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Jean Le Cam
- Par Thierry LEDRU
- Le 29/01/2021
Bien évidemment que j'aime cet homme. Il y a bien longtemps que je regarde son parcours dans le milieu et que j'écoute ses paroles.
"En dire trop, ça fait rire, bien faire, ça fait taire".
C'est un taiseux mais quand il parle, il dit quelque chose. Et on s'en souvient.
Ici, il parle de la course à l'argent dans le milieu, la course à la technologie, le "toujours plus", il parle de l'amitié, du respect, du partage avec le public aussi, de l'amour que ça génère.
C'est un homme de coeur et il faut écouter l'hommage que lui rend Damien Seguin.
VIDEO. Vendée Globe 2020 : Jean Le Cam, 4e au classement, est "allé au bout du bout du bout"
Jean Le Cam a bouclé son 4e Vendée Globe jeudi soir. Il est le 8e à passer la ligne d'arrivée mais Le Roi Jean s'offre la 4e place du classement au terme d'une course mouvementée au cours de laquelle il a porté secours à Kevin Escoffier dont le bateau a coulé.
Publié le 28/01/2021 à 20h26 • Mis à jour le 29/01/2021 à 14h40

Jean Le Cam à son arrivée du Vendée Globe aux Sables d'Olonne, le 28 janvier 2021 • © Jean-Marie Liot/Alea
Il a quatre Vendée Globe à son actif, Jean Le Cam vient de boucler une nouvelle fois ce tour du monde mythique, en solitaire et sans escale.
J'en ai fait pourtant mais des comme ça...
Jean Le Cam
"Je ne sais pas comment je suis arrivé là", a-t-il dit dès son arrivée, "C'est une délivrance, ça c'est sûr, ça y est, c'est fait. Ça a été un truc de malade, j'en ai fait mais avec tout qui s'est passé (...) en plus apparemment je suis 4e".
" C’est une ligne d’arrivée comme je n’en ai jamais passé de ma vie. Vous saurez demain pourquoi. Je ne sais pas comment je suis arrivé là, honnêtement je ne sais pas."Le doyen de la flotte a coupé la ligne d'arrivée de ce Vendée Globe 2020 à 19h19'55'' après 80 jours 13 heures 44 minutes 55 secondes, et après décompte d'une compensation horaire de 16h.
Par le jeu des bonifications, il a franchi la ligne d'arrivée ne 8e position mais décroche une 4e place.
Car cette édition 2020 a été mouvementée pour lui puisque le 30 novembre dernier il a dû se dérouter pour porter secours à Kevin Escoffier alors qu'il était en perdition sur son radeau de survie à 600 milles dans le sud-ouest du cap de Bonne Espérance, après le naufrage de son Imoca.À ce sujet, la rédaction vous recommande
Lors du Vendée Globe 2008, c'est Jean Le Cam qui avait été victime d'une avarie majeure, puisque son Imoca s'était retourné au large des côtés chiliennes.
Vincent Riou s'était alors dérouté pour porter secours au skipper en difficulté au 57e jour de course, alors qu'il était 4e de la course.Jean Le Cam au ponton avec Vincent Riou et Kevin Escoffier lors de son arrivée du Vendee Globe, le 29 Janvier 2021. • © Jean-Marie Liot/Alea
A 61 ans, le Roi Jean a su rivaliser avec ses adversaires, en naviguant pourtant sur un bateau d'ancienne génération, sans foils, vainqueur du Vendée Globe 2008-2009.
Les foils pour le Roi Jean, c'est "beaucoup de casse-tête, beaucoup d'énergie, beaucoup d'argent pour pas grand chose, je vous rappelle qu'Hugo Boss partait pour ce Vendée Globe en 69 jours, ben voilà". Alex Thomson le skipper d'Hugo Boss a dû renoncer, victime d'avarie sur son bateau, le plus moderne de la flotte.
"J'ai donné aux jeunes générations de se dire qu'ils peuvent faire le Vendée Globe même avec des moyens limités (...) ça c'est une vraie victoire".
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Vaccination et surveillance numérique
- Par Thierry LEDRU
- Le 29/01/2021
« La principale finalité de la vaccination n’est pas sanitaire », par Philippe Guillemant
https://www.nexus.fr/actualite/billet-dhumeur/finalite-vaccination-guillemant/
1 DÉCEMBRE 2020
« Le principal but de la vaccination n’est pas d’ordre sanitaire », selon Philippe Guillemant, Docteur et ingénieur physicien, spécialiste d’Intelligence Artificielle exerçant au CNRS. « Ce problème-là est peanuts à coté du choix de société qui se trouve devant nous, qu’une politique de gouvernance mondiale semble avoir déjà fait à notre place. Le principal but de la vaccination est de parvenir à une normalisation du port d’identité numérique par chaque citoyen. Aucune loi ne pourrait empêcher l’implémentation des algorithmes correspondants, mais seulement en interdire l’usage. La question de savoir si nous allons effectivement rentrer dans ce nouveau monde, ou pas, va donc dépendre du niveau d’acceptation du vaccin. Mais je le répète une fois de plus, mon avis est qu’on n’entrera pas dans ce nouveau monde. »
En plus des articles écrits par les membres de la rédaction, Nexus diffuse désormais des messages rédigés par d’autres personnes à la plume alerte. Nous partagerons avec vous leurs coups de gueules et de sang, cris du coeur, évasions et analyses de l’esprit que nous trouvons pertinents. Aujourd’hui, nous vous proposons pour la troisième fois les écrits de Philippe Guillemant, ingénieur physicien français, Docteur en Physique, spécialiste d’Intelligence Artificielle exerçant au CNRS.
Le principal but de la vaccination n’est pas d’ordre sanitaire
Le principal but de la vaccination est de parvenir à une normalisation du port d’identité numérique par chaque citoyen. Il sera en effet permis que le contrôle de ses droits d’accès à différents lieux (restaurants, boutiques, gares etc.) se fasse de manière automatique, ce qui ouvrira un immense marché, celui des objets connectés, tellement savoureux qu’il est capable de transformer des informaticiens en virologues.
Cela permettra également l’introduction d’une monnaie numérique déjà préparée par la suppression progressive de l’argent liquide.Il y a deux cas à considérer :
– Port d’identité numérique non intimement liée au corps : mobile, bracelet, montre, sac à main…
– Port d’identité numérique intimement liée au corps : bague, puce sous la peau, identification génique…Dans le second cas il sera impossible, sauf opération chirurgicale, de se débarrasser de son identité.
Dans un premier temps, seul le premier cas est à considérer sérieusement. Ce n’est que lorsque l’usage d’une identité numérique sera normalisé par l’habitude (de vivre autrement) que le second cas s’imposera naturellement pour renforcer la sécurité de l’usage.
Aujourd’hui, ce port d’identité numérique est déjà réalisé via nos mobiles, mais aucun usage n’en est fait, sauf marginal comme dans le cas de l’application TousAntiCovid. Tout le monde a le droit d’entrer dans n’importe quelle boutique et de voyager sans être obligé d’avoir un portable. D’autre part, le traçage des déplacements permis par un mobile est très grossier, sa précision étant comprise entre 1 et 10 mètres. On peut considérer que pour l’instant, avoir un portable est inoffensif.
Tout cela pourrait changer avec le contrôle vaccinal automatisé et la généralisation des objets connectés via la 5G et même dès la 4G. En particulier le traçage ne serait plus réalisé par GPS, mais par analyse et triangulation de signaux via les objets alentours et sera à terme 100 à 1000 fois plus précis, à mesure que la technologie évoluera.
Le port non lié au corps d’identité numérique, dans un environnement peuplé d’objets connectés (maisons, voitures, routes, villes…) permettrait les recueils de données suivants par une I.A. :
– Vérification d’autorisation d’accès pour les vaccinés
– Contrôle de vitesse et stationnement (voiture connectée)
– Identification de toutes sortes d’infractions à la conduite
– Identification des personnes avec qui l’on déjeune
– Mémorisation de tous les déplacements
– Calcul de temps de travail ou temps de présence…
– Détection de déplacement inhabituel…
– EtcIl convient de préciser qu’aucune loi ne pourrait empêcher l’implémentation des algorithmes correspondants, mais seulement en interdire l’usage.Toutefois, il serait extrêmement difficile de détecter qu’un tel usage n’est pas effectué. Seule son exploitation pourrait être rendue visible, mais cela laisse une grande place à une exploitation inavouée, par exemple par une société d’assurance où le calcul des droits est déjà réalisé de façon informatique.
Considérons maintenant le deuxième cas, et allongeons la liste précédente :
– Maison intelligente (interactions, commandes, dialogues…)
– Analyse d’activités privées (dormir, lire, faire l’amour…)
– Surveillance de l’activité des enfants
– Analyse des interactions familiales
– Analyse de situation (repos, activité, chute…)
– Analyse de comportement (geste brusque, activité sportive…)
– Détection et mémorisation des habitudes
– EtcJ’en oublie certainement, sachant qu’il est difficile d’imaginer d’avance tout ce que la quatrième révolution industrielle pourrait nous inventer. Je ne parle ici que d’un transhumanisme très doux, presque acceptable, sans faire référence à quoi que ce soit d’intrusif comme une puce dans le cerveau, des nanorobots dans nos veines ou une vision artificielle et connectée. Mais il va de soi que l’acceptation de ces technologies intrusives est conditionnée à l’acceptation de l’usage d’identité numérique.
La question de savoir si nous allons effectivement rentrer dans ce nouveau monde, ou pas, va donc dépendre du niveau d’acceptation du vaccin.Il est en effet peu probable que l’on oblige chaque citoyen à porter une identité numérique lors de ses déplacements si 50% de la population n’est pas vaccinée, car on ne va pas limiter à ce point la liberté de circulation. Par contre, si seulement 5% de la population n’est pas vaccinée, il est fort probable qu’on entrera dans ce nouveau monde.
La réalité sera évidemment bien plus complexe que cette simplification binaire, qui n’a d’autre but que d’éveiller aux véritables enjeux.Donc, je le répète, nous ne sommes pas confrontés à un problème sanitaire avec le virus. Ce problème-là est peanuts à coté du choix de société qui se trouve devant nous, qu’une politique de gouvernance mondiale semble avoir déjà fait à notre place.
Mais je le répète une fois de plus, mon avis est qu’on n’entrera pas dans ce nouveau monde.
Philippe Guillemant, le 24 novembre 2020
Pour en savoir plus sur l’auteur : http://guillemant.net
Sa biographie, ses articles, ses livres et dvd, ses conférences, ses réalisations technologiques, sa revue de presse et ses publications. -
Damien Seguin
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/01/2021
Demain, vous essayez de passer une journée entière avec une main dans une moufle, avec impossibilité de vous en servir.
Ensuite, vous essayez d'imaginer ce que ça peut donner sur une course telle que le "Vendée globe".
Damien Seguin vient de finir son tour du monde à la voile en solitaire.

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Là-Haut : un commentaire égaré
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/01/2021
Je cherchais un ancien article dans mes archives et je suis tombé sur celui-ci. Pas du tout ce que je cherchais mais le titre "Et maintenant, je fais quoi ? " ne me disait plus rien et donc je l'ai ouvert.
C'est un commentaire en fait, sur un de mes romans. Là-Haut.

Et maintenant, je fais quoi ?...
Le 25/05/2012
J'ai reçu aujourd'hui ce mail de la part d'Estelle, une lectrice de deux sites littéraires, "La cause littéraire" et "Reflets du temps".
Un commentaire pour mon roman "Là-Haut".
Jean est guide de haute montagne. Il va à Paris au salon du livre pour y représenter un livre de photographies. Blandine, sa femme l'accompagne.
Station Saint-Michel du RER. L'attentat.
Sa femme meurt à ses côtés et il se réveille à l'hôpital. Il a été amputé d'une jambe.
Une lente reconstruction au coeur des montagnes. Une introspection plus redoutable que tous les sommets qu'il a atteints.
"Cette fois je suis comblée.
« Jean », dont j’aurais pu assurément tomber amoureuse, ne meurt pas à la fin. Au contraire, il renaît. Il revit. Une autre vie.
J’ai encore beaucoup aimé ce texte. J’admire cette puissance chez vous à « tenir très fort dans vos mains » une drôle d’histoire, pas drôle, à la tendre à votre narrateur, afin qu’il nous la restitue et nous la raconte à souffle tendu, en apnée, au-delà de toute notion de temps, au-delà de l’imaginable. Et quelle histoire ! L’attentat de St Michel ! Fichtre ! Quelle audace !
Et donc, que dire encore que je ne vous aie déjà dit de vos autres textes ? Au risque de me répéter, au risque de vous lasser, et de descendre du « piédestal » d’où je vous écris, puisque, dites-vous avec générosité, vous êtes « fan » de ce que je vous écris… (c’est possible ça… ?), je ne vois pas quoi ajouter à tout ce que j’ai déjà dit, écrit, exprimé pour dire la force de vos textes, la force de votre écriture, la force de vos histoires. La force incroyable de votre vie qui transpire dans vos livres. Cette force qui nous secoue. Malmène. Effraie. Ravit. Nous explose parfois. Nous remue et nous fait fondre d’émotion, de tendresse, d’amour, de peur, ne nous laisse jamais indemne. Votre écriture, c’est un ravissement. La passionnée que je suis est comblée par la passion de votre écriture. Par la passion avec laquelle vous menez votre vie, tous les instants de votre vie, aujourd’hui, hier, demain, malgré les douleurs passées, malgré les blessures, malgré tout. Vraiment vous me ravissez. Dans tous les sens du mot. Je ne vois pas d’autre mot.
Le troisième livre, donc, que je lis de vous. Il n’en fallait pas plus pour que dès les premières lignes, les premières pages, j’entende déjà votre « musique », la musique de vos mots, de votre style, la musique même des battements de votre cœur qui scandent votre écriture. Il n’en fallait pas plus pour que dès le début du texte, je reconnaisse « de loin » votre style et la mélodie qui s’en dégage. A présent, je sais comment vous « composez » vos livres, j’en connais les notes, et la partition. Le refrain de vos mots est entré dans ma tête, je peux le fredonner comme une chanson qu’on aime, qu’on a tout le temps envie d’écouter. Vous avez une « patte d’écrivain », à vous. Pour moi, c’est ça un vrai écrivain.
Pourtant, je ne suis pas particulièrement réceptive à tout ce qui touche à l’irrationnel, à la vie après la mort, et à tous ces témoignages que beaucoup de gens rapportent après avoir frôlé la mort, après une sorte de coma où ils se sont vus dans une sorte de tunnel, éblouis par une étrange lumière. Où ils ont ressenti comme une paix intérieure en revenant à la vie.
Mais « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse... »
J’ai lu tout à l’heure sur votre blog votre petit texte « Je ne peux pas faire autrement ». Et vous savez à quoi ce passage-là:
"Ce qui m'importe d'ailleurs, c'est que le lecteur rencontre lui aussi sa propre disparition. Que l'histoire, nourrie par "cette écriture exigeante" devienne un effaceur de l'individu, qu'il disparaisse lui-même dans les atermoiements, les élévations, les tourments, les révélations, les drames, les rencontres, les fusions, l'inexplicable, l'invisible, l'irrationnel, que la vie du lecteur soit aspirée par cette exigence, que les mots, les idées, les pensées, les émotions l'envahissent jusqu'à ce qu'il n'ait plus conscience de lire, jusqu'à ce que la vie du livre coule en lui, jusqu'à ce que les mots résonnent en lui indéfiniment, qu'il ne puisse plus s'en défaire, qu'ils deviennent des compagnons, que le livre lui-même n'existe plus et qu'il ne reste que ce fil de vie qui relie l'existence des personnages et celui qui les accompagne et plus beau encore, qu'ils ne fassent plus qu'un."
Le mot est un peu fort et audacieux, je le concède, mais ça m’a sauté aux yeux : quand vous écrivez, vous « faites l’amour » à votre lecteur(trice).
Cet après-midi, profitant du soleil sur mon balcon, je m’y suis installée avec un petit bouquin acheté récemment, qui vient de sortir : « Madame Céline ». Un petit recueil de témoignages d’écrivains ou d’artistes ayant côtoyé Lucette Destouches, qui aura 100 ans le 20 juillet prochain, qui est la veuve de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline.
Et un témoignage m’a particulièrement touchée, et m’a fait penser à vous. C’est Christophe Malavoy, acteur de théâtre et de cinéma, qui a écrit un livre sur Céline, et qui écrit ces lignes, dont je vous offre en cadeau quelques petits passages :
« La première chose qui frappe quand on rencontre madame Destouches, et que l’on sait toutes les duretés et misères que cette femme a subies aux côtés de son mari durant la guerre et après la guerre, c’est son étonnante douceur, sa bienveillance qu’elle vous offre avec un sourire dont elle a le secret. Aucune amertume, aucune souffrance, pas une ombre de rancune dans ce visage apaisé. « Un frisson d’eau sur de la mousse » dirait Rimbaud.
« Lucette Destouches a une personnalité qui intrigue et l’on ressent assez vite la force de caractère que la longue et patiente pratique de la danse a forgée. C’est une humilité qui s’impose au premier regard et l’on comprend à ses côtés qu’il n’y a rien à faire que d’être soi et non pas un autre. En toute chose, cherchez l’humilité. C’est cela que madame Destouches vous invite à faire, partager quelque chose d’intime, d’humble, une relation vraie, dénuée d’arrière-pensées.
« Cette première rencontre fut donc très émouvante, et malgré la pudeur qui était la nôtre, nous avons avancé pas à pas, laissant nos âmes se rapprocher et se raconter ces choses que les mots ne connaissent pas. Ce fut très simple, sans heurts, et rien ne pouvait nous combler davantage que cette relation où l’on ne cherchait pas à se plaire mais bien plutôt à faire naître une complicité, une estime, et bien au-delà encore, ce qu’on appelle une « âme sœur ». Nous nous sommes quittés avec le goût et l’impatience de nous revoir comme deux jeunes adolescents qui se promettent un ciel qui les protège.
« A chacune de mes visites à Meudon, je suis reparti avec cette force que dégage madame Destouches, une force empreinte de fragilité, de douceur et d’humour. Une force empreinte d’une infinie patience. La patience, mère de toutes les persévérances. De sa petite voix qui s’échappe et reste légèrement en suspens telle une danseuse sur les pointes, Lucette Destouches donne le tempo et vous convainc qu’il n’y a pas autre chose à faire que de prendre les choses pour ce qu’elles sont. C’est tout simple, mais nos vies agitées en tous sens nous éloignent si souvent de cette force intime où chaque minute qui passe doit être vécue pour elle-même, et il est bien plus sage de s’en tenir à cela quand nous cherchons tant à vouloir vivre ce qui n’est pas.
Voilà ce que Lucette nous apprend : qu’il n’est rien nécessaire sinon trouver en nous notre humilité, ce discernement qui met en avant l’être plutôt que le paraître. Nul doute que la pratique de la danse, tant admirée par Céline, a donné à Lucette le sens de l’effort ainsi que celui de la mesure. Et je dirais qu’il n’y a pas d’humilité, autrement dit de connaissance des autres autant que de soi-même, sans une part de renoncement. La danse c’est le dépassement de soi par le renoncement du moi. C’est cela la grande force de Lucette Destouches, et c’est cela qui me touche et m’émerveille à chacune de mes visites. Cette capacité à être sans rien vouloir.
N’est-ce pas le tempérament de ceux qui ont souffert et qui n’en disent jamais rien ? »
Voilà, j’ai trouvé ces lignes particulièrement belles. Comme un écho à beaucoup de vos qualités humaines.
Et si, dans ces extraits, on remplace « danse » par « escalade en montagne », comment ne pas faire, naturellement, le rapprochement avec vous…
Ce soir, je commence Noirceur des cimes. Je retourne dans votre musique de mots."
Estelle
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Le FMI et la dette française
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/01/2021
Il faut s'attendre à des annonces pénibles...Et vu le démarrage de l'année 2021, il n'est même pas possible d'imaginer ce qui va en sortir.
https://www.challenges.fr/finance-et-marche/le-fmi-invite-la-france-a-preparer-un-plan-pour-reduire-sa-dette_746681
Le FMI invite la France à préparer un plan pour réduire sa dette
Par Reuters le 19.01.2021 à 15h20LE FMI INVITE LA FRANCE À PRÉPARER UN PLAN POUR RÉDUIRE SA DETTELa France doit travailler dès maintenant à un plan qui lui permettra d'assainir ses finances publiques dès que l'économie aura surmonté la crise due au coronavirus, a déclaré mardi le Fonds monétaire international (FMI). /Photo d'archives/REUTERS/Yuri Gripas
YURI GRIPAS
PARIS (Reuters) - La France doit travailler dès maintenant à un plan qui lui permettra d'assainir ses finances publiques dès que l'économie aura surmonté la crise due au coronavirus, a déclaré mardi le Fonds monétaire international (FMI).Dans son rapport annuel sur l'économie française, le FMI dit s'attendre à un rebond de 5,5% du produit intérieur brut (PIB) de la deuxième économie de la zone euro après une contraction de 9% environ en 2020.
Mais il ajoute que la tendance de croissance à moyen terme devrait rester inférieure à son niveau d'avant la crise - l'économie de l'Hexagone affichait alors des performances supérieures à celles de plusieurs autres pays de la zone euro - car la situation financière des entreprises et le chômage élevé vont continuer à peser sur l'activité.
Alors que la crise devrait laisser le déficit budgétaire du secteur public à 7,7% du PIB cette année, le FMI exhorte le gouvernement à ne pas perdre de temps et à élaborer des plans pour réduire les dépenses une fois que la reprise économique sera installée.
"La dette en France est élevée et nous pensons que le moment est venu d'élaborer et d'approuver un plan d'assainissement budgétaire crédible à moyen terme", a déclaré le chef de la mission du FMI en France, Jeffrey Franks, lors d'une conférence téléphonique.Le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, a pris note de ce rapport en assurant partager l'analyse du FMI sur la nécessité de continuer à soutenir les entreprises, la pertinence d'un plan de relance "ambitieux" et "l'importance d'élaborer dès à présent une stratégie de rééquilibrage des finances publiques".
La semaine dernière, Bruno Le Maire avait estimé que la prévision du gouvernement d'une croissance de 6% du PIB cette année n'était pas hors d'atteinte, disant tabler sur un rebond soutenu au deuxième semestre.
Il s'est par ailleurs exprimé à plusieurs reprises ces dernières semaines en faveur d'une réforme du financement des retraites une fois la crise du coronavirus terminée, au nom de l'assainissement des comptes publics et de la justice sociale.
(Leigh Thomas; version française Claude Chendjou et Marc Angrand, édité par Jean-Philippe Lefief et Jean-Michel Bélot)
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Professeur Raoult : un dossier qui date de 2003
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/01/2021
RAPPORT de MISSION Didier RAOULT
Pré-rapport le 02 avril 2003
Rapport définitif le 17 juin 2003
http://www2.cnrs.fr/sites/thema/fichier/bioterrorisme03.pdf
Il y a 360 pages mais ces pages-là montrent déjà à quel point les "alertes" ne sont pas entendues. Et je comprends parfaitement l'attitude du Professeur Raoult à l'égard des gouvernants et de toutes les structures étatiques.
CONCLUSIONS Rapport de Mission Pr. D. Raoult 263
Le rapport actuel montre que le pays doit faire un effort pour gérer au mieux les crises en maladies infectieuses. Celles-ci restent une cause de mortalité importante dans le pays et les niveaux de résistance aux antibiotiques sont parmi les plus élevés du monde. La gestion des molécules antibiotiques est probablement la plus mauvaise du monde, avec des niveaux de prescription uniques : le pays est considéré comme le contre-exemple mondial sur l’utilisation des antibiotiques.
Notre politique de vaccination contre l’hépatite B est unanimement condamnée.
Chaque événement nouveau est géré en urgence, ce qui fait prendre des responsabilités considérables aux politiques, du fait de l’absence de démarche et d’organisation rationnelle. Cela a été le cas pour l’histoire du sang contaminé et pour la vaccination contre l’hépatite B. Cela a été le cas plus récemment pour la prévention des infections par le nouveau variant de la maladie de Creutzfeld-Jacob. Les terreurs modernes se cristallisent autour de quelques événements médiatiques, en négligeant les quelques dix mille personnes qui meurent d’infections nosocomiales par an dans le pays.
Enfin, le niveau d’équipement du pays en maladies infectieuses est embryonnaire. Cet état de fait est la conséquence de choix politiques. Les maladies infectieuses n’ont jamais été considérées comme étant une priorité politique. C’est ainsi que des efforts ont été spécifiquement faits pour le SIDA, puis pour l’hépatite C, sans comprendre que c’est l’ensemble des maladies infectieuses qui doit être géré d’une manière cohérente.
Les réponses données sont des réponses ponctuelles à un sujet donné, sans travail sur le fond. Cette absence de volonté politique claire s’associe à un déficit de financement. Un effort a été fait par le Président de la République pour créer un appel d’offres en microbiologie. Celui-ci est malheureusement devenu un appel d’offres tourné exclusivement, ou presque, vers la recherche fondamentale, en oubliant les problèmes pratiques posés à l’homme. Par ailleurs, son niveau financier n’était pas à la hauteur des enjeux.
Il faut noter qu’aux Etats-Unis, en 2003, seront consacrés près de 3,6 milliards de dollars à la recherche sur les maladies infectieuses, soit pratiquement autant que pour le cancer et 1,2 milliard 2, rien qu’au domaine du bioterrorisme, c’est-à-dire, plus que le budget de l’INSERM en France. Ceci donne le niveau des enjeux.
Ce sous-développement financier est associé à un sous-développement des installations. En effet, la plupart des laboratoires manipulent dans des conditions qui ne sont plus légales. C’est vrai pour les organismes génétiquement modifiés qui sont manipulés hors des laboratoires de sécurité. C’est vrai pour les microorganismes pathogènes qui sont manipulés dans les hôpitaux, dans les laboratoires, dans des conditions exposant ceux qui les manipulent à des infections. Même les laboratoires nationaux de référence ne manipulent pas dans des conditions légales !
Le niveau d’équipement des hôpitaux pour l’accueil des malades contagieux est bas. Enfin, il n’existe plus dans le pays d’instance qui puisse être consultée et qui soit crédible auprès du public, des médias et des gouvernants. Ainsi, on voit se développer dans la presse et dans le public une approche complètement irrationnelle des maladies infectieuses car il n’existe plus personne ayant la légitimité pour revenir à des données raisonnables.
Au total, nos capacités à répondre en terme de bioterrorisme et de maladies infectieuses doivent être renforcées. Le système n’ayant pas un éclairage politique clair, tous les lobbies sont en œuvre et, dans ce domaine, la recherche biomédicale a toujours été défavorisée. C’est ainsi que, dans le financement de la défense (dans l’armée), la proportion de ce qui est consacré à la bio-défense est particulièrement bas, car l’essentiel de la direction générale des armements est constitué de polytechniciens et que la capacité qu’ont les quelques biologistes à lutter contre ces groupes de pression est faible. Ceci se traduit par une faiblesse structurelle du pays.
Ainsi, de la même manière, au niveau des hôpitaux, les décisions d’équipement ne sont pas prises du fait de l’intérêt national mais du fait des arrangements locaux dans le cadre des CME, des directeurs d’hôpitaux et des syndicats. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de voir que l’infrastructure basique des hôpitaux est complètement déficiente.
Ainsi, dans le cadre de la crise du bioterrorisme en 2001, sur les 4 plus grandes villes françaises choisies dans un premier temps pour traiter les poudres dans les CHU, une seule a été capable de le faire, dans deux il n’y avait pas de P3 (Lille et Lyon), dans la troisième, les P3 ont été réservés à la virologie par leur chef de service.
Enfin, il existe des conflits dignes de ceux rapportés dans la guerre des Gaules entre les différents ministères et les différents services des ministères. Certains responsables de service refusent de communiquer entre eux. La politique des uns est complètement obscure aux autres.
Certain développement demandé par telle structure de façon secrète ne bénéficie pas à l’ensemble du pays. Par ailleurs, il apparaît plus important de ménager les susceptibilités des uns et des autres que d’obtenir une réponse cohérente, efficace et active.
Je pense qu’il est essentiel d’avoir un discours politique fondateur, au plus haut niveau, autour de la lutte contre les maladies infectieuses, incluant le bioterrorisme et les maladies contagieuses. La lutte contre les maladies infectieuses est faite par la société entière. Elle fait appel à des éléments très profonds dans les relations humaines qui incluent l’hygiène, la circulation des personnes, la liberté, mais aussi l’organisation de l’ensemble des services. Seul, un discours politique fort sera susceptible de faire une priorité à la réorganisation et à la lutte contre les maladies infectieuses.
Pour pouvoir mettre en place quelque chose de stable, il faut se donner les moyens de comprendre, il faut organiser et il faut enseigner. Pour comprendre, il faut développer la recherche. Elle est actuellement éparpillée, mal financée, mal évaluée. Personne n’est capable de déterminer le financement que le pays consacre à ce domaine. Plus encore, la seule stratégie faite dans le pays pour se mettre en situation de répondre à un événement inattendu et dangereux (la construction d’un P4) a été réalisée par Monsieur MERIEUX sur des fonds privés et absolument pas par une politique de l’Etat. La France est le seul état à posséder un P4 privé ! L’armée, en particulier, n’a pas financé de P4. Il est intéressant de savoir que le coût d’un P4 est très inférieur à celui d’un avion de chasse ! (entre 1/5 et 1/10 de son prix !).
Pour organiser la réponse dans le domaine des maladies infectieuses, il serait utile de créer une cellule capable de coordonner les efforts des différents EPST, EPIC et des ministères de la santé, de la recherche et de la défense. A défaut de créer un équivalent de la branche du NIH consacré aux maladies infectieuses, il est souhaitable que le maximum des fonds et des moyens consacrés aux maladies infectieuses soit à terme géré par l’INSERM dans le cadre d’instituts autonomes fonctionnant comme des agences de moyens.
Il est essentiel de clairement indiquer à l’INSERM qu’une part de ses responsabilités se situe dans le domaine des maladies infectieuses et de la microbiologie appliquée. En effet, le pays a un retard considérable en biotechnologies et en thérapeutique et ces domaines doivent être privilégiés. Eventuellement, des appels d’offre spécifiques peuvent être réalisés dans ce domaine.
Il serait utile d’avoir une réflexion de fond avec l’Institut Pasteur actuel, qui est probablement à l’aube d’une phase nouvelle. Le service rendu au pays ne sera pas de même nature si l’Institut Pasteur se cantonne au 15ème arrondissement de Paris ou s’il décide de rayonner en rejoignant des structures plus larges et plus polyvalentes dans le pays, y compris à l’extérieur du 15ème arrondissement. En terme de recherche, et afin de permettre une certaine organisation, je propose la création d’infectiopôles, au même titre que les génopoles ou les cancéropoles qui, dans une première vague, devraient toucher Lyon, Marseille, Lille, Bordeaux, Montpellier et peut-être Toulouse. A Paris pourrait se créer un premier infectiopôle autour de l’Institut Pasteur et de la faculté Necker. Ces infectiopôles reprendraient une organisation rationnelle comprenant la recherche fondamentale, le soin, le diagnostic, l’épidémiologie et la valorisation sur un site géographique unique. La mise en place des moyens techniques et humains sur ces infectiopôles et celle de thématiques spécifiques joueraient un rôle majeur dans le réaménagement du pays.
Il faut créer, par ailleurs et rapidement, un appel d’air de 50 millions d’Euros, comportant des appels d’offres autour de la biotechnologie, incitant à la création de mini-entreprises de diagnostic et une partie de mises au point technique en réservant une partie raisonnable à la recherche sur le bioterrorisme afin d’attirer les chercheurs dans ce domaine particulier. Le tout est probablement à gérer dans le cadre d’un institut. Dans le domaine de l’organisation, il convient aussi de créer des ressources en terme d'expertise. Il faut d’abord créer une entité nationale en créant un équivalent de l’Institut Universitaire de France où des médecins de très haut niveau, sélectionnés grâce à un comité international sur leur activité scientifique, et nommés pour un temps limité pendant leur vie scientifique active, pourront donner des grands programmes d’orientation au pays, en attirant l’attention sur les déséquilibres ou les besoins nés de l’évolution de la connaissance. Par ailleurs, il est souhaitable d’introduire à tous les niveaux une véritable politique de recrutement des experts en définissant a priori quel est le domaine sur lequel on peut interroger l’expert et, deuxièmement, en vérifiant en pratique que l’expertise correspond aux besoins demandés.
Enfin, dans l’ensemble des services de l’état, qu’il s’agisse de l’armée ou de l’épidémiologie, il est indispensable de promouvoir une politique de production d’articles internationaux validés par des journaux à comité de lecture. Seule cette démarche (en dehors de ce qui est confidentiel défense) permettra d’augmenter le niveau des acteurs, non seulement de la recherche mais aussi de la surveillance et de ceux qui se destinent à l’expertise. Dans le domaine de l’organisation, l’Etat ne peut pas continuer à encourager le laisser-aller général. Sur le plan hospitalier, il faut préciser des objectifs clairs, en terme d’équipements, de maîtrise des infections nosocomiales, de contrôle de la résistance aux antibiotiques, de contrôle dans la prescription des anti-infectieux et de réactualisation des mesures dans le domaine de la prévention des infections nosocomiales. Il importe de créer sur chaque site de soins une structure correspondant au CLIN actuel, élargi aux problèmes de bioterrorisme et de gestion de la politique des anti-infectieux. La lutte contre les maladies infectieuses, les conditions d’isolement, l’état des laboratoires, la gestion des antibiotiques, la surveillance des maladies infectieuses et des résistances doit faire l’objet de projets hospitaliers de manière explicite. Il faut créer des centres d’isolement et de traitement des maladies infectieuses à Paris, Lyon et Marseille et développer la pratique d’analyse des produits suspects (y compris les poudres) dans les CHU des plus grandes villes (y compris Toulouse, Montpellier et l’Hôpital Necker à Paris). La surveillance des maladies infectieuses doit être amplifiée. L’évolution, ces dernières années, a été marquée par la mise en place d’une structure là où il n’existait rien. Il faut augmenter de manière très significative cette capacité de surveillance, en intégrant, dans un premier temps, des éléments qui ont fait leur preuve ailleurs, comme la pharmacosurveillance, la surveillance de la mortalité hebdomadaire par site et par âge.
Enfin, il faut remettre à plat le système de surveillance, en distinguant plusieurs niveaux : le premier celui de laboratoire de référence sur un microorganisme donné où les besoins sont essentiellement techniques ; deuxièmement, mettre en place des centres de surveillance par pathologie ou par syndrome, en ajustant les moyens épidémiologiques de surveillance et en s’appuyant sur les infectiopôles afin de permettre de détecter les pathologies anormales et de servir de centres de ressources pour le pays. Par ailleurs, il faut mettre en place les observatoires de résistance des microorganismes aux différents anti-infectieux. Certains existent déjà, d’autres sont à développer, y compris pour les agents viraux et les champignons. Enfin, il faut faire une mise à jour des centres de référence, incluant certains problèmes omis concernant le domaine du bioterrorisme ou non (mycoplasmes, Chlamydia psittaci, Burkholderia, la variole) ; d’autres sont peut-être tombés en désuétude ou ne nécessitent peut-être plus une surveillance aussi active (Trichinella).
Sur le plan de la déclaration obligatoire, il faut rendre obligatoire la déclaration de toutes les maladies susceptibles d’entrer dans le cadre du bioterrorisme, envisager avec le ministère de l’agriculture le signalement des agents potentiels de bioterrorisme animal et, vraisemblablement, rendre la déclaration obligatoire pour les maladies couvertes par un vaccin obligatoire ou recommandé afin de balancer en permanence le bénéfice et le coût de telle vaccination. Sur le plan vaccinal, il faut relancer une politique réelle de vaccination et mettre en place le remboursement des vaccins qui ont démontré leur utilité, y compris quand celle-ci s’adresse à des poches spécifiques (population précaire, voyages en pays d’endémie, personnel soignant). Il faut accompagner cette politique de vaccination de la création d’un centre de référence pour les vaccinations, en charge de collecter des données sur l’innocuité, d’informer le public et la presse, d’évaluer le taux de couverture de la population et de surveiller les réactions populaires à l’usage des vaccins.
Sur le plan des antibiotiques, il faut définir une politique ; l’état doit financer les études cliniques et mettre en place les moyens de tester et de développer les produits génériques. Les infectiopôles joueront un rôle important en réunissant dans les différentes régions les éléments nécessaires à une action intégrée. Il ne faut pas oublier la politique outre-mer. Actuellement, elle s'altère du fait de la professionnalisation de l’armée qui a vu fondre le personnel médical et scientifique temporaire. Il n’y a plus de grands hôpitaux fonctionnels ni de pôles de recherche scientifique internationaux dignes de ce nom, dépendant de la France à l’étranger. Les trois acteurs, les services de santé de l’armée, actuellement exsangues, l’IRD et les Instituts Pasteur d’outre-mer n’ont pas eu de politique commune. Il serait souhaitable de créer 3 infectiopôles dans le monde. Probablement, un dans l’Océan Indien, un en Afrique et un dans le Sud-Est asiatique, regroupant suffisamment de forces en présence (100 à 200 titulaires) qui permettraient une implantation durable en Santé et Recherche ; la formation d’étudiants pris localement ou en France pour réaliser une thèse dans les domaines tropicaux y serait favorisée. Ceci permettra la surveillance des pathogènes émergents, de participer à un maillage du monde par les structures de l’OMS et de maintenir une compétence dans la pathologie des voyages et la pathologie tropicale qui a été un des points forts de la connaissance dans notre pays et qui est en train de disparaître.
Enfin, il faut enseigner. Il faut faire des campagnes d’information auprès du public, mais aussi auprès du personnel soignant, sur les notions de base d’hygiène afin de relancer le nettoyage des mains dans les hôpitaux, le port de masques, l’isolement des patients contagieux. Vis-à-vis du public, il faut clarifier la situation par rapport à la vaccination, expliquer ce que sont les différents risques infectieux dans l’état actuel de la connaissance. Il faut inclure les maladies infectieuses et leur prévention dans les programmes scolaires, au collège et au lycée.
Enfin, dans les hôpitaux, il faut reprendre les éléments de base qui apparaissent oubliés dans la prévention des maladies transmissibles. Il serait aussi souhaitable dans le domaine médical, d’introduire dès la première année de médecine, les notions d’hygiène et de prévention des maladies infectieuses qui remplaceraient avantageusement les disciplines fondamentales. Au total, le pays a montré ces dernières années une capacité limitée à gérer les problèmes infectieux, ce qui entraîne qu’il est un des moins bien préparés à un problème d’épidémie massive. Seul un véritable effort politique comprenant la définition d’une priorité nationale, la mise en place de moyens financiers suffisants et la volonté de réorganiser et de coordonner l’ensemble des efforts, avec une relance de l’enseignement de base dans ce domaine, permettra de faire face aux risques à venir. Rapport de Mission Pr. D. Raoult 270
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"L'urgence écologique"
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/01/2021
C'est malhonnête en fait ce genre de titre ou alors c'est de l'inconscience. A moins que ça soit juste "vendeur", ça claque, ça interpelle...
L'urgence, ça fait longtemps qu'elle est dépassée. Nous ne sommes plus dans la zone d'urgence, nous sommes au coeur du conflit. L'urgence, c'était dans les années 70-80. Il était urgent de réagir. Nous ne l'avons pas fait.
Maintenant, il faut trouver le moyen de rattraper le temps perdu. Mais est-ce même possible ? Peut-on faire demi-tour et effacer les dégâts déjà constatés ?
Peut-on trouver une méthode, une voie, un mode de vie qui permettraient de vivre bien en vivant différemment ou doit-on s'attendre à perdre nos modes de vie sans que rien d'autre ne soit possible ? Comme un condamné qui se contenterait de jouir de chaque instant qui lui reste.
Peut-on ne pas être condamnés ? Peut-on encore espérer en quelque sorte ? Et au-delà de l'espoir quels sont les actes déterminants qu'il faut accomplir ?
L'article ci-dessous vient d'un site d'infomations gouvernementales. Il ne s'agit donc aucunement d'une vision apocalyptique, complotiste ou autre. Il me semble essentiel pour ma part de chercher dans les sites "officiels", les visions à long terme.
L’urgence écologique

La question écologique fait incontestablement partie des défis majeurs de ce début du XXIe siècle. Face aux effets en cascade que l’on peut redouter, on peut même parler d’urgence. La sauvegarde de la Terre implique cependant des changements d’envergure qui soulèvent de nombreuses questions. Pouvons-nous sauver la planète sans trop nous restreindre ? L’innovation technologique est-elle une réponse à la crise écologique.
Ce nouveau numéro de Cahiers français aborde une thématique devenue centrale dans le débat public. Le défi écologique s’impose en effet au regard du réchauffement climatique, des atteintes portées à la biodiversité et de l’épuisement des ressources. Mais les réponses à mettre en œuvre sont loin de faire consensus. Elles impliquent, au moins pour partie, la remise en cause d’un mode de vie auquel nous sommes habitués. Somment-nous prêts à y consentir ?
L'innovation technologique à l'épreuve de l'anthropocène
En permettant à l’homme de s’émanciper des contraintes de la nature, l’innovation technologique a constitué un moteur essentiel du progrès humain. Comment repenser le rôle de l’innovation technologique à l’heure de la crise écologique ? L'innovation constitue-t-elle la réponse ou le problème ?
Par Aurélien Acquier - Professeur à l'ESCP Business School
Publié le 10 septembre 2020
Temps de lecture 17 minutes
Technologie, progrès et limites naturelles
La technologie comme solution : le techno-optimisme écologique
La technologie comme problème : l'appel des "basses technologies" (low tech)
Repenser l'innovation technologique dans un monde écologiquement contraint
Technologie, progrès et limites naturelles
Depuis le XVIIIe siècle, les sociétés occidentales sont entrées dans la modernité. L’homme s’est progressivement libéré des croyances religieuses pour fonder le progrès humain sur la liberté individuelle, la raison et la science. Parallèlement à cette transformation culturelle, les révolutions industrielles au XVIIIe et à la fin du XIXe ont été marquées par l’avancée radicale des sciences et des techniques, dont les cycles de développement technologiques ont tiré croissances économique, démographique et progrès.
À bien des égards, ces progrès techniques ont permis à l’homme de s’affranchir des contraintes de la nature : en se substituant à l’énergie animale et humaine, la domestication du charbon et de la machine à vapeur (première révolution industrielle) puis du pétrole et de l’électricité (deuxième révolution industrielle) ont contribué à l’accroissement de la productivité agricole. L’agriculture a aussi bénéficié des progrès de la pétrochimie via l’utilisation d’intrants (engrais et produits phytosanitaires) pour lutter contre des parasites naturels. De même, les avancées de la médecine ont-elles permis de faire chuter la mortalité et d’enrayer les maladies infectieuses.
Ces progrès techniques considérables se sont traduits par une expansion sans précédent de la population mondiale. En effet, après une longue période de croissance lente, elle a été multipliée par douze en trois siècles, passant de 600 millions d’êtres humains en 1700 à près de huit milliards en 2019.
Depuis 1945, cet essor technique et humain a été si rapide et généralisé qu’il a été qualifié de "grande accélération" (Will Steffen, Paul J. Crutzen et John R. McNeill, « The Anthropocene: are humans now overwhelming the great forces of nature? », AMBIO: A journal of the human environment, vol. 36, no 8, décembre 2007). Sur cette période, la population humaine a triplé et la consommation d’énergie a été multipliée par six (Hannah Richie et Max Roser, « Production d’énergie et sources d’énergies changeantes », Our world in data, juillet 2018). Le produit intérieur brut (PIB) mondial, indicateur usuel de la production de richesse, a quant à lui été multiplié par quinze (Max Roser, « Economic growth », Our world in data, 2019). Le nombre de voitures particulières en circulation a été multiplié par vingt-cinq, passant de quarante millions en 1945 à un milliard aujourd’hui (Statista, 2019). En 2018, à peine dix ans après la commercialisation du premier iPhone par Apple, 1,4 milliard d’unités étaient vendues, et trois milliards d’individus possédaient au moins un smartphone dans le monde (Statista, 2019). L’un des enjeux majeurs soulevés par les smartphones, dont la production est fortement consommatrice de ressources naturelles minéraux, concerne leur faible durée de vie (moins de deux ans en moyenne pour la France, selon une étude de Kantar Worldpanel, 2017).
La grande accélération, à la fois humaine et technologique, est telle qu’elle pose désormais la question de ses propres limites : depuis plus de cinquante ans se multiplient les alarmes sur les limites insoutenables des activités humaines sur la biosphère (Donella Meadow et al., « The limits to growth » ou « Rapport Meadows », Club de Rome, 1972). Au début des années 2000, Paul Crutzen, prix Nobel de chimie en 1995, et Eugène Stoermer ont proposé le concept d’anthropocène – littéralement "l’ère de l’homme" – pour qualifier une nouvelle phase dans laquelle l’emprise humaine sur l’environnement biologique, chimique et géologique est telle que l’homme devient son propre contexte. Désormais, l’avenir d’Homo Sapiens dépend de sa capacité à réguler ses impacts sur les écosystèmes.
Pourtant, rien ne semble indiquer que cette direction est prise. En 2019, le jour du dépassement – date de l’année, calculée par l'organisation non gouvernementale (ONG) américaine Global Footprint Network, à partir de laquelle l’humanité est supposée avoir consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an – a eu lieu le 29 juillet. Ce jour n’a cessé d’avancer ces dernières années (en 2010, il se situait le 7 août et en 2000 le 23 septembre selon le site www.footprintnetwork.org). Les évolutions de rejets de CO2 et autres gaz à effets de serre dans l’atmosphère font désormais envisager un réchauffement de cinq degrés entre l’ère préindustrielle et 2100 (« Changements climatiques », GIEC, 5e rapport de synthèse, 2014). Les dernières projections envisagent même des hausses de six ou sept degrés (« Le réchauffement climatique sera plus fort que prévu, avertissent des scientifiques français », franceinfo, 17 septembre 2019).
Dans de tels scénarios, les conditions de la vie humaine sont difficilement concevables : il faut en effet songer que l’holocène, l’ère géologique qui a débuté il y a 10 000 ans, a offert un contexte particulièrement favorable au développement humain par la stabilisation du climat et une augmentation de la température de quatre à cinq degrés par rapport à la dernière période glaciaire. Ce changement, marqué notamment par la fonte des glaces terrestres, a permis la sédentarisation des populations, le développement de l’agriculture et, in fine, un boom démographique. Dans un tel contexte, il est bien difficile de prédire ou d’imaginer ce que pourrait être la biosphère ou la place de l’homme dans un monde à plus de six degrés.
Si l’innovation technologique a constitué un moteur central du progrès humain, peut-elle aujourd’hui répondre à la crise écologique ? Le débat oppose deux positions antinomiques. D’un côté l’optimisme technologique, qui suggère un dépassement des limites de la technologie par la technologie. De l’autre, une défiance technologique appelant à une "détechnologisation" du monde.
La technologie comme solution : le techno-optimisme écologique
Pour de nombreux économistes, chefs d’entreprise, ingénieurs et représentants politiques, la crise écologique trouvera sa réponse dans l’innovation technologique. Cette posture, que l’on peut qualifier de "techno-optimiste", part du principe que la technique, qui a sans cesse permis de repousser les limites humaines, y parviendra également pour les questions écologiques. Face au dérèglement climatique, il s’agit alors de promouvoir des technologies dites "neutres en carbone" ou "vertes". Par exemple pour limiter la pression des systèmes agricoles sur les écosystèmes (ressources en eau, déforestation, etc.), l’idée serait de continuer à optimiser les technologies existantes pour accroître massivement la productivité et les rendements. Pour nettoyer les océans des huit millions de tonnes de déchets plastiques qui y sont déversés chaque année, il faut améliorer le recyclage et mettre au point des "technologies réparatrices", à l’image du projet "Ocean CleanUp" qui tente de nettoyer le vortex de déchets du Pacifique nord. Pour gérer une population de plus en plus urbaine, les villes intelligentes ou "Smart Cities" – ces zones urbaines qui utilisent des nouvelles technologies pour améliorer la qualité des services urbains – vont recourir à la technologie et permettre de développer des solutions d’autonomie et d’optimisation des flux énergétiques, humains, alimentaires, etc. Dans une vision plus futuriste, pour faire face à la montée des eaux, de nombreux urbanistes explorent des concepts de villes flottantes. Empruntant à l’imaginaire hightech, ils réfléchissent à la conception de villes-satellites autour de structures modulaires, autonomes en énergie, alimentées par énergie solaire, conçues pour résister aux tempêtes, récupérant les eaux de pluie et autonomes dans leur production de nourriture, pour former peut-être les "gated communities" (quartier résidentiel fermé) de demain (Andrew Revkin, « Les Villes flottantes seront-elles la solution à la crise du logement mondiale ? », National Geographic, septembre 2019).
Dans cette lecture techno-optimiste, c’est en mettant l’innovation au service du bien commun et des enjeux écologiques que les sociétés actuelles parviendront à relever le défi écologique.
Ainsi, les "Tech for good" (technologies au service du bien commun) sont en plein essor en France et dans le monde. La finance verte est, elle aussi, appelée à financer la transition écologique. Pour les plus optimistes, à mesure que se matérialise la crise environnementale, la technologie doit permettre de s’affranchir totalement des contraintes naturelles. Il s’agit alors, comme l’écrivait Hervé Juvin, de "produire le monde" en industrialisant la production, de l’oxygène jusqu’aux écosystèmes, tout en s’enthousiasmant pour le potentiel économique de ces innovations (Produire le monde : pour une croissance écologique, Gallimard, mars 2008).
Dans sa forme extrême, "produire le monde" peut conduire à des expériences de géoingénierie, c’est-à-dire d’action délibérée à grande échelle visant à modifier le climat pour corriger le processus de réchauffement. Pour ses promoteurs, la transformation délibérée du climat (par exemple à travers des démarches de séquestration de CO2 par des puits de carbone, ou par la limitation du rayonnement solaire en augmentant la quantité d’aérosols dans l’atmosphère) constituerait la seule solution pour limiter l’effet de réchauffement dans un monde incapable de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Ces démarches restent particulièrement controversées pour les risques d’effets incontrôlés qu’elles comportent. En introduisant des technologies réparatrices, optimisatrices, voire produisant la nature, l’entrepreneur schumpetérien et son processus de destruction créatrice trouveraient ainsi leur nouveau front : la nature.
La technologie comme problème : l'appel des "basses technologies" (low tech)
À l’exact opposé de cette position optimiste, des voix de plus en plus nombreuses accusent l’innovation technique d’avoir mené à l’impasse actuelle. En accélérant les cycles de renouvellement des produits, le nouveau « capitalisme de l’innovation intensive » participe à l’obsolescence programmée et fait peser un poids insupportable sur les écosystèmes. Un simple constat montre que la plus large part des innovations technologiques actuelles n’est pas orientée vers la résolution des enjeux écologiques. Pire, elles les accroissent.
Ainsi, malgré les appels répétés au "capitalisme vert", force est de constater que la consommation énergétique mondiale d’énergie carbonée continue à croître, et que les énergies renouvelables ne représentent qu’une mince proportion de l’énergie mondiale.
La majorité des innovations reste d’ailleurs bien loin d’être orientée vers la résolution de la crise écologique. Premier exemple : l’automobile. Selon le directeur de l’Agence
internationale de l’énergie (AIE) Fatih Birol, les SUV (abréviation de l'anglais sport utility vehicle c'est-à-dire des véhicules alliant des caractéristiques de monospace et de 4×4) seraient, après la production d’énergie, la deuxième source de croissance des émissions entre 2010 et 2018. En 2018, plus de 200 millions de SUV étaient en circulation contre 35 millions huit ans plus tôt (« Les SUV sont une source majeure d’émissions de CO2 et de réchauffement mondial », Le Monde avec AFP, 16 octobre 2019). À lui seul, l’essor des SUV mettrait donc en péril les efforts de décarbonation du secteur automobile, notamment liés au développement de motorisations électriques.Quid du véhicule électrique – que certains qualifient de "propre" – ? Celui-ci pose de nombreuses questions sur son impact environnemental. Il illustre la manière dont l’innovation technologique ne fait pas que résoudre des problèmes : elle les déplace. En effet, si le véhicule électrique peut être qualifié de "zéro émission" (CO2 ou particules fines) en situation d’usage, la question des émissions est en réalité déplacée vers l’étape de production d’électricité. Les bénéfices du véhicule sont d’autant plus faibles que l’électricité est produite par des centrales à charbon fortement émettrices de CO2. De même, la production des batteries électriques pose la question de l’accès à des ressources rares et non renouvelables (telles que le lithium ou le cobalt), dont l’extraction est très polluante et s’opère dans des conditions risquées pour les travailleurs. Et l’utilisation de ces ressources pour la production des batteries électrique peut entrer en compétition avec d’autres technologies (énergie photovoltaïque, éolienne, ou technologies numériques notamment). Comme le souligne Guillaume Pitron dans son ouvrage "La Guerre des métaux rares" (Les Liens qui Libèrent, 2018), plus qu’une solution dématérialisée à la crise environnementale, l’essor de technologies mobilisant des métaux rares fait émerger de nouvelles logiques de dépendance vis à vis de ressources naturelles, dont les enjeux économiques et géopolitiques restent largement sous-estimés.
Autre exemple : les agro– ou bio-carburants. Ces carburants fabriqués à partir de matières organiques ont été présentés comme une solution environnementale il y a quelques années. Ils ont notamment été mis en avant par les industriels comme un moyen de réduire les émissions de gaz à effet de serre liés aux carburants, le CO2 dégagé lors de leur utilisation étant compensé par la photosynthèse des végétaux lors de leur croissance. Mais à mesure qu’ils se sont développés, les agro et bio-carburants ont dû faire face à de sévères critiques pour leur impact négatif sur la biodiversité, la déforestation et aux controverses sur l’huile de palme, entre autres. Les agro-carburants de deuxième et de troisième générations, à base d’algues ou de déchets végétaux, mais dont les procédés de traitement sont encore en cours de développement, auront pour mission de répondre à ce défi. Qu’en est-il des "Smart Cities" et de l’usage du numérique ?
Si leurs bénéfices environnementaux sont théoriques, la croissance de l’impact énergétique du numérique et de l’internet des objets (IoT) est quant à elle déjà visible et réelle. Selon l’organisme Statista, le secteur des objets connectés est en forte croissance. Leur nombre devrait passer de 20 milliards en 2017 à plus de 75 milliards en 2025. La multiplication de ces terminaux connectés, des données mais aussi des usages numérique en général – notamment la généralisation de la vidéo à la demande – font aujourd’hui exploser le trafic, les besoins de stockage et les besoins en énergie. Selon un rapport du Shift Project sur l’impact écologique du numérique, la consommation d’énergie liée au numérique serait en croissance de 9% par an, et représente déjà près de 4% des émissions mondiales de CO2 en 2018 : selon ce rapport, « La transition numérique telle qu’elle est mise en œuvre participe au dérèglement climatique plus qu’elle n’aide à le prévenir » (Pour une sobriété numérique, The Shift Project, octobre 2018).
Certains efforts d’adaptation pourraient même aboutir à accélérer le changement climatique. Confronté à des vagues de chaleur insupportables, le Qatar commence par exemple à climatiser des espaces extérieurs – stades mais aussi rues – au prix d’une consommation énergétique carbonée toujours plus intense (Steven Mufson, « Face à une chaleur insupportable, le Qatar a commencé à climatiser l’extérieur », The Washington Post, 16 octobre 2019). Ainsi, 60 % de la consommation électrique du pays serait consacrée à la climatisation. Une consommation qui devrait doubler d’ici 2030.
Pour les observateurs critiques du « tout technologique », la foi dans l’innovation technique peut être assimilée à une forme de déni et de fuite en avant, s’accrochant à l’espoir que la technologie fournira une réponse aux problématiques globales sans remettre en cause nos modes de vie actuels. Ce sont au contraire vers des sociétés du ralentissement, de la sobriété et du "low-tech" qu’il faudrait aller (Philippe Bihouix, "L’âge des low-tech : vers une civilisation techniquement soutenable", Anthropocène-Seuil, avril 2014). Dans cette perspective, le mouvement des "villes en transition" cherche à favoriser la résilience, en mettant en place une "descente énergétique" combinée à une relocalisation des activités économiques, de l’économie et des réseaux de solidarités via des dispositifs tels que les monnaies locales.
Repenser l'innovation technologique dans un monde écologiquement contraint
Les liens entre innovation technologique et écologie sont extraordinairement complexes. L’analyse des exemples précédents permet d’identifier plusieurs traits saillants de l’innovation technologique dans un monde en butte avec les limites de ses écosystèmes naturels.
D’abord, les développements technologiques semblent passer par des cycles de désirabilité : après la phase initiale d’enthousiasme autour des promesses environnementales succède des cycles de prise de conscience, voire de défiance à mesure que se diffusent les innovations. En effet, lorsqu’elle est déployée à grande échelle, l’innovation technologique ne fait pas que résoudre des problèmes : elle déplace les enjeux et vient en créer de nouveaux. Ainsi, dans un monde de plus en plus contraint d’un point de vue environnemental, il n’existe pas de technologie miracle qui résoudrait tous les problèmes. Toute solution technologique est ambivalente, et va générer des externalités et des dilemmes. Les choix deviennent alors extraordinairement complexes : faut il agir pour lutter contre le changement climatique si cela implique de nouveaux risques géopolitiques, une détérioration environnementale accrue dans certaines parties du globe ou une menace pour la biodiversité ? Qui opère ces arbitrages et comment les décisions sont-elles prises ?
C’est sans doute du fait de ces dilemmes que l’innovation se pare de plus en plus systématiquement d’un discours vertueux sur le bien commun. Ainsi, dans un monde de plus en plus contraint en ressources, et dans lequel l’innovation peut à la fois être vue comme solution ou comme risque, on assiste à une politisation de l’innovation. À grands renforts d’anglicismes, les technologies multiplient les promesses : technologies pour le bien commun (tech for good), investissement à impact positif (impact investing et green bonds), les villes intelligentes (Smart Cities) dont le but est d’optimiser les systèmes urbains, les « green by IT » qui promettent de réduire l’empreinte écologique d’un service grâce aux technologies numériques, ou l’intelligence artificielle ouverte (open AI) promouvant officiellement une intelligence artificielle qui bénéficie à l’ensemble de l’humanité. Dans un contexte d’incertitude normative et technique, les entreprises qui promeuvent une technologie cherchent ainsi à construire le cadre de légitimité dans lequel elles souhaitent s’inscrire, en hiérarchisant les enjeux normatifs qui entourent leurs innovations. Finalement, "tech for good" ou "good for tech" ? Telle est la question.
L'innovation technologique polarise des positions particulièrement clivées. S'il est clair qu’elle suscite des controverses et risque de multiplier les risques, peut-on envisager de sortir des sociétés technologiques contemporaines et "détechnologiser" le monde ? Un tel processus reste peu probable et il faut s’attendre, au contraire, à ce que des béquilles technologiques soient toujours plus indispensables dans ce contexte. Encore faudrait-il être capable de faire les bons choix, de limiter les risques d’effet dominos en cherchant à dé-complexifier les technologies, de prioriser l’enjeu écologique et de bannir les innovations qui accélèrent les dégradations environnementales.
Puisque l’innovation devient de plus en plus politique, se pose en retour la question de la possibilité de processus démocratiques des choix technologiques, qui permettent d’impliquer les différentes parties de la société pour peser les avantages et les risques, analyser les impacts et les enjeux d’accès à l’innovation pour les populations. C’est là un gigantesque chantier qui montre, si cela est nécessaire, que la technologie n’est jamais neutre et est beaucoup plus qu’une affaire purement technologique. Dans l’anthropocène, la technologie est plus que jamais une affaire de société : elles ne peut être pensée indépendamment d’un changement culturel, social, de politique et de gouvernance, afin de se projeter dans un hypothétique futur technologique commun et soutenable.

PAROLE D'EXPERT
Qu’est-ce que l'Anthropocène ?
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"Dieu se rit des hommes..."
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/01/2021
Je ne sais pas si un Créateur rit de nos déboires mais il est clair en tout cas qu'il aurait raison de dire que nous nous plaignons des effets de ce que nous chérissons.Comme je l'ai écrit ici à diverses reprises, ce virus n'est pas une surprise pour tout le monde. Il est la conséquence de nos modes de vie.
On pourrait dire d'ailleurs que c'est un virus anthropique. Le premier grand virus de l'êre anthropocène.
![Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors [...] - Jacques Bénigne Bossuet... Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors [...] - Jacques Bénigne Bossuet...](https://dicocitations.lemonde.fr/imagescitations/Dieu_se_rit_des_hommes_qui_se_plaignent_des_consequences_alors_-_Jacques_Benigne_Bossuet-2769.png)
Apocryphe de
Références de Jacques Bénigne Bossuet - Biographie de Jacques Bénigne Bossuet
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CITATION APOCRYPHE
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Le problème avec les citations d'hommes et de femmes célèbres c'est qu'elles sont parfois attribuées à tort. Certaines citations célèbres attribuées (abusivement) à leur auteur sont apocryphes - Retrouvez en commentaire l'origine de la citation, la source de la citation ou le véritable extrait ou encore le bon auteur.
La citation « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes. » attribuée à Bossuet est apocryphe.

