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  • "L'éducation nationale en procès"

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  • Les Créatifs culturels

     

    Les créatifs culturels

    CULTURE

     

    Les créatifs culturels

     

    Émergence d'une nouvelle culture

     

    par Patrice van Eersel

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    Une étude américaine sur les “acteurs de changement de société”, menée auprès de plus de cent mille personnes pendant une quinzaine d'années par une équipe dirigée par le sociologue Paul H. Ray (université du Michigan) et la psychologue Sherry Ruth Anderson (université de Toronto), affirme dans un ouvrage renversant - L'émergence des Créatifs Culturels - qu'en opposition abrupte avec la politique menée à Washington, un quart environ des citoyens américains vivrait d'ores et déjà dans un système de valeurs et de comportements complètement nouveau, ouvert à l'écologie, à la solidarité, aux valeurs féminines et à l'éveil intérieur. Catégoriquement niés par les politiques et par l'ensemble des médias (aux USA comme en Europe), ces “créateurs de nouvelles cultures” constitueraient le départ d'une civilisation post-moderne aussi importante que le fut le modernisme il y a cinq cent ans.

    La première énormité qui frappe est le “non-événement” que fut la parution de ce livre, début 2001, en France. Transposée dans un domaine familier aux médias, une telle enquête aurait fait un tabac : 24 % des citoyens américains (parmi les plus créatifs) ne fonctionneraient plus désormais selon le modèle occidental “moderniste” (individualisme, capitalisme et divertissement), mais d'une façon radicalement autre. C'est une information considérable, qui mériterait qu'on la vérifie, qu'on la critique... Il n'en a rien été. Silence radio. Cela correspond à l'une des informations de fond que l'enquête rapporte : imbibés de la conviction que le modernisme est la seule manière normale d'être au monde, médias et politiques n'ont rien capté du phénomène.

    Ne vous est-il jamais arrivé - quand il est question des valeurs fondamentales auxquelles votre cheminement vous a finalement conduit - de vous sentir nié par le monde alentour ? C'est ce qui se produit, disent Ray et Anderson, quand on passe à un type de culture résolument nouveau : l'ancien système, non seulement ne comprend pas, mais ne voit carrément rien.

    Cela dit, les intéressés eux-mêmes ne connaissent pas leur force non plus. Interrogés sur le nombre de gens qui, à leur avis, partagent leurs valeurs et leurs comportements, les “Créatifs Culturels” (CC, expression la moins imparfaitement traduite de Cultural Creatives) se sous-estiment dramatiquement : ils se croient, en moyenne, 5 % de la population alors qu'ils seraient cinq fois plus nombreux, selon notamment l'institut de sondage American Lives (entre 1986 et 1999).

    Qui sont les “Créatifs Culturels” ?

    Les CC sont des gens qui mettent en application quatre types de valeurs :

    • - Implication personnelle dans la société par des engagements solidaires, locaux et globaux, immédiats et à long terme ;
    • - Vision féminine des relations et des choses ;
    • - Intégration de l'écologie, de l'alimentation bio, des méthodes naturelles de santé ;
    • - Importance du développement personnel, de l'introspection, des nouvelles spiritualités.

    Psychologiquement, les CC ont un point commun important : ils ne supportent plus d'être divisés, coupés, en contradiction avec eux-mêmes - ce qui caractérise d'ailleurs tout début de nouveau mouvement de société. Leurs mots clés sont : cohérence, congruence, interaction, synergie. Que l'on puisse prôner le respect des équilibres écologiques et ne pas en tenir compte dans sa propre vie quotidienne leur est devenu insupportable. Sincèrement croire que seuls des comportements plus solidaires pourraient sortir l'humanité de la catastrophe... et ne pas s'engager soi-même dans ce sens les horripile. Quant à prêcher l'éveil d'une vie intérieure et baratiner sur la spiritualité tout en continuant à se comporter, au travail, dans la cité, chez soi, comme les générations précédentes leur paraît grotesque. Dire ce que l'on fait, faire ce que l'on dit, c'est leur devise, et l'enquête de Ray et Anderson montre, dans son suivi à long terme, qu'il ne s'agit pas là de vains mots.

    Analyse démographique...

    Les CC se répartiraient en deux populations d'environ 23 millions d'adultes chacune :

    • - Un noyau central dit “avancé”, préoccupé à la fois de justice sociale, d'engagement écologique et de développement “psycho-spirituel” : pour ceux-là, le sacré inclut d'emblée l'épanouissement individuel et la solidarité sociale et politique (à 91 %, ils estiment très importants d'aider les autres) ;
    • - Une périphérie dite “écologiste”, qui aurait tendance à ne faire que lentement, avec beaucoup de prudence, le lien entre l'engagement social et la vie intérieure, ou entre l'écologie et la spiritualité (ce second groupe est de 15 % plus masculin que le premier).

    Sociologiquement, on les trouve dans toutes les couches et tous les âges de la population, même s'ils sont incontestablement : un peu plus cultivés que la moyenne des Américains, légèrement plus riches et plus urbains. Seule corrélation vraiment forte : 60 % sont des femmes (67 % pour le noyau “avancé”). Par ailleurs, chaque année la part des 18-24 ans augmente. Pour les animateurs de l'enquête, aucun doute : il s'agit là d'un nouveau courant fondamental de la société occidentale.

    L'un des premiers mérites du travail de Ray est de se replacer dans un contexte sociologique et psychologique, avec une analyse des deux courants jusqu'ici majeurs dans la société américaine, les “Modernistes” et les “Traditionalistes”.

    • Les Modernistes dominent actuellement le monde. Estimés à 48 % de la population américaine (environ 93 millions d'adultes - chiffres de 1999). Ils participent de la poussée lente et formidablement puissante qui, en cinq cents ans, a créé le monde où nous vivons. Eux qui furent considérés, vers 1750, du temps d'Adam Smith, comme des “excentriques inoffensifs” sont devenus totalement dominants et désormais dangereux. Leurs valeurs : gagner et posséder beaucoup d'argent ; gravir les échelons de la réussite professionnelle ; être le plus libre possible ; avoir beaucoup de choix (au travail et comme consommateur) ; être toujours au fait des nouveautés ; participer au progrès économique et technologique de la nation ; se divertir, notamment grâce aux médias, chacun à sa guise ; soigner son corps comme une belle machine ; faire confiance soit à la loi du marché soit à l'État-providence.
    • Quelques-unes de leurs idées types : Le temps c'est de l'argent ; Analyser les choses en les décomposant en différentes parties est le meilleur moyen de résoudre un problème ; ou encore, Il est raisonnable de diviser sa vie en sphères distinctes et séparées : le travail, la famille, les amis, l'amour, l'éducation, la politique, la religion. Leurs rejets : à peu près toutes les valeurs et préoccupations des indigènes, des ruraux, des Traditionnalistes, des New Age, des mystiques et des religieux.
    • De leur côté, les Traditionalistes (24 % de la population, 46 millions d'adultes) sont en réalité tous des néo-traditionalistes, des réactionnaires au sens étymologique du mot, apparus de diverses réactions contre le modernisme, à partir du XIXe siècle (aux États-Unis après la guerre de Sécession surtout). Se référant sans cesse à un ancien temps idéal et essentiellement imaginaire, leurs valeurs s'expriment dans des idées comme : Les patriarches devraient à nouveau dominer la vie familiale ; les hommes et les femmes doivent s'en tenir à leurs rôles traditionnels. Ou encore, La protection des libertés individuelles et civiques est moins importante que la lutte contre les comportements immoraux.

    Bien sûr, ces schémas sont grossiers. Les modernistes en particulier, ne forment pas un groupe compact. L'étude de Ray et Anderson les divise en quatre sous-groupes : les Modernistes conservateurs Pragmatiques (8 % de la population, soit 15 millions d'adultes), qui dirigent une bonne part du business mondial, incarnent totalementl'American Way et en profitent le plus ; les Modernistes conventionnels (12 %, 23 millions), plus intellos que les premiers, moins riches, plus cyniques, très individualistes ; les Laborieux (13 %, 25 millions), souvent d'origine étrangère, qui veulent absolument croire au rêve américain, branchés à fond sur la promotion sociale ; enfin les Modernistes aliénés (15 %, 29 millions), nettement plus modestes, employés ou ouvriers, menacés par toute crise, souvent amers ou en colère. Dans l'ensemble, ils travaillent de plus en plus, au bord de l'asphyxie : pour les même salaires, huit semaines de travail en plus par an entre 1969 et 1999 !

    Quant aux Traditionalistes, ils ne sont pas forcément aussi épouvantables que le laissent supposer leurs slogans vengeurs - leur sens de la solidarité est souvent plus fort que celui des Modernistes (les ouvriers catholiques conservateurs peuvent s'avérer bien plus généreux que les bourgeois libéraux).

    Les Créatifs Culturels, eux, refusent de choisir pour l'un ou l'autre de ces deux camps. S'ils se sentent les enfants des modernistes - et pas des traditionalistes réactionnaires - , ils savent que l'évolution ne s'est jamais effectuée en faisant table rase du passé, mais en intégrant l'intelligence combinée des stades précédents. L'idée de “métissage culturel” à travers l'espace et le temps - nous reliant aux autres sociétés, notamment aux cultures primordiales vivant encore en symbiose avec la nature - leur est chère, alors qu'elle révulse les réacs et fait sourire les modernes.

    D'où sortent-ils ?

    La genèse des Créatifs Culturels n'a rien de mystérieux. Leur émergence semble cependant avoir traversé une sorte de tunnel d'une vingtaine d'années - de la fin des années 70 à la fin des années 90 - au cours desquelles, notamment du fait de la chute de l'empire soviétique, le modernisme s'est cru autorisé à caracoler, comme s'il n'existait désormais plus que lui, face à quelques poches traditionnalistes en voie d'extinction. C'était oublier que les humains ne sont pas forcément amnésiques et qu'un ensemble de mouvements apparus dans les années 60 avaient laissé des germes puissants dans la conscience collective. L'émergence des Créatifs Culturels montre en effet de façon claire une convergence irrésistible entre les “descendants” des mouvements :

    • - pour les droits civiques,
    • - féministes,
    • - de soutien aux peuples colonisés,
    • - pacifistes,
    • - écologistes,
    • - pour l'éveil de la conscience,
    • - de psychothérapie humaniste.

    Il est impossible de donner ici ne serait-ce qu'un résumé des innombrables informations apportées par Paul Ray et Sherry Ruth Anderson dans leur étude. Particulièrement surprenante (du moins pour nous, Européens, qui ne pouvons nous empêcher de caricaturer les Américains, surtout après l'arrogante décision de leurs gouvernants de ne pas signer les traités anti-pollution), est la lucidité des CC vis-à-vis :

    • - des médias (généralement reconnus comme tellement imbibés d'idéologie moderniste qu'ils ne se rendent même plus compte qu'ils intoxiquent autant qu'ils informent) ;
    • - des leurres de la pub et de la société de consommation, qui ont fini par tout chosifier en spectacle ;
    • - des manipulations des grands groupes économiques, qui sabotent les alternatives économiques “douces” (on lira le cas exemplaire de l'hypercar, voiture écologique à hydrogène) ou qui, plus pervers, sponsorisent des actions écologique ou d'éveil de conscience psycho-somatique, alors qu'ils sont par ailleurs, sous des biais plus importants, d'énormes pollueurs, assassins de biodiversité et pourvoyeurs en cancers de toutes sortes (des cas précis sont cités, cibles par exemple du mouvement des femmes ayant souffert d'un cancer du sein).

    Le ressort spirituel des Créatifs Culturels

    Essentielle à ceux que l'enquête présente comme les plus dynamiques du mouvement, l'approche spirituelle est certainement la plus difficile à intégrer dans la grille moderniste des médias et des politiques. Pourtant, s'il a fallu vingt ans pour que les mouvements “contre la guerre” deviennent des mouvements “pour la paix”, ou les mouvements “anti-mecs” des mouvements “pour de nouvelles relations hommes/femmes”, c'est que le catalyseur de ces métamorphoses est très souvent venu de la spiritualité et de la psychologie humaniste, dont l'intégration ne peut se faire que lentement.

    « En effet, écrivent Ray et Anderson, il faut beaucoup de temps pour bien saisir la substance de l'enseignement des mouvements d'éveil de la conscience. On peut se mettre à de nouvelles idées, s'initier à de nouvelles techniques ou se trouver un nouveau hobby en quelques semaines, mais il faut des années, voire des décennies pour se changer soi-même [...]. Quand on met côte à côte la popularité croissante d'un mouvement et la lenteur de son cycle d'apprentissage, il est facile de s'arrêter uniquement aux excès de la vulgarisation, de la spiritualité “syncrétique” et de la psychologie de comptoir dont certains médias adorent se gausser.

    Mais confondre ainsi la surface du mouvement et sa substance profonde est une erreur. Si l'on veut vraiment comprendre ce qui se passe, il est nécessaire de bien faire la différence entre la masse croissante de ceux qui sont à la recherche de nouvelles sensations, d'un parfum nouveau pour leur vie d'une part, et d'autre part les adeptes de longue date, qui ont appris petit à petit à vivre une vie “authentique”, à profondément transformer leur existence en fonction de ce qu'ils ont appris. Les deux ensembles ont grandi durant ces quarante dernières années, mais ce sont surtout les débutants qui sont les plus visibles, avec leur population en perpétuelle croissance. »

    Et maintenant ?

    La grande faiblesse des CC, aux yeux de Paul Ray et Sherry Ruth Anderson : leur manque de conscience d'eux-mêmes en tant que groupe. Vu qu'il s'agit des personnes les plus dynamiques et les plus innovantes du pays... c'est qu'il y a un léger problème ! D'où le désir irrésistible des deux auteurs (qui quittent alors délibérément leur statut d'observateurs pour devenir acteurs) d'inviter les CC àpérenniser leurs efforts en passant au stade institutionnel - avec une chance de convaincre, du coup, de larges rangs modernistes, voire traditionnalistes. Seulement voilà : institutionnaliser des créateurs, n'est-ce pas contradictoire ? Conscients du hiatus, Ray et Anderson imaginent néanmoins toutes sortes de concrétisations possibles de l'univers CC : des écoles, des universités, des centres ouverts aux gamins des rues, des réseaux connectés à la planète entière... leur livre fourmille de suggestions.

    Et vous, qu'en pensez-vous ?

    Vous sentez-vous créateur de nouvelles cultures ? 

    A lire : L'émergence des Créatifs Culturels, de Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson, éd. Souflle d'Or

    Mots-Clés : Culture du monde

  • "Kogis, le message des derniers hommes"

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    INFORMATIONS

    • Durée : 00h 56m
    • Date de sortie : 30/11/06
    • ASIN : 1
    • Partenaire : ARTIC PRODUCTIONS, GEDEON PROGRAMMES

     

     

    Boutique » Films

     

    Kogis, le message des derniers hommes

     

    Réalisé par Eric Julien

     

    LE FILM en bref

    Dans le nord de la Colombie, les Kogis sont les derniers héritiers des grandes civilisations précolombiennes et se nomment « les gardiens de l'équilibre ». Ils considèrent leur relation avec la nature comme faisant partie, à l'instar des hommes, d'un ensemble complexe dont les composantes interagissent en permanence les unes par rapport aux autres. Pour eux, l'homme et la nature sont indissociables. De cet équilibre naturel, découle l'ordre social et politique. Réalisé à leur demande par le cinéaste Eric Julien, qui les connaît depuis près de vingt ans, le film retrace les efforts de ce peuple de la Sierra Nevada pour retrouver sa mémoire perdue et la transmettre aux nouvelles générations. Avec l'aide de Gentil Cruz Patino, un métis venu de la ville, le peuple des Kogis retrouve peu à peu ses terres qu'il a rachetées et les objets rituels de ses ancêtres. Face au monde moderne de ceux que les Kogis appellent « les petits frères' », ils ont choisi de rester « Indiens ». Mais leur système est fragile, menacé par le gouvernement et les intérêts de la culture du coca. Leur combat pour tenter de survivre les mène à Paris, afin de tenter d'être entendus par la communauté internationale.

     

     

    “Kogis, le message des derniers hommes”

     

    Verbalisation, gestion du non-dit et anticipation des déséquilibres dans la culture des Kogis

     

    Les Kogis attachent une attention particulière à la verbalisation, à la gestion des conflits et autres tensions portées par le groupe. Il y a tension, conflits, lorsque l’énergie (la parole, le souffle...) ne circule plus, lorsque les règles ne sont plus acceptées, respectées et mises en pratique, lorsque le profane envahit et domine le sacré. Tous les Kogis n’acceptent pas les règles et les contraintes des “lois de la mère”. Certains peuvent choisir de ne pas les respecter, voire de les rejeter, ce qui, pour les membres de la communauté, constitue un délit majeur. Entendons-nous bien : pour les Kogis, les lois universelles de la terre mère sont des lois vécues de l’intérieur qui garantissent l’équilibre et la continuité de la vie.

    La survie de la communauté, son équilibre, passe par leur respect, un respect qui s’incarne dans une attitude, une posture “juste” par rapport aux êtres et au monde. Que cette posture de partage, d’écoute et de respect ne soit plus vécue et mise en pratique et c’est l’ensemble de la communauté qui se trouve menacée. Les personnes concernées vont alors être invitées à parler, puis à parler encore, et ce, afin de pouvoir identifier l’origine de ce manque de respect, de ce déséquilibre.

    “Les personnes concernées vont voir le mamu et lui demande si elles peuvent parler, échanger avec lui. Elles lui demandent alors d’être interrogée sur leurs derniers actes et les pensées qui les animaient lorsqu’elles les ont réalisés. C’est le mamu qui dirige cet échange. (...)”

    C’est le respect des lois de la communauté qui évite la domination de l’individualisme, de la compétitivité, du non-dit et de la souffrance. Individus, familles, clans, communauté, à chacun de ces niveaux sont mises en place des procédures de verbalisation et de gestion des déséquilibres qui permettent d’éviter les ruptures et d’accompagner les membres du groupe dans les changements auxquels ils se trouvent confrontés.

    S’il y a un point qui différencie nos sociétés occidentales de celle des Kogis, c’est bien celui de la verbalisation, de cette préoccupation permanente d’éviter les noeuds, les blocages, les non-dits qui déséquilibrent les hommes et les organisations. Cette volonté de faire circuler les mots, les énergies, les émotions, comme la terre qui se doit d’assurer la circulation de l’air, de l’eau, des courants et de l’énergie.

     

    La non verbalisation entraîne la cristallisation de la colère, de la peur, de la souffrance, une cristallisation qui s’auto alimente jusqu’à la rupture.

     

    Là où les Kogis essaient d’anticiper ces ruptures, nos sociétés les subissent.

    Dans nos sociétés occidentales (entreprises, familles, organisations entendues au sens large du terme), il est très difficile pour les acteurs concernés de dire et de verbaliser leurs sentiments, peurs, limites, enjeux.

    Manque d’humilité, lâcheté, ignorance, colère, jalousie, parfois même indifférence, parce que non identifiés et non gérés, la diversité des sentiments humains nourrit et déforme les relations jusqu’à provoquer des déséquilibres majeurs qui peuvent s’incarner soit dans des conflits larvés ou violents, soit dans la création d’espaces de “non-dits” rapidement nourris par les interprétations, projections qui amplifient les phénomènes et les rumeurs.

    Apprendre à identifier ces situations personnelles ou collectives, reconnaître les sensations, émotions, enjeux, sentiments qui les font vivre, leur origine profonde, le contexte dans lequel elles s’inscrivent, les verbaliser, les exprimer, les partager, les gérer et gérer les réactions que cela peut susciter représente sans doute l’un des enjeux majeurs de nos sociétés occidentales. (...)

    Encore et toujours dire, partager, faire circuler pour préserver l’équilibre du tout, du groupe et de l’individu.

     

    Extrait 3 : Si l’on pouvait résumer quelques-uns des axes de réflexion, quelques-unes des passerelles qu’il doit être possible d’établir entre la culture Kogis et nos sociétés, j’en retiendrais six.

     

    1. Chaque individu doit être reconnu comme faisant partie d’un tout.

     Chez les Kogis, à travers sa fonction, son rôle par rapport à la communauté, chacun a sa place. À ce titre, chacun a droit à la parole. Dans une telle société, il ne peut pas y avoir d’exclus ; pour fonctionner de manière équilibrée, le système a besoin de l’ensemble de ses composantes, même celles qui ne seraient pas forcément dans la norme, puisqu’elles renseignent le système sur la norme.

    Cette reconnaissance et le respect associé sont fondateurs de l’identité de chaque membre de la communauté. Chaque partie du système me reconnaît comme étant une partie nécessaire pour le fonctionnement du tout.

     

    2. La notion de faute, présente dans les sociétés occidentales, est totalement inexistante.

    Il s’agit plus de déséquilibres physiques, psychologiques, sociaux, qui, une fois rétablis ne sont pas portés comme des sentences tout au long d’une vie.

     

    3. Le monde est compris comme un tout vivant et fragile dont les composantes sont en permanente interaction, ce qui oblige chacun à se sentir responsable de l’ensemble. Ce sont les liens de l’expérience sacralisée qui réunissent l’ensemble et lui donnent sens. Ce monde ne sépare pas, il réunit. La nature entière y est incluse : animaux, maïs, fleurs, nuages, pierres... Quand les Kogis se présentent en disant “Nous sommes des Kagabas...”, c’est à cet ensemble, ce tout, qu’ils font référence.

     

    4. Les problèmes, les difficultés doivent être formulés pour éviter les non-dits qui nuisent à l’harmonie des êtres et des lieux.

     Ce travail de “confession”, de verbalisation du corps au coeur, puis à l’esprit et à la parole, se doit d’être réalisé tant sur le plan des mots que sur celui du coeur et de l’énergie.

     

    5. L’interrelation, l’interdépendance lient les connaissances conceptuelles et expérimentales, coeur, conscience et esprits, hommes, nature et objet. Tout est équilibre entre un ensemble de composantes vivantes qui ont chacune un rôle et une fonction. L’ensemble ne fonctionne que parce que chacune des parties est reliée aux autres et remplit au mieux son rôle.

     

    6. Leur système de compréhension du monde est un système fragile qui se doit d’être préservé et entretenu.

    C‘est pourquoi ce même système permet de gérer en permanence les problèmes de pouvoir et de dogmatisme liés à tout groupe social structuré autour d’un projet collectif. De fait, leur système est en permanente évolution, et ce, afin de maintenir un équilibre subtil entre les forces internes et externes qui interagissent sur leur société où le changement, la confrontation des contraires et des subjectivités sont vécus comme des composantes essentielles de la vie.

     

    .

     

  • Le clan, la famille, l'Etat.

     

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    "Les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il est lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité à se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s'en servir sans la conduite d'un autre...Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières. Paresse et lâcheté sont les causes qui font qu'un si grand nombre d'hommes, après que la nature les eut affranchis depuis longtemps d'une conduite étrangère, restent cependant volontiers toute leur vie dans un état de tutelle, et qui font qu'il est si facile à d'autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d'être sous tutelle. Si j'ai un livre qui a de l'entendement à ma place, un directeur de conscience qui  a de la conscience  à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime alimentaire, alors je n'ai pas à fournir moi-même d'efforts."

    KANT


    La problématique posée par ce texte concerne la situation des hommes lorsque celle-ci ressemble davantage à une soumission passive qu'à une liberté issue de leur entendement. Kant considère que les hommes sont responsables de cette situation et que cette "mise sous tutelle" est la conséquence de leur incapacité à user de leur "entendement" mais plus encore de la conséquence de leur "lâcheté". Il semblerait selon ce texte que les hommes ne sont pas asservis par la force d'une puissance étrangère mais, à l'origine, en raison de leur propre abandon, de leur "paresse."

    On peut s'interroger sur cette situation de soumission. Est-elle réelle ? Concerne-t-elle tous les individus ? Existe-t-il une responsabilité de la part des victimes elles-mêmes ?

    L'auteur ne laisse aucun doute sur son jugement. Pour lui, il n'y a aucune interrogation mais un état de fait général, universel. Le ton cynique, sarcastique est destiné à montrer de façon crue cette propension des hommes à se vautrer dans la bassesse.

    Le fait d'opposer des termes aussi forts que "paresse" et "courage" est révélateur.

    Kant parle de courage car il est indéniable pour lui que cette situation réclame une prise de position pleine et entière, non seulement une prise de conscience mais un engagement à travers des actes. Puisque l'homme est "responsable" de cette soumission passive, il doit par-delà son entendement initial être responsable de sa révolte. L'entendement n'est pas suffisant. Il n'est qu'une étape intellectuelle. La cause ne vient pas d'une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution qui devrait en résulter.

    Les hommes délèguent leurs décisions et leurs actes à d'autres hommes qui leur paraissent plus aptes à les guider et à les prendre en charge. Ce raisonnement, car il s'agit bien d'un raisonnement, aussi primaire soit-il, est à la source de la soumission et du pouvoir.

    Même si je ne sais pas soigner une dent cariée et que je me dois m'en remettre au dentiste, je peux assumer l'entretien de mes dents et veiller à la qualité des aliments que je consomme. Le fait de m'en remettre selon les situations à des gens plus performants que moi dans certains domaines ne signifie pas pour autant que ce choix doit s'étendre à l'ensemble de mon existence et surtout pas aux domaines existentiels.

    C'est là qu'il faut rester vigilant pour ne pas sombrer dans une complaisance assassine envers cette paresse et cette lâcheté.

    Il y a dans "Le Bon, la Brute et le Truand" une réplique culte.

    "Le monde se partage en deux catégories. Il y a ceux qui ont une arme et il y a ceux qui creusent. Toi, tu creuses. "

    Selon Kant, on peut rajouter que ceux qui possèdent une arme et donc le pouvoir en disposent parce que ceux qui creusent les ont autorisés par leur soumission originelle à user d'une arme.

    Si on prolonge la réflexion, les dictateurs ne sont pas des hommes plus puissants mais simplement des hommes qui ont saisi l'opportunité que la masse leur offrait. C'est la masse par son comportement lâche et servile qui donne le pouvoir aux dictateurs. Il n'est pas permis de critiquer les dictateurs avant même d'avoir pris conscience de ce comportement. La seule solution pour s'extraire de ce rapport de faible à fort, est d'avoir le courage de se servir de son propre entendement et non de se contenter d'un entendement servile. Il ne suffit pas d'analyser une situation. Il faut œuvrer à son évolution. 

    L'asservissement est généré aussi par le silence. Pour combattre, il faut d'abord saisir l'ensemble de ses insuffisances.

    Une autre question surgit dès lors. Pourquoi les hommes en sont-ils arrivés là ? Est-ce un état naturel dont se servent les Puissants?  Mais dans ce cas-là, pourquoi les Puissants n'en sont-ils pas eux aussi les victimes ? Comment sont-ils devenus Puissants si cet état de laxisme existentiel est un état naturel ? Les Puissants sont bien pourtant des hommes.

    La problématique ainsi posée met en évidence la part sociale de l'homme. Son statut de citoyen, c'est à dire un individu inséré dans un microcosme relationnel. Les Puissants œuvrent à la pérennité de leur statut. Par héritage bien entendu mais bien plus encore par l'éducation. De la même façon, les asservis sont conditionnés à une existence soumise. Les Puissants se chargeront de les y maintenir par d'habiles subterfuges et en se servant de la paresse et de la lâcheté de la masse.

    Il n'y a rien de naturel. Tout est éducatif. Certains vont naître avec une cuillère d'argent dans la bouche et l'environnement va se charger de leur apprendre à s'en servir. Les asservis se contenteront de les envier et de geindre. 

    Les Philosophes des Lumières ont mis en avant le droit des hommes à être responsables lorsque ce droit finissait par apparaître comme insaisissable.

     

    Jean Jacques Rousseau disait « qu’on perd dans l’asservissement jusqu’au désir d’en sortir. »

     

    L’asservissement corrompt les âmes, contraintes à de multiples compromissions pour subvenir à l’essentiel. Toute l’énergie des individus s’y perd. La peur de la perte des biens vitaux devient générale et les individus en viennent à percevoir la masse environnante comme l’adversaire à combattre. Les Puissants entretiennent cette peur et l’amplifient si nécessaire. Elle sert leurs intérêts. Lorsque la contestation des uns finit par gêner les autres, les Puissants interviennent et deviennent dès lors des Sauveurs… C’est en cela que les Puissants aiment que des désordres surviennent et s’il n’y en a pas en cours, ils se débrouillent pour en créer…

    L’entendement devient dès lors la source des actes. Il faut parvenir à cet état d’observation macroscopique, une élévation au-dessus de la masse pour prendre conscience des entrelacs instaurés par la matrice, cette entité constituée par des individus anonymes, travaillant dans les palais. Une fois cette observation validée, chaque individu ayant effectué sa propre analyse et pris conscience de l’émergence d’une pensée commune, les individus éveillés peuvent entamer une tâche évolutionniste. Il ne s’agit pas de chercher des guides mais de favoriser par un travail intérieur son propre éclairage au risque d’être éblouis et par conséquent manipulés par les tenants des lampions…

    Les Philosophes des Lumières prônaient la raison comme étendard. Il faut y adjoindre le courage.

    Il reste ensuite à ne pas tomber dans l’euphorie magnifiée par des individus avides qui cherchent à se présenter comme les nouveaux Guides. Combien de Révolutions portées par les peuples et tombées aux mains des Puissants ?

    La France en est un "bel" exemple.     

    Que reste-t-il de cet héritage ?

    Une démocratie ?

    Où ça ?

    Je lis un ouvrage majeur de Kropotkine actuellement : « L’entraide, un facteur de l’évolution ».

    Il y a une analyse historique qui m’interpelle fortement. Les différents peuples éparpillés sur la planète ont connu une « évolution » analysée par les anthropologues. Le clan représentait le noyau central des existences, par-delà la notion de familles. Ce clan gérait de façon commune tous les problèmes. Puis, au fil du temps, cette gestion commune a été dévoyée par des individus qui se sont placés comme « Guides ». On a vu apparaître le renforcement de la famille et par là même l’émergence de la notion de gouvernance étatique. C’est ce que l’ensemble de l’humanité connaît aujourd’hui à l’exception de Peuples Premiers (les Kogis par exemple).

    Je vois par contre poindre à divers endroits des volontés de recréer cette entité du « clan » et les éco-villages tout comme les communautés de toutes sortes sont des exemples de cette résurgence de la gestion commune des existences. Il ne s’agit pas pour autant de nier l’importance du noyau familial mais de restaurer une gestion partagée des existences (alimentaire, énergétique, écologique, économique, éducative…)

    Il se pourrait bien que le refus de plus en plus fort de la mainmise de « l’Etat » sur les peuples sonne le réveil des consciences et la volonté de redevenir des clans autonomes.

    Certains s’y opposeront en arguant que les clans seront en compétition et que les guerres se succèderont.

    Alors je les invite à lire Kropotkine…

    Il y a dans l’histoire de l’humanité des vérités que les pourvoyeurs « d’Etats » avaient tout intérêt à effacer des mémoires.

  • "Une nouvelle Renaissance"

    Spiritual grow compressor

     

    Vivons-nous une nouvelle Renaissance?

     

    Nous sommes entrés dans une époque de bouleversements.

     

    http://www.cles.com/enquetes/article/vivons-nous-une-nouvelle-renaissance

    par Patrice van Eersel

    4249

    L’idée nous trottait dans la tête bien avant le printemps arabe. Les booms chinois, indien ou brésilien, y avaient contribué, mais pas seulement. C’est toute l’époque contemporaine qui nous pousse à nous demander : « Et si derrière le tohu-bohu général fermentait en réalité une Renaissance mondiale ? » Savoir ce que l’histoire dira de nous dans quelques siècles est une question impossible.

     

    On peut s’amuser à la poser à l’envers : si nous remontions le temps avec une caméra, pour aller interviewer des Italiens ou des Flamands de la fin du xve siècle, comment définiraient-ils leur Renaissance ? Sans doute seraient-ils bien embarrassés. Ce mot, rinascita en italien, ne désignait alors, pour une élite, que la redécouverte des lettres et des arts de l’Antiquité et pas du tout le bouleversement général qu’allaient provoquer l’invention de l’imprimerie, la découverte de l’Amérique ou, bientôt, la révolution cosmologique de Copernic. Et par-dessus tout cela, ou par en dessous, l’émergence du projet radical de la liberté individuelle. Les parallèles avec notre temps sont tentants. Internet amplifie les communications humaines comme jadis l’imprimerie, mais de façon exponentielle. Le surgissement des nouvelles puissances économiques chamboule les équilibres géopolitiques et déplace le centre de gravité du monde. Quant à la liberté individuelle, elle a imposé le marché mondial avec sa puissance et ses injustices. Il a suffi de moins que cela à la Renaissance pour faire bifurquer l’histoire. Pas d’angélisme : tout cela se produit, comme il y a cinq cents ans, dans le fracas et la tourmente d’un accouchement parfois monstrueux. A l’époque, début de l’holocauste des Amérindiens et guerres de religion ; aujourd’hui, destruction de la biosphère, doutes sur le nucléaire, crises énergétique et alimentaire, pour ne prendre que quelques exemples, tous terribles. Pour comprendre où ces parallèles peuvent nous mener, nous avons consulté différents penseurs, historiens, anthropologues, prospectivistes, philosophes. La plupart ont plutôt bien accueilli notre métaphore d’une « nouvelle Renaissance ». L’écrivain et sémiologue Umberto Eco fut le seul à la refuser net : notre époque lui fait plutôt penser à la chute de l’Empire romain. A l’inverse, le philosophe Michel Serres, approuvé par l’historien Jean Delumeau, estime qu’il faut remonter beaucoup plus loin, à la révolution néolithique d’il y a dix mille ans, pour trouver une mutation aussi puissante que celle que nous traversons (lire les encadrés). Entre ces deux extrêmes, ces penseurs de notre temps esquissent la « nouvelle Renaissance » autour de six axes :
     

    •  des moyens de communication qui télescopent l’espace-temps ;

    •  un basculement géopolitique qui remodèle la planète ;

    •  une mondialisation inexorable et encore dissymétrique ; 

    •  une prise de conscience de la finitude des ressources et le rallongement de la vie ;

    •  une généralisation du doute ;

    •  une remise en question éthique de l’individualisme exacerbé.

     

     

    1  Les nouvelles technologies de communication télescopent l’espace-temps et modifient les bases de la civilisation

     

    « Internet ne raccourcit pas l’espace-temps entre émetteurs et récepteurs, s’exclame Michel Serres, il le supprime ! » Les conséquences de cette ubiquité instantanée sont gigantesques. Conséquences évidentes : le « village global » est devenu une réalité quotidienne, nous sommes en rapport avec la planète entière à tout instant et les enfants nés dans ce contexte font preuve d’un talent multitâches et d’une polychronicité dont on ne savait pas l’humain capable. Conséquences plus masquées, sur lesquelles Michel Serres insiste : « Nos adresses ne sont plus postales ou locales, mais IP, c’est-à-dire virtuelles, si bien que les bases mêmes de notre droit, par essence territorial, et de notre contrat social deviennent obsolètes. »

     

    Tout aussi spectaculaire : la vitesse à laquelle nos contemporains, quel que soit leur niveau socioculturel, s’adaptent à ces nouvelles technologies. Ce sera peut-être le premier trait que retiendront les historiens futurs de la Renaissance au xxie siècle. Le pragmatisme avec lequel les jeunesses arabes ont su s’en servir en 2011 nous a coupé le souffle. Financièrement à la portée de la majorité des humains, Web, téléphone cellulaire, Twitter créent le maillage numérique de cette « noosphère » enfin matérialisée. La notion même de culture en est profondément rénovée. La Toile ne représente-t-elle pas un inimaginable bond en avant dans la démocratisation du savoir universel, devenu coopératif.

    L’irruption d’une nouvelle technologie de communication métamorphose la connaissance et les rapports humains des sociétés qu’elle touche. Mais jamais cette loi ne s’était appliquée avec une telle force. La diffusion de l’imprimerie à caractères métalliques mobiles, inventée par Gutenberg en 1454, avait été rapide : moins d’un siècle plus tard, on imprimait de Tanger à Uppsala et de Dublin à Istanbul. Internet, lui, a étendu ses réseaux au monde entier en moins de quinze ans ! Fondateur de l’association internationale Prospective 2100, Thierry Gaudin compare les deux phénomènes : « Initialement inventée pour diffuser la Bible, l’imprimerie a abouti en deux cents ans à créer dans toute l’Europe une classe de petits bourgeois libres-penseurs qui, sans emploi et frustrés, allaient devenir les rédacteurs des “Cahiers de doléances” de 1789. Internet, destiné à l’origine à des militaires et à des scientifiques, a favorisé l’émergence, en quelques années, d’une génération mondiale d’internautes, ouverts au modernisme qui, même sans emploi, s’apprêtent à révolutionner le monde actuel. » Vingt ans plus tôt, ces générations arabes frustrées, pour rester sur cet exemple, semblaient n’avoir comme seul exutoire que l’intégrisme islamique.

    Toujours en comparaison avec l’imprimerie, l’économiste et écrivain Jacques Attali relève un paradoxe : « Les stratèges du temps de Gutenberg avaient fait deux prédictions. La première : grâce à l’imprimerie, on allait multiplier les Bibles et tout le monde allait devenir catholique. La deuxième : on allait pouvoir généraliser l’usage de la langue de l’empire, le latin, et les langues nationales allaient disparaître. Or, que s’est-il passé ? Lisant la Bible, les gens se sont rendu compte que ça n’avait rien à voir avec le discours des prêtres, ce qui a favorisé le protestantisme. Et très vite sont apparues les premières grammaires en langues vernaculaires qui allaient faire disparaître le latin. Tirons-en un théorème : on croit les nouvelles technologies de communication au service des puissants, alors qu’en fait, elles les renversent. C’est le cas pour Internet : apparemment vecteur de la culture américaine et de l’anglais dans le monde, il sert tout autant à l’essor des cultures et des langues locales. Ce paradoxe en rejoint un autre, plus global : nous assistons actuellement à une extension mondiale des valeurs occidentales, à commencer par le droit à la liberté individuelle, et cette extension fait que l’Occident va cesser d’être spécifique et dominant. »

    Observateur de l’usage du temps et de l’accélération, Jean-Louis Servan-Schreiber ajoute : « Nous assistons à la fin de la malédiction de la Tour de Babel. Wikipedia existe en 281 langues à ce jour, et parallèlement, des logiciels de traduction vocale instantanée vont nous permettre de communiquer avec tous les citoyens du monde. » Comme si les changements apportés par les nouvelles technologies touchaient bel et bien aux fondements de la civilisation. 

     

     

    2. L’irrésistible ascension des pays émergents bouleverse l’équilibre géopolitique d’un monde devenu hypercomplexe 

     

    Le sigle Basic (Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine) synthétise l’irruption soudaine sur la scène mondiale des pays émergents : ils nous obligent à tout revoir car, de plus en plus, les vrais « pays industrialisés », ce sont eux. Et les Occidentaux vieillissants voient avec anxiété leurs activités productives se délocaliser vers ces nouveaux eldorados. Basculement géopolitique majeur. Certes, devenir l’usine du monde ne vous donne pas forcément les clés des futurs concepts innovants. Et la côte ouest des Etats-Unis demeure pour l’instant la principale source de créativité mondiale. Mais l’idée qu’une seule hyperpuissance puisse régenter le monde a fait long feu. « Le G8, devenu  G20, masque un G2 », s’amuse à dire Jacques Attali qui précise : « Mais en réalité, même le G2, c’est-à-dire le tandem Etats-Unis-Chine, ne tient pas les clés du monde, devenu multipolaire et hypercomplexe. Seule une gouvernance planétaire serait en mesure de le gérer.  »

     

    Attali, dont le nouveau livre « Demain qui gouvernera le monde ? » (Fayard, 2011) porte justement sur l’histoire de l’idée de gouvernement mondial, poursuit : « Le poids énorme et croissant de la Chine moderne ne doit pas nous paralyser. Savez-vous qu’à l’époque de la Renaissance, les Chinois étaient déjà la première puissance du monde, en terme de PIB ? Ils le sont restés jusqu’au xixe siècle et sont aujourd’hui en passe de le redevenir, après un siècle d’éclipse. Pourtant, la modernité n’est pas sortie de chez eux, mais des minuscules Etats morcelés de l’Italie du Nord et des Flandres, plus vifs et inventifs que les lourds empires chinois ou ottoman. Cette vision devrait nous réconforter : ce n’est pas parce qu’on est petit qu’on se fait forcément écraser. »

    Oui, mais d’où jaillit aujourd’hui la vivacité et l’inventivité ? Voilà des années qu’Edgar Morin rêve d’une « Renaissance de la pensée » qui transformerait en spirale créative le tourbillon confus où se mêlent actuellement l’économique, le social, le politique et le culturel. « Dans les années 1980, nous dit-il, j’ai cru que l’Europe serait le creuset de cette Renaissance. Mais j’ai déchanté. Aujourd’hui, je suis frappé par le contraste entre l’inertie européenne et la vitalité des pays émergents, notamment de l’Amérique latine. Les nouvelles idées pédagogiques, les approches transdisciplinaires, toute la pensée complexe s’incarnent bien mieux au Brésil, au Mexique ou en Bolivie que chez nous. Là-bas, ils savent construire de nouvelles visions en piochant ce qu’il y a de meilleur ailleurs. C’est vrai du haut au bas de l’échelle sociale. J’ai vu, dans les favelas, des gens pauvres pratiquant l’architecture écologique, le microcrédit, l’alphabétisation transgénérationnelle, l’art-thérapie en prévention de la délinquance… qui sont autant de façons de relever le défi des temps à venir. »

     

     

    3. La mondialisation ne s’arrête pas, mais plus économique que politique, elle souffre d’un déficit de gouvernance 

     

    On peut l’aimer, parce qu’on se sent « citoyen du monde », appartenant à la même Terre-patrie, comme disent Morin et les cosmonautes. Ou la haïr, parce qu’elle uniformise tout et que, de plus en plus, les cinq continents mangent pareil, s’habillent pareil, polluent avec les mêmes voitures, s’abrutissent devant les mêmes télés, sont manipulés par les mêmes multinationales. Et l’on peut, avec Régis Debray, faire « l’éloge des frontières » (Gallimard, 2011) en rappelant que la vie n’existerait pas sans l’enveloppe de chaque membrane. Mais, du fait du marché global auquel n’échappe plus guère que la Corée du Nord, la mondialisation règne en maître. Il faut dire qu’elle est vieille comme la vie, elle aussi. Les humains viennent tous d’Afrique et n’ont cessé, depuis, de circuler. Avec la civilisation, ses promoteurs ont été les guerriers, les missionnaires et les savants, mais surtout les marchands. « A la Renaissance, note l’historien Patrick Boucheron, le commerce entre l’Europe et l’Asie est déjà dense. A l’époque, le lieu d’échange numéro un est l’ensemble mer de Chine - océan Indien. » Mais les Asiates ne sont pas mégalos. L’amiral Zheng He arrête en 1433 son exploration de l’Afrique, que les Chinois ne transforment donc pas en conquête coloniale, comme le feront les Européens. Pour le pire et le meilleur. « Nos ancêtres, rappelle Jean Delumeau, ont su user des inventions des autres cultures. La poudre chinoise pour feu d’artifice est devenue poudre à canon et le zéro, inventé par les Indiens, a permis la résolution des équations de troisième et quatrième degrés, sans lesquelles la révolution industrielle aurait été impossible. »

     

    Cinq siècles après, où en est-on ? « Nous sommes confrontés à une triple mondialisation, répond l’expert en écologie Pierre Radanne : celle de l’information, qui a permis à l’argent de circuler instantanément, ce qui a fait exploser le système financier ; celle de l’industrie, permise par l’ouverture de la Russie et de la Chine, conduisant à une concurrence effrénée, face à des ressources de plus en plus rares ; celle, enfin, des enjeux écologiques, dont les échéances se rapprochent dangereusement. Or, si les vieux Etats nationaux restent des acteurs forts, éventuellement guerriers, pour l’accès aux ressources, les deux autres mondialisations – la finance et l’environnement – leur échappent : l’argent et les vents se rient des frontières ! Dans les deux cas, seule une gouvernance internationale pourrait prétendre à une stratégie efficace. (Voir CLES n°70) » 

    Le xxie siècle verra-t-il s’imposer un gouvernement mondial ? La question est dans toutes les têtes. « Cela suppose une mondialisation accrue et non pas diminuée », estime Jean-Louis
    Servan-Schreiber qui décrit une problématique à deux niveaux : « La mondialisation actuelle est économique et laisse les mains quasiment libres aux opérateurs industriels, commerciaux et, plus encore, financiers. Le besoin d’une gouvernance mondiale est loin d’être reconnu par tous. Circonscrites dans des frontières nationales, les instances politiques sont incapables de réguler des flux économiques devenus incontrôlables. Nous sommes donc à mi-chemin d’une vraie mondialisation, qui supposerait la mise en commun des ressources, mais cadrée. Un pied sur le frein et l’autre sur l’accélérateur, nous sommes dans une situation bancale, à très mauvais rendement. »

     

     

    4 . Nous savons désormais notre monde fini : la prise de conscience de nos limites écologiques devient un facteur décisif

     

    Après Christophe Colomb et Copernic, les humains découvrirent, stupéfaits, que la Terre n’était pas le centre de l’univers et qu’on pouvait en faire le tour en quelques mois. Aujourd’hui, nous découvrons ébahis que derrière nos apparences civilisées, nos comportements sont prédateurs (sans retenue) de ressources que nous pensions illimitées. La société industrielle a apporté au monde un confort, certes mal réparti, mais dont même le minimum aurait fait rêver nos ancêtres. Pour ce faire, nous avons quasiment épuisé les ressources planétaires, biologiques aussi bien que minérales. Or, les humains n’ont jamais été aussi nombreux… Conséquence : nous risquons de pouvoir bientôt vérifier in vivo la formule de Paul Valéry sur la mortalité des civilisations ; certaines voix « réalistes » utilisent l’image de l’île de Pâques pour décrire notre avenir. Notre monde, avec effroi, se découvre mortel. Déjà des milliers d’espèces ont disparu. Boulimique et court-termiste, inapte à intégrer ses dégâts collatéraux sur l’environnement, le marché libéral ne prend toujours pas en compte ces finitudes. Que faire ?

    Thierry Gaudin n’hésite pas : « Nous allons certainement voir, d’ici 2020, des navires de l’Otan arraisonner des chalutiers pour protéger les poissons, et des casques bleus repeints en vert s’opposer aux multinationales qui détruisent les forêts tropicales pour piller le bois et étendre leurs élevages bovins. Cela représenterait une mondialisation du système du garde forestier, inventé par Philippe Le Bel en 1300 pour résister au déboisement anarchique de la France. Bref, nous ne pourrons sans doute pas éviter, à l’échelle mondiale, des contraintes autoritaires. » 

    Ce thème revient donc à nouveau. Dressant la liste des menaces qui vont sans doute obliger les humains à s’unir et à instaurer une vraie gouvernance mondiale, dotée d’un triple pouvoir, législatif, exécutif (donc d’une force armée) et judiciaire, Jacques Attali cite pêle-mêle : « Le nucléaire (civil et militaire), les flux financiers, les épidémies, les météorites (une très grosse nous arrive dessus en 2036) et, bien sûr, l’environnement (c’est-à-dire toutes les ressources, en air, eau, biodiversité…). » Une évolution qui semble inéluctable à la plupart des prospectivistes et comporte forcément des risques de dérives, avec apparition de nouveaux totalitarismes, d’écoterroristes et de fanatiques du genre « khmers verts ».


     

     

    5 . Les certitudes idéologiques et religieuses s’évanouissent, le doute se généralise. L’humanité deviendrait-elle adulte ?

     

    Contrairement à l’idée que nous nous en faisons généralement, l’esprit de la Renaissance fut imprégné de doute Patrick Boucheron fait le lien avec aujourd’hui : « Même très différents d’eux, nous avons en commun avec les gens du xvie siècle le fait d’entrer à la fois dans une immense incertitude et dans un élan universaliste, gros d’une nouvelle civilisation. Les deux fonctionnent ensemble : le moteur principal de la Renaissance a été l’inquiétude, notamment devant la découverte que l’humain était un barbare – pensez à Montaigne ou à Las Casas défendant l’humanité des Amérindiens. Ne sommes-nous pas atteints de la même paradoxale et, espérons-le, fructueuse “fragilité humaniste” ? » 

     

    Nous doutons effectivement de tout : religions, idéologies, sciences, technologies, progrès, humanité, rien n’échappe à la remise en question. Mais Edgar Morin corrige : « Plutôt que de parler de doute, concept peu constructif, je préfère dire qu’avec la Renaissance s’est généralisée la pensée interrogative qui est à la fois critique, autocritique et dynamique. C’est d’elle que nous avons le plus besoin aujourd’hui. Qu’est-ce que la vie, la mort, l’amour, Dieu, le réel… ? Reposons-nous toutes les grandes questions ! » Pierre Radanne précise : « Le doute principal vient du politique : en période de grande transition comme aujourd’hui, les gouvernants ont déjà fort à faire pour limiter la violence latente ; leur demander d’avoir en outre une vision imaginative de la mutation serait irréaliste. C’est aux experts et aux artistes de faire ce travail. Les sociétés finissantes théorisent surtout leur mort, pas la naissance de celles qui vont les remplacer. »

    Mais le doute, et même l’angoisse, peuvent devenir des moteurs de création puissants, marquant, enfin, le passage à l’âge adulte de notre espèce. Les exemples abondent. Les chants des esclaves noirs d’Amérique ont influencé les musiques du monde entier – au-delà de leurs souffrances, diasporas et réfugiés sont porteurs d’échanges culturels féconds. Il n’y aurait pas d’agriculture bio d’avant-garde si l’agriculture industrielle n’avait pas atteint des sommets de dénaturation et de pollution. La découverte éminemment civilisatrice du nouvel « art de mourir » que permettent les soins palliatifs est née des horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Quand il verra vraiment le jour, le « Green Deal », fondé sur des technologies biocompatibles, aura été le fruit de la crise globale de la société industrielle. « Le doute et l’angoisse, ajoute Pierre Radanne, constituent le ciment des grandes conférences internationales de Rio, Kyoto, Copenhague et bientôt « Rio+20 »… qui ont pu décevoir, mais qui marquent le début historique du rassemblement de toute l’humanité autour d’une même nouvelle éthique. » 

     

     

    6. Une nouvelle éthique émerge, doublant la liberté individuelle d’un sens altruiste de la responsabilité

     

    Nées dans le chaos de la Renaissance, explicitées au siècle des Lumières, confirmées en 1948 dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, les valeurs de la modernité sont aujourd’hui revendiquées, sinon appliquées, dans la quasi totalité des pays. Mais du triptyque des révolutionnaires français, « Liberté-Egalité-Fraternité », seul le premier terme a été systématiquement mis en œuvre par les sociétés occidentales qui servent de modèle au monde. Le second ne l’a été que partiellement, dans les politiques sociales-démocrates déployées à partir des années 1930. Le troisième est demeuré une utopie. « Le résultat, dit Michel Serres, a été le triomphe de l’individu, ce qui est très beau. Mais cet individu a peu à peu fait éclater tout esprit de groupe, ce qui est mortel. Nous sommes donc à la recherche d’un nouveau lien social que j’évoque dans mon livre “Le Temps des crises” (Le Pommier, 2009). » 

    « Après quatre-vingts ans de barbarie guerrière et totalitaire (des guerres mondiales du xxe siècle jusqu’à la fin du soviétisme), dit Jacques Attali, c’est-à-dire après notre “guerre de Cent Ans”, une Renaissance nouvelle point peut-être à l’horizon, dont le rôle sera de promouvoir, au-delà de l’individualisme, un sens nouveau, que j’appellerais volontiers l’altruisme. »

    Chacun avec ses mots, tous les penseurs aujourd’hui impliqués dans ce débat convergent vers cette idée. Le diplomate Stéphane Hessel en appelle au sens de la « responsabilité » des nouvelles générations. Le prospectiviste Jeremy Rifkin invite ces dernières à redécouvrir « l’empathie », sans laquelle aucune société n’est possible. L’économiste Joseph E. Stiglitz espère que l’humanité aura l’intelligence de remplacer la croissance quantitative par une « croissance qualitative » plus humaine. Pierre Radanne milite pour que la société de consommation soit remplacée par une « société de la relation ». Le bio-cybernéticien Joël de Rosnay voit se constituer une « intelligence collective symbiotique ». Quant à Edgar Morin, il rappelle ce vers d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve », pour dire que l’improbable s’est souvent réalisé au fil de l’histoire et qu’aujourd’hui, l’improbable attendu est un mouvement planétaire de participation au sauvetage de la biosphère.

     

    Espoirs naïfs ? Pas certain. Dans l’esprit des nouvelles générations, et quoi que disent les esprits chagrins sur la jeunesse (éternellement) en perdition, beaucoup des idées qui affleurent dans cette enquête sont de pures évidences. Pour beaucoup de ceux qui ont grandi avec Internet, à l’heure où tigres, éléphants et baleines ont quasiment disparu de la planète et où la question est de savoir si l’on pourra boire et respirer demain, le vieux souci égoïste de leurs aînés de se ménager un confort individuel et de faire la guerre pour le défendre ne suffit pas. Chaque enquête montre combien ils sont prêts à se mobiliser pour des causes d’intérêt général. Le besoin de sens prime sur celui de confort. Au bout de cette enquête, on cerne mieux ce que sera cette nouvelle Renaissance. Pas forcément un progrès, mais un changement en profondeur dans tous les aspects de la vie au xxie siècle. Le pire ne peut être exclu. Le meilleur est possible, mais seulement au prix de nos efforts collectifs. "

     

  • L'union yogique

    Green

     

    La voie du yoga : transformation et évolution

    SWAMI DEVANATH SARASWATI

     

    "La pratique du yoga donne des outils destinés à affiner nos moyens de connaissance et de perception, du plus immédiat, le corps physique, jusqu’au plus complexe, le mental. C’est ce qui explique la diversité des exercices qui vont travailler sur chacun de nos corps.

    Pour agir sur le premier corps, celui de chair et de nourriture, on a recourt au hatha yoga qui utilise des postures appelées aussi asanas. Les pratiques physiques s’intéressent à l’aisance, à l’harmonie et à l’équilibre de notre première dimension et complètent ce travail par d’autres techniques, les shat karmas, qui nettoient tout le système interne.

    Le hatha yoga s’occupe du niveau physique et le rend à la fois plus résistant et réceptif.

    Pour travailler sur l’enveloppe suivant, le corps énergétique, il y a d’autres moyens. L’énergie est plus subtile que le corps mais toujours tangible. Elle est très facilement captée par la respiration.

    De nombreux exercices utilisent à cette fin le souffle, c’est ce qu’on appelle le pranayama.

    Dans ce cas, la respiration sert à renforcer la capacité vitale, notre capital énergétique. Il nous faut en effet une plus grande quantité d’énergie pour que notre recherche s’approfondisse et dépasse le niveau ordinaire.

    Au corps mental, manomayakosha, s’appliquent toutes les pratiques de méditation. Elles peuvent être très méthodiques comme lorsqu’elles suivent la progression du raja yoga ou bien très diversifiées quand elles appartiennent aux tantras.

    Swami Satyananda est un grand spécialiste des techniques de méditation tantrique. Il en existe de très nombreuses dont l’objectif est un meilleur contrôle des pensées et des émotions, non pour les réprimer mais pour en comprendre le fonctionnement. Contrôler signifie, dans ce contexte, apprendre à être le maître dans sa propre maison, c'est-à-dire ne plus être l’esclave de son mental mais à en avoir une connaissance et une compréhension supérieures. Les pratiques qui utilisent le mental sont plus exactement destinées à nous préparer progressivement à vivre l’état de méditation.

    Le yoga travaille sur ces trois niveaux. Il emploie des exercices soit physiques, soit respiratoires, soit mentaux ou les associe entre eux, afin d’agir sur les trois premiers corps, ceux dont nous avons une expérience immédiate. Cela signifie qu’on utilise seulement ce que l’on connaît, ce que l’on sent ou que l’on perçoit, sans parler de transcendance.

    En affinant ces corps, ces enveloppes qui sont en interrelation les unes avec les autres, on augmente considérablement la capacité énergétique, l’endurance, la conscience et la sensibilité intérieure. Ce qui nous permet de pénétrer dans le quatrième corps, vijyanamayakosha ou corps psychique, intuitif.

    Plus subtil que les trois premiers, on y trouve le réseau des nadis, des chakras et des granthis.

    C’est un niveau plus raffiné que celui du mental mais qui appartient encore au tangible dans la mesure où l’on peut l’atteindre par l’association et la combinaison de pratiques qui agissent sur les trois premiers corps. Là s’arrête le travail du yoga.

    Il est impossible d’influer de façon directe sur le cinquième corps, anandamayakosha, ou corps de félicité. Il n’appartient pas à ce que nous pouvons toucher et manipuler, il dépasse la sphère de notre volonté et échappe à l’emprise d’une technique. Il représente l’aboutissement du processus de purification intérieure mais n’en est ni la conséquence, ni le résultat, parce qu’il n’est pas du ressort de la volonté humaine.

    On va ainsi travailler sur trois corps, puis sur quatre en associant les trois premiers. Le cinquième est en fait le but de notre quête, l’union yogique.

    Selon ce principe, on part du plus grossier, le corps physique, on passe par l’intermédiaire du souffle, puis on arrive aux pratiques mentales, des plus simples, celle du mantra yoga par exemple, aux plus complexes, celles appartenant au kundalini yoga. »

     

  • Le jeûne thérapeutique en Allemagne

    Pour se soigner, les Allemands se prennent au jeûne

     

    http://www.lapresse.ca/vivre/sante/201404/10/01-4756325-pour-se-soigner-les-allemands-se-prennent-au-jeune.php

    Son menu quotidien à la clinique: une infusion... (PHOTO CHRISTOF STACHE, AFP)

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    Son menu quotidien à la clinique: une infusion le matin, un jus de fruit à midi, et après une randonnée de deux heures, un bouillon, un peu de miel et au moins deux litres d'eau par jour. Au total, jamais plus de 200 à 250 kilocalories, dix fois moins que l'apport énergétique quotidien conseillé pour un homme de son âge.

    PHOTO CHRISTOF STACHE, AFP

     

    ELOI ROUYER
    Agence France-Presse
    ÜBERLINGEN

    Toujours controversé au sein du monde médical, le jeûne thérapeutique est une pratique établie en Allemagne, pays pionnier en la matière, où sont proposées de nombreuses cures, parfois même remboursées par l'assurance maladie.

    «Essayez une semaine, rien qu'une semaine. Après vous verrez», sourit Michael Van Almsick, 57 ans, qui a pris l'habitude de jeûner un mois par an à la clinique Buchinger-Wilhelmi, au bord du lac de Constance (sud) près de la Suisse.

    Ce patron d'une importante agence de relations publiques de Munich, qui organise notamment les prochains concerts de la tournée des Rolling Stones en Allemagne, vient y traiter son problème de surpoids ainsi que les affections chroniques qui l'accompagnent.

    Il a abandonné ses médicaments contre l'hypertension et modifié son comportement alimentaire. Ses séjours de jeûne ont démarré il y a une vingtaine d'années, et il ne comprend pas qu'on puisse trouver cela dangereux.

     

    Son menu quotidien à la clinique: une infusion le matin, un jus de fruit à midi, et après une randonnée de deux heures, un bouillon, un peu de miel et au moins deux litres d'eau par jour. Au total, jamais plus de 200 à 250 kilocalories, dix fois moins que l'apport énergétique quotidien conseillé pour un homme de son âge.

    Otto Buchinger (1878-1966), qui a donné son nom à la clinique, a expérimenté le jeûne pour guérir une polyarthrite rhumatoïde qui l'avait forcé à quitter en 1917 son poste de médecin dans la marine pour cause d'invalidité. Sa méthode est aujourd'hui la plus pratiquée en Allemagne.

    Pour ses défenseurs, le jeûne permet de prévenir les maladies cardiovasculaires, d'agir sur l'asthme, l'arthrose, les maladies chroniques du système digestif, certaines infections chroniques du système respiratoire, ou encore les états dépressifs.

    Si les études scientifiques fiables ne sont pas légion sur le sujet, l'une d'elles établissait l'effet du jeûne sur l'arthrite rhumatismale dans la revue de référence Lancet en 1991. D'autres concluent aussi à l'efficacité du jeûne, mais il s'agit le plus souvent d'études cliniques à petite échelle.

    «Le jeûne stimule les forces de régénération propres de l'organisme», explique à l'AFP Françoise Wilhelmi de Toledo, directrice de la clinique qui dispose aussi d'une antenne à Marbella (Espagne).

    «Cela fait 60 ans que la clinique d'Überlingen existe, 40 ans pour celle de Marbella, nous avons chaque année 3000-3500 patients dans chaque établissement: 250 000 cures de jeûne sans complication, ce n'est pas une étude scientifique, mais c'est un fait statistique», souligne le médecin-chef, Stefan Drinda.

    En Allemagne, le jeûne a fait son chemin. Le livre «Comment revivre par le jeûne» d'Hellmut Lützner, un ancien de chez Buchinger, s'est vendu à plus de deux millions d'exemplaires depuis sa parution dans les années 70 et est régulièrement réédité.

    «La société allemande a franchi le pas, estime Mme Wilhelmi de Toledo, vous ne trouvez plus personne qui vous dise: ''le jeûne, c'est aberrant''».

    Le savoir sur le jeûne est dispensé au sein de structures hospitalières universitaires, comme à Essen, Iena et depuis 50 ans dans le célèbre établissement de la Charité à Berlin.

    Les Allemands ont toujours été attirés par les pratiques de santé alternatives, explique le professeur Andreas Michalsen qui dirige le service de médecines naturelles de cet hôpital considéré comme le plus grand d'Europe. Il y pratique des cures de jeûne de 12 à 14 jours, remboursées par le système public d'assurance maladie.

    «Les plantes, le bio, le végétarisme, le yoga, vivre sainement, nous les Allemands, nous sommes un peu possédés», rigole-t-il, faisant remonter cette curiosité aux Romantiques «qui déjà croyaient à la puissance de l'autoguérison» et à des mouvements comme le «Lebensreform» (réforme de la vie) qui prônait à la fin du 19e siècle le retour à la nature face aux dangers de l'industrialisation galopante.

    «La situation que nous connaissons aujourd'hui, c'est-à-dire ingurgiter à intervalles réguliers une nourriture riche en calories, il faut bien voir que c'est quelque chose de récent dans l'histoire de l'évolution humaine», insiste-t-il.

    Pour lui, l'écho récent de nouvelles recherches comme celle du professeur californien Valter Longo, qui a montré en 2008 que le jeûne protégeait les cellules saines de souris contre les effets toxiques d'une chimiothérapie, a encore accru l'intérêt des Allemands.

    Depuis 25 ans, estime-t-il, «si on prend le diabète, les rhumatismes, l'hypertension, médicalement, pas grand-chose n'a été fait, il y a encore et toujours de nouveaux médicaments, qui sont encore et toujours retirés du marché parce qu'ils ont trop d'effets secondaires».

    «La récurrence de ces maladies devient plus grande, car les gens deviennent plus vieux», constate-t-il. «Je suis absolument persuadé que dans dix ans, le jeûne va devenir quelque chose de vraiment important, tout simplement parce que la médecine traditionnelle n'a pas de réponse à offrir».

  • Contre le principe anthropique

     

    Il est clair en tout cas que je me suis lancé dans un sujet qui déchaîne les passions... C'est impressionnant le nombre d'articles sur la Toile. 

    Des avis tranchés, des luttes farouches, des démonstrations et contre arguments...etc etc...

    Tout un Univers à parcourir, justement !

    C'est "divinement" passionnant :)


     


     

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    L’Histoire à l’envers - Le « Principe Anthropique », celui d’un monde conçu d’avance pour produire la matière des galaxies de façon à rendre possibles la vie, l’homme et sa conscience…

    samedi 13 juin 2015, par Robert Paris

    Lee Smolin dans « Rien ne va plus en physique » :

    « Le principe anthropique auquel se réfère Susskind est une vieille idée introduite et explorée par les cosmologues depuis les années 1970, selon laquelle la vie ne peut apparaître que dans une gamme très étroite des paramètres physiques possibles ; pourtant, malgré cette étroitesse, assez bizarrement, nous voilà comme si l’univers avait été intentionnellement créé pour nous accueillir (d’où le terme « anthropique »). La version particulière qu’invoque Susskind est un scénario cosmologique, qui a été soutenu pendant un certain temps par Andrei Lindé, appelé « inflation éternelle ». Selon le scénario, la phase d’inflation rapide à la naissance de l’univers aurait produit non pas un, mais une population infinie d’univers… Il en résulterait une vaste population d’univers, chacun régi par une théorie des cordes sélectionnée aléatoirement dans le paysage des théories. Quelque part dans cette chose qu’on appelle « multivers », se trouve chacune des théories possibles appartenant au paysage. Il me semble tout à fait regrettable que Susskind et d’autrs aient adhéré au principe anthropique, car il s’agit d’une base très pauvre pour fonder une démarche scientifique… Certains physiciens disent que le principe anthropique faible doit être pris au sérieux, car dans le passé il a produit de véritables prédictions. Je parle ici de quelques collègues pour qui j’ai la plus grande admiration : pas seulement Susskind, mais aussi Steven Weinberg, le physicien qui, avec Abdus Salam, a unifié les forces électromagnétiques avec celles des interactions nucléaires faibles. Il est alors d’autant plus pénible pour moi de constater que dans tous les cas que j’ai étudiés, ces arguments étaient fallacieux… L’argument commence ainsi : pour que la vie puisse exister, il faut du carbone… On sait que le carbone ne peut pas avoir été créé durant le Big Bang ; par conséquent, il a dû être créé dans les étoiles. Fred Hoyle a remarqué que le carbone ne pouvait être produit dans les étoiles qu’à condition qu’il y ait dans les noyaux de carbone un état résonnant. Il a ensuite évoqué cette prédiction devant un groupe d’expérimentateurs, qui ont effectivement découvert cet état. La réussite de la prédiction de Hoyle est parfois évoquée pour soutenir l’efficacité du principe anthropique. Mais l’argument fondé sur l’existence de la vie, exposé précédemmement, n’a pas de relation logique avec le reste de l’argumentation de ce paragraphe. Ce qu’a accompli Hoyle n’a été que de raisonner à partir de l’observation que l’univers est rempli de carbone, d’où ila tiré une conclusion fondée sur la nécessité d’un processus qui produirait tout ce carbone. Le fait que nous-mêmes et les autres créatures vivantes soient faites de carbone n’est pas nécessaire dans cet argument. Un autre exeple qu’on cite souvent du principe anthropique est une prédiction concernant la constante cosmologique, qui a été énoncé dans un article célèbre de Steven Weinberg, en 1987. Dans cet article, Weinberg affirmait que la constante cosmologique devait être inférieure à une certaine valeur, puisque, dans le cas contraire, l’univers aurait été en expansion trop rapide pour que les galaxies puissent être formées… Mais, avec cet argument scientifique valide, Weinberg est allé beaucoup plus loin. Supposons qu’il y ait le multivers, a-t-il dit, et supposons que les valeurs de la constante cosmologique soient distribuées au hasard entre les univers de ce multivers. Dans ce cas-là, parmi tous les univers potentiellement vrais, la valeur type de la constante cosmologique serait de l’ordre de grandeur de celle qui est la plus élevée mais qui reste encore cohérente avec la formation des galaxies… Dans le cadre du modèle standard de la physique des particules élémentaires, il existe des constantes qui n’ont simplement pas la valeur à laquelle on s’attendrait si elles étaient choisies au moyen d’une distribution aléatoire parmi les univers potentiellement vrais. On aurait dû s’attendre à ce que les masses des quarks et des leptons, sauf pour la première génération, soient distribuées au hasard ; or, on trouve des relations entre elles. On aurait dû s’attendre à ce que certaines symétries des particules élémentaires soient brisées par les interactions nucléaires fortes d’une façon beaucoup plus importante que ce qu’il se passe en réalité. On aurait dû s’attendre à ce que le proton se décompose beaucoup plus rapidement que ce que nous constatons dans les expériences en cours. En fait, je ne connais aucune prédiction réussie faite d’après un raisonnement fondé sur le multivers avec la distribution aléatoire des lois… Bien que le principe anthropique n’ait pas produit de prédictions véritables et ne semble pas pouvoir en produire prochainement, Susskind, Weinberg et d’autres théoriciens de premier plan l’ont considéré comme une révolution non seulement en physique, mais également dans notre conception de ce qu’est une théorie physique. »

    Le « Principe Anthropique », celui d’un monde conçu d’avance pour produire la matière des galaxies de façon à rendre possibles la vie, l’homme et sa conscience…

    Si le « dessein intelligent » (Intelligent Design en anglais) est la manière de réintroduire dieu dans l’évolution de la vie, le « principe anthropique » est la même démarche en physique et en cosmologie.

    En tout cas, il est clair que la démarche actuelle de l’idéologie bourgeoise consiste à se rapprocher des religions pour se protéger des risques politiques et sociaux d’un monde déstabilisé par la crise mondiale. Et c’est vrai en sciences comme dans les autres domaines de l’idéologie, des média, de la politique et de l’Etat. La religion revient partout en force sous l’égide des classes dirigeantes bien plus que du fait des opinions publiques. Et nous allons voir que cela n’est pas vraiment fondé sur des progrès scientifiques ! Cela ne provient pas seulement de quelques auteurs du type de Huber Reeves ou seulement d’organismes scientifico-religieux comme l’Université Interdisciplinaire de Paris ou encore de scientifiques qui sont des religieux comme le physicien religieux adepte du principe anthropique David Deutsch ou l’astronome prêtre jésuite George Coyne. La revue « Sciences Humaines » écrit ainsi : « Depuis le XIXe siècle, on pensait que la science allait irrémédiablement remplacer les superstitions, la technique supplanter la magie, la médecine détrôner les prières, la politique prendre le pas sur le messianisme, etc. Tout semblait condamner la religion. Les faits tendaient d’ailleurs à confirmer le diagnostic : dans la plupart des pays occidentaux, on assistait à un déclin continu de la participation religieuse, à la laïcisation progressive des Etats. En un mot : la religion ne pouvait résister à la modernité. La théorie de la « sécularisation » était même partagée par la plupart des spécialistes - ce qui était rare en sciences humaines. Or, depuis trente ans au moins, les sociologues ont dû se rendre à l’évidence : ils s’étaient trompés. » Ce n’est pas l’opinion religieuse qui l’a emporté sur l’opinion irreligieuse car l’opinion dominante est celle de la classe dominante. Cette dernière s’est donc convaincue qu’elle avait à nouveau absolument besoin de l’ « opium du peuple ». Il faut remarquer que cela ne provient pas des régions dites arriérées du monde ni spécialement du monde musulman. C’est aux USA qu’a lieu la plus grande offensive des religions au sein des sciences…. Aux Etats-Unis, le darwinisme est particulièrement ciblé mais il n’est pas le seul : la psychanalyse l’est tout autant ainsi que le matérialisme au sein de la physique et de la cosmologie.

    L’idée consiste à redonner vie à la notion de création programmée d’avance du monde par un esprit supérieur, esprit qui avait l’intention de créer l’homme et a conçu le monde matériel comme « un jardin pour l’homme ». Pour étayer soi-disant « scientifiquement » cette thèse théologique, il s’agit une fois encore de partir du fait que le monde qui existe aujourd’hui est impossible sans les propriétés physiques de celui d’hier pour affirmer que le monde d’hier a été pensé pour produire celui d’aujourd’hui. La création prévoyait donc l’homme, la conscience, la pensée, la capacité scientifique d’observer le monde. Le créationnisme est donc revenu en sciences. Faut-il crier « Hosanna ! »... ou « horreur ! » ? Est-ce dû à des découvertes scientifiques ou à des luttes philosophiques et sociales ? N’est-ce pas l’évolution de la société bourgeoise qui produit ce type d’évolution, en même temps que la religion est en train de démolir, ou à peu près, la psychanalyse de Freud car elle l’estime trop irreligieuse ?

    « Seuls les croyants qui demandent à la science de leur remplacer le catéchisme auquel ils ont renoncé, verront d’un mauvais oeil qu’un savant poursuive et développe ou même qu’il modifie ses idées. » (Sigmund Freud / 1856-1839 / Au-delà du principe de plaisir)

    « Dans la phase animiste, c’est à lui-même que l’homme attribue la toute-puissance ; dans la phase religieuse, il l’a cédée aux dieux, sans toutefois y renoncer sérieusement, car il s’est réservé le pouvoir d’influencer les dieux de façon à les faire agir conformément à ses désirs. Dans la conception scientifique du monde, il n’y a plus place pour la toute-puissance de l’homme, qui a reconnu sa petitesse et s’est résigné à la mort, comme il s’est soumis à toutes les nécessités naturelles. » (Sigmund Freud / 1856-1839 / Totem et tabou / 1913)

    Il est aussi mensonger de prétendre que l’étude de l’évolution mène inévitablement au dessin intelligent que d’affirmer que l’étude de la conscience humaine mène au créationnisme ou encore que l’étude de la cosmologie débouche sans contestation possible sur le principe anthropique.

    Albert Einstein :

    « Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était un mensonge, bien sûr, un mensonge qui est répété systématiquement. Je ne crois pas en un Dieu personnel et je n’ai jamais dit le contraire de cela, je l’ai plutôt exprimé clairement. S’il y a quelque chose en moi que l’on puisse appeler "religieux" ce serait alors mon admiration sans bornes pour les structures de l’univers pour autant que notre science puisse le révéler. »

    « Le mot Dieu n’évoque, pour moi, rien d’autre que l’expression et le résultat de la faiblesse humaine, et la Bible, une collection de légendes honorables, mais primitives et assez naïves. »

    Pas plus que Freud partant de l’inconscient ou qu’Einstein de la physique, Darwin, lui, ne tirait pas une telle conclusion de l’évolution de la vie :

    « La science et le Christ n’ont rien à voir l’un avec l’autre, sinon dans la mesure où l’habitude de la recherche scientifique enseigne la prudence au moment d’accepter une preuve quelle qu’elle soit. En ce qui me concerne, je ne crois pas qu’une révélation ait été faite. »

    (Charles Darwin / 1809-1882 / juin 1879)

    « Le vrai matérialisme fait de Dieu une impossibilité, de la révélation une vue de l’esprit, et de la vie future une absurdité. »

    (Charles Darwin / 1809-1882 / juin 1879) « J’en étais progressivement venu, à cette époque, à voir que l’Ancien Testament, de par son histoire du monde manifestement fausse, avec la tour de Babel, l’arc-en-ciel comme signe, etc., et son attribution à Dieu des sentiments d’un tyran assoiffé de vengeance, n’était pas plus digne de foi que les livres sacrés des hindous, ou les croyances de n’importe quel barbare. Une question s’imposait alors continuellement à mon esprit, et refusait d’en être bannie : est-il croyable que si Dieu avait dans l’instant, à révéler aux hindous, il permettrait que cela soit lié à la croyance de Vishnou, Shiva, etc., comme le christianisme est lié à l’Ancien Testament ? Cela me paraissait tout à fait incroyable. »(Charles Darwin / 1809-1882)

    La biologie ne mène pas plus inéluctablement à la création divine que la physique. Le biologiste François Jacob rappelle dans « La logique du vivant » :« Ce qu’a démontré la biologie, c’est qu’il n’existe pas d’entité métaphysique qui se cache derrière le mot de vie. Le pouvoir de s’assembler, de se reproduire même appartient aux éléments qui composent la matière. » Et le physicien Cohen-Tannoudji rajoute dans son ouvrage « Matière-espace-temps » que « Notre dialogue avec la nature est bien mené à l’intérieur de la nature et ici la nature ne répond positivement qu’à ceux qui explicitement reconnaissent qu’ils lui appartiennent. »

    La métaphysique créationniste est battue en brèche par la découverte de l’ « auto-organisation de la matière », de l’« émergence des structures dissipatives », de la source génétique de l’ « horloge biologique de l’hominisation » et du lien entre cerveau physique et conscience. L’une des conséquences cruciales de ces nouvelles connaissances est qu’il n’y a plus d’opposition entre la conscience (mécanisme donnant du sens aux événements réels), la vie (mécanisme extrayant une commande de production des interactions moléculaires en désordre) et la matière (définie comme le mécanisme donnant de l’ordre transitoire au désordre du vide).

    Si certains raisonnements des adeptes du « Principe anthropique » montrent que la vie serait impossible sans les propriétés que possède la matière, cela ne veut pas dire qu’il faille en tirer un scénario créationniste selon lequel le monde que nous étudions n’est qu’un monde conçu pour l’homme. Et même pas que c’est un monde conçu pour créer la vie. On pourrait, au contraire, en tirer des raisonnements philosophiques bien différents : par exemple que la matière n’est pas aussi inerte qu’on le croyait et que le vivant n’est pas une exception et même que l’humain n’est pas une exception.

    Bien des scientifiques ou des philosophes continuent (ou recommencent) à placer la conscience humaine comme le centre de l’Univers et comme son but et non comme un des aléas historiques de la dynamique du changement. Le fait de parler des "constantes" de l’Univers comme d’une création en témoigne. Les dissertations sur la valeur précise des constantes universelles sous-entend que ces constantes auraient été choisies par une force surnaturelle pour permettre que se constitue le monde actuel. Mais, même si les auteurs qui mettent en avant ce principe dit anthropique, c’est-à-dire une volonté avant le Big Bang d’en tirer l’Homme (sic !), on peut se permettre de trouver bien compliqué les volontés de cet esprit supérieur qui fait attendre autant de temps et dépendre aussi de tant de hasards (comme la disparition des dinosaures) la création d’un être conscient qu’il aurait prétenduement voulu créer dès le « début ».

    Loin de donner davantage raison aux créationnistes, les connaissances scientifiques dont nous disposons nous en dispensent. Et d’abord parce que de multiples domaines des sciences montrent l’absence de but dans les transformations de la matière. C’est en agissant en tous sens que les transformations acquièrent un sens, un ordre, une organisation. L’exemple le plus frappant est celui du cerveau fondé la multiplication de cellules, les neurones, de manière désordonnée et sur la connexion de tous les neurones entre eux, sans recherche préalable d’un quelconque schéma, d’un programme préétabli. C’est la destruction par apoptose de toutes les liaisons et de toutes les cellules qui ne sont pas connectées au corps qui permet au corps de fabriquer le cerveau dont il a besoin. Les autres cellules et liaisons sont systématiquement autodétruites. Le plan se construit par lui-même et pas par un créateur et c’est le désordre qui mène à l’ordre et pas un ordonnateur supérieur qui introduit l’ordre dans le chaos préalable, contrairement à la vision biblique. Les termes de « création naturelle », ou d’« organisation spontanée », (production brutale d’une structure qui n’était pas précédemment conçue) ne doivent pas prêter à confusion. En physique, les termes d’auto-organisation, de création naturelle ou d’énergence, font donc référence à un processus dans lequel l’organisation interne d’un système, habituellement un système hors équilibre, augmente automatiquement sans être dirigée par une source extérieure. Typiquement, les systèmes auto-organisés ont des propriétés émergentes. Cela n’a rien à voir avec l’idée d’un pouvoir créateur, métaphysique ou extra physique.

    « Le « principe anthropique », énoncé en 1974 par B. Carter de l’Observatoire de Meudon, affirme que les constantes fondamentales ont la valeur qu’elles ont pour permettre l’apparition de l’homme. C’est dire que l’Univers aurait été produit POUR l’Homme. Et pourquoi le monde y compris l’homme, ne serait-il pas un jardin prévu pour le cafard ou pour la bactérie ? Pourquoi pas POUR le carbone, POUR le mercure, POUR le virus ? C’est un choix philosophique d’isoler ainsi la vie, l’homme et la conscience humaine, de les séparer, de les opposer, d’en faire un monde à part, dont l’apparition serait étonnante par rapport au reste du monde, nécessiterait une raison particulière.

    Cela signifie que les constantes qui déterminent les fondements de la physique ont été déterminées il y a des milliards d’années avec une précision extraordinaire uniquement pour permettre la vie consciente bien plus tard. Et où cette volonté préexistante de construire la pensée consciente aurait-elle été inscrite ?

    Nous sommes déterministes et nous pensons que les phénomènes obéissent à des lois et donc il est évident que l’univers actuel est le produit des conditions précédentes mais pas seulement car il est aussi le produit de l’histoire, des hasards, des combats, des situations inattendues...

    Tout d’abord parler de principe anthropique, c’est sortir l’homme de l’ensemble, ce qui n’est pas le résultat d’une observation du monde mais d’un choix philosophique.

    C’est également un choix philosophique de penser que tout ce qui existe était indispensable pour en arriver à la situation actuelle.

    Qui dit « créé POUR » dit un créateur, même si une partie des partisans du principe anthropique se défendent de rouler pour les religions. Et, surtout, concevoir les lois de la nature comme des règles POUR arriver à un but, c’est renoncer à la démarche scientifique qui consiste à étudier COMMENT fonctionne la nature et non à lui prêter une volonté.

    Les notions d’émergence et de transition, qui se développent en physique, n’apportent nullement de l’eau au moulin du créationnisme. Elles fondent des créations (apparitions et disparitions) sans créateur, sans conception préétablie, sans dieu. La physique est maintenant le témoin de créations et de disparitions de particules de matière et de lumière qui n’ont rien de magique ni de mystique ou de religieux. Dans l’univers de la matière inerte, vivante, animale, humaine, sociale et politique, on trouve sans cesse des créations, c’est-à-dire de la nouveauté qui ne trouve pas ses racines dans l’univers précédent. Mais ces créations n’ont rien de mystérieux, d’étrange, de contre-nature. Elles ne nécessitent pas une pensée spiritualiste, idéaliste, métaphysique et religieuse.

    La métaphysique créationniste est battue en brèche par la découverte de l’ « auto-organisation de la matière », de l’« émergence des structures dissipatives », de la source génétique de l’ « horloge biologique de l’hominisation » et du lien entre cerveau physique et conscience. L’une des conséquences cruciales de ces nouvelles connaissances est qu’il n’y a plus d’opposition entre la conscience (mécanisme donnant du sens aux événements réels), la vie (mécanisme extrayant une commande de production des interactions moléculaires en désordre) et la matière (définie comme le mécanisme donnant de l’ordre transitoire au désordre du vide).

    Le paléontologue Stephen Jay Gould écrit ainsi dans « Le renard et le hérisson » : « Les propriétés qui apparaissent dans un système complexe sous l’effet des interactions non linéaires de ses composants sont dites émergentes – puisqu’elles n’apparaissent pas à un autre niveau et ne sont révélées qu’à ce niveau de complexité. (...) L’émergence n’est donc pas un principe mystique ou anti-scientifique, ni une notion susceptible d’avoir des échos dans le champ religieux (...) C’est une affirmation scientifique sur la nature des systèmes complexes. »

    Le « principe anthropique » signifie que les conditions intiales de l’Univers auraient été choisies exactement (par qui ?) pour que l’homme puisse apparaître. En réalité, à tous les niveaux où l’on étudie la matière, la vie et l’homme, on n’a trouvé preuve d’aucune sorte d’une telle intentionnalité. Seulement le fait que le présent découle du passé, sans la moindre preuve que le présent était la seule évolution possible, bien au contraire. Rajouter une telle intentionnalité sous le prétexte qu’un changement des conditions initiales rendrait impossible notre univers est absurde. Il y a de multiples exemples de phénomènes dans lesquels un tout petit changement des condtions initiales modifie complètement le cours de choses sans pour autant qu’il faille y voir une intentionalité cachée…

    A contrario, une grande partie des efforts de la science, sur le plan philosophique et théorique, consiste à tenter d’éviter de transformer la vision du monde par la place particulière de l’observateur. La principale des erreurs d’optique consiste en la matière à voir le monde comme s’il était objectivement vu par l’homme et, pire encore, comme s’il avait comme but la création de l’homme et son existence. C’est justement pour détruire ce type d’image que Darwin a fait tout son travail et pas seulement pour chercher les bases de l’évolution.

    On sait que bien des images anciennes du monde reposaient sur la vue depuis sa fenêtre. Une exposition intitulée « cartes et figures de la terre » montrait même de multiples manières des hommes dans l’Histoire de voir le monde depuis sa petite lucarne. C’est une vision qui fausse considérablement l’optique.

    Il y a bien d’autres erreurs que l’optique anthropologique. On peut voir le monde depuis le vivant, depuis la matière, depuis la Terre, depuis notre galaxie, la Voie Lactée, depuis notre époque. Ce sont autant de déformations de la réalité objective.

    Comme il nous a fallu intellectuellement nous extraire de notre galaxie pour imaginer sa forme, nous extraire de notre position de matière pour envisager le vide quantique, il nous est nécessaire de notre position de matière marcroscopique pour observer les particules quantiques et de notre position d’être vivant pour comprendre le fonctionnement biologique et pour étudier les animaux. On peut dire que ces déformations ont un point commun : celui de privilégié le point où nous nous situons en considérant qu’il est particulièrement exceptionnel.

    La méthode scientifique consistera, au contraire, à ne privilégier aucun point de vue particulier et à chercher des lois générales puisque le tout est un seul monde. Il faudra donc trouver en sciences la possibilité que les cas particuliers obéissent quand même aux lois générales car ces derniers doivent s’intégrer à ce monde. Si on oppose diamétralement la matière au reste du vide quantique, l’écoulement du temps à l’espace-temps du vide, notre époque aux autres époques de l’histoire de l’Univers, la vie à la matière inerte, l’homme au reste du vivant, la conscience au fonctionnement général du cerveau, on se retrouve en plein dans ce que l’on appelle le « principe anthropologique », qui est donc un concentré religieux de toutes ces erreurs consistant à placer l’observateur et le penseur au centre du monde qu’il observe et pense…

    Inutile de rajouter que nous sommes radicalement opposés à ce type de point de vue…

    Les adeptes du principe anthropique affirment que « Pour être favorable à la vie, l’univers doit être très particulier. » Je suis à la fois d’accord et pas d’accord. La vie telle que nous la connaissons, oui. Mais, dans ces conditions, cela devient une tautologie et, comme toutes celles-ci, cela se mord la queue ! Pour avoir tout ce que nous avons, il a fallu tout ce qu’il y a eu. Eh oui ! Sans doute ! Mais LA VIE, je ne sais pas ce que c’est exactement. Je connais seulement "la vie telle que nous la connaissons ici sur Terre". Est-ce qu’il pourrait exister de toutes autres sortes de vie ? Aucune idée sur la question. On ne dispose même pas de critères sûrs du vivant. Nous n’avons sous les yeux qu’une vie et ses diverses variétés et qu’une matière (celle du vide) et ses diverses formes. Rien n’empêche en soi qu’il y en ait d’autres mais comment raisonner sur ce qu’on ne sait absolument pas ?

    On ne peut en tout cas pas raisonner scientifiquement en disant qu’aucune forme de vie n’aurait été possible dans d’autres conditions.

    On peut dire qu’une forme de vie fondée sur l’ADN, l’ARN, les protéines et les cellules (pour résumer) n’aurait pas été possible ? Oui ! C’est tout mais cela ne dit pas tout.

    Encore une fois, il faut voir ce que l’on peur affirmer en faisant tourner le film de l’Histoire à l’envers.

    Là-dessus, on peut lire l’ouvrage de Stephen Jay Gould, « La vie est belle » :

    « L’ordre est largement le produit de la contingence. (…) Tout déroulement de l’histoire, altéré d’un iota apparemment insignifiant à son commencement, aurait donné un aboutissement également sensé et totalement différent, mais extrêmement déplaisant pour notre vanité, puisqu’il n’inclurait pas de vie consciente d’elle-même. (…) Des milliers et des milliers de fois, il s’en est fallu de peu pour que nous soyons purement et simplement effacés du film de la vie. (...) Homo sapiens est un détail dans l’histoire de la vie, et n’en incarne pas une tendance. »

    Au départ, le raisonnement anthropique met l’accent sur le fait que la vie ne peut pas apparaître dans n’importe quelles circonstances et que par conséquent, du fait même que nous existons, nous devons « vérifier » que les conditions nécessaires à l’apparition de la vie sont réalisées. Par exemple, les atomes lourds, tels que le carbone, l’azote ou le soufre, sont des éléments indispensables à la matière vivante. Et comme ces composés atomiques ne peuvent se forger qu’à l’intérieur des étoiles, nous pouvons affirmer que le monde est « forcément » plus vieux que l’âge moyen d’une étoile, c’est-à-dire qu’il a une bonne dizaine de milliards d’années.

    Cependant, on comprend bien qu’aucune « contrainte » n’est exercée a posteriori par la vie sur notre Univers. Si de contrainte on tient à parler, elle est de l’ordre de la déduction logique d’un Sherlock Holmes se permettant de « déduire » d’effets constatés la nécessité pour certaines causes d’être réalisées. Pour prendre une comparaison : comme seules les femmes enfantent, nous pouvons en déduire que la personne qui a donné naissance a tel bébé est « nécessairement » une femme. Il ne viendrait pourtant à l’idée de personne de prétendre que ce qui a déterminé le sexe de cette personne une génération auparavant, lors de sa conception par son père et sa mère, c’est la naissance aujourd’hui constatée du bébé !

    En affirmant que notre Univers est conditionné par notre présence, le principe anthropique mêle les effets et les causes et, renversant l’ordre normal de la causalité, s’affirme ipso facto anti-scientifique. La tentation de remplacer l’explication en terme de causalité par l’explication en terme de finalité a toujours existé. Cette tentation est d’autant plus forte que la première échoue momentanément, ce qui est aujourd’hui le cas, car devant la question de la naissance du monde notre science est complètement désarmée. Pire, elle sait que ses outils sont impuissants à descendre en dessous des limites fatidiques de temps et d’espace appelées « limites de Planck ». En deçà, il nous faudrait une physique toute nouvelle faisant table rase de tous les concepts auxquels nous nous sommes habitués.

    Face au défi que représente l’origine du monde, la science, si elle veut rester science, ne peut se retrancher derrière des explications toutes faites et se contenter d’annoncer : si le monde est ce qu’il est, c’est parce qu’il nous contient ! Un tel « principe », qui cherche à combler à bon compte le vide de la théorie, signe en fait l’abdication de toute recherche. Et c’est face à cette attitude inacceptable qu’il faut afficher clairement son camp.

    Les remarques sur les paramètres fondamentaux de la physique, ou constantes universelles, et sur le fait qu’on ne pourrait pas concevoir ce monde (et notamment l’apparition des galaxies, des molécules, des macromolécules, de la vie et de l’homme) si ces paramètres étaient un tout petit peu changées sont tirées dans le sens d’un raisonnement absurde, anti-scientifique et mystique. Cela ne démontre que l’unité de l’univers matériel dont le vivant n’est qu’un sous-produit, l’inerte apparent de la matière non-vivante n’étant qu’une illusion et cette matière possédant certes la capacité de produire le vivant sans que cette propriété prenne un caractère extrordinaire, supra-naturel et surnaturel.

    D’ailleurs, ce qu’a montré la physique quantique, c’est que la matière n’a rien d’inerte, que le vide lui-même n’est ni le néant ni l’inerte, que l’auto-organisation, l’auto régulation, l’auto activation, l’auto rythmicité, l’auto structuration, l’auto formation d’échelon hiérarchiques nouveaux appartiennent aux propriétés dialectiques de la matière non-vivante et n’ont pas attendu l’apparition de la vie pour se dévoiler. Le passage de l’ « inerte » au vivant s’est produit par toute une série de révolutions qui ne sont qu’une toute petite partie des grandes révolutions de l’Histoire de la matière de l’Univers. La vie ne s’oppose pas diamétralement à la non-vie et il n’y a aucune raison d’être particulièrement étonnés que les constantes caractéristiques de la mtière soient liées inséparablement au mode d’organisation des molécules, des galaxies et de la vie car c’est sur les bases de la matière que l’auto-orgarnisation travaille. Cela ne signifie pas qu’on soit contraint d’admettre que la suite des événements historique de l’histoire de la matière soit préprogrammée à l’avance, que les étapes soient préétablies par un esprit supérieur supranaturel. Le fait que la matière, telle qu’elle existe, et que la vie, telle qu’elle existe, n’aurait pas pu exister sans les étapes de l’Histoire de l’Univers, avec notamment les constantes universelles aux valeurs qui existent soient indispensables au monde atuel ne nous dit absolument rien sur ce qui se serait passé dans le cas où des hasards différents avaient ffait diverger cette histoire, sur le type de matière ou le type de vie, ou le type d’univers que cela aurait pu donner. On ne peut en particulier absolument pas dire qu’un petit changement aurait rendu impossible une autre organisation, une autre vie, un autre type d’homme. Nous n’avons aucun élément pour raisonner scientifiquement ainsi.

    Un raisonnement du type : voici ce qui se passerait si on change les paramètres fondamentaux de la physique n’a aucun sens physique car un tel changement n’est expérimentalement pas possible et que le raisonnement abstrait n’est pas non plus dans le cadre de la logique scientifique, même s’il est utilisé par nombre d’auteurs eux-mêmes scientifiques. On peut seulement constater que ces constantes semblent inchangées dans l’univers et dans l’histoire de celui-ci et donc inchangeables. Le « qu’est-ce qui se serait apssé si… » ne peut pas nous mener à des conceptions valides sur le monde.

    Discuter de la mise en place des constantes universelles, de l’apparition des molécules, des macromolécules, du vivant, de l’homme et de sa conscience nécessiterait que l’on dispose de plusieurs types historiques de ces développement, ce qui n’est nullement le cas.

    Dire que la vie telle qu’on la connaît serait impossible sans le monde matériel tel qu’on le connaît, c’est enfoncer une porte ouverte !

    Ceux qui rasonnent autrement s’adonnent à ce que l’on appelle l’idéalisme philosophique, courant qui loin de régresser, augmente que ce soit parmi les scientifiques, les philosophes, les enseignants ou les média, parce qu’il est favorisé par les classes dirigeantes et pas parce qu’il est favorisé par des découvertes scientifiques.

    Nous n’avons, pour le moment, aucun moyen de raisonner sur la mise en place des constantes universelles car nous ne savons absolument rien sur une telle émergence, que nous ne savons pas comment ces constantes sont reliées entre elles, si elles datent de telle ou telle phase de l’univers, s’il y a un ordre de leur apparition et quelles relations sont établies entre elles. Cela permet certes que toutes les imaginations débridées se jettent sur le thème, mais surement pas un raisonnement scientifique là-dessus.

    La remarque selon laquelle tout eptit changement ds conditions initiales rendrait le monde actuel impossible ne fait que souligner que l’univers est sujet à une propriété dite du « chaos déterministe » qui est celle de la « sensibilité aux conditions initiales ». Or, dans le chaos déterministe, les changements des paramètres initiaux qui sont réalisables entraînent des suites assez rapidement très divergentes sans pour autant que cela signifie que ces suites soient préétablies dans l’état initial. Au contraire, l’état initial possède de multiples potentialités de développement ultérieur et n’a en rien tranché entre ces diverses options. Le chaos déterministe, causé par cette sensibilité aux conditions initiales des systèmes non-linéaires amortis entretenus, est justement le type même de mélange dialectique de hasard et de nécessité dans lequel le hasard est le fondement de la loi et la loi reproduit du hasard.

    Il peut y avoir de nombreux mondes possibles sur d’autres bases matérielles légèrement différentes mais nous n’en savons rien et nous ne pouvons donc même pas disserter dessus.

    La seule conséquence de la remarque en question est donc seulement celle de l’unité du monde, du caractère inséparable (inopposable diamétralement) de ses diverses formes et niveaux d’auto-organisation.

    Il est étrange que ce soit justement la meilleure démonstration du fait que l’univers est un qui serve à opposer diamétralement matière vivante et non vivante, l’homme au reste de l’univers, et la conscience à la non conscience de la matière, comme le fait le « principe anthropque ».

    Il faudrait plutôt remarquer que les lois de la matière inerte ont un caractère dynamique, capable d’auto-organisation, d’auto-structuration, de fondement de structures et de lois nouvelles, permettant à l’histoire de connaître des bifurcations inattendues et imprédictibles, qui ne sont nullement (même en germe) prévues dans l’univers antérieur.

    Le dualisme (opposition diamétrale entre monde matériel et monde humain conscient) des partisans du « principe anthropique » ne provient pas des observations, des mesures, des lois mathématiques, contrairement à ce qu’affirment leurs auteurs divers. C’est au contraire a un a priori philosophique qui fonde ces affirmations qui ne sont nullement corroborrées par la science.

    La conception matérialiste et dialecticienne du monde est bien plus proche des découvertes des sciences que toutes ces élucubrations idéalistes mais elle n’a pas, pour des raisons politiques et sociales évidentes, le bonheur de plaire aux classes dirigeantes et donc d’être diffusée par leurs média, leurs éditeurs, leur presse, et de connaître, du coup, une large diffusion et un succès auprès des auteurs eux-mêmes. Quand un scientifique ou un journaliste baptise le boson de Higgs de « particule de dieu », il est relayé des centaines de milliers de fois à la minute et pas lorsqu’il explique que cela suppose que la matière fugitive (extraordinairement dynamique et agitée, se transformant brutalement sans cesse) du vide quantique est le fondement de la matière inerte.

    Dire, par exemple, que la vie nécessite le carbone qui ne peut être élaboré que par des étoiles parvenues à un stade bien défini de leur évolution stellaire, que ce stade n’est possible que si l’univers a certaines caractéristiques ne justifie nullement de dire que le monde a été bâti pour avoir les caractéristiques permettant la vie. Pas plus que, si une tuile vous tombe sur la tête, cela signifie que le monde ait été bâti pour parvenir à cette situation, même si, avec des constantes différentes de la Terre, la gravitation serait différente et la tuile ne tomberait pas ! C’est une inversion de raisonnement qui n’a pas de sens logique. Si on peut démontrer que sans une cause A un effet B serait impossible, cela ne sous-entend nullement que la cause A ait été produite pour obtenir l’effet B… Les adeptes du principe anthropique affirment que l’existence de la vie et de l’homme aurait pour conséquence… la nécessité que préexiste un monde compatible avec la vie. Il ya là un renversement qui nécessiterait une suppression du sens de l’écoulement du temps qui ne peut pas exister au niveau macroscopique et astronomique. L’apparition de l’homme ne peut pas avoir des conséquences sur le choix des constantes universelles qui sont des conditions initiales. Il y a là une incontestable erreur de raisonnement, inattendue pour des scientifiques. Elle témoigne que, tous grands physiciens qu’ils soient, le fait qu’ils soient peu formés en philosophie des sciences a de redoutables conséquences dans leurs erreurs de conception globale.

    Le « principe anthropique » est un retour, au sein des sciences et des philosophies, de l’idéalisme, du finalisme, du mysticisme, de la métaphysique, des parasciences, de la magie, du créationnisme et des religions du même type que le « dessein intelligent ».

    Le point commun de tous ces auteurs est de « trouver fou qu’un univers ait produit une conscience capable de l’étudier. » C’est la conscience humaine qui leur paraît de l’ordre du fantastique et, loin de partir de la matière pour comprendre la conscience humaine, ils en tirent comme conclusion qu’il doit y avoir une origine surnaturelle !!!!

    Idéalisme et dualisme caractérisent la pensée fondamentale de Brandon Carter, à l’origine de toutes les versions du principe anthropique : « Nous pensons donc l’univers est. »

    Au sein de cette « thèse anthropique », il y a des versions très diverses, dites « fortes » ou « faibles » :

    Carter développe le principe dit « faible » :

    « Notre position dans l’Univers est nécessairement privilégiée en ce sens qu’elle doit être compatible avec notre existence en tant qu’observateurs. »

    Et il développe aussi le principe dit « fort » :

    « L’Univers (et donc les paramètres fondamentaux dont celui-ci dépend), doit être tel qu’il permette la naissance d’observateurs en sont sein, à un certain stade de sont développement… Les constantes fondamentales de la physique semblent être parfaitement ajustées pour favoriser l’apparition de la vie… Si telle ou telle constante avait été légèrement différente, les étoiles ne se seraient pas formées, ou bien la synthèse des éléments chimiques qui nous composent n’aurait pas démarré, ou bien les supernovae qui les dispersent dans l’espace n’existeraient pas… Pourquoi un tel ajustement des constantes physiques ? Certains esprits religieux répondent que c’est parce qu’un être divin les a ajustées afin que nous apparaissions… »

    Par la suite, on va trouver le principe anthropique d’autosélection, celui de participation, celui de contingence, celui de conscience, qui sont des variétés diverses mais dont aucune n’a davantage une démarche vraiment scientifique….

    Le principe anthropique, dans sa formulation dite scientifique par des physiciens, est attribué à Brandon Carter, mais d’autres avaient avant lui discuté de cette question, comme Robert Dicke à la fin des années 1950 et le Prix Nobel de physique Paul Dirac dans le courant des années 1930. Cela a été suivi par Steve Weinberg et nombre de physiciens de la théorie des cordes. Weiberg écrit : « Plus est élevé le nombre de valeurs possibles de paramètres physiques fournies par le paysage des cordes, plus la théorie des cordes rend légitime le