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Coronavirus : nouvelles du jour
- Par Thierry LEDRU
- Le 25/11/2021
Bon, tout ça n'est guère réjouissant.
En même temps, j'ai déjà lu moult articles scientifiques annonçant que la disparition du virus est utopique. Les personnes vaccinées peuvent continuer à transmettre le virus et doivent donc rester tout aussi prudentes que les non-vaccinées. Ce qui n'est pas le cas. Il existe un état de fait qui montre clairement que les personnes vaccinées sont beaucoup moins prudentes.
Où va-t-on ? Je n'en sais rien bien évidemment mais il est certain en tout cas, pour moi, que le fait de prendre soin de sa santé est primordial et je ne suis pas persuadé que cette idée ait beaucoup évolué dans l'esprit des gens. Le système immunitaire, ça s'entretient. Son affaiblissement est une opportunité offerte au virus.
Je ne dis pas que je n'attraperai pas cette maladie et je n'ai aucune certitude sur la façon dont mon corps réagira dans ce cas mais au moins, j'aurais fait de mon mieux pour que le virus, s'il m'atteint, rencontre une certaine résistance. Je ne peux pas faire davantage.
Quand je vois déjà apparaître sur les réseaux sociaux le calendrier des marchés de Noël et toutes les animations associées, ça me désole. Toutes ces concentrations humaines, dans des espaces restreints, même si ça a lieu en plein air, c'est "open bar" pour le virus.
Oui, je pense qu'il est nécessaire de se passer de toutes les concentrations qui ne relèvent pas d'une obligation absolue. Il s'agit de savoir si la période de fêtes doit être une période de risques.
Je trouve d'ailleurs déplorable les réglements de compte sur les réseaux sociaux de la part de certains vaccinés qui s'acharnent sur les non-vaccinés et les accusent de tous les maux. Je suis non-vacciné et je me tiens à distance, je porte un masque, je me lave les mains. Je n'embrasse que la femme de ma vie.
Le vaccin n'empêche pas intégralement les transmissions. Il faut absolument que ça rentre dans les têtes.
Nous ne sommes pas revenus au "monde d'avant" et ça n'en prend pas le chemin. Personnellement, il y a énormément de paramètres qui peuvent disparaître sans que ça me désole. Le "monde d'avant" est empli de comportements néfastes. Ce qui m'importe, par contre, serait de voir émerger de nouveaux modes d'existence. On n'en prend pas le chemin non plus. Nous sommes donc entre deux mondes.
JEUDI 25/11/2021 à 14H03 - Mis à jour à 14H07
Coronavirus : un nouveau variant détecté en Afrique du Sud
Par La Provence (avec AFP)

Le variant B.1.1.529 présente un nombre "extrêmement élevé" de mutations.NIPHON KHIAWPROMMAS / GETTY IMAGES
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Un nouveau variant du Covid-19, dont le nombre élevé de mutations pourrait menacer l'efficacité des vaccins existants, a été détecté en Afrique du Sud, ont annoncé jeudi des scientifiques.
"Nous avons malheureusement détecté un nouveau variant qui constitue une source de préoccupation en Afrique du Sud", a déclaré le virologue Tulio de Oliveira, lors d'une conférence de presse en ligne. Le variant B.1.1.529 présente un nombre "extrêmement élevé" de mutations, selon les scientifiques sud-africains qui avaient déjà détecté le variant Beta, contagieux.
À ce stade, les scientifiques ne sont pas certains de l'efficacité des vaccins anti-Covid contre cette nouvelle forme du virus.
L'apparition de ce variant est sans doute à l'origine de l'augmentation "exponentielle" des contaminations ces dernières semaines, selon le ministre de la Santé, Joe Phaahla, présent à la conférence de presse. D'autres cas ont été signalés au Botswana voisin et à Hong Kong, sur une personne de retour d'un voyage en Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud, qui craint une nouvelle vague de la pandémie d'ici la fin de l'année, est officiellement le plus touché du continent par la pandémie. Il compte plus de 2,9 millions de cas et plus de 89 600 décès.
La pandémie dans le monde est actuellement dominée par la propagation du variant Delta, très contagieux, initialement détecté en Inde.
Coronavirus : à cause du variant Delta, les vaccins ne protègent qu'à 40% de la transmission selon l'OMS
Par La Provence (avec AFP)

Le variant Delta, très contagieux, a réduit à 40% l'efficacité des vaccins contre la transmission de la maladie, a souligné mercredi le patron de l'OMS, pressant les gens de continuer à porter des masques et autres pratiques barrières.PHOTO - AFP/ARCHIVES - FABRICE COFFRINI
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Le variant Delta, très contagieux, a réduit à 40% l'efficacité des vaccins contre la transmission de la maladie, a souligné mercredi le patron de l'OMS, pressant les gens de continuer à porter des masques et autres pratiques barrières.
"Les vaccins sauvent des vies, mais ils n'empêchent pas totalement la transmission du Covid-19", a expliqué Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d'un point de presse régulier consacré à la pandémie, qui refait des ravages en Europe. "Il y a des données qui suggèrent qu'avant l'arrivée du variant Delta, les vaccins réduisaient la transmission d'environ 60%, avec Delta cela a chuté à 40%", a-t-il souligné. "Dans de nombreux pays et communautés, nous craignons qu'il n'y ait cette idée fausse que les vaccins ont mis fin à la pandémie, et que les gens qui sont vaccinés n'ont plus besoin de prendre d'autres précautions", a-t-il ajouté.
Le directeur général de l'organisation a ouvert ses traditionnelles remarques liminaires sur la situation en Europe, frappée de plein fouet par une cinquième vague d'infections, provoquée par un mélange de taux de vaccination insuffisant et du relâchement - sans doute prématuré au vu de la domination du variant Delta dans la région - dans les gestes barrières et les restrictions.
"La semaine dernière, plus de 60% des infections et des décès du Covid dans le monde se sont produits en Europe", a rappelé le docteur Tedros, ajoutant que "cet énorme nombre de cas se répercute en fardeau insupportable pour les systèmes de santé et les personnels de santé épuisés".
Avec plus de 2,5 millions de cas et près de 30 000 morts enregistrés depuis une semaine, le Vieux Continent est de loin la région du monde la plus touchée par la pandémie, selon les données officielles collectées par l'AFP. Et la tendance reste à la hausse.
Mardi, l'OMS Europe s'était alarmée de l'"emprise" du Covid-19 en Europe, qui pourrait faire 700 000 morts supplémentaires sur le continent d'ici au printemps, en plus des 1,5 million de décès déjà dénombrés.
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L'enseignement en ligne : BAAC TO SCHOOL
- Par Thierry LEDRU
- Le 18/11/2021
Un site pour tous les parents, ceux qui pratiquent l'école à domicile ou les autres.
Une aide en ligne.
Je connais un des fondateurs. Une personne de très grande valeur.

BAAC to SCHOOL (cliquer pour accéder au site)
e-Learning


BAAC to School
BAAC to School est une école conçue sur plus de deux années et finalement créée courant 2021.
Suite à la crise du Covid et au constat du nombre grandissant d'élèves en phobie scolaire, il nous est apparu primordial et d'actualité de fonder BAAC to School, une école en visioconférence, proche de ses élèves et de leurs parents.

BAAC to School
Outre les jeux de mots Bac to school et Back to school, ne cherchez plus la signification de BAAC to school !
Elle vient de BAccalauréat ACadémie, notre but avoué étant de former de futurs bacheliers....
Je suis Jenna et j'ai concrétisé avec mon collègue et ami Bernard l'ensemble du projet.JeAnciens prestataires pour de prestigieux établissements en e-learning - notamment auprès d'élèves en phobie scolaire ou en IEF - et enseignants des mathématiques et physique-chimie en collèges, lycées et universités, nous avons joint nos compétences au service de l'éducation des enfants et adolescents non scolarisés - pour des raisons qui leur sont propres et qui réclament le respect -, dans le cadre du projet de loi 2022.
La passion de notre métier, nous souhaitons la partager avec eux, notamment en nous entourant de professeurs qualifiés, de qualité et différents. Nous avons souhaité de ces enseignants que l'on n'oublie pas, tant ils nous ont apporté confiance en nous tout en valorisant leur discipline et en nous donnant le goût d'apprendre.
Nous ferons tout notre possible pour que chaque élève se sente au mieux parmi ses collègues et qu'il envisage, dès son entrée chez nous, l'enseignement chez BAAC to School comme une chance et un privilège.
Notre engagement
Te porter plus haut (n'est-ce pas la signification d'élever ?)
Te faire aimer le goût du savoir
T'amener au niveau escompté
Te permettre d'atteindre tes objectifs


Les contacts
BAAC to SchoolTrouve ci-dessous la liste de nos différents intervenants.
Jenna
Directrice
PédagogiqueBernard
Directeur
TechniqueRachel
Professeur référent
Physique-Chimie-SVT
Collège
M
M
M
Professeur référent
Français
Collège
Professeur référent
Français & Philosophie
Lycée
Professeur référent Mathématiques
Collège
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M
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Professeur référent
Sciences de la Vie
et de la Terre - SNTLycée
Professeur référent Anglais
Collège & Lycée
Professeur référent
EspagnolCollège & Lycée
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Physique-Chimie-ES
Lycée
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Professeur référent Mathématiques
Lycée
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Histoire & GéographieCollège & Lycée

NAVIGATION RAPIDE
RÉSEAUX SOCIAUX
Facebook
YoutubeCOORDONNÉES
BAAC to SCHOOL
Académie de Montpellier
Tél. : -
Musique : Jonathan Warman
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/11/2021
Personnellement, je trouve magnifique les musiques de ce compositeur.
J'ai écouté ça pendant des jours dernièrement, soit en travaillant dans le jardin, en construisant un mur de pierres sèches, en rangeant du bois, en aménageant une pièce dans la grange, en marchant hier dans les forêts immenses du plateau des Millevaches.
Je ne m'en lasse pas et à chaque écoute, je découvre de nouvelles notes, un instrument que je n'avais pas perçu, une mélodie lointaine en arrière-plan, je perçois mieux l'architecture et du coup, je suis plus à même de visiter toutes les pièces du domaine.
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"L'apocalypse de Roger" Philippe Renaissance
- Par Thierry LEDRU
- Le 13/11/2021
Catégorie : Roman
Date de publication : Septembre 2021
Éditeur : Atramenta
ISBN : 978-952-340-918-7
Format : 148x210mm, 382 pages
Pages : Noir et blanc sur papier crème 83g
Reliure : Couverture souple, finition brillante
(4 avis)
17,00 €
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Présentation
L’Histoire qui se répète. Un pouvoir sans scrupule. Une Grande-Europe au bord du gouffre. Un héros qui s’ignore. Un code source qui peut tout changer.
La vie serait-elle comme un ruban de Möbius nous condamnant à revivre les mêmes expériences ? En 2133, Müssler est nommé chancelier de la Grande-Europe. L’amour du pouvoir, l’appât du gain, l’anti-progrès social et la barbarie ordinaire deviennent les quatre piliers de la nouvelle politique. Estampillé Déviant, comme des millions de personnes, Roger Vécisse est emporté par une tornade qui balaie tout sur son passage. Jusqu’à la moindre trace d’humanité, la plus infime parcelle d’intimité, de mémoire. Son destin semble tout tracé.
À moins de briser le ruban…
Je voulais écrire un commentaire après ma lecture. Je n'en écris pas souvent. Mais, là, c'était indispensable.
« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». Winston Churchill
Cette citation a été mise par l'auteur en exergue de son ouvrage.
Le phénomène est effectivement connu mais la problématique s'intensifie si on se projette au siècle prochain. Qu'en sera-t-il de cette répétition au regard de « l'évolution » humaine ? Si tant est qu'on puisse parler d'évolution.
La question suivante est tout aussi inquiétante : Philippe Renaissance est-il un auteur de talent ou bien davantage un visionnaire inquiétant ? Il serait préférable que la première option se suffise à elle-même puisque c’est déjà le cas. Pour ce qui est de l’aspect visionnaire, il serait hautement préférable qu’il s’agisse d’une pure imagination de romancier. Imagination oh combien impressionnante.
Car à travers cette dystopie, il est clair et radical que nous ne devons absolument pas oublier notre passé, le passé de la grande Histoire, c'est à dire celle où se sont déroulées les pires atrocités.
Plongé dans cette lecture, j'ai vu passer « Metropolis », « Sleeper », « Blade runner », « Bienvenue à Gattaca », « Divergente »... Et d'autres. Ceux sur la Shoah, bien évidemment. Car l'Histoire se répète. Ici, les exclus, les pourchassés, sont appelés les « Transgresseurs » et ils doivent être isolés pour être« guéris » et ne pas contaminer les « BonneSantés ».
Le Ministère de la Santé florissante, le Ministère de l'environnement maîtrisé, le Ministère du Parler vrai, le Ministère des Finances transparentes, les Jeunesses chimériennes...
Nous sommes dans un nouvel ordre mondial et la surveillance des individus est constante :
« Tout ce que vous direz ou rêverez pourra être retenu contre vous ».
Le CPR, coefficient personnel de rendement est un élément déterminant :
« Je note une baisse du taux d'engagement ainsi que du taux de réactivité. Cela impacte votre accomplissement. En clair, vous n'atteignez pas vos objectifs. »
Dans toute bonne dystopie futuriste, le présent est roi puisqu'il s'agit d'extraire le lecteur de son existence pour le plonger dans ce qui l'attend s'il ne prend pas garde à son présent.
Ce roman est un aller-retour constant entre maintenant et plus tard :
« Triste mascarade que ces dictatures qui, afin de légitimer leurs forfaits, agissent sous le couvert de la légalité. »
« Au laboratoire de sondage, le scanophaseur avait implanté une colonie de nanorobots dans ses omoplates. Le système après avoir analysé sa généalogie, ses traits de caractère, ses performances au travail, ses angoisses, ses rêves, traçait en temps réel le moindre de ses faits et gestes. »
Big Brother a atteint une dimension inconcevable pour l’instant. Pour l’instant… Et c’est bien là tout le problème. Philippe Renaissance nous met en garde. L’Intelligence Artificielle est-elle au service de l’humanité ou de ceux qui la conçoivent et de ceux qui la financent ? Son usage est-il assujetti à une éthique incontournable et universelle ?
Chaque chapitre de ce livre, chaque événement, chaque prolongement induit des réflexions qu’on ne peut s’épargner. Qu’on ne doit pas s’épargner. Il en est du maintien de notre liberté.
Qu’une maladie soit dans cet ouvrage l’élément déclencheur, le prétexte idéal pour les gouvernants pour déclencher des rafles, n’est-ce pas une possible dérive aux prochaines pandémies ? Doit-on balayer cette idée d’un geste méprisant ? Mais qui donc avait imaginé les camps de concentration ? Combien de temps a-t-il fallu pour que la réalité éclate ? Ne jamais oublier son passé. Ne jamais oublier que l’humain a une propension effroyable à toujours aller plus loin.
La technologie amplifie les projections. Dans un sens comme dans l’autre. Il peut donc s’agir de progrès, tout comme il peut s’agir des pires abominations. Qui donc, aujourd’hui, là maintenant, immédiatement, a la capacité de dire ce que sera ce monde dans cent ans ?
Les concepteurs de l’IA, peut-être, puisqu’ils agissent à créer ce futur et que nous n’en avons aucunement conscience.
Ce roman est une plongée dans les abysses de notre futur. Et le lire, c’est déjà réaliser ce que nous devons empêcher d’advenir. On pourrait se dire que c’est trop douloureux, on pourrait s’excuser de ne pas avoir la tête à ça, que l’existence est déjà assez ardue pour ne pas en plus s’alourdir de projections aussi sombres.
Mais alors, lorsque la réalité sera là, il ne faudra pas se plaindre.
C’est en cela que je vois dans ce roman un parallèle saisissant avec l’état de la planète. Nous n’avons pas écouté les alertes des scientifiques. Nous avons continué dans une voie destructrice, insouciant, ignorants volontaires.
Allons-nous reproduire le même schéma au regard de nos libertés ? Sommes-nous donc condamnés à systématiquement nous réveiller trop tard ?
La lecture de ce roman est une nécessité. Aussi effroyable qu’en soit la teneur, il n’en reste pas moins que l’écriture emporte, que la puissance évocatrice nourrit le désir de tourner les pages. Les pages de notre avenir ? Telle est la question. -
Krishnamurti : entretien en Français
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/11/2021
Un document incontournable. Le plaisir immense d'écouter cet homme.
"Tres rare! Il faut abandonner les croyances, la peur, la vanité ... Il explique comment aller vers Dieu, en dehors des images, du conditionnement. Il n'aime pas employer le mot Dieu. La méditation est un chemin, ce n'est pas une technique. Il énumère les différents dangers pour l'homme.
En première partie les thèmes sont: l'anecdote de l'homme et du diable. Il n'y a pas de liberté quand on est conditionné par la religion. La culture aussi conditionne et divise les hommes. C'est la division qui crée la difficulté, le conflit.
Pour lui, la bonne conduite, c'est l'amour, faire attention aux arbres, à autrui ..., être conscient de tout pour créer une unité, une harmonie avec le monde, pour faire quelque chose de vrai.
Il démontre son idée en prenant comme exemple, les juifs et les arabes. Dans la deuxième partie, Krishnamurti parle de la nature, du sommeil, de la souffrance, de sa conception de la révolution intérieure, de l'art, la notion du temps, du silence, de la mort (André Voisin "Les conteurs", 1972)
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THEME : Jarwal le lutin (16)
- Par Thierry LEDRU
- Le 11/11/2021
En fouillant dans le blog, je me suis aperçu qu'il y avait pas mal d'articles avec Jarwal.
Je fais donc un seizième regroupement dans la rubrique des thèmes.
En voici les liens. Ils ne sont pas dans l'ordre de leur parution. Et il doit même en manquer car parfois, je n'indiquais pas dans le titre qu'il s'agissait d'un extrait d'un récit de Jarwal. Je vais lancer des recherches et je les ajouterai :)

Jarwal le lutin (tome 1, chapitre 1).
Jarwal le lutin (tome 2, chapitre 1)
Jarwal le lutin (tome 3, chapitre 1)
Jarwal le lutin : Au-delà des formes
Jarwal le lutin : l'illusion de la matière
Jarwal le lutin : une étrange rencontre
Jarwal le lutin : la conscience de la vie
Jarwal le lutin : l'instant présent
Jarwal le lutin : le détachement de soi
Jarwal le lutin : Quelques traces encore.
Jarwal le lutin et Krishnamurti
Jarwal : "Laisse passer dix mille,ans..."
Jarwal : L'irréalité des formes.
Jarwal le lutin : l'émotion-choc
Jarwal et les Kogis : les Conquistadors
JARWAL LE LUTIN : Commentaire (1)
JARWAL LE LUTIN : Commentaire (2)
Jarwal le lutin ( tome 4, chapitre 1)
JARWAL LE LUTIN (4) : Au-delà du réel
JARWAL LE LUTIN (4) : Canal de lumière
JARWAL LE LUTIN (4) : L'arbre de vie.
Jarwal le Lutin : de la réalité au Réel
Jarwal : de l'origine à la publication
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Jarwal le Lutin : de la réalité au Réel
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/11/2021

JARWAL LE LUTINTOME 3
Chapitre 9
Jarwal s’arrêta de lire, laissa le silence s’étendre puis il referma délicatement le Livre et leva les yeux.
Les trois enfants le regardaient, fascinés, les visages tendus comme des bourgeons prêts à éclore, enivrés de sèves nourricières, toutes les idées qui ruisselaient, les images qui coulaient en torrents bondissants, des flots inépuisables de révélations à poursuivre.
Jarwal sortit de sa musette une pierre étrangement percée en son centre. Elle était lisse et blanche, un morceau de calcaire sculpté par des siècles d’eau.
« Vous voyez les enfants, ce trou peut être décrit par rapport à la couleur de la roche, sa forme, sa dimension, l’usure, la régularité du contour mais il ne s'agit réellement jamais du trou lui-même, c'est à dire du vide qui le constitue, de la qualité de l'air qui s'y trouve, en fait de tout ce qui se trouve dans l'espace même de ce trou et non de ce qui l'entoure. Les qualités du trou sont trop abstraites pour être clairement définies et surtout nous avons pris l'habitude de porter notre attention vers l'environnement plutôt que vers le sujet lui-même. Il en est de même avec notre moi. La construction de notre identité personnelle s’établit lentement à travers toutes les expériences vécues dans cet environnement. Et nous finissons par penser que cet individu est réel alors que ce sont les évènements qu’il a traversés qui le sont. Mais la réalité de l’individu ne se trouve pas dans ces évènements tout comme la réalité de ce trou n’existe pas en fonction de la roche. Les deux sont pourtant indissociables car s’il n’y avait pas la roche, il n’y aurait pas non plus de trou. Ce qui ne veut pas dire que le trou n’existe essentiellement que par rapport à la roche.
-Ouhlala, Jarwal, je suis perdu, annonça Léo.
-Moi aussi, ajouta Rémi.
-Tu veux dire, Jarwal, que lorsque tu as perdu la mémoire, tu avais perdu une partie de ton environnement, une partie de ce qui t’avait servi à fabriquer l’image que tu avais de toi-même. Et que tu as eu peur du vide alors qu’il était le plus important.
-Exactement Marine, ce vide me désespérait et je pleurais l’histoire de moi-même que j’avais perdue. En pensant qu’elle était plus essentielle que ce vide qui m’angoissait.
-Parce que tu ne regardais pas le vide comme il faut ?
-Et comment doit-on le regarder alors, chère enfant ?
-C’est lui le point de départ. La matière s’est condensée à partir du vide. L’espace du vide est le lieu d’existence de la matière.»
Jarwal regarda intensément Marine.
«Un grand bonheur que tu me fais Marine.
-Tu veux dire Jarwal que quand tu as perdu la mémoire, c’était une chance parce que tu retrouvais le vide à l’intérieur duquel la Vie s’est condensée.
-Parfaitement Rémi, tu vois bien que tu comprends bien plus que ce que tu penses. Arrête de penser simplement et écoute avec ton âme. Elle en sait bien plus que ton mental.
-Et donc, moi, quand je suis en haut d’un arbre et que je regarde au loin et que je sens que c’est tout vide dans ma tête et même que parfois ça me rend triste, c’est parce que mon âme se souvient de ce vide ?
-Oui, Léo, c’est ça la nostalgie. Le souvenir de ce dont on ne se souvient plus mais qui reste pourtant au fond de nous. Dans ce coin secret qui ne se dévoile que quand il n’y a plus rien qui nous occupe. Et qu’on est enfin en paix.
-Et c’est pour ça qu’on aime venir s’asseoir en montagne après avoir couru pendant des heures ?
-Oui, Rémi, certainement. Et c’est ce qui manque le plus aux enfants de ce monde moderne. Le vide en Soi, au cœur des immensités de la Nature. Les villes modernes sont à mes yeux des pièges qui condensent les pensées des hommes autour de la possession matérielle, jusqu’à en oublier le vide originel alors qu’il contient la paix des âmes et que les possessions matérielles attisent les conflits.
-Les Kogis ne pourraient pas survivre dans nos villes aujourd’hui.
-Certainement pas, Rémi et les hommes de ces villes ne pourraient pas vivre chez les Kogis.
-L’agitation de ce monde moderne n’est donc que la volonté d’étouffer l’angoisse du vide alors qu’il est à la base de tout ? C’est effrayant.
-Effectivement Marine, c’est effrayant. Les hommes se sont fourvoyés dans une impasse et ils poussent sur le mur de toutes leurs forces en s’interdisant de penser qu’ils s’épuisent.
-Mais pourquoi ?
-Par imitation Léo. Parce qu’ils dorment tous ensemble et veulent continuer à croire en leurs rêves. Même si ces rêves ne sont que des cauchemars au regard de la Vie.
-J’ai peur parfois de ce que tu nous racontes Jarwal, avoua Marine. Peur de ce monde que tu nous décris, parce que tu en as une expérience immense et que rien dans tes récits ne témoigne du moindre progrès. Tous les mouvements de masse dont tu nous parles sont néfastes. Il ne reste que des peuples retranchés dans les montagnes. Et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? Comment on va faire pour vivre là-dedans ? »
Les regards tendus des trois enfants.
« Cette réalité n’est pas inéluctable les enfants. Les humains portent aussi en eux un potentiel d’amour dont ils n’ont pas idée. Il est vrai que les zones d’ombres sont gigantesques et qu’elles ont un pouvoir démesuré, celui de cacher la lumière. Je pense même que les dirigeants de ce monde moderne usent de ces désastres continus pour propager la peur dans l’esprit des hommes parce que la peur permet de manipuler les masses. Quand on a peur et qu’on se laisse entraîner par elle, on perd sa lucidité et un homme qui n’a plus de lucidité ou de conscience est un homme qu’il est aisé de diriger. Homme libre, toujours tu chériras la Conscience, aurait pu écrire Baudelaire.
-Ah oui, je connais ça, je l’ai appris à l’école, lança Rémi. Mais c’était pour la mer !
-Oui, Rémi, c’est un très beau poème. J’aime beaucoup la poésie. Pour reprendre ta remarque Marine, je pense que la connaissance de l’Histoire de l’Humanité est indispensable pour parvenir à établir une voie différente. Il est indiscutable que cette Histoire est désespérante à bien des égards mais faites l’effort de vous concentrer aussi sur les aspects positifs de mes histoires, sur tout ce que mes voyages contiennent, pas uniquement les éléments destructeurs mais également les attitudes respectueuses de la Vie. Elles existent et il ne faut pas les négliger.
-Pourquoi est-ce que l’Humanité n’est pas tournée vers ces exemples bénéfiques ? Pourquoi est-ce que les hommes restent fascinés par les destructions ? Pourquoi la Vie a-t-elle placé dans le cœur des hommes des désirs de puissance et de pouvoir ? Pourquoi est-ce que depuis le début de l’Humanité, les hommes ne sont pas devenus des êtres humains ? »
Un sourire ému dans les yeux du lutin.
« J’ai encore beaucoup d’histoires à vous raconter Marine. Quelques réponses s’y trouvent. »
Ils savaient tous les trois qu’il y aurait d’autres rencontres, ils savaient qu’ils ne pourraient les refuser malgré les troubles en eux, malgré les peurs que ce monde humain propageait.
« Cette histoire, les enfants, montre que toute mon expérience est centrée sur moi-même. Je suis celui par lequel tout ce qui vient à moi est reçu, analysé, commenté, rejeté, détesté, adoré. Ce moi qui perçoit est au centre. Tout du moins, c'est l'impression qu'il donne. J’ai compris en ayant perdu provisoirement la mémoire que ce moi est ce qui m'appartient le moins, c’est une entité constituée de multiples fragments, parfois éparpillés au vent des conditions de vie. Lorsque je sais que quelqu'un pense du mal de moi, comme Jackmor par exemple, je suis en quelque sorte relié à cette personne, je me laisse emporter par les pensées générées par cette crise. De la même façon lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui m'aime. C'est à partir du moi que j'entre en relation avec le monde. Je vais donc m'appliquer à confirmer l'existence de ce moi en accumulant des fragments à partir desquels je pourrais sculpter l'identification dont ce moi a besoin pour se prolonger. On devine le piège. Quelle est la réalité de ce moi sitôt qu'il prend forme à travers des pièces éparpillées ? Juste un amalgame hétéroclite. C’est cela que j’ai compris. J’essayais d’exister alors que je n’avais aucune idée de l’image initiale.
-Ça me fait penser à un puzzle que je voudrais reconstituer alors que je n’aurais même pas eu l’image finie en modèle, expliqua Marine.
-Qu’est-ce que c’est ce puzzle ? demanda Jarwal.
-C’est un jeu de patience, on a des petites pièces avec un morceau d’image et quand on les assemble, ça donne une grande image complète.
-Je comprends, c’est important d’apprendre la patience et effectivement, c’est un très bon exemple pour expliquer la façon dont nous voyons la Vie. On croit que parce que nous avons dans les mains quelques petites images, on a saisi l’ensemble. On essaie de construire quelque chose dont on ne possède même pas la vue générale.
-On dirait un ouvrier qui voudrait construire une maison alors qu’il n’a même pas idée de ce que ça va donner à la fin, ajouta Rémi.
-Oui, c’est exactement ça, s’enthousiasma le lutin. Vous voyez, vous comprenez très bien de quoi je parle. L'énergie dispensée pour élaborer cette image est pourtant phénoménale. Je vais accumuler et protéger mes objets, mes relations, mes connaissances, mes passions, mes projets...Tout cela crée un attachement grâce auquel je pense pouvoir donner de la valeur à mon existence. J'appartiens à mes attachements et je m'en glorifie... Il va falloir en plus que je protège mon territoire, toutes mes possessions. Je vais devoir lutter contre ceux qui s'opposent à mes droits. Je chercherai sans doute à intégrer un groupe qui me ressemble et qui pourra me défendre. J’abandonnerai certainement une partie de mes convictions pour être bien vu, bien accueilli et pouvoir bénéficier de la force de ce groupe.
-Ah, oui, on voit ça à l’école. Tous ces enfants qui veulent absolument suivre un chef et faire comme lui ou qui s’habillent comme leurs idoles de télévision. Ça m’énerve ! lança Rémi.
-Ils ont peur Rémi, tout simplement. C'est inévitable. Beaucoup de gens fonctionnent de cette façon. La peur qu'on me vole mon identification ou qu'on ne la reconnaisse pas, que je sois rejeté ou incompris, que mes choix de vie soient bafoués. J'entre en confrontation avec ceux qui ne me reconnaissent pas ou qui défendent leur image. La colère se nourrit de ma peur. Attachement, aversion, colère, peur, réjouissance, reconnaissance, insatisfaction, désillusion, amour, joie, peine. C’est un chaos immense. Il se peut qu'un jour, pour une raison connue ou pas, je prendrai conscience de ces tourments répétés. Une illumination, un choc, une révélation, quelque chose d'incompréhensible pour la raison mais qui me bouleversera au-delà du connu. J'entrerai peut-être dans une nouvelle dimension, ça sera long évidemment, douloureux sans doute mais je sentirai pourtant que c'est mon chemin.
-C’est ce qui t’est arrivé chez les Kogis ?
-Oui Léo. Mais il y a un autre risque. Si j’attribue cette révélation à moi-même sans comprendre qu’elle vient de la Vie elle-même, j'aurai l'impression d'être supérieur aux autres, d’être plus puissant qu’eux. Je détournerai la révélation pour m’en glorifier.
-Et le moi sera toujours le Maître.
-Tout à fait Marine. Alors je chercherai à préserver cette plénitude, à l'accroître même, et dès lors se mettra en place une nouvelle identification. D'autres empilements. Juste d'autres perceptions, d'autres sensations, d'autres pensées, d'autres réflexions narcissiques. Je me prendrai pour un Sage ou un grand Maître. J'aurai juste changé ma façon de regarder les pièces du puzzle éparpillées.
-En ayant été incapable de voir l’image originale.
-Oui Marine. Cette quête n'aura été qu'une illusion, une machination du moi qui se sera finalement révélé le plus malin. Il sera toujours le maître des lieux.
-Mais quelle est cette image originale Jarwal ?
-Il faut comprendre avant tout qu’il n’y a rien à chercher. Tout est déjà là mais en le cherchant, je m'en éloigne. Tout le problème vient de ce remplissage inconsidéré de l’existence. On ne voit plus rien quand on a entassé des gravats.
Le Soi, c’est la fusion de ce moi, du je et de la conscience de la Vie.-Je ne comprends plus rien, avoua Léo.
-Tu ne comprends pas les mots Léo mais ton âme sait de quoi je parle parce que tu es déjà dans cette vie intérieure. Sinon, tu ne serais pas là à m’écouter.
-Il ne s’agit pas de constituer l’image originelle parce qu’elle est nécessairement déjà là mais de parvenir à enlever tout ce qui la couvre. C’est ça Jarwal ?
-Oui Marine.
-Et cette image originelle, c’est la conscience de la Vie qui la détient. C’est lorsque nous avons abandonné notre appartenance à ce chaos humain.
-Pas exactement Rémi. Il ne s’agit pas de l’abandonner parce que sinon il faudrait aller vivre sur une île déserte. Il s’agit de ne pas lui appartenir. De faire la distinction entre la participation lucide et la disparition dans le flot. Imagine une molécule d’eau de l’Océan. Elle n’est pas dans l’Océan puisqu’elle fait partie de l’Océan. Je dis par conséquent qu’elle est de l’Océan. Sans toutes ces molécules d’eau, l’Océan n’existe pas. Mais sans l’Océan, les molécules ne seraient que des individualités esseulées. La fusion des molécules crée l’Océan. Il y a plusieurs menaces ensuite. Soit certaines molécules regroupées considèrent qu’elles ont un pouvoir plus grand que celui de l’Océan et elles finissent par l’oublier, le contester, le combattre même, soit certaines molécules refusent de se voir assemblées dans un Tout et considèrent qu’elles doivent préserver une liberté de décisions, une autonomie qui leur paraît plus importante que le Tout. Dans les deux cas, ces molécules sont dans l’erreur. Celles qui s’imaginent obtenir un pouvoir parce qu’elles pensent avoir une ressemblance, une particularité, des idées communes, des intentions autres que la participation à l’Océan, celles-là participent au désordre. Elles fabriquent une rupture dans la cohésion des molécules. D’autres molécules vont prendre peur et vont vouloir assembler leurs peurs pour fonder d’autres groupes contre les premières. La confrontation prend une ampleur inéluctable et incontrôlable. De leur côté, celles qui pensent bénéficier d’une autonomie vont s’efforcer de s’isoler ou de lutter individuellement contre ces groupes. Elles ne participent pas pour autant à la cohésion perdue mais elles l’entretiennent en réagissant contre un désordre qu’elles condamnent. Elles utilisent le même fonctionnement que les groupes qu’elles critiquent. Des entités rebelles entêtées dans une distinction qu’elles vénèrent ne participent aucunement à la réhabilitation de l’Unité. Elles se voient comme plus importantes que l’Océan lui-même et succombent à la peur de disparaître. C’est toujours la peur qui crée le chaos. Cette incapacité à dépasser la vision restrictive de l’individu est une condamnation de l’Unité.
-Mais comment doit-on se comporter alors Jarwal ?
-C’est là qu’intervient cet apprentissage de l’observation consciente. Il ne s’agit pas de se nier en tant qu’individu ni de rejeter l’appartenance à l’Océan mais de parvenir à observer les deux phénomènes. Juste les observer, sans leur apporter la moindre émotion. C’est ce qu’on appelle « agir dans le non-agir ». Je suis une molécule animée par l’Océan. J’agis dans le champ de mes expériences mais sans jamais être dissocié d’une dimension bien plus grande. L’Amour est à la source de cette paix intérieure. Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. Cette phrase est essentielle pour moi. On pourrait penser que c’est une invitation à l’abandon et à la lâcheté, comme un bâton qui flotte sur l’Océan. Mais nous ne sommes justement pas des bâtons inertes. Nous sommes animés par la Vie et c’est en son cœur que nous devons apprendre à agir. Non pas agir contre elle en nous dressant fièrement devant elle mais agir dans la dimension qu’elle nous propose. C’est un équilibre extraordinaire à trouver. »
Le silence.
L’écho de tous les mots, la nécessité d’aller au plus profond de la compréhension. Chacun animé par la volonté d’explorer les horizons proposés, au regard de son propre potentiel, sans se soucier de l’avancée des compagnons, juste dans l’acceptation de ses limites et de l’énergie disponible.
« Il faut que vous rentriez les enfants. Vous avez une longue descente et le jour va tomber. »
Cette difficulté à quitter les espaces intérieurs. Comme si les mouvements de l’Océan participaient au bonheur des voyages.
« Tu sais Jarwal, c’est très à la mode depuis quelques temps de parler de l’environnement. La pollution, les destructions de la planète et tout ça. Mais j’ai un peu l’impression que cette façon de voir cet environnement est totalement fausse et en plus je me dis que notre façon de nous voir est également fausse. Ce que nous voyons de nous n’est qu’un environnement mais c’est au cœur de cet environnement que se trouve la réalité. Enfin, j’ai du mal à l’expliquer. Tu vois, c’est comme si nous, les humains, on voyait la Terre comme quelque chose de séparée de nous mais en fait, c’est pareil pour nous. Nous sommes séparés de nous-mêmes parce que nous ne percevons que ce qui est visible ou identifiable, tout ce sur quoi on sait mettre un nom. Ah, ça m’énerve, je ne sais pas comment l’expliquer !
-J’ai parfaitement compris ce que tu veux dire Marine. Notre identité, tout ce que sur quoi nous avons-nous-mêmes apportés une reconnaissance que nous transmettons aux autres, toute cette fabrication est artificielle. Elle n’est qu’un environnement. Mais ce qui importe et qui est réel est caché en nous-mêmes. Nous portons un trésor et nous nous occupons du coffre qui le contient. De la même façon que les hommes s’inquiètent de l’environnement ou y sont totalement indifférents sans comprendre qu’ils ne s’intéressent qu’à des formes matérielles en ignorant le flux vital qui les anime. Mais il n’en reste pas moins que je préfère les voir s’inquiéter de la préservation de cet environnement plutôt que de le délaisser. Il existe au moins la possibilité qu’un jour ils parviennent à établir un vrai regard et qu’ils cessent de jouer des rôles de sauveur, juste pour leur gloire personnelle.
-Tout ça, c’est de l’espoir Jarwal et cet espoir est une illusion. Tu l’as dit toi-même.
-C’est vrai Rémi. C’est pour cela qu’il faut juste agir dans le non-agir, faire ce qui te semble juste sans te préoccuper des résultats éventuels. Faire ce que tu es sans vouloir que les choses soient ce que tu aimerais. Puisque les choses ne peuvent pas être ce que tu n’es pas.
-Tu veux dire que les choses sont ce que je suis ?
-Oui Rémi. Tu crées la réalité qui te correspond. Tu vis ce que tu es et tes actes influent sur la réalité de ton environnement mais ils ne changent rien à la réalité de la Vie que tu portes. La Vie que tu portes, je l’appelle le réel. L’environnement n’est que la réalité. Mais il faut arrêter nos discussions les enfants, vous allez vous mettre en retard et je m’en voudrais que vos parents s’inquiètent. Filez vite. Nous nous reverrons.
-C’est difficile de te laisser Jarwal. J’aimerais tellement ne plus te quitter, avoua Marine en baissant les yeux. La vie quotidienne ne sera jamais aussi belle qu’avec toi.
-Ta vie quotidienne sera ce que tu es Marine. Ne l’accuse pas d’être d’une quelconque responsabilité.
-Tu as raison Jarwal. Je m’en souviendrai. Allez les garçons, on y va. »
Ils s’enlacèrent tous les quatre, comme unifiés par leur amour commun de la Vie puis Jarwal prit son bâton de marche, ajusta sa besace, remit son chapeau et regarda intensément les trois enfants.
« Mon âme vous aime de tout son cœur. »
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Relire Jarwal le lutin
- Par Thierry LEDRU
- Le 10/11/2021
Il m'arrive parfois de replonger dans ces anciens écrits.
Je les reprends pour les transmettre un jour à notre petit-fils.
JARWAL LE LUTIN
TOME 3
« Nasta voudrait te parler Jarwal. »
Ce calme retrouvé, cette paix réinstallée, la plénitude des âmes, des visages sereins et des voix rassurées, l’impression que la Nuhé elle-même diffusait des parfums de quiétude.
Kalén reprit les paroles du vieux sage.
« Nous savons que tu as aidé Izel à vaincre le mal. Les soldats quittent les montagnes, notre peuple n’est plus en danger. Les Maruamaqua sont montés dans les vents qui portent les nuages et ils les ont vus s’enfuir. L’un d’entre eux m’est apparu en rêve et me l’a dit. C’est un grand honneur pour moi, d’ailleurs. Maintenant, nous voulons tous vous témoigner notre reconnaissance, à toi Jarwal ainsi qu’à ta compagne et ta petite Maruamaqua bleue. Vous êtes venus de loin pour nous aider et vous avez pris de grands risques. Nous ne l’oublierons jamais.
-Qu’allez-vous faire maintenant ? demanda le lutin.
-Nous allons rester ici. Il nous faut rétablir le contact avec la pensée de la Terre. »
Nasta parla longuement.
Kalén expliqua.
« La Vie est une pensée qui a ensemencé la Terre. C'est la pensée originelle. Les êtres humains imaginent que leurs pensées leur appartiennent, qu’ils en disposent librement. Ils ont oublié la première pensée, ils ne savent plus la ressentir. Toutes les pensées qui parcourent l’espace sont les enfants de la pensée créatrice. Ici, nous pouvons remonter à la source.
-Nasta veut-il dire que la Vie est une pensée ?
-Oui, c’est bien cela Jarwal. Cette pensée s’est matérialisée sous des formes innombrables. Les Kogi écoutent les pensées des arbres, des nuages, des montagnes, de toutes les formes créées par la Vie. Les hommes imaginent qu’ils existent parce qu’ils pensent alors que c’est la pensée de la Vie qui vibre en eux et leur donne vie. Les hommes ont oublié l’humilité.
-Kalén, pour qu’il y ait une pensée, il faut un émetteur. Qui est à la source de la pensée de la Vie ?
-La Vie elle-même. Les Conquistadors qui nous ont maltraités disaient qu’ils étaient en mission, qu’un Dieu tout puissant les guidait. Aucun Dieu n’existe. Pas les Dieux des hommes. Ces Dieux-là ne sont que des mensonges.
-La Vie est divine, c’est cela ?
-Exactement Jarwal. La création est la pensée de la Vie et toutes les formes de vies créées sont à l'image de l'infinité de ses pensées.
-Et alors les hommes qui se sont coupé des pensées diffusées par la Nature ne seront plus jamais des êtres humains ?
-Cela dépendra d’eux, Jarwal. Les Kogi sont des êtres humains mais les Conquistadors sont des hommes. Ils vivent pour les biens matériels, la puissance, le pouvoir, l’exploitation, l’asservissement. Nasta dit que l’avenir de ces hommes est très sombre. Et qu’ils jetteront sur la Vie toute entière un voile d’ombre. Leur intelligence est au service du Mal parce qu’ils ignorent la pensée de la Vie. Ils sont soumis à des pensées d’hommes.
-Quel est l’avenir de ce monde d’hommes Kalén ?
-Il n’a pas plus d’avenir que l’homme qui s’est coupé de la source. Il ne vit que dans le fardeau du passé et des erreurs commises sans pour autant prendre conscience qu’il répète à l’infini les mêmes erreurs en les habillant simplement de nouveaux apparats. Ce monde-là continuera à vouloir construire l’avenir qui correspond à son errance. Il est empoisonné par le poids de son histoire et ce poison contamine son futur. Le voile d’ombre finira par s’étendre jusqu’à cacher la lumière du Monde et de la Vie. »
Ils parlèrent longuement.
Gwendoline s’était retirée dans un coin de la hutte.
Des larmes qui auraient aimé s’épandre. Une telle détresse aux paroles de Kalén.
Comme si la Vie elle-même pleurait dans son âme. Cette peur immense de ce monde à venir, cette dégénérescence inéluctable, cet oubli de la source, comment était-ce possible ? Pourquoi la Vie laissait-elle s’étendre ce désastre, pourquoi la Vie offrait-elle aux hommes cette pensée insoumise qui les menait à la destruction d’eux-mêmes ?
Elle ne comprenait pas.
« C’est le défi qu’ils doivent relever, murmura tendrement Léontine à son oreille. Apprendre à s’élever au-dessus de leurs pensées sombres.
-Et crois-tu qu’ils en seront capables un jour ?
-Il ne me servirait à rien de me torturer avec de telles interrogations. Étant donné que je n’y peux rien.
-C’est de l’abandon.
-Non, Gwendoline, c’est de la lucidité. Apprends à te consacrer aux choses sur lesquelles tu as une incidence possible. Le sage n’est pas celui qui donne des leçons aux autres mais celui qui écoute la voix de la Vie. Si tu écoutes les tourments des hommes, tu ne peux plus entendre la Vie et si tu ne l’entends plus, tu ne peux rien apprendre et si tu n'apprends plus, tu n'as rien à montrer. Tu dois saisir la Vie en toi et ne pas t’alourdir.
-En quoi cela peut-il améliorer les situations néfastes ?
-Tu n’agis pas pour améliorer les situations néfastes mais pour appliquer éventuellement à ces situations ce qui te semble juste. Si tu as une intention, tu fabriques toi-même la possibilité d’une désillusion et tu n'es plus dans l'instant. Tu essaies d'aller plus loin, là où il n'y a rien encore. Contente-toi de faire ce que tu penses être juste. Et quand tu décides de le faire, ne fais que ça. Le reste ne t’appartient pas.
-Tu veux dire qu’en venant ici, la seule chose importante était de tenter d’aider les Kogi mais qu’il n’y a rien d’autre à vouloir ou à espérer.
-Exactement. À quoi cela servirait-il que tu t’inquiètes pour l’avenir de ce monde humain ou de celui des Kogi ? As-tu une solution à apporter ?
-Non et c’est ce qui me ronge.
-C’est toi alors qui as choisi d’être rongé, ça n’est pas l’état de ce monde qui agit sur toi mais l’émotion que tu entretiens. Et non seulement, elle ne sert à rien mais elle te prive de l’énergie dont tu pourrais user pour être ce que tu portes. Et par conséquent, tu prives ceux qui pourraient te voir vivre dans ce qui est juste. Tu te condamnes deux fois : une fois pour la détresse que tu génères toi-même et ensuite pour la détresse de ceux qui vivent près de toi et qui souffrent de te voir dans cet état. Est-ce que c’est ainsi que tu penses agir de façon juste ? »
Un trouble immense, une leçon impitoyable.
« Tu es redoutable, chère petite fée.
-C’est le rôle des vraies amies. »



