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  • "Do it"

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  • L'Espagne, et puis la France...

    On y vient, très, très vite...

    Tribune 10/01/2014 à 13h15

    Brisons le silence sur ce qui se passe en Espagne

    Astrid Menasanch Tobieson, dramaturge


    Tribune

    Sous couvert de l’inattaquable excuse de la sécurité, le gouvernement de Mariano Rajoy considère préventivement le manifestant comme dangereux. Il est ainsi automatiquement regardé comme une menace à la loi grâce au nouveau projet législatif de « Sécurité citoyenne » adopté par le conseil des ministres le 29 novembre dernier.


    Des policiers arrêtent des manifestants lors d’un défilé contre la réforme du droit à l’avortement, le 20 décembre 2013 à Madrid (Andres Kudacki/AP/SIPA)

    Metteur en scène et dramaturge, Astrid Menasanch Tobieson travaille entre la Suède et l’Espagne. Elle est membre du groupe de théâtre Sta ! Gerillan. La lettre ci-dessous était initialement adressée aux journalistes suédois et a été publiée le 19 décembre. Avec l’autorisation de l’auteure, la traductrice a pu la retranscrire en français.

    Mathilde Rambourg

    La lettre d’Astrid Menasanch Tobieson

    Bouleversée, je vous écris sous le coup de l’indignation. L’Espagne, dans peu de temps, empruntera le chemin qui mène d’une démocratie ouverte à ce qui risque de devenir une démocratie fasciste et autoritaire.

    Je vous écris après les événements qui se sont produits dans le quartier de Kärrtorp à Stockholm (où un groupe néonazi ultraviolent a attaqué une manifestation antirasciste il y a quelques jours).

    Je vous écris à propos de qui se trame en Espagne. Je crois en tout cas que la Suède et l’Espagne se ressemblent en un point : l’avancée du fascisme devant l’indifférence de la société. Le 19 novembre, le gouvernement espagnol a approuvé un projet de loi dont le but est d’en finir avec les manifestations et les contestations au régime actuel. La méthode est classique : instaurer le silence grâce à la répression.

    Avortement non, sécurité citoyenne oui ?

    Le 29 novembre dernier, le Conseil des ministres du gouvernement conservateur espagnol a approuvé le projet de loi « Sécurité citoyenne » qui réforme le code pénal. Le texte, qui réduit les droits et libertés civiles (mais pas celle de faire l’apologie du franquisme) est unanimement rejeté par les mouvements sociaux, les syndicats, l’opposition, les organisations professionnelles comme celles des juges pour la démocratie, l’association unifiée des gardes civils ou la fédération des journalistes d’Espagne.

    Alors que le Parti socialiste espagnol a demandé à ses alliés européens de se mobiliser contre le projet de loi réduisant les droits d’accès des femmes à l’avortement, certains se demandent pourquoi il n’a pas entrepris la même démarche sur la loi « Sécurité citoyenne ». Blandine Grosjean

    Je vous demande maintenant de l’aide, je vous demande d’informer. Le samedi 14 décembre à Madrid s’est déroulé une des 6 000 manifestations qui se sont organisées cette année en Espagne. Je le répète : une des 6 000.

    Ces dernières années, le réseau de protection sociale a été ébranlé : privatisation des théâtres, tentatives de privatiser les hôpitaux, droit du travail ébranlé et transformé depuis sa base, licenciements innombrables, familles chassées de leur domicile, éducation civique suspendue dans les écoles, etc. Et afin de clore une longue liste, le vendredi 20 décembre, le gouvernement a approuvé la réforme du droit à l’avortement.

    Ce que l’on a désigné comme une crise économique est, depuis le début, avant tout une crise démocratique. La couverture médiatique en Suède et en France sur la situation en Espagne a été très faible, et son analyse d’un point de vue social, inexistante.

    La manifestation qui s’est tenue au pied du Congrès de Madrid le samedi 14 décembre, avait pour but de protester contre une nouvelle proposition de loi : la « ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne.

    Un groupe Facebook : 30 000 euros

    Cette loi, qui contient 55 articles et punit autant d’actes différents, prévoit des amendes pour le manifestant, allant de 100 à 600 000 euros. Les infractions ?

    • Pour commencer, toutes les manifestations non-déclarées et prenant place devant le Congrès ou autre édifice appartenant à l’Etat – comme celle qui s’est déroulée samedi 14 à Madrid – seront interdites et la sanction ira jusqu’à 30 000 euros par participant. Cela sera le cas lorsque plusieurs personnes seront considérées comme un groupe.
    • L’interdiction des manifestations non-déclarées s’appliquera également aux réseaux sociaux. Se rassembler en tant que groupe sur Internet, autour d’une opinion, sera sanctionné de 30 000 euros. Créer un groupe, sur les réseaux sociaux ou dans un lieu public, autour de symboles ou de drapeaux, sera interdit : 30 000 euros d’amende.
    • Si dans une manifestation, un citoyen manifeste avec une capuche ou avec le visage couvert : 30 000 euros d’amende.

    Capture d’écran du Huffington Post espagnol qui montre huit photos prises en 2013, qui ne pourront être diffusées en 2014 (Huffingtonpost.es)

    • Refuser de décliner son identité devant un policier : 30 000 euros.
    • Empêcher un policier de remplir sa fonction : 30 000 euros, ce qui, dans la pratique, signifie que les sit-in comme ceux qui initièrent le mouvement du 15-M en Espagne [ « Les Indignés », ndlr], seront strictement interdits.
    • Déshonorer le drapeau espagnol : 30 000 euros [en France, cet acte est passible de 1 500 euros d’amende, ndlr].
    • Réaliser un dessin satirique, prenant pour sujet, par exemple, un politique, sera interdit.
    • Utiliser des pancartes critiquant la nation espagnole : 30 000 euros.
    • Filmer ou photographier un policier en service : 30 000 euros.
    Note de la traductrice

    Les dénonciations faites par des policiers bénéficient de la présomption de véracité. Par conséquent, c’est celui qui fait l’objet de l’accusation qui devra démontrer la non-véracité de ce qui est avancé par les agents. Le système d’accusation fonctionnait ainsi également sous la dictature franquiste.

    Selon l’écrivain Javier Marias, c’est une négation de la justice : cela revient à condamner directement l’accusé car il sera incapable de démontrer qu’il n’a pas pas commis l’acte dont on l’accuse puisque l’on part de la base que si, il l’a fait. Il sera d’autant plus difficile à l’accusé d’apporter des preuves à cause de la loi qui interdit de photographier ou de filmer des agents de l’ordre.

    Et la liste n’est pas exhaustive. Dans tous les cas, le témoignage d’un policier ou d’un agent de sécurité sera suffisant pour infliger une amende au citoyen.

    D’aucuns peuvent par conséquent se demander : l’Espagne fait-elle face à un mouvement de manifestations violentes ? Eh bien non. Le chef de la police Ignacio Casido a déclaré que ces 6 000 manifestations sont jusqu’à ce jour le mouvement le plus pacifique de l’histoire de l’Espagne.

    Il n’y a pas si longtemps, l’Espagne était encore une dictature. Il n’y a pas si longtemps non plus que la guerre civile a eu lieu. Tous les débats sont politiques. Informer d’un événement est un acte politique. Ne pas le faire est un acte politique. Le silence est, au plus haut point, un acte politique. Le choix de garder le silence se fige dans la mémoire des générations. Cette loi néofasciste qui va être votée n’est pas sans lien avec la montée des fascismes en Europe. Cela nous concerne tous.

    Je m’adresse à tous les journalistes, aux éditorialistes en France. Vous qui détenez l’espace médiatique. Je vous demande sincèrement de briser le silence vis-à-vis du régime qui est en train de s’imposer en Espagne.

    Je vous demande de commencer à informer. Je vous demande de soutenir la liberté d’expression avec vos articles et vos apports au débat, je vous demande d’y apporter des analyses rigoureuses et profondes. Informez ! Informez sur tout !

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  • La peur et le Pouvoir

    La peur est le tuteur principal du Pouvoir.

    Créer les peurs, les maintenir, les entretenir, laisser s’éteindre les plus anciennes et les remplacer par de nouvelles directions, surfer sur l’actualité, se soumettre aux Puissants les plus influençables et les plus cachés, user de toutes les « lois » démocratiques, en supprimer et les remplacer la encore, dès que nécessaire, installer les personnes les plus soumises ou les plus puissantes, aux postes clés…

    L’individu soumis a peur d’une sanction, l’individu puissant a peur de perdre sa puissance. Les deux catégories sont par conséquent des modèles parfaits pour pérenniser le Pouvoir.

    La peur sera nourrie par la Morale instaurée, non pas une morale universelle mais une morale intentionnelle, une morale qui ne dira pas ses objectifs mais saura s’habiller d’atours reluisants. Même s’ils ne sont que mensonges. Cette morale usera sans retenue de la culpabilité généralisée. Héritage du Christianisme dans ce qu'il a de néfaste. Les ancrages les plus archaïques sont toujours les plus puissants.

    Contrôler les peurs humaines, c’est régner sur les âmes.

    Il suffit de voir l’acharnement à promouvoir les peurs pour prendre conscience de l’intérêt du phénomène.

    Les Puissants peuvent transgresser les droits les plus fondamentaux dès lors qu’ils ont réussi à convaincre la masse qu’elle est en danger. La peur générée validera les décisions les plus iniques, les manipulations les plus évidentes, les ralliements les plus grotesques, toutes ces brigades de convaincus qui hurlent avec la meute.

    Les méthodes pratiquées par les Puissants auraient déclenché des leviers de boucliers si la peur n’avait été répandue au préalable.

    Tous les dictateurs savent que pour prendre le pouvoir et surtout pour le conserver, il convient de disséminer les peurs et de se présenter ensuite comme le Sauveur. Toutes les transgressions seront acceptées puisque c’est pour le bien du Peuple…

    Dès lors que tous les Puissants, de quelque bord que ce soit, taisent leurs différents et valident des méthodes de régime dictatorial, le consensus politique apparaît pour la masse comme la preuve irréfutable qu’effectivement, le danger était grand. Parfaite réussite de la manipulation.

    Les medias officiels, c'est-à-dire financés par les Puissants, orchestreront avec brio l’extension des peurs. Ils font le travail pour lequel ils sont payés.

    La pyramide est identifiable.

    Des financiers.

    Des politiciens.

    Des medias.

    Viennent s’y ajouter des soumissions religieuses, des appartenances à des groupes secrets, des fondations, des Ordres, des castes, des ligues. Le choix est vaste mais les entrées limitées. C’est le propre des Privilèges.

    Dans les trois catégories identifiées, le partage des « valeurs » fait se côtoyer des individus qui s’opposent devant le grand public. Juste un jeu de rôles qui entretient le mensonge.

    C’est dans les salons des châteaux que s’imaginent les peurs que la masse devra ingérer.

    Ces peurs ne seront bien entendu bien souvent que des pare-feux. Elles ne représenteront pas un danger réel mais la manipulation servie par les médias officiels leur donnera la brillance nécessaire. Pendant ce temps-là, les incendies les plus virulents ne seront pas éteints, ils seront juste rejetés à l’arrière-plan.

    Ces peurs sont des épidémies entretenues par la masse elle-même. Parce qu’il est agréable pour elle de se ranger du côté des Puissants qui viennent abattre les dangers. Même si ces dangers ont été inventés de toutes pièces par des détournements de paroles, une incapacité à entendre la totalité d’une réalité et une perversité sans borne dans la capacité à se convaincre soi-même du bien fondé de la méthode. Il n’y a pas pire fou que celui qui se croit sain d’esprit lorsque cet esprit en lui n’est qu’une engeance insérée.

  • le sac à dos émotionnel

    Oh, combien j'adhère à tout cela, oh combien je l'ai vécu, jusqu'aux douleurs les plus insoutenables, jusqu'à la guérison la plus inexprimable...

     


    http://www.arcturius.org/chroniques/?p=23350

    LES CHRONIQUES D ARCTURIUS

    Le Sac à Dos Émotionnel

    Porté à votre conscience par Arcturius,
    le 4 décembre 2013

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    la colonne vertébrale: la clé de nos émotions

    Nous venons tous au monde avec un SAC à DOS Émotionnel

    Les ressentis par le fœtus in – utéro (déjà connecté au système limbique), lors de l’accouchement ainsi que les émotions vécues lors de la petite enfance et  durant toute la vie par l’individu, s’inscrivent dans le corps, dans les tissus.

    Le corps sait. Le corps PARLE.  Quand l’individu ne parle plus, le corps  PARLE encore.

    Selon Henri  Laborit, face au danger, il faut fuir ou réagir, sinon on somatise.

    Somatiser = imprimer dans les tissus les tensions, les nœuds relatifs au choc émotionnel non-exprimé.

    Ces nœuds vont désorganiser le système neuro-végétatif (qui commande involontairement  les organes) et provoquer la maladie, les troubles psychosomatiques..

    La colonne vertébrale, ainsi que les vertèbres qui la composent réagiront comme des fusibles.

    Le passé est inscrit  dans  le  corps.

    Quand l’individu y est confronté, le corps réagit par une « hypersensibilité »,  une surcharge qui crée cette déstabilisation, ce « pétage de fusible ».

    Le passé surgit dans le présent comme un boomerang, avec des effets dévastateurs, mais surtout  disproportionnés.

    Nos cinq sens (tact, audition, olfaction, vision, goût) sont à l’affut, vigilants, prêts à capter, à recevoir les informations comme des antennes paraboliques, en permanence.

    Déjà durant la vie intra- utérine, les informations sont stockées dans la mémoire émotionnelle du corps ; le système limbique.

    Nos actes conscients sont guidés par notre mémoire inconsciente (par tout ce qui a  été stocké dans l système limbique)  et si un danger, selon un contexte bien déterminé, a été stocké dans le système de vigilance, le corps sera influencé dans son comportement quand il sera confronté à ce danger.

    Notre subconscient guide notre conscient, malgré nous, sous la dépendance du réflexe de survie.

    Pourquoi toujours buter sur les mêmes obstacles ?  Car le système de défense n’a pas encore trouvé la clé pour dépasser la mémoire, la peur  inscrite dans nos tissus.

    Roger Fiammetti a développé ses interventions en ostéopathie  selon les axes classiques constitués par l’ostéopathie viscérale, structurelle et crânienne.

    Un quatrième pôle est venu s’ajouter, à savoir la composante émotionnelle.

    Comment ne pas être influencé par les émotions quand on s’intéresse aux patients et leur pathologie ?

    Impossible  lorsqu’on est à l’écoute des tissus du patient de ne pas percevoir ses émotions, ses ressentis.

    Les liens entre les émotions  et  les désordres neuro-végétatifs encore appelés troubles psychosomatiques sont développés dans les deux ouvrages  publiés aux éditions Dervy  à Paris :

    Le Langage émotionnel  du  Corps  1  et 2

    Livre 1 Amazon.fr   Livre 2 Amazon.fr

    L’Approche  Somato-Émotionnelle  ‘’méthode Fiammetti  Roger’’ est une méthode qui va permettre  de donner au corps la  possibilité  de se libérer  de  ces contraintes, de ces mémoires inscrites dans les tissus, par les tissus.

    Nous serons dans une forme de Tai Chi Chuan  ‘’assisté’’.

    Fort de plus de 20 ans d’expérience professionnelle, Roger Fiammetti nous offre une méthode originale qui permet  à tout un chacun de mieux comprendre et  surtout  de résoudre les conflits causés par des désordres neurovégétatifs  à partir de chocs émotionnels non-exprimés.

    La culpabilité, les notions de territoire (perdre/ prendre  sa place au sein de la fratrie, de l’entreprise ) ,la peur de ne pas y arriver, de l’échec, du passage,la trahison, la honte, l’humiliation,la colère,la reconnaissance,la peur de ne pas être aimé (e ) , l’estime de soi, la confiance en soi   etc … sont autant de facteurs susceptibles de modifier le comportement de l’individu , de modifier son adaptabilité au stress avec les désordres et dysfonctions encore appelés maladies psychosomatiques (colon irritable, constipation ou diarrhée chronique, fibromyalgie,migraine,etc… ).

    Si on parle de corps et d’émotions, il est impossible d’oublier  le pôle  RESPIRATION  qui va  permettre à tout individu de gérer sa fréquence cardiaque (cohérence cardiaque), de gérer ses émotions, son élocution, son sommeil, sa détente,sa force, son souffle.

    Fidèle aux traditions chinoises ; le souffle pour activer la circulation et la vie. Vous pourrez découvrir la RESPIRATION TOTALE dans l’ouvrage publié aux éditions Médicis  à Paris       

    RESPIRE ! La Respiration  totale pour tous L’ostéopathie  ‘’classique’’ permettra de libérer les blocages structurels,crâniens,viscéraux.

    L’Approchee Somato Émotionnelle pemettra de traiter la cause de la cause  (les émotions qui causent le stress des tissus qui provoque les ‘blocages’).

    La Respiration Totale va aider l’individu à entretenir son souffle, son équilibre, son ancrage, sa Vie.

    Nous sommes tributaires de notre passé qui nous revient en permanence dans le présent, s’insurgeant et s’imposant à nous, modifiant et parasitant nos actes et pensées.

    Notre corps est le principal témoin de ce passé. Le secret qu’il renferme nous apprendra à mieux nous connaître, mieux nous Reconnaître, mieux gérer notre vie.

    ‘’Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux’’ disait Socrate.

    Notre corps renferme toute nos mémoires et aller à leur rencontre, c’est aller à la rencontre de soi-même.

    La maïeutique ou la RECONNAISSANCE.

    Source :http://www.fiammetti.com/

     

  • L'épreuve

     

     

    "Dans chaque épreuve, ne cherchez pas l'ennemi,
    cherchez l'enseignement."
    (Mikao Usui)

     

    C'est là que se situe, dans une classe, avec de jeunes enfants, l'opportunité de les amener à cette observation de soi. Il ne s'agit pas prioritairement de les conduire à un apprentissage des connaissances, comme s'il s'agissait d'une nourriture de qualité mais de leur apprendre à analyser leurs propres fonctionnements au regard de ces apprentissages. La connaissance, en elle-même, n'a aucune valeur durable, elle n'est qu'une étape, une succession de paliers mais ça n'est pas elle qui importe. Elle n'est qu'un moyen, pas une finalité.

    La finalité, c'est la qualité du regard, la lucidité et la sérénité acquise à travers le travail associé à ces apprentissages.

    La démarche existentielle a un avantage certain sur les critères cognitifs, c'est qu'elle ne peut pas servir à la hiérarchisation, il n'y a pas de compétition et de comparaison, c'est un espace intérieur, une exploration individuelle libérée de toutes les pressions inhérentes à des évaluations cognitives.

    La dimension existentielle crée un espace bienveillant. Il ne peut pas y avoir de notes, de graphiques, de bulletins scolaires, d'appréciations. C'est uniquement un partage à travers des échanges oraux, des discussions, des débats.

    La peur, les émotions chaotiques, les pensées insoumises, les "évasions" qui créent une rupture dans l'apprentissage, des moments où l'esprit perd son ancrage dans le travail à mener. Tout ce qui se produit dans l'intellect a une importance bien plus considérable que le résultat même de ce travail.

    Il ne s'agit pas de construire des individus diplômés mais d'accompagner l'individu dans l'exploration intérieure. La connaissance est une donnée "extérieure" alors que la dimension existentielle est une réalité intangible et bien souvent ignorée.

    L'épreuve, quelle soit cognitive, physique, psychologique, relationnelle a une portée considérable et lorsque l'enfant prend conscience que l'enseignant s'intéresse à sa nature d'enfant et non, prioritairement, à sa fonction d'élève, il reçoit l'épreuve comme un tremplin, une élévation, une découverte de soi et non une menace de sanctions, d'humiliations, de classements, et par conséquent de rejet de la connaissance elle-même, étant donné qu'elle apparaît immanquablement comme un adversaire. Ca n'est pas le travail lui-même qui va être rejeté mais l'image que ce travail instaure au regard des autres et par conséquent de soi-même.

    Il n'y a que la bienveillance et la sérénité pour conduire l'enfant à l'acceptation de la tâche. Toute forme de pression impressionne et prive l'enfant de cette sérénité.

    L'épreuve n'est pas une menace mais une opportunité de transformation.

    C'est évidemment bien plus difficile d'instaurer ce bien-naître dans une démarche constante que de se contenter d'enfermer la démarche d'apprentissage dans un cadre restricitf, compétitif, des évaluations sommatives, des statistiques, des graphiques, des bulletins. Tout ce qui est administratif relève d'une fonction. Tout ce qui est existentiel relève de la nature.

    Comment pourrait-on entretenir le désir d'apprendre si cette connaissance n'est qu'une accumulation de données extérieures? 

    C'est la connaissance de soi et la capacité à en exprimer les étapes qui maintiennent l'élan vers l'éveil.

    C'est la parole partagée qui crée l'unité.

    L'humanité d'une classe prend forme, non pas dans la compétition mais dans les nourritures spirituelles.

    Il reste pour parvenir à instaurer cette ambiance particulière à ce que les enseignants eux-mêmes se considèrent, non pas comme des Maîtres à penser mais comme des Maîtres à aimer.

  • Citations

    "Qu'est-ce qu'apprendre à être, sinon apprendre à changer, à rompre courageusement avec le confort et le conformisme où l'on était installé comme chez soi? Apprendre vraiment, c'est toujours désapprendre, pour rompre avec ce qui nous bloque, nous enferme et nous aliène." Olivier Reboul


    "Vous devez quitter la cité du confort pour vous aventurer dans les terres sauvages de votre intuition. Vous découvrirez quelque chose de merveilleux: Vous-même" Alan Alda

    "Ce que nous sommes est le cadeau que la Vie nous a fait. Ce que nous devenons est le cadeau que nous faisons à la Vie." Michel Saint-Jean


    "L'extraordinaire nous attire un instant, la Simplicité nous retient plus longtemps, parce que c'est en elle seule que réside l'essentiel. " Garry Winogrand

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  • Edgar Morin

    Edgar Morin : «  Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe  »

    Edgar Morin : « Nous avançons comme des somnambules vers la catastrophe »
    (Crédit photo : Olivier Roller)
     
    Interview - Que faire dans cette période de crise aiguë ? S’indigner, certes. Mais surtout agir. A 90 ans, le philosophe et sociologue nous invite à résister au diktat de l’urgence. Pour lui, l’espoir est à portée de main. Entretien.
    Le Baromètre de cet article
    ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
    Article publié dans le

    N° 30 - novembre 2011

    Ralentir… vite !

    Pourquoi la vitesse est-elle à ce point ancrée dans le fonctionnement de notre société ?

    La vitesse fait partie du grand mythe du progrès, qui anime la civilisation occidentale depuis le XVIIIe et le XIXe siècle. L’idée sous-jacente, c’est que nous allons grâce à lui vers un avenir toujours meilleur. Plus vite nous allons vers cet avenir meilleur, et mieux c’est, naturellement. C’est dans cette optique que se sont multipliées les communications, aussi bien économiques que sociales, et toutes sortes de techniques qui ont permis de créer des transports rapides. Je pense notamment à la machine à vapeur, qui n’a pas été inventée pour des motivations de vitesse mais pour servir l’industrie des chemins de fer, lesquels sont eux-mêmes devenus de plus en plus rapides. Tout cela est corrélatif par le fait de la multiplication des activités et rend les gens de plus en plus pressés. Nous sommes dans une époque où la chronologie s’est imposée.

    Cela est-il donc si nouveau ?

    Dans les temps anciens, vous vous donniez rendez-vous quand le soleil se trouvait au zénith. Au Brésil, dans des villes comme Belém, encore aujourd’hui, on se retrouve « après la pluie ». Dans ces schémas, vos relations s’établissent selon un rythme temporel scandé par le soleil. Mais la montre-bracelet, par exemple, a fait qu’un temps abstrait s’est substitué au temps naturel. Et le système de compétition et de concurrence – qui est celui de notre économie marchande et capitaliste – fait que pour la concurrence, la meilleure performance est celle qui permet la plus grande rapidité. La compétition s’est donc transformée en compétitivité, ce qui est une perversion de la concurrence.

    Cette quête de vitesse n’est-elle pas une illusion ?

    En quelque sorte si. On ne se rend pas compte – alors même que nous pensons faire les choses rapidement – que nous sommes intoxiqués par le moyen de transport lui-même qui se prétend rapide. L’utilisation de moyens de transport toujours plus performants, au lieu d’accélérer notre temps de déplacement, finit – notamment à cause des embouteillages – par nous faire perdre du temps ! Comme le disait déjà Ivan Illich (philosophe autrichien né en 1926 et mort en 2002, ndlr) : « La voiture nous ralentit beaucoup. » Même les gens, immobilisés dans leur automobile, écoutent la radio et ont le sentiment d’utiliser malgré tout le temps de façon utile. Idem pour la compétition de l’information. On se rue désormais sur la radio ou la télé pour ne pas attendre la parution des journaux. Toutes ces multiples vitesses s’inscrivent dans une grande accélération du temps, celui de la mondialisation. Et tout cela nous conduit sans doute vers des catastrophes.

    Le progrès et le rythme auquel nous le construisons nous détruit-il nécessairement ?

    Le développement techno-économique accélère tous les processus de production de biens et de richesses, qui eux-mêmes accélèrent la dégradation de la biosphère et la pollution généralisée. Les armes nucléaires se multiplient et on demande aux techniciens de faire toujours plus vite. Tout cela, effectivement, ne va pas dans le sens d’un épanouissement individuel et collectif !

    Pourquoi cherchons-nous systématiquement une utilité au temps qui passe ?

    Prenez l’exemple du déjeuner. Le temps signifie convivialité et qualité. Aujourd’hui, l’idée de vitesse fait que dès qu’on a fini son assiette, on appelle un garçon qui se dépêche pour débarrasser et la remplacer. Si vous vous emmerdez avec votre voisin, vous aurez tendance à vouloir abréger ce temps. C’est le sens du mouvement slow food dont est née l’idée de « slow life », de « slow time » et même de « slow science ». Un mot là-dessus. Je vois que la tendance des jeunes chercheurs, dès qu’ils ont un domaine, même très spécialisé, de travail, consiste pour eux à se dépêcher pour obtenir des résultats et publier un « grand » article dans une « grande » revue scientifique internationale, pour que personne d’autre ne publie avant eux. Cet esprit se développe au détriment de la réflexion et de la pensée. Notre temps rapide est donc un temps antiréflexif. Et ce n’est pas un hasard si fleurissent dans notre pays un certain nombre d’institutions spécialisées qui prônent le temps de méditation. Le yoguisme, par exemple, est une façon d’interrompre le temps rapide et d’obtenir un temps tranquille de méditation. On échappe de la sorte à la chronométrie. Les vacances, elles aussi, permettent de reconquérir son temps naturel et ce temps de la paresse. L’ouvrage de Paul Lafargue Le droit à la paresse (qui date de 1880, ndlr) reste plus actuel que jamais car ne rien faire signifie temps mort, perte de temps, temps non-rentable.

    Pourquoi ?

    Nous sommes prisonniers de l’idée de rentabilité, de productivité et de compétitivité. Ces idées se sont exaspérées avec la concurrence mondialisée, dans les entreprises, puis répandues ailleurs. Idem dans le monde scolaire et universitaire ! La relation entre le maître et l’élève nécessite un rapport beaucoup plus personnel que les seules notions de rendement et de résultats. En outre, le calcul accélère tout cela. Nous vivons un temps où il est privilégié pour tout. Aussi bien pour tout connaître que pour tout maîtriser. Les sondages qui anticipent d’un an les élections participent du même phénomène. On en arrive à les confondre avec l’annonce du résultat. On tente ainsi de supprimer l’effet de surprise toujours possible.

    A qui la faute ? Au capitalisme ? A la science ?

    Nous sommes pris dans un processus hallucinant dans lequel le capitalisme, les échanges, la science sont entraînés dans ce rythme. On ne peut rendre coupable un seul homme. Faut-il accuser le seul Newton d’avoir inventé la machine à vapeur ? Non. Le capitalisme est essentiellement responsable, effectivement. Par son fondement qui consiste à rechercher le profit. Par son moteur qui consiste à tenter, par la concurrence, de devancer son adversaire. Par la soif incessante de « nouveau » qu’il promeut grâce à la publicité… Quelle est cette société qui produit des objets de plus en plus vite obsolètes ? Cette société de consommation qui organise la fabrication de frigos ou de machines à laver non pas à la durée de vie infinie, mais qui se détraquent au bout de huit ans ? Le mythe du nouveau, vous le voyez bien – et ce, même pour des lessives – vise à toujours inciter à la consommation. Le capitalisme, par sa loi naturelle – la concurrence –, pousse ainsi à l’accélération permanente, et par sa pression consommationniste, à toujours se procurer de nouveaux produits qui contribuent eux aussi à ce processus.

    On le voit à travers de multiples mouvements dans le monde, ce capitalisme est questionné. Notamment dans sa dimension financière…

    Nous sommes entrés dans une crise profonde sans savoir ce qui va en sortir. Des forces de résistance se manifestent effectivement. L’économie sociale et solidaire en est une. Elle incarne une façon de lutter contre cette pression. Si on observe une poussée vers l’agriculture biologique avec des petites et moyennes exploitations et un retour à l’agriculture fermière, c’est parce qu’une grande partie de l’opinion commence à comprendre que les poulets et les porcs industrialisés sont frelatés et dénaturent les sols et la nappe phréatique. Une quête vers les produits artisanaux, les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, ndlr), indique que nous souhaitons échapper aux grandes surfaces qui, elles-mêmes, exercent une pression du prix minimum sur le producteur et tentent de répercuter un prix maximum sur le consommateur. Le commerce équitable tente, lui aussi, de court-circuiter les intermédiaires prédateurs. Certes, le capitalisme triomphe dans certaines parties du monde, mais une autre frange voit naître des réactions qui ne viennent pas seulement des nouvelles formes de production (coopératives, exploitations bio), mais de l’union consciente des consommateurs. C’est à mes yeux une force inemployée et faible car encore dispersée. Si cette force prend conscience des produits de qualité et des produits nuisibles, superficiels, une force de pression incroyable se mettra en place et permettra d’influer sur la production.

    Les politiques et leurs partis ne semblent pas prendre conscience de ces forces émergentes. Ils ne manquent pourtant pas d’intelligence d’analyse…

    Mais vous partez de l’hypothèse que ces hommes et femmes politiques ont déjà fait cette analyse. Or, vous avez des esprits limités par certaines obsessions, certaines structures.

    Par obsession, vous entendez croissance ?

    Oui ! Ils ne savent même pas que la croissance – à supposer qu’elle revienne un jour dans les pays que l’on dit développés – ne dépassera pas 2 % ! Ce n’est donc pas cette croissance-là qui parviendra à résoudre la question de l’emploi ! La croissance que l’on souhaite rapide et forte est une croissance dans la compétition. Elle amène les entreprises à mettre des machines à la place des hommes et donc à liquider les gens et à les aliéner encore davantage. Il me semble donc terrifiant de voir que des socialistes puissent défendre et promettre plus de croissance. Ils n’ont pas encore fait l’effort de réfléchir et d’aller vers de nouvelles pensées.

    Décélération signifierait décroissance ?

    Ce qui est important, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Il est évident que les villes non polluantes, les énergies renouvelables et les grands travaux collectifs salutaires doivent croître. La pensée binaire, c’est une erreur. C’est la même chose pour mondialiser et démondialiser : il faut poursuivre la mondialisation dans ce qu’elle créé de solidarités entre les peuples et envers la planète, mais il faut la condamner quand elle crée ou apporte non pas des zones de prospérité mais de la corruption ou de l’inégalité. Je milite pour une vision complexe des choses.

    La vitesse en soi n’est donc pas à blâmer ?

    Voilà. Si je prends mon vélo pour aller à la pharmacie et que je tente d’y parvenir avant que celle-ci ne ferme, je vais pédaler le plus vite possible. La vitesse est quelque chose que nous devons et pouvons utiliser quand le besoin se fait sentir. Le vrai problème, c’est de réussir le ralentissement général de nos activités. Reprendre du temps, naturel, biologique, au temps artificiel, chronologique et réussir à résister. Vous avez raison de dire que ce qui est vitesse et accélération est un processus de civilisation extrêmement complexe, dans lequel techniques, capitalisme, science, économie ont leur part. Toutes ces forces conjuguées nous poussent à accélérer sans que nous n’ayons aucun contrôle sur elles. Car notre grande tragédie, c’est que l’humanité est emportée dans une course accélérée, sans aucun pilote à bord. Il n’y a ni contrôle, ni régulation. L’économie elle-même n’est pas régulée. Le Fonds monétaire international n’est pas en ce sens un véritable système de régulation.

    Le politique n’est-il pas tout de même censé « prendre le temps de la réflexion » ?

    On a souvent le sentiment que par sa précipitation à agir, à s’exprimer, il en vient à œuvrer sans nos enfants, voire contre eux… Vous savez, les politiques sont embarqués dans cette course à la vitesse. J’ai lu une thèse récemment sur les cabinets ministériels. Parfois, sur les bureaux des conseillers, on trouvait des notes et des dossiers qualifiés de « U » pour « urgent ». Puis sont apparus les « TU » pour « très urgent » puis les « TTU ». Les cabinets ministériels sont désormais envahis, dépassés. Le drame de cette vitesse, c’est qu’elle annule et tue dans l’œuf la pensée politique. La classe politique n’a fait aucun investissement intellectuel pour anticiper, affronter l’avenir. C’est ce que j’ai tenté de faire dans mes livres comme Introduction à une politique de l’homme, La voie, Terre-patrie… L’avenir est incertain, il faut essayer de naviguer, trouver une voie, une perspective. Il y a toujours eu, dans l’Histoire, des ambitions personnelles. Mais elles étaient liées à des idées. De Gaulle avait sans doute une ambition, mais il avait une grande idée. Churchill avait de l’ambition au service d’une grande idée, qui consistait à vouloir sauver l’Angleterre du désastre. Désormais, il n’y a plus de grandes idées, mais de très grandes ambitions avec des petits bonshommes ou des petites bonnes femmes.

    Michel Rocard déplorait il y a peu pour « Terra eco » la disparition de la vision à long terme…

    Il a raison, mais il a tort. Un vrai politique ne se positionne pas dans l’immédiat mais dans l’essentiel. A force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. Ce que Michel Rocard appelle le « long terme », je l’intitule « problème de fond », « question vitale ». Penser qu’il faut une politique planétaire pour la sauvegarde de la biosphère – avec un pouvoir de décision qui répartisse les responsabilités car on ne peut donner les mêmes responsabilités à des pays riches et à des pays pauvres –, c’est une politique essentielle à long terme. Mais ce long terme doit être suffisamment rapide car la menace elle-même se rapproche.

    Le président de la République Nicolas Sarkozy n’incarne-t-il pas l’immédiateté et la présence médiatique permanente ?

    Il symbolise une agitation dans l’immédiateté. Il passe à des immédiatetés successives. Après l’immédiateté, qui consiste à accueillir le despote libyen Kadhafi car il a du pétrole, succède l’autre immédiateté, où il faut détruire Kadhafi sans pour autant oublier le pétrole… En ce sens, Sarkozy n’est pas différent des autres responsables politiques, mais son caractère versatile et capricieux en font quelqu’un de très singulier pour ne pas dire un peu bizarre.

    Edgar Morin, vous avez 90 ans. L’état de perpétuelle urgence de nos sociétés vous rend-il pessimiste ?

    Cette absence de vision m’oblige à rester sur la brèche. Il y a une continuité dans la discontinuité. Je suis passé de l’époque de la Résistance où j’étais jeune, où il y avait un ennemi, un occupant et un danger mortel, à d’autres formes de résistances qui ne portaient pas, elles, de danger de mort, mais celui de rester incompris, calomnié ou bafoué. Après avoir été communiste de guerre et après avoir combattu l’Allemagne nazie avec de grands espoirs, j’ai vu que ces espoirs étaient trompeurs et j’ai rompu avec ce totalitarisme-là, devenu ennemi de l’humanité. J’ai combattu cela et résisté. J’ai ensuite – naturellement – défendu l’indépendance du Vietnam ou de l’Algérie, quand il s’agissait de liquider un passé colonial. Cela me semblait si logique après avoir lutté pour la propre indépendance de la France, mise en péril par le nazisme. Au bout du compte, nous sommes toujours pris dans des nécessités de résister.

    Et aujourd’hui ?

    Aujourd’hui, je me rends compte que nous sommes sous la menace de deux barbaries associées. Humaine tout d’abord, qui vient du fond de l’histoire et qui n’a jamais été liquidée : le camp américain de Guantánamo ou l’expulsion d’enfants et de parents que l’on sépare, ça se passe aujourd’hui ! Cette barbarie-là est fondée sur le mépris humain. Et puis la seconde, froide et glacée, fondée sur le calcul et le profit. Ces deux barbaries sont alliées et nous sommes contraints de résister sur ces deux fronts. Alors, je continue avec les mêmes aspirations et révoltes que celles de mon adolescence, avec cette conscience d’avoir perdu des illusions qui pouvaient m’animer quand, en 1931, j’avais dix ans.

    La combinaison de ces deux barbaries nous mettrait en danger mortel…

    Oui, car ces guerres peuvent à tout instant se développer dans le fanatisme. Le pouvoir de destruction des armes nucléaires est immense et celui de la dégradation de la biosphère pour toute l’humanité est vertigineux. Nous allons, par cette combinaison, vers des cataclysmes. Toutefois, le probable, le pire, n’est jamais certain à mes yeux, car il suffit parfois de quelques événements pour que l’évidence se retourne.

    Des femmes et des hommes peuvent-ils aussi avoir ce pouvoir ?

    Malheureusement, dans notre époque, le système empêche les esprits de percer. Quand l’Angleterre était menacée à mort, un homme marginal a été porté au pouvoir, qui se nommait Churchill. Quand la France était menacée, ce fut De Gaulle. Pendant la Révolution, de très nombreuses personnes, qui n’avaient aucune formation militaire, sont parvenues à devenir des généraux formidables, comme Hoche ou Bonaparte ; des avocaillons comme Robespierre, de grands tribuns. Des grandes époques de crise épouvantable suscitent des hommes capables de porter la résistance. Nous ne sommes pas encore assez conscients du péril. Nous n’avons pas encore compris que nous allons vers la catastrophe et nous avançons à toute allure comme des somnambules.

    Le philosophe Jean-Pierre Dupuy estime que de la catastrophe naît la solution. Partagez-vous son analyse ?

    Il n’est pas assez dialectique. Il nous dit que la catastrophe est inévitable mais qu’elle constitue la seule façon de savoir qu’on pourrait l’éviter. Moi je dis : la catastrophe est probable, mais il y a l’improbabilité. J’entends par « probable », que pour nous observateurs, dans le temps où nous sommes et dans les lieux où nous sommes, avec les meilleures informations disponibles, nous voyons que le cours des choses nous emmène à toute vitesse vers les catastrophes. Or, nous savons que c’est toujours l’improbable qui a surgi et qui a « fait » la transformation. Bouddha était improbable, Jésus était improbable, Mahomet, la science moderne avec Descartes, Pierre Gassendi, Francis Bacon ou Galilée était improbables, le socialisme avec Marx ou Proudhon était improbable, le capitalisme était improbable au Moyen-Age… Regardez Athènes. Cinq siècles avant notre ère, vous avez une petite cité grecque qui fait face à un empire gigantesque, la Perse. Et à deux reprises – bien que détruite la seconde fois – Athènes parvient à chasser ces Perses grâce au coup de génie du stratège Thémistocle, à Salamine. Grâce à cette improbabilité incroyable est née la démocratie, qui a pu féconder toute l’histoire future, puis la philosophie. Alors, si vous voulez, je peux aller aux mêmes conclusions que Jean-Pierre Dupuy, mais ma façon d’y aller est tout à fait différente. Car aujourd’hui existent des forces de résistance qui sont dispersées, qui sont nichées dans la société civile et qui ne se connaissent pas les unes les autres. Mais je crois au jour où ces forces se rassembleront, en faisceaux. Tout commence par une déviance, qui se transforme en tendance, qui devient une force historique. Nous n’en sommes pas encore là, certes, mais c’est possible.

    Il est donc possible de rassembler ces forces, d’engager la grande métamorphose, de l’individu puis de la société ?

    Ce que j’appelle la métamorphose, c’est le terme d’un processus dans lequel de multiples réformes, dans tous les domaines, commencent en même temps.

    Nous sommes déjà dans un processus de réformes…

    Non, non. Pas ces pseudo-réformes. Je parle de réformes profondes de vie, de civilisation, de société, d’économie. Ces réformes-là devront se mettre en marche simultanément et être intersolidaires.

    Vous appelez cette démarche « le bien-vivre ». L’expression semble faible au regard de l’ambition que vous lui conférez.

    L’idéal de la société occidentale – « bien-être » – s’est dégradé en des choses purement matérielles, de confort et de propriété d’objet. Et bien que ce mot « bien-être » soit très beau, il fallait trouver autre chose. Et quand le président de l’Equateur Rafael Correa a trouvé cette formule de « bien-vivre », reprise ensuite par Evo Morales (le président bolivien, ndlr), elle signifiait un épanouissement humain, non seulement au sein de la société mais aussi de la nature. L’expression « bien vivir » est sans doute plus forte en espagnol qu’en français. Le terme est « actif » dans la langue de Cervantès et passif dans celle de Molière. Mais cette idée est ce qui se rapporte le mieux à la qualité de la vie, à ce que j’appelle la poésie de la vie, l’amour, l’affection, la communion et la joie et donc au qualitatif, que l’on doit opposer au primat du quantitatif et de l’accumulation. Le bien-vivre, la qualité et la poésie de la vie, y compris dans son rythme, sont des choses qui doivent – ensemble – nous guider. C’est pour l’humanité une si belle finalité. Cela implique aussi et simultanément de juguler des choses comme la spéculation internationale… Si l’on ne parvient pas à se sauver de ces pieuvres qui nous menacent et dont la force s’accentue, s’accélère, il n’y aura pas de bien-vivre. —

    Edgar Morin en dates

    8 juillet 1921 Naissance à Paris

    1939 Rejoint la Résistance

    1941 Entre au Parti communiste, dont il s’éloigne avant d’en être exclu définitivement en 1951

    1977 Publication du premier tome de La Méthode

    1993 Ecrit Terre-Patrie et appelle à « une prise de conscience de la communauté du destin terrestre »

    2009 Publie Edwige, l’inséparable (Fayard)

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