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Zazen

Par Le 20/04/2012

 

Jacques Brosse, historien des mentalités religieuses et des mythologies, a enseigné le zen pendant plus de vingt ans. Il a reçu en 1987, pour l’ensemble de son oeuvre, le Grand Prix de Littérature de l’Académie Française
Jacques Brosse, naturaliste reconnu, vient de disparaître en ce début d’année 2008.

 

Penser à ne rien faire jusqu'à ne plus y penser.

"Il n'y a pas lieu de chercher à arrêter les pensées. Mais alors, que faire ? Et bien, rien, mais cela ne peut se comprendre qu'en zazen. Le détachement se produit alors de lui-même, spontanément, naturellement, automatiquement. Il n'y a rien à faire, mais à laisser faire, à "se" laisser faire. La posture zazen modifie d'elle-même le fonctionnement du cerveau, le rythme et la nature des ondes qu'il méet. Autrement dit, ce n'est pas l'esprit qui comande mais l'organisme. Voilà ce qu'il est difficile d'admettre pour des êtres chez qui le mental prétend tout régenter. Voilà qui pour eux est déconcertant et même humiliant.


Le moi, l'ego, est seulement le produit du passé. Il ne se convainc de sa propre existence que grâce à la pseudo continuité de l'expérience quotidienne, au souvenir de cette expérience. Dans le présent, cet ego ne peut constituer qu'une gêne. Il empêche de vivre le réel car il le filtre et le déforme à travers la grille de ses déterminations, de ses intérêts les plus immédiats, les plus subjectifs, les plus provisoires. Le passé vécu est l'écran qui s'intercale entre le moi et la perception du présent en tant que tel mais il est lui-même le moi. Aussi, lorsq'on parvient à l'exclure, n'y-a-til plus la perception et simultanément celui qui perçoit mais la seule perception, laquelle est, véritablement et elle seule, le présent. Et l'on s'aperçoit alors que celui qui perçoit était inutile, qu'il constituait à lui seul, l'obstacle.

Le moi n'est donc que la présence du passé abusivement introduite dans le présent. Il n'est que rétrospectif, n'existant en effet pas plus lui-même que le passé, lequel au contraire, ne peut lui exister en tant que passé, que dans le présent, dans le souvenir qu'on a de lui.


Ce "vous", je sais très bien qui il est. je le reconnais, c'est moi. mais le "je" qui s'adresse à lui, voilà quelqu'un que je ne connais pas. Et je vois bien que ce je là a raison contre le moi, qu'il est au-dessus de lui, vit dans une dimension supérieure et que lorque je l'accueille, il m'offre cette vision lumineuse de l'existence.

Puisqu'on peut ainsi le formuler, il doit nécessairement exister cet état supérieur, non dualiste et permanent, auquel se réfère cette impermence douloureuse, un point fixe situé au-delà. Ce somet, c'est lui que définissent les mots de félicité et de béatitude. Seulement, un tel état, où l'on se trouverait délivré de l'alternance bien-mal, bonheur-malheur, hors de la perpétuelle douche écossais qu'est l'existence, cet état où l'on n'aurait plus rien à craindre, on ne peut en fait se le représenter. Comment, en effet, désirer un état qui se siteu justement par-delà tout désir ? On ne peut jamais y aspirer tant qu'on ne l'a pas atteint et on ne l'atteint pas en y aspirant. Si on souhaite être libéré, c'est qu'on l'est déjà mais si on fait un efort pour se libérer, on ne le sera jamais puique le désir et l'effort vous enferment. Tel est le paradoxe et l'impasse où conduit le langage mais le paradoxe a en lui cette vertu de tordre le langage, de le mettre hors de lui, de vous mettre hors de vous et par là, il peut être une voie d'accès à l'inexprimable, c'est à dire à la réalité qui en tous sens le déborde.

Pendant le zazen, il n'y a plus ni bonheur, ni malheur. On se trouve spontanément par-delà. On expérmiente sans l'avoir désiré cette situation qui est suprêmement positive puisqu'elle transcende l'opposition positif-négatif. On est sorti du cercle fermé où l'opposition bien-mal vous obligeait à tourner en rond."

Jacques Brosse. Le zazen.


 

 

BOUDDHISME



- Jacques Brosse, pouvez-vous nous rappeler dans quel contexte s’est faite votre rencontre avec Taisen Deshimaru ?
A l’époque où j’ai rencontré Maître Deshimaru, on parlait beaucoup du zen en disant que c’était une affaire d’intellectuels : justement, les jardins zen, l’art du thé, ... Ca me semblait un peu trop lié à la civilisation japonaise. Mais je n’avais pas encore compris que le zen c’était zazen, la pratique de la méditation assise. C’est ce qu’est venu mettre au point Maître Deshimaru, en disant : "Le zen c’est ça et après c’est tout".
Ca peut paraître bizarre. Mais cette simple posture - celle du Bouddha au moment de l’éveil - est un tel état d’équilibre physiologique, qu’elle engendre un état d’équilibre psychique, qui lui-même permet de découvrir autre chose que les idées qu’on a toutes faites sur le monde.
Il y a une espèce de vide qui se fait en vous, et vous voyez enfin, vous n’avez plus les écrans successifs qui vous empêchent de voir la réalité.

- C’est donc le corps qui est premier dans cette voie ?
C’est le corps qui est premier, parce qu’il y a une réorganisation de l’organisme. Il n’y a pas que la posture, il y a également la respiration, semblable à ce que le taoïsme appelle "la respiration du nouveau né". Le nouveau né respire automatiquement bien, il en a absolument besoin, nous ne savons plus respirer. Il faut tout réapprendre !

- Apprendre ou désapprendre ?
Désapprendre d’abord et réapprendre ensuite.

- On a parfois l’image du zen comme d’une voie assez austère, dans laquelle il faut passer de longues heures assis en méditation, face à un mur.
Est-ce que cette image d’austérité est justifiée ?
Typiquement au cours d’une retraite on fait zazen 7 à 8 heures dans la journée, ce qui est certainement beaucoup. Mais ça n’est pas du tout l’épreuve qu’on imagine d’abord. J’ai vu beaucoup de débutants terrifiés à leur arrivée qui finalement ont très bien supporté. Parce qu’il y a un calme, un silence général.
On arrive très vite, une fois qu’on a consenti en somme à cette discipline, à en comprendre l’effet sur soi-même. Ce sont les résultats qui incitent à continuer, mais on obtient très rapidement les premiers résultats.
Ou alors c’est sans doute que le zen n’est pas pour vous. Aux gens qui me demandent : "Est-ce qu’il faut que je fasse zazen ?", je réponds : "C’est à vous à le décider, c’est pas à moi. Si vous en sentez la nécessité, si vous pensez que c’est une voie qui va vous rendre service, vous apaiser et que vous soyiez mieux avec vous même, effectivement essayez. Autrement, essayez une autre voie".

- Il faut trouver la voie qui correspond à sa propre histoire ?
Exactement. Et surtout ne pas voir dans le zen une espèce d’exotisme qui nous est imposé du dehors. Ca vient de nous-mêmes.
Dans une retraite zen, de même que dans un dojo, la discipline doit venir de soi-même. Elle n’est pas imposée du dehors. Il y a évidemment des gens qui sont là pour la faire respecter, parce que les débutants sont encore dans l’agitation de la vie quotidienne. Mais une fois qu’on a commencé, on comprend très vite, quelques jours suffisent.
Naturellement il reste d’immenses progrès à faire, on est simplement entré sur la voie : on peut aller jusqu’à sa propre mort. Vivre sa mort en zazen, c’est certainement l’idéal, mais c’est autre chose.

- La mort en méditation est surtout connue à travers le bouddhisme tibétain, notamment grâce au film "Little Bouddha".
Y a-t-il une tradition semblable dans le bouddhisme zen ?
Oui, beaucoup de maîtres zen meurent en méditation. Parce que c’est la bonne attitude pour passer de l’autre côté. Mais pour nous, passer de l’autre côté, c’est "passer sur l’autre rive", rien d’autre. Cela n’a rien de tragique, c’est un passage. Un passage où il se passe beaucoup de choses, je ne veux pas dédramatiser la mort, mais quand on en comprend à peu près le sens, on l’accepte très facilement.
Il est certain que dans l’aide aux mourants par exemple, les techniques du bouddhisme servent beaucoup. Ce n’est pas pour rien que ce sont les tibétains qui ont initié ces pratiques là : ça apaise les gens, ils comprennent la nécessité même de leur mort.
En tant que naturaliste, j’ai vécu avec beaucoup d’animaux, nous avons élevé ma femme et moi des animaux sauvages de France et d’Europe en quantité. J’ai donc vu mourir beaucoup de bêtes. Par rapport à l’homme, c’est d’une dignité et d’une noblesse... Les bêtes savent mourir.
Pourquoi nous, ne savons nous pas mourir ? Parce que nous avons des idées, tout simplement. Nous imaginons le trou noir, comme disent les gens, l’anéantissement complet, un paradis ou un enfer... Tandis que là, on met toutes ces choses à plat, tranquillement.

- La méditation peut-elle aider ici, apporter une ouverture ?
Parce que quand on a beaucoup d’idées, on a du mal à imaginer qu’il y ait autre chose que les idées qu’on a !
Bien sûr. Mais on s’aperçoit que justement on peut quitter ses idées au bout de quelque temps. On peut s’apercevoir que ces idées, dans le fond, on ne les a pas eues : ces idées vous ont été imposées, vous vous les êtes faites sans preuve.
Si vous examinez les choses comme ça, vous vous apercevez que la plupart de vos pensées sont surfaites. Elles sont illusoires, artificielles. Alors il y a peut-être autre chose, qui est de l’ordre plutôt de l’intuition que du raisonnement, qui surgit de la posture même.
Il y a une transformation du fonctionnement de l’esprit par la posture elle-même, ce qu’on appelle "le penser non pensé" (ce qui ne veut rien dire pour un non-pratiquant). Et en effet, c’est une forme de pensée dans laquelle on ne pense plus. La pensée surgit d’elle-même, tout seule.

- Ce n’est pas un trou noir ?
Absolument pas. Le vide n’est pas un trou noir. Le vide est beaucoup plus plein que le plein ! C’est plein de potentiel.
Les astrophysiciens et les physiciens quantiques le savent très bien. Le vide c’est simplement l’espace qui permet à la chose de se développer ou de bouger. S’il n’y avait pas de vide, il n’y aurait pas de mouvement possible.
Il ne faut pas se faire des idées toutes faites sur le vide, pas plus qu’il ne faut se faire des idées toutes faites sur la mort. C’est une expérience à vivre aussi !

- La mort est aussi une idée dont on peut se débarrasser, en tout cas dans ce qu’elle a de surfait ?
Mais naturellement, bien sûr. Ne serait-ce que par la pratique de la méditation. On n’a même pas à se forcer. Ces choses, on les examine tout seul, ça vient tout seul.
C’est comme une espèce de récapitulation, qui se fait toute seule. On n’a rien à faire. Et tout à coup, le grotesque de certaines situations qu’on a vécues, de certaines réactions qu’on vit encore, de certaines idées qu’on se fait, vous apparaît.
Et finalement, dans une sesshin, là je reviens sur la question de la dureté d’une sesshin, les bons moments sont ceux où on éclate de rire. Et c’est très fréquent. Il y a parfois dans un dojo, dans le silence complet, quelqu’un qui se tord de rire. Ca gagne l’ensemble du dojo, tout le monde se met à rigoler !

- C’est un bon rire, un rire de recul ?
Exactement, on se dit : "Mais quel crétin j’ai été !". Bien sûr ça n’est pas agréable sur le moment, mais si on s’aperçoit qu’on est un crétin, on peut déjà réagir. On n’est plus possédé par tout ce système qu’on a fait, qui n’existe pas en soi.

- Mais ça n’est pas pour autant que le problème disparaît ?
Mais pas du tout ! Mais au moins on n’en rajoute pas, et on va vers les vrais problèmes. Et vers les vraies solutions, bien entendu !

- Donc rien d’inquiétant à ce qu’on réalise comme ça que nos pensées sont surfaites.
Au contraire, c’est plutôt un apaisement ?
Mais c’est un apaisement, bien entendu. Et puis cette espèce de clairvoyance, qui au début peut être difficile... On parle du regard intérieur : c’est vrai qu’à la fin on se regarde soi-même, on ne sait pas comment ça se passe, mais on se regarde. On voit effectivement qu’on est mû - comme l’affirme le bouddhisme lui-même - par le désir, la haine, l’ignorance... et qu’on est tout le temps piégé par ça.
Une fois qu’on l’a détecté en soi-même, on s’aperçoit aussi que c’est le propre de l’espèce humaine, de l’être humain, que ça n’est pas personnel. On n’en est pas culpabilisé, il n’y a pas de culpabilité.

- Qu’est-ce qu’on en fait, alors ?
Parce que le désir, la haine et l’ignorance ne disparaissent pas ?
Ca ne disparaît pas, mais on peut tourner l’obstacle. On peut se rendre compte qu’on est en train de faire le con. On peut se voir, apprendre à se connaître comme ça, et en rire ? C’est ça le plus important à dire. Ca n’a jamais cet aspect tragique, ou trop grave.
Dans le regard intériorisé, on arrive à faire quelque chose qui ressemble un peu à une auto-analyse. Alors évidemment, si c’est très grave, il vaut mieux recourir à des spécialistes. Mais il y a un tas de choses qu’on peut régler soi-même, sans psychothérapie.

- Cette expérience de la méditation facilite-t-elle la rencontre avec d’autres traditions ou disciplines ?
Oui certainement. Cependant pour moi, il est plus facile de dialoguer avec un moine qu’avec un prêtre, généralement. Et il est plus facile de dialoguer avec un moine contemplatif qu’avec un moine actif.
Je fais des retraites chez les Bénédictins, je m’entends extrêmement bien avec le père abbé, on s’appelle "cher frère" tous les deux. Il vient faire zazen avec nous parfois. Mais ils n’est pas devenu bouddhiste pour autant.
Et naturellement il y a des rencontres avec la psychologie.

- Et à l’intérieur de soi, est ce qu’on a parfois ce sentiment dans la méditation, de découvrir quelqu’un d’autre ?
Ou est ce qu’on en fait abstraction ?
On en fait abstraction, mais ça vient tout naturellement. En somme, quand on se considère, comme on vient de le définir, en voyant par quoi on est mû, on se considère déjà un peu comme un autre qui se voit. On se voit un peu comme un autre. Et c’est là qu’on se met à rigoler. Qu’on peut rigoler, aussi.
Quand on se traite de pauvre con, c’est quand même un autre ! (rires).
La recette, ou plutôt le principe, est assez difficile à appliquer. C’est qu’il faut considérer les autres comme s’ils étaient des "moi" eux-mêmes, comme s’il étaient moi, et soi-même comme si on était un autre. On renverse le système.

- Mais ça n’est pas juste une bonne idée, c’est quelque chose de très concret ?
Oui, et il y faut du temps. Les débuts peuvent être très prometteurs, très riches, mais après, c’est long. Parce qu’avant de modifier tout ça, de renverser tout ça, ça prend du temps. Il y a des îlots de résistance qui sont là, et qui sont très durs à défaire.


Emission Voix Bouddhistes du 29 Octobre 2000


http://www.buddhachannel.tv/portail/spip.php?article1476


www.buddhachannel.tv

 

Bilan scolaire du quinquennat.

Par Le 20/04/2012

Education, Sarkozy n'a pas la moyennne

Que reste-t-il du sarkozysme (5)«Libération» regarde dans le rétro et décrypte les principales réformes lancées par Nicolas Sarkozy en tant que président. Aujourd'hui, l'éducation.

http://www.liberation.fr/politiques/2012/04/19/bilan-education-sarko-n-a-pas-la-moyenne_812608?google_editors_picks=true

Par MARIE PIQUEMAL, VÉRONIQUE SOULÉ

Au début de son mandat, Nicolas Sarkozy avait promis une «refondation» de l’école dans sa «Lettre aux éducateurs», tirée à un million d’exemplaires. En cinq ans, il a multiplié les réformes controversées et supprimé 80 000 postes, et laisse des enseignants amers d’avoir été aussi mal traités.

La formation des enseignants : zéro pointé

A l’origine, «mieux payer les profs»

Dès avril 2008, Nicolas Sarkozy annonce une réforme de la formation des enseignants, appelée «masterisation» : désormais les profs, du primaire comme du secondaire, devront avoir un master (bac+5), au lieu d’une licence (bac +3) la plupart du temps, pour passer le concours. Il explique que la revalorisation des profs est une «priorité» et que la masterisation va permettre de «payer davantage les jeunes enseignants». Officiellement, il s’agit aussi de s’aligner sur le reste de l’Europe où, majoritairement, les profs ont un master.

La mise en œuvre, une contestation tous azimuts

La réforme est très controversée depuis le départ. Principale critique : l’année de formation en alternance dans les IUFM, qui suivait le concours, a été supprimée. Une fois le concours en poche, les nouveaux profs — les «stagiaires», qui seront titularisés au bout d’un an — sont parachutés en classe à plein-temps sans formation, démunis face aux élèves. Certains syndicats critiquent aussi la baisse du poids des épreuves disciplinaires dans le concours. Mais tous les syndicats s'accordent sur un point : cette réforme est une manière pour le gouvernement de faire des économies — 16 000 postes supprimés la première année.

Les conséquences, le ratage du quinquennat

Stress, démotivation, crise des vocations ... Beaucoup de jeunes profs souffrent de leurs conditions d’entrée dans la profession. [Témoignages à lire ici]. Les étudiants se plaignent de la difficulté à préparer à la fois le master et le concours à la fac. Et dans certaines disciplines, on peine à recruter. Dans son dernier rapport annuel, la Cour des comptes a dressé un bilan sans appel de cette réforme ratée et plus coûteuse que prévue, avec des conséquences désastreuses pour les élèves. [Les détails ici].

La réforme de l'école primaire : déstabilisante

A l’origine, diminuer l’échec en fin de primaire

Dès septembre 2007, le ministre de l’Education Xavier Darcos annonce la suppression de la classe le samedi matin. Au grand dam des chronobiologistes, la semaine de quatre jours, qui existait ponctuellement, devient la règle. De vingt-six heures, la semaine passe à vingt-quatre heures. En contrepartie, les enseignants sont tenus d’organiser deux heures d’«aide personnalisée» pour les élèves en difficulté. Simultanément, une réforme des programmes est adoptée, avec un recentrage sur les fondamentaux, et des stages gratuits de «remise à niveau» en français et en maths sont créés pendant les vacances pour les CM1 et les CM2.

La mise en œuvre, dans la pagaille

L’organisation de l’aide personnalisée, la principale nouveauté, vire au casse-tête : selon les écoles, cela se passe le midi ou après les cours, et souvent en groupe. Les profs s’estiment mal formés pour aider les élèves en grande difficulté alors même que l’on supprime des postes de Rased, les maîtres spécialisés dans la difficulté scolaire [Sur ce sujet, lire ici et ]. D’autres enseignants refusent d'appliquer la réforme, par conviction. «Les désobéisseurs», comme ils se font appeler, boycottent aussi les fameuses évaluations mises en place en CE1 et CM2, jugées «déstabilisantes pour les élèves».

Les conséquences, une école déstabilisée

Le débat sur les rythmes scolaires est relancé. Mais le ministre Luc Chatel n’a pas osé trancher, craignant de mécontenter les parents, les élus locaux ou les professionnels du tourisme. Il se félicite en revanche que la réforme du primaire a fait progresser les élèves au vu des évaluations de CE1. On est pourtant encore loin de l’objectif affiché au départ : diviser par trois en cinq ans le nombre d’élèves en difficulté (estimés à 15% à la sortie du CM2). Dans les classes, ces évaluations restent très contestées.

A lire aussi : notre dossier sur les rythmes scolaires

L’assouplissement de la carte scolaire : pagaille et appréhension

A l’origine, une promesse de campagne

En 2007, le candidat Sarkozy promet de redonner leur liberté aux familles pour choisir l’école de leurs enfants. Il estime que la carte scolaire est contournée par les parents les mieux informés qui arrivent toujours à inscrire leurs enfants dans les meilleurs établissements, alors que les autres sont condamnés à rester dans leur secteur. La supprimer serait, selon lui, faire œuvre de justice sociale. Dès son élection, il fixe à Xavier Darcos pour objectif de «rendre la carte scolaire superflue par l’égalisation du niveau des établissements».

La mise en œuvre, entre confusion et incompréhension

Pour en finir avec l’«opacité» du système précédent, Xavier Darcos fixe des critères ouvrant droit à des dérogations : être boursier, handicapé, membre d’une fratrie, avoir un parcours scolaire particulier, etc. Mais il ne parle que d’un assouplissement de la carte scolaire : les élèves habitant près d’un établissement continuent d’avoir le droit d’y être scolarisés. Et comme les locaux ne sont pas extensibles, il reste finalement assez peu de places libres pour des dérogations… Beaucoup de familles, qui croyaient pouvoir choisir, sont déçues. Sans le dire, la suppression de la carte scolaire, infaisable, a été abandonnée.

Les conséquences, la situation est pire aujourd'hui

Toutes les études concluent à un impact limité. Contrairement aux prévisions les plus pessimistes, les collèges ghettos ont parfois perdu des élèves, les meilleurs en profitant pour partir. Mais ils n’ont pas été vidés de leurs effectifs et très peu ont dû fermer. Des élèves boursiers ont par ailleurs pu s’inscrire dans de «grands» lycées ou cités scolaires, introduisant une certaine mixité sociale. Mais leur nombre est limité. Les annonces autour de la carte scolaire ont surtout accru l’angoisse des familles et conforté l’idée d’une hiérarchie entre établissements.

Pour débattre : Rendez-vous pour un tchat jeudi à 14 heures avec Marco Oberti qui a planché sur l'impact de cet assouplissement de la carte scolaire.

 

La création des «internats d’excellence» : limitée et critiquée

A l’origine, récompenser le mérite et l’effort

C’est en février 2008, dans le cadre du Plan Banlieue, que Nicolas Sarkozy lance cette idée. Ouvrir des internats pour les élèves «méritants», de milieux défavorisés et à qui on va offrir des conditions d’études particulièrement bonnes : soutien scolaire, activités sportives, culturelles, voyages, etc.

A l’autre extrémité, pour les élèves «perturbateurs», Sarkozy veut des «Etablissements de réinsertion scolaire» (ERS) où l’on retravaille les bases scolaires et les règles de vie en commun. Les premiers ont ouvert leurs portes en 2010.

La mise en œuvre, à grand renfort de publicité

Le premier «internat d’excellence» est inauguré en grande pompe à la rentrée 2009 à Sourdun (Seine-et-Marne), dans une ancienne caserne fermée en raison de la refonte de la carte militaire. Ces internats sont conçus comme des «avant-gardes» de l‘école de demain: des établissements largement autonomes où les profs sont recrutés par le directeur, où ils restent bien au-delà de leurs heures de cours, où l’innovation pédagogique est encouragée, etc. Des nouveautés qui seront reprises dans les 300 collèges et les lycées du dispositif «Eclair» (écoles, collèges, lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). L’objectif affiché d’Eclair est d’arriver à fixer, dans ces établissements difficiles, des équipes motivées, qui seraient portées par un projet commun et constituées par des profs chevronnés.

Les conséquences, une vitrine très critiquée

Pour Nicolas Sarkozy, c’est l’une des réussites du quinquennat. Il vante régulièrement les 10 000 places créées - bientôt 20 000 - grâce au Grand Emprunt. En réalité, seize internats ont ouvert à ce jour, offrant 3 258 places, les autres étant des places réservées dans des internats déjà existants. Selon des études, ces internats font progresser les élèves. Mais le dispositif est très coûteux et suscite des réserves alors que dans le même temps, on supprime des postes et que l’éducation prioritaire s’appauvrit.

Les ERS (pour les élèves perturbateurs) ont connu des débuts difficiles et ne concernent au final que quelques dizaines d’élèves. Quant au dispositif «Eclair», conçu pour les établissements difficiles et que Sarkozy voudrait étendre, il peine à trouver des profs candidats.

La réforme du lycée : mitigée

A l’origine, une volonté de «moderniser»

Les temps ont changé mais pas le lycée, estime Nicolas Sarkozy : les élèves accumulent les heures de cours avec des profs enfermés dans leurs disciplines et sont mal préparés au supérieur.  Il charge le ministre de l'Education Xavier Darcos de mettre rapidement en place une réforme.

La mise en œuvre, sans heurts ni enthousiasme

Le ministre Darcos se heurte à une forte mobilisation, la réforme est abandonnée sous la pression de la rue en 2008. Elle sera finalement remise sur la table en 2009 par Nicolas Sarkozy lui-même, dans une version édulcorée et avec la promesse qu’elle n’entraînera pas de suppressions de postes. Le calendrier de mise en œuvre est progressif : dès la rentrée 2010 pour la seconde, en 2011 pour la première et 2012 pour la terminale.

La réforme prévoit deux heures d'«accompagnement personnalisé» par semaine – pour du soutien, de l’approfondissement ou une réflexion sur l’orientation. Le choix de la filière est repoussé en première et pour les aider à se déterminer, en seconde les élèves ont des enseignements d’exploration d’une heure et demie par semaine.

 

Les conséquences, un bilan médiocre

Dans les faits, les changements sont timides [analyse à lire ici]. L’un des points clés – rééquilibrer les filières afin d’atténuer la suprématie de S – ne progresse guère. Des oppositions demeurent : certaines disciplines se retrouvent lésées comme l’histoire-géographie désormais facultative en terminale S, et les sciences économiques et sociales (SES) dont un quart du volume horaire part en fumée au cours des trois années de lycée. En mars 2012, les inspecteurs généraux en dressent un bilan très mitigé.

La réforme de la voie professionnelle : division et inquiétude

A l’origine, revaloriser une filière méprisée

Dès septembre 2007, le ministre Xavier Darcos annonce qu’il va généraliser la préparation du bac pro en trois ans – contre quatre ans jusqu’ici dans la plupart des cas, c’est-à-dire deux ans jusqu’au BEP (brevet d’enseignement professionnel), puis deux ans encore pour le bac. L’objectif est de pousser davantage de jeunes à poursuivre jusqu’au bac, voire après, et de diminuer les sorties sans qualification. Il s’agit aussi de valoriser une filière longtemps méprisée, en instituant un «vrai» bac en trois ans comme les bacs généraux et technologiques.

La mise en œuvre, dans la division

Les syndicats sont divisés. Certains se félicitent de cette revalorisation. D'autres craignent que les élèves, en difficultés souvent, aient du mal à acquérir en trois ans ce qu’ils apprenaient en quatre, à moins d’alléger encore la part des enseignements généraux. Enfin, beaucoup redoutent qu’en supprimant ainsi une année dans le cursus pro, le ministre cherche là encore à économiser des postes d’enseignants.

Les conséquences, une filière pro inquiète

Les BEP ont disparu et le nombre de bacheliers pros a grimpé. Mais il leur manque toujours des débouchés post-bac et beaucoup vont se perdre à la fac. La voie professionnelle, durement touchée par les suppressions de postes, est en outre inquiète pour son avenir. Nicolas Sarkozy veut rendre obligatoire l’alternance en terminale. Après une expérimentation cette année, le ministère généralise à la rentrée une troisième prépa-pro, et l’apprentissage est de nouveau autorisé dès 14 ans. Comme un retour à une orientation précoce vers des voies courtes, hors du scolaire.

Retrouvez: notre dossier «Education» et le blog «C’est classe !» de notre journaliste Véronique Soulé.

Méditation et enfance (2)

Par Le 19/04/2012

Et si on apprenait à méditer à nos enfants ?

Florence Deguen | 21.03.2012, 11h38

http://www.leparisien.fr/laparisienne/maman/et-si-on-apprenait-a-mediter-a-nos-enfants-21-03-2012-1916670.php
 

Aux Pays-Bas, Eline Snel est une star. Une jolie grand-mère de 58 ans, aussi souple que douce, capable de plonger dans un silence bienfaisant une trentaine de gamins surexcités en quelques minutes. Sa botte secrète? Avoir transposé à destination des 4-12 ans une méthode de méditation, la pleine conscience, prévue à l’origine pour les adultes.

 

Avec des histoires de spaghettis ou de petites araignées, elle leur apprend ainsi depuis trois ans à accueillir avec bienveillance pensées, sensations, respiration… Avec l’objectif d’apprendre tranquillement à les découvrir, les accepter et les maîtriser.
Délirant? De plus en plus de parents aux prises avec des enfants à la limite de l’hyperactivité, qui ne sont pas capables de rester le nez dans un livre plus de deux minutes ou qui mettent des heures à trouver le sommeil, « parce que leur corps est fatigué mais pas leur tête », sont prêts à essayer. Aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique, les ateliers se multiplient. Aux Pays-Bas, les enseignants sont même formés gratuitement par l’Etat. Et le livre qui détaille la méthode d’Eline Snel a été publié la semaine dernière en
en terrain quasi conquis. Son titre charmant fait déjà le buzz sur les forums de mamans : « Calme et attentif comme une grenouille ». Préfacé par le célèbre psychiatre français Christophe André, il est assorti d’un CD pour que les enfants puissent, tout seuls ou avec leurs parents, effectuer des exercices. Une voix douce les guide, comme dans un conte : celle de Sara Giraudeau, dont le père, le comédien , a découvert et pratiqué avec passion la méditation dans les dernières années de sa vie.
« Assieds-toi confortablement, ferme les yeux si tu trouves que c’est agréable, imagine que tu es une grenouille au bord d’un étang… Pour rester aussi tranquille, il te faut de l’attention et du calme… » L’enfant est invité à repérer les bruits à l’intérieur de son corps, à porter son attention sur le bout de son nez, là où l’air entre et sort. « C’est un moyen d’apprendre à maîtriser la petite voix qu’ils ont dans leur
, celle de leurs pensées, explique Eline Snel. Ils apprennent à écouter… et à ne pas forcément réagir, ce qui est une formidable école de gestion des impulsions. » Pour eux, c’est un jeu bien sûr, mais un jeu dont ils ressortent apaisés et confiants. Et les quelques ateliers de méditation pour enfants qui s’ouvrent en France, à Paris ou dans l’Est notamment, ont des aficionados de 8 ans. « Ils ont tellement de stress et d’idées noires, soutient Eline Snel. Jamais personne depuis leur naissance ne leur a donné des outils pour y faire face. »
Les idées noires deviennent une petite araignée qui descend un fil et quitte progressivement la tête pour descendre dans le ventre, où l’on appose ses mains et où l’on respire. Les gamins commentent à leur manière ce qu’ils ressentent après la séance : « Je trouve que c’est super de respirer, je suis tout doux et reposé à l’intérieur. » Alors, s’il ne s’agit pas de les envoyer méditer dans un monastère, on se dit que dix minutes de calme introspectif entre la Nintendo et la télé ne peuvent pas leur faire de mal…
Pour Christophe André, la méditation n’est pas une activité de plus qu’imposent des parents trop soucieux de bien faire à des enfants déjà surbookés, mais bien d’« un cadeau dont ils se serviront toute leur vie ».

« CALME ET ATTENTIF COMME UNE GRENOUILLE » D’ELINE SNEL

Lettres aux écoles 9

Par Le 19/04/2012

"Nous avons voulu mettre de l'ordre dans notre société par une action politique et ainsi nous sommes devenus dépendants des politiciens. Pourquoi les hommes politiques ont-ils pris une telle importance, de même que les gouvernements et les dirigeants religieux ? Est-ce parce que nous dépendons toujours d'agents extérieurs pour mettre de l'ordre dans notre maison, est-ce parce que nous dépendons de forces extérieures pour contrôler et façonner notre vie ? Les autorités extérieures comme les gouvernements, les parents, les leaders de toutes sortes semblent nous rassurer sur l'avenir. Cela fait partie de notre tradition de dépendance et de soumission. C'est cette tradition accumulée depuis très longtemps qui conditionne notre cerveau. L'éducation a admis ces coutumes et c'est ainsis que le cerveau est devenue mécanique et répétitif."

Krishnamurti.


Plus cette société est complexe dans ses réseaux, plus la dépendance se renforce. Pour une raison très simple : chaque individu est encore plus égaré. Il lui est impossible de se servir des réseaux pour trouver en lui une éducation individuelle. C'est comme être perdu dans une forêt. Plus le sentiment d'être perdu est grand, plus la perdition se renforce. La peur annihile toute réflexion, la panique conduit l'individu, l'orientation devient anarchique, l'individu erre au hasard de ses intuitions et ses intuitions sont totalement fausses parce qu'il n'est pas en lui, dans une plénitude d'esprit mais dans un chaos intellectuel, sensitif, émotionnel.

Au regard de la société, le fonctionnement est identique et les individus se tournent vers des "leaders" pour qu'un chemin soit proposé. Alors que ce sont justement ces "leaders", tout aussi égarés intérieurement, qui ont déclenché le chaos.

Dans une classe, les jeunes enfants apprennent déjà à se soumettre à l'autorité de "leaders" alors que ce sont ces leaders qui les ont placés dans une situation chaotique. Le fait que les apprentissages soient imposés, sans aucune nécessité réelle, mais en fonction de "programmation ministérielle",  génère une inquiétude. Cette inquiétude instaure un phénomène de dépendance étant donné que les enfants doivent se soumettre à la parole du maître pour s'extraire de ce chaos. Leurs aptitudes ne sont reconnues que dans ce cadre limité des apprentissages.

Vingt ans d'éducation à la soumission. Le conditionnement est en place. Les enseignants se retirent, les politiciens les remplacent.

Lettres aux écoles 8

Par Le 18/04/2012

"L'avenir de tout être humain, des jeunes comme des vieux, semble sombre et effrayant. La société elle-même est devenue dangereuse et totalement immorale. Quand un jeune affronte le monde, il est inquiet et plutôt effrayé par ce qui va lui arriver au cours de sa vie. Ses parents l'envoient à l'école puis, s'ils ont les moyens, à l'université et ils veulent qu'il trouve un travail, qu'il se marie, qu'il ait des enfants. Quelques années après leur naissance, les parents consacrent peu de temps à leurs enfants. Ils sont préoccupés par leurs propres problèmes et les enfants sont à la merci de leurs éducateurs qui eux-même ont besoin d'éducation. Ces derniers ont peut-être un excellent niveau d'études et ils veulent que leurs élèves acquièrent les meilleurs diplômes, que l'école ait la meilleure réputation. Cependant, les éducateurs ont leurs propres problèmes et à l'exception de quelques pays, leurs salaires sont plutôt bas et socialement, ils ne sont pas tenus en haute estime. Donc, ceux qui vont être éduqués connaissent des moments plutôt difficiles avec leurs parents, leurs éducateurs et leurs compagnons d'études. Ils sont déjà dans ce flot de lutte, d'angoisse, de peur et de compétition. C'est le monde qu'ils ont à affronter : un monde surpeuplé, sous-alimenté, un monde en guerre, un terrorisme grandissant, des gouvernements incompétents, la corruption et la menace de la pauvreté. Cette menace est moins évidente dans les sociétés d'abondance. 

Voilà le monde que les jeunes doivent affronter et naturellement, ils ont vraiment peur. Ils pensent qu'ils doivent être libres, dégagés de toutes activités routinières, qu'ils ne doivent pas se laisser dominer par leurs aînés et ils refusent l'autorité. Pour eux, la liberté, c'est de choisir ce qu'ils veulent faire mais ils sont confus, incertains et ils aimeraient malgré tout qu'on leur montre ce qu'ils doivent faire.

Ainsi, l'étudiant est pris entre le désir de liberté et les exigences de la société qui le presse de se conformer à ses besoins à elle.

Voilà le monde qu'ils ont à affronter et auquel ils doivent s'intégrer au cours de leur éducation.

C'est un monde effrayant."

Krishnamurti.


Je rappelle que ce texte a été écrit en 1976...

Non seulement, rien n'a été fait pour améliorer la situation mais il est même évident que tout s'est aggravé.

Les "sociétés d'abondance" ne sont plus à l'abri de leur "croissance". L'économie ne peut plus valider la pression éducative parce que les perspectives d'avenir ne sont plus portées par cette fameuse évolution sociale. Le conditionnement de l'individu dans ce contexte prend désormais son vrai visage. Etant donné que les valeurs matérialistes ont perdu de leur aura, il ne reste rien. Et la perdition générale apparaît au grand jour.

La solution ne viendra pas des structures politiques étant donné que celles-ci tentent par tous les moyens de sauver l'ancien système. Le moi encapsulé. Le système économique impose un système éducatif, un système de pensées, un système familial, professionnel, un engagement complet de l'individu dans une voie de croissance économique. Mais pas de croissance spirituelle. Et le mot "spitiruel" continue à être perçu comme une dérive sectaire ou religieuse. La plupart des gens n'y voient que des connotations "New Age" ou de gourous infatués. La philosophie n'est pas une valeur marchande et la lucidité qu'elle préconise ne doit pas être mise en valeur. Sa pratique, cognitive, dans une classe de terminale ne met pas en péril le conditionnement. Il est déjà en place. 

La crise n'est pas encore autre chose qu'une crise économique et sociale. Elle ne prendra sa vraie mesure qu'avec la prise de conscience de l'état intérieur des individus. Pour l'instant, les politiques, les économistes, les financiers, s'évertuent à placer des pansements sur les blessures. Les dégâts collatéraux d'ordre existentiel ne sont perçus qu'à travers la détresse sociale. Il n'est pas question de nier la gravité des faits. Il y a des millions d'exclus. Et quelques milliers de privilégiés qui vont oeuvrer au maintien de leurs privilèges. Tout ça n'est toujours qu'un état des lleux superficiel. Dans le sens de l'observation intérieure. C'est le changement de paradigme qu'il faut envisager. Il viendra de chaque individu et sûrement pas d'une structure étatique. Aucun état ne voudrait d'une Révolution spirituelle. Les candidats à la Présidence ne parle que de changements matérialistes. Aussi importants soient-ils au regard de ces millions d'exclus, ces changements ne représentent qu'une tentative de maintien du paradigme. Pour la raison évidente que ce maintien permet le maintien des privilèges.

 

Pour ce qui est de l'éducation nationale, il est évident qu'elle ne proposera jamais ce changement. Elle est au service de l'Etat et les "éducateurs" sont eux-mêmes les serviteurs. La pyramide est en place. Système féodal. Lorsque j'ai écrit au ministre, il y a de ça, une vingtaine d'années, j'ai été convoqué par l'inspecteur d'académie et "cassé". Blocage de salaire pendant sept ans. Il suffisait de ne pas venir m'inspecter. Je n'ai pas changé de point de vue pour autant. Et je sais même avec le recul combien j'avais raison. Je n'avais juste pas perçu totalement l'ampleur de la manipulation.

 

Il y a une chose qui m'interpelle dans le texte de Krishnamurti. A mon sens, ça n'est pas "le monde qui est effrayant." C'est l'état intérieur des individus qui le constituent. Un groupe n'existe pas pour lui-même. Il n'est que l'assemblage des individualités. Il conviendrait donc de dire plutôt que "les individus sont effrayants" et que l'assemblage de ces individualités forme un monde effrayant. 

 

Plus effrayant encore est de considérer le fait que ces individus, une fois unifiés, n'existent plus individuellement. Là, on entre dans l'horreur.

Et lorsqu'un groupe existant dès lors par lui-même s'écroule, non seulement les individus perdent leurs repères, mais ils ne peuvent plus exister individuellement. C'est la que la "crise" prend toute son ampleur.

Oui, mais il y a les élections présidentielles qui viennent à point nommé pour rassembler et magnifier de nouveau les identifications. Et on repart pour un tour...Un petit tour...Tout petit...

 

Prise de conscience.

Midway

Par Le 17/04/2012

Triste à mourir.

Les oiseaux s'en chargent...

Comment a-t-on pu en arriver là ?...

LE FILM SUR VIMEO

http://vimeo.com/25563376

http://vimeo.com/30915581

http://vimeo.com/36745838


L'intellect et l'ineffable.

Par Le 16/04/2012

Tout le problème de notre fonctionnement trouve sa source dans l'usage de l'intellect. Nous fondons nos pensées sur le raisonnement, le raisonnement sur le savoir, le savoir sur la mémoire. Nous suivons une voie ancestrale qui tourne en boucle. Nous utilisons le savoir comme le fondement de notre comportement et dès lors, nous nous coupons de cette perception intuitive qui n'est pas explicable. Mais si elle n'est pas explicable, rationnellement, elle n'en existe pas moins. Nous fonctionnons par conséquent de façon partielle. Je marche de façon irrationnelle et aucun savoir ne détient l'explication. Mais, moi, intérieurement, spirituellement, existentiellement, je sais pourquoi je marche. Et cette connaissance-là, je n'ai pas besoin de la science pour y accéder mais juste de l'ouverture de l'âme. Personne ne peut reproduire l'ouverture de l'âme, personne n'en détient le fonctionnement, personne ne peut dupliquer ce qui se produit dans cet espace. Et tant mieux. Mais il est possible de tenter de l'écrire...Juste un partage, un témoignage qui crée une passerelle et qui évite de se croire fou au regard de la raison dressée comme un étendard.

Trente ans ans que j'écris. Je n'en vis pas et ça n'arrivera sans doute jamais mais ce que ça m'a appris sur la vie vaut bien plus qu'un mode de vie. J'ai eu le bonheur immense de rencontrer Jarwal sur le chemin. Pour nos trois enfants, sur un chemin de montagnes. Incroyable d'ailleurs à quel point la montagne aura été déterminante dans ma vie. J'ai rencontré la femme que j'aime en montagne. Ce que nous avons vécu de plus beau ensemble et avec nos trois enfants, c'était toujours en altitude. Et tout ce qui vibre en moi et que j'écris, c'est là-haut que je l'ai éprouvé. Le tome 4 de Jarwal avance, doucement...Il neige en altitude et demain on monte au ski. Tout est lié...Je prendrai mes skis de rando, je collerai les peaux et je monterai lentement, pendant des heures. Et Jarwal sera là...Comme un ouvreur de porte.