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  • "L'alimentation sensorielle"

    L'alimentation sensorielle

     

    Manger cru avec du sens

    Pourquoi l’alimentation sensorielle?

    Le poids des maux vous pèse ? La sérénité physiologique vous tente ?

    Alors lisez la suite et entrez dans votre intimité sensorielle, allez à la rencontre de vous-même dans la profondeur temporelle de votre histoire évolutive, et ses millions d’années durant lesquels vos ancêtres ont co-évolué avec les ressources de la vie.

    Un si grand cru, qui l’eut cru ?

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    Des références scientifiques solides…

    Des années de recherches…
    Pour les besoins de mon mémoire de fin d’étude (EPHE) j’ai cherché toutes les publications scientifiques ayant un rapport avec le « manger cru » et la santé. J’en ai recensé plusieurs dizaines qui démontrent preuves à l’appui combien les aliments crus sont bénéfiques pour la santé.

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    Les nombreuses façons de manger cru…

    Toutes les pratiques alimentaires qui conduisent à augmenter la part de cru dans son alimentation sont à encourager compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui…

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    Une multitude de témoignages

    Les acteurs de la révolution alimentaire qui est aujourd’hui en marche sont nombreux et variés…

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    A chaque situation sa solution

    Connaître, se connaître, se reconnaître…

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    Comment en parler avec… ?

    Votre médecin, votre famille, vos amis et le professeur des écoles de votre enfant ?

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    La première vidéo que j’ai tournée avec Thierry Casasnovas a été mise en ligne sur sa chaîne YouTube fin juin 2016. J’y raconte comment, suite à la découverte d’une sclérose en plaques à 30 ans, je me suis mis en orbite du monde en partant en solitaire sur un petit catamaran errer dans les Caraïbes en vivant de pêche et de cueillette. J’y raconte aussi pourquoi et comment  cette toute première expérience du cru a bouleversé ma vie. Le roman autobiographique que j’en ai tiré, publié en 1994 par TF1 Editions, pourrait être republié bientôt par Dervy Médicis, l’éditeur de mon dernier livre « L’éloge du cru ».

  • "Osons causer" (vidéos)

    On trouve ce site sur you tube ou sur leur page Facebook. 

    Leurs vidéos sont excellentes, percutantes, concises, documentées. 

    Je ne m'en lasse pas et c'est toujours une porte d'entrée pour en chercher davantage ensuite. 

    https://www.youtube.com/channel/UCVeMw72tepFl1Zt5fvf9QKQ

    https://www.facebook.com/pg/osonscauser/videos/?ref=page_internal

     

    Un travail sur le scandale des autoroutes :

  • "GOUTTE D'EAU"

     

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    "GOUTTE D'EAU" est en concours ici : 

    AccueilLe concours nolimLes nouvellesGOUTTE D’EAU

    http://www.jedeviensecrivain.com/nouvelles-concours/goutte-deau/

     

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    thierryledru

     

    GOUTTE D’EAU

     

    J’étais une goutte d’eau vivant dans les grands fonds. J’avais fait dix mille fois le tour de tous les océans. J’avais frôlé les baleines et les calmars géants, j’avais erré longuement dans les chevelures des laminaires, j’avais vu des milliers de poissons, je m’étais mirée dans leurs pupilles. J’avais entendu parler de la lumière, celle de la surface, celle qui était réservée aux Grands Sages. J’avais même entendu dire que des êtres à deux jambes possédaient un pouvoir redoutable et que les eaux de surface étaient de plus en plus souillées mais que la lumière des cieux restait malgré tout un paradis flamboyant, que le voyage de l’eau pouvait prendre la forme d’un cycle merveilleux, un éblouissement de chaque instant. J’ai rêvé longuement, au gré des courants les plus lents, au gré des obscurités les plus effroyables, j’ai rêvé pendant des siècles à cette accession à la lumière.
    Me parvenaient parfois des échos de la surface, des paroles qui descendaient jusqu’aux profondeurs insondables par d’interminables commérages. Je ne parvenais pas à savoir si les distances parcourues et le nombre incalculable de congénères concernés falsifiaient le message originel. Tout ce que j’entendais paraissait si irréel. Un astre lumineux diffusant des chaleurs, des cieux infinis, des couleurs, des montagnes, et des fleuves, des forêts tropicales, la pluie, la neige, le vent et les nuages, j’écoutais pour construire des images, j’ai même entendu parler d’un Dieu tant l’éblouissement permanent semblait contenir une intelligence infinie.
    Je voulais explorer la vie au-delà des limites de ma condition.
    J’ai passé des siècles d’errance dans le flux des courants à essayer de comprendre. Dans le noir le plus opaque, la seule lumière disponible ne peut s’éveiller qu’à l’intérieur. Elle ne me comblait plus.
    J’ai pleuré, parfois, ajoutant au corps océanique une infime parcelle mais je n’ai jamais abandonné. Il y avait nécessairement un projet qui m’était attribué.

    Et puis les Grands Sages m’ont convoquée. Le Conseil avait lieu dans une fosse immense, un abysse que les plus jeunes d’entre nous habitaient. Il en était ainsi dans le monde de l’eau. Pour s’élever, il fallait accepter les millénaires d’errance.
    J’avais tout supporté, jusqu’aux mers polaires dans lesquelles je m’étais retrouvée figée pendant des saisons interminables. Cette pression exercée par mes compagnes au-dessus de moi, je l’avais acceptée, sans aucune rébellion.
    Les Grands Sages.
    Ils avaient le pouvoir de redescendre se mêler au peuple d’en bas. Et de remonter vers la surface tout aussi facilement.
    Je me suis présentée, craintive et enthousiaste, euphorique et apeurée. Qu’allais-je donc apprendre ?
    Les Grands Sages m’ont parlé. Ils m’ont expliqué. Je les ai écoutés sans jamais les interrompre, fascinée par l’incroyable luminosité qui émanait de leurs molécules.
    Les Sages aimaient mon respect de la patience, ils aimaient mon abnégation à tenir mon rôle de goutte d’eau, ils aimaient également en moi ce désir de lumière. J’ai été surprise et ils m’ont expliqué que beaucoup de gouttes d’eau après des millénaires dans les noirceurs délaissent à tout jamais le désir de lumière, que l’abandon les comble et qu’elles se satisfont de leurs conditions soumises. Jusqu’à parvenir à s’en réjouir.
    Je ne comprenais pas. J’aurais préféré mourir dans les déserts dont j’avais entendu parler.
    C’est ce désir de lumière en moi qui avait donc convaincu les Grands Sages de m’accorder le voyage. Je devenais une Exploratrice.
    Ils m’ont prévenue que le choc serait à la mesure des étendues océaniques.
    Tout ce que j’avais entendu était-il vrai ?
    L’ascension a débuté. Une remontée verticale absolument stupéfiante. J’ai rapidement senti l’allègement de la pression et j’ai eu l’impression de grandir. Je devinais sur mon passage des regards réjouis, des saluts amicaux, comme si mon ascension venait offrir à mes compagnes une fenêtre vers le haut, comme si mon élévation venait insuffler en elles le goût de la lumière.
    J’espérais les voir suivre mon sillage.
    « Tu n’as pas à espérer pour les autres, avait dit une voix monocorde en moi. Ce que les autres décideront ne t’appartient pas. Enseigne-toi et laisse aux autres le choix de s’enseigner eux-mêmes. »
    Un Grand Sage, une voix insérée en moi.

    J’avais écouté et retenu. N’avoir aucun autre espoir qui ne soit à moi, être seulement la preuve vivante que tout est possible.
    Lorsque j’ai aperçu la première coulée de lumière, j’ai cru défaillir. Je n’avais jamais connu un tel éblouissement.
    Cent mille ans de patience sur le point d’éclore.
    J’allais naître à la lumière.
    Tout s’est accéléré.
    J’ai vu s’étendre autour de moi l’azur bleuté et les scintillements de rayons fragmentés.
    J’ai percé la surface avec une énergie folle, au point que je suis restée suspendue en l’air avant de retomber dans les flots.
    J’ai vu le ciel ! Un océan immobile, auréolé d’écume et les nuages, des vaisseaux sculptés qui tendaient leurs voiles.
    Je ne sais pas d’où sont venus tous les mots. Il a suffi que la lumière m’environne pour que jaillisse en moi une mémoire euphorique.
    La lumière avait déclenché le rappel immédiat de tous les savoirs. Les mots sont remontés des abysses intérieurs plus rapidement qu’un espadon en chasse. J’ai réalisé alors tout ce que je portais.
    Je bénissais à l’instant ma persévérance.
    J’ai vu le soleil. Mais je n’ai pas pu soutenir son regard. Il m’a transpercée. Je m’en suis voulu d’avoir été aussi impatiente. Incroyable comme la prétention pouvait surgir sans prévenir. À peine émergée que je cherchais à englober la source de tout. Je craignis un instant que les Grands Sages ne reviennent sur leur décision.
    « Rien de tout cela, entendis-je en moi. Tu apprendras que la compréhension est un long cheminement. Laisse vivre la vie en toi et saisis tout ce qu’elle te donne. »
    Je n’eus pas le temps de remercier. Ils avaient disparu.
    Je flottais désormais à la surface d’une houle longue.
    La chaleur du soleil était délicieuse.
    J’ai longtemps navigué sur des crêtes ourlées de dentelles, j’ai plongé en riant sur des toboggans réjouissants, j’ai côtoyé des gouttes anciennes, de celles qui avaient déjà réalisé le Grand Voyage.
    C’est au zénith du soleil que j’ai senti les premiers frémissements. La chaleur pétillait en moi et j’avais l’impression d’être remplie de bulles, comme agitée par une énergie inconnue. Je ne savais rien des expériences à venir.
    J’ai vu alors dans les regards de mes congénères des bénédictions salutaires et cette empathie m’a rassurée et convaincue. Je n’étais en danger qu’au centre de mes inquiétudes.
    Je me suis abandonné, j’ai lâché toutes les résistances, j’ai cessé d’avoir peur.

    L’agitation de mes atomes a pris alors une tournure indescriptible.
    Le corps de l’Océan semblait se dilater et je devinais autour de moi des poches liquides qui se rompaient, des myriades de particules microscopiques qui s’arrachaient à la masse.
    Évaporation. Le mot m’est revenu. Je l’avais entendu dans les nasses sombres et je n’avais pas compris. Comment concevoir qu’on puisse s’élever quand on souffre d’être écrasée ? Je n’avais pu fabriquer aucune image.
    J’avais passé cent mille ans dans les abysses et maintenant, je volais.
    Sans aucune peur.
    Pour quelles raisons aurais-je laissé ma peur gâcher l’expérience ? Était-elle justifiée ? Avais-je besoin d’être sauvée ?
    Rien de tout ça.

    Compréhension.
    Libération.
    Il n’y a pas pires entraves que l’amour qu’on porte aux prisons intérieures.
    J’entendis parler autour de moi de cette évaporation et les plus anciennes parmi nous se réjouissaient d’aborder un nouveau cycle.
    Je vis s’éloigner à une vitesse vertigineuse le grand corps de ma mère, je pris la mesure de son immensité et je ressentis un amour infini pour elle.
    Les cieux nous aimantaient.
    Je perçus peu à peu un changement de températures. Sans comprendre le phénomène, je vis se souder à moi des contingents de gouttes, toutes aussi surprises de la tournure des évènements. J’aperçus heureusement, encore une fois, quelques anciennes âmes et ces airs impassibles qui les caractérisaient.
    « Condensation, » m’annonça l’une d’entre elles. Sans doute mon air interloqué. Elle avait senti que j’avais besoin de données claires.
    Je compris alors la structure de ces grands navires gris et blancs qui tapissaient les cieux.
    La pluie.
    C’est un Grand Sage qui me rappela le nom.
    « La pluie est une expérience éblouissante, imagine une mer fragmentée qui se déverse. Mais il nous faut d’abord rejoindre les terres émergées. »

    Des souffles d’altitude nous ont poussés vers les rivages. Je ne saurais raconter ce que j’ai vu, il me faudrait des milliers d’années. J’ai deviné tant de vie que mon imagination me paraissait ridicule.

    Les montagnes.
    Je les vis se dresser telles des murailles, des pentes aussi imposantes que des fosses abyssales.
    Nous continuions à monter.
    C’est là que je sentis germer en moi des cristaux solides et je ne compris pas dans les premiers instants. Comme un fluide qui courait au plus profond et gelait mes atomes.
    « Il pourrait bien neiger, m’annonça une ancienne voyageuse. C’est assez inquiétant quand on ne connaît pas. La première fois, j’ai vraiment cru mourir. »
    L’inconnu, l’impensable. La peur qui jaillit.
    J’ai aperçu dans le chaos des particules le sourire confiant d’un Grand Sage. Il m’observait.
    J’ai compris alors que nous étions veillés, que nous n’étions jamais abandonnés mais qu’il ne fallait rien attendre, rien espérer. Les Grands sages observaient avec bienveillance.
    Mes pensées m’avaient détaché de mon état physique.
    J’étais flocon, j’étais de glace, je sentais mes atomes dessiner des dendrites et des cristaux.
    Des convois de nuages s’accrochèrent aux sommets les plus hauts et ce fut le début du déluge. De chaque déchirure s’échappèrent des avalanches silencieuses. Je me laissais tomber avec une curiosité insatiable.

    Nous nous sommes toutes posées, dans un silence d’abysses.
    La branche d’un arbre m’avait servi de zone d’atterrissage. Et la nuit est tombée.
    J’étais épuisée, j’ai dormi comme un fossile. J’ai rêvé des grands fonds et de toutes ces gouttes diluées dans la masse, comblées de misère et heureuses d’être informes. J’ai pleuré pour ce gâchis des vies perdues.

    C’est la lumière du soleil qui m’a sortie de ma torpeur, un voile blanchâtre qui ourlait l’horizon.
    Un premier rayon vint me câliner et je sentis rapidement l’agitation de mes molécules.
    Je vis goûter autour de moi des congénères, ils tombaient des faîtes déjà réchauffés. Je n’eus pas à attendre longtemps pour les rejoindre. Le tapis moelleux ruisselait en surface.
    Des rigoles s’étaient dessinées dans la pente, un vide qui aurait pu se révéler inquiétant si je n’avais connu la fosse des Mariannes.
    Les tapis de flocons tassés se fissuraient et j’entrais pour la première fois en contact avec l’herbe et la terre.
    Son parfum. La terre et l’eau. Comme deux partenaires qui s’étreignent. Je découvrais la puissance émotionnelle de l’élan amoureux. L’élan vital avait donc été jusqu’à créer des parfums d’amour pour inviter les êtres vivants à l’union.
    Je continuais à dévaler les pentes, alternance de parterres verdoyants et de champs de pierres.
    Les ruissellements me conduisirent à un entrelacs de failles creusées par des déluges anciens.
    « Un lapiaz », me dit une compagne expérimentée. Nous sommes, toutes unies, un redoutable creuseur de failles. »
    Je n’eus pas le temps de comprendre l’allusion que nous plongions ensembles dans un gouffre immense. Je découvris vraiment ce que signifiait la vitesse. J’en fus retournée dans tous les sens et tombais dans une nuit totale. La sensation d’effondrement alors que vous n’y voyez goutte est absolument terrifiante et je ne pus retenir un cri d’effroi. Je n’étais pas seule au vu de la puissance du grondement lorsque la cascade s’immergea dans un bouillonnement ardent au cœur du réseau souterrain.
    Nuit noire.

    Nous avons suivi, impuissantes, un courant puissant généré par la pente. J’ai heurté, je ne sais combien de roches figées.
    Puis, le flot s’est calmé.
    Un lac. Je devinais une eau apaisée, quelques murmures encore, comme des cauchemars finis qui résonnent et puis, peu à peu, le silence s’est fait. Un silence de fosses marines. Une totale absence de vie.
    J’ai eu peur. Et j’ai maudit le sort. Se réjouir à chaque instant de la beauté du monde jusqu’à en oublier cent mille ans d’errance puis tomber soudainement dans des noirceurs inimaginables.
    Je n’aurais jamais envisagé un tel acharnement.
    Y avait-il une intelligence suprême capable d’une telle abomination ?
    Je ne comprenais pas.
    J’ai mis longtemps à retrouver un semblant de calme. Je me suis accrochée à cette plénitude naissante et c’est là que j’ai fini par deviner un courant infime. J’ai maudit le sort. Je n’étais qu’une goutte d’eau et je rêvais de nageoires.
    C’était fini. J’allais me morfondre pour cent mille ans au cœur de la terre dans un antre clos.
    « Tu n’as pas connu les déserts, ma belle, annonça une douce voix. Là, tu aurais eu raison de te plaindre réellement. Crois-moi. Tu falsifies la réalité. Apprends donc à te libérer de tes jugements quand ils ne sont que des interdictions à aimer.
    -Aimer quoi ? » demandai-je en colère.
    J’en avais assez de ces Grands Sages qui me poursuivaient.
    « Ta colère t’empêche de comprendre. On te l’a déjà dit pourtant. Tu ne peux rien savoir si tu ne comprends pas qui tu es. Observe ta colère et une fois observée, observe l’esprit qui observe. Tu verras ta colère s’évanouir et là, tu pourras apprendre.
    -Je n’ai rien compris, répliquai-je.
    -Évidemment puisque tu es en colère.
    -Avec vous, ça a toujours l’air facile mais moi, je ne suis pas un Grand Sage.
    -Mais moi non plus. C’est toi qui as décidé de nous voir comme des Grands Sages. C’est encore ta façon de concevoir la réalité mais ta réalité n’est pas le réel. Ta réalité n’est qu’une interprétation. Le réel est empli de sagesse puisque l’énergie vitale a eu la sagesse de le concevoir. Comprends-tu ? La vie en toi est la Sagesse ultime.
    -La Sagesse de la vie ?
    -Te voilà plus calme, tu commences à comprendre. C’est bien.
    -Et qu’est-ce que je dois faire maintenant ? »
    Silence. Plus rien. Aucune réponse.

    L’immobilité du lieu coula en moi. Je restais ainsi, concentrée sur l’image de cette Sagesse créatrice et je m’aperçus, en sortant subrepticement de mes pensées, que toute colère avait disparu…
    Serions-nous donc tous des Grands Sages ?
    La Sagesse créatrice de la vie. Tout ce qui vit porterait donc en son sein une Sagesse immuable ? Il ne s’agissait pas de chercher à devenir sage mais de comprendre que nous l’étions déjà.

    Stupéfaction.
    J’avais cherché pendant cent mille ans à obtenir les conditions favorables à une quête existentielle et je m’étais donc empêchée de jouir déjà de la Sagesse en moi.
    Consternation.
    J’étais la victime consentante de mon erreur de jugement, j’étais le bourreau et sa proie.
    « Observe celui qui observe. »
    L’immobilité était propice à cette introspection et c’est là que j’ai réalisé que le sort que je maudissais s’était en fait montré particulièrement perspicace.
    Ma découverte du monde nourrissait une euphorie hallucinogène, je sautais d’expérience en expérience, juste animée par un feu insatiable, jusqu’à en tuer la contemplation des horizons intérieurs. Combien de fois déjà j’avais envisagé d’autres expériences alors que je n’avais pas encore fini de vivre l’instant ?
    La vie s’était chargée de me rappeler à l’ordre.
    « Arrête tout et observe l’observateur des expériences. »
    Le message était clair.
    Je me suis évaporée. Intérieurement. Une enveloppe évanouie, effacée, toute identification suspendue dans l’absence et c’est là que j’ai senti la Sagesse, elle était là, pétillante, réjouie, bondissante. Tout s’est accéléré. Toutes les vies en moi, toutes les âmes unifiées. J’ai entendu battre les cœurs.
    Je n’étais rien. Sans que cela ne vienne troubler l’observateur puisque plus rien de figé ne risquait de disparaître, j’étais la vie, j’étais la Sagesse de la création.
    Et donc, je n’étais rien.
    C’est là que l’impensable devenait douloureux et que l’agitation prenait sa source. Il était insupportable de n’être rien, rien qu’un support à la Sagesse et de devoir s’en contenter.
    L’agitation étouffait le drame, l’agitation donnait une contenance mais à vouloir emplir un récipient sans parois, on se condamne à l’épuisement.
    Tout allait trop vite, trop de révélations, j’eus peur soudainement de perdre le fil de ces pensées qui m’emplissaient, peur de manquer l’essentiel, peur de m’égarer. Et la peur couvrit de son voile les révélations à naître.
    Je devais me reprendre.
    Non, pas me reprendre. Laisser la vie me guider, la Sagesse en moi tenait les rênes, je n’étais pas le cocher. L’humilité. Voilà, c’était ça la solution.
    « Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va. »

    J’ai tout accepté dès lors. Je n’ai entendu de ma vie que la Sagesse créatrice en moi.
    Je suis restée contre la pierre froide et lisse et j’ai aimé ce support. J’ai écouté contre sa peau murmurer le cœur de la planète. Puisque la Sagesse de la vie considérait que mon parcours se devait d’être suspendu dans un gouffre, j’ai appris à recevoir cet instant figé comme une avancée et non comme une sentence. Cette vitesse que j’avais adorée n’était qu’un jeu et il ne s’agissait pas de lui octroyer une importance inconsidérée. La hiérarchie des bonheurs contient en elle-même les déceptions et je me désespérais toute seule.
    Combien de Temps suis-je restée là ? Le Temps…Cette perception de la vie n’avait encore aucune réalité. Je le comprenais maintenant. S’interroger sur le Temps générait irrémédiablement une projection sur un passé inexistant et un avenir illusoire. Au détriment de tout puisque l’instant contenait l’essence. Je ne pouvais pas être ailleurs que maintenant.
    Cent mille ans à me morfondre et à espérer parce que je comptais le Temps. Une abomination. Je n’avais rien compris. Rien. Et je me demandais désormais pour quelles raisons les Grands Sages m’avaient lancée dans ce voyage. Je n’avais rien réalisé et je ne vivais que dans cette volonté folle de m’élever, d’être une Exploratrice. D’où venait ce terme d’ailleurs ? N’était-ce pas finalement une pure invention façonnée par des messages falsifiés ? Comme une décoration artificielle qui entretenait des hiérarchies inutiles. De croire que des esprits possédaient davantage souillait l’idée même de Sagesse. Le trésor existait en nous mais nous restions assis obstinément sur le couvercle du coffre à scruter les horizons en imaginant des conquêtes fabuleuses.

    Je ne pensais à rien lorsque le vacarme a empli le gouffre, j’étais dans une torpeur bienfaitrice.
    Une vague a déferlé sur le lac, courant comme une bourrasque et soulevant des murs liquides. J’ai été saisie et projetée dans un courant inimaginable, j’ai heurté des roches en gardant en moi l’impression de les avoir brisés, le grondement était aussi puissant que cette éruption volcanique sous-marine à laquelle j’avais assistée, il y a longtemps
    « Un orage dehors, des pluies diluviennes et… » m’expliqua une compagne chevronnée.
    Je n’entendis pas la suite de ses paroles. Une chute verticale, le plongeon tonitruant, puis de nouveau une interminable descente dans un grondement de création du monde.
    Jusqu’où pouvions-nous descendre ainsi ?
    Un vide immense. La montagne nous expulsa par une bouche béante, une excavation creusée par des millénaires d’érosion au milieu d’une paroi verticale. La vitesse du flot nous projeta à plusieurs mètres de la roche et je vis sous moi des paysages balayés par des bourrasques tonitruantes, noyés sous des mers de pluies hachées.
    Le déluge. Des trombes d’eau comme si l’Océan entier se déversait sur le monde.
    Les montagnes ensoleillées que j’avais connues avaient disparu et j’eus le temps, en tournoyant dans l’espace, de juger de l’incroyable changement des lieux. La surface de la Terre semblait avoir été remodelée, balayée par un architecte insatisfait et refaçonnée par un esprit coléreux.
    Je plongeai finalement dans un bassin aux eaux sombres, encadré par des nuées d’éclaboussures.
    À peine remise de mes émotions, je basculais dans un toboggan aux roches grises, des amas de blocs et de galets, de graviers condamnés par les flots à se rompre jusqu’à la disparition. J’étais troublée par ce brassage des pierres emportées par le torrent, ce roulement incessant qui ajoutait au vacarme un fond sonore impressionnant. J’imaginais dans l’éclatement des roches des plages en devenir. Rien ne disparaissait finalement. Il ne servait donc à rien de se croire immuable et de s’inventer des peurs. Tout serait un jour brisé, tout serait un jour transformé mais rien ne s’effacerait. L’élan vital avait conçu pour toute la création des cycles infinis, des boucles millénaires.
    J’avais été goutte et vapeur, pluie, neige, eau stagnante, cascade et torrent et je n’avais aucune idée du projet inséré.
    Rien ni personne ne connaissait la suite de sa propre histoire. Y avait-il une histoire personnelle d’ailleurs ? N’était-ce pas une illusion créée par la perception d’un Temps limité ? Ces montagnes titanesques qui se croyaient inébranlables et qui pourtant finissaient inexorablement par céder sous les assauts du vent, des pluies, du gel, du soleil, une érosion inaltérable, patiente et obstinée, indifférente au Temps nécessaire. Une montagne inexpugnable ?
    Revenir dans cinq cent mille ans voir le tas de sable et rire de ses certitudes.
    Rien n’est figé, rien ne disparaît, rien n’est éternel. L’élan vital est la seule force constante et son imagination est incommensurable. Il se joue du Temps, il s’amuse des siècles comme on écoute passer les secondes, il collectionne les millénaires, égrène les époques, enfile les ères comme s’il jouait avec des coquillages.
    Les roches que j’entendais dévaler n’avaient aucune idée de la suite de l’histoire.
    Si les montagnes passaient leur temps à pleurer les roches arrachées, si elles passaient leur temps à craindre les saisons comme des outrages, elles en oublieraient de profiter du paysage. Et elles se morfondraient de ne pas s’en être réjouies une fois réduites en plages.
    Nous avons quitté les étendues minérales pour traverser les forêts. Notre hôte puissant débordait d’enthousiasme.
    Vagues et remous, éclaboussures et ruissellements, nous avons connu l’euphorie des voyages chaotiques. J’ai gardé en mémoire des regards de roches admiratives, nous avions une telle puissance, nous possédions une telle furie.
    Je n’ai jamais oublié pour autant, à aucun instant, l’immobilité du temps passé dans la grotte, la fixité de l’étendue dans laquelle j’avais été mêlée.
    Rien ne m’appartenait. Je n’étais que l’élément d’une masse et il aurait été inconvenant que je m’attribue cette force.

    Plus jamais ça…
    J’ai rejoint les grands fonds et je ne souhaite plus aucune élévation.
    Ce cauchemar ne me quittera jamais. Je comprends désormais le silence de mes compagnes, leur attachement aux noirceurs apaisées. Je n’avais rien compris. Je me croyais supérieure parce que les Grands Sages m’avaient choisie.
    Je me laisse porter par les courants.
    Ici, il n’y a aucun danger.
    Là-haut, j’ai failli mourir.
    Le torrent, l’euphorie du flot, la beauté des paysages, la lumière, les nuages, les forêts, le soleil et le vent, la pluie et les arcs-en-ciel.
    J’étais heureuse, si heureuse. L’appel des horizons, des sensations si fortes, des ressentis si profonds.
    Et puis, le torrent s’est jeté dans une rivière.
    C’est là que tout a basculé.
    Huit saisons de souffrances infinies. Le désespoir le plus effroyable.

    Je n’oublierai jamais tout ça.
    La rivière serpentait dans des paysages de vallées, des champs à perte de vue, des arbres fruitiers, des grands épis blonds ou des têtes de soleil qui se balançaient mollement.
    J’ai vu mes premiers humains. Ils tenaient une canne avec un fil qui plongeait dans l’eau. Ils avaient l’air bien calme. Je me souvenais de paroles entendues dans les abysses. « Les humains étaient des destructeurs, il fallait les éviter. »
    Ceux-là, assis sur la berge, me semblaient tout à fait respectables. J’ai même pensé que ces commérages dans les grands fonds n’étaient que des racontars distillés par les âmes anciennes pour impressionner les petits jeunes.
    Oh, combien, j’ai compris qu’elles étaient encore bien loin de la réalité. Connaissaient-ils la vérité d’ailleurs ? Et les Grands Sages ? Savaient-ils réellement les risques encourus ? Agissaient-ils en pleine conscience ? Je ne parvenais pas à comprendre. Quelles étaient leurs intentions ? Qu’attendaient-ils des Explorateurs ?
    J’ai été aspirée. Je passais au bord des herbes suspendues au-dessus de l’eau et je n’ai pas vu le tuyau, une bouche noire dans laquelle j’ai disparu, avalée dans une inspiration diabolique. Un bruit inconnu, comme un ronflement qui se rapprochait. J’ai rapidement compris que la situation n’avait rien de naturel.
    Un assemblage métallique, une sorte de cylindre par lequel nous avons été projetées.
    Je suis tombée au sol. Une terre poussiéreuse et desséchée. Des grandes tiges portaient ces têtes de soleil que j’avais vues alors que je descendais la rivière. La pluie dispersée par le mécanisme qui ronflait humidifia le sol et je me sentis disparaître.
    Je n’ai pas compris lorsque j’ai été aspirée de nouveau. J’ai mis quelques moments à réaliser que j’avais été bue.
    J’ai vu les fibres de la plante et j’ai senti rapidement tous les poisons qui s’y trouvaient.
    « Des engrais, m’a expliqué une compagne de malheur. C’est la troisième fois que je me fais prendre. Je ne le supporterai pas. C’est trop dur. »
    Des brûlures dans mes atomes, comme un déchirement, l’impression effroyable d’être désintégrée. Je revis rapidement quelques regards terrifiés d’animaux que j’avais vus disparaître dans la gueule d’un prédateur. Cette certitude de la mort. Ces derniers instants auxquels on s’accroche comme s’il était possible de repousser l’inéluctable.
    Du poison liquide m’asphyxiait. J’ai tenté de me hisser vers le soleil. J’espérais que les poisons ne parviendraient pas aux extrémités de la plante.
    Je n’ai jamais dépensé une telle énergie. Je n’ai jamais tant espéré, avec cette volonté de transformer mon espoir en reptations effrénées.
    Je me suis concentrée, intérieurement, j’ai cherché à m’extraire de tout.
    J’étais en moi comme dans une bulle, j’ai senti cette légèreté divine, non pas cette simple évaporation ancienne mais une plénitude sans masse, sans atome, comme si ne survivait en moi que l’énergie créatrice.

    Je n’étais rien de ce que je croyais être.

    J’ai été broyée, dans ma tige, une machine infernale qui nous découpa en lamelles. J’ai vu les têtes de soleil basculer dans des mâchoires et le pied dru où je résidais tomber au sol. J’ai été écrasé par une masse ronde, dure, impitoyable. J’ai pleuré en sentant le corps de mon hôte mourir dans d’atroces douleurs.
    J’ai été éjecté de mon enceinte brisée et j’ai coulé dans la terre.
    J’ai craché les poisons qui me restaient et je m’en suis voulu d’empoisonner le sol.
    Je n’avais encore rien vu.
    Le pire n’est jamais loin mais une fois qu’il est là, regarde devant…Il en reste encore.

    Une nappe phréatique. Des tuyaux métalliques qui plongeaient dans le corps liquide. J’ai été aspirée. J’ai coulé dans des tubes froids, j’ai brûlé dans des citernes, j’ai été rejetée dans des conduits immondes, aspirée de nouveau, jetée dans une cuvette sale où flottaient des excréments, j’ai cru mourir dans la puanteur des égouts, j’ai vu des compagnes mortes, des gouttes éteintes, noires jusqu’au cœur.
    J’ai coulé dans des villes sales, j’ai été balayée sur des trottoirs englués de vapeurs toxiques. J’ai connu aussi les affres des piscines et la brûlure des désinfectants et même les rires des enfants ne calmaient pas mes douleurs.
    J’ai été rejetée sans remerciement dans une rivière aux eaux tièdes.
    Des poissons erraient dans des herbes acides et leurs peaux s’écaillaient.

    J’ai été bue, une nouvelle fois. Par un humain.
    C’est certainement ce que j’ai vécu de plus troublant. Ce chaos intérieur m’a glacée d’effroi, cette alternance constante entre les élans euphoriques et les détresses insoumises, des tremplins amoureux et des trahisons infâmes. Une folie dévastatrice.
    J’ai prié pour échapper à ce calvaire.
    Il m’a pissée.
    Contre une haie d’acacias, au bord d’une route, « une envie pressante. » Une soirée entre amis d’après ce que j’ai compris. Des alcools qui m’avaient souillée jusqu’à l’outrage. Il m’a pissée et j’ai eu la chance de trouver une faille dans la terre meuble.
    J’ai rêvé aussitôt des noirceurs océaniques.
    J’ai vu passer les saisons, pris dans le gel de la terre ou brûlée par les rayons solaires, des épreuves adorées au regard des violences humaines.
    J’ai imploré les cieux de m’oublier.
    J’ai souffert le martyre, j’ai espéré mourir.
    J’ai maudit les hommes et j’ai rêvé de leur fin.
    C’est un égout qui m’a rejetée à l’Océan.

    J’ai plongé furieusement sans aucun remords. Plus jamais ça.
    Je n’aimerai désormais que les noirceurs opaques. C’est là que se trouve la lumière intérieure.
    J’ignorais tout de moi-même.
    J’ai compris enfin les intentions des Grands Sages. Puisque je n’entendais rien, je devais connaître les affres les plus impitoyables pour taire en moi les pensées mensongères.
    J’étais une goutte d’eau. Il n’en reste qu’un souvenir. Aussi transparent que ma structure. Aussi fragile que cette enveloppe polluée, agressée, envahie, asphyxiée. Tout cela n’était rien qu’un support dérisoire qu’il convenait de déchirer.
    Pour lire le message.
    Je n’étais rien de ce que je croyais être. J’étais bien plus lorsqu’il ne resta plus rien.


     

  • Daniel Mermet : le chemin et le but

    Daniel Mermet : « dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but. »
    Publié le 4 novembre 2016 | Écrire un commentaire
    « … Un de mes professeurs de dessin aux Arts appliqués donnait un superbe enseignement qui se ramassait en une seule phrase : « À chaque instant votre dessin est fini. »

    En règle générale, dans un cours de dessin, on vous indique le temps dont vous disposez. Cinq minutes, une heure, quatre heures, ou plusieurs séances. Avec lui, non. Il fallait commencer par l’essentiel et rester sur l’essentiel. Dès que le fusain touchait le papier, et à chaque trait, l’urgent était l’essentiel. Un « essentiel » qu’il appartenait à chacun de découvrir. Puis de s’y maintenir. Sur la brèche, sur la ligne de crête, première ligne, ligne de feu, ligne de partage des eaux. Ainsi, à chaque instant, le dessin peut s’arrêter. L’important est dans chaque instant de la ligne. Pas dans la fin. Ni dans le début. Mais dans le trait, dans le chemin.

    Quel sage pourrait ainsi dessiner sa vie ? Qu’à chaque instant la vie puisse être interrompue et qu’à chaque instant elle soit « essentielle » ? Toujours prête à la halte et prête à s’en aller.

    Nous croyons poursuivre un but, nous croyons que le trait, comme un chemin, nous conduit vers un but.

    Or il n’y a pas de but. Le but c’est le chemin.

    Le but n’est rien, le chemin est tout.

    Dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but.

    Être en chemin, voilà le but.

    Être n’est pas le but. Il n’y a pas d’Être que d’être en chemin… »

    Daniel Mermet



    Daniel est un homme important pour moi : depuis 2004, à travers Là-bas si j’y suis et aussi à travers quelques conversations, il me transforme profondément, en bien je crois.

    C’est vrai qu’on n’est pas (encore) très nombreux, à défendre un processus constituant populaire, ouvert à vraiment tous les êtres humains ; c’est vrai qu’on n’arrive pas encore à rendre le monde meilleur ; mais on est en marche, on est ensemble, autant que possible, autour d’une idée originale et radicale, on se transforme ensemble, on apprend ensemble qu’on est capables d’écrire nous-mêmes notre constitution, et on progresse, malgré les calomnies et les difficultés, on fait de notre mieux pour être de plus en plus nombreux à chercher à servir nous-mêmes le bien commun, sans accepter les caricatures des politiciens qui font de celui qui n’est pas d’accord un adversaire à vaincre.

    Ne désespérez pas d’être petit. Tout ce qui est grand a commencé par être petit.

    Fais ce que tu dois, et advienne que pourra.

    Étienne Chouard

    Daniel Mermet : « dans le chemin il y a tous les possibles, alors que dans le but, il n’y a que le but. »

    « … Un de mes professeurs de dessin aux Arts appliqués donnait un superbe enseignement qui se…

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  • Et l'école de NVB.

    Un journaliste d'"Envoyé Spécial" se glisse dans la peau d'un professeur

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    Primaire à droite : les enjeux du scrutinpar Europe1fr

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    Pour enquêter sur la crise des vocations dans l’Education nationale, Paul Sanfourche a choisi de se faire embaucher en tant que contractuel.

    LE CHOIX TÉLÉ

    Un document édifiant. Jeudi soir à 20h55 sur France 2, Envoyé Spécial propose un reportage qui plonge dans les coulisses du système de recrutement de l'Education nationale. Le résultat risque de surprendre de nombreux téléspectateurs.

    Un avis favorable malgré tout. Pour enquêter sur la crise des vocations dans l'Education nationale, Paul Sanfourche, journaliste à France Télévisions, a choisi de se faire embaucher en tant que contractuel. Pour cela, il suffit d'un CV, trois ans d'études dans la matière enseignée et d'un entretien au rectorat. 25.000 personnes sont ainsi embauchées chaque année.

    Najat Vallaud-Belkacem invitée d'Envoyé Spécial. Le journaliste commence par postuler à un poste de professeur de français mais durant l'entretien, il commet une faute de français et se retrouve incapable d'expliquer une seule règle de grammaire. Pourtant, le journaliste va obtenir un avis favorable pour être embauché comme professeur de français en collège ou en lycée. Un reportage inquiétant auquel la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, va réagir en plateau, face à Élise Lucet.

  • Une autre école.

    Une école sans note, sans programme, sans leçon, et qui réussit, ça marche

    3 novembre 2016 / Aurélie Delmas (Reporterre) 
     


     

    Une école sans note, sans programme, sans leçon, et qui réussit, ça marche

    Laisser les enfants choisir leurs objectifs, supprimer la hiérarchie, oublier les classes d’âge et le programme scolaire… Les écoles pratiquant une pédagogie alternative se multiplient en France, bousculant les certitudes. Et si l’Education nationale s’y mettait ?

    Du local au global est la série d’enquêtes que Reporterre consacre aux alternatives qui peuvent changer la société. En se demandant ce qui se passerait si les solutions n’étaient pas alternatives, mais appliquées à grande échelle.


    L’École dynamique est située rue des Artistes, dans le 14e arrondissement de Paris, tout près de la place des Droits de l’enfant. Ouverte en 2015, cette école privée hors contrat accueillera 50 élèves à la rentrée des vacances de la Toussaint, ce jeudi. Elle fait partie des écoles « démocratiques » et s’inspire de la Sudbury Valley school créée à la fin des années 1960 aux États-Unis à partir d’un principe simple : les enfants sont les égaux des adultes et ils sont responsables de leurs apprentissages.

    En arrivant à l’école, Tim, trois ans et demi, invite le plus naturellement du monde le visiteur à se déchausser. Ici, chacun se doit de connaître et respecter les règles à défaut de quoi une plainte peut être déposée et examinée par le conseil de justice. Par exemple, si une pièce est mal utilisée (calme, musique, cinéma, art, bibliothèque, sciences, jeux vidéo… toutes ont une fonction), elle pourra devenir inaccessible pendant quelque temps. « La liberté totale est couplée avec une extrême exigence », explique Ramïn Farhangi, fondateur de l’école.

    Aux oubliettes le maître ou la maîtresse. Dans le modèle de Sudbury, « l’enfant doit être libre de choisir ce qu’il fait de sa journée. Rien n’est organisé a priori. Nous considérons les activités ordinaires ou le jeu libre comme éminemment éducatifs », détaille Ramïn Farhangi. Dans la salle principale, en cet après-midi du mois d’octobre, les plus jeunes jouent ou regardent un dessin animé. D’autres mangent, d’autres cuisinent. Liliana, 24 ans, est venue volontairement en immersion observer le fonctionnement de l’école. Attablée en face d’Ava, 4 ans, absorbée par son dessin, elle constate qu’ici, « personne n’est assis sur une chaise pendant des heures sans savoir pourquoi, ou à dormir en cours, être sous pression, avoir beaucoup de devoirs ».

    « La liberté et le respect qui manquent dans les autres écoles »

    Tifanie, 12 ans, et Amber, 15 ans, dessinent également de l’autre côté de la pièce à l’aide d’un tutoriel sur Internet. La première est arrivée en avril 2015. Elle est « tombée amoureuse de cette école » où elle peut parler, chanter, et écrire quand bon lui semble. Si elle a décidé de ne plus étudier l’allemand, elle s’astreint tout de même à travailler « énormément » chez elle, et à suivre le programme officiel « au cas où je retournerais dans le système classique », prévoit-elle. Aux yeux de la loi« si les établissements d’enseignement privés hors contrat sont tenus d’enseigner le socle commun de connaissances, (...) ils ne sont, en revanche, pas tenus de respecter le rythme d’acquisition (...) prévu par les programmes scolaires ». Des inspecteurs ou inspectrices de l’Éducation nationale peuvent vérifier que « les méthodes utilisées mettent tous les élèves en situation d’acquérir les connaissances et compétences enseignées ».

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    Amber et Tifanie.

    À côté de Tifanie, Amber, arrivée plus récemment, explique qu’après avoir passé plusieurs mois à l’étranger, elle n’a jamais retrouvé sa place à l’école : « J’avais du mal à m’en sortir. On me mettait la pression et cela ne m’aidait pas », se remémore celle qui voudrait devenir architecte d’intérieur. En faisant visiter les lieux, Tom, 13 ans, explique aussi qu’il a trouvé ici « la liberté et le respect qui manquent dans les autres écoles ». Dyslexique, il s’estime moins stressé et remarque que son trouble a moins d’importance qu’avant. L’adolescent a décidé de lui-même d’apprendre à lire plus vite, car il veut pouvoir regarder des mangas en version sous-titrée.

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    Tom.

    Ce constat que l’école publique ne répond pas aux besoins de tous semble de plus en plus partagé. Selon le réseau Eudec (European Democratic Education Community), auquel appartient l’École dynamique, il y avait trois écoles démocratiques en France en 2014, une dizaine supplémentaire à la rentrée 2015, et pas moins d’une quarantaine sont en projet. « Je pense que cela n’a pas fini de fleurir », prédit Célina Kechichi, qui s’occupe de la communication du réseau. « Au niveau européen, on remarque une dynamique et l’enthousiasme de la France surprend »,assure-t-elle, expliquant que « de nombreux parents ne se retrouvent plus dans les propositions de l’Éducation nationale. Certains optent pour l’instruction en famille par défaut, mais préfèreraient une structure adaptée, où les enfants restent en contact avec leurs pairs ».

    « Un abysse entre ceux pour qui le système est facile et ceux pour qui c’est une souffrance »

    Ancien élève de l’école Centrale, une grande école d’ingénieurs, ex-consultant en management, c’est en enseignant les maths et la physique dans un lycée que Ramïn Farhangi « découvre un abysse entre ceux pour qui le système est facile et ceux pour qui c’est une souffrance ». Il remet alors en cause les fondements du système scolaire et adopte le crédo Sudbury. « Faire passer tous les enfants dans le même moule pendant 15 ans me parait peu adapté », explique-il.

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    Ramïn Farhangi, le fondateur de l’École dynamique.

    Bernard Collot, que Ramïn Farhangi présente comme un de ses mentors, va dans le même sens. Enseignant pendant quarante ans au sein de l’Éducation nationale, il a mis en place une école « du troisième type », reposant sur la pédagogie Freinet, dans sa classe unique de Moussac (Vienne). L’enseignant inclut même les parents et la municipalité dans son projet éducatif : « Et c’est ainsi que très rapidement, explique M. Collot, nous sommes arrivés à cette école sans horaires, sans emploi du temps, sans programme, sans leçon, sans cahier, sans évaluation, ouverte en permanence aux parents, au village, à d’autres adultes... et même pendant les vacances. » Et cela va fonctionner pendant 35 ans.

    Le mouvement des écoles alternatives s’appuie sur les travaux de nombreux pédagogues (Freinet, Montessori, Steiner...), mais plus d’un siècle après son lancement, il semble connaître un nouvel élan. Les établissements ne suivent généralement pas un modèle unique et se construisent dans le tâtonnement. « Beaucoup se heurtent au fait que la réalité ne colle pas tout à fait avec le modèle abouti qu’elles voulaient mettre en place, remarque Bernard Collot. Mais elles ont une force de démonstration qui devrait faciliter les remises en question. »

    De quoi assouplir le cadre imposé par l’Éducation nationale ? Financièrement, la porte est close. Loyer, salaires, fonctionnement… à ce jour, pour les écoles privées hors contrat, l’Éducation nationale ne prend rien en charge. Ainsi, par exemple, l’inscription à l’École dynamique revient à 5.000 euros par an et par enfant. De quoi alimenter les critiques sur la sélection au portefeuille à l’entrée de l’école. « La plupart des parents ont un revenu inférieur aux revenu médian d’Île-de-France », se défend Ramïn Faranghi, qui estime qu’une année de scolarité dans le public revient à 8.300 euros par an et par enfant, alors que le ministère avance le montant de 7.470 euros.

    « Nous croyons dans le caractère institutionnel, le cadre dont les adultes sont les garants, la nécessité d’avoir des objectifs communs »

    Si ces écoles accédaient un jour au statut sous contrat (ce qui n’est possible qu’après cinq ans d’activité), elles pourraient devenir accessibles au plus grand nombre. « Si l’on considère que ces écoles sont bonnes pour les enfants, il ne devrait plus y avoir d’école privée et publique. Il devrait y avoir des écoles autonomes, subventionnées au même niveau », envisage Ramïn Farhangi. Le fondateur de l’école parisienne ne prétend pas pour autant que le modèle de l’École dynamique devrait être transposé partout. La liberté de choix fait partie des revendications des militants de ces pédagogies alternatives.

    Comme le montre la classe de Moussac, l’institution ne s’oppose pas formellement aux propositions novatrices. Les écoles qui appartiennent à la Fédération des établissements scolaires publics innovants (Fespi) ont par exemple pour objectif de « proposer, dans le cadre du service public d’éducation, une offre pédagogique alternative et de contribuer à l’évolution démocratique de l’école ». Le délégué général de cette fédération, Bastien Sueur, est professeur de philosophie au Lycée de la nouvelle chance (LNC) et il est convaincu de « la possibilité du système de se réformer de l’intérieur ».

    « Il faut que cela soit public, car l’innovation n’est pas que pour quelques-uns, elle n’a de sens que si elle favorise la réussite du plus grand nombre. Nous croyons dans le caractère institutionnel, le cadre dont les adultes sont les garants, la nécessité d’avoir des objectifs communs », précise Bastien Sueur. Autorisés au compte-goutte, les projets soutenus par la Fespi continuent de voir le jour, comme ce collège coopératif qui ouvrira ses portes à Aubervilliers en 2018. Une belle vitrine pour l’Éducation nationale. « On se sent soutenus dans les discours, mais sur le terrain, c’est parfois compliqué », admet Bastien Sueur. Difficulté des inspections, négociations des budgets, manque de reconnaissance… Les obstacles sont nombreux. Quant à la question du libre choix des écoles au sein de l’Éducation nationale, « c’est bien, mais il ne faut pas que cela conduise à réduire la mixité dans les établissements », met-il en garde.

    « Offrir la liberté et l’autonomie aux enfants, cela peut bousculer »

    Nombre d’enseignants s’intéressent à des projets pédagogiques différents. À l’Eudec, on assure être contacté par de nombreux professeurs que l’école démocratique « fait rêver ». « On voit des initiatives nouvelles : outils du bien-être, communication non violente, yoga… ces éléments de développement personnel arrivent même dans les entreprises, alors pourquoi ne pas injecter ces outils dans l’école ? » dit Célina Kechichi, de l’Eudec.

    Quant à Marjorie, qui travaille désormais à l’École dynamique, elle a passé cinq ans dans l’Éducation nationale et un an et demi dans une école privée catholique. « Il y a déjà certaines choses à mettre en place dans les écoles “normales”, comme de mieux considérer l’enfant ou d’introduire plus de démocratie », remarque-t-elle. En 2014, 22.000 personnes, dont de nombreux professeurs, ont signé l’appel au « choix d’une autre approche éducative à l’école pour tous et sur tout le territoire ».

    Bernard Collot douche tout enthousiasme excessif. L’Éducation nationale « ne peut pas » accepter de généraliser les méthodes alternatives, assure-t-il, car « admettre le multi-âge, les petites structures, une conception différente de l’acte éducatif et des apprentissages ficherait en l’air toute l’architecture du système éducatif ainsi que les positions de chacun dans ce système », quand bien même les résultats des classes uniques sont, selon un rapport commandé par le ministère daté de 1990 (Oeuvrard), plutôt supérieurs à la moyenne.

    Et les réticences ne concernent pas que l’institution. « Offrir la liberté et l’autonomie aux enfants, cela peut bousculer », analyse Célina Kechichi, soulignant la « dimension politique » des écoles démocratiques. Bernard Collot partage ce même constat. « Ce cadre dans lequel nous sommes tous passés a créé des représentations sur l’école, sur l’acte éducatif, auxquelles l’ensemble des enseignants et des parents, ainsi que des décideurs, ont du mal à échapper [...] Le cadre de nos représentations est peut-être encore plus contraignant que le cadre scolaire qu’il rend inamovible ! » Pourtant, l’enseignant retraité reste convaincu que la société fera progressivement bouger les lignes : « Si l’écologie est admise par tous comme une nécessité et une grille d’analyse, on va bien finir par comprendre que les enfants font partie de notre écosystème autant que les grenouilles et que les écoles casernes sont autant néfastes que les fermes de mille vaches ! »


     


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    Lire aussi : Pour l’école aussi, penser local est la bonne méthode


    Source : Aurélie Delmas pour Reporterre

    Photos : © Aurélie Delmas/Reporterre à l’École dynamique.
    . chapô : Ava

  • Les mécanismes de l'UE

    EFFARANT !!Il ne s'agit pas de juger de l'intérêt de l'UE mais de juger des mécanismes pratiqués par ce système qui concerne tout de même 500 millions d'individus.

     

     

     

  • Un tel décalage

    J'en viens parfois à me demander à quoi mes interrogations servent quand j'observe la réalité du monde humain ou l'état de la planète. Il y a un tel décalage entre mon "confort de vie", cette disponibilité à réfléchir sur des questions existentielles ou philosophiques et ce que d'autres personnes vivent, le désoeuvrement de l'humain ou aux massacres sans fin de la biodiversité, l'extinction des espèces. Je suis un privilégié et je passe des heures à lire les philosophes, des livres ou des articles ou à écrire des romans. Quel est le sens de tout ça ? Est-ce que cela a une utilité ? Pour cette jeune fille qui témoigne, certainement pas. Ni pour des milliers d'autres. Il n'y a pas de culpabilité pour autant mais une profonde tristesse. La conscience de mon impuissance au regard de la gravité infinie que je vois. Contre la réalité qui m'attriste, je n'ai finalement pas d'autres issues que de m'engager à vivre au mieux, selon mes valeurs et à les partager avec qui le veut. C'est tout ce que je peux faire. 

    Et vraiment parfois, ça me paraît totalement insignifiant et plus les constats négatifs s'imposent, plus ce décalage entre mon "confort de vie" et cette souffrance planétaire m'indispose. 

    La nuit dernière, j'ai eu envie de me relever, d'allumer mon ordinateur et de supprimer ce blog. Et puis, j'ai réalisé quelques secondes plus tard que mes écrits, qu'ils soient romancés ou documentaires, étaient devenus avec le temps, non plus seulement une analyse mais également un exutoir. Comme lorsque je pars en vélo ou en montagne et que je vide mes forces jusqu'à la plénitude. J'écris pour vivre mieux ou même moins souffrir. Une forme de participation, à ma mesure, contre les inégalités de ce monde. C'est tout ce que je peux faire. C'était aussi le sens de ma mission lorsque j'étais instituteur. Mais c'est fini.

    Il me reste donc l'écriture.

     

     

     

     

    Lilie, sans domicile fixe à Quimper : « Juste qu'on me dise bonjour »

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    • « Ce n'est pas facile tous les jours, raconte Lilie. Parfois, un simple « Bonjour, ça va ? » me ferait du bien. »
      « Ce n'est pas facile tous les jours, raconte Lilie. Parfois, un simple « Bonjour, ça va ? » me ferait du bien. » | Enora Heurtebize

    par Enora HEURTEBIZE.

    Le thermomètre chute, la trêve hivernale débute. Lilie est dans la rue, elle dénonce sa difficulté à entrer dans la société. Après Rennes, Brest, elle est arrivée à Quimper (Finistère) il y a un mois.

    « Je suis révoltée. Il faut que les choses avancent. » Lilie a aujourd'hui 38 ans et un grand ras-le-bol. Depuis son enfance, elle a connu toutes les galères : placement, viol et la rue pendant sept longues années. Pourtant elle reste debout, souriante. Ses phrases percutantes n'ont d'égal que sa combativité. « La rue ce n'est pas un choix. Personne ne veut vivre dans la rue. »

    150 CV déposés

    Petite, cheveux courts et grisonnants, les traits tirés par la fatigue, elle marche dans le centre historique de Quimper (Finistère). Si elle s'assoit, elle risque d'être délogée ou d'avoir affaire aux commentaires pas toujours tendres des passants. « Un "bonjour", un "comment ça va", me feraient déjà du bien, explique Lilie, emmitouflée dans son gros blouson noir. Ils me disent de dégager. En me demandant de chercher un travail. » Elle en rêverait tellement.

    Des jobs elle en a eus : vendeuse en boutique, plongeuse en crêperie, serveuse en boulangerie, employée sur les marchés... À Rennes, une des villes où elle a vécu, elle avait déposé 150 CV. Aucune réponse... Pour Lilie, la raison viendrait de son adresse de domiciliation, située dans un organisme d'aide aux SDF.

    Mon compagnon de galère

    À force de marcher, elle a parfois l'impression de ne plus appartenir à la société. D'être perdue. Pour ne pas couper avec le monde social, elle aime s'asseoir dans un café. Quand on l'accepte... « Beaucoup de SDF pètent un plomb. Ceux qui n'ont plus d'espoir se réfugient dans l'alcool. D'autres se mettent à parler tout seul dans la rue. C'est terrible. Mais à un moment tu décroches. »

    Un jour, il y a un an, elle en a eu marre. C'est là que Marcus a débarqué dans sa vie. « J'étais à la gare de Rennes. Un chien est venu vers moi. C'est comme s'il me choisissait », raconte-elle en regardant tendrement son compagnon de galère. Aujourd'hui il ne la quitte plus. Un soutien sans qui elle « ne serait peut-être plus là, confie Lilie : Je n'ai plus que lui. Il est mon confident, ma sonnette d'alarme quand je dors dehors. »

    Pas de toit mais des milliers d'idées

    Seul hic : comment trouver un travail ou un logement quand on a un compagnon à quatre pattes ? À Quimper, à l'hébergement d'urgence, il n'y aurait qu'une place pour le duo. Mais la chambre est occupée. Jusqu'à quand ? Des idées, Lilie en a. « Plutôt que de péter un câble, je préfère que ma colère serve à porter un projet. Je ne suis pas seule. On va être de plus en plus nombreux dans la rue. Je rencontre des anciens chefs de chantiers, des clercs de notaire... »

    Elle voudrait créer une association avec des gens qui parlent le même langage qu'elle, issus de la rue. « Souvent, avec les éducateurs, on a l'impression de parler chinois. » Que les propriétaires arrêtent de demander autant de garants. Qu'on arrête les expulsions de squats, « tant qu'il n'y aura pas de solutions pour tous ». Et, enfin, que quelques logements vacants de la mairie soient prêtés aux SDF.

    « Quand j'ai mon chez-moi, je deviens une vraie maniaque ! Il serait nickel, sourit Lilie. On me dit parfois utopiste mais je veux croire en mes idées. Je pense qu'il y a une solution à trouver. » En attendant, Lilie et Marcus sont à la rue...