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Yuval, 25 ans, étudiant : « J'ai décidé d'aller en prison pour protester contre l'occupation. J’ai fait trois séjours en prison militaire. Je suis content d’avoir fait cette démarche mais je ne suis pas certain que je le referais. Je n’ai pas fait quelque chose de mal, et pourtant j’ai été puni. Je ne crois pas que je méritais une telle punition. Bien entendu, nous avons utilisé la prison pour faire parler de l’occupation des territoires palestiniens. Disons que c’est une bonne façon de se battre mais il y en a peut-être de meilleures. » Tel-Aviv, 2014
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Tamar, 20 ans : « Je suis pacifiste. En 2008, j’ai choisi d’aller en prison pour pouvoir expliquer qu’il est possible de remettre en question le tabou du service militaire. Le plus important pour moi c’était que les gens entendent une voix différente. Je suis resté 3 mois en prison. Le dernier mois, je l’ai passé en isolement parce que je ne voulais pas porter l’uniforme. Au regard de ce qu’il se passe actuellement, je pense qu’il est d’autant plus important de refuser l’armée. La haine et l’intolérance envers ce genre de décisions sont encore plus fortes aujourd’hui qu’à ce moment-là. Le nationalisme, la propagande de droite ont fait perdre tout espoir. Ma génération a grandi sans aucun contact avec la société palestinienne. La haine vient donc plus facilement. » Tel-Aviv, 2014
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Kobi, 43 ans, mathématicien : « J’ai décidé de ne pas faire l’armée quand j’avais 12 ans. Je ne me sentais pas obligé de servir une société dont je ne me sentais pas faire partie. La première fois qu’ils m’ont convoqué, j’ai dit que j’étais gay, déprimé et déséquilibré. Aujourd’hui, je regrette d’avoir pris la voie la plus facile et de ne pas avoir déclaré que je refusais de servir dans l’armée. L’atmosphère en Israël devient de plus en plus irrespirable, il devient de plus en plus dangereux de manifester à Tel-Aviv contre l’occupation des territoires. » Haïfa, 2014
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Alex, 22 ans, travaille dans un cinéma : « À 17 ans, j’ai été dans les territoires occupés aider les Palestiniens à ramasser les olives. Ça m’a beaucoup marqué. Un jour, des colons ont volé toute la récolte de la journée. Leur argument était que tout ce qui pousse sur la terre d’Israël est aux Juifs. Il n’y a pas d’instance juridique pour régler ce genre de problème. J’ai compris que l’argument de la sécurité pour occuper la Palestine était un mensonge. J’ai décidé que je ne ferais pas le service militaire. J’ai passé cinq mois en prison pour désobéissance. » Tel-Aviv, 2009
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Ben, 27 ans, employé de vidéoclub : « Mon père a passé 40 jours en prison parce qu’il ne voulait pas servir l’armée à Gaza. Quand ça a été mon tour, je n’ai pas voulu y aller non plus. J’ai dit à l’officier chargé des problèmes mentaux que je ne voulais pas porter d’arme et que s’ils m’y obligeaient je l’utiliserais contre mes supérieurs. Cette décision a été l’une des plus importantes de ma vie. Quand je vois tous ces jeunes qui meurent pour la cause sioniste, je ne peux que me réjouir de ma décision. J’aimerais pouvoir sentir de la compassion pour ces soldats, mais honnêtement, je ne peux pas : quand ils appuient sur la gâchette et tirent sur des civils, c’est impardonnable. » Tel-Aviv, 2014
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Omer, 20 ans, étudiante : « Le système de l’armée fonctionne bien. Il ne laisse pas le temps de réfléchir. Je pense que les jeunes Israéliens doivent connaître la situation des Palestiniens pour pouvoir choisir s’ils font ou non l’armée. Mon père est un général important, il a été vice-président du Mossad. Nous sommes à l’opposé l’un de l’autre. J’ai passé deux mois en prison. Mon cas a fait beaucoup de bruit. Ça a été difficile, j’ai perdu cinq kilos. » Tel-Aviv, 2009
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Haggai, 26 ans, journaliste : « Quand j’avais 16 ans, j’ai eu un professeur qui pour la première fois nous parlait du conflit d’une façon différente. J’ai participé, cette même année, à un convoi pour la paix en Cisjordanie afin d’aider à reconstruire les maisons des Palestiniens qui avaient été détruites par l’armée. En 2001, quand nous avons décidé d’aller en prison pour protester contre l’occupation, nous étions 25. Un grand procès eut lieu. Les témoignages passaient à la télé. À la faculté de droit, ce procès est devenu un exemple important aussi bien du point de vue politique que philosophique. L’armée a voulu faire un exemple pour faire peur aux autres. Ils m’ont condamné à deux ans de prison. » Tel-Aviv, 2009
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Neta, 18 ans : « J’ai reçu une éducation très sioniste. Mais vers 15 ans, en cherchant sur Internet, j’ai découvert ce qu’était l’occupation des territoires palestiniens. Beaucoup d’amis militants autour de moi n’ont pas fait l’armée, je leur ai demandé conseils. Ils m’ont dit de ne pas aller en prison. En général, la raison qu’ils invoquent, c’est on ne peut pas y lutter. Mais j’ai tout de même choisi cette solution parce que je pense que les gens doivent savoir : l’armée israélienne ne respecte pas les droits humains et commet des crimes de guerre. » Haïfa, 2009
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Giyora Neumann, 55 ans, journaliste : « À 17 ans, en 1971, j’ai été le premier à refuser de faire l’armée et à aller en prison. À l’époque, j’étais militant de Matzpen, un parti politique socialiste, révolutionnaire et antisioniste. Nous étions contre l’occupation depuis le début (1967). Je l’ai aussi fait pour des raisons personnelles : ma famille avait souffert une autre occupation… en Pologne. Mes parents m’ont soutenu même s’ils avaient peur. Moralement, ils comprenaient ma position. Peut-être que d’un point de vue social, à cause de ce que l’on disait sur leur fils, ils en ont plus souffert que moi. » Tel-Aviv, 2009
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Naomi, 20 ans, étudiante : « Je n’ai pas fait mon service militaire parce que je suis contre l’occupation et contre la militarisation de la société israélienne. Il n’y a pas que les Palestiniens qui souffrent de la militarisation de notre société. Nous avons l’une des armées les plus importantes au monde, alors que nous sommes un tout petit pays. L’argent qui est investi dans la défense ne l’est pas ailleurs, dans l’éducation par exemple. Ce fut un problème quand j’ai voulu chercher un travail. Je devais travailler dans une librairie, mais quand ils ont vu que je n’avais pas été à l’armée, les patrons ont changé d’avis. » Tel-Aviv, 2009.
Israël détient le record mondial en dépenses d'armement par habitant : 1 429 US $ en 2006 (source :Le Temps – Suisse). -
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Gal, 19 ans : « Je me souviens, quand j’avais 13 ans, avoir vu à la télé les refuzniks qui allaient en prison pour ne pas faire l’armée. Je les trouvais répugnants. Les attentats suicides des années 2002-2003 m’avaient marqué. Par la suite, j’ai lu sur l’histoire palestinienne et j’ai réalisé toute l’étendue de mon ignorance. Finalement, surtout à cause de ma famille, j’ai décidé de me faire réformer pour problèmes psychologiques. Je crois que le plus difficile pour mon père, c’est quand les gens lui demandent ce que je suis en train de faire. Si j’étais un garçon “normal”, je serais à l’armée. » Haïfa, 2009
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Daniel, 24 ans, étudiant : « Étant socialiste, je n’ai pas voulu faire l’armée parce que je suis contre l’impérialisme. Par ailleurs, au niveau de la société israélienne, la guerre a toujours été synonyme d’injustice sociale. N’importe quel problème social majeur passe à l’arrière-plan du débat public si l’État décide que l’armée doit attaquer le Liban ou Gaza. Mes parents ne voulaient pas de drame pour leur fils unique. J’ai finalement été réformé pour problèmes psychologiques. » Haïfa, 2009
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Margarida, 23 ans : « Je suis arrivée du Brésil en Israël à 14 ans avec ma famille. J’ai commencé mon service à 19 ans et je leur ai demandé d’être près de chez moi. Ils ne m’ont jamais écoutée. Au final, j’ai dû prendre 60 comprimés pour qu’ils comprennent que c’était sérieux et ils m’ont virée. Je rêvais de travailler à l’aéroport, mais maintenant c’est impossible. » Ashkelon, 2009
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Avner, 32 ans, historien : « J’ai grandi dans un kibboutz, dans une famille de gauche sioniste. Tous les hommes de ma famille sont dans l’armée. À 18 ans, j’y suis allé confiant, je pensais que nous étions les bons, même si nous faisions parfois des erreurs. Mais quand j’ai découvert comment vivaient les Palestiniens, j’ai pensé que c’était inacceptable de voir que l’armée, au lieu de protéger notre pays, défendait un projet colonialiste. Avec 13 autres soldats, nous avons envoyé une lettre qui expliquait que nous ne voulions pas être réservistes. » Jérusalem, 2009
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Tal Sela, 33 ans, éducateur : « J’ai été affecté à 19 ans dans une unité d’élite. Pour cette spécialisation, il fallait prendre des cours et j’ai donc tout de suite su que j’allais rester un an et demi de plus que la normale. En 1997, il y avait la guerre au Liban. Le 15 septembre, douze soldats israéliens sont morts à cause d’une charge explosive qu’ils transportaient. Ils ont envoyé mon unité pour récupérer les corps. Je suis resté traumatisé par l’horreur. Maintenant je ne veux plus être réserviste. Je suis membre de l’association Combattants for peace. » Tel-Aviv, 2009
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Raz, 19 ans : « Quand j’avais 15 ans, je ne connaissais rien aux Palestiniens. Je vivais dans une sorte de bulle. Mais quand je suis allée dans les territoires pour la première fois, j’ai vu très clairement que l’occupation n’existe pas pour des raisons de sécurité. J’ai clairement ressenti qu’on m’avait menti. En 2008, nous étions sept à refuser de faire l’armée. J’ai passé quatre mois en prison. Je me suis confronté à la réalité des autres filles qui étaient dans des situations bien plus compliquées que moi aussi bien au niveau social que familial. » Tel-Aviv, 2009
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Hilla, 23 ans, étudiante : « Je ne me voyais pas dans l’armée, mais je voulais donner quelque chose à la société. Je voulais faire un service civil. Cela a posé un gros problème à mes parents. Nous nous sommes disputés très sérieusement. J’ai finalement déclaré que j’étais pacifiste et je suis passée devant une commission. Mon père m’a soutenue et s’est même prêté à cette comédie imposée par l’armée en étant mon témoin lors de cet entretien. » Haïfa, 2009
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Uri, 26 ans : « Quand j’étais au lycée, j’ai commencé à comprendre que ce qu’on nous apprenait à l’école n’était que partiel. Je me suis intéressé à la politique et je me suis positionné contre l’occupation des territoires palestiniens. À 17 ans, pour la première fois, j’ai pensé que je ne devrais pas y aller. Ce fut un choc pour mes parents. Ils ont essayé de me convaincre, mais ils n’ont pas réussi. J&rsquo

Pulsion de vie.
de Thierry Ledru
La Vie est une pensée qui a pris forme, il y a bien longtemps, cette pensée sous-tend deux voies indissociables l’une de l’autre, la première est la naissance de la vie (de la cellule), sa multiplication par division, créant ainsi une nouvelle cellule et la deuxième est la mort de la cellule programmée originellement pour une certaine durée de vie…
Dans sa nature originelle, la vie est composée de pulsions de vie et de pulsion de mort. La biogénèse nous enseigne que le renouvellement de la vie est programmé ou formaté. Le compte à rebours a -t-il commencé ? comme Albert Jacquard nous l'enseigne.
Si je m’en tiens à l’idée que la Vie est une pensée qui a pris forme, cela sous-entend que cette pensée contient deux voies :
- Une pulsion de vie dont le but est de créer, de prolonger puis de renouveler.
- Et une pulsion de mort.
Pour que ce renouvellement se fasse, la mort a pour rôle de mettre un terme aux formes. Il était inconcevable que des formes apparaissent sans que celles existantes ne laissent leur place.
Dans la pensée de la Vie, il y a une finitude des formes, mais pas de la Vie elle-même. C’est juste un remplacement afin que les formes existantes soient vivaces, exaltées, enthousiastes, lumineuses et soient dans un état favorable à l’idée du renouvellement. L’épuisement de la forme n’est pas compatible avec l’idée de reproduction. Le principe de la reproduction s’appuie sur des formes robustes. La Mort n’intervient pas comme une fin mais comme une évolution possible.
Le remplacement implique l’éventualité d’une amélioration, d’un renforcement, d’une transformation nécessaire. Rien n’est figé parce que la Mort se charge d’éliminer l’ancien temporel afin que la Vie propose une suite elle-même provisoire, nourrit par des changements constants, aussi infimes soient-ils, ou aussi dérisoires dans le temps d’existence de cette forme.
Le Temps de la Vie s’inscrit dans un système solaire dont la durée n’est pas accessible à notre cerveau. L’évolution de cette Vie n’est pas plus palpable. Tout juste une intuition malgré toutes les connaissances accumulées.Des savoirs qui progressent et se transforment eux aussi.
Cette mort a pourtant eu une conséquence néfaste dans ce système parfait.
La pulsion de mort, générée par la pensée, est devenue chez l’homme une véritable addiction.
Un enfant marche le long d’une haie. Il laisse traîner sa main dans les feuillages puis soudainement, il serre les doigts et arrache une feuille. Il la malaxe quelques secondes et la laisse tomber au sol.
Pulsion de mort !
Un geste irréfléchi ? Une action impulsive, très facile à réaliser, générant un sentiment de puissance qui vient renforcer l’identification de l’individu, cette irréalité du détachement envers la Vie.
« Tu as écrasé cette chenille. C’était facile. Maintenant, refais-la. » Lanza del Vasto.
« Je ne suis pas cette plante, je ne suis pas cette chenille. »
Et se disant cela, l’enfant peut la blesser ou la tuer. Elle n’est pas « lui ».
Effectivement, elle n’est pas « lui », mais elle porte une Vie identique à celle qui est en lui.
Pour concevoir cette idée, il faut être habité par la pulsion de Vie. Cela implique un détachement envers cette identification formatée dont l’individu est abreuvé depuis sa naissance par l’éducation, la société, l’histoire antédiluvienne, des conditionnements répétés, le matérialisme mondialisé, l’idée consternante que les humains possèdent la Terre. Et par conséquent la Vie.
La pulsion de vie n’est pas la norme en vigueur dans le monde occidental. Elles l’est chez les Peuples Premiers, les kogis par exemple.
La pulsion de mort a un impact incommensurable. Elle répond à des désirs immédiats d’identification et cette identification favorise le développement de comportements mercantiles. La pulsion de mort renforce le conditionnement qui consiste à présenter l’individu comme détaché de la Vie. Il y a lui et « l’environnement ».
En étant éduqué comme une entité individuelle évoluant dans un environnement et non comme un fragment d’une entité originelle, une pièce infime d’une image immense et en dehors de laquelle il n’est rien, l’individu n’est pas amené à se tourner vers la pulsion de Vie mais bien au contraire à exploiter cette pulsion de mort qui exacerbe ce schéma de pensée éducatif.
Les effets mercantiles se mettent en place dès lors que l’identification à l’individu est suffisamment ancrée pour que des désirs de puissance viennent l’alimenter. Posséder et détruire sont deux phénomènes révélateurs de ce formatage de la pensée.
La possession matérielle va apporter à l’individu un renforcement de sa distinction, de cette croyance à son extériorité au regard du phénomène vital. En accumulant les biens, il comble inconsciemment le vide existentiel tombé en lui avec son rejet forcené du phénomène vital. Etranger au cœur de ce phénomène vital, il va s’engouffrer au cœur du matérialisme « vivant ». L’appartenance à des groupes sociaux renforce là encore l’identification étant donné qu’elle créé un miroir dans lequel l’individu s’observe. « Je suis comme ceux-là. »
Tous les phénomènes sociaux, qu’ils soient politiques, économiques, religieux, consuméristes, médiatiques… sont des excroissances de cette pulsion de mort. Il s’agit tout simplement de renforcer sans cesse, en multipliant les supports, tout ce qui permet de combler le vide laissé par la perte de la pulsion de Vie et la perte de quête de sens.
Là où le phénomène a pris une ampleur jamais perdue depuis, c’est lorsque certains individus totalement impliqués dans cette pulsion de mort se sont aperçus du bénéfice qu’ils pouvaient en tirer. Ils sont devenus « les Maîtres » à penser. Dans un schéma de pensées individualistes.
La guerre en est l’exemple parfait : pouvoir, puissance, accumulation des richesses, extension des territoires, suprématie etc… Pour parvenir à ses fins, un conquérant, qu’il soit président élu, dictateur ou empereur doit avant tout accumuler des armes. Il faut des matières premières, des usines, des marchands. Des sommes colossales. Une fois les terres ravagées et la paix revenue, il faut reconstruire. Des sommes colossales et des bénéfices pour les exploitants.
Et la mort et la détresse pour les exploités... La pulsion de mort dans toute son horreur. Les instigateurs des combats n’en seront pas les victimes. Il leur aura suffi d’utiliser les masses populaires, celles qui depuis leur naissance ont appris à être identifié à eux-mêmes, puis à une nation, à un drapeau, à des idées politiques, à tout un ensemble intellectuel, jusqu’à la déraison. Pensant avec les Maîtres en retirer des bénéfices. Aussi dérisoires soient-ils. L’essentiel étant de continuer à exister comme l’individu qu’ils ont appris à être.
Il aurait été envisageable qu’à la suite de deux guerres mondiales dévastatrices, l’humanité s’engage dans un cheminement réfléchi au regard du Vivant. Il n’en a rien été. Rien de durable. La mondialisation spirituelle a été étouffée par la mondialisation matérielle.
En temps de paix, la pulsion de mort est également très profitable. Le principe est toujours le même. Pour exister, il faut posséder et combler le vide de la pulsion de Vie abandonnée. Les possessions matérielles sont là pour ça. L’individu existe parce qu’il a une maison à son nom, une voiture à son nom, un compte en banque à son nom, des enfants qui portent son nom, il a un bout de terrain qui lui appartient, il achète la technologie à la mode et il peut en parler avec ceux qui font comme lui, il est supporter d’un club de foot, il a même une femme qui a pris son nom…
Mais tout ça ne serait pas très enthousiasment s’il n’y avait pas la possibilité de changer. Il suffit de casser et on remplace, il suffit d’attendre la dernière nouveauté et on remplace, il suffit de jeter, de perdre, d’abîmer, d’user, d’abuser. Même une femme, « ça » se remplace…Mêmes des enfants, « ça » se remplace, « ça » se jette. C’est normal tout ça. Tout le monde vit comme ça. C’est le monde moderne.
Il est tout aussi intéressant de renforcer les appartenances. Les religions ont montré la voie dans ce domaine. Les religions technologiques les ont remplacées. Toujours des appartenances, du néant pour combler le vide originel. Les religions politiques, les religions médiatiques, les religions syndicalistes, historiques... Du néant.
Ce qui importe pour tous les Maîtres de ces mouvements, c’est de prolonger et d’intensifier les richesses accumulées, de renouveler la masse des consommateurs, des électeurs, des participants. Il suffit qu’ils y trouvent du rêve à défaut d’une réalité enviable.
Il est facile de faire rêver un endormi.
Dans la pulsion de Vie, le principe du renouvellement est une nécessité afin de maintenir la vie.
Dans la pulsion de mort, le principe du renouvellement est évènementiel. Il s’agit de créer un évènement qui va renouveler le rêve, lui donner un nouveau visage. Il n’y a aucune nécessité intrinsèque mais une intention cachée. Il faut changer la décoration de la cellule.
Le droit de vote n’est jamais que le droit de rester endormi. Comme il est doux de continuer à rêver après avoir fait son devoir…Juste le devoir inséré dans le cerveau de la masse par les Maîtres du système.
«Ce n’est pas un signe de bonne santé que d’être adapté à une société malade. » © Krishnamurti.
Il ne sert à rien de chercher à améliorer le confort d’un malade quand on en oublie de combattre la maladie. Ou pire encore quand on ne la voit même pas.
Ce monde moderne s’entête dans une voie sans issue.
Et je ne vois aucune solution collégiale au problème. L’Humanité n’évoluera qu’au regard de l’évolution spirituelle de chacun.
D’avoir perdu le sens de l’unité originelle a généré une unité fondée sur l’individualisme.
Les individus se regroupent sous les bannières des Maîtres à penser. Eux-mêmes regroupés sous la bannière de leurs propres intérêts et de leurs pulsions les plus basses.
Le monde moderne fonctionne comme une unité morcelée qui broie l’individu en prônant sa liberté.
Il est impossible d’imaginer ce que sera l’Humanité dans dix mille ans. En imaginant qu’elle existe encore.
Une évolution positive est-elle encore envisageable ? Une évolution réfléchie bien entendue, pas une somme de réactions forcenées, dictées par des évènements catastrophiques…
Je n’ose même pas essayer d’imaginer ce qu’il restera de la Nature.
Et cette douleur-là m’est insupportable.
Pour l’Humanité elle-même, je n’en éprouve aucune peine. C’était sans douteun beau projet.
Mais la pensée de la Vie aura peut-être besoin d’en changer.
Il fallait voir ce que nous étions capables de faire et de devenir...
Nous ne sommes finalement peut-être qu’une expérience.
Pulsion de vie © Thierry Ledru pour frenchwritersworldwide.com
11 juin 2012.
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