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  • Rythmes scolaires

    Creuse

    Limousin > Creuse > Guéret 14/02/14 - 06h00

    Élus, parents, syndicats (pas tous...), enseignants protestent contre la réforme des rythmes

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    http://www.lamontagne.fr/limousin/actualite/departement/creuse/2014/02/14/elus-parents-syndicats-enseignants-protestent-contre-la-reforme-des-rythmes_187253

    Nicolas Simonnet (à gauche) dénonce les « pressions » exercées sur les maires.? - photo maria veses ferrer.

    Nicolas Simonnet (à gauche) dénonce les « pressions » exercées sur les maires.? - photo maria veses ferrer.

    Des élus et des syndicats réclament la réécriture du décret de la réforme des rythmes. Et dénoncent les pressions de l’administration sur les communes réfractaires.

    Pas question de reculer et d'autant moins qu'ils affirment que les pressions de l'inspection académique et de la préfecture s'intensifient. À quelques mois seulement du passage obligatoire à l'école à 4,5 jours pour toutes les écoles du département, le SNUIPP, la FSU, des élus et des parents continuent de réclamer la réécriture du décret et un bilan d'une réforme inapplicable en l'état. Alors que 13 communes sur 124 sont passées dès la rentrée 2013 à la semaine à 4,5 jours, 67 maires continuent de proposer le maintien de la semaine à quatre jours et n'ont pas retourné à l'inspection leur modalité d'organisation.

    « Le périscolaire s'effectue
    au détriment
    du scolaire »

    Dans l'attente d'un bilan de la réforme qu'il réclame à cor et à cri auprès de l'Inspection, - « il n'y a eu aucune évaluation de faite »-, le SNUIPP et la FSU ont réalisé un rapport pour le moins accablant en dénonçant divers dysfonctionnements. « Les horaires scolaires sont fixés par défaut, en fonction des horaires périscolaires et des contraintes du Conseil général. Le périscolaire s'effectue au dépend du scolaire en niant le rôle des enseignants qui sont expulsés des classes pour laisser place au périscolaire », analyse le délégué du SNUIPP, Fabrice Couégnas, tout en rappelant l'hostilité quasi générale face à une réforme imposée aux forceps. « Le 13 novembre, 70 % des parents n'ont pas envoyé leurs enfants pour protester et 70 % des enseignants étaient en grève le 5 décembre. » Autre grief, l'utilisation des personnels ATSEM, jusqu'alors dédiés aux écoles pour assumer des activités extérieures au temps scolaire. Tous redoutent aussi les inégalités entre les écoles et s'inquiètent de la fuite des élèves en direction des établissements privés non soumis à la réforme des rythmes. Dans leur combat, parents, syndicats et élus semblent pouvoir s'appuyer sur une partie des 111 délégués départementaux de l'Éducation Nationale qui expriment eux aussi des inquiétudes sur les principes d'égalité, de laïcité et sur la sécurité dans le cadre des activités périscolaires. Non sans noter des disparités de traitement au sein même des écoles qui ont appliqué la réforme. « À Lavaveix-les-Mines, les activités sont réservées aux enfants dont les parents travaillent », souligne une déléguée.

    Quant aux élus, ils ne mâchent pas leurs mots, à l'image des conseillers généraux de Chambon-sur-Voueize et de Dun-le Palestel, Nicolas Simonnet et Laurent Daulny qui accusent ouvertement la directrice d'académie et le préfet d'exercer de multiples pressions. Soit en essayant de « court-circuiter les maires », en laissant « sous entendre des fermetures de classes » dans les communes réfractaires, en s'adressant aux intercommunalités ou encore en menaçant « d'imposer les rythmes sans concertation aucune. »

    La directrice d'académie
    et le préfet
    au ban des accusés

    « Les 67 maires sont devenus des délinquants civiques, des mauvais élèves auxquels on pourrait faire des misères. On demande aussi aux maires d'engager leur responsabilité par écrit sur les bonnes m'urs des animateurs que nous serions amenés à embaucher. C'est quand même fort de café », s'insurge Nicolas Simonnet, évoquant des « méthodes détestables » d'une « autre époque ». « Nous subissons des pressions sur des écoles à Maison-Feyne, Villard, Naillat », confirme le maire de Dun-le-Palestel, Laurent Daulny, qui évoque le coût d'une réforme jugée trop onéreuse, en moyenne 150 euros par élève.

    La Souterraine aurait ainsi dépensé 90.000 € tandis qu'il en coûterait 25.000 € pour la commune Dun-le Palestel. En comptant les 800.000 € que le conseil général déboursera pour assurer les transports scolaires, le montant global de la réforme pour la Creuse avoisinerait les 5 M€, selon Fabrice Couegnas, alors que « les cours ne sont actuellement pas assurés chaque jour dans plus d'une dizaine de classes dans 10 et 20 classes », faute de remplaçants. « Avec les moyens mis en 'uvre, on pourrait faire largement mieux, en recrutant des dizaines d'enseignants, en remettant des RASED, en envoyant les enseignants en formation… »

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  • Lectures numériques

    Bon et bien voilà, j'ai lu mon 1er roman numérique sur une liseuse Kobo.
    Et bien, je ne vois vraiment pas pourquoi j'irais acheter du papier... C'est très facile à utiliser, dix-sept livres enregistrés (Merci Anita), j'ai commencé à lire dans le train, la liseuse posée sur les genoux, pas de pages à tenir ouvertes, le défilement du texte est très rapide, l'écran très agréable, la liseuse tient dans la poche de ma veste ou dans ma pochette, peu importe la taille du fichier Je me souviens de ces gros pavés sur lesquels il faut "forcer" sur la structure pour réussir à lire, au risque de décoller les pages...J'ai comme ça démoli deux fois "Citadelle" de Saint Exupéry et "Les sept piliers de la sagesse" également...Et bien, là, au moins, ça n'arrivera plus. Et lire, sans avoir à tenir un bouquin mais à juste faire glisser son doigt sur un écran, et bien, finalement, j'adore.

    Alors, voilà, le premier roman d'une longue liste.

    Un sacré choc...Une descente aux enfers sans possiblité de retour...Violent, âpre, désespéré et parfois des flamboyances qui apaisent, qui permettent de reprendre espoir, de ne pas somber avec le héros...Groupuscule nazi, des meetings d'un autre temps et qui existent pourtant.

    Attention, danger. Il faut être bien en paix pour plonger dans de telles noirceurs.

    Une écriture remarquable, parfaitement maîtrisée, des phrases qui résonnent longtemps, des descriptions psychologiques au scalpel.

    On en sort le souffle court...Et heureux d'en avoir personnellement réchappé.


    À l'heure où nos fantômes rampent sur l'île aux roses de Thierry Desaules

    À l'heure où nos fantômes rampent sur l'île aux roses de Thierry Desaules

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    Milton Dekker, trente ans, mène une existence harmonieuse entre son compagnon Stanislas et les étranges conversations nocturnes qu’il entretient avec le spectre de Louis II de Bavière – feu Roi des Lunes – lorsqu’il se découvre atteint d’une grave hépatite

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    Milton Dekker, trente ans, mène une existence harmonieuse entre son compagnon Stanislas et les étranges conversations nocturnes qu’il entretient avec le spectre de Louis II de Bavière – feu Roi des Lunes – lorsqu’il se découvre atteint d’une grave hépatite. Cette nouvelle bouleversant bon nombre de ses certitudes, le jeune homme décide d’entreprendre un voyage initiatique sur les traces de son frère jumeau Alexandre dont le suicide, deux ans plus tôt à Anvers, demeure inexpliqué. À travers une Allemagne interlope, romanesque et violente, guidé dans sa quête de vérité par le journal intime laissé par Alexandre à l’énigmatique Brivaël, Milton s’apprête à vivre un voyage lyrique, sensuel et cruel au cœur des racines du Mal...

    EXTRAIT

    « Il était une île. »

    Dans la baignoire nappée d’obscurité que la lueur d’une unique bougie éventrait timidement, mon sexe flasque était un insulaire.

    En position fœtale, dans la chaleur rassurante et plasmique d’une eau à quarante degrés parfumée à l’eucalyptus, je végétais.

    Mon petit orteil souffrait de longue date d’une légère irritation. Je ne l’avais jamais fait soigner, car cette sorte de crevasse qui suintait en permanence me procurait une démangeaison délicieuse. Au cours de mes séances masturbatoires – ou lorsque je faisais l’amour avec Stanislas –, le jeu consistait, lorsque je m’apprêtais à jouir, à gratter la plaie avec force jusqu’à ce que la chair éclate ; la puissance de l’orgasme m’en semblait alors décuplée.

    Mon frère Alexandre et moi-même avions vu le jour à l’automne 1982.

    Du plus loin que je me souvienne, il n’y avait toujours eu qu’Alexandre. Pour le ludique, la complicité, comme pour l’affectif.

    Bien sûr, le sexe était venu plus tard ; par l’onanisme mutuel à l’orée de l’adolescence, à goûter nos spermes dans le silence imposé et l’obscurité ouatée de la demeure familiale. Nous avions exprimé conjointement notre dégoût en fronçant ces nez que nous avions similaires.

    De tout temps, Alexandre avait été le dominant de notre couple gémellaire. Je n’en étais pas dupe. J’avais le souvenir flou, enfant, d’une petite fille rampant dans le bac à sable du square où nous emmenait régulièrement notre mère. Je la revoyais rire aux éclats alors qu’Alexandre et moi nous efforcions de lui retirer une chaussette rose, brodée de petits lapins hilares. Cette innocence – qui s’étalait en farandole autour de la cheville de la gamine – s’était perdue dès lors que, enfin propriétaire de la chaussette, Alexandre m’avait intimé l’ordre de lécher le petit pied mis à nu. Je m’étais exécuté tandis que mon frère insistait, vachard : « La langue entre les doigts de pieds ! Vas-y Milton, vas-y ! »

    Les lapinous avaient foutu le camp, la gamine chouinait un peu. Étrangement, j’avais savouré de voir Alexandre diriger ainsi les opérations tandis que ce dernier, à n’en point douter, s’était offert un gigantesque orgasme cérébral.

    Il y avait là une catastrophe en latence, un drame prêt à fondre sur lui comme une nuée de sauterelles folles.

    En y repensant, je frissonnais parfois, une ambiguïté glacée me courait alors sur l’échine.

    Il y a deux ans, Alexandre s’est tué.

    Dans son appartement d’Anvers, les forces de l’ordre l’ont retrouvé suspendu par le cou dans son dressing. Il n’a laissé ni lettre ni message sur son répondeur. Rien. Le rapport de police indiquait froidement qu’il avait d’abord tenté de se pendre à la tringle de son rideau de douche avant d’essayer de s’ouvrir les veines sans plus de succès.

    Anvers, comme toutes les villes portuaires, était violente et sensorielle, striée de rues où s’étiolait une odeur de pisse, de rouille et d’iode. Pour moi, elle exhalerait à jamais le parfum du cadavre d’un pervers, le parfum du cadavre d’Alexandre. Les odeurs, les souvenirs et l’odeur tenace du souvenir m’avaient fait jurer de ne plus y mettre les pieds de toute ma foutue vie.

    Par la fenêtre de la salle de bains, je regarde les hortensias roses. Un rose enfantin et lumineux, un rose de chaussette de petite fille.

    ÉGALEMENT DISPONIBLE DEPUIS LES LIBRAIRIES SUIVANTES ET BIEN D'AUTRES ENCORE

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  • "Autobiodégradable" de Charlotte Charpot

    Le blog d'un éditeur comme un autre…

    « Dans la littérature, tous les genres sont bons hormis le genre ennuyeux » – Walter Scott

    Paroles d’auteurs avec Charlotte Charpot

    par Administration

    duo_charpot

    Oserez-vous entrer dans le cube ? Et découvrir un roman résolument original, percutant, contemporain et qui risque bien de vous bousculer, mais pour mieux vous ravir et vous séduire. Vous êtes dans l’ère industrielle de l’être industriel, vous dit l’auteur en préambule, avant de vous promener dans le monde d’une entreprise qui pourrait bien devenir la vôtre dans quelques années (à moins que ce ne soit déjà le cas), et vous enfermer dans une émission de télé de la pire réalité possible. Tout cela enrobé d’une écriture incisive, humoristique, précise et un rien espiègle, que Charlotte Charpot sait déployer tout au long de son roman pour divertir, mais aussi et surtout dénoncer, amener à réfléchir sur la société qui nous attend peut-être si on s’abstient de réagir efficacement à la captation de notre temps de cerveau disponible…

    Autobiodégradable, c’est un OVNI littéraire, un OLNI devrais-je peut-être dire (objet littéraire), mais en même temps, on le lit comme un roman en ce sens que l’histoire de toutes ces Chantal et de tous ces Jean-Pierre est tellement notre histoire, ou pourrait l’être. Comment décide-t-on d’écrire ce genre d’histoire, quelle est la genèse de ce magnifique roman, et quel est le but poursuivi ?

    Autobiodégradable est fait pour être un Objet Littéraire Non Identifié. Il me semble que le monde a profondément changé, cependant on croise rarement la route d’auteurs qui tentent de proposer autre chose sur le plan du style et de la manière qu’ils ont de le donner à relire. Ou peut-être les éditeurs ne souhaitent-ils pas courir le risque ? J’ai donc beaucoup de chance que Numeriklivres ait accepté ce titre. Je cherche en littérature comme en peinture des artistes capables de déplacer les choses, de les emporter ailleurs et de nous les rendre telles que nous ne les avions jamais regardées. C’est une tentative en ce sens que j’ai entrepris et pour déplacer les choses, il faut déplacer le verbe. Tout le pari alors est de trouver une voie suffisamment nouvelle pour être déroutante et suffisamment familière pour rester lisible. Cela est périlleux, toujours à la limite de la construction et de la déconstruction. Jusqu’où va-t-on accepter de se perdre pour se retrouver, jusqu’où le lecteur est-il funambule ?

    Cette question est totalement liée à l’état d’esprit qui habite notre XXIe siècle. Partout les gens s’oublient. Le monde du travail est invraisemblable, nous avons tous connaissance des vagues de suicides consécutives à la privatisation des grosses entreprises comme les télécoms, la poste, et tant d’autres. Il y a la crise, le burn out, des pressions exercées dans tous les sens, les informations télévisées alarmistes, l’urgence permanente et lorsque les gens vont trop loin, ils se brisent. Il paraît qu’il n’y a jamais eu tant de congés longue maladie qu’à l’heure actuelle. Parallèlement, on assiste à une vague de retours à la nature, de volonté de changer nos modes de vie, la consommation bio, le yoga, les revirements professionnels pour ouvrir une maison d’hôtes à la campagne, ou fabriquer son fromage de chèvre. J’ai eu envie d’illustrer ces deux mouvements dans une parabole juste un peu trop folle pour être prise au premier degré, et juste suffisamment réaliste pour rester très inquiétante. Tout ce que raconte cette histoire existe réellement, je ne suis qu’un condensateur. L’objectif est aussi de dire aux gens : arrêtez-vous. Regardez en vous-même ce qui est important : c’est vous. Et si pour s’en souvenir il est nécessaire de se boucher les oreilles pour cesser d’entendre hurler les loups, faites-le. Nous sommes tous un peu loups.

    Les interactions entre les différents personnages du livre et les situations auxquelles vous les confrontez sont parfois presque terrifiantes. Il y a un soupçon de fantasy à vrai dire et d’anticipation disséminée entre les lignes, petites doses homéopathiques certes, mais présentes. C’est quelque chose qui caractérise votre écriture, ou bien c’est fortuit ?

    Le côté fantasy n’est pas fortuit. En l’occurrence, je prends le terme "Fantasy" au sens de légère anticipation. Ce qui est amusant, c’est de constater que nous partons sur l’idée d’anticipation, alors que nous pourrions partir sur celle de la caricature. Il semble que les deux notions soient bien proches pour que la confusion s’établisse dans nos esprits. J’envisage cette histoire comme très légèrement décalée dans le futur. Je ne précise cependant jamais ni le temps ni le lieu pour ménager le malaise. Est-ce aujourd’hui ? Est-ce demain ? Rien de moins certain.

    La fantasy au sens de "anticipation" ne caractérise pas mon écriture je pense. Mais j’aime jouer sur les sensations temporelles ressenties par le lecteur. Dans Le Cas Nathalie Solenblum par exemple, l’histoire se déroule de nos jours, mais le vocabulaire est tellement baroque et délibérément désuet que l’on se croit au XIXe siècle sans conscientiser nécessairement la source du malaise. Un peu comme de travailler le clair-obscur du verbe, lui donner les couleurs d’un temps et d’un espace à chaque fois différent, parfois insaisissable.

    Si je prends le terme fantasy au sens de "croisement du merveilleux et du fantastique" effectivement cela me caractérise. Je viens du monde de Tolkien, Moorcock, Hebert, Caffrey, Zimmer Bradley et tant d’autres. Ils m’habitent profondément. Le surgissement du fantastique est capable de nous libérer à bien des égards, il laisse la porte ouverte sur l’infini des possibles et donc surtout sur des possibles différents.

    Il y a quelque chose de cinématographique dans ce roman, des scènes qu’on verrait bien se dérouler sur grand écran. Quelles influences ont guidé ce texte ?

    J’ai été inspirée par les livres de Douglas Coupland, principalement. Cet auteur est un génie contemporain extraordinaire. Côté cinéma, l’univers de Scott Pilgrim, car le réalisateur a tout osé, et surtout parce qu’il propose une manière totalement décalée moderne et fraîche de raconter une histoire. C’était le signe que je pouvais l’envisager à l’écrit. Enfin, j’ai été nourrie par la poésie de Gherasim Lucas. Alors là, comme ça, chercher quel rapport il peut bien y avoir entre Lucas et Autobiodégradable, j’avoue que cela ne va pas sauter aux yeux. Pourtant, il y a des courants profonds sur la façon de raisonner autour de la structure qui sont bel et bien là. L’édifice tient-il debout ? Tiendra-t-il jusqu’au bout ? L’un de mes objets poétiques préférés de Lucas est celui-ci : " S’en sortir sans sortir". Cela résume Autobiodégradable et la vie en son entier. Enfin, j’adore travailler sur l’instantané de l’image. Idéalement je voudrais faire surgir les scènes dans l’esprit du lecteur exactement à la manière d’un film. Comme si je projetais grâce au texte l’ensemble du décor. On me dit que je suis utopiste et pourtant je n’arrive pas à me départir de l’idée qu’il est possible que les images et les émotions passent avec quelque chose de commun d’une cervelle à une autre pour peu que l’auteur soit doué.

    Un mot sur vos projets littéraires à venir ?

    Concernant mes projets futurs… J’ai l’idée d’un roman qui ne me quitte pas depuis des mois et des mois. J’ai été contrainte de le mettre de côté pour des raisons professionnelles mais je vais m’organiser pour reprendre l’écriture très prochainement. En revanche, cette histoire n’a toujours trouvé ni sa forme ni sa structure. Le travail va être passionnant !

    Propos recueillis par Anita Berchenko

    Collection Charlotte Charpot

    Cliquez ici pour accéder à tous les titres de l’auteur

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  • "Les deux loups"

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    C'est là que se tient la liberté.

    Nourrir celui nous grandit, apaiser celui qui nous dévore.

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  • Seul au monde

    La pire chose pour moi est de penser qu'il est possible de ne pas se sentir seul parce qu'on est entouré. C'est le mensonge le plus destructeur. Nous sommes seuls au monde si nous avons besoin du monde car nous lui sommes redevables dès lors de la vie qu'on se fabrique. Personne ne m'octroie le sentiment d'être seul tout comme personne n'insère en moi le sentiment d'être accompagné.

    La seule personne qui puisse répondre à mes désirs d'éveil, c'est moi. Non pas que les gens que j'aime me sont indifférents ou qu'ils ne m'apportent rien, loin de moi cette idée, mais je refuse de les prendre en otages, de les enchaîner à mes interrogations, à mes désirs d'exploration. Ils m'apportent la conscience qu'il est impossible de dépendre de qui que ce soit. L'Amour n'est pas une entrave mais une libération dans le travail intérieur qu'il génère, dans le regard lucide qu'il contient, hors de la passion si elle n'est qu'embrasement destructeur, si elle n'est pas un tremplin mais une plongée dans la dépendance. La passion porte en elle-même son extinction, elle n'en est pas responsable, ce sont les individus qui se sont trompés, ils sont les seuls responsables, ils sont victimes du boureau qu'ils ont créé, il n'y a plus de cheminement, il n'y a plus d'ascension mais un épuisement inéluctable des réserves d'énergie, il n'y a pas de construction commune mais un délabrement continuel de la citadelle, des pierres qui se déchaussent, inexorablement, parce que les individus se dévorent et s'effacent eux-mêmes en imaginant bâtir un donjon indestructible. 

    L'Amour est un cheminement solitaire et lorsqu'il est accompli, il devient possible de s'unir à une autre solitude constituée parce qu'aucun des deux partenaires ne cherchera en l'autre la complétude qu'il espère, parce qu'aucun des deux partenaires ne viendra apaiser les souffrances qu'il traîne.

    L'Amour ne peut pas être souillé, alourdi, condamné à soigner des êtres qui se martyrisent.

    Je suis seul au monde parce que c'est le seul moyen d'aller vers l'Amour.

    Je n'ai besoin de personne parce que je refuse de condamner quelqu'un à me soutenir.

    Personne ne le mérite et personne ne doit l'accepter. Par Amour pour soi-même. Car sans cet Amour, rien n'est possible.

     

  • Les émotions de la mort

    Je me rends compte à quel point, je suis capable de laisser passer des émotions inutiles, des choses qui ne m'appartiennent pas, qui sont générées par des personnes qui ne me sont rien, que je ne connais que par le hasard professionnel ou autre mais que par contre, je vis avec une puissance phénoménale les émotions qui me sont importantes, que je les laisse m'emporter, que je m'y abandonne totalement parce que je sais, profondément, que ces émotions-là je dois les vivre totalement, sans aucune restriction. Alors, je pleure. Et même devant deux cents personnes, un micro à la main, lisant le texte d'adieu à une personne aimée et disparue.

    Je sais que cette émotion libérée est perçue par beaucoup comme une faiblesse, comme un manque de retenue, de pudeur, de courage, de force ou je ne sais quoi.

    Je pense tout au contraire qu'il s'agit d'une lucidité envers la Vie, un accueil de ce qu'elle a de plus puissant, de plus bouleversant et que je sois un homme ne change rien à l'amour que je porte à cette Vie. Pleurer n'est pas une souffrance mais le moyen proposé par la Vie de se libérer d'un fardeau. De quel droit refuserais-je ce cadeau ?

    S'interdire de plonger dans l'émotion revient à l'enfermer et à la laisser se détériorer jusqu'à devenir le terreau d'un mal physique ou psychologique, comme un avilissement inévitable au regard du rejet de la Vie.

    Il suffira d'un autre événement douloureux pour que le poison accumulé se répande. C'est l'individu qui en est responable et non l'événement. C'est son obstination à "être courageux" qui le condamne. Terrible héritage éducatif qui consiste à nier l'existence et à refuter toute forme d'observation intérieure, comme si les regards croisés avaient davantage d'importance que ce regard envers la Vie.

    Celle que j'aimais et qui est partie, je tiens à lui signifier mon affection et il ne me suffit pas de lire quelques mots, je veux vivre ces mots, vivre intégralement ce que je cherche à transmettre, laisser ces mots me déchirer, ouvrir mon coeur, mon âme où cet antre mystérieux d'où jaillissent les bouleversements existentiels. Qu'est-ce qui en nous déclenche ces torrents de frissons, cette brûlure intérieure ? Je n'y suis pour rien, aucune volonté, aucun effort et je refuse la volonté de m'opposer à cette marée. Il s'agirait d'une volonté de l'ego alors que c'est la Vie qui s'exprime. De quel droit m'opposerais-je à la vie ? Comment pourrais-je considérer que ma personne a plus de valeur que ce que la Vie déclenche en moi ?

    Mon frère est mort il y a plusieurs années déjà. J'ai passé des heures, seul, à ses côtés dans la chambre mortuaire.

    Je sais ce que mon frère voulait m'apprendre. J'ai mis longtemps à le comprendre. Passé la gêne de parler à un corps froid et raide, passé la honte de pleurer, seul dans la lumière fragile des bougies, j'ai dit à mon frère combien je l'aimais, combien j'avais toujours admiré son courage, combien j'étais effondré de sa disparition.

    J'ai mis longtemps à comprendre qu'il n'avait pas disparu. Puisque ces moments à ses côtés, dans le silence de son visage clos, il me criait des vérités que je n'entendais pas. Il a fallu que son âme et quelques compagnes viennent me parler, alors que j'étais cloué au fond de mon lit, une jambe paralysée et un dos déchiré, pour que je comprenne enfin. Mon frère. Son âme. 

     Alors, j'ai pleuré encore une fois, hier, pour libérer la Vie qui pleurait en moi, car elle souffre elle aussi de la perte de ses créations, même si elle sait qu'il ne s'agit que d'un transfert... la Vie nous aime et elle pleure en nous. Mais il s'agit d'un remède, c'est cela que nous ne voulons pas comprendre.

    La Vie pleure en nous parce qu'elle sait qu'il est néfaste de garder enfermé des pensées sombres, des non-dits, des rancoeurs, des regrets, des remords.

    Et parce que j'ai pleuré tout ce qui devait l'être, je sais maintenant que la Vie, en moi, est en paix.

     

  • L'oppression

    J'avais seize ans.

    Je ne comprenais pas tout ce que Léo chantait mais j'étais bouleversé par la musique des mots, par sa voix, par la simplicité grandiose des mélodies.

    Je sentais qu'il y avait là des messages à saisir, comme si se tenaient en moi des paroles secrètes et que Léo savait les faire émerger.

    Il n'y avait pas de MP3. J'écoutais cette chanson avant de partir au lycée et elle tournait en boucle toute la journée.

    J'allais m'asseoir sur un coin de pelouse parfois, je prenais un livre, je lisais quelques lignes et puis je fermais les yeux parce que les violons étaient là, que les premières paroles surgissaient...

    "Ces mains, bonnes à tout, même à tenir des armes, dans ces rues que les hommes ont tracées pour ton bien,

    ces rivages perdus vers lesquels tu t'acharnes où tu veux aborder et pour t'en empêcher les mains de l'opression..."

    Je sais aujourd'hui ce que Léo chantait, je sais ce qu'il disait, je connais cette opression, elle est là.

    Je sais aussi comment l'épuiser, comment m'en défaire.

    Non pas dans les faits car je serai jusqu'à la fin dépendant d'une oppression sociétale.

    Mais je connais des espaces où elle ne peut rien.

    La paix intérieure.

    La paix des émotions éteintes, lorsqu'elles ne sont plus que des grosses mouches noires zébrant l'azur et fuyant vers l'horizon, vers d'autres proies à tourmenter.

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  • Dualité et réalité

    L'accession au langage est le pilier de la mise en place de la dualité. Il y a une réalité de surface, une réalité conventionnelle, celle que nous nommons habituelle et il y a une réalité profonde. Le langage vient finaliser en soi l'expérience de la scission. Il y a un arbre, une fleur, le ciel, le soleil, le vent... et moi qui observe l'ensemble et qui le nomme. Et ce nom que je partage avec des millions d'individus est une étiquette collée sur nos esprits. Il vient valider l'idée d'un ego encapsulé et d'un environnement...Le mal est fait.

    Il faudrait oublier les mots.

    Le langage est un système de signes, qui relie un monde signifiant (le monde réel) à un monde signifié (le monde représenté). Mais le drame vient du fait que le signifié occupe une place prépondérante jusqu'à effacer la conscience en nous du monde signifiant.

    Le langage finit donc par créer un monde représenté que beaucoup finissent pas considérer comme le monde réel.

    La mort par exemple.

    Le mot est chargé de tellement de représentations...Quelle est sa réalité ? Personne ne le sait.

    Mais alors le vent, l'eau, un arbre, une feuille, un oiseau, quelle est leur réalité ? N'avons-nous pas érigé là aussi des paravents qui nous privent de l'accession, de l'ascension, de l'éveil ?

    Cette réalité que j'envisage n'est d'ailleurs encore que la représentation qu'il me plaît de m'en faire...

    Il faudrait se taire peut-être pour saisir, se taire au-delà du silence, au-delà des pensées, au-delà de tout ce qui "semble" nous constituer.

    Qu'en est-il de l'Amour ?

    Sommes-nous capables de l'accueillir tel qu'il est et non tel que nous le concevons ?

    Cet abandon absolu qui nous plonge dans la fusion, cet embrasement gigantesque, est-il nourri par toutes les attentes que nous fabriquons ou est-il réel ?

    J'aimerais connaître le Réel. J'aimerais me défaire de la réalité des signes, des paroles et des idées propagées.

    Mais lorsque j'élabore cette pensée, je construis un réel en moi et ce réel n'est qu'une interprétation issue de mon imagination.

    Et je n'ai donc rien compris.

    Il est des jours où mon incomplétude me pèse. 


    "L’ego se nourrit de la sensation « c’est moi »
    et meurt de la simple vision « c’est ». - François Malespine


    « Quand je vois que je ne suis rien, c'est la sagesse. Quand je vois que je suis tout, c'est l'amour. " Nisargadatta

    De même qu'une main devant les yeux peut

    cacher la plus grande chaîne de montagnes,

    de même la vie matérielle occulte la lumière

    et les mystères que prodigue le monde.

    Et celui qui peut éloigner de ses yeux cette vie limitée

    comme on retire une main,

    celui-là contemplera l'incroyable splendeur

    des mondes intérieurs.

    (Rabbi Nahman de Breslev)


    Un jour, j'abandonnerai tout ce que j'ai lu, tout ce que j'ai écrit, un jour, j'irai m'asseoir au pied d'un grand arbre, je regarderai les montagnes, je caresserai la peau du tronc, je boirai l'air, je m'effacerai.

    Peut-être alors que je comprendrai.

    Peut-être qu'il sera temps de mourir.

    Puisque tout sera accompli.

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