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Pierre Rigaux.
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/09/2020
« L’être humain ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de la réflexion sur l’avenir de la planète »
Durée de lecture : 18 minutes
26 avril 2019 / Entretien avec Pierre Rigaux
https://reporterre.net/L-etre-humain-ne-devrait-pas-etre-l-alpha-et-l-omega-de-la-reflexion-sur-l

Quel est le rôle des naturalistes dans la défense de la biodiversité ? Faut-il connaître la nature pour la protéger ? Quelles contraintes pèsent sur les ONG environnementalistes ? Pierre Rigaux, dans cet entretien, explique pourquoi il a quitté la Ligue de protection des oiseaux pour s’engager publiquement, notamment contre la chasse et les tirs de loups.
Reporterre poursuit une série d’entretiens de fond avec celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui. Parcours, analyse, action : comment voient-elles et voient-ils le monde d’aujourd’hui ? Aujourd’hui, Pierre Rigaux, naturaliste spécialiste des mammifères, membre de la Société française pour l’étude et la protection des mammifères (SFEPM) et de Cap loup, militant contre la chasse et les tirs de loups.
Reporterre — Comment en êtes-vous venu à l’écologie ?
Pierre Rigaux — J’ai grandi à l’interface entre la banlieue et la campagne, au nord de l’Île-de-France. Enfant, j’ai été frappé par l’urbanisation qui avançait à vue d’œil. En quelques mois, un bosquet était remplacé par des lotissements. Il y avait aussi la culture intensive : dans notre lieu de vacances, là où je voyais des pies-grièches dans des haies, il n’y avait l’année suivante qu’un immense champ vide. J’étais attiré par tout ce qui est sauvage, sans emprise humaine, et je voyais ça être détruit petit à petit.
Comment acquiert-on une telle connaissance sur le monde sauvage ?J’ai passé beaucoup de temps sur le terrain. À l’époque, il n’y avait pas Internet, j’ai appris dans des ouvrages sur les traces d’animaux ou dans les numéros de La Hulotte. J’avais des cassettes avec les chants d’oiseaux et des jumelles offertes par mes parents, et j’essayais de mettre en correspondance ce que je voyais avec les jumelles et les dessins dans les livres, ce que j’entendais comme chants et la cassette. Jusqu’à 20 ans, je n’ai jamais rencontré personne qui s’intéresse à ce sujet. Je me suis formé en autodidacte.
Pourquoi vous intéressez-vous aux mammifères ?Nous sommes des mammifères ! Quand on est en contact avec un mammifère, il se passe un truc qui ne se passe pas avec un oiseau. C’est un monde très varié : des petits, des grands, des modes de vie différents. Rien à voir entre étudier un mulot et un loup. Ils sont plus difficiles à observer, ce qui explique en partie le moindre nombre de naturalistes spécialisés à leur sujet. Moi, j’aime ce côté défi.
Vos études de biologie à l’université ont-elles été complémentaires de votre savoir pratique ?J’ai choisi les plantes, une spécialité que je connaissais peu. C’était un enseignement riche, même si parfois déconnecté du terrain. En maîtrise, après quatre ans à étudier le fonctionnement d’une plante, la plupart des étudiants ne savaient pas identifier un hêtre ou un chêne. Ce n’est pas pour les blâmer, mais pour montrer les absurdités de la formation. Lors d’un stage à l’Inra [l’Institut national de la recherche agronomique], mon maître de stage ne faisait pas la différence entre deux herbes distinctes d’une prairie. Il étudiait la biologie de la prairie en passant les brins d’herbe au scanner !
Comment en êtes-vous venu à travailler à la Ligue de protection des oiseaux ?
J’ai toujours voulu travailler dans la protection de la nature. Étudiant, j’étais bénévole dans des associations environnementales et je faisais beaucoup d’inventaires d’oiseaux. C’est comme ça que j’ai été embauché. Mon premier travail à la LPO consistait à aller dans les recoins de la région et à noter tous les oiseaux que je voyais. Le rêve !
Mais, au bout de quelques années, j’ai été lassé et déçu du fonctionnement associatif. Pour moi, l’engagement associatif doit viser à faire bouger le système, mais les ONG de protection de la nature en France sont complètement dans le système. Elles ont deux modèles économiques possibles : les subventions ou le don. Mais les gens adhèrent et donnent peu en France. Quant à la dépendance aux subventions, elle crée un fonctionnement aberrant. L’objectif principal n’est plus de résoudre tel problème environnemental, mais de payer les quatorze salariés et donc éviter de vexer le conseil régional, le conseil départemental, les « partenaires ». Par exemple, ne pas froisser EDF qui gère les barrages hydrauliques, parce que l’entreprise pourrait nous payer pour faire un suivi intéressant sur la biodiversité aquatique.
Quand j’étais salarié de la LPO à la région Paca [Provence-Alpes-Côtes d’Azur] sur les mammifères, le directeur m’avait interdit de parler, d’intervenir ou de faire une action sur le loup, par crainte de déranger des élus anti-loups qui financent l’association. L’association se contentait d’un petit communiqué ou d’une action juridique de temps en temps pour satisfaire les adhérents, mais il ne fallait surtout pas faire trop de bruit à ce sujet.
Une autre source de financement des ONG est les études d’impact préalables à un chantier…Oui, et cela produit toujours un débat interne. Certains disent qu’en faisant les études d’impact, on peut influer sur les projets. D’autres qu’on ne parvient jamais à faire bouger les choses et qu’on sert plutôt de caution. Ce n’est pas blanc ou noir, mais à cause des études d’impact et des subventions publiques, la marge de manœuvre des ONG est très faible, avec une autocensure immense.
Est-ce pour cela que vous avez quitté la LPO ?J’ai été fortement aidé dans ma décision puisque j’ai été licencié économique. Mais je pense que mon licenciement n’est pas étranger au fait que j’ai pris publiquement position sur certains sujets comme le loup. Paradoxalement, le fait que je sois engagé pour l’écologie gênait. Certains dirigeants redoutaient que cela donne une image d’association engagée. Dans les Hautes-Alpes, à la suite d’un recours juridique d’associations contre un arrêté préfectoral de tirs de loup, le préfet a dû retirer son arrêté et le président du conseil départemental a annoncé qu’il arrêtait les subventions à la LPO.
Quand on pense naturaliste, on imagine un explorateur découvrant de nouvelles espèces. Aujourd’hui, qu’est-ce que les naturalistes peuvent encore nous apprendre ?Dans certaines zones du globe, il reste plein de choses à découvrir. En Europe, la liste des espèces ne s’allonge plus trop, les seules nouvelles découvertes sont le fruit de la génétique. Par exemple, à la suite d’un séquençage du génome, on a « découvert » qu’il existait deux espèces de taupes différentes dans le Sud-Ouest… pourtant visuellement les mêmes !
Notre rôle n’est plus tant de découvrir que de préserver. Les naturalistes et les ONG font un énorme travail de recueil de données quantitatives, ce qui permet de voir les tendances. En recomptant les oiseaux, les mammifères, les insectes avec les mêmes protocoles année après année, on constate concrètement la baisse des animaux. Informer, alerter, c’est essentiel.
Comment voyez-vous la situation écologique aujourd’hui ?Catastrophique, désespérante. Le système libéral est totalement incompatible avec une réelle écologie. À l’inverse du discours des aménageurs, qui se plaignent de ne plus pouvoir rien faire à cause des normes environnementales, nos campagnes continuent d’être détruites.
L’unique amélioration est la prise en compte nécessaire des espèces protégées. Même si dans le principe « éviter, réduire, compenser » censé guider les politiques publiques, c’est toujours compenser qui est retenu, jamais éviter.
Par rapport aux autres enjeux écologiques, la biodiversité est très peu prise en compte. Les conseillers du ministère de l’Écologie sur ces questions, diplômés de grandes écoles, n’ont aucune culture naturaliste. On est obligé de leur expliquer le B.A-BA du fonctionnement d’un écosystème.

- « Dans un monde meilleur, il n’y aurait pas besoin d’ONG de protection de la nature et je serais photographe nature plutôt que naturaliste. »
Pourquoi ce manque d’intérêt pour la biodiversité ?
La déconnexion des gens avec la nature. Ils n’ont pas de contact avec un arbre, un oiseau. On me demande parfois : qu’est-ce que ça va changer dans ma vie si un crapaud disparaît ? Je réponds à cette question rhétorique par l’absurde. La disparition d’une espèce n’entraîne pas de bouleversement écologique et n’a donc pas de conséquence sur les humains ; mais, si l’on élimine tout ce qui ne nous apporte rien de concret dans l’immédiat, à la fin il ne restera rien. D’ailleurs, les effets cumulés ne sont jamais pris en compte dans les études d’impact. Quand il détruit une zone humide, l’aménageur indique que l’impact est faible puisqu’il ne s’agit que du millième des zones humides du département. Il n’y a pas de vision globale.
Malheureusement, on utilise souvent — et c’est mon cas, par déformation professionnelle — l’argument utilitaire de l’impact pour les humains parce que c’est le seul qui est écouté par les politiques et certains citoyens. Mais la question qu’on devrait se poser est : a-t-on le droit de faire disparaître une espèce ? Un crapaud est important pour lui-même. L’être humain ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de la réflexion sur l’avenir de la planète.
La conscience n’est pas le propre de l’humain, mais nous avons quand même une conscience particulièrement développée de nos actes. Cela nous confère une responsabilité de faire attention aux conséquences et le devoir de ne pas détruire.
Faites-vous le lien entre connaître la nature et de la protéger ?Il n’y a pas besoin d’une connaissance précise pour une protection globale. Du moment qu’on refuse que la prairie soit détruite et qu’on ne veut pas d’un nouvel aéroport, peu importe si ce qu’on protège est telle ou telle sous-espèce de tulipe sauvage. Et à l’inverse, des gens passionnés par l’observation et l’étude des animaux sauvages prennent l’avion tous les ans pour aller voir tel oiseau en Australie ou la banquise qui fond !
La connaissance naturaliste peut être utile quand il s’agit d’empêcher concrètement un projet. Il faut avoir la connaissance technique pour identifier une espèce, savoir si elle est protégée et comment faire un recours. C’est par défaut qu’on a besoin de nous. Dans un monde meilleur, il n’y aurait pas besoin d’ONG de protection de la nature et je serais photographe nature plutôt que naturaliste.
Que pensez-vous des programmes de sciences participatives entre le Muséum national d’histoire naturelle et nombre d’ONG, avec cette idée qu’en encourageant les gens à observer, on les sensibilise à la protection ?Même si on parvient à intéresser les gens au monde sauvage, cela n’empêche rien car ils sont pris dans un système de consommation. Quand Nicolas Hulot faisait ses émissions télé sur l’Amazonie, il donnait envie aux gens d’aller voir la forêt, donc de prendre l’avion. On pousse davantage les gens à agir quand on leur montre le côté crade. Au départ, c’est surtout voir des petits jardins ouvriers, des friches ou des petits bouts de forêt disparaître à côté de chez moi qui m’a poussé à agir. Il faut que ce soit concernant.
Pourtant, vous partagez aussi sur les réseaux sociaux des quiz sur les empreintes d’animaux, les chants d’oiseaux… Pourquoi ?Parce que si je pense qu’il faut choquer, je n’en suis pas sûr non plus. J’essaie de voir ce qui marche et ce que font les autres. Souvent, les ONG font 80 % de caméra cachée dans les abattoirs, 20 % de petit agneau gambadant dans l’herbe.
D’après vous, contre quoi faut-il se battre en priorité pour protéger la biodiversité ?Contre soi-même. Le système politico-économico-social est incompatible avec une réelle mise en œuvre d’un programme écologique. Au ministère, c’est totalement verrouillé. Pour changer le système, il faut que les gens le veuillent et luttent contre leur envie de confort facile. J’ai des amis naturalistes qui tiennent un discours écolo mais prennent l’avion cinq fois par an pour le bout du monde. Moi-même, j’ai un smartphone depuis peu de temps. Si l’on ne remet pas en question son mode de vie, on ne peut pas demander à un gouvernement de devenir écolo.
Comment avancer dans ce combat ? Comment choisissez-vous vos actions, par exemple votre appel pour la suppression du rayon chasse de Decathlon ?J’agis avec mes petits moyens là où je pense pouvoir être le plus efficace. Les animaux et la nature sont mon cœur de métier et mon intérêt premier et je connais bien la chasse. Si j’étais ingénieur physicien nucléaire, je m’intéresserais aux centrales nucléaires.
J’essaie de cibler une action et d’obtenir quelque chose. Je ne vais pas obtenir tout seul la fin de la chasse aux oiseaux migrateurs. Mais Decathlon, une enseigne parmi les préférées des Français, vend des produits de chasse et participe à faire accepter socialement cette activité comme un loisir. Si l’on arrive à faire bouger ça ou au moins à le médiatiser, peut-être que les gens se diront qu’il n’est pas normal qu’un loisir se pratique avec un fusil.

- « S’il n’y avait plus d’élevage, les cultures serviraient principalement à l’alimentation humaine. »
Vous parlez beaucoup d’actions individuelles. Est-ce parce que pour vous la lutte ne passera pas par des structures organisées comme les ONG et les partis politiques ?
Les ONG peuvent être très efficaces pour obtenir de petites choses concrètes. Ces dernières décennies, il y a plein d’exemples d’espèces protégées grâce à des ONG, de recours d’ONG qui ont permis d’éviter la destruction de telle zone… Mais ce sont des victoires ponctuelles, qui ne nous font jamais changer de direction.
Vous vivez à la campagne, auprès de chasseurs et d’éleveurs et vous luttez contre la chasse et les tirs de loup. Comment mobiliser en milieu rural sur ces questions qui peuvent être très clivantes localement ?Je cherche à parler au plus grand nombre. Mais je ne dépense jamais d’énergie à essayer de convaincre quelqu’un qui ne sera jamais d’accord. Quand j’habitais dans la Drôme, mon voisin agriculteur était chasseur ; il n’était pas d’accord avec moi mais je n’allais pas me lancer dans un débat avec lui.
Je ne vais pas changer de discours pour autant. C’est pour ça que certains petits éleveurs me détestent. Je les connais, je connais leurs moutons, je vois ce qu’ils font. Ça les dérange que je raconte ce qui se passe. Pareil pour la chasse. Quand j’étais dans la Drôme, j’ai diffusé la photo d’un cerf tué par les chasseurs, en masquant les visages. Pour moi, c’était de l’information. Un chasseur a réagi en venant me menacer de mort chez moi : il a sorti une balle de sa poche et m’a dit qu’elle me finirait entre les deux yeux si je n’arrêtais pas de dire du mal de la chasse.
Si un gars de Paris parle de la chasse, comme les chasseurs se revendiquent de la ruralité, ils jouent sur le clivage ville/campagne. Mais si c’est un mec de la campagne qui le fait…
Pensez-vous qu’il y a trop d’urbains et qu’il faut réinvestir les campagnes pour changer notre rapport à la nature ?Si beaucoup de gens de la ville allaient vivre à la campagne, les campagnes deviendraient la banlieue. Il y a déjà beaucoup d’étalement urbain et de zones dortoirs en périphérie des villes. En parallèle, les surfaces agricoles déclinent, de moins en moins de gens y travaillent et une grande partie des plantes cultivées servent à l’alimentation des animaux d’élevage.
On n’a pas besoin d’exploiter tous ces animaux et de les envoyer à l’abattoir, pour leur viande ou leur lait. S’il n’y avait plus d’élevage, les cultures serviraient principalement à l’alimentation humaine et on aurait besoin de moins de terres agricoles. On pourrait adopter des modes d’agriculture moins chimiques, moins mécanisés, qui feraient travailler plus de monde — des gens qui s’installeraient à la campagne mais pour y travailler et la faire vivre. Certes, les prairies sont très importantes, mais on peut imaginer les maintenir en y installant des animaux qui ne serviraient pas à la production agricole, dans des fermes-refuges par exemple — ça existe déjà.
Les terres agricoles qui ne serviraient plus à l’alimentation animale pourraient être « réensauvagées ». Redevenir des zones humides par exemple, des milieux essentiels qui ont peu à peu disparu à cause de l’urbanisation et des pratiques agricoles. On pourrait aussi laisser évoluer spontanément des forêts, car les forêts exploitées sont beaucoup plus pauvres écologiquement.
Mais alors, comment reconnecter les gens à la nature en ville ?En leur montrant ce qui existe près de chez eux, la vie sauvage à l’intérieur des villes. Et en leur enseignant des rudiments de biologie : comment pousse une plante, vit un animal… On n’a pas besoin d’être au cœur de la campagne ou de la forêt pour connaître ça, et encore moins partir en voyage organisé sur la banquise ou en Australie. Et j’en reviens à ma première idée : se reconnecter à la nature, c’est bien, mais regarder ce qui ne va pas l’est autant, voire plus.

- « Sur des sujets aussi clivants, on s’en prend plein la tronche : des chasseurs qui menacent, des gens au ministère qui sont censés être des alliés mais qu’on en vient à considérer comme des adversaires, etc. »
Quelle serait la première mesure politique à prendre pour protéger la biodiversité ?
On pourrait revoir le statut des espaces naturels. Aujourd’hui, face à un projet d’aménagement du territoire, les naturalistes font des inventaires en espérant trouver des espèces protégées, parce que la protection des espaces est faible et que c’est la seule manière d’éviter ou de limiter la destruction d’un site. J’ai été contacté un jour par la Dreal [la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement] du Limousin parce qu’un agriculteur était en train d’assécher une zone humide et qu’elle n’arrivait pas à l’empêcher réglementairement. Elle avait trouvé des campagnols amphibies sur le site et voulait que je l’aide à rédiger un argumentaire technique sur cette espèce, pour montrer que l’agriculteur risquait de l’impacter avec son tracteur-pelle. Pour protéger une zone humide, on est obligé de recourir à l’argument d’une espèce ! Ces zones humides devraient être protégées en tant que telles.
Dans ce monde dans lequel on vit, est-ce que ça vaut le coup de faire des enfants ?Une mesure écologique individuelle forte est de ne pas faire d’enfant. Si l’on consomme végétarien, bio et local, qu’on essaie de ne pas trop prendre la voiture et l’avion, c’est pour réduire son impact ; une réduction d’impact encore plus forte est de ne pas créer un individu en plus qui produit tous ces impacts. Je n’ai pas d’enfant et je ne prévois pas d’en faire. Mais je ne me permettrais pas de juger les gens qui ont des enfants et je ne sais pas si un jour je ne serai pas rattrapé par la passion et les circonstances. Tout cela est tellement triste !
Qu’est-ce qui vous fait tenir malgré tout ?99 % du temps, l’action ou le combat ne va pas aboutir. En ce moment, avec une ONG, nous demandons au ministère de protéger le putois d’Europe, menacée à cause de la destruction de son habitat et du piégeage mais toujours classé comme nuisible. Les institutions, les naturalistes, le ministère, l’ONCFS [l’Office national de la chasse et de la faune sauvage], le Muséum, tout le monde est d’accord pour dire que l’espèce est menacée. Mais les gens du ministère disent que la protéger déplairait aux chasseurs. Les chasseurs ne s’intéressent pas au putois d’Europe, mais si on leur retire une espèce, ils vont hurler que c’est la porte ouverte aux interdictions. Donc, cette mesure ponctuelle nécessaire a peu de chances d’aboutir.
Je pars du principe qu’une action, normalement, ne va pas aboutir. Cela me permet de ne pas être déçu. Les rares fois où ça fonctionne, ça fait vraiment plaisir. En 2012, on a obtenu la protection du campagnol amphibie, une espèce rare mais assez répandue sur le territoire. Cela permet d’améliorer des projets d’aménagement. Je suis aussi porté par le soutien des gens. Sur des sujets aussi clivants, on s’en prend plein la tronche : des chasseurs qui menacent, des gens au ministère qui sont censés être des alliés mais qu’on en vient à considérer comme des adversaires, etc.
Enfin, quand je m’accorde des pauses, être dans la nature. S’asseoir au bord d’une rivière ou en montagne, arrêter le téléphone et regarder le paysage. Il reste des endroits préservés, même s’ils sont minoritaires. Hier, j’ai regardé le coucher du soleil au bord de la Drôme, à un endroit où la rivière est vraiment sauvage et où elle fait des tresses. C’était somptueux. On se dit « waouh ! merci la nature ». Ça aide à vivre !
- Propos recueillis par Lorène Lavocat et Émilie Massemin
Pour lire les autres entretiens de cette série consacrée à celles et ceux qui renouvellent la pensée écologique aujourd’hui, cliquez-ici.
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Chasseurs et forces de l'ordre.
- Par Thierry LEDRU
- Le 11/09/2020
Que parmi les chasseurs, il existe des crétins finis n'est pas surprenant. D'ailleurs, il y en a partout, dans tous les milieux. Ce qui me gêne considérablement dans ces témoignages, c'est le comportement des "forces de l'ordre". Chacun se fera son idée...
Intimidations, agressions… Quand les chasseurs font leur loi
https://reporterre.net/Intimidations-agressions-Quand-les-chasseurs-font-leur-loi
Durée de lecture : 9 minutes
11 septembre 2020 / Justine Guitton-Boussion (Reporterre)

Vendredi 11 septembre se tient le procès d’un chasseur, poursuivi pour violence, au tribunal de Draguignan. En 2019, il a agressé une femme parce qu’elle lui demandait d’arrêter de chasser près de sa propriété. Un cas loin d’être isolé : les associations constatent une augmentation de la violence envers les militants et les riverains anti-chasse.
« Ça fait un an qu’on est exilés. » D’une voix enrouée, Nathalia Covillault essaie de trouver ses mots pour exprimer sa douleur. Il y a dix mois, cette femme de 38 ans a été agressée par deux chasseurs, chez elle, à Forcalqueiret, dans le Var. Elle habitait sur son terrain depuis plusieurs années, dans une caravane, en compagnie de ses chevaux et de sa chienne, ses chats et ses poules. Le lieu avait été inscrit en tant que « Refuge LPO », pour y interdire la chasse. « J’avais remarqué beaucoup d’espèces d’oiseaux différentes sur mon terrain. Je voulais en faire un petit jardin d’Éden et le protéger au maximum », se souvient-elle.
Le doux rêve de Nathalia a volé en éclats le 15 novembre 2019, lorsqu’elle a demandé à deux hommes qui chassaient près de sa propriété de s’en aller. En quelques minutes, l’altercation a dégénéré. L’un d’eux, furieux que Nathalia les filme (sur un conseil du garde-chasse de Forcalqueiret), s’est rué sur elle, a frappé sa main pour la faire lâcher son téléphone, l’a bousculée puis poussée au sol. « Ils m’ont traité de pute, de salope, raconte Nathalia, la voix teintée de colère. Ils ont menacé de tuer ma chienne et de ’revenir fumer mes canassons’. C’est une phrase qui reste dans ma tête encore aujourd’hui. » Une fois les deux hommes partis, Nathalia a déposé plainte. Puis s’est retrouvée seule, terrifiée. « Je m’attendais à des représailles », explique-t-elle.
Trois semaines ont passé, avant qu’une bagarre n’éclate devant un bar de Forcalqueiret, impliquant le compagnon de Nathalia, un des chasseurs et le père de celui-ci. Deux jours plus tard, en pleine nuit, le père s’est introduit, armé, sur le terrain de Nathalia et a forcé la porte de son habitation. Paniquée, la Varoise et son compagnon se sont barricadés et ont attendu les gendarmes. À leur arrivée, une heure plus tard, l’homme avait disparu.
« J’ai peur de retrouver mes chevaux avec trois balles dans la tête »
« À partir de là, le cauchemar a commencé, souffle Nathalia. J’ai fait un gros blackout, je ne me souviens de quasiment rien. J’ai passé la nuit à faire des crises de tétanie. On est allés déposer plainte, mais je ne m’en souviens pas vraiment. De ce qu’on m’a raconté, mes animaux ont été éparpillés, des amis se sont débrouillés pour les accueillir chez eux. En 24 heures, on a déplacé notre habitation mobile, on a enlevé toute notre vie du terrain parce qu’on a senti que si on n’avait pas surpris ce mec armé chez nous... » Nathalia ne finit pas sa phrase. Depuis un an, « 10.000 scénarios » tournent dans sa tête. Et si elle avait été seule chez elle, que se serait-il passé ? Est-ce que l’homme voulait seulement les effrayer ? Ou réellement leur faire du mal ?
En tout, Nathalia a reçu 16 jours d’ITT, 16 jours où elle a été « clouée au lit, incapable de manger, traumatisée ». La jeune femme n’avait plus ses animaux ni sa maison, avait perdu ses repères et ne se sentait pas soutenue par les forces de l’ordre. Désespérée, Nathalia a tenté de mettre fin à ses jours. Elle a dû se faire hospitaliser pendant un mois.
Nathalia vit désormais chez des amis (avec ses animaux qu’elle a réussi à rassembler), à une centaine de kilomètres de Forcalqueiret. « Il n’y a pas un seul jour qui passe sans que j’ai envie de rentrer chez moi, soupire Nathalia. Mais j’ai peur de revenir, de m’absenter pour faire des courses et de retrouver mes chevaux avec trois balles dans la tête. J’attends que les personnes qui m’ont fait du mal soient punies par la justice pour être en confiance avec mon avenir. »
L’audience de l’homme l’ayant frappé sur son terrain est prévue aujourd’hui, vendredi 11 septembre, au tribunal de Draguignan. Celle de l’individu s’étant introduit chez elle la nuit aura lieu le 9 octobre 2020. Nathalia espère qu’ils n’auront plus le droit de porter d’armes, et que leur permis de chasse leur sera retiré. Le même jour, un autre procès de chasseur se déroulera, cette fois au tribunal correctionnel de Privas, en Ardèche. En août 2019, un homme de 22 ans a abattu le chiot de quatre mois de ses voisins, au motif que celui-ci aboyait trop fort et risquait d’effrayer le gibier, à quelques jours de l’ouverture de la chasse.
« J’espère que tu vas prendre un coup de fusil un jour »
Selon différents collectifs de défense des animaux, ces cas sont loin d’être isolés. L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) recense de plus en plus de conflits entre habitants et habitués de la chasse. Elle énumère : en 2019, par exemple, des chasseurs ont tiré dans le jardin d’un éleveur de vaches en Ille-et-Vilaine. À Kerbors (Côtes-d’Armor), un riverain a été giflé et menacé de mort par des chasseurs venus sur son terrain. « Ça fait cinq ans que j’habite ici, cinq ans que je subis des agressions, témoigne l’homme, interrogé par Reporterre. J’ai perdu quinze kilos, ma famille ne me reconnaît plus. Pour moi, c’est une mafia française qui sème la terreur. » Il a porté plainte.
Fin août 2020, c’est tout un quartier de la ville de Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord, qui a été traumatisé par une partie de chasse. Celle-ci s’est déroulée sans interruption de 5 h 30 à 22 h. « C’était atroce, on se serait cru en période de guerre, raconte une habitante, citée par le journal local L’Observateur du Valenciennois [1]. Sous les yeux de nos enfants, nous avons assisté à un massacre en règle de 25 oies qui ne savaient plus dans quelle direction aller. Des plombs sont retombés sur les toits de nos maisons. » Quelques jours plus tard, des coups de fusil ont même été tirés vers les fenêtres d’une habitation. « Les gens se sont installés dans ce quartier car il est calme, et ils se retrouvent à avoir peur de sortir de chez eux », s’indigne Florence Masselot, déléguée locale du Nord à l’Aspas.

- Chaque semaine, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) reçoit des messages de menaces sur ses réseaux sociaux.
Aux agressions physiques et aux craintes de se promener en période de chasse, s’ajoutent désormais les menaces reçues sur les réseaux sociaux. Le naturaliste Pierre Rigaux milite contre la chasse depuis vingt ans, et a toujours connu des conflits avec les chasseurs. « Depuis que j’ai une page Facebook, précise-t-il, ça a décuplé. Avec des menaces de mort et de violence sur les réseaux sociaux notamment. » Les messages reçus chaque semaine vont de « J’espère que tu vas prendre un coup de fusil un jour » à « On va l’éjointer [couper le bout de l’aile des oiseaux d’élevage afin de les empêcher de voler] lui, il va manger ».
La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) n’est pas épargnée. Des photos de guillotine lui sont parfois envoyées sur Twitter et Facebook. « Les menaces se sont radicalisées avec l’apparition des réseaux sociaux, témoigne Yves Verilhac, directeur général de la LPO. Mais c’est aussi une forme de laxisme des dirigeants cynégétiques et agricoles qui ne condamnent jamais les actes délictueux et les menaces. » À la place, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) évoque sur son site internet un « chasse bashing » et propose un formulaire en ligne pour signaler « les violences morales, physiques et matérielles que les chasseurs subissent régulièrement ». Contactée, la FNC n’a pas répondu à notre demande d’interview.
« Le sujet n’est pas pris au sérieux »
Les poursuites judiciaires contre les chasseurs se produisent, mais rarement. « Il y a une impression que le sujet n’est pas très pris au sérieux par la justice », regrette Pierre Rigaux. En avril dernier, le naturaliste a été frappé par un chasseur, à quelques centaines de mètres de chez lui. À l’heure actuelle — cinq mois plus tard donc — l’agresseur n’aurait toujours pas été auditionné.
Souvent, les preuves viennent à manquer. « Ce qu’on dit aux riverains, c’est que leur premier réflexe doit être de sortir leur téléphone portable et d’allumer la vidéo, conseille Rodolphe Trefier, porte-parole du collectif Abolissons la vénerie aujourd’hui (Ava). Les images peuvent constituer des preuves. » L’association est notamment connue pour filmer des parties de chasse à courre. Les militants sont régulièrement gênés dans leur entreprise par des chasseurs qui les empêchent de tourner des images.
Plus que la pratique en elle-même, ce sont les sentiments de toute-puissance et d’impunité que des victimes dénoncent. « Je ne me considère pas comme une militante anti-chasse, je fais la part des choses sur le comportement de chaque individu, dit Nathalia Covillault. J’ai reçu beaucoup de soutien de la part de certains chasseurs sur les réseaux sociaux. Mes agresseurs sont surtout des voyous qui terrorisent les gens et les animaux. Ce n’est pas en payant un permis de chasse à 46 euros qu’on peut s’octroyer le droit de détruire des vies. »
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Mafia laborantine
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/09/2020
Juste pour informations , pour ceux et celles qui auraient encore un semblant de confiance envers le milieu médical. Nous ne sommes pas des "patients", nous sommes des clients. Et quant au problème de la sécurité sociale, le gouvernement, avant de taper sur les citoyens au regard de leur "consommation" devrait déjà enquêter, vraiment, profondément et puis sanctionner les pratiques de cet ordre. Des milliards à récupérer...
Les laboratoires Novartis, Roche et Genentech ont été condamnés à verser une amende de 444 millions d’euros pour « pratiques abusives » contre la concurrence.
Une usine du laboratoire suisse Novartis à Stein, en Suisse en 2017. | ARND WIEGMANN / REUTERS Ouest-Franceavec AFPModifié le Publié le
Novartis, Roche et Genentech ont été sanctionnés à hauteur de 444 millions d’euros pour « pratiques abusives » par l’autorité française de la concurrence, qui accuse les laboratoires d’avoir cherché à « préserver » les ventes d’un médicament traitant la dégénérescence maculaire (DLMA) au détriment d’un traitement concurrent moins cher. C’est la plus forte amende collective jamais prononcée par l’autorité à l’encontre de laboratoires pharmaceutiques.
Elle explique dans un communiqué que « les laboratoires Genentech, Novartis et Roche ont mis en œuvre un ensemble de comportements (abus de position dominante collective) visant à préserver la position et le prix du Lucentis, en freinant l’utilisation hors autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’anticancéreux Avastin ».
Un coût 30 fois plus élevé
Le Lucentis est un traitement de la DMLA, une maladie de la rétine liée à l’âge, développé par Genentech (qui a des liens capitalistiques avec les groupes Roche et Novartis).
Toutefois, les médecins se sont rendu compte qu’un autre médicament de Genentech, l’anticancéreux Avastin, avait des effets positifs sur la DMLA et se sont mis à le prescrire bien qu’il n’ait pas d’autorisation de mise sur le marché pour cette maladie.
Or, l’Avastin a un coût 30 fois moins élevé que le Lucentis : une injection du premier coûte 30 à 40 euros, contre 1.161 euros pour le second.
Novartis commercialise le Lucentis à l’échelle mondiale en dehors des États-Unis, et Roche l’Avastin.
Des pratiques « particulièrement graves »
Selon l’autorité de la concurrence, Novartis « a cherché à faire échec aux initiatives des médecins ophtalmologistes qui, dans le cadre de leur liberté de prescription, décidaient de prescrire Avastin, hors autorisation de mise sur le marché, en ophtalmologie ».
« Novartis, Roche et Genentech ont par ailleurs été sanctionnés pour avoir mis en œuvre un ensemble de comportements de blocage et pour avoir diffusé un discours alarmant, et parfois trompeur, auprès des autorités publiques sur les risques liés à l’utilisation d’Avastin pour le traitement de la DMLA ».
L’autorité juge que « les pratiques en cause sont particulièrement graves, car elles sont intervenues dans le secteur de la santé, où la concurrence est limitée, et plus spécifiquement, dans un contexte de débat public sur l’impact sur les finances sociales du prix extrêmement élevé du Lucentis », remboursé à 100 %.
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Dialectique notariale
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/09/2020
On vient de lire 43 pages d'acte notarial concernant la vente de notre maison et c'est consternant.
Je ne comprends pas l'objectif de cette dialectique alambiquée et absconce, pour employer un terme "savant".
Personnellement, je considère qu'un texte de cet ordre a pour objectif d'informer les deux parties concernées de leurs droits et devoirs. Il s'agit donc d'un "enseignement" dans le sens où il s'agit de faire connaître les points inhérents à la loi. Mais alors quelle est l'intention inavouée d'utiliser des phrases, des termes, des tournures aussi hermétiques dans un document destiné au "grand public" ?
L'intention de montrer la "supériorité" des hommes de lois ?
Mais alors il ne s'agit pas d'enseignement. C'est même totalement son opposé.
J'ai passé 37 ans de ma vie à enseigner et si, à la fin d'une journée de classe, j'avais pris conscience que mes élèves n'avaient rien compris à mes propos, c'est moi que j'aurais tenu pour responsable. Pas eux.
Que dois-je en déduire ? Que le système législatif considère qu'il n'a pas à être compris. Que les études de droit octroient le droit de ne pas être compris. Qu'il existe un "no man's land" entre eux, les "spécialistes" et la plèbe.
Alors, je m'octroie le droit de considérer que ces gens ne nous sont aucunement supérieurs et bien au contraire qu'ils se sont soumis à un cadre stylistique qui leur ôte toute humanité. Toute personne acceptant de fait un système qui les différencie de l'humain et semble leur donner une quelconque supériorité est en réalité enchaîné et subordonné à ce système. Cet individu a abandonné sa liberté, volontairement, en imaginant atteindre un statut.
J'aurais plaisir à écouter ou à lire un notaire considérant que son rôle n'est pas de m'assommer mais de m'éveiller, non pas de me m'égarer mais de m'accompagner, non pas de se mettre à distance mais de se mettre à ma portée.
Il n'est aucunement justifiable que des textes de lois usent de cette dialectique. Ou alors il faudrait admettre que les lois sont au-dessus de l'humain. Non, elles ne sont pas au-dessus de l'humain. Elles doivent faire partie de l'humain. Et on ne peut adopter que ce que l'on comprend.
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Couchers de soleil
- Par Thierry LEDRU
- Le 07/09/2020
Les couchers de soleil sont pour moi des levers d'amour.
Il ne faut pas les quitter des yeux. Il faut en apprécier chaque instant, les boire jusqu'à la dernière goutte.
Ensuite, ils sont là, à l'intérieur.
J'en vois les nuances, les pastels, les mouvements, les rayonnements, j'étudie chaque détail, je fixe un point précis et je le regarde évoluer. Je reste là jusqu'à ce que le rideau de nuit tombe sur la scène.
J'ai fini par comprendre cette fascination que j'avais pour ces instants fugaces et uniques. Encore une fois, toujours et encore cette vie, cette création, l'énergie...Et qui d'autre que le soleil pourrait le mieux représenter tout cela ?
Je viens d'avoir 58 ans, il y a quelques jours, ce qui représente donc 21 170 couchers de soleil. C'est fou... J'ai mis beaucoup trop longtemps à les aimer à leur juste valeur.












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Conscience suprême
- Par Thierry LEDRU
- Le 04/09/2020
Voilà, jeté en vrac, ce à quoi je m'attelle depuis quelques temps : la conscience suprême. Je viens décrire ça d'un trait et je le publie sans le retoucher. C'est volontaire même si c'est désordonné. C'est un moyen pour voir comment tout cela va évoluer et de pouvoir revenir au point initial dans quelques temps.
L'acte ne contient en lui-même ni la réussite ni son échec.
L'acte n'existe qu'en fonction de celui ou celle qui l'accomplit mais l'individu qui l'accomplit, bien qu'il soit « existant » n'est pas pour autant « présent ».
C'est la qualité de présence qui déterminera la réussite ou l'échec mais cette qualité de présence n'existe pas non plus en tant que telle.
La qualité de présence dépend de l'extension de la conscience.
L'acte est une extension de la conscience dans l'instant présent.
Je pourrais masser Nathalie sans la masser en fait. Sans la conscience de l'acte, il s'agirait de gestes techniques mais ils ne porteraient rien. Au fil des années, (8 ans maintenant) au rythme d'un ou deux massages d'une heure par semaine, nous avons développé une conscience profonde de l'acte.
Il ne s'agit pas simplement d'une « concentration » car la concentration implique un effort.
Il ne s'agit pas davantage de « l'attention » car l'attention se porte sur l'environnement.
L'attention concerne ce qui nous environne : « Fais attention avant de traverser la rue. » L'individu n'est pas en lui-même mais en lien avec l'extérieur.
La concentration exclut l'environnement pour plonger l'individu au cœur du problème qui le concerne à l'instant T.
Néanmoins, on se concentre sur un réseau de pensées destinées à résoudre ce problème. « Concentre-toi si tu veux trouver la solution. »
Ce réseau de pensées ou cette arborescence est incompatible avec l'état de pleine conscience car il induit une tension, une pression, une intention, un objectif et par conséquent la peur de ne pas y parvenir.
La présence est un état de plénitude et cet état annihile toute tension. C'est en tout cas ce qu'il faut chercher à atteindre pour s'élever au-dessus de la concentration.
Quel est l'élément ou le paramètre indispensable pour atteindre cet état de plénitude et cette pleine conscience ? Comment s'extraire de l'enchevêtrement des pensées et des tensions qu'elles génèrent ?
Nous ne possédons pas d'interrupteur permettant de couper le flux des pensées.
Il s'agit donc de suivre une procédure, un protocole, un cheminement.
Une seule balise sera utile : l'amour.
L'amour pour l'être aimé mais également l'amour pour l'acte.
Il s'agit d'aimer, intégralement. Cet amour n'a pas besoin d'être porté par un objectif, une intention. Il contient en lui-même tout ce qu'il y a de plus beau. Il est au-delà de l'objectif car l'objectif est une notion temporelle qui concerne l'avenir et par conséquent le retour des pensées et de la peur alors que l'amour est intemporel.
L’objectif est une donnée du mental et le mental n’est pas une entité capable d’être « présent ». Il est systématiquement accroché au passé ou projeté dans le futur. Il n’existe qu’en dehors de l’instant.
L’amour, pour sa part, est là, maintenant. Il n'a pas besoin du temps pour exister. Et l’amour réel n’a pas d’objectif puisqu’il n’émane pas du mental. Tout objectif qui viendrait s’ajouter à l’amour priverait l’individu de cet amour. Si je massais Nathalie avec l’objectif constant de lui faire du bien, je ne serais plus dans l’instant et par conséquent, mes gestes ne seraient plus que des gestes techniques emplis de la peur de ne pas être efficaces.
Il en est de même dans la sexualité.
Il en est de même dans la marche en montagne.
De même en vélo. Dans le bricolage, dans le jardinage, dans la création artistique.
Tout cela semble impossible étant donné que l’acte prend forme avec un objectif. Quand je jardine, c’est pour que les plantes croissent. Quand je bricole, c’est pour parvenir à réparer ou à améliorer, je sais ce que je vise.
Oui, bien entendu.
Mais une fois que cet objectif est identifié, ce qui importe, ce qui est primordial, c’est de revenir à l’instant et d’aimer cet instant et ce qu’il propose.
On sait dans le cadre de la sexualité combien les pensées temporelles, du passé à l’avenir, contiennent de barrières à l’extension du plaisir. Il n’y a que l’instant présent qui puisse nourrir ce plaisir. Tout le reste relève du parasitage. C’est là que la pleine conscience relève de l’absolue nécessité. Tout ce que nous accomplissons ne peut être intégralement réalisé que dans la réalité de l'instant. Dès lors que le mental prend le contrôle, nous ne sommes plus dans l'instant et nous ne sommes donc plus dans l'amour.
« J’aime ma région. J’aime ma maison. J’aime mon chien. J’aime ma femme. »
Il est assez navrant de voir que notre langue n’a pas su différencier les états amoureux.
L’amour peut-il être sans « objet » ? Sans personne identifiée ? Peut-on simplement aimer ?
Mais aimer quoi ? Dirait-on.
Rien, justement.
Ou alors, il s’agirait d’aimer la vie en soi, c’est à dire que pour une fois, cet amour ne serait pas projeté en dehors mais s’étendrait en soi. Il ne s’agit pas de s’aimer soi mais d’aimer ce qui est en soi : la vie.
C’est là encore qu’intervient la pleine conscience. Comment « matérialiser » la vie en soi ? On pourrait se concentrer sur les battements cardiaques mais le cœur, aussi indispensable soit-il, ne suffit pas à la vie en soi. Rien de ce qui est en nous ne fonctionne sans le reste.
Rien de ce qui vit ne fonctionne sans l’énergie qui l’anime.
Mais nous ne possédons pas d’image précise de cette énergie.
Il n’y a rien de vraiment identifiable dans cet amour.
C’est un amour sans image.
C’est celui que j’aime.
De nombreuses fois, en tentant d’explorer cette dimension sans image connue, des flots d’images me sont venues. Et toujours l’infinie diversité de la création m’emportait dans une dimension inconnue.
C’est peut-être ça qu’on appelle « les états de conscience modifiée ».
Mais on pourrait penser également que dans notre état « normal », nous sommes dans un état de conscience modifiée, un état primaire que nous aurions dû quitter depuis bien longtemps. Est-ce « normal » d’être dans cet état « normal » quand on sait qu’il existe une dimension supérieure, extatique, suprême. Pourquoi nous sommes-nous habitués à la platitude quand nous pourrions vivre dans un état de plénitude ?
Que cherchent les gens qui pratiquent des sports extrêmes ? Que cherchent les gens qui se droguent ? Que cherchent les artistes au cœur de leurs créations ?
N’y a-t-il pas le goût perdu de cette conscience suprême qui coule en eux ?
Je me suis longtemps interrogé sur mes périodes mélancoliques. D’où venait cet état qui ne me ressemblait pas ?
Je suis convaincu que nous portons tous une nostalgie de la conscience suprême. Que cette conscience suprême est le lien qui unit toute la création.
L'humanité, dans son écrasante majorité, a perdu ce lien.
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Roman et faits divers
- Par Thierry LEDRU
- Le 02/09/2020
Un étrange et glauque faits divers me ramène à l'idée de départ du roman "Les héros sont tous morts".
"La tuerie de Chevaline."
Aujourd'hui, un corps et une voiture carbonisée ont été découverts dans un lieu très proche de cet ancien faits divers jamais élucidé.
Après la découverte d'un corps près d'une voiture calcinée à Chevaline en Haute-Savoie, les forces de l'ordre ont bouclé le secteur, le 2 septembre 2020. (GREGORY YETCHMENIZA / MAXPPP) Un corps a été découvert dans la matinée du mercredi 2 septembre à proximité d'une voiture en feu à Chevaline (Haute-Savoie), rapporte France Bleu Pays de Savoie. Il s'agit d'un homme, indique le parquet d'Annecy. "Les enquêteurs disposent à l'heure actuelle de plusieurs éléments concordants indiquant que la victime serait un homme âgé de 70 ans habitant la commune de Doussard, située à proximité", écrit la procureure de la République dans un communiqué.
Le corps du septuagénaire était fortement calciné au niveau des jambes, précise le parquet. Il était positionné à proximité d'un véhicule incendié dans lequel ont été découvertes deux armes d'épaule. "Les premières constatations établissent que le feu aurait démarré alors que la victime était assise à l'intérieur du véhicule et que celle-ci en serait ensuite sortie avant de succomber", poursuit la procureure.
Pas de lien établi avec la tuerie de chevaline
La brigade de recherches d'Annecy ainsi que la section des recherches de Chambéry ont été saisies de l'enquête pour recherche des causes de la mort. "Aucun élément ne permet à l'heure actuelle de faire état d'une éventuelle intervention d'un tiers, ni de faire un lien avec les évènements dits de la tuerie de Chevaline survenus il y a presque huit ans plus tôt", indique aussi le parquet.
C'est dans cette même commune que quatre personnes avaient été assassinées en 2012 sur une route forestière, la tuerie dite de Chevaline.“Tout rapprochement serait prématuré et malvenu”, a expliqué un peu plus tôt ce mercredi le colonel Nicolas Marsol, le patron des gendarmes de Haute-Savoie, à France Bleu Pays de Savoie. “En plus ce n'est pas au même endroit”, a-t-il ajouté.
Le 5 septembre 2012, trois membres d'une même famille et un cycliste avaient été tués. Une affaire qui n'est toujours pas résolue huit ans après les faits.
Tuerie de Chevaline : le mystère demeure
Cinq ans après les faits, le mystère reste entier et la tuerie de Chevaline n'est toujours pas élucidée.
Il est environ 16 heures, il y a cinq ans, lorsqu'un touriste britannique découvre sur un chemin forestier des bords du lac d'Annecy une voiture et quatre corps inanimés. Derrière le volant, un père de famille britannique d'origine irakienne, tué par balles. À l'arrière, son épouse et sa belle mère. À l'extérieur, un cycliste savoyard est lui aussi abattu. Seules survivantes, une fillette de 7 ans gravement blessée et une autre fillette découverte huit heures plus tard par les enquêteurs. Très vite, le cycliste est présenté comme une victime collatérale.
Moyens importants mis en place
L'enquête se penche vite sur l'histoire familiale. Le père de famille était en conflit avec son frère à propos de l'héritage de leur père. Autre piste, plutôt mystérieuse : la profession du père de famille. Il participait à la mise au point de satellites. Aujourd'hui, le mystère reste entier malgré les moyens importants déployés pendant des mois. L'arme du crime est toujours activement recherchée, un ADN trouvé sur place n'a toujours pas été identifié.
" Gaston avait armé son fusil. Il avait longuement observé la scène. Rien, aucun mouvement, aucun bruit, aucun râle. Il avait fini par s’approcher, l’arme en joue. Le premier corps prêt de la voiture. Le moteur tournait encore. Il s’appliqua à découper la scène en tranches, persuadé d’un sacré bazar, il ne voulait pas se faire surprendre par un gonze encore chaud. Pour un peu, il se serait cru à l’affût d’une bête, sensible au vent, aux bruits de ses pas sur les feuilles, à la lumière dans les frondaisons. Il aimait cette excitation maîtrisée.
Il s’approcha prudemment jusqu’à pouvoir poser le canon du fusil sur l’homme. Un costard noir, des chaussures de ville. Pas les fringues du gars qui vient pour une balade en montagne. Il avait pris une balle en pleine poitrine. Le trou était bien net, le sang avait dessiné une jolie auréole, une couronne écarlate qui l’émut. L’homme tenait toujours son flingue. Un bel objet, du bien lourd. Il regarda à l’intérieur de la voiture. Un autre homme affalé sur le fauteuil passager. Une balle dans la tempe. Elle était ressortie au sommet du crâne, ça faisait un cratère sanguinolent avec des mèches de cheveux collés comme des résidus de lave.
L’autre véhicule. Garé en face, à dix mètres, légèrement en biais. Il s’approcha sans jamais relâcher son attention. Un mouvement de corps, un blessé qui se serait traîné à l’abri dans un fossé, un bruit de moteur montant de la vallée…Tous les sens aux aguets, toutes les années de chasse comme une encyclopédie en service.
Il adorait cette chaleur dans ses tripes, quand il savait que l’échéance de la traque approchait, quand l’odeur de la bête parvenait à ses narines. Dans la vallée, il était reconnu. Le meilleur et il en était fier.
Un seul homme. Il était au volant. Pare-brise éclaté. Une balle lui avait explosé la mâchoire, un plombage de première catégorie. L’autre projectile s’était logé dans la gorge. Il y avait eu des giclées de sang, le volant était taché.
Quelque chose qu’il ne comprenait pas. Comment le passager de la première voiture avait-il pu prendre une balle dans la tempe et qu’elle ressorte par le haut du crâne ? Sans que le pare-brise soit atteint. Il fallait que le coup vienne d’en bas. Comme si le conducteur au sol lui avait tiré dessus. Alors qu’ils étaient dans le même véhicule. Il ne parvenait pas à construire un scénario plausible. Il contourna le premier véhicule et s’approcha du passager. La porte était ouverte, tentative de fuite avortée. Au bout du bras pendait une mallette en cuir noir. Une menotte dans la poignée, l’autre au bras du mort. Il fouilla dans la poche du veston. Il sortit une petite clé jaune. Il l’essaya sur la paire de menottes mais elle ne correspondait pas. Il inspecta la mallette et inséra la clé dans la serrure métallique. Un mécanisme très particulier, prêt à résister à tous les assauts. Il sentit son cœur s’emballer. Il tourna la clé. Un clic sourd. Il plaça horizontalement la mallette sur les genoux du mort. Il prit le couvercle et le souleva lentement.
Il n’en crut pas ses yeux. Des liasses de billets, des billets de cinq-cents euros. Des dizaines de liasses.
Il ferma sèchement le couvercle, tourna la clé, vérifia que le verrouillage était enclenché. Il laissa pendre la mallette et entreprit de fouiller minutieusement le macchabée. Poches intérieures, pantalon. Rien. Pas de clés pour les menottes.
Il n’avait pas de temps à perdre. Il devait disparaître.
Il souleva sa veste, glissa une main sous le tissu et sortit le couteau de chasse de son fourreau.
Il attrapa la main du mort et posa la lame.
Il ne lui fallut pas plus de deux minutes. Suffisait de tailler au niveau des articulations.
« L’entraînement sur les sangliers, ça aide, se dit-il. C’est bien plus solide qu’un bonhomme. »
Il libéra la mallette, prit la main tombée au sol et la lança au loin, sous le couvert des arbres.
Il réfléchit. Non, il n’avait rien touché d’autre que la main du mort et personne ne la retrouverait.
Il escalada le talus et disparut dans la forêt. La mallette sous le bras.
Combien y avait-t-il de pognon là-dedans ? La question ne le lâchait pas et il avait du mal à réfléchir. S’il descendait vers la ville, on risquait de le voir et si y’avait une enquête et que les flics cherchaient des témoignages, y’aurait sûrement un crétin qui parlerait de lui aux flics. Il valait mieux monter et passer la journée là-haut. Redescendre à la nuit, personne ne l’attendait, ça serait peinard. Peut-être même planquer la mallette et revenir la chercher plus tard. Avec un sac à dos, mettre le pognon dedans. Si un trou du cul le voyait se balader avec une mallette, ça causerait et le poison dans les petites villes, ça se répand vite. Putain, fallait pas déconner ! C’était une chance inespérée, avec ça il pouvait se payer les Antilles.
Réfléchir."
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Facebook : suppression du compte
- Par Thierry LEDRU
- Le 02/09/2020
J'ai fermé mon compte. Je n'y trouve plus aucun intérêt et je n'ai rien à y raconter. Cela ne signifie pas que les gens qui postent n'ont rien d'important à dire mais que ça ne compense pas le fait que ce système de "surveillance" de mon parcours sur internet me révolte. Je suis effaré de retouver des publicités commerciales qui correspondent à mes navigations sur la Toile : maison, vélo, montagne, randonnées, camping car, ski, alpinisme, permaculture, autonomie alimentaire, énergétique, approvisionnement en eau, biodiversité, littérature, philosophie, protection de la nature, environnement etc etc...Je ne compte plus les pages "sponsorisées" qui apparaissent ou les encarts publicitaires et je ne veux plus cautionner ça. Certains me diront que c'est ridicule étant donné que nous sommes pistés avec nos smartphones également, sauf que je n'utilise pas mon smartphone autrement que pour téléphoner.
Je supprime dès lors l'élément le plus intrusif.
D'autre part, il existe des centaines de blogs, forums, sites qui proposent des échanges constructifs, approfondis, des échanges pour lesquels je veux bien passer du temps sur la Toile. Je pense que FB a détourné un nombre considérable de gens vers des échanges superficiels et que c'est devenu une forme de seconde "télévision", juste un écran où chacun vient raconter des éléments de son existence sans que ça ne soit propice à des réflexions utiles. Ca n'est pas une généralité pour autant. Il y a certaines personnes et des groupes de discussions que je vais regretter. Mais je sais que je peux trouver sur la Toile des pages qui répondront à ce désir de partage.
Il s'agissait aussi pour moi de m'interroger sur le sens de cette participation à FB. Qu'est-ce que ça m'apportait ? Qu'est-ce que je venais y chercher ? N'y avait-il pas une contradiction entre mon mode de vie très solitaire et un désir de partage virtuel ? Le temps que j'y passais m'était-il vraiment utile ? Et quel effet cela a-t-il sur les problèmes évoqués ? N'y a-t-il pas une illusion totale de croire que de parler d'un sujet quelconque puisse avoir un effet ? De tous les sujets que j'ai traités depuis dix ans, y a-t-il une seule fois quelqu'un que ça a amené à une réflexion durable ? Ne sommes-nous pas enclins et invités par FB à passer sans cesse d'un sujet à un autre ? Cela ne ressemble-t-il pas finalement à cette société médiatique dans laquelle rien n'est réellement approfondi ? Et je ne parle pas des "informations" bidonnées, des vraies fausses informations, des distorsions, exagérations ou manquements. Qu'y a-t-il de vrai dans tout ce fatras ? Qu'y a t-til d'indéniable, d'incontestable, de certain ?
Il est clair que ces derniers mois, je n'étais sur FB que par respect pour mon éditrice. Il s'agissait de promouvoir mes romans publiés. Mais je voyais bien au fil de mes publications qu'il n'y avait que très, très peu d'intérêt de la part des "amis". Comme une forme de lassitude. Je les entendais dire : "Oui, on sait que tu écris des bouquins, c'est bon."
Quant à mes diverses réflexions que je m'appliquais à partager en plus de les écrire sur mon blog, il en était de même : très peu de répondant. Et comme je n'écris plus rien de mes réflexions, je n'avais donc plus rien à partager.
Je m'interroge d'ailleurs sur l'intérêt de garder ce blog.
Affaire à suivre.

