Blog

  • Sotchi (2)

    A Sotchi, l'écologie mène en prison

    LE MONDE | • Mis à jour le | Par

    Abonnez-vous
    à partir de 1 €
    Réagir Classer

    Partager google + linkedin pinterest

    Situé sur les hauteurs de Sotchi, le village d'Akhchtyr est privé d'eau, d'accès routier et de transports publics depuis les grands travaux du chantier olympique à Krasnaïa Poliana, la station de ski ultramoderne sortie de terre à quelques kilomètres de là.

    En février 2013, sur le chantier de la station de sports d'hiver qui accueille les épreuves olympiques de ski alpin.

    Une voie rapide a bien été construite, mais elle ne dessert pas le village. Pour y accéder, les habitants – 120 âmes – peuvent toujours emprunter le nouveau tunnel sous la voie ferrée. Seulement, faute de passage réservé aux piétons, la grand-route est impossible à traverser. A moins d'enjamber les glissières et de prendre ses jambes à son cou pour éviter les bolides lancés à toute allure. Les autochtones ont beaucoup perdu avec la construction de la voie rapide. Leurs puits se sont taris, et la carrière du coin, transformée en décharge, s'est mise à rejeter des boues suspectes dans le fleuve Mzymta.

    Lire : A Sotchi, l'acharnement judiciaire contre un militant écologiste

    Pour avoir critiqué les aléas du chantier de Sotchi, l'organisation régionale Veille écologique pour le Caucase du Nord est devenue la bête noire des autorités. Ses militants ont été poursuivis, chassés, harcelés. Evgueni Vitichko est derrière les barreaux, Souren Gazarian a quitté la Russie, et Ioulia Naberejnaïa a déserté Sotchi pendant la durée des Jeux. Natalia Kalinovskaïa, ancienne porte-parole des expulsés de la plaine d'Imérétie, a pris ses quartiers à Krasnodar (à 170 km de Sotchi), tant elle était harcelée. Les méthodes ? Toujours les mêmes : menaces, écoutes, entretiens « prophylactiques » avec les services.

    « LA FORÊT EST À TOUT LE MONDE »

    En janvier, Evgueni Vitichko nous avait raconté son histoire dans un petit local loué par les écolos pour leurs réunions, quelque part dans l'arrière-pays de Sotchi. Géologue de formation, passionné par les problèmes d'environnement, « Jénia » – pour les intimes – est l'un des deux protagonistes de l'« affaire de la clôture ». Le dernier feuilleton judiciaire de la Russie « Potemkine » (du nom du premier ministre de Catherine II qui aurait installé des décors de carton-pâte sur le trajet de la souveraine afin de masquer la pauvreté des villages) que Vladimir Poutine met en scène avec les Jeux olympiques de Sotchi.

    Lire notre décryptage : Sotchi, la luxueuse et la crasseuse

    Les ennuis ont commencé pour les écologistes le 13 novembre 2011. Ce jour-là, Evgueni se rend en tournée avec d'autres militants à Djoubga, aux abords du palais d'été du gouverneur de la région de Krasnodar, le tout-puissant Alexandre Tkatchev. Et là, surprise ! La propriété a triplé de volume. Le notable a fait clôturer un large pan de la forêt, domaine public protégé selon la loi, qu'il a intégré à son domaine. Les écolos auraient alors inscrit sur la clôture : « Sania , tu es un voleur. La forêt est à tout le monde » et froissé la tôle. « Cette barrière est illégale, c'est une captation de propriété », dénonce Evgueni Vitichko.

    Le graffiti va lui valoir une condamnation à trois ans de prison par un tribunal de quartier de Touapsé, le 20 décembre 2013. Il a fait appel. Au moment de notre rencontre, il s'attendait au pire : « Ils peuvent tout à fait m'arrêter dans la salle du tribunal le jour de l'appel et m'envoyer en prison. » Son inquiétude était justifiée. Le 3 février, il a été arrêté et condamné à quinze jours de prison pour avoir « proféré des jurons » en attendant l'autobus. Incarcéré depuis, Evgueni Vitichko n'a pas pu assister à son procès en appel, le 12 février à Krasnodar. Il a dû suivre l'audience par le biais d'un enregistrement vidéo. Un tribunal de Krasnodar a confirmé sa condamnation à trois ans de prison ferme, a fait savoir l'organisation régionale Veille écologique pour le Caucase du Nord.

    Son collègue Souren Gazarian, condamné lui aussi dans « l'affaire de la clôture », a préféré prendre le large. Depuis un an et demi, ce spécialiste des chauves-souris a reçu l'asile en Estonie. En réalité, Evgueni Vitichko et Souren Gazarian ont été trop curieux, trop bavards. Ils informaient les journalistes, ils n'ont pas hésité à mettre leur nez dans les dessous peu reluisants du grand chantier des Jeux.

    Lire notre post de blog : Des fuites d’eau et de la boue dans les hôtels mal finis de Sotchi

    Quand la Russie remporta la timbale en 2007, il était clair que la région de Sotchi, zone balnéaire vieillotte et dépourvue d'infrastructures, allait devoir passer par une transformation copernicienne pour être à la hauteur. Sept ans plus tard, le pari est gagné, les installations sont prêtes. La plaine d'Imérétie, une ancienne zone marécageuse, s'est muée en un Las Vegas de bord de mer, avec hôtels, arènes sportives et un centre de presse flambant neuf, grand comme quatre fois la place Rouge. Les hôtels de la région affichent désormais une capacité de 40 000 lits.

    Sotchi, le 26 janvier 2014.

    Rien à dire, le décor est somptueux, conforme aux dépenses considérables – 50 milliards de dollars (37 milliards d'euros) au lieu des 12 milliards annoncés par M. Poutine en 2007. La corruption n'y est pour rien, il s'agit d'un simple « dépassement des coûts », a précisé le président russe dans une interview à la presse étrangère le 20 janvier : « Pendant les appels d'offres, les candidats à tel ou tel projet affichent des devis très bas pour emporter le marché. Dès qu'ils l'ont en main, ils comprennent que c'est impossible et commencent à faire monter les prix. De telles choses arrivent partout, notre cas n'est pas unique. »

    Et le premier volet de la série Hors-piste : Les oubliés de la rue des Acacias

    Assurément, le nouveau tremplin de saut à skis est unique. Son prix l'est tout autant. « Initialement, il devait revenir à 1,2 milliard de roubles, pour finir il a coûté 8 milliards , tout ça parce que l'endroit ayant été mal choisi dès le départ, sur un terrain meuble, il a fallu débourser plus pour le consolider que pour le construire », affirmait en janvier Evgueni Vitichko. Il n'y a pas eu d'étude des sols ? « Vladimir Poutine avait choisi l'emplacement, il fallait le faire. »

    Les écolos déplorent les dégâts irréversibles causés à l'environnement. Malgré l'engagement du « zéro déchets » et autres promesses, les responsables des travaux ne se sont guère montrés soucieux. Décharges et carrières sauvages sont apparues un peu partout, les eaux usées restent encore largement rejetées dans la mer Noire, plusieurs parcs nationaux ont été transformés à la hâte en zones d'habitation ou de récréation dernier cri pas forcément dotées des installations sanitaires adéquates.

    Lire :  A Sotchi, des milliers de chiens errants promis à l'abattage

    Lire la suite

  • Métamorphose

    Ce "je ne sais pas" contient en lui-même la peur et la peur fossilise au point que la métamorphose peut s'en trouver suspendue. Il n'y a pas de volonté à avoir car cette volonté contient en germe l'éventualité d'un échec. C'est toute la problématique de l'espoir. La chenille n'a aucun espoir, elle est juste dans l'acceptation de ce qui peut advenir. Et non de ce qui doit...
    "Nous n’avons donc pas d’autre choix que d’affronter tôt ou tard ce qui nous fait le plus peur, c’est-à-dire l’inconnu et notre entière responsabilité de créer notre propre vie. Au fond, la chenille peut s’éveiller à tout moment à sa nature de papillon, mais il lui faut passer alors enfin par la porte du « je ne sais pas ». C’est la grande voie qui nous ramène à nous-mêmes." Jean Gagliardi

    Lire la suite

  • Sotchi

    Les JO de la honte. Je ne regarderai rien, je n'écouterai rien, je ne validerai pas par mon enthousiasme et la valeur de l'effort sportif un désastre humain.

    J'aurais aimé que les sportifs le disent...

    On me rétorquera que ça ne les concerne pas.

    Je ne vois pas les choses de cette façon.

    Il me serait insupportable de cautionner en tant que sportif un résultat aussi épouvantable. Il est trop facile de rejeter la faute sur l'état russe. Les JO sont une épreuve planétaire, pas une affaire russe.

    Ces JO marqueront pour moi la rupture avec l'esprit olympique. Il ne reste qu'une course à l'apparence. La justice en est bafouée.

    Lire la suite

  • "Who is perfect?"

    Vidéo qui sera utilisée demain dans ma classe pour l'expression écrite que je préfère appeler "expression humaine".

    Merci à Charlotte. Je t'embrasse.

    Lire la suite

  • L'absence

    On dit toujours que la mort des êtres qu'on aime est difficile à supporter mais qu'en serait-il s'ils n'avaient pas existé ?


    Il ne serait pas pire absence.

    Tourne en boucle depuis des heures parce qu'il est essentiel de se tourner vers la joie lorsque tout dans l'instant vous conduit à l'inverse...

    Lire la suite

  • Furious Angels

    LES EVEILLES

    Deux mois auparavant.

    Elle rentrait du travail. Fatiguée. Encore fatiguée. Une lourdeur qui ne la quittait plus, une torpeur qu’elle ne comprenait pas. Comme un poison soporifique qui coulait dans ses veines. Une lutte constante contre cette langueur létale.

    Elle s’était allongée sur le lit, les volets clos, la porte entrouverte. Elle n’avait pas voulu que Yoann l’isole. Comme si elle refusait de partir trop loin, comme si elle pressentait que les ancrages allaient céder. La peur. Elle était là, comme une bête enfouie dans une hibernation finissante. Il lui avait demandé si elle voulait écouter un peu de musique. Elle avait accepté.

    « Furious angels » de Rob Dougan. Elle ne connaissait pas ce nom. Elle avait fermé les yeux.

    Tout est là. Rien n’a disparu.

    Premières paroles, de l’anglais, une note sourde maintenue comme une menace suspendue, une batterie s’installe, un électrocardiogramme sur l’écran de son esprit, la musique gonfle, les instruments prennent place, s’accordent, la vague monte en elle avec une puissance et une vitesse affolante, un courant irrésistible, une voix rauque résonne en elle, ramène à la surface des émotions étranglées, sa gorge se serre, des violons aigus s’imposent, les percussions s’emballent, elle perd pied, le flot l’emporte, la voix suppliante lâche son premier cri, l’enfant est là, une énergie qu’elle palpe, elle saisit un oreiller et le colle contre sa poitrine, elle met un coin du tissu dans sa bouche, elle se sent partir, elle quitte la pièce, rien, plus rien, plus de contact immédiat, plus de présence autour d’elle, juste l’enfant, il a peur, il comprend qu’il va partir, qu’il va mourir, elle lui parle, elle tente de le rassurer, elle ne sent plus son corps, une anesthésie foudroyante, elle n’est plus dans la chambre, elle pleure avec l’enfant, là-bas, il y a longtemps, elle est avec lui, il a peur, elle veut le rassurer, il monte, il la quitte, il s’éloigne, « pardonne-moi, pardonne-moi, » la musique a disparu, elle devine juste des houles sonores, rien d’identifiable, elle le sent partir, « mon Dieu, aidez-moi », elle voudrait accompagner encore l’enfant qui s’éloigne, « pardonne-moi, pardonne-moi, » les émotions la submergent, cette peur de l’enfant, cette angoisse qui l’agresse, l’étouffe, l’absorbe, elle est en lui, elle sent son désir d’étreintes, des bras qui l’enlacent, une poitrine nue qui l’accueille, des mains douces qui le retiennent, il sait que ça n’arrivera pas, il ne comprend pas, les questions s’enchaînent, « pourquoi, pourquoi ? » mais rien d’autre n’est possible, toutes ses peurs résonnent en elle, le couperet tombe, comme un cœur qui s’arrête, il s’éloigne, elle le suit de toute son âme, il monte, elle veut l’accompagner le plus longtemps possible, le scintillement s’efface, comme une étoile engloutie dans les noirceurs de l’univers, il part, il part …

    Vide … Le vide en elle … C’est fini.

    Elle s’arrête. Elle s’appuie contre un tronc. Le souffle coupé, elle pleure, elle n’y peut rien, depuis des mois les larmes jaillissent comme des torrents libérés, elle n’a plus de retenues, aucune digue, aucun muret, le flot d’émotions s’épanche dans une liberté sauvage qu’elle ne peut plus dominer. L’opération de la bartholinite devait lui permettre de vivre dans son corps physique le deuil de l’enfant. C’était nécessaire. Le voyage intérieur, l’accompagnement de l’enfant, cette envolée secrète réveillait le corps émotionnel. Tout cela avait un sens. Des nuits d’insomnie pour tenter de comprendre.

    Elle a si longtemps été dans la maîtrise, elle a si longtemps cherché à protéger Yoann, à cacher ses propres ressentis pour ne pas l’étouffer, il est si fragile dans ses carapaces rugueuses, elle sait que, derrière les armures, la chair est à vif, il a déjà été si loin dans la souffrance, elle a tout fait pour ne pas l’assaillir, tant d’armées luttent sauvagement en lui mais dans cette attention constante qui la valorisait, répondait à une identification ancienne, elle avait disparu, elle avait étouffé son être, elle s’était fragmentée. La femme, la mère, l’amante, la psychologue, la belle-fille, celle qui est solide, câline, accueillante, chaleureuse, protectrice.

    Protéger … Et en oublier de se sauver soi-même.

    Elle avait fini par suffoquer, par ne plus pouvoir éteindre le brasier dans son ventre.

    Elle prend la gourde et tente de retrouver une respiration posée. Elle souffle longuement.

    Tant d’émotions bridées pendant des années.

    Et tant de ressentis étourdissants depuis des mois.

    Ce basculement extraordinaire, inattendu, éblouissant, elle l’avait tant espéré. Puis elle avait fini par ne plus y croire, elle s’était résignée, cachant son désarroi, se convainquant obstinément que c’était la seule solution.

    Finalement, alors qu’elle ne s’y attendait plus, tout avait volé en éclat. Sans aucun signe annonciateur. Comme une bourrasque dévalant des hauteurs dans l’antre sombre et étroit de son existence rangée. Elle avait imaginé une vie plus rebelle, l’inattendu comme fil conducteur, des voyages imprévus, des départs survoltés, des découvertes multiples, l’éclatement absolu des conditionnements adoptés, une vie rêvée mais c’était insignifiant.

    Elle s’était trompée.

    Les voyages étaient intérieurs.

    Tout ce qu’elle envisageait s’étendait dans la dimension horizontale des évènements quotidiens. Elle avait été à l’inverse projetée dans une ascension verticale étourdissante, qu’elle n’aurait jamais pu prévoir car elle n’en avait aucune image. On ne peut présager que des choses connues.

    Ce qui s’offrait à elle dépassait le cadre étroit de son imagination comprimée.

    Il fallait juste retourner les yeux au-dedans de soi. L’espace physique était secondaire.

    Elle n’avait rien deviné. Tous ses schémas de pensées s’étaient révélés dérisoires. Des subterfuges égotiques, des images fabriquées par un mental pervers. Des révoltes infantiles. Les réponses édulcorées d’un mental trompeur.

    Elle pensait que cette démarche intérieure dépendait de sa volonté. Juste un enfermement supplémentaire.

    Un ouragan émotionnel avait balayé tous les stratagèmes.

    Même l’analyse ne lui apparaissait plus comme l’élément déclencheur, elle n’était qu’une technique participant à la libération de l’individu. Le souffle intérieur l’avait imposée mais elle ne parvenait pas à identifier la source de ce torrent purificateur. L’impression parfois que quelqu’un en elle avait brisé les digues, une force inaltérable et sans nom … Rien de connu, rien d’identifiable.

    Sa sexualité elle-même avait pris une dimension incroyable.

    Elle frissonne. Un plaisir si puissant.

    Elle n’aurait jamais imaginé une telle énergie, un tel envol, une extase aussi sublime. Elle jugeait pourtant sa sexualité satisfaisante. Elle arrivait parfois à jouir en même temps que Yoann et cette communion la comblait de bonheur. Un autre univers existait. État de conscience modifiée … Elle avait découvert le terme dans un livre de Stanislas Groff. Les similitudes avec ses envolées cosmiques l’avaient bouleversée. Elle ne parvenait plus à utiliser le moindre mot pour décrire désormais ce qui l’emportait sans ressentir aussitôt une insuffisance insoluble. Il n’y avait pas de mot. C’était au-delà du connu, au-delà de l’identifié, au-delà même de ses attentes.

    Elle aurait tant aimé entraîner Yoann dans ces sphères éthérées, ces éblouissements corporels, ces envolées mirifiques mais là encore il restait dans le don et la maîtrise, il ne s’abandonnait pas et nourrissait son plaisir des vibrations qu’elle diffusait, des transes qui la raidissaient, de ses gémissements lascifs, il se concentrait assidûment sur la montée de son orgasme, éliminant ses propres ressentis. Elle le savait, il le lui avait dit. Seul, son plaisir lui importait. Le sien ne pouvant s’exprimer qu’une fois son extase déclenchée. Il ne voulait pas la laisser insatisfaite en jouissant avant elle. Par amour. Elle n’en avait aucun doute mais il ne comprenait pas qu’en la privant de son abandon, elle lui renvoyait l’impression d’une insuffisance, d’une incapacité à le faire jouir comme elle jouissait. Elle sentait avec une profonde douleur que ses orgasmes restaient à un niveau corporel, génital, que seul son pénis goûtait au bonheur des embrasées intérieures alors que les siens révélaient une conscience inconnue, un amour extraordinaire de l’énergie créatrice. Elle n’était plus elle mais un calice incommensurable inondé de secousses magmatiques. Ses anciens orgasmes n’étaient plus que des ébauches brouillonnes, des esquisses interrompues, des explorations suspendues. Elle s’était arrêtée pendant toutes ces années à l’orée d’une jungle grouillante de vie, d’un océan pétillant d’énergie, d’un cosmos primitif. À chaque extase, le voyage sidéral l’entraînait dans des contrées inconnues, insoupçonnées et elle se demandait immanquablement s’il restait encore des territoires à découvrir.

    Elle s’effondrait souvent en pleurant sur sa poitrine en sueur. Elle n’y pouvait rien. Cette retombée brutale dans la réalité corporelle la brisait parfois. Dans les derniers jours, avant leur départ, cette réintégration dans son enveloppe de chair l’avait désespérée. Elle aurait voulu rester suspendue, libre, survolant les carapaces lourdes et inertes de son corps épuisé. Cette lumière inexprimable, cette impression de n’être pas seule, pas Yoann mais quelqu’un d’autre, une présence qui l’accompagnait, l’entraînait vers les altitudes.

    Elle avait peur de la folie parfois.

    Les deux dernières nuits, elle n’avait pas voulu s’unir à lui. La force de l’envol impliquait des retours douloureux qu’elle ne parvenait plus à vivre.

    Lire la suite

  • Une évidence.

    Une évidence qui vient de me sauter à la figure...Comme quoi, même ce qui est le plus implacable peut disparaître.

    Je me suis toujours imaginé devoir tenter de renouer avec ma pleine conscience, c'est à dire la capacité à analyser ce que je vivais, comme un observateur scrutant chaque séance de l'existence, essayant de rester lucide, disponible, humble, en retrait émotionnellement...

    En fait, je me suis toujours perçu comme étant constamment sous la menace d'une expulsion de moi-même, sous la menace des événements, assailli par des hordes barbares, jusqu'à me retrouver "inconscient", c'est à dire emporté dans des actes et des pensées chaotiques. Je me souviens de situations dans lesquelles je n'ai pas su rester lucide. Comme si j'étais inconscient de mes actes ou de mes pensées.

    Alors, j'ai tenté d'agir à postériori pour préserver ce capital-conscience.

    Et c'est là que je me suis toujours trompé.

    Il est impossible de ne pas être conscient. La conscience est un état naturel, tout comme la respiration. Je peux retenir ma respiration. Quelques instants. Je ne peux pas retenir ma conscience. Elle est là. Irrémédiablement. La seule chose qui puisse atténuer la conscience de cette conscience, ce sont les actes pour lesquels je produis un effort et qui imposeront des pensées constructrices, c'est à dire finalement tout ce que je fais continuellement, dans la vie quotidienne. Non pas que la conscience ait disparu mais elle est tout simplement remplacée par l'identification que j'installe au regard de mes actes et de mes pensées.

    J'agis.

    Je pense.

    Et pour cela, je produis un effort. Et l'effort finit par s'imposer sur l'écran de la conscience. Ce qui aboutit d'ailleurs aux actes, pensées et phénomènes inconscients.

    La conscience n'a jamais disparu. J'ai juste commis l'erreur de ne pas accompagner les efforts produits par cette conscience. Il suffit donc de réouvrir le coffre. Elle est toujours là. Mais elle a besoin d'être aimée. Je pense que tout est là. Je pense qu'il convient d'apprendre à aimer la conscience.

    Et finir par aimer en toute conscience.

    Lire la suite