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Nouvelle année
- Par Thierry LEDRU
- Le 31/12/2016
Je me souhaite un bel instant présent
Je me souhaite de n'avoir aucun espoir qui ne soit que chimère.
Je me souhaite de ne pas rêver éveillé.
Et si je m'en tiens à ces directives, je n'ai rien finalement à me souhaiter puisque tout sera réglé.
Je souhaite aux gens que j'aime qu'ils n'aient pas besoin de mes souhaits pour être en paix.
Je souhaite aux gens que j'aime qu'ils n'aient même pas besoin de mon amour.
Je souhaite aux gens que j'aime de n'avoir rien à se souhaiter eux-mêmes.
Et si tout cela n'est pas possible, n'est pas réalisable, que les épreuves sont trop lourdes ou les besoins encore très présents, je souhaite aux gens que j'aime tout ce qu'ils aimeraient que je leur souhaite.
Pour le reste de l'Humanité, je n'ai rien à dire. Ça n'est pas de mon ressort et ça serait m'octroyer un pouvoir prétentieux.
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Le piège climatique
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/12/2016
Pergélisol, le piège climatique
26.01.2015, par

Résultat de la fonte du pergélisol, les mares de thermokarst (ici sous la neige) seraient plusieurs millions en Arctique, sur une superficie de plusieurs centaines de kilomètres carrés.
L. CAILLOCE/ CNRS PHOTOTHEQUE
Typique des régions arctiques, le pergélisol, le sol gelé depuis des milliers d’années, dégèle peu à peu sous l’effet du réchauffement climatique. Ce faisant, il libère de puissants gaz à effet de serre. « CNRS Le journal » s’est rendu au Nunavik, dans l’Arctique canadien, pour mieux comprendre ce phénomène largement sous-estimé par les modèles climatiques.
Les Inuits le savent bien, eux qui sont coutumiers des longues attentes dans les aéroports de la région. Voyager dans le Nord demande une bonne dose de patience. C’est à notre tour d’en faire l’expérience, en ce matin de décembre : le vol d’Air Inuit sur lequel nous avons embarqué à Montréal fait un atterrissage forcé à 150 kilomètres à peine de notre destination, Kuujjuarapik. Dans ce village inuit situé au sud de la baie d’Hudson, à l’embouchure de la rivière à la Baleine, le blizzard fait rage et empêche tout trafic aérien. Des conditions inhabituelles à cette époque de l’année. « À cause du changement climatique, la glace de mer tarde à se former sur la baie, ce qui crée une grande instabilité des masses d’air », nous explique-t-on.
Le plus gros réservoir de carbone continental
C’est loin d’être la seule conséquence des bouleversements climatiques dans le Nunavik, cette région arctique du Québec peuplée à 90 % d’Inuits. Ici, non seulement la banquise se réduit d’année en année, mais le pergélisol, le sol gelé en permanence, caractéristique des régions arctiques (permafrost, dans sa version anglo-saxonne), commence lui aussi à dégeler… Un vrai problème pour les infrastructures des quatorze municipalités de la région – routes d’accès et pistes d’aéroport défoncées, maisons qui voient le sol se déliter sous leurs fondations –, mais aussi pour le devenir climatique de la planète. C’est pour en savoir plus sur ce phénomène inquiétant que nous avons fait le voyage avec Florent Dominé : ce chercheur au laboratoire franco-canadien Takuvik a initié un vaste projet de recherche sur le pergélisol, le projet APT (Acceleration of Permafrost Thaw by Snow-Vegetation Interaction), réunissant pas moins de huit laboratoires français et canadiens1.

Répartition du pergélisol dans l'hémisphère nord. De bleu foncé à bleu clair : pergélisol continu (90% de la surface), pergélisol discontinu et pergélisol sporadique (- de 10% de la surface). En rouge : Kuujjuarapik.
H. AHLENIUS/UNEP/GRID-ARENDAL
Si la totalité du carbone du pergélisol venait à être relâchée, cela aurait des conséquences dramatiques pour le réchauffement climatique.
Le pergélisol représente 25 % des terres émergées dans l’hémisphère Nord, soit l’équivalent de la superficie du Canada. C’est le plus gros réservoir de carbone continental de la planète, devant les réserves de combustible fossile que sont le pétrole, le gaz et le charbon : « 1 700 milliards de tonnes de carbone d’origine végétale s’y sont accumulées depuis la dernière glaciation, explique Florent Dominé. C’est deux fois plus de carbone que n’en contient actuellement l’atmosphère ! » Problème, avec la hausse des températures atmosphériques, le pergélisol tend à se réchauffer, voire à dégeler par endroits – « au Nunavik, on a enregistré une hausse de 2 °C de la température du sol à 4 mètres de profondeur entre 1992 et 2010 », rappelle le Québécois Michel Allard, chercheur à Takuvik et partie prenante du projet APT. Or, en dégelant, le pergélisol libère dans l’atmosphère du dioxyde de carbone (CO2) et du méthane, deux puissants gaz à effet de serre.
« Si la totalité du carbone emprisonné dans le pergélisol venait à être relâchée, cela pourrait avoir des conséquences dramatiques pour le réchauffement climatique », explique Florent Dominé, qui évoque une augmentation de 5 à 8 °C de la température d’ici à 2100, quand le pire scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec)2 se situe aujourd’hui à 4 °C, faute de prendre encore en compte ces processus complexes, mis au jour récemment.
Trois sites sous haute surveillance
« Il est urgent d’intégrer le pergélisol aux modèles climatiques, martèle le chercheur. Pour ce faire, il faut connaître précisément l’évolution de son régime de température en fonction des conditions extérieures telles que la température de l’air, la vitesse du vent, la nature du sol, mais aussi, et on le sait moins, les caractéristiques du manteau neigeux qui le recouvre l’hiver… » Deuxième axe de recherche indissociable du premier : connaître et modéliser les processus de relargage des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. « Tout ce qu’on sait aujourd’hui, c’est qu’on est face à une redoutable boucle de rétroaction positive, poursuit le chercheur. Plus la température de l’air augmente, plus le pergélisol fond, plus la quantité de gaz à effet de serre augmente dans l’atmosphère, ce qui entraîne une nouvelle hausse de la température de l’air, et ainsi de suite… »

Le manteau neigeux influe directement sur la température du pergélisol. Florent Dominé, chercheur à Takuvik, effectue des mesures dans la région de Kuujjuarapik.
L. CAILLOCE/CNRS PHOTOTHEQUE
A Kuujjuarapik, 90% du pergélisol a fondu ces dernières décennies.
Trois sites ont été retenus pour mener cette étude de trois ans : l’île Bylot, le plus septentrional (73° de latitude nord), situé dans une région de pergélisol continu caractérisée par un paysage de toundra herbeuse ; Umiujaq (56° N), un village côtier situé dans une région de pergélisol discontinu présentant une alternance de forêt boréale et de toundra arbustive ; et enfin, Kuujjuarapik, le site le plus méridional (55° N), caractérisé par un paysage de pergélisol sporadique, qui fait la part belle à la forêt boréale et aux conifères – le but de notre voyage !
Le lendemain, le blizzard a fait place à un grand soleil. Nous survolons la baie d’Hudson à peine ridée par les premiers gels et plongeons vers Kuujjuarapik. Pas le temps de souffler au village : nous montons aussitôt dans l’hélicoptère qui doit nous emmener sur les buttes de pergélisol situées à quelques kilomètres de là. L’engin n’est pas une coquetterie : en Arctique, il n’y a tout simplement pas de routes ! Depuis le ciel, nous découvrons les palses, ces buttes de tourbe gonflées par la glace, et les mares créées par la fonte du pergélisol, aussi appelées mares de thermokarst, alignées comme autant de pots de peinture blanche. Les buttes sont en réalité les derniers reliquats du pergélisol qui existait autrefois à Kuujjuarapik, et dont 90 % a fondu ces dernières décennies. Nous nous posons sur l’une d’elles et déchargeons le matériel. Le thermomètre confirme que nous ne sommes pas là pour nous amuser : il fait – 23 °C ! Le temps de préparer les instruments, les appareils photo et les smartphones se figent : « problème de refroidissement », affiche un téléphone auquel le froid a fait visiblement perdre la tête.

Kuujjuarapik est situé dans une zone de pergélisol sporadique. On aperçoit ici les buttes de pergélisol caractéristiques de la région, aussi appelées palses.
L. CAILLOCE/CNRS PHOTOTHEQUE
Des hauteurs de neige trop importantes
Chaudement emmitouflé dans sa veste en duvet d’oie, bonnet vissé sur la tête, Florent Dominé est, lui, dans son élément. « La neige est un très bon isolant, proche des performances du polystyrène ou… d’une bonne doudoune, explique le chercheur. L’hiver, elle fait tampon entre le pergélisol et l’air extérieur et empêche le sol de se refroidir autant que ce dernier. Ses propriétés isolantes varient néanmoins en fonction de son épaisseur, de sa densité et de sa structure. Une couche de neige très épaisse sera plus isolante qu’une couche plus fine ; une neige peu dense préservera plus du froid qu’une neige plus compacte. » Le chercheur dégaine sa sonde à neige – il mesure 12 centimètres à peine d’épaisseur au sommet de la palse –, et enfonce une sonde de température dans la neige. À l’interface pergélisol-neige, la température atteint – 9 °C, soit 15 °C de plus que la température atmosphérique ! Grâce à une petite pelle de contenance connue (100 cm3), il ramasse la poudre blanche et la pèse sur la balance extraite de ses valises à instruments. De tête, il calcule sa densité. « Elle est encore assez légère », commente le chercheur. Nouvelle démonstration au pied de la palse, où la neige, nettement plus épaisse, s’est accumulée sur 80 centimètres de hauteur. La température du pergélisol au contact avec la neige y est de – 1 °C, proche du dégel !
L'hiver, la neige fait tampon entre le pergélisol et l'air extérieur et empêche le sol de se refroidir autant que ce dernier.
La démonstration n’est pas innocente : avec le changement climatique, on enregistre non seulement une hausse de la température de l’air, mais également une augmentation du régime des précipitations (pluie et neige), du fait d’une plus grande évaporation. « C’est contre-intuitif, car tout le monde en Arctique peut constater que le nombre de jours de neige a diminué, explique le chercheur. Pourtant, lorsque la neige tombe, c’est en quantité bien plus importante qu’avant. Les hauteurs de neige tendent donc à augmenter, ce qui a un effet direct sur le réchauffement du pergélisol. ».
Autre facteur à prendre en compte pour une meilleure compréhension des effets du manteau neigeux : la végétation. Avec la hausse des températures atmosphériques, la couverture végétale s’accroît, tandis que les arbres et les arbustes migrent vers le nord. Or plus de végétation signifie des hauteurs de neige plus importantes. « La neige soufflée par le vent a tendance à s’accumuler en présence de végétation, au pied des arbres notamment », explique Florent Dominé. En outre, la végétation, de couleur sombre, diminue le pouvoir réfléchissant de la neige (celle-ci renvoie donc moins de chaleur et de rayonnement solaire vers l’espace) et modifie en profondeur ses propriétés optiques – autant de paramètres qui seront mesurés précisément dans le cadre du projet APT.

Résultat de la fonte du pergélisol, les mares de thermokarst (ici en été) émettent de puissants gaz à effet de serre : CO2 et méthane.
CENTRE D'ETUDES NORDIQUES/TAKUVIK
Le rôle décisif des mares de thermokarst
L’hélicoptère est de retour, prêt à nous ramener au village. La nuit ne va pas tarder à tomber et nous n’aurons malheureusement pas le temps de faire un arrêt près des mares de thermokarst. Déjà pris dans la glace à cette période de l’année, ces véritables bioréacteurs sont au cœur du processus de relargage du carbone gelé. Lorsque le pergélisol dégèle, des morceaux de sol se détachent et tombent dans l’eau, apportant nutriments et carbone aux bactéries et au plancton présents dans la mare, qui les dégradent en CO2 (dans les couches d’eau proches de la surface) et en méthane ou CH4 (dans le fond privé d’oxygène de la mare). « Des chercheurs ont analysé le méthane libéré par ces mares en plusieurs endroits de l'Arctique, rapporte Warwick Vincent, le directeur scientifique du Centre d’études nordiques, qui gère notamment les bases scientifiques de l’île Bylot, Umiujaq et Kuujjuarapik. Dans certaines, le carbone est âgé de plus de 20 000 ans ! Cela signifie que c’est le vieux carbone stocké dans le pergélisol qui est en train d’être relargué dans l’atmosphère. Pas vraiment une bonne nouvelle pour la planète… »
C'est le vieux carbone qui est en train d'être relargué dans l'atmosphère.
Le travail de modélisation des émissions gazeuses promet en tout cas d’être ardu. « Il existe des millions de ces mares en Arctique, sur une superficie de plusieurs centaines de kilomètres carrés », estime Warwick Vincent. Le plus étonnant, c’est que ces mares de fonte n’ont pas toujours joué contre nous : dans les premiers milliers d’années qui ont suivi la fin de la dernière glaciation (il y a 15 000 ans), elles auraient contribué à réchauffer notre atmosphère encore glaciale, avant de se combler progressivement.

Situé à 55° de latitude nord, Kuujjuarapik est le village le plus "méridional" de l'arctique.
L. CAILLOCE/CNRS PHOTOTHEQUE
De retour à Kuujjuarapik, où nous nous installons pour la nuit dans les bâtiments du Centre d’études nordiques, une nouvelle achève de nous glacer les os, déjà bien rafraîchis par un après-midi sur la neige : un ours polaire a été aperçu en plein village, la nuit précédente, et les enfants sont privés de sortie jusqu’à nouvel ordre… « Quand j’étais enfant, dans les années 1950, des choses pareilles ne se produisaient pas », nous affirme Alec Tuckatuck, un chasseur inuit rencontré au Centre. C’est une conséquence de plus du changement climatique sur les régions arctiques : du fait de la diminution et de la fragilisation de la banquise, son habitat naturel, le géant blanc se met en effet à longer les côtes et entre dans les villages pour chercher de la nourriture… Le lendemain, le blizzard blanchit à nouveau le village. Il nous faudra patienter pour rentrer à Montréal. L’ours blanc, lui, a été abattu par les chasseurs.
Notes
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Le méthane
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/12/2016
Explosions de méthane : risque d’emballement du réchauffement climatique
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Le 7 juil 2015
image: http://www.consostatic.com/wp-content/uploads/userphoto/122.thumbnail.jpg
Rédigé par Camille Tourneboeuf
Été 2015, une équipe de chercheurs russes localise plusieurs cratères de 80 mètres de diamètre dans la région de Yamal, en Sibérie. Ces cratères seraient le résultat direct du réchauffement climatique, la hausse des températures entraînant un dégel inhabituel du permafrost, ou pergélisol, ce sol sensé rester gelé en permanence, et libérant le méthane emprisonné jusque là dans la glace. Le risque d’un emballement du phénomène du réchauffement climatique est réel.
Des explosions de méthane dans le nord de la Russie
Les trous constatés par les chercheurs russes seraient le résultat d’explosions souterraines de gaz, dont le méthane. Pour l’équipe de chercheurs, cette découverte ne serait que le début de découvertes semblables à venir.
Les conséquences pour cette région du globe sont majeures, tant pour la sécurité des personnes dont les habitations menacent de s’écrouler si ce phénomène se poursuit, que pour la vie économique locale, si les voies de transports ne sont plus accessibles. Les éleveurs de rennes voient déjà leurs routes de transhumance disparaître avec la fonte du permafrost et des hivers trop doux qui ne permettent pas qu’une croûte de glace suffisamment solide se forme pour permettre le passage des rennes.
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Maisons s’écroulent avec la fonte du permafrost © Pi-Lens / Shutterstock.com – maisons permafrost
Au-delà des conséquences régionales, un risque d’emballement du climat
Le méthane est un gaz à effet de serre puissant, 25 fois plus important que le CO2, et les activités humaines ont comme conséquence une augmentation de la quantité de ce gaz dans l’atmosphère.
Or, cette libération de méthane fait peser une incertitude forte sur l’accélération du réchauffement climatique, par des boucles de rétroaction dites positives, car se renforçant mutuellement. Pour dire les choses plus simplement : nous entrons dans un cercle vicieux, c’est-à-dire d’amplification du phénomène observé par la répétition de l’action.
Dans le cas présent, le réchauffement climatique entraîne la fonte du pergélisol avec comme conséquence la libération du méthane qui à son tour accélère le rythme du réchauffement climatique, accélérant d’autant plus la fonte du permafrost et la libération massive du méthane, etc.
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Trous de fonte de permafrost dans le nord du Canada, près du Groenland. Permafrost thaw ponds in Hudson Bay Canada near Greenland” de S.Jurvetson. License sous CC BY 2.0 via Wikimedia Commons
Le pergélisol désigne la partie d’un sol gelé en permanence, au moins pendant deux ans, et de ce fait imperméable. Ses formations, sa persistance ou disparition, et son épaisseur sont très étroitement liées aux changements climatiques.
Un risque encore mal mesuré
Le méthane, tout comme le CO2, est présent naturellement sur notre planète. Mais, à l’inverse du CO2, son cycle et ses interactions avec les différents éléments de notre planète (le sous-sol, la biomasse, l’atmosphère) sont encore mal compris, mais tout à fait inquiétants.
Il est en effet certain que les activités humaines entraînent un déséquilibre de ce cycle naturel en libérant une quantité de méthane en surplus. La quantité de méthane dans l’atmosphère a augmenté de plus de 150 % depuis la révolution industrielle.
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Les cratères dans le pergélisol dus aux explosions de gaz, dont le méthane.
Pour mieux évaluer les interactions entre le méthane et les autres éléments de la planète et son impact sur le réchauffement, l’Académie des Technologies a fait le point sur les connaissances actuelles(2) car si le GIEC a intégré les émissions de méthane dans son dernier rapport les boucles de rétroactions possibles ne sont à ce jour pas prises en compte dans les différents scénarios.
Les rétractions associées au dégel du pergélisol pourraient intervenir sur l’échelle du siècle. Si la fonte du pergélisol est relativement certaine au-dessus d’un seuil de réchauffement climatique dont tout laisse à penser qu’il risque d’être atteint, sa vitesse et la quantité de carbone qui sera émise, en particulier sous forme de méthane, restent très difficiles à évaluer.
Académie des Technologies, janvier 2015
Jusqu’à 70 % de permafrost pourrait disparaître, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme
Selon les scientifiques, les zones de sol gelé couvrent environ 25 % des terres de l’hémisphère Nord, allant de Amérique du Nord en passant par la Sibérie. D’ici à la fin du siècle, les zones couvertes par le pergélisol devraient diminuer de 30 à 70 %, selon le volume des émissions de gaz à effet de serre provoquées par les activités humaines. Si la communauté internationale parvient à se fixer des objectifs permettant de limiter la hausse du réchauffement à 2°C, les chercheurs prédisent dans les scénarios optimistes une perte de 30 % du permafrost. Mais cette proportion pourrait grimper à 70 % dans les scénarios les plus pessimistes.
Dans la prestigieuse revue scientifique Nature, en avril de cette année(3), le bilan dressé par les scientifiques est pour le moins alarmant et souligne le risque d’emballement.
Selon Susan Natali, chercheuse du Woods Hole Research Center et coauteur des travaux publiés par Nature : « Il y a 1.500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre gelé et emprisonné dans le permafrost. Le volume de CO2 accumulé depuis plusieurs milliers d’années dans les terres du permafrost est environ deux fois plus important que celui présent dans l’atmosphère (…) Selon nos estimations, 130 à 160 gigatonnes de gaz à effet de serre pourraient être libérées dans l’atmosphère d’ici à 2100 » du fait de ce dégel.
Lire page suivante : Les différentes sources de méthane ; les solutions
En savoir plus sur http://www.consoglobe.com/methane-emballement-rechauffement-cg#J8mRIQqb4gxrYrrP.99image: http://www.consostatic.com/wp-content/uploads/2015/07/permafrost-methane-cratere-ban.jpg

Le 7 juil 2015
image: http://www.consostatic.com/wp-content/uploads/userphoto/122.thumbnail.jpg
Les différentes sources de méthane liées aux activités humaines
Il existe quatre grandes sources d’émission de méthane liées aux activités humaines :
- l’élevage et la culture,
- les feux de végétation,
- l‘extraction et la distribution des énergies fossiles,
- les décharges.
Concernant l’élevage, les émissions de méthane sont dues tout particulièrement à la digestion des ruminants qui libère du méthane. Une des solutions passe par une amélioration de l’efficacité nutritionnelle, ainsi que par la recherche d’un bilan neutre en analysant les émissions de méthane dans le système complet d´élevage. Par exemple, le méthane rejeté par des ruminants élevés à l’herbe correspondra au méthane absorbé par la prairie et le sol, tout les deux puits de méthane, aboutissant à un équilibre entre le méthane prélevé et le méthane rejeté dans l’atmosphère.
image: http://www.consostatic.com/wp-content/uploads/2015/03/vache-museau-00-ban.jpg

Pour l’agriculture, se sont tout particulièrement les rizières qui sont sources de rejets de méthane. D’autant plus quand elles sont réalisées sur un terrain préalablement sec. En effet, c’est la décomposition de la matière végétale dans un milieu sans oxygène qui aboutit à une libération du méthane. Afin de réduire la quantité de méthane émis, il est nécessaire de drainer l’eau régulièrement durant le phase de culture.
La combustion de la biomasse et les décharges répondent aux même principes de décomposition de la matière organique sans oxygène ou partiellement sans oxygène qui aboutit aux rejets de méthane dans l’atmosphère. Le principe pour les décharges est tout d’abord de confiner cette décomposition. Le méthane est ensuite capté et utilisé comme combustible. Des usines de méthanisation récupèrent ainsi le méthane pour produire chaleur et/ou électricité.
image: http://www.consostatic.com/wp-content/uploads/2013/09/feux-forets.jpg

Pour les feux de végétation, la réduction des rejets de méthane passe par un changement des pratiques agricoles afin de réduire la culture sur brûlis, tandis que les mesures de prévention pour limiter les feux de forêts doivent être constamment rappelées.
Enfin, dans le cas de l’exploitation des énergies fossiles – pétrole, gaz de schiste, etc. -, c’est la libération du méthane préalablement emprisonné dans les roches qui favorise le rejet du méthane dans l’atmosphère. Les efforts aujourd’hui consistent à récupérer le méthane qui là encore peut servir de combustible.
Un nouveau dégagement de méthane avec les puits abandonnés de gaz de schiste
S’ajoute à cette longue liste, une nouvelle source importante de méthane. C’est ce qu’ont découvert récemment des chercheurs de l’Université de Princeton avec les puits abandonnés de gaz de schiste et de pétrole dont plusieurs remontent au 19e siècle. Or ces fuites ne sont pas incluses dans le calcul des émissions de gaz à effet de serre des données gouvernementales des USA, alors que les chercheurs estiment qu’elles comptent dans la contribution globale à l’effet de serre.
Des puits de méthane à ne pas négliger
Si les activités humaines sont responsables d’émissions de méthane en excès, elles peuvent aussi contribuer à former des puits de méthane, tout particulièrement en favorisant l’absorption du méthane par les plantes et le sol. En effet, le premier puits de méthane est le sol. Mais la nature de celui-ci influence fortement sa qualité à absorber le méthane. Ainsi, un sol totalement goudronné n’aura aucune capacité d’absorption, alors qu’à l’inverse les sols forestiers sont des puits importants de méthane.
L’aménagement du territoire, la préservation de sol agraires, des jachères et de zones forestières sont également nécessaires pour réduire la quantité de méthane aujourd’hui libérées dans l’atmosphère et ainsi limiter le risque d’emballement du climat.
A lire aussi :
Références :
- On peut lire leur rapport intitulé Le méthane : d´où vient-il et quel est son impact sur le climat ?
- On peut lire leur rapport intitulé Le méthane : d´où vient-il et quel est son impact sur le climat ?
- Climate change and the permafrost carbon feedback, Nature 520,171-179
En savoir plus sur http://www.consoglobe.com/methane-emballement-rechauffement-cg/2#3lpxQ9qwe5VHU7Oo.99 -
Anticipation du désastre
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/12/2016
Il y a presque trois ans maintenant, j'avais écrit ici qu'un des objectifs de la "Réforme des rythmes scolaires" était de faire entrer le secteur privé dans l'éducation nationale et qu'à terme, les entreprises prendraient une participation financière conséquente des frais avec d'évidentes contreparties commerciales.
On m'a répondu que j'étais parano.
Apple fait polémique en proposant des sorties de classe dans ses magasins
Par Jean-Marc De Jaeger • Publié le
«Les produits Apple peuvent ouvrir le champ des possibles aux élèves», selon la firme. Crédits photo: PATRICK HERTZOG/AFP La firme américaine propose aux enseignants et à leurs élèves une «expérience pédagogique inoubliable» dans ses Apple Store. Le corps enseignant dénonce un piège commercial.
Après le zoo, le musée ou le cinéma, voici les sorties de classe... à l’Apple Store. Sur son site internet, la firme américaine invite les enseignants du primaire et du secondaire à faire découvrir ses points de vente à leurs élèves, comme le révèle Franceinfo. Apple leur promet une «expérience pédagogique inoubliable» d’une durée de 60 à 90 minutes. Les élèves pourront «réaliser sur place des projets originaux qui compléteront les travaux effectués en classe».
Sur sa page d’inscription, Apple demande notamment la tranche d’âge des participants (dès 5 ans) et se renseigne sur «les technologies que vous [les enseignants] utilisez en classe» (Mac, PC, iPad, tablette). Parmi les 21 Apple Store présents en France, huit sont ouverts à ces visites, dont cinq à Paris et en Île-de-France. «À l’issue de la séance, les élèves auront compris à quel point les produits Apple peuvent leur ouvrir le champ des possibles. De leur côté, les enseignants repartiront avec des élèves surmotivés et une foule d’idées pour continuer à les stimuler en classe», ajoute Apple.
Les enseignants dénoncent une confusion des genres
Les vacances n’ont pas empêché le personnel éducatif de critiquer vivement cette proposition de sortie. Paul Vannier, enseignant et secrétaire national à l’éducation au Parti de gauche, a expliqué ce matin à Franceinfo que «les élèves n’ont rien à faire sur le temps scolaire dans un magasin». Il demande à la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, d’interdire ce type de sortie. «Les enseignants utilisent leur liberté pédagogique de façon pertinente pour éviter les pièges commerciaux. Faisons-leur confiance», a répondu son cabinet dans un tweet.
.@Vannier75 Les enseignants utilisent leur liberté pédagogique de façon pertinente pr éviter les pièges commerciaux. Faisons-leur confiance.
.@DirectNVB J'ai tte confiance ds les enseignants. C'est vs que j'interpelle. Quel est l'apport pédagogique d'1 moment promotion marchande?
Pour sa part, Paul Devin, syndicaliste FSU et inspecteur de l’Éducation nationale, estime sur son blog que les sorties de classe chez Apple contreviennent au «Code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire» daté de 2001. Selon lui, accepter une sortie de classe dans un Apple Store reviendrait à enfreindre la neutralité commerciale du service public.
Ce n’est pas la première fois que les relations entre les entreprises privées et le milieu scolaire déclenchent la polémique. L’une des plus connues concerne le partenariat entre l’Éducation nationale et Microsoft conclu en 2015. Il consiste en une mise à disposition gratuite de certains logiciels pour les élèves et la formation numérique des enseignants. Les éditeurs de logiciels libres étaient montés au créneau... en vain: en septembre, le tribunal de grande instance de Paris a confirmé la légalité de l’accord.
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Se "Dé-penser"
- Par Thierry LEDRU
- Le 21/12/2016
Les yeux fermés, ne rien penser, se laisser couler, ne même pas penser à la musique, ne pas identifier les instruments, ne pas anticiper sur les notes, juste être là, ignorer la mémoire qui commente la mélodie et libère les souvenirs, rien, juste être là, sans être le "moi", si une pensée survient se concentrer alors sur la respiration, suivre la houle, ne pas chercher à contrôler le souffle, juste le regarder intérieurement, l'aimer lui qui ne cesse pas, si la pensée s'accroche encore et qu'elle n'est qu'une pierre jetée dans l'eau du lac, alors accompagner cet air dans l'intégralité du corps, dans le courant du sang, visualiser chaque fibre, ne pas chercher à la nommer, ne pas l'identifier avec des mots mais juste vivre le ressenti, juste ce souffle en vous, cette paix immense, cette étendue océanique où vous flottez, loin de tout, juste en vous, le temps n'existe plus parce que vous ne savez plus le nommer, il n'y a pas d'heures, ni de secondes et puis, avec une délicieuse attention, discrètement, comme une vapeur invisible engloutie par le vide, il n'y aura plus de matière, vous vous en apercevrez dans l'incapacité de situer le moment où le processus s'est enclenché et vous ne pourrez vous empêcher de commenter la surprise, et puis le silence vous enveloppera, il n'y aura plus de matière, aucune pesanteur, un état inconnu, plus de corps, plus de contact avec vos habits, juste ce souffle libre dans lequel vous êtes, ce souffle comme un placenta qui bat, ce souffle qui vous respire et se nourrit de votre bonheur, la vie s'aime en vous quand vous baignez dans l'amour intérieur, cette euphorie tendre, la vie en vous qui vous aime et se réjouit d'être là.
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Fermes d'avenir
- Par Thierry LEDRU
- Le 20/12/2016
Découvrir des projets agroécologiques
Pétition - 10 Propositions pour une transition agricole
Après un an de recherches, ponctué de rencontres et de retours d'expérience, l'association Fermes d'Avenir publie un plaidoyer de 150 pages pour chiffrer les "externalités négatives" de l'agriculture chimique qui domine nos campagnes.
Ce plaidoyer nous a permis d'identifier 10 propositions de lois qui permettraient de changer radicalement, et rapidement, nos modèles de productions.
De nombreuses personnalités, experts de l'agriculture, philosophes, représentants d'organisations, directeurs d'entreprises, artistes, ont décidé de signer cette pétition et nous vous invitons à faire de même, pour montrer aux femmes et hommes politiques que ce sujet est prioritaire pour nous, qu'il est primordial de repenser notre alimentation, la production sur les territoires, pour déployer des pratiques responsables, à même de préserver notre santé, nos emplois, et de régénérer les écosystèmes.Emploi et compétences Financement et modèle économique Foncier -
Georges Orwell : "1984"
- Par Thierry LEDRU
- Le 19/12/2016

"Nous ne cherchons pas le pouvoir en vue de nos propres fins, mais pour le bien de la majorité tel que nous le définissons. Les hommes, ces créatures frêles et lâches, ne peuvent endurer la liberté ni faire face à la vérité. Ils doivent être dirigés par ceux qui sont plus forts qu'eux. L'espèce humaine a le choix entre la liberté et le bonheur, or le bonheur vaut mieux."
"
"Ce pouvoir est aussi le pouvoir sur d'autres êtres humains, sur les corps mais surtout sur les esprits. Le pouvoir sur la matière n'est pas important, notre maîtrise de la matière est déjà absolue. Ce qui importe c'est de commander à l'esprit. La réalité est à l'intérieur du crâne... Le réel pouvoir, le pouvoir pour lequel nous devons lutter jour et nuit, est le pouvoir non sur les choses, mais sur les hommes. Comment assure-t-on le pouvoir sur un autre? En le faisant souffrir. L'obéissance ne suffit pas. Comment, s'il ne souffre pas, peut-on être certain qu'il obéit, non à sa volonté, mais à la nôtre?""Le pouvoir est d'infliger des souffrances et des humiliations. Le pouvoir est de déchirer l'esprit humain en morceaux que l'on rassemble ensuite sous de nouvelles formes que l'on a choisies. Commencez-vous à voir quel sorte de monde nous créons? Un monde de crainte, de trahison, de tourment. Un monde d'écraseurs et d'écrasés, un monde qui au fur et à mesure qu'il s'affinera deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera le progrès vers plus de souffrance. Notre civilisation est fondée sur la haine; il n'y aura pas d'autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l'humiliation. Nous détruirons tout le reste."
"Nous avons coupé les liens entre l'enfant et les parents, entre l'homme et l'homme, entre l'homme et la femme. Mais plus tard, il n'y aura ni femme ni ami. Les enfants seront à leur naissance enlevés aux mères, comme on enlève leurs oeufs aux poules. La procréation sera une formalité annuelle, comme le renouvellement de la carte d'alimentation. Il n'y aura plus de loyauté que pour le pouvoir. Tous les plaisirs de l'émulation seront détruits remplacés par l'ivresse toujours croissante du pouvoir, qui s'affinera de plus en plus. Il y aura à chaque instant, le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant... Autant qu'un monde de triomphe ce sera un monde de terreur... Nous commanderons à la vie à tous ses niveaux."
"Vous imaginez qu'il y a quelque chose qui s'appelle la nature humaine qui sera outragée par ce que nous faisons et se retournera contre nous. Mais nous créons la nature humaine. L'homme est infiniment malléable.
"1984" Georges Orwell.
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On ne peut plus d'actualité...La course au "bonheur modélisé" est une disparition programmée de la liberté. -
L'aperception
- Par Thierry LEDRU
- Le 15/12/2016
L’aperception originaire
Nous l’existence consciente disions qu’avec l’homme apparaît le mental. Si l’animal existe, sent et connaît, l’homme en plus sait qu’il connaît. Nous disons (en principe) que l’homme est conscient, ou du moins il peut être conscient de lui-même, c’est-à-dire lucide. La précaution oratoire veut dire ici que la lumière de la conscience est loin d’être toujours actualisée. De fait, la plupart des hommes sombrent dans leurs pensées plutôt qu’ils ne les pensent vraiment. Nos pensées pensées répétitives et non délibérées nous tirent vers l’inconscience. Et pourtant ce sont bien des pensées. Toutefois, la
potentialité demeure en tout homme d’être conscient de lui-même. Elle est la conscience elle-même, c’est-à-dire plus que lavigilance engagée dans le rapport sujet/objet. Par exemple le qui-vive face à un danger. La conscience-de-soi accompagne la conscience-de-quelque-chose, mais elle n’est pas une conscience d’objet.Cependant, la nature du sujet conscient est subtile, elle ne se réduit pas à une question de logique ni de grammaire. Aussi étrange que cela paraisse, l’apparition dans l’état de veille d’un sujet qui dit « moi » n’est en aucune façon la preuve d’une forme élevée de conscience, mais juste l’entrée en scène de l’ego. Que l’ego monopolise toute notre attention ne veut pas dire que nous soyons davantage conscient, c’est même exactement le contraire. Plus la conscience égotique se manifeste et plus l’occultation du champ de conscience est forte, car elle voile la présence. Inversement, avec un sens de l’ego moins insistant, un ego presque transparent, la présence est davantage manifeste. C’est alors seulement de l’éveil qu’émerge le sujet véritable, plus large et plus profond que les accointances limitatives de l’ego. Nous le voyons par exemple dans la communication, plus nous sommes présent, moins nous y mettons d’ego, et meilleure est la relation, plus le partage est riche et doué de sens.
Donc, si ce n’est pas se planter en tant qu’ego face à un autre, se pose alors la question de savoir ce qu’il faut entendre par conscience de soi. Une pensée ? Un concept ? Une intuition parmi d’autres ? Est-ce une sorte d’intuition qui nous accompagne et n’est jamais perdue ? Qu’est ce que l’aperception originaire ? Kant a indéniablement touché du doigt le problème. Il emploie les expression « aperception pure », « aperception originaire » ou « aperception transcendantale » pour désigner cette conscience une et identique par laquelle le divers des impressions est rattachée à l’unité du je.
* *
*A. L’aperception empirique et l’ego
Dans le développement du cours, comme nous l‘avons vu, il faut parler d’un je. du je suis qui n’est pas le moimais le précède. Impossible de dire qu’il s’agit d’une simple pensée parmi d’autres, « une » pensée dans le défiléinterminable de nos pensées. Il devrait être clair à tout esprit véritablement attentif que penser beaucoup et cogiter sans arrêt ne nous rend pas plus conscient, c’est-à-dire pleinement présent ici et maintenant. Et pourtant, ce défilé des pensées qui sans arrêt se retourne sur lui- même pour se hausser le col, pour s’affirmer face à un autre, pour se plaindre, ce défilé des pensées qui prend pour centre notre petite personne est précisément l’ego. Le moi empirique. Mais en tant qu’ego, c’est-à-dire identifié à l’ego, avons-nous une conscience de nous-même ?
1) Très honnêtement, il faut reconnaître que non. A la place, et c’est différent, nous avons un souci éperdu de nous définir et de nous faire valoir. Donc dans la pensée et par concepts. Il est très important -pour la première fois peut être-, de pouvoir l’observer. Rien de plus banal et de plus commun, de plus universel. Sans aucun rapport avec quelque degré de culture que ce soit chez l’être humain. L’ego n’est pas une dotation spéciale pour scientifiques, une propriété des savants, un attribut du bon sens, ni un concept spéculatif, une invention des philosophes, et pas davantage un noble idéal à réaliser, une création de la morale, ni une invention religieuse. L’ego est le sujet le plus trivial qui
soit, le moins aperçu et le moins bien compris. Les guerriers de Gensis Khan étaient tout autant doués d’un ego que leur maître conquérant, autant que les vendeurs de drogue dans les bas-fond de Brooklyn, pas moins, ni plus, que les petites mains des usines de Corée, les étudiants dans toutes les universités du monde, les hommes et les femmes présent dans des communautés religieuses ou s’agitant dans des quartiers d’affaire. L’esprit humain, en se donnant une image de lui-même fait naître l’entité ego, et nous dépensons une énergie folle dans toutes nos activités pour chérir, préserver, renforcer, nourrir, l’image que nous avons de nous-même.L’ensemble de ces processus se situe dans ce que nous pouvons appeler la conscience normale. Que dans cette image figure un fauteuil à l’assemblée, un conseil d’administration, à la tête d’une église ou une place reconnue dans un gang, psychologiquement c’est la même chose, encore de l’ego. Qu’entre en jeu une motivation liée à la libido, une référence au jugement d’un père ou d’une mère, qu’il y ait une place obsessionnelle pour les jugements d’autrui, les remarques insidieuses, les flatteries ou les humiliations, cela va de soi ; c’est encore de la nourriture pour la défense et la préservation de l’image du moi. C’est de l’ego au sens ordinaire du terme ; et tout ce trafic qui tourne autour de « moi » peut très bien opérer de manière subconsciente, sans que le prétendu « moi » ait la moindre idée de son propre fonctionnement mental. C’est la conscience normale qui n’est rien d’autre que l’inconscience ordinaire dans laquelle de prime abord nous pensons en tant qu’être humain, nous cherchons en scientifique, nous calculons en économiste, nous décidons en politique, nous planifions et dominons avec de l’argent etc. En fait, à bien y regarder, le meilleur de l’humain surgit précisément quand il s’élève
pour une fois au-dessus de cette conscience normale, dans un accomplissement qui touche à l’universel. Dans ce qui ....Maintenant, comprenons bien, l’auto-définition ne nous fait pas avancer d’un pouce. Contrairement à ce que l’on croit dans l’opinion, l’auto-définition n’est pas la conscience de soi. Elle n’est pas non plus la connaissance de soi. Elle s’inscrit dans le registre de l’affirmation du moi et elle est égocentrique. Pourtant, dans ce que l’on appelle d’ordinaire «l’examen de conscience », on admet que la réflexion nous révèle tel que nous sommes. En faisant dans une introspection le tour de nos « qualités » et de nos « défauts », on pense (c’est une idée tellement courante) qu’on arrivera à « mieux se définir », le souci de définition exacte devenant « la conscience de soi ». Du moins c’est ce que l’on croit. Suis-je un concept mathématique auquel il faudrait rapporter une définition exacte ? L’exactitude d’une définition de soi, n’est-ce pas une tentative de
clouer l’animal dans la boîte pour en finir et dire fièrement « moi, je suis comme ça » ? Raide comme un piquet. Apparemment oui ou en tout cas c’est bien dans cette croyance que fonctionne l’introspection, du plus ordinaire des jugements que l’on porte sur soi aux formes plus sophistiquées et littéraires. Quand vais-je enfin parvenir à me définir ? A trouver « moi » ? A définir « moi » ? Donner la réponse ultime à la question : « qui suis-je ? » Dans la déclaration « moi, je suis comme çà » il y a une étonnante prétention. « Il faut me prendre comme ça, je suis jalouse, agressive, bornée… mais je le revendique, c’est « moi ». « Je suis menteur, lâche, et vaniteux… mais je le revendique, c’est « moi » ». « J’ai enfin trouvé mon moi précieux et définitif ! Et je le revendique. (c’est à vous de le supporter, moi, je ne changerai pas) ». Prodige d’égocentrisme! Miracle de l’auto-définition : figer la conscience dans l’ego et la revendiquer comme telle. Aveuglement et aveuglement renforcé. Ignorance de Soi.... j
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------2) Le concept d’aperception a été formé par Leibniz pour dire perception accompagnée de conscience. Ce que Leibniz souligne, c’est que toute perception en général n’est pas nécessairement consciente. « Il y a mille marques qui font juger qu'il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans
réflexion, c'est-à-dire des changements dans l'âme même dont nous ne nous apercevons pas ». (texte) Le terme choisi précédemment dans le cours était celui de sensation, que nous avons distingué de perception qui, elle, comporte une « distinction ». L’exemple donné par Leibniz est celui du jeu des habitudes qui font qu’obsédé par nos pensées, nous sommes distraits, nous avançant sans prêter attention à rien, alors qu’en fait à chaque instant nous vivons dans un flux constant de sensations. « C'est ainsi que l'accoutumance fait que nous ne prenons pas garde au mouvement d'un moulin ou à une chute d'eau, quand nous avons habité tout auprès depuis quelque temps. Ce n'est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, et qu'il ne se passe encore quelque chose dans l'âme qui y réponde, à cause de l'harmonie de l'âme et du corps, mais ces impressions qui sont dans l'âme et dans le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour s'attirer notre attention et notre mémoire, attachées à des objets plus occupants ». Remarquons la subtilité des observations de Leibniz : les sensations demeurent en toile de fond, mais c’est bien notre activité mentale ego-centrée qui nous occupe alors, voilant immédiatement la présence sensible que pourrait découvrir l’attention, ou mieux encore, comme nous l’avons montré, l’attention panoramique de la présence. Autre point important, Leibniz évoque aussitôt la mémoire, or effectivement, la pensée pour penser et identifier a besoin de la mémoire et c’est par elle qu’il y a perception. La perception ordinaire donne lieu effectivement lieu à une identification. C’est bien que l’on appelle aperception empirique. Là encore, il faut le souligner, rien de très mystérieux, ni de particulièrement "philosophique", c’est le lot habituel de toute perception humaine, toute perception de ce genre est enveloppée de concepts.La thèse de Leibniz consiste à soutenir qu’il existe cependant une marge de « petites perceptions » inconscientes, un flou impressionniste qui n’est pas le conscient, mais participe de la perception à l’étage de la sensation inconsciente. Leibniz recourt à une analogie : « Pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j'ai coutume de me servir de l'exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit comme l'on fait, il faut bien qu'on entende les parties qui composent ce tout, c'est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l'assemblage confus de tous les autres ensemble, c'est-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule ». Le « mugissement » de l’océan est confus, mais le bruit d’une vague est distinct. Entre les « petites perceptions » et l’aperception d’un objet, quel qu’il soit, Leibniz marque une différence d’intensité. Plus exactement, soit nous ne mettons pas en œuvre notre capacité d’attention, auquel cas le flou impressionniste de la sensation demeure, soit nous exerçons notre pensée et il y a perception. « Souvent quand nous ne sommes plus admonestés pour ainsi dire et avertis de prendre garde, à quelques-unes de nos propres perceptions présentes, nous les laissons passer sans réflexion et
même sans être remarquées ; mais si________________
3) Maintenant, que veut dire aperception empirique de soi–même? Ici le « mugissement » en toile de fond ne serait rien d’autre que noise in the head, le bruit dans la tête de la pensée habituelle, le bourdonnement continu du mental qui est le lot ordinaire de notre condition dans la conscience normale. Il y aurait aperception empirique de soi-même quand le sujet fait véritablement usage de sa pensée, au lieu de se laisser emporter dans son bourdonnement continu, en faisant acte de réflexion sur lui-même. En termes techniques, cela s’appelle se livrer à une forme d'introspection.
Dès lors, le moi se divise en observateur/ observé et tente de se saisir comme un objet qu’il peut définir. D’un point de vue psychologique on aura la dualité moi analysant/moi analysé. D’un point de vue moral on aura la dualité moi juge/moi condamné. Ou encore, le moi qui joue à se poser comme caractérologue et regarde d’en haut un moi
en dessous qu’il définit comme « passionné », « émotif », « sentimental », à savoir lui-même. Un moi dressé à la performance qui prononce une évaluation sur un moi jugé bon, pas assez bon ou nul, conformément aux exigences imposées. Ce qui est la « connaissance de soi » dans le sport : connaître ses limites. Dans l’examen de conscience religieux le moi juge est d’un côté du confessionnal, le moi pêcheur de l’autre. Le moi idéal, par la réflexion, prend position face au moi réel et le juge de ses intentions, de ses paroles et de ses actes. On dira alors que « l’âme se repend » après s’être égarée dans le péché, l’égarement est le péché lui-même, tandis que le salut est la contrition face à la reconnaissance du péché en tant que tel. Etc. on peut continuer indéfiniment avec toutes les formes de « connaissance de soi » jusque dans les magazines, où « connais-toi toi-même devient : « testez vos performances sexuelles ». C’est toujours le même registre empirique, même s’il faudrait mieux parler de psychologique.L’aperception empirique se situe donc dans l’expérience, il faut ajouter dans l’expérience empirique pour bien comprendre ce que cela veut dire (l’expérience empirique n’est qu'une forme de l’expérience humaine) et en Occident on donne une extension très large à ce concept. Sous l’influence des empiristes anglais, Locke et surtout Hume qui a influencé Kant. Est empirique tout ce qui relève de la constatation par les sens, de l’observation ordinaire, dans une signification plutôt basique. Ce qui concerne avant tout l’œil de chair selon Ken Wilber. Il faudrait y inclure la démarche des sciences de la Nature, mais puisque nous sommes ici dans le domaine de la subjectivité, on ne retiendra de savoir empirique que l’observation en matière des comportements, des conduites que l’on juge, qualités et défauts que l’on cherche, pensées, humeurs, émotions, traits du caractères et du tempérament, aptitudes que l’on veut cerner, les méandres du cœur humain comme dit Hegel. (texte)
Une remarque, toujours avec Ken Wilber : les méthodes « empiriques » valent dans le domaine de l’objectivité (le quadrant SD) mais deviennent

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B. Le sujet pur, monade spirituelle
Leibniz dit que « nous ne sommes qu’empiriques dans les trois quarts de nos actions.» Chez la plupart des hommes la pensée tourne et vire au gré de l’association des idées. Nous enregistrons des perceptions de toutes sortes sans savoir si elles sont vraies, fausses, ou illusoires. Nous brassons des concepts à la pelle, mais des concepts vides d’un principe supérieur de discernement. Le courant de nos pensées saute deci-delà, ce qui pourtant tient lieu de compréhension pour la plupart des hommes. Que nous soyons empiriques veut aussi dire que notre pensée est une répétition sans fin d’associations habituelles venues du passé, de désirs, de préjugés, d’idées préconçues ou de préférences inculquées. Chercher l’unité du Soi dans les pensées est donc tout simplement comique. Cela n’existe pas. Il faut dire « il pense » comme on dit « il pleut » dit W. James. De plus, quand bien même l’ego chercherait à se composer une unité, il la tirerait de la mémoire, mais la mémoire est pleine de trous, elle est parfaitement incapable de composer une unité réelle. Quand elle est fragmentée apparaissent despersonnalités multiples. Une « aperception empirique de soi-même » ne peut être qu’un défilé de postures et de personnages, un kaléidoscope d’impressions diverses, un courant d’air d’influences ou un paquet deconditionnements hétéroclites. Et pourtant, pour qu’une expérience soit possible, il faut qu’elle apparaisse à quelqu’un, dans ces conditions le sujet réel, Je, peut-il encore être empirique ?
1) Nous avons vu que Kant, fait usage de l’expression « aperception empirique de soi-même », et il semble bien qu’il n’envisage la connaissance de soi que sur ce mode. On peut le voir dans son Anthropologie du Point de vue pragmatique. La preuve en est qu’il distingue l’aperception empirique de soi de l’aperception transcendantale, (texte) tout en disant que seule la première aurait valeur de connaissance, tandis la conscience de soi n’est pas une connaissance. Le sous-entendu est clair : la connaissance de soi s’appuie sur « l’aperception empirique de soi » mis en forme par une psychologie, d’ailleurs très peu élaborée chez Kant. Du coup, l’aperception transcendantale a paru négligeable aux yeux de bien des lecteurs de Kant, évacuée sous prétexte qu’elle n’était pas une « connaissance de soi ». Invitation indirecte à se replier sur l’individualité psychologique, ses détours et ses travers : l’idiosyncrasie de l’ego. Et on passe alors complètement à côté de l’essentiel.
Si l’aperception empirique est un fait d’expérience, l’aperception transcendantale n’est pas une expérience empirique, la réponse que donne Kant est qu’elle précède
toute expérience en la rendant possible. Le sens de l’Identité est immanent à toute la création, c’est l’ipséité pure qui jamais ne quitte le sujet, car précisément c’est bien ce par quoi le sujet ne peut se séparer de lui-même et s’éprouve comme Soi. Là se termine la philosophie de la représentation de Kant et commence la philosophie de la Vie de Michel Henry.Mais il s’en faut de beaucoup que Kant ait compris toute la portée de sa découverte, car ce qu’il retient, c’est avant tout un principe « logique ». Il faut jusque dans l’expérimentation en physique que le divers de l’expérience soit ramené à une unité. Kant est fasciné par Newton et l’œuvre inaugurée par Galilée, même quand il évoque l’aperception pure, c’est encore avec des exemples de physique ou de mathématique. Il veut montrer que dans le savoir scientifique, la raison ne trouve que ce qu’elle a produit selon ses propres plans. Elle ne va pas glaner au hasard l’universel dans la Nature. Ce n’est pas en regardant les pommes tomber que l’on inventera la théorie de la gravité. C’est aussi l’histoire célèbre de l’expérience de Galilée des boules sur le plan incliné. La raison porte en elle le principe d’unité de la Conscience, principe qui ne saurait se trouver dans le divers des données empiriques, la raison ne peut même pas l’inventer, elle trouve l’Unité pure en Soi, dans la spontanéité pure de l’aperception originaire. Là même où réside le Je du je pense qui porte le divers des pensées. Nous pouvons en dire autant dans le domaine des mathématiques, l’aperception pure fournit l’archétype de l’Unité qui préordonne les règles du nombre, fournit les schèmes directeur fondamentaux de la géométrie et de la représentation de l’espace. C’est sur le
fondement de l’aperception pure qu’il est possible...En toute rigueur, il faudra dire que l’Identité pure du Je suis est par la pensée projetée dans le divers des représentations, donnant lieu à une conceptualisation de l’identique. Mieux, l’Identité pure est de ce fait spontanément accaparée par le moi empirique qui se drape de ses atours, se proclamant à son corps défendant siège de l’identité. L’ahamkara, l’ego, joue à être aham, Je. Mais cela, Kant ne le comprend pas, il n’est pas psychologue et il n’est pas, disons, un chercheur spirituel. Il en reste à l’idée d’un principe formel. Ce qu’il retient, c’est tout à la fois que les formes logiques du jugement, et celles de l’intuition de l’espace et du temps proviennent de l’esprit et de l’esprit seulement, elles constituent toute aperception empirique, mais elles ont leur siège dans l’aperception originaire sans laquelle elles ne pourraient tout simplement pas exister. L’esprit préforme l’univers qu’il connaît, il
le constitue de l’intérieur, mais il n’a pas d’ordinaire conscience de le faire. Si nous poussions un peu plus loin avec David Bohm, dans La Plénitude de l’Univers, nous dirions que la Conscience, Une en tant qu’Esprit, perçoit à travers le système nerveux humain qui est le nôtre, une représentation holographique de l’Univers qu’elle constitue de l’intérieur. Ce monde qu’elle appelle « objectif » à l’état de veille.Le mental peut toujours chercher une unité au dehors, il se trompe de direction et s’égare, l’unité principielle est au-dedans et à la source de l’esprit. Elle réside dans le je suis, matrice de toute pensée, mais la catastrophe métaphysique, c’est que je suis est très vite occulté et il devient le je pense qui prend sa place. Et on obtient la formule trompeuse, l’erreur de Descartes, « je pense donc je suis » où on attribue à tort une conscience de soi à la pensée, pour la retourner fièrement vers le « je suis » en croyant l’avoir inventé ; d’où une somme colossale de méprises dans toute la philosophie en Occident. L’aperception originaire je suis est l’évidence même de la donation à Soi, l’évidence absolue et la clarté originelle dans laquelle la pensée a séjour. La pensée mère si on veut de toutes les pensées filles. Bien sûr Kant tombe dans le panneau en maintenant une ambiguïté. Il écrit : « Le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations; car autrement serait représenté en moi quelque chose qui ne pourrait pas du tout être pensé, ce qui revient à dire ou que la représentation serait impossible, ou que, du moins, elle ne serait rien pour moi ». Le Je est toujours présent et l’aperception transcendantale, bien que jamais remarquée (parce qu’elle n’est pas une expérience) accompagne toute représentation. Une représentation est toujours représentation de quelqu’un, et tout objet de conscience n’existe que pour un sujet.
2) Dire de la représentation « elle ne serait rien pour moi » est superflu. Il n’y a rien du tout en l’absence du sujet, ni pensée, ni sentiment, ni expérience. Ce qui se produit dans le sommeil profond. Du côté du « divers », il y a ce que Kant appelle la « sensibilité » qui fait référence aux sens, et non à l’auto-affection du sujet en lui-même. Ce que dit Michel Henry. Kant admet que le Je transcendantal se manifeste comme « un acte de la spontanéité », ne provenant pas de la « sensibilité », mais jaillissant de Soi-même. Nous avons employé précédemment les termes de pulsation de la Conscience en tant que Je. La suite du texte de Kant devient désormais plus claire : « Je la nommeaperception pure pour la distinguer de l'aperception empirique, ou encore aperception originaire parce qu'elle est cette conscience de soi qui, en produisant la représentation je pense, doit pouvoir accompagner toutes les autres, et qui est une et identique en toute conscience ». Cette conscience-de-soi est une et identique en toute conscience, elle est la Conscience, elle produit la représentation je pense. A part Karl Jaspers, très peu de commentateurs ont mis le doigt sur l’importance de ce texte. Il ne veut pas dire que je suis une représentation, la représentation « je pense » découle de mon être comme l’attribut découle de la substance, ou comme l’ombre n’a d’existence que par l’arbre qu’elle projette. Elle est fondée sur : « l'unité transcendantale de la conscience de soi » et de là vient « la possibilité de la connaissance a priori qui en dérive ». Ce que nous avons examiné plus haut.
Pour que les perles du collier tiennent ensemble, un fil doit les traverser. Le fil de l’unité transcendantale de la conscience-de-soi tient ensemble toute conscience-de-quelque-chose, tout « divers » des impressions. « Les diverses représentations qui sont données dans une certaine intuition ne seraient pas toutes ensemble mes représentations si elles n'appartenaient pas toutes ensemble à une conscience de soi ». Mais attention, dans toute cette analyse nous n’avons nullement parlé du moi empirique au sens ordinaire. Celui là
n’est qu’une pensée parmi d’autres, une pensée recourbée sur elle-même devenue une entité, qu’après avoir enfanté, nous avons cru devoir maintenir de gré ou de force. Une pensée qui apparaît dans l’état de veille fait son tour de manège et disparaît dans le sommeil. Ce n’est pas la conscience transcendantale. Le Je.Bien que ténue et inaperçue l’aperception originaire est fondamentale, un peu comme l’écran blanc sur lequel se projette le film de la phénoménalité. Si d’aventure nous en venions à l’oublier, si d’un trait comme Sartre nous biffions la conscience-de-soi, il ne resterait que la conscience-de-quelque-chose et nous ne verrions plus la conscience que comme un courant d’air (texte). On peut même tomber encore plus bas : ne voir dans l’homme que des « comportements » du behaviorisme, à l’image des réactions stimulus-réponse mécaniques de l’animal. De l’animal-machine humain sans âme ni esprit. Une chose, le corps, avec ses réactions où la
conscience à la limite n’est plus qu’une ombre... Quand l’être humain ne se sent plus exister dans la Plénitude de la Vie, quand il est devenu « fonctionnel » dans la plupart de ses activités et qu’il ne fait plus que s’activer dans un non-sens abyssal, quand, dépourvu de Passion, il ne se sent plus vivre au sein de la Vie, le sentiment de l’Être dissipée, la conscience se réduit à l’objet. Le voilement du Soi est presque complet et la vie perd son Sens, car c’est par la conscience-de-soi que l’homme est en contact avec lui-même, avec l’âme, la monadespirituelle qui préside à sa vie psychique.C. Les trois états et la conscience transcendantale
L’expression « aperception originaire » peut paraître très abstraite et technique, d’aucuns ne se sentiront pas concernés et diront qu’il s’agit là d’un « problème de philosophe » ; mais c’est une méprise tragique, l’aperception pure est en rapport direct avec le vif du vécu de la conscience : l’éveil à Soi dans le sens intime. Qu’un homme, guère plus conscient qu’une botte de foin, ou une potée de souris, vivant sa vie par inadvertance, s’éveille, qu’il éprouve pour la première fois le sentiment formidable de se sentir exister, et il saura tout de suite l’importance ce que nous voulons dire. Faire de la conscience-de-soi un principe purement "formel" en éliminant sa dimension vécue, est au minimum une erreur ; au pire, un meurtre métaphysique, se tuer soi-même par négligence,
ne pas être attentif à soi. A la présence à soi. « Écrabouiller son âme » comme dit Stephen Jourdain.1) Il est indispensable pour y voir plus clair de considérer attentivement les états de conscience. Nous devrons y revenir souvent. Les trois états relatifs (texte) que nous traversons de manière cyclique sont la veille, le rêve et le sommeil profond. Il est important d’en saisir la texture. Parler de « la conscience » en l’air, de manière abstraite, c’est se payer de mots, non seulement nous ne voyons pas de quoi il retourne, mais nous sommes surtout trop éloigné du vécu. Or quand nous parlons de conscience, il s’agit d’expériences conscientes, qui toutes font référence à un état. Le plus souvent
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