Blog

  • Interdit d'interdire - Dictature sanitaire ou démocratie sanitaire ?

    "Statistiquement, l'homme est majoritairement bon et une minorité qui tient le devant de la scène et fait un bruit d'enfer, le pervertit. "

    Michel SERRES.

    J'adhère totalement à cette réflexion.

    Il suffit d'aller lire les "actualités" sur la page google pour s'en apercevoir. Guerres, meurtres, viols, agressions, dilapidations de l'argent public, crise, chômage, infanticides, catastrophes...Et depuis plusieurs mois, l'épidémie, la pandémie, les morts, les morts, les morts. 

    Quel intérêt de mettre tout ça en avant, systématiquement, à outrance, quotidiennement?

    La peur.

    Tout simplement la peur que les gouvernants entretiennent parce qu'elle vient valider leurs discours de "sauveurs".

    Et sont ignorés les millions de gens qui dans le même temps auront œuvré à leur bonheur et au bonheur de leurs proches.

    Ceux qui vivent en paix, intérieurement et socialement et qui ne peuvent dès lors aucunement servir les Puissants qui ont besoin de cette peur.

    La peur engendre également le besoin de se divertir et de l'oublier et dès lors, il est facile de vendre des ersatz de bonheur, des choses futiles, instables et provisoires. Le marché en regorge. La croissance se nourrit de la peur, c'est son moteur. Les Puissants ne souhaitent pas notre bonheur. Ils souhaitent uniquement notre pouvoir d'achat. La crise les dérange car elle réduit leur propre richesse.

    Les nouveaux milliardaires travaillent d'ailleurs, soit dans l'armement, soit dans les marchés du "loisir", soit dans les matières premières volées aux pays envahis par les "Sauveurs"...

    Le bonheur se nourrit de plénitude, pas d'accumulation de biens. Les biens nourrissent juste votre peur de les perdre et par conséquent votre désir d'être "protégés" par les Puissants. Et la boucle est bouclée.

    Les actualités sont au service des Marchands et des Puissants qui les servent et qui sont rémunérés pour les services rendus.

    L'Islam est une vache à lait. Le terrorisme est une mamelle qui coule sans fin. Les manipulations médiatiques entretiennent la traite. Et nous sommes les consommateurs. Ou alors, il convient de tout éteindre et d'allumer sa conscience. Pas une conscience formatée mais celle qui est tournée vers le Bien et le Beau.

    Lutter soi-disant contre le Mal en l'exploitant à des fins mercantiles entretient le Mal et l'insère dans les esprits. Les enfants en sont les premières victimes, il s'agit de construire les futurs consommateurs. Intégrer en eux les processus de peur et créer déjà les appels au secours. "Sauvez-nous, par pitié". Et ne jamais comprendre qu'ils appellent à l'aide les créateurs des conflits.

    "Votez pour moi, je vous sauverai. "

    "Achetez le dernier ipod, achetez la dernière BMW, achetez les produits qui garderont votre beauté."

    Ceux-là sont morts déjà. Ils font partie de la masse et n'ont plus d'existence propre.

     

    De l'usage politique de la peur.

    Politique de la peur

    La peur et le Pouvoir

    Stratégie de la peur

     

  • Les sénateurs PS et la vaccination obligatoire

    Juste pour information, pour ceux à qui ça aurait échappé

     

    Covid-19 : les sénateurs PS veulent rendre la vaccination obligatoire

    Le sénateur PS et médecin Bernard Jomier a précisé sur France Info que l’effet du pass sanitaire était « quasiment épuisé ».

     

    Pour les senateurs socialistes, la solution n'est donc pas d'exiger le pass sanitaire dans les lieux publics, mais bien de rendre obligatoire a tous les Francais la vaccination anti-Covid.

    Pour les sénateurs socialistes, la solution n'est donc pas d'exiger le pass sanitaire dans les lieux publics, mais bien de rendre obligatoire à tous les Français la vaccination anti-Covid.© Vincent Isore / MAXPPP / IP3 PRESS/MAXPPP

    Par 

    Publié le 13/10/2021 à 10h27

    Vers une obligation vaccinale pour tous ? C’est en tout cas ce que suggère le groupe PS au Sénat, qui dépose une proposition de loi concernant la vaccination contre le Covid-19 ce mercredi 13 octobre. « Le pass sanitaire a été très efficace pour inciter les Français à se faire vacciner, mais cet effet-là est quasiment épuisé », a ainsi expliqué sur France Info le sénateur Bernard Jomier, également médecin généraliste, alors que la prolongation du pass sanitaire est présentée en conseil des ministres.

    Pour les sénateurs socialistes, la solution n’est donc pas d’exiger le pass sanitaire dans les lieux publics, mais bien de rendre obligatoire à tous les Français la vaccination anti-Covid. « L’idée est aussi d’instituer une règle générale, non pas réservée aux soignants ou aux gendarmes, ou aux uns ou aux autres », explique le professionnel de santé. Et de préciser : « C’est de dire "tout le monde doit être vacciné", c’est un devoir. » L’objectif : éviter une nouvelle vague causée par les millions de Français qui n’ont pas encore reçu leur injection contre le coronavirus.

    « Il faut banaliser l’épidémie »

    Pour appuyer ses idées, le sénateur cite l’exemple de la Nouvelle-Calédonie qui a choisi cette voie au début du mois de septembre. « Depuis, le taux de vaccination a grimpé en flèche », souligne le médecin. Au 8 octobre, 72,9 % de la population totale a complété son schéma vaccinal en France, selon le site du gouvernement.

    À LIRE AUSSICoignard – Pass sanitaire : le pari – osé – d’Emmanuel Macron

    « Il faut banaliser l’épidémie », affirme également Bernard Jomier. « Il faut arriver à une protection collective qui fasse que plus jamais ce virus ne puisse venir impacter aussi violemment notre société », poursuit-il, rappelant l’importance des vaccins dans l’éradication des maladies – notamment infantiles.

  • Passe sanitaire et 3ème dose

    Evidemment. C'était couru d'avance. D'ailleurs, il s'agit bien d'une course, mais sans fin.

    3ème, 4ème, 5ème, rappel tous les six mois.

    On n'est plus très loin de ce moment où le gouvernement appliquera des sanctions fiscales, des baisses d'allocations familiales, des baisses d'APL, où le gouvernement demandera un carnet vacccinal à jour pour postuler à un emploi dans la fonction publique, à l'accès à un concours, voire même une injonction similaire dans le secteur privé. C'est toujours comme ça que ça se passe dès lors qu'on a mis un pied sur le tapis roulant...

     

     

    Le gouvernement réfléchit à conditionner le passe sanitaire à l'administration d'une dose de rappel

     

    Par 

    Publié hier à 10:19, mis à jour hier à 13:46

    Pourrait-on perdre son passe sanitaire si l'on refuse la troisième dose? «C'est quelque chose que l'on regarde», répond Borne

    Pause

    Unmute

    Current Time 0:06

    /

    Duration 0:26

    Loaded: 100.00%

    Partager

    FullscreenACTIVER LE SON

    «C'est quelque chose que l'on regarde, ça n'est pas décidé», a indiqué la ministre du Travail ce jeudi matin.

    La 3e dose de rappel de vaccin contre le Covid-19 sera-t-elle bientôt requise pour valider son passe sanitaire ? C'est une petite musique qui monte : si le rappel n'est pas requis pour le moment, la situation pourrait changer dans les prochaines semaines. Un moyen pour l'exécutif de pousser les injections, alors que le rythme actuel est jugé insuffisant.

     

    À LIRE AUSSI : Vaccins contre le Covid: à quoi sert la troisième dose?

    Invitée d'Europe 1 ce jeudi matin, la ministre du Travail a ainsi déclaré que le gouvernement envisageait la possibilité de supprimer le passe sanitaire pour les personnes refusant de faire la troisième dose. «C'est quelque chose que l'on regarde, ça n'est pas décidé. L'intérêt c'est de rester protégé avec ce vaccin», a affirmé Élisabeth Borne.

    «Quand vous êtes une personne âgée vaccinée depuis plus de six mois, c'est vraiment très important, on sait que l'immunité baisse fortement au bout de six mois, donc il faut absolument faire cette troisième dose», a justifié la ministre. Quand la journaliste Sonia Mabrouk lui répond que cela «peut pénaliser» certaines personnes, la ministre tente d'encourager les Français à la troisième dose : «Vous savez, on est là pour protéger les Français face au virus».

    La veille, le porte-parole du gouvernement était resté prudent sur les évolutions à venir concernant le lien entre le rappel et le passe sanitaire. «Aujourd'hui, la troisième dose, ou le rappel vaccinal, n'est pas requis dans le cadre du passe sanitaire», avait rappelé Gabriel Attal, sous-entendant que cette situation pouvait évoluer.

    Car si la «campagne de rappel française apparaît plus dynamique que celle des autres pays», selon le ministère de la Santé, reste que les injections progressent trop lentement. 1,73 million de doses de rappel ont été administrées, mi-octobre, sur plus de «4,5 à 5 millions de personnes» éligibles. «Ce n'est clairement pas suffisant pour garantir dans la durée le niveau de protection immunitaire contre le virus», s'est inquiété Olivier Véran cette semaine. L'extension du passe sanitaire à la dose de rappel pourrait donner un coup de fouet à la campagne.

    Ce dossier risque de devenir particulièrement central si la dose de rappel est étendue à l'ensemble de la population : «l'administration d'une dose de rappel deviendra probablement nécessaire au cours des mois qui viennent», avertissait ainsi la Haute autorité de santé la semaine dernière.

  • Piégeage des oiseaux

    Ministre de l'écologie dans ce gouvernement, c'est comme ministre du droit des femmes en Afghanistan. La campagne présidentielle a débuté, ça ne fait aucun doute. Monseigneur râcle à droite toute. On sait depuis longtemps qu'il aime la chasse mais qu'il aime surtout le vote des chasseurs. Il sait de toute façon qu'il n'aura pas le vote des écologistes donc il s'en fiche. Pour ce qui est de ces chasseurs, adeptes des "traditions", il ne faudrait pas que j'en croise un. Là, je sais que je deviendrais violent. Quand j'étais enfant, les alouettes, il y en avait partout. J'adorais leurs chants et leurs envolées suivies de plongées musicales. Ce monde humain me révulse. 

     

    Chasses traditionnelles d'oiseaux à nouveau autorisées : la LPO dénonce l'acharnement à "tordre le droit pour tuer"

     

    Le ministère de la Transition écologique a réautorisé plusieurs technique de chasse traditionnelle, en dépit d'un arrêt du Conseil d'État cet été.

    Article rédigé par

    franceinfo

    Radio France

    Publié le 15/10/2021 11:00Mis à jour le 15/10/2021 11:07

     Temps de lecture : 2 min.

    Un pinson pris dans une "matole", technique qui est à nouveau autorisée dans les Landes et le Lot-et-Garonne. (NICOLAS TUCAT / AFP)

    Un pinson pris dans une "matole", technique qui est à nouveau autorisée dans les Landes et le Lot-et-Garonne. (NICOLAS TUCAT / AFP)

    La LPO, la Ligue pour la protection des oiseaux, confirme qu'elle va saisir le Conseil d'État, ce vendredi 15 octobre sur franceinfo, après la parution de plusieurs arrêtés réautorisant un certain nombre de chasses traditionnelles d'oiseaux dans plusieurs départements. "On s'acharne à tordre le droit pour tuer davantage", s'est insurgé son président Allain Bougrain-Dubourg.

    "On le regrette, c'est affligeant", a-t-il poursuivi, dénonçant le calendrier choisi par le ministère de la Transition écologique. "Il prend cette mesure un vendredi, ce qui veut dire que notre référé va partir aujourd'hui, mais qu'il ne prendra forme qu'à partir du début de la semaine prochaine, fait-il remarquer. Alors même si le Conseil d'État suspend les arrêtés, ils auront permis aux chasseurs d'aller maltraiter la faune pendant au moins un week-end". Le président de la LPO a dénoncé le "décalage total" entre les propos d'Emmanuel Macron, quand il affirme au Sommet mondial de la biodiversité à Marseille "que la France doit être exemplaire", et "cette réalité" où l'on ré-autorise des pratiques de chasse.

    "C'est un loisir, un plaisir à tuer"

    "Il ne s'agit pas de limiter des populations en surnombre comme le sanglier ou de chasser pour survivre, c'est un loisir, un plaisir à tuer", a dénoncé Allain Bougrain-Dubourg. Il a tenu à rappeler que les oiseaux, dans les Ardennes notamment, se faisaient "étrangler par des lacets" après avoir été capturés par ces pratiques qui consistent à piéger des oiseaux dans des cages ou des filets.

    "Quand les traditions sont mauvaises, meurtrières, il faut les cesser"

    Alain Bougrain-Dubourg, président de la LPO 

    à franceinfo

    "Au XXIe siècle, ce n'est pas acceptable. L'Europe ne l'accepte pas, on est le dernier pays d'Europe à l'accepter", a-t-il critiqué appelant "à arrêter de se comporter de manière inacceptable à l'égard de la faune sauvage".

    La population des alouettes des champs en déclin 

    Selon ses chiffres, les alouettes, visées notamment par ces réautorisations, ont perdu 30% de leur population en 15 ans. L'Union internationale pour la conservation de la nature considère également que l'espèce décroit. "Doit-on en rajouter encore alors qu'on les tire déjà au fusil ?", s'est interrogé Allain Bougrain-Dubourg. "Calmons-nous avec cette violence à l'égard de la nature, un peu de dignité élémentaire, c'est inacceptable", a-t-il répété dénonçant le poids du lobbying des chasseurs. "C'est pathétique, on est le pays des droits de l'Homme mais on n'est pas le pays des droits de la nature", a-t-il conclu.

    L'association One Voice, de son côté, a également fait savoir sur son compte Twitter, ce vendredi, qu'elle s'apprêtait à saisir le Conseil d'État. "Nos référés partent", a-t-elle indiqué.

  • Jarwal et les Maruamaquas

     

     

    523913 3530748479752 83916199 n 3

    JARWAL LE LUTIN

    Tome 3

    Chapitre 4

    Jarwal se retourna sur sa natte.

    Il ne dormait pas. Une idée qui tournait inlassablement dans son esprit en feu, un orage boursouflé, un tonnerre assourdissant. Impossible de le faire taire. S’il rentrait dans sa forêt, s’il quittait ce pays inconnu, il perdrait sans doute tout espoir de retrouver son passé, de retrouver ce lutin qu’il était, il ne resterait de lui que cette enveloppe vide qu’il traînait comme un fardeau. Personne ne pourrait lui venir en aide. C’est ici que se trouvait la seule issue. Gwendoline avait certainement raison. Et pourtant, cette colère contre ce peuple, cette rancœur contre ces lieux, ces regrets d’être venu ne cessaient de le déchirer, une scission irréparable, l’impression d’être habité par deux individus opposés. Et qu’un troisième observait leur conflit interne.

    Il devait se donner une dernière chance. Essayer de retrouver ce peuple, ce jeune Kalén, accepter une aide, sortir de cette colère, abandonner cette prétention qui lui avait fait croire follement qu’il pourrait se guérir lui-même. Ou mourir ainsi.

    Une autre pensée qui s’invita soudainement. Cette violence dont il avait été la victime n’avait pas nécessairement détruit en lui cette mémoire indétectable mais elle l’avait couverte d’un voile opaque. Tout était là encore, mais enfouie, contenue, comme une simple mousse sous les frondaisons immenses de la jungle. Une mémoire recroquevillée comme un petit animal maltraité. C’était d’amour dont elle avait besoin pour éclore. La colère ne ferait que la maintenir dans des ressentis néfastes. Il s’était mal comporté avec Gwendoline, il le savait. Toujours cette colère qui l’aveuglait. Les émotions sont redoutables si on leur lâche la bride, elles filent au galop et entretiennent l’aliénation. Il n’était plus qu’une bête affolée. Le cavalier était tombé au sol. Il devait redevenir le Maître intérieur.

    Il écouta respectueusement la respiration régulière de Gwendoline.

    Un sourire à l’âme.

    Il ferma les yeux.

    Le groupe armé avançait comme une marée montante sans reflux, une vague butée, obstinée, déterminée, emplie de colère, nourrie de rage, une soif de vengeance qui brûlait les âmes. Des machettes qui sectionnaient rageusement les branches, les lianes, les herbes hautes, tout ce qui entravait cette marche forcée.

    Gwendoline entendit la rumeur qui gonflait comme une houle. Elle sursauta et réveilla aussitôt Jarwal.

    Le lutin comprit immédiatement et courut à l’entrée de la hutte. Une lumière pâle de petit matin. Un ciel couvert, des vaisseaux de brume accrochés aux arbres comme à des récifs. Des bruits de pas, des branches cassées, des voix, mais surtout cette impression affolante d’une masse en marche, un roulement d’orage, un magma bouillonnant qui montait vers eux. La violence d’une armée.

    Gwendoline s’empara de trois mochillas, les remplit de toute la nourriture qui tombait sous sa main, Jarwal l’aida de son mieux.

    L’urgence, s’enfuir, les hommes de guerre approchaient.

    Ils sortirent par une fenêtre à l’arrière de la hutte et disparurent sous le couvert des arbres, la peur au ventre, la terreur dans leur dos, des regards inquiets jetés en arrière, comme un prédateur à leur poursuite, des frissons incontrôlables qui se déversaient dans leurs muscles. Ils s’arrêtèrent lorsque la brûlure dans leur poitrine en feu les empêcha de respirer. Ils se tapirent sous un parterre de fougères, un lacis épais de verdure.

    Aucun bruit d’hommes. Juste les cris des oiseaux.

    Léontine vint les rejoindre.

    « Ce sont des Portugais. L’armée ennemie de Jackmor. Trois soldats les guident, ils savent où est le camp des Kogis dans la montagne. Ils sont décidés à lancer une nouvelle attaque, ils ont eu des renforts. Tout le monde est excité à l’idée de récupérer l’or des Espagnols.

    -C’est d’abord l’or des Kogis, rectifia Jarwal.

    -Pour les Portugais, comme pour les Espagnols, les Kogis n’existent même pas, répliqua Léontine. Tu sais, Jarwal, il me suffit d’écouter leurs pensées et bien souvent les pensées sont bien plus proches de la réalité que les mots qu’on ose dire. Je peux t’assurer que les pensées de ces hommes n’ont aucune considération pour les Kogis. C’est bien plus effroyable encore que tout ce qu’ils racontent. Ils ne rêvent que de massacres et de fortune.

    -Tu lis dans les pensées ? demanda Jarwal.

    -Oui, mon cher ami et je sais ce que tu ressens ce matin. »

    Une gêne dans l’âme du lutin, un regard furtif vers Gwendoline.

    « Et j’en suis infiniment heureuse, » ajouta la petite mouche.

    Jarwal joignit les mains et croisa les doigts nerveusement en regardant le sol. Une bouffée d’émotions, une incertitude, comme si les mots ne pouvaient pas prendre forme, qu’ils ne sauraient jamais exprimer ce qu’il portait.

    Gwendoline posa une main sur sa joue.

    Le lutin leva les yeux. Tellement d’amour dans les prunelles de sa compagne, tellement de douceur, même pas cette attente qui crée la tension du doute, aucun espoir dans les paroles à venir, juste cette acceptation dans les yeux de Gwendoline, juste cet accompagnement de l’être aimé, la patience et la confiance unifiées, la sérénité pour témoin de leur union.

    Jarwal ne pouvait pas retenir en lui ce bouillonnement.

    « Je sais que tu avais raison, Gwendoline. Il faut rejoindre les Kogis et voir ce qu’ils peuvent faire pour moi. Je ne dois pas abandonner et partir. C’est comme si je laissais ce Jarwal sur place et ne rentrait qu’avec un fantôme. Mon histoire est ici et c’est ici que je dois la retrouver. »

    Elle l’embrassa sur le front. Juste un baiser plein de tendresse.

    Léontine bourdonnait de bonheur autour d’eux.

    C’est là qu’ils virent certaines fougères bouger étrangement. Comme un roulis, une houle de frissons, un frémissement continu. Ils se levèrent et reculèrent de quelques pas. Les sens aux aguets.

    Sous leurs yeux ébahis, des formes s’agitèrent, une myriade de petits êtres couverts de feuillages, des fougères qui n’en étaient pas, une apparition stupéfiante. La troupe se plaça devant eux. Des corps envahis de végétation mais pourtant une forme bien identifiable. Pas plus haut que le chapeau pointu de Jarwal. Des branchages pour membres, des tiges garnis de jeunes pousses, des feuilles, des plantes, des mousses, un amalgame hétéroclite, comme un collage anarchique, mais un visage souriant et des yeux lumineux, parfaitement visibles dans l’imbroglio végétal, des prunelles luisantes comme des soleils.

    « Ah ! L’amour, on ne peut y résister, annonça en sautillant un des petits êtres.

    -C’est vrai, c’est tellement bouleversant, enchaîna un deuxième.

    -Le seul phénomène qui puisse nous pousser à nous montrer, renchérit un troisième. »

    Des bonds qui accompagnaient chaque parole, une frénésie joyeuse, une danse pétillante.

    « Qui êtes-vous ? demanda Gwendoline qui ne lâchait pas la main de son lutin hagard.

    -Nous sommes la Vie, comme toi ! » lança le plus impétueux.

    Des éclats de rires dans l’assemblée, des cabrioles et des roulades, des individus qui se trémoussaient en mêlant leur verdure, des galipettes et des embrassades, une agitation paroxystique. 

    « La Vie, nous sommes la Vie, la Vie, nous sommes la Vie, répétaient-ils tous, en chœur.

    Jarwal, Gwendoline et Léontine n’avaient jamais vu de tels êtres. Ils connaissaient pourtant bon nombre d’individus curieux et magiques, elfes et gnomes, farfadets et korrigans mais des êtres végétaux dansant des sarabandes endiablées, ils ne l’auraient même jamais imaginé.

    Léontine se posa sur l’épaule de Gwendoline.

    « Nous vous regardons depuis longtemps, mais l’amour était parti du cœur de celui-ci ! lança l’un d’eux en désignant Jarwal 

    -Non, pas parti, cher ami, mais submergé de tristesse, reprit un voisin.

    -Oui, la tristesse est un étouffoir de l’Amour mais l’Amour n’est jamais triste. C’est juste des feuilles mortes qui le couvrent. Laisse passer l’hiver et tu verras la pourriture des feuilles nourrir la Vie,» enchaîna un troisième.

    Des éclats de rire encore, cristallins. Des carillons de notes aiguës. Les feuilles agitées de leurs corps sautillants.

    « Vous voulez dire que vous ne vouliez pas vous montrer à cause de moi ? demanda Jarwal.

    -Pas à cause de toi, répliqua un petit être ébouriffé comme un buisson juvénile. Tu n’es pas ce que tu penses. Ne te trompe pas. Ce que tu penses n’est qu’une dérive de l’Amour de la Vie.

    -Nous attendions que la pourriture des feuilles soit consommée, ajouta son compagnon. Et que l’Amour remonte à la surface.

    -Vous n’apparaissez qu’aux êtres qui s’aiment alors, c’est ça ? interrogea Gwendoline.

    -Tous les êtres sont dans l’Amour. L’Amour, c’est la Vie, mais les pensées de votre tête vous font aimer le désordre de vos pensées. Rien à voir avec l’Amour de votre âme. Vous parvenez même parfois à aimer ce qui vous enferme. Ce sont toujours vos pensées. Et votre tête finit par aimer ce qui la ronge. C’est incroyable ça. L’Amour de la Vie n’est pas un guerrier. Il aime la sérénité. Alors, il se retire et il attend que vous arrêtiez de vous mentir. »

    Des réflexions secrètes, silencieuses, une analyse minutieuse.

    « Et voilà, vous vous remettez à penser ! lança joyeusement une boule de feuilles agitée. Vous êtes tout de même incorrigibles ! Laissez donc rayonner votre Amour de la Vie.

    -Nous avons un grave problème, annonça Gwendoline.

    -Mais non, il n’y a pas de graves problèmes, il n’y a que ce que ce vous en pensez. Sinon, cela voudrait dire que la Vie est un grave problème et quand vous pensez cela, la Vie se retire dans son coin et vous laisse exister à travers vos pensées. La Vie ne lutte pas, elle aime la sérénité, je vous l’ai dit.

    -Et bien, chers amis, intervint Jarwal, je pense que mes pensées sont un grave problème. Je pense sans cesse à ma mémoire qui a disparu.

    -Mais non, elle n’a pas disparu. Elle s’est retirée dans un coin. Et comme tu étais en colère, elle avait peur. On ne réconforte pas un petit animal traumatisé avec de la colère ou de la peur.

    -Tu veux dire que je peux retrouver ma mémoire ?

    -Tu ne vas pas la retrouver, c’est elle qui reviendra. Vous êtes vraiment prétentieux, vous autres, à croire que tout dépend de vos pensées et de votre volonté. C’est comme si vous étiez en Vie parce que vous l’avez voulu ! Ridicule. La Vie n’a pas eu besoin que vous pensiez à elle pour s’installer. Et vous, vous pensez que vous pouvez imposer votre volonté à la Vie. C’est incroyable ça !

    -Regardez ces grands arbres ! proposa un petit arbrisseau. Vous croyez que c’est la volonté de la graine qui a donné ce superbe ouvrage ? Et la Vie alors ? Elle se serait installée une fois que la volonté aurait pris forme ? Ridicule. Vous observez tout à l’envers. »

    Des leçons proclamées par une troupe de joyeux lurons.

    Gwendoline les observait avec fascination. Une multitude de visages dans une diversité hétéroclite. Des bouilles rondelettes ou triangulaires, des faces plates comme des assiettes, un mélange inexplicable de feuilles assemblées mais toujours ce pétillement dans leurs prunelles, deux soleils ardents qui irradiaient de bonheur.

    « Vous voulez dire que nos pensées sont des œillères à la réalité de la Vie ? demanda Jarwal.

    -La réalité ? Mais qu’est-ce que c’est cette réalité ? Ce que vous voyez ? Ridicule. »

    L’ensemble de la troupe, dans un synchronisme parfait, s’évapora. Une multitude d’oiseaux colorés s’égailla au-dessus de leurs têtes, une nuée de piaillements dans des arabesques maîtrisées, des zébrures de corps fuselés, comme des flèches jouant un ballet de plumes. Et toujours ces yeux aussi brillants que des astres naissants, une énergie condensée, une concentration d’univers.

    Le ballet cessa d’un coup, les oiseaux disparurent et un champ de pierres inertes s’étendit à leurs pieds. Des roches lisses et immobiles, éparpillées devant les trois amis. Au même instant, sur chaque caillou, des paires d’yeux s’ouvrirent et les observèrent, des prunelles étincelantes d’où jaillissaient des rires de lumières. Des battements de paupières aussi stupéfiants que des naissances d’étoiles.

    Puis, avec la même célérité, dans une simultanéité parfaite, un florilège de papillons les entoura, plus de pierres sur le sol mais une farandole radieuse, des élucubrations étourdissantes, des figures imprévisibles, toute la magie délicieuse des vols de papillons. Et sur les corps délicats rayonnaient d’une intensité éblouissante des yeux aussi perçants que des fusions de soleils.

    Comme un souffle tonitruant balayant tout sur son passage, la nuée de papillons s’évanouit. Rien d’autre n’apparut.

    Les trois amis restèrent statufiés.

    « Où êtes-vous ?  demanda Jarwal.

    -Chut, coupa Léontine. Les hommes. »

    Des bruits dans la forêt, des voix qui portaient par-delà les arbres. La troupe des Portugais avait quitté le camp des Kogis et reprenait sa progression.

    Jarwal se coucha sous le parterre de fougères en se demandant s’il ne manquait pas d’écraser un de leurs étranges visiteurs. Gwendoline s’allongea à ses côtés.

    « Ils ne peuvent pas nous voir. Ne bouge pas, » murmura-t-il, en posant délicatement une main sur son bras.

    Gwendoline frissonna de bonheur à cette parole protectrice, à cette attention inespérée. Jarwal veillait sur elle. Jarwal reprenait vie.

    Ils n’aperçurent même pas les soldats à travers l’épaisseur végétale. Ils suivirent attentivement l’extinction des voix et se relevèrent prudemment. Ils regardèrent minutieusement autour d’eux. Des plantes, des oiseaux, des papillons, des pierres…Quelles formes avaient-ils pris ? Où pouvaient-ils bien être ?

    La réalité n’était pas ce qu’ils voyaient…

    Au pied d’un tronc colossal, ils virent un tapis de mousse s’agiter, des ondulations de nuages, des formes timides qui tentaient une croissance, puis des pousses opiniâtres qui se dressaient, des silhouettes redessinant l’esquisse des corps et enfin tout un petit peuple de bonhommes moussus, habillés de feuilles disparates. Les yeux flamboyants s’ouvrirent dans un seul mouvement et la troupe reconstituée, s’avança précautionneusement et les rejoignit.

    « Bouh, toute cette méchanceté chez ces individus, c’est insupportable. Il nous est impossible de rester visibles dans cette ambiance morbide. Même les plantes en subissent les effets polluants mais moins tout de même que les autres formes vivantes. Chez elles, les pensées sombres s’évaporent rapidement. C’est l’Amour de la lumière qui permet ce nettoyage. Chez les humains, tout reste enfermé. Quand les égos sont les maîtres, la conscience de la réalité s’efface.

    -Vous n’avez donc aucune forme définitive ? interrogea Gwendoline.

    -Une forme ? Mais pour quoi faire ? C’est absurde, se moqua un individu hirsute.

    -Tout aussi absurde que cette idée que nous devons avoir un nom, enchaîna son voisin. Vous avez vraiment une idée bien curieuse de la réalité. Vous pensez que parce que vous vous êtes identifiés à votre forme et que vous vous reconnaissez à travers votre nom, vous avez fait le tour de la Vie ? Mais c’est consternant tout ça ! Vous avez conscience de l’insignifiance de votre développement ? »

    Un ton nullement arrogant, juste un total ébahissement.

    Les trois amis sentaient que dans les paroles de ces petits êtres, il n’y avait aucune moquerie. Mais une absolue incompréhension.

    « Un jour, vous allez mourir, vous allez perdre votre nom et votre forme. Vous aurez quitté la Vie mais la Vie, elle, n’aura rien quitté du tout. Elle n’aura pas disparu, vous comprenez ? C’est vous qui partez, c’est vous qui sortez du flux vital. La Vie continuera sa tâche créatrice, votre tour est passé. C’est ridicule dès lors de s’attacher de la sorte à cette image que la Vie vous a procurée. Il serait bien plus judicieux de saisir cette conscience de la Vie et non d’entretenir la conscience de votre forme. Cette forme n’est rien d’autre qu’une enveloppe. C’est comme si vous décidiez de vénérer votre outre et de délaisser l’eau qu’elle contient. C’est absurde.

    -Les deux sont indispensables, intervint Jarwal.

    -Bien entendu. Une outre vide ne sert à rien et de l’eau sans outre est intransportable. Mais par contre, elle a déjà une existence cette eau, vous n’êtes pas obligés de devoir la transporter, vous pouvez déjà en profiter. L’outre est secondaire si vous décidez de rester là où se trouve l’eau. Dans votre cas, c’est l’enveloppe qui compte avant ce qu’elle contient. Vous observez à l’envers.

    -Vous voulez dire que vous pouvez changer de formes parce que vous êtes reliés à la Vie avant de l’être à votre forme ?

    -Oui, c’est cela, magnifique, tu apprends vite cher lutin ! »

    Une danse spontanée qui agita toute la troupe, des cris de joie et des cabrioles.

    Gwendoline aperçut un sourire sur le visage de son aimé.

    « Quand vous êtes identifiés à votre image, vous êtes attachés aussi à la diffuser à l’extérieur, comme pour la maintenir en vie. Vous voulez qu’elle vous représente et vous en venez à chercher des solutions à vos problèmes dans votre environnement et dans vos relations. Vous pensez même parfois que le monde est responsable de votre état intérieur. Vous mélangez les conditions de vie et la Vie en vous. Mais la seule réalité qui vous concerne, elle est en vous et nulle part ailleurs. Quand vous vous acharnez à faire, vous en oubliez d’être.»

    L’urgence de la situation qui s’imposait à Jarwal, comme un coup au cœur qui le sortit de ce bonheur de l’échange. Les conditions de vie qui reprenaient le dessus.

    « Est-ce que vous savez où se trouvent les Kogis ? Il faut absolument que je les retrouve.

    -Les Kogis sont dans la montagne. Des hommes mauvais les retiennent. Et les hommes mauvais qui viennent de passer cherchent les hommes mauvais qui ont capturé les Kogis. Les Kogis sont des êtres humains très bons. Ils nous appellent les Maruamaquas.

    -J’ai déjà entendu ce nom, murmura Jarwal. Quelqu’un m’a parlé de vous. Je ne sais pas qui c’était.

    -Il ne sera pas difficile de trouver les Kogis, il vous suffira de suivre les hommes mauvais qui viennent de passer.

    -Nous devons arriver avant eux.

    -Et bien alors, nous allons vous guider, aucun problème. Nous aimons bien les voyages. »

    Des cabrioles et des rires, des accolades et des embrassades.

    « Merci infiniment, chers Maruamaquas. Une dernière question. Vous nous observiez depuis longtemps ?

    -Longtemps ? Qu’est-ce que ça veut dire ce mot encore ? Toujours une identification de votre forme qui s’ajoute à un espace qui n’existe pas. Vous êtes ici et maintenant et c’est tout. Tous ces mots que vous utilisez ne sont que des commentaires sur vos conditions de vie. Vous ne pouvez pas être ailleurs que maintenant et dès lors le temps ne peut pas être long. Il n’existe pas. Vous faites durer les choses dans vos pensées mais les choses n’ont pas de durée. Elles sont. Nous étions là, tout près de vous mais nous ne savons pas quand ni combien de temps car le temps n’existe pas. Nous avons observé les évènements et nous n’avons jamais pensé que c’était long. C’était ce que ça devait être. Les pensées ne servent à rien quand elles se mettent à commenter les évènements en leur donnant une autre forme que la réalité de la Vie. Ce Temps que vous imaginez, vous lui avez donné une mesure qui vous correspond parce que tout cela renforce votre identification. Le Temps de votre vie, le Temps de vos ancêtres, le Temps de votre avenir. Demande à un arbre ce qu’il a fait hier et tu l’entendras rire.

    -Et si je n’avais pas retrouvé le chemin de la lucidité, si je n’avais pas décidé de rechercher les Kogis, vous ne vous seriez pas montrés ?

    -Tout ça n’a aucune importance. La seule chose qui comptait à nos yeux, c’était que tu laisses l’Amour s’étendre au lieu de le repousser. »

    Une bouffée de chaleur dans le corps de Gwendoline, un bonheur immense. Les Maruamaquas percevaient ce que Jarwal portait et il s’agissait d’amour.

  • "Une autre pandémie est possible"

    Tribune — Santé

    Une autre pandémie est possible

     

    Une autre pandémie est possible

    Selon le psychiatre auteur de cette tribune, une approche démocratique de la pandémie est possible. Dans sa vision, tous resteraient égaux devant la médecine et leurs doutes ne seraient pas méprisés. En revanche, l’enrichissement de l’industrie pharmaceutique et l’emploi de l’argent public seraient scrutés, et mis en balance avec l’urgence climatique.

    Le docteur Jean-Charles Bernard est médecin psychiatre dans le service public.



    Une autre pandémie est possible. Dans l’idéal, sa gestion commencerait par des excuses : « Désolés, nous avons fait de mauvais choix, détruit les stocks de masques, dégradé les hôpitaux publics, démoli les conditions d’exercice du personnel soignant, peu considéré les budgets des services publics. » Des excuses, et non un 
    discours guerrier et une infantilisation de la population devant rédiger ses propres attestations de sortie. Des excuses, et non une instrumentalisation des citoyens devant en contrôler d’autres pour l’accès à des espaces de socialisation ou à des lieux de soin. Des excuses, et non du personnel soignant qualifié hier de héros et aujourd’hui « suspendu » lorsqu’il ne se conforme pas à l’obligation vaccinale.

    Une autre pandémie est possible. Dans cette autre pandémie, nous comprendrions qu’une nouvelle page d’histoire débute, que l’urgence vaccinale n’est rien comparée à l’urgence globale, écologique et sociale. Que l’urgence climatique n’a jamais été aussi présente, pour bientôt affecter des milliards d’humains — c’est-à-dire nous tous — et comptabiliser infiniment plus de morts que cette introduction au macabre. Dans cette autre pandémie, nous comprendrions l’ancienneté de cette urgence grâce à des rapports scientifiques plus accablants d’année en année. Et il n’y aurait pas toujours la même politique. Inchangée. Imperturbable. Méprisable et pourtant méprisante. Comment expliquer pareille inaction ? Par la bêtise ou par la compromission ? Et pourtant, l’action gouvernementale est possible, cette crise nous l’a montré.

    Quelle utilisation de l’argent public ?

    Une autre pandémie est possible. Dans cette autre pandémie, il n’y aurait pas les anti et les pro-vaccins, il y aurait les entre-deux, des nuances, des réflexions et des débats possibles. Dans cette autre pandémie, l’augmentation du prix des vaccins par des laboratoires pharmaceutiques aux profits records questionnerait. Alors que les caisses de l’État sont déclarées vides et dites trouées par la Sécurité sociale, peut-être préférerait-on allouer différemment cet argent ? Qu’en pense la prochaine génération, celle à l’enfance confinée et masquée héritant d’un monde de cendres ? Veut-on utiliser cet argent pour bientôt proposer ou imposer une troisième dose ou pour limiter les conséquences du dérèglement climatique et prendre le chemin d’une alimentation saine ? Quel est le plus urgent ? Cela se discute à vrai dire, ce choix de société concerne les générations futures.
     
    Une autre pandémie est possible. Dans cette autre pandémie, la levée des brevets des vaccins serait sérieusement discutée puisque vacciner un ou quelques pays isolément ne sert à rien à l’échelle mondiale. Dans cette autre pandémie, l’intérêt de la vaccination généralisée en France serait débattu : y a-t-il une obligation morale pour une personne en bonne santé de se vacciner dans ce contexte global défaillant ?

    Dans cette autre pandémie, on ne dénigrerait pas les personnes se questionnant sur d’éventuels effets secondaires à long terme. Car long terme, il n’y a pas encore eu. Donc on ne mépriserait pas les personnes qui s’interrogent, on ne culpabiliserait pas les hésitants. Dans cette autre pandémie, la désignation des boucs émissaires laisserait la place à la possibilité de débattre, de choisir notre avenir, et non de se voir imposer des décisions qui nous engagent sans que nous ayons le droit de penser.

    « Je soigne et soignerai toujours toute personne de la même manière. »

    Une autre pandémie est possible. Dans cette autre pandémie, il ne serait pas envisageable d’empêcher l’accès à l’hôpital public à des personnes selon un statut vaccinal ou un test nasal négatif, bientôt payant. En tant que médecin, je soigne et soignerai toujours de la même manière une personne croyant aux bienfaits du néolibéralisme et une autre croyant les vaccins dangereux. Car la médecine n’est pas juge.

    Dans cette autre pandémie, le Conseil de l’ordre des médecins et le Conseil constitutionnel censureraient le passe sanitaire à l’hôpital, mesure digne d’un État autoritaire ! Dans cette autre pandémie, les effets globaux des mesures serait considéré : oui, il est probable que le nombre de contaminés diminue et donc de morts à court terme, mais qu’en est-il des défauts et retards de soins, de l’augmentation des inégalités d’accès aux soins et de la fracture de la société ? Dans cette autre pandémie, la boussole des morts ne serait pas notre seul outil de navigation.
     
    Une autre pandémie est possible. Dans cette autre pandémie, les médias généralistes ne relaieraient pas juste le nombre de décès, les taux d’incidence, les territoires les plus touchés et des polémiques stériles. Au contraire, les journalistes enquêteraient sur le pourquoi et le comment l’État réduit drastiquement les investissements dans les biens communs (entre autres : santé, recherche, enseignement, justice, environnement) et altère les institutions, rendant ainsi la société vulnérable aux contaminations de tout ordre. Ils discuteraient de l’austérité promise — qui achèvera cette destruction — avant que des chroniqueurs ne bêlent en continu « Pas d’autre solution ! », malgré des inégalités toujours plus vertigineuses entre riches et pauvres. Dans cette autre pandémie, les mesures sanitaires ne s’accompagneraient pas de restrictions de liberté disproportionnées aux conséquences néfastes : la détresse psychique ayant accompagné les trois mesures citées en introduction justifierait à elle seule une remise en question de ces mêmes mesures.

    Restaurer les débats démocratiques

    Une autre pandémie est possible. Dans cette autre pandémie, à tous les niveaux, nous restaurerions des débats démocratiques : à la maison, au travail, dans la rue, dans les médias, dans nos cercles amicaux et nos institutions. Nous ouvririons le débat, c’est la base de la démocratie. C’est de notre responsabilité à chacun et chacune.

    Et dans cette autre pandémie, nous demanderions un changement urgent d’attitude à celles et ceux qui nous gouvernent, l’arrêt de la destruction du lien social sous couvert d’urgence sanitaire — un exemple en est la pérennisation du passe sanitaire, c’est-à-dire le bannissement social d’une partie de la population sur le long terme. Nous demanderions plutôt une considération des enjeux écologiques et sociaux. Cette autre pandémie commencerait par là. Il y a urgence, il en va de notre santé physique et psychique à tous et toutes !

  • Si un jour, l'envie me reprend

    Si un jour, l'envie me reprend d'écrire, je m'attellerai à reprendre les quatre tomes déjà écrits de "Jarwal le lutin".

    Je suis grand-père et il me plairait de voir un jour ce petit homme lire ces histoires que son papa écoutait quand nous allions en montagne.

     

     

    JARWAL LE LUTIN

    Tome 3

     

    Chapitre 1

    Jarwal et les enfants s’installèrent à l’abri de leur cercle de pierres. Le petit Lac vert devant leurs yeux comblés de douceurs, les montagnes rayonnantes de soleil, des nuages blancs étirés courant sur les plaines célestes, le silence de la Terre.

     Ils avaient œuvré ensemble à la construction de leur refuge, un assemblage de dalles et de roches qu’ils s’étaient acharnés à déplacer, à porter, à réunir, attentifs aux indications de Jarwal, maître d’ouvrage. Des rires et de la sueur, des efforts partagés, un lieu de vie à bâtir, un point de rencontre, un abri offert aux marcheurs, aux voyageurs inconnus, un cadeau pour les jours de vent.

    Ils s’étaient engagés dans la tâche sans aucune réticence. Ils avaient appris des Kogis le don de soi. Des escaliers dans la montagne, au cœur de la forêt luxuriante, un ouvrage à préserver, à entretenir, pour soi et tous ceux qu’on ne connaissait pas, des êtres humains qui béniraient les ouvriers disparus, un devoir de mémoire, des générations plus tard. Aucune prétention devant le travail achevé. Juste un bonheur à offrir, le ciment de l’amour.

    Jarwal, assis en tailleur, reprit le Livre et l’ouvrit délicatement. Il le posa sur ses cuisses et regarda les enfants.

    Des yeux brillants comme des étoiles, des sourires contenus, une attente délicieuse.

    L’absence de Gwendoline avait étouffé en lui ce bonheur de l’instant. Les enfants lui avaient permis de revenir à la vie. La douleur du passé n’était qu’une tristesse inventée. Il était responsable de son chagrin, de la source de ses émotions, comme un flot auquel il s’était abandonné.

    Il devait l’expliquer aux enfants, révéler ses faiblesses pour les valider et les comprendre.

    « Vous savez mes amis, j’étais triste tout à l’heure. Et je vous remercie de ce délai que vous m’avez accordé, j’en avais besoin, il fallait que je laisse s’éteindre cette douleur. La disparition de Gwendoline est une souffrance qui rejaillit parfois et les émotions débordent, comme si elles sortaient de leur lit. Je sais que ça ne sert à rien mais il n’est pas toujours simple de maîtriser ses émotions.

    -C’est la même chose pour moi, Jarwal, avoua Rémi. Parfois, je me mets en colère et après, quand je suis redevenu calme, je me dis que ça ne servait à rien.  

    -Si quelqu'un vous insulte, les enfants, si quelqu’un vous fait du mal, la colère que vous ressentez, elle n'est pas venue en vous depuis l'extérieur, ce ne sont pas les mots qui sont tombés en vous comme un chargement néfaste. Cette colère, c'est vous qui lui avez donné vie. C'est une incapacité à maîtriser ce qui se passe en vous. L'autre n'est pas responsable. Les émotions n'ont aucune existence si vous les ignorez. Si vous vous y abandonnez, c'est vous qui leur donnez vie. L'autre, d'ailleurs, est satisfait du mal que vous fabriquez en vous en imaginant qu'il en est l’auteur. Vous lui donnez la puissance dont il rêvait. Vous succombez à vous-mêmes. Et non à lui. Si par contre, vous décidez d'observer en vous ce qui survient, vous devenez le maître de vos émotions étant donné qu'au lieu de vous soumettre à leur puissance, vous vous placez au-dessus d'elles. C'est votre conscience qui analyse et qui vous apprend le contrôle. Cette conscience agit comme un Maître intérieur, il est là et il regarde, il s'amuse de cette agitation qui aimerait vous emporter et à laquelle vous ne succombez pas. La colère retombe comme un soufflé qui dégonfle. Votre agresseur s'en trouve d'ailleurs totalement ébahi, stupéfait, vous êtes là, vous le regardez avec un détachement qu'il ne comprend pas parce que ça n'est même pas lui que vous observez mais vous-même. Lui, il a disparu et ses paroles sont tombées dans un puits sans fond. Il n'y a plus de colère parce que votre observation intérieure a pris le pas sur cette émotion insignifiante et inutile. C’est vous que vous observez et pas lui. Et cette agression verbale devient un cadeau inestimable. Vous êtes le Maître intérieur. Mais ça n’est jamais aisé, même avec des centaines d’années d’expérience.

    -Je ne vais quand même pas remercier celui qui m’a mis en colère ? contesta Rémi.

    -Et pourquoi pas ? rétorqua Jarwal. Étant donné qu’il te permet de mieux te connaître, tu peux lui en être reconnaissant.

    -Ça risque d’être difficile quand même.

    -Et je le comprends bien, Rémi. Moi-même, j’ai du mal à supporter la disparition de Gwendoline. Je continue à apprendre. Qu'en est-il maintenant si l'émotion propagée est de la joie ? Est-ce que je dois l'accueillir et la laisser m'emporter ou est-ce que je dois également l'observer ? Il convient pour ma part de la laisser s'étendre en sachant que l'autre n'en est pas responsable et que vous ne pourrez pas lui reprocher de l’abandonner. C'est vous qui avez laissé s'étendre cette joie. Pas l'autre. Un ami qui ne vous offre plus cette joie n'est pas responsable de votre déception. C'est encore vous. C'est votre façon de commenter la vie à travers vos émotions. Ça n'est pas la vie réelle mais ce que vous en faites, une image de la vie peinte par vos émotions. Vous pouvez en profiter tout en restant conscient qu'il ne s'agit que d'une illusion, un jeu éphémère, un moment de bonheur que vous vous accordez mais que l'autre n'a pas à entretenir sinon vous le prenez en otage de votre bonheur alors qu'il n'y est pour rien. La personne dont je dois me méfier, c'est celle qui me fait croire que le bonheur est durable, qui voudrait que cette joie ne disparaisse jamais. Et cette personne, c'est moi-même. Les autres ne sont pas responsables. C'est ce qu'on apprend de plus beau quand on aime.   

    -Et quand tu as dit tout à l’heure que tu voulais arrêter un peu de lire, j’étais déçu, avoua Rémi.

    -Et moi aussi, ajouta Léo.

    -Mais c’est nous qui avons créé cette déception, commenta Marine. Ce qui était important en fait, c’était que nous comprenions que tu avais besoin d’une pause.

    -Et vous l’avez fait, mes chers amis.

    -Et toi alors Jarwal ? Cette tristesse pour Gwendoline. Comment fais-tu ? demanda Marine, un peu gênée de cette intrusion dans la vie du lutin.

    -Et bien, parfois, je n’y arrive plus, vous avez pu en juger, cette tristesse me submerge, elle m’emporte. Je ne suis pas infaillible. Alors, j’essaie d’observer cette émotion sans chercher à l’étouffer. Je sais aujourd’hui, avec ma longue expérience, que la joie de vivre reprendra le dessus. Ma tristesse ne changera rien à la situation, elle ne ferait que cacher la réalité de l’instant.

    -Et donc, quand je suis impatient que tu lises ton histoire, je m’empêche de profiter de l’instant présent, c’est ça ?

    -Oui, exactement, Rémi. La construction de notre abri aurait pu être gâchée pour toi si tu étais resté attaché à cette pensée de ce qui allait advenir. Et ça n’aurait pas fait arriver plus vite cette lecture. En plus, à chaque minute, tu aurais trouvé que l’abri ne montait pas assez vite, tu te serais peut-être mis en colère, tu aurais reproché à Léo de ne pas travailler assez ou tu aurais travaillé n’importe comment, tu aurais bâclé la tâche.

    -Il faut donc observer les émotions et comprendre qu’elles nous appartiennent ?

    -Oui, c’est ça, Marine. Je ne dis pas qu’il faut les rejeter, ça serait absurde, comme si nous voulions nous défaire d’une partie de nous-mêmes. Il faut comprendre qu’elles viennent de nous et que nous en sommes donc responsables. Ne t’invente pas des armées d’ennemis pour excuser tes propres faiblesses. C’est une devise que je me répète parfois.

    -Et bien, moi, l’émotion que je vois, c’est l’envie de connaître la suite de l’histoire et là, c’est tout de suite ! lança Léo.

    -Ah, ah, cher Léo, on y vient, on y vient. »


     

    Les garçons s’allongèrent, Marine s’assit en tailleur. Jarwal tourna les pages, lentement, avec précaution. Il lissa le papier, une caresse délicate, il fixa les mots, silencieux, comme s’il devait rétablir un contact, accorder son esprit à ce qui allait suivre.

    Il respira profondément et commença la lecture.

  • Taxations des GAFA

    Je n'ai même pas envie de commenter tellement c'est révoltant. Lire l'article émanant du groupe OXFAM pour réaliser l'ampleur de ce détournement. 

     

     

     

    Pourquoi l'accord sur les taxations des multinationales, signé par 136 pays, essuie-t-il déjà des critiques ?

     

    Les multinationales comme Google, Amazon et Facebook seront bien soumises à un impôt mondial d’au moins 15% sur leurs profits. Mais selon l'ONG Oxfam, cela reste insuffisant.

    Article rédigé par

    franceinfo

    France Télévisions

    Publié le 09/10/2021 17:43Mis à jour le 09/10/2021 17:45

     Temps de lecture : 4 min.

    Les applications des multinationales Google, Amazon et Facebook sur un téléphone, le 28 juillet 2019. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS  / AFP)

    Les applications des multinationales Google, Amazon et Facebook sur un téléphone, le 28 juillet 2019. (DAVID HIMBERT / HANS LUCAS / AFP)

    Une avancée majeure ou un texte trop timoré ? L'accord sur la taxation des multinationales signé par 136 pays, vendredi 8 octobre, permet la mise en place d'un impôt de 15% sur les profits de ces sociétés. Un aboutissement après près de "quatre années de négociations intenses", a insisté Bruno Le Maire. Parmi les signataires figurent les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et les Etats de l'Union européenne.

    Mais cet accord historique est déjà l'objet de plusieurs critiques. Franceinfo vous explique pourquoi. 

    Parce que c'est "un accord au rabais", selon Oxfam

    L'une des critiques portées par les ONG, dont Oxfam, à l'égard de cette taxe est que son taux est bien en deçà de celui recommandé par le Groupe de haut niveau sur la responsabilité, la transparence et l’intégrité financières internationales (FACTI Panel). Cette assemblée d'experts, composée d’anciens chefs d’Etat et de gouvernement, de gouverneurs de Banques centrales, de chefs d’entreprises, de figures de la société civile et de chercheurs, appelait à un taux compris "entre 20 et 30%", comme le rapporte l'ONG Oxfam dans un communiqué. De la même façon, la Commission d’experts de l’ICRICT, qui vise à lutter contre les inégalités sociales, composée notamment du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et de Thomas Piketty, préconisait un taux de 25%.

    Finalement, l'accord présenté samedi 8 octobre a tranché pour un taux de "15%" au lieu d'un taux "d’au moins 15%". "Sous la pression des paradis fiscaux comme l’Irlande, l’OCDE accouche d’un accord au rabais pour les pays comme la France", estime Quentin Parrinello, porte-parole d'Oxfam France, contacté par franceinfo. Une concession clé dont le ministre des Finances irlandais, Paschal Donohoe, s'est vanté dans un communiqué (en anglais), en soulignant que cette nuance permet à Dublin de se protéger de la menace d'augmentations futures de ce seuil minimum.

    L'Irlande offrait jusqu'ici aux entreprises présentes sur son territoire, parmi lesquelles se trouvent de nombreuses multinationales dont Google ou Apple, un taux de taxation de 12,5%, soit l'un des plus faibles de l'Union européenne.

    Pour Quentin Parrinello, le taux d'imposition de l'Irlande, qui passera donc de 12,5 à 15%, se fait "en échange de fortes contreparties et de beaucoup d'exonérations, notamment au cours des dix prochaines années. C'est ce qui permettra aux multinationales de baisser leur taux d'imposition en deçà de 15%, explique-t-il. Nous avons absolument voulu avoir l'Irlande [dans cet accord], mais nous avons fait baisser le niveau général."

    Parce que les pays en développement sont lésés

    Selon les estimations de l'OCDE, les 136 pays signataires de l'accord, qui représentent 90% du PIB mondial, vont pouvoir dégager environ 150 milliards d'euros de recettes supplémentaires grâce à cet impôt minimum. Un montant colossal. Mais les pays en développement ne vont pas beaucoup en profiter, assure Oxfam.

    En effet, d'après l'accord, une entreprise doit réaliser au moins un million d'euros de chiffre d'affaires dans un Etat pour que ce dernier puisse bénéficier de la mesure, ou 250 000 euros si le PIB de l'Etat est inférieur à 40 milliards d'euros. Or la majorité des recettes des multinationales sont enregistrées dans les pays du Nord.

    "Les Etats-Unis et l'Europe vont essentiellement en bénéficier", affirme à l'AFP Daniel Bunn, responsable des projets internationaux à la Tax Foundation, à Washington (Etats-Unis). Car les multinationales "y abritent leurs sièges sociaux et la plupart de leurs clients". D'après Oxfam, les pays les plus pauvres récupéreront moins de 3% des recettes fiscales supplémentaires. L'ONG a dénoncé "un simulacre" et une "capitulation" vis-à-vis des pays aux taux d'imposition les plus faibles.

    Oxfam assure que "les pays en développement sont plus dépendants des recettes fiscales issues des multinationales". En 2018, 19% des recettes fiscales des pays africains étaient issues de la taxation des entreprises, contre seulement 10% pour les pays de l’OCDE.

    Parce que cette réforme doit encore être approuvée par l'administration américaine

    Bien que les multinationales concernées aient approuvé l'annonce de cet accord, celui-ci doit encore être validé par l'administration américaine. Une étape importante dans le processus, car à la fin juin, les Etats-Unis ont demandé à plusieurs pays européens de retarder le projet de taxe sur les géants du numérique dans le cadre d’une démarche diplomatique discrète. "Il n’y a rien de dirigé contre les Américains et je souhaite que nous puissions lever les inquiétudes américaines là-dessus", avait assuré Bruno Le Maire en juin.

    La secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a déclaré que le plancher fixé par l'impôt minimum mondial était une victoire pour les États-Unis et pour la capacité du pays à lever des fonds auprès des entreprises. "Les Américains trouveront dans l'économie mondiale un endroit beaucoup plus facile pour trouver un emploi, gagner leur vie ou faire évoluer une entreprise", s'est félicitée Janet Yellen.

    Elle a exhorté le Congrès à adopter rapidement les propositions fiscales internationales. Comme le rapporte le Wall Street Journal (article en anglais), de nombreux analystes assurent que cela nécessiterait un traité, qui devra obtenir le vote favorable de deux tiers des élus au Sénat, ce qui nécessiterait au gouvernement Biden d'obtenir le soutien d'une partie des élus républicains. Ce qui pourrait prendre du temps.

     

    https://www.oxfamfrance.org/inegalites-et-justice-fiscale/taxe-francaise-sur-les-gafa-bonne-nouvelle-ou-ecran-de-fumee-decryptage/

    Taxe française sur les GAFA : bonne nouvelle ou écran de fumée ?

     

    POSTED ON5 FÉVRIER 2021

    5 MINUTES DE LECTURE

    Après 2 ans de tergiversations pour tenter d’empêcher des sanctions économiques américaines, la France devrait collecter pour la première fois fin 2020 une taxe sur le chiffre d’affaires des GAFA – Google, Amazon, Facebook, Apple. Ces géants numériques qui réalisent des profits gigantesques, même en pleine pandémie, échappent pourtant largement à l’impôt en France.

    S’assurer que les GAFA jouent selon les mêmes règles du jeu fiscal que les autres entreprises est légitime, mais la taxe GAFA française risque de passer à côté de l’objectif. Décryptage.

    Pourquoi taxer les GAFA ?

    Alors que les GAFA profitent aujourd’hui de la crise pour réaliser des profits exceptionnels, une large partie de ces bénéfices échappent aujourd’hui à l’impôt français.

    Les géants du numérique font partie de cette poignée de grandes entreprises mondiales qui réalisent des bénéfices record pendant cette pandémie du Covid-19 alors que l’ensemble de l’économie est à terre. Oxfam a révélé dans son rapport « Les profits de la crise » que Jeff Bezos pourrait, avec les bénéfices qu’il a réalisés pendant la crise, verser une prime 105 000 dollars aux 876 000 personnes employées par Amazon dans le monde, y compris les quelques 10.000 salariés en France, tout en restant aussi riche qu’il l’était avant la pandémie de coronavirus.

    Les GAFA sont aussi les champions de l’évasion fiscale. Les faits sont là : les chiffres d’affaires des GAFA en France sont souvent largement supérieurs à ceux effectivement déclarés.

    Si Google déclarait payer en 2017 en France 14 millions d’euros d’impôt pour un chiffre d’affaires de 325 millions d’euros, ce chiffre est, selon le Syndicat des Régies Internet, largement sous-estimé, au vu du quasi-monopole de la marque : Google domine près de 90% du marché de la publicité des moteurs de recherche qui pèse près de 2 milliards de dollars.

    C’est également le cas pour Amazon. Les activités de ventes en propre de la marque 2,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017 pour 40 millions d’euros d’impôts payés. Selon le cabinet d’étude Kantar, le chiffre d’affaire réel de l’entreprise en France atteindrait 6,6 milliards d’euros en 2018.

    La taxe sur les GAFA proposée rapportera des recettes insuffisantes

    Cette mesure consiste à taxer temporairement le chiffre d’affaires de certaines activités numériques des GAFA à hauteur de 3%, dès le mois de décembre 2020 :

    Une imposition provisoire de 3% sur les revenus tirés de trois principaux types de services, lorsque la valeur principale est créée par la participation des utilisateurs... Placement en ligne d'annonces publicitaires. Vente de données utilisateurs collectées. Plateformes numériques qui facilitent les interactions entre les utilisateurs. Et fournies par des entreprises dont le chiffre d'affaires annuel total à l'échelle mondiale est supérieur à 750M€, le chiffre d'annuel total à l'échelle de l'UE est supérieur à 50M€.

    En 2018, le gouvernement estimait pouvoir collecter plus de 500 millions d’euros d’impôts grâce à cette taxe. En 2019, ce chiffre est ramené à 350 millions d’euros. Une somme bien dérisoire à côté de ce que vont coûter les mesures de pouvoir d’achat annoncées par le Président de la République en avril 2019, environ 11 milliards d’euros.

    Au-delà du coût, l’impact de la taxe GAFA pourrait être nul faute de ciblage correct permettant de taxer l’ensemble des activités en ligne des géants du numérique échappant aujourd’hui à l’impôt. Amazon et Apple ont ainsi déjà annoncé qu’ils répercuteraient une partie de la taxe sur les commerçants utilisant leurs plateformes.

    GAFA : Chronologie d’une taxe contestée

    2018 :
    La Commission européenne propose une taxe européenne sur le chiffre d’affaire des GAFA. Cette mesure, soutenue par la France, rencontre l’hostilité de plusieurs pays européens dont l’Allemagne et l’Irlande. Face au manque de consensus, la discussion est délocalisée au niveau international, où plus de 130 pays sont convoqués pour discuter d’une réforme de la fiscalité des multinationales et en particulier des géants du numérique, sous l’égide de l’OCDE. La France annonce son intention de mettre en place unilatéralement une taxation temporaire des GAFA en attendant la solution internationale.

    2019 :
    Sous la pression des Etats-Unis menaçant de rétorsions commerciales, la France suspend la mise en œuvre de la taxe GAFA nationale afin de donner une chance aux négociations internationales.

    2020 :
    Face à l’échec des négociations internationales, la France annonce qu’elle remet en place une taxation unilatérale des GAFA à partir de décembre 2020 dans un contexte de fronde face aux géants du numériques qui surfent sur la crise pour réaliser des bénéfices exceptionnels.

    La France peut et doit aller plus loin

    Taxer les GAFA, c’est s’attaquer à la face la plus visible de l’évasion fiscale car au-delà des géants du numérique, l’évasion fiscale est un fléau qui touche l’ensemble des secteurs d’activités. Aujourd’hui, les multinationales de tous les secteurs délocalisent en moyenne 40% de leurs bénéfices étrangers dans les paradis fiscaux. Si elles en sont capables, c’est parce que les règles fiscales internationales ne sont plus adaptées à l’économie du XXIe siècle. Pour y mettre un terme, il faut revoir en profondeur la façon dont les multinationales sont taxées.

    Alors que faire ? En adoptant unilatéralement une taxe GAFA, la France rejoint l’Italie, le Royaume-Uni, l’Espagne et bientôt l’Autriche et met ses autres partenaires européens devant leurs responsabilités.

    Mais pour être réellement efficace et éviter que le coût de la taxe soit transféré sur ses utilisateurs, la France devrait élargir le périmètre de la taxe GAFA aux activités en lignes comme la vente, ou le streaming.

    Et cette taxe ne résoudra pas le problème de fond. Elle a été créée comme une solution temporaire en attendant trouver une solution de long terme pour adapter notre système fiscal à l’économie du 21ème siècle. C’est tout le système fiscal mondial qu’il faut réformer en profondeur.

    La crise du COVID -19 rappelle l’urgence d’agir

    Alors que les négociations internationales sur la réforme de la taxation des multinationales menées sous l’égide de l’OCDE sont au point mort, la France doit défendre une position ambitieuse et claire, pour :

    Permettre de taxer les multinationales là où elles ont une activité économique réelle.

    Mettre en place un taux minimum d’impôts payés par les grandes entreprises.

    A l’heure où notre pays fait face à une crise sanitaire sans précédent, affaibli par des coupes budgétaires dans la santé depuis plusieurs années, il n’est pas acceptable de voir s’évaporer de telles sommes d’argent. Quand les multinationales ne paient pas leur juste part d’impôts, ce sont les citoyens qui en paient le prix, et en particulier les femmes et les filles qui sont les plus impactées par la réduction des services publics.