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La forêt et le monde d'avant.
- Par Thierry LEDRU
- Le 30/05/2021
"J’ai compris que mes petits enfants ne connaitraient pas ces forêts de grands bois, si fiers, si riches… Que le monde qu’on a connu jusqu’ici ne sera plus jamais le même. Il y a, à un moment donné, quelque chose qui s’est brisé en moi…"
En lisant ce passage, je me suis dit que c'était effarant le nombre de gens qui disent la même chose autour de moi, dans tous les domaines, depuis une dizaine d'années. "Le monde d'avant".
Oui, je sais, ça fait "vieux con nostalgique". J'en suis un.
nostalgique
adj inv mélancolique, triste, neurasthénique, pessimiste, atrabilaire, spleenétique, défaitiste, abattuPour "vieux con", inutile de donner une définition complète. Vous prenez les années 1950-1960-1970 comme période de naissance et vous les écoutez parler.
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie : tribune d’un forestier
https://lareleveetlapeste.fr/proteger-les-forets-pour-proteger-leau-donc-la-vie-tribune-dun-forestier/
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.

27 février 2020 - La Relève et La Peste

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Ecrit en fin d’année 2019 par un forestier de l’ONF, membre du Snupfen-Solidaires de Franche-Comté, nous avons décidé de relayer son cri du cœur, plus que jamais d’actualité. Alors que l’ONF est en proie à une privatisation qui menace les forêts françaises, son témoignage nous appelle à regarder les choses en face, à faire le deuil de ce que nous avons déjà perdu, et à agir.
J’ai commencé en 1998… Une autre époque. Un triage de 800 hectares, deux communes. Le temps de faire les choses bien, propres, dans le détail. Le temps de discuter avec le papy qui sort son bois de la tourbière avec sa brouette, d’échanger avec les bûcherons, les ouvriers, pour qu’ils me racontent aussi, qu’ils m’apprennent.
Les plus beaux hêtres se tranchaient à 3500 francs du mètre cube, et les feuillus précieux flambaient, vendus à la pièce sur les parcs à grumes, jusqu’à 90 000 francs du mètre cube ! Du jamais vu…
En ce temps-là, les marteaux étaient toujours au coffre, à la division, gardés comme un trésor. On ne coupait les feuillus qu’en hiver, hors sève, et on attendait le gel pour débarder. Le bûcheronnage était saisonnier… comme les dégagements sylvicoles.
Et puis, le 26 décembre 1999, j’ai compris. J’ai compris qu’on ne maîtrise rien, tout forestier qu’on soit. Qu’on ne sait rien de l’avenir, du possible ou de l’impossible. Que la nature, quoi qu’il arrive, a le dernier mot. J’ai vu mes collègues perdre toute leur vie de travail en deux heures. Perdre tous leurs repères…
Le monde entier est venu acheter du bois : on a rempli des wagons, des containers, qui partaient jusqu’au bout du monde. On a cubé pendant des mois, tous les jours, des milliers de mètres cubes, des kilomètres de grumes le long des routes. On était les forestiers de l’an 2000, et on avait l’impression de vivre l’apocalypse forestière…
Mais la forêt a repoussé, riche de cette glandée qu’on attendait depuis quinze ans, de toutes cette fructification miraculeuse, juste avant Lothar.
Elle savait, la forêt.

Crédit : Zoë Gayah Jonker
Nous, forestiers de l’an 2000, allions passé notre vie à mener ces peuplements issus de cette terrible tempête. Mon premier triage ravagé, j’ai découvert la sylviculture extensive, le cassage, le traitement irrégulier. Dans des trouées de 200 hectares, les ouvriers ont repris le croissant. Et ils étaient contents. Et c’était beau toute cette régé mélangée, riche, vive…
C’était beau, même s’il fallait lutter encore, pour que les crocodiles qui voulaient profiter de la tempête ne mettent pas la main sur ces forêts, ne massacrent pas les sols pour en faire des lotissements, des routes, des carrières, à coup de milliers d’euros.
Des millions promis en masse aux communes sinistrées, et même aux directions qui voyaient d’un bon œil arriver les 12% de ces jolis millions promis… Il a fallu convaincre, défendre, tenir bon malgré les menaces, montrer aux élus toute la richesse de ces milieux meurtris mais si importants…
Et puis il y a eu la réforme aussi. On a lutté, oui, de toutes nos forces je crois. C’était beau. Nous étions ensemble, solidaires. Je pense vraiment qu’on a réussi à éviter le pire, malgré tout. Mon deuxième triage, sur 7 forêts, a pris d’abord une, puis trois, puis 5 forêts supplémentaires au fil des années. On m’a changé d’équipe, on m’a retiré les forêts debout pour des forêts rasées. On a eu la canicule aussi, en 2003, son lot de chenilles, de scolytes…
On s’est mis à marteler à la peinture, toute la journée, toute l’année. A couper les bois en toute saison, à débarder par tous les temps, pour les ventes. Tout s’est mis dans le même rythme. Mais toujours, toujours la forêt repoussait.
On nous disait tout ce qu’on ne ferait plus, que tout irait bien, parce que les communes s’en débrouilleraient plutôt que de payer. Mais elles payaient, les communes, cash, pour que surtout rien ne change.
A la seizième forêt qu’ils m’ont rajouté, j’ai dit non. Stop. J’ai laissé mes 500 cessionnaires, mes papys, mes conseils municipaux, mes petites et grosses mairies, mes bucherons caractériels. J’ai choisi la montagne, plus loin, plus dure, plus rude, mais si belle aussi… La forêt des pentes et des roches, mélangée, jardinée. La francomtoise. J’y ai retrouvé le marteau et les saisons…

Crédit : Thomas Tixtaaz
Et moi qui m’étais juré de ne jamais porter d’étiquette, j’ai sauté le pas : j’ai pris des engagements, vraiment, au Snu. J’ai porté ses valeurs, son cri, car c’était aussi les miens : quelles forêts pour nos enfants ?
On a lutté oui, de toutes nos forces, défendu ces forêts et leurs forestiers.
J’ai découvert le mépris aussi, de ceux qui font semblant de nous écouter mais qui n’entendent rien, parce qu’ils savent mieux. Mais le mépris aussi de ceux qui se demandent toujours : « Mais que font les syndicats ??? » J’ai pris la morsure des sous-entendus…
Ben oui parce que quand tu sièges tu n’es pas sur ton triage, donc tu ne fais rien. Et quand tu n’obtiens pas ce que veulent ceux que tu représentes, c’est que tu ne sers à rien, que tu es vraiment nul, que tu vas juste glandouiller avec tes potes pendant que les autres bossent !
Et si tu ne sièges plus parce que cette mauvaise foi en face est juste insupportable, ce gouffre entretenu entre la direction et notre réalité quotidienne, la malhonnêteté des promesses jamais tenues, quand en face de toi les dirigeants eux-mêmes s’assoient sur la loi pour faire la leur, quand tu renonces parce que même si tu dis non ça ne change rien, les autres, ceux qui restent en forêt sans surtout en sortir, tu les entends encore : mais que font les syndicats ?
Et toi, tu fais quoi ?
J’ai vu les dépressions des collègues autour de moi, les burn-out. Les départs en retraite non remplacés. Les collègues déçus, aigris, plein d’amertume, partir soulagés en nous souhaitant bonne chance et bon courage. Les contractuels non renouvelés.
Mais il y a eu des belles choses aussi. J’ai vu les jeunes arriver, motivés, heureux. On s’est mis à garder des bois bio, à tenir compte ça et là des sols, des oiseaux, de toutes ces espèces en train de disparaître. Les réseaux naturalistes se sont développés. Je me suis enrichie de toujours plus d’expériences, d’échecs et de réussites, de petites victoires et de grandes déceptions.
Et puis, toujours, nourrissant, ces petits moments de grâce dans le quotidien du forestier : la lumière dans les houppiers dans les fins de journée d’automne, le givre qui fige la moindre brindille au petit matin, le faon niché et tremblant sous la ronce, la mer de nuage sous la crête… Le chant d’une Tengmalm au détour du chemin, le grand tétras levé au bout d’une virée … Tous ces petits riens qui font de ton métier l’un des plus beaux, que tu ne changerais pour rien au monde.

On s’est adapté aux nouveaux services, aux nouveaux départs, aux expérimentations, au TDS, aux nouvelles directives, aux contre-ordres, aux notes de service, à Teck, à ProdBois, aux services qui se vident, aux postes jamais pourvus, aux intérims interminables.
J’ai appris à dire non, encore. C’est très mal vu, mais salutaire.
On a aussi martelé des peuplements entiers de chênes de 45 au-dessus de rien, parce qu’il y avait du retard dans les aménagements, parce que la surface d’équilibre, parce que ceci, parce que cela. J’ai vu les prix des bois chuter toujours plus bas, remonter parfois avant de redescendre, la direction demander de prélever plus pour compenser.
J’ai vu des bûcherons payer toujours plus de charges sans pour autant gagner un euro de plus. 100 francs du mètre cube en 1999, 15 € en 2019 : étrange, mais ça n’a pas bougé. J’ai vu des gros bois partir en tritu : des siècles de croissance pour finir en lamellé collé dans un meuble en kit qui finira à la déchetterie dans dix ans… Pour 38 €, 250 balles…
Je ne m’y fais pas, ça me fait toujours mal, à chaque fois. Je préfère les savoir mourir en forêt de leur belle mort.
J’ai vu des machines de plus en plus grosses, de plus en plus lourdes, sortir tout de la forêt, parfois jusqu’aux feuilles et aux aiguilles. J’ai vu des forestiers retourner marteler parce que l’objectif n’était pas atteint. J’ai senti l’amertume de ceux qui n’avaient pas eu le concours, l’examen, des contractuels payés au lance-pierre et gentiment remerciés. Pour boucler le budget on a fermé le campus, vendu les Arcs, vendu le siège pour mieux le louer ensuite.
J’ai vu le bon sens se perdre, comme fondu, au nom du chiffre, des objectifs, et du budget …
Et puis il y a eu 2019. Ce printemps-là, j’ai compris plus encore. En 2019, les sapins se sont mis à sécher même en hiver… Même les plus beaux, surtout les plus beaux, les plus vieux, les plus grands, les uns après les autres, se sont éteints, comme ça, soudain. Il s’est mis à pleuvoir des feuilles et des aiguilles, en plein été, même dans les jeunes peuplements, même dans les peuplements les plus mélangés, les plus sains, même en RBI.
En plus des frênes qui mourraient déjà, se sont mis à sécher les hêtres, les sapins, les épicéas. Le paysage a changé, très vite, en quelques mois… J’ai marqué des bois secs ou en train de mourir tous les jours. Tous les jours.

Crédit : congerdesign
Et j’ai compris que moi, forestier de l’an 2000, je ne laisserai peut-être rien derrière moi… Rien du travail de toutes ces générations de forestiers, rien de ces vingt ans à y croire si fort.
Le gibier en surpopulation bouffe tout en dessous, tout sèche au-dessus. Le gel de mai a cramé les feuillus, puis ils ont pris la canicule de juin, puis celle de juillet, puis celle d’août. En octobre, les scolytes continuaient encore dans les épicéas.
Et j’ai pleuré, oui, j’ai pleuré. Je n’ai pas honte de le dire.
J’ai pleuré en martelant des sapins centenaires, qui se dressaient si fièrement hier encore. Je leur ai demandé pardon, à eux qui ont traversé les deux guerres, la sècheresse de 76 et celle de 2003, qui ont survécu à Lothar, à la neige, au vent, aux orages et aux crues…
Pardon, pardon pour les hommes… pardon pour tout ce carbone rejeté sans conscience, pardon pour cette insouciante surconsommation perpétuelle, pardon pour cette chaleur implacable qui vous tue… On savait, depuis longtemps, mais on a continué, comme si de rien n’était… Pardon, pardon…
On a tous, chacun, notre responsabilité. Parce qu’on n’a pas entendu, pas cru, parce qu’on a pensé que c’était pour demain, et que demain ce ne serait pas pour nous, pas pour eux… Parce qu’on s’est laissé convaincre, qu’on a laissé gouverner les crocodiles, préservé notre petit confort… Parce que la lutte n’a pas suffi…
J’ai compris que mes petits enfants ne connaitraient pas ces forêts de grands bois, si fiers, si riches… Que le monde qu’on a connu jusqu’ici ne sera plus jamais le même. Il y a, à un moment donné, quelque chose qui s’est brisé en moi…
On m’a dit de ne pas m’inquiéter, que ce n’était pas si grave. Que ça allait s’arranger. S’arranger ? Les étés à venir ? Les canicules, les sécheresses, les parasites, les tempêtes, les crues ? Non, soyons réalistes, honnêtes avec nous-même. Ça ne va pas s’arranger. Nous le savons très bien.
Les sapins, les hêtres, ne sont pas faits pour des températures de 40°, des nuits sans rosée. Le chalara, les chenilles, les scolytes, non, ça ne va pas s’arranger.
Au bout de six mois, oui, finalement tout le monde a reconnu qu’il y avait là une crise, grave. Il y a des embauches de CDD, non affectables aux triages vacants bien sûr, des financements pour les camions qui emmènent les bois au large. Mais le feuillus précieux partent chez Ikea, les scieurs locaux n’ont plus de contrats, il a fallu leur vendre nous-même nos lots sans le service bois. On continue de marcher sur la tête, à l’envers…
Mais depuis quelques semaines, je sais, moi, forestier de l’an 2000, quel est mon projet pour les 20 prochaines années. Parce que comme il y a vingt ans, les crocodiles vont revenir à l’assaut, auprès des communes démunies. Ils vont essayer de convaincre, promettre les milliers, les millions d’euros.
Si nous n’avons, nous, en face, qu’un argument de dépenses et de plantations aléatoires à leur proposer, qui s’adapteront peut-être malgré les printemps secs, malgré le gibier, à coup de subventions, ou pas, si c’est ça notre réponse, on va droit dans le mur.
Mais la forêt, résiliente, toujours, s’adaptera. Il faut juste lui laisser le temps et l’espace nécessaire. Préserver à tout prix, cet espace, et ces sols.
Ce ne seront plus les mêmes forêts, les mêmes arbres. Le climat nouveau est arrivé, et ce sont d’autres essences, d’autres équilibres qui vont se mettre en place. La forêt nouvelle s’adaptera. Laissons-lui juste le temps, les dizaines d’années nécessaires.
Mais en attendant, nos arbres ne tiendront plus les sols de montagne, les roches, ne retiendront plus les crues, ne réguleront plus l’eau, là-haut. Alors partout, jusqu’au plus bas de la plaine, tous en subiront les conséquences. Nous n’en avons pas fini avec les inondations, ni avec les sécheresses.
Malheureusement si nous, forestiers, sommes aux premiers fronts, je crains que tant qu’il y a de l’eau au robinet, peu de gens prennent vraiment conscience de l’urgence, de la gravité de la situation. Mais il va venir très vite le moment où l’eau ne coulera plus au robinet. Bien plus vite qu’on ne le pense, car nous sous estimons largement la part de la biosphère dans les équilibres climatiques.
La disparition de la forêt, même juste pour un temps, même juste pour une ou deux générations humaines, c’est la disparition de la régulation de l’eau.

Crédit : Jp Valery
Et ce n’est pas en jouant aux apprentis sorciers, en espérant accompagner les migrations des espèces végétales sans que l’on sache du tout quelle sera l’évolution du climat dans 10, 20, 60 ans, en plantant tout et n’importe quoi n’importe où, qu’on va éviter ça.
Non, le boulot du forestier d’aujourd’hui et de demain ne sera plus de produire ou de récolter du bois, ouvrons les yeux, mais bel et bien de protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie.
Protéger les forêts pour protéger l’eau, donc la vie. Pas seulement celle de la faune et de la flore, mais toute la vie, de toutes les espèces, nous compris.
Et si cette protection des sols et de la résilience forestière naturelle, qui a juste besoin du temps et de l’espace nécessaire, ne deviennent pas une priorité absolue, si l’on ne prend pas conscience qu’il faut dès à présent s’adapter au temps dont elle a besoin, et non plus essayer de l’adapter au temps de nos courtes générations, alors nous allons, très vite, le payer, et très cher.
J’ai reconnu cette brisure en moi, je l’ai reconnue car je l’ai vue dans les yeux de mes collègues en 2000. Mais cette brisure j’en ai fait une force aujourd’hui : mes yeux sont ouverts, je sais où est ma place, quel est mon rôle. Si le quotidien reste difficile, je sais, moi, mes priorités absolues.
Et je sais combien chacun a besoin du forestier pour être là, pour protéger ce qui survit des feux à venir, de la destruction des sols forestiers, de la pollution et des crocodiles. Gageons qu’il faudra beaucoup, beaucoup de temps avant que cette prise de conscience monte jusqu’aux cerveaux encombrés de nos dirigeants.
Espérons que lorsque l’eau ne coulera plus au robinet, que lorsque la Seine aura envahi Paris, ils feront le lien, et réfléchirons non plus en euros, mais avec du bon sens, non plus à échéance électorale, mais à l’échelle de la vie.
Je suis forestier de l’an 2000, et la première chose que j’ai apprise, lorsque j’avais vingt ans, c’est que le forestier doit avant tout préserver sa surface forestière, l’état forestier. C’est ce qu’il y a de plus difficile, mais c’est notre métier, avant tout. Il est plus que jamais fondamental aujourd’hui. Tout ce que nous pourrons préserver donnera une chance supplémentaire à nos enfants, à nos petits-enfants, de connaître les arbres, les forêts, l’eau. De survivre… Ne l’oublions jamais.
27 février 2020 - La Relève et La Peste
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Striatum vs cortex
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/05/2021
L'évolution de l'espèce humaine passera inévitablement par l'élévation au regard de ce cerveau et de ses imbrications archaïques.
Konrad Lorenz, il me semble, avait écrit un jour : "Le chaînon manquant entre le singe et l'homme, c'est nous".
Striatum : notre cerveau pourrait avoir notre peau à force de nous mener à la surconsommation

Le striatum: ce cerveau archaïque qui nous rend déraisonnable. Credit: Pexels
Notre cerveau nous pousse vers une obsession du "toujours plus" pouvant mener vers une catastrophe écologique.
par Véro H (article) et Vincent Toussaint (vidéo)
Actualisé le 19 novembre 2019 à 15:51
Pour la première fois dans son histoire, l’Homme est maintenant capable de s’auto-détruire. À force de surconsommation effrénée et d’innovations technologiques mortifères, nous sommes en passe de détruire notre environnement et de compromettre ainsi la survie de l’humanité. Pourquoi ne sommes-nous pas capables de changer de comportement pour revenir à la raison ? Selon le neurobiologiste Sébastien Bohler, dans son essai Le Bug humain, le responsable se cache dans notre cerveau : c’est le striatum.
Le striatum : mode d’emploi
Depuis les débuts de la vie sur Terre, le cerveau de tous les Animaux est programmé pour réaliser les fonctions essentielles à leur survie : se nourrir, se reproduire, maîtriser son environnement et obtenir du pouvoir, le tout, si possible, avec le minimum d’efforts et le maximum d’efficacité.
Le rôle du striatum ? C’est la partie la plus ancienne du cerveau humain, une structure nerveuse qui stimule l’Homme vers la recherche de nourriture et d’un partenaire sexuel, entre autres fonctions. Chez certaines espèces évoluées comme l’Homme, cette recherche, si elle est fructueuse, libère dans le striatum de la dopamine, la substance chimique responsable de la sensation de plaisir. Ainsi se met en place le circuit de la récompense : si je réalise cette action, je ressens du plaisir donc je suis motivé à la refaire.
Voilà donc un système qui révèle toute son efficacité lorsque les conditions de survie sont difficiles : nourriture rare, environnement hostile, menace de prédateurs. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?
Striatum vs cortex, une lutte inégale
Savez-vous que le cerveau humain n’est pas l’organe parfait qu’on nous décrit souvent ? Il est aussi le théâtre d’une lutte entre des forces parfois contradictoires : le striatum et le cortex.
En effet, une nouvelle partie du cerveau humain s’est développée plus tard que le striatum : le cortex cérébral, siège du raisonnement, du langage et de la conscience.
Ce composant du cerveau est devenu de plus en plus performant pour répondre aux besoins du striatum. L’invention de technologies de plus en plus sophistiquées a pu alors considérablement simplifier la vie de la plupart des hommes.
Mais dans le même temps, le striatum est resté programmé comme au début de l’humanité. Il ne sait pas se donner des limites et réclame toujours plus pour satisfaire le circuit de la récompense : toujours plus de nourriture, plus de voitures, plus d’argent, plus de pouvoir : c’est un ogre que nous abritons au cœur de notre cerveau.
Un remède à l’obsession du "toujours plus" ?
L’homme a pris conscience qu’il court peut-être à sa perte avec une telle surconsommation, qu’elle soit alimentaire, énergétique, numérique, etc. Le cortex cérébral agit pour nous faire comprendre le danger, anticiper l’avenir et nous inspirer des mesures salutaires face à notre striatum insatiable.
Pour contrer cette frénésie du "tout, tout de suite", la solution se trouve peut-être dans la "slow life". Ce mode de vie se veut durable, équitable et respectueux dans tous les domaines avec ses déclinaisons comme la slow food, le slow management et même le slow sex. Il s’agit de vivre en pleine conscience, c’est-à-dire en ralentissant le rythme pour apprécier le moment présent, en (ré)apprenant à attendre et même à s’ennuyer, en retrouvant le plaisir du partage et de l’apprentissage.
Voilà des objectifs qui peuvent paraître bien difficiles à atteindre pour nous, Hommes du XXIè siècle, mais c’est sans doute à ce prix que nous négocierons notre survie dans le monde de demain.
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Pesticides : Conseil d'état vs Maires.
- Par Thierry LEDRU
- Le 24/05/2021
Pesticides : après la décision du Conseil d’Etat, les maires contre-attaquent pour mieux les réglementer
« Il n’est pas normal qu’un déchet arrive chez vous sans votre autorisation, continue Daniel Cueff. C’est une violation de la propriété privée, une atteinte au bon voisinage et à la liberté individuelle. Nous avons donc décidé, par arrêté, que tout épandeur sur le territoire communal ne pourrait utiliser des pesticides que s’il est en mesure d’assurer qu’aucun résidu ne se dispersera au-delà de la parcelle traitée. »

5 mars 2021 - Augustin Langlade

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Suite à la décision du Conseil d’Etat qui jugeait les maires incompétents pour réguler les pesticides sur leurs communes, les édiles ont décidé de contre-attaquer. Mercredi 3 mars, sous l’impulsion du collectif des maires anti-pesticides, dix municipalités d’Île-de-France ont pris un nouvel arrêté commun interdisant l’usage de produits phytosanitaires au sein de leur périmètre communal. Cette fois-ci, les édiles s’appuient sur leur compétence à réglementer la gestion des déchets, dont ils estiment que font partie les résidus aériens de pesticides.
Seul le Ministère de l’Agriculture peut légiférer sur les pesticides
Véritable saga judiciaire, la lutte des élus locaux contre les produits phytosanitaires commence à Langouët, en Ille-et-Vilaine. En mai 2019, le maire aujourd’hui retiré de cette commune de 600 habitants à l’avant-garde de la transition écologique, Daniel Cueff, signe le premier arrêté interdisant l’épandage « à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d’habitation ou professionnel ».
Les Langouëtiens présentaient des taux très élevés de contamination au glyphosate et Daniel Cueff faisait valoir leur droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, garanti par l’article premier de la Constitution.
Lire aussi : « Un maire désobéit à l’État en interdisant les pesticides dans sa commune »
À sa suite, des dizaines de communes françaises, dont Lille et Paris, prennent des arrêtés similaires, systématiquement attaqués par les préfets devant les tribunaux administratifs. Le 1er janvier 2020, décidés à faire de l’épandage une question de santé publique majeure, 120 édiles fondent le Collectif des maires anti-pesticides, afin d’établir une ligne de défense commune de leurs arrêtés, dont la majorité sont suspendus en première instance.
Accompagné de l’avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, le maire écologiste de la commune d’Arcueil (Val-de-Marne), Christian Métairie, dépose alors un recours au Conseil d’État.
Mais dans sa décision rendue le 31 décembre dernier, la plus haute instance administrative du pays rejette ce pourvoi, concluant que les maires n’ont pas la compétence de réglementer l’utilisation de pesticides sur les territoires de leurs villes.
Les juges expliquent que « le pouvoir de police spéciale des produits phytopharmaceutiques confié aux autorités de l’État fait obstacle à l’édiction, par le maire d’une commune, de mesures réglementaires d’interdiction de portée générale de l’utilisation de ces produits ».
Autrement dit, seul le ministère de l’Agriculture, par l’intermédiaire des préfets, est à même de légiférer en matière de pesticides. Le principe de précaution ou des considérations d’ordre sanitaire ne sauraient donner le droit aux élus locaux de s’opposer aux volontés gouvernementales.
Lire aussi : « Le Conseil d’État juge les maires incompétents pour réguler l’usage de pesticides »

Les résidus de pesticides sont considérés comme des déchets
Depuis lors, on croyait l’affaire enterrée pour de bon. Mais des maires ont trouvé un moyen ingénieux de la rouvrir. C’est à La Montagne, petite ville de Loire-Atlantique proche de Nantes, que l’idée d’un nouveau raisonnement juridique a germé. Et si l’on considérait les résidus de pesticides comme des déchets ?
Ils relèveraient soudain de l’un des principaux domaines de compétences des maires : la gestion des ordures et des troubles de voisinage. Le 11 janvier, Fabien Gracia, maire de La Montagne, publie son arrêté et aussitôt il est imité par Éric Piolle à Grenoble, puis les dix villes franciliennes du Collectif des maires anti-pesticides : Bagneux, Gennevilliers, Malakoff, Nanterre, Sceaux, Arcueil, Cachan, L’Île-Saint-Denis, Montfermeil, Savigny-le-Temple.
Quel est donc le raisonnement du nouvel arrêté « portant obligation d’élimination des déchets provenant de l’utilisation de produits phytosanitaires ou de pesticides » ?
« Quand un épandage est effectué, nous explique Daniel Cueff, également président du Collectif des maires anti-pesticides, les particules chimiques se diffusent dans l’atmosphère et vont chez les voisins, même à l’intérieur des habitations. Ce sont donc des déchets ! »
Le Code de l’environnement définit ceux-ci comme « toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l’intention ou l’obligation de se défaire », là où une décision de la Commission européenne classe les résidus de pesticides dans la catégorie des « déchets dangereux ».
Le dépôt de déchets sur la voie publique ou dans une propriété privée est quant à lui sanctionné par le Code pénal, que les maires sont chargés de faire respecter.
« Il n’est pas normal qu’un déchet arrive chez vous sans votre autorisation, continue Daniel Cueff. C’est une violation de la propriété privée, une atteinte au bon voisinage et à la liberté individuelle. Nous avons donc décidé, par arrêté, que tout épandeur sur le territoire communal ne pourrait utiliser des pesticides que s’il est en mesure d’assurer qu’aucun résidu ne se dispersera au-delà de la parcelle traitée. »
Et comme il est impossible de gérer ou d’éliminer ce type de « déchets » (à moins de contrôler le vent et l’invisible), adieu les pesticides.
Lire aussi : « Les lobbies profitent du coronavirus pour attaquer les lois environnementales et sociales »
Les dix villes où cet arrêté a été pris constituent des zones urbaines denses, abritant très peu d’agriculture. Il s’agit plutôt de mettre fin à l’épandage dans les parcs et les autres espaces verts, y compris les jardins.
« Mais ce constat n’empêchera pas les préfets de s’emparer du sujet, commente Daniel Cueff, et de traîner tous ces maires devant les tribunaux administratifs. »
Une nouvelle saga judiciaire est sur le point de commencer. Peut-être terminera-t-elle aussi au Conseil d’État. L’ancien maire de Langouët n’a pas de mots assez durs contre la centralisation, qu’il juge responsable de l’inertie de la société vis-à-vis des pesticides.
« Nous sommes dans un État où tout est centralisé, explique-t-il. Quelques hommes, parfois un seul, décident pour tout le monde. Dans les régions, les préfets ont davantage de pouvoir que tous les élus réunis. Sur le continent européen, seuls deux pays obéissent à ce centralisme épouvantable : la France et la Turquie. C’est pour cette raison que les préfectures redoutent qu’un arrêté soit validé par la justice, car cela formerait jurisprudence et pourrait être reproduit dans toutes les régions de France et de Navarre… »
Outre l’intérêt pratique de cet arrêté, les membres du Collectif des maires anti-pesticides cherchent à multiplier les actions non violentes susceptibles de sensibiliser la population, tout en utilisant les faibles moyens à leur disposition pour arrêter cette pollution.
« C’est inacceptable que les habitants d’une commune respirent sans le vouloir des particules épandues dans les champs, dénonce Daniel Cueff. L’ensemble de la littérature scientifique prouve que ces produits sont dangereux, catastrophiques pour la santé humaine et la biodiversité. »
Est-ce la faute des agriculteurs ?
« Certainement pas ! répond notre interlocuteur. C’est notre société qui les a mis dans cette situation, qui a exigé de meilleurs rendements, qui les a formés aux pesticides dans les écoles, qui leur a prêté de l’argent pour qu’ils investissent dans du matériel… C’est donc à nous de les aider maintenant à s’en passer. Et pour cela, il faut pousser le destin. »
Le modèle d’arrêté est disponible sur la page principale de l’adresse suivante : www.maireantipesticide.fr
5 mars 2021 - Augustin Langlade
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
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Les lobbies opportunistes
- Par Thierry LEDRU
- Le 24/05/2021
Les lobbies profitent du coronavirus pour attaquer les lois environnementales et sociales
Les plus grandes entreprises de France réclament une mobilisation générale : plus de travail, plus de subventions, moins de règlementations. Et tant pis pour le climat.

23 avril 2020 - Augustin Langlade

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- Format : 128 pages
- Impression : France
Un vent de lobbying intense souffle sur la France confinée. Alors que la crise climatique est chaque jour plus grave, la plupart des entreprises françaises ou implantées en France exigent que l’État les épargne des normes environnementales en vigueur, en prenant pour prétexte la relance économique du pays. Le monde d’après sera-t-il le refrain désespérant du monde d’avant ?
Un décret pour annuler les consultations publiques
Le 8 avril, alors que la crise sanitaire battait son plein, le gouvernement a publié un petit décret qui n’a pas fait grand bruit dans le débat national, mais aura certainement de lourdes répercussions sur le terrain.
Dans des domaines aussi larges qu’imprécis, les subventions publiques, l’aménagement du territoire, la construction, l’emploi, l’environnement, le « décret relatif au droit de dérogation reconnu au préfet » autorise désormais toutes les préfectures de France à contourner les normes et les règlements de l’État par simple arrêté, lorsque la décision est « justifiée par un motif d’intérêt général et l’existence de circonstances locales ».
Autrement dit, ce décret donne aux préfets le pouvoir d’esquiver la consultation publique, d’alléger toute démarche administrative, d’éluder les règlementations qui protègent la santé et l’environnement, ou encore d’affranchir les entreprises de certaines procédures préalables à leur mise en activité, en somme de devenir les arbitres de la vie locale.
Comme le montre le journal Reporterre, ce décret constitue en réalité une extension à l’ensemble du territoire national d’un processus expérimental mené dans les régions Pays-de-la-Loire et Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que quelques départements comme le Lot, la Creuse ou Mayotte, depuis le 1er janvier 2018. Le précédent décret, en vigueur dans des zones restreintes, conférait des pouvoirs identiques aux préfets : réduction des délais, allègement des normes, dérèglementation, arbitrage…
Un rapport d’information, présenté en juin 2019 par deux sénateurs de l’aile droite, a examiné 61 des 183 arrêtés pris dans le cadre de cette expérimentation. Et le résultat est clair : sur les 61 arrêtés, 34 ont facilité des subventions publiques, 2 des activités sportives ou associatives, et 19 ont permis de déroger à des normes environnementales ou agricoles.
Les préfets interrogés par les rapporteurs leur ont par ailleurs confié que ce décret risquait d’allonger « la durée des procédures d’instruction des décisions administratives » et de « donner l’impression d’un État arbitraire prenant des décisions différentes en fonction des demandeurs et des collectivités territoriales concernées ». Mais ces craintes n’ont pas été écoutées.
Le décret du 8 avril dernier s’inscrit dans le contexte tendu, émaillé d’incertitudes, de la relance économique du pays après le confinement. De quoi demain sera-t-il fait ? Une fois la crise derrière nous, à quelle sauce serons-nous mangés ? Va-t-on de nouveau socialiser les pertes, tout en continuant de privatiser les bénéfices ? Le monde d’après sera-t-il le refrain désespérant du monde d’avant ?
Soyons-en certains, les généraux du monde d’hier se démènent pour que le terrain du retour à la vie normale soit en leur faveur. Rien ne doit changer, c’est le mot d’ordre de leur bataille ; reculons, reculons, telle est leur véritable intention.

L’Assemblée Nationale et le Sénat ont accordé 20 milliards d’euros aux « grandes entreprises stratégiques » sans aucune condition exigée
Un lobbying anti-social et anti-écologique, au nom de la relance économique
Nous savons que plusieurs organisations d’entreprises mènent d’ores et déjà des actions coordonnées auprès du gouvernement afin que celui-ci infléchisse, reporte ou annule bon nombre de normes environnementales qui pourraient nuire à la reprise économique.
Le député Matthieu Orphelin (ex-LREM, désormais écologiste, ce qui en dit long) s’est scandalisé lundi 20 avril, dans une lettre adressée aux « patrons des patrons », que la crise du coronavirus soit devenue le nouveau prétexte des entreprises pour se débarrasser de normes d’intérêt collectif. Les grandes entreprises françaises ou implantées en France se sont engagées dans un front extrêmement virulent de lobbying et comptent bien abattre tous les obstacles qui se mettraient en travers de leurs intérêts.
Preuves à l’appui, le député du Maine-et-Loire accuse les plus grands syndicats d’entreprises, comme le Medef, l’Association française des entreprises privées (Afep, 113 premiers groupes actifs en France), le CCFA (constructeurs automobiles), ou l’Iata (secteur aérien), de vouloir revenir sur les principales dispositions des lois environnementales de ces dernières années, à l’échelle française et européenne.
Réduction des émissions de gaz à effet de serre, économie circulaire, gestion durable des ressources, toutes les avancées récentes en matière d’environnement sont remises en cause par le lobby du patronat, d’une manière plus décomplexée que jamais.
Selon l’AFEP dans une note interne rendue publique par Le Monde, le cadre juridique environnemental serait « un frein pour sortir de la crise économique », car il mobiliserait des « ressources importantes au sein des entreprises » qui n’en ont apparemment pas les moyens, puisqu’elles doivent relancer leur activité.
Les plus grandes entreprises de France réclament une mobilisation générale : plus de travail, plus de subventions, moins de règlementations. Et tant pis pour le climat.
Pour ce faire, toutes les méthodes sont bonnes à prendre : courriers adressés aux ministres, lobbying auprès de la Commission européenne, critiques féroces contre les normes environnementales dans les médias, diffusion de propositions thématiques qui remettent « provisoirement » en cause les règles… Le respect de l’environnement semble être la plus grande inquiétude des caporaux de l’industrie. Le gouvernement le reconnaît lui-même : un vent de lobbying souffle sur le pays.
« Ceux qui s’opposent aujourd’hui sont les mêmes que ceux qui s’opposaient ces dernières années lors du vote des textes pro-climat », confie au Monde un conseiller du ministère de la Transition écologique.
Leurs critiques des normes environnementales ne datent donc pas de la crise sanitaire, dont de nombreuses entreprises cherchent à tirer parti. Bref, de l’instrumentalisation.

A l’Union Européenne, la montée au créneau contre le Green Deal
Au niveau européen, les lobbies se battent contre le « Green Deal », l’un des principaux étendards de la nouvelle Commission européenne. Sous prétexte d’emploi et de sécurité alimentaire en temps de crise, la Copa-Cogeca, lobby européen de l’industrie agricole, mène une lutte acharnée pour que la transformation des systèmes alimentaires et le « verdissement » de la Politique agricole commune (PAC) n’aient pas lieu les prochaines années.
D’autre part, l’Afep recommande à la Commission européenne de ne pas augmenter comme prévu ses objectifs de réduction d’émission de GES sur dix ans, et de reporter au moins pour une année sa directive sur l’échange automatique et obligatoire d’informations dans le domaine fiscal. Traduction : permettez-nous de polluer et d’envoyer nos bénéfices dans des paradis fiscaux le temps que le monde se porte mieux.
Un tel lobbying, qui se déploie dans tous les domaines et à tous les échelons, intervient alors qu’une aide de 20 milliards d’euros a tout juste été débloquée par l’État, le 18 avril 2020, lors du vote de la seconde loi de finances rectificative. Ces 20 milliards d’euros seront accordés aux « entreprises stratégiques » du pays, sans aucune contrepartie environnementale, contrairement à ce que réclamaient un grand nombre de députés et quantité d’ONG comme Greenpeace, Attac ou Oxfam.
Selon Clément Sénéchal, chargé de campagne à Greenpeace France, cette subvention extraordinaire est un « chèque en blanc » offert à des multinationales qui n’étaient plus en position de force.
« L’État aurait pu demander aux entreprises une réduction des émissions de gaz à effet de serre, des contreparties en terme de gouvernance pour que les choix d’investissements et de développement soient conformes aux exigences environnementales, ou un mécanisme de sanctions pour les entreprises qui ne respecteraient pas les trajectoires fixées. »
On ne sait pas encore quelles entreprises bénéficieront de cette aide. Renault et Air France ont déjà été évoqués. Le secteur aérien est particulièrement touché par la crise. Les frontières fermées, les habitants confinés, tous les avions restent cloués au sol dans la plupart des pays développés du monde. Certains pensent qu’aucune compagnie aérienne ne pourra survivre sans une aide de l’État.
En France, le gouvernement travaille à un plan de sauvetage d’Air France, fleuron national du transport aérien. Si la nationalisation pure et simple a récemment été écartée par le ministre de l’Économie, celui-ci compte éponger massivement le déficit de l’entreprise : à ce titre, le gouvernement prévoirait de lui garantir un prêt de 7 milliards d’euros auprès des banques, sans aucune réciprocité, évidemment.
Dans une campagne menée par Notre Choix, de nombreuses ONG exigent que ces renflouements massifs des compagnies aériennes soient conditionnés à des engagements environnementaux. Le secteur aérien ne « peut reprendre ses activités habituelles une fois la crise du Covid-19 terminée », déclare le collectif. Responsable de 5 à 8 % de l’impact climatique mondial, refusant de contribuer aux réductions de gaz à effet de serre et nourri depuis des dizaines d’années d’exonérations fiscales, le secteur aérien ne peut exiger aujourd’hui que l’argent public finance son renflouement.
Aujourd’hui, l’État a toutes les cartes en main pour refondre le secteur sur un modèle plus durable et respectueux du bien commun. Mais pour le moment, il préfère accorder davantage de pouvoirs aux préfets.
23 avril 2020 - Augustin Langlade
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L'après Mc Do
- Par Thierry LEDRU
- Le 24/05/2021
J'adore.
L’Après M : le fast-food de la justice sociale et environnementale
« Une équipe extraordinaire s’est formée », constate Kamel. « On essaye de réfléchir ensemble à des situations auxquelles personne n’arrive à faire face, et mettre en place ce qu’on veut pour notre quartier ».

28 janvier 2021 - Marine Wolf

Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre bande dessinée !
- Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
- Format : 128 pages
- Impression : France
Lumière sur une très belle initiative : l’Après M ! Suite à la liquidation judiciaire du McDo de Saint-Barthélémy (Marseille) le 12 décembre 2019, des salariés et de nombreux habitants du quartier se sont emparés du lieu pour le transformer en plateforme solidaire qui a permis de nourrir 300 000 personnes depuis le premier confinement. L’association l’Après M a transformé ce McDo en « fast-food social » : la démarche est un bel exemple d’une cohérence entre justice sociale et environnementale.
En décembre 2019, le Mc Donald’s de Saint-Barthélemy, un quartier du Nord de Marseille, est placé en liquidation judiciaire. Il constituait un lieu social central pour les habitants, un lieu de rencontre pour les jeunes et les familles. Mais surtout, il s’agissait d’un bassin d’emploi majeur : une centaine de salariés se retrouve alors au chômage.
Or à Saint-Barthélemy, la pauvreté est endémique. « En 1992 on nous a vendu un rêve, dynamiser l’emploi », témoigne Kamel Guemari, ex-salarié du McDo. « 28 ans après, au lieu de continuer à dynamiser, ils ont tout dynamité ».
Peu après la liquidation arrive le premier confinement. Ailleurs, on parle beaucoup de ceux qui ont peur de mourir du virus. Dans le Nord de Marseille, les gens ont peur de mourir de faim.
« Quand nous avons été confinés, le président a annoncé qu’on était en guerre », continue Kamel. « On savait déjà faire la guerre contre la misère, la violence, la justice, la discrimination sociale…On est nés dedans ».
Quelques-uns des ex-salariés de Mc Do et des habitants du quartier décident de transformer le lieu en plateforme solidaire. Celui-ci est rebaptisé l’Après M et l’association Après voit le jour.

Crédit : l’Après M
Le fameux slogan est réinventé : « comme vous êtes, vous venez ! ». Autrement dit, puisque vous êtes des êtres humains, vous êtes les bienvenus ici.
Tous les lundis, une distribution alimentaire est organisée. Répondant à un besoin croissant, elle se poursuit durant des mois, jusqu’à aujourd’hui. La barre des 1000 colis distribués par semaine a été franchie, et la demande continue d’augmenter.
L’association fonctionne en flux tendu, sans savoir comment la distribution sera assurée le lundi suivant. Car celle-ci est uniquement portée par les dons des particuliers et des petits commerçants, ainsi que par une cagnotte en ligne. Les pouvoirs publics n’ont pas versé un centime.
Les autres jours ont lieu des maraudes et des projets émergent, avec un même objectif : répondre à l’urgence humaine.
« Une équipe extraordinaire s’est formée », constate Kamel. « On essaye de réfléchir ensemble à des situations auxquelles personne n’arrive à faire face, et mettre en place ce qu’on veut pour notre quartier ».
Des dons de vêtements, des projets pédagogiques, des actions de végétalisation, de ramassage des déchets, des constructions d’habitat pour les sans-abris… De nombreuses autres missions sont venues se greffer au sein de l’Après M.
« Cette situation nous a fait grandir et a créé cette petite machine de guerre portée par l’intelligence collective » résume Kamel.
Pour la suite, l’ambition des bénévoles est de s’organiser en une société coopérative d’intérêt collectif (Scic). L’enjeu est pour le moment de parvenir à conserver ce lieu de vie, qui reste la propriété du groupe McDonald’s France.
L’association se rêve en restaurant solidaire, où tout le monde pourrait venir manger des produits sains, où l’on pourrait cultiver la terre et produire du miel. L’idée est aussi de proposer des formations.

Crédit : l’Après M
« On veut fournir des emplois plutôt que des colis », explique Kamel. « Des personnes cabossées par la vie ont été accueillies, accompagnées, orientées. Elles ont évolué, elles ont repris confiance en elles ».
Le 19 décembre 2020 a constitué une journée symbolique au cours de laquelle des bénévoles, toutes générations confondues, sont parvenus à servir 850 burgers en 2h30. Et pas des burgers ordinaires : élaborés avec des chefs cuistots, ils sont vegans, composés de produits bio fournis par des producteurs locaux et vendus à prix libre.
Un moyen de se poser en réaction par rapport à la pollution de Mc Donald’s, et de montrer la cohérence entre justice sociale et environnementale. L’occasion aussi de dire aux pouvoirs publics : « Donnez-nous les moyens légaux pour faire ce qu’on fait déjà. On a tout le reste ».
Pour les aider : leur cagnotte en ligne et leurs actus
28 janvier 2021 - Marine Wolf
"Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"
Votre soutien compte plus que tout -
Le choucas des tours
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/05/2021
J'ai vécu en Bretagne jusqu'à mes 25 ans. Cette invasion de choucas n'existait pas.
Il s'est donc passé quelque chose.
Il ne s'agit donc pas de chercher une réaction mais de comprendre tout d'abord les causes sinon les réactions risquent de ne pas régler le problème réel pour les agriculteurs mais en créer un autre à long terme.
C'est toujours le problème de l'équilibre de la biodiversité.
Et les exemples sont nombreux.
Crow Life – Centre de Recherche et Protection des Corvidés
Le Choucas des Tours, chargé à mort et à tort

Crow Life travaillait à une enquête sur le Choucas des Tours depuis plusieurs mois. Ces jours-ci, les médias et notamment Ouest-France, BFM-TV et France 3 région se sont faits l’écho du témoignage d’agriculteurs mettant en cause le Choucas des Tours (Corvus monedula), une espèce protégée de la famille des corvidés accusée de ravager les cultures en Bretagne. L’espèce y prolifèrerait – et de citer le chiffre erroné de « 600 000 choucas dans le département [du Finistère] » sur BFM TV; et de prétendre, à tort, que, à raison de 4 œufs par nid, « au bas mot 50 000 couples vont produire 200 000 oiseaux en plus à la fin du mois de juin » sur France 3. « Nos métiers sont en péril. Alors oui, il faut savoir qui on protège : les agriculteurs ou les choucas ? » prévient un agriculteur interviewé par Ouest-France. L’appel à la solidarité et à la préférence anthropique. N’y-a-t-il pas un autre choix ? Une option qui consisterait à (ré)apprendre à faire avec le sauvage, à cohabiter avec et à considérer les avantages d’une telle cohabitation?
De la stéréotypie du discours à l’examen des faitsPour l’association, on a là un échantillon du discours stéréotypé des partisans de la lutte anti-choucas qui tantôt agitent le chiffon rouge du péril économique, tantôt cherchent à faire pleurer dans les chaumières à coup de récits hitchcokiens parlant à l’imaginaire collectif et paraissant peut-être, aux yeux d’une partie de nos concitoyens, justifier les quotas d’oiseaux déjà sacrifiés à l’agriculture, voire l’évolution de leur statut juridique dans le sens de la dé-protection à défaut d’indemnisation alternativement réclamées par l’emblématique trio agriculteur(s)-chasseur(s)-élu(s) éventuellement appuyé par un représentant de syndicat agricole, l’ensemble posant sur la photo dans le journal. Printemps, été : on y a régulièrement droit. Depuis quelques années, on assiste à la construction sociale d’une image négative du choucas taxé de ‘’nuisible’’ et même ‘’d’espèce invasive’’ (ce qu’il n’est absolument pas, mais le fantasme de l’invasion nourrit celui de l’agression) qui, d’être largement véhiculée, médiatisée, tend à se superposer à la réalité.
Des dégâts aux cultures non attribuables au seul Choucas des ToursDeux régions, la Bretagne et les Pays-de-Loire s’agitent sur le dossier. Dans l’ouest de la France, l’année dernière, c’est le département du Maine-et-Loire qui a déclaré le montant de dégâts attribués aux Choucas le plus élevé : 546 000€ (/ 467 000€ en Finistère).
Or si l’on considère les déclarations individuelles de dégâts aux cultures à la base de cette estimation chiffrée du 49, la majorité des déclarants mentionne la présence de plusieurs espèces : 72% citent de 2 à 7 espèces dont choucas + ragondins, sangliers, pigeons, corbeaux freux, corneilles… (cf graphique).
Une protection gênant le tir des chasseurs ?Les choucas sont grégaires. Ils vivent en groupe ou en colonie et, au sol, se joignent ou sont rejoints par d’autres oiseaux. Des groupes de corvidés sont ainsi formés réunissant choucas et d’autres espèces de même famille, classées quant à elles ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ou ex-catégorie des ‘’nuisibles’’). Or la présence des premiers gêne la destruction des seconds : distinguer un jeune choucas d’un jeune corbeau ou d’une jeune corneille ne va pas de soi et tirer une espèce protégée peut coûter cher (jusqu’à 15 000€ d’amende). Évidemment si le choucas changeait de statut pour devenir lui aussi un ‘’nuisible’’, l’affaire serait plus simple : il suffirait aux chasseurs de tirer dans le tas.
Cette parenthèse faite, on le voit, l’attribution des dommages au seul Choucas des Tours apparaît clairement abusive. Pourtant les dérogations à l’interdiction de destruction d’espèces protégées prises par arrêté préfectoral et visant ce petit corvidé sont en grande partie déterminées par de telles déclarations.
En quelques années, les préfets de quatre départements de l’ouest de la France ont autorisé la destruction de 63 000 Choucas des Tours (cf encadré).
Un phénomène d’amplification du problème par récupération des chiffres nationaux et leur transposition à l’échelle départementaleC’est énorme quand on sait la population, pour la France entière et non dans le seul département du Finistère !, estimée entre 150 000 et 600 000 couples nicheurs. La transposition erronée à un département de ce chiffre de 600 000 (le haut de la fourchette de l’estimation nationale la plus haute – une seconde estimation existe, plus restreinte mais passons) venant gonfler exagérément l’importance de la problématique ‘’choucas’’ dans le Finistère n’est pas une première : le maire de Poullaouen (commune du nord-Finistère) élu de la chambre d’agriculture avait déjà affirmé à la presse régionale que selon ses propres estimations « les Choucas seraient plus de 600 000 dans le département ». Pour Crow-Life une telle amplification contribue à une perception déformée de la réalité de la problématique du Choucas, y compris par les agriculteurs, sur le terrain.
Des projections démenties par une forte mortalité néonatalePar ailleurs quand on considère la mortalité néo-natale particulièrement élevée au sein de l’espèce, comment prétendre que 50 000 couples x 4 œufs/nid donneront 200 000 jeunes ? Ce calcul évacue ou méconnaît la mortalité néonatale du Choucas, un fait scientifique bien établi et consensuel. Elle vient encore d’être démontrée par une équipe de chercheurs dirigée par une scientifique du prestigieux Institut Max Planck dans le cadre d’une étude de suivi menée auprès d’une colonie de choucas sauvages en Allemagne : si le taux d’éclosion y est satisfaisant, le succès d’envol du nid des jeunes est de seulement 21% (Gill L.F et al, 2020).
L’argument de la ‘’prolifération’’ n’est pas sérieux. Ni soutenable au regard de comptages qui, localement, sont réalisés par secteurs et par des bénévoles recrutés en partie parmi les chasseurs et les agriculteurs volontaires sommairement formés au comptage (30mn de formation au comptage dans le 49, mode d’emploi fourni dans le 22). Les résultats de ces comptages ne valent pas estimation de la population de choucas dans un département.
Certes des disparités géographiques de répartition des populations existent et les choucas, de vivre en bande et de communiquer bruyamment, se font facilement remarquer dès qu’ils s’établissent dans un secteur. Qu’ils exercent une certaine pression sur un secteur donné ne signifie pas qu’il y ait ‘’prolifération’’ en revanche, au rythme de leur destruction, on peut se demander combien de temps les populations présentes localement parviendront à se maintenir dans un état de conservation favorable.
Pas de prédateurs ?De plus, il est faux de prétendre que le Choucas n’a aucun prédateur. Les mustélidés (fouine, martre, etc) comptent parmi ses prédateurs naturels ainsi que d’autres espèces d’oiseaux. Si les mustélidés sauvages sont de moins en moins nombreux, reste le chat domestique : il fait des ravages au sein des colonies de Choucas lesquelles s’installent volontiers à proximité de l’homme (cheminées, vieux bâtiments, etc.) gagnant ainsi quelques degrés l’hiver. (Je rajoute qu'il faudrait connaître les raisons de la diminution considérable de la population de mustélidés...C'est évidemment la même raison pour expliquer la quasi dispariton en Bretagne de l'autour des palombes qui est connu comme le plus gros prédateur des choucas. Explication : produits chimiques qui empoisonnent sans les tuer les rongeurs mais qui, accumulés dans le corps des prédateurs, finit par les tuer : rapaces, mustélidés. )
Le choucas, un auxiliaire précieux de l’agricultureEnfin, si les agriculteurs considéraient le verre à moitié plein plutôt que de le voir toujours à moitié vide ? Les Choucas rendent des services considérables à l’agriculture. Les auteurs d’une étude portant sur une colonie de choucas sauvages comptant plus de 200 nids et installée en zone agricole concluent que, d’un point de vue économique, la présence des Choucas en période de reproduction est avantageuse pour l’agriculture parce qu’ils réduisent significativement la quantité d’insectes ravageurs des cultures (œufs, larves, adultes : 1,5 tonnes) tandis qu’ils prélèvent une quantité insignifiante de grains sur la totalité des récoltes » (Kaminski et al, 2015). Les pesticides est-ce mieux ? Est-ce gratuit ? Non.
Quelques rares études permettent également de se faire une idée de l’évolution du régime alimentaire des Choucas au cours de l’année en zone agricole dont celle de Holyoak (1968) décrivant le contenu des gésiers de choucas autopsiés post-mortem : en mars-avril, la moitié d’entre eux (49%) n’avait ingéré ni semis, ni grains issus de l’agriculture et, en mai-juin, 56% étaient dans le même cas.
Paradoxalement, c’est la période où l’espèce est la plus persécutée : les dates des 28 arrêtés préfectoraux analysés par Crow-Life attestent d’une prise d’effets ciblant le printemps et l’été, soit 1°) la période de reproduction et 2°) la période de dépendance des jeunes, après l’envol du nid (cf graphique de l’encadré).
Attention en région d’élevage et d’épandage…Les Choucas sont des auxiliaires précieux de l’agriculture mais à force de construire et de propager une image sociale négative d’eux et à force de les détruire…. À la prochaine attaque de simulies (mouches noires hématophages capables de provoquer la mort de bovins), l’absence de ce petit corvidé largement insectivore pourrait s’avérer dommageable. Est-ce le fruit du hasard si le Choucas affectionne davantage les régions d’élevage que celles de production céréalière ? Les deux premières régions françaises d’élevage que sont la Bretagne et les Pays-de-Loire seraient sans doute mieux inspirées de reconsidérer la question du Choucas à la lumière de ce type de considérations.

Choucas des Tours mangeant un insecte

