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  • Méditation (8)

    La méditation consiste à être conscient de chaque pensée, de chaque sentiment ; à ne jamais les juger en bien ou en mal, mais à les observer et à se mouvoir avec eux. En cet état d'observation, on
    commence à comprendre tout le mouvement du penser et du sentir. De cette lucidité naît le silence. Un silence composé par la pensée est stagnation, une chose morte, mais le silence qui vient lorsque la
    pensée a compris sa propre origine, sa propre nature et qu'aucune
    pensée n'est jamais libre mais toujours vieille, ce silence est une méditation où celui qui médite est totalement absent, du fait que
    l'esprit s'est vidé du passé. Si vous avez lu ce livre attentivement pendant une heure, c'est cela, la méditation. Si vous n'avez fait
    qu'en extraire quelques mots et que rassembler quelques idées afin d'y penser plus tard, ce n'est pas de la méditation.

    La méditation est un état d'esprit qui considère avec une attention complète chaque chose en sa totalité, non en quelques-unes seulement de ses parties. Et personne ne peut vous apprendre à être attentif. Si
    un quelconque système vous enseigne la façon d'être attentifs, c'est au système que vous êtes attentif, et ce n'est pas cela, l'attention. La méditation est un des arts majeurs dans la vie, peut-être « l'art suprême », et on ne peut l'apprendre de personne: c'est sa beauté. Il n'a pas de technique, donc pas d'autorité. Lorsque vous apprenez à vous
    connaître, observez-vous, observez la façon dont vous marchez, dont vous mangez, ce que vous dites, les commérages, la haine, la jalousie - être conscients ?de tout cela en vous, sans option, fait partie de
    la méditation.

    Ainsi la méditation peut avoir lieu alors que vous êtes assis dans un autobus, ou pendant que vous marchez dans un bois plein de lumière et d'ombres, ou lorsque vous écoutez le chant des oiseaux, ou lorsque vous regardez le visage de votre femme ou de votre enfant. Comprendre ce qu'est la méditation implique l'amour: l'amour qui n'est pas le produit de systèmes, d'habitudes, d'une méthode. L'amour ne
    peut pas être cultivé par la pensée ; mais il peut - peut-être -
    naître dans un silence complet en lequel celui qui médite est entièrement absent. Un esprit ne peut être silencieux que lorsqu'il comprend son propre mouvement en tant que penser et sentir, et, pour le comprendre, il ne doit rien condamner au cours de son observation.
    Observer de cette façon est une discipline fluide, libre, qui n'est pas celle du conformisme.

    Krishnamurti - Se libérer du connu

  • Méditation et bienveillance (19)

    Se confronter à ses émotions

    Dans son nouveau livre « Frappe le ciel, écoute le bruit », Fabrice Midal nous explique le but de la méditation. Il ne s’agit pas de faire le vide dans sa tête ni de se détacher de tout, mais d’observer nos pensées et nos émotions afin d’entrer en rapport avec la réalité de ce qui surgit en nous.
    Après quelques mois de pratique quotidienne, j’ai eu l’envie d’aller plus loin. Je suis parti, au mois de mars 1990, dans un petit village de la Suisse italienne où était organisée une retraite d’un mois. Nous devions être une trentaine de personnes venues de toute l’Europe. Le matin, nous nous levions à 6h30, la pratique commençait à 7 heures. Nous prenions ensuite le petit déjeuner de manière méditative, en suivant un très beau rituel venu du zen où l’on mange selon des gestes précis qui nous aident à être plus attentifs. Nous avions ensuite une petite pause avant de reprendre la méditation jusqu’à l’heure du déjeuner.
    Une interruption s’ensuivait, puis la pratique occupait toute l’après-midi. Entre deux méditations assises, nous effectuions une méditation en marchant, où au lieu de porter l’attention sur le souffle, nous étions attentifs au mouvement du corps et à la sensation des pieds qui se posent sur le sol.
    Après le dîner, nous pratiquions encore jusqu’à ce qu’il soit l’heure d’aller nous coucher.
    Tous les trois ou quatre jours, je rencontrais, pour un entretien individuel, un enseignant avec lequel j’abordais les difficultés de ma pratique.
    Quand, aujourd’hui, je décris ce programme, je suis frappé par son exigence et par la façon dont j’ai alors sauté à pieds joints dans la pratique. Mais à l’époque, cela ne m’est pas du tout apparu ainsi. J’ai simplement répondu à un appel profond. Puisque la pratique de la méditation me semblait une réponse réelle, autant m’y engager pour de bon.

     

    Un miroir et une aventure


    Quand la retraite a commencé, la première chose qui m’a frappé, c’est que je n’avais nul besoin de réfléchir à ce que je voulais faire. Je n’avais qu’à suivre l’emploi du temps.
    Dans cette situation simplifiée, je pouvais observer beaucoup plus précisément mon propre état d’être : si j’étais malheureux ou joyeux, tendu ou apaisé, cela n’était dû qu’à mon propre état d’esprit puisque le contexte dans lequel je me trouvais restait immuable.
    C’est un peu étrange quand on y songe, je découvrais qui j’étais en ne faisant rien d’autre qu’entrer en rapport avec mon souffle. Durant cette retraite, je n’ai pas été invité à analyser mes souffrances, ni à passer de tests de personnalité. Et pourtant, ce fut un voyage incomparable pour me relier profondément à qui je suis et pour comprendre un peu mieux mon propre esprit.
    Et en effet, quand on participe à un séminaire ou à une retraite, ce n’est pas pour faire des expériences transcendentales, ni pour se vider la tête, ou toutes ces niaiseries que l’on lit trop souvent. On part pour se rencontrer et travailler courageusement avec ce que l’on est. Ce sont les deux points cruciaux. D’abord, on se rencontre puis on apprend à travailler avec ce qui émerge.

     

    Se confronter à la détresse


    En pratiquant, je découvrais aussi un sens de présence à la fois bon, ouvert et sain. Ce fut une expérience très forte. Je voyais un arbre, la neige, les montagnes comme jamais. Comme je les appréhendais libres de mes interprétations, ils semblaient devenir plus réels.
    Mais du coup, mon inévitable tendance à commenter la réalité, à la juger et surtout à penser sans cesse à autre chose, me donnait le sentiment que je gâchais la simplicité de la présence. Je regardais la montagne, et j’étais déjà en train de penser à autre chose. Cela me désolait. Le monde était magnifique, mais moi, me disais-je, je ne fais que l’abîmer. Je m’en voulais beaucoup.
    Lors d’un entretien, celui qui dirigeait la retraite me dit : « C’est vraiment très étrange, tu es tellement gentil avec les gens mais tellement dur avec toi. Pourquoi t’en veux-tu autant ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? »
    Mon enfance avait été, il est vrai, très dure. Dans cette retraite, j’en faisais l’épreuve. Un soir, je me souviens, j’ai même explosé de désespoir : la nuit était tombée et je me suis jeté sur un talus, en larmes. Je l’ai frappé de toutes mes forces en hurlant : « Je ne veux pas être moi. » Plusieurs personnes cherchèrent à me ramener au calme, mais sans y parvenir. Je hurlais : « Non ! Je ne veux pas être moi ! », éprouvant comme jamais cette blessure intense et cette rage qui m’habitaient.
    Cet épisode éclaire un point important de la pratique : même si personne n’a besoin de faire des expériences aussi intenses et douloureuses, méditer implique de mettre au jour ce que nous sommes, ce qui nous travaille, y compris nos ombres et nos peurs. C’est seulement en touchant là où nous avons mal que nos pouvons ensuite avoir de la bienveillance pour nous et qu’une guérison est possible. Voyant aussi abruptement et clairement cette dureté qui m’habitait, je pus y apporter de la douceur. Ce fut l’autre versant de cette retraite.

     

    Découvrir la bienveillance


    J’étais sans cesse en train de penser à mille choses, d’éprouver des émotions intenses et les rares fois où je revenais au souffle, je commentais la chose avec une dureté acerbe. C’est tout juste si je ne m’insultais pas. « Quel incapable je suis, même pas capable de rester présent deux minutes ! »
    Il m’a fallu beaucoup de temps pour apprendre à être plus doux. L’enseignant m’y invitait : « Ne rejette pas les pensées qui s’élèvent. Tu ne ferais que te cogner la tête contre un mur. Méditer ne consiste pas à rester dans un état d’ouverture parfait, mais à faire vraiment l’épreuve de ton expérience, avec ses hauts et ses bas. Si tu pars en guerre contre toi ou contre certains aspects de toi, tu vas te faire beaucoup de mal. Ce n’est pas le sens de la pratique. » Je refusais de l’écouter. Je voulais réussir.
    Quelques temps plus tard, il revint sur ce point, en me donnant une instruction précieuse : « Il faut que tu prennes le temps de rencontrer ton expérience, avant de revenir. Si tu es traversé par la colère, sens la couleur, le climat, la texture de ton expérience. Puis ramène ton esprit simplement à l’ouverture nue du présent. »
    Ce fut une instruction importante. Méditer ne consiste pas à simplement « revenir », mais aussi à entrer en rapport avec la réalité de tout ce qui surgit en nous – nos pensées comme nos émotions. C’est une manière d’apprendre à dire bonjour à ce qui est.

    Il est frappant de constater qu’actuellement la plupart des gens pensent que pratiquer consiste à être détaché de ce qu’ils ressentent. Ils considèrent que leurs émotions et leurs difficultés sont des obstacles. Ou encore ils croient qu’il faudrait avoir un tempérament contemplatif pour pratiquer ! Ce n’est pas du tout le cas. Méditer consiste à entrer pleinement en rapport avec la réalité, telle qu’elle est. Ne pas s’en vouloir d’être aussi malheureux ou confus, maladroit ou déprimé. Cioran écrit très justement : « Pour nous conserver en bonne santé, nous ne devrions pas nous modeler sur le sage mais sur l’enfant, nous rouler par terre et pleurer toutes les fois que nous en avons envie. (...) L’homme qui se contient, qui se domine en toute rencontre, l’homme ‘distingué’ en somme est virtuellement un détraqué. »

    Frappe le ciel, écoute le bruit, Fabrice Midal
    Éditions Les Arène
    s (Janvier 2014 ; 243 pages)

  • Démystifier la méditation (7)

    Démystifier la méditation

     

    avec Fabrice Midal

     

    http://www.inrees.com/articles/demystifier-la-meditation-Midal/

     
     
    La méditation... Comment s’ouvrir à une dimension plus grande et passer du méditant grenouille à la posture du yogi ? Fabrice Midal pense que c’est en se confrontant à la réalité du monde et à nos souffrances que nous pouvons trouver le véritable bonheur. Il nous livre le fruit de 25 ans de pratique dans son livre « Frappe le ciel, écoute le bruit ».

    © Fabrice Midal
    Non, la méditation n'est pas une sorte de technique de bien-être qui nous donnerait le bonheur sans effort, ni non plus une pratique austère réservée à quelques privilégiés. Selon Fabrice Midal, la méditation peut nous permettre de trouver un chemin permettant une prise de conscience plus grande, plus mystérieuse et passionnante. Dans son livre « Frappe le ciel, écoute le bruit », le philosophe se confie pour la première fois sur son histoire et sa découverte de la méditation. Le récit d’un homme qui ne cesse de se poser des questions quant au fait d’exister... En se confrontant à ses douleurs passées et aux souffrances du monde, il nous montre que le bonheur et l’unité sont une quête de chaque instant. Entretien exceptionnel.


    Méditer : quelle est votre définition de ce mot devenu passe-partout?

    Méditer, c’est développer un sens d’attention délibérée dans le moment présent tel qu’il est — attention qui inclut toutes nos perceptions sensorielles, c’est-à-dire l’entièreté de notre être. Au quotidien, nous sommes généralement focalisés sur une seule chose. Nous pensons à quelque chose ou encore regardons un objet mais sans la plénitude de notre être — en oubliant notre corps. Avec la méditation, nous développons une attention ouverte. C’est à la fois extrêmement simple mais très déconcertant, car nous n’avons pas du tout l’habitude de cultiver une telle manière de faire.

    Beaucoup d’images véhiculées donnent de la méditation une image trop exotique... Elles nous empêchent de voir qu’il y a dans la méditation quelque chose d’incroyablement concret, évident et humain. Ce qui n’empêche pas qu’elle soit la quintessence au cœur de toute voie spirituelle, mais nous le comprenons que si nous partons de son incroyable simplicité. Méditer c’est apprendre à découvrir l’ampleur magnifique et infinie du présent.


    Dans votre livre, vous dites d’ailleurs : « méditer, c’est redevenir l’enfant que j’étais qui pose une question quant au fait d’exister… »

    Si je regarde ce que j’ai appris en 25 ans de méditation, ce n’est pas ce qu’on aurait tendance à croire quand on ne connaît pas cette discipline. Elle m’a appris à retrouver un sens d’innocence, à m’interroger et à pouvoir m’étonner à neuf devant la réalité. Ce qui me semble le plus décisif et à la fois le plus oublié, c’est que la méditation n’est pas une technique pour essayer de se calmer ou se détendre ou je ne sais quoi … Méditer, c’est entrer dans un rapport profond à notre existence pour révéler un sens de présence plus grand à soi, aux autres et au monde, une plus grande bienveillance qui nous guérit de la souffrance, de la douleur et de l’isolement. Méditer, c’est ainsi éclairer, éclaircir, enrichir, éveiller notre vie toute entière.


    Et redevenir intérieurement un enfant ?

    Au fond, tout être humain a en lui une forme d’innocence, quels que soient les actes qu’il a faits. Cet état est un aspect primordial de notre être… La méditation nous aide à le retrouver et c’est absolument fondamental. Nous ne sommes pas uniquement cet homme, qui a cette vie, ce statut social, cette identité sexuelle. Il y a quelque chose de plus profond en nous, un secret. C’est d’ailleurs cette dimension de conscience plus grande que vous essayez d’explorer à l’INREES. Tout l’enjeu de mon travail, tout l’enjeu du livre, c’est d’arriver à montrer comment cette dimension de présence plus ample est à la fois très simple, à portée de main, et en même temps extraordinaire ! La méditation est sans doute la plus simple et directe manière d’entrer en rapport avec ce mystère au cœur de notre propre existence.


    Nous n’avons pas toujours l’impression que ce soit si simple…

    Nous avons tendance à penser que la méditation est soit compliquée et donc hors de portée, ou à l’inverse très simple et nous perdons alors l’émerveillement devant le secret de notre propre être. Mon livre s’appelle « Frappe le ciel, écoute le bruit » et non pas « Douze leçons pour être heureux tout de suite ». Il porte un titre énigmatique car être en rapport avec cette ouverture de la conscience, c’est être du côté de cette interrogation. Cette phrase ne nous donne pas de certitude, elle nous ouvre l’esprit.

    Souvent, quand nous souffrons, c’est que nous avons perdu cette ouverture… Si vous, vous frappez le ciel, est-ce que vous entendez quelque chose ?


    Dans votre livre, vous comparez le « yogi » au « méditant grenouille ». Quelles différences ?

    C’est Francisco Varela - neurobiologiste et philosophe chilien - qui en parlait souvent quand il enseignait la méditation… C’est lui qui m’a en grande partie formé. Il disait : « Surtout, ne devenez pas comme les méditants grenouilles ! Parce que les grenouilles, elles sont calmes, elles ne bougent pas, mais ce n’est pas pour autant qu’elles sont en rapport à une ouverture réelle. »

    Méditer ce n’est pas être calme – c’est être ouvert et vigilant, présent dans la plénitude de notre être. C’est ainsi que nous pouvons être en rapport avec ce qu’il appelait de manière absolument magnifique : le présent vivant.

    Le yogi est l’être qui ne sépare pas le travail spirituel de l’engagement dans le monde. Pour lui, méditer ce n’est pas essayer d’être calme, mais transmuter les activités ordinaires en voies de sagesse. Autrement dit, le yogi pratique la méditation pour faire de chacune de ses activités une occasion d’ouvrir son esprit et son cœur. C’est une voie très parlante pour nous, car je ne suis pas sûr que la voie monastique soit aussi pertinente pour nous aujourd’hui qu’elle a pu l’être à d’autres époques pour des raisons sociales et historiques. Or c’est ainsi en Orient que la voie des yogis a été pensée, comme une alternative à la voie monastique. Une voie spirituelle pour les gens engagés dans le monde, pour les laïcs.


    Comment définir cet engagement ? Que cache-t-il ?

    C’est l’idée que toute expérience mise dans le creuset de la présence va devenir l’occasion d’une plus grande ouverture. Nous avons parfois l’idée que la méditation consiste à se protéger de la réalité : grâce à la méditation, je vais être calme ; quelqu’un va me faire du mal, je vais être calme ; on va me marcher sur les pieds, je vais être calme… C’est une idée très pauvre de la méditation. J'ai été blessé par une situation ? Quelqu’un souffre autour de moi ? Comment faire de cette expérience l’occasion d’une plus grande ouverture, d’une plus grande intelligence, d’un sursaut d’amour, d’un sursaut de générosité, d’une plus grande responsabilité ? C’est cela la voie.


    Pourquoi étiez-vous si heureux, à l’adolescence, en découvrant la méditation ? Correspond-elle aujourd’hui à l’idée que vous en aviez à l’époque ?

    Les premiers mois où j’ai pratiqué ont été très difficiles. En pratiquant, je n’ai pas du tout expérimenté l’ouverture mais plutôt d’incroyables tensions. Pourtant, c’était une expérience d’un immense bonheur parce que j’ai eu le sentiment profond d’avoir trouvé un chemin et de ne pas être condamné à la souffrance qui était alors la mienne. Je prenais conscience qu’il existe une possibilité de travailler avec son être, quelle que soit la situation. C’est vraiment une chose très importante aujourd’hui où le découragement et le cynisme règnent si profondément. La méditation montre l’incroyable imposture de ce découragement. Je crois que la méditation redonne sens à une espérance tangible et concrète dont nous avons absolument besoin.


    Comment notre souffrance peut-elle nous permettre de prendre confiance ?

    Nous croyons souvent qu’en enlevant la souffrance, ou en luttant contre elle, nous allons être heureux et avoir la paix. C’est une idée profondément agressive ! Nier la souffrance pour essayer d’atteindre le bonheur ne donne pas le bonheur. Reconnaître la souffrance, la difficulté, nos parts d’ombre, c’est ce qui donne un sens réel de plénitude. C’est complètement déconcertant ! Ce que nous apprend la méditation, ainsi que toute voie spirituelle, c’est qu’il faut entretenir un rapport de douceur avec nos souffrances. J’ai eu une enfance extrêmement difficile… Et je raconte dans ce livre comment la méditation m’a aidé à guérir de mon enfance, et comment c’est en accueillant la souffrance qu’on peut la guérir. Au fur et à mesure que je suis rentré dans la pratique, j’ai découvert d’autres zones de souffrance, d’autres zones sur lesquelles travailler. Mon chemin de 25 ans de méditation n’a pas été un chemin en permanence heureux, mais une aventure palpitante et réelle où j’ai été confronté au manque d’amour, à mes insuffisances et à nombre d’aventures.


    Pourquoi idéalisons-nous les gens qui enseignent et parlent de méditation ?

    Parce que nous manquons tellement de confiance en nous. Nous pensons que nous ne sommes pas capables de faire comme les grands sages.

    Lorsque nous regardons quelqu’un qui pratique, comme le Dalaï-Lama ou Nelson Mandela, nous sommes intimidés. Nous voyons un personnage apaisé et serein.

    Or en réalité, ils ont été comme nous. Nelson Mandela a témoigné des immenses difficultés qu’il a traversées, des doutes qu’il a eus… Il n’est pas devenu cet homme extraordinaire, qui a réussi à surmonter la haine et montrer une possibilité d’ouverture, sans une immense réflexion, sans d’immenses tourments. La sérénité se gagne en étant honnête sur ses difficultés, non pas en restant immobile et insensible. Le Dalaï-Lama pratique encore tous les jours !

    Pourquoi est-ce que je dénonce une vision romantique de la spiritualité ? Parce qu’elle nous fait beaucoup souffrir. Nous pensons qu’il existe des gens extraordinaires qui n’ont rien à voir avec nous. Nous rêvons d’être comme eux, et par là, nous ne nous mettons pas au travail. Nous renonçons à travailler sur notre propre esprit. C’est dommage ! Toutes les personnes extraordinaires ont été exactement comme nous, elles se sont juste mises en chemin. Le chemin ne nous demande pas d’être parfaits, mais d’être vraiment ce que nous sommes.


    Un jour, vous faites une expérience méditative où le temps et l’espace ne sont pas séparés. C’est aussi ça une prise de conscience ?

    C’est une expérience très simple que nous avons tous faite, et où nous sommes dans un rapport au temps complètement autre que celui linéaire de l’horloge. La méditation nous invite à une présence et non à une succession de moments. Le passé est là comme mémoire vivante et non comme ressassement. L’avenir est là comme ouverture et non comme anticipation. Et ce rapport au temps est lié à l’espace. Dans la tradition bouddhique, l'une des choses qui m’a le plus fasciné c’est qu’ils disent que l’espace et l’esprit sont inséparables. Quand on regarde la grandeur du ciel, notre esprit est aussi vaste que lui. Dans les moments de méditation où il y a une forme de détente profonde et d’ouverture, nous sentons que notre environnement n’est plus « claustrophobique ». Nous n’étouffons plus, nous sommes en rapport avec l’espace tout entier. Comme dans l’amour : ceux qui sont loin géographiquement, nous sont pourtant proches. La méditation nous permet de comprendre que notre rapport mécanique au temps et à l’espace nous fait vivre dans un monde complètement fabriqué et faux.


    Pourquoi cette ouverture et cette nécessité de paix avec les autres, avec soi-même, nous demande-t-elle autant d’effort ?

    L’être humain est tout le temps menacé d’être. La langue française le dit : « inhumain ». C’est tout à fait étonnant... Votre chat n’est jamais « inchat ». Il est toujours chat, du matin au soir. Mais nous, combien de fois ne sommes-nous pas à la hauteur de notre humanité ? L’humanité demande un certain type de travail, très étrange car il n’est pas forcé. Nous avons à apprendre à être humain. De ce point de vue, la méditation est en quelque sorte une forme d’éthique primordiale : apprendre à écouter la plénitude et la vérité de notre être pour la laisser irradier. Nous nous plaignons du manque d’éthique dans notre société mais nous réduisons l’être humain à une machine corporelle, avec un esprit dessus. Comment pouvons-nous être éthique à partir de là ? Nous devons repenser la vérité de l’être humain.


    L’homme est devenu le seigneur de la terre et du monde, c’est ce que vous sous-entendez ?

    Exactement… Mon engagement dans la méditation, je le pense comme un engagement politique. Je crois que la méditation est aujourd’hui la dernière grande chance révolutionnaire pour notre temps. Parce qu’il s’agit en méditant de cesser l’attitude de vouloir tout contrôler et tout dominer. C’est le problème majeur de notre monde ! Je crois qu’il ne faut pas croire que l’engagement spirituel qu’implique la méditation soit un désengagement du terrestre, au contraire… C’est une célébration du terrestre. La spiritualité est peut-être aujourd’hui seule à même de sauvegarder un rapport au terrestre. Et le rapport au terrestre dont je parle n’est pas un rapport de gestion du terrestre, c’est un rapport d’appréciation du terrestre !


    Nous allons prochainement parler de la « créativité » dans Inexploré : un mot ?

    Etre créatif, c’est essayer de trouver le possible inattendu... Ca signifie être ouvert à l’inconnu qui se cache dans le moment présent et que je ne vois pas. La méditation, c’est aussi l’art de la créativité ! Sortir d’un état de crispation où nous voulons que l’instant futur soit exactement comme nous voulons le voir, et accepter de jouer et danser avec l’inattendu.

    Frappe le ciel, écoute le bruit, Fabrice Midal
    Éditions Les Arènes (Janvier 2014 ; 243 pages)


     

  • Méditation à l'école (6)

     

    Éducation : dépoussiérons nos écoles en osant la méditation en classe

     

    Je réagis | 1493 lu

    Temps de lecture Temps de lecture : 3 minutes

    LE PLUS. Mauvais résultats scolaires, anxiété ou exclusions, et si la solution pour être concentré en cours se trouvait dans la méditation. Cette pratique a fait ses preuves aux États-Unis, mais la France continue d'avoir peur. Héloïse Pierre, étudiante en master co-fondatrice du collectif Seum'eurs d'Avenir, est convaincue par les bienfaits de cette discipline.

     

    Édité par Louise Auvitu 

     

    Une enfant en cours de yoga dans une école de Sacramento en Californie. (Randy Pench/AP/SIPA)

     

    Fermez les yeux, juste deux minutes. Ecoutez votre respiration. Essayez de sentir l’air entrer et sortir de vos narines. Respirez. Concentrez-vous sur votre respiration. Maintenant ouvrez les yeux. Deux minutes par jour, ces exercices peuvent avoir un vrai impact sur l’environnement scolaire de nos enfants.

     

    Mauvais résultats scolaires, frustrations, exclusions, délinquances… tant de maux attribués à l’école et si peu de réponses apportées pour y remédier. Depuis la mise en place du collège unique en 1975, l’école n’évolue guère : un tableau et un prof omniscient en face d’élèves passifs.

     

    Alors que notre monde bouge à mille à l’heure, il s’agit surtout de ne pas trop perturber notre vieille école poussiéreuse. Nous adoptons les mêmes méthodes depuis 1884, en espérant que ça collera toujours.

     

    Les employés de Google s'inspirent de Boudha

     

    Pendant ce temps, dans le reste du monde, on cherche et on expérimente de nouvelles méthodes adaptées au contexte scolaire actuel. En effet, le savoir est partout en libre-service, une recherche Google et c’est dans la poche.

     

    La question n’est plus vraiment de capitaliser des connaissances, mais plutôt de réussir à s’en servir, de pouvoir faire le tri, et d’arriver à se concentrer face à la masse d’information que l’on reçoit en permanence.

     

    Ainsi, parmi ces nouvelles méthodes, une attire particulièrement l’attention, la méditation de pleine conscience. Technique inspirée de l’enseignement de Bouddha et laïcisée par Jon Kabat-Zinn, elle se répand à une vitesse incroyable dans la sphère privée.

     

    De grandes entreprises comme Google mettent à disposition de leurs employés des séances de pleine conscience afin d’installer une meilleure ambiance de travail. De plus, la méditation aide à se concentrer et à développer son attention, le but étant d’être "présent-présent" dans ce que l’on fait.

     

    Aux États-Unis, ça fonctionne

     

    Mais la vague de méditation ne s’arrête pas là et touche jusqu’à l’école américaine, anglaise, suédoise… Avant chaque cours, les professeurs proposent des temps de cinq minutes où toute la classe reste en silence, les yeux fermés et travaille sur un exercice de respiration ou de concentration.

     

    Les premières expérimentations sont faites dans des quartiers très sensibles aux États-Unis où la violence à l’école est un lieu commun. Au bout d’un an, les études révèlent une diminution des infractions scolaires, une baisse des comportements agressifs et de meilleurs résultats [1].

     

    Aujourd’hui, la méditation est utilisée dans de nombreuses écoles, cela permet une meilleure ambiance dans l’établissement, et apaise les élèves ce qui leur permet d’être plus attentif en classe et donc de mieux réussir.

     

    En France, le mot "méditation" fait peur

     

    Cette technique "nouvelle", vieille de 2400 ans, peut faire peur à notre vénérable institution. Sa connotation religieuse est, elle aussi, un réel frein à son application dans l’école laïque.

     

    Plusieurs expérimentations, menées en France, ont rapidement été arrêtées. Ces enseignants parlent d’incompréhension de la part de l’administration, des collègues, des parents. Oui le mot "méditation" fait peur et pourtant, nous sommes prêts à pratiquer la méditation dans notre sphère privée, l’explosion de la demande de livres et de cours de méditation en est une belle illustration. Alors pourquoi ne pas encourager l’école à s’en inspirer ? [2]

     

    Adapter l’école aux changements sociétaux du XXIe siècle, ce n’est pas forcément offrir des tablettes à chacun. L’école doit donner aux enfants les clés pour appréhender le futur.

     

    Méditer, c’est renouer avec son moi, c’est se comprendre, se poser, apprendre à être là… Avec un esprit plus calme et attentif, l’enfant pourra apprendre pleinement et vivre dans un environnement plus sain. Sans aucun doute, à notre tour, il est grand temps de véritablement expérimenter la méditation à l’école.

     

     

     

     Voir l'étude de Schonert-Reichl & Lawlor, 2010.

     Pour plus d’informations sur les expérimentations faites en France :

    http://agepsraymondbarbry.wordpress.com/pleine-conscience/

    http://www.coinprof.net/wp-perso

  • Espace vital

    Ce qui participe aussi à ma décision de quitter l'enseignement, c'est de voir l'indifférence des parents d'élèves...La majorité s'en fout de tout pourvu que leurs enfants soient casés quelque part. Même si c'est dans une cage avec un dompteur...

    J'ai écrit, il y a longtemps au Ministre.

    Ils m'ont mis un blâme et bloqué mon salaire pendant sept ans.

    Je ne vais pas y laisser ma peau.

    Tant pis pour les enfants...Il m'aura fallu trente ans pour réussir à prononcer cette phrase.

    Lorsque j'ai eu mon diplôme d'instituteur, je suis allé voir mon Maître de CM2, Monsieur Quéré. On a beaucoup parlé, longtemps, de choses essentielles. Il savait que c'était grâce à lui que j'étais là. Il m'a dit au moment de mon départ : "Surtout, Thierry, ne fais jamais de mal aux enfants. Jamais. "

    J'ai essayé de garder cette ligne de conduite toute ma carrière. Sauf que maintenant, quoique je fasse, les conditions sont tellement effroyables que ça n'est plus possible. Inévitablement, je participerai au massacre. Et il n'en est pas question.

    Tant pis pour les enfants...Je ne peux plus rien pour eux.


    http://www.leparisien.fr/espace-premium/essonne-91/classes-surchargees-le-coup-de-gueule-d-un-directeur-04-12-2013-3374159.php

    Actualité >

    Chilly-Mazarin

    Classes surchargées : le coup de gueule d'un directeur

    Excédé, Xavier Cegarra, responsable d'une maternelle, réclame une loi instaurant un espace vital minimal par élève à l'école.

    Publié le 04.12.2013

    
Chilly-Mazarin, lundi. Xavier Cegarra, directeur de la maternelle du Centre, estime qu'il faudrait des classes à 20 élèves pour le bien-être des enfants et pour travailler dans de bonnes conditions.

    Chilly-Mazarin, lundi. Xavier Cegarra, directeur de la maternelle du Centre, estime qu'il faudrait des classes à 20 élèves pour le bien-être des enfants et pour travailler dans de bonnes conditions. | (LP/S.M.)

    Quel est l'espace vital minimal dans un enclos pour un chien? 5 m2. Pour élever un poulet bio? 4 m2. Et pour un enfant scolarisé en maternelle? Pas de norme, mais une simple recommandation de 60 m2 pour 30 élèves, soit moins de 2 m2 par enfant, surtout si on compte en plus l'enseignant et un Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles). C'est ce qui ressort des recherches de Xavier Cegarra, directeur de l'école maternelle du Centre à Chilly-Mazarin. Enseignant depuis 1989, il a décidé cette semaine de pousser un coup de gueule contre les classes surchargées.

    Dans un courrier envoyé lundi à ses supérieurs, à la direction académique, à la mairie, aux députés de l'Essonne, mais aussi aux syndicats, il constate qu'« aucun décret, aucune loi, semble-t-il, ne réglemente l'espace minimal pour un élève dans une salle d'exercice ». Actuellement, il existe bien un seuil de 31 élèves par classe, mais il est loin d'être respecté. La maternelle du Centre compte deux classes à 31 élèves et deux à 32. Et les quatre salles de classes font moins de 60, voire moins de 55 m2. Xavier Cegarra écrit d'ailleurs se « dégager de toute responsabilité » si la capacité d'accueil de 30 élèves est dépassée.

    « On dépasse les seuils d'ouverture de classe, mais rien ne se passe. Et même quand on en est là, on nous pousse à prendre encore des élèves. Récemment, on a voulu me faire inscrire deux enfants supplémentaires, j'ai refusé. On bourre les classes et on n'a aucune loi pour se protéger, alors que nous sommes responsables de la sécurité et du bon fonctionnement de l'école. »

    Face à ce manque d'espace, ce directeur a voulu dire ce qu'il avait « sur le cœur ». « Je ne sais pas si ça apportera quelque chose, mais au moins j'aurais essayé », avance-t-il. Car, pour Xavier Cegarra, le nombre d'élèves par classe, qu'il souhaiterait à 20, est fondamental pour le bien-être de l'élève, bien plus que la réforme des rythmes scolaires (NDLR : Chilly fait partie des 10 communes du département à l'appliquer depuis la rentrée), qu'il n'hésite pas à critiquer pour les maternelles. C'est cette conjugaison, classes trop chargées et mercredi amputé de sa matinée pour se reposer, qui l'a poussé à agir. « Quand on a quatre, cinq ou six absents, on voit tout de suite la différence. Et comment voulez-vous que l'on fasse de la pédagogie différenciée à 30 ou 31 élèves? Aucun gouvernement n'a tenté de ramener ce chiffre à 20. Au lieu de ça, ils définissent des seuils qu'ils ne respectent même pas. »

    Son espoir? A minima, sensibiliser les gens à ce problème et, au mieux, qu'un élu s'intéresse à son courrier et qu'une loi définisse enfin l'espace vital minimal par enfant dans une classe.

    Contactée, la direction académique n'a pas donné suite.
     

    Le Parisien

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  • Comment ?

    Comment est-il possible que je puisse structurer en moi un texte, mettre en action mes doigts pour assembler des lettres et constituer des phrases, suivre ma pensée tout en parvenant à écrire ce que je porte sans pour autant, dans le même instant perdre de vue cette pensée, comment puis-je parvenir à tout ça alors que je ne sais même pas comment cette pensée prend forme en moi, comment elle s'élabore, ce qu'elle est réellement, non pas cette succession de mots intérieurs mais ce qu'elle est dans sa structure, dans sa conception, dans son extension ? Rien qui se produit n'est volontaire. Non pas dans cette extension mais dans sa structure. Comment puis-je avoir conscience de cette interrogation alors qu'elle s'élabore, comment puis-je observer cette conscience et faire en sorte qu'elle ait conscience d'elle-même, comment autant de phénomènes prennent-ils vie en moi alors que je n'y suis pour rien ? Bien sûr que j'ai décidé d'y réfléchir mais qu'est-ce qui réfléchit en moi ?

    Qui est là ?

    Comment pourrais-je me perdre à des considérations futiles, à des envahissements dérisoires mais dont la multiplicité peut se révéler si pesante ? Comment pourrais-je accepter de me laisser déborder alors que je ne sais même pas ce que je suis et que cette interrogation devrait emplir la totalité de mon temps, concentrer l'essentiel de mon énergie ? 

    Comment pourrais-je refuser de vivre ?

    Et me contenter d'exister.

    Comment pourrais-je accepter de mourir à chaque instant dans une dispersion frénétique alors qu'il s'agit d'accéder à la Vie, à son saisissement, à sa totale compréhension ?

    Comment pourrais-je accepter de me laisser emporter par le chaos de la masse alors que le silence et lui seul permet d'entrer en soi ?

    Un jour, je n'écrirai plus rien, je ne penserai plus, je ne parlerai plus. Je serai dans le silence.

    Avant même que la mort ne me prenne.

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  • JUSQU'AU BOUT : La lumière

    Il y a des personnes que j'aimerais pouvoir remercier aujourd'hui de tout ce qu'elles m'ont apporté. Il faudrait toujours dire aux gens qu'on aime à quel point elles nous portent vers l’Éveil.

     

     

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    JUSQU AU BOUT

    Il vit un gros livre au bout du banc. Sri Aurobindo. Il ne déchiffra pas le titre.

    « C’est ça on lit depuis un moment, expliqua Birgitt. C’est difficile mais c’est bien.

    - C’est quoi le titre ?

    - Ça veut dire, la vie…comme Dieu. »

    Elle disparut dans le salon et revint avec un dictionnaire. Elle tourna les pages rapidement.

    « Ça veut dire la vie divine.

    - Et ça parle de quoi ?

    - Oh ! c’est très difficile de raconter. Avec le hollandais, c’est déjà difficile de comprendre la première fois. On lit encore et encore pour savoir quoi il explique. Mais tout à l’heure à la plage, c’est quelque chose comme dans le livre tu as raconté. »

    Il fut étonné de connaître lui-même un phénomène qui semblait si difficile à comprendre. Il se corrigea en pensant qu’il avait simplement senti des choses étranges mais qu’il ne les connaissait pas.

    Yolanda revint avec des fruits.

    « Vous pouvez me parler un peu de ce que vous savez ? »

    Elles échangèrent un regard sceptique puis Birgitt joignit ses mains devant son visage dans une attitude d’intense réflexion.

    « C’est un risque de pas comprendre tout quand on explique mal, commença-t-elle. Les mots sont inconnus pour nous en français mais on peut essayer. Pas de dire ce livre mais les choses on connaît un peu avec tous les livres. C’est le plus difficile de commencer, c’est beaucoup tout mélangé.

    - C’est pas grave, ça sera quand même intéressant, j’en suis sûr. »

    Elle vida son verre et réfléchit. Elle ouvrit le dictionnaire et commença à chercher. Elle nota les traductions sur un papier.

    « A Utrecht, on a fait du yoga dans un centre, avec un professeur, expliqua Yolanda. On a beaucoup appris avec lui. C’est très bon pour toi si tu fais et c’est bon aussi pour rester calme et mieux vivre avec toi. Aussi, on connaît un professeur de Tao, mais ça c’est encore plus compliqué. Avec le yoga, on a appris à trouver le calme mais c’est pas le calme juste pas de bruit. C’est le calme dans ta tête et dans ton corps. Quand tu es dans le vrai calme, tu oublies le monde, tu as plus de souvenirs, plus de pensées. C’est très difficile à faire. Tu crois que c’est facile de pas penser mais si je te dis de penser pendant trois minutes à une seule chose comme…la balle des raquettes, juste la balle, tu vas croire tu as pensé à elle pendant trois minutes mais en vrai tu as pensé à beaucoup des autres choses. Tu as vu la plage, la raquette dans ta main, le soleil, la balle qui roule, un nuage devant le soleil, c’est plein des images qui vont avec la balle et ça c’est pour penser à une seule chose alors si c’est pour penser à rien, c’est beaucoup plus difficile. Avec le yoga, on fait ça. Mais c’est très long pour faire ça une fois. Dans la tête, c’est plein de gens qui te parlent, s’exclama-t-elle en riant. Tu connais les choses tu penses mais tu sais pas où tu es toi. »

    Elle regarda les notes prises par Birgitt et continua.

    « Dans le calme, si tu as pas de pensées, tu es dans la…conscience, articula-t-elle lentement. Tu sais où est ton esprit et qui tu es. »

    Birgitt ferma le dictionnaire et relut ses notes. Elle regarda Yolanda qui lui fit un petit signe de tête.

    « Dans la philosophie éternelle, commença-t-elle, tu cherches le moi pur. C’est comme la partie de toi dans toutes les choses vivantes de l’univers mais tu as l’habitude de voir toi, comme toi tout seul. Tu peux pas voir tu appartiens à quelque chose de plus grand et c’est déjà en toi, mais c’est très caché. Il faut chercher cette lumière, c’est beaucoup de travail. Les sportifs, ils connaissent un peu ça quand ils sont très fatigués comme les coureurs ou les gens sur les vélos, ils arrivent à plus penser à rien et ils voient eux très fort. Mais ça, c’est pas eux tout seul, c’est eux avec l’univers. C’est l’unité. C’est ça la vraie réalité. A côté, c’est le monde des hommes et c’est tout un mensonge. Beaucoup de choses cachées avec l’agitation. Alors comme on sait pas chercher le moi pur, on pense beaucoup à plein des choses qui sont pas importantes mais on dit c’est important. C’est le mauvais modèle du moi. Si tu es…illuminé, tu sais tu es un individu mais tu sais aussi tu es uni avec l’univers. Alors tu laisses ton… égo et tu penses pas pareil. »

    Elle s’arrêta et regarda Yolanda qui l’encouragea d’un sourire. Elle observa son petit papier et continua.

    « Si tu es illuminé, tu connais l’amour pour toutes les choses vivantes. C’est pas l’amour avec les corps mais c’est l’amour avec ton esprit et c’est possible aussi de faire ça avec le sexe. Avec une autre personne qui est comme toi, c’est très fort de faire l’amour. C’est pas pareil. C’est les énergies très profondes tu fais venir, pas le plaisir mais plus fort, c’est difficile de dire. »

    Yolanda qui lisait le papier sur la table continua.

    « C’est l’orgasme cosmique. C’est pas ton corps qui est là, c’est pas celui de l’autre avec toi, c’est un seul qui est dans la lumière, c’est les moi purs ensemble. C’est ça l’unité…originelle. Et si tu es comme ça, c’est pas l’excitation du corps, c’est l’excitation de l’esprit le mieux, ça peut rester très longtemps.

    - C’est ça que j’ai senti à la plage. C’était pas de l’excitation physique, jamais, mais je sentais mon esprit qui brûlait. »

    Il réalisa soudainement ce qu’il venait de dire et s’en étonna.

    « C’est pour ça, je te dis tu peux faire du yoga ou d’autres choses pour chercher. Tu connais déjà des choses importantes.

    - Oh ! je ne les connais pas, je les ai juste senties, reprit-il déçu.

    - Mais c’est très bien ! Tu sais c’est beaucoup des gens qui ne trouvent rien avant des années !

    - Pourquoi ?

    - C’est la vie qui est pas bonne, c’est difficile de garder la philosophie tous les jours. Maintenant, nous on veut ça, on veut pas être dérangées par des choses…extérieures. »

    Il se sentit concerné un court instant mais refusa d’y penser davantage.

    « C’est bien si tu restes avec les idées tous les jours et tu penses mais si tu travailles pas agréable c’est des pensées pas bonnes et tu peux pas être avec toi. Tu es dans tout le reste dehors de toi et pas avec l’univers. Si tu es avec les hommes, tu peux pas être bien. C’est sûr pour nous deux.

    - C’est les hommes comme toi tu peux parler pour pas te perdre, c’est tout. La peinture, c’est bien pour nous aussi pour penser et faire le calme. Et ici aussi, avec la nature.

    - Et les gens dehors, ils ne vous gênent pas ? J’en ai vu tout à l’heure qui avaient oublié leurs corps. Ils étaient gros, une horreur !

    - Oui, on sait ça mais on va pas voir, c’est tout.

    - Et c’est pas toujours la faute à eux, c’est peut-être une maladie mais dedans, c’est des gens ils cherchent.

    - Oui, tu as raison Birgitt. Je condamne toujours trop vite.

    - C’est toi tu es pressé et tu vois peut-être le mal partout mais c’est des choses belles aussi avec les autres pas comme toi. Il faut écouter.

    - Et tu perds ton énergie si tu es toujours contre les autres. Il faut être avec eux ou pas penser, c’est mieux pour toi, c’est comme ça tu avances dans ton moi pur. Et aussi tu fais aller mieux le monde, c’est moins de violences et de méchancetés. Si beaucoup de gens pensent dans le calme, c’est possible les autres sentent aussi le calme et ils font pareil. C’est comme une chaîne plus grande et encore plus grande. Il faut pas penser mal sinon c’est tout cassé et c’est le mal encore plus fort. Si tu fais méditer c’est bon pour toi mais c’est bon pour le monde autour de toi. C’est …drôle.

    - Etrange, reprit Pierre.

    - Ah ! oui, étrange, continua Yolanda. C’est ça aussi, il dit le Dalaï-Lama.

    - C’est une histoire très …étrange je connais avec des singes. C’est un singe, sur une île, il lavait des fruits ou des patates, je sais plus, avant de manger mais pas les autres. Et un autre a fait, et puis un autre encore mais ça allait pas vite pour tout le groupe lave les patates. Mais un jour, c’est un nombre assez grand pour donner envie à tous les singes de faire comme ça. D’un coup c’est toute la tribu. Et après, c’est même des singes dans une autre île, ils ont fait pareil. C’est l’idée, elle est arrivée là-bas ! C’est étrange !

    - Avec un peu des hommes, ils méditent bien, c’est pareil, un jour, ils font méditer le monde entier. Et c’est bien pour le monde entier. Il faut passer dans le bon nombre de gens et c’est possible.

    - Avec les enfants dans l’école, c’est possible de faire ça. Si tu es calme et gentil, si tu écoutes bien les enfants et tu fais attention à eux, ils sont heureux et alors ils travaillent bien, et comme ils travaillent bien ils sont fiers et encore plus heureux. Ils ont pas peur de venir à l’école et même avec le travail c’est bien si tu es gentil et tu les aides. Tu peux aussi leur apprendre le calme. Alors ils parlent de l’école à la maison et le papa et la maman, ils sont heureux aussi ensemble et tout est mieux pour tout le monde. C’est pas difficile pour le bonheur. Il faut pas des choses tristes et difficiles pour la vie et alors c’est le bonheur. Les hommes, ils veulent le bonheur pas le malheur. La télévision, elle fait du mal si elle parle beaucoup des choses violentes, tristes et c’est les gens ils font ça aussi après. Alors, il faut pas dire ça avec les enfants. C’est mieux les mettre dans la nature et le calme. C’est mieux pour eux et pour le monde entier.

    - Comment est-ce que je peux apprendre le calme aux enfants ?

    - Tu dis la différence entre écouter et entendre, répondit Birgitt. Tu dis d’écouter toutes les discussions dans leur tête et d’essayer de les faire diminuer une à une pour plus rien avoir à entendre. C’est passer de l’esprit actif, avec plein de choses dans la tête qui se parlent et se répondent ou parlent les unes par-dessus les autres pour arriver à l’esprit passif qui écoute mais n’entend plus rien. Avec la respiration, tu peux les aider. Ils respirent bien normalement, un peu doucement et ils comptent les respirations. Ils soufflent, ça fait un, une autre fois, ça fait deux, une autre fois, ça fait trois et encore pour faire quatre. Il faut juste compter, pas penser à rien d’autre, juste la respiration et compter. Avec ça, ils vont réussir à entendre et pas à écouter. Tu peux faire tout à l’heure si tu veux avec nous.

    - Ah oui, j’aimerais beaucoup commencer avec vous !

    - Mais attention, c’est un travail long. Il faut pas être énervé si tu arrives pas. C’est pas tout de suite la réussite. Et pour les enfants aussi. C’est plus facile si c’est déjà calme dans eux.

    - Mais toi, c’est pas calme dedans !

    - C’est beaucoup plus calme qu’avant pourtant », dit-il.

    Et ce temps lui sembla très lointain, comme une autre vie. L’impression d’avoir eu à franchir une chaîne de montagnes gigantesques, avec des efforts douloureux, la peur de l’échec, des décisions extrêmes à prendre, sans le temps nécessaire à la réflexion, toujours dans l’urgence et la menace permanente de la chute dans les vallées sombres et que maintenant, de l’autre côté, il redescendait dans une vallée de calme, de connaissance et de plénitude. Il sentit combien le cheminement pour parvenir jusqu’ici ne devait pas être dévoilé…Ce serait à tout jamais sa part d’ombres.

    « Vous croyez que je peux trouver des professeurs de yoga en Bretagne ?

    - On ne connaît pas là-bas mais c’est possible, je pense. C’est avec les livres aussi tu peux trouver beaucoup de choses. Mais c’est mieux les vivre. Avec la nature, c’est déjà beaucoup de découvertes.

    - Tu sais, reprit Birgitt, au début c’est toujours difficile mais si tu penses beaucoup un jour tu comprends. Et tu penses plus pareil. C’est comme avec les singes, il faut beaucoup de nombres de pensées pour l’esprit passe de l’autre côté. Tu cherches, tu cherches, c’est difficile et pourtant un jour, ça y est tout arrive et tout devient clair. Et si tu comprends bien, les gens avec toi ils vont comprendre mieux aussi. Des choses différentes mais ça sera mieux pour eux. Tu vas leur faire du bien.

    - C’est ce que vous faites avec moi. Vous ne pouvez pas imaginer tout ce que je comprends depuis que je vous ai rencontrées. Et parfois ce sont des choses dont on n’a pas parlé mais qui se sont quand même révélées. Ca aussi c’est étrange. C’est comme si tout mon esprit s’ouvrait parce que vous avez poussé une porte. »

    Elles se regardèrent en souriant.

    « Ça nous fait très plaisir ça, tu sais, c’est très important pour nous. On veut essayer aussi d’aider le monde. C’est notre participation à cet univers qui est en nous, à cette lumière de tout le monde.

    - Mais qu’est-ce que c’est que cette lumière ? Qu’est-ce que c’est exactement ?

    - Impossible de répondre. Il y a beaucoup trop de réponses. Chaque peuple a sa réponse. C’est Dieu peut-être. Pour moi Dieu, c’est une sensation pour tous les êtres vivants, une espèce… de complicité ! Tu as dit ça aussi. Le dauphin il saute, l’oiseau il chante, l’enfant il rit, c’est Dieu aussi en eux, tu vois une sorte de bonheur, c’est tout le monde vivant il sent ça parfois. Nous, c’est devant un beau paysage, une jolie personne, une belle musique. C’est la lumière de Dieu, elle brille en nous et elle nous réunit avec toutes les espèces vivantes. Mais les hommes, ils appellent ça Dieu, c’est dommage, ça fait trop penser à une personne humaine. C’est pas une personne bien sûr, c’est pas une forme, c’est juste une sensation, un bonheur sans nom, c’est trop important pour lui donner un nom, il faut laisser la liberté à chacun. C’est le nom tu veux lui donner le bon. C’est tout. Mais Dieu, c’est la rencontre dans toi de toutes les lumières qui sont dehors, alors c’est le grand bonheur. Ta lumière brille plus fort et tu es heureux. Très fort. Ta lumière, elle rencontre les autres lumières de l’océan, du vent, du soleil, des étoiles, de la pluie, de la neige, d’un animal, d’une plante, d’un être humain, d’une musique, d’un paysage, d’un grain de sable. La main d’un enfant dans la tienne, c’est les deux lumières ensemble, alors elles brillent plus fortes. Elles s’ajoutent l’une à l’autre et pourtant elles restent à l’intérieur des deux. C’est formidable. Mais c’est la joie pour faire briller les lumières, pas le malheur. C’est pour ça, on dit toujours le malheur c’est noir. C’est les gens sans la lumière intérieure. C’est pas juste une image, c’est la réalité. Et c’est la vie elle cache la lumière aux gens. Alors, il faut faire un effort pour la retrouver. C’est grave pour les enfants s’ils entendent jamais ça. Nos parents avec le naturisme, c’était aussi pour nous aider à trouver. Souvent, ils nous ont parlé de ça. C’est pour ça les parents, c’est important. C’est pour envoyer les enfants sur le chemin de la lumière. Si tu passes du temps à lutter contre le mal, tu t’occupes du mal et tu lui sacrifies ton énergie. Mais ça ne fait pas remonter la quantité de bien. Il restera pareil. Tu peux même finir par tomber du côté du mal. Mais si tu t’occupes du bien, tu le développes, tu élèves un mur de plus en plus important devant le mal. Et un jour c’est le mal qui se retrouve en position inférieure. Avec les enfants, c’est pareil. Il faut les mettre toujours sur le chemin de la lumière. C’est ça ils cherchent dans leurs vies. Ici beaucoup d’hommes cherchent à obtenir tout le contraire de la lumière. La honte d’avoir gâché la vie les envoie vers le mal. Il faudra beaucoup de gens illuminés pour renverser cette direction. »

    Il comprit enfin le dégoût qu’il avait si souvent éprouvé. Lutter contre le mal et devenir le mal…Il s’était laissé piéger. Sa mission avec les enfants était essentielle mais il s’était trompé de méthode. Il reprendrait tout à zéro. Ce n’était pas juste pour eux mais pour le monde entier. Comme une goutte tombée dans la mer et dont les effets, apparemment infimes, feraient le tour de la planète."

  • Hippocrate et Socrate

    Chez le médecin


    "Vous avez signé le serment d’Hippocrate, vous devez être totalement investi pour le bien-être de vos patients.

    Et bien, moi, pour mes élèves, j'ai signé le serment de Socrate. C'est pareil."

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