Faire l'amour.
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/02/2019
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SEXUALITÉ SACRÉE
La sexualité sacrée se différencie de la sexualité classique par sa dimension spirituelle. Une dimension holistique qui cherche à fusionner les individus dans une osmose complète, non pas pour qu’ils se fondent dans une masse uniforme mais pour que leurs formes spirituelles s’interragissent vers une élévation inaccessible à l’individu esseulé.
« On fait l’amour. »
L’expression m’interpelle.
« On fait la sieste.
On fait la vaisselle.
On fait les courses.
On fait le ménage.
On fait la cuisine.
On fait le jardin.
On fait la couture.
On fait la conversation.
On fait le clown.
On fait le malin. »
On ferait donc « quelque chose » au final. Alors, c’est qu’il faut pouvoir décrire cette chose que serait l’amour comme on pourrait décrire toutes les autres expressions.
Est-ce donc que l’emboîtement de deux corps suffit à décrire cette chose ? Non, assurément.
Le viol, par exemple, est à l’opposé de l’amour bien que le coït ait lieu.
Sans rappeler de tels drames, on peut évoquer ces femmes qui n’ont quasiment aucun plaisir sexuel dans l’acte et qui s’imaginaient pourtant faire l’amour. Il en est de même pour ces hommes qui abandonnent honteusement les lieux à peine investis et qui souffrent dès lors d’un désamour envers eux.
Comment pourrait-on définir cette chose qui serait si variable d’un individu à l’autre ? Serait-ce donc effectivement un acte similaire à ceux précédemment listés et qui souffriraient lui aussi de possibles manquements dans la qualité et l’intensité, tout comme un individu ferait le ménage ou l’entretien du jardin sans aucune attention réelle ?
Peut-on alors parler d’amour ? L'amour doit-il être hiérarchisé sur une échelle d'intensité ? Une échelle de Richter de l'amour est-il envisageable ?
Les corps suffisent-ils à expérimenter l’amour ?
Non, assurément.
Et les séismes corporels de l'étreinte amoureuse ne sont pas des critères suffisants pour classifier l'amour. On peut aimer intensément sans étreinte amoureuse tout comme on peut aimer intensément sans que ces étreintes ne soient programmés comme des obligations relationnelles.
"Entretenir la flamme"...dit l'expression populaire, éviter à tous prix que la distance s'installe dans une somnolence corporelle. S'il s'agit d'une peur qui ne dit pas son nom, l'amour en sera bridé. S'il ne s'agit que d'une pratique régulière comme le ferait un athlète qui souhaite garder la forme, alors, c'est que le territoire de l'amour n'a pas été investi mais juste entrevu. Comme un individu qui tournerait rageusement autour du territoire sans jamais en trouver l'ouverture.
Il ne s’agit donc pas de « faire l’amour » mais « d’être dans l’amour. »
Il s’agit à mes yeux d’un territoire à investir et à ne jamais quitter. Non seulement durant une étreinte mais tout autant dans le creuset des pensées, à chaque instant.
Aimer être dans la vaisselle.
Aimer être dans le jardin.
Aimer être dans la cuisine.
Aimer être dans la lecture.
C’est là que se trouve la pleine conscience.
Ce n’est pas l’acte qui importe mais la présence dans le territoire de l’amour.
Il en sera de même dans la dimension sexuelle. L’acte est sacré. Le processus est son hommage. C’est la conscience d’être dans l’amour qui nourrit l’acte d’aimer.
Peut-on dès lors en conclure qu’un certain nombre d’individus s’imaginent avoir atteint le territoire de l’amour alors qu’ils n’ont pas même atteint la lisière ?
Oui, assurément.
Et lorsque les expérimentations corporelles ne parviendront plus à dessiner le moindre horizon lumineux, les corps s’éloigneront.
On n’entre pas dans le territoire de l’amour de façon physique sans être accompagné par l’esprit, le cœur, l’âme, ces entités qui nourrissent la spiritualité de l’acte. Il ne s’agit sinon que d’ectoplasmes fantomatiques qui souffriront immanquablement de leur néant intérieur, de cette scission néfaste de leur être.
Ce territoire de l’amour n’a aucune limite physique. Il est ce que les individus en feront s’ils parviennent à en trouver l’entrée. Une fois insérés, l’attention aimante contribuera à l’extension du territoire.
La sexualité génitale est une sexualité « terrestre ». La reproduction en est le moteur. Elle répond à une exigence de vie, à son extension, au recouvrement de la planète par le foisonnement incommensurable de la création. Comme l’écrivait René Barjavel, c’est l’histoire du flot de spermatozoïdes de Roméo qui monte à l’échelle pour rejoindre le réceptacle sexuel de Juliette.
La sexualité sacrée est une sexualité céleste qui ouvre le territoire de l’amour sur le plan vertical. Le corps s’ancre à la terre et l’esprit s’illumine de l’immensité des cieux. C’est une connexion totale du chakra racine au chakra couronne. De la terre au Ciel.
Le serpent de la Kundalini se déroule et grimpe le long de la colonne.
Il n’est pas mû par une force physique mais par la pleine conscience de l’esprit.
Il n’est d’amour que dans la pleine conscience.
On ne fait pas l’amour ; c’est l’amour qui nous fait.
Il ne s’agit pas pour autant de s’imaginer conscient en se contentant de penser à l’acte d’aimer. Il s’agit de ne pas avoir besoin d’y penser mais de le vivre, comme un explorateur émerveillé, attentif, lucide, intégralement engagé, corps et âme, comme si sa vie en dépendait. Non pas dans son prolongement mais dans son intensité.
C’est cela le Tantrisme. L’engagement conscient, à chaque instant.
De la qualité de l’attention aimante dépendra l’étendue de l’exploration.
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