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L'homme et l'enfant. (spiritualité)
- Par Thierry LEDRU
- Le 25/12/2009
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Un homme tomba dans un trou et se fit très mal.
Un Cartésien se pencha et lui dit : Vous n’êtes pas rationnel, vous auriez dû voir ce trou.
Un Spiritualiste le vit et dit : Vous avez dû commettre quelque péché.
Un Scientifique calcula la profondeur du trou.
Un Journaliste l’interviewa sur ses douleurs.
Un Yogi lui dit : Ce trou est seulement dans ta tête, comme ta douleur.
Un Médecin lui lança deux comprimés d’aspirine.
Une Infirmière s’assit sur le bord et pleura avec lui.
Un Thérapeute l’incita à trouver les raisons pour lesquelles ses parents le préparèrent à tomber dans le trou.
Une Pratiquante de la pensée positive l’exhorta : Quand on veut, on peut !
Un Optimiste lui dit : Vous auriez pu vous casser une jambe.
Un Pessimiste ajouta : Et ça risque d’empirer.
Puis un enfant passa, et lui tendit la main...
Anonyme -
Les Maîtres.
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/12/2009
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Je suis un peu décontenancé par le nombre de "Maîtres" spirituels qui annoncent que le lâcher prise suffit à l'éveil et qu'il n'y a donc rien d'autre à faire que de laisser tomber les résistances de l'ego, que "nous sommes déjà tous éveillés," qu'il n'y a même pas à chercher quoique ce soit puisque tout est là, etc...
Combien d'années de travail, de quête, de méditation, de recherches spirituelles dans de multiples voies leur a-t-il fallu pour qu'ils parviennent à cet état ? Peut-être se sont-ils aperçus qu'effectivement "tout" était déjà là et que la recherche n'était qu'un mirage mais c'est bien parce qu'ils ont cherché pendant des années que cette révélation a eu lieu...
Comment serait-il possible que nous, pauvres hères spirituels, hantés par notre passé, tourmentés par notre avenir, poursuivis par les contingences quotidiennes, nous parvenions à cette plénitude en occultant l'immense travail que ces maîtres ont abattu?...
Il y a là quelque chose que je ne saisis pas...
L'impression d'être au pied d'une montagne immense, accompagnés par les Swami Prajnanpad, Krishnamurti, Eckhart Tolle, Jean Klein, Douglas Harding...de regarder l'horizon vers lequel leurs regards apaisés se tournent et de ne rien voir d'autre que cette terrible masse rocheuse...Eux connaissent les horizons qui s'étendent de l'autre côté, ils m'en parlent, ils m'invitent à les rejoindre, ils me disent de lâcher prise...
Qu'il suffit de voir ce qui est déjà là...
Je sais ce qui est là. Ce sont mes tourments. Et je sais que de ne pas les comprendre m'empêchera inlassablement de les abandonner à mes pieds pour pouvoir entamer l'ascension. Ce n'est pas une montagne que l'on gravit chargé. Il faut se dénuder. L'épuration entamée se prolongera jusqu'au coeur de l'âme. Si j'essayais de gravir les pentes avec le fardeau qui m'écrase, je mourrais d'épuisement.
Je ne crois pas que ces Maîtres aient pu se passer de cet arrachement des vieilles peaux. Et je trouve certains un peu malhonnêtes de faire miroiter ainsi la plénitude de l'esprit dans l'acceptation pleine et entière de ce qui est. Quelle est donc cette acceptation ? Un déni ou de la lucidité ? Je pense que le piège est là. S'il ne s'agit que d'un déni, le retour de flamme sera dévastateur car ce n'est que l'ego qui s'impose dans le miroitement hallucinogène de la spiritualité. Je ne serais qu'un menteur infatué.
Il est même assez déconcertant de lire chez certains écrivains cette facilité à tout découvrir alors qu'en observant leurs propres parcours on réalise les immenses difficultés qu'ils ont rencontrées. Comme s'il leur fallait nier ce "chemin de croix" et laisser entendre qu'au contraire, tout a été évident.
Il y a ces révélations spontanées (Virgil, Tolle, Ciusi...) qui nous sont présentées comme d'extraordinaires changements de conscience...Et donc, auparavant, ces gens étaient sans doute des banquiers, des avocats, des chefs d'entreprise matérialistes, des gens obtus, fermés à toutes démarches spirituelles, n'ayant même jamais entendu l'expression... Je n'y crois pas. Je vois plutôt une évolution, lente, peut-être même insignifiante, un travail, des lectures, des échanges, etc...Et puis, effectivement, un jour, un bouleversement considérable, à un tel point que tout ce qui avait été éprouvé auparavant semble inexistant, comme s'il n'y avait jamais eu de vie avant...
Mais ces gens ont pourtant bien vécu avant cet état d'éveil...Pourquoi le nier ?
Il me semble inutile en tout cas de lire des livres remplis de certitudes, d'évidences, de plénitude, ces livres qui conseillent aux lecteurs de tout abandonner,de se laisser porter, de lâcher prise. Tant mieux pour leurs auteurs s'ils le vivent réellement. C'est leur liberté et il m'est inutile de rêver devant leur envol.
Ca ne m'apprendra jamais la légèreté. Je ne ferai que l'imaginer.
Il y a deux façons de sortir d'une cellule : imaginer ou creuser un trou.
Je creuse. -
L'instant présent.
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/12/2009
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NOIRCEUR DES CIMES
"Que reste-t-il de l’individu lorsque celui-ci se libère d’une conscience intentionnelle, lorsque son attention n’est pas tournée vers une perception extérieure à lui-même ? Que reste-t-il lorsqu’il n’y a plus rien de connu?
L’interrogation la tourmente. Depuis des jours et des nuits, elle n’est plus la Sandra universitaire, ni la citadine, elle n’écrit plus, ne reçoit aucun regard associé à un de ses rôles sinon celui de la femme qui attend, les soins qu’elle apporte à son corps se sont considérablement réduits, elle a perdu quasiment tout ce qui constituait l’établissement de la reconnaissance sociale, tous les éléments sur lesquels elle a construit son image, les liens à autrui ne sont plus les apports constructifs de sa propre citadelle, cette purge forcée l’a vidée insensiblement des poisons accumulés pendant des années et elle réalise à quel point ce regard inquiet vers la radio muette n’est qu’un arrachement d’elle-même, une emprise maladive, une extériorité chronique qui la maintient dans un espace où elle n’est rien d’autre qu’un témoin d’elle-même. Cette conscience réfléchie qui réalise qu’elle a besoin d’un support pour prendre forme, n’est pas la conscience de soi. Elle n’est qu’une version fabriquée par une intention. Elle sait qu’elle a goûté à autre chose lorsqu’elle marchait. Que les horizons dégagés par l’absence de projet la plongeaient en elle-même, que la connaissance de soi devenait possible sitôt que s’évanouissait la conscience établie. A travers l’identification à ses rôles, à ses personnages, à ses jugements, à ses perceptions fabriquées, à ses visions réfléchies, à ses volontés de reconnaissance, à ses vigilances anthropophages.
Mourir à soi-même pour renaître. Elle sait qu’elle n’a jamais été aussi proche d’une compréhension totale de l’expression. Cet égo qu’elle a cru être elle-même devient ce qu’il est, un patchwork infini de pensées qui s’est persuadé lui-même que le tissu est plus important que l’entité qu’il couvre, que l’enveloppe a plus d’importance que le courrier qu’elle transporte. Mais cette présence qu’elle devine désormais sous les oripeaux qui se déchirent, elle voudrait pouvoir la saisir, l’étreindre et ne plus jamais l’égarer, ne plus jamais l’étouffer, la laisser à l’air libre.
Elle sait désormais ce qui va constituer le reste de son existence. Elle se corrige en réalisant qu’elle ne répond pas à une volonté propre mais à la vie elle-même. Les volontés ne sont jamais que des détournements de l’égo.
« Laisse la vie te vivre comme elle l’entend ».
Elle se répète la phrase avec un sourire délicat, un regard tendre, un sentiment d’amour inconditionnel.
L’abandon du moi est la source du Soi. "
Je repensais à ces instants intemporels, dans la falaise, lorsque Nathalie et moi, nous tentions de sauver notre peau. (Blog, texte "Délivrance")
Je grimpais sur des prises infimes qui se révélaient sous mes yeux, je trouvais intuitivement le geste à accomplir, comment maintenir l'équilibre, où enlever la terre pour trouver un bout de roche, gratter pour dénicher une racine...Je n'avais aucune pensée durable, juste des flashs instinctifs. Une force phénoménale, aucune intention autre que de rester ancré au-dessus du vide. L'instant présent.
J'essaie de préserver cette énergie fabuleuse, de la retrouver dans les actes quotidiens, de m'impliquer totalement dans tout ce que je fais, un repas, ranger le garage, corriger les cahiers de mes élèves, aimer Nathalie, chérir mes enfants, contempler la nature. Chaque acte.
Il m'était difficile autrefois d'y parvenir concernant les pensées. Comme si le mental possédait une vie propre, une autonomie que je ne parvenais pas à contrôler, comme s'il ne s'agissait que d'un moi indépendant, insoumis et non ce Soi unifié qui m'a tellement bouleversé...Cette sensation nauséeuse de n'être intérieurement qu'un tourbillon anarchique de pensées ingérables, je m'efforçais de m'en libérer.
Il a suffi que j'accepte de cesser de lutter, que j'accepte leurs présences importunes pour qu'elles s'estompent. Il ne s'agissait pas de lutter mais de rompre les résistances, de baisser la garde. Il n'y avait pas d'autre danger que celui que j'imaginais. La peur entraînant l'apparition de nouvelles peurs...Etrange phénomène. A vouloir maîtriser, je perdais le fil essentiel.
Dans la falaise, il n'y avait pas de place pour la peur. Juste la nécessité de l'action.
Si je cesse d'avoir peur de mes pensées insoumises, elles s'effacent comme par épuisement, comme si le désintérêt pour leur présence les liquéfiait. De la même façon que je n'avais pas peur de tomber lorsque je me déplaçais parce que l'action était si intense que l'imagination était figée, en laissant passer en moi les pensées fugitives, je n'ai pas besoin de créer une pensée défensive...Et en regardant s'effriter cette défense, laisser la peur s'installer. Etrange phénomène.
Je suis là, je m'installe dans l'action, j'écris, mes pensées me tiennent au-dessus du vide, il n'y a rien d'autre que cette nécessité d'écrire, rien d'autre n'a d'importance, c'est une situation de survie et si une pensée rebelle s'interpose, je la regarde passer comme un éclair fugace, je ne la scrute pas, je ne me fixe pas sur elle, je n'ai aucune colère contre elle, elle ne me dérange pas, elle n'est qu'un battement de paupières, un papillon éphémère qui volète et disparaît dans la brume épaisse des pensées éteintes.
Je suis là. -
Conscience et destin. (spiritualité/conscience)
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/12/2009
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"Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous la forme du destin."
Carl Gustav Jung
Un choc énorme en lisant cette phrase. Car je ne la vois pas dans une temporalité limitée à une vie mais à une succession de vies. Je suppose d'ailleurs qu'il en était de même pour Jung étant donné ces divers écrits.
Alors, qu'en est-il ? Comment prendre "conscience" de ce que notre inconscient contient si ce mystère en restant irrésolu nous ramène à l'incorporation ?
J'ai essayé "le rêve éveillé" sans y trouver le moindre intérêt. Le fait d'être "guidé" m'est apparu comme une déviance, une manipulation et je suis incapable de certifier que ce qui m'est "apparu" me concernait réellement. Est-ce que je dois essayer l'hypnose, la méditation, les hallucinogènes ?...
J'ai l'impression que l'écriture répond à cette nécessité avec davantage de force. Mais alors que j'avais l'intention d'écrire un thriller, je m'aperçois que cette écriture purement fictive me laisse inerte. J'ai établi tout le synopsis et je reste figé devant l'écran. Comme si une intuition venait me dire que je n'avais rien à trouver dans cette voie, que l'écriture, pour moi, ne peut pas s'égarer dans une dimension ludique... Je n'ai pas le choix.
Que ce soit "Vertiges", "Plénitude de l'unité", Une étrange lumière", "Noirceur des cimes" ou "Les Eveillés", je n'ai jamais pu me détacher de ce que je porte. Est-ce qu'il s'agit d'une voie vers mon inconscient ? J'ai appris bien plus sur moi-même et sur les autres en écrivant "Les Eveillés" qu'en lisant des dizaines de livres.
Vers où dois-je aller désormais ?
Est-ce que les gens avec lesquels j'ai établi des contacts spirituels, et non quotidiens, doivent être des "personnages" de romans afin que je trouve à travers leurs existences et les drames qui les jalonnent les éclaircissements et les révélations dont ma conscience a besoin ?
Lorsque je m'engage vers un sommet, lorsque je cherche à lire un itinéraire, à décrypter les faiblesses du relief afin de me hisser vers les hauteurs, je connais mon objectif et je peux adapter mon parcours, gérer mes forces, changer de cheminement, je sais où je veux aller, je sais à peu près comment m'y prendre.
Mais dans le cas de mon inconscient, je ne sais pas ce qu'il contient. Je ne peux même pas avoir d'objectifs, il n'y a aucune balise, je peux même me dire que je m'intéresse à un espace qui n'existe même pas... Comment établir un projet, une démarche, un horizon ? Il n'y a rien de palpable, de matériel, ni même d'intellectuel, c'est un gouffre sans fond ou un univers sans bornes...
Krishnamurti, Aurobindo ou Jung ont exploré ces espaces. Ils ont établi un contact, cheminé pendant des années, extirpé des tréfonds la quintessence de leur être. Il s'agissait d'individus extraordinaires.
Et moi ? Comment est-ce que je m'en sors ? Faudra t-il recommencer ? Reprendre la tâche inachevée ? -
Education, instruction.
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/12/2009
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Doit-on s'en tenir à l'instruction ou doit-on prendre en charge également l'éducation?
Pour ma part, la réponse est évidente. Sans éducation l'instruction est impossible. Il ne s'agirait que d'un intérêt pour le contenu et pas le contenant. J'entends par "éducation" non pas l'adhésion à une morale mais l'ouverture de l'humain à des notions spirituelles. L'instruction se limite à l'instruction d'un savoir. Pas nécessairement d'un savoir être. On peut être instruit et totalement inapte à la vie. L'éducation suppose une connaissance de soi, une conscience de la vie dans ce qu'elle a de plus profond. L'éducation doit promouvoir le développement de l'individu, un être sensible, intelligent, cultivé, respectueux, ouvert, critique et auto-critique, responsable, aimant, contemplatif et déterminé. Un être engagé et non passif. Celui qui reçoit de l'instruction est un être passif que l'on remplit. Mais dont le vide intérieur est un gouffre gigantesque quand son mental se complaît dans le gavage.
Je n'aime pas ce que l'école propose aux enfants. S'il ne s'agit que d'instruction, je ne suis qu'un subordonné aux mains d'un despote. Je ne veux pas formater, je ne veux pas de statistiques, pas de graphiques, pas de remédiations dès lors qu'on laisse croire que cela suffit à éveiller l'individu.
Je pense que l'enseignant est avant tout un éducateur, "un passeur de sens", comme le dit René Barbier. L'éducateur est en premier lieu celui qui "est" ce qu'il propose de transmettre. Il ne s'agit pas de leurrer l'auditoire, ça serait un mensonge inacceptable. L'enseignant est celui qui met toute sa passion, son énergie, son enthousisame, sa joie de connaître et de "vivre" ses connaissances au service des enfants. Il est impossible de délivrer un message, quelqu'il soit, s'il n'y a pas de messager. Et il ne s'agit pas d'être simplement un facteur. Mais un éveilleur. La meilleure évaluation se trouve au fond des yeux des enfants. Qu'ils soient brillants d'ardeur et la mission est menée. Le reste suivra. Peu importe le temps que ça prendra. Il convient de respecter les rythmes de chacun. Ce qui compte, c'est que le brasier soit allumé. Chaque individu y apportera le combustible nécessaire en fonction de ses désirs, de ses forces. Il n'y a pas de technique, il n'y a que l'énergie. Et l'Amour.
Selon l'étymologie, l'éducation signifie "nourrir" par le latin "educare" et également "conduire hors de" par une seconde version, "educere".
Il n'est pas difficile de comprendre qu'il ne s'agit pas de gaver mais bien d'apporter les éléments et les ressources favorables à une auto-suffisance..."Donne-moi un poisson et j'aurai à manger aujourd'hui. Apprends-moi à pêcher et j'aurai à manger toute ma vie." Il ne faut pas oublier d'apprendre à connaître et à aimer le poisson. Ca évite le pillage...
Dans l'idée de conduire l'individu "hors de", j'entends par là la nécessité d'extraire l'individu de son petit moi, de sa suffisance ou de son hébétude, de sa léthargie, de sa complaisance envers lui-même, de ses conditionnements, de ses formatages, de ses abandons, de ses hallucinations...Si l'instruction scolaire entretient, développe, favorise cet embrigadement, elle va à l'encontre de l'homme pour ne s'occuper que du citoyen...Mais le citoyen est manipulable, il croit et se satisfait des "nourritures " qu'il reçoit. Juste des farines animales dont il se délecte au point de jalouser celles du voisin...Consternant. Et magistralement entretenu par les masses opaques du pouvoir. Pas les politiciens, ceux-là ne sont que des marionnettes infatuées. Le pouvoir est aux mains de ceux qui ne se montrent pas, ceux qui possèdent les richesses, ceux qui manipulent les marionnettes. Toutes les marionnettes...
Si l'instruction est destinée à forger des esprits martelés et cadenassés afin que ces individus s'engagent dans une vie sociale légiférée, réglementée et qu'ils s'en satisfassent, alors c'est que l'éducation est morte. Car l'éducation est sans fin. Elle est toujours ce brasier qui ne s'éteindra qu'à la mort. Cette idée répétée aux enfants qu'ils doivent aller à l'école pour avoir un bon métier est une abomination.
Lorsque des enseignants se contentent de recevoir une "formation continue" et s'imaginent dès lors évoluer favorablement parce qu'ils sont au courant des dernières techniques d'apprentissage, ils ne sont que des vaches à lait adorant leur avoine et la main condescendante du fermier qui les trait...
J'avais lu il y a quelques temps que Jacques Salomé avait demandé à intervenir dans une IUFM et que ça avait été refusé par le ministère. Pas question de faire réfléchir les masses enseignantes. Il faut leur apprendre à faire passer des évaluations...Parce que l'impact dans le grand public est très positif...Il faut entretenir une image 'grand public"... En vue des prochaines élections...
Enfin, bon, tout ça, c'est de la politique. Parce que l'instruction est politique.
L'éducation, quant à elle, s'intéresse à l'homme.Krishnamurti.
" Je me demande si nous nous sommes jamais posé la question du sens de l'éducation. pourquoi va-t-on à l'école, pourquoi étudie t-on diverses matières, pourquoi passe t-on des examens, pourquoi cette compétion pour l'obtention de meilleures notes?
Que signifie cette prétendue éducation et quels en sont les enjeux?
c'est une question capitale, non seulement pour les élèves, mais aussi pour les parents, les professeurs, et pour tous ceux qui aiment cette terre où nous vivons.
Pourquoi nous soumettons nous à cette épreuve qu'est l'éducation...
... la fonction de l'éducation n'est-elle pas plutôt de nous préparer, tant que nous sommes jeunes, à comprendre le processus global de l'existence?
... Assurément la vie ne se résume pas à un travail, un métier; la vie est une chose extraordinaire, un grand mystère, ample et profond, un vaste royaume au sein duquel nous fonctionnons en tant qu'êtres humains..."
" C'est pourquoi il est d'une grande importance que nous soyons éduqués de façon authentique- sans être etouffés par la tradition, sans tomber dans le destin tout tracé d'un groupe racial, culturel ou familial particulier, sans devenir des êtres mécanisés en marche vers une fin déterminée.
Celui qui comprend l'ensemble de ce processus, qui rompt avec lui et qui fait front tout seul,- cet homme là est le moteur de son propre élan..."
Krishnamurti
Le Sens du Bonheur: Chapitre I) l'Education Chap XIII) Egalité et liberté -
La quête.
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/12/2009
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Toute mon expérience est centrée sur moi-même. Je suis celui par lequel tout ce qui vient à moi est reçu, analysé, commenté, rejeté, détesté, magnifié, adoré...Ce moi qui perçoit est au centre. Tout du moins, c'est l'impression qu'il donne. Je me demande si finalement, ce moi serait ce qui m'appartient le moins, une entité constituée de multiples fragments, parfois éparpillés au vent des conditions de vie. Lorsque je sais que quelqu'un pense du mal de moi, je suis en quelque sorte "relié" à cette personne, je me laisse emporter par les pensées générées par cette crise. De la même façon lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui m'aime. C'est à partir du moi que j'entre en relation avec le monde. Je vais donc m'astreindre à confirmer l'existence de ce moi en accumulant des fragments à partir desquelles je pourrais sculpter l'identification dont le moi a besoin pour exister. On devine le piège... Quelle est la réalité de ce moi sitôt qu'il prend forme à travers des pièces diverses qu'il ne maîtrise pas ? Juste un amalgame hétéroclite, comme des pièces de puzzle qui chercheraient à s'emboîter sans même connaître l'image finale. On travaille à l'envers... L'énergie dispensée pour élaborer cette image est pourtant phénoménale. Je vais accumuler et protéger "mes" objets, "mes" relations, mes "connaissances", "mes" pratiques spirituelles, "mes" amours...Tout cela créé un attachement grâce auquel je pense pouvoir donner de la valeur à mon existence. J'appartiens à mes attachements et je m'en glorifie... Il va falloir en plus que je protège mon territoire, "mes" possessions. Je vais devoir lutter contre ceux qui s'opposent à mes droits. Je chercherai sans doute à intégrer un groupe qui me ressemble et qui pourra me défendre. Les corporatismes s'installent, de puissantes images qui me ravissent...
Je vais connaître la peur aussi. C'est inévitable. La peur qu'on me vole mon identification ou qu'on ne la reconnaisse pas, que je sois rejeté ou incompris. J'entrerai en confrontation avec ceux qui ne me reconnaissent pas ou qui défendent leur image. La colère se nourrira de ma peur. Attachement, aversion, colère, peur, réjouissance, reconnaissance, insatisfaction, désillusion, amour, joie, peine, l'écheveau infini de la dualité.
Il se peut qu'un jour, pour une raison connue ou pas, je prendrai conscience de ces tourments insurmontables. Une illumination, un choc, une révélation, quelque chose d'incompréhensible pour la raison mais qui me bouleversera au-delà du connu. J'entrerai peut-être dans une nouvelle dimension, ça sera long évidemment, douloureux sans doute mais je sentirai pourtant que c'est mon chemin. J'aurai l'impression d'être entré dans la "quête". Comme un désir de plénitude.
Alors je chercherai à préserver cette plénitude, à l'accroître même, et dès lors se mettra en place une nouvelle identification. D'autres "agrégats". Juste d'autres perceptions, d'autres sensations, d'autres pensées, d'autres réflexions...J'arriverai peu à peu à identifier mes conditionnements, tout ce qui mène ma vie et ce petit moi que je vénérais. Mais l'insatisfaction liée à l'intention de plénitude me plongera immanquablement dans la désillusion et je reconnaitrais un jour des fragments d'une vie passée.
J'aurai juste changé ma façon de regarder les pièces du puzzle éparpillées.La "quête" n'aura été qu'une illusion, une machination du moi qui se sera finalement révélé le plus malin... Il sera toujours le maître des lieux. D'ailleurs, il me suffira de regarder le groupe auquel j'aurai adhéré dans ma "nouvelle" conscience. Juste une autre forme d'identification. Une autre étiquette. Plus belle à mes yeux. Aux yeux de mon orgueil.
La quête est une illusion. Une tromperie du moi qui se joue de tout. Je n'ai rien à chercher. Tout est déjà là mais en le cherchant, je m'en éloigne. Le moi, je le reconnais, je connais ses fonctionnements complexes mais je n'ai pas à le craindre. Il est là, en "moi" et je suis en lui. Et ce moi relié au je n'a pas besoin de quête puisque tout est là.
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NOIRCEUR DES CIMES : Le corps, l'âme, l'esprit.
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/12/2009
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En Occident, l'individu est constitué d'un corps physique et d'une âme (psyché) alors que dans la vision orientale, l'individu est ternaire : un corps, une âme et un esprit.
Dans la conception occidentale, la personne correspond au "moi" individualisé. En se développant, celui-ci devient un sujet égocentrique et séparé du monde, il est identifié, reconnaissable par les autres et par lui-même...
Max Weber a montré à quel point l'homme est identifié aux normes légitimées, sociales, religieuses, culturelles...
Jung proposait à l'homme de prendre conscience de ces identifications, de tous les masques qu'il adopte.
Les philosophies orientales reposent également sur cette vision de l'homme qui s'identifie à ce qu'il croit être, à son moi, et qui perd le contact avec son être réel :le Soi.
Le corps est défini comme l'enveloppe de l'homme mais il est aussi le lieu de l'âme. Dans la vision occidentale, nous retrouvons la conception dualiste. Le corps est séparé du psychisme. La médecine s'ouvre lentement à l'idée que la santé psychique peut influer sur la santé physique...C'est long mais on y vient...
La vision orientale du corps est ternaire. Le corps est le lieu de transformation des énergies ; terre, homme, ciel.
Pour Sri Aurobindo, le corps est constitué ainsi :
le corps physique correspond à la survie, aux instincts et aux pulsions.
le corps physiologique assure le fonctionnement des organes.
le corps mental correspond à la fonction intellectuelle et à la construction de l'égo.
Dans la conception d'Aurobindo, le corps mental doit s'ouvrir à l'âme qui doit s'ouvrir à l'esprit. Celui-ci est conscience et énergie pure.
Donc, l'âme ferait partie intégrante du corps mais elle serait aussi le lieu de l'esprit... Le mot âme vient du latin "anima" qui signifie le principe pensant mais surtout "animer". L'âme est ce qui anime le corps et ce qui pense en nous-mêmes.
L'âme, c'est aussi la "psukhê" grecque signifiant l'idée d'un miroir pivotant permettant de se regarder dans toutes les directions et de s'observer complètement.
Elle est à la fois le lieu de la pensée, de l'animation du corps, mais aussi le lieu d'où l'on peut apercevoir si on "oriente" le miroir la lumière de l'esprit...
L'âme est donc l'entité servant de point de jonction entre le corps et l'esprit, pouvant éclairer à la fois l'un et l'autre.
L'esprit peut être compris dans son sens latin "spiritus" qui signifie souffle. Il est, semble-t-il, ce qui donne la vie à l'âme et donc au corps, le souffle de vie qui,lorsqu'il quitte le corps, fait que l'homme meurt. L'esprit est ce qui rattache l'homme à quelque chose de plus "haut" en l'homme et non au-dessus de lui.
Certains, comme les Chrétiens, pensent que l'esprit est une force transcendante provenant de l'extérieur du sujet tandis que d'autres, comme les gnostiques, pensent que la force de l'esprit provient de l'intérieur même de la personne...Vaste débat...
Lors d'expériences psychiques ou/et physiques amenant une "force énergétique" bouleversant tout notre être, nous avons eu l'impression d'être touchée, visitée, ou contactée par cette force que nous pouvons nommer "esprit". Qu'en est-il réellement ? Etait-ce enfoui en nous ou bien est-ce venu de l'extérieur ?
"NOIRCEUR DES CIMES"
Extrait.
« Tu n’es pas au fil des âges un amalgame agité de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe être nourri par la vie divine de l’instant présent. »
L’aura étincelante exhale des paroles qui l’investissent avec douceur. Des myriades de cristaux éclatants scintillent autour de l’apparition et l’enlacent délicatement. Il sent les mots glisser en lui et répandre sur leur trajet des tiédeurs qui le tranquillisent. Il ne distingue aucune forme et pourtant il devine qu’il est observé. Les particules lumineuses coulent en lui comme des nourritures, le soutiennent et le revigorent. Il a l’impression de flotter dans une matrice protectrice et l’énergie qui lui parle résonne dans son esprit comme à travers une cloison moelleuse…Il n’a pas de corps, il n’est qu’une entité vibratoire, palpitant sur un tempo étrange, mystérieux, incommensurable. Etrangement lui vient à l’esprit qu’il n’a même plus d’esprit et que cette pensée n’en est pas une, qu’elle n’a pas de source connue et que l’émetteur habituel a disparu. Ni corps, ni esprit, ni matière, ni intellect mais une certitude de vie.
L’idée le sidère et déclenche dans le bain radieux où il flotte un tourbillon dérangeant, une anxiété perturbatrice, l’intuition inquiétante d’avoir égaré une image précieuse.
Aussitôt, la sensation de froid dans son dos l’arrache à son sommeil. Il ouvre les yeux sur des noirceurs insondables.
Il fait terriblement nuit. L’idée que le monde a disparu le panique. Il cherche la lampe frontale dans le duvet et tourne la mollette. Le faisceau étroit est d’une fragilité qui le désespère. Les flocons dansent encore et couvrent minutieusement son abri, la couverture de survie, son sac, la corde, les piolets sur lesquels il est amarré. Il a froid et perçoit son corps comme un bloc solidifié. Entre son nez et la lèvre supérieure, la peau est brûlante. Il regrette les douceurs oniriques et il tente de retrouver quelques bribes d’images. Il se souvient vaguement de phrases murmurées, d’une lumière étrange, nullement aveuglante et pourtant intense, comme si cette intensité était davantage une forme de sentiment qu’une énergie.
Il sent qu’il n’aurait pas dû avoir peur. Qu’il ne devait pas s’attacher à son image égarée.
Il voudrait retrouver la totalité du message. Quelqu’un lui a parlé. Ou quelque chose. Il n’en a pas de représentation exacte, juste un amalgame de sensations tranquillisantes et simultanément la certitude d’un don merveilleux, d’une confiance accordée. On lui a permis de voir quelque chose de rare.
Il est persuadé d’avoir été en contact avec un mystère qu’il doit saisir. C’est une faveur inestimable qu’il n’a pas le droit d’ignorer. Il maudit les miasmes léthargiques qui limitent sa lucidité puis il réalise aussitôt que cette apathie tenace est un écrin protégeant des lumières. A vouloir retrouver d’illusoires capacités intellectuelles, à vouloir comprendre à travers la vitre trompeuse de ses certitudes passées et de ses sens limités, il devine une erreur.
La réalité s’établit-elle dans le champ présent de cette conscience connue ou l’Univers qui vient de se dévoiler recèle-t-il un monde véritable ?
« Suis-je entrain de me souvenir d’un rêve ou bien ce rêve était-il la réalité qui m’a toujours échappé, suis-je revenu dans un monde illusoire, une imposture monumentale ? »
Le questionnement le sidère. Il n’a aucun souvenir de telles interrogations. Il a même du mal à croire que son esprit puisse élaborer de telles hypothèses. Cette intuition que le monde aperçu contenait davantage de vérités que celui dans lequel il souffre actuellement est une probabilité qui l’attire et son inclination à adhérer à ce raisonnement le bouleverse tout autant. Il se corrige en pensant d’ailleurs qu’il ne s’agit pas d’un raisonnement. Mais d’un ressenti. Sa raison s’efforce au contraire de rétablir des conclusions antérieures. Elle fait partie du mensonge. Elle est le ciment qui scelle les murs de la geôle, un élément majeur de l’embrigadement. Ici, une tentative d’évasion lui est proposée.
Jusqu’à ce jour, le cerveau, formé par l’éducation et la dictature d’une vision faiblement humaine, lui a servi à renforcer l’expérience restrictive de la raison. Il sent désormais qu’il doit trancher les tuteurs contre lesquels il s’est enchaîné en acceptant ce fonctionnement négligeable mais qui l’a puissamment endoctriné, l’a inscrit dans le moule carcéral d’une humanité dictatoriale. La perception d’un espace épuré des manifestations communes à tous les êtres humains le ramène vers l’aura qui l’a accueilli dans son rêve. Ou dans cette autre réalité qui l’a touché. Il ne perçoit pas ce ressenti étrange à travers ses cinq sens, mais à l’aide d’une conscience neuve, d’une compréhension atypique à laquelle il s’abandonne avec béatitude, avec un profond apaisement. Cette vision extatique d’une lumière protectrice, matricielle, emplie d’une vérité supérieure, le ravit et le tranquillise tout en insufflant en lui un enthousiasme régénérateur.
Sa vision s’élève au-dessus de la carapace ramassée dans son trou de neige et une immense compassion pour cet être épuisé l’inonde. Il sent qu’il ne s’agit pas de son imagination mais bien d’une partie intime de lui qui l’observe. Il s’est scindé mais il n’a pas peur. Sans qu’aucun mot ne se forme, il sait, avec une certitude absolue, qu’il s’agit d’un privilège.
Il flotte au-dessus de lui, tout du moins, une entité de lui-même, et il ne peut voir dans cet observateur qu’un esprit libéré de son enceinte de chair. Ce n’est pas l’image de cette existence en sursis qui le touche mais l’apparition merveilleuse de cette onde vitale qui palpite dans la matière recroquevillée. N’importe qui verrait dans ce corps misérable, dans cette extrême infortune, cette solitude désespérante, les prémices d’une mort certaine. Lui ne perçoit que la force de vie coulant de l’Univers et le nourrissant. Ce n’est pas son cœur qui bat mais la Vie qui l’alimente, ce n’est pas son sang qui circule mais le courant qui l’anime. Rien n’est à lui, tout lui est offert. C’est un don merveilleux dont il n’avait jamais pris conscience. Et il devine aussitôt que ce mot ne convient pas. Il en faudrait un autre. Il pense à la lucidité, à la clairvoyance. Sa conscience s’est effacée. Il n’est pas dans un état connu et les anciens mots sont insignifiants. Il sait qu’il ne peut plus être privé de ce contact sublime, que la réalité est en lui, que le halo lumineux s’est inscrit à tout jamais dans son esprit éveillé. Son esprit…Lui revient en mémoire une image du rêve, une pensée, quelque chose qu’il ne sait nommer…Ni corps, ni esprit mais la certitude de la vie…Ni esprit…Ni esprit…Il ne parvient pas à imaginer que tout ce qu’il perçoit puisse être capté par une autre entité que cet esprit mais ils ne parvient même pas à l’imaginer clairement, à l’identifier, à l’analyser, le décrire. Il ne s’agit pas de sa raison, ni de son intellect ou de son mental. Ne lui reste dès lors que l’esprit. Une distinction s’impose soudainement. Ce qu’il reçoit est capté par son esprit mais l’Ame qui l’a effleuré est à la dimension de l’Univers. L’esprit est humain, l’Ame vibre dans le Tout. Cette Ame l’a investi et son esprit s’est retiré devant la beauté du contact. Il s’est mêlé au Tout ou plutôt il a enfin saisi au plus profond de ses fibres son appartenance… Oui, il tient la solution, elle coule en lui comme une lave revitalisante. Il est une particule de l’Ame, un fragment du Tout, un élément infime, une image participant à la multitude dans une unité indivisible. Pendant des années d’errance, son égo l’a gonflé de suffisance, l’a gavé de prétention, aspirant follement dans la raison humaine les ingrédients empoisonnés de l’hallucination collective dans laquelle il s’est égaré. Ici, sa propre conscience s’est évaporée devant celle de l’Ame. Et la vérité est apparue.
L’Ame…De qui, de quoi ? Quelle importance ! Il n’en sait rien puisque rien de connu ne lui est proposé. Il n’a aucun repère, aucune connaissance, aucune limitation humaine. Et il ne cherche pas à traduire par sa raison ce qui lui est donné. Il ne veut plus des murs de la geôle. Il est dans l’abandon, l’accueil, l’osmose.
L’osmose. Le mot lui est apparu avec une splendeur indéfinissable, une joie qui le bouleverse.
Il est heureux.
Dans l’antre éclairé de son esprit, il sent grandir un embryon magnifique. -
Intemporel.
- Par Thierry LEDRU
- Le 23/12/2009
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Cet été, j'ai fait mon premier vol biplace en parapente. Très impressionnant. On n'imagine pas quand on les regarde d'en bas à quel point ça peut brasser quand on monte de 7 mètres par seconde dans une thermique... Il vaut mieux ne pas avoir chargé l'estomac avant...
Mais là n'est pas l'essentiel.
Pour rejoindre le décollage, tous les participants prennent une navette, un mini-bus de neuf places. Douze kilomètres de montée sur une route sinueuse et étroite. Je me suis assis sur la banquette du fond aux côtés de mon plus jeune garçon et de son amoureuse. Tous les autres passagers étaient des adultes. Les gens parlaient entre eux pendant que les deux ados à mes côtés se câlinaient en se regardant dans le fond des yeux.
Sans rien fixer de précis, les yeux envahis par les immensités et les couleurs des montagnes, je regardais rêveusement le paysage par la fenêtre et j'écoutais d'une oreille distraite les quelques échanges qui me parvenaient : des vols merveilleux au-dessus des montagnes, une nouvelle voile performante, la prochaine compétition, un nouveau site à découvrir, des voyages, un accident... Des discussions de passionnés à d'autres passionnés.
A la sortie d'un virage dans lequel je trouvais que le conducteur était passé très près du fossé, j'ai senti que je n'étais pas là.
Une impression indéfinissable. Soudaine. Un vide étrange, comme si je n'existais pas. Je sentais bien que quelque chose était là puisque "je" voyais le paysage, que j'entendais les discussions, que je me faisais des remarques sur le conducteur... Mais je ne parvenais pas à avoir une image de celui qui vivait tout ça, comme si le récepteur de ces impressions n'était pas réel, comme s'il ne s'agissait que d'un rêve et que je n'étais même pas le rêveur.
Je n'arrivais pas non plus à me situer parmi tous les passagers. Je savais très bien que je n'étais pas comme les deux ados à mes côtés mais je ne pouvais pas non plus m'identifier aux adultes présents. Je n'étais pas parmi eux en tant qu'individu reconnaissable, je ne pouvais pas établir à travers leurs regards la consistance de mon être, je ne pouvais pas prendre forme en me nourrissant de leurs attentions, tout ça n'était qu'un mirage.
Je n'avais pas d'âge. J'essayais de visualiser mon visage et je n'en avais aucune image nette, comme s'il me fallait nécessairement un miroir pour pouvoir "matérialiser" cette entité pensante qui s'interrogeait sur son existence.
Un sentiment très étrange.
Intemporel.
Une désidentification totale, brutale, comme un vide incommensurable en moi et pourtant une absence totale de peur, aucune interrogation, aucune inquiétude ou tentative de rappel, de réveil ou je ne sais quelle réaction de survie...Je me suis laissé partir.
La montée était longue.
Je me suis souvenu de toutes ces impressions particulières, dans différentes situations, cette inexplicable sensation de n'avoir pas d'âge, de ne pas faire partie intégrante du groupe de gens, une impossibilité d'exister dans cette activité sociale, comme si au-delà des regards que je pouvais recevoir, des paroles qu'on pouvait me proposer, des idées mêmes qu'on pouvait m'attribuer, qu'au-delà de ce foisonnement d'émotions il n'y avait rien...
Des plongées abyssales dans un néant de plénitude, une abolition totale de toute appartenance intérieure. Les images reçues de l'extérieur n'avaient aucune réalité. Et rien n'était là pour recevoir cette sensation d'inexistence. Impossible de décrypter l'entité. Je n'étais rien, qu'un vide animé par une palpitation inommée. L'idée soudaine que ce vide en moi contenait en fait la source même de la vie, de cette vibration inexpliquée, de la cohésion des cellules, l'aimantation des molécules. La seule réalité. J'ai vu là, dans ce noir d'univers opaque et stable une absorption irrémédiable de toutes les images inhérentes à mon être social, comme un trou noir engloutissant un conglomérat disloqué de matières recyclables...
Je n'ai rien cherché à maintenir. D'alleurs, je ne maîtrisais rien, il n'y avait rien de volontaire, ni de construit, ni d'intentionnel, comme une marée cosmique qui emportait les résidus éparpillés d'un moi illusoire.
C'est l'arrêt brutal du fourgon au bout de la piste qui m'a ranimé en me plongeant de nouveau dans le "sommeil".
Je suis allé voler avec mon moniteur, sous une grande voile rouge dont je voyais l'ombre avancer sur la cîme des arbres.