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  • De l'importance des images

    Il est inacceptable que le gouvernement souhaite donner un passe-droit à cette frange des forces de l'ordre en interdisant la diffusion des images. Ou alors, c'est que ce pays n'a plus rien à voir avec les droits de l'homme. Et la question se pose de savoir s'il convient de rester y vivre

     

     

     

    https://sport.francetvinfo.fr/football/jai-mal-ma-france-tweete-antoine-griezmann-en-reference-un-producteur-noir-tabasse-par-des?

    "J'ai mal à ma France", Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et d'autres sportifs prennent position contre les violences policières

    Publié le 26/11/2020 à 17:53 , modifié le 26/11/2020 à 21:52

    Auteur·e : France tv sport

    Antoine Griezmann

    Retrouvez l’offre france tv sport sur

    L'attaquant de l'équipe de France et de Barcelone Antoine Griezmann a tweeté "J'ai mal à ma France" ce jeudi en référence à une vidéo diffusée par Loopsider qui évoque le passage à tabac d'un producteur de musique noir à Paris. Quelques minutes après, Kylian Mbappé a également posté un message très clair sur son compte débuté par "Vidéo insoutenable, violences inadmissibles" et conclu par "Stop au racisme".

    L'attaquant-vedette de l'équipe de France de football Antoine Griezmann a tweeté ce jeudi "J'ai mal à ma France", rejoignant l'émoi provoqué par le passage à tabac filmé d'un producteur de musique noir par des policiers à Paris. La vidéo d'environ neuf minutes diffusée par Loopsider dans la matinée est devenue virale sur les réseaux sociaux et principalement sur twitter.

    Le tweet de Griezmann, qui mentionne le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, fait suite à ceux de son coéquipier en équipe de France et au FC Barcelone Samuel Umtiti et de l'international Espoirs Jules Koundé, tous deux montés au créneau après la diffusion virale par le média Loopsider de la vidéo de cette agression. Trois policiers ont été suspendus de leurs fonctions après la diffusion de la vidéo.

    Peu après, c'est au tour de Kylian Mbappé de prendre position en postant sur twitter ce message : "Vidéo insoutenable. Violences inadmissibles. Ma France à moi, elle a des valeurs, des principes et des codes... Ma France à moi ne vit pas dans le mensonge. (...)" avant de conclure : "Stop au racisme".

    Umtiti, champion du monde 2018 avec les Bleus, a également partagé la vidéo montrant un producteur appelé "Michel" roué de coups par des fonctionnaires de police dans l'entrée d'un studio de musique du XVIIe arrondissement de la capitale. Le défenseur du FC Barcelone ajoute ce commentaire : "L'être humain... est capable de faire des choses inhumaines!"

    Koundé, international Espoirs évoluant au Séville FC après avoir débuté à Bordeaux, a également partagé la vidéo avec le commentaire: "Contre cette frange de policiers qui outrepasse grandement ses droits en tabassant, en tuant même parfois".

    "Nos caméras sont nos meilleures armes!", poursuit Koundé, faisant référence au débat enflammé sur la proposition de loi "sécurité globale" qui prévoit entre autres de pénaliser la diffusion malveillante d'images de policiers et vivement combattue par des ONG et syndicats de journalistes.

    Il partage également des tweets du rappeur Dosseh, dont un où l'artiste affirme : "Et c'est ce genre d'actes qu'ils veulent pouvoir camoufler en nous empêchant de filmer? JAMAIS, filmez autant que vous le pouvez ça sauvera des vies et ça nous/vous protègera de criminels, ils nous reste que ça face à cette frange de la police qui fait du taf de porc".

    Un autre international français, Benjamin Mendy qui évolue à Manchester City, s'en est également ému sur twitter. 

    Un peu plus tard, Evan Fournier, le basketteur international qui évolue à Orlando, a également pris position en déclarant sur son compter Twitter : "Combien de Michel sans vidéo de surveillance ? Sans caméra ? Sans voisin pour filmer ?" Un pavé de plus dans le jardin du gouvernement et de la loi dite de "sécurité globale" qu'il présente au Parlement.

    La France est régulièrement secouée et divisée sur des affaires de violences commises par les forces de l'ordre, parfois mortelles, comme dans les cas de Cédric Chouviat, livreur mort étouffé après son interpellation en janvier 2020, ou d'Adama Traoré, mort en 2016 dans la foulée de son interpellation par des gendarmes.

    Rarissime en France, cette mobilisation des joueurs fait écho à celle de sportifs en Amérique du Nord, notamment des basketteurs en NBA, qui se sont mobilisés contre le racisme et les violences policières aux Etats-Unis.

  • Jarwal, de tout et de rien

    Je continue le travail d'archivage et ça me plaît. 

    Déjà, j'en profite pour corriger les fautes de frappe...

    Mais surtout, c'est vraiment intéressant de voir le cheminement de la pensée sur dix ans d'écriture, de voir les thèmes, les obsessions parfois, ces pensées qui reviennent comme si elles-mêmes éprouvaient une insatisfaction et réclamaient d'être encore et encore explorées, des terres attirantes mais qui se méritent.

    Je viens de terminer l'année 2010. Uniquement des textes personnels par conséquent puisque c'est le but de ce deuxième blog :

     

    https://jarwal-le-lutin.over-blog.com/

     

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    L'ESPOIR ET LE DÉSESPOIR

    17 NOVEMBRE 2020

    L'espoir, le désespoir. 

     Le 29/11/2010

    "Quand tu auras désappris à espérer, je t'apprendrai à vouloir."

    Sénèque.

    Cette phrase m'est revenue à l'esprit la nuit dernière. J'avais fait un exposé sur la passion quand j'étais au lycée, en terminale philo et l'espoir est une notion fréquemment rencontrée dans ce domaine. Il s'agissait bien entendu pour ma part d'une réflexion sur les alpinistes et cette force qui les pousse vers les plus hauts sommets. Walter Bonatti, dans son livre "A mes montagnes", parlait de l'espoir et disait qu'il était un ennemi redoutable qui le privait de sa lucidité, de l'exploitation de son potentiel physique parce que cet espoir le projetait dans une illusion qui ne le nourrissait que de pensées et non d'actes. Il escaladait un pilier par une nouvelle voie dans Les Drus, en solo...Il revenait d'une expédition sur le K2, une expérience destructrice d'un point de vue humain, une trahison qui avait failli lui coûter la vie. Chaque jour, sur ce pilier, engagé dans une ascension extrêmement périlleuse, il avait abandonné toute forme d'espoir et avait découvert alors que ses forces morales et physiques redoublaient, que rien ne l'arrêtait parce qu'il n'avait aucune autre intention que le franchissement du passage dans lequel il se trouvait. Rien d'autre, l'exploitation pleine et entière de sa volonté, libérée de tout espoir. Cette énergie intime se retrouvait dès lors totalement accessible, sans aucune interférence.   

    Il avait désappris l'espoir et avait découvert la puissance de la volonté.

    "Un état de grâce."

    http://www.dailymotion.com/video/x7e664_walter-bonatti-au-pilier-des-drus-c_sport

    On peut s'interroger également sur la finalité de l'espoir chez les individus qui s'en servent. Ou se soumettent à lui. Puisque l'espoir est à l'antipode de la volonté et non pas à son service, comme les conditionnements nous l'assènent continuellement, il est raisonnable de conclure que cet espoir est une certaine forme de résignation, un abandon dans l'illusion, le refus de la réalité et le refuge auprès du "doudou" du petit enfant.

    Il n'y a aucune action dans l'espoir et même si celui-ci génère finalement un acte quelconque, celui-ci sera perturbé par la pensée inhérente à cet espoir. Un filtre qui retient les énergies disponibles, un canal de dérivation. Celui qui affirme "vivre d'espoir" court le risque de ne pas vivre sitôt que l'espoir s'affaiblit.

    Sa situation en devient dès lors désespérée alors qu'il cherchait dans l'espoir un renfort aux conditions d'existence. Espoir-désespoir, sont les deux plateaux d'une même balance.

    "Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir."

    Même cette expression courue contient une contradiction phénoménale. Dans la vie, il doit y avoir une volonté.

    L'espoir, quant à lui, n'est pas adossé à la vie, il est projeté en dehors de la vie, dans un temps à venir qui n'a aucune existence, un futur qui n'est qu'une extrapolation cérébrale, notre malheureuse capacité à nous extraire de l'instant présent, ce cadeau empoisonné, ce don divinatoire que nous ne maîtrisons pas, qui nous illusionne quand nous voudrions qu'il soit la réalité à venir.     

    Tant qu'il y a de la vie, il y a une volonté. Celle de la vie qui est toujours là. S'abandonner à l'espoir revient à nier la vie, à lui jeter à la figure notre mécontentement, notre colère, notre dégoût, notre rejet.

    L'espoir signifie, "je vais aller voir plus loin, ça ira mieux là-bas" mais la vie, elle, est toujours là et rien de cet espoir ne la guérit de ses rudesses. La volonté peut y parvenir quand il s'agit d'une action à mener et qui est à notre mesure.

    "Ils ne savaient pas que c'était impossible, c'est pour ça qu'ils l'ont fait."

    Mark Twain.

    Même là, il ne s'agissait pas d'espoir. Mais d'une lutte constante. Dans l'instant réel de la vie immédiate. Peut-être même qu'en étant dans l'ignorance, il a été impossible de concevoir un espoir, par manque de repères, aucune donnée, il ne restait que le saisissement de l'instant, l'action elle-même.  

    Le désespoir n'est que le prolongement destructeur d'un esprit qui ne vit pas mais qui a le projet de vivre. Le contre-coup de l'égarement prolongé dans les miasmes hallucinogènes de l'espoir.

  • Vaccin obligatoire ou restriction ?

    Je n'aime pas du tout, du tout, ce qui se profile.

    Le vaccin obligatoire, c'est une option qui passerait très mal.

    Par contre, je suis convaincu qu'un certain nombre de "citoyens vaccinés" accepteraient des restrictions sociales imposées aux récalcitrants. 

    Je l'ai écrit hier :"Divisez pour mieux régner".

    Inutile de rappeler le passé du pays dans le registre de la collaboration.

    Alors, quel signe distinctif pour les non vaccinés ? Une seringue barrée cousue sur la veste ?

    Si vous ne connaissez pas ce personnage, sachez qu'il est très écouté dans  les milieux décisionnaires. 

  • Conflits d'intérêts encore et toujours

     

    C'est juste pour information. En ce moment, je farfouille beaucoup sur le sujet du médical et c'est rien de dire que c'est la foire totale. Et ça ne date pas d'hier. Et ça continuera encore bien longtemps. Des milliards, il faut imaginer. Rien ne les arrêtera. Et certainement pas les gouvernements. C'est la soupe commune et tout ce beau monde y trempe sa louche.

    Après, chacun en pense ce qu'il veut. Il nous reste toujours ça. Penser...

     

    https://www.marianne.net/societe/118000-euros-de-msd-116000-euros-de-roche-faut-il-s-inquieter-des-liens-entre-labos-et?

     

    Yazdan Yazdanpanah, ici avec le ministre Olivier Véran, est membre à la fois du conseil scientifique et du Care.AFP.

    118.000 euros de MSD, 116.000 euros de Roche : faut-il s’inquiéter des liens entre labos et conseils scientifiques ?

    Experts et argent

    Par Étienne Girard

    Publié le 03/04/2020 à 18:08

    Les experts-médecins des conseils scientifiques chargés d'éclairer Emmanuel Macron pendant la crise du coronavirus ont touché 450.000 euros des firmes pharmaceutiques ces cinq dernières années. Faut-il s'inquiéter pour leur indépendance ? Eléments de réponse.

    Souvenez-vous de Jean-Jacques Mourad. Pendant la campagne présidentielle de 2017, ce cardiologue était l’un des conseillers santé d’Emmanuel Macron. Il avait démissionné après avoir été accusé de conflit d’intérêts, pour avoir touché quelque 80.000 euros d’avantages du laboratoire Servier, en trois ans et demi. Et ce, alors que son candidat plaidait pour le remboursement des médicaments contre la tension artérielle, spécialité du groupe pharmaceutique.

    Trois ans plus tard, rien n’a changé dans le microcosme médical. Parmi les experts des conseils scientifiques chargés de conseiller le chef de l’Etat sur la crise du coronavirus, plusieurs ont des liens d’intérêts importants avec les laboratoires. L’un d’entre eux s’est vu verser ... 251.327 euros d’avantages de la part des firmes, entre 2014 et 2019, selon les chiffres de la base publique Transparence santé. Ces relations d’argent n’empêchent pas l’indépendance d’esprit, mais interrogent dans la mesure où une étude universitaire publiée en novembre 2019 a montré que les médecins liés aux industriels du secteur prescrivent plus de médicaments que les autres. Car la réponse au coronavirus passera aussi par des choix qui impliquent les multinationales du secteur.

    En cinq ans, entre les déjeuners, les dîners, les hébergements à l’hôtel, les frais de transport et les honoraires, les industriels ont payé pour 449.389 euros d'avantages à neuf experts du conseil scientifique placé auprès d’Emmanuel Macron ainsi que du Comité analyse et expertise (Care) chargé de l’éclairer sur les questions purement scientifiques liées au Covid-19. Ce qui recouvre des situations très différentes, dont certaines témoignent d’un compagnonnage suivi entre les médecins et les fabricants de médicaments. Largement en tête des firmes les plus généreuses, on retrouve l’Américain Merck Sharp and Dohme (MSD) et le Suisse Roche, deux laboratoires en pointe dans la recherche contre le coronavirus. MSD, qui a accordé 118.883 euros aux experts, fait partie des dix groupes qui ont annoncé mettre en commun leurs molécules afin de trouver un traitement. Quant au laboratoire Roche, donateur de quelques 116. 286 euros d’avantages en cinq ans, il vient de faire savoir qu'il a mis en place un nouveau test rapide de dépistage du Covid-19. Soit précisément les tests sur lesquels comptent le gouvernement pour augmenter les capacités de dépistage du pays.

    Déclarations incomplètes

    Un registre de déport en cas de conflit d’intérêts est-il prévu au sein des conseils d’expert ? L'oncologue Jean-Philipp Spano, un des représentants du Care, nous indique que ses membres « sont actuellement en train de remplir des déclarations publiques d’intérêts. Ces déclarations seront rendues publiques d’ici le début de la semaine prochaine». Il précise que « ces DPI font l’objet d’une relecture par les ministères chargés de la santé et de la recherche, qui pourront demander le déport de certains membres du CARE lorsque cela est nécessaire, y compris pour des liens passés avec des industriels, même réalisés ponctuellement, et ce pour des raisons éthiques ». Reste à savoir de quelle façon ces règles seront appliquées.

    Quant au conseil scientifique, son président, Jean-François Delfraissy, n’a pas pu nous répondre dans les délais. Il a assuré à nos confrères de Mediapart qu'un registre de déport sera bientôt mis en place. Les membres de l’instance ont par ailleurs rempli une déclaration publique d’intérêts, publiée sur un site dédié. Problème, il suffit de comparer avec la base Transparence santé pour s’apercevoir que plusieurs praticiens... ne déclarent pas tous leurs liens.

    1,36 milliard par an

    Les relations entre les laboratoires et les médecins sont loin d’être étanches. En 2018, les industriels pharmaceutiques ont ainsi versé quelque 1,36 milliard d'euros d’avantages aux professionnels de santé, a révélé une enquête de la presse quotidienne régionale. Une vieille habitude du secteur. « Il y a une culture du lien avec les labos, les médecins y sont biberonnés dès leurs études. Les représentants des firmes viennent dans les services, distribuent des invitations, ils font partie du paysage », note le médecin généraliste Pierre Frouard, co-auteur d’une étude de l’Université Rennes 1 sur les prescriptions des médecins et leurs liens avec les lobbys, en novembre dernier. Cette étude, publiée dans le prestigieux British Medical Journal, a montré que les médecins qui reçoivent des cadeaux de l’industrie pharmaceutiques prescrivent... plus et moins bien, par rapport aux indicateurs de l’Assurance maladie. « Et puis il y a un autre élément, ajoute Pierre Frouard. Qui relève plutôt du bon sens. Si ça n'était pas efficace, les firmes ne mettraient pas autant d'argent dans le lobbying ».

    En France, il existe même une corporation entièrement tournée vers cette pratique, celle des "visiteurs médicaux". Ces lobbyistes de porte-à-porte rendent visite aux praticiens, parfois sans rendez-vous, pour leur proposer des médicaments, des formations ou des études. Plusieurs médecins nous indiquent qu'il n'est pas rare de les croiser... dans les couloirs des hôpitaux, dans lesquels ils se rendent pour solliciter un échange rapide avec les professionnels. Dans de nombreux CHU, des petits-déjeuners ou déjeuners "de service" sont en outre régulièrement organisés avec ces représentants des firmes. Jusqu'à une période récente, ils pouvaient même solliciter les internes, au statut d'étudiant.

    Depuis 2014, les industriels peuvent par ailleurs financer la formation continue des médecins. Et aussi les initiatives des associations qui apportent des médicaments dans les pays pauvres, comme nous le raconte un professeur d'un grand hôpital parisien, qui a participé à plusieurs actions de ce type, notamment en Afrique. De quoi les rendre incontournables.

    Avant même l'étude de l'Université Rennes 1, l’affaire du Mediator a montré les effets que pouvait avoir le lobbying médical. Pendant 37 ans, le médicament de Servier, aujourd’hui suspect d’avoir provoqué de nombreuses pathologies, a été commercialisé, avec l’aval de toutes les autorités sanitaires, dont certains des responsables avaient des relations d’affaires avec le laboratoire. A l’automne 2011, le ministre de la Santé Xavier Bertrand a fait voter une nouvelle loi, dont il présentait les objectifs en ces termes devant l’Assemblée nationale : « S’il est vrai que, au fil des années, des progrès ont été réalisés, ils se sont révélés notoirement insuffisants (...) La lutte pour la transparence, la lutte contre les conflits d’intérêts passent par deux voies : l’indépendance des experts et l’organisation d’une procédure d’expertise transparente et collégiale. » C’est ce texte qui a institué la publication des avantages consentis par les firmes sur Transparence Santé.

    450.000 euros pour neuf médecins

    Ce qui n’a pas dissuadé les industriels de continuer à fréquenter les praticiens. Pierre Frouard explique que « les deux cibles prioritaires des firmes sont d’une part les médecins qui prescrivent des médicaments et d’autre part les leaders d’opinion, qui assurent la crédibilité de leurs recherches ». Les experts des deux comités placés auprès du président de la République appartiennent à cette dernière catégorie. Le conseil scientifique est chargé des éclairages immédiats (le confinement, les hospitalisations) tandis que le Care se concentre sur les questions purement scientifiques, à plus longue échéance. Et l’on constate que les firmes pharmaceutiques, qui se démènent pour trouver des solutions contre le coronavirus, sont particulièrement bien introduites auprès de ces médecins stars. Près de 450.000 euros ont ainsi été dépensés par les industriels pour... neuf médecins de ces deux instances.

    Des conflits d’intérêts pourraient potentiellement surgir. Hors les cas de MSD et Roche, l’ensemble ou presque des dix premiers donateurs participent à la recherche contre le coronavirus. Johnson & Johnson (22.487 euros d’avantages versés), Sanofi (18.551 euros), Abbvie (14.706 euros), GSK (15.412 euros) ou Gilead (9.096 euros) figurent parmi les candidats à un traitement contre le Covid-19. Les filiales françaises de ces labos seraient par ailleurs concernées par d’éventuelles réquisitions de médicaments. Dans son avis du 23 mars, le Conseil scientifique aborde le thème des pénuries de « dispositifs médicaux » et « insiste » sur la « responsabilité de tous les acteurs de santé ». Sans s’avancer vers une solution politique précise.

    MSD, Johnson & Johnson et GSK généreux

    Ce total est d’autant plus impressionnant que plus de 95% des avantages ont été versés... sur trois ans, entre mi-2014 et mi-2017. A cette époque, le médecin carburait à environ un lien d’intérêts par semaine, entre des honoraires, des invitations à des événements, des nuits à l’hôtel ou des repas. Yazdan Yazdanpanah, qui n’a pas répondu à notre sollicitation au moment de la publication de cet article, a expliqué à Mediapart avoir depuis changé ses pratiques : « Depuis 2017, j’ai arrêté mes liens avec les laboratoires. (...) Est-ce que trois ans et demi ça suffit pour se défaire d’un lien ? Ce sont des discussions que nous avons dans le cadre de la définition d’un règlement intérieur. »

    Ce délai est justement pris en compte par le Haute autorité de Santé pour déterminer si des médecins doivent se déporter sur certains sujets. En 2013, l’instance, gendarme des bonnes pratiques dans le secteur de la santé, a établi un « guide de gestion des conflits d’intérêts » en son sein. Le document précise les critères qui font naître un conflit d’intérêts, c’est-à-dire « une situation dans laquelle les liens d’intérêts d’une personne sont susceptibles, par leur nature ou leur intensité, de mettre en cause son impartialité ou son indépendance ». L’ « ancienneté » de la collaboration est prise en compte. La HAS considère ainsi que le « ‘déclassement’ d’un lien d'intérêts majeur en autre lien d'intérêts peut se produire quand le lien d’intérêts a disparu depuis au moins trois ans ». Ce qui irait dans le sens suggéré par Yazdan Yazdanpanah, même si le médecin n’a pas totalement stoppé ses relations avec les firmes : il a encore accepté huit repas (dont sept payés par MSD) en 2018.

    "C'est beaucoup quand même"

    Dans son appréciation, l’autorité prend d’ailleurs également en compte la « fréquence » des relations et le « montant des avantages ». Seulement, aucune précision n’est donnée sur le seuil des montants qui font naître un conflit d’intérêts. Et les médecins n’ont pas toujours conscience des sommes que les industriels dépensent pour eux. « Je ne vais jamais sur Transparence santé, mais je devrais peut-être le faire vu les attaques que je subis », nous explique l'infectiologue Karine Lacombe, que nous avons interrogée. Dans la catégorie « autres liens » de leurs déclarations d’intérêts, aucun des membres du conseil scientifique n’a d’ailleurs mentionné ses invitations à des repas ou dans des hôtels. Contacté, l’infectiologue Denis Malvy, qui siège au sein de l’instance, évalue mal les liens d’intérêts qui lui sont imputés sur Transparence santé : « Il doit y avoir un aller-retour, une chambre d’hôtel une fois, une invitation, à l’occasion ». Quand on lui indique que le montant total s’élève à 12.044 euros en cinq ans, il est surpris : « C'est beaucoup quand même, ça m’étonne ».

    Sur le fond, ce praticien du CHU Bordeaux estime qu’une conception trop stricte des conflits d’intérêts pourrait affaiblir la qualité des débats : « Si on me dit de ne pas parler sur un sujet, je ne parlerai pas, bien sûr, mais il faut voir qu’à la fin, vous aurez des experts sans expérience. La preuve de la probité d’un médecin, c’est sa crédibilité, son expérience ». Cette position correspond à celle d’une partie du milieu médical, attaché à ses liens avec les labos, qui financent souvent la formation continue des médecins. En 2013, l’ex-ministre Agnès Buzyn expliquait exactement la même chose lors d’une rencontre avec des lobbyistes : « Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts »

    Denis Malvy ajoute que ces liens peuvent servir à obtenir des partenariats pour des traitements expérimentaux au bénéfice des CHU et de leurs patients : « Quand on produit de la science, de l’information au public, il peut parfois être utile de le faire avec l’émulation de l’industrie. Quand on me propose des essais cliniques, si je dis non, je prive mes patients d’un traitement. » Karine Lacombe, qui partage cette idée, considère également que les relations avec les labos sont un gage de crédibilité : « Si on n'a aucun lien d'intérêts, on n'est pas reconnu par la communauté scientifique. Par exemple, si on ne peut pas aller à des congrès, on ne peut pas présenter nos recherches, donc on n'est pas compétitifs ».

    Selon cette conception des relations médecins-firmes, les liens d’intérêts seraient inévitables, voire bénéfiques car ils permettraient de faire avancer la recherche. Même si les sommes versées aux CHU ne sont pas répertoriées sur Transparence santé (leur existence, non chiffrée, est en revanche mentionnée dans la déclaration d’intérêts). La HAS intègre dans une certaine mesure cette philosophie à son appréciation des conflits d’intérêts, puisqu’elle estime, dans son guide, que « dans certains cas, les objectifs de protéger la santé publique » imposent d’« accepter le concours d’un expert dans une situation de conflit d’intérêts, car il est le seul à pouvoir fournir une expertise d’une qualité suffisante ».

    "Le problème va se poser au sein du Care"

    Le débat aura tout particulièrement lieu au sein du Care, appelé à fournir au chef de l’Etat un éclairage sur « les suites à donner aux propositions d’approche innovantes scientifiques, technologiques et thérapeutiques formulées par la communauté scientifique ». En clair, cette instance a notamment vocation à donner son avis sur... différentes propositions de traitement du Covid-19, émanant d’acteurs concurrents. « Le problème des conflits d’intérêts va surtout se poser au sein du Care », analyse un ponte d'un grand hôpital. Parmi ses membres, Yazdan Yazdapanah, mais aussi l’oncologue Jean-Philippe Spano, qui a accumulé 251.327 euros d’avantages des firmes, en cinq ans, au rythme de cinq liens d’intérêts par mois, en moyenne. Ce praticien de la Pitié-Salpétrière est particulièrement proche de Roche, qui a versé pour lui quelque 103.530 euros.

    Les liens qui figurent sur la base Transparence santé ne sont par ailleurs pas exhaustifs. La microbiologiste Marie-Paule Kieny, qui ne compte aucun avantage répertorié sur le site du gouvernement, est par exemple membre du conseil d’administration de BioMérieux, le laboratoire français, concurrent de Roche, qui vient lui aussi de mettre au point un test rapide de dépistage du Covid-19.

    447 avantages en cinq ans

    D’autres médecins actifs médiatiquement sont également liés à certaines entreprises. Il en est ainsi de Karine Lacombe, infectiologue et cheffe de service à l’hôpital Saint-Antoine. Le 28 mars, elle était invitée à présenter la situation des hôpitaux à la conférence de presse du gouvernement. Parce qu’elle a critiqué la méthodologie de l’étude du professeur Raoult sur l’hydroxychloroquine, certains internautes l’ont immédiatement suspectée de rouler pour la firme Gilead, qui prépare un traitement contre le coronavirus. Sa fiche sur Transparence santé indique bien qu’elle a reçu des avantages de la part du laboratoire américain (20.486 euros en cinq ans), mais moindres par rapport aux largesses d’Abbvie (23.111 euros) et surtout MSD (57.932 euros).

    La particularité des liens d’intérêts de l’infectiologue réside dans leur nombre, souvent des repas, pour de petits montants. On en compte 447 en cinq ans et demi, soit entre un et deux par semaine en moyenne. La médecin s’est aussi fait payer un hébergement par les labos à trente-et-une reprises sur la même période, soit une fois tous les deux mois en moyenne, dont onze fois par MSD.

    Interrogée, Karine Lacombe y voit surtout la conséquences de ses nombreux déplacements pour présenter ses recherches : « Je fais beaucoup de conférences, mais jamais sur un médicament en particulier ». Elle indique que ses voyages sont à chaque fois contrôlés par le Conseil de l'ordre des médecins, comme le veut la réglementation. « Le Conseil vérifie qu'on ne va pas dans un hôtel de luxe, qu'on voyage en classe économique, qu'on ne fait pas des jours en plus après la fin du congrès ». D'où l'habitude de certains chercheurs français de rater la dernière demi-journée des colloques, pour prendre leur avion.

    Ces règles de modestie ne semblent toutefois pas toujours suivies à la lettre. Dans les intérêts de Jean-Philippe Spano sur Transparence santé, on retrouve par exemple onze repas compris entre 100 euros et 273 euros, ou une facture pour un "transport" à 15.614 euros. L'étendue du train de vie des médecins est par ailleurs difficile à apprécier dans la mesure où les firmes remplissent les fiches de façon souvent incomplète. Impossible par exemple de savoir à combien de nuits font référence trois factures d'hébergement à plus de 1.400 euros l'unité accordées à un des membres du Care.

    "Votre probité est vite vue"

    Ces relations suivies entre les médecins et les labos doivent-elles nourrir une quelconque suspicion à l’encontre de ces professionnels de santé ? A en croire Pauline Londeix, fondatrice de l’Observatoire de la transparence dans les politiques de médicaments, s'il ne faut pas tomber dans la paranoïa sur les cas personnels, le fonctionnement du secteur reste problématique : « Avoir des liens d’intérêts n’empêche pas l’honnêteté, n’empêche pas la compétence. Mais quand l’industrie finance un secteur à un niveau trop important, il faut quand même se demander si ça ne pose pas un biais quelque part ». D'où l'idée de renforcer les pratiques de déport pour les médecins qui influencent les politiques publiques.

    Pour Denis Malvy, il existe toutefois déjà une forme de contrôle implicite au sein de la profession : « Tout est transparent et quand vous vous exprimez devant des experts, votre probité est vite vue. Si vous parlez pour des intérêts, on s’en rend bien compte ». Un point de vue optimiste qui laisse un peu sceptique Pierre Frouard. Le médecin généraliste considère que la moitié du chemin reste encore à faire : « La transparence, c’est bien, mais l’indépendance, c’est encore mieux ».

     

  • Le Triangle dramatique (Karpman)

    C'est effrayant quand je lis ça, le nombre de fois où je vois le gouvernement...

     

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    La victime : celui qui se sent persécuté

    Le sauveteur : celui qui vous vient en aide (vous veut du bien)

    Le persécuteur : celui qui prend pour cible la future victime

     

    Triangle dramatique

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Triangle_dramatique

    Le triangle dramatique ou triangle de Karpman est à la base des « jeux psychologiques » de manipulation de la communication1. C'est une figure d'analyse transactionnelle proposée par Stephen Karpman (d) en 1968 (dans son article Fairy Tales and Script Drama Analysis2) qui met en évidence un scénario relationnel typique entre victime, persécuteur et sauveur3. Le triangle dramatique est à la base des jeux psychologiques qui se jouent entre deux personnes capables de jouer alternativement les trois rôles4.

    La communication est perturbée lorsque les protagonistes adoptent ces rôles plutôt que d’exprimer leurs émotions et leurs idées.

    Ces relations peuvent se former dans un groupe, elles sont alors contre-productives ; leur identification permettra de repartir sur des bases saines5.

     

     

    C'est une schématisation qui formalise les différents rôles possibles et leurs interaction dans une interaction déséquilibrée. Ainsi, si une personne endosse l'un de ces rôles (par exemple la victime), elle entraîne l'autre à jouer un rôle complémentaire (le sauveur ou le persécuteur). L'expression de ce scénario permet de mettre en œuvre une mécommunication qu'il est possible d'utiliser pour comprendre les mécanismes ayant généré un conflit. La communication est perturbée lorsque les protagonistes adoptent ces rôles plutôt que d'exprimer leurs émotions et leurs idées.

    Ces relations peuvent se former dans un groupe, elles sont alors contre-productives ; leur identification permettra de repartir sur des bases saines1.

    Victime

    La victime attire le sauveur qui veut la sauver1. C'est donc un rôle de choix pour attirer l'attention sur soi quand on sait bien en jouer. C'est un rôle qui appelle quelqu'un à être persécuteur, une attente qui sera remplie ou non par l'entourage. Le plus souvent, la victime a un problème de dépendance6.

    La position de la victime est « Pauvre de moi ! » La victime se sent victimisée, opprimée, impuissante, sans espoir, honteuse et semble incapable de prendre des décisions, de résoudre des problèmes, de prendre plaisir à la vie ou d’obtenir des idées. La victime, si elle n’est pas persécutée, cherchera un persécuteur et également un sauveur qui sauvera la situation, mais perpétuera également les sentiments négatifs de la victime6.

    Sauveur

    C'est un rôle très gratifiant d'un point de vue narcissique mais qui place l'autre en incapacité. Il attend un persécuteur pour justifier son existence et une victime à sauver. L'entourage pourra suivre ou ne pas suivre dans cette pièce de théâtre.

    La réplique du sauveur est « Laissez-moi vous aider ». Un facilitateur classique[pas clair], le sauveur se sent coupable s’il ne va pas à la rescousse. Cependant, son sauvetage a des effets négatifs : il garde la victime dépendante et lui donne la permission d’échouer. Les avantages découlant de ce rôle de sauvetage sont que l’attention du sauveur à lui-même est supprimée. Quand il concentre son énergie sur quelqu’un d’autre, cela lui permet d’ignorer sa propre anxiété et ses problèmes. Ce rôle de sauvetage est également très important, car leur intérêt principal réside dans l’évitement de leurs propres problèmes déguisés en préoccupation pour les besoins de la victime6.

    Persécuteur 

    Le persécuteur agit sur la victime1. Si le persécuteur tente de nouer cette relation avec une potentielle victime, celle-ci pourra réagir différemment : adopter une position de victime ou ne pas se laisser faire.

    Le persécuteur peut ne pas être une personne. Par exemple, ce peut être la maladie ou l'alcool l'élément qui contribue à ce que la victime se place dans cette position.

    Le persécuteur insiste : « Tout est de votre faute. » Le persécuteur contrôle, blâme, critique, oppressant, est en colère, fait preuve d’autorité, est rigide et supérieur1.

    Manipulation

    Ce modèle peut également être appliqué à des situations de manipulation (donc subies et vécues comme désagréables) : par exemple, si nous appelons le sujet persécuteur S1 et son souffre-douleur S2, alors S1 peut se poser en sauveur, affirmant à S2 qu'il est le bourreau d'une victime (personnage en général invité dans la conversation, pour les besoins de la manipulation).

    Des manipulations peuvent être analysées selon ce modèle du triangle dramatique, en considérant chacun des trois sommets du triangle, selon les cas rencontrés ; c'est-à-dire que S1 pourrait se positionner en victime et parle alors de S2 comme de son bourreau, etc.

    Exemple

    S1 affirme à S2 : « Tu n'as pas honte de refuser de manger ces bons haricots verts ? Quand je pense aux efforts que Pépé a faits pour les semer, les désherber, et les ramasser alors qu'il a mal au dos ! » Dans cet exemple, où le grand-père (décrit en victime) est bien sûr absent, S1 qui gronde S2 aurait tout aussi bien pu évoquer la personne qui a fait l'effort de cuisiner, ou n'importe qui d'autre, comme victime du bourreau…

    Le manipulateur S1 se fait passer ici pour un sauveur, alors qu'il fait pression de manière indue (il serait possible de parler de l'utilité qu'il y a à goûter de chaque plat, ou d'avertir S2 que s'il refuse totalement les haricots il n'aura pas à réclamer une seconde part de dessert, etc. ce qui serait une manière moins détournée de gérer le refus de S2 de manger ce qui est proposé…).

    Une première explication par l’analyse transactionnelle

    Au départ, un triangle dramatique apparaît lorsqu’une personne joue le rôle d’une victime ou d’un persécuteur. Cette personne ressent alors le besoin d’enrôler d’autres acteurs dans le conflit. Comme c’est souvent le cas, un sauveur est encouragé à entrer dans la situation.

    Ces joueurs enrôlés assument des rôles qui ne sont pas statiques, et donc divers scénarios peuvent se produire. Par exemple, la victime peut mettre le sauveur en marche, le sauveur passe ensuite à la persécution.

    Les motivations de chaque participant et la raison pour laquelle la situation perdure sont que chacun « répond à ses désirs/besoins psychologiques non exprimés (et souvent inconscients) d’une manière qu’il juge justifiée, sans avoir à reconnaître le dysfonctionnement général » ou le tort causé dans la situation dans son ensemble. Ainsi, chaque participant agit selon ses propres besoins égoïstes, plutôt que d’agir d’une manière véritablement responsable ou altruiste [citation nécessaire] ainsi, n’importe quel personnage des trois dans ce triangle pourrait « normalement se comporter comme une victime plaintive » ; il est maintenant clair que l’on peut passer au rôle de persécuteur si c’est « accidentel » et si on présente des excuses pour cela.

    Les motivations du sauveur sont les moins évidentes. Dans les termes du triangle dramatique, le sauveur est quelqu’un qui a un motif mixte ou caché et qui, d’une certaine façon, profite égoïstement d’être « celui qui sauve ». Le sauveur a un motif superficiel de résoudre le problème et semble faire de grands efforts pour le résoudre, mais il a aussi un motif caché pour ne pas réussir, ou pour réussir d’une manière qui lui profite. Il peut par exemple obtenir un regain d’estime de soi ou un statut de sauveur respecté. Il peut simplement éprouver du plaisir en ayant quelqu’un qui dépend de lui et lui fait confiance. Il peut être amené à feindre l'aide, de manière inconsciente, afin de continuer à obtenir un gain.

    Dans certains cas, la relation entre la victime et le sauveur peut être une relation de codépendance. Le sauveur garde la victime dépendante d’elle en l’encourageant à devenir une victime. Les besoins de la victime sont comblés par le secouriste qui s’occupe d’eux.

    En général, les participants ont tendance à avoir un rôle principal ou habituel (victime, sauveur, persécuteur) lorsqu’ils entrent dans des triangles dramatiques. Les participants apprennent d’abord leur rôle habituel dans leur famille d’origine. Même si les participants ont chacun un rôle auquel ils s’identifient le plus, une fois sur le triangle, les participants tournent dans toutes les positions, en faisant le tour complet du triangle7.

    Chaque triangle a un gain pour ceux qui le jouent. L’antithèse d’un triangle dramatique est de découvrir comment priver les acteurs de leurs gains.

  • La dialectique de l'Etat

    C'est fou, hallucinant et terriblement révélateur à la fois. On a ici un membre du gouvernement, et pas un porte-parole déglingué, mais un très haut responsable qui démontre clairement que leur vision générale de la situation est soit, totalement fausse, soit volontairement menteuse. J'opte bien entendu pour la deuxième option.

    Ce qui est certain en tout cas, c'est que le gouvernement a choisi pour défendre ses positions de culpabiliser la population. Effectivement, je lis sur les réseaux sociaux des dizaines de messages de personnes accusant les individus d'être responsables de la pandémie et de sa virulence en ne portant pas de masques, en re respectant pas les consignes etc etc... On a affaire là à des individus dont le discours politique a réussi son travail de formatage.  Et on a donc affaire à une population divisée, ce qui, on le sait depuis des lustres, a toujours été le jeu préféré des politiciens de tous bords : diviser le peuple pour mieux le contrôler.

    Je sais très bien qu'il y a des situations d'individus dont le comportement est effectivement irresponsable au regard des règles sanitaires. Mais de là, à aller lancer des injonctions constantes sur l'ensemble de la population, c'est juste inconcevable et irrecevable. Et surtout, il convient, constamment, de remonter à la source du problème et non uniquement aux effets et aux conséquences. En parlant ainsi Castex et son roi, et tous les vassaux associés n'ont qu'un objectif : faire oublier leur incompétence et leur incapacité à anticiper. Lorsqu'on attend qu'une situation d'urgence se produise parce qu'on a refusé d'écouter les alertes lancées de tous bords depuis des années, il est honteux d'aller invectiver les vicitimes en les critiquant sur leurs comportements. Ce gouvernement, comme tous les précédents, n'agit que dans l'urgence. Et les suivants agiront de la même façon.

    C'est là qu'on voit d'ailleurs à quel point, la prise en considération du réchauffement climatique n'aboutira jamais à rien de sérieux. Parce que pour eux, on n'est pas encore dans l'urgence. Il n'est qu'à évoquer le terme de "décroissance" pour passer aussitôt à leurs yeux pour un Néanderthalien. 

    J'ai beaucoup lu il y a quelques temps d'ouvrages sur le "triangle de Karpman" et "l'analyse transactionnelle" et en ce moment, toutes ces études me reviennent très souvent à l'esprit. 

    Coronavirus et Triangle de Karpman

     


     

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/covid-19-c-est-grande-violence-morale-tous-soignants-petite-phrase-jean-castex-passe-mal-

    Covid-19 : “C’est une grande violence morale pour tous les soignants”, une petite phrase de Jean Castex passe mal

    Dans son discours aux Français jeudi 12 novembre 2020 pour faire le point sur le confinement, le premier ministre a eu des mots qui font réagir les soignants des hôpitaux. 

    Publié le 13/11/2020 à 11h25

    Jean Castex a annoncé que le confinement et les fermetures de commerces allaient se poursuivre jusqu'au 1er décembre au moins. • © Olivier Corsan - maxPPP

    Doubs Besançon Jura Dole Territoire de Belfort Belfort Haute-Saône Franche-Comté

    18h. Jeudi 12 novembre, les Français et les soignants sont nombreux à regarder, écouter le premier ministre (lire son discours en intégralité) qui se prépare à confirmer le confinement jusqu’au 1er décembre au moins.“Je veux dire ici, une nouvelle fois, toute mon admiration à nos professionnels de santé. Ils sont à l’épreuve. Ils sont fatigués. Mais, je l’observe très directement au fil de mes déplacements réguliers dans nos établissements de santé, ils sont remarquables de compétence, d’engagement et de solidarité. Tout le monde est sur le pont : les établissements publics, les établissements privés, les professionnels libéraux, les personnels de l’ensemble des administrations sanitaires. Ces soignants, ils ne nous demandent pas d’augmenter le nombre de lits de réanimation, ne serait-ce que parce qu’ils savent bien que former un médecin réanimateur ou une infirmière spécialisée ne peut se faire en six mois, ils nous demandent surtout de tout mettre en œuvre pour éviter que les malades arrivent à l’hôpital" déclare Jean Castex

    La colère du collectif Inter Urgences

    « Les soignants ne demandent pas d'augmenter le nombre de lits en réanimation... mais veulent surtout éviter que les malades arrivent à l'hôpital ». Derrière cette phrase du premier ministre, la colère gronde. Le collectif Inter Urgences dans un communiqué dénonce les propos du ministre.“Les soignants nous demandent, surtout, d’éviter que les malades n’arrivent à l’hôpital” : “Non, monsieur Castex, ce ne sont pas nos propos. Nous ne demandons pas à la population d’éviter de consulter à l’hôpital. Il est même irresponsable de tenir un tel discours, d’abord par la culpabilité que vous faites porter aux Français, et parce que les retards de prise en charge auront de graves conséquences. Nous soignants, demandons des personnels et des lits. Ce sont vos choix politiques et économiques qui rendent aujourd’hui impossible de remplir notre mission auprès de la population” écrit le collectif Inter Urgences.Cette infirmière du service des urgences de Trévenans n’a pas manqué de réagir aux propos du premier ministre. “C’est désolant. Ils n’ont toujours pas compris. Il n’y a pas plus sot que celui qui ne veut pas entendre. Depuis mars 2019 avec le collectif inter urgences, on répète la même chose, et ils ne veulent pas l’entendre. Effectivement, il faut des années pour former mais un médecin, trois ans pour former une infirmière, mais si on ne commence pas à le faire ! “s’indigne t-elle. L’infirmière craint aussi que beaucoup de personnels ne quittent le métier, comme ces jeunes étudiants amenés à intervenir dans des conditions difficiles en pleine crise du Covid. “Comment va-t-on les garder ?”.

    “Cette phrase de Jean Castex fait mal au ventre”

    Michel Gerbot, représentant CGT à l’hôpital de Dole dans le Jura s’indigne lui aussi de tels propos. “Cette phrase fait mal au ventre, on sait qu’il  faut des lits, des soignants, mais ils ne le font pas” précise le syndicaliste. “On voudrait bien par exemple à Dole que la réanimation rouvre. Elle a fermé en 2014. On a réouvert ponctuellement une semaine pendant la première vague. A Dole en 4 ans, on a fermé 90 lits et supprimé 110 postes” rage Michel Gerbot. “Et aujourd’hui, on voit la ville de Dole ou l’Agence Régionale de Santé faire la manche sur Facebook pour trouver des renforts” ajoute-t-il.

    C'est une grande violence morale pour tous les soignants

    Laurent Thines, neurochirurgien CHU Besançon, membre du Collectif Inter Hôpitaux

    Laurent Thines, neurochirurgien au CHU de Besançon et membre du collectif Inter-Hopitaux a bien sur relevé les propos de Jean Castex. “Cela montre à quel point ce gouvernement est déconnecté de la réalité du terrain et des revendications que l’on porte depuis plus d’un an à savoir une augmentation des lits, du personnel, une amélioration des conditions de travail, une revalorisation salariale….il ne cesse de profiter de la crise sanitaire pour déformer la réalité, raconter leur version de la situation et passer des lois sociales ou sécuritaires sur le dos du Covid…Ils pensent peut être qu’à force de répéter leur récit,  les gens vont finir par y croire mais au final personne n’est dupe de ce double discours, et c’est une grande violence morale pour tous les soignants (et aussi les Français) de voir  encore, à quel point en faisant ainsi, ils nous méprisent et ne tiennent pas compte de nos besoins. Résultat : de plus en plus de soignants quittent l’hôpital, c’est la leçon de l’entre-deux vagues, et cela continuera, c’est comme cela qu’ils vont réussir à tuer l’hôpital public pour le remplacer par des structures privées.” s’indigne le médecin bisontin.

    A Besançon, le syndicat Sud Santé est aussi en colère. "Mr Castex parle en notre nom ... Nous lui répondons : NON votre vérité n’est pas la nôtre !" réagit le syndicat. 28 lits ont été supprimés dernièrement à l’hôpital de Besançon dans le Doubs. En pleine pandémie de Covid, 28 lits du Service de Soins de suite et de réadaptation (SSR) sont provisoirement fermés, faute de médecins. Marc Paulin, infirmier et responsable du syndicat Sud Santé au CHU de Besançon le défend depuis des mois. Le nerf de la guerre, ce sont les moyens, les lits, les personnels. La petite phrase de Jean Castex passe mal, alors que la seconde vague met en tension à nouveau les hôpitaux. “En tant que soignants, on veut les moyens qu’il faut pour prendre en charge les patients. Il faut des compétences, des moyens, des lits, des lits de réanimation, mettre en plus en cause les Français, c’est trop facile" déplore l'infirmier.

    Une admission en réanimation toutes les 3 minutes en France

    En France, le contexte sanitaire demeure préoccupant avec 95% des capacités en réanimation mobilisées, mais avec la possibilité de monter jusqu'à 10.400 lits. "Nous avons une admission en réanimation toutes les 3 minutes dont 40% qui ont moins de 65 ans", a précisé lors de son discours Jean Castex.Quelques indicateurs offrent tout de même une lueur d'espoir. Le taux estimé de reproduction du virus (estimation du nombre moyen de personnes qu'un malade contamine) est repassé sous la barre du "1", ce qui veut dire que l'épidémie ne progresse plus, mais régresse. Pas de quoi crier victoire, loin de là du côté des soignants et des autorités sanitaires.

  • Surveillance illégale.

    C'est peu de dire qu'il y a beaucoup d'élements qui me déplaisent considérablement dans le pays depuis quelques temps. Entre les restrictions injustifiées de déplacement et les raisons évoquées par le gouvernement et le projet de loi sur la protection des forces de l'ordre qu'il devient interdit de filmer lors d'interventions, on pourrait déjà discuter longtemps.

    Il y a autre chose, de beaucoup plus sournois et nullement commenté sur les "grandes chaînes de médias". La surveillance illégale des individus. Et là, vraiment, on entre dans une dimension éminemment inquiétante. 

     

    https://reporterre.net/Au-Carnet-des-cameras-cachees-et-illegales-pour-surveiller-des-ecologistes

    Au Carnet, des caméras cachées et illégales pour surveiller des écologistes

    Durée de lecture : 5 minutes

    14 novembre 2020 / Héloïse Leussier (Reporterre)

         

    Des caméras très sophistiquées et camouflées ont été retrouvées par des militants au Carnet, où des écologistes luttent contre le bétonnage d’un site naturel. Un dispositif illégal, dont les images accusent la gendarmerie locale.

    Nantes (Loire-Atlantique), correspondance

    Les opposants au projet de zone industrielle au Carnet, en Loire-Atlantique, méritent-ils d’être surveillés comme des terroristes ? Deux groupes de caméras, camouflées dans une fausse bûche d’arbre et de fausses pierres, ont été retrouvés par hasard par des militants, fin août. Elles semblent avoir été installées à la veille d’un « weekend de résistance » prévu à proximité du Carnet, les 29 et 30 août. Ces quatre caméras filmaient en continu et étaient reliées, via des câbles enterrés, à des grosses batteries et modems, également dissimulés, permettant d’envoyer directement les images à un poste à distance.

    Plan du site.

    Positionnement des caméras.

    Le Carnet est un espace naturel, sur la rive sud de l’estuaire de la Loire, dont l’entrée principale se trouve sur une route départementale. Lundi 31 août, des personnes opposées à la volonté du Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire de créer ici un parc « écotechnologique », sur 110 hectares, ont commencé à installer des barricades sur la route, pour empêcher tout début de travaux. C’est une militante qui, ce jour-là, en ramassant des matériaux pour créer une guirlande végétale, a trouvé d’abord un premier duo de caméras, puis, en tirant sur les fils, ce vaste attirail d’espionnage.

    L’ensemble du matériel découvert sur place.

    Selon un militant de Stop Carnet, quelques jours après cette découverte, la gendarmerie a appelé l’un d’eux pour lui signifier de « rendre leurs caméras aux chasseurs ». Sauf que ce type de matériel, d’une valeur de plusieurs milliers d’euros, ne ressemble pas à du matériel appartenant à des chasseurs. La mention « Allwan », visible sur une partie des images retrouvées, ou encore sur une étiquette sur une caméra, fait fortement penser qu’il s’agit d’équipements fournis par la société Allwan Security, située près d’Angers (Maine-et-Loire), spécialisée dans le matériel vidéo. Cette entreprise ne traite qu’avec des professionnels, et compte les forces de l’ordre parmi ses clients importants.

     Quel était le but de cette captation ?

    La captation d’images sur la voie publique est encadrée par la loi. Comme le rappelle la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés), les personnes filmées doivent en être informées par des panneaux visibles, affichés en permanence, comprenant au minimum un pictogramme représentant une caméra. Mais vu le camouflage du dispositif installé au Carnet, il ne s’agit pas de « vidéoprotection » (dans la novlangue sécuritaire, on ne dit pas « vidéosurveillance » mais « vidéoprotection »), mais bien de renseignement. Or, cette activité est elle aussi encadrée par la loi. La captation d’images dans un lieu privé fait partie des techniques ne pouvant être déployées que pour « la défense et à la promotion des intérêts fondamentaux de la Nation », pour l’une des sept finalités énumérées à l’article L. 811-3 du Code de la sécurité intérieure, telles que « la prévention du terrorisme » ou encore la prévention « des violences collectives de nature à porter gravement atteinte à la paix publique ». De plus, cette technique ne doit être utilisée que si les renseignements ne peuvent pas être recueillis par un autre moyen légalement autorisé. L’installation d’une résistance pacifique, sur un terrain qui sert surtout de lieu de promenade, ne pouvait représenter une telle menace.

    Fausse pierre où était dissimulée l’une des caméras.

    Faux tronc d’arbre abritant une caméra.

    Quel était le but de cette captation ? Les forces de l’ordre pensaient-elles que le « weekend de résistance », prévu dans un lieu longtemps tenu secret, et qui s’est déroulé sur un terrain proche et non pas public, mais privé, prêté par un agriculteur, les 28 et 29 août, se tiendrait à cet endroit ? S’agissait-il d’empêcher l’installation de barricades sur cette route ? En tout cas, il n’y a pas eu de violences lors des actions de blocage du début du mois de septembre au Carnet.

    Par contre, plusieurs personnes sont venues sur place l’après-midi de la veille, le vendredi 28 août, avec des tracteurs et une remorque, épandre, sur une centaine de mètres, une matière malodorante. Les images retrouvées sur les cartes mémoires du dispositif d’espionnage, que Reporterre a pu consulter, le montrent nettement. Selon les observations d’agriculteurs locaux, il s’agirait de boue de station d’épuration, une matière polluante dont l’épandage est normalement strictement encadré. Et cette pratique illégale n’était pas le fait des zadistes. L’action a eu lieu sur la départementale D177, à l’entrée du site, derrière un portail qui ne peut être ouvert, a priori, que par le personnel du Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire. Ce dernier n’a pas répondu aux questions de Reporterre à ce propos.

    Devant la grille d’accès au Carnet, l’après-midi de l’épandage de boues d’épuration (de fumier, selon la gendarmerie).

    Quatre gendarmes sur place au moment des faits 

    Plus grave : les vidéos attestent de la présence de quatre gendarmes sur place au moment des faits. On les voit échanger avec des personnes à proximité du portail, deux minutes avant l’épandage. Un gendarme, l’air satisfait, prend même, tout sourire, une photo du résultat de cette action malveillante, dont le but était probablement de gêner les opposants au projet industriel au Carnet. Était-ce une demande du Grand port ? De la gendarmerie ? Ou l’initiative personnelle des propriétaires des tracteurs ? Et pourquoi, dans ce cas, les forces de l’ordre n’ont-elles pas empêché cette action illégale ?

    Épandage de boue derrière le portail.

    La cheffe d’escadron de la compagnie de gendarmerie de Pornic, contactée par Reporterre, assure que les gendarmes n’étaient pas présents au moment du dépôt, et qu’il ne s’agit pas de boue de station d’épuration, mais de fumier. La préfecture n’a pas répondu à nos questions.

    Une enquête permettra sûrement d’éclaircir tout cela, puisque des opposants au projet au Carnet pourraient déposer une plainte. Des recours en justice pourraient également être entrepris contre l’espionnage vidéo. Ce type de surveillance illégale avait déjà été repéré à Bure, en 2018. S’agit-il d’une méthode exceptionnelle, ou les caméras sont-elles d’habitude mieux dissimulées ? Rappelons que, comme l’avait révélé Reporterre, le gouvernement a saisi en 2019 le Bureau de lutte antiterroriste (BLAT) de la gendarmerie nationale à l’encontre d’activistes du climat.

  • Un autre Vendée Globe

    Je sais qu'il y a des personnes qui critiquent la course au large du vendée Globe au regard des sommes considérables qui sont dépensées dans ces bateaux.

    On pourrait en parler longtemps.

    Même si je suis admiratif de ces aventuriers du large, il n'en reste pas moins que je m'intéresse à tous ceux et celles pour qui la vie entière est une course qui s'apparente au Vendée Globe : une épreuve redoutable, une aventure quotidienne, de celle qui réclame une force mentale bien plus grande que la force physique. 

    Ici, par exemple :

     

    Il y a d'ailleurs sur le Vendée globe, un marin en situation de handicap. Ses paroles méritent d'être lues:

    Pour la première fois dans l’histoire de la course, parmi les 33 concurrents en lice, il y aura un skipper handicapé. Damien Seguin, né sans main gauche, va partir pour son premier tour du monde. L’aboutissement pour un marin que rien n’arrête, pas même la démesure d’un défi comme le Vendée Globe.

    Article rédigé par

    Jérôme Val - franceinfo

    Radio France

    Publié le 07/11/2020 06:51Mis à jour le 07/11/2020 10:36

     Temps de lecture : 3 min.

    Damien Seguin, né sans main gauche, va partir pour son premier tour du monde. (JÉRÔME VAL / RADIO FRANCE)

    Ce matin-là, à quelques encablures de l’île de Groix, au large de Lorient, un vent plutôt agréable gonfle les voiles du bateau de Damien Seguin. "Ce sont de bonnes conditions pour faire nos derniers tests avant le départ du Vendée Globe, c’est nickel", explique avec un grand sourire le navigateur qui nous embarque à bord de son monocoque blanc et rouge aux couleurs du groupe Apicil. Le bateau file à bonne allure avec des pointes jusqu’à 17 nœuds, soit environ 30 kilomètres à l’heure.

    Depuis une dizaine d’années, Damien Seguin est dans son élément : l’océan, après une carrière dans la voile olympique et deux médailles d’or aux Jeux paralympiques d’Athènes en 2004 et à ceux de Rio en 2016. Pourtant, rien n'a été facile pour le navigateur. En 2005, les organisateurs d’une course lui ont refusé de prendre le départ à cause de son handicap. "On m’a envoyé une lettre recommandée", se rappelle Damien Seguin.

    Ces gens considéraient que je n’étais pas capable de naviguer en bon marin, ce sont les mots qu’ils ont employés. Ça fait mal.

    Damien Seguin 

    à franceinfo

    "Je comprends que des gens puissent se poser des questions sur comment je peux m’adapter sur un bateau avec une main, comment je peux faire des manœuvres, comment je peux assurer ma sécurité et celle des autres, confie Damien Seguin. Je n’ai pas compris la façon dont ils prenaient leurs décisions sans m’avoir vu naviguer, sans être venu discuter avec moi."

    Une seule adaptation sur le bateau

    Sa grande fierté aujourd’hui : être considéré comme un marin à part entière. D’ailleurs, rien ne distingue son bateau de celui de ses concurrents. À un détail près : la colonne de winch, cet élément que l’on surnomme aussi le "moulin à café" et qui permet de régler les voiles et de les lever dans le mât. Un exercice physique très prenant et qui nécessite la force des deux bras. "On a adapté un manchon, détaille le marin en train de s’échiner sur cette colonne. Je mets mon moignon dans le manchon et ça me permet d’utiliser la puissance du bras droit et du bras gauche en même temps". Pour le reste, le bateau n’a pas été aménagé pour lui et comme il aime à le répéter, "c’est plutôt à moi de m’adapter au bateau". 

    Damien Seguin, né sans main gauche, n'a fait qu'une seule adaptation sur son bateau : un manchon pour pouvoir manœuvrer ses voiles. (JÉRÔME VAL / RADIO FRANCE)

    Cette force de caractère qui lui permet d’être au départ de ce tour du monde, c’est ce qui plaît à son compère sur l’eau depuis une décennie, le navigateur Yoann Richomme. "Je suis très fier de lui, assure-t-il. Mener des projets de course au large, ce n’est déjà pas simple à la base. Les mener avec un handicap, ça l’est encore moins. Il a fait preuve de persévérance. Il a réussi à monter ses projets aussi en termes de qualité. J’ai fait trois transatlantiques avec lui. Il n’y a pas un instant où son handicap a posé problème."

    Je n’ai aucun doute qu’il réussira son Vendée Globe.

    Yoann Richomme, skipper 

    à franceinfo

    Adolescent, Damien Seguin rêvait de Route du Rhum, cette traversée de l’Atlantique entre Saint-Malo et la Guadeloupe où il a grandi. Il a disputée cette épreuve mythique à trois reprises en 2010, 2014 et 2018.

    Le voilà désormais face à un défi encore plus fou et il veut saisir cette occasion pour montrer que rien n’est impossible. "Je pense que mon parcours a au moins la valeur de l’exemple, reconnaît ce père de deux enfants. Je vois bien dans les témoignages que je reçois que ça donne une certaine forme d’espoir à des parents qui ont des gamins handicapés. J’ai la chance de faire un sport un peu médiatisé. J’ai la chance d’incarner quelque chose de positif. Tout ça fait partie de mon histoire et cette histoire-là, j’ai envie de l’écrire sur tous les océans du globe et de la partager avec le maximum de personnes", conclut-il. À 41 ans, Damien Seguin prouve qu’il peut jouer dans la même cour que les valides et être sur l’eau meilleur que certains d’entre eux.

    Et pour en savoir plus sur le parcours de Damien Seguin, une biographie vient d’être publiée : "Le défi d’une vie", par Eric Cintas aux Editions Glénat.