patrimoine naturel" mais les baigneurs ne respectent pas l'interdiction. 

    Laudine est venue de la Vienne pour se baigner. Elle montre des truites fario piégées dans un creux à quelques centimètres de la serviette de cette touriste complètement ignorante des dangers qu'elle fait courir à la fragile nature du Toulourenc . "Je ne savais pas, s'exclame-t-elle en riant. Je ne sais pas en quoi elle est fragile. Il y moins d'eau dans le Toulourenc mais c'est pour d'autres raisons que le tourisme. Le tourisme n'est pas le principal responsable."

    Les baigneurs dégradent l'eau du Toulourenc

    Moins d'eau, davantage de baigneurs, "l'eau du Toulourenc se dégrade", explique Eric Massot, le maire Saint-Léger-du-Ventoux : "quand les gens se baignent, la crème solaire se dilue dans l'eau ce qui nuit aux poissons et petits animaux. Au niveau du pont de Veaux (Malaucène), l'eau n'est pas bonne pour la baignade." 

    Julie est venue de Carpentras avec ses enfants : "on déplace des cailloux, on fait des barrages, on saute, on plonge" Chaque fois qu'on marche ou qu'on bouge des pierres du Toulourenc pour créer de minuscules barrages, on dégrade davantage la rivière. Juliette Chassagnaud est en charge de cet espace Natura 2000 : "les sédiments vont se remettre en suspension. L'eau va se réchauffer, les algues vont se développer. Toutes les espèces aquatiques, les insectes, les poissons vont fuir cet espace. Chaque barrage va piéger des poissons. L'eau va stagner et sa qualité va se dégrader. On étouffe le Toulourenc par cette surfréquentation".

    Le Toulourenc étouffe, il ne faut plus fréquenter les gorges l'été

    En trois ans la fréquentation a été presque multiplié par quatre. Le Toulourenc est en danger Juliette Chassagnaud est en charge de cet espace Natura 2000 pour le futur parc naturel du Ventoux : "on est très inquiet. La surfréquentation provoque un stationnement anarchique des voitures le long des routes et même dans les parcelles privées, notamment les vignes. Certains vacanciers vont aussi laisser leur déchets sur place. Il ne faut plus fréquenter le Toulourenc en période estivale. Le site étouffe." 

    Un garde pour compter les visiteurs du Toulourenc ?

    Le maire de Saint-Léger-du-Ventoux a donc interdit l’accès aux gorges. Eric Massot envisage de compter les visiteurs l'année prochaine et d'installer un ou plusieurs gardes : "on définit un nombre de personnes par jour. Quand on atteint ce nombre, on ferme. Il faut qu'on puisse mettre un garde qui compte pour réguler le nombre de personnes dans les gorges du Toulourenc. Ca sera le seul moyen pour garder notre patrimoine intact". 

    Des travaux devraient aussi débuter à l'automne pour réduire les parkings d’accès aux gorges du Toulourenc.

    Le Toulourenc étouffe l'été

    Chaque barrage sur le Toulourenc piège les poissons et réchauffe l'eau

    Chaque barrage sur le Toulourenc piège les poissons et réchauffe l'eau © Radio France - Philippe Paupert

    La surfréquentation des gorges provoque un stationnement anarchique prés du Toulourenc

    La surfréquentation des gorges provoque un stationnement anarchique prés du Toulourenc © Radio France - Philippe Paupert

    Bouger ds pierres ou construire des barrages fragilise la faune du Toulourenc, site Natura 2000

    Bouger ds pierres ou construire des barrages fragilise la faune du Toulourenc, site Natura 2000 © Radio France - Philippe Paupert

    La fréquentation a été multiplié par quatre en quelques années : le Toulourenc étouffe l'été

    La fréquentation a été multiplié par quatre en quelques années : le Toulourenc étouffe l'été © Radio France - Philippe Paupert

  • Rejet du tourisme de masse

    Ce mouvement de contestation prend de l'ampleur et personnellement, je trouve ça très bien. Les dégâts sur les lieux mêmes sont très importants. Et on peut rajouter bien entendu l'empreinte carbone liée aux innombrables voyages en avion.

    Ce temps-là est révolu à moins que ces gens considèrent qu'ils ne sont pas concernés par l'état de la planète et les atteintes à la biodiversité.
    je trouve totalement consternant qu'il y ait encore autant de gens à se payer des croisières quand on sait la pollution générée par ces bateaux. Même chose avec l'avion bien entendu. 

    Sur place, ce sont les piétinements, les déchets, le bruit, la pollution des eaux, la bétonnisation, la déforestation, le déplacement forcé des populations autochtones. Il est impossible de dire : "je ne savais pas". Il conviendrait plutôt de dire "je m'en fous".Là, ça serait la vérité.

    Pendant des années, j'ai partagé sur Facebook et sur mon blog des photos et des descriptifs de nos sorties en montagne, de nos raids à vélo, des sommets en ski de randonnée, des sorties en raquettes à neige. Je ne mets plus rien. Je ne veux pas participer à ça. Sur Facebook, j'ai effacé tout l'historique. Ici également pour ce qui concerne les descriptifs. 

    Je suis allé mettre le feu aux poudres sur un groupe Facebook où les gens viennent partager leurs itinéraires. Je me suis fait incendier, accusé d'être un égoïste, un profiteur des beautés de la nature qui veut les garder pour soi. Non, je souhaite juste qu'elles restent dans le meilleur état possible. Et tout ce qui contribue au tourisme de masse va à l'encontre de cet objectif. Et d'ailleurs, les plus beaux itinéraires qu'on a connus sont ceux qu'on a découverts tout seul parce que la notion d'engagement et d'avenure était total. Mais qui a encore envie d'aventure dans un monde ultra sécuritaire ? Voilà la question...

    La calanque d'En Vau en photo ci-dessous, je l'ai connue quand j'avais seize ans. Un stage escalade organisé par le club de Brest où j'étais affilié. On est venu aux vacances de la Toussaint. On était seul. Une dizaine de grimpeurs. J'y suis revenu en été deux ans plus tard et même en période estivale, il y avait très peu de monde. On voit ce qu'il en est aujourd'hui. J'imagine bien le nombre de déchets abandonnés partout. Et l'état des sentiers ravagés par des millions de pieds.

    La croissance démographique et le fait qu'un très gros pourcentage de la population a une voiture et le partage sur les réseaux sociaux et les offices de tourisme. Beaucoup de causes pour des conséquences dévastatrices parfois. 

    C'est désolant pour ce merveilleux site naturel mais d'un autre côté, il n'y a toujours personne dans des tas d'autres lieux que nous connaissons. Et dont je tairai le nom...

    Calanques : surfréquentation du parc et accès limité en 2022

     

    Par Volodia Petropavlovsky

    Publié le 23 juillet 2021 à 20:22

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    Victime de son succès, la calanque de Sugiton sera accessible sur inscription. Une décision qui s’inscrit dans une stratégie de « démarketing » du parc surfréquenté. 

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    ©ydecaseneuve - wikimedia commons

    Le site attire trop de monde : l’an dernier, ils étaient près de 2500 par jour à se rendre à la calanque de Sugiton,  « menaçant la pérennité du couvert végétal est menacée, comme la régénération de la pinède », et laissant de nombreux déchets sur place. Face à cette sufréquentation, le parc national des Calanques a décidé de limiter l’accès à Sugiton à partir de 2022. Si les modalités ne sont pas encore clairement définies, l’on sait déjà que, dès février ou mars prochain, il faudra réserver son entrée gratuitement. Ce pass sera obligatoire pour les touristes comme pour les locaux, et réservable quatre semaines à l’avance. Avec cette mesure forte (une première pour un parc national français), le jauge devrait s’abaisser à 400 ou 500 personnes maximum par jour. 

    Seul le fond de la calanque sera soumis à cette autorisation, les sentiers en hauteurs devraient être toujours libres d’accès.

    Une stratégie de démarketing du parc 

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    © capture d’écran.- parc national des Calanques

    Créé en 2012, le parc national des Calanques accueille chaque année près de 3 millions de visiteurs, contre 1 million il y a une dizaine d’années. Cet afflux de masse, particulièrement l’été, s’est accentué depuis le début de la pandémie. « La crise sanitaire a joué un rôle primordial et a donné envie aux gens de renouer avec la nature. On s’est retrouvé avec des phénomènes nouveaux comme la queue pour accéder à la plage d’En Vau », explique Zacharie Bruyas, en charge de la communication du parc, à France Télévisions. 

    Un attrait renforcé par les réseaux sociaux selon le parc, notamment les post instagram de mer turquoise et de paysages paradisiaques. Depuis l’hiver dernier, un stratégie de « démarketing » est à l’œuvre, autant pour faire prendre conscience aux usagers de la fragilité du milieu que pour dissuader un grand nombre d’entre eux de s’y rendre. 

    Dans l’onglet « plages et baignade » du site web du parc, on peut par exemple lire les descriptions suivantes : 

    « Massif montagneux en bord de mer, les Calanques offrent peu de plages. Situées au creux des criques, dénuées d’équipements, elles sont souvent difficiles d’accès, exiguës et prises d'assaut pendant la période estivale. »

     

    « Tous les lieux de baignade populaires du Parc national sont difficiles d’accès, de taille réduite et surfréquentés en été. Vous n’y trouverez ni commerces, ni points d’eau, ni toilettes, ni poubelles. » 

     

     

    4 nouveaux mouvements de contestation contre "le tourisme qui détruit le monde"

    "La montée du ressentiment contre les touristes est un problème à prendre au sérieux" avance le secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme.

     

    Eddy FougierPolitologue, consultant

    "Le tourisme détruit le monde!", c'est ce que l'on pouvait lire sur les planches protégeant la vitrine d'une agence de voyages locale à Valence dans la Drôme où s'étaient réunies le 2 février plus de 5000 personnes dans le cadre des mobilisations hebdomadaires de gilets jaunes. Jusqu'alors, lorsque l'on pensait contestation de l'activité d'entreprises et d'autres acteurs économiques, on pensait aux activités extractives, au nucléaire, à l'agrochimie, aux biotechnologies (OGM), à la finance ou encore à la "malbouffe", mais assez peu au tourisme, a fortiori dans un pays qui s'enorgueillit d'être la première destination mondiale du tourisme international. Est-ce en train de changer?

    On ne peut pas dire à proprement parler que l'on assiste à un tourismebashing en France, mais on peut tout de même remarquer à propos de ce secteur que l'on retrouve les quatre formes de critiques courantes des activités des entreprises. Certaines de ces critiques relèvent de la "tourismophobie", pour reprendre l'expression de Paul Arseneault, c'est-à-dire d'un rejet de l'industrie touristique, de ses partenaires institutionnels (administration publique, municipalité, offices du tourisme) ou commerciaux (hôtels, AirBnb, transporteurs), tandis que d'autres prennent la forme d'une "touristophobie", soit d'un rejet des touristes en tant que tels, ce rejet pouvant aller jusqu'à des agressions dans certains cas.

    On a ainsi pu voir émerger ces dernières années en France, comme ailleurs, quatre formes de contestation du développement de l'activité touristique de masse. La première de ces critiques est de nature intellectuelle. Elle est émise par des chercheurs et des universitaires. Elle peut être indirecte, à l'instar de ces chercheurs de l'université de Sydney qui ont publié en 2018 une étude dans la revue Nature Climate Change sur la base d'une évaluation des émissions de gaz à effet de serre du secteur touristique (qui représenteraient 8% du total des émissions de GES), ou bien plus directe. Certains universitaires développent, en effet, une critique d'ordre éthique du tourisme. C'est le cas du sociologue Rodolphe Christin, auteur d'un Manuel de l'anti-tourisme (Editions Ecosociété, 2018), de L'Usure du monde. Critique de la déraison touristique (Editions L'échappée, 2014) et qui a co-dirigé avec Philippe Bourdeau un ouvrage collectif intitulé Le tourisme: émancipation ou contrôle social? (Editions du Croquant, 2011).

    La seconde forme de contestation émane du monde des ONG et des associations à l'instar des associations britanniques Tourism Concern, qui publie notamment un Guide du voyage éthique, ou The Travel Foundation ou en France, de l'Association pour le tourisme équitable et solidaire. Ces associations jouent un rôle de "vigie éthique" face à un certain nombre de dérives du tourisme de masse et tendent à défendre un tourisme durable ou un tourisme équitable et solidaire. Cette critique peut être aussi le fait d'autres types d'associations qui ont été amenées à s'intéresser au tourisme, comme des associations environnementalistes –l'association France nature environnement (FNE) a publié en 2015 une étude dans laquelle elle estimait qu'un paquebot à l'arrêt polluait autant qu'un million de voitures (en termes d'émission de particules fines et de dioxyde d'azote), l'ONG allemande Nabu a, quant à elle, mesuré les émissions de particules fines des paquebots à Marseille et l'ONG World Animal Protection a dénoncé les selfies de touristes pris avec des animaux sauvages qui feraient l'objet de maltraitance.

    La troisième est une critique des activités ou de projets de nature touristique à un échelon local par une partie des riverains dans une logique de type NIMBY (Not In My Back Yard, pas dans mon arrière-cour ou à côté de chez moi), et notamment par des agriculteurs qui voient une partie de leurs terres expropriées, mais aussi par des élus locaux. Des habitants de grandes villes comme Barcelone, Venise ou Dubrovnik se sont, en effet, mobilisés depuis 2015-2016 contre les effets d'un "surtourisme": détérioration des lieux visités, nuisances diverses (bruit, pollution, incivilités), impact sur le prix des loyers, etc. En France, on a pu voir un tel phénomène à Marseille où des habitants des quartiers nord, notamment réunis dans l'Association Cap au Nord, se plaignent de l'impact environnemental des grands paquebots de croisière. Une partie des riverains se sont opposés également à divers projets de nature touristique –projet de Center Parcs en Forêt de Poligny dans le Jura ou à Roybon en Isère (projet actuellement bloqué), de station de ski sous dôme à Elancourt dans la région parisienne (projet qui a été abandonné), de parc à thème autour du roi Arthur (Avalonys) à Guipry-Messac en Ille-et-Villaine (projet abandonné dans ce lieu) – ou à des projets visant à attirer de nombreux touristes, comme Europacity, un projet d'espace commercial et de loisirs dans le triangle de Gonesse comprenant notamment des hôtels et des restaurants. Enfin, des élus locaux ont à plusieurs reprises dénoncé l'impact du développement des locations meublées saisonnières de type AirBnb dans leur ville, notamment sur la disponibilité des logements pour la location, sur les prix des loyers et la désertification des centre-villes. Ce fut le cas d'Anne Hidalgo à Paris, comme des municipalités d'autres villes comme Amsterdam, Barcelone, Berlin ou Londres.

    Enfin, la quatrième forme de contestation correspond à des actions directes menées par des individus ou des groupes radicaux contre des activités ou des projets touristiques dans une logique généralement anticapitaliste. En France, cela concerne plus particulièrement des projets touristiques assimilés par ces activistes à ce qu'ils appellent des "grands projets inutiles imposés". Le cas le plus emblématique est bien évidemment celui du projet de Center Parcs à Roybon qui a été bloqué depuis 2014 à la fois d'un point de vue pratique avec la mise en place par ces activistes d'une Zone à défendre (ZAD) et d'un point de vue juridique. Ces actions de blocage, voire de sabotage, peuvent concerner aussi des projets susceptibles de favoriser les flux de touristes, comme des aéroports (Notre-Dame-des-Landes) ou des lignes de TGV (par exemple la ligne Lyon-Turin). À l'étranger, des actions directes antitouristiques quelquefois violentes ont pu être menées notamment en Espagne ou aux Etats-Unis. Le groupe anticapitaliste et indépendantiste catalan Arran a perpétré des actes de vandalisme contre des installations touristiques ou des actions "coup de poing" dans des lieux touristiques: prise d'assaut d'un bus de touristes à Barcelone ou irruption dans un restaurant à Palma de Majorque avec un déploiement de banderoles, des jets de confettis et l'utilisation de fumigènes. Aux Etats-Unis, un groupe animaliste radical a provoqué en 1998 un incendie de cinq bâtiments et de quatre remonte-pentes dans une station de ski du Colorado pour dénoncer un projet d'extension de la station dans une zone d'habitat naturel du lynx d'Amérique du Nord.

    Tout ceci reste néanmoins très minoritaire. Mais, on ne peut qu'être d'accord avec Taleb Rifai, le secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), lorsqu'il affirme que "La montée du ressentiment contre les touristes est un problème à prendre au sérieux", d'autant plus si ce rejet du tourisme et/ou des touristes tend à coïncider avec d'autres tendances négatives pour le tourisme, comme l'impact du changement climatique, les actions terroristes visant des zones touristiques ou l'évolution du prix de l'énergie (et donc des coûts de transport).

     

    Barcelone, Venise… Ces villes européennes en guerre contre le tourisme de masse

    Publié le : 11/08/2019 - 17:55

    Venise veut s'unir avec d'autres ports contre les dangers des paquebots géants. Sur cette photo, le bateau de croisière MSC Magnifica, le 9 juin 2019 à Venise. MIGUEL MEDINA / AFP

    Texte par :David Pauget

    Dès septembre prochain, Venise va instaurer une taxe à l'entrée de la ville pour tenter d’endiguer le tourisme de masse dont elle souffre. Elle n’est pas la seule à renforcer sa législation en Europe.

    Des hommes au visage masqué en train de taguer, crever les pneus et casser au marteau le pare-brise de voitures de location. La scène a eu lieu à Palma de Majorque, en Espagne. Ces actes de vandalisme ont été filmés et diffusés sur les réseaux sociaux le 5 août par le mouvement d'extrême gauche Arran, qui milite chaque été contre le tourisme de masse.

    Pour cette organisation, le tourisme est synonyme de pollution, de dénaturation du cadre de vie et d’augmentation des loyers. Au-delà des actions de mouvements extrémistes, la lutte contre le tourisme de masse s’intensifie, en Espagne comme dans d’autres villes européennes.

    Des villes submergées par les touristes

    Dans le centre-ville de Barcelone, difficile de passer à côté des nombreuses banderoles « Tourist, go home » (« Touriste, rentre chez toi »). La capitale catalane, de 1,6 million d'habitants, reçoit environ 30 millions de visiteurs par an.

    Depuis plusieurs années, la ville voit ainsi fleurir des mouvements de contestation contre le tourisme. Les Barcelonais dénoncent notamment le développement sans fin des locations Airbnb, augmentant les loyers, ce qui a pour conséquence de les chasser du centre au profit des touristes.

     

    L’exemple le plus frappant reste Venise. Chaque année, la ville accueille près de 30 millions de visiteurs. Les Vénitiens, eux, ne sont plus que 55 000 (soit un habitant pour 550 touristes !). Pour la « Sérénissime », classée au patrimoine mondial de l'Unesco, c’est un flux incessant abîmant ses fondations, de plus en plus fragiles.

    Comment enrayer le phénomène ? « Le problème est que, pendant des décennies, les élus ont considéré que le tourisme était forcément bénéfique, sans se préoccuper des conséquences réelles en termes de bénéfices locaux », explique Saskia Cousin, anthropologue, spécialiste des questions de tourisme. « Le problème, ce ne sont pas les touristes, mais la mise en œuvre de régulations. Aucune ville n’accepterait une industrie sans aucune norme et régulation. Or, avec les croisières et les plateformes type Airbnb, c’est bien ce qui s’est passé. »

    Des mesures pour limiter l’afflux de touristes

    Face aux risques découlant du tourisme de masse, de plus en plus de villes européennes commencent à se ressaisir. Toujours à Venise, les images de paquebots hors de contrôle, en juin et juillet derniers, avaient fait le tour des réseaux sociaux et relancé les polémiques. Pour éviter de nouveaux incidents, Venise a lancé le 1er août un appel aux autres ports historiques européens. Le but : unir leurs forces contre les multiples dangers que posent les paquebots géants.

    De plus, la mairie a décidé qu’à partir de septembre prochain, chaque visiteur devra s’acquitter d’une taxe, comprise entre 2,50 et 10 euros selon la période de l’année, qui servira à l’entretien de la ville. Elle devrait rapporter quelque 50 millions d'euros par an

    À Barcelone, à la suite de son élection comme maire en 2015, Ada Colau avait déclaré qu’elle agirait pour faire en sorte que sa ville ne devienne pas « un magasin de souvenirs bon marché ». Depuis, les amendes se sont multipliées contre les locations illégales (600 000 euros d’amende en 2016) dans le but de réguler l’activité.

    Ceux qui voyagent le plus, ça reste les catégories sociales supérieures.

    Bertrand Réau

    David Pauget

    La municipalité d'Amsterdam aux Pays-Bas a aussi adopté, en mai 2018, des mesures pour endiguer le tourisme de masse : locations limitées à 30 jours par an, augmentation des taxes touristiques, cars touristiques bannis du centre-ville.

    Cette dernière mesure a d’ailleurs inspiré la ville de Paris. Début juillet, la mairie a annoncé que ces véhicules n’étaient « plus les bienvenus dans l'hypercentre », De plus, depuis le 1er janvier 2019, les locations sur la plateforme dans la capitale sont limitées à 120 nuitées par an, et un numéro d'enregistrement est exigé.

    1,8 milliard de touristes dans le monde d’ici à 2030

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    Le phénomène est tel que des lieux, pendant longtemps peu visités, commencent à y être confrontés. En Islande, le nombre de touristes a été multiplié par quatre en quelques années, passant de 500 000 visiteurs en 2010 à 2,4 millions de touristes en 2018. Le gouvernement a ainsi décidé de limiter l’accès à certains sites comme la station thermale du Lagon bleu.

    « Peu de lieux sont finalement concernés », nuance Philippe Violier, directeur de la section tourisme et culture à l'université d'Angers. « Il y a largement plus de lieux dans le monde qui aimeraient avoir des touristes. Ils sont toujours trop ou pas assez. »

    Le risque avec les mesures prises contre le surtourisme, selon Philippe Violier : qu'elles soient socialement discriminatoires. « Il est possible d’essayer d’anticiper, d’agir pour que la vie des habitants soit possible avec le tourisme... mais cela demande de la réflexion, or nous en manquons. Des solutions peuvent être trouvées à condition de les chercher plutôt que de condamner en bloc le tourisme de masse qui reste une conquête sociale et un levier de développement économique. »

    1,2 milliard de touristes ont voyagé à travers le monde en 2016, selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT). Selon les prédictions, ce chiffre devrait augmenter de 3,3 % par an dans les dix prochaines années, pour atteindre 1,8 milliard d’ici à 2030.

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