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De plus en plus "d'opposants..."
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/11/2015
Il viendra un jour où les élections présidentielles recueilleront péniblement 20 % de votants. C'est inévitable puisque les Puissants ne changeront pas.
Et que la rupture est consommée et s'étend inéluctablement.
Il est temps désormais de construire, ensemble, un autre Etat.
Le nôtre.
Celui du Peuple.
L'Anarchie dont on nous a enseigné qu'elle était un désastre deviendra la norme.
Une anarchie constituante érigée par des citoyens tirés au sort. C'est l'antique démocratie grecque qu'il faut comprendre.
L'Etat le sait et il s'est mis lui-même en "Etat d'urgence"....C'est pour lui qu'il a peur. Pas pour nous.
http://ring.fr/article/article.php/article/communique-de-laurent-obertone-sur-les-attentats-du-13-novembre
COMMUNIQUÉ DE LAURENT OBERTONE SUR LES ATTENTATS DU 13 NOVEMBRE
TRIBUNE DE LAURENT OBERTONE PARUE DANS LE FIGARO LE 27 NOVEMBRE 2015
La réalité vient de nous frapper en plein visage.
« Nous sommes dans la guerre », a essayé de dire François Hollande, et pourtant toujours incapables de construire des prisons, d'endiguer l'insécurité, de faire appliquer la loi, de maîtriser l'immigration, d'arrêter de prendre des « fondamentalistes » pour des déséquilibrés, et de cesser de traiter de « manipulateurs », a minima, tous ceux qui ont le mauvais goût de souligner ces problèmes.
Allez, après moi : « Je suis Charlie, je suis Paris ». Criez plus fort, oubliez plus vite.
Vous ne voulez pas d'amalgame, mais quel choix laissez-vous à l'opinion ? Soit répéter vos mensonges, soit la clandestinité ?
L'opinion voudrait qu'on parle enfin son langage. Et par la même occasion qu'on cesse d'ignorer sa réalité et, si possible, sa souveraineté. L'opinion n'accepte pas de sacrifier ses libertés en se planquant derrière des barbelés, des caméras et des surveillants parce que les planeurs qui nous gouvernent trouvent ça tellement plus beau un monde sans frontière. L'opinion n'accepte plus qu'on la sacrifie au nom d'une « ouverture » synonyme de soumission.
L'opinion ne veut plus s'entendre dire que « les premières victimes sont les musulmans », ni que « l'islamophobie explose », quand des tarés massacrent au nom de l'Islam 130 personnes, avec le soutien de milliers de « français » et de « belges » qui le sont autant qu'une pomme est une banane.
L'opinion n'est pas stupidement méchante et débile : elle sait parfaitement que vivent parmi nous des musulmans qui aiment notre pays. Mais elle sait tout aussi bien que des groupes salafistes, que des groupes partisans de l'État Islamique, que les frères musulmans et leur organisation française l'UOIF, que quantité d'associations publiques, parfois soutenues et financées, en tout cas tolérées par l'État, ont des fantasmes sans doute plus proches du califat que de la laïcité.
L'opinion sait aussi que notre gouvernement n'a pas tenu compte d'avertissements étrangers qui auraient pu nous épargner ces attentats. Comme elle sait que François Hollande préfère armer l'Arabie saoudite à la Russie.
Ce qui l'intéresse, l'opinion, plutôt que de devenir une République Islamique, c'est de savoir pourquoi la République, la sienne, manque à ce point de cohérence et de courage.
L'opinion en a marre de voir le débat public se transformer en une ode à la stérilité, marre de se demander si ses élus et journalistes sont encore capables de penser, plutôt que s'époumoner d'indignation et s'acharner sur ceux qui ne récitent pas la même chose qu'eux.
Tout ce qu'elle voit, l'opinion, ce sont des terroristes, intellectuels ceux-là, prêts à nier le terrorisme, à refuser de le nommer, par peur d'unamalgame. Elle voit, par exemple, l'AFP transformer des terroristes en de simples « assaillants ».
Le sentiment qui domine l'opinion est le suivant : l'État a trahi. Il a rompu le pacte, bafoué sa constitution et méprisé ses devoirs, il a créé les conditions du désordre. Et on voudrait qu'on se fie à cet État pour mieux nous protéger ? Cet État qui depuis cinquante ans organise une immigration massive que jamais l'opinion – qu'on prétend souveraine – n'a approuvée ?Il est urgent d'entendre l'opinion, et de n'en plus criminaliser les inquiétudes.
L'opinion ne veut plus être séduite ou menacée : elle veut des faits.
L'État, c'est elle, et elle veut être obéie. Face à la faillite majeure du gouvernement français, nous demandons la création immédiate d'un comité d'experts en contre-terrorisme, composé de pointures françaises et mondiales, non-partisanes, dont les propositions devront être appliquées.
Gouvernants, si vous ne pensez qu'à sauver votre boutique, si vous n'avez pas compris que gouverner n'est pas seulement jouir de l'impôt, que la France n'est pas que le paillasson de vos délires, que son peuple finira bien, malgré son infinie patience, à se radicaliser, par tous les moyens y compris électoraux, alors vous ne comprendrez jamais rien.
L'opinion ne laissera pas leur « vivre ensemble », par sa lâcheté, ses renoncements et sa soumission, devenir son « mourir ensemble ».
Laurent Obertone, écrivain, membre de la secte des yeux ouverts, et humble sujet de l'opinion, auteur de La France Orange Mécanique, Utøya et de La France Big Brother (2013 et 2015, éditions Ring).
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"Bande de Sans-dents..."
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/11/2015
JUSTE POUR INFORMATION....
A Saint-Denis, les pauvres n’ont pas le droit d’être traités en victimes
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Gymnase Maurice-Baquet,à Saint-Denis, le 23 novembre 2015. Familles délogées par l'assaut du 18 novembre, rue Corbillon, en attente d'un nouvel habitat. Photo : Albert FACELLY Après l’assaut du 17 novembre à Saint-Denis, 71 personnes délogées dorment toujours dans un gymnase, alors que l’Etat est aux abonnés absents. Pourquoi la solidarité nationale ne fonctionne-t-elle pas pour ces familles?
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A Saint-Denis, les pauvres n’ont pas le droit d’être traités en victimes
Habitant-e-s de Saint-Denis, nous avons vécu comme tous les dionysien-ne-s un mercredi 17 novembre particulièrement angoissant. L’intervention des forces du Raid et de la BRI contre des terroristes retranchés dans un appartement de la rue du Corbillon a placé la ville sous la terreur et le blocus militaire pendant quelques heures. Évidemment celles qui ont le plus souffert, ce sont les 30 familles qui vivaient dans les appartements de l’immeuble concerné. Réveillées à 4 heures du matin par les tirs en continu et les explosions, elles ont vécu un cauchemar, obligées de se calfeutrer, de cacher les enfants et de n’avoir plus rien d’autre à faire que de prier pour ne pas mourir. Evacuées en urgence, elles ont quitté leur domicile sans leurs affaires personnelles. Et les dommages collatéraux de cette intervention sont irréversibles : l’immeuble, déjà en piteux état, est quasi détruit, et la plupart des affaires des habitant-e-s sans doute irrécupérables.
Ces habitant-e-s sont bien des victimes : victimes des terroristes qui ont décidé de venir se cacher dans leur immeuble et d’une intervention, qui, justifiée, les a conduit à perdre leur toit. N’importe où ailleurs, il est vraisemblable que ces familles auraient droit aux égards que cette situation d’horreur implique : une vraie prise en charge aussi bien psychologique que matérielle avec un relogement. Pourtant, il semble bien que l’État et, de facto, le gouvernement ne leur reconnaissent pas ce statut de « victimes d’actes de terrorisme », reconnu par la loi du 9 septembre 1986, et même de victime tout court. Aucun ministre ni le préfet de Seine Saint-Denis ne sont allés à leur rencontre. Pire, elles sont abandonnées à leur sort de dommages collatéraux d’une guerre dont elle ne sont pas responsables. Le soutien psychologique a été laissé à la Mairie, et aucune cellule d’urgence digne de ce nom n’est intervenue, en particulier à destination des enfants. Pire encore, elles dorment depuis mercredi dernier dans un gymnase prêté par la Ville. Aucune solution de relogement pérenne, au calme, sans promiscuité, et concernant l’ensemble des familles, n’a été proposée par l’État. Le préfet à l’égalité des chances a d’abord dit qu’il fallait faire un «diagnostic social» pour chaque famille. Comme s’il gérait une procédure d’expulsion locative. Puis, il a indiqué, lundi 23 novembre, que seules les familles de la cage d’escalier où se trouvaient les terroristes seraient relogées. Et les autres ? L’immeuble, déjà délabré et en situation de péril, menace de s’effondrer. Et comment retourner sur un lieu qui garde autant les stigmates d’un événement particulièrement traumatisant ? Comble de l’indignité, un des habitants de la cage d’escalier, blessé lors de l’opération, placé en garde à vue quelques heures, a reçu une injonction à quitter le territoire, faute de papiers en règle, alors qu’il est encore à l’hôpital.
Où est donc la solidarité nationale? Pourquoi, ne fonctionne-t-elle pas pour ces familles ? Au fond, ce traitement spécifique accordé aux familles des classes populaires n’est qu’une illustration, par l’abject et par l’absurde, d’une situation vécue quotidiennement à Saint-Denis : celle d’un Etat aux abonnés absents, discriminant quand il n’est pas maltraitant. À Saint-Denis, pendant l’union nationale et l’état d’urgence, la guerre contre les pauvres et les immigré-e-s ne connaît pas de trêve.
Par Sibylle Gollac, Stéphanie Guyon, Julie Pagis, Etienne Penissat, Karel Yon, Dionysien.ne.s, enseignant.e.s-chercheur.e.s membres de Sciences Populaires Saint-Denis.
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Hommage
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/11/2015
Mon hommage aux victimes...Je n'ai pas attendu la date du gouvernement qui en porte la responsabilité.Il y a des jours déjà que je le fais.Je regarde, un à un les visages de chacun et chacune sur le trombinoscope qui circule sur la Toile. Avec de la musique.J'espère comme tout ce que les livres racontent que l'Amour et la Lumière les ont accueillis, qu'elles ont pu comprendre, que leurs âmes ne sont pas restées suspendues entre deux "Mondes" sidérées par cette violence...Je prie pour le repos de leurs âmes.Sans drapeau, sans hymne national.Juste avec mon coeur.Et je pense aussi à toutes les autres victimes de ce monde, chaque jour, victimes de la folie de certains hommes. Je n'ai pas de visages ni de noms. Alors je prie pour l'ensemble de cette Humanité fauchée et j'imagine toutes les victimes être absorbées par cette Lumière qui les délivre...
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"Ma fille est morte au Bataclan"
- Par Thierry LEDRU
- Le 27/11/2015
Moi, père d'une victime, je n'irai pas aux Invalides
Publication: Mis à jour:

Ma fille est morte au Bataclan le 13 Novembre, elle avait 17 ans.
Je n'irai pas à l'hommage qui sera rendu aux victimes à 10h30 aux Invalides parce que je considère que l'État et ses derniers dirigeants en date portent une lourde responsabilité dans ce qui s'est passé.
Une politique désastreuse a été menée par la France au Moyen-Orient depuis plusieurs années. Nicolas Sarkozy a largement contribué à la chute du régime de Khadafi en envoyant l'armée française combattre en Libye, en violation des résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU qui interdisaient toute intervention au sol. Or, plusieurs sources affirmaient à l'époque que les Forces Spéciales étaient « en apesanteur » et avaient œuvré sur le terrain. La Libye n'était pas ennemie de la France, Nicolas Sarkozy avait reçu Khadafi avec les honneurs d'un chef d'État, et ce pays est devenu depuis un cauchemar chaotique où circulent librement armes et combattants.
François Hollande et Laurent Fabius se sont ensuite acharnés contre Bachar El Assad, poussant inlassablement les puissances occidentales à intervenir militairement pour renverser le régime syrien, alors que celui ci n'était pas l'ennemi de la France. Les frappes prévues furent annulées in extremis lorsque Barack Obama refusa d'engager les États-Unis dans cette aventure.
Cette ingérence de la France dans les affaires intérieures de pays souverains a été menée avec l'argument selon lequel les dirigeants syriens et libyens massacraient leur peuple. Certes. Comme Saddam Hussein et Muammar Khadafi, Bachar el Assad est un dictateur sinistre de la pire espèce. Mais il n'est pas plus exécrable que ceux actuellement au pouvoir au Qatar et en Arabie Saoudite, avec lesquels la France entretient d'excellentes relations diplomatiques et commerciales, et qui ont financé Daesh.
Cette érosion de la compétence politique est dramatique pour notre pays. Les derniers présidents ont agi avec une légèreté inconcevable, portés par des vues à court terme. Mais cet aspect n'est pas le seul en matière de responsabilité du monde politique.
Depuis plusieurs décennies, la République a laissé se développer des zones de désespoir, que le philosophe Jean-Paul Dollé nommait avec la justesse qui le caractérisait: "Le territoire du rien". Un urbanisme inhumain, sans lieux de loisirs, de culture, sans écoles dotées de moyens à la hauteur de l'enjeu, au sein duquel aucun sentiment humaniste et citoyen ne peut éclore. "Cités Dortoirs", "Quartiers sensibles", les termes ont évolué mais le problème demeure et le personnel politique l'a toujours traité avec indifférence. Raymond Barre promit "d'enrayer la dégradation physique et sociale des grands ensembles". Bernard Tapie fut ministre de la ville, Nicolas Sarkozy annonça un plan Marshall des banlieues et nomma Fadela Amara Secrétaire d'État chargée de la politique de la ville. Patrick Kanner l'est aujourd'hui et perpétue quarante ans d'échec.
Le divorce entre les français et leurs dirigeants est accompli, le contrat social est rompu, le gouffre entre le peuple et les élites est béant. Les atteintes importantes aux libertés publiques, votées avec empressement par l'Assemblée Nationale, ne régleront rien. L'extrême droite pourra toujours surenchérir et les assassins franchir les frontières.
La France est incapable de proposer un avenir à sa jeunesse, l'Europe est incapable de dépasser son actuel enlisement dans le libéralisme. Nos élus sont incapables de proposer une vision politique. Nos intellectuels, à de rares exceptions près, sont incapables de sortir de leur lucratif état d'histrions médiatiques. Je suis atterré par mon pays dévasté et je suis dévasté par la mort de ma fille."
Bagneux : Hommage à Lola, 17 ans, victime du Bataclan
Pascale Autran | 26 Nov. 2015, 20h00 | MAJ : 26 Nov. 2015, 20h00
Bagneux, ce jeudi. Foule à l’église Saint-Hermeland pour rendre hommage à Lola Ouzounian, l’une des plus jeunes victimes des attentats de Paris. (LP/P.A.) Ce jeudi midi, l’église Saint-Hermeland de Bagneux est pleine, la foule déborde jusque sur le parvis où des brassées de fleurs entourent les registres de condoléances. Des centaines de personnes sont venues rendre hommage à Lola Ouzounian, 17 ans, l’une des plus jeunes victimes de la tuerie du Bataclan.
Lola Ouzounian

DR.
Des proches, des amis de Lola, ses camarades du lycée Sophie-Germain dans le IVe arrondissement de Paris, petits groupes soudés et trop émus pour s’exprimer. Et de nombreux habitants venus soutenir les Cohen, ses grands-parents maternels qui vivent à Bagneux, où la jeune fille aura passé une partie de son enfance. « C’est si triste », souffle une mère de famille venue par solidarité. Les élus locaux sont là, le sous-préfet d’Antony aussi, le maire du IVe arrondissement de Paris a fait le déplacement, et l’on aperçoit dans la foule l’acteur Gilbert Melki, les yeux rougis.
« Souvenons-nous que l’instruction, l’humanisme, la culture, sont les meilleurs outils contre la barbarie »
Des notes de violoncelle et d’orgue emplissent l’église pour un hommage émouvant en musique. Lola suivait les leçons de la pianiste de Bagneux Lucie Turbil, venue clore la cérémonie d’un Adagio de Bach. La musique, une passion partagée avec son père, le journaliste Eric Ouzounian, qu’elle accompagnait ce soir-là au concert du Bataclan. Lui a survécu à l’attentat. Quelques jours après le drame, il publiait sur les réseaux sociaux un texte déchirant pour annoncer la mort de sa fille : « Elle avait 17 ans. Souvenons-nous que l’instruction, l’humanisme, la culture, sont les meilleurs outils contre la barbarie. »
Dans l’église, des proches ont pris la parole, sa tante et son grand-père, « avec des mots pleins de dignité et de courage », sourit tristement Eleftérios Kechagioglou, le directeur du Plus Petit Cirque du Monde, venu assister à l’hommage. Lola fréquentait le cirque de Bagneux : « Elle venait quand elle avait entre 10 et 12 ans, c’était souvent son grand-père qui l’amenait », se souvient le directeur, qui a gardé de souriantes photos de la petite artiste. « Elle adorait le trapèze, c’était une petite fille qui avait toujours beaucoup d’entrain, et tellement de grâce… »
A l’issue de la cérémonie, un long cortège s’est formé. La foule a rejoint à pied le cimetière parisien de Bagneux, où Lola a été inhumée.
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"Les yeux ouverts"
- Par Thierry LEDRU
- Le 26/11/2015
Thierry Ledru
La proposition de Marguerite Yourcenar, rédigée en 1980 pour changer le monde...
«Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.
Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.
Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.
On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.
On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.
On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.
En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.
On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.
Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait.»
Marguerite Yourcenar, "Les yeux ouverts."
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Etat d'urgence
- Par Thierry LEDRU
- Le 26/11/2015
"Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux."
Benjamin Franklin
Perquisition administrative chez des maraîchers bio : « Ils s’attendaient à quoi, des légumes piégés ? »
PAR CAMILLE POLLONI
Le 24 novembre, le préfet de Dordogne a ordonné la perquisition d’une ferme du Périgord vert. À la recherche de « personnes, armes ou objets susceptibles d’être liés à des activités à caractère terroriste », les gendarmes ont fait chou blanc. Sur les 1 233 perquisitions administratives menées en France, les abus commencent à s’accumuler.
La ferme d’Elodie et Julien, à mi-chemin entre Périgueux et Angoulême, figure dans une plaquette de l’office de tourisme au chapitre « vente directe de fruits et légumes ». Il faut croire qu’on la trouve aussi dans les petits papiers du préfet de Dordogne. Mardi matin à 7 h 20, depuis sa chambre avec vue sur l’arrière de la maison, un ami hébergé par le couple entend des claquements de portières et aperçoit la lumière de lampes torches. C’est une perquisition administrative. « Quand on est descendus, les gendarmes étaient déjà dans la cuisine », raconte Elodie, 36 ans. Elle ne sait pas si l’ami « a ouvert ou s’ils sont entrés tout seuls », de toute façon« la porte était ouverte ». Devant elle et son compagnon Julien, 34 ans, s’alignent« une dizaine » de gendarmes de Nontron, Ribérac et Verteillac.
Comme les maraîchers bio demandent des explications, les forces de l’ordre invoquent l’état d’urgence et leur montrent un ordre de perquisition signé par le préfet Christophe Bay (voir ci-dessous). Selon ce papier, faisant référence aux attentats du 13 novembre et à « la gravité de la menace terroriste sur le territoire national », « il existe des raisons sérieuses de penser » que, chez eux, « peuvent se trouver des personnes, armes ou objets susceptibles d’être liés à des activités à caractère terroriste ». « Ils s’attendaient à quoi, des légumes piégés ? », plaisante Elodie après coup. Installés depuis trois ans et demi en Dordogne, Julien et sa compagne ont une fille de deux ans, vendent des légumes de saison à Biocoop et le samedi au marché.
« Le G8, les manifestations pour l’environnement, ça ne vous dit rien ? »
Pendant deux heures quarante, les gendarmes fouillent chaque pièce en regardant« dans les placards, les coffres, la bibliothèque, les recoins, les boîtes », détaille Elodie. Ils semblent « très intéressés par les petits carnets, les coupures de presse. Les livres, moins. » Et demandent quelle surface fait la ferme, s’il y a des appentis. L’un d’eux prend les choses particulièrement au sérieux. « Il nous dit : “le G8, les sommets européens, les manifestations pour l’environnement, ça ne vous dit rien ?”, et mentionne aussi la COP 21. Visiblement, la perquisition a un rapport avec nos activités militantes. »
Cette impression se confirme lorsque les gendarmes évoquent enfin « un truc tangible », une action à laquelle Elodie et Julien ont participé il y a trois ans contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : le blocage du péage autoroutier de Mussidan. « Je ne pense pas avoir fait une seule manif depuis », résume la maraîchère. « La petite a deux ans. Je ne veux pas jouer la Sainte Nitouche, mais manifestation ou pas, qu’est-ce qui justifie ça ? » Le gendarme zélé explique aux habitants de la ferme « qu’avec l’état d’urgence, tout rassemblement est interdit, et qu’organiser une manifestation est illégal ». Elodie demande : « Si vous trouvez un papier disant que j’organise une manifestation, vous m’arrêtez ? » La réponse est oui. Mais ils ne trouvent rien de tel.
Les ordinateurs de la maison sont raccordés « à un appareil qui ressemblait à un disque dur externe, apparemment pour en copier le contenu », sans même avoir besoin de demander les mots de passe. « Il y a un ordi sous Ubuntu [un logiciel libre, ndlr] , et, là, ça n’a pas marché. » « Ils ont aussi branché les téléphones portables à une machine, en expliquant que le logiciel se déclenchait en fonction de mots-clés. »Un gendarme s’autorise une petite impertinence : « Je suis pas sûr que ça marche avec le péage de Mussidan. »
« Ils nous parlent d’extrême gauche et sous-entendent qu’on est islamistes ? »
Lorsqu’ils tombent sur des autocollants de la CNT, les gendarmes demandent de quoi il s’agit. « C’est mon syndicat », répond Elodie, affiliée à la Fédération des travailleurs de la terre et de l’environnement. Pas de questions supplémentaires sur ce point. L’ami hébergé est fouillé sans insistance. Le matériel agricole ne semble pas non plus susciter leur curiosité. La conversation prend un tour plus inquiétant quand les gendarmes voient écrit « Bruxelles » dans un carnet et sur la carte d’identité de Julien, qui a travaillé en Belgique où il a encore des amis. Ils veulent savoir si le couple y va souvent. Ce signe de fébrilité agace Elodie : « On parle de quoi là ? Ils nous parlent d’extrême gauche et d’un coup sous-entendent qu’on est islamistes ? On ne sait pas ce qu’ils cherchent. » Pour seule réponse, les habitants récoltent un « voyez ça avec le préfet, nous on exécute les ordres ».
À 10 heures, après avoir fait signer un compte-rendu de perquisition reconnaissant qu’ils n’ont rien trouvé, les gendarmes repartent comme ils sont venus. Les maraîchers pensent quand même « qu’il faut que ça se sache ». Comme beaucoup de militants, ils craignent les conséquences de l’état d’urgence. « C’est vrai que notre préfet a la réputation d’être un peu rigide. Mais là on s’aperçoit que dès que la loi le permet, des individus se sentent libres de faire ce qu’ils veulent sur leur territoire. Visiblement, la brèche est ouverte. »
1 233 perquisitions, 165 interpellations, 142 gardes à vue, 230 armes saisies
La préfecture, que nous avons contactée, refuse de commenter ce cas particulier.« Nous préparons un communiqué de presse pour la fin de la semaine sur le nombre de perquisitions administratives, mais rien d’autre », nous répond-on. Lundi, un premier bilan départemental avait été rendu public : 26 perquisitions administrativesen Dordogne depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence, dans la nuit du 13 au 14 novembre. Une arme de collection, détenue illégalement, a été remise aux gendarmes et détruite. Impressionnant bilan pour la Dordogne.
Sur l’ensemble du territoire, on dénombrait mardi 1 233 perquisitions administratives, conduisant à 165 interpellations, dont 142 gardes à vue, et la saisie de 230 armes. Un certain nombre d’abus et de bizarreries sont déjà signalés : citons par exempleune fillette de 6 ans blessée à Nice, un TGV évacué pour un film d’action, un trompettiste retenu sans motif Gare du Nord, un restaurant investi par la police en plein service… Au point que les recensions de ces dérapages ont été systématisées par La Quadrature du Net et remplissent les pages des journaux.
Le ministre de l’Intérieur croit-il désormais ce qu’il lit dans la presse ? Ce mercredi, Bernard Cazeneuve a annoncé qu’il allait envoyer une circulaire à tous les préfets« pour que ces perquisitions se fassent, même si on est dans un état d’urgence, dans le respect du droit ». C’est sûr que si personne ne prévient les préfets que les droits doivent être respectés…
Camille Polloni
Photo d’illustration : CC Philippe Leroyer (manifestation lycéenne à Paris, en avril 2008)
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"LA BANDE DU SKATE PARK"
- Par Thierry LEDRU
- Le 26/11/2015
Marion GERVAIS, la réalisatrice de ce film diffusé en épisodes avait déjà réalisé "Anaïs s'en va-t-en guerre" dont j'avais parlé sur ce blog. J'avais adoré l'histoire de cette jeune fille, infiniment déterminée, lumineuse, naturelle et j'attendais avec impatience la sortie de ce nouveau film.
Bon, personnellement, je trouve ça absolument remarquable à tous points de vue. L'image, les dialogues, la justesse des ados, le fait qu'ils ne "jouent" pas un rôle mais qu'ils vivent chaque instant qui leur est proposé, l'importance de l'amitié, des rêves de vie, des projets, de la débrouillardise, les rires, l'ennui, les discussions, le skate, le skate, la passion commune, le moteur de leur jeunesse, l'insousciance et la certitude que tout est encore possible...
S'il y a un jour, une professionnelle du cinéma qui s'intéresse à mettre en film, un de mes romans, j'aimerais infiniment que ça soit Marion GERVAIS. !
En gardant le lien vers "SOMA SKATE", vous pourrez trouver la suite dans les jours à venir.
N'hésitez pas à partager car c'est ainsi que le succès du film précédent (Anaïs...) s'est construit. Hors des réseaux médiatiques officielles. Le bouche à oreille. Ou plutôt de "coeur à coeur".
Merci.
LA BANDE DU SKATEPARK
Tags : La bande du skatepark
Si vous avez déjà été ado au moins une fois dans votre vie, ou si vous avez pour projet de le devenir un jour, cette géniale série documentaire de Marion Gervais sur “la bande du skatepark” va forcément vous parler. Attention cependant, ceci n’est pas une vidéo de skateboard. C’est drôle, c’est touchant, c’est criant de vérité et je ne vous en dirais pas plus pour ne pas casser l’effet de surprise. On en reparle au prochain épisode (la semaine prochaine) avec une interview de cette Marion pour comprendre ce qui l’a motivé à suivre ces jeunes gens pendant près de deux ans :
La bande du skate park 1×01 – S'INSTALLER par IRLstories
La bande du skate park 1×02 – UN PERE EN MER par IRLstories
La bande du skate park 1×03 – LES FILLES ARRIVENT par IRLstories -
Effroyable constat...
- Par Thierry LEDRU
- Le 25/11/2015
En 2015, une femme sur cinq victime de violences physiques en Europe
Par Emmanuèle Peyret et BIG —
Les femmes victimes de leur partenaire BIG Le 25 novembre, c’est la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, organisée par les Nations unies.
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En 2015, une femme sur cinq victime de violences physiques en Europe
Pour certains, le 25 novembre, c’est la Sainte-Catherine, désuète fête des filles qui n’ont pas trouvé de mari à 25 ans. Pour d’autres, c’est la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, organisée par les Nations unies depuis une résolution de décembre 1999. Objectif : promouvoir le droit des femmes et, surtout, sensibiliser le public, l’informer de la situation des femmes, réaffirmer la nécessité d’un combat indispensable.
La preuve en chiffres : la forme la plus courante est la violence physique infligée par le partenaire intime. En moyenne, au moins une femme sur trois dans le monde est battue, victime de violence sexuelle ou autrement maltraitée au cours de sa vie.

Selon les données de la Banque mondiale, le viol et la violence conjugale représentent pour une femme âgée de 15 à 44 ans un risque plus grand que le cancer, les accidents de la route, la guerre et le paludisme réunis. Une femme sur cinq sera victime de viol ou de tentative de viol au cours de sa vie.
Les chiffres font froid dans le dos : rien qu’en France, une femme meurt tous les trois jours, dans tous les milieux, à la ville comme à la campagne, sous les coups de son conjoint. Alors, bien sûr que cette journée du 25 novembre «a une vraie utilité», martèle Elisabeth Morin-Chartier, députée européenne et présidente de l’European Union of Women (EUX) : «Il faut expliquer aux unes et aux autres, aux femmes et aux hommes, aux médecins et aux patients, aux enfants et aux adultes, aux employeurs et aux salariés, ce qu’est une violence. Informer, libérer la parole, protéger les femmes qui ont parlé, c’est primordial.»

Sinistre peloton.Une femme sur cinq en Europe a subi des violences physiques ou sexuelles, presque une sur deux des violences psychologiques, selon une enquête de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (1)menée sur 42 000 femmes et parue l’an dernier. En tête du sinistre peloton, les Pays-Bas, la Suède, la Roumanie… et la France, où une femme sur quatre dit avoir été victime de violences physiques : alors que la moyenne européenne est de 22 %, l’Hexagone affiche un score de 26 %. Il s’élève encore en Lettonie et au Danemark, qui affichent chacun 32 %, les pays du Nord de l’Europe, pourtant très en pointe en termes d’égalité homme-femme, ayant les plus mauvais chiffres. «A cause de l’alcoolisme, essentiellement, commente la députée européenne. Mais aussi parce que les femmes y sont plus sensibilisées à leurs droits fondamentaux, hésitent moins à parler que dans d’autres pays européens, se sentent plus légitimes à dénoncer les violences qu’elles ont subies.»
Il faut donc déduire que les chiffres donnés par l’enquête sont sans doute très en deçà de la réalité. Les femmes ont souvent peur de parler, parce qu’après, que va-t-il se passer ? Alors il faut informer, faire parler, soutenir.

Rappeler ce qu’est une violence, d’abord, où elle commence : «Se faire bousculer, gifler, tirer les cheveux, frapper du poing, brûler avec une cigarette, énumère Elisabeth Morin-Chartier, mais aussi subir de la dépréciation récurrente, du genre "tu es nulle, tu n’arriveras jamais à rien", des comportements abusifs, par exemple se faire confisquer ses clés de voiture ou se voir interdire de voir sa famille, être victime de chantage, ou bien de comportements dominants et de violence économique.» Il s’agit aussi de reconnaître qu’on subit des violences à des signes qui ne trompent pas, comme la dépression, les troubles du sommeil, de l’anxiété ou des crises de panique. Se rendre compte qu’on a été isolée, coupée de ses proches : c’est le chemin de croix des victimes de violence conjugale, avec bien souvent les enfants au milieu (en 2014 en France, 35 sont morts dans un contexte de violence dans le couple, et 134 femmes). Le problème en Europe, poursuit la députée, «c’est le manque d’information et d’implication à tous les niveaux, social, politique».
La crise économique frappe très fortement les femmes depuis 2008, souvent en situation de précarité, de temps partiel et d’inégalité salariale criante, et contribue à la fragilité de nombre d’entre elles : «Nous sommes à un moment de recul dans l’histoire des femmes, dont la place dans la société est étroitement liée à leur éducation et à la transformation de leur savoir dans la vie économique.»
Traité d’Istanbul.Il faut donc, répète encore Elisabeth Morin-Chartier, qu’il y ait plus d’actions nationales, et surtout, pour commencer, que tous les pays européens ratifient la convention du Conseil de l’Europe sur la violence à l’égard des femmes et les violences domestiques, signée à Istanbul en 2011 par 13 pays, qui ont donc décidé de retrousser leurs manches pour venir en aide aux victimes. Parmi eux, l’Autriche, le Danemark, la Suède, l’Italie, le Portugal et la France, qui s’est décidée en juillet 2014.
Indispensable, insiste la députée : «Les femmes ont besoin d’être aidées par la justice. Si toute l’Europe signe ce traité d’Istanbul, alors on pourra commencer à être efficace et mettre en place un système européen cohérent.» D’une façon générale, conclut Elisabeth Morin-Chartier, «c’est une question d’ordre privé qui doit absolument être portée sur la place publique».
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Un numéro à composer, celui de Violences femmes info : le 3919. Un site : Stop-violences-femmes.gouv.fr.
(1) L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, Fra.europa.eu
