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  • les Colibris

    "Juste faire sa part"...


    http://www.colibris-lemouvement.org/comprendre/le-sens-du-sacre

    Le sens du sacré

    "Comment peut-on vendre ou acheter le ciel, la chaleur de la terre ? Cela nous semble étrange. Si la fraîcheur de l'air et le murmure de l'eau ne nous appartiennent pas, comment peut-on les vendre ? Pour mon peuple, il n'y a pas un coin de cette terre qui ne soit sacré. Une aiguille de pin qui scintille, un rivage sablonneux, une brume légère, tout est saint aux yeux et dans la mémoire de mon peuple."

    Paroles du chef indien Seattle, en 1854.

    En quelques points, le sens du sacré c’est :

    • se sentir relié aux autres et à la nature dans la solidarité et la complémentarité ;
    • porter les valeurs de la tolérance, de l’entraide, et de la coopération ;
    • être pleinement présent à chaque instant que nous vivons ;
    • responsabiliser notre existence avec honnêteté, sincérité et douceur ;
    • incarner nos engagements et nos valeurs dans les actes simples et quotidiens ;
    • garder confiance quels que soient les évènements que nous traversons, tirer les éléments positifs des épreuves et les leçons qui nous seront utiles pour avancer ;
    • nous laisser surprendre par les cadeaux de la vie.

    Être ou avoir

    Peut-on trouver un sens à sa vie dans une société fondée sur le « toujours plus », le matérialisme et le rationalisme à outrance, l’hypertechnologie et la surconsommation ?

    Une telle civilisation de l’ « avoir » implique nécessairement l’insatisfaction perpétuelle et la peur du manque. Basée sur l’idéologie du « chacun pour soi », elle entraîne la compétition entre les êtres humains, l’individualisme, la solitude subie, voire l’exclusion.

    A l'inverse, une société qui met en avant les valeurs de l’ « être » donne du sens en ayant pour objecif le bien-être et l’accomplissement de chacun, dans la complémentarité et le respect de son voisin. Elle porte les valeurs de l’amour et de la solidarité ; elle exalte la créativité et les potentialités de l’être humain, au service du bien commun.

    Agir pour le bien commun

    Retrouver le sens du sacré, c’est honorer la vie qui nous est confiée, la vie en nous et autour de nous.

    A quoi décidons-nous d'employer notre énergie et notre temps ? A quoi décidons-nous de participer : à la maladie ou à la guérison du monde ?

    Agir pour le bien commun, c’est :
    - veiller à ce que chacun de nos actes ne nuise ni à la nature, ni à ses ressources, ni à ses êtres vivants ;
    - faire les choses en conscience, afin que nos activités d’aujourd’hui ne compromettent pas l’avenir ;
    - c’est porter les valeurs de la tolérance, de l’entraide et de la coopération ;
    - c’est abolir le « chacun pour soi » pour exalter la force de la solidarité.

    Nous avons tous le pouvoir de choisir notre manière de participer au monde. La difficulté de sortir du système compétitif mondialisé, dans lequel nous sommes actuellement, n'est qu'apparente.

    Se connaître et s’aimer soi-même

    Retrouver le sens du sacré, c’est apprendre à se connaître soi-même pour pouvoir cheminer vers notre accomplissement intérieur et participer à un monde meilleur. Nous ne pouvons prétendre changer les vices de la société sans commencer par nous regarder nous-mêmes, tels que nous sommes, et par entreprendre un travail personnel.

    Avec honnêteté, sincérité et douceur, acceptons de voir nos parts d’ombre et cherchons l’origine de nos souffrances dans nos propres actes, pensées et modes de vie.
    Cessons de projeter la cause de nos tourments sur l’autre et sortons de la victimisation pour entrer dans la responsabilisation de notre existence. Mettons en lumière nos mécanismes inconscients, qui souvent nous aveuglent, nous empêchent de nous réaliser pleinement et de donner le meilleur de nous-mêmes.

    Ainsi, pourrons-nous en confiance éveiller l’amour de nous-même pour enfin aimer les autres et la vie.

    Le sentiment d’être relié

    Retrouver le sens du sacré, ce n’est pas prôner l’adhésion à telle ou telle religion.

    C’est retrouver au plus profond de nous-même l’essence commune à toutes les religions, dans leur sens premier, celui de « relier ».
    Se sentir relié au Tout, c’est être conscient que l’on ne peut exister sans les autres humains, la nature, la terre, la nourriture qu’elle nous procure, l’air, la lumière, les autres êtres vivants.

    Dans la modernité, nos relations et nos organisations sont fondées sur l’antagonisme, la division, la compétition. La réussite de l’un se fait trop souvent au dépend de l’autre. Or, l’autre appartient à l’humanité et à la nature dont nous faisons nous-même partie. Et tout ce que nous lui faisons de mal, c’est à nous-mêmes que nous l’infligeons.

    Dans une société évoluée et éveillée aux valeurs de l’être, respecter l’autre comme soi-même est un principe fondamental.

    Être pleinement présent

    Retrouver le sens du sacré, c’est être pleinement présent à chaque instant que nous vivons.

    Dans la société d’aujourd’hui, il est difficile de ne pas se laisser accabler par nos charges professionnelles, financières, sociales, affectives, etc., et par tous les doutes et les peurs qu’elles provoquent.

    Etre pleinement présent requiert de se protéger du tohu-bohu de l’existence, de construire sa structure intérieure et de savoir puiser en soi la force, la paix et la confiance, nécessaires pour éclairer nos actes. A quoi bon regretter le passé ou s’angoisser pour le futur, alors que tous les instants de notre vie ne se déroulent toujours qu’au présent ?

    Mettons nous aujourd'hui en marche vers un monde meilleur.
    La conscience de l’impermanence des choses devrait nous permettre de nous centrer sur l’essentiel.

    Comment faire ?

    Retrouver le sens du sacré, ce n’est pas rechercher le surnaturel mais plutôt s’éveiller à l’harmonie dans la nature.

    Cela peut s’incarner dans des actes simples et quotidiens :

    • se poser la question du sens de nos actes, de notre travail, et tenter autant que possible de les accorder avec nos valeurs profondes ;
    • sortir de la frénésie d’une vie « à cent à l’heure » et s’autoriser des temps de détente, de repos, de respiration profonde ;
    • prendre des moments pour méditer dans la solitude, afin de chasser les peurs et les doutes de notre mental et de retrouver la paix intérieure ;
    • passer du temps dans la nature, à l’observer et à se sentir relié à elle, à tous ses éléments ;
    • aborder la relation à l’autre avec sincérité, tolérance et ouverture, chacun ayant son travail à faire sur lui-même ;
    • chanter, danser, s’amuser, rire et honorer ainsi la vie au quotidien ;
    • poser un regard positif sur les événements : garder confiance dans toutes les situations que nous traversons, tirer les éléments utiles pour nous des épreuves et les leçons qui nous seront utiles pour avancer.

    L'ouverture et la confiance sont créatives et pourraient bien nous surprendre !

    Questions... suggestions... réactions...

    Si vous avez des questions, des suggestions, des réactions sur cette page, n'hésitez pas à nous contacter !

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  • Tais-toi un peu...Tu me fatigues.

    "J'entreprends de me laisser porter par la force de toute vie vivante : l'oubli. Il est un âge où l'on enseigne ce que l'on sait, mais il en vient ensuite un autre où l'on enseigne ce que l'on ne sait pas : cela s'appelle chercher. Vient peut-être maintenant l'âge d'une autre expérience : celle de désapprendre, de laisser travailler le remaniement imprévisible que l'oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances que l'on a traversés. Cette expérience a, je crois, un nom illustre et démodé, que j'oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapienta. Nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse et le plus de saveur possible." R.Barthes



    Etrange dilemme qui me voit étiré entre deux directions. Lire, écrire et me confronter aux esprits éveillés qui jalonnent leurs routes de balises, des lumières puissantes contre lesquelles je viens heurter mes inquiétudes comme un papillon de nuit ou m'asseoir sur la terrasse, dehors, lever du jour, 6h30, les yeux posés sur les montagnes environnantes, aucun désir, aucune attente, aucune pensée, un vide intérieur qui se laisse envahir par les arabesques du jour qui courent sur les pentes. L'impression inexplicable d'un échange de données : comme si mes pensées, mes connaissances, mes raisonnements, mes incertitudes, mes questionnements lancinants étaient aspirés par l'espace et qu'en échange, ruisselaient en moi, dans les territoires libérés, des énergies vitales, des vibrations d'univers, des pulsions végétales, une aimantation vers le soleil, vers la lumière du monde, juste des bouffées d'air pur.

    Il y a des jours où je perçois ma vie comme une interminable errance et simultanément comme une litanie de découvertes insignifiantes. Comme s'il était possible de se réjouir d'avoir ressenti l'Amour de la vie. Mais c'est tout bonnement consternant de se réjouir de quelque chose qui aurait dû ne jamais être caché, ne jamais être dispersé, remplacé, ignoré. Se réjouir d'être moins égaré ? Cela signifierait que j'ai erré pendant cinquante ans et que je peux désormais être satisfait?...C'est effrayant d'immaturité.

    Je suis davantage assommé par le constat et totalement horrifié en pensant à ce millier d'enfants que j'ai croisés. Devront-ils eux aussi errer pendant des décennies ? Mais de quoi avons-nous donc été sanctionnés pour devoir subir un tel acharnement ? Nos vies sont-elles donc des tremplins dont nous ignorons même jusqu'au tracé ? Imaginons un sauteur à skis, il s'est équipé, il est prêt, il est en haut de la pente, il sait qu'il doit prendre de la vitesse pour planer. Mais il ne sait pas où est le tremplin...

    Le goût de l'Eveil est en nous, dans des profondeurs insondables. Et lorsque ce goût parvient à remonter à la Conscience, nous ne savons même pas en user...

    Il est des jours où j'aimerais que ça se taise en moi.

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  • LES ÉGARÉS (roman) 10

    Il franchit un pont en bois au-dessus d’un torrent. Il s’est levé à cinq heures. Après avoir cherché le sommeil depuis le milieu de la nuit. Tellement de pensées, tellement d’émotions ranimées. Il lui avait suffi d’ouvrir les yeux pour que le flot déboule comme une vague soulevée par des vents hargneux.

    Il imagine maintenant dans son esprit le tourbillon opaque ceinturé dans un entonnoir. La marche favorise l’évacuation des pensées. L’une après l’autre, il les voit s’engager dans le tube étroit, s’écouler irrésistiblement dans l’océan apaisé des émotions disséquées.

    Plus de refoulement, plus de rejet dans le maelström gigantesque des idées sombres. L’épuration est enclenchée. Il n’a plus à résister. L’impression d’une structure mentale éclatée, une enceinte fissurée par laquelle ruissellent les eaux noires et pestilentielles d’un passé morbide.

    Marcher, avancer, monter vers les cimes éthérées du soi libéré. À quel point il a pu se morfondre dans la souffrance. Cette identification qu’il a adorée, dont il s’est servi. Il était le frère compatissant, attentif, dévoué. Vis-à-vis de ses parents, des proches, des amis, il avait pris forme dans le sacrifice. C’était juste son ego. Juste une manipulation malsaine. Cet amour fraternel le servait. Même s’il s’était réellement investi, même si pendant des mois il avait accordé sa vie à celle de Christian, il sait désormais à quel point cette abnégation n’était pas désintéressée. Il devait prendre forme. Le petit garçon discret, effacé, maladif, l’adolescent angoissé, renfermé, cyclothymique, il fallait les tuer, les supprimer, les transformer. Son sacrifice servait de piédestal. Il s’était construit sur cette promesse, sur ce défi, cette lutte éprouvante contre la Mort.

    Humilier la Mort.

    Quel combat aurait pu lui permettre d’exister avec une telle force ?

    Les hernies discales n’avaient-elles pas été le prolongement de cette lutte ? Ce fonctionnement n’était-il pas devenu une dépendance psychologique jusqu’à atteindre son corps, jusqu’à meurtrir ses chairs, la pièce maîtresse du squelette ? N’exister que dans la souffrance … Des défis inconscients. Repousser les limites.

    Il en avait longuement parlé avec Hélène. Elle n’avait jamais donné d’explication.

    Hélène n’imposait jamais d’interprétations.

    Elle suggérait, uniquement.

    Elle racontait des histoires anodines ou étranges, des évènements de sa vie, une vie stupéfiante, elle avait huit ans quand elle avait commencé à sentir dans ses mains des chaleurs incroyables, elle avait huit ans quand elle avait commencé à entrevoir les morts, à les entendre, elle avait huit ans quand elle avait commencé à sentir les douleurs dans le corps des autres... Elle avait désormais des dizaines de patients, plus de cent peut-être, certains venant de pays étrangers, elle racontait certain cas, elle glissait dans la discussion une interrogation incisive, une remarque pertinente, toujours au bon moment.

    Cette impression qu’elle lisait dans les pensées.

    L’évidence ne surgissait qu’après avoir analysé chaque parole. Et bien plus important encore après les avoir validées, ressenties, explorées, vécues.

    Il descend au bord du torrent remplir les deux gourdes.

    Retour sur le chemin, avancer vers Leslie. Se retrouver lui-même pour que tout soit possible. Il sait que rien n’est plus important. Abandonner l’homme ancien, l’enterrer, réciter l’éloge funèbre et aller voir plus loin.

    Avancer.

    La récupération psychologique de Christian avait été bien plus délicate encore que celle de son physique. Des jours et des nuits d’angoisse. Et puis quelques sourires, quelques discussions prolongées, le voir marcher dans la maison, sortir dans le jardin, s’asseoir au soleil, se préparer un café. Chaque situation nouvelle devenait un évènement. Il avait repris sa guitare, le dessin, la lecture, il écoutait de la musique. Et puis le plaisir de la cuisine. À force de préparer ses repas préférés, il avait repris du poids.

    Combien de temps avait-il fallu attendre avant que le physique ne l’autorise à reprendre le sport ? Il ne s’en souvenait plus. L’impression d’un temps gluant qui coulait lentement, une vie ralentie. Toute la famille récupérait avec lui. Les peurs s’estompaient, les rires les remplaçaient. Timidement. Comme si des pudeurs étranges pesaient sur leurs éclats, comme s’il fallait se montrer prudent avec le bonheur, ne pas trop réclamer, ne pas trop espérer.

    L’horreur. Elle était toujours là, tapie dans un coin de la mémoire. Un fardeau invalidant, une vase collante. S’élever trop haut, c’était courir le risque de retomber avec une violence telle que les désillusions seraient fatales.

    Première sortie en vélo. Le cuissard de Christian flottait sur ses cuisses. Les premiers coups de pédale, la cheville bloquée qui brûle.

    Il s’était mis devant pour lui couper le vent. Des regards attentifs pour s’assurer que son frère suivait. Ils étaient allés voir la mer. Des sourires, une bouffée de bonheur, des larmes retenues.

    L’océan, l’horizon, le parfum de l’iode et des algues, le sable étincelant, les rochers entêtés contre les flots patients.

    Son grand frère devant lui, face aux vagues, son grand frère, vivant, un revenant, l’envie de crier aux passants.

    « Si vous saviez d’où il vient ! Regardez ! Il a vaincu la Mort ! Regardez ! Il l’a fait ! C’est mon frère ! »

    Il pleure. Impossible de marcher. Il s’assoit contre un talus. Les jambes molles.

    « Il a vaincu la Mort ! »

    Non.

    Ça n’était qu’un répit.

  • Etre aimé. (spiritualité)

    Je pensais cette nuit à cette béatitude au coeur de la nature, cette sensation extrêmement forte d'être accueilli, protégé, aimé, compris. Sans que rien ne soit attendu en retour. J'ai pris conscience alors que l'amour humain ne pouvait pas déclencher cet état de paix intérieure. Aussi fort que soit l'amour humain, il restera intérieurement des intentions, des attentes, des réticences, des craintes, des espoirs...Que cela dure, que cela ne soit pas gâché par une mauvaise interprétation, que l'autre ne soit pas déçu dans ses attentes, que l'autre ne s'attende pas à autre chose...Même si ça n'est pas le cas, même si le partenaire n'attend rien ouvertement, on ne peut pas s'empêcher d'avoir peur. Peur de se tromper, de décevoir, de ne pas en faire assez. Ca n'est pas dramatique en soi. Il faut juste accepter de le verbaliser pour que tombent ces non-dits dévastateurs.
    Dans la nature, ça ne m'arrive jamais parce qu'elle ne demande rien. C'est un don unilatéral. Je reçois et il me plaît d'imaginer que son bonheur est que je m'abandonne à ce qu'elle me donne. Je n'ai rien d'autre à faire et dès lors la peur disparaît et les pensées avec elle. C'est de là que naît cette fusion. "Perdre la tête" devient possible. Et le corps disparaît avec la tête. Il n'y a plus que l'énergie, le flux vital, cette vibration intime qui coule en moi sans que je sache où je suis.

    Il m'arrive aussi de "décrocher" sans que l'état physique soit la cause, sans que je sois allé chercher ce délabrement corporel générant cette paix intérieure. M'asseoir au sommet d'une montagne, devant l'océan, sur un plateau granitique de l'Aubrac...Juste cette contemplation silencieuse et cet envahissement parfois fulgurant de ce flux vital qui vibre aussi en moi, comme une osmose...Difficile à exprimer en quelques mots...
    Cette paix intérieure, générée par le plongeon absolu dans le monde, je la vois surtout comme un épuisement du mental parce qu'il arrive un moment dans l'effort où il n'y a plus de pensées, où un silence complet s'installe, comme si les pensées anarchiques ruisselaient avec la sueur, il n'y a même plus de sensations corporelles, tu marches sans effort, dans un état second que je vois davantage comme un état premier d'ailleurs, une dimension de fusion avec la vie, une vie intérieure.
    Dans la situation de danger, j'ai connu cet état de lucidité extrême, sans aucune réflexion, un instinct d'une puissance incommensurable, comme si tout était là en moi, tout ce qu'il faut accomplir, dans l'instant, la peur a disparu, il n'y a aucune projection temporelle, tu es là, ancré dans l'instant, avec une force si belle qu'elle te fait pleurer de bonheur. Alors bien sûr, on peut mettre ça sur le compte des endorphines et sans doute qu'il ne faut pas nier les phénomènes chimiques...Mais ce que je trouve dans ces instants là a une puissance si extrême que je ne peux pas la limiter à des phénomènes biologiques...Il y a autre chose. La même énergie que celle que je perçois dans la contemplation simple d'un paysage. Cette unité avec la vie. Disons qu'il y a plusieurs voies.
    S'agit-il d'un éveil ? Je ne crois pas parce que ça n'est pas durable dans les effets. Sans doute que la porte reste entrouverte mais je ne suis plus de l'autre côté. Je sais juste que c'est là. Je sais comment passer le seuil. Mais la vie sociale a des exigences incompatibles avec le maintien de cet état de lucidité. Je ne peux pas aller dans ma classe, devant mes élèves, dans cet état de " décrochement". J'en ai longtemps souffert. Et puis j'ai fini par réaliser que je devais me satisfaire de cette "ouverture", qu'il ne servait à rien que je me torture étant donné que je reconstituais dès lors une enceinte gigantesque, des barrières générées par ma volonté. Je sais aujourd'hui que mon corps est un "passeur", un ouvrier au service de cet esprit et que le mental s'effacera devant mon énergie. Je laisse les choses se faire, je vais marcher et je laisse tomber sous mes semelles des résidus mentalisés qui n'ont rien à faire là-haut.

    Et puis, je découvre peu à peu que cette paix est accessible par l'absence de tout, aucune course en montagne, aucun raid à vélo, rien, juste s'allonger et entrer en soi, par la canal de la respiration, par l'ancrage de la pensée sur le mouvement de la poitrine, le souffle initial, l'absorption de l'air qui m'enveloppe, son voyage en moi, son rejet pour le mêler au réservoir infini de l'atmosphère...La respiration est un acte d'amour. L'air me pénètre et je le restitue...Ce que je rejette sera purifié, la Nature s'en chargera et elle m'offrira de nouveau le flux vital. Sans aucune attente de sa part, sans aucune demande. Un don bienveillant.

    "Faire l'amour" est une expression prétentieuse finalement étant donné que c'est l'Amour qui nous fait.

    Nous sommes constamment projetés dans cet acte d'amour. Juste le souffle. Entrer, sortir, entrer, sortir...Doucement, sans aucune violence, avec une tendresse totale...Peut-être devrions-nous honorer cette union. Et délaisser tout ce qui ne participe pas à cette fusion.

    Mais que resterait-il ?...

  • Rien.

    Il faudrait ne rien vouloir, ne rien attendre, ne rien espérer. Rester totalement neutre au regard du temps à venir. Mais ne rien vouloir, c'est déjà vouloir quelque chose et c'est se piéger soi-même...Il n'y a pas de liberté intérieure quand on cherche à être libre puisque la pensée est enchaînée à une volonté qui ronge.

    Ne rien espérer par conséquent puisque cet espoir est une volonté illusoire, ce qui est encore pire.

    Ne rien attendre... C’est déjà ne pas se fixer de temps, ne pas être ailleurs que là où je me pense. Je ne peux être que là où je pense, que dans le temps présent où je suis. Il n'y a rien d 'autre. Celui qui vient de penser à cette évidence est déjà mort dans le temps, celui qui sera le penseur de la prochaine évidence n'existe pas encore, il ne peut que s'imaginer.

    Il n'y a donc rien en dehors de cette présence.

    Et dès lors que cette présence se projette ailleurs que là où elle existe, elle se condamne, elle se mutile, elle se meurt...

    Il ne s'agit pas de vouloir ne plus rien vouloir en imaginant se libérer. Cela n'est qu'une projection vers un au-delà où je n'existe pas, il s'agit de tout abandonner qui ne soit pas l'exploration absolue de l'instant et dans cette concentration indissoluble, parvenir à sentir que le mental n'a plus d'emprise, qu'il ne parvient plus à échafauder les labyrinthes de pensées, les murailles carcérales dans lesquelles on se perd.

    Le mental n'est plus le maître quand plus rien ne lui est demandé.

    Rien.



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  • "That's life"


    Tout homme veut être heureux. Y compris celui va se pendre, comme l'écrivait Pascal. S'il se pend, c'est pour échapper au malheur et donc rejoindre ce qu'il entrevoit comme un bonheur par la disparition de ce qui le détruit : le malheur en lui. Une auto destruction favorable à ses yeux. Aussi effroyable soit-elle pour le reste du monde.

    Heureusement, toutes les situations de malheur ne conduisent pas à de telles extrémités. Il s'agit donc de rester lucide pour ne pas finir par se pendre à cette détresse de vivre.

    Socrate annonce "que le désir est un manque" et que nous avançons dans l'existence les yeux fixés sur ce manque. Sur ces manques d'ailleurs. Car ls sont nombreux et ont une facilité à se reproduire absolument stupéfiante. Nous sommes des jardiniers performants et nous plantons des graines "de manque" sans relâche.

    Sartre disait que "l'être est fondamentalement désir d'être et le désir est manque."

    C'est ce qui nous condamne au "Néant" (Sartre) ou à la "Caverne" (Platon).

    Nous ne sommes pas heureux parce que nous manquons précisément de ce que nous désirons. On peut craindre en plus qu'une bonne partie de ces désirs et donc de ces manques soient issus de l'imagination et non de la raison, ce qui rend leur aboutissement encore plus inaccessible.

    Les Platoniciens commes les Existentialistes ont décrit cette course au désir comme un épuisement de l'individu. Dès qu'un désir est satisfait, il n'y a plus de manque, donc plus de désir. L'individu ne supporte plus ce vide du désir satisfait et cherchera frénétiquement un manque capable de nourrir un nouveau désir, une soif absolument délicieuse qu'il faudra assouvir... L'homme ne vit que dans la projection de son être dans l'assouvissement du désir, fabriqué, artificiellement parfois, par un manque. Ce que je n'ai pas me manque, je le désire. Ce que j'ai ne me manque plus et ne contient aucun désir. Il m'en faut par conséquent un autre pour que la vie soit remplie de ce désir.

    La société de consommation et les dirigeants des multinationales sont des philosophes redoutables. Ils connaissent très bien les Classiques, c'est une erreur de les sous-estimer, ils maîtrisent parfaitement les rouages de l'humain et s'en servent avec une maestria éblouissante, aveuglante même, destructrice...Nous sommes des papillons de nuit attirés immanquablement par les manques fabriqués et les désirs entretenus. Qu'un lampion s'éteigne et inévitablement un autre s'allumera un peu plus loin. Pas question de laisser les consommateurs se retourner vers les lumières intérieures...Pas question de leur laisser le temps de se réjouir de l'instant présent. Il faut des désirs, encore plus de désirs, il faut des manques, toujours plus de manques. Noël sera passé qu'on pensera déjà aux oeufs de Pâques. L'hiver sera encore là qu'on trouvera déjà des maillots de bain dans les magasins. Les grandes vacances seront arrivées qu'il faudra déjà acheter le cartable de la prochaine rentrée. L'idéal est de créer même des désirs totalement absurdes afin qu'ils soient rapidement assouvis et que la frénésie du manque s'entretienne plus facilement. Créer des désirs fallacieux est plus rentable car l'individu qui parvient à l'assouvir ne risque pas de chercher à en jouir bien longtemps. La platitude de ce désir assouvi instaurera très rapidement la nécessité d'un nouveau manque et d'un nouveau désir. C'est le monde de l'insastifaction chronique. Quasiment le Monde entier marche dans cette voie.

    Même en "amour", certains individus fonctionnent ainsi. C'est le manque qui les réjouit et pas la jouissance du désir assouvi. Amour kleenex qui fait pleurer celui ou celle qui est jeté.



    Même les religions ont compris le système, sauf qu'elles l'ont poussé encore plus loin. Le bonheur sur Terre est impossible, ce désir ne sera jamais assouvi, ce manque sera toujours aussi redoutable jusqu'à la fin mais par contre, le Paradis offrira aux bons paroissiens l'assouvissement ultime de ce manque. Croyez en moi et je vous donnerai à votre mort le bonheur qui vous manque. La Foi peut devenir une espérance morbide.



    L'espérance. Voilà le mot. Non pas l'espoir qui pousse parfois aux actes, un saisissement de l'instant plus puissant que le mirage temporel, mais l'espérance qui conduit à l'abandon, au fatalisme, à la décrépitude spirituelle. L'espérance est une fuite en avant, d'espérance en espérance, de manque en manque, de désir en désir. L'individu se complait dans l'espérance car le désir de ce qui lui manque lui donne le sentiment d'une vie remplie. L'espérance de l'argent, de l'amour, du confort, de la possession, du pouvoir...C'est une addiction redoutable qui mène certains individus à renier toutes les valeurs humaines les plus belles. Pas de partage, pas de compassion, pas d'attention, pas de tendresse, l'objectif est le moteur, le désir assouvi nourrira un désir encore plus fort, le milieu de la politique est le symbole majeur de ce fonctionnement. L'ambition devient le ferment de l'espérance. Même l'école insère les enfants dans cette perdition des âmes à travers la compétition. L'espérance d'être le "meilleur", d'obtenir le meilleur classement, la promotion désirée, le salaire mirobolant. Mais ça ne s'arrêtera jamais. Les imbrications sociales, les comparaisons, les jalousies, créeront inévitablement un manque supplémentaire. Un poste plus "élevé" même si pour cela il faut ramper. L'espérance de devenir un jour celui fait ramper les autres est une ambition incommensurable, inépuisable. Le conditionnement est si puissant que l'individu a perdu toutes retenues, toute lucidité. La réussite sociale de ces monstres de puissance, aussi destructrice soit-elle, devient la référence. Combien rêve d'être milliardaire ? Combien accepterait de prendre la place d'un Dassault, vendeur d'armes ? Une fortune dont on n'a pas idée...Un nombre de morts incalculables sous les bombes.



    Bien, mais alors, que faire ?

    Certains choisissent de s'étourdir pour ne plus souffrir de ce qui leur manque. Ne pas penser, ne pas réfléchir, foncer tête baissée dans la meute affolée et se réjouir immédiatement de la folie générale. Acheter, s'amuser, accumuler les divertissements, en abandonner un sitôt essayé, en trouver un autre. Espérer juste que le prochain week-end sera aussi déjanté que celui qui vient de se finir. Passer la semaine le moins douloureusement possible en multipliant les petites trouvailles dérisoires mais indispensables pour tenir six jours. Si en plus, il y a des soldes, alors là, ça va être génial...

    C'est toujours de l'espérance mais seconde par seconde...Ceux-là sont faussement dans l'instant et se réjouissent d'une vie frénétique. Grand bien leur fasse.

    Bon, laissons tomber, c'est mort.



    Allons jouer au Loto alors et si on perd on se réjouira pendant quelques jours que le prochain tirage sera le bon.

    Bon, laissons tomber, c'est mort là aussi.



    Allons à l'Eglise alors et attendons la mort pour nous réjouir enfin.

    Bon, là, c'est sûr, on sera vraiment mort.



    Et si nous décidions de ne plus avoir d'espérance ?...Et si nous décidions que nos manques ne sont bien souvent que des inventions ? Et si nous décidions que le plaisir n'est pas à venir mais qu'il est déjà là ? Et si nous décidions que ce plaisir constant d'être là est la source réelle du bonheur ?

    Bien sûr que d'espérer avoir un peu d'argent, ça aide...A moins d'aller vivre dans la forêt amazonienne ou chez les Inuits. Tout dépend aussi de ce que nous mettons derrière ce désir d'avoir un peu d'argent d'avance, une réserve permettant de ne plus être dans une survie quotidienne. Saurons-nous en avoir un usage "utile", constructif pour l'individu ? Est-ce que ça répondra à un projet destiné à entretenir une évolution de l'individu ou sa participation erratique à la société de consommation ?



    Bien sûr que nous pouvons espérer trouver l'amour, le grand amour. Mais qu'en ferons-nous ? Un accompagnement fidèle et attentif de l'être aimé dans une voie personnelle ou une dépendance à l'autre, à moins que ça soit une soumission de l'autre...Les dérives sont nombreuses.



    Bien sûr que nous pouvons espérer avoir un travail passionnant. Encore faut-il qu'il ne nous oblige pas à renier ce que nous sommes. Le travail, s'il n'est pas un tremplin vers un accomplissement intime de l'individu, n'est qu'un labeur. On est en droit d'espérer de l'existence autre chose qu'une vie de labeur.



    Et c'est là justement qu'intervient le questionnement de la préparation de ces paramètres essentiels de l'existence. Si nous décidons de rester vivre dans le monde "occidental", nous ne pouvons échapper à la nécessité de la construction de l'existence. C'est vers l'enfant qu'il s'agit de se tourner. Le développement personnel en quelque sorte avant le développement du futur salarié...Ca n'est pas le chemin actuel de l'Education Nationale. La raison en est très simple : l'individu éveillé n'est pas un consommateur effréné, une horreur pour le PIB et les chefs d'entreprise. Pas le petit artisan du coin mais le patron des multinationales. Le gouvernement n'oeuvre pas pour les consciences mais pour le rendement, la croissance, les marges, les chiffres d'affaires. Les gouvernements sont dans l'espérance continuelle de croissance économique et les citoyens sont les outils de leur espérance. Les enfants quant à eux sont des proies si dociles.

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  • Rythmes scolaires...Suite...

     La situation au niveau national :

     

     

    1.rentrée 2013, alors que la réforme devait être la règle qui s'imposait à tous, moins de 20% des communes la mettait en place soit 3852.

    2. Et depuis la rentrée, plusieurs, parmi celles-ci, ont abandonné face aux difficultés qu'elles rencontraient pour la mettre en œuvre.

     

    3.lors du dernier congrès des maires de France l'enquête réalisée par le Ministére de l'Education Nationale auprès des villes qui ont mis en place cette réforme est édifiante.
    Tout d'abord, seules 1100 sur les 3852 ont bien voulu répondre sur une question aussi cruciale pour la vie de leur commune. Soit 28% qui ont répondu. Sur ces 28 %, 83 % se sont dites satisfaites. Ce chiffre important de 83% de réponses favorables sur 28 % de communes, démontre à lui seul qu'en réalité seule les communes satisfaites ont répondu à cette enquête. Ce qui signifie que 72 % des communes ne sont pas satisfaites de la mise en œuvre de le Réforme des rythmes scolaires. Pire encore sur les 28 % de réponses, 77% déclarent avoir du mal à financer la réforme qui leur coûte entre 150 et 200 € par élève....

     

    1. Dès la rentrée 2013, des communes ont annoncé qu'elles ne mettraient pas en place la réforme. Après menaces de poursuites, le Ministère a finalement renoncé à s'engager dans une telle voix.

    2. Tout devait être bouclé d'ici fin janvier 2014. Rien n'est fait. Là, où les CDEN se sont tenus ce sont souvent seulement entre 1/3 et ½ des communes qui ont fait des propositions. Et de nombreux CDEN ont été repoussés.

    3. Actuellement ce sont 1733 communes qui ont déclaré qu'elles ne mettraient pas en place la réforme, dont 600 organisées sous un collectif de maires. Dans le Val de Marne seules 6 communes mettront en place la réforme toutes les autres ont déclaré qu'elles ne l'appliqueraient pas.

     

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  • L'éducation du futur

    La connaissance de la connaissance.

    http://parlez-moidevous.blogspot.fr/2014/02/la-connaissance-de-la-connaissance.html


    L’œil de la mouche : "Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur."
    Edgar Morin. Seuil.

    L'acquisition et l'accumulation des connaissances relève d'un exercice inutile et  peut-être même nuisible, si ces connaissances ne sont pas sous-tendues par une vision de l'humain qui guide leur mise en œuvre.

    La masse de connaissances à enseigner a rendu indispensable la catégorisation des disciplines, qui a abouti à une hyper-spécialisation des savoirs. Ils sont fragmentés et isolés dans leurs champs de connaissance, avec pour conséquence la fragmentation des consciences. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", disait déjà Rabelais.
    L’accès au numérique amplifie cette fragmentation : les informations sont atomisées, dépourvues d'un fil conducteur qui les transcende et les relie les unes aux autres, sans vision globale qui puisse leur donner un sens. 
     
    La leçon de ce petit livre d'Edgar Morin est celle du passage indispensable de la connaissance à la méta-connaissance, à enseigner d’urgence aux acteurs du futur.
    "A la demande – et avec l’aide- de l’UNESCO, Edgar Morin propose ici le viatique minimal pour nous aider à regarder l’avenir en face. Ce petit texte lumineux, synthèse de toute une œuvre et de toute une vie, a d’ores et déjà été diffusé dans plusieurs pays du monde. Il a aidé d’innombrables hommes et femmes à mieux affronter leur destin et à mieux comprendre notre planète."
    Quatrième de couverture.
    Sept chapitres en forme de programme éducatif indispensable.

    • "L’angle mort" ou la tache aveugle : les limites et les illusions du savoir.
    • Comment acquérir une vision globale du monde qui englobe les connaissances parcellaires et spécialisées ?
    • Qu’est-ce qu’être humain ?
    • Relativiser les certitudes et accepter l’inconnaissance et l'imprévu.
    • L’histoire de l’humanité : la compréhension de ce qui nous relie les uns aux autres, notre appartenance à un destin commun.
    • Individu, société, espèce : sortir de l'intolérance et de la logique du tiers exclu pour entrer dans une logique complexe.
    • L'anthropo-éthique : retrouver une boussole pour ne pas perdre le Nord.
    En conclusion
    "Nous n'avons pas les clefs qui ouvriraient les portes d'un avenir meilleur... Mais nous pouvons dégager nos finalités : la poursuite de l'hominisation en humanisation."
     
    Un beau programme transversal, à mettre dans toutes les mains...

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