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Matière et antimatière
- Par Thierry LEDRU
- Le 11/06/2023
Je regrette de n'avoir pas écouté suffisamment les cours de sciences au lycée. Je n'avais que la philosophie et la littérature en tête. J'essaie à 60 ans de rattraper mon retard.
https://www.science-et-vie.com/sciences-fondamentales/matiere-univers-seconde-
Origine de la matière : l’Univers aurait dû durer moins de 1 seconde
PUBLIÉ LE 05 JUIN 2023 À 08H00 MODIFIÉ LE 5 JUIN 2023PAR SIMON DEVOS
Crédit photo : Shutterstock
Tout s'est joué dans les premiers instants de l'Univers, dans la milliseconde qui a suivi le big bang. Là, s'est glissé un minuscule bug, une erreur primordiale. Alors que la matière qui nous compose était vouée à disparaître, elle a finalement survécu… Que s'est-il passé ?
Que quelque chose existe, on peut en être tout à fait certain. Notre incommensurable Univers, souvent décrit à tort comme majoritairement vide, regorge d’étoiles flamboyantes, de splendides nébuleuses, de galaxies imposantes et d’insondables trous noirs. La matière est absolument partout… et c’est bien ça, le problème. Quelque chose cloche.
“C’est simple : si l’on suit à la lettre le modèle standard de la cosmologie – théorie qui, jusqu’à preuve du contraire, décrit le mieux les grandes étapes de l’Univers -, rien de tout cela ne devrait être. Tout aurait dû rester complètement vide”, assène la physicienne des particules Gudrun Hiller, de l’université de Dortmund, en Allemagne. Or il n’en est rien, ou plutôt or tout est. Un processus fondamental, un gigantesque paradoxe échappe à notre entendement, tenant les physiciens en échec depuis des décennies. Vous, moi et tout ce qui nous entoure, jusqu’à la moindre particule. Nous ne devrions pas exister. En tout cas, en théorie.
>> Lire aussi : Le Système international d’unités se dote de quatre nouveaux préfixes
L’origine de ce problème se situe aux tout premiers instants de l’Univers, juste après le big bang, lors de la phase de création de la matière et de sa sœur jumelle, l’antimatière (voir l’infographie ci-contre). L’existence de cette dernière a été confirmée par l’observation dès les années 1930. Elle s’est révélée composée de particules en tout point identiques aux quarks, électrons ou autres neutrinos constituant la matière classique. Certains de leurs paramètres, par contre, lui sont diamétralement opposés, comme leur charge électrique.
Pourtant, “d’après les prédictions du modèle standard de la physique des particules, matière et antimatière auraient dû être créées dans des proportions équivalentes, à la particule près” , indique Thomas Lefort, du Laboratoire de physique corpusculaire de Caen. C’est d’ailleurs ce que l’on observe lorsque l’on fait s’entrechoquer des particules entre elles à haute vitesse : le résultat est toujours une combinaison de matière et d’antimatière en exactes mêmes quantités.”
En théorie, matière et antimatière auraient dû s’anéantir mutuellement dès l’origine, laissant l’Univers désespérément vide.
Seulement voilà, les deux sœurs ne peuvent en aucun cas se rencontrer sans violent coup d’éclat. La collision entre une particule de matière et une d’antimatière provoque immanquablement une annihilation totale des deux protagonistes, accompagnée de la libération d’une énorme quantité d’énergie. Conséquence du point de vue théorique : dès l’instant qui suivit leur création, matière et antimatière, en proportions égales, auraient dû se rencontrer et s’anéantir mutuellement. Il n’aurait ensuite subsisté qu’un vaste Univers, désespérément vide, marqué à jamais par la lumière blafarde de ce cataclysme originel.
>> Lire aussi : Des astronomes observent des jets relativistes, issus de la rencontre d’une étoile et d’un trou noir
MATIÈRE : UNE ASYMÉTRIE INITIALE
Mais ce n’est pas arrivé – heureusement, d’ailleurs. Quelque chose dissone, mais quoi ? “Pour sortir de cette impasse, le seul moyen est de postuler qu’à un moment donné, la matière l’a emporté sur l’antimatière”, expose Stéphane Lavignac, de l’Institut de physique théorique de Paris-Saclay. Ce qui implique nécessairement qu’un mystérieux processus, non inclus dans les théories actuelles de physique des particules, a d’une certaine façon favorisé la matière. Celle-ci se serait alors formée dans des proportions légèrement plus grandes que celles de sa sœur jumelle. Et lors de la grande annihilation, quand la totalité de l’antimatière et une quantité équivalente de matière furent réduites à néant, un surplus de la matière originelle, peut-être 1 atome sur 1 milliard, aurait survécu pour former absolument tout ce qui est.
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Ce postulat est soutenu par les observations actuelles : que ce soit dans notre environnement proche ou plus lointain, de la Terre au Système solaire, de la Voie lactée aux galaxies les plus éloignées, tout semble composé de matière. “Certaines expériences se sont bien mises en quête d’atomes d’antihélium, qui seraient produits par d’hypothétiques antié-toiles, révèle l’expérimentateur Guillaume Pignol, du Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de Grenoble. Mais même si plusieurs candidates ont d’ores et déjà été proposées, aucune n’a été confirmée pour le moment . Les étoiles restent bel et bien composées de matière ordinaire.”
Idem pour l’Univers lointain ! Si des quantités non négligeables d’antimatière subsistaient, les chercheurs en auraient forcément observé la trace au cours d’épisodes ponctuels d’annihilation. La rencontre avec la matière laissant derrière elle une signature tout à fait caractéristique, sous la forme de rayons gamma. L’antimatière est donc bien manquante : l’asymétrie initiale entre matière et antimatière ne fait aucun doute.
Reste à découvrir ce petit “quelque chose” qui l’a provoquée, et qui échappe encore au modèle théorique actuel. En réalité, comme l’a théorisé en 1967 le physicien d’origine russe Andreï Sakharov dans un travail de référence, des petits “quelque chose”, il en faut même trois. Un trio de conditions absolument indispensables pour passer d’un Univers parfaitement équilibré, et donc vide, à cet inévitable déséquilibre de matière (voir l’infographie ci-contre). Et toutes seraient survenues juste après l’inflation, le moment d’expansion extrêmement rapide de l’Univers. Car durant ses premiers instants, notre Univers aurait été tout simplement trop chaud pour permettre l’existence même de la matière.
Mais à la phase suivante, appelée la “baryogénèse”, qui aurait démarré quelque part entre 10-32 et 10-12 seconde après le big bang. Des baryons, particules composées de trois quarks comme les neutrons et les protons, se seraient formés. Ici survient la première condition. Pour Sakharov, un processus devait intervenir à cet instant précis, induisant la violation d’une caractéristique liée à la transformation de la matière en antimatière, et inversement. Ce que l’on nomme “conservation du nombre baryonique”.
La matière est partout !
Une fraction de la matière, 1 atome sur 1 milliard, a survécu à l’annihilation. C’est elle qui a formé atomes, étoiles, planètes et galaxies. Que s’est-il passé ? Tout se serait joué juste après l’inflation, dans la phase dite de baryogénèse. Pour l’expliquer, 3 conditions sont nécessaires…
#1. Une constante admise par la théorie n’a pas été respectée
Il s’agit de la “conservation du nombre baryonique”. Cette caractéristique est liée à la transformation de matière en antimatière, et inversement. Normalement nulle, cette constante aurait penché vers la création de matière.
#2. L’équilibre thermique de l’Univers s’est effondré
Sans quoi les conditions qui régnaient au commencement n’auraient pas permis la création d’un surplus de matière.
#3. Matière et antimatière ne sont pas régies par les mêmes règles
Il y aurait une rupture dans la symétrie CP : c’est elle qui échappe encore aux physiciens du monde entier. L’antimatière ne serait pas soumise à la même physique que sa contrepartie et le socle même du modèle standard s’envolerait. Si elle était observée, cette rupture de la symétrie pourrait chambouler la physique.
GRÉGOIRE CIRADE
DES RÉSULTATS INATTENDUS
Deux autres ingrédients sont encore nécessaires à notre monde de particules. Déjà, l’équilibre thermique qui régnait aux débuts de l’Univers ne permettait pas de créer un surplus de matière. Il fallait donc qu’il se soit effondré d’une manière ou d’une autre. Il faut enfin que matière et antimatière obéissent à des lois physiques sensiblement différentes.
“Cette dernière condition revient à violer ce que l’on appelle la symétrie CP, C tenant pour charge, et P pour parité , décrit la théoricienne Nazila Mahmoudi, du Cern. La symétrie CP est fortement liée au modèle standard de la physique des particules, et permet en théorie de remplacer, dans n’importe quelle situation, une particule de matière par une autre d’antimatière, sans qu’il y ait de conséquences visibles.”
La recette était découverte. Elle nécessite trois ingrédients miracles – la violation de la conservation du nombre baryonique, la rupture de l’équilibre thermique et la violation de la symétrie CP – et un instant précis – la baryogénèse. Les années suivantes, les scientifiques se sont donc évertués à aller plus loin. Dénicher l’origine physique des trois conditions de Sakharov. La première ne posa pas problème. La violation du nombre baryonique est tout à fait cohérente avec le cadre théorique du modèle standard de la physique.
Concernant la rupture de l’équilibre thermique, ce fut un peu plus compliqué. « Elle implique que des symétries présentes à très haute température se soient brisées lorsque l’Univers s’est refroidi, précise Stéphane Lavignac. Ce n’est pas évident, mais loin d’être incompatible avec le cadre général du début de l’Univers, très chaud et en rapide expansion ».
Restait la dernière condition de Sakharov. La violation de la symétrie CP, la preuve que les particules de matière et d’antimatière peuvent être soumises à des physiques différentes. Celle-ci a longtemps laissé les théoriciens perplexes. Les symétries jouent en effet un rôle crucial en physique des particules. Au point d’avoir servi de socle dans la construction du modèle standard. Comment alors expliquer l’existence d’une violation de la CP, indispensable à la baryogénèse, tout en étant en désaccord complet avec la théorie et les observations de l’époque ? Dans les années 1960, quelques équipes de recherche ont tout de même entrepris de sonder les particules de matière en quête de ses empreintes.
Et ils en ont trouvé ! La toute première preuve observationnelle concernait des particules constituées d’un quark et d’un antiquark : les kaons. Une équipe de l’université de Princeton, aux États-Unis, a réussi à débusquer une anomalie dans le processus naturel de désintégration des kaons neutres. Dans certains cas, les produits de cette transformation n’étaient pas du tout conformes à la théorie. “Un résultat qui n’est possible que si l’interaction faible, force responsable de la désintégration des particules, brisait la symétrie CP” , précise Nazila Mahmoudi
. Rapidement, d’autres indices de cette violation de CP ont été observés au cours du XXe siècle. Et les théoriciens furent contraints d’apporter quelques petites modifications à la théorie du modèle standard, afin de pouvoir les expliquer. Désormais, la violation de CP fait partie intégrante de notre compréhension du monde.
« Une simple mesure pourrait faire entrer la physique dans une nouvelle ère » – GUDRUN HILLER, Physicienne à l’université de Dortmund, en Allemagne

AU-DELÀ DU MODÈLE STANDARD
L’un des plus grands mystères de la physique, l’existence de la matière elle-même, serait-il résolu ? Pas du tout. « La portion de violation CP incluse dans la théorie reste très insuffisante pour engendrer l’asymétrie originelle entre matière et antimatière, reconnaît David London, de l’université de Montréal. Il faut donc chercher plus loin.” Ce à quoi s’adonnent de nombreuses équipes de recherche à travers le Globe.
En ce moment, quatre expériences d’envergure colossale et de haute précision se mettent en place. Le but ? Capter de nouvelles signatures inédites de cette si fuyante violation de CP. En Suisse, derrière le blindage magnétique le plus épais jamais construit, des chercheurs entendent débusquer un moment dipolaire électrique. Pourtant théoriquement neutre, chez le neutron. Au LHC, le plus grand accélérateur de particules au monde, la désintégration de l’antiméson B, soupçonnée d’être différente de celle de son pendant, le méson B, est scrutée. De la côte est vers la côte ouest du Japon, des neutrinos et antineutrinos sont lancés à toute vitesse. Et leurs oscillations, étonnamment non similaires, âprement analysées. Enfin, au Cern, dans un accélérateur linéaire. Des physiciens tentent de dévoiler le comportement aberrant de l’antihydrogène face à la gravité.
« Nous sommes en quête d’une direction dans laquelle chercher » – NAZILA MAHMOUDI, Physicienne théorique au Cern

“Ces expériences sont en quelque sorte nos lanternes dans l’obscurité, commente Igor Bray, de l’université Curtin en Australie. Puisque nous n’avons pas vraiment de cadre en tête pour cette nouvelle violation de symétrie CP, ce sont elles qui pourraient nous éclairer sur la physique qui se cache au-delà du modèle standard ». Et qui promettent de nous expliquer pourquoi vous, moi, elles-mêmes et tout ce qui nous entoure existons.
« Une brisure de symétrie est forcément apparue à un moment dans l’histoire de notre Univers ». – STÉPHANE LAVIGNAC, Physicien de l’Institut de physique théorique de Paris-Saclay
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Théodore Monod
- Par Thierry LEDRU
- Le 11/06/2023

"Je fais partie de la race humaine et pourtant je dis : qu'importe si l'homme disparaît du globe. Il l'aura bien mérité ! Sa folie actuelle est telle, tant de stupidités et d'imprudence ! Il existera toujours des relais dans la nature. Dans l'évolution biologique, si une branche disparaît, elle est relayée par une autre. La nature et les animaux existaient avant nous sans avoir à supporter notre rapacité. Et l'évolution peut dessiner un cercle, lequel se refermera sur les origines neuves, c'est à dire préhistoriques."
"Le modernisme nous a transformés, et même déformés, par son enchaînement de nuisances. Bien que je ne sois pas contre le progrès matériel quand il peut épargner -et non pas éviter, comme il est souvent dit - de la peine aux être humains, je crains le pouvoir des technocrates. Ces Faust veulent prendre le monde en mains. Nous aurions alors une marée de consommateurs aveuglés, ignorant tout de la terre, de ses cycles et richesses."
Théodore Monod [Le chercheur d'absolu]
Théodore Monod (1902-2000), la vie en respect (France Culture)
Théodore Monod (1902-2000), la vie en respect
Samedi 23 décembre 2017
ÉCOUTER (59 MIN)
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-vie-une-oeuvre/theodore-monod-1902-2000-la-vie-en-respect-
Provenant du podcastToute une vie
CONTACTER L'ÉMISSION
Considéré comme l'un des très grands spécialistes du Sahara au XXe siècle, Théodore Monod fut aussi plus largement un humaniste et un homme de foi qui n'eut qu'un credo : le respect de la vie sous toutes ses formes.
Avec
Nicole Vray historienne.
Philippe Taquet Professeur au Muséum National d'Histoire naturelle et président de l'Académie des Sciences
Ambroise Monod
Jean-Claude Nouët
Cyrille Monod fils aîné de Théodore Monod.
Théodore Monod naît en 1902.
Il entre au Muséum d'histoire naturelle dès 1922 et y soutient sa thèse en 1926. Il découvre le continent africain grâce à deux missions de recherche, puis parcourt le Sahara occidental pendant plus d'un an.
En 1930, son service militaire le mène au Sahara algérien : ses recherches sont définitivement orientées vers une région du monde dont il devient un éminent spécialiste.
En 1938, Monod est affecté à Dakar pour créer un institut de recherche. Sous son impulsion, l'Institut français d'Afrique noire devient un grand centre scientifique.
Il est nommé directeur du laboratoire des pêches d'outre-mer au Muséum, en 1942, puis élu à l'Académie des sciences en 1963. Il s'éteint en 2000, à l'âge de 98 ans.
Par Françoise Estèbe. Réalisation : Lionel Quantin. Archives INA. Extraits du film Le vieil homme et le désert, de Karel Prokop. Textes lus par Robert Milin. Rediffusion de l'émission du 21.06.2014. Liens internet : Annelise Signoret.
LIENS
Théodore Monod : deux ou trois choses que je sais de lui : documents et témoignages à lire sur le site de Jean Moncelon.
A l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Théodore Monod en 2010, Bruno Lecoquierre, maître de conférences à l’Université du Havre, revient sur l’œuvre et les voyages de ce grand scientifique. A lire sur le blog "Visions cartographiques" du Monde Diplomatique.
Bibliographie complète du fondateur de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) sur le portail Webafrica.
Théodore Monod et l’archéologie bretonne:note sur un épisode méconnu de la vie du "fou du désert". Article de la Revue d’Archéologie de l’Ouest.
Un certain Théodore : souvenirs, réflexions et sentiments sur Théodore Monod : portrait de Théodore Monod en végétarien, par André Méry pour les Cahiers antispécistes.
Entretien avec Théodore Monod à propos de son livre Mémoires d'un naturaliste voyageur, dans l’émission "Le balcon" le 29 décembre 1990. A revoir sur le site de l’Ina.
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Corps et esprit
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/06/2023
Je n'écris pas beaucoup ici depuis quelque temps.
Beaucoup de choses en cours. Je continue le travail pour la mare que j'ai creusée au fond de la prairie.

PREMIER JOUR

ET MAINTENANT
Des travaux d'aménagement intérieur également dans la maison. On va raser une partie d'un bâtiment très mal construit pour monter une extension qui nous servira de chambre. Du gros oeuvre.
Et dix-sept stères de bois à aller tronçonner en forêt, à fendre, à ramener jusqu'à la remorque, à empiler enfin. Puis le nettoyage de la zone pour revenir à l'automne y planter des dizaines de glands et de châtaignes et de noisettes, des bouleaux, des frênes, des hètres, et tous les jeunes arbres que je déracine parce qu'ils n'ont aucun avenir là où ils ont poussé. Je les replante dans des endroits où ils pourront grandir.
Marche, natation et vélo sont toujours au programme.
Pendant toutes ces journées de travail ou de sport, une pensée récurrente m'accompagne, une interrogation qui m'entraîne dans des pensées qui me réjouissent et simultanément me frustrent. J'ai retrouvé dans le roman "Là-Haut", le résumé de tout ça. Et je n'ai pas de réponse autre que celle d'honorer la vie, même si sa compréhension me reste insaisissable.

"Comment réaliser clairement, au plus profond de soi, que cet être que nous sommes est en vie ? Qu’un mystérieux miracle assemble un extraordinaire chaos. Qu’une force incompréhensible anime l’ensemble. Qu’à chaque instant, dans la plus petite parcelle du Temps qui passe, la cohésion de ces milliards de particules que nous sommes est préservée, entretenue, améliorée, perturbée, envahie, affaiblie, guérie, mais jamais sans la moindre intervention volontaire de notre part. À qui appartenons-nous finalement ? Pas à nous en tout cas. Comment pourrions-nous considérer que nous nous appartenons quand nous ne sommes même pas capables de comprendre ce qui nous anime ?"
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Une spiritualité malsaine.
- Par Thierry LEDRU
- Le 24/05/2023
Je préviens tout de suite que je ne suis non seulement pas d'accord avec le texte qui suit mais je considère même que ce genre de texte "spirituel" est le meilleur moyen pour faire fuir les gens de cette démarche d'observation, d'analyse et de compréhension de l'existence.
Je m'en explique sous le texte.
LES QUATRE LOIS D'UN SHAMAN
Le premier dit :
"La personne qui entre dans notre vie est la bonne personne"
En d'autres termes, personne n'entre dans notre vie par hasard, toutes les personnes autour de nous, qui interagissent avec nous, sont là pour une raison, pour nous faire apprendre et avancer dans chaque situation.
La deuxième loi dit :
« Ce qui arrive est la seule chose qui aurait pu arriver. "
Rien, mais rien, absolument rien de ce qui nous arrive dans notre vie n'aurait pu être autrement.
Même pas le détail le plus insignifiant.
Il n'y a pas : " si j'avais fait une telle chose, une telle autre serait arrivée... ".
Non, non.
Ce qui s'est passé était la seule chose qui aurait pu arriver et il a fallu que nous apprenions cette leçon et que nous passons à autre chose.
Chacune et chacune des situations qui nous arrivent dans nos vies sont parfaites, même si notre esprit et notre ego résistent et ne veulent pas l'accepter.
Le troisième dit :
« Chaque fois que ça commence est le bon moment. "
Tout commence au bon moment ni avant ni après.
Lorsque nous sommes prêts à quelque chose de nouveau qui commence dans notre vie, c'est à ce moment que cela commencera.
Et le quatrième et dernier :
"Quand quelque chose se termine, ça se termine. "
Juste comme ça.
Si quelque chose a pris fin dans nos vies, c'est pour notre évolution, donc mieux vaut la quitter, avancer et avancer déjà enrichi par cette expérience.
Je pense que ce n'est pas par hasard que vous lisez ceci, si ces mots sont entrés dans nos vies aujourd'hui ; c'est parce que nous sommes prêts à comprendre qu'aucun flocon de neige ne tombe jamais au mauvais endroit. " Franck Facts
C'est le genre de texte "spirituel" que je trouve limite injurieux. Le genre d'auteur qui doit sacrément planer et être perché si haut qu'il en a perdu le lien avec l'humanité..
Juste un exemple : l'infirmière qui est morte poignardée par un déséquilibré. L'auteur de ce texte irait-il lui dire que "tout est parfait ? Ou à son mari ou à ses deux enfants qu'elle a rencontré la "bonne personne" ?
Ces textes de gens qui vivent dans leur bulle spirituelle sont ceux qui font le plus de mal à la spiritualité. Ils poussent leurs "réflexions" tellement loin qu'ils en deviennent inhumains. Et si la spiritualité n'est plus humaine alors elle n'a pas lieu d'être.
"Chacune et chacune des situations qui nous arrivent dans nos vies sont parfaites, même si notre esprit et notre ego résistent et ne veulent pas l'accepter."
Non, non, définitivement non. C'est juste du délire. Elles ne sont pas parfaites et vouloir les considérer comme telles quand elles sont dramatiques, ça serait rejeter au tréfonds le traumatisme et faire en sorte qu'il pourrisse notre vie jusqu'à notre mort.
Dans une situation dramatique, il y aura nécessairement des émotions surpuissantes, dévastatrices, un écroulement spirituel, existentiel, philosophique, le "Pourquoi moi ? Pourquoi tout ça ? Pourquoi le monde est-il dans cet état ? Pourquoi autant de douleurs, de souffrances, de misère, de dévastation ?" Ce questionnement est une voie de salut et aucun chaman digne de ce nom n'irait dire à celui ou celle qui se les pose que "tout est parfait". Et d'ailleurs, j'aimerais bien connaître la source réelle de ces quatre lois... J'ai un sérieux doute sur leur véracité.
Elizabeth Kübler Ross, une femme immensément estimable, avait élaboré un processus qu'elle a appelé "les étapes du deuil" et jamais elle ne serait allé affirmer que tout est parfait. Mais par contre, l'individu confronté à un deuil ou à une situation dramatique similaire à la mort de ses certitudes et de sa sérénité peut parvenir à rendre les choses meilleures, non pas parfaites mais utiles. Par un long processus.
"Quand tu les acceptes, les choses sont ce qu'elles sont ; quand tu ne les acceptes pas les choses sont ce qu'elles sont."
Voilà un précepte auquel j'adhère car effectivement, l'émotion est la mienne et n'a rien à voir avec les faits et n'y changera rien. Mais il n'en reste pas moins que les situations dramatiques, jamais, je ne les qualifierai de "parfaites". Si la spiritualité insère dans l'esprit des gens une donnée irréalisable, elle n'est rien d'autre que la source d'un mal-être nourri par une culpabilité inévitable.
Quant aux situations heureuses, il s'agit de ne pas perdre de vue qu'elles ne sont pas nécessairement durables et qu'il convient par conséquent de ne pas les poser sur un piédestal mais bien de rester dans la même lucidité d'observation. Le bonheur n'est jamais que l'idée que je me fais d'une situation donnée et qui répond à mes attentes. Il est juste que j'en profite mais il serait faux de croire qu'il est là à tout jamais. L'instant présent est à la source de la joie. Projeter cette joie au-delà de l'instant contribue à la détruire.
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L'intrication quantique
- Par Thierry LEDRU
- Le 22/05/2023
J'ai relu cinq fois et je n'y comprends rien. En tout cas, je ne suis aucunement en mesure de faire unr ésumé ni d'en tirer la moindre conclusion.
Quel intérêt me diriez-vous de lire et relire quelque chose qui est pour soi incompréhensible ?
Pour sortir de ma zone de confort, pour quitter la routine des lectures dans des domaines que je connais quelque peu, dans lesquels mon intellect interragit, pour m'obliger à prendre conscience de l'immensité de mes limites actuelles et de l'exploration que je peux encore tenter d'accomplir, pour ne pas me contenter de ce que je sais parce que ce fonctionnement est mortifère. Il faut que je continue à apprendre avant que l'âge ne me mène à l'effacement de ce que je sais. Que l'urne continue à se remplir et que le vide ne soit pas encouragé à venir creuser dans la masse des connaissances acquises. Je suis admiratif de ces chercheurs et en même temps quelque peu effrayé qu'ils puissent y avoir de tels écarts de compréhension d'un esprit à un autre.
Est-ce donc que le potentiel était là, dès le premier jour, est-ce donc que le développement de l'enfant a été si admirablement mené que l'adulte puisse atteindre le sommet de son art ? Y a -t-il par conséquent une condamnation immédiate de l'enfant naissant dans une famille désoeuvrée ou le potentiel inséré trouvera-t-il malgré tout le chemin vers la connaissance ?
Je n'ai pas eu une éducation intellectuellement stimulante. C'est à l'école que j'ai découvert le bonheur de la lecture et l'envie d'apprendre. Mais de là, à me lancer dans des lectures scientifiques de ce niveau, il aura fallu que j'atteigne la soixantaine pour tenter l'aventure.
L’intrication quantique confirmée par une expérience de Bell sans faille
De nombreuses expériences ont testé la réalité de l’intrication quantique et de la non localité. Mais jusqu’à présent, toutes souffraient de failles subtiles. Une nouvelle expérience évite ces écueils et confirme la réalité de l’intrication quantique.
29 octobre 2015| Temps de lecture : 5 mn
https://www.pourlascience.fr/sd/physique/l-intrication-quantique-confirmee-par-une-experience-de-bell-sans-faille-12185.php

Partie du dispositif expérimental qui héberge l'un des diamants.
Frank Auperle
Une bonne partie de sa vie, Einstein n'a cessé d'essayer de mettre la physique quantique en faute. Il critiquait en particulier le concept d’intrication quantique, selon lequel l’état de particules peut être lié quelle que soit la distance qui les sépare. En 1935, avec Boris Podolsky et Nathan Rosen, il a formulé ses objections sous forme d’un paradoxe, aujourd'hui nommé paradoxe EPR. Selon ces trois physiciens, l’intrication quantique implique qu’il existe entre deux particules intriquées des interactions qui se propagent plus vite que la lumière. La seule façon d’éviter ce conflit avec la relativité restreinte est de supposer que la physique quantique décrit la réalité de façon incomplète et qu’il existe des « variables cachées », inconnues des physiciens, qui donnent l’illusion de l’intrication quantique. Pour le physicien danois Niels Bohr, principal contradicteur d’Einstein, il n’y a pas de conflit avec la relativité restreinte car l’intrication quantique est un phénomène non local : il ne dépend pas des positions des particules dans l’espace ; un système intriqué forme un tout dont on ne peut pas décrire séparément les composants. De nombreuses expériences ont été conçues pour confirmer la non-localité de l’intrication. Mais toutes comportent de subtiles failles logiques, ou échappatoires. Une équipe menée par Ronald Hanson, de l’université de Delft aux Pays-Bas, a enfin conçu une expérience sans faille qui confirme la réalité de l’intrication quantique.
Revenons d'abord sur la notion d'intrication quantique. En physique quantique, l’état d’une particule est décrit par une « fonction d’onde ». Celle-ci décrit par exemple le spin de la particule (son moment cinétique intrinsèque). La fonction d'onde correspond à une superposition d'états. Le spin (que l’on peut se représenter comme une petite flèche attachée à la particule) est ainsi une somme des états « vers le haut » et « vers le bas ». Lorsqu'on mesure l’orientation du spin, la fonction d’onde est modifiée (ou « réduite »), la superposition d'états disparait et le spin observé prend, de façon aléatoire, la valeur « haut » ou la valeur « bas », comme on s’y attend pour un objet usuel.
Des particules forment un système intriqué lorsque leurs états sont liés, et ce même si elles sont éloignées les unes des autres. Que se passe-t-il lors de la mesure dans un système intriqué ? Considérons par exemple un système intriqué formé de deux particules dont les spins sont toujours opposés. Le spin de chaque particule est une superposition indeterminée des états haut et bas. Lorsque l’on mesure le spin de la première particule, sa fonction d’onde est réduite et on obtient une valeur de spin de façon aléatoire. Instantanément, l'orientation du spin de la seconde particule prend l’état opposé, même si les particules sont trop éloignées l’une de l’autre pour avoir le temps d’échanger une information (à la vitesse de la lumière). L’intrication peut être vue comme une généralisation de la superposition d’états à plusieurs particules.
Qui a raison, Bohr ou Einstein ?
Pour Einstein, cette transmission d'information plus rapide que la lumière est inacceptable : il doit exister des variables cachées pré-établies qui portent l’information de l’issue de la mesure et qui donnent l’impression d’une communication immédiate. Le débat en reste là jusqu’en 1964. Cette année là, le physicien nord-irlandais John Bell propose le principe d’une expérience qui permet de résoudre le problème. Il formalise la question par des inégalités, dites de Bell, qui sont évaluées au cours de l’expérience. Si l’inégalité n’est pas respectée, alors le résultat de l’expérience ne peut pas être expliqué par l'existence de variables cachées, et il faut se résoudre à admettre le caractère non local de la nature.
En 1982, l’équipe d’Alain Aspect, de l’Institut d’optique, à Orsay, met au point une expérience pour vérifier les inégalités de Bell. Dans le dispositif, des paires de photons intriqués sont produites, puis chacun des photon d’une paire est dirigé vers un détecteur pour mesurer sa polarisation. Les deux instruments sont suffisamment éloignés l’un de l’autre pour éviter qu'une communication à la vitesse de la lumière puisse fausser le résultat de la mesure (On parle d'échappatoire de communication, ou échappatoire de localité).
Alain Aspect et ses collègues montrent que, dans ce dispositif, les inégalités de Bell sont violées, confirmant ainsi le caractère non local de la physique quantique. Cependant, cette expérience souffre d’une « échappatoire de détection ». Les photons sont en effet facilement absorbés durant leur trajet et tous ne sont pas détectés. On peut imaginer que les photons détectés violent les inégalités de Bell, mais que ce n'est pas le cas pour l'ensemble des photons émis. Pour pouvoir tirer une conclusion de l'expérience, il faut faire l’hypothèse que l'échantillonnage des photons observés est représentatif des photons émis. Cette échappatoire est difficile à maîtriser.
Néanmoins, en 2013, les équipes d’Anton Zeilinger, de l’université de Vienne, et de Paul Kwiat, de l’université de l’Illinois à Urbana-Champaign, ont montré qu’il était possible de contrôler l'échappatoire de détection à l'aide de détecteurs supraconducteurs qui limitent les pertes de photons. Mais ce dispositif ne résolvait plus l’échappatoire de communication...

Vue grand angle du dispositif, les deux diamants sont installés dans les sités marqués à gauche et en haut à droite. Les photons sont conduits vers le site à droite. (crédit : université de Delft)
Ronald Hanson et son équipe ont aujourd'hui mis au point un système qui traite les deux failles en même temps. L’idée était déjà suggérée par John Bell : il faut ajouter un sous-système qui s’assure que le dispositif quantique est prêt à être mesuré. L'expérience comprend deux diamants distants de près de 1,3 kilomètre, qui présentent des défauts dans leur réseau cristallin. Ces défauts agissent comme des systèmes quantiques individuels (ou « atomes artificiels ») qui possèdent un spin électronique que les chercheurs peuvent contrôler au moyen de lasers et micro-onde. On peut notamment forcer les diamants à émettre des photons intriqués avec l'état de spin du défaut cristallin. Ces photons sont ensuite guidés vers un dispositif placé entre les deux sites initiaux afin d'être détectés. En vertu de l'intrication, la mesure de la polarisation de ces photons se répercute instantanément sur les spins des défauts du diamant, même si ceux-ci sont distants de plus d'un kilomètre. La détection des photons permet d’assurer que les spins des défauts sont maintenant intriqués entre eux et que le système quantique est prêt à être mesuré. Ainsi, l’échappatoire de détection est résolue, car la mesure des spins se fait sur les défauts cristallins et non plus sur les photons, comme dans l'expérience d'Aspect. En outre, la mesure ne sera effectuée que si les spins des défauts sont bien intriqués. Les mesures sont effectuées en moins de 4 microsecondes pour empêcher la communication entre les défauts, ce qui ferme l'échappatoire de communication. Les physiciens ont ainsi étudié 245 paires de spins de défauts au cours de cette expérience et ont confirmé que les inégalités de Bell étaient violées. Notre monde est bien non-local !
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Rester serein
- Par Thierry LEDRU
- Le 22/05/2023

L'épidémie de coronavirus aurait pu déclencher quelque chose de beau, de durable, de significatif mais il n'en est rien.
La société easyjet fait état de ventes historiques de billets d'avion pour les destinations les plus lointaines. Non, rien n'a changé dans les mentalités et les voyages en avion ne sont qu'une partie du problème.
Les gens ont peur de la prochaine canicule mais continuent à manger de la viande. Et ceux qui se demandent quel est le rapport, je les invite à s'informer.
Moi, je fatigue. Le nombre de fois où j'ai eu envie de fermer ce blog en me disant qu'au moins, je ne viendrai plus y écrire des informations déprimantes. Je les garderai pour moi. Et je les enterrerai dans le jardin en plantant des arbres. Cette volonté d'écrire et de transmettre des informations, de partager des réflexions, quel est donc le sens réel et plus encore quelle en est l'utilité ? Y a-t-il un seul lecteur ou lectrice de ce blog qui peut affirmer que la lecture d'un article a eu un effet profond sur lui ? Car sinon, en dehors de ça, quel est donc l'intérêt ? Quand je parle d'un effet profond, j'entends par là une mise en acte et non seulement une réflexion.
Il ne s'agit pas de mon ego, celui-là s'éteint progressivement avec l'âge et je l'en remercie. On pourrait me dire que je n'ai rien à attendre de mes articles au regard des gens, que c'est leur problème, que c'est à eux d'en faire quelque chose ou rien et que je ne fais que participer à la communauté humaine tout comme je lis les livres des autres ou des articles sur des blogs. Mais je sens que je fatigue. Je me suis déjà accordé des pauses par le passé, des éloignements provisoires, comme si ce blog m'empoisonnait. Je n'arrive pas à lui donner une image plus positive. Il n'y a bien que les articles sur le potager qui soient lumineux. Et pourtant, je pourrais trouver des informations positives. Elles existent mais elles me semblent si dérisoires par rapport au reste. Alors, oui, ce sont des graines qui se dispersent et qui donneront de belles choses, ailleurs, avec d'autres gens, tout va aller de mieux en mieux, il faut y croire, avoir confiance, rester serein.
Je parviens à rester serein quand je suis dans le jardin, quand je marche dans la nature, quand je fais du vélo, quand je nage. C'est à dire lorsque je m'éloigne du monde humain.
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"Reconnaître facilement les animaux"
- Par Thierry LEDRU
- Le 19/05/2023
Un achat immédiat pour moi.
Les dessins sont de Florence DELLERIE et ils sont magnifiques.
Je trouve que c'est plus "parlant" que des photographies dans lesquelles il n'est pas évident d'identifier les caractéristiques de l'animal selon la prise de vue. Un dessin permet de vraiment mettre en évidence l'animal.
Accueil / Animaux domestiques / Autres / Reconnaître facilement les animaux
RECONNAÎTRE FACILEMENT LES ANIMAUX
Le premier guide d’animaux POUR TOUS ! Qui sait distinguer une grenouille d’un crapaud, nommer nos papillons les plus familiers ou reconnaître l’âge d’un goéland ? Simple et accessible, idéal pour les débutants, ce guide d’initiation vous permettra d’identifier facilement les animaux sauvages. D’un coup d’œil, vous saurez distinguer les principaux insectes, amphibiens, oiseaux ou mammifères de France métropolitaine, et même leurs traces ! Ce livre fonctionne même dans les endroits sauvages sans réseau ! Il ne se contente pas de vous livrer des indications immédiates, il vous apprend à apprendre. Vous deviendrez vite autonome sur le terrain grâce aux ruses de pros qui fourmillent dans cet ouvrage. Celles-ci resteront utilisables partout où vous serez, et feront de vous un naturaliste averti. À vos jumelles !
12,90 €
Nouveauté
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Paru le 19/05/2023
80 pages
Broché
EAN13 : 9782603030103
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Umâ AUM : Le sexe de l'homme
- Par Thierry LEDRU
- Le 16/05/2023
Un article de Umâ AUM dont j'ai déjà partagé des textes ici.
J'aime son écriture et la profondeur de ses témoignages.
https://umaaum.be/le-sexe-de-lhomme/
LE SEXE DE L'HOMME
Depuis des mois cet article mûrit en moi, l’idée a germé suite à des discussions avec des hommes et des femmes, des confidences touchantes.
Le mot Sanskrit désignant l’organe sexuel masculin est Lingam (symbôle ou signe).
Il est généralement traduit par « Baguette de Lumière ». Le lingam dans le tantra (ou sexualité sacrée) est vu comme un catalyseur d’énergies créatrices et de plaisirs et est honoré avec respect. Certaines théories font remonter le lingam aux anciens cultes de la fertilité. Bâton de jade dans le Tao, le pénis possède plus de 800 synonymes!
Le culte du phallus en érection (culte ithyphallique) apparait aussi dans la culture grec ancienne où jadis existaient des pierres appelées hermès que l’on plaçait aux carrefours, devant l’entrée des maisons ou aux limites d’une propriété. ces pierres étaient censées avoir un effet disuasif, comme si de montrer un sexe en érection faisaient fuir les adversaires un peu comme lorsqu’un singe mâle exhibe ses organes afin de montrer sa force et impressionner. Priape, dieu grec de la fertilité, célèbre à Rome, était représenté avec un gigantesque pénis rouge, a donné le mot “priapisme” désignant aujourd’hui une érection prolongée, pathologique et souvent douloureuse.
En de nombreux endroits de l’Europe, de l’Asie, nous retrouvons des pierres phalliques adorées comme symbole d’universalité et de puissance.
Près d’Angkor au Cambodge, l’on retrouve une pierre érigée au 6ème siècle par un prince Khmer, elle est considérée comme le symbole du dieu Shiva et est toujours un lieu de pèlerinage, où les femmes continuent de se rendre pour améliorer leur fécondité en lavant la pierre avec un tissu humide.
Différentes coutumes à travers le monde célèbrent le culte ithypahallique comme à Komaki au Japon, où le 15 Mars, les hommes traversent la ville en portant un pénis en bois de cyprès pesant 450kg transporté jusqu’au temple Tagata Jinja où les fidèles chantent des prières de fertilité et d’abondance pour tout ce qui vit et pousse.
La tribu Samia en Papouasie-Nouvelle-guinée, propose un rituel de passage pour les jeunes garçons. Ceux-ci sucent le sexe de leur ainés et boivent une partie de leur sperme afin d’absorber la puissance et la vitalité de l’ancienne génération. De même la tribu des Baruyas, toujours en Papouasie, propose de faire boire le sperme aux femmes qui sont affaiblies par leurs règles ou un accouchement.
En Norvège depuis les années 90, a lieu une fête de la fécondité sur l’île de Dønna, l’on célèbre le retour d’une pierre phallique érigée au 6ème siècle de notre ère. Celle-ci serait la plus grande de toute l’Europe.
Considérons l’anatomie du sexe masculin qui comporte plusieurs parties et prend naissance dans le périnée:
– le gland de forme conique. Le sillon sur le gland est appelé le méat urétral (l’orifice par lequel sortent l’urine et le sperme) et descend sur la partie antérieure vers le frein du prépuce ou filet de la verge. Le prépuce est la partie de peau mobile entourant le gland et qui est retirée lors de la circoncision.
– le corps ou la hampe-les bourses ou le scrotum contenant les testicules.
Cet organe à deux états : la flaccidité quand le pénis est mou, l’érection lorsqu’il augmente de volume et devient rigide. Deux états de cet organe souvent interprétés et parfois mal-interprétés.
Il existe selon le Tao, une réflexologie sexuelle, tout comme en réflexologie plantaire, l’on retrouve sur le sexe de l’homme des zones correspondant à différents organes :

Comme vous l’observez sur cette illustration:
– l’extrémité (le gland) correspond au coeur
– les côtés du gland représentent les poumons
– la partie supérieure de la hampe correspond à la rate
– le milieu de la hampe avec le fois et sa racine avec les reins
Et magie de la nature, chez la femme c’est l’inverse! L’entrée du vagin correspond aux reins, en avançant à l’intérieur du vagin vers l’utérus, l’on retrouve dans l’ordre les zones mises en relation avec le foie, la rate, les poumons et le cœur. Par la pénétration de la femme par l’homme, les différents organes sont stimulés réciproquement comme lors d’une réflexologie plantaire par exemple. Belle illustration de cette complémentarité des sexes masculins et féminins et de comment utiliser la sexualité en conscience pour entretenir voire améliorer sa santé.
Nécessité et désir de narrer mon chemin à l’écriture de ce texte qui se déploie sous vos yeux (ébahis je l’espère).
Victime d’un abus il y a plus de 30 ans de cela, perpétré par un homme de ma famille, tous mes repères s’effondrent sans que je m’en aperçoive. Cet homme était mon idole, mon exemple. Début de la faille dans ma perception du masculin dans laquelle je m’engouffre à mon insu.
J’entre alors quelques années plus tard dans la vie amoureuse, femme cisgenre hétérosexuelle, je rencontre des hommes.
Mes premières relations furent chaotiques, violentes, je suis trompée, battue… et je me soumets à tout cela, ne comprenant pas vraiment les mécanismes à l’œuvre en moi.
J’ai bien entendu trouvé une majorité de femmes qui entrait en résonance avec la représentation que je me faisais du masculin (mauvais, méchant, obsédé…) et dont en même temps, je ne pouvais me passer. Dépendante affective, je voulais à tout prix aimer un homme et être aimée de lui en retour. J’utilisais la relation à l’autre et à l’homme comme un moyen de réassurance voire d’assurance.
Quelque chose n’était pas juste dans mon comportement, il m’a fallu des années, des dizaines d’année pour comprendre ce qu’il se passait en moi, pour accepter d’avoir été victime, pour pardonner et comprendre. Comprendre est un terme important, comprendre le pourquoi de l’abus a été salvateur et fut le premier pas. Un pas capital pour pardonner.
Une phrase entendue il y a des années m’a accompagnée depuis dans la compréhension de ma mécanique interne; reçue d’abord très violemment comme un coup de poing en pleine figure: “On est pleinement responsable de là où on est”. Je n’ai d’emblée pas compris. Un mouvement de révolte interne a émergé car je ne me considérais pas comme responsable des attitudes violentes, irrespectueuses voire dégradantes que je subissais de mes partenaires à l’époque.
Je n’avais pas encore compris ni intégré, que je refusais cette place de victime abusée que j’étais. Refoulée, cette position suait par tous les pores de ma peau et j’attirais les hommes qui me renvoyaient cette image que je m’interdisais d’incarner, incapable de supporter l’intensité de la douleur ressentie alors, au moment de cet abus. Cette idée, cette responsabilité qui était mienne, je l’ai intégrée peu à peu, pas à pas.
Toujours en cheminant clopin-clopant, une autre idée a retenu mon attention, celle de la projection, de ce mouvement qui nous pousse à transposer un objet, un concept interne au monde extérieur. Je me suis posée la question, cette question: “Etais-je en train de projeter inconsciemment une vision, un ressenti interne sur ces hommes qui jalonnaient ma vie?” Formulée autrement: “Est-ce qu’inconsciemment je projette sur les hommes, quelque chose qui se passe en moi?”. Il y avait trop de similitudes, de ressemblances, de répétitions, parfois jusque dans certains détails troublants, ceci n’était pas que le fruit du hasard. Einstein a dit: “Le hasard est le nom qu’emprunte Dieu pour rester anonyme”. Je ne croyais pas en un côté totalement aléatoire face à ces redondances. Je me faisais détective de ma propre existence, je sentais que je m’approchais du nœud sans savoir encore vers quoi j’avançais. Sans savoir que j’avais totalement refoulé cet abus qui est revenu à ma mémoire presque 20 ans plus tard.
Lors d’une séance chez une thérapeute il y a environ 10 ans, ce souvenir a jailli. D’abord avec “légèreté” (entendez-le sur un ton cynique), je relatais cela en rigolant, récusant d’avoir été affectée par cela. Et puis peu à peu, apprivoiser ce choc, s’autoriser à descendre dans “les flammes les plus hautes de l’enfer”, dans ces émotions tellement intenses, insupportables, que l’on croit ne pouvoir y survivre si on s’y abandonne. Comme une décharge extrême qui pourrait faire griller notre circuit si on laisse celles-ci circuler en nous, et surtout trop intenses pour notre cœur.
Ajouté à ceci, l’éducation, les croyances transmises probablement d’une génération à l’autre, le poids de la culture à l’encontre de l’homme: cet abuseur, dominateur, despote, égoïste, insensible, détraqué sexuel qui utilise la femme pour son propre plaisir sans la considérer. J’ai obéis à ces croyances si longtemps que j’en ressens encore beaucoup de tristesse en écrivant ces mots aujourd’hui, en réalisant comment ces convictions ont façonné mon monde à l’époque. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’abuseur, de despote, de détraqué… dans la gente masculine tout autant que féminine. Je dis que victime de cela, il est facile ensuite de projeter ces attributs sur tout un genre, de faire des généralités et de déformer la réalité, de ne plus voir les hommes tendres, à l’écoute, compatissants, doux, respectueux.
Ces projections que j’ai faites sur les hommes, tous les hommes, m’ont permis d’éviter de voir une réalité, ma réalité pendant si longtemps.
Le tantra dans sa proposition d’authenticité par rapport à nous-même d’abord et surtout, dans son travail par rapport aux limites, à la conscience, au consentement, au fait de se dire dans nos ouvertures et verrous, au masculin et avec les hommes, à l’énergie sexuelle, au ressenti… m’a permis de déconstruire les dernières croyances mensongères que je gardais encore en moi face aux hommes. Je me suis sentie réconciliée avec ce genre, avec mon histoire et avec mon abuseur en mon fort intérieur également.
Je sais aujourd’hui dans ma chair que ceci fait partie de mon histoire et de la femme qui écrit ces mots aujourd’hui. Cet abus fut simplement un expérience, sur base de cela l’on choisit son positionnement, on en fait son miel, on la transcende ou pas.
En progressant, en démêlant, décortiquant mes comportements pendant de nombreuses années, je me suis trouvée, reconnue et peu à peu je me suis aimée avec cet incident, cette blessure, cette cicatrice.
J’ai pu sortir de schémas de pensées tout tracés, égrégores puissants à l’encontre du masculin, comprendre ce qui s’était vécu en moi et en faire une richesse.
Je ne peux plus aujourd’hui agréer aux phrases toutes faites et courantes: “Tous les hommes sont des salauds…”, “Haaaa les hommes, tous les mêmes…”, “Tous les hommes pensent comme cela…”, je ne m’y retrouve plus du tout.
Aujourd’hui j’aime l’homme, le masculin dans ce qu’il a de puissant de sensible et fragile. J’aime le corps de l’homme dans son côté plus anguleux que le mien, plus robuste, plus poilu aussi. J’aime les poils qui repoussent au matin sur leur visage, drus et piquants, les barbes de plusieurs années. J’aime les dessins des poils sur leur poitrine, leurs jambes. J’aime les carrures plus larges que la mienne dans lesquelles je peux me réfugier. J’aime l’homme qui prend refuge en moi et me fait réceptacle de son aleph lorsqu’il en ressent le besoin. J’aime l’homme suffisamment confiant qui n’a pas peur de montrer sa fragilité, ses blessures, ses larmes. J’aime la complémentarité des sexes comme symbolisé dans le Shiva-Lingam.
J’aime les mains des hommes, rugueuses, douces, carrées, costaudes, des mains qui ont travaillé la terre, griffées, qui ont sculpté, qui ont utilisé leur force. Et celles plus délicates, épargnées d’un travail physique qui les marquent, les mains de l’artiste ou du tailleur allongées, comme celles d’un pianiste. J’aime sentir la main d’un homme dans ma main ou sur ma hanche alors que je m’endors, ou lorsque nous marchons côte à côte. J’aime les doigts qui glisse sur ma peau dans l’admiration de mon corps de femme plus gracile et fait de courbes.
J’aime l’amplitude de leurs cages thoraciques larges, l’épaisseur de leur thorax, découvrant une capacité pulmonaire bien plus vaste que la mienne. J’aime la courbe sous les côtes vers leur ventre, celle près de la crête de la hanche vers les plis de l’aine.
J’aime leurs dos musclés, la tonicité dense de leurs corps. J’aime voir dans leurs yeux des regards enfantins derrières des visages forts. J’aime leurs voix graves et basses murmurer des mots d’amour doux et tendres. J’aime leur attitude dans l’intimité lorsqu’ils s’abandonnent au plaisir partagé sans retenue ou gène. J’aime qu’un homme puisse me porter dans ses bras et me poser dans le lit avant la nuit, m’emportant d’une pièce à l’autre, chose que je ne pourrai jamais faire. J’aime leurs confidences, les secrets qu’ils partagent, les regrets qu’ils énoncent. J’aime leur pudeur langagière même si elle me met à rude épreuve parfois, elle dénote d’une sensibilité dont ils prennent soin, un exemple dont j’aimerais m’inspirer.
J’aime l’homme qui reste homme, je ne veux pas que l’homme se féminise, tout autant que je souhaite conserver les caractéristiques qui font que je suis femme et ne pas devenir masculine à l’excès. Le déni de la différence entre hommes et femmes, voire son refus, justifie la tendance à la féminisation de certains de ceux-ci, ne pouvant plus assumer les qualités masculines et viriles.
J’aime les caractéristiques des hommes que je ne possède pas étant femme. Conjuguées aux miennes, elles permettent un nouveau dynamisme, une autre façon d’inventer l’instant, d’être en lien, une nouvelle polarité dynamique, une synergie. Je parle des caractéristiques physiques, physiologiques, psychologiques intrinsèques au sexe que nous possédons et naturelles, car pour le reste, hormis le conditionnement sociétal, culturel et familial, nous sommes tous des êtres humains et sensibles. Nous ne sommes pas notre genre, nous sommes bien plus que cela et nous devons en même temps expérimenter cette condition de genre dans cette incarnation, différences et ressemblances conjuguées.
Dans ma profession, je suis amenée à toucher des femmes et des hommes, je reçois beaucoup de confidences très intimes de part et d’autres et j’ai pu constater que des deux côtés les blessures sont nombreuses, les abus fréquents, la sensibilité similaire.
Des hommes m’ont confié les violences, agressions, injustices et inconduites dont ils ont été victimes de la part d’hommes et de femmes. Ils m’ont révélé leur sensibilité, avec la peur de ne plus être considéré comme un homme car ne répondant pas au stéréotype masculin monolithique de base: macho, dominant la femme, sexiste voire misogyne…
Plusieurs de ces confidences masculines m’ont touchée, ébranlée, laissant deviner une belle fragilité très éloignée des clichés masculins habituels, et m’ont invitée en tant que femme à parler de la souffrance des hommes. Ne sachant plus très bien quelle place laisser à leur sexe ni comment le vivre dans tous ses états (flaccidité ou érection), l’envie de me faire leur relais en toute humilité.
Dans un article précédent, j’évoquais le massage du yoni ou sexe de la femme. Ecrire aujourd’hui sur le sexe de l’homme s’inscrit dans une continuité logique à mes yeux.
L’on voit facilement de belles représentations de yoni, de clitoris et à raison vu la mal-information ou sous-information quant au sexe de la femme (et principalement du clitoris) comme par exemple son absence dans les livres d’anatomie jusque fin des années 80. Peu de représentations positives, artistiques ou poétiques du pénis, j’ai pourtant cherché et n’ai quasiment rien trouvé de beau sauf quelques rares exceptions.
L’envie de parler du sexe des hommes pour arrêter d’associer la masculinité toxique à la masculinité singulière de chaque homme.
L’envie de parler du sexe des hommes car je vois au quotidien des hommes délicieux (amis, partenaire, frère, beau-père, collègues, voisins…) qui souffrent également des attributs basiques que l’on associe à leur genre tout comme les femmes souffrent face à la féminité.
Nombreuses sont les problématiques que les hommes rencontrent en lien avec leur pénis: éjaculation prématurée, érections involontaires, impuissance, taille… D’autres hommes qui ont des problèmes médicaux en lien avec leur pénis (ablation du pénis suite à un cancer, peyronie ou déviation du pénis en érection, priapisme ou érection involontaire et prolongée qui peut entraîner l’impuissance) et qui repensent fondamentalement toute leur sexualité et ce qui fait réellement d’eux des hommes.
Des pathologies plus rares en lien avec le pénis comme le “Koro”, la peur que le pénis ne disparaisse en se rétractant à l’intérieur du corps ou qu’il soit volé.
Par surcroît, les hommes témoignent de ne pouvoir contrôler leur érection, ni la provoquer, ni l’empêcher; situation qui peut devenir problématique face à toutes les projections sur l’état de l’organe.
Tantôt l’érection est souhaitée voire quasi obligatoire. Elle atteste majoritairement et à tort de la puissance et de la virilité de l’homme. Si elle ne survient pas l’homme est jugé dans son intégrité à être un homme, un vrai. La performance exigée autour de l’érection lors des rapports sexuels induit une pression…
Tantôt, elle est perçue comme perverse voire dangereuse, ressentie comme une offense ou une agression, une perversion de la part de l’homme catalogué alors comme vicieux ou dégoûtant.
Certains ont un rapport paradoxal avec leur sexe, source de fierté et de honte à la fois, il reste tout de même un indicateur important de leur vitalité, de la qualité de leur connexion à leur corps, à leur énergie libidinale: réceptacle d’une énergie de vie et de création. Énergie de base, qui pourrait les guider si elle n’était pas pervertie par des morales ancestrales, des tabous et des peurs d’être mauvais.
Beaucoup d’entre eux aiment bander tout simplement, pour le plaisir de la sensation sans attente particulière, sans désir précis. L’érection pouvant survenir au réveil, dans un moment de détente, dans une sensorialité du plaisir d’être en vie et d’être présent à son corps tout simplement. Ils aiment être nus et sentir le contact de leur sexe sur leur cuisse, avec l’air, l’eau, le vent.
Beaucoup d’hommes parlent de la sensibilité à fleur de peau de leur sexe, souvent ignorée en raison des généralisations inexactes au sujet de la sexualité masculine. L’on projette trop souvent sur l’homme l’envie de relations sexuelles intenses et brutales. Nombreux sont ceux qui expriment qu’en raison de la sensibilité de leur sexe, ils aspirent à des échanges plus tendres, des caresses plus légères, des moments plus sensuels que sexuels, liés au doux plaisir de l’échange entre deux peaux, entre deux sensibilités entre deux personnes plutôt qu’à la performance mécanique. A travers leur sexe et le rapport à l’autre, ils parlent d’envie de se connecter au mystique, au divin, de désir de transe et de transcendance.
Je remarque un plus grand malaise dans les nouvelles générations, les hommes plus jeunes ayant plus de mal à assumer leur sexe, leur sexualité, leur libido. Peut-être que les hommes qui ont vécu la révolution sexuelle de mai 68, en ont appris quelque chose et vivent leur sexualité et corporalité plus aisément que les génération suivantes qui ont été inondées de pornographie suite à cette libération sexuelle? Ce véritable tsunami de représentations pornographiques ne permet plus aux jeunes de s’inventer, d’être créatif, dans l’exploration de leur sexualité. Ils pensent tout simplement que c’est comme cela que cela se fait, que c’est à ces représentations qu’ils doivent correspondre et ne perçoivent même plus que l’érotisme et la sexualité, sont des moyens d’expression de soi qui s’inventent et se recréent à chaque relation, moment, période de vie, avec chaque partenaire. Correspondre aux modèles véhiculés par la production massive pornographique accessible à tous, balaye impunément le caractère singulier de la sexualité de chaque individu.
Une phrase que j’ai lue récemment, s’applique parfaitement à la sexualité: “Si je ne suis pas moi, qui le sera?”, si dans l’intimité de la sexualité, je suis aussi conditionné par des modèles (mises en scène, acteurs sélectionnés), dans quel registre de ma vie puis-je être moi avec toutes mes singularités et différences? Besoin de correspondre plutôt que d’expérimenter, qui retire toute la substance de cet échange intime qui si nous le vivons entièrement nous ramène entièrement dans le moment présent, comme une célébration de la vie dans le partage avec l’autre.
Petit détour professionnel: le massage tantrique, en incluant le corps de l’homme dans sa globalité par un toucher affectueux et respectueux, lui permet de se détacher de sa zone génitale et des tensions qu’elle peut générer, le sexe faisant alors partie d’un tout, d’une personne sensible. L’homme peut se sentir comme une unité et arrêter de focaliser sur son sexe, sur son état…
En adaptant mes comportements par la compréhension de ceux-ci, je suis à même d’accueillir l’homme, de l’écouter, de le comprendre ce qui engendre une boucle vertueuse. Car compris, l’homme peut mieux comprendre la femme et vice et versa.
Accueilli sans jugement, n’étant pas associé à des comportements généralisés qui ne lui correspondent peut-être pas, se sentant honoré et compris, il peut à son tour mieux accueillir la femme qui se présente à lui et sortir de vulgarisations trompeuses à son égard.
L’importance de se placer au-delà de ce clivage homme/ femme dont le lien est jalonné de blessures, surtout en tant que praticienne tantrique, s’est imposée à moi. Comment proposer à l’homme de se réconcilier si je ne le suis pas avec moi-même, en moi-même? Comment l’inviter à apprivoiser l’animus et l’anima (pour citer Jung) en lui, si ce n’est déjà réalisé en moi?
Avec un toucher empreint d’affectivité, d’attention, l’homme peut voir toutes les parties de son corps touchées avec précaution, en l’état présent, sans jugement. Cela peut lui permettre de vivre mieux sa corporalité, son sexe et de retirer tout le poids de l’abuseur qui lui est souvent inculqué, qui plus est s’il y a érection. Nous sommes dans ce cadre en présence d’un toucher qui peut être réparateur et invite à (ré-)apprivoiser cette vitalité naturelle qui tend spontanément alors à circuler (à nouveau) dans tous les canaux énergétiques.
L’éventuelle érection (sans en faire quelque chose systématiquement) n’est plus diabolisée et est vue comme un état naturel, non offensif. L’éventuelle flaccidité trouve également son espace et permet à l’homme de sortir de l’impératif de l’érection, d’être performant et actif.
Masser un homme dans son intégralité, dans un tel cadre, permet une réconciliation, donc un plus grand lâcher-prise, en conséquence un vécu (au quotidien) des deux archétypes masculin/ féminin dans ce qu’ils ont d’actif/ réceptif, de dynamique et de passif.
“La femme, par sa beauté-qui-ouvre-le-cœur, nous offre à nous les hommes le plus beau des cadeaux. Celui de pouvoir contacter celui que nous sommes réellement dans nos profondeurs, au-delà de nos écrans.” Jean-Philippe Ruette
Pour conclure, parmi les témoignages que j’ai reçu, voici celui avec lequel je souhaite terminer cet article, beau résumé, belle conclusion:
J’aimerais jouer à tenter de définir le pénis. Si les mots ne conviennent pas, le définir en signe de ponctuation? Petite virgule? Gros point d’exclamation? Bof bof. Ah mais après tout, pourquoi pas… Trait d’union entre le mâle physique et son masculin sacré, trait d’union entre le masculin sacré et le féminin sacré. Trait d’union entre le Yin et le Yang, entre le Ciel et la Terre.”
Une petite chanson sur le sujet de Jeanne Cherhal, “Cheval de feu”:
https://www.youtube.com/watch?v=xV0rssh_isk
Vous avez aimé et lu jusqu’au bout, peut-être avez-vous envie de partager.
Merci à Enzo, Chistophe, Ilwan, Cédric, Baudoin, , Olivier, Stuart, Didier, Bertrand, Thierry pour leurs témoignages sincères.
Auteur : Umâ Aum




