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  • Méditation du haut des cimes (17)

    Encore un très bel article sur le site de Nicolas Augier.

    Merci à lui. 

     

    https://www.hypnose-deconditionnement.com/blog/2017/12/06/julius-evola--meditations-du-haut-des-cimes

     

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    Julius Evola : Méditations du haut des Cimes

     

     

    Julius Evola : Méditations du haut des Cimes

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    Dans le monde moderne, il est deux facteurs qui empêchent de comprendre le sens qu’avait la spiritualité dans notre tradition la plus ancienne : le premier est le caractère abstrait de notre culture ; le second est l’exaltation d’une force dénuée de lumière.


    D’un côté, il est des gens qui identifient l’esprit à la simple érudition de bibliothèque ou d’amphithéâtre universitaire, aux jeux intellectuels de la philosophie, à l’esthétisme littéraire ou vaguement mystique. De l’autre, les jeunes générations ont fait du sport une véritable religion et ne voient rien d’autre que l’ivresse d’une séance d’entraînement, d’une compétition et d’un exploit physique : elles ont donc fait du sport un but et une idole au lieu d’en faire un moyen.

    Cette opposition apparaît même à certains comme une sorte de dilemme. En fait, de même que, chez « l’homme cultivé », il y a souvent une répugnance innée pour toute espèce de discipline physique, ainsi, chez les sportifs, la sensation de la force physique alimente souvent un mépris pour ceux qui, dans les « tours d’ivoire », s’en tiennent aux livres et à d’inoffensives batailles de mots. 

    En réalité, ce sont là deux erreurs, toutes deux fruits de la décadence moderne, toutes deux étrangères à la vision héroïque de l’esprit qu a constitué l’axe de notre meilleure tradition classique .

    On oublie trop souvent que la spiritualité est essentiellement un mode de vie et qu’elle n’est pas déterminée par ce qu’on a emmagasiné de notions, d’idées, de théories, mais par ce qu’on a réussi à faire vibrer dans les courants de son sang, et qui se traduit ainsi par une supériorité par une profonde noblesse de l’âme et du corps lui-même.

     C’est à ce point de vue qu’il est possible de comprendre une discipline qui, même si elle concerne les énergies corporelles, ne commence et ne finit pas avec elles, mais est un moyen de réveiller une spiritualité vivante, organique, dans le cadre d’une discipline de caractère supérieur ou intérieur. 

      Chez l’ascète, cette discipline est présente de façon pour ainsi dire négative. Chez le héros, en revanche, elle apparaît d’une façon positive, affirmative, qui est propre à l’Occident. La victoire intérieure sur les forces les plus profondes qui font surface dans la conscience dans les moments de tension ou de danger mortel est la condition du triomphe dans un sens extérieur, mais c’est aussi le signe d’une victoire de l’esprit sur l’esprit et d’une transfiguration intérieure. De là vient que, dans l’antiquité, le héros et l’initié furent pareillement auréolés de sacré et que des figures de héros furent considérées comme des symboles d’immortalisation. 

    Mais dans la civilisation moderne, tout vise à étouffer le sens héroïque de la vie. Tout tend à la mécanisation, à l’embourgeoisement, à la grégarisation méthodique et prudente d’être insatiables et dont aucun ne se suffit lui-même. La communication avec les forces profondes et libres de l’homme et avec celles des choses et de la nature est rompue, le démon des métropoles pétrifie toute vie, syncope toute respiration, contamine toute source. Qui plus est, des idéologies pacifistes attisent le mépris des valeurs qui, à d’autres époques, servaient de base à une organisation sociale plus rationnelle et plus éclairée ; car, dans les anciennes communautés, le sommet de la hiérarchie était occupé par la caste de l’aristocratie guerrière, tandis qu’aujourd’hui, dans les utopies pacifistes et humanitaires, on cherche à faire du guerrier une sorte d’anachronisme, un être dangereux et nuisible, qui, dans l’avenir, sera éliminé par une prophylaxie opportune, au nom du « progrès ».

      Étouffée, la volonté héroïque cherche d’autres voies, d’autres issues, à travers le filet des intérêts pratiques, des passions et des convoitises, qui se resserre chaque jour davantage. L’excitation que provoque le sport chez les modernes en est une expression. Mais la volonté héroïque doit être ravivée, reprendre de nouveau conscience d’elle-même et s’élever au-delà des limites de la matérialité. 

    Dans le combat contre les sommets et les vertiges des hauteurs, l’action est en effet libre de tout ce qui est machine, de tout ce qui affaiblit le rapport direct de l’homme avec les choses. Et, à l’approche du ciel et de l’abîme – dans la grandeur silencieuse et immobile des cimes, dans la violence implacable des vents et de la tourmente, dans la clarté désincarnée des glaciers ou dans la redoutable verticalité des parois -, il est possible de réveiller, par ce qui peut sembler d’abord un simple exercice physique, le symbole d’un dépassement, une lumière virilement spirituelle, et de communiquer avec les forces primordiales enfermées dans les membres du corps : l’effort physique du grimpeur est plus que physique et l’ascension victorieuse peut représenter quelque chose qui n’est plus simplement humain. Dans les anciennes mythologies, les sommets montagneux étaient considérés comme la demeure symbolique des « dieux », et c’est là un mythe, mais c’est aussi l’expression allégorique de quelque chose de réel, et dont on peut toujours faire de nouveau l’expérience en soi-même.

    Dans la vie – comme l’a fait remarquer Simmel après Nietzsche – il y a ce pouvoir étrange et presque contradictoire de s’élever jusqu’à ces sommets où le « surcroît de vie », la plus haute intensité de la vie, se transforme en un « plus-que-vivre ». Sur ces sommets, telle une chaleur transfigurée en lumière, la vie, pour ainsi dire, se libère d’elle-même, non pas dans le sens d’une suppression de l’individualité et d’une sorte de naufrage mystique, mais dans le sens d’une affirmation transcendante de l’individualité, dans laquelle l’angoisse, le désir, la soif et l’agitation incessants, la recherche de croyances, d’appuis et de buts humains font place à un état de calme dominateur. Dans la vie, et non en dehors d’elle, il y a quelque chose de plus grand que la vie. Et cette expérience – car il ne s’agit pas là de telle ou telle croyance ou théorie, toujours vaine et relative, mais bien d’une expérience qui est tout aussi réelle et indubitable que, par exemple, celle du plaisir ou de la douleur – cette expérience, disions-nous, a pour caractéristique d’être une valeur, elle-même, un bien en elle-même, alors que la vie ordinaire n’obéit qu’aux intérêts, aux choses extérieures ou aux conventions.

    Cette nature profonde de l’esprit qui se sent infini, toujours au-delà de lui-même, toujours au-delà de toute forme et de toute grandeur qu’il trouve en lui ou en dehors de lui, s’éveille et resplendit – dans la « folie » de ceux qui, sans but matériel, sans raison spécifique, sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à défier les sommets, portés par une volonté qui triomphe de la fatigue, de la peur, de la voix de l’instinct animal de prudence et de conservation.

    […]

    Grimper de rocher en rocher, de prise en prise, de crête en crête, inexorablement, pendant des heures – conscient de l’altitude et du danger imminent, enivrant – et enfin, après la dure épreuve de l’autodiscipline, la sensation d’une indicible libération, d’une solitude solaire et du silence, lorsque la cime est atteinte, la lutte couronnée de succès, l’angoisse maîtrisée, et que s’ouvrent des horizons vertigineux qui s’étendent sur des centaines de kilomètres, alors que tout le reste est plus bas – en tout cela on trouve vraiment la possibilité effective d’une catharsis, d’un éveil, d’une renaissance de quelque chose de transcendant.

     

    Julius Evola - Méditations du haut des Cimes

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    Tags : Julius Evola, Méditation du haut des cimes

     

  • Méditation et 3 ème âge. (16)

     

    Et si méditer améliorait le vieillissement ? C’est ce que suggèrent les résultats d’une étude pilote menée par des chercheurs de l’Inserm basés à Caen et Lyon. 73 personnes âgées de 65 ans en moyenne ont passé des examens d’imagerie cérébrale. Parmi elles, les « experts en méditation » (avec 15 000 à 30 000 heures de méditation à leur actif) présentaient des différences significatives au niveau de certaines régions du cerveau. En permettant une réduction du stress, de l’anxiété, des émotions négatives et des problèmes de sommeil qui ont tendance à s’accentuer avec l’âge, la méditation pourrait réduire les effets néfastes de ces facteurs et avoir un effet positif sur le vieillissement cérébral. Ces résultats ont été publiés dans la revue Scientific Reports.

    Avec l’âge, une diminution progressive du volume cérébral et du métabolisme du glucose apparaissent avec, pour conséquence, un déclin des fonctions cognitives. Ces changements physiologiques peuvent être exacerbés par le stress et une mauvaise qualité du sommeil. Ces deux derniers paramètres sont considérés comme des facteurs de risque de la maladie d’Alzheimer. Agir sur le stress et le sommeil pourrait donc faire partie de la panoplie d’outils utiles pour retarder le plus possible l’apparition de la maladie. Une des pistes de recherche, menée notamment à l’Inserm, se focalise sur l’aide de la méditation pour y parvenir.

    C’est ainsi qu’une étude pilote menée par des chercheurs Inserm de Caen et Lyon a exploré la possibilité que la méditation puisse décaler de quelques années l’âge auquel les changements cérébraux favorables au développement d’Alzheimer apparaissaient. Pour cela, ils ont étudié le fonctionnement du cerveau de 6 personnes pratiquant la méditation. « Les « experts » ayant participé à l’étude sont âgés de 65 ans en moyenne et ont entre 15 000 et 30 000 heures de méditation derrière eux. Nous les avons sélectionnés car ils pratiquent la méditation selon différents courants traditionnels bouddhistes ce qui nous permet d’avoir un panel représentatif », explique Gaël Chételat, chercheuse Inserm et première auteure de ces travaux. Puis les chercheurs ont comparé le fonctionnement de leur cerveau à celui de 67 témoins non-méditants eux aussi âgés en moyenne de 65 ans. Un groupe plus large de 186 personnes âgées de 20 à 87 ans a également été inclus pour évaluer les effets classiques du vieillissement sur le cerveau et mieux comprendre les effets particuliers de la méditation.

    L’ensemble des personnes ayant participé à cette étude ont été soumises à des examens neurologiques par IRM et TEP au sein de la plateforme d’imagerie biomédicale Cyceron à Caen. Des différences significatives ont été  mises en évidence au niveau du volume de la matière grise et du métabolisme du glucose. Dans le détail, les résultats d’examens montrent que le cortex frontal et cingulaire et l’insula des personnes pratiquant la méditation étaient plus volumineux et/ou avaient un métabolisme plus élevé que celui des témoins, et ce, même lorsque les différences de niveau d’éducation ou de style de vie étaient prises en compte. « Les régions cérébrales détectées avec un plus grand volume ou métabolisme chez les personnes pratiquant la méditation sont spécifiquement celles qui déclinent le plus avec l’âge », explique Gaël Chételat. Les effets de l’âge évalués dans cette même étude chez les personnes non-méditantes âgées de 20 à 87 ans se concentraient effectivement sur certaines régions bien particulières – les mêmes que celles qui étaient préservées chez les méditants âgés.

    Ces premiers résultats suggèrent que la méditation pourrait réduire les effets néfastes de ces facteurs sur le cerveau et avoir un effet positif sur le vieillissement cérébral, possiblement en permettant une réduction du stress, de l’anxiété, des émotions négatives et des problèmes de sommeil qui ont tendance à s’accentuer avec l’âge.

    Bien entendu, il s’agit d’une étude pilote donc il faudra réitérer ces observations sur des échantillons de personnes plus grands afin d’obtenir des résultats plus robustes. Par ailleurs, les chercheurs s’attellent aussi à comprendre quels sont les mécanismes qui permettraient à la médiation d’avoir cet impact positif sur le vieillissement cérébral.

    Les chercheurs auteurs de cette étude se sont vus attribuer un financement de 6 millions d’euros par la Commission européenne pour mener à bien un projet de plus grande envergure sur le bien vieillir nommé silver santé study. Ce projet permettra de mieux comprendre les facteurs de vie qui déterminent le bien vieillir, et de tester les bienfaits d’entraînements mentaux à la méditation ou à l’apprentissage de l’anglais sur le bien-être et la santé mentale des seniors. Il est coordonné par l’Inserm (Gaël Chételat, U1237, Caen) et regroupe dix partenaires dans 6 pays européens (la France, la Suisse, l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique et l’Espagne). Les premiers résultats devraient être connus en 2019.

  • Désirs et bonheur

    Aristote, autant que les Epicuriens ou les Stoïciens, s'accordent sur un point : seule une vie juste et droite peut nous faire accéder au bonheur véritable, c'est à dire durable. Il ne s'agit pas d'un bonheur qui ne serait qu'épisodique ou événementielle mais d'un état constant nourri par une conscience intègre et libre. Le bonheur qui ne serait qu'une joie est un leurre puisque la joie est une émotion et le bonheur un état.

    Pour les Epicuriens, si le plaisir est essentiel au bonheur, il n'en est pas la source mais un supplément. Si ce plaisir est par exemple nourri par un acte qui en lui-même porte atteinte à ce qui "est vrai, juste et bon" (les trois tamis de Socrate), ce plaisir est une tromperie puisqu'il ne peut s'accorder avec l'état du bonheur qui est fondamentalement moral, non pas une morale civique, sociale, éducative, mais une morale universelle : "“Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature”. Kant

    Certains désirs sont par conséquent incompatibles avec la morale universelle.

    Pour Kant, l'homme véritablement moral, doit filtrer ses désirs et ne garder que ceux qui répondent à une conduite potentiellement universelle, non pas par formatage, conditionnement, éducation, mimétisme, désir d'attachement et de reconnaissance, lâcheté, faiblesse, abandon, indifférence, ignorance mais par une conduite essentiellement fondée sur l'absence de trouble, autant sur un plan individuel qu'universel. Il s'agit pour lui d'un devoir et c'est l'application de ce devoir qui génère le bonheur.

    J'en viens donc à mon interrogation :

    Qu'en est-il de l'alimentation carnée qui réclame la mise à mort de l'animal ?

    Est-ce un acte moral ou un acte conditionné ?

    Au regard de nos connaissances sur les besoins biologiques et par l'évidente possibilité de se passer intégralement de la viande, est-il moral de tuer ? 

    Et si la réponse qui vient est qu'il en a été ainsi de tous temps, alors il ne faut pas s'étonner que l'humain soit toujours aussi apte à tuer ses semblables puisqu'il en a été ainsi depuis la nuit des temps...

    Je ne peux donc pas accorder à cette réponse une validité universelle. 

    Il n'est pas acceptable, moralement, de tuer, consciemment. 

    Bien entendu, les défenseurs du régime carné me répondront qu'ils n'ont pas tué l'animal qu'ils mangent.

    Est-ce que cela les délivre du mal qui a été commis ? Non, étant donné que l'animal a été tué parce qu'il existe des individus qui le mangent...

    Il faut bien prendre conscience que la mise à disposition de la viande animale par les gens qui tuent ne se fait que dans l'optique des consommateurs. 

    L'offre répond immanquablement à une demande. Le tueur n'est en rien responsable. Il agit conformément à la pression sociale. 

    On peut bien évidemment lui demander de tuer "proprement" mais la mort restera la même. On peut être mort en ayant souffert ou dans l'absence de souffrance mais l'état de mort ne change pas. 

    C'est un animal mort qui sera mangé. 

    La question finale est par conséquent inévitable :

    Est-ce que cette mort contribue à mon bonheur ou uniquement à mes désirs ? 

    Est-il moral que les désirs alimentaires soient érigés en valeur universelle dès lors que ces désirs contribuent à la souffrance et à la mort de milliards d'êtres vivants ?

    C'est là qu'il convient de ne plus regarder une barquette de viande ou un pâté de campagne comme un aliment mais comme un animal mort.

    Et ensuite de s'interroger sur le conditionnement envers nos désirs.

    Puis un peu plus loin, de l'impossible accès au bonheur dès lors que l'individu est manipulé par des désirs qui ne peuvent être érigés en valeur universelle.

    La boucle se ferme.

    A chacun de décider d'en sortir ou pas. 


     

    TOUS, SAUF ELLE

    extrait : 

    Laure était descendue au supermarché de la ville. Elle devait se réapprovisionner. Elle voulait manger des fruits. Une envie si forte qu’elle en avait rêvé. Elle ne comprenait pas sa réticence à manger de la viande depuis son réveil. Elle avait refusé les plats de l’hôpital et ne s’était alimentée qu’en fruits et légumes. Un dégoût si fort qu’elle en avait la nausée devant une assiette de viande. Elle avait pensé que ça passerait, que les médicaments pendant son coma avaient perturbé ses perceptions puis elle avait fini par accepter l’évidence.
    L’idée de manger un animal lui était devenue insupportable. 
    Elle s’était munie d’un simple panier à roulettes. Ses besoins alimentaires n’obéissaient à aucun désir. Juste une nécessité de survie. 
    Lorsqu’elle traversa l’allée des conserves, ses yeux se posèrent sur des boîtes de sardines et de maquereaux. Elle en avait mangé des quantités importantes pendant des années, elle en adorait le goût. 
    Elle eut un haut le cœur, une douleur dans la poitrine, l’impression d’être enfermée par des tôles étroites, des noirceurs huilées où pourrissaient les viandes.
    Elle s’échappa du couloir et se dirigea vers le rayon des fruits et légumes. 
    Le rayon boucherie et charcuterie se trouvait sur sa route et c’est en approchant des présentoirs que le malaise s’amplifia au point qu’elle s’arrêta. 
    Un vertige qui l’obligea à fermer les yeux. 
    Une odeur détestable l’enveloppa.
    Un sirop épais et amer coula dans sa gorge, un étouffoir, un filtre bouché, une suspension involontaire de son souffle. 
    C’est là qu’elle entendit les cris aigus des bêtes et elle en eut si peur qu’elle sursauta en regardant autour d’elle.
    Le sol était jonché de viscères.
    Des flaques de sang où trempaient des abats.
    De chaque présentoir à viande ruisselaient des coulées épaisses, des vomis d’entrailles lacérées.
    Des têtes de veaux aux yeux exorbités la fixaient.
    Des groins tranchés de cochons vociférant.
    Des serpentins d’intestins dégueulant des excréments.
    Des pyramides de boudins gélifiés couverts de mouches verdâtres, des agneaux agonisant suspendus par leurs pattes, le bruit de la viande martelée, le sursaut des corps électrifiés, les beuglements de terreurs, les carotides tranchées et les giclées de sang, les soubresauts de la vie qui s'efface.

    Un vacarme de guerre dans son crâne, le chaos des massacres. Elle étouffait sous le poids du charnier, elle se noyait dans les biles déversées.


    Elle sentit ses jambes se dérober et elle dut s’appuyer au montant d’une étagère.
    Le souffle haletant, le cœur aux abois.
    Elle recula en s’interdisant de hurler. 
    Elle ne comprenait pas sa solitude. Plus aucun client, plus aucune activité humaine.

    Juste ces monceaux de cadavres et les tressaillements des mourants.


    Elle recula encore et s’obligea à tourner la tête. Elle devina alors au bout d’une allée interminable un espace lumineux, comme au bout d’un tunnel. 
    Elle s’efforça de respirer calmement et n’y parvint pas. 
    Elle devait sortir, au plus vite, s’enfuir, s’éloigner de ce charnier, ne plus jamais y revenir.
    Elle en mourrait."

      

  • Lecture et enfance

    Non seulement je confirme cette baisse générale du niveau, vocabulaire et compréhension mais j'ajouterais prioritairement une absence de désir, voire même un rejet dès lors que le texte implique une réflexion assidue, une recherche de mots dans le dictionnaire, un travail de long terme, un véritable engagement intellectuel. 

    L'accompagnement par l'enseignant est une nécessité pour la plupart des enfants. D'autres, par contre, lisent avec une très grande facilité et un réel plaisir mais ce qui relevait d'une majorité, il y a vingt ans concerne désormais un petit groupe...

    Et c'est infiniment désolant. 

    Pour l'explication de ce désastre, il n'est pas nécessaire d'aller chercher bien loin : les écrans (télévision, oridnateurs, tablettes, smartphones) et s'y ajoute comme effet sur l'imaginaire, une très grande difficulté à "visualiser" ce que le texte raconte. 


     

    Lecture : le niveau des écoliers français ne cesse de baisser.

     

     

    INFOGRAPHIE - L'Hexagone arrive en 34e position du classement international Pirls réalisé tous les cinq ans. La Russie et Singapour caracolent en tête.

    À 10 ans, un écolier français lit moins bien que ses camarades européens, exception faite de la Belgique francophone. C'est ce que révèle le dernier «Programme international de recherche en lecture scolaire» (Pirls)*, réalisé en 2016 auprès des élèves de 50 pays du monde, à la fin de leur quatrième année de scolarité obligatoire - en CM1 donc, pour la France - et publié ce 5 décembre. «Il y a dans le monde plus de bon lecteurs qu'il y a 15 ans», constate l'édition 2016 de cette étude menée tous les cinq ans. Pour autant, deux pays enregistrent un résultat inférieur à 2001, année de lancement du programme: les Pays-Bas et la France...

    L'Hexagone arrive en 34e position du classement, avec 511 points, juste au-dessus de la moyenne internationale (500). Derrière elle, des pays comme le Chili (494), Malte (452), le Maroc (358) ou l'Égypte (330). Devant elle, l'Espagne (528), le Portugal (ex aequo à 528), l'Allemagne (537), l'Italie (548), les États-Unis (549) ou encore l'Angleterre (559).

    » LIRE AUSSI - Blanquer veut que les enfants lisent plus

    Entre 2001 et 2016, les résultats de la France ont suivi une courbe obstinément déclinante, avec pas moins de 14 points perdus. Pourtant, le pays dispose d'atouts avec une école maternelle qui fait sa fierté.

     

    Classe dédoublée et méthode syllabique

    Dans le haut du classement, la Russie (581) et Singapour (576) tirent magistralement leur épingle du jeu et gagnent respectivement une et deux places par rapport à l'édition 2011. Le petit pays asiatique, qui a déjà fait parlé de lui pour ses performances en maths - la fameuse méthode de Singapour a fait des émules en France -, vient confirmer la vigueur d'un système éducatif qui a entrepris sa réforme il y une vingtaine d'années. En Russie comme à Singapour, un quart des élèves atteint en lecture le niveau «avancé», le plus élevé sur les quatre définis par Pirls. À titre de comparaison, seuls 4% des élèves français entrent dans cette case en France...

    » LIRE AUSSI - La baisse du niveau scolaire, préoccupante, se confirme

    Que mesure précisément Pirls? «L'aptitude à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit que requiert la société (...) Les jeunes lecteurs lisent pour apprendre, pour s'intégrer dans une société où la lecture joue un rôle essentiel et pour leur plaisir», explique l'Association internationale pour l'évaluation du rendement scolaire (IAE), à l'origine de l'étude. Parmi les compétences mesurées, si les élèves français s'en sortent plutôt bien sur l'item «prélever des informations explicites et faire des inférences directes» (+9 points au-dessus de la moyenne), ils ont beaucoup plus de mal lorsqu'il s'agit d'interpréter et d'évaluer (-10 points).

    À 11h30, Jean-Michel Blanquer, successeur de Najat Vallaud-Belkacem Rue de Grenelle, en poste depuis six mois, tiendra une conférence de presse pour commenter ces résultats et proposer son plan de bataille. Celui-ci est déjà connu: des CP et CE1 dédoublés dans les zones d'éducation prioritaire pour asseoir l'apprentissage de la lecture, une impulsion donnée autour de la méthode syllabique, et une mobilisation avec le ministère de la culture «pour susciter l'envie de lire chez les enfants et les jeunes». Après l'étude 2014 du service statistique de l'Éducation nationale (Depp), expliquant que les élèves de CE2 pêchent sur la compréhension de l'écrit et une 19e position dans ce domaine lors du dernier Pisa publié en décembre 2016, comment briser la tendance?

    *319 000 élèves, 310 000 parents, 16 000 professeurs et 12 000 écoles de 50 pays ont participé en 2016 à Pirls, programme mené par l'Association internationale pour l'évaluation du rendement scolaire (IAE), qui dépend du Boston College.

  • Harcèlement sexuel

    Je ne comprends même pas comment des "hommes" peuvent se comporter de la sorte. 

    C'est au-delà de ma capacité de raisonnement.


    Dix femmes reviennent sur les lieux publics où elles se sont fait harceler

    "Elle se réapproprient ce qui leur est arrivé", confie la photographe Eliza Hatch.

     03/12/2017 04:48 CET | Actualisé 03/12/2017 04:49 CET

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    HARCÈLEMENT - Il y a quelques mois, Eliza Hatch marchait dans la rue, à Londres, quand un homme l'a dépassée en lui demandant de "sourire". Ces mots ont poussé cette photographe de 23 ans à créer un projet poignant sur le harcèlement sexuel, judicieusement intitulé Cheer Up Luv ("Un p'tit sourire, ma belle").

    Cette série de photos montre des dizaines de femmes dans les différents endroits où elles se sont fait siffler ou harceler sexuellement. Chacune raconte son expérience; beaucoup de ces agressions se sont produites dans des lieux publics: un trottoir, au coin de la rue, un banc...

    Eliza Hatch raconte au HuffPost américain qu'après avoir entendu cet inconnu lui réclamer "un p'tit sourire", elle s'est sentie très en colère. "Cette phrase, que j'entends régulièrement, a fini par m'énerver à tel point que j'ai eu besoin de faire quelque chose", confie-t-elle. "Cela m'a poussée à aborder le sujet du harcèlement avec mes amies. Nous avons fini par échanger sur nos expériences pendant plus d'une heure, en parlant du harcèlement sexuel comme si c'était la chose la plus banale qui soit."

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  • Se ressourcer

    L’image contient peut-être : ciel, nuit, nuage, plein air et nature

    Je sais bien que la tournure prise par ce blog peut déplaire et que la quantité d'articles analysant l'état de la planète tout autant que ceux se projetant dans un avenir plus que sombre, tout cela ne plaide pas pour des lectures amusantes, distrayantes, légères...

    Je ne suis nullement impatient de ce chaos probable et je ne le souhaite aucunement. Je cherche juste à en connaître les raisons et à en prévoir les effets. Tant mieux si je me trompe. 

    Mais comme le dit Anémone dans l'article précédent, il y a suffisamment d'études pour comprendre que nous n'allons pas vers un horizon dégagé et joyeux.

    Bien que tous ces articles, qu'ils soient personnels ou grapillés sur le net, ne reflètent pas un grand bonheur ou une sérénité bienheureuse, je dois préciser qu'il n'en est rien.

    Je ne suis nullement un esprit sombre.

    Je suis sorti cette nuit admirer la lune et à sept heures, ce matin, elle m'a offert un spectacle merveilleux.

    J'aime infiniment la Nature et elle me comble de bonheur.

    J'aime infiment la Femme de mon coeur et elle me comble de bonheur.

    J'aime infiniment nos enfants et ils nous comblent de bonheur.

    J'aime infiniment mes parents pour la vie qu'ils m'ont donnée et leur accompagnement aimant tout au long de cette vie. 

    J'aime mon existence et ce qu'elle m'a permis de devenir.

    J'aime mes épreuves et mes moments de paix. 

    C'est là que se trouve ma joie de vivre.

     

    Tout le reste n'est qu'une analyse du monde dans lequel je me trouve. Que cette analyse soit inquiétante, désolante, déprimante, révoltante, abominable, elle n'en reste pas moins que l'analyse partielle du monde et c'est bien évidemment insignifiant et sans aucun effet sur rien. Ce ne sont que des réflexions issues de mes regards, de mes centre d'intérêts, de mes convictions, de mes expériences. 

    Tout cela ne peut atteindre mon bonheur de vivre. 

    Je ne crois pas que le fait de savoir préserver son bonheur soit un acte égoïste. Même dans les pires situations. A quoi cela servirait-il que je sois triste, désemparé, horrifié, au point d'en délaisser ma joie de vivre, au point de l'enlaidir, au point de sombrer dans les noirceurs que je veux dénoncer ? 

    Imaginons un mur gris, ancien, délavé, craquelé, fissuré... Si je m'obstine à en décrire l'état, je ne change rien à ce mur. Si par contre, j'y peins un soleil, je crée une ouverture...

    L'ouverture dans le mur, elle est en photo, en haut de page. La beauté de la Nature.  

     

     

  • Anémone

    Scooped by Le spectateur de Belleville

    Scoop.it!

    Un apéro avec Anémone : « Je veux renouer avec la vie de légume que j’affectionne »

    Un apéro avec Anémone : « Je veux renouer avec la vie de légume que j’affectionne » | Revue de presse théâtre | Scoop.it

    From abonnes.lemonde.fr - December 2, 11:29 PM

    Par Sandrine Blanchard dans M Le magazine du Monde 


    Star-system, maternité, pollution, la comédienne balance sur tout et milite surtout pour le droit à l’oubli.



    Je me faisais une joie de rencontrer Anémone. L’inoubliable Thérèse du Père Noël est une ordure, l’émouvante Marcelle du Grand Chemin – qui lui valut un César de la meilleure actrice en 1988 – la touchante Mélanie du Petit prince a dit, la comédienne populaire au réjouissant franc-parler.

    Le lieu du rendez-vous n’a rien d’exotique. C’est un bar d’hôtel impersonnel, comme il y en a des centaines à Paris, coincé entre la rue de Rivoli et le Forum des ­Halles : le Tonic Hotel. Elle y réside le temps d’une pièce de théâtre et s’en échappe dès qu’elle le peut pour rejoindre sa maison perdue dans le Poitou, où elle s’est retirée depuis vingt ans.

    Je la retrouve tassée dans un fauteuil, emmitouflée dans une chemise de bûcheron et un gilet jacquard. Les cheveux gris, courts et clairsemés, des lunettes rondes qui lui mangent un visage émacié, Anémone est plongée dans le dernier livre de Naomi Klein, Dire non ne suffit plus (Actes Sud, 224 p., 20,80 euros). Elle paraît fatiguée. Seule sa voix n’a pas changé.

    « On se grouille, hein »

    Je voulais prendre un apéro avec elle, on se retrouve à l’heure du goûter. Montant sur scène à 19 heures, difficile de partager le verre de vin blanc qu’elle prend chaque soir avant de jouer. Ce sera un thé noir sans sucre et l’inquiétude permanente d’être en retard pour aller au théâtre. Elle nous annonce qu’elle n’a qu’une petite heure à nous consacrer, après, elle se « casse ». Mais le photographe doit arriver dans une heure… Ça l’« emmerde », les photos. Elle n’est pas maquillée et ne se maquillera pas. Finalement, elle se plie à la séance de prises de vue, mais « on se grouille, hein », prévient-elle.

    Dans moins de deux heures, elle doit rejoindre le Palais des Glaces pour interpréter une « mamie zinzin ». C’est ainsi qu’elle nomme son personnage de vieille dame atteinte d’Alzheimer dans Les Nœuds au mouchoir. Elle y est drôle et émouvante, subtile, juste et touchante. « Après ça, j’arrête. J’en ai marre, j’ai envie qu’on m’oublie », jure-t-elle. Anémone n’aspire qu’à une chose : « Ne rien faire, renouer avec la vie de légume que j’affectionne. Buller sur mon canapé à la campagne. La ville ça pue, ça fait du bruit. »

    Ecologiste de la première heure

    En Tatie Danielle de la fin du monde, elle s’épanche bien davantage sur notre planète – qu’elle juge définitivement foutue – que sur sa carrière. Parle avec plus d’assurance des dégâts causés par le glyphosate de Monsanto et des bienfaits de la permaculture que de cinéma et de théâtre.

    Ecologiste de la première heure – elle a voté René Dumont en 1974 –, soutien d’Attac dès sa création, l’actrice a été très tôt sensibilisée aux désordres de l’environnement grâce à ses lectures (Printemps silencieux, de Rachel Carson, Plon, 1963), et à son frère, l’agronome Claude Bourguignon. « Il faisait de l’ornithologie. Voyant disparaître leur sujet d’étude à vive allure les ornithologues ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme. J’ai grandi avec ça. »

    Elle garde un souvenir « génial » du forum des altermondialistes à Porto Alegre au Brésil et se scandalise du regard méprisant porté pendant longtemps sur les écologistes. « On nous traitait de fous, de Cassandre, peste-t-elle. Alors que c’est frappé au coin du bon sens : on ne peut pas rêver d’une croissance infinie de la population et de la consommation individuelle sur une planète qui n’est pas en expansion. »

    « C’EST UNE LOI DE LA BIOLOGIE : TOUTE ESPÈCE PROLIFÉRANTE ARRIVÉE AU STADE DE LA PULLULATION (CE QUI EST LE CAS DE L’ESPÈCE HUMAINE) CONNAÎT UN CRASH DÉMOGRAPHIQUE À LA HAUTEUR DU BOOM QUI A PRÉCÉDÉ. JE NE VOIS PAS POURQUOI ON FERAIT EXCEPTION. »


    Aujourd’hui, elle envoie tout balader, ne veut même plus se révolter parce que « c’est trop tard, toutes les études convergent. Il y a cinquante ans, on aurait pu faire autrement. Maintenant, démerdez-vous. Ça va finir avec de grands bûchers. On n’arrivera plus à enterrer les gens tellement ils mourront vite. »

    Et Anémone d’enfoncer le clou de la désespérance : « C’est une loi de la biologie : toute espèce proliférante arrivée au stade de la pullulation (ce qui est le cas de l’espèce humaine) connaît un crash démographique à la hauteur du boom qui a précédé. Je ne vois pas pourquoi on ferait exception. » Et dire que je pensais me marrer en la rencontrant…

    Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Anémone a toujours voulu être actrice. Ni à cause d’un film ou d’une actrice en particulier, non, elle est « née comme ça ». Point barre. « Je prenais des cours de danse à la Schola Cantorum, à Paris, j’ai repéré un cours de théâtre juste à côté, et puis voilà. J’ai traîné aux terrasses des bistrots, et j’ai rencontré des artistes. »

    Issue d’un milieu bourgeois, des médecins « plutôt de gauche », elle n’était « pas spécialement rebelle », mais trouvait « les hippies plus marrants que les banquiers. Ma mère avait foutu le camp à la campagne, mon père était tout le temps au boulot. Du coup, je me suis fait des copains », résume-t-elle.

    Fâchée avec le Splendid

    Du café-théâtre du Splendid, elle garde un souvenir de « grande marrade », mais s’est fâchée à jamais avec la troupe pour des histoires d’argent. Une fâcherie « définitive », insiste-t-elle, « car je suis têtue comme une mule ». Et en plus, « j’ai découvert avec stupéfaction qu’ils étaient de droite ». Décidément, rien ne va.

    Son métier de comédienne, voilà bien longtemps que le star-system l’en a dégoûtée. « Je n’avais pas choisi d’être vendeuse de films. Les professions artistiques sont devenues des produits d’appel. Le fric s’est jeté dessus. Les promos et le temps consacré au contrat et au pognon, ça me fait chier. » En fait, tout la fait chier, Anémone.

    « J’AURAIS SÛREMENT EU UNE CARRIÈRE DIFFÉRENTE SANS MES ENFANTS, CAR LA MARMAILLE, ÇA VOUS PREND BEAUCOUP DE TEMPS, D’ÉNERGIE, DE FRIC. »


    Mais comme elle a des gosses (un garçon, une fille), il fallait bien qu’elle gagne sa vie, alors elle s’est pliée, un temps, à « ce monde de fous » et a accepté quelques nanars « pour son banquier ». Ah, les enfants ! Il y a quelques années, elle a brisé un tabou à la télévision en avouant qu’elle regrettait de les avoir faits, poussée par la pression sociale selon laquelle, si on n’a pas d’enfant, on n’est pas une vraie femme.

    Ses gosses, elle les aime – « les pauvres, ils n’y sont pour rien » – mais, dit-elle aujourd’hui, « j’aurais sûrement eu une carrière différente sans eux, car la marmaille, ça vous prend beaucoup de temps, d’énergie, de fric ». Des documentaristes de la télé québécoise l’ont récemment contactée pour un sujet sur les femmes qui ne veulent pas d’enfant. Ce projet l’a ravie. Enfin quelque chose qui lui fait plaisir !

    Pour le reste, elle en a marre de « ce monde basé sur le profit », de cette « ploutocratie mondialisée ». Elle ne vote plus car, qu’ils soient de droite ou de gauche, les politiques sont tous « des crétins et des menteurs » et en a « ras le bol de jouer », d’autant qu’à Paris, les salles sont à moitié vides. Et pour couronner le tout, « Trump l’andouille va nous foutre une guerre ».

    Ah si ! Elle est « très contente » d’être vieille « parce qu’on n’a plus rien à foutre de rien ». L’actrice n’attend plus qu’une chose : la dernière représentation des Nœuds au mouchoir, le 31 décembre. Après, basta. La « cossarde » repart dans le Poitou bouquiner.


    Elle a toujours été une grande lectrice. De romans, quand elle était jeune, puis d’essais sur l’économie. D’Alain Minc à Frédéric Lordon, de Milton Friedman à Yanis Varoufakis, elle a tout lu, s’est passionnée pour cette matière et s’est convaincue que « les alters sont les plus intéressants ». Anémone tire sa révérence et ne souhaite bonne chance à personne. Même pas à ses enfants. « Ils n’ont rien compris, je n’ai pas réussi à leur transmettre l’urgence écologique. Ils ne feront pas partie des survivants. » En même temps, dit comme ça, on comprend leur manque d’enthousiasme.

  • Survivre au "progrès".

     

     

    En interférant avec les hormones thyroïdiennes de la femme enceinte, les perturbateurs endocriniens sont susceptibles d’altérer la construction du cerveau de l’enfant à naître. 
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    5 minutes de lecture

     Santé  Environnement Sciences de la vie

    Stéphane Foucart, Le Monde
    Publié mercredi 8 novembre 2017 à 19:30, modifié mercredi 8 novembre 2017 à 19:30.

    SANTÉ

    «Il n’est plus possible de nier l’effet de l’environnement sur le cerveau»

    Pour la biologiste Barbara Demeneix, les effets négatifs des perturbateurs endocriniens sur les capacités cognitives et les comportements ne font plus de doute

    Demain, tous crétins? La chaîne Arte diffusera, samedi 11 novembre un documentaire au titre en apparence potache, mais dont le sujet est d’une singulière gravité. Le film expose les travaux de chercheurs français et américains montrant que l’érosion récente des capacités cognitives des populations occidentales est, en partie au moins, liée à l’exposition à certains perturbateurs endocriniens.

    La biologiste Barbara Demeneix (CNRS-Muséum national d’histoire naturelle), l’une des protagonistes du film, détaille les traits saillants de son travail sur le sujet, également développés dans un livre paru le 25 octobre (Cocktail toxique. Comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau, Odile Jacob).

    Le Temps: Avant de parler des causes d’un déclin des capacités cognitives de la population, ce déclin est-il bien réel?

    Barbara Demeneix: S’agissant de l’évolution du quotient intellectuel (QI) dans la population générale, nous ne disposons pas de beaucoup de données très solides – c’est-à-dire obtenues sur de grands échantillons de population, sur de longues périodes et en utilisant les mêmes méthodes. Mais à peu près toutes les informations qui sont à notre disposition suggèrent que le QI, après avoir augmenté pendant des décennies, est désormais en baisse. Et ce, depuis la dernière décennie du XXe ou le début du XXIe siècle.

    Les informations les plus solides viennent de la Finlande, où des générations de conscrits sont testées, chaque année au même âge, depuis 1988. Une analyse de ces données publiée en 2013 montre une baisse des capacités cognitives de 2 à 5 points entre 1996 et 2009, selon le type de test. En France, une étude conduite sur une petite cohorte d’adultes suggère une baisse de 3,8 points de QI au cours de la dernière décennie, assez cohérente avec ces chiffres… D’autres travaux, dans d’autres pays, vont dans le même sens. C’est une situation très inquiétante.

    – Comment l’exposition à de faibles doses de substances chimiques de synthèse peut-elle éroder nos capacités cognitives et intellectuelles?

    – Nombre de molécules issues de la chimie industrielle sont appelées «perturbateurs endocriniens» pour leur capacité à interférer avec le système hormonal, et certaines peuvent perturber le fonctionnement des hormones thyroïdiennes. Ce peut être des pesticides présents dans la chaîne alimentaire et l’environnement, des plastifiants comme les phtalates ou le bisphénol A, des retardateurs de flamme à base de brome, utilisés comme ignifuge dans les meubles rembourrés, des imperméabilisants ou des perchlorates, etc.

    Or en interférant avec les hormones thyroïdiennes de la femme enceinte, ces substances sont susceptibles d’altérer la construction du cerveau de l’enfant à naître. C’est une certitude, issue de l’étude de 450 millions d’années d’évolution des vertébrés: les hormones thyroïdiennes sont impliquées dans l’activation des gènes qui participent à la construction de structures cérébrales critiques comme le cortex ou l’hippocampe. Ces hormones sont si essentielles que si vous n’avez pas de glande thyroïde, vous n’avez simplement pas d’encéphale… C’est donc en altérant le fonctionnement de la thyroïde maternelle que ces substances peuvent produire leurs effets sur le fœtus, en particulier au début de son développement, lorsque celui-ci n’a pas encore sa propre thyroïde.

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    – De légers troubles thyroïdiens de la mère ont-ils véritablement un effet sur l’enfant à naître?

    – Il existe des études épidémiologiques associant sans ambiguïté un mauvais fonctionnement thyroïdien de la mère à une réduction des capacités cognitives de son enfant, mesurées plus tard dans la vie. Dans les années 1970, en Sicile, il a été montré que les enfants des mères ayant souffert d’une baisse de production d’hormones thyroïdiennes (due à une carence alimentaire en iode) avaient des QI inférieurs, en moyenne, de plus de 15 points à ceux dont les mères n’avaient pas souffert de telles carences. En Chine, une étude publiée en 2010 sur 1268 femmes enceintes a montré que celles qui souffraient d’un dysfonctionnement thyroïdien, même léger, ont eu des enfants dont le QI moyen était diminué de près de 10 points par rapport aux autres.

    – Les niveaux d’exposition ne sont-ils pas trop faibles pour perturber la thyroïde des femmes enceintes?

    – D’abord, il faut avoir à l’esprit que les perturbateurs endocriniens – et ceux qui ciblent la thyroïde n’y échappent pas – agissent même à très faible dose. Ensuite, depuis les années 1970, le nombre de substances de synthèse présentes dans les écosystèmes, dans la chaîne alimentaire ou dans l’environnement domestique, a été multiplié par 300, ce qui augmente considérablement les possibilités d’effets dus à des cocktails de molécules. En 2011, une étude de biosurveillance menée aux Etats-Unis a recherché chez des femmes enceintes la présence de 163 molécules de synthèse. Au moins 62 d’entre elles ont été retrouvées sur plus de 90% des femmes enrôlées dans l’étude. Or jusqu’à deux tiers de ces substances interfèrent avec le système thyroïdien…

    On dispose aussi de données épidémiologiques associant l’exposition de la femme enceinte à certaines substances perturbant la thyroïde − en particulier des phtalates, des retardateurs de flamme à base de brome et des pesticides organophosphorés − à un QI diminué pour leur enfant. En 2015, j’ai participé, avec des économistes, des épidémiologistes et des statisticiens, à une étude utilisant ces données, pour estimer l’impact économique de l’exposition des populations européennes à trois perturbateurs endocriniens − les mieux étudiés. Au total, nous concluons que cet impact est d’environ 150 milliards d’euros par an en Europe, dont environ 130 sont le résultat de dégâts sur le développement cérébral, notamment la perte de QI.

    – Ces substances provoquent-elles d’autres effets neurocomportementaux?

    – Un grand nombre de données nouvelles apportent des indices forts en faveur d’un lien entre l’exposition de la femme enceinte à ces substances et un risque accru, pour leur enfant, d’être sujet à des troubles du spectre autistique (autisme, syndrome d’Asperger, etc.), à de l’hyperactivité ou à des troubles de l’attention. Les statistiques américaines sur l’évolution des différentes formes d’autisme, les plus solides, montrent une augmentation absolument vertigineuse de la prévalence de ces troubles.

    En 1975, selon les chiffres officiels, un enfant sur 5000 était touché par un trouble du spectre autistique. Ce chiffre est passé à un enfant sur 2500 dix ans plus tard et en 2001 il était d’un enfant sur 250. Il n’a cessé d’augmenter et nous sommes aujourd’hui à un enfant sur 68 touchés. Les critères de diagnostic n’ayant pas évolué depuis 2000 et le pool génétique humain n’ayant pas changé dans ce laps de temps, il est certain que des causes environnementales sont impliquées, et notamment l’exposition à des perturbateurs endocriniens.

    Une étude prospective menée en Californie entre 1997 et 2008 a par exemple montré que la probabilité d’avoir un enfant autiste augmentait à mesure que le lieu de résidence des femmes enceintes était proche des champs traités au chlorpyriphos, un insecticide organophosphoré qui interfère avec le système thyroïdien. Aujourd’hui, il n’est plus possible de nier les effets de l’environnement sur ces troubles.

    – Pourquoi les agences réglementaires ne prennent-elles pas des mesures?

    – Certaines agences sont en effet toujours rétives à tenir compte de ces données, mais d’autres, comme l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), commencent à comprendre qu’il y a là un très gros problème.