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  • la 5G et ceux des campagnes.

    On ne pourra pas dire qu'il n'y a pas de problème. Un sérieux problème...Il y aurait donc pour les fournisseurs, des marchés juteux et puis les autres. Il n'y aurait donc pas de "services aux communications" mais la néceéssité de développer un nouveau réseau plus rentable. Il faut bien voir que ces zones non couvertes constituent des dangers pour les services médicaux et non seulement une "gêne" quotidienne. Il nous est arrivé de ne pas pouvoir communiquer avec nos garçons partis en montagne, sans savoir où ils étaient, même une fois redescendus dans la vallée d'où ils étaient partis. Il faut donc imaginer ce que ça donnerait pour un simple randonneur accidenté et seul dans une zone non couverte. pas besoin d'être sur des sommets des Alpes. Juste dans une forêt en Corrèze par exemple. On l'a vécu il y a quelques jours. Zéro réseau. A 700 mètres d'altitude. Quand on se balade et qu'on aimerait avoir sa position sur le GPS, c'est juste un peu embêtant mais ça n'a rien de grave. Ca peut le devenir en cas d'urgence. Une femme enceinte qui ne parvient pas à joindre les secours avec un incident à la maison, une personne âgée qui est tombée chez elle, un bûcheron qui s'est entaillée la jambe avec la tronçonneuse...Et tout le monde ne connaît pas le numéro 112. Quant à la catastrophe dans la vallée de la Vésubie, on voit bien l'importance considérable d'un réseau simplement de qualité. 

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    Accessible même en cas de panne de réseau

    Le 112 est un numéro d’appel destiné aux situations d’urgence. Il est gratuit et accessible même en cas de panne de réseau ou de forfait épuisé. Il permet de contacter tout type de services d’urgence comme le SAMU, les pompiers ou la police. Il peut être composé sur un fixe comme sur un téléphone portable, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept."

     

     

    Les débats sur la 5G sonnent dans le vide pour les habitants des zones blanches : "Chez moi, j'ai toujours zéro barre !"

     

    Alors que l'arrivée de la 5G fait polémique, de nombreuses communes restent privées de réseau mobile fonctionnel. Reportage dans plusieurs villages du Morvan où, avant de parler de cafetières connectées et de voitures autonomes, on aimerait déjà pouvoir... téléphoner.

    Mathias Dolidon, habitant de Brassy (Nièvre), a pris l\'habitude de s\'asseoir sur le muret de son jardin pour capter le réseau mobile.
    Mathias Dolidon, habitant de Brassy (Nièvre), a pris l'habitude de s'asseoir sur le muret de son jardin pour capter le réseau mobile. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

    De l'avis général, la saison touristique a été "très satisfaisante" pour le village de Brassy, dans la Nièvre. Blottie dans le parc naturel du Morvan, à environ une heure et demie de Dijon, la commune attire les visiteurs grâce à son lac endormi et ses épaisses forêts, sur lesquelles l'automne peint désormais ses premières couleurs. Mais si les voyageurs sont conquis par les charmes de ce village de 600 habitants, ils le sont un peu moins par son réseau mobile à la traîne. "On voit souvent des touristes belges ou hollandais qui crient dans leur téléphone, près de l'église, grimace une habitante installée sur l'une des terrasses du bourg. Car ici, on n'entend presque rien au bout du fil."

    Avec d’autres communes alentours, Brassy se trouve en effet dans ce que l'on appelle encore une zone blanche, l’une des plus vastes de France d'après la carte de l’Arcep, le régulateur des télécoms. Alors que l'Etat vient de vendre aux enchères les fréquences du réseau 5G, et avec elles la promesse de débits ultra-rapides, des centaines de communes de l'Hexagone restent trop loin des antennes existantes. Un problème évoqué par les partis d'opposition, La France insoumise notamment, lors des débats sur la 5G, alors que le gouvernement promet de prendre le problème à bras-le-corps. Car en zone blanche, la qualité des appels est souvent médiocre, avec des coupures fréquentes. Sans parler d'internet depuis un téléphone : pour y accéder, il faut s'armer de patience et parfois même partir en balade, en quête d'une hypothétique connexion.  

    "Qu'on nous mette d'abord la 1G !"

    Dans ce coin du Morvan, la question de la 5G fait sourire, au mieux. "Ce n'est pas fait pour nous", tranche Denise, 58 ans, qui habite le hameau de Plainefas (commune de Saint-Martin-du-Puy) depuis trois ans. "Mon mari doit sortir pour consulter ses e-mails, ce n'est pas sérieux, souffle-t-elle, qu'on nous mette d'abord la 1G, ce serait bien !" Avec "deux barres, en moyenne", la situation n'est guère meilleure chez Anne-Marie, une voisine retraitée. "Même pour des choses simples comme les appels, ça va, ça vient", raconte-t-elle. Il y a bien le téléphone fixe et la box ADSL comme solution de repli, mais leur fonctionnement reste aléatoire. "Les intempéries peuvent nous couper du monde, et pour un dépannage, il ne faut pas être pressé", déplore Denise, qui s'est retrouvée sans internet pendant quatre semaines l'été dernier. 

    En arrivant au hameau de Plainefas (Nièvre), le réseau mobile ne permet plus d\'accéder à internet.
    En arrivant au hameau de Plainefas (Nièvre), le réseau mobile ne permet plus d'accéder à internet. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

    Deux cents mètres plus bas, la route sinueuse amène au hameau de l'Huis-Rabeux, qui regroupe quelques maisons de campagne. Alain, la cinquantaine, s'affaire dans l'écurie de sa résidence secondaire, où il aimerait vivre toute l'année. "Ici, je rate beaucoup d'appels et de SMS", raconte-t-il, planté dans ses bottes, une casquette couleur crème vissée sur la tête. Pour remédier à cet isolement, il a développé une technique. "Je monte en voiture quelques kilomètres plus haut et là, je ramasse tous les messages", explique-t-il, pas plus gêné que ça.

    Même s'il se sent "peu concerné" par la 5G, Alain a suivi les nombreux débats autour du déploiement de cette technologie et reste mitigé sur ses bienfaits supposés. "Si on veut nous l'installer, je ne serais pas contre. On ne se plaint pas quand la mariée est trop belle, sourit-il. Mais je ne suis pas pour le progrès à tout prix." Parmi ses craintes, le quinquagénaire évoque les effets des ondes sur l'environnement. Il redoute aussi que la France ne devienne trop dépendante des Etats-Unis et de la Chine, deux pays à la pointe de la recherche sur la 5G. "Autant de débit, c'est quand même un caprice. Tout le monde n'a pas besoin de jouer aux jeux vidéo en ligne avec des Australiens.

    La maraîchère Valentine Cuillier, sur le marché de Brassy (Nièvre), le 30 septembre 2020.
    La maraîchère Valentine Cuillier, sur le marché de Brassy (Nièvre), le 30 septembre 2020. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

    Quinze minutes de départementale séparent le hameau de Plainefas et la commune de Brassy. Dix quand on est habitué aux virages serrés. Sur la place de l'église, "l'endroit où ça capte", c'est jour de marché, comme tous les mercredis, à Brassy. Depuis son stand, Valentine Cuillier, maraîchère de 35 ans, confirme qu'elle a bien du réseau ce matin-là. "Mais c'est loin d'être toujours le cas, tient-elle à rappeler. Alors on n'imagine pas la 5G ici." Pour l'agricultrice, ce nouveau bond technologique répond surtout à la logique du "toujours plus", à laquelle elle entend s'opposer. "Je n'ai pas de smartphone par choix, et je n'ai pas envie d'avoir un frigo ultra-connecté non plus", assume-t-elle. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer, à l'instar de la plupart des villageois, un réseau plus stable. 

    "Quand on m'appelle sur l'exploitation, je décroche mon portable mais je dois très souvent remonter et rappeler depuis le fixe", détaille-t-elle. Outre les démarches en ligne et son activité d'hébergement en gîte, ce sont ses proches qui sont parfois affectés. "Cet été, mon beau-frère avait besoin de recevoir des codes importants par texto, se souvient-elle. Il a dû monter en haut de la colline pour réussir à les obtenir, puis redescendre en vitesse avant qu'ils n'expirent."

    Le hameau des Blancs, sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre), fait partie de la zone très mal desservie par les opérateurs mobiles.
    Le hameau des Blancs, sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre), fait partie de la zone très mal desservie par les opérateurs mobiles. (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

    Dans les zones blanches plus qu'ailleurs, le confinement face à l'épidémie de Covid-19 a souligné le besoin d'avoir une connexion digne de ce nom et un téléphone fonctionnel. A Plainefas, les enfants de Denise ont réussi tant bien que mal à télétravailler depuis la maison familiale. "C'était tout justeOn parle beaucoup des citadins qui voudraient s'installer ici, mais ils ne tiendraient pas plus d'une saison avec ce réseau, on ne peut pas compter dessus."

    "Obligé de placer mon portable sur la cheminée"

    Même constat à Quarré-les-Tombes (Yonne), à une vingtaine de minutes en voiture à travers les plateaux boisés. "Les Parisiens veulent du vert, mais avec internet, résume Sébastien, accoudé au comptoir de sa brasserie. On a besoin d'être connectés pour redynamiser le village." Debout à ses côtés, Dario, son jeune apprenti, ne peut qu'acquiescer : "Ça a été très dur pour les cours, je n'ai pas l'ADSL dans mon logement et je suis obligé de placer mon portable sur la cheminée, pour l'utiliser comme modem", explique-t-il. Une solution branlante à plus d'un titre. "Parfois quand je rentre, ça ne veut pas marcher, souffle le jeune homme, et puis mon portable s'est cassé plusieurs fois en tombant."

    Assis sur un muret, Mathias Dolidon cherche à capter le réseau mobile à Brassy (Nièvre).
    Assis sur un muret, Mathias Dolidon cherche à capter le réseau mobile à Brassy (Nièvre). (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

    Travailler à distance depuis une zone blanche, Mathias Dolidon en connaît la difficulté. Voilà deux ans que ce développeur informatique de 37 ans s'est installé à Brassy, notamment pour élever sa fille "tranquillement". En découvrant le réseau mobile capricieux, il a procédé à quelques ajustements. "Les mauvais jours, c'est mort partout, chez moi j'ai zéro barre, s'amuse-t-il, il faut aller dans le coin derrière pour capter, ou alors dans le jardin." Pour ses coups de fil importants, Mathias Dolidon a ses habitudes : s'asseoir sur le muret en pierre au bout de l'allée. Il privilégie aussi les messageries en ligne comme WhatsApp plutôt que les SMS, car elles limitent davantage les pertes. "Je rate des appels, mais je peux compter sur mon réseau fixe pour la visioconférence", tempère-t-il.

    On connaît les communes qui ont un bon réseau. En cas de besoin, on y va.Mathias Dolidonà franceinfo

    Quand on lui parle des débits faramineux de la 5G, le développeur se frotte la barbe sans trop y penser. "Je n'arrive pas à me sentir concerné, confie-t-il. C'est un truc de citadin pour regarder des séries dans le métro, ce sont des choix sociaux en fin de compte." Avec sa connexion ADSL relativement stable, il se sent déjà "privilégié" par rapport aux habitants des hameaux qui n'y ont pas du tout accès. "Pour les touristes, c'est pittoresque, mais pour les professionnels, c'est quand même pénible", lâche-t-il avec une mine plus sombre. "C'est comme pour les routes avec la neige ou en cas de chute d'arbre. On est habitués à être aidés en dernier", conclut-il. 

    "On attend de voir le 'New Deal mobile'"

    La situation devrait toutefois s'améliorer à Brassy, avec l'installation d'une antenne-relais "très prochainement", assure Jean-Sébastien Halliez, maire (PS) de la commune depuis 2008. Le dernier round d'un long combat mené par l'édile. "On en a signé, des pétitions..." sourit-il. Paiements en ligne, livraisons, terminaux de carte bancaire, régulation à distance du système d'eau : la liste des activités dépendantes d'un réseau stable est longue.

    Pour l'heure, le lieu d'implantation de la future antenne reste secret. "Tout le monde ou presque veut l'antenne, mais personne ne veut l'avoir plantée derrière chez soi", souligne le maire. Cette nouvelle installation ne bénéficiera pas non plus à tous, car la commune compte une trentaine de hameaux répartis sur 54 kilomètres carrés, "une zone aussi grande que la moitié de Paris"

    Dans le Morvan, les antennes-relais sont un équipement convoité. Ici, une installation sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre).
    Dans le Morvan, les antennes-relais sont un équipement convoité. Ici, une installation sur la commune de Saint-Agnan (Nièvre). (PIERRE-LOUIS CARON / FRANCEINFO)

    La faible densité de population et le relief accidenté de la région "expliquent en grande partie la réticence des opérateurs à y installer des antennes", détaille à franceinfo Pierre Bareille, directeur de Nièvre numérique, une structure publique qui épaule les collectivités du département sur ces dossiers. "Une antenne coûte au minimum 100 000 euros, sans parler des travaux de raccordement", ajoute-t-il.

    Le réseau mobile est un service, certes, mais pas un service public.Pierre Bareilleà franceinfo

    Dans ce département, les autorités recensent une quarantaine de "poches de 20 à 100 logements" à équiper d'urgence. L'Etat, lui, ajoute fréquemment des communes à sa liste de sites prioritaires. Ces dernières années, plusieurs grands plans gouvernementaux ont été lancés pour en finir avec les zones blanches. Mais les opérateurs sont loin de se bousculer pour couvrir ces régions. "Avant de parler de la 5G, on attend de voir le 'New Deal mobile', comme il a été baptisé [par le gouvernement en 2018], explique Pierre Bareille, en espérant que les promesses soient tenues d'ici 2022."

    De la patience, les habitants en ont ici à revendre. Certains, comme Valentine Cuillier à Brassy, se préparent même à ce que la 4G n'arrive jamais. "Les touristes viennent surtout ici pour chercher du calme, le mauvais réseau pourrait alors devenir un avantage, avance-t-elle. Pourquoi ne pas jouer cette carte ?" Pas sûr que tous ses voisins soient sur la même longueur d'onde.

  • Le prix de l'eau

    Main basse sur l’eau : la nouvelle guerre a déjà commencé

     

    https://lareleveetlapeste.fr/main-basse-sur-leau-la-nouvelle-guerre-a-deja-commence/?

    « Il faut faire payer aux gens le véritable prix de l’eau pour qu’ils réalisent que chaque fois qu’ils en boivent une gorgée, il y a un coût. Il faut qu’ils le sentent au niveau du portefeuille. Comment les convaincre de réduire leur consommation si vous leur donnez gratuitement ? »

    22 janvier 2020 - Sarah Roubato

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    Envie d’une vraie déconnexion ? Évadez-vous avec notre nouvelle bande dessinée !

    Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
    Format : 130 pages
    Impression : France

     

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    C’était le miracle de la vie : un étang où prédateurs et proies viennent s’abreuver, un puits où se retrouvent les habitants d’un village. Une source du voisin où on vient se fournir quand la sienne était à sec. Aujourd’hui, elle est un bien financier retenu par des vannes qui s’ouvrent dès qu’on a acheté sur une application de téléphone portable. L’eau est la ressource la plus convoitée de la planète. 70% de l’eau mondiale est utilisée pour nourrir les hommes. Sans eau, plus de vêtements, plus de voiture, plus de portable, plus de maison et plus de nourriture. Le reportage de Jérôme Fritel nous plonge dans une guerre qui a déjà commencé, et qui sera le grand enjeu de demain.

    L’eau, un produit financier comme un autre ?

    C’est ce que soutiennent nombre de financiers qui décident d’augmenter le prix de l’eau pour créer un marché comme celui du pétrole. Nous sommes au début de la révolution financière de l’eau. Une guerre a déjà commencé, entre la mainmise des marchés financiers et les mobilisations citoyennes. 

    C’est au cœur de la City londonienne que l’eau est devenue une denrée financière. En 1989, Margaret Thatcher, devant la Chambre des Communes, déclare : « La privatisation de l’eau sera un succès ». L’année suivante, le nombre de personnes se voyant coupés l’eau faute d’avoir pu payer leur facture tripla. Dix ans plus tard, une loi interdira cette pratique.

    Crédit photo : Robert Bye

    Au début des années 2000, Les Fonds de Capital Investissement sont créés. Aussi appelés Fonds Vautours, ils sont créés pour dix ans et cherchent la rentabilité à court terme. McQuarie, un fond australien, en est un symbole. Conscients que la population mondiale augmente, la nouvelle génération d’investisseurs a compris que la consommation d’eau devient un investissement idéal. Dès lors, les factures d’eau augmentent, les dividendes reversés aux investisseurs aussi, et l’évasion fiscale tourne à plein régime.

    Ce serait 3 milliards d’euros qui auraient été ainsi ponctionnés chaque année. Et au bout de dix ans, 50 milliards de dettes, que seuls les consommateurs auront à payer. 

    L’Australie est le pays le plus chaud de la planète. C’est là que se joue le scénario de ce que deviendra le rapport à l’eau dans le monde. Chaque année, l’État des quotas aux éleveurs, aux industriels et aux villes. Les éleveurs qui le peuvent doivent acheter l’eau sur des marchés privés, s’endettant et risquant de tout perdre si les températures augmentent, ce qui est déjà le cas. L’eau est enfermée dans des vannes qui s’ouvrent automatiquement quand l’éleveur a payé.

    Waterfind est la première bourse mondiale de l’eau. Le prix actuel est environ de 350 euros le mégalitre (un million de litres). Tom Rooney, PDG de Waterfind, défend l’argument en vogue dans ces milieux :

    « N’est-ce pas bien de donner une valeur à l’eau ? En lui fixant un prix, on apprendra à mieux la respecter. »

    1 500 litres d’eau pour faire un steak.

    Mais le schéma ne se résume pas à des consommateurs d’eau à la merci d’exploitants avides. Nous, consommateurs, les nourrissons dans un savant cercle vertueux pour la finance : car le marché de l’eau dépend de l’agriculture intensive, en particulier de l’élevage. 1 500 litres d’eau pour faire un steak. Toute forme d’agriculture intensive consomme énormément d’eau. En Australie toujours, les amandes exportées dans le monde entier offrent un excellent rapport quantité d’eau-bénéfices. L’entreprise Webster Company, productrice d’amandes, détient un stock d’eau d’une valeur de 200 millions d’euros. Brendan Barry est le gestionnaire de l’eau. On le voit discuter avec un trader de deux bonnes nouvelles : la sécheresse fait augmenter le prix de l’eau, et les éleveurs ruinés offrent un bon potentiel d’acquisition de terres à bon marché. 

    Crédit photo : LilitGray

    Mike Young, économiste australien mondialement reconnu, conseiller de l’ONU, a théorisé le marché de l’eau, et annonce : « Les pénuries de l’eau ont déjà commencé. D’ici 2050, la moitié de l’humanité vivra avec des ressources limitées. L’eau doit être gérée d’une manière très précieuse, et utilisée le mieux possible pour gagner de l’argent et nous nourrir. » Partisan de la création de comptes d’eau gérés comme des comptes en banque, il affirmait en 2017 :

    « L’Australie a l’un des meilleurs systèmes de répartition de l’accès à l’eau au monde, notamment grâce aux réformes réalisées ces vingt dernières années qui ont permis de redéfinir nos droits à l’eau sous forme de parts ».

    Avec le système qu’il a inventé, la météo devient la variable d’ajustement des marchés : plus il fait sec, plus les affaires sont bonnes« Quand l’eau se fait rare, certains doivent arrêter d’en consommer. Les marchés sont là pour découvrir et désigner ceux qui doivent sortir de l’agriculture. » À ses élèves, il dit : « Mon cours vous permettra de faire du monde un meilleur endroit où vivre »

    Un éleveur vend sa ferme. Ses machines qui devaient lui apporter la prospérité, ses bâtiments qui faisaient sa fierté, ses vaches dont il a connu les mères, les grand-mères, les arrière-grand-mères, la terre que son père lui a confiée et d’où pour la première fois il devra partir. Cet éleveur n’est pas seulement une victime d’un système : il en est le partenaire consentant et perdant. À son échelle aussi, il a voulu produire toujours plus et créer de la richesse, dans un système dont il ne maîtrisait pas les variables.

    Crédit photo : Jong Marshes

    Au pays du business de l’eau, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Il y a tout un système qui change et auquel chacun doit s’adapter. C’est ainsi que les écologistes font des deals avec les rois de l’eau, en négociant des zones sanctuaires où l’eau ne sera pas marchandée, contre le vote d’une Réforme de l’Eau favorable aux traders. Les associations écologistes elles-mêmes ont dû acheter de l’eau pour la restituer à la nature. « Si nous voulons être sûrs que la rivière reste vivante, nous devons créer des marchés pour acheter et vendre l’eau », affirme Sarah Hanson-Young, sénatrice du parti écologiste. 

    Si l’Australie est un laboratoire de la gestion de l’eau, ailleurs déjà la question se travaille. Willem Buiter, conseiller économique de la banque Citigroup, décrit lui-même les terribles sécheresses qui ravagent deux lieux emblématiques de l’agriculture intensive : la Californie et le sud de l’Espagne. Sa conclusion :

    « Il faut faire payer aux gens le véritable prix de l’eau pour qu’ils réalisent que chaque fois qu’ils en boivent une gorgées, il y a un coût. Il faut qu’ils le sentent au niveau du portefeuille. Comment les convaincre de réduire leur consommation si vous leur donnez gratuitement ? » 

    Il serait confortable de se dire « Ces gens sont fous ». Ils sont en réalité la rationalité même du système dans lequel nous vivons. Le conseiller demande au réalisateur pourquoi il serait immoral de commercialiser l’eau. Celui-ci répond « Parce que l’eau c’est la vie. » La réponse du conseiller est implacable de réalisme : « Vous payez bien votre assurance santé. » En effet, comment nous offusquer de la privatisation de l’eau alors qu’elle est l’aboutissement logique de tout un système qui régit nos vies et que nous acceptons bout par bout ?  Quand le conseiller affirme « Ce n’est pas parce que l’eau c’est la vie qu’elle ne doit pas avoir de prix », est-il en train d’énoncer une aberration, à l’heure où derrière nos vêtements pas chers ou nos téléphones, se cachent l’esclavage et les vies brisées de millions d’enfants ? Soyons donc horrifiés, mais devant notre propre miroir collectif. 

    22 janvier 2020 - Sarah Roubato

  • Les Amish

    Sur ce qui est dit du modèle agricole des Amish, je suis parfaitement d'accord et c'est consternant que le sieur Macron puisse les dénigrer de la sorte. 

     

    16 septembre 2020 - La Relève et La Peste

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    https://lareleveetlapeste.fr/oui-les-amish-sont-des-modeles-pour-lautonomie-alimentaire/?

    Défendant la 5G pour rassurer le panel d’entrepreneurs de la FrenchTech qu’il avait devant lui, Emmanuel Macron a prononcé lundi la phrase suivante : « Je ne crois pas que le modèle amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine. » Largement relayée et raillée sur les réseaux sociaux, Pierre1911, un géo-trouvetout français de l’autonomie alimentaire et énergétique vient apporter ici sa contribution au débat. Cette phrase qui se voulait piquante vise en fait dans le mille : les Amish sont bien des modèles de la souveraineté alimentaire. Explications.

    Notre modèle va droit dans le mur

    Le gouvernement startup nation fait la promotion d’un modèle de société qu’il sait non soutenable et dangereux pour l’humanité. Un gouvernement qui ne change pas de logiciel malgré les toutes dernières alertes.

    La crise du COVID19 et ses conséquences ont révélé l’extrême fragilité du monde dans lequel nous sommes et la folie de son organisation. En premier lieu sur la question de la souveraineté alimentaire. 

    D’ailleurs, ce sont des thèmes que les dirigeants ont été obligés d’aborder face à une menace réelle et fondée. Dans son discours du 12 mars 2020 le président MACRON disait, je cite :

    « Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner notre cadre de vie au fond à d’autres est une folie. »

    Au début du mois d’avril 2020, l’ONU et l’OMC mettaient en garde l’humanité contre un risque de crise alimentaire mondiale liée au coronavirus.

    « Les incertitudes liées à la disponibilité de nourriture peuvent déclencher une vague de restrictions à l’exportation, provoquant elle-même une pénurie sur le marché mondial. », sont des phrases tirées d’un communiqué commun du président Qu Dongyu, de la FAO, de Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur-général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de Roberto Azevedo, dirigeant de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

    Le président Français veut déployer un réseau superfétatoire, au coût énergétique et financier abyssale alors que des questions vitales ne sont toujours pas résolues.

    Celle bien évidement du climat, mais aussi, celle de notre souveraineté alimentaire. Pendant la promotion de la 5G :

    – nous sommes toujours à moyenne de 1,5 suicide par jour chez les agriculteurs.
    – les maraichers gagnent en moyenne 300 euros par mois
    – la très grande majorité des agriculteurs n’a pas un modèle économique viable sans subvention de type PAC.
    – les denrées alimentaires sont totalement dépendantes du pétrole pour sa production comme pour son transport.
    – le gouvernement n’a mis aucune action en place pour garantir notre sécurité alimentaire.

    Photo du potager de Pierre
    La récolte

    Nous sommes majoritairement dépendants de l’extérieur pour nous nourrir. Pas seulement pour les fruits et légumes importés, mais aussi pour les intrants comme par exemple le blé que nous exportons contre du phosphore. Ce minerai est absolument nécessaire à la fabrication d’engrais chimiques, engrais dont il est impossible de se passer dans l’agriculture conventionnelle (voir les écrits de Stéphane LINOU à ce sujet).

    Dans son discours le président MACRON prétend que la non installation de la 5G serait un retour à la lampe à huile.

    Le propos comme l’idée sont purement malhonnêtes. Si la 5G n’était pas déployée le réseau actuel ne serait pas démantelé. Le réseau de communication en place n’est pas composé de sémaphores, la 3G et la 4G sont opérationnels. 

    Je suis de ceux qui pensent que cela est suffisant voir déjà trop. 

    Et pour information, je suis obligé d’aller dans les bois pour accrocher péniblement la 3G. Pour autant, même si cela pourrait avoir un impact bénéfique direct sur ma petite personne, je ne souhaite pas voir un relais supplémentaire s’installer ici ou ailleurs.

    En 100 jours, Pierre et Caroline ont atteint une autonomie alimentaire en légumes pour 6 à 8 personnes – Source

    Les amish, un modèle de souveraineté alimentaire

    Mais le propos le plus scandaleux est la mention au modèle Amish. Les Amish sont une référence agricole mondiale inégalée à grande échelle. Et nous parlons bien SEULEMENT du modèle agricole. Les autres questions comme par exemple la religion ne sont PAS des modèles. 

    Ils sont une référence mondiale sur au moins trois points :

    – Une capacité pour l’intégralité de leur communauté à s’autosuffire avec une agriculture sans énergie fossile, respectueuse des sols et à haut rendement y compris sur les céréales.

    – la préservation génétique des variétés végétales anciennes, adaptées à leur territoire et plus résilientes face à la crise climatique

    – la préservation génétique des chevaux de trait lourds aptes aux travail 

    Pierre utilise aussi la traction animale

    Résultat : le modèle Amish sur le plan agricole et organisation agricole est l’alternative qui peut sauver immédiatement des centaines de milliers voir des millions de personnes du risque alimentaire. Le modèle agricole tel qu’il est organisé actuellement est une pure folie, ce sont les mots du président Macron dans une de ses allocutions durant la crise du COVID. A méditer.

    16 septembre 2020 - La Relève et La Peste

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  • Changements climatiques et épisodes méditerranéens

    Oui, c'est effroyable. Les images sont terrifiantes. La vallée de la Vésubie ravagée par les eaux. Des victimes, des maisons emportées, des traumatismes qui ne disparaîtront pas. 

    De l'importance d'ailleurs des hélicoptères. J'en parlais hier. C'est à mes yeux un appareil extraordinaire au regard de toutes les vies sauvées, en montagne, en mer, n'importe où... La vallée de la Vésubie est aujourd'hui ravitaillée grâce à leurs pilotes.

    J'entends aussi des habitants de la vallée dire qu'ils n'ont jamais vu ça, même les Anciens.

    Oui, et rien ne dit qu'il n'y en aura pas de plus violents encore.

    Là encore, les scientifiques alertent sur ces risques depuis de nombreuses années et à chaque catastrophe de ce type, les météorologistes le disent encore et encore.

    Qu'en est-il dès lors de l'anticipation ? Est-il même possible de faire quelque chose en dehors de raser les maisons trop proches et de reloger leurs habitants ? Elargir le périmètres des zones inondables, c'est une évidence. 

    Le défi est gigantesque...

    Il y a quelques semaines, on a visité une maison qui dominait une rivière. C'est magnifique quand il fait beau, que l'eau est cristalline. Le jardin dominait le lit de sept ou huit mètres. On pourrait imaginer que c'est suffisant. Non, ça ne l'est pas et ça le sera de moins en moins. 

    http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/impacts-du-changement-climatique-sur-les-phenomenes-hydrometeorologiques/changement-climatique-et-episodes-mediterraneens

    Changement climatique et épisodes méditerranéens

    Changement climatique et épisodes méditerranéensLa Méditerranée figure parmi les « hot-spots » mondiaux du changement climatique. La diminution des précipitations moyennes et l'augmentation importante des températures en particulier en été conduiront à une diminution des ressources en eau et à une augmentation de la sévérité des sécheresses et des canicules.

    Rappel : les épisodes méditerranéens en vidéo

     
    Tout ce qu'il faut savoir sur les épisodes méditerranéens en une vidéo !

    Des conditions climatiques particulières

    La présence d'une mer fermée bordée de reliefs, à l'est d'un vaste océan et au nord d'un des plus grands déserts du monde, confère au bassin méditerranéen un climat très particulier. Transition entre climats océanique, continental et désertique, le climat méditerranéen est aussi caractérisé par de fréquents épisodes extrêmes (vents violents, pluies intenses, sécheresses, canicules, etc.).

    Parmi eux, les épisodes méditerranéens sont les plus destructeurs : ces pluies intenses provoquent des inondations souvent rapides (crues éclairs). Les phénomènes orageux à leur origine se produisent la plupart du temps en automne, quand l'atmosphère commence à se refroidir alors que la mer est encore chaude.

    Une intensification des fortes pluies sur les régions méditerranéennes ces dernières décennies 

    L'analyse des événements pluvieux extrêmes méditerranéens au cours des dernières décennies permet de dégager les tendances suivantes pour les régions françaises :

    •  intensification des fortes précipitations dans les régions méditerranéennes entre 1961 et 2015 : +22 % sur les maxima annuels de cumuls quotidiens, avec une variabilité interannuelle très forte, qui explique la forte incertitude (de +7 à +39 %) sur l'ampleur de cette intensification. 
    •  augmentation de la fréquence des épisodes méditerranéens les plus forts, en particulier ceux dépassant le seuil de 200 mm en 24 h.

    Intensité des pluies extrêmes en région méditerranéenne de 1961 à 2017

    Vers des épisodes méditerranéens plus intenses à la fin du XXIe siècle

    L'étude des précipitations intenses et de leur évolution future reste un défi majeur pour les modélisateurs du climat. Ces phénomènes sont en effet relativement mal représentés dans les modèles de climat standard.  Au cours de ces dernières années, le programme international CORDEX* a permis de réaliser et de mettre à disposition des ensembles de simulations climatiques régionales à des résolutions spatiales (~10 km) permettant une meilleure représentation des évènements méditerranéens et donc une meilleure confiance dans leurs projections futures.

    Les analyses d'extrêmes appliquées aux modèles CORDEX indiquent une augmentation de l'intensité des précipitations intenses sur la partie nord du bassin méditerranéen. Sur la région méditerranéenne française, l'intensification des précipitations extrêmes devrait être de l'ordre de quelques % sur les cumuls quotidiens par °C de réchauffement.

    Même si une augmentation de leur intensité se dessine, l'évolution future des précipitations extrêmes en Méditerranée reste aujourd'hui assez incertaine quantitativement. Les travaux de recherche en cours devraient permettre de progresser sur ce sujet d'une part en combinant mieux les ensembles de simulations globales et régionales de climat et d'autre part en utilisant des modèles climatiques de nouvelle génération pouvant atteindre les échelles kilométriques et représentant mieux la convection atmosphérique. Ces nouveaux modèles devraient également permettre d'étudier l'évolution possible des cumuls de précipitations horaires. 


    Changement relatif moyen en 2100 pour la valeur des précipitations quotidiennes d'une durée de retour 20 ans pour 102 bassins versants méditerranéens pour les scénarios RCP4.5 et RCP8.5

    Changement relatif moyen en 2100 pour la valeur des précipitations quotidiennes d'une durée de retour 20 ans pour 102 bassins versants méditerranéens pour les scénarios RCP4.5 et RCP8.5

    Le programme HyMeX

    D'importants efforts de recherche sont fournis pour améliorer les outils de prévision de ces épisodes. Météo-France participe ainsi au programme international HyMeX**, lancé en 2010 pour une durée de 10 ans. HyMeX vise à améliorer les prévisions des épisodes méditerranéens et à étudier leur évolution dans un contexte de changement climatique. 

    Initié par Météo-France et le CNRS, ce programme s'intéresse au cycle de l'eau en Méditerranée et aux extrêmes associés. Rythmé par différentes campagnes de mesures s'étalant entre 2010 et 2020, il permet déjà aux chercheurs de travailler sur des modèles climatiques de nouvelle génération.

    * Coordinated Regional Climate Downscaling Experiment
    ** Hydrological cycle in Mediterranean Experiment

     

     

  • Vol en hélicoptère

    Un jour, en se baladant dans le secteur, on a rencontré Flavien, un technicien qui travaillait sur une centrale hydroélectrique.

    On a discuté un bon moment d'écologie, de biodiversité, de consommation, de mode de vie. Des échanges très intéressants et enthousiasmants. Au fil de la discussion, il nous a dit qu'il était également pilote d'hélicoptère et qu'il proposait des vols au-dessus des montagnes du secteur (Isère, Savoie ...).

    Comme on sait qu'on va quitter la région sous peu, on s'est promis de s'offrir un vol, un jour prochain, pour voir d'en haut ce qu'on a parcouru ici bas. 

    Je vous mets ici les tarifs proposés par Flavien. Vous pouvez le retrouver sur sa page Facebook : Flav Vercors.

    C'est 10 euros la minute, soit : 300€/30min

                                                  : 450/ 45min où 600€/h etc... il

    Il y a 3 places passager dans l'hélicoptère.

    Voilà quelques photographies prises par Flavien. 

     

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  • Libéralisme contre écocide

     

    https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/convention-citoyenne-sur-le-climat/climat-sept-propositions-de-la-convention-citoyenne-ecartees-par-le-gouvernement-malgre-la-promesse-d-emmanuel-macron_4123179.html

    L'ancienne ministre de la Justice, Nicole Belloubet, avait balayé en juin cette mesure.(l'écocide) 

    "Pour que notre vie commune puisse fonctionner, il faut concilier droits et libertés. Si vous dites qu’au-dessus de cette conciliation, il y a un principe supérieur, qui est la protection de l’environnement, cette conciliation devient viciée", avait-elle déclaré sur France Inter.


     

    Bon, voilà, c'est clair là au moins.

    Une loi qui consisterait à mettre un frein à la dégradation de l'environnement pour permettre à chacun de vivre, humains, animaux, plantes, ça serait contraire à la liberté.

    Que nous soyons condamnés à voir se réduire la biodiversité et par là même en souffrir n'entre pas dans les considérations du libéralisme. Il s'agit de préserver la "liberté" d'entreprendre, de préserver la liberté de concurrence, la liberté de croître, de faire des bénéfices, de développer les richesses.

    C'est effroyable dans les faits mais ça l'est encore plus sur le fond. Car cela signifie que nous ne possédons plus aucun droit envers ceux qui prônent essentiellement la croissance, ça signifie que leur liberté de se développer est prioritaire sur notre liberté de vivre sur une planète préservée et non pillée. 

    Plus rien ne les arrêtera sinon, peut-être, un jour les limites naturelles. 

    Quand je pense à tous ces individus qui se moquent ouvertement des "survivalistes" qui ont décidé de sortir au mieux de ce système consumériste, personnellement, ça me désole. L'anticipation de ce monde libéraliste ne dépasse pas le niveau des prochaines élections, des prochaines assemblées d'actionnaires, des prochains résultats financiers, des prochaines OPA, des prochains marchés à saisir, des prochaines technologies à développer, même si elles ne répondent à aucun besoin fondamental. Cette anticipation ne dépasse pas la durée d'une vie professionnelle et c'est dérisoire. 

    On a ici un exemple concret de ce libéralisme qui s'habille d'oripeaux écologiques quand il ne s'agit que de business.

    https://lareleveetlapeste.fr/la-resistance-samplifie-contre-decathlon-qui-veut-betonner-17ha-de-terres-agricoles-vers-montpellier/?fbclid=IwAR0_q8_fuODUxTLndRkOOXeUd_Eji10IkoVcP5ZrTXVoDWdHAq6iOmudX6c

    En réponse au groupe Mulliez, la Confédération Paysanne de l’Hérault et le collectif Oxygène défendent un projet agricole alternatif qui permettrait d’employer sur le long terme une trentaine de personnes. Il regrouperait des activités de maraîchage, un petit élevage « type poules pondeuses », de l’arboriculture, de transformation et distribution en circuit court vers la métropole montpelliéraine.

    2 octobre 2020 - Laurie Debove

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    Thème : effondrement de la société, abordé de manière douce et positive
    Format : 130 pages
    Impression : France

     

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    A Saint-Clément-de-Rivièrele groupe Mulliez prévoit de construire un énorme centre commercial « sport et bien-être » à moins de dix kilomètres de Montpellier, déjà bien pourvu en complexes de ce genre. Sur 24 hectares, le groupe veut en bétonner 17 agricoles pour développer quatre hyper surfaces : Decathlon, Truffaut, O’Terra et une enseigne encore inconnue. Afin de sauver ces terres nourricières et la forêt, un collectif de citoyen.ne.s et paysan.ne.s se bat depuis plus de six ans contre ce projet.

    Préserver les terres nourricières

    Vendredi 25 septembre, 200 personnes ont semé à la volée de l’orge sur 2 hectares et planté une dizaine d’arbres fruitiers sur le site pour rappeler ce fait essentiel : les terres qui doivent être bétonnées ont beau avoir été déclassées pour devenir constructibles, elles restent des terres nourricières. Un bien commun à préserver absolument pour bâtir l’autonomie alimentaire d’une métropole de 457 839 habitants.

    « Il faut savoir qu’ici, les terres ne sont plus classées comme des terres agricoles mais sont toujours exploitées par des agriculteurs. Parce qu’elles sont fertiles ! » explique Jean-Michel Hélary, membre du collectif Oxygène, pour La Relève et La Peste

    Semis d’orge à la volée – Crédit : Confédération Paysanne de l’Hérault

    Preuve en est, sur les 24 hectares prévus pour le méga-complexe « bien-être et sport » de la famille Mulliez (propriétaire des Auchan, Decathlon, Leroy-Merlin etc. au chiffre d’affaires annuel de 85 milliards d’euros), environ 3 hectares seront tout de même gardés pour des activités agricoles.

    Au total, 6 à 7 hectares seront laissés à peu près intacts, dont un bois dans lequel sera construit un parc accrobranche, alors qu’il en existe déjà un à seulement quelques kilomètres.

    Le reste des terres est destiné à être bétonné pour accueillir parkings, entrepôts et locaux des immenses surfaces commerciales, dont Décathlon (5 250m2), Truffaut (7 924m2) et O’Terra (903m2) ainsi qu’une enseigne culture-loisir qui n’est pas encore définie.

    Egalement prévus : des bassins de rétention d’eau pour prévenir les risques d’inondations et « une grande surface de circuits courts » qui inquiète les paysans locaux par la forte concurrence qu’elle risque d’engendrer.

    Le groupe Mulliez a beau présenter le projet comme « un futur lieu de vie autour du sport, des activités de plein air, de la culture et des loisirs, de la santé, du bien-être et du bien manger », le collectif Oxygène dénonce une opération de greenwashing et défend la vocation agricole du terrain des Fontanelles.

    Plantation d’arbres fruitiers lors du 25 septembre – Crédit : Confédération Paysanne de l’Hérault

    Un combat écologique, agricole et social

    Formé fin 2014, lorsqu’ils ont découvert les panneaux indiquant la présence du futur projet commercial, les militants du collectif Oxygène se battent depuis six ans pour empêcher le projet de voir le jour : pétition, actions sur le terrain, réunions d’information et de sensibilisation, et recours en justice.

    « Au départ, c’était un cri du cœur : ne pas laisser détruire un si beau vallon avec un bois au milieu. Puis on a très vite réalisé l’ampleur des enjeux : l’extermination d’espèces protégées dont des chauve-souris, batraciens et oiseaux, la perte des terres agricoles, la menace sur les nappes phréatiques, les risques d’inondations, et tous les véhicules avec leurs nuisances que va attirer ce type de complexe ! On estime qu’il pourrait y avoir 8000 à 9000 véhicules par jour pendant le weekend ! » énumère Jean-Michel Hélary, membre du collectif Oxygène, pour La Relève et La Peste

    La mobilisation citoyenne a tout de suite été accompagnée par la Confédération Paysanne de l’Hérault, à l’origine de la journée d’action du 25 septembre. Face au grignotage des terres agricoles qui se fait dans la Région, le syndicat agricole de l’Hérault veillait depuis longtemps sur ces terres dont le devenir est particulièrement emblématique des enjeux du XXIème siècle : une lutte à la fois écologique, agricole et sociale.

    « Il s’agit de démystifier la création d’emplois et de richesses promis par ce type de projet commercial. Ils sont tellement concurrentiels qu’ils entraînent même la suppression des emplois d’un centre commercial à l’autre ! Sans parler de leur impact sur les petits commerçants… » explique Etienne Le Merre, paysan et membre de la Confédération de l’Herault, pour La Relève et La Peste

    Crédit : Collectif Oxygène

    Le combat a très rapidement pris de l’ampleur avec le soutien d’organisations écologiques et sociales comme Attac, Greenpeace, la CGT, Sud-Solidaires, les Amis de la Terre regroupées avec la Confédération paysanne au sein du collectif Plus jamais ça, dont les propositions pour un avenir désirable ont été lancées pendant la crise du coronavirus.

    « On se rend compte que l’arbitrage judiciaire du projet se base sur des normes environnementales dont certaines datent d’il y a 15 ans ! Aujourd’hui, ce projet n’a plus de sens, même les élus commencent à s’en méfier peu à peu. » raconte Etienne Le Merre, paysan et membre de la Confédération de l’Herault, pour La Relève et La Peste

    Effectivement, le nouveau président de la métropole montpelliéraine, Michaël Delafosse, s’est publiquement déclaré hostile au projet. De la même façon, la nouvelle Maire de Saint-Clément-de-Rivière, Laurence Cristol, est plus nuancée que son prédécesseur sur son bien-fondé. Un changement de posture qui peut s’expliquer par le fait que la liste d’opposition aux dernières municipales a recueilli 35% des voix en faisant campagne presque exclusivement sur ce dossier. Un soutien de taille pour les militants.

    Terres céréalières – Crédit : Collectif Oxygène

    Deux visions de la société

    En réponse au groupe Mulliez, la Confédération Paysanne de l’Hérault et le collectif Oxygène défendent un projet agricole alternatif qui permettrait d’employer sur le long terme une trentaine de personnes. Il regrouperait des activités de maraîchage, un petit élevage « type poules pondeuses », de l’arboriculture, de transformation et distribution en circuit court vers la métropole montpelliéraine.

    « Et pourquoi pas un paysan boulanger sur les terres à vocation céréalière. » sourit Etienne Le Merre

    Decathlon a fait savoir au collectif que le groupe ne passerait pas en force tant que l’affaire n’aura pas été jugée sur le fond, courant 2021. En attendant, les militants comptent bien faire monter la pression pour que le juge se range de leur côté.

    Crédit : Collectif Oxygène

    A convaincre également : la soixantaine de propriétaires terriens qui ont signé un compromis de vente en 2012 et espèrent toujours que le projet se réalise pour gagner une plus-value sur leurs terrains.

    « On a essayé d’ouvrir le dialogue avec les propriétaires au début de l’été, à quel point ils vivaient eux les problématiques sociales et environnementales actuelles. Malheureusement, ils sont complètement fermés car ils ont l’impression d’avoir attendu longtemps. C’est un rapport très problématique à la propriété privée qu’on a laissé s’installer dans l’esprit des gens. Pourtant, les intérêts privés ne devraient pas passer avant ceux de l’intérêt général, qui sont devenus criants au moment de la crise covid. » argumente Etienne Le Merre, paysan et membre de la Confédération de l’Herault, pour La Relève et La Peste

    Leur réticence est encore vivace. Certains propriétaires ont ainsi invité un huissier lors de la manifestation du 25 septembre, et l’un d’entre eux a carrément déterré les arbres fruitiers qui avaient été plantés sur sa parcelle. Pas de quoi décourager les militants pour autant.

    « On fait partie de la fédération « Des Terres, Pas d’Hypers » qui regroupe une grande partie des luttes analogues à la nôtre. Quand on voit qu’Europa City a finalement été abandonné, que Val Tolosa est en très mauvaise posture, ça donne espoir ! »

    Si le collectif n’attend pas grand chose du moratoire sur les zones commerciales que le gouvernement rechigne à mettre en place malgré sa promesse à la Convention Citoyenne pour le Climat, il reste prêt à défendre coûte que coûte cette zone agricole du bassin montpelliérain.

    « La partie n’est pas gagnée, les adversaires sont redoutables mais on a plus d’espoir qu’au début grâce aux soutiens de plus en plus nombreux. On ne va rien lâcher. » conclut Jean-Michel Hélary pour La Relève et La Peste

    2 octobre 2020 - Laurie Debove

     

     

     

  • Coma

    C'est une histoire qui me touche. Enormément. 

    Parce qu'elle me rappelle mon histoire et celle de mon frère.

    Il était cliniquement mort après un accident de voiture. J'ai refusé de le laisser. Je suis resté avec lui pendant deux mois et demi dans sa chambre d'hôpital. Il avait 19 ans, j'en avais 16.

    Il a survécu. Revenu de l'antichambre de la mort. Une jeune infirmière, Charlotte, m'a dit une nuit, pendant son service, que Christian m'avait toujours entendu lui parler ou lui lire des livres, qu'il n'avait jamais été seul, intérieurement, dans le chaos de son cerveau. 

    J'ai écrit toute cette histoire mais je ne l'ai jamais fait publier. L'impression que ça ne pourrait servir à personne. Que c'est trop personnel. Un sentiment d'incomplétude également, comme si tout ce qui aurait besoin d'être dit ne l'était pas encore. Mais je sais combien c'est un livre qui pourrait ne pas avoir de fin. Tellement de choses à raconter. 

    Il y a quelques jours, j'ai rêvé de mon frère. Il était allongé et il me demandait : "Où est mon histoire ? " Avec insistance. 

    Il faudra que j'y repense...

    Francesco Totti faisait parfois des miracles sur les terrains de football. Sa voix vient peut-être d'en réaliser un autre. L'ancienne star de l'AS Roma a rendu visite, lundi 28 septembre dans un hôpital de Rome (Italie), à une jeune femme de 19 ans sortie de neuf mois de coma après avoir entendu un message qu'il lui avait adressé.

    Plongée dans le coma depuis décembre après un grave accident de la route dans lequel une de ses amies a trouvé la mort, Ilenia Matilli a ouvert les yeux récemment après avoir entendu la voix de l'icône romaine. "Ilenia, n'abandonne pas. Tu peux y arriver, nous sommes tous avec toi", lui disait l'ancien joueur vedette dans un message vidéo envoyé plusieurs mois plus tôt à la jeune femme, footballeuse elle-même pour la Lazio Rome, mais supportrice du grand rival, la Roma.

    "Nous nous reverrons quand elle sortira"

    "Elle m'a souri, m'a serré contre elle et s'est mise à pleurer. C'était très émouvant de rencontrer Ilenia et nous nous reverrons quand elle sortira de l'hôpital", a déclaré l'ancien capitaine romain après l'entrevue qui a duré plus d'une heure, au cours de laquelle l'ancien attaquant et la jeune femme ont notamment réalisé un selfie.

    Francesco Totti, 43 ans, lui a également dédicacé un maillot de la Roma siglé de son ancien numéro, le 10. La jeune Ilenia Matilli ne peut toujours pas parler et c'est par l'utilisation d'une tablette qu'elle a pu échanger avec le champion du monde 2006.

     

    LES ÉVEILLÉS

    " Juin 1978.

    Tout avait volé en éclats.

    « Yoann, Yoann, réveille-toi. Christian a eu un accident de voiture. Il faut qu’on parte à l’hôpital. »

    C’était rare que sa mère vienne le réveiller. Ça l’avait surpris. Elle avait allumé la lampe de chevet, il avait vu dans ses yeux une peur effroyable, il s’était habillé. Les gestes maladroits et les pensées affolées. Sa mère était descendue, son père sortait la voiture du garage.

    Il ne se souvient pas du trajet. Silencieux sans doute, chacun enfermé dans l’angoisse de l’inconnu. Le silence de la peur. Christian. Son grand frère. Qu’avait-il exactement ? Il n’avait rien osé demander. Son père roulait vite. Effroyable tension dans la voiture.

    Ils étaient passés à Quimper. Aux urgences, on leur avait dit que l’ambulance était immédiatement repartie vers l’hôpital de Brest.

    « Ici, on ne peut rien faire, c’est trop grave. »

    Voix express Quimper - Brest.

    Il regardait les voitures qui les croisaient, les ombres lointaines des arbres, les collines adossées à la nuit, les champs sombres sans frontières.

    Il se disait que ces kilomètres qui défilaient dans le ronronnement forcené du moteur les éloignaient à tout jamais de leur vie passée, qu’un mur gigantesque venait de se dresser entre ce temps à vivre et leur histoire commune.

    Il avait seize ans, Christian dix-neuf.

    Il pressentait le pire. Sans trop savoir pourquoi, un court instant, il avait espéré qu’il ne se trompait pas. Il avait eu honte, terriblement honte.

    Ils avaient eu du mal à trouver les urgences. Un interne avait dit que Christian était dans une chambre.

    Pourquoi dans une chambre ? Pourquoi ne le soignait-on pas ?

    Ils ne comprenaient pas, ils avaient cherché dans les couloirs, la peur au ventre. Chambre 18. Étrange, c’était son jour de naissance. Il s’était dit que Christian ne pouvait pas y mourir.

    Le couloir, odeurs écœurantes, plafonniers à néons, des coulées de lumière pâle qui suintent sur les murs aux peintures délavées. Il suit ses parents.

    Un homme, blouse blanche, il est debout devant la porte.

    « Bonjour. Vous êtes les parents ?

    - Oui. Notre fils est là ? Qu’est-ce qu’il a ?

    - Il est cliniquement mort. Je suis désolé. »

    Sa mère qui s’affaisse, son père qui la retient.

    Il pousse la porte, il entre, une infirmière range des instruments sur un chariot roulant, son frère est là, allongé.

    Son frère.

    Il le reconnaît à peine. Ce n’est plus un visage mais une plaie violette, boursouflée, éclatée. Un haut-le-cœur broie ses entrailles.

    Il s’approche.

    Un râle alarmant s’extirpe péniblement de la poitrine, comme des bulles de sang qui crépitent.

    Un bruit au fond de la chambre, il se tourne, l’infirmière entreprend de déplacer une table basse, elle la traîne sur le carrelage, un crissement suraigu, son frère se redresse en hurlant, à angle droit dans le lit, terrifiante vision, le râle s’étouffe dans la gorge, il fixe le mur blanc de ses yeux tuméfiés puis il s’écroule sur le lit qui tremble sous le choc.

    Il s’approche de l’infirmière, il a envie de la frapper, il soutient son regard, il la prend par les épaules et la conduit fermement à la porte, elle ne résiste pas, ses parents entrent, l’infirmière se réfugie vers l’interne impassible, sa mère se tourne vers le lit, elle pousse un cri qu’elle étouffe sous sa main, son père murmure, une voix brisée qu’il ne reconnaît pas,

    « Mon Dieu, Christian, mon petit. »

    Mon Dieu …

    Cette haine qui l’a envahi en entendant ce nom. S’il avait su comment s’y prendre, il aurait pu tuer ce Dieu, à cet instant-là, que l’humanité entière disparaisse avec lui, il n’en avait rien à faire, juste cette haine dont il fallait user, cette violence incommensurable qui l’étourdissait, il aurait pu tuer n’importe qui, il le sait, il n’a jamais oublié ce désir de mort à donner.

    Il le submerge encore parfois. Avec une violence qui lui fait peur.

    Et pourtant ce sermon immédiatement prononcé, à voix haute, sans que rien ne l’annonce, comme si sa voix lui échappait, comme si l’idée débordait et qu’il n’avait aucun contrôle.

    « Je sortirai de cette chambre avec Christian et il sera vivant. »

    C’était un 21 juin. L’anniversaire de sa mère. Tourbillon.

    Il a perdu le fil linéaire des évènements. Le temps chronologique est un fatras inextricable. Encore une fois, il se dit que le lecteur éventuel de son histoire aurait beaucoup de mal à s'y retrouver. "

     

  • Ils savent tout de nous

      
       (AWA SANE, JESSICA KOMGUEN / FRANCEINFO)

    Je dois aimer me faire du mal. Au printemps 2018, j'ai téléchargé l'ensemble des données envoyées à Facebook depuis mon inscription sur le réseau social, en 2007. Ce que j'y ai découvert m'avait donné le tournis : des coordonnées téléphoniques de proches, des souvenirs amoureux plus ou moins heureux, ou encore un historique assez détaillé de mes déplacements à travers le monde grâce aux métadonnées contenues dans mes photos.

    >> J'ai fouillé dans les données que j'ai envoyées à Facebook depuis onze ans (et le résultat m'a donné le vertige)

    Avec le printemps, m'est venue l'envie de m'attaquer à un plus gros morceau encore : Google. Cette fois, j'ai l'impression de descendre nu dans la fosse aux lions, tant je suis conscient d'avoir depuis treize ans confié au géant du web une masse gigantesque d'informations à mon sujet. La simple énumération des services de Google que j'utilise au quotidien me laisse craindre le pire : mon adresse électronique personnelle est sur Gmail depuis la fin de la présidence de Jacques Chirac, je stocke de nombreux documents sur Drive depuis 2007, je note mes rendez-vous sur Agenda depuis 2008, je navigue sur le web avec Chrome depuis 2010, je possède un téléphone qui fonctionne sous Android depuis 2012, et celui-ci synchronise mon répertoire avec Contacts et envoie automatiquement tous mes clichés vers Google Photos. Sans oublier, bien sûr, mes dizaines de requêtes quotidiennes sur le moteur de recherche et sur le service de cartographie Google Maps. Gloups.

    >> VIDEO. Google sait-il tout de vous ?

    Pour récupérer les données envoyées à Google, direction la rubrique "Mon compte", accessible en cliquant sur mon portrait, en haut à droite de n'importe quel service de Google. Il me faut ensuite cliquer sur "Données et personnalisation", puis atteindre la rubrique "Télécharger vos données". La suite ne me rassure pas : Google met trois heures pour rassembler toutes mes données dans un seul fichier. Quand je vois sa taille, je manque de défaillir : 22 gigaoctets. Quarante-trois fois plus que mes données Facebook. Voilà ce que j'y ai trouvé.

    Tout ce que j'ai fait sur Google+

    La plongée dans mes données personnelles commence par une surprise : un fichier qui récapitule ma maigre activité sur Google+, le réseau social de Google qui a fermé sa version réservée au grand public mardi 2 avril. Toutes les données qui y ont été envoyées ont été supprimées à cette occasion. Un petit fichier de 8 kilo-octets me rappelle la liste des amis que j'ai regroupée en "cercles", et tout ce que j'y ai publié, c'est-à-dire une poignée d'articles en 2013 et 2014, lorsque notre rédacteur en chef nous incitait vivement à y partager notre production "car c'est bénéfique pour le référencement". Désolé chef, le futur ne t'a pas vraiment donné raison.

    Pour une raison qui m'échappe encore, j'avais toutefois estimé que cette plateforme était le lieu adéquat pour partager avec deux amis les photos d'un voyage commun. Je redécouvre donc avec un certain plaisir les selfies idiots que nous faisions en 2013. 

    Tout ce que j'ai acheté en ligne (ou presque)

    Une tondeuse à barbe avec lames en titane en décembre 2014 pour 34,99 euros, un vol aller-retour Paris-Séville en juin 2016 pour 180 euros, et plus récemment, une gourde en acier inoxydable à 13 euros. Dans le répertoire "Achats et réservations", je découvre que Google a soigneusement répertorié les emplettes effectuées en ligne via mon adresse e-mail. Au total, 182 fichiers représentant autant de commandes de 2010 à 2018 sont répertoriés.

    Je peux également les retrouver sur une page dédiée de la rubrique "Mon compte". Un examen approfondi me permet toutefois de remarquer que l'algorithme de Google n'a pas correctement labellisé l'ensemble de mes achats : la récente commande d'un lave-linge n'apparaît pas dans la liste, au contraire d'un abonnement premium d'un mois à l'application de rencontres Tinder à l'automne 2015. En deux clics, je peux toutefois supprimer ce souvenir des serveurs de Google.

    Tout ce que je fais sur mon mobile

    Après avoir jeté un coup d'œil aux répertoires "Drive" et "Photos", dont les 12 gigaoctets contiennent, comme je m'y attendais, l'intégralité des documents et clichés que j'ai volontairement stockés sur les serveurs de Google, mon regard s'arrête sur la rubrique "Mon activité" et ses 730 fichiers.

    En cliquant sur le répertoire "Android", je m'aperçois que le géant américain a soigneusement consigné depuis 2015 l'utilisation de toutes les applications ouvertes sur mon téléphone, jour après jour, minute par minute. Que ces applications proviennent de ses services, ou non.

    Je peux par exemple retracer avec une précision un peu effrayante la journée du dimanche 15 juillet 2018 (alerte spoiler : à la fin, la France devient championne du monde de foot). Déverrouillage du téléphone à 6h19, messagerie WhatsApp à 7h21, coup d'œil à Instagram à 7h26, lecture de la matinale du Monde à 7h49, lancement d'un podcast trois minutes plus tard, avant d'enchaîner sur l'application SNCF (je prenais un train ce matin-là)... Au total, Google a recensé 95 interactions avec mon téléphone jusqu'à 23 heures (je n'ai pas trop fêté la victoire des Bleus, mes seuls véritables frissons footballistiques n'étant provoqués que par l'OM).

    Dans sa rubrique "Aide", Google explique consigner ces données (qui lui ont été envoyées, car mon téléphone utilise le système d'exploitation Android, qui lui appartient) pour "améliorer la précision des résultats de recherche et des suggestions". Pas franchement emballé par ces justifications, je décide tout de même de mettre un terme à cette collecte d'informations. Pour cela, direction la rubrique "Mon activité" des paramètres Google. Je clique sur "Commandes relatives à l'activité", dans la colonne située sur la gauche, puis décoche les cases "Informations provenant des appareils" et "Activité sur le web et les applications".

    Le son de ma voix (et même celle de mon frère)

    Une autre surprise m'attend dans le répertoire "Voix et audio" de la rubrique "Mon activité". A l'intérieur se trouvent 702 fichiers sons très brefs, au format mp3. Le premier remonte à début 2015. Je l'ouvre et je reconnais aussitôt le son de ma voix : "OK Google, réveille-moi dans 30 minutes." Je réalise que l'entreprise américaine a enregistré et stocké sur ses serveurs chacune des requêtes effectuées via l'assistant vocal de mon téléphone Android et qui, à la manière de Siri sur les iPhone, s'active dès que je prononce les mots "OK Google".

    A la fois fasciné et horrifié que ces sons aient été conservés si longtemps, je poursuis mon examen de ces enregistrements. Je comprends vite que j'ai été "écouté" bien plus souvent que je ne le croyais. Sans doute parce que l'algorithme utilisé par mon téléphone pensait m'avoir entendu prononcer l'expression "OK Google", je retrouve une douzaine d'enregistrements involontaires. Me voici, par exemple, en train de discuter d'un article avec mon supérieur hiérarchique fin 2017.

    Plus problématique encore, ces erreurs d'enregistrements concernent également mes proches. Les serveurs de Google contiennent ainsi des extraits de voix de mon grand-père et de mon frère, qui n'avaient pourtant rien demandé.

    Passablement agacé, je me dirige vers l'aide de Google pour en savoir plus. J'y apprends que le géant américain utilise ces enregistrements pour "reconnaître le son de [ma] voix ; reconnaître la façon dont [je prononce] des mots et des expressions ; reconnaître quand [je dis] 'OK Google'  ; améliorer la reconnaissance vocale dans tous les produits Google qui utilisent cette fonctionnalité".

    Visiblement, il y a encore des améliorations à apporter. Je m'empresse de supprimer tous ces enregistrements dans la catégorie "Activité vocale et audio" de la page "Mon activité". Je désactive aussi immédiatement l'historique des enregistrements pour que mes prochaines requêtes ne soient plus conservées sur les serveurs de Google.

    La trace de presque tous mes déplacements

    En poursuivant mon exploration, Google m'explique ne pas avoir réussi à récupérer dans mes archives l'"historique des positions". Je lève un sourcil : je me souviens de l'avoir déjà consulté par le passé, et même de l'avoir volontairement laissé activé tant le résultat m'avait captivé. Je me rends illico sur la rubrique "Vos trajets" de l'application Google Maps pour en avoir le cœur net. Bingo ! Depuis cinq ans, tous les déplacements effectués lorsque la connexion internet de mon téléphone était activée ont été consignés sur une carte du monde. Un outil "Calendrier" me permet même de les retrouver jour après jour, précisément minutés.

    Google m'apprend ainsi que j'ai quitté mon domicile à 11h47 le 27 octobre 2015 pour déjeuner avec mon grand-père dans un restaurant italien du 11e arrondissement de Paris (qui était, de mémoire, tout à fait convenable). Après avoir flâné dans le quartier jusqu'à 14 heures, je me suis rendu à mon auto-école (j'ai obtenu tardivement mon permis, merci de ne pas me juger) pour effectuer deux heures de conduite qui m'ont emmené à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Visiblement satisfait, j'ai ensuite rejoint mon domicile à 16h18 avant de le quitter un peu plus tard pour retrouver des amis dans un bar voisin jusqu'à une heure que la décence m'interdit de rapporter.

    Une autre fonctionnalité m'interpelle : Google a noté les lieux où je m'étais rendu le plus grand nombre de fois. Outre mon domicile et le siège de France Télévisions, je souris en apprenant que le Stade-Vélodrome se trouve à la onzième place de ce classement, mais je ressens un malaise en y retrouvant l'adresse d'une ancienne petite amie perdue de vue depuis plusieurs années.

    Heureusement, cette machine à voyager dans le temps est désactivable. Depuis un ordinateur, il faut à nouveau se rendre dans la rubrique "Mon activité", puis cliquer sur "Commandes relatives à l'activité", avant de décocher la case "historique des positions". Depuis un appareil Android, direction les paramètres, puis "Google" (ou directement l'icône "Paramètres Google"), puis "Localisation" ou "Position", et "Historique des positions Google".

    La liste de tout ce que j'ai lu, vu et cherché

    Sans surprise, mon archive contient également des pages de texte interminables qui consignent les mots-clés recherchés sur Google depuis 2013. J'apprends ainsi qu'entre le 13 février 2013 et le 25 mars 2019, j'ai effectué près de 150 000 requêtes sur le moteur du géant américain, soit une moyenne quotidienne de 67 recherches. Ce nombre me semble élevé, même si mon travail de journaliste implique une utilisation intensive des moteurs de recherche. Les mots-clés que j'y découvre montrent de toute manière que mon usage de Google n'est pas caractérisé par un professionnalisme à toute épreuve. Particulièrement un mardi de 2014, à 6h04 du matin.

    Cette plongée dans le passé concerne aussi la plateforme de vidéo YouTube, rachetée par Google en 2006. Outre les vidéos privées que j'ai moi-même mises en ligne, j'y retrouve l'historique de toutes mes recherches depuis 2011, mais également la liste des vidéos regardées depuis 2014. J'apprends donc que le 12 août 2015, à 15h47, j'admirais une obscure vidéo de Pikachu se trémoussant sur Boogie Wonderland. Quelle vie trépidante.

    Google sait à peu près tout ce que je fais sur le web. Mon historique de navigation est en effet envoyé sur ses serveurs par le navigateur Chrome. Je croyais avoir pris l'habitude de le supprimer régulièrement, mais je m'aperçois que plus d'une année est passée depuis mon dernier ménage. Je m'empresse d'y remédier : direction le menu historique de Chrome (touche Ctrl+H sur PC, ou Pomme+Y sur Mac), puis "Effacer les données de navigation".

    Il est également possible de supprimer et désactiver l'historique de YouTube depuis la section idoine de la plateforme vidéo ou la rubrique "Mon activité", où l'on peut également effectuer cette démarche pour les simples recherches Google.

    Mon profil publicitaire

    Que fait Google de toute cette masse d'informations ? Contacté, le géant du web m'explique que ces données "permettent d'améliorer l'utilité et la pertinence [de ses] services", tout en ajoutant laisser aux utilisateurs une certaine latitude pour décider quel type de données sont exploitées. Selon les chiffres que m'a communiqués Google, 70 millions de personnes visitent chaque mois la rubrique "Mon activité" liée à leur compte et la moitié d'entre elles en profitent pour y supprimer des données.

    Google, qui promet "ne pas vendre" les informations collectées au sujet de ses utilisateurs, reconnaît tout de même s'en servir "pour proposer des annonces pertinentes dans les produits Google, sur les sites Web partenaires et dans les applications mobiles".

    Un coup d'œil dans la rubrique "Paramètres des annonces" me permet d'avoir un aperçu de la manière dont le géant d'internet cerne mes différents centres d'intérêt. Le résultat est d'une pertinence variable. Selon Google, je suis un homme âgé de 25 à 34 ans (c'est correct), qui passe beaucoup de temps sur YouTube (je dois bien le reconnaître), et qui nourrit entre autres une passion pour les jeux vidéo (exact), les émissions de téléréalité (je l'ignorais), le rugby (je DÉTESTE ce sport) et les achats de véhicules (raté). Il est cependant possible de désactiver la personnalisation des annonces directement depuis cette page.

    Je ressors de cette exploration numérique avec des sentiments mitigés : si la plupart des informations présentes dans mon archive ne m'ont pas surpris, l'existence de certaines, comme les enregistrements de ma voix et de celles de mes proches, m'a sidéré. D'autant plus que je me considérais – sans doute naïvement – comme relativement sensibilisé à la question de la protection des données. Il est heureusement assez facile de reprendre la main sur ces informations, notamment via la rubrique "Mon activité", créée en 2016. Mieux encore, depuis quelques semaines, il est possible d'automatiser une suppression régulière de certaines de ces données dans cette rubrique.

    Visiblement conscient que ces fonctionnalités sont encore peu connues, Google m'a indiqué avoir "lancé en février une campagne de sensibilisation". Des "ateliers numériques" seront organisés à ce sujet cette année à Rennes, Montpellier, Nancy ou encore Saint-Etienne. Reste à savoir si le géant américain a vraiment intérêt à inciter ses utilisateurs à supprimer des informations dont il tire un avantage commercial.