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Qu'en est-il de la 5G ?
- Par Thierry LEDRU
- Le 26/09/2020
Un commentaire d'un internaute à la suite de cet article :
"L'intérêt principal des industriels de la 5G est-il ? :
- votre santé
- les dividendes des actionnaires
- l'environnement
Vous avez une minute. Une seule réponse possible."
Des antennes-relais au sommet du mont Aigoual, dans le Massif central, le 13 septembre 2019. (BENJAMIN POLGE / HANS LUCAS / AFP) Il y a comme de la friture sur la ligne. Près de 70 élus, parmi lesquels des nouveaux maires écologistes de grandes villes (Marseille, Bordeaux ou Lyon), ont demandé à Emmanuel Macron et au gouvernement un moratoire sur le déploiement de la 5G. Leur requête, formulée dans Le Journal du dimanche, le 13 septembre, a été balayée d'un revers de la main par Emmanuel Macron dès le lendemain. Le président a assuré que "la France [allait] prendre le tournant de la 5G", ironisant au passage sur ceux qui préféreraient "le modèle amish" et le "retour à la lampe à huile".
Pour appuyer leur revendication, qui reprend l'une des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, les signataires de la tribune avancent pourtant une série d'arguments contre la téléphonie mobile de cinquième génération. Franceinfo les a passés en revue, afin de voir s'ils disent vrai ou "fake", alors que les enchères pour l'attribution des premières fréquences doivent se tenir fin septembre, avec en ligne de mire des offres commerciales d'ici à la fin de l'année.
"Cette décision intervient sans étude d'impact climatique et environnemental" : vrai
Des sénateurs ont conduit une mission d'information sur l'empreinte environnementale du numérique. Au cours de leurs travaux, ils ont entendu début février le président du conseil d'administration de l'Agence de la transition écologique (Ademe), Arnaud Leroy. Celui-ci a réclamé "une étude d'impact environnemental sérieuse sur le déploiement de la 5G". Dans son rapport, rendu fin juin, la mission du Sénat écrit qu'elle "regrette" cette lacune. Elle demande une évaluation "complète", sur l'ensemble de la chaîne technologique (de la fabrication à l'utilisation, des antennes aux smartphones).
S'appuyant sur le Code de l'environnement, le président du Sénat en a fait la demande début mars par courrier au Haut Conseil pour le climat. De son côté, le gouvernement vient, mi-septembre, de confier une mission conjointe à l'Ademe et à l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques des postes et de la distribution de la presse).
Réaliser une telle étude risque toutefois de ne pas être chose aisée. "Il faut disposer de données qui viennent des constructeurs d'équipements et ces données ont été très longues à obtenir. Elles sont arrivées il y a un peu moins d'un an en ce qui concerne la consommation énergétique", relève Hugues Ferreboeuf, directeur de projet au Shift Project, un groupe de réflexion sur la transition énergétique. Frédéric Bordage, fondateur de GreenIT.fr, qui milite pour un numérique plus responsable, voit lui un obstacle plus grand encore : "Aucun pays n'a déployé totalement la 5G avec un parc de terminaux, des contenus disponibles et des usagers qui l'utilisent concrètement."
La 5G est "une nouveauté technologique dont l'utilité reste à démontrer" : à nuancer
Signataire de la tribune, le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, avait fait de son propre aveu "un petit raccourci légèrement provocateur", en affirmant au "Grand Jury" sur LCI début juillet que "grosso modo, la 5G, c'est pour nous permettre de regarder des films pornos, même quand vous êtes dans votre ascenseur, en HD". Cette vision est toutefois réductrice.
La promesse technologique de la 5G est celle d'une téléphonie mobile avec "un meilleur débit" et "plus de capacité", permettant d'échanger "une quantité beaucoup plus importante de données", résume l'Arcep. "L'industrie va s'appuyer sur ces très hauts débits pour proposer de nouveaux usages, de nouvelles expériences", assure Frédéric Bordage.
"Les utilisateurs vont pouvoir regarder une vidéo en très haute définition en déplacement, en se servant de leur smartphone comme d'une box", illustre l'expert. "On pourra évoluer vers des jeux vidéo en très haute définition, en réalité virtuelle et en streaming", ajoute Hugues Ferreboeuf.
Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms et secrétaire général du groupe Orange, imagine des villes intelligentes.
Avec la 5G, vous pourrez avoir des réseaux d'éclairage public qui vont s'allumer s'il y a des besoins, s'il y a des voitures ou des gens qui passent.Nicolas Guérin, président de la Fédération française des télécoms
"Vous pouvez rendre vos poubelles intelligentes. Vous pouvez constater leur taux de remplissage et mieux organiser vos tournées de ramassage", indique encore Nicolas Guérin.
L'Arcep liste d'autres applications possibles : l'agriculture connectée, les robots industriels, les navettes autonomes, la gestion du trafic automobile, la télémédecine...
"Son déploiement en France aboutira à un 'effet rebond' (...) synonyme d'une très forte consommation d'énergie" : vrai
C'est l'une des inquiétudes des élus qui ont signé cette tribune : la 5G "est conçue pour permettre des débits dix fois supérieurs à la 4G sur les smartphones". De quoi entrainer une forte consommaton d'énergie. "Les antennes 5G consomment trois fois plus d'électricité que les antennes 4G, mais produisent 15 fois plus de débit, donc à débit constant elles sont 5 fois plus efficaces énergétiquement aujourd'hui et, d'ici cinq ans, dix fois plus efficaces énergétiquement", oppose Nicolas Guérin.
Mais ce calcul de l'efficacité énergétique à usage constant est biaisé. Olivier Roussat, le président-directeur général de Bouygues Telecom, l'a lui-même exposé, lors de son audition devant le Sénat début juin. "La 5G permet, lorsque l'on transporte des données, de le faire avec moins d'énergie. En revanche, elle augmente considérablement les débits et permet donc un usage beaucoup plus important, donc de transporter davantage de données, ce qui est beaucoup plus consommateur. Il est donc erroné d'affirmer que la 5G permettra des efforts en matière d'énergie. Après la première année de déploiement, la consommation énergétique de tous les opérateurs affichera une augmentation importante."
Cet effet rebond se produira, c'est tout à fait certain. Il est complètement consubstantiel au fonctionnement de l'écosystème numérique depuis 15 ans.Hugues Ferrebœuf, directeur de projet au Shift Project
"Au lieu de regarder des vidéos en SD ou en HD sur son smartphone, on va les regarder en 4K ou en 8K, illustre Hugues Ferrebœuf. Et à chaque fois qu'on change de standard de qualité, on multiplie par trois le volume de données qu'on utilise." L'expert en veut pour preuve le cas sud-coréen, où le déploiement de la 5G est déjà bien avancé. "En Corée du Sud, un opérateur a constaté que ses clients 4G, en passant à la 5G, multipliaient par trois le volume de données qu'ils consommaient sur le réseau en quelques semaines."
La 5G va entraîner "un renouvellement d'une large part du matériel, augmentant encore l'empreinte écologique" : vrai
"Le déploiement de la 5G va exponentiellement accélérer l'exploitation de ressources naturelles non renouvelables, la pollution due à l'extraction des métaux rares, et la génération de quantité de déchet pas ou peu recyclable", craignent les signataires de la tribune. En cause notamment : la conception d’appareils adaptés à la nouvelle technologie.
Tout comme il a fallu acheter un portable compatible pour bénéficier de la 4G, il faudra faire l'acquisition d'un smartphone équipé d'une puce 5G pour se connecter au nouveau réseau.
Quand on accélère l'obsolescence des smartphones 3G ou 4G en déployant la 5G, on augmente significativement ses impacts environnementaux.Hugues Ferrebœuf
A l'heure actuelle, la fabrication des smartphones, tablettes et autres objets connectés représente 47% de la pollution générée par le numérique, loin devant le réseau (28%) et les centres de données (25%), évalue l'Ademe dans une analyse de novembre 2019. Pour produire un appareil électronique, il faut entre 50 et 350 fois son poids en matières premières, soit 800 kilos pour un ordinateur portable. Un smartphone contient 70 matériaux différents, dont quelque 50 métaux, qu'il faut extraire au prix d'une forte pollution, chiffre l'Ademe dans une autre étude. Le numérique est responsable d'environ 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre à la surface du globe. Cette empreinte carbone pourrait même doubler d'ici à 2025, compte tenu de l'augmentation des usages.
Trois Français sur quatre ayant actuellement un smartphone, selon l'Ademe, même si tous ne passent pas à la 5G dans l'immédiat, "des dizaines de millions" d'appareils seront malgré tout mis au rebut, estime Frédéric Bordage. Bien que le président de la Fédération française des télécoms mette l'accent sur les efforts des acteurs du secteur en matière de recyclage, l'Ademe évalue à 15% seulement le nombre d'appareils collectés. En outre, la complexité des alliages rend leur réutilisation compliquée. En faisant naître de nouveaux usages, la 5G va accélérer ce phénomène, redoute Frédéric Bordage. "Cet effet rebond est certainement la source d'impacts environnementaux dont on doit avoir le plus peur."
Cependant, pour Numerama, il n'est pas dit que la 5G précipite ce renouvellement du parc. Les Français changent déjà de téléphone tous les deux ans en moyenne et 88% le font alors que leur appareil fonctionne encore, pointe l'Ademe. Leur prochain changement de smartphone pourrait donc tout simplement coïncider avec l'arrivée des offres 5G. Les sites spécialisés invitent d'ailleurs les consommateurs à ne pas se précipiter sur les nouveaux smartphones 5G, tant que le réseau n'est pas pleinement déployé.
La 5G "aboutira à une hausse du niveau d'exposition de la population aux ondes" : vrai
"Il y aura forcément une exposition plus importante, puisqu'on va exploiter des bandes de fréquences supplémentaires", commente Hugues Ferrebœuf. Deux nouvelles bandes vont en effet être ouvertes pour la 5G : celle des 3,5 GHz dans un premier temps, puis celle de 26 GHz. Reste à savoir quelles seront les conséquences pour la santé.
Une évaluation spécifique sur les effets en la matière a été demandée à l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), qui a rendu un rapport préliminaire (PDF) en octobre 2019. L'Anses y constate "un manque important voire une absence de données relatives aux effets biologiques et sanitaires potentiels" d'une exposition aux fréquences 5G. L'expertise finale, attendue au premier semestre 2021, après le lancement des offres commerciales, doit indiquer si les connaissances actuelles peuvent être extrapolées à cette nouvelle technologie.
En attendant, le gouvernement a confié en juillet à quatre administrations une mission portant notamment sur cet enjeu de santé publique. Celles-ci ont passé en revue les dizaines de milliers d'études parues dans le monde sur les radiofréquences et les milliers menées sur la téléphonie mobile.
Elles ont rendu leur rapport en septembre, précisant qu'"il n’existe pas, selon le consensus des agences sanitaires nationales et internationales, d’effets néfastes avérés à court terme" des ondes sur la santé, lorsque les valeurs limites d'exposition recommandées ne sont pas dépassées. Les effets à long terme sont "difficiles à mettre en évidence" et "à ce stade, pour l'essentiel, non avérés". Ils font toujours l'objet de débats au sein de la communauté scientifique.
"La réglementation actuelle est basée sur les phénomènes d'échauffement et elle nous protège des effets thermiques", assure Yves Le Dréan, membre de l'Institut de recherche en santé, environnement et travail à Rennes. "Même si vous avez un appareil qui émet au maximum de la norme, on va mesurer un échauffement de quelques dixièmes de degrés au niveau de la peau. Mais on est très loin d'un effet thermique. L'énergie de ces ondes ne sera pas suffisante pour provoquer des dommages cellulaires", souligne l'expert.
"L'arrivée de la 5G risque surtout d'aggraver les fractures numériques existantes" : à nuancer
Les habitants des grandes villes seront les premiers à bénéficier de la 5G et ceux des campagnes risquent d'attendre longtemps. Les acteurs du secteur n'en font pas mystère. "Les opérateurs ont tout intérêt à l'installer dans les zones urbaines", a reconnu le PDG de Bouygues Telecom devant les sénateurs. "Les opérateurs télécoms lancent en général leurs services dans les zones où la clientèle est la plus importante, en pratique les zones les plus habitées", explique l'Arcep. C'est là où ils ont déjà bâti un réseau dense d'antennes 4G, sur lesquelles ils pourront ajouter des émetteurs 5G.
Pour éviter que la 5G n'augmente la fracture numérique, il faut compléter la couverture 4G afin que 99% du territoire y ait accès dans des conditions d'efficacité satisfaisantes. Il est aussi nécessaire que la couverture assurée par la 5G soit la même qu'en 4G.Hugues Ferrebœufà franceinfo
En échange de l'attribution des nouvelles fréquences, le gouvernement a fixé des obligations aux opérateurs en matière de couverture. Au moins 25% des sites 5G devront se situer en zone industrielle ou rurale. La 4G doit également être renforcée sur tout le territoire, rappelle l'Arcep. Dans le cadre de ce "new deal mobile", les zones rurales sont prioritaires pour la construction des nouveaux relais. Les opérateurs devront aussi offrir la 4G+, c'est-à-dire un débit quatre fois plus élevé que le débit obligatoire actuel de la 4G. "Les zones blanches vont être résorbées quoi qu'il se passe sur la 5G", promet le patron de la Fédération française des télécoms.
"Le déploiement massif d'objets connectés allant de pair avec la 5G participe de l'accaparement de données personnelles" : possible
La 5G et surtout la multiplication annoncée des objets connectés pourront entraîner plus de transmissions de données sur internet, expose l'Arcep. Le risque est donc accru de voir des informations personnelles être captées par les entreprises du secteur, mais aussi par les pirates informatiques.
Ce risque est d'autant plus réel qu'il est à la base du modèle économique des acteurs dominants du secteur du numérique.Hugues Ferrebœufà franceinfo
Les enceintes connectées et les assistants vocaux ont déjà fait parler d'eux non seulement parce qu'ils enregistraient leurs propriétaires à leur insu, mais aussi parce que Google, Amazon ou Apple avaient recours à des oreilles humaines pour écouter les fichiers audio de leurs propriétaires, comme l'a révélé Bloomberg fin 2019.
Ces objets peuvent aussi être vulnérables. En août, Amazon a ainsi corrigé une importante faille de sécurité de son assistant vocal Alexa. Celle-ci permettait d'accéder aux informations personnelles de ses utilisateurs (adresses, numéros de téléphone, historique des données bancaires).
Il existe toutefois un garde-fou. Le Règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD) européen est censé encadrer la manière dont les géants du numérique gèrent les informations dont ils disposent sur leurs utilisateurs.
La dernière phrase de l'article m'a bien fait rire...Je rappelle à ceux qui l'ignoreraient que nos conversations sont analysées par l'entremise des smartphones et cela a des fins de ciblage publicitaire :

https://www.cnetfrance.fr/news/mythe-ou-realite-votre-telephone-vous-espionne-t-il-vraiment-39896041.htm
Il vous est probablement déjà arrivé d’actionner Google Assistant ou Siri sans le faire exprès. D'après ma propre expérience, l’assistant de Google se lance (trop) souvent quand ce n'est pas souhaité, au moins une fois par jour. Il me répond quelque chose, à côté de la plaque forcément, mais le problème n’est pas là : au fond, le fait que mon smartphone réagisse dès que je dis « OK », signifie que ce dernier est perpétuellement en « veille », guettant des mots-clés bien précis.
Il vous est aussi, peut-être, déjà arrivé de discuter avec des amis d’un sujet anodin (exemple, un projet de voyage au Mexique), puis de découvrir quelques heures plus tard, en surfant sur le web avec votre smartphone, des publicités liées à vos conversations passées (une pub pour le Mexique). Coïncidence ? Nos smartphones nous « surveilleraient »-ils ?
« Écoutes clandestines » contre fantasmes
En 2018, un consultant en cybersécurité canadien expliquait à Vice qu’outre les assistants personnels, des applications tierces auraient aussi accès aux données captées par nos micros.
« De temps à autre, des extraits audio sont envoyés aux serveurs (comme ceux de Facebook), mais, officiellement, on ne sait pas quels en sont les déclencheurs. Ça peut être le moment, le lieu ou l’utilisation de certaines fonctions. Les applications ont l’autorisation d’utiliser le microphone et s’en servent occasionnellement. Toutes les applications locales cryptent les données qu’elles transmettent à leurs serveurs, il est donc très difficile de déterminer quel est exactement le déclencheur », indiquait-il et la rumeur était née.
Des médias américains, comme Forbes, se sont ainsi fait l’écho « d’écoutes clandestines » prétendument menées par Facebook, en relayant par exemple une tribune de la société d'études de marché américaine Forrester qui rapportait qu'au moins 20 de ses propres employés avaient vécu le phénomène des publicités étrangement liées à des conversations anodines.
Pour que de telles publicités ciblées, basées sur nos conversations existent, il faudrait qu’une entreprise (Facebook, Google, Apple, par exemple), soit techniquement capable d’activer votre micro, de capter du contenu audio, de l’analyser, puis d’envoyer des informations tirées de ces analyses à des clients annonceurs.
Des démentis en bloc
Évidemment, les géants du Web démentent avoir jamais eu pour objectif de nous écouter et de nous enregistrer, afin de partager tout cela avec des publicitaires. « Nous n’avons jamais utilisé les microphones des téléphones pour influencer la publicité et le fil d’actualités », explique par exemple Facebook. Son fondateur, Mark Zuckerberg, est allé jusqu’à combattre « la rumeur » devant le Congrès américain en 2018.
Si comme le font valoir certains commentateurs, notamment des blogueurs et des chercheurs, le risque d’un bad buzz est « trop grand » et empêcherait naturellement les entreprises privées de « cibler leurs publicités en fonction de conversations écoutées », une chose est certaine : ces rumeurs ne viennent pas de nulle part. Ainsi, nos appareils mobiles sont bel et bien capable de capter des sons et de nous enregistrer, même quand ils sont en veille, grâce à des micros intégrés.
Un journaliste de France Info expliquait par exemple en juin 2019 avoir découvert, après avoir téléchargé tout ce que Google avait collecté sur lui, que l’entreprise avait enregistré plus de 700 sons, pendant au moins 2 ans, afin de « reconnaître le son de sa voix » et d'améliorer la reconnaissance vocale de ses produits.
Une simple coïncidence ?
Nos micros peuvent très bien s’activer seuls. Sans que nous le voulions, vraiment ? Normalement, pour qu’une application ait accès aux micros de votre smartphone Android ou iOS, vous devez l’accepter au moment de l’installation. Mais sachant que seuls 7% des internautes français lisent attentivement les conditions d’utilisation, il est permis de douter de l’accord « éclairé » de la majorité des utilisateurs.
Rassurez-vous, tout de même : les fabricants de smartphones tentent de verrouiller au maximum les systèmes d’exploitation (OS) pour éviter que les utilisateurs ne se méfient trop d’eux. Google, par exemple, bloque l’accès à la caméra et au micro pour toute application tournant en arrière-plan. Mais ces fonctionnalités, « No camera for idle uids » et « Don't record audio if UID is idle », n’existent que depuis Android Pie 9. Or, combien d’utilisateurs continuent d’utiliser des smartphones « anciens », pas mis à jour, avec d’anciennes versions d’Android ?
De l'espionnage, vraiment ?
Sur le sujet d’un possible « espionnage » audio de nos smartphones, les chercheurs sont divisés. En septembre 2019, l’entreprise de sécurité informatique britannique Wandera a réalisé des tests sur un iPhone et un Samsung Galaxy : dans une « salle de test audio », ils ont diffusé des enregistrements de conversation portant sur de la nourriture pour animaux, en boucle.
Résultat : « nous n'avons rien trouvé qui suggère que nos téléphones activent le microphone ou transfèrent des données en réponse aux sons. La consommation de données et la consommation de la batterie ont été minimes et, dans la plupart des cas, il n'y a pas eu de changement du tout. Nous n'avons pas vu de publicité d'aliments pour animaux de compagnie passer sur nos écrans après les tests ».
En outre, Wandera a analysé la consommation de données des assistants virtuels (Siri, Google Assistant) : « les volumes des données de nos tests sont beaucoup plus faibles que celles des assistants sur une période de 30 minutes, ce qui suggère que l'enregistrement constant des conversations et le téléchargement dans le cloud ne se produit sur aucune de ces applications testées. Si c'était le cas, on s'attendrait à ce que l'utilisation des données soit aussi élevée que la consommation de données des assistants virtuels. »
D'autres solutions pour pister les utilisateurs
L’entreprise de cybersécurité rappelle en outre que les annonceurs « n'ont pas besoin d'écouter nos conversations, parce qu'ils ont d'autres moyens astucieux pour pister les utilisateurs. Les données de localisation, le comportement de navigation, les adresses IP, les cookies et les profils de médias sociaux fournissent suffisamment d'informations pour prédire ce que vous voudrez acheter ».
Et s’il ne s’agissait que d’une coïncidence, finalement ? Si des publicités viennent vous parler de sujets que vous venez d’aborder avec vos amis, par exemple un voyage au Mexique, c’est peut-être parce que vous avez visité des sites qui ont fait naître en vous l’idée inconsciente de partir en voyage en Amérique latine, et que ces visites en ligne ont « guidé » les algorithmes de Facebook ou Google de la même façon. Ou peut-être, aussi, que les voyages au Mexique sont à la mode en France. Ou encore que vos propres amis ont effectué des recherches sur le Mexique peu de temps après avoir discuté avec vous, et que les algorithmes ont fait le lien.
Techniquement, c’est possible
Mais au-delà des théories du complot, d’autres scientifiques ont mené leurs propres tests, et viennent contredire ceux menés par les experts de compagnies de cybersécurité telles que Wandera. En Allemagne, deux chercheurs en IA et en réseaux de l’Université Technique de Berlin ont réalisé une véritable enquête, compilant des recherches antérieures et menant leurs propres expérimentations, afin d’étudier « la faisabilité de l'écoute des smartphones ».
Dans leur étude, dévoilée en juillet 2019 lors de l’IFIP (International Federation for Information Processing - Fédération internationale du traitement de l’information), en Caroline du Sud, ils « remettent en question l’hypothèse répandue selon laquelle les craintes d’espionnage sont infondées ».
Ainsi, écrivent-ils, « tout en confirmant l'absence de preuves empiriques confirmant les soupçons d’entreprise écoutant secrètement leurs utilisateurs à des fins publicitaires, nous ne pouvons exclure la possibilité que des attaques sophistiquées d'écoute clandestine à grande échelle soient couronnées de succès et ne soient pas détectées. En tenant compte des mécanismes de contrôle d'accès existants, des méthodes de détection et d'autres aspects techniques, nous soulignons les vulnérabilités et les lacunes de la recherche qui subsistent ».
Le rôle des "bibliothèques logicielles"
Les chercheurs berlinois remarquent notamment que pour « inclure des fonctions d’analyse et de publicité » dans leurs applis, nombre de développeurs utilisent des codes écrits par d’autres sociétés, dans des « bibliothèques logicielles ». Ces bibliothèques tierces « partagent des permissions multimédias, comme l'accès au microphone, avec leur application hôte correspondante et bénéficient souvent d'un accès direct à Internet ».
Mais outre le fait qu’elles sont facilement privilégiées par les développeurs, « il est problématique de constater que ces derniers ont souvent une compréhension limitée ou nulle du code de la bibliothèque utilisée, qui peut également être modifié de façon dynamique au moment de son exécution », notent-ils. Ainsi, non seulement les utilisateurs, mais aussi les développeurs d'applications eux-mêmes peuvent ne pas être au courant de potentielles fuites en matière de protection de la vie privée, fondées sur l'abus des permissions accordées.
Un problème, des vulnérabilités
Une vulnérabilité récemment mise à jour par la société de sécurité Checkmarx illustre bien ce dernier problème. Une faille d’Android permettait ainsi d’espionner les utilisateurs via la caméra et le microphone de leur smartphone, et était exploitable via des applications « vérolées », sans qu’il y ait besoin de demander l’autorisation des utilisateurs (donc à leur insu). Google semble avoir corrigé la faille, mais combien d’autres vulnérabilités similaires n’ont pas encore été découvertes ?
Techniquement, tout semble donc possible. « Le fait qu'aucune preuve d'écoute clandestine mobile à grande échelle n'ait été trouvée jusqu'à présent ne doit pas être interprété comme une évidence générale. Cela pourrait seulement signifier qu'il est difficile, voire impossible, dans les circonstances actuelles, de détecter efficacement de telles attaques », notent les chercheurs de l’Université Technique de Berlin.
En outre, ils constatent aussi que les fabricants tels qu’Apple et Google eux-mêmes pourraient fort bien être capable d’espionner leurs utilisateurs. Mais leurs OS étant « opaques » (même dans le cas d’Android, qui est basé sur un code open source, mais dont plusieurs applications et composants systèmes propriétaires sont fermés), « il n'y a aucune raison de supposer que les OS s'abstiennent d'utiliser des techniques sophistiquées d'obscurcissement pour dissimuler leurs pratiques de collecte de données ».
« Faisabilité technique » contre « faisabilité économique »
Concernant la « faisabilité économique » de telles pratiques, l’étude explique que les données collectées étant surtout susceptibles d’être analysées « hors contexte », difficile donc à priori pour des annonceurs d’en tirer une grande valeur.
De son côté, Wandera estime que l'enregistrement audio n’est pas le meilleur moyen pour recueillir des informations, car la retranscription de sons en textes pour analyse nécessiterait de très importantes capacités de calcul, surtout dans le cas d’une utilisation à grande échelle, et de gros progrès en matière d’IA (pour l’instant, la reconnaissance vocale n’est pas encore totalement au point). L’entreprise de sécurité note tout de même que si de telles pratiques se développaient, ce serait probablement sous forme de hackers parrainés par des États, dont la mission serait de pêcher des “poissons plus gros que les consommateurs moyens”.
La pub ciblée, le nerf de la guerre
Mais selon les chercheurs allemands de l’Université Technique de Berlin, « on peut généralement supposer que les conversations privées contiennent beaucoup d'informations précieuses pour le profilage, surtout lorsque les personnes discutant entre elles expriment leur intérêt pour certains produits ou services. Il convient également de mentionner que certaines des plus grandes entreprises du monde tirent une part importante de leurs revenus de la publicité - pour Google et Facebook, cette part s'élevait à 85 % et 98 % en 2018. Il ne fait aucun doute que les données des capteurs des smartphones peuvent être très utiles à cette fin ».
Enfin, même s'il ne serait logiquement pas dans l’intérêt des GAFA de capter vos conversations à votre insu, au risque de salir leur image en cas de scandale, ceux-ci n’ont pas toujours un contrôle total sur ce que font les développeurs d’applis.
Diverses possibilités d'écouter
Mais finalement, toujours sur un plan technique, il pourrait être possible de nous écouter sans jamais actionner les micros de nos smartphones. Les détecteurs de mouvement et « l’accéléromètre » de votre appareil, qui permettent à la base à certaines applis (de bien-être, ou encore de cartographie) d’orienter votre écran, de compter vos pas et de mesurer votre vitesse de déplacement, ou encore de détecter si vous êtes en voiture ou à pied, sont de plus en plus utilisés pour nous envoyer des pubs ciblées en fonction de notre géolocalisation et de nos mouvements.
Mais selon des chercheurs de l’université de Stanford et de Rafael Advanced Defense Systems, l'autorité israélienne pour le développement d'armes et de technologie militaire, ces « gyroscopes » peuvent aussi permettre de « reconstruire » des conversations en captant les vibrations de nos voix, puis en utilisant des algorithmes suffisamment sophistiqués. Des pirates informatiques pourraient ainsi aisément développer des programmes pour détourner l’accéléromètre, et nous espionner en « réassemblant » des signaux vocaux.
Si ce n’est donc pas nécessairement parce que votre micro est ouvert que vous risquez d’être écouté, ce n’est pas non plus parce qu’il est éteint et « bloqué » que votre smartphone ne demeure pas un mouchard potentiellement à l’écoute.
Mais s’il est possible, techniquement, de nous « écouter », tout dépend finalement de l’attitude des géants du Web, des développeurs et des fabricants. Pour que leurs pratiques demeurent éthiques, à nous, utilisateurs, de continuer à faire entendre nos voix. Sans les laisser nous échapper.
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Macron, la 5G et les Amish
- Par Thierry LEDRU
- Le 26/09/2020
Plus rien ne m'étonne venant de lui.
Qu'il soit méprisant pour tout ce qui ne correspond pas à sa vision du monde est une banalité dont tout le monde à conscience.
Qu'il ignore même les alertes lancées par divers scientifiques à travers le monde et qu'il les assimile donc à une population Amish qui pour lui vivent toujours à l'âge de pierre ne le trouble pas un seul instant. Il englobe tous ceux qui n'ont pas sa vision comme des arriérés incurables, bas peuple ou scientifiques de renom. Peu importe. Lui a raison.
Personnellement, je vois ce mépris du monde scientifique équivalent à celui que connaissent depuis plus de quarante ans les climatologues. Ou les épidémiologistes qui parlaient de l'émergence de zoonoses et des risques que l'humanité prenait.
On voit bien où ça nous a mené.
AFP
“Oui la France va prendre le tournant de la 5G” a annoncé Emmanuel Macron le 14 septembre 2020 à l'Elysée devant des entreprises du numérique, en ironisant sur ceux qui préfèreraient “le modèle Amish” et le “retour à la lampe à huile”. La chemise sans cravate façon start-upper, les mains écartées sur son pupitre et le corps en avant comme le télévangéliste néolibéral qu’il a été en 2017, le président de la République s’apprête, devant un public conquis d’avance, à écraser une fois plus de son mépris celles et ceux qui n’embrassent pas avec enthousiasme les dessins que la classe bourgeoise conçoit pour les autres. Le lancement de la 5G est une étape essentielle pour toute une fraction de la classe dirigeante, une étape historique qui ne répond à aucune autre nécessité que celle d’offrir aux entreprises des télécommunications et à leurs actionnaires un relais de croissance.
Le petit parterre de chefs d’entreprise a-t-il été soulagé par la réaction du président face à l’opposition croissante au développement de la 5G dans le pays? Ou s’y attendaient-ils déjà? Certainement. Mais la sortie du chef de l’Etat a dû les ravir: non seulement elle valide la fuite en avant nommée 5G, et toutes les retombées financières qu’elle charrie, mais en plus elle apporte une charmante justification idéologique à de ce qui n’est finalement qu’un vulgaire business plan dépourvu de toute considération sociale, sanitaire et écologique, car c’est ainsi que fonctionne le capitalisme, n’en déplaise à ses chargés de communication.
Une charmante justification idéologique à ce qui n’est finalement qu’un business plan dépourvu de toute considération sociale.
Emmanuel Macron est venu rendre à ce relais de croissance (de dividendes) ce supplément d’âme qui manque tant aux développeurs de la 5G. Et si l’on a principalement retenu de sa sortie la référence drôle et exotique aux Amish –communauté nord-américaine dont on n’avait plus parlé en France depuis la sortie du thriller de Night Shyamalan en 2004– ce n’est pas le plus révélateur dans son propos.
Macron est entre amis: les patrons de la French Tech ont massivement donné pour sa campagne de 2017, notamment lors de petits-déjeuners à Londres organisés par Albin Serviant, tête de pont du réseau londonien du patronat français des télécommunications. Il se sent soutenu, aimé, admiré, et c’est avec emphase qu’il aborde le sujet de la 5G: “La France va prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation” commence-t-il d’un ton résolu.
Qu’importe s’il claque le bec de sa Convention Citoyenne pour le Climat, sa réponse “démocratique” à la crise des gilets jaunes, des citoyens tirés au sort pour donner des préconisations écologiques suite au fiasco de la taxation du carburant et qui avait réclamé, à la fin de ses travaux en juin dernier, “un moratoire sur la mise en place de la 5G”.
Car l’Histoire n’attend pas. Le président, qui arbore le bronzage des gagnants de la mondialisation et le sens des certitudes écologiques de quelqu’un qui s’est éclaté en jet ski, n’a que faire de ces jérémiades: pour lui, tournant de la 5G=tournant de l’innovation donc il faut y aller. Pas de débat possible. Pourtant, dans toute l’histoire du débat économique, le terme d’“innovation” n’a jamais induit la fin de la discussion car c’est un terme lui-même sujet à débat: il y a une définition purement économique, introduite par Joseph Schumpeter au début du 20e siècle, qui revient à caractériser une nouveauté qui peut sortir le capitalisme d’une stagnation à venir –c’est le cas de la 5G, c’est vrai. Mais il y a aussi une définition sociale, qui est plus qualitative, et qui nomme innovation une nouveauté qui répond à un besoin et présente une amélioration. Par exemple, le jet ski pour tous les plagistes amateurs de sensations fortes et de je m’enfoutisme écologique.
Or, dans une enquête récente sur les consommateurs européens, Le Monde concluait que “L’utilité du réseau de téléphonie de nouvelle génération ne semble pas évidente aux yeux des consommateurs des pays où il est déjà disponible. Ils n’y voient pour le moment aucun usage nouveau ou indispensable.” Ce n’est pas le cas de Stéphane Richard, le PDG d’Orange, qui a déjà annoncé que les forfaits 5G seront forcément un peu plus chers, et qu’il faudra changer de smartphone. Lui et ses actionnaires ont donc besoin de la 5G, mais les consommateurs? Rien n’est moins sûr.
Le président, qui arbore le sens des certitudes écologiques de quelqu’un qui s’est éclaté en jet ski, n’en a que faire: pour lui, 5G = innovation. Pas de débat.
Macron est bien conscient que le monde n’est pas composé de PDG d’Orange et de jeunes cadres enchantés par la perspective de pouvoir commander du Uber Eat plus vite que leur ombre, livrés par des jeunes précaires que le moindre accident de la route ruinera plus vite que l’éclair. Aussi a-t-il décoché sa seconde flèche avec une particulière délectation: “Et j’entends beaucoup de voix qui s’élèvent, poursuit-il d’un ton navré, pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile: je ne crois pas au modèle Amish.”
Avant de parler des Amish, notons que le président introduit l’un des concepts favoris de la classe dominante sûre de son bon droit: la “complexité du monde contemporain”. Ce lieu commun selon lequel on vivrait dans un monde “de plus en plus complexe”, sous-entendu “de plus en plus difficile à comprendre”, c’est-à-dire en fait “impossible à saisir pour le Français moyen”. Bref, laissez faire les pros, que “jojo le gilet jaune” rentre chez lui.
Le monde est-il vraiment “de plus en plus complexe”? Il faudrait demander à un historien si l’Europe des guerres de religions, du commerce triangulaire et de la colonisation du monde pouvait s’appréhender avec un simple petit schéma. Toujours est-il que Macron dit à ses semblables, assemblés devant lui, qu’eux et lui savent bien que dans ce monde “complexe” la 5G a son rôle, alors que les demeurés qui pensent que le monde est binaire et basique pensent qu’elle est inutile voire nocive. Bref, ils veulent revenir à la “lampe à huile”. Ils veulent le Moyen Age. Ils veulent vivre dans une communauté Amish. Alors qu’on peut s’éclater en jet ski. Navrant.
Depuis plus de trente ans, c’est l’argument le plus vendeur du capitalisme néolibéral: c’est nous ou le chaos / L’URSS / La Corée du Nord. Avec la montée des aspirations écologistes, nouveau pan de la critique du capitalisme, le thème varie: la seule alternative au productivisme serait désormais le retour à la bougie, les pulls qui grattent et donc la lampe à huile.
Bien entendu, si le Président de la République avait eu face à lui des contradicteurs, il aurait été forcé d’être un peu plus sérieux. Car, on l’a vu, sa sortie n’est qu’un tissu de mensonges, d’exagérations et de caricatures mais qui prend les atours de la raison, du bon sens et de la vérité scientifique. C’est ce qu’on appelle une idéologie: une vision du monde sans grand rapport avec la réalité sensible et qui demeure en surplomb de celle-ci afin de préserver et d’étendre les intérêts d’un groupe. La classe bourgeoise se nourrit par exemple d’un ensemble de mots (“innovation”, “collaborateurs”, “complexité”…) et de mythes (“les riches ont pris des risques”, “le capitalisme peut être éthique” etc…) qui n’ont aucun lien avec la réalité vécue mais qui sont régulièrement utilisés par des journalistes, artistes et politiques qui, par aplomb et répétition, rendent crédibles et naturels ces mensonges.
L'argument le plus vendeur du capitalisme néolibéral, c’est nous ou le chaos/l’URSS/la Corée du Nord. Avec la montée de l'écologie, le thème varie: c'est le productivisme ou la bougie.
Macron a cette fonction, en plus de celle d’appliquer des politiques favorables aux intérêts des plus riches: déployer son talent et son “aura” présidentielle pour masquer la réalité des rapports sociaux, des enjeux climatiques, de la violence sociale derrière un discours mensonger mais convainquant par imprégnation.
“Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler” déclarait-il sans complexe à des passants en 2016, véhiculant le mythe selon lequel on obtient argent et prestige par un simple travail acharné –et l’idée selon laquelle porter un costard est quelque chose de désirable. “Je traverse la rue et je vous en trouve” avait-il déclaré à un jeune chômeur en 2018, validant le mythe selon lequel le chômage est d’abord lié au manque de volonté –et non au manque d’emploi.
La sortie sur les Amish n’est donc que la poursuite d’une mission idéologique qui passe par l’ironie et le mépris car Macron est un idéologue d’un genre particulier, en parfaite cohérence avec la violence sociale de son époque. Il n’est ni un orateur ni un pédagogue, il est un provocateur: mettant les rieurs de son côté, il défend sans complexe la classe sociale qui l’a porté aux nues en 2017, et qui demeure sa base électorale la plus fidèle. Il leur a offert la fin de l’ISF, les ordonnances travail et il leur servira la 5G sur un plateau d’argent, l’humour et le mépris en cadeau.
LE PASSAGER CLANDESTIN
“La guerre des mots, combattre le discours politico-médiatique de la bourgeoisie” de Nicolas Framont et Selim Derkaoui, à paraître le 22 octobre, en savoir plus ici
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"Derrière nos écrans de fumée"
- Par Thierry LEDRU
- Le 26/09/2020
"Jamais, dans l'histoire, il n'y a eu cinquante concepteurs prenant des décisions ayant un impact sur deux milliards de personnes."
Tristan Harris, éthicien, ancien cadre chez Google
Cette phrase est effectivement effrayante. Il est si facile d'accuser un tel d'être un dictateur dans son pays. C'est peut-être vrai mais si on observe la puissance des algorithmes et leur influence sur les populations du monde entier, ne doit-on pas se poser la question de cette forme de puissance. Une puissance qui ne dit pas son mom mais qui oeuvre véritablement à son propre pouvoir. Tout comme le fait n'importe quel dictateur. Quels qu'en soient les effets sur la population. Maintenant, il est clair, comme le fait l'auteur de l'article, qu'on doit s'interroger sur les intentions des concepteurs de ce documentaire qui encourage les spectateurs à le diffuser sur les réseaux sociaux. On sait combien les dictateurs sont parfois remarquablement doués pour s'attirer l'adhésion des peuples en dénonçant des maux dont ils sont eux-mêmes les concepteurs. Il n'est qu'à constater d'ailleurs que le documentaire ne propose clairement pas de solutions à ce constat. C'est très représentatif des fonctionnements des médias de toutes sortes : la dénonciation, la mise en avant des problèmes, la recherche de coupables, les projections alarmistes. Mais rien de concret quand il s'agit de concevoir une autre voie.
Le monde politique est très doué pour dénoncer les défauts de leurs adversaires et pour proposer des solutions. Les politiciens sont tout autant doués pour ne pas les appliquer quand ils ont pris le pouvoir.
Il ne faut pas davantage attendre de propositions des réseaux sociaux puisqu'ils sont aux mains de gens qui n'ont aucunement l'intention que ce monde consumériste change. Dénoncer les fonctionnements pervers de ce monde n'est juste qu'un moyen d'augmenter les revenus.
Et moi alors ? Pourquoi est-ce que je ne propose rien puisque je ne fais que dénoncer un fonctionnement que je considère comme néfaste ? Et qu'en plus, j'use des réseaux sociaux pour dénoncer leurs dérives...
Mais moi, je ne suis rien. Et je ne demande rien de plus.
Les solutions que je connais, je me les applique. C'est à chacun, en son âme et conscience, de chercher sa voie.
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Disponible sur Netflix depuis le 9 septembre, le documentaire "Derrière nos écrans de fumée" est une violente diatribe contre les géants de la Silicon Valley, accusés de mener l'humanité à sa perte. (JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO) Ils sont ainsi une quinzaine à se relayer pour décrypter le modèle économique de Facebook, Twitter, Instagram, YouTube, Google et tant d'autres. L'objectif : alerter sur les effets de la dépendance aux smartphones, qu'ils comparent à une "tétine numérique". Rien de nouveau. Sauf que cette fois, le message est porté par d'anciens cadres dirigeants, ingénieurs ou fondateurs de ces services, qui semblent lancer un cri d'alarme, dans ce documentaire choc, qui soulève beaucoup de problèmes, sans toutefois apporter de solution.
Un format efficace
La particularité de ce film réalisé et coécrit par l'Américain Jeff Orlowski, déjà aux manettes de documentaires sur le changement climatique, est d'entrecroiser ces interviews avec une fiction mettant en scène une famille ordinaire. Tous plus ou moins dépendants à leur téléphone, les membres de la famille ne communiquent presque plus entre eux. La benjamine, complexée après avoir reçu un commentaire sur son physique, souffre d'un problème d'estime de soi. L'aîné succombe peu à peu aux sirènes de l'extrême droite, à force de regarder les vidéos YouTube que lui recommande un algorithme. Celui-ci est représenté sous la forme d'un centre de contrôle dirigé par trois individus qui observent jour et nuit ses interactions numériques. Leur objectif est clair : le rendre captif, le plus de temps possible, par tous les moyens.
Slyler Ginsondo interprète Ben dans la partie fictionnelle de "Derrière nos écrans de fumée". (EXPOSURE LABS / NETFLIX) Si ces scènes ont parfois l'apparence d'un épisode raté de Black Mirror, elles ont le mérite, surtout pour les plus jeunes spectateurs, de mettre en scène les propos parfois très théoriques des intervenants. Le procédé est grossier, mais efficace pour démontrer les actions engendrées par nos comportements, aussi anodins soient-ils. De l'autre côté, on prête évidemment une attention toute particulière aux interviewés alignant des CV qui forcent le respect, comme devant l'inventeur du bouton "J'aime" ou du défilement infini.
Les données collectées ne sont pas le problème
On agite souvent le spectre de la data, ces données personnelles que collectent toutes ces entreprises pour les vendre au plus offrant. Derrière nos écrans de fumée pousse l'analyse beaucoup plus loin. Ce ne sont pas seulement les données le problème, mais le comportement des utilisateurs. Il est rappelé que si nous ne payons pas pour un produit, alors, c'est que nous sommes le produit. Et si l'on assiste à une "dérive" des usages depuis quelques années, c'est parce que celle-ci fait intégralement partie de la stratégie de ces sociétés.
Jamais, dans l'histoire, il n'y a eu cinquante concepteurs prenant des décisions ayant un impact sur deux milliards de personnes.Tristan Harris, éthicien, ancien cadre chez Google
Il ne s'agit pas d'un phénomène qui aurait totalement échappé aux concepteurs des réseaux sociaux, explique Derrière nos écrans de fumée. Le défilement infini (scrolling), les notifications incessantes qui poussent à consulter en permanence son téléphone, les "..." qui clignotent lorsqu'un interlocuteur rédige un message, tout est pensé pour que nous ne décrochions pas de ces écrans. Pas seulement dans le but de vendre de la publicité. Le dessein est beaucoup plus ambitieux : influencer nos actions et même notre façon de penser.
D'autant qu'il est facile d'être manipulé, lorsque les occurrences suggérées par le moteur de recherche de Google ou par le fil d'information de Facebook sont ultra-personnalisées et dépendent de la personne qui les consulte. Au fil du temps passé à renseigner plus ou moins directement les différents algorithmes, chacun finit par n'accéder qu'à sa propre réalité.
Progressivement, on intègre l'idée fausse que tout le monde est d'accord avec nous, parce que notre flux d'actualité ne montre que cela. Une fois dans cette disposition, on se fait aisément manipuler.Roger McNamee, investisseur aux débuts de Facebook
La démonstration, anxiogène à souhait, est implacable. Soutenus par des images d'émeutes dans le monde, agitant la perspective d'une guerre civile, les témoignages se veulent extrêmement alarmistes.
Des révélations qui sont à temporiser
Qu'il s'agisse de la polarisation des débats dans nos démocraties, de l'augmentation exponentielle des hospitalisations pour automutilation, ou des suicides chez les adolescentes américaines, tout serait de la faute des réseaux sociaux ? La réalité est un peu plus complexe et le documentaire manque cruellement de contre-point et de contextualisation historique. Comme le rappelle le site américain The Verge (en anglais), "il est choquant de constater à quel point l'idée que les réseaux sociaux sont les uniques responsables de tous les maux de notre société plaise à autant de personnes". Car le documentaire cartonne. Depuis sa mise en ligne, il se classe dans de nombreux pays (dont la France et les Etats-Unis) parmi les dix contenus les plus vus sur Netflix.
On peut également s'interroger sur ce qui pousse ces anciens cadres et ingénieurs qui avaient vendu leurs âmes au dieu de la tech à se repentir ainsi. Dans un texte publié par The Conversationalist (en anglais), l'essayiste irlandaise Maria Farrell les compare au fils prodigue de l'Évangile selon saint Luc, pour leur côté "j'étais perdu, mais je suis retrouvé". Tous ces ex-employés donnent l'impression d'avoir enfin vu la lumière. Comme Justin Rosenstein, qui a contribué à créer le bouton "J'aime", dont il assure qu'il était destiné à "favoriser l'optimisme et l'amour dans le monde".
Hypocrisie du procédé
Il est aussi assez paradoxal que Derrière nos écrans de fumée soit diffusé sur Netflix, qui utilise justement des algorithmes pour faire des suggestions à ses abonnés. Le comble de la tartuferie apparaît à la fin du documentaire, lorsque le réalisateur invite le public à se rendre sur son site web. Parmi les actions recommandées pour éviter la fin de l'humanité, le spectateur est encouragé à promouvoir le documentaire… sur les réseaux sociaux. On sera sensible à l'ironie, ou l'hypocrisie, du procédé.
Tristan Harris, éthicien du web témoigne dans le documentaire "Derrière nos écrans de fumée". (EXPOSURE LABS / NETFLIX) Et maintenant, on fait quoi ?
Quelle est l'utilité d'un tel documentaire ? Les intervenants ne proposent pas vraiment de solution, une fois le constat alarmant exposé. Il faut attendre la toute fin pour que soit esquissé un semblant de solution. Pour Tristan Harris, "cette machine ne fera pas marche arrière sans une énorme pression des gens", en usant des technologies s'il le faut. D'autres recommandent de "désinstaller les applications qui nous font perdre notre temps, comme les informations et les réseaux sociaux", de supprimer (ou réduire) les notifications, de remplacer Google par Qwant, le moteur de recherche qui ne conserve pas d'historique, de ne jamais regarder une vidéo suggérée par YouTube...
De son côté, le site internet The Quint (en anglais) a listé les dix choses à faire après avoir regardé Derrière nos écrans de fumée, et propose des actions concrètes. Vous pouvez vous y mettre dès maintenant, avant d'éteindre votre téléphone.
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Cotation de l'eau en bourse
- Par Thierry LEDRU
- Le 26/09/2020
Il fallait s'y attendre...
La particularité des marchés boursiers, c'est l'anticipation.
Les financiers anticipent donc que l'eau va devenir une ressource de plus en plus rare. Et comme tout ce qui est rare est chère, ils inventent un marché de l'eau.
Il n'y a pas de morale dans les marchés financiers, il n'y a que le business. Et pour comprendre le monde économique, rien ne vaut de tenter de décrypter les mouvements des marchés financiers. Ça donne une idée de l'avenir.
Je suis grand-père depuis deux jours. Un petit garçon. Et autant la joie est intense, autant l'inquiétude de son avenir dans ce monde est forte.

Par David Wagner
Investing.com – Il existe des contrats à terme (futures) sur à peu près toutes les matières premières, des matières premières les plus connues comme l'or et le pétrole, aux produits plus spécifiques comme le bétail ou le jus d'orange.
Mais jusqu'à présent, il n'existait pas de contrats à terme sur l'eau.
C'est désormais chose faite, puisque l'opérateur boursier CME Group a annoncé jeudi qu'il avait lancé un contrat à terme sur l'eau en collaboration avec le Nasdaq. Le contrat sera basé sur le Nasdaq Veles California Water Index, qui a été créét en 2018.
Le groupe CME a déclaré dans le communiqué de presse annonçant le contrat à terme sur l'indice Nasdaq Veles California Water Index qu'il "sera un outil innovant, le premier du genre, pour fournir aux utilisateurs agricoles, commerciaux et municipaux de l'eau une plus grande transparence, la découverte des prix et le transfert des risques - ce qui peut aider à aligner plus efficacement l'offre et la demande de cette ressource vitale".
Chaque contrat représentera 10 acres-pieds d'eau et sera réglé sur la base de l'indice. Chaque semaine, l'indice fixe un prix au comptant pour les droits d'eau, basé sur la moyenne des prix pondérés en fonction du volume sur les cinq plus importants marchés de l'eau couvrant l'immense État.
L'utilisation de l'eau est une préoccupation particulièrement pressante en Californie, car de grandes parties de l'État sont arides, recevant peu de pluie ou de neige. Dans le même temps, la région de la Central Valley abrite certaines des fermes américaines les plus importantes et les plus actives, qui produisent des denrées alimentaires destinées à être vendues sur le marché national et même à l'étranger, et qui consomme des quantités astronomiques d'eau. En effet, selon le CME Group, 40 % de la consommation d'eau de l'État est utilisée à des fins agricoles.
Mais les préoccupations en ce qui concerne l'eau dépasse largement les frontières de cet Etat.
"Avec près des deux tiers de la population mondiale qui devrait être confrontée à des pénuries d'eau d'ici 2025, la pénurie d'eau présente un risque croissant pour les entreprises et les communautés du monde entier, et en particulier pour le marché de l'eau californien qui représente 1,1 milliard de dollars", a déclaré Tim McCourt, responsable mondial de l'indice des actions et des produits d'investissement alternatifs de CME Group.
"Il est de plus en plus important pour CME Group de développer des outils de gestion des risques qui répondent aux préoccupations environnementales croissantes. Ce nouveau contrat innovant dans le domaine de l'eau s'appuie sur notre solide partenariat avec le Nasdaq, ainsi que sur nos 175 ans d'expérience dans l'aide aux utilisateurs finaux et aux autres acteurs du marché pour la gestion des risques sur les marchés des matières premières essentielles, notamment l'agriculture, l'énergie et les métaux".
"Le Nasdaq Veles California Water Index contribue à améliorer les résultats des acteurs du marché de l'eau grâce à la découverte vérifiable des prix", a déclaré Lauren Dillard, vice-présidente exécutive et responsable des services d'information mondiaux du Nasdaq.
"Notre collaboration avec CME Group a le pouvoir d'apporter une plus grande transparence autour de la gestion d'une ressource naturelle importante" a-t-elle ajouté.
On peut toutefois également supposer que le développement des produits dérivés basés sur l'eau entrainera des spéculations et pourrait avoir un impact haussier sur le prix de la ressource, ce qui pourrait ouvrir la voie à de nombreux problèmes. Dans tous les cas, cela "monétise" en quelques sortes l'eau, ce qui ne semble pas réellement être une bonne idée pour une ressource naturelle qui est indispensable pour tous les êtres vivants.
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Les prédictions de Didier Raoult
- Par Thierry LEDRU
- Le 22/09/2020
Je sais bien que ce professeur est la cible de tas de gens, des spécialistes, des non-spécialistes, des financiers qui aimeraient que Gilead ou autres soient les premiers à sortir un traitement, autre que l'Hydroxychloroquine, des politiciens qui aimeraient être assurés qu'il faut soutenir ce Professeur ou le démolir pour le dévellopement de leur propre carrière, etc etc etc
Mais bon, le mieux, dans tout ce fatras, pour essayer de comprendre, c'est de chercher dans les bases de données historiques.
Et là, ce document de la main du professeur Raoult, mérite d'être lu. Il a été écrit et diffusé en 2003.
Je ne prends pas partie. Je ne suis pas compétent. J'essaie de comprendre des données qui ne sont pas diffusées par les médias.
http://www2.cnrs.fr/sites/thema/fichier/bioterrorisme03.pdf
5° - La cinquième menace est celle de virus émergents.
Les années 1970 ont permis de voir apparaître les virus des fièvres hémorragiques en Afrique et en Amérique du Sud (Lassa, Ebola, Machupo). Les épidémies ont été pour l’instant limitées, mais ont posé le problème de la manipulation d’agents extrêmement pathogènes, éventuellement contaminants par aérosols au laboratoire et qui, avec une mortalité brutale et fréquente, constitueraient une menace équivalente à celle de la grande peste du Moyen-Age si la transmission interhumaine par aérosol devenait naturelle.
Les années 1980 ont été celles du Sida et les années 1990 celles de l’hépatite C. Le risque actuel d’apparition de mutants de virus respiratoires, en particulier de la grippe, est le phénomène le plus redoutable. Un nouveau mutant grippal est apparu en 1999 à HongKong. Ce virus d’origine aviaire, fréquemment mortel, a rapidement pu être contrôlé mais le prochain mutant grippal pourrait ne pas l’être.
Le risque épidémique par les maladies Rapport de Mission Pr. D. Raoult 22 transmises par voie respiratoire est extrêmement important, du fait de la densification de la population humaine.
Actuellement, plus d’un milliard 600 millions d’hommes vivent dans des villes dont 24 mégapoles de plus de 10 millions d’habitants, la plupart se trouvant maintenant dans des pays de faible niveau économique.
Entre 500 millions et 1 milliard de voyages par avion se dérouleront dans tous les coins de la planète au cours de l’année 2003, et la mutualisation d’un virus transmissible par voie respiratoire sera extrêmement rapide. Ce type d’événement, la mutation brutale puis l’introduction d’un virus d’origine animale dans le monde humain, sont des événements rares, chaotiques mais qui peuvent avoir des conséquences extrêmement rapides et extrêmement dangereuses.
Seule l’implantation durable de centres de recherche et de surveillance en pays tropical permettra la détection précoce de ces nouveaux agents.
Notre préparation face à ces événements chaotiques est faible ; ceci pour plusieurs raisons. Tout d’abord, parce que l’époque ne prête pas à la prévision d’événements catastrophistes (Cassandre est toujours ridicule !).
Les besoins sociaux relayés par la presse sont des besoins immédiats ; ils répondent à des peurs spontanées qui sont rapidement chassées par d’autres peurs ou inquiétudes.
Dans ces conditions, mettre en place un système qui permette d’éviter les conséquences dramatiques d’événements improbables et à long terme est extrêmement difficile. Il est même vraisemblable que cela soulèverait dans la presse des commentaires extrêmement négatifs dénonçant le catastrophisme, la paranoïa, voire le gaspillage. Pourtant, le coût des réactions en urgence est bien supérieur à celui de la prévention.
Pour exemple, le coût généré par la prévention de l’infection par le nouveau variant de la maladie de Creutzfeld-Jacob (maladie de la vache folle) dans les hôpitaux, par rapport au bénéfice en terme de santé publique, est invraisemblablement élevé. Ainsi donc, une politique de surveillance à long terme nécessite le courage politique d’investir dans des phénomènes qui ne sont pas médiatiquement intéressants, qui sont parfois même inquiétants pour la population (construction de P4, de P3) et qui nécessitent un peu de pérennité dans les choix.
Par ailleurs, les maladies contagieuses contredisent l’évolution individualiste spectaculaire de notre société ces dernières années. En effet, la gestion des maladies Rapport de Mission Pr. D. Raoult 23 infectieuses peut amener à remettre en cause la liberté individuelle. C’est le cas de l’isolement nécessaire pour éviter la contamination lorsque les patients sont contagieux, c’est le cas de la déclaration obligatoire des maladies et c’est le cas de la vaccination obligatoire dans le cadre des maladies contagieuses. Ce peut être aussi la justification de l’obligation de soins pour d’autres maladies contagieuses.
Les hommes constituant une espèce unique, le comportement individuel des humains peut avoir une conséquence sur la santé de l’ensemble de la population. C’est ainsi que l’on a pu identifier un étudiant guinéen qui a importé le choléra en Afrique noire à partir d’URSS et qui a causé secondairement des millions de morts. Ainsi donc, la liberté individuelle de chacun et les choix personnels peuvent contredire les besoins de la société d’une manière très tangible.
La différence de développement qui est en train de se creuser entre les pays les plus riches et les pays les plus pauvres laisse espérer pour les plus riches que les maladies des plus pauvres resteront cantonnées dans le tiers monde. S’agissant des maladies contagieuses, ceci n’est pas vraisemblable.
L’espèce humaine est unique, les microorganismes se déplacent et toute émergence d’un nouveau pathogène dans n’importe quel pays du monde lui permettra une rapide extension sans qu’aucun contrôle ne soit réalisable aux frontières. Ceci signifie que les pays les plus riches (y compris dans le cadre du plus parfait égoïsme) doivent se préoccuper d’une manière très attentive de la santé en terme de maladies contagieuses des pays les plus pauvres. Ceci est d’autant plus vrai que la constitution progressive de mégapoles, quand elles ne sont pas associées au développement sanitaire permettant un minimum d’hygiène, va donner, par l’augmentation de la population et la promiscuité, l’opportunité pour de nouveaux pathogènes de se développer extrêmement rapidement.
Les conditions dans ces mégapoles sont réunies pour permettre l’apparition de microorganismes extrêmement dangereux."
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Iain Levison
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/09/2020
Un autre auteur que j'ai découvert ces derniers temps.
Des lectures addictives. Policiers et société américaine, celle de la rue, celle des politiciens, celle des truands, des petites gens, celle de la corruption ou de la débrouillardise, celle de l'amitié ou du mensonge, de la trahsion ou de l'honneur, celle de la guerre, de ceux qui la font et ceux qui en profitent. J'ai lu ses quatres derniers ouvrages. Pas une seule ligne ne mériterait d'être retirée.
"Pour services rendus"
Iain Levison
Fanchita Gonzalez Batlle (Traducteur)EAN : 978B082MMC87G
236 pages
Éditeur : LIANA LÉVI (09/01/2020)
Note moyenne : 3.81/5 (sur 81 notes)Résumé :
En 1969, ils étaient au Vietnam, embourbés dans la jungle et dans une guerre de plus en plus absurde. Fremantle, sergent aguerri, à la tête d'une section de combat, Drake, jeune recrue pas très douée. En 2016, ces deux-là se retrouvent, après quarante-sept ans? L'ancien sergent dirige sans enthousiasme le commissariat d'une petite ville du Michigan, et le soldat malhabile est un sénateur en campagne pour sa réélection. Ce dernier a raconté ses faits d'armes au Vietnam, version Disney Channel, pour s'attirer un électorat de vétérans, et il recourt à son ancien chef pour les valider. Ce ne sera qu'une petite formalité, une interview télévisée amicale, dans laquelle Fremantle ne devra pas vraiment mentir, non, il devra juste omettre de dire toute la vérité. Pas de quoi fouetter un flic?Un roman au vitriol, où le mensonge est le nerf de la guerre et de la politique.
EXTRAIT :
Un dialogue entre un flic, vétéran du Vietnam et un politicien.
"Qu'est-ce qu'il y a de si dur dans le fait de perdre ?
-Perdre ? " L'horreur de perdre est chez Devlin un sujet d'exaltation instantanée. Il se penche sur la table, les yeux brillants, la voix plus animée que Fremantle lui a jamais entendue.
"Vous n'avez pas envie de perdre dans une campagne. Parce que tout ce que vous faites n'aura servi à rien. Absolument tout. Tous les appels pour mendier de l'argent, tous les tracts, les pin's, les pancartes, les locations de voitures, l'enthousiasme. Tout ça pour des clous. Et vous savez ce qui est le pire ? Vous faites des choses terribles. Vous divulguez des informations personnelles sur votre adversaire ou vous laissez entendre qu'il a eu des rapports sexuels avec une mineure ou vous montez un coup pour proposer de la drogue à un de ses enfants et pouvoir le prendre en photo en train de se faire une ligne de coke dans la semaine suivant sa cure de désintoxication. Et vous perdez quand même. Vous perdez, putain. Si vous faites des horruers et que vous gagnez, c'est bien, parce que vous êtes maintenant dans le foutu gouvernement américain et qu'il a fallu ça pour que vous arriviez là. Mais si vous faites des horreurs et que vous perdez, vous n'avez rien. Vous n'êtes qu'un foutu raté qui a vendu son âme pour un camion-benne plein de pancartes.
-C'est ce que vous avez fait ? demanda Freemantle en faisant allusion à la drogue proposée à l'enfant de l'adversaire.
Devlin ne le regarde pas. Il a un rire amer.
"Vous autres, vous pensez que nous sommes fiers de ce que nous faisons. Vous croyez que nous ne savons pas faire la différence entre le bien et le mal. Mais nous savons. C'est un choix. Nous l'assumons et nous faisons ce qu'il faut pour gagner, parce qu'il n'y a pas d'autres choix possible. Il n'y a pas d'autre façon d'effacer cette sensation que de gagner. Vous ne savez pas ce que c'est que renoncer à votre honneur et perdre.
-Bien sûr que si. J'étais au Vietnam."

Note moyenne 3.78 /5 (sur 1633 notes)
Nationalité : États-Unis
Né(e) à : Aberdeen (Ecosse) , 1963
Biographie :
Iain Levison, est né en 1963 à Aberdeen ( Écosse), a grandi aux États-Unis et vit en Caroline du Nord.
Son premier livre, Tribulations d'un précaire est un récit autobiographique sur les 42 petits boulots qu'il a exercés à la fin de sa licence de lettres.
À la fin de son parcours universitaire, il a exercé toutes sortes de métiers pendant dix ans, de conducteur de camions à peintre en bâtiments, de déménageur à pêcheur en Alaska avant d’écrire son premier roman! Tous ces jobs inspireront son premier livre , "Un petit boulot", traduit dans plusieurs pays, très remarqué par la presse et le public et adapté pour le cinéma par Pascal Chaumeil avec Romain Duris et Michel Blanc.
"Une canaille et demie" (Piccolo 2007) et "Tribulations d’un précaire" (Piccolo 2009) ont été également très bien accueillis.
Son roman "Arrêtez moi là !" (2011) est inspiré de faits réels, il se met à la place d'un chauffeur de taxi accusé à tort de l'enlèvement d'un enfant. -
Carlos Ruiz Zafon
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/09/2020

Meilleur Livre - Etranger - 2004
"Le moyen le plus efficace de rendre les pauvres inoffensifs est de leur apprendre à vouloir imiter les riches."
Cette phrase...Il y aurait tellement à en dire. Elle est si cruellement juste. La majeure partie de l'humanité est ancrée dans ce fonctionnement. Nous, peuple d'en bas, ne sortirons jamais de ce marasme existentiel tant que nous resterons emprisonnés par cette quête matérialiste qui nous prive de notre liberté de penser, d'agir, de vivre, par ces images de la puissance financière des nantis. Le problème vient du fait que nous sommes insérés dans une matrice économique qui nous bride, nous épuise, nous formate. La seule solution est d'en sortir, autant que faire se peut. C'est là que la quête de l'autonomie alimentaire, de l'autonomie énergétique, de l'autonomie spirituelle ouvre le champ des possibles. C'est là que le choix de la décroissance offre l'opportunité de mieux vivre, de vivre plus sereinement, sans se soumettre à cette course sans fin de l'accès à l'autonomie financière. Nous ne serons jamais financièrement autonomes car c'est une dmension qui n'est jamais assouvie et qui de surcroît s'auto-entretient par la peur constante de la perdre. Il n'est qu'à voir les Warren Buffet, Jeff Bezos ou autres multi-milliardaires qui n'ont de cessse d'augmenter encore et encore leur magot. Ils appartiennent à leur puissance financière. Si nous voulons atteindre une vie sereine, ça n'est pas l'enrichissement ou les rêves d'enrichissement ou les contemplations jalouses des "people" qui nous la donneront. Parce que nous ne serons jamais libres, intérieurement.
Nationalité : Espagne
Né(e) à : Barcelone , le 25/09/1964
Mort(e) à : Los Angeles , le 19/06/2020
Biographie :
Carlos Ruíz Zafón est un écrivain espagnol.
Fils d'un agent d'assurances et d'une mère au foyer, il a passé onze ans chez les jésuites, au collège Saint-Ignace à Barcelone. A l'âge de quatorze ans, il écrit son premier roman, à vingt ans, il choisit pourtant de faire carrière dans la publicité, où il monte vite en grade, devient un créatif convoité.
En 1992, il quitte l'agence publicitaire pour se consacrer à son roman jeunesse "Le prince du brouillard" ("El principe de la niebla", 1993), le premier tome du "Cycle de la brume" ("La trilogía de la niebla"), qui gagne le prix de la jeunesse d'Edebé en 1993.
Son premier roman pour adultes, "L'Ombre du vent" ("La sombra del viento", 2001), décrit un Barcelone des années 1950, mystérieuse, écrasée sous le poids du franquisme, où des écrivains fantômes disparaissent après avoir signé des livres de légende.
Il a obtenu de nombreux prix dont le prix du Meilleur livre étranger 2004.
Premier tome de la série "Le Cimetière des livres oubliés" ("El cementerio de los libros olvidados", 2001-2016), il a été couronné de nombreux prix, dont le prix du Meilleur livre étranger 2004, traduit dans plus de trente langues et vendu à 14 millions d'exemplaires et l'introduit à la cinquième place des écrivains de fiction les plus vendus en Europe en 2009.
Ses romans, "Le jeu de L'Ange" ("El juego del ángel", 2008) et "Le Prisonnier du ciel" ("El prisionero del cielo", 2011) connaissent également un large succès.
Depuis la parution de "L'Ombre du vent", Carlos Ruiz Zafon est l'auteur espagnol vivant le plus lu au monde. En janvier 2010, le classement de plusieurs magazines dédiés à l'édition, dont "Livres-Hebdo" en France et "The Bookseller" en Grande-Bretagne, l'introduit à la cinquième place des écrivains de fiction les plus vendus en Europe en 2009.
Le romancier souffrait d'un cancer du colon depuis des années. Il est mort à 55 ans. -
Pour les dix prochaines années
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/09/2020
Voilà ce qui occupe nos pensées et ce qui va se mettre en place : le jardin forêt. Il faut compter dix ans pour être en situation de production pérenne.
On voit tous à quel point les sécheresses successives deviennent considérablement difficiles pour la nature et pour les terres nourricières. Il existe un "contre-feu" qui permet de maintenir la production des plantes alimentaires, même par manque de pluviométrie: le jardin forêt. Youtube propose de nombreuses vidéos sur le sujet.
On pourrait rétorquer que dix ans, c'est trop long mais ça sera encore plus long si on ne démarre pas le plus vite possible...De toute façon, sans ça, il ne faudra pas compter parvenir à l'autonomie alimentaire au vu des hausses de température et de la baisse de la pluviométrie dans les années à venir.
« Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il nous prenne par la gorge. » » Winston Churchill
C'est la maxime idéale par les temps qui courent.
Et il faut lui adjoindre la suivante pour ceux qui seraient encore réticents à s'engager dans cette voie."Entre la civilisation et la barbarie, il y a cinq repas." Winston Churchill.
Il s'agissait des deux phrases en exergue du tome 3 en cours d'écriture :
"Les héros sont tous morts/ Tous, sauf elle/ Il faudra beaucoup d'amour."
Mais au final, ces livres ne me nourriront pas. Ils ne sont donc pas prioritaires. Ils auront par contre contribué à me convaincre que tout ce que j'écrivais là-dedans est inéluctable. Mais il me servirait à quoi de l'écrire si je ne fais rien dans la réalité ?
