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L'intention et l'espoir.

Par Le 18/05/2012

 

 

Il a fallu que je sombre totalement dans la douleur physique, dans le délabrement moral pour que le mécanisme de l'espoir vole en éclat. Il a fallu que le goût de la mort devienne l’ultime espoir pour que je prenne conscience du mécanisme.

L’énergie vitale n’a pas besoin d’espoir. Pour elle, c’est un poison. C’est comme si l’individu vénérait une illusion alors que la vie est là. On peut même imaginer que la vie en soit déçue, effroyablement déçue. Au point de se retirer puisque l’illusion a plus d’importance que la vie elle-même. Pourquoi rester là ? Il y a sûrement mieux à faire ailleurs…

 

L’étape la plus difficile, la plus délicate, le travail de sape le plus redoutable à effectuer est de cesser de penser. Il s’agit de vibrer intérieurement alors que la pensée est une projection extérieure. Nous avons appris à penser jusqu’à finir par nous « dé-penser. » Nous sommes sortis de nous-mêmes en nous projetant dans un flot d’abstractions et nos pensées sont devenues des dépenses énergétiques, des dispersions multipliées à l’infini.

 

Je dois aussi à l’effort long d’avoir découvert cet espace « dé-pensé », cette plénitude de la vie étreinte dans le creuset de l’énergie originelle. Lorsqu’il n’y a rien d‘autre que le saisissement  du silence intérieur, le ronflement infime de l’univers qui s’étend.

 Mais je reconnais aujourd’hui que cette épreuve a généré en moi un autre adversaire. Celui du refus de toutes formes de projection, jusqu’à refuser de me mettre dans une situation dont certains paramètres pouvaient m’échapper. Les relations sociales en sont le symbole.

Je refuse d’être dépendant des autres. Je refuse même de leur demander quoique ce soit. Pour ne rien leur devoir. Et ne rien attendre, n’avoir aucun espoir, aucune illusion. Le problème vient de la puissance du fonctionnement. Je me suis vraiment coupé de tous.

Et puis, là, étrangement, la vie s’est chargée de me montrer l’erreur. A travers mes textes. Des gens que je ne connaissais pas et qui s’engagent pour moi, de façon totalement désintéressée, juste parce qu’ils ont été touchés par mes écrits.

Je ne pouvais pas échapper à une introspection supplémentaire.

Françoise, Martine, Max, Estelle, Jean-Michel, Chris, Nathalie, Valérie, Bérénice, Gaëlle, Albert et d’autres encore. Ils se reconnaîtront, je ne les oublie pas. Des témoignages émouvants, bouleversants pour moi. Il y avait quelque chose à comprendre. Cet enfermement dans lequel je m’étais réfugié pouvait également être une geôle. Et dès lors, ce travail d’écriture ne pouvait pas aboutir dans cette intention de partage qui m’importe. A ne vouloir subir aucun espoir, je bridais également ce que le partage pouvait m’apporter. Situation contradictoire étant donné que je remplis ce blog jour après jour.

Il y a donc les actes à mener.

Par ces actes, il peut y avoir une tentative pour aboutir à un objectif.

Dans cet objectif, un espoir peut venir se greffer et alimenter l’énergie nécessaire pour mener les actes à terme.

Alors, pour clarifier la situation et ne pas retomber dans les travers de l’espoir, je parlerai plutôt d’intention.

J’ai une intention mais les actes que j’accomplis me libèrent de l’espoir versatile et des désillusions qu’il fabrique.

J’imagine que la volonté suit le fil de l’intention pour aller vers l’objectif.

L’espoir est beaucoup plus lointain, comme un mirage fabriqué par l’évaporation des pensées incontrôlées.

« Il n’y a pas d’espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir, » disait Spinoza.

Voilà ce que je cherche désormais.

Accepter l’intention mais sans jamais sombrer dans l’espoir.          

L'intention est une réalité à vivre dans les actes présents. L'espoir est immatériel tout comme l'est le mirage.

Et j'ai bien l'intention d'y ariver :)

LES ÉGARÉS : commentaire

Par Le 30/04/2012

Les routes qui se croisent ne sont pas toujours des itinéraires prévisibles.

Je ne connaissais pas Gilberte au mois de mars. Quelques discussions sur internet ont abouti à des échanges d'écrits.

J'ai lu avec grand plaisir "La petite fille des rues".

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=233&Itemid=2

Le site "Reflets du temps" en proposaient les chapitres.

http://www.refletsdutemps.fr/index.php?option=com_zoo&task=item&item_id=276

 

Giberte travaille comme lectrice, correctrice et tout ce qui peut contribuer à la littérature. Une très grande culture par conséquent et un regard affûté sur le monde du roman.

"La cause littéraire" occupe également une bonne partie de son temps.

http://www.lacauselitteraire.fr/

 

Il serait inutile d'honorer la qualité de ces deux sites littéraires. En lire quelques articles suffit à la montrer.

 

J'ai donc été très touché que Gilberte me demande s'il lui serait possible de lire un de mes textes.

J'ai bien évidemment accepté et je lui ai envoyé "LES ÉGARÉS ".

J'ai repris l'essentiel de nos échanges en préservant ce qui devait l'être.

Estelle est le nom "littéraire" de Gilberte. Je l'ai conservé. 


 

 

Bonjour Estelle
Voilà donc le manuscrit.
"LES ÉGARÉS "
C'est mon dernier roman pour adultes.
Je l'ai envoyé à deux maisons d'édition.
La première m'a répondu que ça ne correspondait pas à leur ligne, réponse impersonnelle basique, reçue après quelques semaines. Donc, il n'a sans doute même pas été lu. Je connais maintenant le fonctionnement des comités de lecture... 
La deuxième m'a répondu que c'était très bien écrit mais trop ésotérique pour eux. 
Je n'ai pas refait d'envois depuis.
Vous serez la cinquième personne à le lire.
Merci pour cette lecture et les commentaires que vous pourrez m'en faire.
Bonne journée
Amicalement


 

Thierry,

Me voilà de retour vers vous pour vous livrer mes premières sensations.

Je n’ai pas encore tout lu, j’en suis à la page 40/41. Je m’arrête là pour le moment, non pas pour « abandonner » votre manuscrit, loin de là, je tiens à aller jusqu’au bout, même si les premières pages étaient un peu compliquées pour moi. Mais j’ai un tas de textes à corriger pour La Cause littéraire, qui s’accumulent dans ma messagerie. Je m’en occupe, et je reviens aussitôt vers votre manuscrit. J’aimerais pouvoir le finir ce soir.

 Donc, à chaud mes premières impressions : dès les premières pages, j’ai ressenti un truc bizarre, je ne sais comment dire cela, l’impression d’une sorte d’impuissance à entrer dans votre texte, et je n’ai pas réussi à déceler si c’était moi qui « ne voulais pas y entrer », ou si c’était votre « style » (ou « vous ») qui « en empêchait l’entrée ».

 Le début de votre texte m’a semblé très décousu, pas du tout linéaire, je devais relire plusieurs fois des phrases, ou des passages, pour plus de clarté. Et du coup je me suis trouvée confrontée à des montagnes de difficultés pour essayer de comprendre « ce que vous dites » et « ce que vous voulez dire ». L’éditeur qui a refusé votre texte a eu raison de vous dire que c’est très bien écrit. C’est vrai, vous écrivez très bien, avec excellence même. Mais, le style est trop froid, à mon avis (et cela n’engage que moi bien sûr), surtout dans les 30 premières pages. On dirait que vous voulez restez « très en dehors » de votre texte, que vous voulez mettre une distance entre vous et votre texte, ou entre vous et le lecteur.

 Ce n’est donc qu’à partir environ des pages 30 à 40 que quelque chose de plus « chaleureux » se ressent dans votre écriture, l’impression que par moments vous arrivez un peu à vous « lâcher », et là ça devient plus « audible », plus accessible, et du coup plus passionnant. C’est pourquoi je veux aller jusqu’au bout.

 

Je me suis fait cette petite remarque, dès les premières lignes de votre texte : ah voilà ! je comprends mieux maintenant pourquoi les ruptures, cassures, coups de cymbales, et phrases percutantes vous manquaient dans « Ma petite fille des rues. »

 Mais pour le moment, globalement, il m’a semblé que votre texte s’apparentait plus à une « étude philosophique et psychologique » menée avec beaucoup de talent, qu’à un roman au sens pur du terme.

Tout ceci étant dit, ces remarques ne sont que le reflet de ma propre sensation, et il se peut (c’est même sûr) que je me trompe complètement, et que d’autres lecteurs, plus compétents que moi, aient un avis tout à fait contraire au mien.

 C’est donc en toute amitié, et toute sincérité que je vous ai livré mon premier sentiment.

Mais je vais finir de le lire, et peut-être qu’ensuite, une vue d’ensemble m’apparaîtra différente de ces premières remarques qui ne sont que le fruit de mes toutes premières impressions.

Je vous en ferai part, c’est promis.

 J’espère que vous serez indulgent avec la « forme » de mes remarques, je n’ai malheureusement pas votre talent pour « décortiquer » et exprimer les choses comme vous avez su le faire avec mon texte.

 Bien à vous, et merci de votre confiance

A bientôt. Estelle


 

Merci infiniment Estelle.
Tout ce que vous avez ressenti était totalement volontaire et j'ai donc réussi ce que j'envisageais. Ca n'est absolument pas linéaire parce que justement les deux personnages sont dans un chaos existentiel qui a tout fait voler en éclat, cette incapacité à se lâcher justement, toutes ces résistances à aller vers l'essentiel, à être lucide, tous les blocages, je voulais qu'ils se ressentent, que ça soit pénible, douloureux pour qu'au fil de la randonnée l'écriture puisse évoluer avec les personnages, qu'elle les accompagne dans leur cheminement et leur délivrance. Que vers la page 40 vous commenciez à ressentir cette évolution me comble de bonheur. Tout le début du texte, les deux personnages ne sont pas en eux et l'écriture reste donc chaotique, en retrait, en retenue. C'est la solitude et l'exploration intérieure qui vont amener l'écriture vers la douceur, parce que les deux personnages auront validé cette épuration indispensable.
Maintenant, je comprends bien votre remarque concernant l'analyse philosophique. C'est pour moi le seul intérêt du roman. Sinon, ça n'est qu'une histoire. Moi, c'est la vie que je veux disséquer. Et c'est bien ce que les éditeurs me reprochent. "Trop douloureux, trop introspectif, trop existentiel, philosophique...ça ne correspond pas à l'idée que les lecteurs se font des romans..."
Mais je ne veux pas écrire autrement. Peut-être même que j'en suis incapable. Et je ne veux pas me trahir. J'ai travaillé pendant vingt ans pour parvenir à cette écriture que j'aime, qui me correspond, qui me nourrit, me porte, m'apporte, me comble. J'ai plus appris sur moi en écrivant que si j'avais fait vingt ans de psychanalyse. Je n'arriverais pas à changer, c'est trop tard. Je garderai mes textes si personne ne les juge intéressants.
Je suis en tout cas très heureux de ce retour de votre part. Vous avez décrit ce que j'ai voulu faire. Tout est bien.
Merci infiniment
Thierry


 

A cette heure tardive de la nuit, je reviens quelques secondes vers vous. J’en suis à la page 142. Il est tard, je reprendrai ma lecture demain. Je n’arrivais pas à lâcher votre manuscrit.

 Je voulais juste vous dire que votre texte me bouleverse. Je n’ai pas les mots qu’il faut, à cette heure-là, pour dire toutes les émotions que cette lecture procure. Joie, tristesse, peurs, angoisses, émerveillement, surprise, et toute une foule de sentiments diffus, indicibles.

 Votre texte est incroyablement beau. Il fourmille d’émotions. Il laisse sans voix.

Je ne comprends pas les éditeurs. Ils ne savent plus reconnaître les beaux textes, ni les goûter, comme on goûtait les textes classiques d’antan, ceux qui ont bercé mon enfance, mon adolescence et ma vie de femme. Et qui ont dû bercer votre vie aussi.

 Estelle


 

Bonjour Estelle
Un grand bonheur à vous lire parce que je vois que mes écrits sont des passerelles qui relient et que c'est le sens ultime que je porte à l'écriture.
Écrire est un chemin vers l'apaisement. C'était le sens de ce livre. C'est là que le travail sur l'écriture me semblait essentiel; Aller vers la douceur et abandonner les traumatismes quand ils ne sont que des étouffoirs. Cette joie de vivre, cette force dont vous parlez, elle est là, elle est la vie. Nous avons pour mission de ne pas la rejeter au risque d'être "mort" avant l'heure.
Je lirai avec bonheur votre perception des dernières pages.
Merci infiniment
Thierry


 

Bonjour Thierry,

 C’est cette nuit, à 3 heures du mat que j’ai terminé la lecture de votre manuscrit. Quelle aventure ! Vous m’avez « soufflée » !

 J’ai beaucoup de choses à vous dire sur ce texte. Mais je reviendrai vers vous ce soir, j’ai une après-midi chargée et je veux prendre le temps de vous écrire longuement. En attendant, je peux vous déjà vous dire que votre texte est incroyablement beau, qu’il m’a laissée complètement « vidée » hier soir. Le style et l’histoire sont haletants, pleins de souffle, parfois même générant de l’angoisse, mais aussi un tas d’émotions, et sans cesse passionnants. La fin m’a beaucoup troublée, je ne m’y attendais pas du tout. Que d’émotion quand j’ai « refermé votre livre » ! Sensation à la fois de paix et de malaise.

Et pour dire combien la force de votre texte m’a bouleversée, j’en ai même rêvé cette nuit, mais pas en « rose », car certains détails de votre texte m’ont fait faire des cauchemars. Mais ne vous inquiétez pas, c’est surtout ma peur de la mort, de la maladie, de la « fin », tout ce que vous décrivez si bien, qui sont à l’origine de ces rêves « noirs ».

 

Je reviens vers vous donc ce soir. Je prendrai le temps de tout vous dire.

 Encore merci à vous,

A ce soir,

Estelle


 

Est-ce que cette difficulté dans la lecture que vous aviez mentionnée dans votre premier mail concernant le début du texte a changé au cours de l'histoire?

Thierry


 

Je reviens donc à votre texte. Et pour répondre à votre question sur mes difficultés de lecture des 30 premières pages, et vous rassurer, bien sûr que tout a changé ensuite. Je dirais même que très vite, je suis rentrée de plain-pied dans le texte et l’histoire.

 J’ai tellement de choses à vous dire, et tellement à vous faire part de tout ce que j’ai ressenti dans votre texte, que je ne sais pas par quoi commencer. J’en oublierai sûrement, au cours de ce mail. Cela me donnera l’occasion de vous écrire à nouveau.

En tout premier lieu, j’ai ressenti chez le « narrateur »… une immense humanité, des qualités humaines considérables, une sensibilité à fleur de peau parfois très bien maîtrisée, et justement aucune sensiblerie, une belle dignité de sentiments, de générosité, et d’amour au sens large du terme. Tout ce que j’aime et que j’ai toujours aimé.

 J’ai beaucoup aimé les « transitions » entre les chapitres. Passer de l’un à l’autre des personnages, au cours des chapitres. Passant de la peine à la joie, de l’horrible au superbe, de l’immense au petit, de la peur à la sérénité, de l’homme à la femme, des doutes aux convictions, etc., et tous ces contrastes parfois violents, parfois chatoyants au fil des pages. C’est tout cela que j’ai trouvé exaltant, haletant, pas le temps de souffler, un rythme effréné comme « une course à la vérité », une course vers la lumière, vers ce que j’appelle la beauté du monde que si peu de gens voient, regardent, ou contemplent, et aux mots parfaitement choisis, avec non pas un zeste mais une montagne de poésie.

 Grande émotion. Belle écriture. Je retrouve là tout ce qui justifie ma passion pour la lecture, pour la littérature, la belle écriture, et les mots. Ces mots que je n’ai cessé et ne cesse de dévorer à travers tant de beaux livres, depuis mon enfance à aujourd’hui, avec boulimie, bonheur, et bien-être. Et jouissance. Le mot n’est pas trop fort.

 Si je devais évoquer ou faire une liste des émotions que votre texte m’a procurées, et j’en oublierai sûrement : la peur, l’angoisse, le plaisir, l’exaltation, l’empathie, l’espoir, le désespoir, l’étonnement, la surprise, la curiosité, la fatigue, l’entrain, le découragement, et enfin la sérénité. Mais jamais l’ennui, jamais l’envie de « quitter » le texte, et même la nuit jusqu’à des heures indues, et insolentes.

 

Et enfin, ô coïncidence, votre texte a fait écho à un livre que je suis en train de lire, très beau, que je vous conseille si vous ne l’avez déjà lu, où il y a quelque chose à voir aussi avec la proximité de la nature dont vous parlez beaucoup : « Dans les forêts sibériennes » de Sylvain Tesson.

Estelle

 


 

Un bonheur immense.


Ego et involution.

Par Le 25/04/2012

"Ego : Acte par lequel la conscience de soi se pose en origine de soi, se coupant à la fois de soi et de son origine. "

Tariq Demens.


S'agit-il vraiment d'un acte ? Par "acte", j'entends une volonté et pas une réaction ? 

Est-ce qu'il y a vraiment une volonté ou plus simplement un abandon ?

S'il s'agit d'un abandon, quelle en est la source ?

Pourquoi les individus s'égarent parfois dans cette dimension égotique, à partir de quand cela se produit-il, quels évènements ou situations prolongées contribuent à cet égarement ?

S'agit-il d'ailleurs d'un égarement ? Quelles en sont les conséquences ? Est-ce vraiment si problématique ?

Les individus qui restent ancrés dans l'origine du soi sans que ce soi ne se considère comme l'origine de l'individu sont-ils plus à mêmes de participer à la justesse du monde ? Comment parvenir à établir le comportement inhérent à cette justesse ? En quoi consiste-t-il ?

Si une bonne partie de l'humanité est enfermée dans un moi encapsulé, il faut bien qu'il y ait eu un point de départ, un phénomène déclencheur, un choix qui se soit fait. A moins qu'il ne s'agisse que d'une dégénérescence et que cette humanité soit engagée sur une voie négative.

Pourquoi l'évolution ayant contribué à l'avènement d'un cortex, d'une conscience, d'une intelligence serait-elle anéantie par une involution ? Il doit y avoir une explication. 

Il y a des jours où j'aimerais que ça se calme en moi.

Poésie

Par Le 25/03/2012

"J'ai cru connaître l'être autant que le non-être

J'ai cru percer à jour le haut comme le bas

Mais je ne connais rien si je ne puis connaître

L'Au-delà de l'ivresse en l'au-delà de moi. "

Omar Khayyâm


"Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par-delà le soleil, par-delà les éthers,

Par-delà les confins des sphères étoilées

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et comme un bon nageur qui se pâme dans

l'onde,

Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde,

Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides,

Va te purifier dans l'air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides. "

Charles Baudelaire.

 


 

 

 

 

 

Ecouter l'intérieur.

Par Le 12/03/2012

Voir ce qui se passe en nous, baliser le chemin...

Ce matin, avec les enfants dans la classe, je m'aperçois qu'une élève continue à utiliser en calcul mental une technique travaillée au CE2 pour accéder à la soustraction. Elle n'a toujours pas validé la méthode soustractive et continue à utiliser le complément de "l'addition à trou."

Pas un problème en soi si ce n'est ce que cette attitude figée révèle.

Explications.

"Tout au long de votre vie, vous devrez abandonner des choses apprises pour accéder à une maîtrise plus profonde de ce que vous apprenez. Et lorsque vous aurez appris cette nouvelle technique, vous devrez de nouveau la délaisser pour franchir un nouveau palier. Il ne s'agit pas de l'oublier mais juste de prendre conscience qu'elle est devenue insuffisante et que vous possédez en vous, le potentiel pour relancer l'apprentissage. Imaginez que vous êtes entre deux lampadaires, on en a déjà parlé. Celui sous lequel vous êtes illumine et vous vous y sentez en sécurité. Dans votre dos, vous apercevez le lampadaire plus ancien, celui que vous avez déjà abandonné depuis un moment et dont la lumière acquise vous a permis d'avancer et d'arriver là où vous êtes. La différence maintenant, c'est que le lampadaire suivant est bien plus éloigné que tout ce que vous avez connu jusque-là. Vous ne disposez pas d'un horizon dégagé, les zones d'ombres sont vraiment profondes, étendues, inquiétantes. Vous pourriez vous contenter de rester là où vous êtes, après tout cette lumière est douce et apaisante. Mais il y a un phénomène qu'il ne faut pas oublier, qu'il ne faut jamais quitter des yeux. Si vous restez là où vous êtes, vous allez épuiser la source d'énergie dont vous bénéficiez à l'instant. Il est inconcevable d'imposer à la Vie la fixité, l'immobilité, le refus d'avancer. La Vie a toujours été lancée dans ce mouvement vers l'avant et vous faites partie de ce mouvement. 

Souvenez-vous des séances de ski de cet hiver. Certains connaissaient juste le chasse-neige et pouvaient s'en contenter mais ils ont rapidement vu que cette fixité leur interdisait l'accès à des pistes plus exigeantes. Il fallait abandonner le chasse-neige et parvenir au ski parallèle, au dérapage, à l'appui sur le ski amont...Il fallait quitter cette sécurité et accepter d'avancer en terrain inconnu, de se "mettre en danger", de risquer la chute, d'éprouver cette peur ennemie. Vous étiez sous un lampadaire et il vous fallait accepter les territoires inconnus. Et vous l'avez fait. Et le bonheur du ski s'est nourri de ce chemin parcouru, ça n'était pas que le plaisir d'aller sur d'autres pistes mais aussi ce bonheur en vous d'être parvenu à dominer cette peur, cet abandon des choses connues.

Tout ce que vous allez vivre pendant toute votre vie ressemble à ce parcours. En mathématiques, en sport, en amour, dans toutes les passions qui vous animeront. Il est essentiel de savoir toujours où vous en êtes. Essentiel d'identifier la lumière dont vous disposez et de vous féliciter du chemin parcouru pour tendre votre regard intérieur vers l'ombre qui vous attend.

La fixité n'est pas naturelle. C'est la peur qui l'installe. Apprenez à vivre votre peur et à comprendre ce qu'elle vous enseigne. La Vie porte en elle cet élan. Sinon, elle ne serait pas passée de l'amibe à la baleine bleue.

De l'éducation.

Par Le 06/03/2012

"J'espère qu'à la fin de ce siècle, ce que nous appelons aujourd'hui « école » sera une relique historique, développée à l'époque des chemins de fer et de l'automobile privée et rejetée avec eux. Bientôt, il sera évident que l'école est aussi marginale à l'éducation qu'un guérisseur l'est à la santé publique."

Ivan Illich (Cuernavaca, Mexique)


"La révolution viendra en éducation, mais elle ne dépendra ni des diplômes des professeurs, ni de leurs connaissances, ni des programmes, ni des livres, ni des méthodes audio-visuelles, ni d'aucun progrès technique. Elle dépendra uniquement du climat que saura créer le maître dans sa relation avec l'élève... L'enseignant ne doit pas être un tube stérile à travers lequel passe la connaissance de génération en génération."

Carl Rogers, « Les enfants ne sont pas des oies à gaver ».


"C'est parce que nous sommes si desséchés nous-mêmes, si vides et sans amour que nous avons permis aux gouvernements et aux systèmes de s'emparer de l'éducation de nos enfants et de la direction de nos vies ; mais les gouvernements veulent des techniciens efficients, non des êtres humains, car des êtres vraiment humains deviennent dangereux pour les Etats et pour les religions organisées. Voilà pourquoi les gouvernements et les Églises cherchent à contrôler l'éducation."

Krishamurti, « De l'éducation »


 

 

 

Etiquettes

Par Le 15/02/2012

Je trouve assez déprimant que ce besoin d'étiquettes soit encore présent quand il s'agit d'une démarche spirituelle et finalement, ça me laisse penser que ce moi dérivé qui a besoin de s'identifier exerce toujours son influence, même au coeur de cette sphère spirituelle qui se devrait d'être détachée de ces appartenances limitatives.

Je ne suis pas bouddhiste. Il n'y a que Bouddha qui l'était.

A la limite, je pourrais dire que je suis "ledruiste" mais ça serait encore plus ridicule.

Je ne suis rien qui puisse exercer sur moi un signe d'appartenance ou d'adhésion pleine et entière. 

Je ne suis pas Français, je suis né sur un bout de terre que des hommes ont nommé France.

Je ne suis pas instituteur, j'exerce le métier d'instituteur.

Je ne suis pas écrivain, j'aime écrire.

Je ne suis pas un humain, je suis une forme de la vie qui a fini par prendre le nom d'humain.

Mais tout ce fatras ne fait pas de moi autre chose que ce que la vie est en moi. Elle existe et le nom prise par la forme n'est pas l'espace qui s'y trouve. Tant que les humains s'égareront dans ce genre de limitations, il n'y aura aucun changement possible. On sera toujours dans ce registre du moi qui cherche à exister à travers des illusions dérisoires et éphémères.

Et il y a des jours où cette immobilité spirituelle me désespère. Cette impression que le progrès matérialiste, scientifique, social, technologique a usé de toute l'énergie disponible et que l'évolution spirituelle s'est trouvée vidée de tout. Une vieille peau abandonnée, flétrie, pourrie, liquéfiée dans le flot des âmes fascinée par la quête matérialiste.

Ceux et celles qui s'intéressaient encore à cet espace spirituel, se sont dit que ça serait bien qu'ils se retrouvent ensemble pour en discuter, se reconnaître, comparer, débattre, tenter de s'élever un peu de la masse qui s'étend, s'étend...Et au fil des rencontres, ils ont créé des groupes pour pouvoir se positionner vis à vis des groupes qu'ils critiquaient.

Quelle misère, quelle épouvantable misère...

L'expérience des perceptions

Par Le 26/12/2011

"La source première de notre connaissance est l'expérience. Pour qu'il y ait expérience, il faut, absolument parlant, que nous ayons perçu une chose elle-même. Mais on doit, en outre, distinguer perception et expérience. D'entrée de jeu la perception ne contient qu'un unique objet qui est maintenant, de façon fortuite, ainsi constituée, mais qui, une autre fois, peut être autrement constituée. Or, si je répète la perception et que, dans cette perception répétée, je remarque et retienne fermement ce qui reste égal à soi-même en toutes ces perceptions, c'est là une expérience. L'expérience contient avant tout des lois, c'est-à-dire une liaison entre deux phénomènes tels que, si l'un est présent, l'autre aussi suit toujours. Mais l'expérience ne contient que l'universalité d'un tel phénomène, non la nécessité de la corrélation. L'expérience enseigne seulement qu'une chose est ainsi, c'est-à-dire comme elle se trouve, ou donnée, mais non encore les fondements ou le pourquoi.
( ... )
Si l'on veut connaître ce qu'est véritablement une rose, un œillet, un chêne etc., c'est-à-dire en saisir le concept, il faut tout d'abord saisir le concept supérieur sur lequel se fondent ces êtres, ici par conséquent le concept de plante; et, pour saisir le concept de plante, il faut derechef saisir le concept plus élevé d'où dépend le concept de plante, c'est-à-dire le concept de corps organisé. " (F. Hegel)
 

 
Et bien, alors, j'en suis à la perception de la pulsion de Vie, tout comme celle de la pulsion de mort.
Un jour, il s'agira d'une expérience.
Et puis viendra le temps des fondements et des pourquoi.
Le temps que ça me prendra n'a aucune importance.
Ce qui compte, c'est que j'avance.
Et si je ne parviens pas au bout, c'est que je n'en étais pas capable. Mais pour l'instant, je ne peux pas le savoir.
On ne peut pas savoir de quoi on sera capable en dehors du fait qu'on sera capable de mourir un jour. C'est la seule certitude. Sans qu'on sache pour autant ce que cette mort contient et propose. Il ne s'agit donc que d'une certitude tronquée, une évidence partielle qui correspond simplement à notre incomplétude.
Pour l'instant, je dispose du florilège incessant de mes perceptions. Dans quelques domaines, j'ai pu en établir une certaine expérience. J'ai même parfois identifié les fondements. Je sais par exemple pourquoi je suis instituteur. Fondamentalement. La pulsion de Vie en est l'instigatrice. Créer, prolonger, transmettre, renouveler.
La mort ne proposera pas de perceptions multiples. Il n'y aura donc aucune expérience possible. Ni par conséquent la possiblité de remonter aux fondements. A moins que tout se passe en dehors de ce champ de connaissances.
J'ai du mal à imaginer que la Vie puisse mettre un terme d'une façon aussi absolue à tout ce qui a constitué l'existence. L'impression que la mort est une pierre qui tombe dans l'océan d'énergie. Des ondes circulaires qui s'étendent.