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Pulsion de mort.

Par Le 25/12/2011

Pulsion de mort

Si je m’en tiens à l’idée que la Vie est une pensée qui a pris forme, cela sous-entend que cette pensée contient deux voies :

Une pulsion de vie dont le but est de créer, de prolonger puis de renouveler.

Et une pulsion de mort.

Pour que ce renouvellement se fasse, la mort a pour rôle de mettre un terme aux formes. Il était inconcevable que des formes apparaissent sans que celles existantes ne laissent la place. Dans la pensée de la Vie, il y a une finitude des formes mais pas de la Vie elle-même. C’est juste un remplacement afin que les formes existantes soient vivaces, exaltées, enthousiastes, lumineuses et soient dans un état favorable à l’idée du renouvellement. L’épuisement de la forme n’est pas associable à l’idée de reproduction. Le principe de la reproduction s’appuie sur des formes robustes. La Mort n’intervient pas comme une fin mais comme une évolution possible. Le remplacement implique l’éventualité d’une amélioration, d’un renforcement, d’une transformation nécessaire. Rien n’est figé parce que la Mort se charge d’éliminer l’ancien afin que la Vie propose une suite. Et si nécessaire un changement, aussi infime soit-il, aussi dérisoire dans le temps d’existence de cette forme. La Vie a tout son Temps.  

Cette mort a pourtant eu une conséquence néfaste dans ce système parfait. La pulsion de mort qu’elle génère est devenue chez l’homme une véritable addiction.

Un enfant marche le long d’une haie. Il laisse traîner sa main dans les feuillages puis soudainement, il serre les doigts et arrache une feuille. Il la malaxe quelques secondes et la laisse tomber au sol.

Pulsion de mort.

Un geste irréfléchi, une action très facile à réaliser, un sentiment de puissance qui vient renforcer l’identification de l’individu, cette irréalité du détachement envers la Vie.

« Tu as écrasé cette chenille. C’était facile. Maintenant, refais-la. » Lanza del Vasto.

« Je ne suis pas cette plante, je ne suis pas cette chenille. »

Et se disant cela, l’enfant peut la blesser ou la tuer. Elle n’est pas « lui ». Effectivement, elle n’est pas lui, mais elle porte une Vie identique à celle qui est en lui.

Pour concevoir cette idée, il faut être habité par la pulsion de Vie. Cela implique un détachement envers cette identification formatée dont l’individu est abreuvé depuis sa naissance.

La pulsion de vie n’est pas la norme en vigueur dans le monde occidental. Elles l’est chez les Peuples Premiers, les Kogis par exemple.

La pulsion de mort a un impact incommensurable. Elle répond à des désirs immédiats d’identification et cette identification favorise le développement de comportements mercantiles. La pulsion de mort renforce le conditionnement qui consiste à présenter l’individu comme séparé de la Vie. Il y a lui et « l’environnement ».

En étant éduqué comme une entité individuelle évoluant dans un environnement et non comme un fragment d’une entité originelle, une pièce infime d’une image immense et en dehors de laquelle il n’est rien, l’individu n’est pas amené à se tourner vers la pulsion de Vie mais bien au contraire à exploiter cette pulsion de mort qui exacerbe ce schéma de pensée éducatif.

Les effets mercantiles se mettent en place dès lors que l’identification à l’individu est suffisamment ancrée pour que des désirs de puissance viennent l’alimenter. Posséder et détruire sont deux phénomènes révélateurs de ce formatage. La possession matérielle va apporter à l’individu un renforcement de sa distinction, de cette croyance à son extériorité au regard du phénomène vital. En accumulant les biens, il comble inconsciemment le vide tombé en lui avec son rejet forcené du phénomène vital.  N’étant pas « vivant » au cœur de ce phénomène vital, il va s’efforcer de devenir « vivant » au cœur du matérialisme. L’appartenance à des groupes sociaux renforce là encore l’identification étant donné qu’elle créé un miroir dans lequel l’individu s’observe. « Je suis comme ceux-là. »

Tous les phénomènes sociaux, qu’ils soient politiques, économiques, religieux, consuméristes, médiatiques… sont des excroissances de cette pulsion de mort. Il s’agit tout simplement de renforcer sans cesse, en multipliant les supports, tout ce qui permet de combler le vide laissé par la perte de la pulsion de Vie.

Là où le phénomène a pris une ampleur jamais perdue depuis, c’est lorsque certains individus totalement impliqués dans cette pulsion de mort se sont aperçus du bénéfice qu’ils pouvaient en tirer. Ils sont devenus « les Maîtres » à penser. Dans un schéma de pensées individualistes.  

La guerre en est l’exemple parfait : Pouvoir, puissance, accumulation des richesses, extension des territoires, suprématie etc… Pour parvenir à ses fins, un conquérant, qu’il soit président élu, dictateur ou empereur doit avant tout accumuler des armes. Il faut des matières premières, des usines, des marchands. Des sommes colossales. Une fois les terres ravagées et la paix revenue, il faut reconstruire. Des sommes colossales. La pulsion de mort dans toute son horreur. Les instigateurs des combats n’en seront pas les victimes. Il leur aura suffi d’utiliser les masses populaires, celles qui depuis leur naissance ont appris à être identifié à eux-mêmes, puis à une nation, à un drapeau, à des idées politiques, à tout un ensemble intellectuel, jusqu’à la déraison. Pensant avec les Maîtres en retirer des bénéfices. Aussi dérisoires soient-ils. L’essentiel étant de continuer à exister comme l’individu qu’ils ont appris à être.

 

En temps de paix, la pulsion de mort est très profitable également. Le principe est toujours le même. Pour exister, il faut posséder et combler le vide de la pulsion de Vie abandonnée. Les possessions matérielles sont là pour ça. L’individu existe parce qu’il a une maison à son nom, une voiture à son nom, un compte en banque à son nom, des enfants qui portent son nom, il a un bout de terrain qui lui appartient, il achète la technologie à la mode et il peut en parler avec ceux qui font comme lui, il est supporter d’un club de foot, il a même une femme qui a pris son nom…

Mais tout ça ne serait pas très enthousiasmant s’il n’y avait pas la possibilité de changer. Il suffit de casser et on remplace, il suffit d’attendre la dernière nouveauté et on remplace, il suffit de jeter, de perdre, d’abîmer, d’user, d’abuser. Même une femme, « ça » se remplace…Mêmes des enfants, « ça » se remplace, « ça » se jette. C’est normal tout ça. Tout le monde vit comme ça. C’est le monde moderne.

Il est tout aussi intéressant de renforcer les appartenances. Les religions ont montré la voie dans ce domaine. Les religions technologiques les ont remplacées. Toujours des appartenances, du néant pour combler le vide originel. Les religions politiques, les religions médiatiques, les religions syndicalistes, historiques... Du néant.

Ce qui importe pour tous les Maîtres de ces mouvements, c’est de prolonger et d’intensifier les richesses accumulées, de renouveler la masse des consommateurs, des électeurs, des participants. Il suffit qu’ils y trouvent du rêve à défaut d’une réalité enviable.

Il est facile de faire rêver un endormi.

Dans la pulsion de Vie, le principe du renouvellement est une nécessité afin de maintenir la vie.

Dans la pulsion de mort, le principe du renouvellement est évènementiel. Il s’agit de créer un évènement qui va renouveler le rêve, lui donner un nouveau visage. Il n’y a aucune nécessité intrinsèque mais une intention cachée. Il faut changer la décoration de la cellule.

Le droit de vote n’est jamais que le droit de rester endormi. Comme il est doux de continuer à rêver après avoir fait son devoir…Juste le devoir inséré dans le cerveau de la masse par les Maîtres du système.

« Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade. » Krishnamurti.

 

Il ne sert à rien de chercher à améliorer le confort d’un malade quand on en oublie de combattre la maladie. Ou pire encore quand on ne la voit même pas.

Ce monde moderne s’entête dans une voie sans issue.  

Et je ne vois aucune solution collégiale au problème. L’Humanité n’évoluera qu’au regard de l’évolution spirituelle de chacun.

D’avoir perdu le sens de l’unité originelle a généré une unité fondée sur l’individualisme. Les individus se regroupent sous les bannières des Maîtres à penser. Eux-mêmes regroupés sous la bannière de leurs propres intérêts. Le monde moderne fonctionne comme une unité morcelée qui broie l’individu en prônant sa liberté.  

Il est impossible d’imaginer ce que sera l’Humanité dans dix mille ans. En imaginant qu’elle existe encore. Mais il m’est tout autant impossible d’envisager une évolution positive et c’est le plus effrayant.

Je n’ose même pas essayer d’imaginer ce qu’il restera de la Nature. Et cette douleur-là est insupportable.

Pour l’Humanité elle-même, je n’en éprouve aucune peine.

C’était sans doute un beau projet. Mais la Vie aura peut-être besoin d’en changer.

 

LES ÉGARÉS : réponse d'un éditeur

Par Le 08/12/2011

LES ÉGARÉS 
Une réponse d'un éditeur (les éditions JCL), il y a quelques semaines sur ce roman.


"Roman psychologique très dense et écrit avec une maîtrise impressionnante. Le concept de base est original, quoiqu'il apporte aussi quelques inconvénients importants. L'idée de mettre en scène deux personnages qui forment un couple et qui se trouvent chacun de leur côté sur un sentier de randonnée pour aller à la rencontre l'un de l'autre a une forte valeur symbolique, mais, textuellement, il devient parfois ennuyeux de se trouver presque exclusivement dans les pensées de ces personnages sans qu'il y ait d'interactions entre eux ou avec d'autres personnages. Il y a certes quelques passages où ils reviennent dans le passé et où des dialogues apparaissent; ils finissent également par se retrouver à la fin et à discuter ensemble. Cependant, c'est une façon de procéder qui pourra plaire autant à certains que déplaire à d'autres. D'un autre côté l'auteur a réussi à développer deux personnages très crédibles qui ont des interrogations intelligentes et profondes. C'est du point de vue du potentiel commercial que cette œuvre souffre le plus, ce qui n'enlève rien à sa grande qualité littéraire.

INTERET DEBUT : 16/20
INTERET SUITE : 16/20
QUALITE LITTERAIRE 20/20
POTENTIEL COMMERCIAL: 13/30

NOTE FINALE : 65/100

Monsieur
Après avoir analysé votre manuscrit avec attention, nous avons décidé d'en refuser la publication. Certes, votre roman est écrit avec une maîtrise exceptionnelle et vous avez réussi à façonner deux personnages profondément humains. Cependant, la structure que vous avez préconisée rend les interactions entre les personnages quasi inexistantes, ce qui donne au texte un rythme lent. De surcroît, votre roman ne nous laisse que peu d'espoir au regard des ventes......
Recevez Monsieur...

 


 

L'écologie à l'ancienne.

Par Le 08/12/2011

A la caisse d'un super marché une vieille femme choisit un sac en plastique pour ranger ses achats. La caissière lui reproche alors de ne pas se mettre à « l'écologie » et lui dit : "Votre génération ne comprend tout simplement pas le mouvement écologique. Seuls les jeunes vont payer pour la vieille génération qui a gaspillé toutes les ressources! " La vieille femme s'excusant auprès de la caissière expliqua : " Je suis désolée, nous n'avions pas de mouvement écologique dans mon temps." Alors qu'elle quittait le magasin, la mine déconfite, la caissière en rajouta : " Ce sont des gens comme vous qui ont ruiné toutes les ressources à notre dépens. C'est vrai, vous ne considériez absolument pas la protection de l'environnement dans votre temps! "

La vieille dame se retournant finit par répondre :

"A l'époque, on retournait les bouteilles de lait, les bouteilles de limonade et de bière au magasin qui les renvoyait à l'usine pour être lavées, stérilisées et remplies à nouveau ; on utilisait les mêmes bouteilles à plusieurs reprises. À cette époque, les bouteilles étaient réellement recyclées, mais on ne connaissait pas le mouvement écologique. De mon temps, on montait l'escalier à pied : on n'avait pas d'escaliers roulants dans tous les magasins ou dans les bureaux. On marchait jusqu'à l'épicerie du coin aussi. On ne prenait pas sa voiture à chaque fois qu'il fallait se déplacer de deux rues. Mais, c'est vrai, on ne connaissait pas le mouvement écologique. À l'époque, on lavait les couches de bébé avec du savon ; on ne connaissait pas les couches jetables ni les lingettes. On faisait sécher les vêtements dehors sur une corde à linge; pas dans un machine avalant 3000 watts à l'heure. On utilisait l'énergie éolienne et solaire pour vraiment sécher les vêtements. À l'époque, on recyclait systématiquement les vêtements qui passaient d'un frère ou d'une soeur à l'autre. C'est vrai ! on ne connaissait pas le mouvement écologique À l'époque, on n'avait qu'une TV ou une radio dans la maison ; pas une télé dans chaque chambre. Et la télévision avait un petit écran de la taille d'une boîte de pizza, pas un écran de la taille de l'État du Texas. Dans la cuisine, on s'activait pour fouetter les préparations culinaires et pour préparer les repas ; on ne disposait pas de tous ces gadgets électriques spécialisés pour tout préparer sans efforts et qui bouffent des watts autant qu'EDF en produit. Quand on emballait des éléments fragiles à envoyer par la poste, on utilisait comme rembourrage du papier journal ou de la ouate, dans des boites ayant déjà servi, pas des bulles en mousse de polystyrène ou en plastique.  À l'époque, on utilisait l'huile de coude pour tondre le gazon ; on n'avait pas de tondeuses à essence auto-propulsées ou auto portées. À l'époque, on travaillait physiquement; on n'avait pas besoin d'aller dans un club de gym pour courir sur des tapis roulants qui fonctionnent à l'électricité.   À l'époque, on buvait de l'eau à la fontaine quand on avait soif ; on n'utilisait pas de tasses ou de bouteilles en plastique à jeter à chaque fois qu'on voulait prendre de l'eau.  On remplissait les stylos plumes dans une bouteille d'encre au lieu d'acheter un nouveau stylo ; on remplaçait les lames de rasoir au lieu de jeter le rasoir après chaque rasage.  À l'époque, les gens prenaient le bus, le métro et les enfants prenaient leur vélo pour se rendre à l'école au lieu d'utiliser la voiture familiale et maman comme un service de taxi de 24 heures sur 24. À l'époque, les enfants gardaient le même cartable durant plusieurs années, les cahiers continuaient d'une année sur l'autre, les crayons de couleurs, gommes, taille crayon et autres accessoires duraient tant qu'ils pouvaient, pas un cartable tous les ans et des cahiers à jeter fin juin, de nouveaux crayons et gommes avec un nouveau slogan à chaque rentrée. On avait une prise de courant par pièce, pas une bande multi-prises pour alimenter toute la panoplie des accessoires électriques indispensables aux jeunes d'aujourd'hui."

La vieille dame avait raison : à son époque, on ne connaissait pas le mouvement écologique, mais on vivait chaque jour de la vie dans le respect de l'environnement.


Aujourd'hui, le mouvement écologique est devenu une nécessité. Mais nous en sommes responsables. Ca n'est nullement une fatalité. Au lieu de chercher de nouvelles sources d'énergie, il conviendrait en priorité de chercher à réduire la consommation.

Pas de lumières de Nöel par pitié. Allumez des bougies parfumées...

Pire que tout.

Par Le 04/12/2011

Cette idée que nous sommes "drogués" par des conditionnements destructeurs. Si je l'élargis à l'ensemble de l'humanité, ça n'est pas que nous que nous conduisons à la déchéance du drogué mais la Terre elle-même étant donné que nous sommes des éléments de la Vie. S'il n'y a pas de dualité réelle mais une osmose des éléments vivants, nourris par une même énergie, nous sommes alors des cellules malades. A croire que nous sommes les seuls concernés par nos crises économiques, existentielles, religieuses, politiques, amoureuses, sociales, financières, historiques, nous en oublions l'essentiel. Nous sommes malades parce que nous sommes coupés de la Source.

Je suis fatigué de cette alternance entre la conscience d'une Vie immense et insaisissable et ce que les hommes ont fait de cette existence. Ces bouffées de bonheur qui ruissellent quand s'éveille en moi, cette force incommensurable et la détresse lorsque j'observe cette humanité et sa déliquescence.

A quoi ça me sert de l'observer ? Puisque je ne peux rien y changer.

Il arrivera un jour où je partirai. Je ne m'occuperai plus des enfants. Je ne m'occuperai plus du monde. Je n'écrirai plus rien. 

Je prendrai mon vélo et j'écouterai de la musique en pédalant autour de la Terre.

 

 

L'école de la République

Par Le 05/11/2011

Quelle république ?

Celle qui consiste à asservir les citoyens en leur faisant croire qu'un vote présidentiel suffit à les placer dans une situation de décideurs ?

Vaste supercherie. Aucun des électeurs n'avait envisagé une telle déroute économique, financière, sociale, égalitaire, culturelle. Aucun électeur n'a eu son mot à dire dans la situation que nous connaissons et pour laquelle, aucun dirigeant politique n'a de solutions autre qu'un paquet de rustines. La république n'est pas une démocratie mais une oligarchie.

Qu'en est-il de l'école aujourd'hui dans ce système manipulateur ?

Et bien, elle se doit d'oeuvrer au maintien des Privilèges. On en est toujours à l'école de la République. F Hollande a déjà précisé dans son programme que "l'école a pour vocation de former des salariés pour soutenir la croissance."

République économique.

Les enseignants se doivent donc d'être des individus soumis afin de conditionner leurs élèves à cette soumission. Il n'est pas question de faire appel à "l'entendement" si cher à Kant mais de propager les valeurs mercantiles des citoyens. Il ne s'agit pas d'être un salarié pour pouvoir s'accorder le temps nécessaire et la tranquillité d'esprit à un travail existentiel mais juste pour pouvoir soutenir l'économie de la République en consommant. L'existence se réduit donc à un salaire et aux dépenses qu'il autorise.

Les individus qui quittent le système scolaire se partagent en trois groupes : les conditionnés, les traumatisés et les rebelles.

Les conditionnés seront les salariés consommateurs.Ils tenteront toute leur vie de continuer à croire que cela suffit au bonheur.

Les traumatisés serviront à faire vivre le corps médical. Comme en plus, ils auront été amenés à emprunter des voies scolaires très courtes, ils serviront de masse ouvrière et tenteront de survivre avec un salaire dérisoire. Ils deviendront supporters de foot et de la Française des jeux.

Les rebelles se partageront en deux sous-groupes : les artistes, les créateurs, les voyageurs, les atypiques, tous ceux qui auront opté pour une voie existentielle, longue, ardue, solitaire, individuelle et puis les voyous. Les premiers se détacheront au mieux de la société de consommation et les seconds se serviront de ses points faibles pour "se servir", donnant par là-même du travail à la République qui se gaussera de protéger ses citoyens et leurs propriétés. La république crée les problèmes qu'elle s'efforcera de résoudre afin de renforcer son influence et l'adoration que lui porte la masse. 

Alors, quelles solutions ?

Aucune solution ne viendra d'une quelconque structure étatique. L'Etat n'a pas vocation a développer l'individu dans sa dimension existentielle mais à prolonger les Privilèges en associant la masse à des rêves de consommation.

La solution n'existe qu'individuellement. C'est une démarche philosophique. Pas la philosophie enseignée à l'école, bien évidemment. 

Quand les gens comprendront que les librairies contiennent les outils les plus puissants qui soient pour creuser une brèche dans les murs de leurs geôles, l'humanité aura fait un grand pas en avant. A travers le cheminement de chaque individu et non en raison d'un mouvement de masse provoqué par une structure étatique.

L'école de la République est une structure étatique. De plus en plus étatique. Et plus la crise économique est dure, plus elle subit la pression de l'Etat.

 

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La philosophie des Lumières était une voie de liberté.

Les Lumières sont des mouvements culturels et philosophiques ayant dominés en Europe, et plus particulièrement en France, au XVIIIe siècle. Ils donnèrent par extension à cette période le nom de siècle des Lumières. Les penseurs de cette époque marquèrent le domaine du savoir (science et philosophie) et de l’art (la littérature en particulier) par leurs questions et leurs critiques fondées sur la « raison éclairée » de l’être humain et sur l’idée de liberté.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses, morales et politiques, les membres de ce mouvement, qui se voyaient comme une élite avancée œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ont procédé au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. L’influence de leurs écrits a été déterminante dans les grands événements de la fin du XVIIIe siècle que sont la Déclaration d'indépendance des États-Unis et la Révolution française1.

Le mouvement de renouveau intellectuel et culturel des Lumières reste, au sens strict, européen avant tout, et il découle presque exclusivement d’un contexte spécifique de maturation des idées héritées de la Renaissance. La pensée des Lumières s’est étendue à l’Europe, quoique la traduction de ce terme, dans les autres langues européennes, ait toujours privilégié l'idée d'une « illumination » provenant de l’extérieur, alors que le terme français privilégie le fait que les Lumières viennent de soi-même. De manière très générale, sur le plan scientifique et philosophique, les Lumières voient le triomphe de la raison sur la foi et la croyance ; sur le plan politique et économique, le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé. Enfin l’on parle parfois des Lumières (au substantif) pour désigner les penseurs, écrivains et philosophes emblématiques de ce mouvement de pensée, ce qui peut être regardé comme un abus de langage (on préférera plutôt parler par exemple de « philosophe des Lumières »).

WIKIPEDIA

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"Sur le plan politique et économique, le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé."

 

Effectivement, c'est bien ce qui s'est passé et ce triomphe a même fini par emporter tout le reste. Jusqu'à en devenir "déraisonnable", ce qui montre à quel point la Philosophie des Lumières n'existe plus. 

Alors, il ne faut pas compter sur l'école de la République pour lutter contre cette déchéance. Elle n'en a ni l'envie, ni la force, ni même la capacité au regard de la majorité des gens qui y travaille.

L'école de la république est devenue une énorme machine, une "moulinette" au travers de laquelle il faut passer en essayant de sauver au moins son âme.

Plénitude de l'unité.(2)

Par Le 18/09/2011

Après avoir entièrement relu et modifié quelque peu, "JUSQU'AU BOUT" et "LES EGARES", je m'attelle à replonger dans "LA-HAUT".

Je souhaite apporter à ce texte les dernières réflexions qui me sont venues. Etrangement, d'ailleurs, je réalise à quel point, ce livre ne sera sans doute jamais fini...C'est peut-être pour cela qu'il n'a jamais été édité...Afin que je puisse le compléter au fil de ma vie.

 CHAPITRE 14                                                                       

"Il s’est levé à cinq heures. Très peu dormi.

Il marche vers le sommet des Grands Moulins. Il a garé le 4x4 sur le terre-plein habituel. Il est parti de bonne heure et espère atteindre au moins le col sous la dernière arête.

Autant il a pu voir dans l’apparition de la neige une similitude avec son esprit réclamant l’ensevelissement provisoire sous un tissu protecteur, la construction d’un refuge, autant la fonte actuelle de la neige et l’apparition d’un nouveau paysage révèlent immanquablement dans son esprit l’élévation de forces neuves.

Il marche dans son âme comme il marche sur la Terre. Avec un respect immuable et l’attente de nouvelles apparitions.

L’idée jaillit à la sortie d’un sous-bois. La Nature est le temple offert à l’homme pour se lancer dans la Voie. Mais l’homme, sans aucune reconnaissance, gonflé par ses prétentions, s’est extirpé de cette Nature impassible. La science affirme sans cesse qu’en expliquant les « comment », elle maîtrise les « pourquoi. » Ce n’est qu’une illusion. L’accumulation et la complexité des « comment » déjà identifiés par l’humanité ne lui a pas permis d’élaborer clairement la moindre explication originelle à tout cela. Nous sommes capables de comprendre les structures les plus diverses mais nous ne sommes pas pour autant capables d’expliquer, fondamentalement, l’existence de cette structure. Nous connaissons l’architecture du temple, ses contours, ses piliers, ses sculptures les plus abouties mais nous ne pouvons rien dire sur l’âme de l’architecte. En cherchant à expliquer cette architecture, nous avons oublié de l’aimer, en voulant imposer notre esprit nous avons délaissé l’Esprit. Notre égocentrisme a étouffé notre compassion et la nécessité absolue de contemplation. Seuls, les peuples appelés « primitifs » continuent d’adorer cet Esprit. C’est une des raisons profondes de notre volonté à les faire disparaître. Ils sont trop en opposition avec notre soif de puissance pour leur laisser la liberté de vivre différemment. Ils représentent tout ce que nous avons perdu et les éliminer favorisera la disparition de toute mémoire, l’anéantissement de la nostalgie. Il s’agit avant tout d’un problème spirituel, une certaine forme insidieuse de la mondialisation.

Dieu. Il a toujours autant de mal à se dégager des images imposées par la religion. Il ne pense pas à ce Dieu là. Celui qu’il ressent, il n’en a aucune représentation. Il s’agit bel et bien d’un Esprit et de rien d’autre. Et il n’a aucunement besoin d’un Jésus ni de ses apôtres, ni de toutes ces pratiques dogmatiques et étroites.

La Vie est son prophète.

La Terre est son église.

Les deux sont unis par l’Esprit.

Il ne comprendrait pas qu’un scientifique puisse exécuter son travail sans être frappé par la Foi. La Foi en la Vie. Non une Foi religieuse mais une Foi tournée vers l’Univers. Quel est donc le secret caché ? Et comment comprendre l’Architecte ? Qu’il soit  pur Esprit ou inconnaissable Energie ou les deux à la fois, quel que soit le nom qu’on lui donne, comment pourrait-on étudier tout cela sans succomber à l’Amour.

Il s’efforce sitôt achevée cette projection verticale d’en instaurer l’opposé.

Si l’Univers n’avait finalement aucun objectif, qu’il n’était qu’une succession anarchique d’informations ayant extraordinairement, et non « miraculeusement », aboutie à une organisation viable, si tout n’était qu’un formidable hasard, si toute l’évolution n’était   qu’un sursis à chaque instant maintenu, fragile équilibre, qu’une information malencontreusement insérée dans l’ensemble pourrait dérégler, alors nous ne serions également qu’un amalgame judicieusement assemblé à travers des millénaires de hasards, sous la menace permanente d’un grain de sable qui perturberait l’ensemble et entraînerait une évolution gigantesque ou peut-être notre disparition totale, ce qui à l’échelle de l’Univers, ne serait d’ailleurs qu’un infime changement. Ajouté à ce hasard dans lequel Dieu n’a aucune place, la Vie, si elle est considérée sous l’angle de la chair, n’est qu’une effroyable boucherie et cette abomination rejette avec encore plus de forces l’idée même d’un Créateur. Tuer pour vivre, telle est la règle. Tout, absolument tout, se transforme et évolue à partir d’autre chose. Tout est nourriture. Celui qui dévore sera un jour dévoré et chaque jour qui passe sur cette Terre voit se dérouler un épouvantable massacre dont il vaut mieux sans doute ne pas prendre conscience. L’incommensurable multitude de proies saisies à chaque seconde, ces chairs dépecées, ces ventres déchiquetés, ces herbes tendres broyées par des molaires d’herbivores et mâchées et remâchées dans l’ignorance du cri des herbes, ces êtres animés qui sitôt sortis du ventre maternel ou de l’œuf, pétrifiés par l’accession brutale à ce monde inconnu, vont périr déchirés par les dents acérées des prédateurs affamés qui veulent « naturellement » calmer les douleurs de leur ventre. La vie dans les océans est un condensé de ce monumental carnage. Les nuages d’œufs pondus, ces masses incroyables de vies larvaires, ces milliards d’alevins frétillants ne sont que les proies d’animaux plus grands et seuls quelques individus chanceux ou plus vifs survivront, permettant à chaque fois à l’espèce concernée de se sauver et de se reproduire, déclenchant aussitôt une nouvelle curée. Et tous les prédateurs qui se sont nourris de ces embryons et de ces diverses victimes n’ayant goûté à la vie qu’une poignée d’heures, seront à leur tour, alors qu’ils n’ont pas encore digéré leur festin, la proie d’autres animaux affamés, qui à peine rassasiés, serviront de pâture aux suivants, tout aussi voraces, impitoyables, indifférents. Tout se résume ainsi à un infiniment petit englouti par un infiniment moyen englouti par un infiniment énorme et tout cela massacré dans le même instant par l’homme, l’infiniment tueur. Car cet étripage constant mais naturel n’est sans doute qu’une fioriture si on le compare à ce que l’homme a commis, commet et commettra. Les millions de tonnes de poissons entassés et étouffés dans les filets dérivants et toutes les espèces « inutiles » rejetées aussitôt par-dessus bord sont avant tout des êtres frétillants de vie, et les monceaux de viande dépecés dans des abattoirs ruisselants de coulées sanglantes, ces agneaux, ces poulets, ces porcins hurlants sont des êtres vivants qui vomissent leur terreur.

Que dire des régiments d’enfants décimés dans les guerres, parfois en premières lignes, poussés par leurs pères, leurs viscères coulants dans leurs mains impuissantes, leurs jambes arrachées sur des mines anti-personnelles, leurs yeux crevés par des éclats d’obus, et les mères enceintes violées par des armées de monstres avant d’être éventrées et les bébés vivants cuits dans des marmites d’eaux bouillantes, les sexes coupés qu’on enfonce dans les bouches des prisonniers avant la dernière balle, les pendus qu’on lacère pour accompagner leurs derniers instants des rires ignobles des bourreaux qui se déchaînent, les blessés imbibés d’essence et autour desquels les tueurs dansent au rythme des flammes et des hurlements de ceux qui brûlent, il sait tout cela, il en a lu tout ce qu’il est possible de supporter. Le reste n’a jamais été écrit. Les lecteurs vomiraient sur les pages.

Si, sur cette Terre ensanglantée, chaque être vivant qui meurt poussait un cri puissant à l’instant où il succombe, qu’il soit animal, végétal ou humain, ce monde ne serait qu’un atroce hurlement indéfiniment prolongé et nous mutilerions certainement nos oreilles, préférant être sourds. Ce monde, sous l’angle de la chair, n’est que souffrance et notre naissance est le symbole même de ce piédestal sur lequel tout se bâtit car c’est notre mère qui souffre, parfois pendant des heures, pour nous donner vie.

Il s’arrête et sort le thermos de thé. Un gobelet. Les yeux fixés sur les mondes intérieurs.

Un hasard pourrait expliquer une évolution aussi monstrueuse mais un Dieu ? Se peut-il qu’un Etre créateur instaure volontairement une telle forme de Vie ? Et peut-on dès lors la qualifier de supérieure ? La supériorité par la mort. Voilà donc apparue la putain du Maître. Toujours prête à se donner, à s’ouvrir, indécente, à tout ce qui passe à sa portée. Faire mourir pour vivre, il n’y pas d’autre issue. Et la douleur, comme un soldat fidèle et attentif aux ordres de son Maître, insensible aux cris de pitié, viendrait ajouter à ce goût du massacre l’insupportable plongée dans les délires de l’âme humaine lorsque plus rien ne la maintient à flot et qu’elle s’abandonne à la répugnante délectation du sang. Et Dieu se cacherait là-dedans ? Difficile à admettre.

Le sac sur les épaules, reprendre les bâtons, relancer la mécanique des pas.

Il reste une dernière solution à laquelle la main mise inconsciente des religions lui avait interdit de penser. Se pourrait-il que Dieu soit un être fondamentalement mauvais qui s’amuse à nos dépends ? Se pourrait-il que cette nature que nous adorons ne soit qu’un terrain de jeu pour un Esprit pervers ? Que la beauté du décor ne soit destinée qu’à apaiser les douleurs que le Maître du jeu s’amuse à infliger à la troupe d’acteurs ? Se pourrait-il que la complexité de l’être humain, son évolution lente et obstinée ne soit pas un progrès mais une déchéance, l’éloignement sans fin du point d’équilibre ? Croyant courir après le bonheur, l’humanité, engagée dans une fausse direction, ne serait-elle pas finalement en train de le perdre de vue, de laisser disparaître dans les horizons lointains, dans une Histoire antédiluvienne, la Vie simple et belle, immuable, sans désirs de conquêtes, juste installée dans la contemplation du lever du soleil ? Dieu n’aurait-il pas choisi de laisser en paix les créatures les plus simples, de l’amibe au ver de terre en passant par la baleine bleue et de condamner l’espèce humaine à l’angoisse du néant, l’obligeant à s’épuiser dans une quête matérialiste totalement stupide mais qui l’amuse au plus haut point ?

Ne serions-nous pas ses victimes préférées ?

Il débouche au sommet de la pente de neige qu’il avait aperçue la fois précédente. Le col au pied de l’arête des Grands Moulins se dessine devant lui à une heure de marche.

Un thé chaud. En effectuant un tour d’horizon, il devine le col de Claran sous la montagne opposée. Il se retourne et inspecte la pointe du Rognier qui pourrait servir de prochain objectif. Entre les deux sommets, en contrebas, un vaste plateau à l’architecture complexe, coule en pente douce vers les forêts. Il prend la carte et étudie les différents sentiers. Au milieu du plateau, un petit point indique la présence d’un lac. Le lac vert.

La jeune fille. Comme il serait bon, au printemps, de monter avec elle vers les eaux claires.

Elle est là, en lui, et il aimerait tant qu’elle soit également à ses côtés.

Il range la gourde et s’empresse de reprendre sa progression.

Retrouver le fil des pensées.

La science et la théologie n’auraient jamais dû se dissocier. Même s’il semble qu’il existe un abîme entre la démarche scientifique, fondée sur des expériences rigoureusement prouvées, et la démarche théologique, construite sur une hypothèse injustifiable, elles contenaient peut-être, l’une et l’autre solidaires, respectueuses et attentives, les réponses essentielles. Séparées, elles n’ont aucune chance de parvenir, à travers les millénaires, qu’à l’accroissement de leur égarement respectif, qu’elles continueront fièrement, chacune, à nommer progrès. De multiples progrès, c’est certain. Pour la médecine notamment. Mais pour la compréhension de l’Esprit, il n’en sera rien.

Et l’ensemble de la masse, abandonnée par les chercheurs et les mystiques, qui auraient pu faire office de guides spirituels, continuera à errer dans les affres de cette angoisse existentielle, toujours fiévreusement étouffée, et avec une imagination fertile, sous les artifices de la modernité.

Une pénible nausée. Un tel gâchis.

L’échéance de sa réintégration dans le monde humain l’effraie de plus en plus. Comment réussira-t-il à préserver l’incandescence de ses pensées dans le marasme des jours quotidiens ? Jamais, auparavant, il n’était parvenu aussi loin. Il ne sait si toutes ces idées ont un sens réel mais elles correspondent à la réalité que, lui, il cherche.

Se disant cela, il comprend combien il est facile de basculer dans l’élaboration d’une religion. Il ne sait si ses théories ont une logique scientifique ou si la foi, uniquement, les guide mais il serait prêt à les considérer définitivement acceptables et même peut-être transmissibles. Concevant cela, il s’aperçoit de son orgueil et donc de son appartenance à l’humanité et à ses travers. L’idée lui déplaît fortement mais étrangement elle le convainc qu’il n’a aucune raison de devoir lutter contre les sentiments amoureux. Il s’agit sans doute du même ordre de choses, d’une autre faiblesse. Il n’est qu’un humain.

Et c’est bien peu.

Dieu ne lui est pas accessible. Le Hasard non plus. L’Architecte, quel qu’il soit, n’est pas identifiable. Ni même la Vérité. Pas pour l’espèce humaine, en tout cas.

Il se demande si les animaux n’éprouvent pas davantage la réalité de la Vie que nous. N’ont-ils pas su préserver le Contact ?

L’ultime Compréhension.

Mais alors pourquoi pas nous ? De quoi avons-nous été punis ? Et s’agit-il d’ailleurs d’une punition ou d’une mission à accomplir ? Dieu nous aurait-il envoyé une épreuve afin de juger de l’intérêt de cette espèce particulière ? Si c’est bien le cas, le Créateur doit être effroyablement déçu. Dès lors, cette désillusion consommée, se peut-il qu’il soit parti voir ailleurs, désespéré et n’ayant plus aucune attente ? 

Si Dieu est parti, nous errons dans le Temps à la merci de notre folie qui est sans borne ou du Hasard qui a repris la place laissée vacante.

Et si Dieu est toujours présent et que la mission qu’il nous a envoyée est bien réelle, la tâche à accomplir est d’autant plus immense que nous avons perdu l’objectif de vue, que dans la cacophonie de nos agitations frénétiques, nous n’entendons plus rien. Il n’est dès lors  pas certain que l’humanité soit engagée dans la bonne direction et le progrès qu’elle vénère n’est peut-être en réalité que l’approche de la fange. Si dès lors nous nous éloignons de l’objectif que Dieu nous avait assigné, combien de temps nous faudra-t-il pour nous en apercevoir, expliquer, convaincre la masse non pensante et enfin changer de cap ?

Peut-être s’agit-il d’ailleurs d’une lutte impossible, que le mal est déjà trop ancré dans chacune des cellules qui animent chacun des individus. Que nous tombons en refusant de le comprendre entraînés par la masse colossale de l’humanité. Nous nous sommes arrachés du corps de la nature et nous dégringolons emportés par notre orgueil et notre obstination à ne rien voir.

Les églises, quels que soient leurs noms, ne peuvent plus aider les hommes. Elles ont perdu l’essence même de la Vérité. Elles ne sont plus des temples où Dieu se présente mais des maisons closes où elles ont souillé Dieu, répandant sur la Beauté du mystère leur fiel prétentieux comme une semence assassine. Toutes les règles religieuses sont essentiellement destinées à créer un ciment, à établir une morale commune et donc à contenir les libertés individuelles, à les soumettre, à les anéantir. Les églises ne favorisent en rien la quête de Dieu. Elles l’ont limitée, lui donnant une direction unique, toujours imposée aux incroyants. On connaît les massacres, passés, présents et certainement futurs, perpétrés au nom de Dieu. Il déteste les églises. Dieu, s’il existe, ne peut pas être en dehors de sa Création. Il est dans le brin d’herbe et l’eau des ruisseaux, le vol agité du papillon et les yeux verts de la jeune fille de ses pensées. Que viennent faire les églises dans ce monde sinon le salir et retirer l’homme du temple divin de la Nature ?

Il marche, en lui, sur des pentes inconnues qu’il avait toujours côtoyées sans jamais les parcourir.

Il aimerait mêler à cette avancée étrange la jeune fille de la bibliothèque. Son bonheur alors serait entier.

Il est au pied de l’arête terminale des Grands Moulins. La ligne d’ascension n’est pas clairement visible. C’est un enchevêtrement de piliers ruiniformes et de couloirs enneigés, de blocs instables et de pentes lisses sur lesquelles la neige, pour l’instant, s’accroche. Deux ou trois heures, selon les détours nécessaires, lui semblent indispensables pour atteindre le sommet.

Ne pas monter seul. Une emboîture qui lâche et c’est la catastrophe. Personne ne sait où il est. Des heures de descente. Il sort du sac la paire de jumelles. Il inspecte minutieusement chaque zone et dessine une ligne possible dans les successions chaotiques d’arêtes brisées. La neige est un allié indéniable. Elle maintient les pierres instables et permet de remonter sans risque les zones terreuses qu’elle tapisse. Il ne doit pas attendre la fonte de printemps. La boue sous les pieds est un danger permanent. L’objectif devant lui est à la mesure de ses progrès et de ses élans. C’est là qu’il doit éprouver ses forces revenues, la maîtrise de ses pas.

Il fait demi-tour. C’est la guerre qu’il veut gagner et non seulement une bataille. Il n’est pas en situation de monter au front.

La jeune fille de la bibliothèque. Il a suffi qu’il redescende vers la vallée pour qu’elle s’invite dans ses pensées.

Il retrouve la voiture sans avoir cessé de penser à elle. Il saisit combien la lumière qu’elle diffuse dans son âme peut entraver ses recherches, que l’intensité de l’éclat peut l’aveugler et estomper tout le reste. Pour l’instant, il imagine la jeune fille face à lui mais dès lors ce n’est pas de l’amour, juste un éblouissement. Tant qu’il ne lui déclarera pas sa flamme, il ne verra rien d’autre que le feu de ses prunelles et ne parviendra pas à marcher à ses côtés. Pour avancer dans une direction commune, il faut fusionner et cesser de s’éclairer l’un l’autre. Il voudrait le lui dire, là, immédiatement. Il imagine la blancheur devant eux, l’extrême limpidité des horizons s’ils parvenaient, ensemble, à progresser vers le haut.

Il roule et ne peut arrêter le flot d’idées qui dévale.

Ces deux âmes confondues dans la même brillance, il les voit comme la communion parfaite, celle que l’être humain et la Terre ont autrefois connue. L’être humain et l’Univers, se corrige-t-il. L’amour entre individus, lorsqu’il est à l’échelle de la fusion des âmes, est une empreinte du paradis perdu. Tout le bonheur est là, toute la paix s’y cache. Rien n’est plus profond et plus révélateur que cet amour sublime. Le chant de l’oiseau parlait de cet amour. Et de communion avec le lever du jour. Le mode de conscience dualiste, aussi longtemps qu’il dominera le monde, maintiendra le gaspillage des ressources, l’emploi irraisonné des techniques, la destruction des environnements, l’intoxication des âmes. Chaque nouvelle loi, chaque direction économique, sera toujours prisonnière de ce champ de pensées étroit et néfaste, totalement opposé à l’idée que l’individu est une partie intégrante de la Nature, qu’il ne peut porter atteinte à un élément de la Vie, aussi infime soit-il, sans se détruire lui-même. Il sait que s’il portait atteinte à la jeune fille de la bibliothèque, il anéantirait l’amour, et lui-même, et sans doute un peu l’Univers.

La mort de Blandine a failli le condamner. Il se dit, et les mots lui font mal, qu’il a échappé à l’ensevelissement par manque d’amour. Lui et Blandine n’avaient pas fusionné.

Son Paradis n’était pas le sien.

Il est assis devant la cheminée. Il a rallumé le feu mais l’entretient à peine. Les températures sont douces. L’hiver éprouve de plus en plus de mal à retenir l’avancée du printemps. Il n’a pas vu les jours passer. Sa perception du temps est de plus en plus décalée. Les signes avant-coureurs des saisons le renseignent. Parfois une lettre administrative lui rappelle une date importante, une échéance à respecter, une visite médicale à effectuer. L’heure elle-même est indiquée. Une heure précise dans une vie d’homme. Tout cela lui semble si insignifiant. Nécessaire, sans doute, mais tout de même futile. Il n’est pas de ce monde là. Il le subit et tente juste de le supporter. Il imagine un départ pour une vie différente, dans un environnement sauvage. Une vie sur un voilier ou dans une île, au fond d’une vallée de l’Himalaya, dans la jungle Amazonienne, avec les Aborigènes ou les Inuits. Le choix n’est plus très vaste.

L’étau se resserre."

D'une tristesse infinie.

Par Le 09/09/2011

Quatre jours de classe, vingt-deux élèves de CM2.

Quatre jours à leur parler.

Je fais mon programme scolaire mais là n'est pas l'important, loin de là.

Des enfants déjà "fatigués" par l'école, des enfants qu'il faut déjà tenter de ranimer. Alors qu'ils n'ont que dix ans.  L'école n'est qu'un lieu de rencontres, un endroit où il est parfois possible de jouer, quelques instants de récréation entrecoupés de longues périodes d'apprentissages forcés.

Terriblement désespérant.

Apprendre n'est déjà plus qu'une corvée, nullement un espace de découvertes pour soi, l'opportunité d'éprouver ses capacités.

Il faut donc déjà que je les inonde de mille histoires. Essayer de capter leur imaginaire et leur attention, de faire briller leurs pupilles, une dépense d'énergie colossale, qu'on n'imagine pas, un défi constant.

Je ne mets nullement mes collègues en cause. Ils subissent la même pression que moi. C'est le système qu'il faut revoir, c'est l'intention qu'il faut redéfinir, le sens de tout ça.

Effrayant également de les entendre parler de l'existence.

La plupart des garçons veulent être joueur de foot professionnel, non pas pour la passion du jeu mais pour gagner des fortunes.

les filles veulent être princesse et se marier avec un prince anglais.

J'exagère à peine.

Toute discussion aboutit inévitablement à une notion d'argent.

Si je leur parle d'Alfred Wegener et de sa découverte de la théorie des plaques tectoniques, de cette passion incommensurable pour la connaissance, une curiosité scientifique comme un élan de vie, ils me demandent s'il est devenu riche...

Si je leur parle de Maud Fontenoy, ils me demandent si elle a gagné beauoup d'argent en traversant l'Atlantique à la rame.

J'exagère à peine.

Si je leur parle du film "Himalaya, l'enfance d'un chef", je les entends parler de "Cowboys et envahisseurs".

Si je leur passe la musique de John Surman, je les entends parler de Mickael Jackson ou de Ryhanna.

Si je leur parle de la Mongolie, je les entends parler de Monte Carlo.

Si je leur parle de la nature et des marches en montagne, je les entends parler de shopping.

Non, non, j'exagère à peine.

J'ai entendu en quatre jours un condensé effroyable de leur image de l'existence, la puissance des formatages, des conditonnements, des imbrications en eux de cette société obsédée par le culte de l'argent et l'angoisse de la pauvreté, les difficultés financières. J'imagine aisément la situation des familles, il n'y a rien de facile pour aucune d'entre elle certainement et ces enfants participent et entendent tout cela, ils en sont submergés, ils finissent par se construire des schémas de pensées extrêmement limités, des horizons terriblement étroits. 

L'école n'est d'ailleurs pour eux qu'un moyen d'avoir un métier et de "gagner sa vie". Je déteste cette expression. "Gagner sa vie. " On a déjà gagné puisque la vie est en nous et on n'a même pas eu l'obligation de participer à quoique ce soit, de se battre pour quoique ce soit. C'est elle qui a décidé d'être là. Et nous, il faudrait qu'on la "gagne" jusqu'à en perdre le goût.C'est absurde, totalement fou.

"Essaie de faire ton devoir et tu sauras ce que tu vaux. Mais qu'est-ce que ton devoir ? Ce qu'exige l'heure présente."

Goethe.

La citation du jour.

Leur apprendre à n'avoir aucune intention dans le travail. La récompense est déjà contenue dans le travail lui-même. La possibilité d'éprouver ses forces, sa détermination, son intelligence, son raisonnement, sa lucidité, sa curiosité, sa persévérance...Le résultat n'a que peu d'importance tant que tout cela a été éprouvé et qu'on en a une image claire et durable afin de pouvoir renforcer encore la puissance de ce don personnel la fois suivante.

Le travail n'est pas une image de ce qu'ils doivent faire mais de ce qu'ils peuvent apprendre à être.

Leur apprendre à être totalement impliqués dans leurs actes, à filtrer les pensées intrusives, à exploiter un potentiel encore inconnu. Sans jamais les laisser croire que ce potentiel leur ouvrira autre chose que le bonheur simple et inépuisable de la connaissance. Sans autre intention. 

Je sais que je vais devoir dépenser une immense énergie.

Un long chemin.

Par Le 22/05/2011

Ecrivain savoyard, passionné de montagne, Thierry Ledru a publié en novembre 2007 « Noirceur des Cimes » aux éditions Altal, une quête initiatique sur fond de hauts sommets

Comment avez-vous attrapé le virus de l’écriture ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter des histoires ?
Thierry Ledru : Lorsque j’avais seize ans, mon grand frère Christian qui en avait dix-neuf a eu un accident de voiture. La gendarmerie a appelé mes parents. C’était la nuit. On a foncé à l’hôpital. Quand on est arrivé, un interne nous a dit : « Il est cliniquement mort. » Je suis rentré dans la chambre. Je n’ai pas reconnu mon frère. Et j’ai dit : « Je sortirai de cette chambre avec Christian et il sera vivant. » J’ai passé trois mois dans cette chambre. Jours et nuit. C’était pendant l’été. J’ai manqué la rentrée des classes. Pas question de le laisser. J’ai écrit chaque évènement dans un cahier, mes pensées, mes détresses, l’évolution de mon frère, la mort, Dieu, l’amour, la peur, la souffrance. Mon frère s’en est sorti. Pour la médecine, il représentait une énigme. Il n’avait plus de boîte crânienne au niveau du front. Ils ont mis une prothèse. C’était une première médicale.

Je me suis occupé de mon frère pendant deux ans. C’était très difficile pour lui. Un œil mort, une cheville bloquée, il pesait quarante-sept kilos pour 1m96 en sortant de l’hôpital…Il a fallu tout reprendre jusqu’à ce qu’il puisse reprendre l’escalade avec moi. Une passion commune. Il avait déchiré le cahier de l’hôpital sans le lire. Une déchirure pour moi aussi. Tout ça est très complexe. Un déni de l’évidence pour sa part. La charge de ce qu’il avait perdu avec l’incapacité de comprendre ce qu’il avait vécu. Une blessure spirituelle pour moi. J’étais le témoin de sa guerre. Je ne pensais pas pouvoir retrouver ce que j’avais écrit dans cette chambre. Mais j’avais découvert la force incommensurable de l’écrit. Cette acuité, cette autopsie des pensées. Je ne pouvais plus m’en passer.

Au lycée, je me suis mis à écrire comme un forcené, comme un écorché. Un prof de français et un prof de philo m’ont dit qu’un jour je serais édité. Que mes mots étaient des « scalpels. » Bien choisis, n’est-ce pas ?…Tout avait commencé au milieu des scalpels. Je ne choisissais rien en fait. L’écriture s’imposait à moi parce qu’elle était vitale. J’adorais la philosophie. J’aurais aimé être professeur mais je voulais devenir indépendant financièrement et soulager mes parents qui continuaient à subvenir aux besoins de mon frère. Comme j’aimais beaucoup les enfants, j’ai décidé de devenir instituteur. La formation était payée et moins longue que celle de professeur. Je ne le regrette nullement.

Je vivais déjà une passion exclusive pour l’escalade et l’alpinisme. J’espérais devenir guide de haute montagne. Mais à vingt-quatre ans, j’ai eu une première hernie discale. L’opération a été un échec. Et on ne devient pas guide de haute montagne avec un dos détruit. Dépression. Lourde, très lourde. Et encore les mots pour me sauver.

En quelques mois, j’ai écrit « Vertiges », mon premier roman. L’histoire d’un alpiniste qui redescend son compagnon sur son dos, comme un fardeau à rendre aux hommes. Je ne comprenais pas encore le symbolisme de l’histoire entre mon frère et moi.Ca viendrait plus tard.

Voilà pour mes débuts dans l’écriture. Rien de bien joyeux. C’était une thérapie, une nécessité surtout, une bouée de sauvetage.

Parlez-nous de cette quête intérieure que vous poursuivez en écrivant ?
Thierry Ledru : L’écriture de « Vertiges » a été un déclic. J’ai d’abord pris conscience de l’importance de la nature dans ma vie, de tout ce qu’elle m’apportait, de la sérénité et de « l’éveil » que j’y trouvais. La haute montagne surtout. Parce qu’elle m’offrait la possibilité de me découvrir, d’explorer mon potentiel. Simultanément à ces défis physiques que je multipliais à mon niveau, j’accompagnais cette démarche d’une réflexion constante. Les relations humaines, l’amitié, l’amour, la mort, le sens de l’existence, cette nécessité de « pousser la machine, » de ne pas accepter les limites. Mais cette opération manquée sur ma colonne vertébrale continuait à me faire souffrir…Je devais m’en accommoder mais c’était une souffrance morale plus encore que physique. Je courais malgré tout, des marathons et des virées à vélo. J’en suis à quatre fois le tour de la Terre.  

L’écriture continuait à m’offrir un baume salvateur, un cataplasme sur mes douleurs existentielles.

J’ai écrit « Jusqu’au bout. » Un retour analytique sur mes expériences de vie. J’avais besoin de comprendre, un besoin viscéral et je savais que l’écriture avait cette force que les échanges humains ne m’apportaient pas. Les pensées sont trop éphémères alors que les écrits sont des cheminements infinis de taupe…Allez toujours plus bas dans les profondeurs, avec acharnement.

Puis ce fut « Là-Haut. » La mort encore, la souffrance, Dieu, le Bien, le Mal, des questions existentielles qui me torturaient sans relâche. J’aurais bien eu besoin d’une psychothérapie. Je préférais écrire. Lorsque j’écris, il m’arrive de ne plus être « là », de ne plus être un mari, un père, un instituteur…J’entre dans une dimension d’une profondeur inouïe et en même temps dans des horizons inaccessibles dans le cadre de la vie sociale. Rien n’existe autour de moi, le monde a disparu, les êtres ont disparu, le jour a disparu, le temps n’est plus. C’est comme un puits au fond duquel scintille une lumière inconnue. Comme si la noirceur était lumineuse…

« Noirceur des cimes » viendrait plus tard, c’était inéluctable.

J’ai quitté la Bretagne pour venir m’installer dans les Alpes, en Haute Savoie. J’avais absolument besoin du spectacle des montagnes. J’ai rencontré Nathalie. Nous vivons ensemble depuis. Nous avons trois enfants.

Mon frère est mort à trente-neuf ans d’une rupture d’anévrisme. Un choc effroyable, destructeur. Je ne l’avais pas revu depuis plus d’un an. Je l’ai retrouvé dans la salle de la morgue. Une énorme culpabilité. Mes parents n’étaient pas là et injoignables. Je suis allé en Bretagne pour m’occuper de son corps, de l’administration, de préparer la crémation, prévenir la famille…J’ai enfin réussi à contacter mes parents pour leur dire : « Maman, Papa, Christian est mort. ».

Je ne pouvais pas échapper à la quête spirituelle. C’est mon chemin de vie, je devais l’accepter.

A trente-neuf ans, cette hernie discale mal opérée et qui me faisait souffrir s’est réveillée avec une violence inimaginable. Je « portais » toujours mon frère et mon dos n’en pouvait plus mais je ne l’avais pas encore compris.

Personne ne voulait m’opérer. Les risques étaient énormes. Mais j’allais perdre ma jambe gauche. Un chirurgien s’est lancé et ça a marché. Du moins, c’est ce que tout le monde a cru pendant quelques années. Mais ce travail en moi n’était toujours pas fait. Je continuais à écrire. Je retravaillais « Jusqu’au bout » et « Là-Haut » dont aucun éditeur ne voulait. « Trop dur, trop complexe, trop long, trop exigeant… »

D’autres histoires aussi. « Jarwal », un petit lutin auquel j’avais donné vie et dont je racontais les histoires à mes enfants quand nous allions marcher en montagne. Sur mon blog « là-haut », je travaillais sur des textes « philosophiques », des réflexions qui me concernaient. L’être réel, le moi, le Soi, le mental, le temps psychologique, la mort, la douleur, la peur, l’intention, le désir, l’imagination, l’amitié, les autres, l’âme…

Et puis, à quarante deux ans, trois hernies discales d’un coup. Mon médecin n’avait jamais vu ça. C’est toujours là, en moi, cette douleur effroyable. Cette destruction psychologique…

Personne ne pouvait rien. Je faisais des rêves étranges, apaisants, comme des messages d’anges au milieu de cauchemars hallucinants… Des auras bleutées qui me parlaient : « Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. » Une totale incompréhension…

J’allais mourir. Vessie bloquée, les reins en danger, paralysie de la jambe, douze kilos perdus, des cauchemars infinis au milieu des larmes, ma femme et mes enfants effondrés. Un calvaire.

Une opération de la dernière chance : sortir les intestins, visser une plaque sur la colonne, ouvrir le dos, visser une autre plaque et boulonner les deux. 50% de risque pour le fauteuil roulant, 25% paralysie de la jambe gauche, 25% je remarche à peu près. J’ai refusé. Prolongement du calvaire. Et puis la rencontre avec Hélène, une médium magnétiseuse. La première séance, quatre heures dans un espace inconnu, une dimension spirituelle dont je n’imaginais pas l’immensité…. Je suis sorti en marchant. Trois mois après je reprenais le ski.

A mon tour, je devenais une énigme pour la science.

J’ai écrit « Les Eveillés » pour essayer de comprendre…

Je ne pouvais pas échapper à cette quête spirituelle. Tout ça n’était qu’un chemin à prendre. Ca ne dépendait pas de moi.

Comment est née l’idée de « Noirceur des cimes » ? L’intrigue se passe en montagne. C’est un cadre idéal selon vous pour révéler les êtres et plus particulièrement votre personnage de Sandra ? Comment la voyez-vous ? Comment pourriez-vous la décrire ? Pour un amoureux de la montagne, que représente le K2 ? Qu’est-ce que la noirceur des cimes ?
Thierry Ledru : Tout ce que j’avais vécu avait eu des conséquences multiples. J’avais besoin de transposer tous ces ressentis dans le cadre de la montagne.

Dans « Noirceur des cimes », la montagne n’est qu’un prétexte. L’histoire aurait pu se dérouler dans d’autres endroits mais la montagne a cette force de révéler les âmes. Et c’est un milieu que je connais très bien. Je ne suis jamais allé en Himalaya mais toutes mes lectures me donnaient les informations dont j’avais besoin. Le K2 est un sommet mythique que tous les alpinistes connaissent. Je voulais une montagne à la mesure des « révélations intimes que les protagonistes allaient éprouver. Un tuteur redoutable.

« Noirceur des cimes » n’est pas uniquement un livre d’alpinisme mais également un livre à visées philosophiques. Le mental et ses pensées anarchiques, le poids du passé, les traumatismes refoulés, les situations amoureuses lorsqu’elles sont chargées d’intentions, la quête spirituelle, la découverte de l’être réel, la divulgation de l’être social, les imbrications relationnelles qui conduisent l’individu à vivre des situations qui ne lui correspondent pas…

Le drame, à mon sens, peut devenir un tremplin. Il s’agit d’y chercher ce qui peut permettre à l’individu de s’extraire de ses conditionnements sociétaux, historiques, éducatifs. Le drame a ce pouvoir de tout briser, de pulvériser les repères, les habitudes lorsque ces comportements irréfléchis sont des enfermements, des aveuglements, des anesthésiants. L’enjeu, c’est l’accession à la conscience. Un état d’éveil.
De toute façon, l’individu concerné n’a pas le choix. Soit il sombre, soit il s’élève et use de cette situation pour entrer dans une autre dimension, un autre regard, une autre « réalité ».

D’un point de vue littéraire, il est extrêmement important pour moi que le lecteur soit totalement plongé dans l’ambiance, qu’il se sente impliqué, qu’il puisse vivre à la place des personnages, ressentir en lui les émotions, que les descriptions réveillent en lui des échos personnels, qu’il se sente concerné, proche, attaché. Que la vie des protagonistes fasse partie de la sienne. J’essaie dès lors d’avoir une écriture cinématographique dans laquelle je travaille sur les cinq sens mais également sur l’intuition, l’indiscernable, ce qui n’est pas identifiable, qu’on ne peut nommer mais que l’on connaît tous. Les ressentis qui sont au-delà des choses connues, au-delà de la raison, au-delà du mental.

En installant cette histoire à 8000 m d’altitude, j’espérais créer également un cadre oppressant, stimuler l’imagination des lecteurs qui ne connaissent pas ce milieu et en même temps rester crédible envers les alpinistes.

Ce travail d’écriture m’a permis d’approfondir et de clarifier ce que j’ai vécu et d’en retirer l’essentiel. Les mots sont des scalpels qui permettent d’autopsier l’âme, d’en arracher les vieilles peaux, d’exciser les tumeurs. A mes yeux, rien ne peut avoir cette force. Et ce que je vis aujourd’hui est le résultat de cette démarche. Je l’entretiens désormais parce qu’elle est vitale. L’enjeu c’est la conscience, la lucidité, la vigilance

« Noirceur des cimes » est aussi un livre sur l’Amour. L’Amour entre les individus et l’Amour pour la Nature. Mais de quel Amour s’agit-il ? L’Amour inconditionnel ou l’Amour intentionnel ? L’amour intentionnel est issu du mental et il est au service de l’égo. Il souffre de tous les fonctionnements instaurés par l’histoire temporelle de l’individu, ses refoulements, ses traumatismes, ses éducations modélisées. L’Amour inconditionnel est un état constant, une vibration initiée par une conscience libérée du Temps psychologique.

L’amour intentionnel est le reflet des tourments de l’égo qui se projette dans un avenir illusoire à travers des espoirs, des attentes, des projets, un futur idéalisé et illusoire ou établit un ancrage invalidant sur un passé disparu. Cet amour-là n’est que le reflet de notre incapacité à vivre l’instant présent dans un état de clairvoyance. Il est le symbole même de l’anarchie de nos pensées, du capharnaüm psychologique qui caractérise l’égo. L’amour intentionnel se construit sur nos identifications, l’assemblage hétéroclite de nos rôles sociaux. Ceux-ci correspondent à nos traumatismes enfouis, à notre histoire personnelle, nos conditionnements sociétaux. Il n’y a aucune liberté dans cet état de « sommeil éveillé ». Il n’y a pas de conscience mais un état hallucinatoire.

Il ne s’agit donc pas d’Amour mais d’une construction mentalisée qui nous offre une continuité rassurante dans nos schémas de pensées. L’égo créé les problèmes et s’efforce ensuite de les résoudre et par ce subterfuge assure son propre maintien.

Il y a les prisons que l’on accepte mais pire encore celle que l’on se fabrique. L’amour mentalisé est une prison aux murs gigantesques. Seul l’individu ayant accompli une quête intérieure, une épuration spirituelle, qui sait ce qu’il est en dehors de tous conditionnements, qui a conscience des manipulations de l’égo, seul celui-là a la capacité de faire de l’Amour véritable un espace à découvrir et non des murailles à constituer.

Luc et Sandra sont amenés à détruire jour après jour leurs propres geôles, à autopsier avec lucidité leurs propres errances. Ils n’ont pas le choix. Ca ne leur appartient pas. Les évènements imposent ce cheminement intérieur.

« Il faut briser la coquille pour atteindre le noyau » a écrit Maître Eckart.

C’est un livre sur l’accession à la liberté et donc sur la possibilité de vivre totalement l’Amour, à être dans une dimension de conscience qui permet l’acceptation, l’agir dans le non agir.

Les deux protagonistes vont être dépouillés de leurs carapaces par l’exigence et la rudesse de leurs conditions de vie et dans cette situation douloureuse, ils vont réaliser que les conditions de vie ne sont pas la vie, que l’importance des regards n’est pas la vie mais juste une interprétation. La conscience de la vie est bien plus profonde. Les pensées ne font pas la vie, elles ne font que la commenter. La noirceur des cimes est là pour illuminer les tréfonds ignorés. Quand on perd ses repères dans l’obscurité opaque des conditions de vie, il existe l’opportunité de passer à un autre état. C’est une chance à saisir. Il faut mourir pour renaître.

C’est aussi un livre sur la solitude et tout ce qu’elle apporte. Les regards, les attentions ou l’indifférence qui jalonnent l’existence sociale contribue à l’identification dont l’égo se remplit. Les rôles que nous tenons apparaissent comme des piliers alors qu’ils ne sont que des paravents. Ils cachent l’être réel, celui qui que nous sommes quand il ne reste que le Soi qui n’est pas le moi. Le moi, c’est l’égo qui se couvre d’oripeaux. Le Soi, c’est l’esprit libre de toutes entraves. Et dans cette liberté peut prendre forme la conscience réelle de la vie, de notre connivence cellulaire avec l’Univers du Vivant. C’est la vibration essentielle, celle qui nous fait ressentir la vie en dehors des conditions de vie. L’individu entre dans une dimension spirituelle détachée de la dimension sensorielle dont l’égo se sert pour se préserver.

La solitude devient dès lors un cheminement possible vers l’être intime. Lorsque s’ajoute à cette situation particulière l’usage immodéré des forces physiques, il se créé un état de plénitude parce que les résistances sont liquéfiées par l’épuisement. L’individu entre dans une sorte de béatitude qui ouvre les portes de l’esprit. Les émotions prennent le pas sur les ressentis. Les ressentis sont issus des cinq sens alors que les émotions émergent d’une zone plus profonde mais elles sont encore sous le joug de l’égo. Il faut briser les carapaces pour parvenir à une dimension spirituelle. C’est un autre espace intérieur illimité et d’une acuité extraordinaire.

Il est malheureusement consternant de constater que l’homme a besoin d’être confronté à une situation dramatique pour parvenir à s’engager dans une démarche spirituelle. Quand il est inscrit dans un fonctionnement routinier, l’expression elle-même l’amuse, il s’en moque ou bien elle lui fait peur. Cette réaction cache évidemment une introspection qu’il refuse, qu’il juge inutile. Il est plus simple de continuer à rester « endormi ». Sandra, l’universitaire, vit dans cet état léthargique en usant de son intellect. Elle est performante dans son domaine mais elle n’a rien acquis de l’essentiel.

La vie sociale dans le foisonnement d’idées anarchiques et superficielles qui la caractérisent ressemble à un état de sommeil dans le sens où même si nous maîtrisons nos actes nous n’avons pas su développer une conscience du jeu d’influences que nous subissons et qui conditionnent ces actes. Nous ne nous offrons pas assez de recul, de temps d’observation, nous rejetons l’élévation. C’est pour cela que le drame devient inévitable.

Il survient lorsque l’enfermement dans nos conditionnements est si étouffant que l’être réel succombe et se doit de se révolter pour survivre. Il ne s’agit pas de hasard mais d’une nécessité que nous créons par notre aveuglement, les conséquences des dysfonctionnements liés à ce mental auquel nous nous soumettons.

« Nous sommes comme des noix. Pour être découverts, nous avons besoin d’être brisés. » Khalil Gibran.

Il est possible de scinder l’individu en trois entités distinctes. « Le corps physique » est fait de matière dense et il réagit à la conscience sensorielle. Ce corps physique est celui que nous éprouvons constamment et dont il est difficile de s’extraire dans des conditions de vie habituelles. Ce corps physique représente l’enveloppe du « corps mental », la deuxième entité.
Il s’agit cette fois d’une entité faite de pensées et d’émotions. Luc, le héros de l’histoire, lorsqu’il souffre de la morsure du froid (sensation du corps physique) éprouve la peur (émotion du corps mental) des doigts gelés. Ces deux entités sont indissociables et s’entretiennent. Le troisième corps est la manifestation spirituelle de l’être, le Soi. C’est « le corps spirituel. »

Il n’est pas enfermé dans le corps physique mais connecté avec le Tout. Le corps physique n’est qu’un abri occasionnel. Le « corps spirituel » ne meurt pas. Il baigne dans une félicité éternelle. Il n’est pas possible de l’identifier en usant des critères inhérents aux deux autres corps. Ce Soi se situe au-delà même du plan de l’inconscient. Il n’appartient pas à l’être mais au Tout, à l’Univers du Vivant, et lorsque les barrières du mental sont brisées par les conditions extérieures de vie et que l’ego perd tous ses repères, cette dimension ouvre ses portes.

Luc et Sandra vivent ce voyage intérieur et cette osmose avec la Vie.

C’était le but essentiel de ce livre.

Le Soi.

Vous avez reçu le prix Plume de l’espoir et le prix du roman au festival du livre du Queyras pour votre premier roman « Vertiges ». Comment avez-vous vécu cette première reconnaissance ? Comme un vrai bonheur ou une pression supplémentaire pour faire aussi bien ensuite ?
Thierry Ledru : J’écris dans le cadre d’une démarche personnelle. Par conséquent la plus belle récompense, c’est de parvenir à transcrire ce que je porte et à l’éclairer à la lumière des mots.

Ces deux récompenses, je les ai donc reçues comme un « supplément », la prise de conscience aussi que mes textes pouvaient émouvoir les lecteurs, qu’ils n’étaient pas qu’une introspection opaque mais qu’ils pouvaient éveiller des ressentis similaires. Ce fut un grand bonheur, tout simple, l’occasion de rencontrer des lecteurs.

Je ne me suis pas mis pour autant en tête de devoir faire aussi bien, avec un objectif de « récompense. »

Je devais écrire « Noirceur des cimes » parce que c’était nécessaire. Comme des balises à poser sur mon chemin. Je n’ai jamais cherché à écrire avec une intention dirigée vers les lecteurs. Ne pas se trahir, ça me paraît indispensable. »


C’était en Mai 2009.

Beaucoup de choses intérieures depuis, un parcours personnel qui m’a poussé à me lancer pleinement dans l’écriture de « Jarwal le lutin ». Toutes ces histoires que j’ai racontées à mes enfants, ces messages que je transmettais dans un conte sans fin, ces réflexions spirituelles, existentielles, philosophiques, tout ce que j’essaie désormais de transmettre à mes élèves, je devais les écrire. C’était aussi une promesse faite à mes enfants.

Il faut toujours tenir ses promesses.