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L'entêtement destructeur
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/11/2021
On a ici (et il y a d'autres exemples dans le milieu montagnard,) un cas typique d'entêtement. Un entêtement évidemment nourri par des intentions financières.
Le maire est également président de la station.
S'il a été élu, c'est parce que la population, dans sa majorité, souhaite que la station continue à attirer les skieurs. J'ai vu le développement de cette station pendant des années. On vivait en Haute Savoie.
Les canons à neige et les retenues d'eau. Reculer pour mieux crever. Crever après avoir massacré des hectares de nature. C'est la fuite en avant mais l'issue ne changera pas. Tout le monde sait que l'enneigement diminue et diminuera encore et les canons à neige avec des températures trop douces ne servent à rien. Ils projettent de la pluie, pas de la neige. Des millions dépensées en perte. Et des espaces naturels dévastés. Car il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas que de la zone concernée par l'aménagement de la retenue. les effets sont bien plus vastes.
La Clusaz : les habitants s’opposent au saccage de la montagne pour les canons à neige

9 novembre 2021 - Matthieu Delaunay
Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Dans quelques jours, seront entamés les travaux d’une cinquième retenue collinaire dans le bois de la Colombière, un corridor écologique majeur de la municipalité de La Clusaz. Maquillé en projet ayant pour mission de fournir à moyen terme de l’eau potable, la réalité est plus prosaïque : alimenter les canons à neige de la station de ski. Entretien avec les associations FNE Haute-Savoie, le Collectif Fier Aravis, de La Nouvelle Montagne et de Sauvons Beauregard, qui se battent contre ce projet.
LR&LP : Quelles sont la nature et les motivations du projet de retenue sur le plateau de Beauregard ?
La Clusaz projette de lancer dès cet automne 2021 la construction d’une cinquième retenue collinaire à 1500m d’altitude, dans le bois de la Colombière. Situé à l’Est du plateau de Beauregard, il s’agit d’un corridor écologique majeur situé à proximité directe d’un site classé zone Natura 2000 et d’une tourbière (zone humide) riche en faune et en flore.
Cette retenue grillagée, d’un volume de 148 000m3, d’une surface de 3,8ha (l’équivalent de 5 terrains de foot) et de 12 mètres de profondeur, condamnera des écosystèmes uniques dont 11 habitats naturels à protéger.
L’emprise totale sera de 8ha, soit une surface équivalente à 11 terrains de foot du parc des Princes. Cette retenue sera remplie par captation de l’eau de la source de la Gonière, située 4 km en aval, vers le col des Aravis, à environ 1 240m d’altitude.
La municipalité actuelle, dirigée par le maire Didier Thévenet, présente cette cinquième retenue collinaire comme étant destinée pour un tiers à alimenter le village en eau (la commune compte 1 720 habitants), les 2/3 restants servant à la production de neige artificielle.
L’exploitant des remontées mécaniques de La Clusaz, dont le domaine skiable s’étage entre 1 000 et 2 500m d’altitude, envisage ainsi de couvrir 45 % de son domaine en neige artificielle, contre 27% actuellement.

Naturalistes à l’affût – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : Qui est à l’origine de ce projet ?
Ce projet émane de la SATELC (Société d’aménagement touristique et d’exploitation de la Clusaz, dont le maire Didier Thévenet est le président, ndlr) ainsi que de la municipalité précédente, dans laquelle siégeaient déjà les 1er et 2nd adjoints au Maire actuel.
A l’époque, ce projet n’était alors destiné qu’à la production de neige artificielle. En témoigne l’observation d’une personne, conseillère municipale du précédent mandat, restée anonyme qui a été déposée sur le registre dématérialisé lors de l’enquête publique.
LR&LP : Que dit cette observation ?
Voilà ce qui est écrit noir sur blanc : « Quand le projet nous a été présenté, il nous a bien été précisé qu’il fallait mettre un volet eau potable, sinon une retenue pour des canons à neige ne passerait jamais aux services de l’État. A savoir : que l’eau de cette retenue ne pourra en aucun cas aller jusqu’à votre robinet, puisque rien n’est prévu pour la traiter. Elle ne pourra pas servir aux autres communes puisqu’aucune canalisation n’est prévue dans ce sens. »
Cette même personne a aussi transmis des textes de SMS reçus, envoyés par un élu à ses amis et l’autre d’un directeur à ses collaborateurs.
L’interview donnée en 2017 à Actu montagne par M. Pierre Lestas, alors directeur de la SATELC et également président de Domaines Skiables de France, est riche d’enseignements. Dans cette interview – où il est uniquement question de renforcer l’enneigement artificiel de la station -, il cite déjà la retenue de Beauregard. (voir l’extrait à la fin de cet article, ndlr)
Selon nous, collectifs et associations, si le besoin mis en avant est celui de l’eau potable, c’est bien la stratégie d’augmenter fortement la production de neige artificielle qui impose le choix de ce site vierge et l’ampleur de l’ouvrage. L’eau potable sert d’alibi pour justifier l’utilité publique de ce projet.
La Clusaz bénéficiant déjà de quatre retenues collinaires (soit 270 000 m3) dédiées à l’enneigement artificiel, l’obtention de la DUP (Déclaration d’Utilité Publique) pour une 5ème retenue ne pourrait être justifiée par la seule neige de culture.
En matière d’enneigement artificiel, la Cour des Comptes en 2018 mettait en garde les stations de ski des Alpes du Nord et leur demandait de changer de modèle face aux modifications du climat. En page 561 de ce rapport, il est noté :
« La stratégie en matière d’enneigement de culture est très claire : n’y recourir que sur des zones bien définies et ne pas consommer d’eau potable. »

Plateau de Beauregard enneigé – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : Concrètement, quelles seraient les conséquences d’un projet d’une telle envergure ?
Cette retenue collinaire grillagée de 148 000m3 de stockage aura une emprise de 3,8 hectares avec une digue de 12 mètres de haut qui présente un risque, faible mais existant, de rupture de digue inondant une partie du village en aval.
Elle entraînera la destruction directe de 8ha d’habitats naturels particulièrement riches et préservés. Le secteur prévu pour la retenue est aujourd’hui une zone de tranquillité pour la faune, puisque le reste du plateau est très fréquenté.
Une dérogation a été demandée par la Mairie de La Clusaz pour engager la destruction de sites de reproduction ou d’aires de repos pour les animaux et certaines espèces animales protégées. Les impacts secondaires, sur une superficie bien plus large, n’ont pas été évalués…
Mais il faut être clair : la localisation de ce projet est catastrophique : il est situé dans l’immédiate proximité de nombreux zonages réglementaires ou d’inventaires qui témoignent de la richesse environnementale du site du plateau de Beauregard.

Photomontage de l’impact de la retenue sur le plateau de Beauregard – Crédit : Pierre-Tardivel
Cet ouvrage est donc en décalage total avec la géomorphologie naturelle du territoire. Nous ajoutons que l’ancien maire de la Clusaz, Guy Collomb-Patton, s’est inscrit contre ce projet lors de la concertation préalable !
Lors de la construction de la retenue, la quasi-totalité du pic / plateau de La Colombière sera « décapitée » et imperméabilisée. La surface autour de la Colombière est importante pour capter l’eau de la pluie et de fonte de neige. Une fois construite, la retenue ne permettra plus l’infiltration de l’eau du plateau.
Cette retenue constitue donc une menace hydrologique : nous soulignons l’absence ou l’insuffisance des études concernant les prélèvements en eau et leurs impacts environnementaux sur les cours d’eau : ruisseau du Nom, ruisseau de La Patton et Nant des Prises.
Hydrologues, géomorphologues et botanistes craignent l’assèchement d’une partie de la tourbière remarquable de Beauregard.

La Tourbière du plateau de Beauregard – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : Ce projet va entraîner une consommation énergétique très forte, ne serait-ce que pour faire remonter l’eau de 1240 à 1500 mètres d’altitude …
L’Autorité Environnementale a recommandé à la commune d’approfondir toute alternative à la création de la retenue du plateau de Beauregard, en lien avec le changement climatique. Ces alternatives ne nous semblent pas avoir été étudiées, et les autres sources potentielles n’ont pas été investiguées !
Les impacts du projet sur les consommations énergétiques et le climat sont analysés de manière beaucoup trop succincte. Le dossier d’autorisation environnementale conclut à un niveau potentiel faible en phase d’exploitation. L’argument est que la distribution depuis la retenue de l’eau s’effectuera par gravité, limitant ainsi les consommations énergétiques.
Cependant, le public ne reçoit aucune information concernant les consommations énergétiques nécessaires pour alimenter la retenue de Beauregard en eau depuis le captage de la Gonière, puis pour remonter les m³ d’eau de la retenue qui seront évaporés dans un contexte marqué par le réchauffement climatique et la contraction des ressources en eau. Comment dès lors s’inscrire dans la sobriété énergétique exigée par la loi de transition énergétique ?
On voudrait faire passer pour de l’adaptation ce qui est avant tout une obstination à ne pas faire évoluer un modèle économique qui a tant rapporté. C’est une fuite en avant d’un modèle économique et environnemental qui n’est pas viable à moyen terme : celui du tout ski à tout prix.
C’est un engagement dans la voie de l’artificialisation de la pratique touristique, de façon à la maintenir et à s’émanciper d’une forme de dépendance à l’égard des facteurs exogènes du climat. On retarde l’adaptation du territoire au changement climatique. Si le réchauffement climatique est inéluctable, la neige naturelle ne va pas disparaître du jour au lendemain.
Plutôt que d’augmenter à tout prix un enneigement artificiel aléatoire et coûteux, la « lente » diminution de l’enneigement naturel devrait permettre de poursuivre parallèlement une réduction douce de l’activité « tout ski » pour la remplacer par des activités alternatives, le retour d’une activité économique diversifiée avec une repopulation permanente grâce à la réduction de l’inflation immobilière qui frappe la vallée depuis ces 30 dernières années.

Raquettes au plateau de Beauregard – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : L’enjeu de l’eau potable est un sujet fondamental, surtout en montagne puisque les ressources vont se raréfier. Ce projet ne revêt-il pas un intérêt public majeur ?
Ce projet imaginé par la SATELC uniquement pour la neige de culture remonte à 2017. Il a été revendiqué par la municipalité d’intérêt public majeur, au nom de l’alimentation en eau potable, ce qui est selon nous un argument fallacieux qui vise, comme expliqué plus haut, à la faire reconnaître d’intérêt public majeur.
En outre, expliquer qu’il s’agit de sécuriser l’accès à l’eau potable pour les populations présentes et futures nous semble malhonnête et manipulateur, avec des prévisions de croissance de population particulièrement hautes, alors que celle-ci ne cesse de baisser. Cela agite la peur de la pénurie d’une part, et présente la retenue comme la seule solution envisageable d’autre part.
Rappelons que 270 000 mètres cubes sont déjà disponibles et potabilisables, à travers les 4 autres retenues. Se servir des retenues existantes comme alternative semble plus adapté et beaucoup moins onéreux !
Sur le territoire de La Clusaz, plusieurs sources ont alimenté le réseau d’eau potable pendant des années, avant d’être déconnectées du circuit. Jamais il n’a été question de les prendre en compte ce qui aurait sans nul doute porté ombrage au projet.
Il y a une cristallisation sur la possibilité de manque d’eau potable aujourd’hui et la mairie se sert de cet argument pour convaincre la population (en agitant l’épouvantail de la peur du manque d’eau, de la peur du manque à gagner, etc.)
Or, la source de la Gonière ne peut en aucun cas être consommée sans traitement, et l’usine de traitement n’est même pas budgétée dans le dossier d’enquête publique ! Ce dossier d’enquête publique présente très peu de données relatives à l’alimentation en eau potable. Qu’est-il concrètement prévu, on ne le sait pas.
Dans ce dossier, la préfecture invente l’utilité publique à géométrie variable ! En effet dans ses conclusions à l’enquête publique, la préfecture note dans son avis favorable « Ayant conscience que ce projet n’est pas d’utilité publique pour l’ensemble de la population française, la commission chargée de l’enquête publique considère qu’il est d’intérêt public pour la population de la vallée des Aravis »
Il est également noté : « La commission d’enquête retient que : – le projet aura un impact négatif sur la biodiversité et plus particulièrement en phase travaux. – les prélèvements supplémentaires du captage de Gonière risquent de perturber le régime d’écoulement et d’assécher le torrent Le Nom et tuer toute vie piscicole. »
Le torrent le Nom se jette dans le Fier, qui se jette dans le Rhône. Si la question est « est-ce un projet qui concerne l’intérêt général ? », la réponse est évidemment OUI !
Nous avons affaire à un projet qui touche à une ressource naturelle dont l’accès est un droit humain (mais qui la privatise), et qui pose des questions sur la continuité de cette ressource en aval du projet, et pas seulement sur le site identifié pour la retenue.
Le cumul des retenues collinaires tend à avoir des conséquences négatives sur les bassins versants concernés, en les rendant beaucoup moins résilients aux sécheresses.
Plusieurs types de données sont nécessaires pour déterminer l’influence d’une retenue, et a fortiori d’un ensemble de retenues, sur le cours d’eau. Toute tentative pour estimer l’influence d’une retenue sans disposer de ces données, qu’il s’agisse de l’hydrologie, du transport solide ou de la qualité de l’eau conduit à une grande incertitude.
Pourtant, ces données ne sont quasi jamais disponibles, de façon exhaustive, sur un bassin versant. Dans un contexte de changement climatique qui est déjà à +2 °C en montagne et tend à s’accélérer, continuer ce type d’aménagement en parlant d’adaptation rend perplexe.

Les habitants opposés à la retenue d’eau se sont rassemblés – Crédit : Pierre Tardivel
LR&LP : On décèle une forme d’opacité dans la prise de décision de la préfecture et de la mairie. Quel est votre sentiment en tant qu’habitants de la Vallée ? On entend aussi parler d’Omerta au sein de la station, comme dans d’autres, qu’en est-il réellement et comment l’expliquer ?
Voici quelques extraits d’observations déposés anonymement sur le registre dématérialisé :
« Déposition anonyme d’un habitant de la vallée qui porte un nom d’ici mais qui se protège de pressions sociales importantes dans son cercle familial qui ne partage pas forcément la même opinion. » Observation n°971 (Web) Anonyme Déposée le 14 septembre 2021 à 22 h16
« Une habitante native des Aravis qui pratique le ski alpin, le ski de randonnée, le ski de fond, le VTT qui choisit de rester anonyme vis-à-vis de ses enfants ».
« Je m’oppose au projet de retenue collinaire de la forêt de la Colombière à Manigod. Elue du bassin annécien je préfère garder l’anonymat car le débat est clivant aussi dans nos vallées et les pressions diverses »
« Monsieur le commissaire, Je souhaite rester anonyme non pas par peur, ou manque de convictions… j’assume pleinement et ouvertement mes idées. En revanche ma moitié et mes enfants n’ont pas à en subir les retombées, je ne leur lobotomise pas le cerveau à coup de slogan écolo, ou autre car contrairement à ce que disent les maires des Aravis… nous serions des extrémistes, voir mêmes des talibans de l’écologie… qui de nous deux tient des propos extrémistes et violents par leur sens, qui attaque son « opposant » ? Je semble rentrer dans leur critère de « respectabilité » puisque j’ai toujours vécu dans les Aravis, j’y vis encore, mes enfants y grandissent, ils sont au club de ski de mon village, nous y travaillons, nous consommons dans nos villages, et nous payons les charges. »
Volontairement et historiquement les élus n’associent jamais les habitants pour débattre d’un projet, ou seulement une fois que celui-ci est finalisé. Par ailleurs, il est avéré que des habitants de La Clusaz ont subi des pressions, ce qui distille la peur de s’exprimer, ou de simplement poser des questions.
Ces tensions ne datent pas d’aujourd’hui et profitent toujours au pouvoir en place et restent profondément ancrée dans la population. Durant les campagnes municipales, les vertus affichées pour plus de « démocratie » sont vite oubliées ensuite.
Malgré les affirmations de la mairie, il n’y a pas eu de vraie concertation publique relative à ce projet.
Il y a eu deux phases d’une pauvreté inouïe en terme de débat public : la concertation préalable et l’enquête publique. Ces deux phases ont permis au public de s’exprimer par voie dématérialisée mais certainement pas de débattre publiquement du projet avec les élus qui le portent, ceux qui le soutiennent et ceux qui le dénoncent.
Entre les deux phases du projet, la mairie souhaitait rencontrer les structures associatives une par une et nous priait de laisser nos téléphones portables à l’entrée… ce qui nous semblait un peu étrange, et certainement pas opportun dans le but d’avoir un échange transparent et constructif. La mairie a refusé de rencontrer l’ensemble des collectifs opposés au projet tel qu’il est présenté.

Beauregard- Crédit : Sandra Stavo-Debauge
LR&LP : Quel est votre sentiment sur le concept des « stations 4 saisons » ?
Le concept de station 4 saisons est à la mode, et il est évident que les stations ne doivent plus se considérer seulement comme des stations de ski, mais comme des stations de montagne.
Il y a l’idée de rester attractive tout au long de l’année, mais selon nous, il ne faudrait pas que cela soit seulement autour du tourisme : il s’agit aussi de recréer des bassins de vie stables, redynamiser les territoires autour d’une véritable économie résidentielle, sortir du paradigme de la destination touristique « mono-activité » et sortir aussi du paradigme du 100% tourisme !
Il est nécessaire de redévelopper l’attractivité locale : le retour aux services de proximité, la promotion d’un tourisme local et orienté vers le patrimoine naturel et historique des territoires de montagne. Le patrimoine (richesses des paysages, faune, flore, histoire, culture) est un quatrième pilier fondamental à ajouter aux trois consacrés du développement soutenable (Écologique, Social et Économique).
C’est pourquoi la préservation des espaces de montagne, voire leur protection, est primordiale pour consacrer un territoire de nature, contenir les aménagements, permettre de conserver des zones de tranquillité pour que les humains puissent toujours aller à la rencontre de la nature sauvage dans des espaces de liberté et refonder une relation équilibrée et respectueuse avec la montagne. Etaler la fréquentation touristique tout au long des saisons nous semble être une voie à suivre.
Il y a un grand oublié dans le concept de valoriser la montagne, le village. Jamais on ne parle de village pour ce qu’il est, pour sa vie sociale, son cadre et reflet de l’authenticité de ses habitants. C’est une valeur non commerciale qui pourtant valorise la station. Quand on parle de village ce n’est pas pour parler d’une station déguisée à exploiter…

Le plateau de Beauregard en automne – Crédit : Sandra Stavo-Debauge
LR&LP : On argue que la station est aussi un poumon économique de la région, et que vos protestations témoignent en réalité d’un désintérêt pour l’aspect économique qui garantit un emploi à beaucoup de personnes. Quelles sont vos propositions alternatives pour maintenir une économie durable dans le secteur ?
Nous croyons au contraire que nos protestations sont le signe d’un intérêt vif pour l’aspect économique de nos vallées et massifs, et pour la transition économique et environnementale de nos territoires de montagne.
Nous adorons le ski, nous sommes en lien direct avec les activités économiques du village, hébergeurs, moniteurs, commerçants, saisonniers, presse spécialisée, et sommes parfaitement conscients de la richesse économique qu’il a permis et permet encore.
C’est pour cette raison que nous sommes d’autant plus inquiets de voir l’absence d’alternatives émerger de la part des acteurs publics, qui revendiquent porter des projets d’intérêt général.
Pourtant, les industries qui dépendent du ski doivent aussi avoir le temps de s’adapter et donc concrètement s’orienter vers une autre pratique de la montagne. De ce point de vue, il y a clairement un défi culturel pour nous permettre collectivement d’envisager la montagne autrement.
Nous constatons que, simplement pour copier les pays concurrents et les stations voisines, l’équipement en neige artificielle devient systématique sur les domaines skiables où désormais on raisonne en “taux de couverture”.
On ne résonne plus en adéquation des seuls besoins, et surtout de l’évolution prévisible du changement climatique : saison de neige retardée et plus courte ; pluies plus abondantes que les chutes de neige. Des investissements lourds amortissables sur de longues périodes ne sont également pas en adéquation parce que trop fortement aidés par de l’argent public.
Dans un contexte de changement climatique qui s’accélère, le respect et la bienveillance d’un tourisme en montagne devrait être la priorité. Assurer une vie économique pérenne, créer des emplois, améliorer les conditions de vie des habitants tout en préservant l’environnement montagnard à la fois exceptionnel et fragile.
Les projets mériteraient d’être élaborés avec les habitants des territoires afin que la montagne garde son attractivité sans atteinte à l’environnement. Recréer en socle de pluriactivité, favoriser sa mise en œuvre en démocratisant les discussions et non seulement avec une gouvernance toute puissante imposant ces projets.
Les activités neige et les différentes pratiques du ski sont aujourd’hui structurantes pour le tourisme en montagne ; garder l’existant suffit largement pour le présent. Elles doivent être accompagnées de projets innovants adaptés à chaque territoire en lien étroit avec la nécessaire transition climatique et environnementale, dans une perspective de viabilité économique et sociale.
Geler les fonciers et ne plus permettre de construire devrait être aussi une priorité. La France dispose de trop de lits en montagne. Comparativement, l’Autriche dispose de 1 millions de moins de lits mais la saison est plus longue et les remplissages meilleurs.
Ne plus avoir comme cible la clientèle étrangère qui met à mal le défi énergie climat et de résilience des territoires définis par l’Europe est à envisager sérieusement.
Enfin, il est nécessaire de retrouver ou de créer une économie locale permanente autour par exemple de l’industrie du bois dont les débouchés sont en pleine croissance grâce à la construction bois, de l’agroforesterie, de l’enseignement, des activités tertiaires qui ne nécessitent pas de localisation particulière et peuvent bénéficier des techniques de communication actuelles.

La forêt de Beauregard sous la neige – Crédit : Sandra Stavo-Debauge
LR&LP : Maintenant que les décisions ont été prises, quelles sont vos options ? Quel message souhaitez-vous faire passer à la population qui pourrait lire cette interview ?
Nous allons continuer à nous opposer au projet qui s’inscrit dans une logique de développement déjà actée au SCOT (Schéma de cohérence territoriale). D’autre retenues collinaires sont prévues : des liaisons inter-massifs et un gros porteur dit « ascenseur valléen ».
Nous encourageons toute personne qui comprend les raisons de notre lutte à s’informer et informer autour d’elle, mais aussi à signer la pétition qui a déjà recueilli plus de 51 500 signatures. Nous leur demandons aussi de nous soutenir dans les initiatives que nous allons lancer prochainement, dont un appel au don pour des études alternatives et pour les recours que nous allons déposer.
Dans d’autres parties du territoire national, nous relevons des projets impactant fortement l’environnement, inadaptés au changement climatique et à la transition économique. Certains de ces territoires, touchés par des sécheresses importantes, voient se renforcer les conflits autour de l’usage de l’eau.
En Haute-Savoie, ils émergent alors que nous avons encore de l’eau. Malheureusement sans concertation digne de ce nom, et sans cohérence territoriale, cela ne fait que polariser les positionnements des uns et des autres et nous amène à des situations pour l’instant conflictuelles, demain explosives.
Pour aller plus et aider les associations à stopper cette destruction de la montagne qui sera irréversible, il est enfin possible de :
> Demander à la Mairie d’effectuer des recherches poussées au Bossonnet, site abritant potentiellement un immense gisement d’eau potable, avant d’engager tout travaux au bois de La Colombière.
> Signer la pétition sur Change.org « Destruction d’espèces protégées : sauvons Beauregard »
> Suivre le Collectif Fier-Aravis, Sauvons Beauregard de la destruction, La Nouvelle Montagne, France Nature Environnement Haute Savoie sur FB et insta
> En adhérant aux associations impliquées dans la défense de l’environnement local
> En faisant un don pour nous aider à collecter des fonds pour les recours juridiques nécessaires et les études complémentaires. Nous souhaitons créer une jurisprudence pour tous ces projets honteux.Extrait de l’interview parue dans Actu Montagne
Actu montagne : »Quels sont vos prochains gros chantiers ?
Pierre Lestas : Nous avons ouvert un nouveau dossier pour un plan stratégique à 15 ans, comprenant le creusement d’une nouvelle retenue d’eau d’altitude sur Beauregard, et surtout le réaménagement du massif de Balme. Nous travaillons et débattons de plusieurs scénarios. Notre décision interviendra début 2018, pour une première mise en œuvre dès 2021. Nous investissons entre 10 et 12 millions d’euros tous les trois/quatre ans.
La France a rétrogradé à la 3e place du classement mondial des destinations neige. Êtes-vous inquiets ?
PL : Non. Si l’enneigement est satisfaisant, nous retrouverons notre deuxième, voire la première place. Le domaine skiable français est le plus important au monde, en taille et en remontées mécaniques. C’est clairement le manque de neige à Noël ces deux dernières années qui a impacté sa fréquentation. Nous devons investir dans des réseaux d’enneigement capables de saisir les fenêtres de froid. Nous devons également être précautionneux financièrement pour que nos sociétés ne soient pas en péril, si elles devaient encore faire face à l’aléa climatique. Je vous rappelle que nous avons déjà divisé par trois notre exposition à ce dernier depuis 25 ans, grâce à la neige de culture, au damage et aux travaux sur les pistes. »
Propos recueillis par Matthieu Delaunay. Journaliste, auteur, voyageur au long cours, Matthieu Delaunay contribue régulièrement à La Relève et La Peste à travers des entretiens passionnants, vous pourrez le retrouver ici et voir tous ses entretiens sur sa chaîne Hic & Nunc.
9 novembre 2021 - Matthieu Delaunay
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"Nous creusons nos propres tombes"
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/11/2021
Nous creusons surtout celle de nos enfants.
Il faut imaginer cette situation.
Donner la vie et en même temps, creuser les tombes des nouveaux arrivants.
Nous en sommes là.
Cop26 à Glasgow . « Nous creusons nos propres tombes » : les dirigeants au pied du mur
Les dirigeants du monde entier réunis à Glasgow pour la conférence climat de l’Onu ont été sommés de prendre enfin des mesures concrètes au nom de l’avenir des futures générations.
Ouest-FrancePublié le 01/11/2021 à 21h03
Il est temps de dire « Assez » », a lancé Antonio Guterres, le secrétaire général de l’Onu, qui n’a pas mâché ses mots devant les quelque 120 dirigeants de tous les continents et les milliers de délégués et d’observateurs du sommet.
Assez de brutaliser la biodiversité. Assez de nous tuer nous-mêmes avec le carbone. Assez de traiter la nature comme des toilettes. Assez de brûler, forer et extraire toujours plus profond. Nous creusons nos propres tombes », a-t-il martelé.
Les principaux dirigeants de la planète ont ensuite répondu, chacun à leur manière, sur la ligne de crête entre engagements et contraintes politiques nationales.
Emmanuel Macron souhaite ambition et solidarité
Rappelant l’objectif commun d’un réchauffement limité à + 1,5 °C, conforme aux Accords de Paris, Emmanuel Macron a estimé que la France, mais plus largement l’Union européenne, le Royaume-Uni, sont aujourd’hui au rendez-vous de ces engagements. Notre défi est maintenant de les mettre en œuvre et je n’en sous-estime ni l’importance ni la difficulté.
Bottant en touche, il a estimé que la clé pour les quinze prochains jours ici dans notre Cop, est que les plus gros émetteurs, dont les stratégies nationales ne sont pas conformes à notre objectif des 1,5 °C, rehaussent leur ambition », allusion notamment à la Russie et à la Chine.
« Il est minuit moins une sur l’horloge de l’apocalypse »
Hôte de la Cop, le Premier ministre britannique Boris Johnson n’était pas en reste en matière de proclamation. L’humanité a longtemps joué la montre sur le climat. Il est minuit moins une sur l’horloge de l’apocalypse. Nous devons agir maintenant », a-t-il renchéri, mettant en garde contre la colère incontrôlable que provoquerait un échec de cette Cop26, six ans après les Accords de Paris.
Le G20 qui réunissait à Rome, ce week-end, les représentants des pays représentant 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, a bien réaffirmé à l’unisson l’objectif de limiter le réchauffement à + 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Mais cela n’a convaincu ni les ONG ni Antonio Guterres qui a fait part de ses espoirs déçus ».
Lire aussi : Climat, taxe mondiale, aide aux pays pauvres : le G20, ou la diplomatie tous azimuts
Faire « cause commune »
Les présidents russe et chinois figurent parmi les grands absents à la Cop26. Pékin a formellement déposé ses nouveaux engagements climat qui reprennent sans les renforcer les promesses faites par le président Xi Jinping. Quant à l’Inde, autre gros émetteur, elle s’est fixée comme objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2070 », a annoncé lundi à Glasgow le Premier ministre indien, Narendra Modi.
Cop26 : l'avenir de la planète se joue-t-il à Glasgow ?
Dans un message vidéo, ce lundi soir, la reine Elizabeth II a exhorté les dirigeants mondiaux à faire « cause commune » pour s’attaquer au changement climatique. « En travaillant côte à côte, nous avons la capacité de résoudre les problèmes les plus insurmontables et de triompher de la plus grande des adversités. »
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"Irréversible"
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/11/2021
"Désormais, le réchauffement est irréversible"
Paris Match | Publié le 08/11/2021 à 04h00
Interview Romain Clergeat


13 juin 2019. Les chiens de traîneau du climatologue danois Steffen Olsen pataugent dans l'eau du ford d'Inglefield qui devrait être gelé à cette période.AFP
Ce n’est plus de la science-fiction. Le sommet sur le climat qui vient de débuter à Glasgow apparaît comme celui de la dernière chance tant l’urgence est criante. En un siècle, la planète s’est réchauffée de 1,1 °C. Match a donné la parole à Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du Giec.
Paris Match. L’activité des hommes est indiscutablement la cause des bouleversements climatiques, écrivez-vous dans le dernier rapport du Giec. Cela sonne-t-il, une bonne fois pour toutes, le glas du climato-scepticisme ?
Valérie Masson-Delmotte. Les connaissances scientifiques n’ont fait que s’affiner et le constat est clair : ce sont les activités humaines qui rajoutent des gaz à effet de serre, et ceux-ci piègent de la chaleur. Cette dernière s’accumule, devient responsable du réchauffement des océans, de la fonte généralisée des glaces et affecte le vivant. Sur la terre comme sous la mer. Par rapport à la fin du xixe siècle, nous en sommes à 1,1 degré de réchauffement. Oui, nous estimons qu’il est dû à l’influence humaine : 80 % à 90 % proviennent des énergies fossiles, pétrole, charbon, gaz, de la déforestation, de la destruction de zones humides, du méthane issu de l’élevage des ruminants… La conséquence, ce sont des événements extrêmes, plus fréquents et plus intenses, des pluies torrentielles et des sécheresses, ici et partout. Si nous n’avions pas altéré le climat, la vague de chaleur en Europe de l’été 2019 n’aurait pas eu cette intensité. Les records de température se succèdent, amplifiés par les îlots de chaleur dans les villes. Dans toutes les parties du monde, on vit déjà avec des valeurs qui dépassent les seuils de tolérance, pour les écosystèmes ou les sociétés. Et ces phénomènes ne vont pas s’arrêter demain. Mais leur intensité dépend du niveau de réchauffement planétaire. Donc des choix que nous allons faire.Les extrêmes chauds, qui survenaient une fois tous les 50 ans, se produisent maintenant une fois tous les 10 ans en moyenne mondiale
La Cop21 en 2015 avait été un succès, disait-on. Or, depuis cinq ans, jamais les températures n’ont été aussi élevées. Pourquoi ?
Cette conférence était le début d’un processus. Un cadre structuré où chaque pays met sur la table ses engagements, réactualisés tous les cinq ans. Avec des mécanismes de solidarité, car les responsabilités ne sont pas les mêmes partout. Certains ont un poids historique dans la situation actuelle, et une capacité plus grande à agir. D’autres sont particulièrement exposés et vulnérables. Ces derniers mois, les engagements des pays ont été révisés à la hausse. C’est une bonne nouvelle. Les scénarios pour le futur proche, de très fortes émissions de gaz à effet de serre, sont moins plausibles. Tant mieux. Néanmoins, les engagements pris en 2015 et réactualisés signifient malgré tout que les émissions vont stagner dans les prochaines décennies. Cela implique de dépasser, dans les vingt prochaines années, un réchauffement de 1,5 degré, associé à une augmentation très forte de risques majeurs. Les extrêmes chauds, qui survenaient une fois tous les cinquante ans, se produisent maintenant une fois tous les dix ans en moyenne mondiale. Ils seront plus fréquents dans un monde à +1,5 degré. Davantage encore au-delà. Les épisodes de fortes précipitations intervenaient une fois tous les dix ans en 1850-1900, leur fréquence a augmenté de 30 % aujourd’hui. Ce sera +50 % dans un monde à +1,5 degré et +70 % dans un monde à +2 degrés. Chaque fraction de réchauffement supplémentaire a des effets énormes, il faut bien le comprendre.
Malheureusement, le niveau d’ambitions et d’actions n’est encore pas suffisant. Si on abaissait maintenant fortement les émissions de gaz à effet de serre, nous aurions des bénéfices rapides sur la qualité de l’air, mais pas sur la dérive du climat. Pour cela, il faudrait attendre une vingtaine d’années. Il faut bien comprendre que le climat ne s’est pas encore ajusté. Les glaciers vont continuer à reculer pendant des décennies. L’échelle de temps pour l’océan profond est de plusieurs siècles. Pour le Groenland et l’Antarctique, de l’ordre de milliers d’années. Il y a des conséquences qui seront inexorables. Si l’on peut stopper le réchauffement, la montée du niveau des mers est en revanche inévitable. On peut simplement limiter son ampleur et sa vitesse, mais il faudra faire avec, à l’échelle de millénaires. En 2100, nous aurons gagné 50 centimètres par rapport à 1900. À l’horizon 2300, nous pourrions être à 3 mètres.L'accumulation de chaleur dans l'océan nous aide, mais rend le réchauffement de surface irréversible
Cette notion n’est pas encore vraiment bien admise par le grand public, mais le réchauffement climatique enclenché est désormais irréversible. C’est bien cela ?
Les gens pensent parfois que nous avons un thermostat et qu’il suffirait de le baisser pour que le climat se refroidisse. Mais ça ne marche pas comme ça ! Pour ce qui est du déséquilibre du bilan énergétique de la Terre, qu’on a provoqué, plus de 90 % de la chaleur rentre dans l’océan. Pour donner un ordre de grandeur, c’est vingt fois plus que l’ensemble de l’énergie consommée par l’humanité chaque année ! C’est colossal. L’accumulation de chaleur dans l’océan nous aide, car cela limite le réchauffement de surface mais le rend irréversible.Il faut donc déjà penser à s’adapter à un climat qui va changer ?
Tout à fait. Notre rapport est disponible à l’échelle régionale. Avec un atlas interactif (interactive-atlas.ipcc.ch/), qui permet de visualiser ce que signifie un climat qui change, selon les scénarios. Et des seuils au-delà desquels il y aura impacts et conséquences. Ces informations sont là pour être utilisées. Car, aujourd’hui encore, beaucoup de décisions sont prises en regardant dans le rétroviseur. Par exemple, quand on redimensionne l’aménagement d’une rivière, on réfléchit encore par rapport aux crues et aux records de pluie du siècle passé. Mais demain, ce sera peut-être bien pire. Il faut l’anticiper. Sinon, on court derrière un climat qui change.J'espère que les connaissances scientifiques que nous apportons seront prises en compte
Qui dit réchauffement dit stress hydrique. L’eau, fondamentale pour la vie, va-t-elle devenir l’enjeu majeur du siècle à venir ?
Quand l’atmosphère se réchauffe, cela augmente l’évaporation et la transpiration des sols. Un climat qui se modifie, cela intensifie le cycle de l’eau. Dans les régions froides, ce sera une augmentation moyenne des précipitations. Dans les régions chaudes, en revanche, il y aura une baisse de la pluviométrie. C’est déjà le cas en Afrique du Sud, autour de la Méditerranée, en Californie, en Amérique centrale, dans certains endroits en Australie… C’est une aridification attendue. Et dans des régions où les agricultures dépendent souvent entièrement de la pluviométrie…Lire aussi.Climat : les prévisions choc d'un brouillon de rapport du Giec
Qu’attendez-vous de cette Cop26 ?
J’espère que les connaissances scientifiques que nous apportons sur les évolutions futures du climat, par exemple, seront prises en compte pour l’utilisation des fonds multilatéraux pour l’aide à l’adaptation. Afin que les investissements futurs fonctionnent, dans un climat qui change. J’espère aussi une action plus visible des pays les plus prospères pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. En effet, selon les estimations, les 10 % les plus riches émettent entre un tiers et la moitié des émissions globales.  -
L'usage trompeur des mots.
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/11/2021
C'est effarant ce titre.
Ce ne sont pas des pays qui trichent sur les chiffres mais les Etats ou gouvernants.
Les pays, ce sont les peuples.
Les peuples n'ont pas accès aux chiffres, ils ne délivrent aucun compte-rendu.
Alors, pourquoi ce titre ? Pourquoi nier ou vouloir cacher la responsabilité de ceux qui nous gouvernent ?
COP26 : de nombreux pays déclarent des émissions de gaz à effet de serre inférieures "de 20 à 30%" aux "meilleures estimations des scientifiques"
Une analyse publiée dans le "Washington Post" révèle des pratiques qui éloignent "l'objectif de limiter la hausse des température à + 2 °C", déplore le chercheur Philippe Ciais, interrogé par franceinfo.
Article rédigé par

propos recueillis par - Camille Adaoust
France Télévisions
Publié le 10/11/2021 15:02Mis à jour le 10/11/2021 15:22
Temps de lecture : 3 min.

Des palmiers à huile, à Bornéo, en Malaisie, en 2015. (QUENTIN MARTINEZ / BIOSPHOTO / AFP)
Les calculs sont faussés. Dans un article publié dimanche 7 novembre, le Washington Post (en anglais) révèle que de nombreux pays déclarent des émissions de gaz à effet de serre largement inférieures aux estimations indépendantes, dans leur rapports rendus aux Nations unies. Ces données servent notamment de base aux négociations qui se tiennent en ce moment-même à Glasgow pour la COP26.
Le journal, avec l'appui de chercheurs, a épluché les rapports des 196 pays signataires de l'accord de Paris. L'écart entre les émissions qu'ils déclarent et leurs émissions réelles "va de 8,5 milliards à 13,3 milliards de tonnes, (...) de quoi faire grimper le réchauffement de la Terre", alerte le Washington Post. Philippe Ciais, directeur de recherche au Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE), a participé à cette analyse.
Franceinfo : L'étude à laquelle vous avez participé révèle que des pays sous-estiment leur émissions de gaz à effet de serre. Comment êtes-vous arrivés à ce constat ?
Philippe Ciais : Oui, nous avons analysé ce qu'on appelle les inventaires d'émissions, déclarés par les pays et utilisés comme base des négociations lors de la COP26. En faisant la somme de tous les chiffres officiels, on a compté moins d'émissions au global que les meilleures estimations des scientifiques. Il y a donc un déficit, des émissions qui manquent dans les déclarations des pays. L'écart, lorsque l'on convertit tout en équivalent CO2, est de 20 à 30% d'émissions entre ces chiffres officiels et les estimations scientifiques globales.
A quoi est dû cet écart ?
Cela dépend des pays. Les émissions déclarées sont par exemple toujours plus faibles que les estimations indépendantes chez les extracteurs de pétrole ou de gaz. Ensuite, beaucoup de pays n'ont pas rapporté leurs émissions depuis longtemps. Seuls les pays du protocole de Kyoto y sont obligés chaque année. L'Iran, par exemple, n'a fourni qu'une seule communication nationale de ses émissions en 2010.
Enfin, si certains pays comme le Canada rapportent moins d'absorption de carbone par les puits naturels [ces réservoirs qui stockent le carbone dans les sols] que ce qui est observé, d'autres surestiment la capacité de leurs forêts à capter du carbone. C'est le cas de la Malaisie, où l'expansion de la culture des palmiers à huile cause beaucoup de déforestation et de pertes de carbone des sols vers l'atmosphère. Dans les forêts qu'il reste, le pays surestime visiblement la quantité de carbone absorbé, allant jusqu'à être trois ou quatre fois au-dessus de ce que donnent des taux de croissance plausibles pour des forêts tropicales. Les déclarations du pays semblent être influencées par un lobby des producteurs d'huile de palme, qui minimisent par exemple la perte de tourbières, normalement riches en carbone, lorsque de nouvelles plantations sont créées.
Les contributions déterminées au niveau national (NDC) des Etats signataires de l'accord de Paris sont insuffisantes et les pays ne les respectent pas. Vous nous expliquez aujourd'hui qu'elles sont en outre fondées sur des chiffres faussés. Tout ceci n'est pas très encourageant...
Ce n'est pas encourageant, non... D'abord, les NDC ne sont souvent pas quantitatives, elles ne fournissent pas un budget carbone, mais un pourcentage de réduction. Prenez la Chine : elle donne des indications sur un pic de ses émissions avant 2030, sur son intensité carbone [le rapport entre la quantité d'énergie utilisé par le pays et le carbone émis] et sur un futur très lointain, une neutralité carbone en 2060. Mais il n'y a pas de trajectoire précise. Je souligne aussi que la France qui a une trajectoire de neutralité et un suivi tous les 5 ans, n'a pas atteint ses objectifs de réduction sur la période 2015-2018. Donc il ne suffit pas de faire un plan très bon pour la décarbonisation, il faut aussi s'y tenir.
En plus, si on part d'émissions sous-estimées, les effets d'une réduction seront moins impressionnants. Tout ceci permet encore moins d'atteindre notre objectif de limiter la hausse des température à + 2 °C.
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"Il ne faut pas tomber malade"
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/11/2021
Ne rien oublier, fouiller dans le passé, chercher les causes et ne pas rester focalisé sur les effets. Sortir de la frénésie des informations, s'éloigner de la cacophonie, ne pas tomber dans le piège des dissensions, ne pas faire le jeu des gouvernants, ne rien oublier, fouiller dans le passé, chercher les causes...
Covid-19 : «Le meilleur moyen de soulager l'hôpital, c'est de ne pas tomber malade», avertit Jean Castex
Par Le Figaro
Publié le 24/10/2020 à 16:30, mis à jour le 24/10/2020 à 17:14
En déplacement samedi après-midi à l'hôpital nord de la cité phocéenne, le premier ministre a de nouveau mis en garde les Français. «Cette progression de l'épidémie n'est pas finie, a-t-il assuré. Mais nous allons tous ensemble faire face autour de nos soignants».
En déplacement samedi après-midi à l'hôpital nord de Marseille, le premier ministre Jean Castex a de nouveau mis en garde les Français contre le fort regain de l'épidémie de coronavirus. «C'est une bataille collective, elle est dure. Cette progression de l'épidémie n'est pas finie, a averti le chef du gouvernement sur BFM-TV. Mais nous allons tous ensemble faire face autour de nos soignants. C'est un rendez-vous avec nous-mêmes. Je fais confiance aux Français pour montrer que nous sommes une nation unie et solidaire».
Accompagné du ministre de la Santé, Olivier Véran, Jean Castex a expliqué s'être rendu au sein du service de réanimation, où sont pris en charge les «malades les plus gravement atteints, de 47 à 72 ans». «Ce ne sont pas que des personnes extrêmement âgées, cette maladie frappe tout le monde», a-t-il rappelé.
«Le meilleur moyen de les aider (nos soignants, NDLR) et de soulager l’hôpital c'est de ne pas tomber malade», a martelé le locataire de Matignon. «Ça dépend de chacun d'entre nous. Il faut respecter les règles que nous avons édictées: le couvre-feu, mais aussi les gestes barrières, respecter les distances de sécurité, porter le masque...», a encore énuméré le premier ministre.
LE GOUVERNEMENT CONTINUE DE SUPPRIMER DES LITS D’HOSPITALISATION : LA CARTE DES HÔPITAUX CONCERNÉS
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Sécurités et protections sociales
Gouvernement et autorités sanitaires continuent de fermer des centaines de lits dans les hôpitaux, malgré la pandémie. Voici la carte des suppressions de lits à venir que nous publions en exclusivité.
On aurait pu penser qu’avec la première vague du Covid qui a déferlé au printemps, les autorités sanitaires, les Agences régionales de santé (ARS), les directions des hôpitaux auraient remis en question la politique de suppression de lits d’hôpitaux qui prime depuis des années. Il n’en est rien. Au moins treize hôpitaux vont continuer de perdre des places d’hospitalisation.
En septembre 2020, la direction du CHU de Besançon a annoncé la suppression d’un service entier de soins de suite et de réadaptation, soit 28 places d’hospitalisation en moins [1]. À l’hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, il a été annoncé début octobre qu’au moins 80 lits seraient supprimés d’ici à 2022 « soit 20 % de la capacité d’hospitalisation », relève l’Union syndicale de la psychiatrie. C’est là, au Rouvray, que des soignants avaient fait une grève de la faim de deux semaines en 2018 pour demander des moyens afin de prendre en charge les patients. Ils avaient obtenu la promesse de créations de postes et de deux nouvelles unités. Ces engagements n’ont pas été tenus (lire notre article).
À l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Lyon, 75 places d’hospitalisation auront fermé en 2020 d’ici fin décembre, nous indique la CGT de l’hôpital. Pendant la première vague du Covid, trois unités hospitalisation pour adulte avaient été fermées, officiellement pour libérer du personnel, certains services en manquaient à cause de l’épidémie. Cela devait à l’origine être provisoire. Mais il est déjà clair que l’une de ces unités ne rouvrira jamais. Une autre doit rouvrir en décembre, la troisième est en suspens. En plus du Covid, le Vinatier fait les frais d’un plan d’économies décidé en 2018. Celui-ci prévoit la fermeture des unités d’hospitalisation de longue durée. 75 fermetures de lits sont planifiées dans ce cadre, dont 25 dès décembre. Les patients qui vivaient dans cette unité doivent partir dans des foyers médico-sociaux ou en Ehpad, si des places sont disponibles.
Au CHU de Clemont-Ferrand aussi, les fermetures de lits opérées pour répondre à la première vague du Covid font craindre aux soignants des suppressions à plus long terme. Au printemps, « des chambres du service de cardiologie ont été transformées en chambres pour les malades du Covid, des chambres de deux lits sont devenues alors des chambres d’un seul lit. Nous ne sommes pas encore repassés à deux lits. Nous avons aussi perdu des lits dans le service d’endocrinologie, 28 lits d’hospitalisation complète ont été transformés en hospitalisation de jour », témoigne un aide-soignant du CHU et délégué CGT.
Cliquer sur une étiquette pour lire les détails. Les données récoltées se basent essentiellement sur des informations publiées dans la presse, nationale et locale. Les sources précises sont indiquées dans les notes en bas d’article.
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Au CHU de Nancy, comme Basta! vous le racontait en avril, le Covid n’a pas non plus remis en cause le plan de suppression de 174 lits d’ici à 2024. Au CHU de Nantes, ce sont environ 100 lits qui ont été fermés depuis le début de la crise sanitaire, a comptabilisé Mediapart. En mai, des parlementaires alsaciens alertaient aussi sur un projet de leur agence régionale de santé de supprimer 20 lits de réanimation, surtout à Strasbourg, alors même que la région Grand Est sortait d’une phase très dure de Covid… [2] Partout, depuis des années, les hôpitaux français suppriment des places d’hospitalisations. Cette tendance se poursuit depuis mars 2020 comme en atteste la carte que nous publions ci-dessous.
CE COMITÉ INTERMINISTÉRIEL QUI DÉCIDE DES SUPPRESSIONS DE LITS
3400 lits avaient déjà été supprimés en 2019, 4000 en 2018. Entre 2003 et 2017, plus de 69 000 places d’hospitalisation à temps complet ont disparu [3]. Ces dernières années, ces suppressions de lits passent par des décisions du Copermo, pour « Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins », une instance interministérielle créée en 2012 [4]. C’est le Copermo qui a décidé de supprimer 174 lits et des centaines de postes au CHU de Nancy. C’est aussi le Copermo qui veut transformer le CHU de Reims, en y supprimant des lits : 184 lits en moins d’ici à 2027, selon les chiffres annoncés par le maire (LR) de Reims, 210 lits selon la CGT de l’hôpital. Le résultat en tout cas est clair : la capacité d’accueil des patients sera réduite [5]. Au CHU de Tours, le plan Copermo en cours avant la crise du Covid prévoyait de fermer 350 lits [6].
DES CONSIDÉRATIONS STRICTEMENT FINANCIÈRES
À Caen, c’est le projet de reconstruction de l’hôpital qui aboutira à supprimer 200 lits à l’horizon 2026 [7]. À Limoges, un projet de transformation du CHU adopté en 2018 devrait avoir pour conséquence la fermeture d’une centaine de lits [8]. À Nice, un « contrat de retour à l’équilibre financier » proposé par la direction du CHU en 2017 prévoit la disparition d’environ 200 lits [9].
Même chose à l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille où le projet de 2019 qui vise à fermer 230 lits est basé sur des considérations strictement financières : il s’agit de sortir les comptes du rouge [10]. Début octobre, en pleine deuxième vague du Covid, la chambre régionale des comptes d’Occitanie a publié un rapport préconisant, là encore, des suppressions de lits au CHU de Toulouse [11].
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IL FAUT « SORTIR DU DOGME DE LA FERMETURE DES LITS » AFFIRMAIT LE MINISTRE DE LA SANTÉ EN MAI 2020
En région parisienne, les regroupements en cours de sites hospitaliers auront aussi pour conséquence de réduire les capacités d’hospitalisation. Les hôpitaux de Longjumeau, Juvisy et Orsay doivent par exemple fermer pour en ouvrir un nouveau à Saclay (notre reportage). Résultat : des centaines de lits en moins [12]. À Paris, ce sont les hôpitaux Bichat et Beaujon qui doivent disparaître au profit d’un nouvel hôpital à Saint-Ouen. Le nouveau site devrait abriter plusieurs centaines de lits d’hospitalisation en moins que les deux qu’il est censé remplacer [13]. À Poitiers, la fusion prévue pour 2021 du CHU avec un groupement hospitalier « Nord Vienne » fait également craindre une diminution des places d’hospitalisation [14].
En mai, le ministre de la Santé Olivier Véran affirmait qu’il fallait « sortir du dogme de la fermeture des lits ». Cela fait cinq mois et rien n’a été fait en ce sens. La deuxième vague changera-t-elle la donne ? Les ARS, le gouvernement, les directions d’hôpitaux, écouteront-elles enfin ce que disent les soignants depuis plusieurs années : il faut arrêter de s’attaquer aux hôpitaux, on en a besoin pour soigner.
Rachel Knaebel
Cette carte, nourrie des informations publiées ces derniers mois et années dans la presse locale et nationale sur les suppressions de lits dans les hôpitaux, n’est évidemment pas exhaustive. Nous la compléterons en fonction des données qui nous parviendront à la suite de cette publication. Pour nous informer à ce sujet, vous pouvez nous écrire à basta@bastamag.net Ou via ce formulaire : [https://framaforms.org/suppression-de-lits-dans-les-hopitaux-publics-francais-aidez-basta-a-les-recenser-1603889009]
Ouverture des stations de ski : "Si la demande explose, nous ne pourrons pas prendre en charge toutes les urgences", selon un chirurgien
"On est déjà aujourd'hui sur un délai de presque une semaine, pour pouvoir gérer les urgences chirurgicales traumatologiques", alerte ce dimanche sur France Bleu Didier Legeais, chirurgien et président de l'Ordre des médecins de l'Isère.
Article rédigé par

Radio France
Publié le 07/11/2021 13:03Mis à jour le 07/11/2021 16:16
Temps de lecture : 1 min.

Le peloton de gendarmerie de haute montagne de Modane intervient sur les pistes de la station de Tignes pour évacuer un skieur blessé, à Bourg-Saint-Maurice, le 5 février 2020. (YANN FOREIX / LP / MAXPPP)
"Si demain la demande explose, nous ne pourrons pas, en toute sécurité et en toute qualité des soins, prendre en charge toutes les urgences de traumatologie de la montagne", a affirmé le docteur Didier Legeais sur France Bleu Isère dimanche 7 novembre. Le chirurgien et président de l'ordre des médecins de l'Isère réagissait aux annonces de Jean Castex samedi sur le protocole qui accompagne la réouverture des stations de ski cet automne, après la fermeture l'hiver dernier à cause du Covid-19.
Une réouverture qui implique aussi le retour des accidents, selon le médecin. "L'ouverture des stations de ski c'est pour le bassin grenoblois une centaine d'urgences traumatologiques par jour qu'il va falloir gérer", a-t-il indiqué. "Les médecins de montagne vont, comme toujours, répondre à la demande et gérer la petite traumatologie mais pour les services d'urgence grenoblois c'est une centaine de malades qu'il faut hospitaliser quelques heures ou parfois quelques jours".
Plan blanc déclenché
Or, la crise qui touche le secteur de santé n'épargne pas l'hôpital, qui manque déjà de personnel : "On est déjà aujourd'hui sur un délai de presque une semaine, pour pouvoir gérer les urgences chirurgicales traumatologiques qui arrivent dans nos services actuellement", a ajouté le docteur Legeais.
À la demande de l'Agence régionale de santé, l'hôpital de Grenoble ainsi que celui de Voiron, à une trentaine de kilomètres, ont déclenché le plan blanc (outil qui permet à chaque établissement de santé de mobiliser des moyens supplémentaires pour faire face à l'afflux de patients) à cause de la pénurie de professionnels soignants.
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Des forces inégales
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/11/2021
Comment avoir la moindre once d'espérance en l'humanité quand on voit ça?
L'affluence pour un salon "manga". Des milliers de personnes. Le métaverse est déjà là en fait. Cette existence virtuelle dans laquelle vivent des millions d'humains.
Et dans le même temps, il y aura eu quelques dizaines de personnes qui auront manifesté pour contester une coupe rase de plusieurs hectares, dans une zone classée naturelle, "pour la construction d'une zone commerciale qui va apporter de nombreux emplois et une vie économique dynamique dans la région." Où est-ce que ça a eu lieu ? Mais partout, n'importe où, dans tous les coins du pays. Les forces en présence sont totalement inégales. Le monde virtuel a une puissance incommensurable.
Alors, nous, ici, on plante des arbres. On sera mort avant qu'ils soient adultes. Mais on aura fait quelque chose.
Le salon Paris Manga & Sci-Fi Show s'excuse auprès des visiteurs mécontents après une affluence record
L'édition 2021 du Paris Manga & Sci-Fi Show, organisée ce week-end à la Porte de Versailles a été victime de son succès, ce qui a provoqué la colère des visiteurs.
Article rédigé par

France Télévisions
Publié le 07/11/2021 15:07Mis à jour le 07/11/2021 17:10
Temps de lecture : 1 min.

Affluence monstre au Paris Manga & Sci-Fi Show, le festival de la pop culture, le 6 novembre 2021 Porte de Versailles, à Paris. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)
Affluence monstre. Le salon Paris Manga & Sci-Fi Show, consacré à la pop culture japonaise (comics, jeux vidéo, cinéma, séries télévisées, culture web, manga, animation japonaise, cosplay et arts martiaux), se tient samedi 6 et dimanche 7 novembre Porte de Versailles, à Paris.
Après deux ans d'absence, à cause de la pandémie de Covid-19, de nombreux visiteurs étaient dans les starting-blocks pour assister à ce rendez-vous. Les organisateurs n'avaient pas prévu une telle affluence et n'ont pas pu gérer les milliers de visiteurs présents. Certains ont dû attendre des heures pour pénétrer dans le Hall 3 du salon.
Face à une telle affluence, les organisateurs ont été contraints d'arrêter la vente des billets sur place et de conseiller aux personnes de reporter leur visite au lendemain. "Les visiteurs qui ne pourront hélas pas se rendre sur le salon dimanche 7 novembre se verront bien sûr rembourser l'intégralité de leurs billets sur simple demande après l'événement", ajoute le communiqué.
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"Metaverse", avenir réel d'un monde virtuel
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/11/2021
Le monde réel vous pèse ? Pas d'inquiètude, le Metaverse arrive.
Et pendant que ces gens cogitent pour mettre au point un monde virtuel, aujourd'hui, on a récolté nos topinambours.
Le monde des champs, le monde des villes, le monde réel, le monde virtuel, le monde du sol, le monde hors sol...
19/10/2021 15:39 CEST
"Métaverse" de Facebook: vous n'avez rien suivi? On vous raconte
Le “métaverse” est le monde parallèle virtuel, à la frontière entre fiction et réalité.
Ce monde numérique totalement immersif serait l'avenir d'Internet pour Mark Zuckerberg.

KENZO TRIBOUILLARD VIA GETTY IMAGES
Le fondateur et PDG du service américain de médias sociaux et de réseaux sociaux Facebook, Mark Zuckerberg, à Bruxelles le 17 février 2020.
TECH - Dans la tourmente après une panne mondiale et des révélations embarrassantes d’une ancienne employée, Facebook a voulu communiquer sur ses projets d’avenir plutôt que sur les problèmes actuels.
Le réseau social a indiqué, lundi 18 octobre, vouloir embaucher 10.000 personnes dans l’Union européenne pour travailler à l’élaboration du “métaverse”: une sorte de monde parallèle numérique devenu le nouveau graal de Mark Zuckerberg, le fondateur et patron du géant américain des réseaux sociaux.
Si vous n’avez rien suivi à ce projet de réalité numérique futuriste à la sauce Facebook, Le HuffPost vous propose un résumé de ce qu’il faut en savoir.
C’est quoi le “métaverse” ?
Si vous avez regardé le film Ready Player One, vous avez déjà une bonne idée de quoi il en retourne. Les “métaverses” sont l’équivalent de l’OASIS du film de Steven Spielberg: une sorte de doublure du monde physique, accessible par Internet et des interfaces connectées, et dans lequel on devrait pouvoir exister sous forme d’avatars.
Le terme “metavers”, ou “méta-univers”, signifie littéralement “au-delà de l’univers”. Cette extension d’Internet qui avance à grands pas est rendue possible par la convergence de différentes technologies, afin qu’un individu puisse vivre l’expérience d’un monde en réalité virtuelle, en engageant son corps, vivant émotions et sensations.
“Progressivement, les écrans, hologrammes, casques de VR et lunettes de réalité augmentée sont censés permettre des déplacements fluides d’univers virtuels en lieux physiques, comme des téléportations”, avait expliqué Mark Zuckerberg sur son profil Facebook.
Quelles sont les promesses du “métaverse” ?
Le “métaverse” est imaginé par Facebook comme une sorte “d’internet incarné” où l’on devient acteur d’expériences et d’actions dans un univers virtuel, plutôt que n’être qu’observateur ou consommateur de contenus. “La qualité essentielle du métaverse sera la présence - le sentiment de vraiment être là avec les gens”, postait Mark Zuckerberg en juillet sur son profil Facebook.
Dans cet univers virtuel et immersif que Facebook entend construire, il pourrait par exemple être possible de danser dans une boîte de nuit avec des personnes situées à des milliers de kilomètres, de travailler, d’acheter ou de vendre des biens ou services numériques. En clair, l’objectif est d’avoir une vie sociale numérique bien plus immersive et englobante - par rapport à ce que tout le monde fait actuellement derrière son écran d’ordinateur ou sur son smartphone. Une sorte de Second Life, mais vécu à travers des lunettes connectées.

EDWARD BERTHELOT VIA GETTY IMAGES
Oculus Quest 2 est un casque de réalité virtuelle créé par Oculus, une marque de Facebook. Successeur de l'Oculus Quest, il a été officiellement dévoilé le 16 septembre 2020 lors de Facebook Connect 7.
D’où ça vient ?
Le terme “metaverse” provient à l’origine d’un roman dystopique des années 90. Le livre “Le Samouraï virtuel”, écrit par Neal Stephenson à l’aube d’Internet, arborait cependant une définition différente du sens actuel. Il présentait des utilisateurs d’un “métaverse” dont l’esprit est prisonnier d’un virus informatique qui infecte directement leur cerveau.
Si le but du roman dystopique est de prévenir, voire d’effrayer sur les déviances à venir de nos sociétés, des grandes entreprises numériques ont investi des sommes titanesques dans des projets et technologies propres à construire des “métaverses”, comme la réalité virtuelle (VR) ou la réalité augmentée (AR).
Le Monde rapportait que, selon le cabinet IDC, “les dépenses dans ce secteur devraient être multipliées par six entre 2020 et 2024, pour passer de 12 milliards à 72 milliards de dollars”.
Pourquoi Facebook s’y intéresse ?
Les méta-univers sont considérés par les géants du web et du jeu vidéo comme le prochain grand saut technologique dans l’évolution d’Internet. Et c’est là où Facebook est en train de se positionner, en voulant inventer des nouvelles formes d’interactions sociales et d’expériences au sein d’un “métaverse” qu’il construit de A et Z en définissant lui-même ses propres paramètres.
Ce qui fait sens pour une entreprise qui s’est construite en ayant comme spécialité la mise en relation des internautes, à travers son réseau social fondateur (Facebook) mais aussi des diverses applications rachetées au fil des ans, comme WhatsApp ou Instagram.
“Pour accomplir notre vision du metaverse, nous avons besoin de construire le tissu connectif entre (les différents) espaces numériques, afin de passer outre les limitations physiques et de pouvoir se déplacer entre eux avec la même facilité qu’entre les pièces de sa maison”, avait détaillé Mark Zuckerberg sur son profil Facebook.
Pour y arriver, Facebook met beaucoup de moyens. L’entreprise californienne a racheté pour deux milliards de dollars la société de l’Oculus dès 2014. Depuis, elle a embrayé d’autres projets liés au “métaverse”, dans lesquels plusieurs milliards de dollars ont aussi été investis.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Concrètement, il est déjà possible de vivre certaines expériences qui se rattachent au projet de “métaverse” de Facebook - mais elles sont pour l’heure très limitées. Le géant californien a par exemple dévoilé au mois d’août la version Beta de son application Horizon Workroom.
L’objectif est d’élaborer des salles de réunion en réalité virtuelle via le casque de réalité virtuelle Oculus Quest 2. Les participants apparaissent autour d’une table ronde sous forme d’avatars personnalisés, peuvent interagir via leur micro ou dessiner sur un tableau blanc virtuel grâce aux télécommandes.
Facebook et la marque Ray-Ban ont lancé au mois de septembre une paire de lunettes connectées. Ce gadget numérique permet de prendre des photos et vidéos et de se connecter au réseau social.
Les “Ray-Ban Stories” sont cependant démunis de système de réalité augmentée. Mais Facebook espère commencer à familiariser un nombre croissant de personnes avec ce genre d’accessoires connectés (alors que Google et Snapchat, avant lui, ont plutôt échoué sur le sujet).
Qui d’autre s’y intéresse ?
De son côté, le secteur du jeu vidéo a déjà créé des embryons de “métaverses”. C’est par exemple le cas de Fortnite, qui rassemble 350 millions de joueurs principalement âgés de 14 à 24 ans, et qui vivent, dans la plateforme virtuelle, de plus en plus d’expériences en ligne qui se détachent du concept initial du jeu de battle royal.
Des concerts virtuels du rappeur américain Travis Scott ou d’Ariana Grande, apparaissant sous la forme d’avatars, ont déjà eu lieu. En décembre 2019, le jeu avait aussi organisé un événement exclusif à l’occasion de la promotion de Star Wars: The Rise of Skywalker. Diffusé en direct, le réalisateur J.J. Abrams était présent “en personne” sous la forme d’un avatar pour y dévoiler en avant-première un extrait du film.
L’isolement social lié à la pandémie de covid a d’ailleurs été un catalyseur de ce phénomène. Un dirigeant d’Epic Games, l’éditeur de Fortnite, avait expliqué fin mars à l’AFP, que “dans une époque comme maintenant, où se réunir ensemble physiquement est plus difficile, il est extrêmement important d’avoir ces expériences virtuelles”, pensant vraiment “Fortnite comme une plateforme pour les expériences sociales connectées et pas seulement comme un jeu”.
Roblox, un système de création de jeux en ligne dans lequel la majorité du contenu est créée par les joueurs eux-mêmes, avait aussi organisé un concert du rappeur américain Lil Nas X en novembre 2020.
“Mon premier concert a eu lieu dans un stade. Le premier concert de mon fils était celui de Lil Nas X sur Roblox. Ce n’est pas parce que cela s’est passé à Roblox que cela l’a rendu moins réel”, Cathy Hackl, consultante en technologie qui conseille les entreprises sur le “métaverse”.
"Ready Player One" sur Netflix, le film pour comprendre le métaverse
Alors que Mark Zuckerberg a annoncé le changement de nom de Facebook pour Meta, le HuffPost s'est de nouveau penché sur le film "Ready Player One", meilleur exemple cinématographique de métaverse.

AAP BUITENDIJK
Dans l'adaptation du roman d'Ernest Cline, Tye Sheridan est Wade Watts et passe le plus clair de son temps dans un monde virtuel où tout est possible: l'OASIS.
CINÉMA - Comme le roman de Georges Orwell, Ready Player One serait-il un film prophétie? Alors que Mark Zuckerberg a annoncé ce jeudi 28 octobre le changement de nom du groupe Facebook, qui s’appelle désormais Meta, le film de Spielberg semble être celui à voir pour comprendre le concept du métaverse que veut développer la firme.
Le métaverse est une extension d’Internet qui assemble différentes technologies pour qu’un utilisateur puisse vivre l’expérience d’un monde en réalité virtuelle. Concrètement, le public y aura accès pour interagir, travailler ou se divertir via les lunettes de réalité augmentée et casques de réalité virtuelle.
Le concept est considéré par les géants du web et du jeu vidéo comme le prochain grand saut technologique dans l’évolution d’Internet. Et Mark Zuckerberg a annoncé dès juillet son entrée dans la course en décidant de dédier une équipe au développement d’un “méta-univers”. Le chef d’entreprise souhaite développer des équipements capables, via des capteurs, de reproduire les expressions du visage et l’apparence physique d’une personne dans le détail, jusqu’aux sensations et aux émotions des utilisateurs.
Inspiré du mot grec qui “meta” qui signifie “au-delà”, le terme “métaverse” trouve son origine dans le roman dystopique de Neal Stephenson, Le Samouraï virtuel, publié en 1992, qui est le livre de chevet de Mark Zuckerberg. En revanche, à l’époque, le livre décrivait plutôt un virus informatique qui prenait possession du cerveau des utilisateurs, devenus alors otages du métaverse.
Une science-fiction plus si fictive
Adapté d’un autre roman, celui d’Ernest Chine, Ready Player One de Steven Spielberg est un film de science-fiction où Wade Watts (Tye Sheridan), orphelin, vit dans le monde de 2045, délaissé par la population. Tout le monde passe presque tout son temps avec un casque de réalité virtuelle devant les yeux pour parcourir l’OASIS, un monde virtuel. Mais le créateur de ce métaverse, James Halliday (Mark Rylance), cache, avant sa mort, un ”œuf de Pâques”, et lance une grande chasse au trésor. À l’issue de la compétition, le gagnant remportera une immense fortune et prendra le contrôle de l’OASIS. Wade Watts s’élance alors dans la course, mais il n’est pas le seul.
Disponible sur Netflix, Ready Player One est plein de référence à la pop culture des années 80, tout en restant un film futuriste. Spielberg allie ainsi nostalgie et modernité avec brio. Et c’est ce qui en fait un excellent exemple de métaverse. Le spectateur est plongé à la fois dans la réalité et dans le virtuel inspiré de l’univers “gaming” et des jeux-vidéos de manière générale.
Mais c’est aussi un film qui montre les dérives d’un monde “au-delà” du réel. Ready Player One interroge sur la dépendance des humains à la technologie et questionne sur la perte du lien social et de notre notion du monde réel. Les personnages vivent une vie parallèle à travers l’OASIS, mais quand ils retirent leurs masques de réalité virtuelle, la réalité ne fait pas rêver. De fait, le 2045 imaginé par Spielberg est une gigantesque poubelle où les caravanes s’entassent à la place des grands buildings.
Ready Player One pose l’ultime question de l’intérêt d’une vie qui serait uniquement virtuelle.
Le film sorti en 2018 avait fait plus de deux millions d’entrées en France. Le Metaverse de Facebook saura-t-il en faire autant ?
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La 5G, technologie imposée
- Par Thierry LEDRU
- Le 03/11/2021
Il y a beaucoup de sujets de société qui ont disparu des radars avec le covid. Et pourtant, ce sont des sujets considérablement importants. Il existe des mouvements de contestation, de rébellion et même de dégradation. Et c'est inévitable car tout cela a été fait sans que nous ne soyons réellement informés.
https://lareleveetlapeste.fr/pays-basque-des-citoyens-empechent-pour-la-seconde-fois-la-construction-dune-antenne-5g/?
Pays basque : des citoyens empêchent pour la seconde fois la construction d’une antenne 5G
Pour le collectif Arberua Bizirik et ses soutiens, un tel projet de société ne peut pas être imposé sans concertation de la population. Ils sont donc déterminés à tenir le siège le temps qu’il faudra pour décider démocratiquement de l’aménagement de leur territoire.
Il va en être de même avec le "metavers" dont Facebook veut devenir un géant.
Quel intérêt ? Quelles conséquences ? Quels sont les effets ? Quel est le coût ? Quels sont les secteurs qui seront impactés ?
L'exemple de la 5G est exemplaire.
Un article qui date de 2020
« La 5G est un projet de société auquel les citoyens n’ont jamais été associés »
L’urgence, c’est le capitalisme mondialisé qui la crée. Dirigeants et industriels font passer la compétitivité avant la démocratie.

29 septembre 2020 - Augustin Langlade

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
L’évaluation scientifique des risques biologiques et sanitaires est encore en cours, la convention citoyenne sur le climat a expressément demandé un moratoire dans l’attente d’une étude d’impact environnemental, une action en justice citoyenne est en cours contre les opérateurs téléphoniques français, néanmoins le gouvernement ouvre ce mardi 29 septembre les enchères pour l’attribution des fréquences de la 5G. La France devrait ainsi prendre le « tournant » de cette technologie qui suscite des résistances de forme et de fond. Car le déploiement de la 5G est loin de se réduire à une décision technique : véritable choix de société, enjeu sanitaire et écologique, pari stratégique, la cinquième génération des standards de téléphonie est à la confluence de tous les débats sur les technologies.
Entretien avec Nicolas Bérard, journaliste à L’âge de faire, auteur en 2017 d’une enquête sur le compteur Linky, qui publie son nouvel ouvrage 5G mon Amour aux éditions Le Passager clandestin (2020).
Par Augustin Langlade et Maud Barret Bertelloni
La Relève et la Peste : Pour commencer, une question toute simple, mais qui n’est pas évidente : à quels usages servira la 5G ? À quels besoins répond son déploiement ?
Nicolas Bérard : Cette technologie répond avant tout à une logique générale qui veut qu’après la 3G et la 4G, on passe forcément à la 5G. Pour vous dire, des ingénieurs planchent déjà sur la 6G ! À mon avis, la 5G n’est pas faite pour répondre à un besoin précis. On crée le réseau, on le lance et après on évalue quels usages on pourra en faire.
Il y a déjà plusieurs choses dans les cartons des industriels, c’est vrai, mais malgré tout, on est face à un fonctionnement absurde qui veut qu’on construise les tuyaux avant de trouver comment les remplir…
L’industrie des télécommunications travaille depuis longtemps sur la 5G, c’est un projet de long terme. Il y a donc de grandes tendances qu’on peut constater dans le monde entier : connecter tous les objets qui nous entourent simultanément (on parle d’une capacité d’un million d’objets connectés par kilomètre carré) ; concrétiser la smart city, multiplier les échanges, « dématérialiser »…
C’est dans l’optique de la « smart city » qu’on a créé la 5G ?
En fait, j’ai l’impression que les différents grands secteurs industriels avaient tous besoin de se réinventer, afin de pouvoir faire perdurer le vieux système capitaliste, dont la 5G est l’héritage direct, car elle est fondée sur un renouvellement perpétuel par l’innovation.
Que ce soit l’automobile, l’électroménager, la téléphonie, tous les secteurs avaient besoin de passer à autre chose et se sont restructurés autour de ce projet d’hyperconnexion. C’est ce qu’on appelle l’industrie 4.0, la « smart production », c’est-à-dire la production industrielle à la demande, ou encore la « smart city », l’urbanisme connecté avec ses voitures intelligentes, les équipements ménagers connectés, les millions de capteurs disséminés dans toutes les villes… Tout cela rentre dans une logique de renouvellement du capital.
La 5G relève donc d’un choix de société. Duquel s’agit-il ?
C’est d’ailleurs ce qui caractérise la 5G, par rapport à la 2G ou à la 3G. La 4G a déjà changé énormément de choses, du fait que nous nous envoyons des vidéos, que nous sommes sans arrêt fixés sur nos smartphones. Mais en comparaison, nous allons passer à la vitesse supérieure avec la 5G.
Toutes les professions seront bouleversées, ainsi que l’organisation de la société, ou notre rapport aux objets. Du moins s’ils arrivent à mettre en place leur modèle. Tout va se restructurer autour de la connectivité.
Et c’est là où le fait que les gens n’aient jamais été associés à ce projet, qu’ils n’aient même pas été informés, pose véritablement problème. Ça fait un mois ou un peu plus qu’on parle vraiment de la 5G, alors que les enchères ont lieu aujourd’hui… Les citoyens découvrent qu’il s’agit d’un projet de société, mais c’est trop tard ! Personne n’a son mot à dire.

Antenne 5G en Chine – Macau Photo Agency
Vous parlez ici des usages de la 5G pour les particuliers, mais pourrait-elle trouver une utilité pour certaines professions ?
Un exemple que je trouve assez parlant, c’est celui de la santé. Quand on veut faire accepter une technologie par la population, on aborde toujours en premier lieu les bénéfices qu’en tirera le domaine de la santé. Les promoteurs de la 5G nous ont ainsi promis des applications extraordinaires, comme la télémédecine et la téléchirurgie, dont tout le monde a entendu parler, notamment quand un neurochirurgien, en Chine, a opéré un patient à 3 000 kilomètres de distance.
Et ils nous ont fait passer cette opération pour la tendance générale du progrès, alors qu’on pourrait plutôt remettre en question la fermeture de certains hôpitaux, les déserts médicaux, le manque de matériel de première nécessité…
Plutôt que de mettre en place la chirurgie à distance, on ne pourrait pas rouvrir les hôpitaux fermés, recruter du personnel hospitalier, former de nouveaux chirurgiens ?
À chaque fois, on évite ces sujets, c’est comme si c’était la 5G ou rien. On supprime des postes et des moyens, puis on prétend que la solution est technologique. Avec le Covid-19 et le confinement, c’est reparti de plus belle.
L’étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) visant à pallier l’absence de données relatives aux risques biologiques et sanitaires potentiels de la 5G est encore en cours de réalisation et sera rendue au début de l’année 2021. Pourquoi le gouvernement procède-t-il déjà à l’attribution des fréquences ?
L’urgence, c’est le capitalisme mondialisé qui la crée. Dirigeants et industriels font passer la compétitivité avant la démocratie. Le dernier exemple en date est celui de la Convention citoyenne pour le climat. Macron avait promis qu’il reprendrait sans filtre les 150 propositions pour répondre à l’urgence climatique. Il devait soit les présenter telles quelles à l’Assemblée nationale, soit les proposer à l’occasion d’un référendum.
Le jour de la remise des propositions, le président s’est accordé trois jokers. Ce n’était pas prévu, mais soit, d’accord. Il n’y avait pas la 5G dans ces jokers. Puis, quelques mois plus tard, mi-septembre, devant un parterre d’industriels, Emmanuel Macron nous a expliqué qu’il était hors de question de remettre en cause le déploiement de la 5G.
Il s’est donc contredit lui-même, comme si, dans son esprit, c’était quelque chose d’impensable de faire un moratoire sur une innovation. D’autres pays la mette en place, on ne peut pas se permettre de l’arrêter, c’est son argument. La Chine et les États-Unis l’ont déjà lancée, on n’a plus le choix.
Sur l’échelle des valeurs, il y a la démocratie et bien au-dessus, il y a la compétitivité. Notre modèle sera-t-il donc celui de la Chine dictatoriale et de l’Amérique de Trump ?
Un argument du déploiement consiste à dire que le développement des réseaux 5G permettra de ne pas se retrouver dans une dépendance économique et technologique par rapport à la Chine et les États-Unis.
Au contraire ! Un moratoire aurait pu nous aider à développer nos propres outils. Si nous avions pris du temps pour réfléchir correctement au déploiement de la 5G, peut-être que notre modèle de développement technologique et notre indépendance auraient pu s’inviter dans les débats, mais nous préférons entretenir cette course folle à la compétitivité et à la productivité. Nous sommes piégés dans notre modèle.
Les réseaux 5G ont été déployés sans grands remous par de nombreux voisins européens. Pourquoi la question suscite-t-elle autant de débat en France ?
Je pense que c’est lié au réseau de résistance qui est né autour du compteur Linky. Ça ne constitue pas l’ensemble de l’opposition à la 5G, mais aujourd’hui, on retrouve beaucoup de collectifs anti-Linky qui sont passés à la lutte contre la 5G. Linky a servi en quelque sorte d’outil pédagogique pour la population.
Ce compteur avait l’avantage, si je puis dire, d’aller chez tout le monde, dans toutes les couches de la population. Pour la première fois, la technologie rentrait littéralement chez les Français sans leur demander leur avis.
C’est pour cette raison, je crois, qu’un grand nombre d’opposants à Linky, qui n’avaient jamais milité de leur vie – c’étaient souvent des personnes âgées –, ont rejoint les centaines de collectifs qui se sont créés. Il y a eu beaucoup d’échanges et de réunions, qui ont été très formateurs.
Derrière le compteur Linky, les gens ont vu pour la première fois se dessiner le modèle de la smart city, avec la déshumanisation, les problèmes de santé, la consommation d’énergie, la surveillance, et tous les problèmes que le compteur était en quelque sorte le premier à poser.
Au moment où la 5G est apparue dans le débat public, il y avait déjà ce maillage du territoire, ces organisations, ces collectifs qui existaient et qui ont pu se mobiliser assez rapidement.

Antenne 5G qui a été brûlée – crédit : YORICK JANSENS / Belga / AFP
Cette résistance a aussi pris la forme de dégradations d’antennes, qui ont eu lieu ces six derniers mois dans différents endroits d’Europe. Où ce phénomène trouve-t-il son origine ?
Je crois que les problèmes de santé n’expliquent qu’une partie de l’opposition à la 5G. Cela concerne plus largement le rejet d’une forme d’intrusion, de l’imposition d’une certaine conception du monde. Lors de la journée anti-5G organisée à Lyon le 19 septembre, une partie des opposants se préoccupaient de leur santé, mais ils représentaient une minorité.
J’ai eu l’impression que les Lyonnais s’attachaient beaucoup à la disparition de l’humain dans ce modèle où tout est interconnecté, où la machine prend le pouvoir. L’humain était au cœur de tous les débats.
Pourquoi dans ce cas les débats se cristallisent-ils autant autour des ondes ?
Les grands médias ont du mal à comprendre l’opposition à la 5G, c’est mon impression, et se concentrent sur ce point. Aujourd’hui, ils sont quand même plus prudents qu’avant. Il y a quelques années, avec les compteurs Linky, les opposants étaient décrits comme des abrutis, des complotistes, alors qu’ils étaient en train de se former, de créer des collectifs et de réfléchir à comment s’emparer de ces questions de technologie. Il y avait beaucoup à dire sur ces compteurs et les médias sont passés complètement à côté.
Vous remarquerez qu’ils ont eu autant de mal à saisir les « Gilets Jaunes ». Ce sont là encore des collectifs, mais pas des associations, pas des partis, et tous ces groupes d’opposition brassent des populations extrêmement variées, sans logique identifiable, de tous les âges. Pour les médias, ce genre de mouvements est un mystère…
En ce qui concerne la 5G, par contre, on peut aussi se demander si les médias ne sont pas influencés par le fait qu’ils sont détenus par des patrons des télécommunications :
Xavier Niel, patron de Free, possède Le Monde, la famille Bouygues possède les chaînes TF1 et LCI, Patrick Drahi, patron de SFR, détient plusieurs radios et la revue Paris Match, et ainsi de suite… La question de l’indépendance se pose davantage sur la 5G que sur les autres questions.
Dans votre livre, vous faites le rapprochement entre l’industrie pharmaceutique, les firmes phytosanitaires produisant des pesticides, les géants du tabac et les entreprises des télécommunications, qui ont tous intérêt à minimiser les effets nocifs de leurs produits et à décrédibiliser leurs contradicteurs. Est-ce là le mécanisme à l’œuvre avec la 5G ?
Comme je l’explique dans mon livre, le lobby des télécommunications mobiles s’est organisé dans les années 1990, quand les téléphones portables ne représentaient pas encore grand-chose, les clients se comptaient par milliers. Ils ont repris toutes les techniques de lobbying mises en place aux États-Unis, notamment par l’industrie du tabac.
On retrouve vraiment des parallèles entre les firmes des deux secteurs, notamment dans la « fabrique du doute » : à chaque fois qu’une étude semble démontrer un effet négatif de leurs technologies, ils font produire d’autres études, à la seule fin de créer du doute. Même si ces études sont biaisées, même si elles ne sont pas sérieuses, en attendant que ce soit prouvé, le doute bénéficiera à l’industrie et empêchera l’homme politique de prendre des décisions.
Selon l’argumentaire des opérateurs de télécommunication, le seuil d’innocuité des ondes est fixé à environ 60 volts par mètre par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tandis que l’exposition des êtres humains à la 5G ne sera que d’un volt par mètre. Que répondez-vous ?
Le problème ne se trouve pas dans le seuil que dépassera ou non la 5G, mais dans la norme elle-même. Les industriels des télécommunications ont réussi à faire fixer des normes qui ne prennent en compte que les effets « avérés » et, depuis, c’est devenu leur principal argument.
C’est l’ICNIRP [Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants, ndlr], qui a conseillé l’OMS pour déterminer les seuils d’exposition aux ondes électromagnétiques que tous les pays ont fini par reprendre sur leur territoire, soit à peu près 60 volt de puissance par mètre.
Quand on prend les documents à l’origine de la règlementation mondiale, on voit bien que l’ICNIRP n’avait fixé qu’un seuil à partir duquel les effets des ondes électromagnétiques étaient « avérés », c’est-à-dire « immédiats ». Cela veut seulement dire que quand on finit une conversation au téléphone portable, on n’a pas la peau brûlée. Mais il n’est nullement question des effets à long terme : les suspicions de cancers, de tumeurs, d’insomnies, de migraines ne figurent jamais dans ces documents ou dans ces seuils.
Autrement dit, le principe de précaution n’est jamais appliqué quant aux effets des ondes sur le long terme ?
En ce qui concerne le risque sanitaire des ondes, la 4G et la 5G, il s’agit forcément d’études qui doivent être menées sur le long terme. Admettons qu’on ne puisse pas attendre dix ans pour déployer la 5G. Pourquoi ne pas patienter au moins jusqu’aux résultats de l’étude de l’Anses, qui sera publiée au début de l’année 2021 ?
J’ai l’impression que le principe de précaution n’est en fait jamais appliqué. En l’occurrence, on n’est même pas capable d’attendre six mois. On a préféré se baser sur les agences de santé d’une vingtaine de pays qui se seraient déjà prononcées et prétendraient qu’il n’y a aucun danger dans la 5G. Plus besoin d’attendre ! Mais à ce moment-là, à quoi servent notre agence de santé et son étude ?

Antenne 5G – F. Muhammad
Quel pourrait être le poids environnemental de la 5G ?
Le déploiement de la 5G va entraîner une augmentation de la consommation d’énergie. Ses défenseurs soutiennent que les antennes seront plus efficaces, ce qui est vrai si l’on prend pour référence un même volume de données. Seulement, la multiplication des échanges va créer un « effet rebond », dans le sens que le déploiement du réseau augmentera le trafic.
On estime actuellement que le volume d’échanges de données, avec la consommation d’énergie qui l’accompagne, pourrait être par 100 ou 1 000 avec le déploiement des nouveaux réseaux.
Puis, il y a le renouvellement des smartphones pour qu’ils soient compatibles avec la 5G, ce qui implique leur fabrication, l’extraction des métaux rares, toute la chaîne de production. Il faut y ajouter tous les objets connectés qui seront produits et mis sur le marché. En fait, ce projet relève d’une visée extractiviste énorme. Globalement, tout cela va augmenter le poids environnemental des technologies.
Actuellement, la consommation énergétique du numérique représente autour de 3,7 % des émissions de gaz à effet de serre – l’équivalent de l’aviation civile. Si l’on continue sur cette lancée, dans cinq ans le volume aura doublé, atteignant 7,5 % environ des émissions mondiales – l’équivalent du trafic routier. Alors qu’on recherche la sobriété énergétique, c’est un secteur qui devient de plus en plus polluant.
Dans une tribune du 12 septembre dernier, une soixante d’élus, dont les maires de onze grandes villes, ont appelé le gouvernement à décréter un moratoire sur la 5G. Pour eux comme pour nombre de critiques de cette technologie, ce n’est pas une interdiction pure et simple qui est visée, mais l’organisation « d’un débat démocratique décentralisé sur la 5G et sur les usages numériques ». À quoi une telle délibération pourrait-elle ressembler ? D’une manière plus générale, comment faire des nouvelles technologies un véritable débat de société ?
Je suis assez sceptique à l’égard de l’organisation d’un débat de ce genre, institutionnalisé. On a vu ce qu’a donné le Grand Débat après la crise des « Gilets Jaunes »… On a tendance à croire aussi que les télécommunications seraient un débat d’experts, qu’il faudrait vulgariser. Mais il n’y a pas besoin de pédagogie : la 5G, c’est très concret.
Exactement comme pour le compteur Linky, les gens se rendent parfaitement compte de ce qui les touche dans leur quotidien. Actuellement, les citoyens s’organisent à travers des collectifs. C’est un combat citoyen, décentralisé et local, exactement comme les Gilets jaunes. Le point le plus important est de montrer qu’il y a des alternatives à ce modèle de développement. Il faut développer un autre imaginaire de société.
Dans la santé : est-ce vraiment la télémédecine qui nous intéresse ? Ou bien est-ce avoir suffisamment de soignants pour qu’ils puissent, plutôt que d’exécuter leurs tâches à la chaîne, avoir le temps d’accomplir un véritable travail de soin ? La question se pose de la même manière pour la 5G.
Les opposants ont pris conscience de la nécessité d’un changement de modèle qui mette l’écologie et l’humain au cœur du projet de société. La défense à tout prix de la 5G – comme lorsque Macron a accusé ses opposants de vouloir retourner au modèle Amish – c’est le symptôme de l’absence de tout autre projet que la croissance du PIB et la « smart city ». Il faut leur renvoyer la balle : ce sont eux les « Gaulois réfractaires » au changement nécessaire de société, pas nous.
Comment les maires peuvent-ils combattre l’arrivée inéluctable de la 5G dans leur commune, et les citoyens dans leur vie ? De quels outils disposent-ils ?
Au niveau juridique, les élus locaux n’ont pas vraiment d’instruments pour s’opposer à l’implantation des antennes, outre les règles d’urbanisme et de paysage. C’est de la compétence de l’Agence nationale des fréquences, de l’ARCEP [l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, ndlr], et du secrétaire d’État au numérique.
Les maires disposent néanmoins d’une petite marge d’action à travers leur Plan local d’urbanisme (PLU) et les dispositifs de protection des paysages et des monuments. Le fait que les maires des grandes villes demandant un moratoire a certainement eu le mérite de mettre le dossier sur le devant de la scène médiatique. Mais le combat se joue au niveau de la mobilisation citoyenne de lieu en lieu.
Crédit photo couv : Jack Sloop
29 septembre 2020 - Augustin Langlade