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  • "Si le climat était une banque..."

    « Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé » l’étonnant discours d’Hugo Chavez à la COP15

    « Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé » l’étonnant discours d’Hugo Chavez à la COP15

    21 novembre 2015 / Catégories: ArticlesDocumentairesEnvironnementVidéos / Tags: ,Réclamations et signalements

    À l’occasion de l’ouverture de la COP21 à Paris, retour sur le discours prononcé par Hugo Chávez, ex-président de la République du Venezuela, au Sommet Climatique des Nations Unies à Copenhague (COP15) le 16 décembre 2009. Dans cette prise de parole engagée, M. Chávez fait le lien entre inégalités sociales et changements climatiques. Selon lui, le capitalisme est intrinsèquement lié à la crise environnementale et combattre l’un ne peut se faire sans combattre l’autre. 5 « COP » plus tard, son discours, qui met en garde contre les échecs répétés des grandes conférences climatiques, semble toujours d’actualité.

    Toutes les grandes conférences internationales sur le climat ont été un échec jusqu’à aujourd’hui. Lors de chaque nouvelle conférence, la panique est de plus en plus grande et des moyens plus élevés sont injectés dans des discussions dont rien ne semble aboutir. Et pour cause, les bases mêmes des rouages productivistes ne sont pas questionnés. En 2009, pour la COP15, M. Chávez prenait la parole devant les Nations Unis, à l’occasion du Sommet Climatique de Copenhague. Outre son orientation politique qui lui est propre, ainsi qu’au peuple qu’il représente (majorité chrétienne), il va tenir un discours d’une étonnante clarté sur notre incapacité à mettre en cause les rouages profonds du système qui accable l’environnement, dont la course effrénée à la croissance ininterrompue et le cercle prétendument vertueux de la production / consommation.

    Surtout, il est l’un des premiers à faire le lien publiquement entre les inégalités de richesses au niveau international et les inégalités face à la crise climatique – thèse développée dans le dernier livre de Naomi Klein : Tout peut changer – Capitalisme et changement climatique). Aujourd’hui, on constate que les plus touchés par le changement climatique sont en effet les plus pauvres. Ce sont pourtant les habitants des pays… qui ont le moins contribué au réchauffement. On notera également que M. Chávez rendit un bel hommage à Hervé Kempf, directeur du journal Reporterre, devant les représentants de l’ONU.

    En dehors de tout parti pris partisan, ce discours face à tous les chefs d’États semble sortir des normes en proposant une vision alternative de la question écologique : sortir du capitalisme débridé pour prendre collectivement des  décisions qui réguleraient le marché en faveur de la préservation de l’environnement. Faut-il faire émerger un éco-socialisme ? À chacun d’en juger.

    « L’activité humaine actuelle dépasse le seuil du développement durable et met en danger la vie sur la planète. Mais, je tiens à le souligner, nous sommes là aussi profondément inégaux. Les 500 millions de personnes les plus riches, soit 7%, sept pour cent, de la population mondiale, ces 7% sont responsables de 50% des émissions polluantes, alors que la moitié la plus pauvre de la population de la planète – la moitié, 50% – n’émet que 7% des gaz polluants. »

     

     


    Source : youtube.com

  • KUNDALINI : réflexions. (1)

    Je n'avais pas pris mon ordinateur portable pendant mon séjour en Bretagne. 

    Je n'ai donc rien écrit cette semaine. Mais beaucoup pensé et ressenti...

    Je voulais approfondir les réflexions qui me guident dans l'écriture du roman en cours. 

    Ce qui suit n'a pas été travaillé, littéralement. Ce sont juste des "balises" , brutes de décoffrage, qui me servent d'éclairage sur le chemin. 


     

     

    L’Amour est un état. Pas simplement une émotion.

    C’est en lui par contre que naissent les émotions.

    Celui qui n’éprouve que des émotions n’est pas dans l’Amour. Il lui reste encore à remonter vers la Source. Comme un saumon dans le courant.

    S’il n’y parvient pas, s’il se laisse emporter, si sa pugnacité à s’observer est trop fluctuante, il s’en ira au gré des eaux, vers la dilution dans l’Océan du chaos intérieur.

     

    L’Amour est un état constant, immuable et qui n’a pas de Temps. Il est au-delà du Présent car ce Présent est une entité temporelle qui s’est nourri du Passé et se projette vers un Futur.

    Le Présent est un espace où les émotions sont encore trop perturbantes pour l’Amour.

    L’Amour ne peut exister que dans l’Instant lui-même, un Instant qui ne se compte pas en secondes mais en vibrations. Des vibrations originelles nées de l’éternité et donc de l’absence même de Temps.

    Les émotions ne sont pas des vibrations. Elles se nourrissent de la personnalité de l’individu, une personnalité construite sur les expériences de l’existence. Chaque émotion est un ancrage et l’individu y consolide son ego. En mal comme en bien, au gré des tristesses et des bonheurs.  

    Si je vis essentiellement dans les émotions et que je me réjouis des bonheurs, il est inévitable que j’aie à supporter les détresses. Comme une expiration après l’inspiration, la nuit après le jour, l’hiver après l’été, le repos après l’effort… Toute notre existence défile au gré des alternances. Il n’y a aucun regret à avoir, aucun reproche à faire, aucun déni à soutenir. C’est tout simplement la réalité de l’existence dans le champ des émotions.  

     

    Les émotions sont des échos de notre Passé.

    Il suffit qu’elles aient été douloureuses pour que la peur s’installe à chaque expérience similaire.

    La peur est une émotion et la crispation, la sueur, les tremblements, la bouche sèche, le déraisonnement, ce sont des effets.

    Il suffit qu’elles aient été bienheureuses pour que la confiance l’emporte. La précision des gestes et la lucidité sont des effets.    

    Le Présent sera immanquablement troublé par ces échos durables.

    Seul l’Amour est libre d’émotions.

    Si je prends le cas du désir, il s’agit d’une émotion et l’excitation physique est son effet.

    Mais si ces phénomènes ne sont pas issus d’un Amour intégral, de la plénitude et de l’absence du Temps, il ne s’agit que d’un conglomérat d’émotions et de leurs effets.

    Ce désir peut être nourri de fantasmes, ce qui revient à inclure de nouveau le Temps dans l’espace intime et par là même repousser les vibrations de l’Amour. Les fantasmes sont des constructions mentalisées qui ne peuvent vibrer. Elles sont inertes et ne restent en vie qu’à travers l’emprise qu’elles exercent sur l’excitation. Il suffit d’ailleurs que cette excitation s’étiole pour que l’individu s’abandonne à de nouveaux fantasmes.

    Viendra un temps où plus aucune construction mentalisée ne parviendra à maintenir l’excitation.

    Au fil du temps, l’usure est une peine inéluctable. C’est comme une condamnation qui se construit jour après jour, avec un délabrement de plus en plus grand.

    L'excitation éveillée par le désir génère elle-même d'autres émotions...C'est un système qui tourne en boucle, dans l'horizontalité, car aucun éveil spirituel n'est en cours. Il n'y a pas d'ascension verticale dans le protocole de "l'émotion-effet" mais inévitablement un phénomène d'usure, un engrenage infernal qui consiste à renouveler constamment le catalogue émotionnel et ses effets.

    Jusqu'à l'épuisement du mental et l'affadissement corporel, l'étiolement de l'union intime.

     

    Il n’y a pas d’Amour qui ne soit qu’émotions. Il n’y a pas d’Amour qui ne soit qu’excitation.

    Les émotions et leurs effets sont périssables.

    L’Amour, lui, est éternel. C’est une vibration qui n’a pas d’âge, qui n’en aura jamais. L’Amour est.

    Et son absence ne peut être comblée. Aucun expédient n’y parviendra jamais.

     

    Dans l’acte physique d’aimer, même l’émotion, même l’excitation sont des entraves.

    Il s’agit d’entrer dans le champ vibratoire, de remonter à la Source.

    Non pas deux corps qui s’étreignent et se caressent, non pas le protocole des « préliminaires-coït-orgasme » mais une fusion énergétique qui n’a pas d’autre intention que d’éprouver corporellement, au plus profond des cellules, le flux vibratoire, créateur de la Vie.

    Il ne s’agit pas de jouir, chacun, individuellement et si possible simultanément mais de se réjouir à chaque instant de l’orgasme énergétique qui ruisselle dans chaque cellule. Ne rien vouloir, ne rien espérer, ne rien craindre, ne rien attendre, ne rien regretter. Et si possible même, n’être plus là par la pensée, n’être plus là émotionnellement, ne subir aucun ancrage, aucune retenue éducative, aucun manque archaïque, aucun trouble ancien, fermer la porte du Temps et entrer dans l’Instant.

    Se "ré-jouir", c'est entrer dans une jouissance sans cesse maintenue, non pas un orgasme génital éphémère mais un embrasement intégral qui dure bien au-delà des spasmes, se "ré-jouir", c'est entrer en résonnance avec cette vibration originelle qui est la vie en nous. Il ne s'agit donc pas de courir vers l'orgasme mais d'en retarder l'échéance, de le sublimer à chaque instant, de le suspendre, de l'observer, de l'accompagner mais d'en rester le Maître.

    C'est laisser la Vie jouir d'elle-même à travers nous, aussi longtemps qu'elle le souhaite.

    Deux corps enchâssés, deux âmes aimantées, deux auras enlacées. Dans l'écrin de l'Amour. 

    Rien d’autre. Puisque Tout est là.

    Cette étreinte corporelle deviendra peu à peu un orgasme énergétique constant, une vibration ininterrompue, l'expérience de l'orgasme intérieur, spirituel, comme si l'Amour ne pouvait plus se taire, ne pouvait plus être recouvert.

    Se "ré-jouir" encore et encore d'un regard, d'une parole, d'une pensée. Être dans l'orgasme de la Vie. 

     

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  • Ahmad Shah Massoud.

    Photo de Bertrand VITU.

     

    Cet homme lâchement assassiné a parcouru toutes les grandes capitales du monde, s'est rendu au Parlement Européen pour dénoncer l'islamisme de la terreur...
    Ces paroles du Commandant Massoud gardent toute leur actualité. C'était pourtant il y a 17 ans ! Il était alors le seul à affronter Al Qaida et les Talibans... pendant que les grandes puissances armaient ou soutenaient Ben Laden et ses amis au Pakistan ou ailleurs... Il entreprit alors de faire le tour des capitales mondiales pour appeler à l'aide. Mais il n'eut le soutien que de quelques ONG... C'était un grand Monsieur, qui se battait pour son peuple tout en ayant conscience qu'il se battait pour la démocratie dans le monde. Il était musulman et il défendait les droits de l'homme et les droits des femmes. Il a été assassiné le 9 septembre 2001, deux jours avant le drame du 11 septembre...

    "Aujourd'hui, le monde voit et perçoit clairement les résultats de méfaits aussi inconsidérés. Le monde est plongée dans les troubles, et des pays sont au bord de la guerre. La production illégale de la drogue, les activités et les organisations terroristes y sont en hausse. Des massacres de masses à motivation ethnique ou religieuse, des déplacements forcés de populations ont lieu, et les droits de l'homme et de la femme les plus élémentaires sont violés sans vergogne. Les pays d'asie centrale ont été graduellement occupé par des fanatiques, des extrémistes, des terroristes, des mercenaires, des mafias de la drogue, et des assassins professionnel...Nous considérons comme de notre devoir de défendre l'humanité contre le fléau de l'intolérance, de la violence et du fanatisme. Mais la communauté internationale et les démocraties du monde ne devraient pas perdre un temps qui est précieux, et devraient jouer leur rôle critique pour aider de toutes les manières possibles(...) à venir à bout des obstacles qui existent sur le chemin de la liberté, de la paix, de la stabilité et de la prospérité."
    AHMAD SHAH MASSOUD
    8 OCTOBRE 1998

     
    L'assassinat du Commandant Massoud par deux journalistes a été planifié et préparé depuis de longs mois, et dans de nombreux pays. La mort du Lion du Panchir devait permettre aux Talibans de prendre le contrôle de l'intégralité de l'Afghanistan, soutenus par leurs alliés pakistanais et par les forces de Ben Laden. Un plan maléfique qui a failli fonctionner...
    Ce film nous éclaire sur les circonstances de la mort du chef charismatique de la résistance afghane. Deux ans d’enquête en Europe, en Afghanistan et aux Etats-Unis, pour recueillir des images exceptionnelles et retrouver des témoins-clé du dossier.
    D’Afghanistan en Tunisie, de France en Belgique, d’Angleterre au Pakistan, le film suit la dérive de ces jeunes étudiants qui sombreront dans le fondamentalisme et finiront par accomplir leur macabre mission suicide : assassiner le Commandant Massoud. Derrière ces deux hommes-marionnettes, le grand manitou s’appelle Al-Qaïda. Car cet assassinat n’a rien d’une coïncidence. Il est lié aux attentats américains. Il en est même le prélude.
     

    Ancien ministre, baroudeur et écrivain, Jean-François Deniau a bien connu le Lion du Panchir. Il l'a retrouvé dans l'ouvrage que nos collaborateurs Marc Epstein et Jean-Marie Pontaut consacrent à son assassinat

    Les règles d'un bon scénario ne changent pas: un décor, un personnage, une histoire. Aucun de ces éléments fondamentaux ne manque dans l'aventure du commandant Massoud, y compris sa fin dramatique. Le livre de Marc Epstein et Jean-Marie Pontaut est un témoignage qui se lit comme un roman. Il raconte d'abord la fin. La scène se passe dans une petite pièce d'une bourgade poussiéreuse, non loin de la frontière de l'ex-URSS. Massoud reçoit un ami, Khalili, qui lui lit des poèmes persans. La nuit est tombée. L'ami voudrait dormir. Mais Massoud, sous son air si discret et ses paupières à demi-voilées, est un sentimental, un passionné. Encore... Encore des poèmes. Personne ne le sait, mais c'est sa dernière nuit. Sauf, bien sûr, les deux faux journalistes qui sont venus le tuer. 

    Ce paysage du Nord est plutôt triste. L'arrivée s'y fait par l'ex-URSS en hélicoptère russe. C'est la voie des Parisiens qui veulent se faire prendre en photo avec Massoud. Rien de commun avec les sites grandioses du Panchir, de l'Hindu Kuch, du Nouristan, où Kipling avait placé la plus belle de ses aventures, L'Homme qui voulut être roi, et où nous avait accueillis un commandant roux aux yeux verts, descendant d'un des soldats macédoniens d'Alexandre le Grand. Les sommets brillent à 7 000 mètres dans le ciel bleu. Nous en avions franchi les cols une nuit de décembre gelée, déguisés en Afghans. Après avoir longuement attendu dans un gourbi de la zone tribale qu'il fasse assez mauvais pour que la neige qui tombe efface nos traces. Les armes lourdes tonnaient en notre honneur. Les noms des grands commandants, dont celui de Massoud, résonnaient dans les vallées profondes. 

    En septembre 2001, tout a changé. Massoud est isolé, acculé à la frontière, avec autour de lui plus d'adversaires que d'amis. 

    Militairement, la situation n'est pas bonne. Politiquement non plus. Le voyage de Massoud en Europe, en avril, où il a été invité courageusement par la présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, ne lui a presque rien rapporté, sinon des articles. Mais, en Afghanistan, les clans sont furieux. Tous, et pas seulement les intégristes d'Al-Qaeda. 

    Une valise qui ne sera jamais fouillée

    La première question que posent Epstein et Pontaut est: comment? Réponse abracadabrantesque et vraie. Les témoignages sont précis. Les deux assassins qui vont le tuer sont des faux journalistes dont l'incompétence frappe tous les observateurs, notamment les reporters français ou étrangers qui étaient dans le même circuit. Ils trimbalent une caméra vidéo dont ils ne savent pas se servir et une grosse valise qui ne sera jamais fouillée, même quand ils approchent Massoud à le toucher. Ils représentent une «agence» arabe de Londres qui n'existe pas. Aucune vérification ne sera faite. Au lieu de passer, comme tous les visiteurs, par le Tadjikistan ex-soviétique, si proche, ils viennent du Pakistan, et de Kaboul, même! Ils auraient une recommandation de Sayaf, personnalité du premier cercle de l'entourage de Massoud. Le sauf-conduit pour franchir la ligne de feu leur est donné par un autre dignitaire, le général ex-communiste Bismillah Khan, qui leur prête une voiture. L'ingénieur chargé de la sécurité de Massoud ne dit rien, ne vérifie rien. Alors que Massoud était connu pour son souci, bien justifié, de la sécurité: déplacements fréquents de rendez-vous, changements d'horaires répétés, changements de lieux continuels. 

    Alors? Irresponsabilité générale et quasi-décomposition du Front uni? Ou complot, avec félonie au plus haut niveau? Epstein et Pontaut ne croient pas au complot. Les exécutants sont des membres d'Al-Qaeda, cela est indiscutable. Pour le reste, on a le droit de s'interroger sur un assassinat aussi terrible, exécuté par deux nuls (l'un d'eux s'échappera, mais sera abattu par un garde dont on n'a pas retrouvé la trace). 

    Se pose la deuxième question: pourquoi avoir tué Massoud? Il est vrai que sa visite en Occident a exaspéré tous les clans. Mais il ne faut pas tomber dans l'erreur grossière du portrait souvent présenté en France d'un Massoud comme une sorte de saint laïque. Massoud est musulman, et un musulman très pieux. Sa tolérance naturelle, son charme immense, son courage le mettent quand même à part des autres. Al-Qaeda ne l'a pas assassiné pour des motifs religieux. En revanche, comme le souligne le livre, le lien avec les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis est net. Les taliban, et surtout leurs tuteurs d'Al-Qaeda, ont calculé qu'il y aurait une riposte américaine sur les bases du terrorisme en Afghanistan. Il fallait démanteler le Front uni pour ne pas offrir une plate-forme sûre aux interventions militaires américaines. Cela montre une programmation assez stupéfiante. En plus, Massoud était un symbole. Sans grande force à cette date, mais un très grand symbole. Le cerveau, individuel ou collectif, qui dirige Al-Qaeda avait choisi les tours de New York parce qu'elles étaient aussi un symbole. 

    Massoud a trop d'ennemis et trop peu d'amis. Ni les Américains ni les services pakistanais ne l'ont jamais soutenu. J'ai dû me battre à Washington, à Islamabad, à Peshawar pour qu'il reçoive un minimum d'aide. Les Etats-Unis ont même soutenu les plus extrémistes de ses rivaux, ce qui devrait au moins tempérer M. Bush dans ses leçons de morale. 

    Au cours de l'été, donc avant les attentats de New York, une mission est venue voir Massoud à Douchanbe, au Tadjikistan. Conduite par Abdul Haq, avec deux Américains qui semblaient «proches des services». Pour lui poser la question: seriez-vous d'accord avec le retour du roi? Les Américains préparaient alors une solution d' «union nationale». Massoud avait fait la même réponse il y a douze ans: «A la rigueur, je peux m'y rallier personnellement, mais mes hommes ne l'accepteront jamais.» 

    Un point d'intransigeance de Massoud n'a pas été assez souligné. Le commandant était avec clairvoyance et détermination partisan de l'unité nationale. Et très seul dans ce camp. Il était pour une république islamique, il l'a dit et répété. Mais pas pour le dépeçage du pays. Or, le problème principal de l'Afghanistan est celui des rivalités des voisins. Quatre empires bornent ses frontières, aussi fragiles qu'imprécises. A l'ouest, l'empire perse, qui s'appelle maintenant Iran. Au nord, l'empire russe. A l'est, l'empire des Indes, avec le Pakistan frontalier. Et, quatrième empire, la Chine, qu'on oublie trop. Les quatre empires n'ont cessé d'envahir l'Afghanistan ou d'être envahis par les Afghans. Avec Ben Laden apparaît un «cinquième empire», le terrorisme. 

    Le livre d'Epstein et Pontaut raconte comment on devient terroriste. La part du hasard. Le rôle de Londres, plaque tournante. La rencontre d'un «frère» qui vous propose de sortir de votre solitude et de donner un sens à votre vie. La femme qui suit et parfois entraîne. Deuxième partie du livre, fascinante: la valse des faux papiers et passeports qui s'échangent trois ou quatre fois. Les clubs de jeunes, les entraînements progressifs, la volonté de sortir de la grisaille des jours. La foi nouvelle. Les hasards, aussi, de l'enquête (l'épisode de l'ordinateur acheté d'occasion dans un souk!). Comme nous sommes mal armés contre ce terrorisme-là... Il combine un cerveau à la tête, des conseillers techniques de premier ordre et un vaste et obscur réseau dormant. Tous les apprentis pilotes, qui aux Etats-Unis apprenaient à décoller et pas à atterrir sans inquiéter aucune autorité, sont décrits par leurs voisins comme de braves gens. En France, en Allemagne, en Belgique, ce sont des étudiants modèles. Et qui se méfierait d'un mollah ayant l'accent de Marseille? Une guerre longue, voilà ce qui nous attend. Et le juge Bruguière n'est pas près de manquer de pain sur la planche. 

    Les Américains, par leur supériorité technique écrasante, ont gagné la première phase pratiquement sans combat. Mais, afin de ne pas trop risquer la vie des boys, ils ont pris une option doublement périlleuse: accepter, de fait, le retour des seigneurs de la guerre, payés et armés au nombre de combattants fournis. Et laisser faire, en pratique, le dépeçage du pays: à l'Iran, l'ouest, à la Russie, le nord, au Pakistan, l'est. Elément non de stabilité mais de conflit. Il ne faut jamais oublier que les succès initiaux des taliban étaient dus à la paix civile qu'ils apportaient et au maintien de l'unité nationale. 

    La France devrait s'appuyer sur l'immense prestige et la profonde amitié nés de l'action des French doctors et autres volontaires humanitaires qui furent en première ligne. Pas contribuer à la guerre. Mais cela n'est pas l'objet du livre de Marc Epstein et Jean-Marie Pontaut, qui est déjà assez riche d'enseignements. 

  • Le rire, pour finir...

    Il arrive un moment où le rire devient nécessaire, indispensable...Comme une bouffée d'air pur.

     

     
     
     

  • Daesh et les Saoudiens.

    Les Saoudiens contre la Russie, l’Iran et les États-unis

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    L’Arabie saoudite a déclenché une guerre économique contre certains producteurs de pétrole. Derrière cette stratégie se cache le véritable objectif de la maison des Saoud. Mais est-ce que cela va fonctionner ?

    Le vice-président de Rosneft, Mikhail Leontyev, a déclaré ceci : « Les prix peuvent être manipulés (…). L’Arabie saoudite a commencé à accorder de grosses réductions sur le pétrole. C’est de la manipulation politique et l’Arabie saoudite se fait manipuler, ce qui pourrait finir mal. »

    Une correction s’impose. Les Saoudiens ne se font pas manipuler. La maison des Saoud lance en fait des missiles Tomahawks du baratin, en répétant qu’elle est à l’aise avec le pétrole à 90 $ le baril, avec le pétrole à 80 $ le baril pour les deux prochaines années, et même avec un prix du baril oscillant entre 50 $ et 60 $ pour ses clients asiatiques et nord-américains.

    La réalité, c’est que le prix du brut Brent est déjà en deçà de 90 $ le baril parce que l’économie de la Chine et de l’ensemble de l’Asie a commencé à ralentir, quoiqu’à un degré moindre qu’en Occident. La production est toutefois demeurée élevée, surtout en Arabie saoudite et au Koweït, et ce, malgré la très faible quantité de pétrole libyen et syrien sur le marché, et le fait que l’Iran a été contraint de réduire ses exportations d’un million de barils par jour en raison de la guerre économique que lui livrent les États-Unis à coup de sanctions.

    La maison des Saoud emploie une stratégie de fixation des prix de prédateur, qui se résume à réduire la part de marché de ses concurrents à moyen et à long terme. En théorie, cela pourrait empoisonner la vie de bien des joueurs, tant aux USA (où le développement des énergies, la fracturation hydraulique et le forage en eau profonde deviendront non rentables) que parmi les producteurs de brut lourd et corrosif, comme l’Iran et le Venezuela. Il ne fait cependant aucun doute que c’est la Russie qui est dans la mire.

    Il est bien tentant de voir dans cette stratégie qui nuit simultanément à l’Iran, à l’Irak, au Venezuela, à l’Équateur et à la Russie, un jeu de pouvoir de l’Empire du Chaos, issu d’une entente conclue entre Washington et Riyad. D’une part, le bombardement de l’EIIS/EIIL/Da’ech du calife Ibrahim se veut le prélude au bombardement des forces Bachar al-Assad. En échange, les Saoudiens compriment le prix du pétrole pour faire mal aux ennemis de l’Empire du Chaos.

    En réalité, c’est beaucoup plus compliqué que cela.

    Rancœur contre Washington

    Le budget de 2015 de la Russie est établi en fonction d’un prix du pétrole s’élevant à au moins 100 $ le baril. Les emprunts du Kremlin auprès des habituels investisseurs étrangers en 2015 ne dépassent toutefois pas 7 milliards de dollars, auxquels s’ajoutent 27,2 milliards de dollars empruntés à l’intérieur du pays. Pas de quoi susciter un tremblement de terre économique.

    De plus, le rouble a déjà perdu plus de 14 % de sa valeur par rapport au dollar US. Soit dit en passant, les devises des principaux pays du BRICS ont aussi fléchi : de 7,8 % dans le cas du réal brésilien, de 1,6 % dans le cas de la roupie indienne. La Russie n’est pas non plus fauchée, comme c’était le cas durant l’ère Eltsine. Ses réserves de devises étrangères totalisent plus de 455 milliards de dollars.

    L’objectif de la maison des Saoud, qui est d’essayer de se substituer à la Russie comme principal fournisseur de pétrole de l’Union européenne, n’est rien d’autre qu’une chimère. Pour y arriver, il faudrait que les raffineries de l’Union européenne soient réaménagées de façon à pouvoir traiter le brut léger saoudien, ce qui coûte une fortune.

    Sur le plan géopolitique, les choses sont plus juteuses, car au cœur de la stratégie de la maison des Saoud, il y a cette rancœur contre Washington, qui n’a pas rempli sa promesse qu’Assad doit partir et qui n’a pas assouvi l’obsession néoconservatrice de bombarder l’Iran. Pire encore (pour les Saoudiens), Washington semble pour le moment plus déterminé à faire tomber le calife Ibrahim que Bachar al-Assad, et s’apprête aussi à signer un accord sur le nucléaire avec Téhéran le 24 novembre, dans le cadre des négociations avec les pays du P5+1.

    Sur le front énergétique, le pire cauchemar de la maison des Saoud serait que l’Iran et l’Irak soient bientôt en mesure de lui ravir sa place de principal producteur d’appoint dans le monde. D’où la volonté des Saoudiens de priver ces deux pays du revenu pétrolier tant désiré. La tactique pourrait fonctionner, car elle donne encore plus de mordant aux sanctions imposées contre Téhéran. Sauf que, pour compenser, Téhéran peut toujours vendre plus d’hydrocarbure à l’Asie.

    Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une Arabie saoudite aux abois croit qu’en vendant son pétrole sous le prix moyen au comptant, elle pourrait forcer Moscou à abandonner son soutien à Damas et amener Washington à ne pas conclure d’accord avec Téhéran. On y décèle une manœuvre désespérée. On pourrait même y voir un louvoiement ou carrément un sabotage à l’endroit de la coalition des poltrons insignifiants dans sa campagne contre les brutes du calife.

    Pour ajouter à la morosité, l’Union européenne devrait arriver tant bien que mal à passer l’hiver, même en connaissant quelques problèmes d’approvisionnement en gaz avec la Russie, à cause de l’Ukraine, sauf que le pétrole à rabais des Saoudiens ne l’empêchera pas de sombrer dans la quatrième récession en six ans, qui l’attend au tournant.

    Prends le chemin de l’Est, jeune Russe

    Pendant ce temps, la Russie se tourne lentement mais sûrement vers l’est. Le Vice-Premier ministre de la Chine, Wang Yang, le résume clairement : « La Chine est prête à exporter à la Russie des produits concurrentiels, comme des biens agricoles et de l’équipement pétrolier et gazier, tout en étant prête à importer des produits de l’ingénierie russe ». En ajoutant à cela la hausse des importations d’aliments en provenance d’Amérique latine, on pourrait difficilement conclure que Moscou est sur la corde raide.

    À la tête d’ne délégation importante, le Premier ministre Li Keqiang vient de signer à Moscou une série d’accords de coopération touchant une foule de secteurs, comme l’énergie, les finances, la navigation par satellite et la liaison ferroviaire à grande vitesse. Pour la Chine, qui, en 2011, a dépassé l’Allemagne comme premier partenaire commercial de la Russie, les deux parties en ressortent gagnantes .

    Pour leur part, les banques centrales chinoise et russe viennent de signer un accord d’échange bilatéral de leurs devises nationales s’élevant à 150 milliards de yuans, d’une durée de trois ans. Cet accord est également extensible. La City de Londres rouspète, mais c’est ce qu’elle fait tout le temps.

    L’élément crucial de ce nouvel accord, c’est qu’il fait abstraction du dollar US. Pas étonnant qu’il soit devenu un élément clé de la guerre économique par procuration que se livrent les USA et l’Asie, où tous les coups sont permis. Pour Moscou, c’est un baume contre bien des effets secondaires de la stratégie saoudienne.

    Le partenariat stratégique Russie-Chine continue sur sa lancée depuis la conclusion, en mai, du contrat gazier du siècle de 400 milliards de dollars échelonné sur trente ans (qui fera époque, dixit Poutine). Les répercussions économiques ne devraient pas s’arrêter là.

    Il y aura forcément une harmonisation entre les nouvelles routes de la soie planifiées par la Chine et un nouveau chemin de fer transsibérien retapé. Lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS) à Douchambé, le président Poutine a souligné « l’immense potentiel » qu’offre la mise en œuvre d’un « réseau de transport commun à l’OCS » reliant « le chemin de fer transsibérien et la Magistrale Baïkal-Amour » aux routes de la soie chinoises, qui serait « à l’avantage de tous les pays de l’Eurasie ».

    Moscou lève progressivement les restrictions et offre maintenant à Pékin une profusion de possibilités d’investissement. Ce qui fait que peu à peu, son accès aux matières premières russes tant convoitées est facilité et il en profite pour se procurer de la technologie de pointe et des armes perfectionnées.

    Pékin recevra des systèmes de missiles S-400 et des chasseurs SU-35 dès le premier trimestre de 2015. Un peu plus loin dans l’avenir, le tout nouveau sous-marin russe Amour 1650 fera son apparition, tout comme des composantes de satellites à propulsion nucléaire.

    Une route pavée de yuans

    Les présidents Poutine et Xi, qui se sont rencontrés déjà à neuf reprises depuis que Xi a pris le pouvoir l’an dernier, flanquent sérieusement la trouille à l’Empire du Chaos. Il y a de quoi, car la priorité numéro un qu’ils partagent, c’est de miner l’hégémonie du dollar US, plus particulièrement du pétrodollar, dans le système financier mondial.

    Le yuan se négocie à la Bourse de Moscou, qui est la première bourse à l’extérieur de la Chine à négocier cette devise sur un marché réglementé. La valeur des transactions ne s’élève encore qu’à 1,1 milliard de dollars (en septembre). Les importateurs russes paient 8 % de leurs achats de biens chinois en yuans plutôt qu’en dollars, mais la croissance est rapide. L’on s’attend d’ailleurs à une croissance exponentielle lorsque Moscou se décidera enfin à accepter le yuan en vertu du contrat gazier du siècle de 400 milliards de dollars avec Gazprom.

    Ainsi va le monde multipolaire. La maison des Saoud dégaine l’arme du pétrodollar ? On réplique avec une augmentation des transactions commerciales dans d’autres devises. Moscou envoie aussi un message à l’Union européenne, dont les échanges commerciaux avec la Russie ont beaucoup diminué à la suite de l’imposition de sanctions contreproductives qui l’entraînent plus rapidement dans une nouvelle récession. La guerre économique, elle se joue à deux.

    La maison des Saoud croit qu’elle peut faire déferler des trombes de pétrole sur le marché avec un déferlement de baratin, pour créer l’illusion que les Saoudiens contrôlent les prix du pétrole. Ce n’est pas le cas. Cette stratégie est vouée à l’échec et Pékin montre la porte de sortie. Transiger dans d’autres devises stabilise les prix. Les seuls perdants, en fin de compte, sont ceux qui s’obstineront à négocier en dollars US.

    Voir aussi, sur E&R :

  • Vente d'armes.

    Pétrole et vente d'armes. Les raisons du chaos. 

     

    Ventes d'armes : 2015, une année record pour la France

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    Ventes d'armes : 2015, une année record pour la France

    © MIGUEL MEDINA / AFP
    Europe1

    Par Alexandre Kara et L.H.

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    A ce jour, la France est le deuxième exportateur mondial d'armement en 2015.

    Il y a au moins un domaine dans lequel l’économie française réalise des performances exceptionnelles : les ventes d'armes. En effet, jamais la France n'en a vendu autant que cette année. Si l’on bloque les compteurs aujourd'hui, l'Hexagone est même devenu le deuxième exportateur mondial d’armement, derrière les Etats-Unis mais devant la Russie. A deux mois de la fin de l’année, le total des ventes d’armes tricolores en 2015 avoisine déjà les 16 à 17 milliards d’euros. A noter aussi : pour la première fois, la France exporte plus de matériel militaire qu'elle n'en achète pour ses besoins.

    Des performances qui ont des retombées positives pour l'économie française. Ces ventes record génèrent en effet de l'emploi : près de 60.000 postes en l’espace de trois ans, non délocalisables dans leur grande majorité.

    Quand le Rafale fait décoller les ventes. La principale raison de cette envolée des exportations françaises, c'est le Rafale. Cette année, sous la houlette du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, la France a conclu des contrats pour 24 appareils à l'Egypte24 autres au Qatar et 36 à l'Inde.

    Dassault devrait engranger dans les mois qui viennent un nouveau méga-contrat : les Emirats arabes unis sont en effet en négociations pour l’achat d’une soixantaine d’appareils. Cette vente pourrait rapporter la bagatelle de 12 milliards d’euros. Des discussions sont aussi en cours avec la Malaisie. Bref, l'année 2015 a été bonne pour les ventes d'armes françaises, mais 2016 s'annonce aussi sous les meilleurs auspices.

  • Daesh et l'OTAN...

    Daesh, la nouvelle armée secrète de l’OTAN ?


    Kendal Manis

     

    24 septembre 2015

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    Quelles relations entretiennent les Etats-Unis avec Daesh ? Un rappel historique des méthodes ambiguës de l'OTAN et la mise en perspective de la guerre contre le terrorisme soulèvent bon nombre de questions. Sans verser dans la théorie du complot simpliste, cet article nous rappelle que les grandes puissances n'ont pas de principes, seulement des intérêts. A compléter par l'analyse des causes profondes qui, tant en Occident qu'au Moyen-Orient, ont rendu possible l'accomplissement de cette stratégie du chaos. (IGA)

     

     

    À l’aube du XXIème siècle, les attentats du 11 septembre à New York commis par le mouvement Al-Qaïda ont marqué un tournant historique irréversible bouleversant profondément les relations internationales. Plus récemment, les attentats qui ont frappé la France les 7 et 9 janvier 2015 ont remis à jour une des questions politiques les plus épineuses à laquelle sont confrontées les État-nations et les populations civiles qui en sont les premières victimes : le terrorisme islamiste, officiellement ennemi numéro un de l’Occident après la chute du bloc soviétique. 

    Depuis 2001, des organisations similaires ou proches d’Al-Qaïda ont éclos partout à travers le monde, mettant des régions entières à feu et à sang. D’Afrique—Al-Qaïda au Maghreb islamique, Boko Haram, Al-Shabab—jusqu’au Moyen-Orient—l’Etat Islamique en Irak et au Levant, Al-Nousra—, les forces militaires, les techniques de propagande, les réseaux de recrutement ainsi que les ressources financières de ces mouvements transnationaux affichent une progression inexorable contre laquelle les États sembleraient avoir du mal à résister. 

    Depuis les attentats du World Trade Center, le « monde libre » serait face à une menace d’envergure diffuse et imprévisible. Le président américain Bush parlait d’un « axe du mal » (1) contre lequel il fallait à tout prix lutter, tandis que la théorie du choc des civilisations (2) était érigée en grille de lecture légitime des relations internationales par les dirigeants politiques et les médias. Nous serions dans une guerre opposant la civilisation, incarnée par l’Occident, à la barbarie et l’obscurantisme de l’Orient musulman. Cette vision du monde réductrice marquée par un orientalisme contemporain (3) permet l’éclosion de représentations schématiques qui influencent bon nombre d’individus. 

    L’inconscient collectif est marqué par l’idée d’une incompatibilité quasi naturelle entre l’Islam et l’Occident et de la crainte d’une menace terroriste de « barbus » qui veulent imposer partout la charia. En témoigne la progression des partis d’extrême-droite islamophobes en Europe. 

    Quelles sont les raisons de la montée en puissance fulgurante de ces organisations qui ont comme mode d’action la violence politique ? À l’heure où le terrorisme est une préoccupation mondiale, comprendre les mouvements armées islamistes suppose une analyse de leur genèse, c’est-à-dire une étude des premières organisations de ce type dans l’histoire moderne afin de découvrir les conditions de leur apparition, leur soutien et leur objectif. 

    Le secret politico-militaire le mieux gardé du XXème siècle a été révélé pour la première fois en 1990 lorsque le premier ministre italien dévoila l’existence d’une unité paramilitaire secrète liée à l’OTAN, nommée « Gladio ». Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Washington et Londres ont formé par le biais de leur services secrets un ensemble d’armées non conventionnelles et souterraines destinées à lutter contre les forces politiques de gauche. L’ancien général nazi Reinhard Gehlen a été chargé de mettre sur pied un réseau composé d’éléments d’extrême-droite dans le but de combattre par les moyens illégaux l’avancée idéologique et potentiellement militaire des Soviétiques. Il est l’instigateur des cellules terroristes secrètes Stay-Behind (4). Exerçant dans chacun des seize pays de l’OTAN ainsi que dans quatre pays neutres (Suède, Finlande, Autriche, Suisse), ces armées anticommunistes, qui agissaient à l’insu des parlements et des populations civiles, recrutaient entre autres leurs membres parmi les collaborateurs de Vichy et les monarchistes en France, les fascistes et les mafieux en Italie, les nazis en Allemagne (5) , ainsi que les ultra-nationalistes et islamistes en Turquie. 

    Toute doctrine et idéologie pouvant détourner les peuples de la lutte des classes et les nations des velléités souverainistes étaient soutenues et promues. Parmi elles, le nationalisme agressif (6) en Europe de l’Ouest ainsi que le fondamentalisme religieux au Moyen-Orient étaient des armes redoutables. 

    Durant la guerre froide, l’islamisme a été érigé par la Maison Blanche en alternative à la gauche et au nationalisme arabe qui revêtait un caractère socialiste et souverainiste (7) . Le terrorisme islamiste a été promu par les États-Unis en Turquie en 1978 lors du massacre anti-communiste de Maras, et à plus grande échelle deux ans plus tard en Afghanistan dans la guerre contre l’Union Soviétique. Avec le fiasco au Vietnam, l’occupation au sol d’un pays étranger était devenue trop impopulaire pour la Maison-Blanche qui a alors changé de stratégie. Plutôt que d’envoyer leurs propres soldats et voir leur image s’écorner au niveau national et international, jouer subtilement la carte de l’ingérence en s’appuyant sur des entités locales par le biais d’opérations spéciales clandestines se révélait être une option privilégiée pour les dirigeants américains. Ainsi, le premier mouvement djihadiste moderne transnational a vu le jour sous l’impulsion des Etats-Unis, par le biais de leurs alliés comme l’Arabie saoudite (8) , dictature intégriste à leur solde, qui mobilisa via ses réseaux de mosquées plus de 35 000 moudjahidines venus des quatre coins du monde, et particulièrement d’Europe. À leur tête un certain Ben Laden, proche collaborateur de la CIA. Ceci n’est plus un secret pour personne diront certains, à juste titre, sachant qu’Hillary Clinton reconnaît elle même que ce sont les USA qui ont créé Al-Qaïda (9). 

    Sous la houlette de l’OTAN, au mépris des droits de l’Homme et de la démocratie, des organisations armées secrètes ont été formées, mais qu’est-ce qui nous prouve qu’il n’en existe plus aujourd’hui ? Quant est-il de Daesh ? Pour savoir qui est derrière cette organisation, il suffit de voir les intérêts de qui elle sert et qui la soutient. 

    L’Iran, qui est le plus grand ennemi du couple Israël-Arabie saoudite au Moyen-Orient, voit ses deux principaux alliés de la région, à savoir l’Irak et la Syrie, se faire littéralement envahir par l’organisation djihadiste. Daesh combat tous les ennemis de l’Occident : le gouvernement syrien, le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien (10) , ainsi que la branche syrienne du PKK (YPG-YPJ), grand ennemi de la Turquie. 

    Il faut également avoir à l’esprit que les parrains du terrorisme islamiste - l’Arabie saoudite et le Qatar - sont de fidèles alliés de l’Occident. Au regard du rapport des pouvoirs, les États-Unis, première puissance économique (11) et militaire au monde, ont incontestablement les moyens de faire pression sur ces nations-amies afin qu’elles arrêtent de financer le terrorisme. Mais force est de constater qu’aucune politique concrète de fond n’est menée dans ce sens. 

    La Turquie, qui est membre de l’OTAN et qui par conséquent ne peut conduire une politique étrangère allant à l’encontre des intérêts des pays de l’alliance, est aujourd’hui le point de passage principal des djihadistes vers la Syrie, et soutient massivement les « rebelles » de l’ASL ou les terroristes d’Al-Nosra et de Daesh (12) en leur fournissant une aide logistique et militaire (13) , notamment des armes, des camps d’entrainement à Gaziantep et Hatay, et des soins dans les hôpitaux (14). 

    Fait qui peut paraître « paradoxal » ou totalement incroyable, Israël soigne des djihadistes du Front Al-Nosra sur son territoire (15) et empêche toute progression de l’armée syrienne en bombardant les positions de celle-ci. Dans un article publié sur Le Figaro, Roland Hureaux met au jour la duplicité de la politique étrangère française : « Inutile de dire que nos armes et notre appui logistique sont allés exclusivement aux djihadistes, en particulier au Front al-Nosra, nouveau nom d’al-Qaida, dont les différences avec Daesh sont bien minces. Les mêmes qui enlèvent ou massacrent les chrétiens - et d’autres. La soi-disant Armée syrienne libre qui, disait-on , était l’objet de notre sollicitude demeure un fantôme - et un alibi pour aider les islamistes » (16) . En septembre 2014, on a appris de la bouche de l’ambassadrice de l’Union européenne en Irak, Mme Jana Hyboskova, que « plusieurs membres de l’UE ont acheté du pétrole non-raffiné à l’EIIL » (17). 

    Il semblerait que l’Occident réutilise la méthode afghane des années 1980 de guerre par procuration, c’est-à-dire de guerre par intermédiaire. Alors comment expliquer les bombardements de la « coalition anti-Daesh » ? A-t-elle une crédibilité ? En réalité, les Etats-Unis jouent subtilement sur deux tableaux à la fois, voulant à tout prix alimenter le complexe industrialo-militaire (18) qui pèse beaucoup dans leur économie (19) et préserver leur « identité de rôle » (20) aux yeux de l’opinion publique internationale, celle de défenseur de la liberté et de la démocratie. Ne frappant pas le coeur de l’organisation (Raqqa) et ayant une portée très limitée, ces frappes sporadiques ont comme seule finalité de feindre la guerre contre l’EI, ce qui sert dans le même temps celle-ci dans sa rhétorique de propagande anti-occidentale, permettant le recrutement de militants (21) . 

    Il y a récemment des informations inédites qui ont vu le jour dans des médias de masse qu’on peut difficilement accuser de conspirationnistes. Dans un reportage sur France 2 (22) se basant sur les dires de Mike German, agent spécial pendant 25 ans ayant démissionné, on apprend que le FBI a poussé des musulmans à commettre des attentats terroristes : « L’agence attirerait des musulmans dans ses filets à l’aide d’agents infiltrés qui vont les pousser à faire l’apologie d’actes de terrorisme. Dans ces cellules identifiées par l’agence, ni armes, ni ressources, ni complot avant l’arrivée de ces informateurs (agents secrets), prêts à souffler mot pour mot à leurs contacts les délits pour lesquels ils seront condamnés. L’ancien agent explique à la journaliste Virginie Vilar la méthode mise en place par le FBI, prêt à fournir des armes, de l’argent ainsi que le plan de l’attaque. Pour lui, "c’est de la fabrication d’affaires". C’est aussi la conclusion d’un rapport de l’ONG Human Rights Watch publié le 21 juillet 2014 » . (23) 

    Il semblerait que cette tactique soit aussi employée en France. Le journal Le Point, qu’on peut encore moins qualifier d’adepte de la théorie du complot, titre le 7 juin 2012 : « Mohamed Merah travaillait pour les RG » (24). On apprend dans cette affaire que Merah a été envoyé au Pakistan, en Afghanistan et en Syrie par un « ami » qui se révèle être en fait un agent des services français, qui l’a poussé à la radicalisation. On peut alors avoir des interrogations légitimes sur les attentats de Charlie Hebdo et le rôle des services secrets français. 

    Hier la CIA créait de « faux mouvements de gauche qui se livraient à des exactions et des actes condamnables uniquement pour faire croire à la population, que ces actes terroristes étaient l’oeuvre de la gauche » (25) . Aujourd’hui, les services occidentaux le feraient-ils avec les islamistes, pour stigmatiser les musulmans vivant sur leur territoire ? L’organisation État Islamique serait-elle la nouvelle armée secrète de l’OTAN ayant pour but d’affaiblir à terme l’Iran ? Le terrorisme djihadiste aurait-il pu être aussi puissant sans le soutien des alliés de l’Occident ? Al-Qaïda et les organisations de ce type constitueraient-ils des prétextes pour envahir des pays (Irak, Afghanistan), des instruments pour mener des guerres par procuration (Lybie, Syrie, Yémen), au niveau domestique des justifications aux lois liberticides, des moyens de stigmatisation et d’exclusion permettant de se débarrasser de la « racaille » partant servir de chaire à canon, et de détourner l’attention du public des vrais problèmes sociaux (chômage, crise économique) en désignant des bouc-émissaires ? Tous les éléments entre nos mains tendent à répondre à ces question par l’affirmative. 

    Si par hasard, certains ne sont toujours pas convaincus, résumons : les Etats-Unis ont créé dans le passé des « organisations de l’ombre » pratiquant le terrorisme, ils ont formé le premier mouvement armé islamiste transnational, leurs alliés-clients, la Turquie, l’Arabie-Saoudite, le Qatar financent les djihadistes, Israël les soigne, la France les arme, des pays de l’Union Européenne leur achète du pétrole, et des attentats terroristes sont commis en territoire occidental par des individus radicalisés et armés par ces mêmes services secrets. Pour ceux qui crient à la thèse « complotiste », rappelons que les complots font partie du répertoire d’action des services de renseignement. C’est leur métier. 

    « Comment la prétendue coalition contre les égorgeurs serait-elle crédible, alors que, pour des raisons différentes, beaucoup de ses membres ont partagé avec eux (et partagent encore pour certains), des intérêts stratégiques, politiques, économiques ? » (Charb, directeur de Charlie Hebdo) 

    Kendal Manis est l’auteur du mémoire de recherche « Maras 78’ : terrorisme américano-islamiste en Turquie ». 

    Pour plus d’information : https://www.youtube.com/watch?v=bSl... 

    Source : Investig’Action 

    Notes : 

    1. RIGAL-CELLARD Bernadette, « Le président Bush et la rhétorique de l’axe du mal », Études 9/2003 (Tome 399) , p. 153-162

    2. HUNTINGTON Samuel, Le Choc des Civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997, 402 pages.

    3. SAID Edward, L’orientalisme. L’orient créé par l’occident, Paris, Seuil, 2005, « Introduction », 456 pages

    Voir aussi Edward Said on Orientalism, [Consulté le 12/12/2014], disponible à l’adresse :https://www.youtube.com/watch?v=fVC...

    4. TUNC Aziz, Maras Kiyimi Tarihsel Arka Plani ve Anatomisi, Istanbul, Belge Yayinlari, 2011, p.119

    5. Le responsable de la Gestapo Klaus Barbie a été recruté par la CIA. GANSER Daniele, Les armées secrètes de l’OTAN, Plogastel, Demi-Lune, 2005, p.262

    6. Il faut faire une distinction entre le nationalisme agressif, qui a un caractère raciste, et le nationalisme défensif, qu’on peut qualifier de « patriotique ».

    7. COLLON Michel, LALIEU Grégoire, La Stratégie du Chaos, Impérialisme et Islam, Investig’action, 2014, p.275

    8. LALIEU Grégoire, Entretiens avec Mohammed Hassan, Jihad Made In USA, Bruxelles, Investig’Action, p.222

    9. Hillary Clinton : ’We Created al-Qaeda’ [Consulté le 27/03/2015], disponible à l’adresse :https://www.youtube.com/watch?v=WnL...

    10. rfi, Syrie : le groupe EI envahit le camp de Yarmouk, proche de Damas [en ligne], 1er avril 2015,[Consulté le 18/04/2015]. Disponible à l’adresse : http://www.rfi.fr/moyen-orient/2015...

    11. En PIB par habitant.

    12. La frontière entre ces différents mouvements est poreuse. En septembre 2013, plus de 40 000 hommes membres de l’ASL font défection pour intégrer le Front Al-Nosra. Georges Mabrunot, Le Figaro, Syrie : des rebelles modérés rejoignent le camp des islamistes radicaux [en ligne], 26 septembre 2013, [Consulté le 29/03/2015]. Disponible à l’adresse :http://www.lefigaro.fr/internationa...

    13. Hélène Sallon, Le Monde, L’étrange soutien de la Turquie aux réseaux djihadistes de Syrie [en ligne], 24 janvier 2014, [Consulté le 18/04/2015]. Disponible à l’adresse :http://www.lemonde.fr/europe/articl...

    14. Une vidéo de la chaîne de télévision turque IMC montrent la connivence entre les militants de DAESH et les soldats de l’armée turque à la frontière turquo-syrienne. Les soldats laissent passer les jihadistes vers la Syrie. IŞİD’in sınırın sıfır noktasından geçişi İMC TV kameralarında (1), [Consulté le 23/01/2015], disponible à l’adresse : http://www.dailymotion.com/video/x2... Voir aussi : Nouvelle preuve de collaboration d’Erdogan avec Daesh, [Consulté le 23/01/2015], disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=oIf...

    15. i24 News, Israël soigne des djihadistes d’Al-Qaïda blessés en Syrie (Wall Street Journal) [en ligne],14 mars 2015. [Consulté le 12/04/2015]. Disponible à l’adresse :http://www.i24news.tv/fr/actu/inter...

    16. Roland Hureaux, Syrie : l’incompréhensible politique étrangère de la France, [en ligne], 18 août 2015, [Consulté le 26/08/2015]. Disponible à l’adresse : http://www.lefigaro.fr/vox/monde/20...

    17. L’Humanité, Des pays de l’Union européenne achètent du pétrole aux barbares, [en ligne], 25 septembre 2014, [Consulté le 26/08/2015]. Disponible à l’adresse :http://www.humanite.fr/blogs/des-pa...

    18. Si on adopte une analyse de la politique étrangère des États-Unis par les processus organisationnels, théorisé par Graham Allison. BRAILLARD Philippe, Théories des Relations Internationales, Paris, PUF, 1977, « Modèles concep-tuels et la crise des missiles de Cuba », pp.172-196.

    19. « Dans les mois qui ont suivis l’annonce d’Obama sur le bombardement des positions de l’État islamique, les cours de l’action Lockheed ont grimpé de 9,3%, ceux de General Dynamic de 4,3% et ceux de Rayteon et de Northrup Grumman de 3,8% ». LALIEU, Entretiens avec Mohammed Hassan, Jihad Made In USA, p.229

    20. WENDT Alexender, « Anarchy is what States Make of it : The Social Construction of Power Politics », International Organiszation, n°46 (2), 1992, pp 391-425

    21. JULES Alain, ETAT ISLAMIQUE. Bachar al-Assad : l’Etat islamique s’est renforcé grâce aux raids US [en ligne], 30 mars 2015. [Consulté le 12/04/2015]. Disponible à l’adresse :http://allainjules.com/2015/03/30/e...

    22. Virginie Vilar, France 2, VIDEO. Le FBI accusé de fabriquer de faux complots terroristes [Publié le 13/02/2015], disponible à l’adresse : http://www.francetvinfo.fr/replay-m...

    23. L’express, Le FBI a poussé des musulmans à commettre des attentats selon Human Rights Watch, [en ligne], 21 juillet 2014, [Consulté le 03/02/2015]. Disponible à l’adresse :http://www.lexpress.fr/actualite/mo...

    24. Armel Méhari et Aziz Zemouri, Le Point, Mohamed Merah travaillait pour les RG [en ligne], 7 juin 2012, [Consulté le 01/03/2015]. Disponible à l’adresse : http://www.lepoint.fr/societe/merah... Voir aussi : Mohamed MERAH était un agent des services français selon l’avocate de sa famille… [Consulté le 24/04/2015], disponible à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=Ej4...

    25. GANSER Daniele, Op. Cit., p.226

  • "J'accuse..."

    J’accuse 56 dirigeants français d’avoir pactisé avec des terroristes depuis 1990

    Publié le 5 novembre 2015 - par  - 76 commentaires

     

    Izambert56-t1-letat-francais-complice-de-groupes-criminels-couv-lightCette interview du journaliste indépendant Jean-Loup Izambert par Pierre Cassen est exceptionnelle. D’abord pour sa longueur, qui dépasse largement les 10.000 signes habituellement octroyés aux contributeurs. Mais surtout par son contenu. L’auteur de « 56 », son dernier ouvrage, revient sur le rôle des Etats-Unis et de la France dans la déstabilisation de la Syrie. Il montre l’ampleur des mensonges d’Etat, relayés par une presse qu’il estime totalement achetée par le pouvoir, visant à faire passer Bachar pour un dictateur. Il nous donne une explication intéressante quant à l’invasion de l’Europe, et donc de la France, par de soi-disants migrants, et nous montre comment les djihadistes ont infiltré les cortèges de réfugiés. Qu’on partage ou pas l’intégralité des écrits de Jean-Loup Izambert ne change rien, tant la richesse de ses propos et de ses analyses nous oblige à des réflexions qui nous aident à mieux comprendre la réalité du monde dans lequel nous vivons. A noter qu’à ce jour, aucun journal n’a encore écrit une ligne sur ce livre…

    Commender le livre 56 :

    http://www.is-ebooks.com/produit/108/9782368450871/56%20-%20T1

    Riposte Laïque : Tu es journaliste d’investigation indépendant. Peux-tu te présenter plus largement à nos lecteurs et expliquer ce que te guide dans tes engagements professionnels ?

    Jean-Loup Izambert : Je suis journaliste depuis 1972. En sortant de l’Ecole Supérieure de Journalisme et de l’Ecole des Hautes Etudes Internationales de Paris j’ai eu la chance de faire mes débuts avec de grands journalistes comme René Andrieu, le rédacteur en chef de L’Humanité de l’époque, Laurent Salini, le responsable de la rubrique politique, René Pichelin, Pierre Cames, Nelly Feld, Madeleine Riffaud, Claude Picant et bien d’autres comme Alain Guérin ou, plus tard, Guy Poussy.

    J’ai travaillé dans plusieurs journaux régionaux et nationaux et ai décidé, à la fin des années quatre-vingt, de poursuivre mon métier comme journaliste indépendant. J’ai choisi mon métier par conviction. La seule chose qui me guide est la recherche de la vérité pour informer et partager cette vérité avec un maximum de lecteurs. Par ailleurs, je pense qu’un journaliste ne peut rester indifférent face à l’injustice d’où qu’elle vienne. Toutes mes enquêtes sont, je pense, marquées de ma volonté de dénoncer l’injustice mais aussi de donner des éléments de réflexion aux lecteurs pour qu’ils s’interrogent, disposent à leur tour d’arguments pour débattre et, pourquoi pas, participer à changer l’ordre des choses.

    Je fais un métier et non une carrière et je m’y suis toujours tenu. Lorsque vous faites de l’investigation, au bout d’un moment c’est le sujet que vous avez choisi qui s’empare de vous. Au bout du compte, vous êtes toujours seul et souvent incompris, même si vous travaillez avec d’autres, car il faut tenter de marier passion et lucidité, deux comportements qui se côtoient difficilement. Vous êtes un peu comme un policier de la criminelle qui traque des assassins, se met dans leur peau, tente de comprendre ce qui est caché et assemble petit à petit les pièces à convictions. Pour une enquête au long cours comme celle que j’ai menée depuis 1990 avant d’écrire 56, à mon avis, il y a trois principes à respecter : pas de parti pris, ne faire confiance à personne et tout vérifier.

    Riposte Laïque : Ton dernier livre s’appelle 56 : L’Etat français complice des groupes criminels. Tu accuses le gouvernement français, entre autres, d’avoir armé les groupes islamistes qui, depuis plusieurs années, se livrent à une guerre impitoyable contre la Syrie. Pourquoi nos dirigeants auraient-ils agi ainsi ?

    Jean-Loup Izambert : Il ne s’agit pas d’une « simple » guerre. La raison essentielle de la guerre contre la Syrie qui fait suite à toutes celles qui s’enchaînent depuis les années 90, est la crise du capitalisme. Dès les années 85-90, les Etats-Unis, tête de pont de ce système d’organisation politique et économique, se sont un peu plus enfoncés dans une crise sans retour possible. Contrairement à la crise de 1929, celle-ci n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Elle touche désormais tous les aspects de la vie: politique, économique, financier, culturelle, morale.  Rappelons-nous que dès les années 2000 des faillites retentissantes, dont celle de la transnationale Enron, ouvrent la période du déclin continu et irrémédiable des Etats-Unis. La politique atlantiste des dirigeants français aura pour effet de laisser cette gangrène se propager jusque dans le corps de tous les Etats du continent européen qui partagent le même système politique. Rappelons-nous aussi qu’à l’époque de prétendus experts  annonçaient, sans doute en lisant dans une boule de cristal, la relance, la sortie de la crise et une reprise qui n’aura jamais lieu.

    « Nous devons commettre un bon paquet de massacres »

    Riposte laïque : Quelles en sont les raisons d’après toi puisque cette crise nous a conduit aux guerres qui se succèdent depuis cette époque et tout particulièrement au conflit contre la Libye puis contre al Syrie ?

    Jean-Loup Izambert : Les dirigeants des sociétés transnationales qui tiennent la finance et l’économie de ces Etats savent que leur système et leurs privilèges sont en péril un peu comme le fut l’Ancien régime avant la révolution de 1789. Après le temps des décolonisations voici venu le temps des peuples qui commencent à demander de contrôler les richesses qu’ils produisent. Il est donc impératif pour ces grands propriétaires privés de la finance et de l’économie de retarder leur dépôt de bilan, de repousser l’implosion de l’organisation politique et économique qui assure leur enrichissement. Cela les conduit, dans une fuite en avant, à s’approprier les richesses des peuples et à renforcer leur complexe militaro-industriel quel qu’en soit le prix, y compris par la guerre.

    Les gouvernements qui doivent être abattus sont en priorité ceux qui constituent des obstacles à leurs visées, ceux des nations qui disposent de richesses placées sous contrôle de l’Etat. Le redécoupage du Moyen-Orient envisagé par le Pentagone s’appuyait essentiellement sur les ressources des pays de cette région et envisageait de la morceler pour mieux en prendre possession et la contrôler.

    Que se passe-t-il après l’éclatement de la fédération yougoslave ? Des transnationales étasuniennes s’emparent des principales ressources et les pays qui sont issus de ce dépeçage connaissent la régression économique et sociale et le grand banditisme. « Mieux » même : des Etats croupions comme la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo sont devenus des bases en Europe pour des groupes criminels liés aux Frères musulmans. Que se passe-t-il après la guerre contre l’Irak ? Là encore, les transnationales de l’énergie passent des accords pour capter les immenses réserves des champs pétroliers et de gaz. Le pays qui était en voie de modernisation a été détruit et connaît depuis mars 2003 une guerre interminable.

    Que se passe-t-il après le renversement du gouvernement libyen ? Les transnationales anglo-saxonnes font main basse sur une partie du pétrole, des groupes mafieux s’emparent de l’autre partie ; l’Etat est détruit, le pays qui était en pleine modernisation et dont le gouvernement venait de lancer de grands projets sur l’Afrique devient l’un des principaux carrefours du terrorisme. Ajoutons à ce terrible bilan de guerre que l’OTAN a ainsi permis aux groupes islamistes qui contrôlent le trafic d’êtres humains d’envoyer des centaines de milliers de migrants en Europe !

    Belle « démocratisation » dont se vantaient à l’époque Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Si vous examinez une carte du monde des tensions et des conflits vous vous apercevez que partout où une entreprisse de subversion ou une guerre éclate les Etats-Unis sont toujours impliqués d’une manière ou d’une autre, du Venezuela à la mer de Chine en passant par le monde arabo-musulman et maintenant l’Europe. Pour survivre dans la crise, les dirigeants étasuniens n’ont plus que la guerre, y compris contre leurs propres alliés qu’ils se contentent, pour le moment, de manoeuvrer et de tromper politiquement, économiquement, diplomatiquement et médiatiquement.

    Les principaux animateurs de l’idéologie du chaos ne s’en cachent pas. Pour ne citer qu’n exemple, Ralph Peters, spécialiste du renseignement étasunien et membre de l’ancien groupe de réflexion (think tank) « Projet pour un nouveau siècle américain » ( Project for the New American Century) estimait vital pour les Etats-Unis d’intensifier les guerres pour assurer leur domination. Il déclarait ainsi, en 1997, que « le rôle imparti de facto aux forces des Etats-Unis consistera à tenir le monde pour la sauvegarde de notre économie et ouvert à notre assaut culturel. A ces fins nous devrons commettre un bon paquet de massacres ». Qu’ont-ils fait d’autre depuis sinon de détruire de pays entiers ? Quels sont leurs principaux collaborateurs sur le monde arabe pour ces « bons paquets de massacres » et le recul de la civilisation ? Les Frères musulmans.

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    Manifestation de soutien au président Bachar, jamais montrée dans les médias français (avec l’aimable autorisation de l’agence SANA).

    Les Etats-Unis cherchent un conflit militaire majeur

    Riposte laïque : La raison essentielle serait donc la crise économique et financière qui amène les dirigeants des sociétés transnationales à vouloir s’emparer des richesses de pays comme la Libye ou la Syrie ?

    Jean-Loup Izambert : Oui, mais pas seulement. Toutes ces guerres qui s’enchaînent les unes derrière les autres ont une donnée commune : elles sont toutes, sans exception, provoquées à l’origine par l’ingérence des Etats-Unis et de leurs services dans les affaires intérieures des Etats. Celles-ci se font sous des formes diverses qui vont de sanctions économiques décidées unilatéralement au soutien à des groupes criminels subversifs en passant par l’espionnage ou l’endettement provoqué afin de rendre des Etats dépendants des organisations financières qu’ils contrôlent et ainsi les déstabiliser. Le cas de la Grèce est sur ce point malheureusement « exemplaire ». Dans l’immédiat, pour parvenir à leurs fins, les dirigeants des États dont les transnationales convoitent de nouveaux « territoires économiques » doivent répondre à trois impératifs :

    -D’abord, ils doivent réduire de manière drastique leurs dépenses publiques au détriment de l’intérêt général des peuples. Privés des milliards d’euros qu’ils laissent détourner de l’administration fiscale par les sociétés transnationales, ils compriment sans cesse le budget de l’Etat et dérégulent l’économie au profit des gros actionnaires de ces mêmes sociétés. Jamais depuis l’avènement de la VèRépublique, un gouvernement français n’a consacré autant de milliards à la guerre, dans des opérations militaires extérieures, tout en réduisant les budgets de la vie, ceux de la santé, du logement, du soutien à l’emploi, de la formation, de la recherche et du développement. Un exemple : au moment où nous parlons, pendant que le Premier ministre Valls continue de soutenir des bandes criminelles contre le peuple syrien et que des élus locaux dépensent les deniers publics pour accueillir des flots d’immigrés quand 5 millions de français sont fragilisés en matière de logement, son ministère de la Santé étudie la possibilité de fermer tous les services d’urgence des hôpitaux qui reçoivent moins de 10 000 personnes par an.

    -Ensuite, ces Etats se groupent dans des coalitions militaires et politiques informelles selon les intérêts économiques en jeu afin de pouvoir engager des guerres coûteuses, toujours en s’alignant sur les directives des Etats-Unis. Selon un rapport de juin 2011 réalisé par une équipe de trente chercheurs de toutes disciplines de la Brown University’s Watson Institute for International Studies (USA), les dépenses militaires des seuls États-Unis sur l’Afghanistan, l’Irak et le Pakistan depuis 2001 dépassent les quatre trillions de dollars (quatre millions de billions de dollars !) Sauf à mettre en chantier une audacieuse politique d’indépendance qui exige de sortir du dollar, de l’euro, de l’OTAN et de se réapproprier les secteurs clés de l’économie, que pourraient faire d’autre les dirigeants français sinon se mettre au garde à vous devant Washington ? 47 % des 750 groupes mondiaux leaders sur leur secteur sont situés aux États-Unis et la part du capital du CAC 40 détenue par des fonds (hors actionnaires particuliers, salariés, dirigeants, fondateurs) appartenait aux trois quarts (75%) à des investisseurs étrangers en novembre 2014. Selon la Banque de France, à la fin décembre 2013, les investisseurs étrangers non-résidents détenaient 499,2 milliards d’euros du capital du CAC40, soit 46,7% de la capitalisation totale.

    Le PS et la droite décident ensemble de ces guerres

    Hollande-Arabie-saoudite-1Riposte laïque : Les dirigeants socialistes qui se sont fait élire en 2012 en promettant de réaliser « le changement maintenant » sont donc bien impliqués à la fois dans le soutien que vous décrivez à des groupes criminels musulmans mais également à l’origine de nouvelles mesures anti-sociales qui sont en préparation et qu’ils ne rendraient pas public à cause des élections?

    Jean-Loup Izambert : Tout à fait. Mais ils font bien pire que cela en trompent leurs électeurs par des accords secrets qu’ils passent avec le droite. C’est le troisième impératif auquel ils sont tenus pour se partager le pouvoir avec les représentants du grand patronat des transnationales. Car, il leur faut donner une légitimité à ces conquêtes de nouveaux « territoires économiques » pour qu’ils puissent justifier leurs croisades militaires devant leurs opinions publiques. Ce partage économique du monde par les sociétés transnationales s’accompagne de nouveaux rapports entre les groupements politiques qui leur sont affiliés et entre les Etats, eux-mêmes basés sur ce partage pour l’appropriation de « territoires économiques ». Il est ainsi devenu courant que des élus qui se déclarent « socialistes » votent au Parlement européen avec les partis représentant les grands propriétaires privés de l’économie et de la finance au sein de « grandes coalitions ».

    Sur la période 1999-2004, pour les questions essentielles traitant de la gestion de la crise capitaliste, de l’organisation politique, administrative et économique des territoires (pays, régions, zones géopolitiques), la proportion de votes communs entre PPE (droite) et PSE (S&D : Groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen) s’établissait à une moyenne globale de 64,5 % ! Selon la Fondation Robert Schumann, sur la période 2009-2014, ces votes communs droite et Parti Socialiste représentent « plus des deux tiers des votes par appel nominal analysés par VoteWatch Europe (qui) traduisent la formation de majorités de « grande coalition » au Parlement européen, c’est-à-dire de majorités formées sur la base d’une négociation entre les groupes PPE et S&D».

    Cela veut dire que le Parti Socialiste c’est la droite, que les électeurs, loin du Parlement européen, ne connaissent pas ces faits et qu’ils sont trompés. Mais cela veut dire surtout que chaque bulletin de vote pour un candidat socialiste n’est pas un bulletin de vote pour un quelconque changement mais bien un bulletin contre l’emploi, un bulletin contre le progrès économique et social, un bulletin pour plus de misère et de guerre ! Le Parti socialiste ne fait que poursuivre la marche atlantiste funèbre de l’UMP. La réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN décidée par Nicolas Sarkozy en novembre 2007 a coûté plus de 650 millions d’euros au pays pour la période 2010-2015. En quoi cette dépense budgétaire a-t-elle servi les intérêts de la France ? En rien si ce n’est de l’avoir rendue plus dépendante de l’état-major militaire yankee.

    Le général russe Leonid Ivashov, président de l’Académie russe des problèmes géopolitiques, mettait en garde, il y a quelques années, quant à la volonté des États-Unis de déclencher un conflit militaire majeur pour « effacer » leur endettement. « Les banquiers mondiaux en faillite ont besoin d’un événement de force majeure de proportions mondiales pour s’en sortir » disait-il. A l’époque, à la lumière de selon son expertise, il mettait en garde : « les États-Unis n’ont rien d’autre à offrir au monde pour sauver un dollar en déclin que des opérations militaires comme celles en Yougoslavie, en Afghanistan et en Irak. Et même ces conflits régionaux ne donnent que des effets à court terme. Ils ont besoin de quelque chose de beaucoup plus important et ce besoin est urgent ». C’était en mars 2007. Que s’est-il passé depuis ? Le déclin étasunien s’est aggravé, le dollar n’a pratiquement plus de valeur, les Etats-Unis sont devenus complètement insolvables et Washington multiplie les agressions et les guerres sur tous les continents.

    Des médias sous perfusion étatique

    Riposte Laïque : Tu parles de la connivence des différents gouvernements français avec les Frères musulmans, et tu accuses même notre pays d’avoir pactisé avec des terroristes depuis des années. Comment expliques-tu que des accusations aussi graves ne soient pas relayées par les médias, ne fut-ce que pour les contredire ?

    Jean-Loup Izambert : Je n’accuse pas notre pays d’avoir pactisé avec des terroristes musulmans. Par contre, j’accuse, preuves à l’appui, 56 dirigeants français, socialistes pour la plupart, de le faire depuis les années 90. Les acteurs de ce bal des aveugles sont, bien sûr, plus nombreux mais je me suis limité aux « donneurs d’ordre », que sont les principaux dirigeants, ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense et, bien sûr, aux deux présidents, Nicolas Sarkozy et surtout François Hollande. Je reviendrai en détails sur ceux-ci dans le tome 2 de 56. Les Français qui les ont élus ne leur ont jamais donné mandat pour faire des guerres que ce soit contre la Libye ou contre la Syrie, raison pour laquelle je distingue bien la France, notre pays, de dirigeants qui, par ailleurs, ne représentent plus grand-chose et sont indignes du pouvoir.

    François Hollande s’est du reste bien gardé, sachant qu’il y aurait été battu, de respecter l’article 35 de la Constitution en allant devant l’Assemblée nationale pour obtenir l’accord des parlementaires afin de poursuivre un conflit qui dure alors depuis plus de quatre mois. Je dis simplement comme l’avocat Guillaume de Rouville dans son essai La Démocratie ambiguë publié aux  éditions Cheap, qu’il faut « appeler un crime un crime et savoir identifier les coupables ». C’est également le travail de tout journaliste sérieux. Je ne suis guère surpris du silence des médias français sur les révélations que je fais. Evoquer mon travail d’enquête et les preuves que je publie reviendrait pour eux à mettre en cause le pouvoir politique auquel ils doivent de survivre.

    Dans son rapport public annuel 2013, la Cour des comptes constatait que « le plan d’aide à la presse écrite 2009-2011 a obtenu des résultats limités, qui se situent en deçà des objectifs de départ et ne sont pas en rapport avec les moyens budgétaires supplémentaires engagés par l’État, plus de 450 M€ sur trois ans, ni a fortiori avec le coût total cumulé des soutiens publics qui peut être estimé à 5 Md€ sur cette même période ». Tous les titres de la presse écrite d’information générale sont concernés par ces aides de l’Etat. Le Monde, le groupe du ParisienLibérationLe FigaroOuest FranceFrance-SoirLa Voix du Nord sont parmi les principaux bénéficiaires de ces aides directes et indirectes devant d’autres titres commeL’HumanitéLa CroixCloserVoiciLe journal de MickeyPrions en église ouSpirou. Seul, Le Canard enchaîné, qui n’a aucune aide publique ni aucune publicité vit du soutien de ses 350 000 lecteurs hebdomadaires et de ses 72 000 abonnés. Or, je constate qu’aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne ou en Fédération de Russie, les journaux qui n’ont pratiquement aucun soutien de l’Etat ont des centaines de milliers de lecteurs – et même plusieurs millions pour plusieurs titres de chacun de ces pays – quand en France tous les journaux continuent de perdre régulièrement leurs lecteurs. Il faut être honnête : sans les aides directes et indirectes de l’Etat, la plupart des titres de la presse écrite française d’information générale n’existeraient plus. Par ailleurs, le gouvernement français finance également directement des médias audiovisuels comme France-Télévision, France-24 ou TV5 et indirectement via sa contribution au budget européen qui alimente des chaînes européennes de télévision.

    Plusieurs de mes enquêtes sur le système bancaire, sur les relations entre dirigeants politiques et dirigeants de banques, une partie celle que je publie dans 56ont également fait l’objet de la censure de la part des directions de plusieurs hebdomadaires ou de directions de chaînes de télévision. Après avoir menti à leurs lecteurs depuis 2011 sur la réalité du conflit en Syrie, publier les preuves de la collusion entre les dirigeants politiques français et les dirigeants d’organisations irrégulières et criminelles reviendrait pour nombre d’entre eux à reconnaître qu’ils se sont trompés, l’ont été ou, pour d’autres, ont sciemment menti en trempant leur plume dans l’encrier de l’Elysée-Matignon. Le communiqué de presse annonçant la parution de 56 avec les preuves que je produis a été envoyé à 531 journalistes de a presse écrite et parlée française le 1er octobre. Pas un n’a bougé. Je pense que vous en comprenez les raisons après avoir lu 56.

    Les infâmes petites cuisines de la presse subventionnée

    Riposte laïque : Tu veux dire que des journalistes de quotidiens ou de chaînes de télévision ont sciemment menti en manipulant l’information pour tromper leurs lecteurs et téléspectateurs sur la réalité de la guerre en Syrie et cela depuis le début du conflit, en 2011?

    Jean-Loup Izambert : Oui, parfaitement. Je renvoie sur ce point les lecteurs deRiposte Laïque au premier tome de l’ouvrage que vient de publier François Belliot aux éditions Sigest qui s’intitule Guerre en Syrie : le mensonge organisé des médias et des politiques français. Il appert que c’est en réalité une véritable propagande de guerre qui a été organisée au plus haut niveau du pouvoir politique français dès 2011.

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    Une autre gigantesque manifestation de soutien au président syrien (avec l’aimable autorisation de l’agence SANA).

    Quel média a publié les photos que je publie en ouverture de 56 où l’on voit, dans toutes les villes de Syrie, des millions de Syriens manifester contre l’agression étrangère ? Aucun. Pourquoi ? Parce que si vous voulez relayer la propagande officielle du pouvoir selon laquelle « Bachar est un dictateur isolé qui tire sur son peuple » vous n’avez bien sûr pas intérêt à diffuser ces images qui prouvent le contraire.

    Quel média a présenté les réformes en cours depuis bien avant 2011 et qui se poursuivent encore aujourd’hui malgré la guerre ? Aucun. Pourquoi ? Parce que si vous voulez répandre l’idée que « le régime de Bachar el-Assad est une dictature sanguinaire qui massacre les populations civiles » vous n’avez pas intérêt à montrer les Syriens débattre de réformes ou de leur nouvelle Constitution avec leurs élus et dirigeants, et cela malgré la guerre d’agression. Vous n’avez pas, sans risque de vous ridiculiser, intérêt à publier des reportages sur les réunions des dirigeants des différents partis et des membres du gouvernement avec la population dans les quartiers, les usines, les universités et les campagnes pour préparer et écrire la  nouvelle Constitution.

    Quel média a montré les jeunes et les femmes, les Syriens s’organisant en Comité de défense populaire pour résister à l’invasion des barbares armés par Paris avec les dictatures du Golfe ? Aucun. Pourquoi ? Parce que si vous voulez faire croire que « le tyran Bachar el-Assad va tomber » vous n’avez pas  non plus intérêt à montrer la mobilisation de la population pour la défense de sa patrie autour du président qu’ils ont élu. Pratiquement personne n’en parle mais ces Comités de défense populaire jouent un rôle important contre la guerre aux côtés de l’armée syrienne et du Hezbollah. Je donne quelques exemples de désinformation flagrants, y compris de diffusion de fausses informations avec des photographies. Dans le tome 2 de 56, je montrerai comment l’opération de désinformation sur le thème« l’armée syrienne utilise des armes chimiques contre les civils » a été montée de toutes pièces par les dirigeants et des services français.

    Balzac lui-même, alors qu’il dressait le profil de la profession de journaliste dans saMonographie de la presse parisienne en 1843 ne pouvait imaginer autant« d’infâmes petites cuisines » dans les salles de rédaction. Ceux qui dans des rédactions ont sciemment menti en truquant les faits et les chiffres pour servir leurs idées reçues et la ligne éditoriale de leurs employeurs devraient prendre garde : la désinformation peut aussi se retourner contre eux.

    La stratégie de « l’immeuble enterré »

    Riposte Laïque : Peux-tu développer ce que tu appelles le plan de destruction des Etats du pays du Maghreb, par les associations liées aux Frères musulmans ? Y vois-tu la principale explication de ce qu’on a appelé les printemps arabes ?

    Jean-Loup Izambert : Le plan de destruction des sociétés arabes et occidentales par les Frères musulmans ce sont d’abord des hommes et une stratégie. Les hommes sont ceux qui dirigent les organisations des Frères musulmans – Ennahda en Tunisie ou le Conseil National Syrien en Syrie – ou d’organisations de leur mouvance. La stratégie est celle que des professionnels du renseignement appellent la stratégie de « l’immeuble enterré ». L’organisation subversive est comme un immeuble enterré. Seuls les étages du haut sont visibles. Là, vous trouvez ceux qui portent le costume-cravate. Ceux-là ont en charge de prendre des contacts avec les milieux politiques, du renseignement, les médias et le milieu associatif. Ils se présentent comme des défenseurs de la démocratie, des droits de l’homme et du citoyen et adaptent leur discours à celui des dirigeants des pays ciblés. Leur objectif est d’obtenir le soutien de tous ces milieux, qu’il soit financier, politique, diplomatique ou militaire. Bien sûr, ils ne sont en rien des défenseurs de la démocratie puisque leur seul et unique objectif est, dans un premier temps, d’obtenir ces soutiens pour renverser les gouvernements des pays arabes laïcs afin d’y instaurer leur dictature religieuse ainsi qu’ils l’ont tenté dans tous les pays du Maghreb.

    Plus vous descendez dans les étages inférieurs de l’immeuble, plus vous trouvez ceux qui ont en charge les activités illicites et criminelles de l’organisation. Cela va du trafic d’armes à celui des faux papiers en passant par les activités financières illicites. Les Frères musulmans savent jouer d’une grande duplicité. Leurs « employeurs » occidentaux sont d’autant moins regardants qu’ils leurs sont utiles au renversement de gouvernements. Mais, comme je l’explique dans le tome 2 à venir, les choses vont changer lorsque la main d’œuvre qu’ils ont recrutée dans la misère des pays arabo-musulmans va entrer en France et dans les pays d’Europe occidentale. C’est actuellement en cours. Pour le moment ils s’installent et écoutent, sans doute en souriant, le ministre socialiste de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, déclarer très sérieusement que « l’appel au djihad n’est pas un délit ». Ils profitent des largesses d’élus inconscients qui financent de prétendus « instituts culturels musulmans », désintègrent la cohésion sociale en substituant « la défense des cultes » à la séparation de l’église et de l’Etat et piétinent les valeurs de la République en substituant la « diversité des communautés » à la citoyenneté française. L’observatoire de l’islamisation (www.islamisation.fr) donne au niveau national un aperçu dramatique de cette contribution d’élus à l’abandon des valeurs républicaines.

    En observant le déclenchement des conflits sur toute la zone Maghreb comme sur la Syrie, on s’aperçoit que les Frères musulmans ont recouru au même plan, à la même stratégie, pour renverser les gouvernements, avec le soutien de la CIA, du MI6 anglais et de la DGSE française pour s’en tenir aux principaux intervenants. Ce que l’on a appelé les « printemps arabes » sont des mouvements qui naissent sur un mécontentement ou des revendications populaires. Les peuples expriment de fortes revendications pour plus de justice, plus de liberté, pour l’emploi, le logement, les salaires, l’égalité des hommes et femmes au travail. Ces peuples ont soif de modernité et cherchent à construire des sociétés plus démocratiques. A chaque fois, dès que ces manifestations ont commencé à prendre de l’ampleur, les Frères musulmans sont intervenus pour détourner le mouvement populaire de ses revendications et provoquer des troubles en espérant ainsi s’emparer du pouvoir.

    En Syrie, ce sont des snipers venus de l’étranger par la Turquie qui ont tiré sur les manifestants et les forces de l’ordre pour ouvrir une stratégie de la tension. La télévision syrienne a des images de ces faits. L’un de leurs journalistes, repéré par des snipers, a du reste été tué à bout portant et son matériel détruit. Leur objectif est de tuer, de fabriquer des martyrs afin de les mettre en scène en accusant le pouvoir de leurs crimes. Ce sont des criminels diaboliques qui, une fois de plus, n’ont fait que suivre les appels de l’émir tunisien Rached Ghannouchi qui considérait dans les années 90 « de bon augure l’accroissement du nombre de victimes et des martyrs. Nous voulons des martyrs ! » Ils appellent cela des « journées rouges » ou « jour de colère », c’est-à-dire des journées de manifestations, de sabotages, de provocations et de harcèlement des forces de l’ordre afin de les contraindre à tirer pour se défendre. Que se passerait-il si cela devait arriver en France ? Je pense que les policiers, comme leurs homologues syriens, ne se laisseraient pas tirer comme des lapins sans réagir.

    Des forces spéciales appuient les groupes terroristes en Syrie

    Riposte Laïque : Cela sera sans doute une divergence entre notre ligne et tes écrits, tu parais très engagé du côté du peuple palestinien, ce qui se voit dans l’hommage que tu rends au début de ton livre Georges Ibrahim Abdallah, que tu appelles un des plus vieux prisonniers politiques du monde. Tu parles d’une connivence entre l’opposition à Bachar et les milieux que tu appelles les milieux atlantistes et sionistes. Peux-tu préciser le propos ?

    Jean-Loup Izambert : D’abord, je rends surtout hommage aux trente-sept journalistes professionnels syriens qui ont été assassinés ou sont tombés sous les balles des groupes criminels armés par Paris entre 2011 et 2014 et à ceux qui continuent de risquer leur vie pour informer leurs compatriotes et le monde de la réalité de l’agression contre leur pays. Ensuite, je ne pouvais dissocier cet hommage du combat de George Ibrahim Abdallah qui est devenu le symbole de la résistance à l’impérialisme. Victime d’une machination politico-judiciaire de l’Etat français, il est toujours injustement emprisonné en France depuis octobre 1984 pour des crimes qu’il n’a pas commis. Il est non seulement l’un des plus vieux prisonniers politiques du monde mais il incarne également le courage et la lutte révolutionnaire contre toutes les oppressions.

    Sur la seconde partie de votre question, il est nécessaire de rappeler un fait important que les médias français passent sous silence : l’opposition syrienne démocratique à la politique du président El-Assad siège à l’Assemblée du Peuple, équivalent de notre Assemblée nationale, parmi les dix partis politiques et les 250 députés démocratiquement élus pour quatre ans par le peuple syrien conformément à la Constitution. En République arabe syrienne, contrairement aux mensonges de certains journalistes, tous les partis politiques ont le droit d’organisation, d’édition, de réunion et de manifestation. Seuls les Frères musulmans sont interdits, ce qui est la moindre des choses pour une organisation qui est quand même responsable de milliers de morts tout au long de cinquante années d’attentats terroristes, de tentatives de coups d’Etat et de crimes en tous genres.

    Ce que Washington et Paris appellent l’ « opposition modérée » est une imposture et un ancien dirigeant de la DGSE interviendra sur ce point en ouverture du tome 2 de 56 dont le premier chapitre s’intitule La France en pleine illégalité internationale. Ces individus sélectionnés et maquillés avant d’être présentés aux médias ont tous été recrutés et promus par les Frères musulmans, parfois avec l’accord de Doha, Washington et Ankara alors qu’ils se partageaient les postes au sein de leurs organisations d’ « opposants ». Mais, qu’il s’agisse de la Coalition composée et imposée par Washington, du Conseil National Syrien qui n’a rien de « national » et rien de « syrien », du groupe terroriste Armée Syrienne Libre ou des autres bandes criminelles, tous ne poursuivent qu’un but : détruire la république laïque par tous les moyens. Cela est écrit noir sur blanc dans l’article 2 du programme qu’ils ont signé à Doha le 11 novembre 2012. Celui-ci indique que « les parties signataires ont pour objectif commun de renverser le régime, ses symboles et ses bases ». L’article suivant stipule que « la Coalition s’engage à n’engager ni dialogue ni négociation avec le régime ». Ce programme convient parfaitement aux Frères musulmans  pour qui « le Coran est notre loi, le djihad est notre voie. Mourir dans les vois d’Allah est notre plus grand espoir ». Ce texte de l’ « opposition modérée » selon François Hollande, convient également parfaitement aux milieux atlantistes. Ceux-ci, liés aux intérêts politiques, financiers, économiques et militaires étasuniens, poussent  les dirigeants français à faire perdurer la guerre et à en ouvrir d’autres. Comme lors de la guerre décidée par Washington contre la Libye, ils les suivent comme des « idiots utiles » sans mesurer encore pleinement les graves conséquences à venir pour la France. Pour ce qui est des milieux sionistes, ils sont surtout « dragués » aux Etats-Unis par des individus originaires de pays arabes, principalement des Syriens qui vivent aux Etats-Unis de longue date et cherchent à engager Israël plus à fond dans cette guerre. Ils se servent de ces organisations sionistes pour nouer des contacts avec les dirigeants israéliens. Plusieurs d’entre eux ont ainsi été reçus, avec des Frères musulmans, à la Knesset ou par des représentants des autorités israéliennes.

    Les dirigeants israéliens devraient se souvenir que ceux qui jouent avec le terrorisme risquent toujours d’en payer le prix. Il faut être logique : les dirigeants israéliens ne peuvent affirmer lutter sérieusement contre le terrorisme du Hamas comme le fait monsieur Netanyahou et dans le même temps fournir un appui militaire et mettre des hôpitaux militaires à la disposition de bandes criminelles de la même mouvance idéologique. Des journaux de la presse israélienne ont rapporté ces faits et je le rappellerai dans le tome 2 de 56. De manière générale, il me semble difficile qu’une solution à un conflit, quel qu’il soit, puisse voir le jour tant que le religieux empoisonne le politique et tant que les décisions de l’ONU restent lettres mortes.

    Par ailleurs, des conseillers militaires soutiennent ces groupes assassins sur le territoire même de la République arabe syrienne. Le professeur Michel Chossudovsky, directeur du Centre de recherche sur la mondialisation du Canada et professeur d’économie de l’Université d’Ottawa, rappelle que « de concert avec l’OTAN, la Turquie, Israël et d’autres, le Pentagone a déjà dépêché des conseillers militaires, des forces spéciales et des agents du renseignement sur le théâtre des combats en Syrie. Ces forces étrangères s’activent dans les rangs des rebelles depuis le début de la guerre en Syrie en 2011 ». Comme le dit le professeur Chossudovsky, « même si Washington et la presse généraliste n’ont jamais reconnuofficiellement leur présence en sol syrien, il convient de préciser que ces forces spéciales remplissent les fonctions de commandement habituelles au sein de divers groupes terroristes, en maintenant une liaison avec la coalition dirigée par les USA et l’OTAN ». Autrement dit, elles sont largement responsables de la coordination des innombrables opérations terroristes de l’Etat islamique et du Front al-Nosra menées contre des civils en sol syrien au nom de la coalition dirigée par les Etats-Unis. Il va sans dire qu’elles sont appuyées par la campagne aérienne menée par les mêmes Etats-Unis qui, en théorie, cible (au lieu de protéger) les terroristes.

    Riposte Laïque : Considères-tu que l’entrée en action de Poutine confirme la thèse de ton livre ?

    Jean-Loup Izambert : L’entrée en action des forces militaires russes est une bonne chose et confirme mon analyse sur l’évolution de ces bandes criminelles et les soutiens qu’elles ont réussi à obtenir. Il est intéressant de voir aujourd’hui, début novembre 2015, que tous ces groupes criminels sunnites se rassemblent sous le même étendard de la terreur et de la mort pour tenter de poursuivre leur agression tandis que d’autres s‘enfuient de Syrie ou déposent les armes. Elle pose aussi une question sur la désinformation entretenue par le président français et le gouvernement Valls : mais où est-donc passée leur prétendue « opposition modérée » ? Dans les rangs du Front al-Nosra, dans ceux de l’Etat islamique ou dans une « brigade de la mort »? A moins que certains d’entre eux, qui ont appris à maîtriser des armes chimiques contre les populations civiles, ne soient déjà en train de préparer la poursuite de leur djihad par des attentats de masse dans une grande ville de France ? Entendu par la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée national en octobre dernier, le chef d’état-major des armées françaises, Pierre de Villiers, déclarait que la France devait aujourd’hui « faire face à une menace durable, élevée, protéiforme ». Espérons pour ce général qu’il n’a pas eu la naïveté de penser que les dirigeants français allaient pouvoir, avec la DGSE et le soutien de l’OTAN, entraîner et armer des groupes criminels contre l’Etat syrien sans avoir à payer le prix du sang et des larmes des milliers de civils que ceux-ci ont assassinés. Le renforcement de la présence de militaires dans les rues françaises ne devraient pas laisser indifférents les djihadistes entraînés en Turquie et en Jordanie par des conseillers militaires français.

    Derrière la campagne médiatique des « pauvres migrants »

    Riposte Laïque : Vois-tu une continuité entre l’attitude de nos dirigeants, que tu accuses de soutenir les mouvements terroristes musulmans dans le monde, et leur politique migratoire qui fait qu’ils laissent entrer dans notre pays ceux qu’ils appellent les migrants ?

    Jean-Loup Izambert : Oui, absolument. Je traite de cette question dans le tome 2 de 56 qui paraîtra sous-titré Mensonges et crimes d’Etat. Aux flots de migrants débarquant sur les côtes européennes par ce que l’on appelle la « filière Méditerranée » depuis le renversement du gouvernement libyen en 2011 s’ajoute aujourd’hui celle en provenance de Turquie par la filière dite des Balkans. Ou les services français sont complètement nuls, ce que je ne pense pas, ou les dirigeants français se livrent ici à une nouvelle campagne de désinformation en utilisant ces hordes d’immigrés. Pourquoi ? Parce qu’il faut savoir, ce que la presse officielle française ne dit pas, que la Direction du Renseignement Militaire (DRM) dispose d’un département dit de GEOINT, acronyme pour Géo-intelligence, dont la principale structure est située sur la base aérienne 110, à Creil dans le département de l’Oise.

    Il s’agit de la collecte de renseignements par des sources dites ouvertes (Internet, presse, livres, etc.) et des sources fermées (informations en provenance d’autres services de renseignement français et étrangers, documentation interne aux services civils et militaires français de renseignement, etc.) mais aussi en recourant aux technologies de cartographie, notamment par l’utilisation de satellites espions. Il est évident que les déplacements de tels flux de migrants – des cortèges de plusieurs milliers de personnes – dans une zone géographique sont vite repérés et suivis à la trace. A partir des informations collectées, la DRM rédige des « notes de renseignement » qu’elle a en charge de transmettre aux directions des armées et au pouvoir politique. Cela veut dire que ce dernier était donc parfaitement bien informé de ces flux bien avant que ceux-ci n’arrivent en France c’est-à-dire au moment où ils quittaient la Turquie sans aucune difficulté. Sans entrer ici dans les détails, il faut savoir que ces cortèges sont partis de Turquie, que le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) de l’ONU dispose d’un budget de 362,5 millions de dollars pour l’année 2015 pour le seul conflit syrien, que le même HCR agit sur place en concordance avec les gouvernements syrien, jordanien, irakien et turc et qu’il a le soutien de nombreuses organisations internationales pour assurer la sécurité des réfugiés qui fuient la guerre franco-étasunienne.

    Ceux qui viennent ici sont, exception faite des « opposants modérés » djihadistes, des individus qui ne pensent qu’à « sauver leur cul » au lieu de défendre leur pays agressé comme le fait la population en s’organisant en Comités de défense populaire. Alors pourquoi laisser faire ce débarquement brutal de migrants ? Pour plusieurs raisons : la France n’a plus de frontières depuis le traité de Maastricht et la Convention Schengen signée en 1985 qui est à ce jour ratifiée par vingt-six Etats a visiblement du mal a être appliquée; l’arrivée en flots médiatisés va permettre aux dirigeants français une  nouvelle campagne sur le thème « ils fuient la guerre du tyran Bachar el-Assad ». Sur ce point il faut rappeler qu’il n’y aurait pas de conflit si des organisations illégitimes n’étaient pas financées, armées et entraînées par plusieurs pays étrangers dont la France ; enfin, le grand patronat va ainsi disposer d’une main d’œuvre bon marché et sous-qualifiée qui va permettre de casser encore un peu plus le contrat social français.

    Washington ouvre un nouveau conflit au coeur de l’Europe

    Riposte Laïque : Vois-tu dans cette invasion un plan de destabilisation de l’Europe comparable à ce qui s’est passé en Syrie, avec les mêmes aux manettes ?

    Jean-Loup Izambert : Effectivement, ces arrivées de migrants par flux successifs va provoquer une déstabilisation. En un court laps de temps – quelques mois -, une population importante – selon l’agence européenne des frontières (Frontex) plus de 800.000 migrants sont « entrés illégalement » dans l’Union européenne en 2015 -, étrangère va débarquer dans les trois pays d’Europe occidentale qui ont les plus importantes communautés musulmanes, à savoir la France, l’Angleterre et l’Allemagne. L’une des raisons est que les dirigeants turcs sentent que leur croisade contre la république laïque syrienne commence à se retourner contre eux. Aussi, commencent-ils à se délester des groupes criminels qu’ils ont hébergés, entraînés et soutenu militairement avec les bases de l’OTAN de la région.

    Ces milliers de djihadistes-trafiquants recrutés dans la misère du monde arabe s’enfuient de Syrie vers la Turquie et vers l’Irak. Déjà, en août dernier, les services secrets turcs ont fait partir sur l’Ukraine des centaines de djihadistes pour monter à Kiev une « brigade musulmane ». J’évoque ce plan en détail dans le tome 2 de 56. Tout comme en 1940, ceux-ci se retrouvent aux côtés de groupes d’extrême-droite et néonazis pour se préparer à créer des troubles contre la Fédération de Russie, la Crimée et des Républiques d’Asie centrale. L’OTAN et les dirigeants français participent à cette opération contre la Fédération de Russie. En mars 2014, Laurent Fabius a été apporter son soutien et celui de la France à ce gouvernement totalitaire mis en place par Washington. Ce plan est préparé de longue date par l’administration étasunienne qui, voyant son échec poindre en Syrie malgré les cinq milliards de dollars déversés depuis 2011 aux organisations criminelles, tente de déplacer le conflit au cœur de l’Europe.

    Sans honte aucune, le ministre Fabius a échangé une cordiale poignée de main avec Oleh Tyahnybok, dirigeant du parti néonazi Svoboda. Celui-ci se fit remarquer en déclarant auparavant « vouloir purger l’Ukraine de 400 000 juifs et autres minorités». Svoboda, dont les militants défilent cagoulés, armés de barre de fer et la main tendue à l’image des anciens nazis a été classé en 2012 au cinquième rang des dix organisations les plus antisémites et les plus dangereuses du monde par le Centre Simon Wiesenthal. D’autre part, l’arrivée massive des ces immigrés va également avoir des conséquences sur le budget de l’Allemagne et de la France. S’il y a peu de chance que ces nouveaux immigrés participent au paiement des retraites des Français, par contre ces derniers sont sûrs de payer leur logement, leur chômage, leurs aides sociales puisqu’ils sont pratiquement tous sans ressources et même leurs mosquées comme le font déjà des élus locaux peu républicains. Bien évidemment tous ces fuyards ne sont pas des terroristes, loin de là. Mais le risque terroriste a considérablement augmenté avec leur venue et les dirigeants français en porte la responsabilité pour faire perdurer la guerre contre le peuple syrien. Il est désormais tout à fait envisageable que les forces de l’ordre soient amenées à arrêter des djihadistes qui auront été entraînés et armés en Turquie ou en Jordanie par la DGSE. Vous remarquerez que dans le même temps où s’est déclenchée cette opération médiatique sur l’Europe occidentale autour des flots de migrants, une autre vaste campagne médiatique a été lancée depuis les Etats-Unis contre le constructeur automobile allemand Volkswagen, mais aussi contre plusieurs firmes allemandes sous des prétextes futiles. Ces deux opérations visent bien évidemment à déstabiliser la première puissance économique de l’Europe occidentale. N’oublions pas que la guerre économique conduit toujours à la guerre totale.

    La France a besoin d’une transition radicale

    Riposte laïque : Le danger terroriste est-il aujourd’hui plus grand avec l’arrivée de ces centaines de milliers de nouveaux immigrés ?

    Jean-Loup Izambert : Oui, comme je le disais des groupes de djihadistes de l’ « opposition » sont entrés en Europe avec ces flots de migrants. Ceux-ci ont profité de ces cortèges organisés en Turquie par leurs comparses pour pénétrer en Europe. Du reste, pourquoi plusieurs milliers de migrants auraient-ils forcé les frontières en refusant de passer par les postes de contrôle en Hongrie ou en Macédoine – et même en France pour se rendre en Angleterre – s’ils n’avaient rien à se reprocher ? Lorsque vous demandez à être hébergé dans un pays, vous commencez par donner votre identité, à déclarer votre situation, à respecter ses lois et sa culture et vous ne cherchez pas à vous procurer des faux papiers d’identité comme certains l’ont fait. Plusieurs arrestations de membres de l’Etat islamique ont déjà eu lieu au Maroc et dans plusieurs pays d’Europe occidentale – Espagne, Belgique, Allemagne – mais d’autres ont pu se fondre dans la société française. Les organisations des Frères musulmans implantées en France leur apportent très certainement un soutien logistique. Il est bon de rappeler aux élus qui se précipitent un peu inconsciemment vers ces « pauvres migrants » une réalité qui leur échappe : le 6 juillet dernier, la magistrate Belge Michèle Coninsx, présidente d’Eurojust – l’organisation de l’Union européenne qui a pour mission la coordination de la lutte des pays européens contre le terrorisme, la criminalité organisée et transnationale -, indiquait que les groupes rebelles infiltrent et exploitent les cortèges de migrants. Ne pouvant divulguer toutes les informations dont elle a connaissance en raison des enquêtes en cours, elle précisait néanmoins que « l