- Accueil
- Blog
Blog
L'enseignement en ligne : BAAC TO SCHOOL
Par
Thierry LEDRU
Le 18/11/2021
Un site pour tous les parents, ceux qui pratiquent l'école à domicile ou les autres.
Une aide en ligne.
Je connais un des fondateurs. Une personne de très grande valeur.

BAAC to SCHOOL (cliquer pour accéder au site)
e-Learning


BAAC to School
BAAC to School est une école conçue sur plus de deux années et finalement créée courant 2021.
Suite à la crise du Covid et au constat du nombre grandissant d'élèves en phobie scolaire, il nous est apparu primordial et d'actualité de fonder BAAC to School, une école en visioconférence, proche de ses élèves et de leurs parents.

BAAC to School
Outre les jeux de mots Bac to school et Back to school, ne cherchez plus la signification de BAAC to school !
Elle vient de BAccalauréat ACadémie, notre but avoué étant de former de futurs bacheliers....
Je suis Jenna et j'ai concrétisé avec mon collègue et ami Bernard l'ensemble du projet.Je
Anciens prestataires pour de prestigieux établissements en e-learning - notamment auprès d'élèves en phobie scolaire ou en IEF - et enseignants des mathématiques et physique-chimie en collèges, lycées et universités, nous avons joint nos compétences au service de l'éducation des enfants et adolescents non scolarisés - pour des raisons qui leur sont propres et qui réclament le respect -, dans le cadre du projet de loi 2022.
La passion de notre métier, nous souhaitons la partager avec eux, notamment en nous entourant de professeurs qualifiés, de qualité et différents. Nous avons souhaité de ces enseignants que l'on n'oublie pas, tant ils nous ont apporté confiance en nous tout en valorisant leur discipline et en nous donnant le goût d'apprendre.
Nous ferons tout notre possible pour que chaque élève se sente au mieux parmi ses collègues et qu'il envisage, dès son entrée chez nous, l'enseignement chez BAAC to School comme une chance et un privilège.
Notre engagement
Te porter plus haut (n'est-ce pas la signification d'élever ?)
Te faire aimer le goût du savoir
T'amener au niveau escompté
Te permettre d'atteindre tes objectifs


Les contacts
BAAC to School
Trouve ci-dessous la liste de nos différents intervenants.
Jenna
Directrice
Pédagogique
Bernard
Directeur
Technique
Rachel
Professeur référent
Physique-Chimie-SVT
Collège
M
M
M
Professeur référent
Français
Collège
Professeur référent
Français & Philosophie
Lycée
Professeur référent Mathématiques
Collège
M
M
M
Professeur référent
Sciences de la Vie
et de la Terre - SNT
Lycée
Professeur référent Anglais
Collège & Lycée
Professeur référent
Espagnol
Collège & Lycée
M
Professeur référent
Physique-Chimie-ES
Lycée
M
Professeur référent Mathématiques
Lycée
M
Professeur référent
Histoire & Géographie
Collège & Lycée

NAVIGATION RAPIDE
RÉSEAUX SOCIAUX
Facebook
Youtube
COORDONNÉES
BAAC to SCHOOL
Académie de Montpellier
Tél. :
Par
Thierry LEDRU
Le 13/11/2021
Personnellement, je trouve magnifique les musiques de ce compositeur.
J'ai écouté ça pendant des jours dernièrement, soit en travaillant dans le jardin, en construisant un mur de pierres sèches, en rangeant du bois, en aménageant une pièce dans la grange, en marchant hier dans les forêts immenses du plateau des Millevaches.
Je ne m'en lasse pas et à chaque écoute, je découvre de nouvelles notes, un instrument que je n'avais pas perçu, une mélodie lointaine en arrière-plan, je perçois mieux l'architecture et du coup, je suis plus à même de visiter toutes les pièces du domaine.
"L'apocalypse de Roger" Philippe Renaissance
Par
Thierry LEDRU
Le 13/11/2021
Catégorie : Roman
Date de publication : Septembre 2021
Éditeur : Atramenta
ISBN : 978-952-340-918-7
Format : 148x210mm, 382 pages
Pages : Noir et blanc sur papier crème 83g
Reliure : Couverture souple, finition brillante
(4 avis)
17,00 €
Disponible : Expédié sous 3 à 8 jours ouvrés
Quantité : 123456789101112131415161718192021222324252627282930
AJOUTER AU PANIER

Présentation
L’Histoire qui se répète. Un pouvoir sans scrupule. Une Grande-Europe au bord du gouffre. Un héros qui s’ignore. Un code source qui peut tout changer.
La vie serait-elle comme un ruban de Möbius nous condamnant à revivre les mêmes expériences ? En 2133, Müssler est nommé chancelier de la Grande-Europe. L’amour du pouvoir, l’appât du gain, l’anti-progrès social et la barbarie ordinaire deviennent les quatre piliers de la nouvelle politique. Estampillé Déviant, comme des millions de personnes, Roger Vécisse est emporté par une tornade qui balaie tout sur son passage. Jusqu’à la moindre trace d’humanité, la plus infime parcelle d’intimité, de mémoire. Son destin semble tout tracé.
À moins de briser le ruban…
Je voulais écrire un commentaire après ma lecture. Je n'en écris pas souvent. Mais, là, c'était indispensable.
« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre ». Winston Churchill
Cette citation a été mise par l'auteur en exergue de son ouvrage.
Le phénomène est effectivement connu mais la problématique s'intensifie si on se projette au siècle prochain. Qu'en sera-t-il de cette répétition au regard de « l'évolution » humaine ? Si tant est qu'on puisse parler d'évolution.
La question suivante est tout aussi inquiétante : Philippe Renaissance est-il un auteur de talent ou bien davantage un visionnaire inquiétant ? Il serait préférable que la première option se suffise à elle-même puisque c’est déjà le cas. Pour ce qui est de l’aspect visionnaire, il serait hautement préférable qu’il s’agisse d’une pure imagination de romancier. Imagination oh combien impressionnante.
Car à travers cette dystopie, il est clair et radical que nous ne devons absolument pas oublier notre passé, le passé de la grande Histoire, c'est à dire celle où se sont déroulées les pires atrocités.
Plongé dans cette lecture, j'ai vu passer « Metropolis », « Sleeper », « Blade runner », « Bienvenue à Gattaca », « Divergente »... Et d'autres. Ceux sur la Shoah, bien évidemment. Car l'Histoire se répète. Ici, les exclus, les pourchassés, sont appelés les « Transgresseurs » et ils doivent être isolés pour être« guéris » et ne pas contaminer les « BonneSantés ».
Le Ministère de la Santé florissante, le Ministère de l'environnement maîtrisé, le Ministère du Parler vrai, le Ministère des Finances transparentes, les Jeunesses chimériennes...
Nous sommes dans un nouvel ordre mondial et la surveillance des individus est constante :
« Tout ce que vous direz ou rêverez pourra être retenu contre vous ».
Le CPR, coefficient personnel de rendement est un élément déterminant :
« Je note une baisse du taux d'engagement ainsi que du taux de réactivité. Cela impacte votre accomplissement. En clair, vous n'atteignez pas vos objectifs. »
Dans toute bonne dystopie futuriste, le présent est roi puisqu'il s'agit d'extraire le lecteur de son existence pour le plonger dans ce qui l'attend s'il ne prend pas garde à son présent.
Ce roman est un aller-retour constant entre maintenant et plus tard :
« Triste mascarade que ces dictatures qui, afin de légitimer leurs forfaits, agissent sous le couvert de la légalité. »
« Au laboratoire de sondage, le scanophaseur avait implanté une colonie de nanorobots dans ses omoplates. Le système après avoir analysé sa généalogie, ses traits de caractère, ses performances au travail, ses angoisses, ses rêves, traçait en temps réel le moindre de ses faits et gestes. »
Big Brother a atteint une dimension inconcevable pour l’instant. Pour l’instant… Et c’est bien là tout le problème. Philippe Renaissance nous met en garde. L’Intelligence Artificielle est-elle au service de l’humanité ou de ceux qui la conçoivent et de ceux qui la financent ? Son usage est-il assujetti à une éthique incontournable et universelle ?
Chaque chapitre de ce livre, chaque événement, chaque prolongement induit des réflexions qu’on ne peut s’épargner. Qu’on ne doit pas s’épargner. Il en est du maintien de notre liberté.
Qu’une maladie soit dans cet ouvrage l’élément déclencheur, le prétexte idéal pour les gouvernants pour déclencher des rafles, n’est-ce pas une possible dérive aux prochaines pandémies ? Doit-on balayer cette idée d’un geste méprisant ? Mais qui donc avait imaginé les camps de concentration ? Combien de temps a-t-il fallu pour que la réalité éclate ? Ne jamais oublier son passé. Ne jamais oublier que l’humain a une propension effroyable à toujours aller plus loin.
La technologie amplifie les projections. Dans un sens comme dans l’autre. Il peut donc s’agir de progrès, tout comme il peut s’agir des pires abominations. Qui donc, aujourd’hui, là maintenant, immédiatement, a la capacité de dire ce que sera ce monde dans cent ans ?
Les concepteurs de l’IA, peut-être, puisqu’ils agissent à créer ce futur et que nous n’en avons aucunement conscience.
Ce roman est une plongée dans les abysses de notre futur. Et le lire, c’est déjà réaliser ce que nous devons empêcher d’advenir. On pourrait se dire que c’est trop douloureux, on pourrait s’excuser de ne pas avoir la tête à ça, que l’existence est déjà assez ardue pour ne pas en plus s’alourdir de projections aussi sombres.
Mais alors, lorsque la réalité sera là, il ne faudra pas se plaindre.
C’est en cela que je vois dans ce roman un parallèle saisissant avec l’état de la planète. Nous n’avons pas écouté les alertes des scientifiques. Nous avons continué dans une voie destructrice, insouciant, ignorants volontaires.
Allons-nous reproduire le même schéma au regard de nos libertés ? Sommes-nous donc condamnés à systématiquement nous réveiller trop tard ?
La lecture de ce roman est une nécessité. Aussi effroyable qu’en soit la teneur, il n’en reste pas moins que l’écriture emporte, que la puissance évocatrice nourrit le désir de tourner les pages. Les pages de notre avenir ? Telle est la question.
Krishnamurti : entretien en Français
Par
Thierry LEDRU
Le 12/11/2021
Un document incontournable. Le plaisir immense d'écouter cet homme.
"Tres rare! Il faut abandonner les croyances, la peur, la vanité ... Il explique comment aller vers Dieu, en dehors des images, du conditionnement. Il n'aime pas employer le mot Dieu. La méditation est un chemin, ce n'est pas une technique. Il énumère les différents dangers pour l'homme.
En première partie les thèmes sont: l'anecdote de l'homme et du diable. Il n'y a pas de liberté quand on est conditionné par la religion. La culture aussi conditionne et divise les hommes. C'est la division qui crée la difficulté, le conflit.
Pour lui, la bonne conduite, c'est l'amour, faire attention aux arbres, à autrui ..., être conscient de tout pour créer une unité, une harmonie avec le monde, pour faire quelque chose de vrai.
Il démontre son idée en prenant comme exemple, les juifs et les arabes. Dans la deuxième partie, Krishnamurti parle de la nature, du sommeil, de la souffrance, de sa conception de la révolution intérieure, de l'art, la notion du temps, du silence, de la mort (André Voisin "Les conteurs", 1972)
Par
Thierry LEDRU
Le 11/11/2021
En fouillant dans le blog, je me suis aperçu qu'il y avait pas mal d'articles avec Jarwal.
Je fais donc un seizième regroupement dans la rubrique des thèmes.
En voici les liens. Ils ne sont pas dans l'ordre de leur parution. Et il doit même en manquer car parfois, je n'indiquais pas dans le titre qu'il s'agissait d'un extrait d'un récit de Jarwal. Je vais lancer des recherches et je les ajouterai :)

Jarwal le lutin (tome 1, chapitre 1).
Jarwal le lutin (tome 2, chapitre 1)
Jarwal le lutin (tome 3, chapitre 1)
Jarwal le lutin : Au-delà des formes
Jarwal le lutin : l'illusion de la matière
Jarwal le lutin : une étrange rencontre
Jarwal le lutin : la conscience de la vie
Jarwal le lutin : l'instant présent
Jarwal le lutin : le détachement de soi
Jarwal le lutin : Quelques traces encore.
Jarwal le lutin et Krishnamurti
Jarwal : "Laisse passer dix mille,ans..."
Jarwal : L'irréalité des formes.
Jarwal le lutin : l'émotion-choc
Jarwal et les Kogis : les Conquistadors
JARWAL LE LUTIN : Commentaire (1)
JARWAL LE LUTIN : Commentaire (2)
Jarwal le lutin ( tome 4, chapitre 1)
JARWAL LE LUTIN (4) : Au-delà du réel
JARWAL LE LUTIN (4) : Canal de lumière
JARWAL LE LUTIN (4) : L'arbre de vie.
Jarwal le Lutin : de la réalité au Réel
Jarwal : de l'origine à la publication
Jarwal le Lutin : de la réalité au Réel
Par
Thierry LEDRU
Le 10/11/2021

JARWAL LE LUTIN
TOME 3
Chapitre 9
Jarwal s’arrêta de lire, laissa le silence s’étendre puis il referma délicatement le Livre et leva les yeux.
Les trois enfants le regardaient, fascinés, les visages tendus comme des bourgeons prêts à éclore, enivrés de sèves nourricières, toutes les idées qui ruisselaient, les images qui coulaient en torrents bondissants, des flots inépuisables de révélations à poursuivre.
Jarwal sortit de sa musette une pierre étrangement percée en son centre. Elle était lisse et blanche, un morceau de calcaire sculpté par des siècles d’eau.
« Vous voyez les enfants, ce trou peut être décrit par rapport à la couleur de la roche, sa forme, sa dimension, l’usure, la régularité du contour mais il ne s'agit réellement jamais du trou lui-même, c'est à dire du vide qui le constitue, de la qualité de l'air qui s'y trouve, en fait de tout ce qui se trouve dans l'espace même de ce trou et non de ce qui l'entoure. Les qualités du trou sont trop abstraites pour être clairement définies et surtout nous avons pris l'habitude de porter notre attention vers l'environnement plutôt que vers le sujet lui-même. Il en est de même avec notre moi. La construction de notre identité personnelle s’établit lentement à travers toutes les expériences vécues dans cet environnement. Et nous finissons par penser que cet individu est réel alors que ce sont les évènements qu’il a traversés qui le sont. Mais la réalité de l’individu ne se trouve pas dans ces évènements tout comme la réalité de ce trou n’existe pas en fonction de la roche. Les deux sont pourtant indissociables car s’il n’y avait pas la roche, il n’y aurait pas non plus de trou. Ce qui ne veut pas dire que le trou n’existe essentiellement que par rapport à la roche.
-Ouhlala, Jarwal, je suis perdu, annonça Léo.
-Moi aussi, ajouta Rémi.
-Tu veux dire, Jarwal, que lorsque tu as perdu la mémoire, tu avais perdu une partie de ton environnement, une partie de ce qui t’avait servi à fabriquer l’image que tu avais de toi-même. Et que tu as eu peur du vide alors qu’il était le plus important.
-Exactement Marine, ce vide me désespérait et je pleurais l’histoire de moi-même que j’avais perdue. En pensant qu’elle était plus essentielle que ce vide qui m’angoissait.
-Parce que tu ne regardais pas le vide comme il faut ?
-Et comment doit-on le regarder alors, chère enfant ?
-C’est lui le point de départ. La matière s’est condensée à partir du vide. L’espace du vide est le lieu d’existence de la matière.»
Jarwal regarda intensément Marine.
«Un grand bonheur que tu me fais Marine.
-Tu veux dire Jarwal que quand tu as perdu la mémoire, c’était une chance parce que tu retrouvais le vide à l’intérieur duquel la Vie s’est condensée.
-Parfaitement Rémi, tu vois bien que tu comprends bien plus que ce que tu penses. Arrête de penser simplement et écoute avec ton âme. Elle en sait bien plus que ton mental.
-Et donc, moi, quand je suis en haut d’un arbre et que je regarde au loin et que je sens que c’est tout vide dans ma tête et même que parfois ça me rend triste, c’est parce que mon âme se souvient de ce vide ?
-Oui, Léo, c’est ça la nostalgie. Le souvenir de ce dont on ne se souvient plus mais qui reste pourtant au fond de nous. Dans ce coin secret qui ne se dévoile que quand il n’y a plus rien qui nous occupe. Et qu’on est enfin en paix.
-Et c’est pour ça qu’on aime venir s’asseoir en montagne après avoir couru pendant des heures ?
-Oui, Rémi, certainement. Et c’est ce qui manque le plus aux enfants de ce monde moderne. Le vide en Soi, au cœur des immensités de la Nature. Les villes modernes sont à mes yeux des pièges qui condensent les pensées des hommes autour de la possession matérielle, jusqu’à en oublier le vide originel alors qu’il contient la paix des âmes et que les possessions matérielles attisent les conflits.
-Les Kogis ne pourraient pas survivre dans nos villes aujourd’hui.
-Certainement pas, Rémi et les hommes de ces villes ne pourraient pas vivre chez les Kogis.
-L’agitation de ce monde moderne n’est donc que la volonté d’étouffer l’angoisse du vide alors qu’il est à la base de tout ? C’est effrayant.
-Effectivement Marine, c’est effrayant. Les hommes se sont fourvoyés dans une impasse et ils poussent sur le mur de toutes leurs forces en s’interdisant de penser qu’ils s’épuisent.
-Mais pourquoi ?
-Par imitation Léo. Parce qu’ils dorment tous ensemble et veulent continuer à croire en leurs rêves. Même si ces rêves ne sont que des cauchemars au regard de la Vie.
-J’ai peur parfois de ce que tu nous racontes Jarwal, avoua Marine. Peur de ce monde que tu nous décris, parce que tu en as une expérience immense et que rien dans tes récits ne témoigne du moindre progrès. Tous les mouvements de masse dont tu nous parles sont néfastes. Il ne reste que des peuples retranchés dans les montagnes. Et nous, qu’est-ce qu’on va devenir ? Comment on va faire pour vivre là-dedans ? »
Les regards tendus des trois enfants.
« Cette réalité n’est pas inéluctable les enfants. Les humains portent aussi en eux un potentiel d’amour dont ils n’ont pas idée. Il est vrai que les zones d’ombres sont gigantesques et qu’elles ont un pouvoir démesuré, celui de cacher la lumière. Je pense même que les dirigeants de ce monde moderne usent de ces désastres continus pour propager la peur dans l’esprit des hommes parce que la peur permet de manipuler les masses. Quand on a peur et qu’on se laisse entraîner par elle, on perd sa lucidité et un homme qui n’a plus de lucidité ou de conscience est un homme qu’il est aisé de diriger. Homme libre, toujours tu chériras la Conscience, aurait pu écrire Baudelaire.
-Ah oui, je connais ça, je l’ai appris à l’école, lança Rémi. Mais c’était pour la mer !
-Oui, Rémi, c’est un très beau poème. J’aime beaucoup la poésie. Pour reprendre ta remarque Marine, je pense que la connaissance de l’Histoire de l’Humanité est indispensable pour parvenir à établir une voie différente. Il est indiscutable que cette Histoire est désespérante à bien des égards mais faites l’effort de vous concentrer aussi sur les aspects positifs de mes histoires, sur tout ce que mes voyages contiennent, pas uniquement les éléments destructeurs mais également les attitudes respectueuses de la Vie. Elles existent et il ne faut pas les négliger.
-Pourquoi est-ce que l’Humanité n’est pas tournée vers ces exemples bénéfiques ? Pourquoi est-ce que les hommes restent fascinés par les destructions ? Pourquoi la Vie a-t-elle placé dans le cœur des hommes des désirs de puissance et de pouvoir ? Pourquoi est-ce que depuis le début de l’Humanité, les hommes ne sont pas devenus des êtres humains ? »
Un sourire ému dans les yeux du lutin.
« J’ai encore beaucoup d’histoires à vous raconter Marine. Quelques réponses s’y trouvent. »
Ils savaient tous les trois qu’il y aurait d’autres rencontres, ils savaient qu’ils ne pourraient les refuser malgré les troubles en eux, malgré les peurs que ce monde humain propageait.
« Cette histoire, les enfants, montre que toute mon expérience est centrée sur moi-même. Je suis celui par lequel tout ce qui vient à moi est reçu, analysé, commenté, rejeté, détesté, adoré. Ce moi qui perçoit est au centre. Tout du moins, c'est l'impression qu'il donne. J’ai compris en ayant perdu provisoirement la mémoire que ce moi est ce qui m'appartient le moins, c’est une entité constituée de multiples fragments, parfois éparpillés au vent des conditions de vie. Lorsque je sais que quelqu'un pense du mal de moi, comme Jackmor par exemple, je suis en quelque sorte relié à cette personne, je me laisse emporter par les pensées générées par cette crise. De la même façon lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui m'aime. C'est à partir du moi que j'entre en relation avec le monde. Je vais donc m'appliquer à confirmer l'existence de ce moi en accumulant des fragments à partir desquels je pourrais sculpter l'identification dont ce moi a besoin pour se prolonger. On devine le piège. Quelle est la réalité de ce moi sitôt qu'il prend forme à travers des pièces éparpillées ? Juste un amalgame hétéroclite. C’est cela que j’ai compris. J’essayais d’exister alors que je n’avais aucune idée de l’image initiale.
-Ça me fait penser à un puzzle que je voudrais reconstituer alors que je n’aurais même pas eu l’image finie en modèle, expliqua Marine.
-Qu’est-ce que c’est ce puzzle ? demanda Jarwal.
-C’est un jeu de patience, on a des petites pièces avec un morceau d’image et quand on les assemble, ça donne une grande image complète.
-Je comprends, c’est important d’apprendre la patience et effectivement, c’est un très bon exemple pour expliquer la façon dont nous voyons la Vie. On croit que parce que nous avons dans les mains quelques petites images, on a saisi l’ensemble. On essaie de construire quelque chose dont on ne possède même pas la vue générale.
-On dirait un ouvrier qui voudrait construire une maison alors qu’il n’a même pas idée de ce que ça va donner à la fin, ajouta Rémi.
-Oui, c’est exactement ça, s’enthousiasma le lutin. Vous voyez, vous comprenez très bien de quoi je parle. L'énergie dispensée pour élaborer cette image est pourtant phénoménale. Je vais accumuler et protéger mes objets, mes relations, mes connaissances, mes passions, mes projets...Tout cela crée un attachement grâce auquel je pense pouvoir donner de la valeur à mon existence. J'appartiens à mes attachements et je m'en glorifie... Il va falloir en plus que je protège mon territoire, toutes mes possessions. Je vais devoir lutter contre ceux qui s'opposent à mes droits. Je chercherai sans doute à intégrer un groupe qui me ressemble et qui pourra me défendre. J’abandonnerai certainement une partie de mes convictions pour être bien vu, bien accueilli et pouvoir bénéficier de la force de ce groupe.
-Ah, oui, on voit ça à l’école. Tous ces enfants qui veulent absolument suivre un chef et faire comme lui ou qui s’habillent comme leurs idoles de télévision. Ça m’énerve ! lança Rémi.
-Ils ont peur Rémi, tout simplement. C'est inévitable. Beaucoup de gens fonctionnent de cette façon. La peur qu'on me vole mon identification ou qu'on ne la reconnaisse pas, que je sois rejeté ou incompris, que mes choix de vie soient bafoués. J'entre en confrontation avec ceux qui ne me reconnaissent pas ou qui défendent leur image. La colère se nourrit de ma peur. Attachement, aversion, colère, peur, réjouissance, reconnaissance, insatisfaction, désillusion, amour, joie, peine. C’est un chaos immense. Il se peut qu'un jour, pour une raison connue ou pas, je prendrai conscience de ces tourments répétés. Une illumination, un choc, une révélation, quelque chose d'incompréhensible pour la raison mais qui me bouleversera au-delà du connu. J'entrerai peut-être dans une nouvelle dimension, ça sera long évidemment, douloureux sans doute mais je sentirai pourtant que c'est mon chemin.
-C’est ce qui t’est arrivé chez les Kogis ?
-Oui Léo. Mais il y a un autre risque. Si j’attribue cette révélation à moi-même sans comprendre qu’elle vient de la Vie elle-même, j'aurai l'impression d'être supérieur aux autres, d’être plus puissant qu’eux. Je détournerai la révélation pour m’en glorifier.
-Et le moi sera toujours le Maître.
-Tout à fait Marine. Alors je chercherai à préserver cette plénitude, à l'accroître même, et dès lors se mettra en place une nouvelle identification. D'autres empilements. Juste d'autres perceptions, d'autres sensations, d'autres pensées, d'autres réflexions narcissiques. Je me prendrai pour un Sage ou un grand Maître. J'aurai juste changé ma façon de regarder les pièces du puzzle éparpillées.
-En ayant été incapable de voir l’image originale.
-Oui Marine. Cette quête n'aura été qu'une illusion, une machination du moi qui se sera finalement révélé le plus malin. Il sera toujours le maître des lieux.
-Mais quelle est cette image originale Jarwal ?
-Il faut comprendre avant tout qu’il n’y a rien à chercher. Tout est déjà là mais en le cherchant, je m'en éloigne. Tout le problème vient de ce remplissage inconsidéré de l’existence. On ne voit plus rien quand on a entassé des gravats.
Le Soi, c’est la fusion de ce moi, du je et de la conscience de la Vie.
-Je ne comprends plus rien, avoua Léo.
-Tu ne comprends pas les mots Léo mais ton âme sait de quoi je parle parce que tu es déjà dans cette vie intérieure. Sinon, tu ne serais pas là à m’écouter.
-Il ne s’agit pas de constituer l’image originelle parce qu’elle est nécessairement déjà là mais de parvenir à enlever tout ce qui la couvre. C’est ça Jarwal ?
-Oui Marine.
-Et cette image originelle, c’est la conscience de la Vie qui la détient. C’est lorsque nous avons abandonné notre appartenance à ce chaos humain.
-Pas exactement Rémi. Il ne s’agit pas de l’abandonner parce que sinon il faudrait aller vivre sur une île déserte. Il s’agit de ne pas lui appartenir. De faire la distinction entre la participation lucide et la disparition dans le flot. Imagine une molécule d’eau de l’Océan. Elle n’est pas dans l’Océan puisqu’elle fait partie de l’Océan. Je dis par conséquent qu’elle est de l’Océan. Sans toutes ces molécules d’eau, l’Océan n’existe pas. Mais sans l’Océan, les molécules ne seraient que des individualités esseulées. La fusion des molécules crée l’Océan. Il y a plusieurs menaces ensuite. Soit certaines molécules regroupées considèrent qu’elles ont un pouvoir plus grand que celui de l’Océan et elles finissent par l’oublier, le contester, le combattre même, soit certaines molécules refusent de se voir assemblées dans un Tout et considèrent qu’elles doivent préserver une liberté de décisions, une autonomie qui leur paraît plus importante que le Tout. Dans les deux cas, ces molécules sont dans l’erreur. Celles qui s’imaginent obtenir un pouvoir parce qu’elles pensent avoir une ressemblance, une particularité, des idées communes, des intentions autres que la participation à l’Océan, celles-là participent au désordre. Elles fabriquent une rupture dans la cohésion des molécules. D’autres molécules vont prendre peur et vont vouloir assembler leurs peurs pour fonder d’autres groupes contre les premières. La confrontation prend une ampleur inéluctable et incontrôlable. De leur côté, celles qui pensent bénéficier d’une autonomie vont s’efforcer de s’isoler ou de lutter individuellement contre ces groupes. Elles ne participent pas pour autant à la cohésion perdue mais elles l’entretiennent en réagissant contre un désordre qu’elles condamnent. Elles utilisent le même fonctionnement que les groupes qu’elles critiquent. Des entités rebelles entêtées dans une distinction qu’elles vénèrent ne participent aucunement à la réhabilitation de l’Unité. Elles se voient comme plus importantes que l’Océan lui-même et succombent à la peur de disparaître. C’est toujours la peur qui crée le chaos. Cette incapacité à dépasser la vision restrictive de l’individu est une condamnation de l’Unité.
-Mais comment doit-on se comporter alors Jarwal ?
-C’est là qu’intervient cet apprentissage de l’observation consciente. Il ne s’agit pas de se nier en tant qu’individu ni de rejeter l’appartenance à l’Océan mais de parvenir à observer les deux phénomènes. Juste les observer, sans leur apporter la moindre émotion. C’est ce qu’on appelle « agir dans le non-agir ». Je suis une molécule animée par l’Océan. J’agis dans le champ de mes expériences mais sans jamais être dissocié d’une dimension bien plus grande. L’Amour est à la source de cette paix intérieure. Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. Cette phrase est essentielle pour moi. On pourrait penser que c’est une invitation à l’abandon et à la lâcheté, comme un bâton qui flotte sur l’Océan. Mais nous ne sommes justement pas des bâtons inertes. Nous sommes animés par la Vie et c’est en son cœur que nous devons apprendre à agir. Non pas agir contre elle en nous dressant fièrement devant elle mais agir dans la dimension qu’elle nous propose. C’est un équilibre extraordinaire à trouver. »
Le silence.
L’écho de tous les mots, la nécessité d’aller au plus profond de la compréhension. Chacun animé par la volonté d’explorer les horizons proposés, au regard de son propre potentiel, sans se soucier de l’avancée des compagnons, juste dans l’acceptation de ses limites et de l’énergie disponible.
« Il faut que vous rentriez les enfants. Vous avez une longue descente et le jour va tomber. »
Cette difficulté à quitter les espaces intérieurs. Comme si les mouvements de l’Océan participaient au bonheur des voyages.
« Tu sais Jarwal, c’est très à la mode depuis quelques temps de parler de l’environnement. La pollution, les destructions de la planète et tout ça. Mais j’ai un peu l’impression que cette façon de voir cet environnement est totalement fausse et en plus je me dis que notre façon de nous voir est également fausse. Ce que nous voyons de nous n’est qu’un environnement mais c’est au cœur de cet environnement que se trouve la réalité. Enfin, j’ai du mal à l’expliquer. Tu vois, c’est comme si nous, les humains, on voyait la Terre comme quelque chose de séparée de nous mais en fait, c’est pareil pour nous. Nous sommes séparés de nous-mêmes parce que nous ne percevons que ce qui est visible ou identifiable, tout ce sur quoi on sait mettre un nom. Ah, ça m’énerve, je ne sais pas comment l’expliquer !
-J’ai parfaitement compris ce que tu veux dire Marine. Notre identité, tout ce que sur quoi nous avons-nous-mêmes apportés une reconnaissance que nous transmettons aux autres, toute cette fabrication est artificielle. Elle n’est qu’un environnement. Mais ce qui importe et qui est réel est caché en nous-mêmes. Nous portons un trésor et nous nous occupons du coffre qui le contient. De la même façon que les hommes s’inquiètent de l’environnement ou y sont totalement indifférents sans comprendre qu’ils ne s’intéressent qu’à des formes matérielles en ignorant le flux vital qui les anime. Mais il n’en reste pas moins que je préfère les voir s’inquiéter de la préservation de cet environnement plutôt que de le délaisser. Il existe au moins la possibilité qu’un jour ils parviennent à établir un vrai regard et qu’ils cessent de jouer des rôles de sauveur, juste pour leur gloire personnelle.
-Tout ça, c’est de l’espoir Jarwal et cet espoir est une illusion. Tu l’as dit toi-même.
-C’est vrai Rémi. C’est pour cela qu’il faut juste agir dans le non-agir, faire ce qui te semble juste sans te préoccuper des résultats éventuels. Faire ce que tu es sans vouloir que les choses soient ce que tu aimerais. Puisque les choses ne peuvent pas être ce que tu n’es pas.
-Tu veux dire que les choses sont ce que je suis ?
-Oui Rémi. Tu crées la réalité qui te correspond. Tu vis ce que tu es et tes actes influent sur la réalité de ton environnement mais ils ne changent rien à la réalité de la Vie que tu portes. La Vie que tu portes, je l’appelle le réel. L’environnement n’est que la réalité. Mais il faut arrêter nos discussions les enfants, vous allez vous mettre en retard et je m’en voudrais que vos parents s’inquiètent. Filez vite. Nous nous reverrons.
-C’est difficile de te laisser Jarwal. J’aimerais tellement ne plus te quitter, avoua Marine en baissant les yeux. La vie quotidienne ne sera jamais aussi belle qu’avec toi.
-Ta vie quotidienne sera ce que tu es Marine. Ne l’accuse pas d’être d’une quelconque responsabilité.
-Tu as raison Jarwal. Je m’en souviendrai. Allez les garçons, on y va. »
Ils s’enlacèrent tous les quatre, comme unifiés par leur amour commun de la Vie puis Jarwal prit son bâton de marche, ajusta sa besace, remit son chapeau et regarda intensément les trois enfants.
« Mon âme vous aime de tout son cœur. »
Par
Thierry LEDRU
Le 10/11/2021
Il m'arrive parfois de replonger dans ces anciens écrits.
Je les reprends pour les transmettre un jour à notre petit-fils.

JARWAL LE LUTIN
TOME 3
« Nasta voudrait te parler Jarwal. »
Ce calme retrouvé, cette paix réinstallée, la plénitude des âmes, des visages sereins et des voix rassurées, l’impression que la Nuhé elle-même diffusait des parfums de quiétude.
Kalén reprit les paroles du vieux sage.
« Nous savons que tu as aidé Izel à vaincre le mal. Les soldats quittent les montagnes, notre peuple n’est plus en danger. Les Maruamaqua sont montés dans les vents qui portent les nuages et ils les ont vus s’enfuir. L’un d’entre eux m’est apparu en rêve et me l’a dit. C’est un grand honneur pour moi, d’ailleurs. Maintenant, nous voulons tous vous témoigner notre reconnaissance, à toi Jarwal ainsi qu’à ta compagne et ta petite Maruamaqua bleue. Vous êtes venus de loin pour nous aider et vous avez pris de grands risques. Nous ne l’oublierons jamais.
-Qu’allez-vous faire maintenant ? demanda le lutin.
-Nous allons rester ici. Il nous faut rétablir le contact avec la pensée de la Terre. »
Nasta parla longuement.
Kalén expliqua.
« La Vie est une pensée qui a ensemencé la Terre. C'est la pensée originelle. Les êtres humains imaginent que leurs pensées leur appartiennent, qu’ils en disposent librement. Ils ont oublié la première pensée, ils ne savent plus la ressentir. Toutes les pensées qui parcourent l’espace sont les enfants de la pensée créatrice. Ici, nous pouvons remonter à la source.
-Nasta veut-il dire que la Vie est une pensée ?
-Oui, c’est bien cela Jarwal. Cette pensée s’est matérialisée sous des formes innombrables. Les Kogi écoutent les pensées des arbres, des nuages, des montagnes, de toutes les formes créées par la Vie. Les hommes imaginent qu’ils existent parce qu’ils pensent alors que c’est la pensée de la Vie qui vibre en eux et leur donne vie. Les hommes ont oublié l’humilité.
-Kalén, pour qu’il y ait une pensée, il faut un émetteur. Qui est à la source de la pensée de la Vie ?
-La Vie elle-même. Les Conquistadors qui nous ont maltraités disaient qu’ils étaient en mission, qu’un Dieu tout puissant les guidait. Aucun Dieu n’existe. Pas les Dieux des hommes. Ces Dieux-là ne sont que des mensonges.
-La Vie est divine, c’est cela ?
-Exactement Jarwal. La création est la pensée de la Vie et toutes les formes de vies créées sont à l'image de l'infinité de ses pensées.
-Et alors les hommes qui se sont coupé des pensées diffusées par la Nature ne seront plus jamais des êtres humains ?
-Cela dépendra d’eux, Jarwal. Les Kogi sont des êtres humains mais les Conquistadors sont des hommes. Ils vivent pour les biens matériels, la puissance, le pouvoir, l’exploitation, l’asservissement. Nasta dit que l’avenir de ces hommes est très sombre. Et qu’ils jetteront sur la Vie toute entière un voile d’ombre. Leur intelligence est au service du Mal parce qu’ils ignorent la pensée de la Vie. Ils sont soumis à des pensées d’hommes.
-Quel est l’avenir de ce monde d’hommes Kalén ?
-Il n’a pas plus d’avenir que l’homme qui s’est coupé de la source. Il ne vit que dans le fardeau du passé et des erreurs commises sans pour autant prendre conscience qu’il répète à l’infini les mêmes erreurs en les habillant simplement de nouveaux apparats. Ce monde-là continuera à vouloir construire l’avenir qui correspond à son errance. Il est empoisonné par le poids de son histoire et ce poison contamine son futur. Le voile d’ombre finira par s’étendre jusqu’à cacher la lumière du Monde et de la Vie. »
Ils parlèrent longuement.
Gwendoline s’était retirée dans un coin de la hutte.
Des larmes qui auraient aimé s’épandre. Une telle détresse aux paroles de Kalén.
Comme si la Vie elle-même pleurait dans son âme. Cette peur immense de ce monde à venir, cette dégénérescence inéluctable, cet oubli de la source, comment était-ce possible ? Pourquoi la Vie laissait-elle s’étendre ce désastre, pourquoi la Vie offrait-elle aux hommes cette pensée insoumise qui les menait à la destruction d’eux-mêmes ?
Elle ne comprenait pas.
« C’est le défi qu’ils doivent relever, murmura tendrement Léontine à son oreille. Apprendre à s’élever au-dessus de leurs pensées sombres.
-Et crois-tu qu’ils en seront capables un jour ?
-Il ne me servirait à rien de me torturer avec de telles interrogations. Étant donné que je n’y peux rien.
-C’est de l’abandon.
-Non, Gwendoline, c’est de la lucidité. Apprends à te consacrer aux choses sur lesquelles tu as une incidence possible. Le sage n’est pas celui qui donne des leçons aux autres mais celui qui écoute la voix de la Vie. Si tu écoutes les tourments des hommes, tu ne peux plus entendre la Vie et si tu ne l’entends plus, tu ne peux rien apprendre et si tu n'apprends plus, tu n'as rien à montrer. Tu dois saisir la Vie en toi et ne pas t’alourdir.
-En quoi cela peut-il améliorer les situations néfastes ?
-Tu n’agis pas pour améliorer les situations néfastes mais pour appliquer éventuellement à ces situations ce qui te semble juste. Si tu as une intention, tu fabriques toi-même la possibilité d’une désillusion et tu n'es plus dans l'instant. Tu essaies d'aller plus loin, là où il n'y a rien encore. Contente-toi de faire ce que tu penses être juste. Et quand tu décides de le faire, ne fais que ça. Le reste ne t’appartient pas.
-Tu veux dire qu’en venant ici, la seule chose importante était de tenter d’aider les Kogi mais qu’il n’y a rien d’autre à vouloir ou à espérer.
-Exactement. À quoi cela servirait-il que tu t’inquiètes pour l’avenir de ce monde humain ou de celui des Kogi ? As-tu une solution à apporter ?
-Non et c’est ce qui me ronge.
-C’est toi alors qui as choisi d’être rongé, ça n’est pas l’état de ce monde qui agit sur toi mais l’émotion que tu entretiens. Et non seulement, elle ne sert à rien mais elle te prive de l’énergie dont tu pourrais user pour être ce que tu portes. Et par conséquent, tu prives ceux qui pourraient te voir vivre dans ce qui est juste. Tu te condamnes deux fois : une fois pour la détresse que tu génères toi-même et ensuite pour la détresse de ceux qui vivent près de toi et qui souffrent de te voir dans cet état. Est-ce que c’est ainsi que tu penses agir de façon juste ? »
Un trouble immense, une leçon impitoyable.
« Tu es redoutable, chère petite fée.
-C’est le rôle des vraies amies. »
Par
Thierry LEDRU
Le 10/11/2021
On a ici (et il y a d'autres exemples dans le milieu montagnard,) un cas typique d'entêtement. Un entêtement évidemment nourri par des intentions financières.
Le maire est également président de la station.
S'il a été élu, c'est parce que la population, dans sa majorité, souhaite que la station continue à attirer les skieurs. J'ai vu le développement de cette station pendant des années. On vivait en Haute Savoie.
Les canons à neige et les retenues d'eau. Reculer pour mieux crever. Crever après avoir massacré des hectares de nature. C'est la fuite en avant mais l'issue ne changera pas. Tout le monde sait que l'enneigement diminue et diminuera encore et les canons à neige avec des températures trop douces ne servent à rien. Ils projettent de la pluie, pas de la neige. Des millions dépensées en perte. Et des espaces naturels dévastés. Car il faut bien comprendre qu'il ne s'agit pas que de la zone concernée par l'aménagement de la retenue. les effets sont bien plus vastes.
La Clusaz : les habitants s’opposent au saccage de la montagne pour les canons à neige

9 novembre 2021 - Matthieu Delaunay
Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Dans quelques jours, seront entamés les travaux d’une cinquième retenue collinaire dans le bois de la Colombière, un corridor écologique majeur de la municipalité de La Clusaz. Maquillé en projet ayant pour mission de fournir à moyen terme de l’eau potable, la réalité est plus prosaïque : alimenter les canons à neige de la station de ski. Entretien avec les associations FNE Haute-Savoie, le Collectif Fier Aravis, de La Nouvelle Montagne et de Sauvons Beauregard, qui se battent contre ce projet.
LR&LP : Quelles sont la nature et les motivations du projet de retenue sur le plateau de Beauregard ?
La Clusaz projette de lancer dès cet automne 2021 la construction d’une cinquième retenue collinaire à 1500m d’altitude, dans le bois de la Colombière. Situé à l’Est du plateau de Beauregard, il s’agit d’un corridor écologique majeur situé à proximité directe d’un site classé zone Natura 2000 et d’une tourbière (zone humide) riche en faune et en flore.
Cette retenue grillagée, d’un volume de 148 000m3, d’une surface de 3,8ha (l’équivalent de 5 terrains de foot) et de 12 mètres de profondeur, condamnera des écosystèmes uniques dont 11 habitats naturels à protéger.
L’emprise totale sera de 8ha, soit une surface équivalente à 11 terrains de foot du parc des Princes. Cette retenue sera remplie par captation de l’eau de la source de la Gonière, située 4 km en aval, vers le col des Aravis, à environ 1 240m d’altitude.
La municipalité actuelle, dirigée par le maire Didier Thévenet, présente cette cinquième retenue collinaire comme étant destinée pour un tiers à alimenter le village en eau (la commune compte 1 720 habitants), les 2/3 restants servant à la production de neige artificielle.
L’exploitant des remontées mécaniques de La Clusaz, dont le domaine skiable s’étage entre 1 000 et 2 500m d’altitude, envisage ainsi de couvrir 45 % de son domaine en neige artificielle, contre 27% actuellement.

Naturalistes à l’affût – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : Qui est à l’origine de ce projet ?
Ce projet émane de la SATELC (Société d’aménagement touristique et d’exploitation de la Clusaz, dont le maire Didier Thévenet est le président, ndlr) ainsi que de la municipalité précédente, dans laquelle siégeaient déjà les 1er et 2nd adjoints au Maire actuel.
A l’époque, ce projet n’était alors destiné qu’à la production de neige artificielle. En témoigne l’observation d’une personne, conseillère municipale du précédent mandat, restée anonyme qui a été déposée sur le registre dématérialisé lors de l’enquête publique.
LR&LP : Que dit cette observation ?
Voilà ce qui est écrit noir sur blanc : « Quand le projet nous a été présenté, il nous a bien été précisé qu’il fallait mettre un volet eau potable, sinon une retenue pour des canons à neige ne passerait jamais aux services de l’État. A savoir : que l’eau de cette retenue ne pourra en aucun cas aller jusqu’à votre robinet, puisque rien n’est prévu pour la traiter. Elle ne pourra pas servir aux autres communes puisqu’aucune canalisation n’est prévue dans ce sens. »
Cette même personne a aussi transmis des textes de SMS reçus, envoyés par un élu à ses amis et l’autre d’un directeur à ses collaborateurs.
L’interview donnée en 2017 à Actu montagne par M. Pierre Lestas, alors directeur de la SATELC et également président de Domaines Skiables de France, est riche d’enseignements. Dans cette interview – où il est uniquement question de renforcer l’enneigement artificiel de la station -, il cite déjà la retenue de Beauregard. (voir l’extrait à la fin de cet article, ndlr)
Selon nous, collectifs et associations, si le besoin mis en avant est celui de l’eau potable, c’est bien la stratégie d’augmenter fortement la production de neige artificielle qui impose le choix de ce site vierge et l’ampleur de l’ouvrage. L’eau potable sert d’alibi pour justifier l’utilité publique de ce projet.
La Clusaz bénéficiant déjà de quatre retenues collinaires (soit 270 000 m3) dédiées à l’enneigement artificiel, l’obtention de la DUP (Déclaration d’Utilité Publique) pour une 5ème retenue ne pourrait être justifiée par la seule neige de culture.
En matière d’enneigement artificiel, la Cour des Comptes en 2018 mettait en garde les stations de ski des Alpes du Nord et leur demandait de changer de modèle face aux modifications du climat. En page 561 de ce rapport, il est noté :
« La stratégie en matière d’enneigement de culture est très claire : n’y recourir que sur des zones bien définies et ne pas consommer d’eau potable. »

Plateau de Beauregard enneigé – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : Concrètement, quelles seraient les conséquences d’un projet d’une telle envergure ?
Cette retenue collinaire grillagée de 148 000m3 de stockage aura une emprise de 3,8 hectares avec une digue de 12 mètres de haut qui présente un risque, faible mais existant, de rupture de digue inondant une partie du village en aval.
Elle entraînera la destruction directe de 8ha d’habitats naturels particulièrement riches et préservés. Le secteur prévu pour la retenue est aujourd’hui une zone de tranquillité pour la faune, puisque le reste du plateau est très fréquenté.
Une dérogation a été demandée par la Mairie de La Clusaz pour engager la destruction de sites de reproduction ou d’aires de repos pour les animaux et certaines espèces animales protégées. Les impacts secondaires, sur une superficie bien plus large, n’ont pas été évalués…
Mais il faut être clair : la localisation de ce projet est catastrophique : il est situé dans l’immédiate proximité de nombreux zonages réglementaires ou d’inventaires qui témoignent de la richesse environnementale du site du plateau de Beauregard.

Photomontage de l’impact de la retenue sur le plateau de Beauregard – Crédit : Pierre-Tardivel
Cet ouvrage est donc en décalage total avec la géomorphologie naturelle du territoire. Nous ajoutons que l’ancien maire de la Clusaz, Guy Collomb-Patton, s’est inscrit contre ce projet lors de la concertation préalable !
Lors de la construction de la retenue, la quasi-totalité du pic / plateau de La Colombière sera « décapitée » et imperméabilisée. La surface autour de la Colombière est importante pour capter l’eau de la pluie et de fonte de neige. Une fois construite, la retenue ne permettra plus l’infiltration de l’eau du plateau.
Cette retenue constitue donc une menace hydrologique : nous soulignons l’absence ou l’insuffisance des études concernant les prélèvements en eau et leurs impacts environnementaux sur les cours d’eau : ruisseau du Nom, ruisseau de La Patton et Nant des Prises.
Hydrologues, géomorphologues et botanistes craignent l’assèchement d’une partie de la tourbière remarquable de Beauregard.

La Tourbière du plateau de Beauregard – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : Ce projet va entraîner une consommation énergétique très forte, ne serait-ce que pour faire remonter l’eau de 1240 à 1500 mètres d’altitude …
L’Autorité Environnementale a recommandé à la commune d’approfondir toute alternative à la création de la retenue du plateau de Beauregard, en lien avec le changement climatique. Ces alternatives ne nous semblent pas avoir été étudiées, et les autres sources potentielles n’ont pas été investiguées !
Les impacts du projet sur les consommations énergétiques et le climat sont analysés de manière beaucoup trop succincte. Le dossier d’autorisation environnementale conclut à un niveau potentiel faible en phase d’exploitation. L’argument est que la distribution depuis la retenue de l’eau s’effectuera par gravité, limitant ainsi les consommations énergétiques.
Cependant, le public ne reçoit aucune information concernant les consommations énergétiques nécessaires pour alimenter la retenue de Beauregard en eau depuis le captage de la Gonière, puis pour remonter les m³ d’eau de la retenue qui seront évaporés dans un contexte marqué par le réchauffement climatique et la contraction des ressources en eau. Comment dès lors s’inscrire dans la sobriété énergétique exigée par la loi de transition énergétique ?
On voudrait faire passer pour de l’adaptation ce qui est avant tout une obstination à ne pas faire évoluer un modèle économique qui a tant rapporté. C’est une fuite en avant d’un modèle économique et environnemental qui n’est pas viable à moyen terme : celui du tout ski à tout prix.
C’est un engagement dans la voie de l’artificialisation de la pratique touristique, de façon à la maintenir et à s’émanciper d’une forme de dépendance à l’égard des facteurs exogènes du climat. On retarde l’adaptation du territoire au changement climatique. Si le réchauffement climatique est inéluctable, la neige naturelle ne va pas disparaître du jour au lendemain.
Plutôt que d’augmenter à tout prix un enneigement artificiel aléatoire et coûteux, la « lente » diminution de l’enneigement naturel devrait permettre de poursuivre parallèlement une réduction douce de l’activité « tout ski » pour la remplacer par des activités alternatives, le retour d’une activité économique diversifiée avec une repopulation permanente grâce à la réduction de l’inflation immobilière qui frappe la vallée depuis ces 30 dernières années.

Raquettes au plateau de Beauregard – Crédit : Sandra Stavo Debauge
LR&LP : L’enjeu de l’eau potable est un sujet fondamental, surtout en montagne puisque les ressources vont se raréfier. Ce projet ne revêt-il pas un intérêt public majeur ?
Ce projet imaginé par la SATELC uniquement pour la neige de culture remonte à 2017. Il a été revendiqué par la municipalité d’intérêt public majeur, au nom de l’alimentation en eau potable, ce qui est selon nous un argument fallacieux qui vise, comme expliqué plus haut, à la faire reconnaître d’intérêt public majeur.
En outre, expliquer qu’il s’agit de sécuriser l’accès à l’eau potable pour les populations présentes et futures nous semble malhonnête et manipulateur, avec des prévisions de croissance de population particulièrement hautes, alors que celle-ci ne cesse de baisser. Cela agite la peur de la pénurie d’une part, et présente la retenue comme la seule solution envisageable d’autre part.
Rappelons que 270 000 mètres cubes sont déjà disponibles et potabilisables, à travers les 4 autres retenues. Se servir des retenues existantes comme alternative semble plus adapté et beaucoup moins onéreux !
Sur le territoire de La Clusaz, plusieurs sources ont alimenté le réseau d’eau potable pendant des années, avant d’être déconnectées du circuit. Jamais il n’a été question de les prendre en compte ce qui aurait sans nul doute porté ombrage au projet.
Il y a une cristallisation sur la possibilité de manque d’eau potable aujourd’hui et la mairie se sert de cet argument pour convaincre la population (en agitant l’épouvantail de la peur du manque d’eau, de la peur du manque à gagner, etc.)
Or, la source de la Gonière ne peut en aucun cas être consommée sans traitement, et l’usine de traitement n’est même pas budgétée dans le dossier d’enquête publique ! Ce dossier d’enquête publique présente très peu de données relatives à l’alimentation en eau potable. Qu’est-il concrètement prévu, on ne le sait pas.
Dans ce dossier, la préfecture invente l’utilité publique à géométrie variable ! En effet dans ses conclusions à l’enquête publique, la préfecture note dans son avis favorable « Ayant conscience que ce projet n’est pas d’utilité publique pour l’ensemble de la population française, la commission chargée de l’enquête publique considère qu’il est d’intérêt public pour la population de la vallée des Aravis »
Il est également noté : « La commission d’enquête retient que : – le projet aura un impact négatif sur la biodiversité et plus particulièrement en phase travaux. – les prélèvements supplémentaires du captage de Gonière risquent de perturber le régime d’écoulement et d’assécher le torrent Le Nom et tuer toute vie piscicole. »
Le torrent le Nom se jette dans le Fier, qui se jette dans le Rhône. Si la question est « est-ce un projet qui concerne l’intérêt général ? », la réponse est évidemment OUI !
Nous avons affaire à un projet qui touche à une ressource naturelle dont l’accès est un droit humain (mais qui la privatise), et qui pose des questions sur la continuité de cette ressource en aval du projet, et pas seulement sur le site identifié pour la retenue.
Le cumul des retenues collinaires tend à avoir des conséquences négatives sur les bassins versants concernés, en les rendant beaucoup moins résilients aux sécheresses.
Plusieurs types de données sont nécessaires pour déterminer l’influence d’une retenue, et a fortiori d’un ensemble de retenues, sur le cours d’eau. Toute tentative pour estimer l’influence d’une retenue sans disposer de ces données, qu’il s’agisse de l’hydrologie, du transport solide ou de la qualité de l’eau conduit à une grande incertitude.
Pourtant, ces données ne sont quasi jamais disponibles, de façon exhaustive, sur un bassin versant. Dans un contexte de changement climatique qui est déjà à +2 °C en montagne et tend à s’accélérer, continuer ce type d’aménagement en parlant d’adaptation rend perplexe.

Les habitants opposés à la retenue d’eau se sont rassemblés – Crédit : Pierre Tardivel
LR&LP : On décèle une forme d’opacité dans la prise de décision de la préfecture et de la mairie. Quel est votre sentiment en tant qu’habitants de la Vallée ? On entend aussi parler d’Omerta au sein de la station, comme dans d’autres, qu’en est-il réellement et comment l’expliquer ?
Voici quelques extraits d’observations déposés anonymement sur le registre dématérialisé :
« Déposition anonyme d’un habitant de la vallée qui porte un nom d’ici mais qui se protège de pressions sociales importantes dans son cercle familial qui ne partage pas forcément la même opinion. » Observation n°971 (Web) Anonyme Déposée le 14 septembre 2021 à 22 h16
« Une habitante native des Aravis qui pratique le ski alpin, le ski de randonnée, le ski de fond, le VTT qui choisit de rester anonyme vis-à-vis de ses enfants ».
« Je m’oppose au projet de retenue collinaire de la forêt de la Colombière à Manigod. Elue du bassin annécien je préfère garder l’anonymat car le débat est clivant aussi dans nos vallées et les pressions diverses »
« Monsieur le commissaire, Je souhaite rester anonyme non pas par peur, ou manque de convictions… j’assume pleinement et ouvertement mes idées. En revanche ma moitié et mes enfants n’ont pas à en subir les retombées, je ne leur lobotomise pas le cerveau à coup de slogan écolo, ou autre car contrairement à ce que disent les maires des Aravis… nous serions des extrémistes, voir mêmes des talibans de l’écologie… qui de nous deux tient des propos extrémistes et violents par leur sens, qui attaque son « opposant » ? Je semble rentrer dans leur critère de « respectabilité » puisque j’ai toujours vécu dans les Aravis, j’y vis encore, mes enfants y grandissent, ils sont au club de ski de mon village, nous y travaillons, nous consommons dans nos villages, et nous payons les charges. »
Volontairement et historiquement les élus n’associent jamais les habitants pour débattre d’un projet, ou seulement une fois que celui-ci est finalisé. Par ailleurs, il est avéré que des habitants de La Clusaz ont subi des pressions, ce qui distille la peur de s’exprimer, ou de simplement poser des questions.
Ces tensions ne datent pas d’aujourd’hui et profitent toujours au pouvoir en place et restent profondément ancrée dans la population. Durant les campagnes municipales, les vertus affichées pour plus de « démocratie » sont vite oubliées ensuite.
Malgré les affirmations de la mairie, il n’y a pas eu de vraie concertation publique relative à ce projet.
Il y a eu deux phases d’une pauvreté inouïe en terme de débat public : la concertation préalable et l’enquête publique. Ces deux phases ont permis au public de s’exprimer par voie dématérialisée mais certainement pas de débattre publiquement du projet avec les élus qui le portent, ceux qui le soutiennent et ceux qui le dénoncent.
Entre les deux phases du projet, la mairie souhaitait rencontrer les structures associatives une par une et nous priait de laisser nos téléphones portables à l’entrée… ce qui nous semblait un peu étrange, et certainement pas opportun dans le but d’avoir un échange transparent et constructif. La mairie a refusé de rencontrer l’ensemble des collectifs opposés au projet tel qu’il est présenté.

Beauregard- Crédit : Sandra Stavo-Debauge
LR&LP : Quel est votre sentiment sur le concept des « stations 4 saisons » ?
Le concept de station 4 saisons est à la mode, et il est évident que les stations ne doivent plus se considérer seulement comme des stations de ski, mais comme des stations de montagne.
Il y a l’idée de rester attractive tout au long de l’année, mais selon nous, il ne faudrait pas que cela soit seulement autour du tourisme : il s’agit aussi de recréer des bassins de vie stables, redynamiser les territoires autour d’une véritable économie résidentielle, sortir du paradigme de la destination touristique « mono-activité » et sortir aussi du paradigme du 100% tourisme !
Il est nécessaire de redévelopper l’attractivité locale : le retour aux services de proximité, la promotion d’un tourisme local et orienté vers le patrimoine naturel et historique des territoires de montagne. Le patrimoine (richesses des paysages, faune, flore, histoire, culture) est un quatrième pilier fondamental à ajouter aux trois consacrés du développement soutenable (Écologique, Social et Économique).
C’est pourquoi la préservation des espaces de montagne, voire leur protection, est primordiale pour consacrer un territoire de nature, contenir les aménagements, permettre de conserver des zones de tranquillité pour que les humains puissent toujours aller à la rencontre de la nature sauvage dans des espaces de liberté et refonder une relation équilibrée et respectueuse avec la montagne. Etaler la fréquentation touristique tout au long des saisons nous semble être une voie à suivre.
Il y a un grand oublié dans le concept de valoriser la montagne, le village. Jamais on ne parle de village pour ce qu’il est, pour sa vie sociale, son cadre et reflet de l’authenticité de ses habitants. C’est une valeur non commerciale qui pourtant valorise la station. Quand on parle de village ce n’est pas pour parler d’une station déguisée à exploiter…

Le plateau de Beauregard en automne – Crédit : Sandra Stavo-Debauge
LR&LP : On argue que la station est aussi un poumon économique de la région, et que vos protestations témoignent en réalité d’un désintérêt pour l’aspect économique qui garantit un emploi à beaucoup de personnes. Quelles sont vos propositions alternatives pour maintenir une économie durable dans le secteur ?
Nous croyons au contraire que nos protestations sont le signe d’un intérêt vif pour l’aspect économique de nos vallées et massifs, et pour la transition économique et environnementale de nos territoires de montagne.
Nous adorons le ski, nous sommes en lien direct avec les activités économiques du village, hébergeurs, moniteurs, commerçants, saisonniers, presse spécialisée, et sommes parfaitement conscients de la richesse économique qu’il a permis et permet encore.
C’est pour cette raison que nous sommes d’autant plus inquiets de voir l’absence d’alternatives émerger de la part des acteurs publics, qui revendiquent porter des projets d’intérêt général.
Pourtant, les industries qui dépendent du ski doivent aussi avoir le temps de s’adapter et donc concrètement s’orienter vers une autre pratique de la montagne. De ce point de vue, il y a clairement un défi culturel pour nous permettre collectivement d’envisager la montagne autrement.
Nous constatons que, simplement pour copier les pays concurrents et les stations voisines, l’équipement en neige artificielle devient systématique sur les domaines skiables où désormais on raisonne en “taux de couverture”.
On ne résonne plus en adéquation des seuls besoins, et surtout de l’évolution prévisible du changement climatique : saison de neige retardée et plus courte ; pluies plus abondantes que les chutes de neige. Des investissements lourds amortissables sur de longues périodes ne sont également pas en adéquation parce que trop fortement aidés par de l’argent public.
Dans un contexte de changement climatique qui s’accélère, le respect et la bienveillance d’un tourisme en montagne devrait être la priorité. Assurer une vie économique pérenne, créer des emplois, améliorer les conditions de vie des habitants tout en préservant l’environnement montagnard à la fois exceptionnel et fragile.
Les projets mériteraient d’être élaborés avec les habitants des territoires afin que la montagne garde son attractivité sans atteinte à l’environnement. Recréer en socle de pluriactivité, favoriser sa mise en œuvre en démocratisant les discussions et non seulement avec une gouvernance toute puissante imposant ces projets.
Les activités neige et les différentes pratiques du ski sont aujourd’hui structurantes pour le tourisme en montagne ; garder l’existant suffit largement pour le présent. Elles doivent être accompagnées de projets innovants adaptés à chaque territoire en lien étroit avec la nécessaire transition climatique et environnementale, dans une perspective de viabilité économique et sociale.
Geler les fonciers et ne plus permettre de construire devrait être aussi une priorité. La France dispose de trop de lits en montagne. Comparativement, l’Autriche dispose de 1 millions de moins de lits mais la saison est plus longue et les remplissages meilleurs.
Ne plus avoir comme cible la clientèle étrangère qui met à mal le défi énergie climat et de résilience des territoires définis par l’Europe est à envisager sérieusement.
Enfin, il est nécessaire de retrouver ou de créer une économie locale permanente autour par exemple de l’industrie du bois dont les débouchés sont en pleine croissance grâce à la construction bois, de l’agroforesterie, de l’enseignement, des activités tertiaires qui ne nécessitent pas de localisation particulière et peuvent bénéficier des techniques de communication actuelles.

La forêt de Beauregard sous la neige – Crédit : Sandra Stavo-Debauge
LR&LP : Maintenant que les décisions ont été prises, quelles sont vos options ? Quel message souhaitez-vous faire passer à la population qui pourrait lire cette interview ?
Nous allons continuer à nous opposer au projet qui s’inscrit dans une logique de développement déjà actée au SCOT (Schéma de cohérence territoriale). D’autre retenues collinaires sont prévues : des liaisons inter-massifs et un gros porteur dit « ascenseur valléen ».
Nous encourageons toute personne qui comprend les raisons de notre lutte à s’informer et informer autour d’elle, mais aussi à signer la pétition qui a déjà recueilli plus de 51 500 signatures. Nous leur demandons aussi de nous soutenir dans les initiatives que nous allons lancer prochainement, dont un appel au don pour des études alternatives et pour les recours que nous allons déposer.
Dans d’autres parties du territoire national, nous relevons des projets impactant fortement l’environnement, inadaptés au changement climatique et à la transition économique. Certains de ces territoires, touchés par des sécheresses importantes, voient se renforcer les conflits autour de l’usage de l’eau.
En Haute-Savoie, ils émergent alors que nous avons encore de l’eau. Malheureusement sans concertation digne de ce nom, et sans cohérence territoriale, cela ne fait que polariser les positionnements des uns et des autres et nous amène à des situations pour l’instant conflictuelles, demain explosives.
Pour aller plus et aider les associations à stopper cette destruction de la montagne qui sera irréversible, il est enfin possible de :
> Demander à la Mairie d’effectuer des recherches poussées au Bossonnet, site abritant potentiellement un immense gisement d’eau potable, avant d’engager tout travaux au bois de La Colombière.
> Signer la pétition sur Change.org « Destruction d’espèces protégées : sauvons Beauregard »
> Suivre le Collectif Fier-Aravis, Sauvons Beauregard de la destruction, La Nouvelle Montagne, France Nature Environnement Haute Savoie sur FB et insta
> En adhérant aux associations impliquées dans la défense de l’environnement local
> En faisant un don pour nous aider à collecter des fonds pour les recours juridiques nécessaires et les études complémentaires. Nous souhaitons créer une jurisprudence pour tous ces projets honteux.
Extrait de l’interview parue dans Actu Montagne
Actu montagne : »Quels sont vos prochains gros chantiers ?
Pierre Lestas : Nous avons ouvert un nouveau dossier pour un plan stratégique à 15 ans, comprenant le creusement d’une nouvelle retenue d’eau d’altitude sur Beauregard, et surtout le réaménagement du massif de Balme. Nous travaillons et débattons de plusieurs scénarios. Notre décision interviendra début 2018, pour une première mise en œuvre dès 2021. Nous investissons entre 10 et 12 millions d’euros tous les trois/quatre ans.
La France a rétrogradé à la 3e place du classement mondial des destinations neige. Êtes-vous inquiets ?
PL : Non. Si l’enneigement est satisfaisant, nous retrouverons notre deuxième, voire la première place. Le domaine skiable français est le plus important au monde, en taille et en remontées mécaniques. C’est clairement le manque de neige à Noël ces deux dernières années qui a impacté sa fréquentation. Nous devons investir dans des réseaux d’enneigement capables de saisir les fenêtres de froid. Nous devons également être précautionneux financièrement pour que nos sociétés ne soient pas en péril, si elles devaient encore faire face à l’aléa climatique. Je vous rappelle que nous avons déjà divisé par trois notre exposition à ce dernier depuis 25 ans, grâce à la neige de culture, au damage et aux travaux sur les pistes. »
Propos recueillis par Matthieu Delaunay. Journaliste, auteur, voyageur au long cours, Matthieu Delaunay contribue régulièrement à La Relève et La Peste à travers des entretiens passionnants, vous pourrez le retrouver ici et voir tous ses entretiens sur sa chaîne Hic & Nunc.
9 novembre 2021 - Matthieu Delaunay

