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  • Les lynx

    Une rencontre magnifique. 

     

    RÉCIT. "En compagnie de six lynx, dans les secrets des bois, j'ai vécu cinq jours exceptionnels"

     

    Publié le 07/05/2022 à 08h00

    Écrit par Jean-Stéphane Maurice

    Ce cliché restera pour la photographe un moment absolument bouleversant d'émotion. Le père de famille est venu présenter ses trois petits très curieux. Totalement immobile, ce sont eux qui sont venus vers elle, preuve d'une totale acceptation de sa discrète présence.

    Ce cliché restera pour la photographe un moment absolument bouleversant d'émotion. Le père de famille est venu présenter ses trois petits très curieux. Totalement immobile, ce sont eux qui sont venus vers elle, preuve d'une totale acceptation de sa discrète présence. • © Véronique Frochot

    Haut-Jura

    Jura

    Haut-Doubs

    Doubs

    Franche-Comté

    Bourgogne-Franche-Comté

    C'est une histoire magnifique qu'a vécu Véronique Frochot, photographe naturaliste en Franche-Comté. Lors d'une de ses balades matinales en forêt, elle est tombée par le plus grand des hasards sur une famille de lynx. Après avoir rencontré un couple totalement paisible, elle était loin d'imaginer qu'elle pourrait les revoir durant près d'une semaine. Le moment le plus intense en émotion a été pour elle la présentation de trois jeunes par les adultes. Un moment rarissime réalisé dans le plus grand respect de l'animal.

    Durant plusieurs semaines, Véronique Frochot n'a pas voulu évoquer cette magnifique rencontre qui l'a marqué à jamais. Une partie d'elle avait besoin de savourer l'instant, de le comprendre, de redescendre de sa forêt qui était devenue pour elle comme un lieu enchanté. Sa crainte a aussi été qu'on ne la croit pas, malgré ses nombreux clichés, ou qu'elle soit jugée par des gens qui ne connaissent pas l'animal mais qui pensent savoir. Finalement, pour tous les amoureux de la nature qui sont fiers d'avoir le lynx comme symbole de notre région, elle a accepté de confier son récit à Naturae, la page dédiée à la nature et à la faune sauvage de France 3 Franche-Comté.

    Pour cette photographe très discrète, se confondre avec la nature environnante est primordial pour observer la faune sauvage.

    Pour cette photographe très discrète, se confondre avec la nature environnante est primordial pour observer la faune sauvage. • © Jean-Stéphane Maurice - Naturae France Télévisions

    Originaire de Dijon, Véronique Frochot a toujours vécu en communion avec la nature. Dès son plus jeune âge, ses parents lui ont inculqué ce respect de la forêt et de ses habitants comme les majestueux cervidés. Après avoir pratiqué la peinture, elle découvre la photographie qui lui permet de sortir de son atelier. Une passion qui ne la quitte plus.

    Jour 1 : la rencontre avec un couple de lynx dans le massif du Jura

    L'hiver est encore bien présent dans le massif du Jura perdu dans les lueurs de brume. Comme la plupart des matins du monde, Véronique part à la rencontre d'une nature encore endormie dans la pénombre d'une fine pluie. Comme à chacune de ses sorties, la photographe ne cherche rien. Elle espère juste une rencontre. Une biche, un renard, une chouette chevêchette feraient son bonheur. Forcément, elle a conscience qu'elle pourrait comme l'an dernier rencontrer un lynx, mais elle se refuse à ce que cela devienne pour elle une quête, ou un objet de convoitise. Elle laisse une place au hasard et à la découverte. Pourtant, elle ne se doute pas que ce matin-là, sa vie de photographe naturaliste va être bouleversée, au détour d'un chemin.

    La première vision de la photographe est un lynx qui se tient dos à elle.

    La première vision de la photographe est un lynx qui se tient dos à elle. • © Véronique Frochot

    Alors que je monte tranquillement par un sentier l'esprit perdu à contempler cette beauté, je relève la tête et j'aperçois une silhouette de dos qui se glisse derrière un rocher. La vision fut très furtive, mais je sens mon cœur s'accélérer.

    Véronique Frochot, photographe naturaliste

    "À pas feutrés, je contourne la butte afin de voir si je n'ai pas rêvé. Dans le plus grand silence, mon regard croise celui d'un lynx. Mes yeux ne m'avaient pas trahi et une profonde émotion m'envahit. Je réalise alors que ce n'est pas un lynx, mais deux qui se tiennent tranquillement devant moi. Un mâle et une femelle en aucun cas dérangés par ma présence" raconte avec encore beaucoup d'émotion la photographe. 

    Le couple de lynx reste une trentaine de minutes avec la photographe. Un moment fort en émotions.

    Le couple de lynx reste une trentaine de minutes avec la photographe. Un moment fort en émotions. • © Véronique Frochot

    Rencontrer un lynx reste une émotion indescriptible pour une amoureuse de la nature.  Alors, lorsque deux adultes se tiennent devant elle, ce sont beaucoup de larmes de joie qui coulent le long du tissu qui camoufle son visage.

    " Après une trentaine de minutes en leur compagnie, le mâle se lève pour quitter la scène où m'a été offert un magnifique spectacle.  La lynxette me regarde, mais entre lui et moi, son choix est vite fait. Je sais que je suis très chanceuse, mais j'ai tout de même un peu de frustration. J'aurais aimé que cela dure plus longtemps, et même si je sais que je ne les ai pas dérangés, je préfère toujours partir que de les regarder partir".  Véronique est radieuse en finissant le récit de cette première journée. Elle est certaine que c'est la femelle qu'elle a déjà observée l'an passé. C'était pour elle comme des retrouvailles, mais elle ne se doutait pas à ce moment-là, qu'il y aurait une suite.  

    Jour 2 : "Des petites têtes me regardent avec curiosité sur leur rocher"

    Le lendemain de cette merveilleuse rencontre, Véronique décide, sans trop y croire, de retourner au même endroit. Quoiqu'il arrive, elle revivra en souvenir cet instant partagé. Car croiser le seigneur de nos forêts n'arrive pas tous les jours, surtout s'ils sont deux.  

    "Après 30 minutes de marche, je retrouve cet endroit qui m'est devenu familier. Je scrute la scène où s'est joué le premier acte. C'est à peine croyable ! Je réalise que deux petites têtes me regardent avec curiosité sur leur rocher. Ce sont à nouveau des larmes d'émotion qui m'envahissent. Délicatement, je m'allonge au sol et sans les déranger, je commence à prendre quelques clichés. Tout à coup, une silhouette allongée dans les feuilles bouge la tête. Naturellement camouflée, je n'avais même pas remarqué ce lynx adulte tellement il était discret à dormir sans aucune crainte" souligne Véronique.

    Aucunement dérangé par la présence de la photographe, le lynx se repose en toute quiétude.

    Aucunement dérangé par la présence de la photographe, le lynx se repose en toute quiétude. • © Véronique Frochot

    Je découvre avec étonnement que les petits lynx sont accompagnés de leur père.

    Véronique Frochot, photographe naturaliste

    Les gestes affectueux et les frottements de tête ne laissent que peu de doutes sur les liens familiaux qui les unissent. Mais pourtant, les surprises ne s'arrêtent pas là. Tapis dans la végétation, avec son appareil photo, elle n'ose plus bouger de peur de déranger les petits. "Et là, à ma très grande surprise, je réalise qu'il y a un troisième petit lynx qui me regarde tout aussi intrigué. Le spectacle est d'une grande simplicité, mais il reste pour moi fascinant".

    Les trois jeunes lynx regardent avec curiosité la photographe. Aucune crainte n'est perceptible chez eux.

    Les trois jeunes lynx regardent avec curiosité la photographe. Aucune crainte n'est perceptible chez eux. • © Véronique Frochot

    Cette fratrie de trois petits accompagnés de leur papa a totalement accepté la photographe dans leur environnement. "Je les observe vivre tranquillement leur vie. Les jeunes s'amusent à jouer à cache-cache avec moi. Ils me regardent, disparaissent derrière un rocher et par magie, réapparaissent à coté d'un arbre. À chaque fois, je distingue ce même regard d'ambre fascinant et maquillé d'un liseré blanc qui en accentue l'intensité" se remémore Véronique.

    Le lynx adulte observe la tranquillement la photographe après sa sieste. En aucun cas, il ne montre d'inquiétude. Véronique a le sentiment d'avoir été adoptée et de ne jamais les avoir dérangés.

    Le lynx adulte observe la tranquillement la photographe après sa sieste. En aucun cas, il ne montre d'inquiétude. Véronique a le sentiment d'avoir été adoptée et de ne jamais les avoir dérangés. • © Véronique Frochot

    Mis en confiance par le réveil de leur père, les trois jeunes lynx se montrent alors plus entreprenants. Ils décident de s'approcher de la photographe. À la très grande surprise de Véronique, loin de les en dissuader, le père accompagne ses petits dans ce rapprochement absolument bouleversant. "Les quatre lynx se retrouvent face à moi, sur une magnifique dalle rocheuse recouverte d'une mousse épaisse. Le cadre est sublime, et ils ne sont qu'à une vingtaine de mètres de moi. Ils m'observent et je n'ose plus bouger. Je réalise au bout d'une dizaine de minutes que je fais partie de leur décor et que je ne les dérange absolument pas. Les petits curieux m'ignorent rapidement et retournent à leur vie. Je peux reprendre quelques clichés de cet instant absolument unique" m'explique Véronique, la voix encore pleine d'émotions.

    Tranquillement, les jeunes lynx reprennent leurs occupations. Cependant, ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder régulièrement en direction de la photographe comme pour s'assurer qu'elle était toujours bien là.

    Tranquillement, les jeunes lynx reprennent leurs occupations. Cependant, ils ne peuvent pas s'empêcher de regarder régulièrement en direction de la photographe comme pour s'assurer qu'elle était toujours bien là. • © Véronique Frochot

    Après sept heures au milieu de cette famille, il est temps pour moi de partir.

    Véronique Frochot, photographe naturaliste

    Véronique a déjà rencontré le félin, symbole du massif jurassien. Mais elle n'aurait jamais imaginé vivre ainsi en communion avec quatre individus alors qu'il est si rare d'en croiser, ne serait-ce qu'un seul. "Ces instants partagés ensemble sans aucun soupçon de dérangement ou d'inquiétude de leur part, dépassent très largement ce que j'aurais pu espérer vivre un jour avec un lynx. Je réalise alors que nous sommes ensemble depuis près de sept heures et qu'il est temps pour moi de m'en aller. 

    Je me lève avec d'infinies précautions et leur tourne immédiatement le dos. Je ne veux pas qu'ils croient que je cherche à m'approcher, mais que je quitte la scène de ce spectacle qui restera unique pour moi. Ce choix de les quitter et le plus grand respect que je puisse avoir pour eux après ce qu'ils m'ont donné.

    Durant cette rencontre incroyable, Véronique en profite également pour faire quelques vidéos.

    La photographe entame sa redescente dans la plus grande discrétion. A bonne distance, elle décide de doucement tourner la tête pour s'assurer que son départ se passe bien. Quelle surprise alors pour elle. Les quatre lynx l'observent... comme s'ils étaient déçus de la voir partir. 

    Jour 3 : Une nouvelle journée avec eux, est-ce trop en demander ?

    Après une journée de travail, rien de tel pour Véronique Frochot que de retrouver la nature pour se détendre. Inconsciemment, elle espère une nouvelle rencontre mais elle ne veut pas trop en demander à sa bonne étoile qui l'a déjà très largement gâtée.  Faut-il croire aux miracles lorsqu'on est photographe naturaliste ? Véronique n'est pas loin de le croire. Après 30 minutes de marche, il est là, seul cette fois, à l'attendre sur son rocher. 

    La photographe retrouve le lynx adulte sur son rocher. Il est seul cette fois car le reste de la famille est resté un peu à l'écart.

    La photographe retrouve le lynx adulte sur son rocher. Il est seul cette fois car le reste de la famille est resté un peu à l'écart. • © Véronique Frochot

    Comme à chaque rencontre, Véronique se fige, immobile et s'allonge très lentement au sol afin de se montrer la plus discrète possible. Fondue dans le paysage environnant, elle a ce sentiment étonnant d'invisibilité. Mais le félin, avec son œil de lynx, sait depuis longtemps qu'elle est là. 

    Allongée dans la végétation, la photographe peut se confondre avec une souche d'arbre.

    Allongée dans la végétation, la photographe peut se confondre avec une souche d'arbre. • © Jean-Stéphane Maurice - Naturae France Télévisions

    "La montée de larmes a toujours fait partie de mes rencontres avec les lynx. Je ne veux pas chercher à contrôler ces émotions très fortes. Je réalise alors en photographiant ce magnifique mâle adulte que je ne pleure plus comme les deux premiers jours. Il ne faudrait pas que je m'habitue à ces rencontres qui doivent rester exceptionnelles" explique la photographe.

    Jour 4 : Juste observer et profiter de l'instant

    Pour la quatrième journée de suite, Véronique Frochot reprend la direction de ses lieux d'affûts devenus si exceptionnels pour elle. Elle travaille dans le domaine du bien-être à mi-temps en Suisse. Elle sait combien il est vital pour elle de communier avec la nature chaque jour pour avancer et se sentir équilibrée. Cette sortie en forêt est très agréable, mais elle ne croise aucun animal. Peu importe, la photographe retrouve finalement le chemin d'une certaine normalité et se réjouit de cet instant de sérénité qu'elle vient de vivre après sa journée de travail. Elle se remémore alors tous les instants passés en compagnie de cette famille de lynx.

    Le lynx observe la photographe. Un sentiment de sérénité et de plénitude se dégage de son attitude.

    Le lynx observe la photographe. Un sentiment de sérénité et de plénitude se dégage de son attitude. • © Véronique Frochot

    Sur le chemin du retour, elle aperçoit au loin des silhouettes dans un pierrier. Elle reconnaît immédiatement les trois jeunes lynx. "Cette fois-là, je vais juste profiter des lynx. Les photos n'auraient pas grand intérêt à cause de la distance. Je vais donc me contenter de simplement les regarder et de profiter de l'instant" se souvient la photographe.

    Jour 5 : Un regard avant de partir sans savoir que cela sera le dernier

    De nouveau en balade avec son appareil reflex, la photographe ne veut plus imaginer qu'une rencontre est encore possible. Certes, la veille, elle les a plutôt regardés que photographiés, mais ils étaient bien là, encore une fois. La situation est devenue tellement exceptionnelle pour elle. "Je ne le sais pas encore, mais ce cinquième jour sera celui de la dernière rencontre avec cette famille de lynx. Je retourne en direction du pierrier où, la veille, j'avais vu les jeunes au loin. Stupéfaction ! Cette fois, ils sont beaucoup plus près et accompagnés de leur mère. Celle-ci a les pattes croisées. Mélange d'élégance et de noblesse, elle semble me toiser, pauvre humain que je suis" me raconte Véronique en souriant.

    La mère et ses trois petits (un seul visible sur la photo) profitent des rayons du soleil.

    La mère et ses trois petits (un seul visible sur la photo) profitent des rayons du soleil. • © Véronique Frochot

    Il est maintenant temps pour Véronique Frochot de quitter cette famille qui l'a adoptée. "Un regard avant de partir sans savoir que cela le dernier, mais j'ai vécu des émotions tellement fortes avec ses six lynx durant cinq jours qu'il me semble à peine croyable de pouvoir le raconter. Et si je vous dis six lynx et non pas cinq, c'est parce que j'ai réalisé en observant mes clichés que le mâle rencontré le premier jour avec la femelle n'était pas le même que celui avec les petits" m'explique la photographe. Peut-être un amant égaré dans cette forêt pleine de secrets…

    Une centaine de lynx boréal dans le massif du Jura

    Le massif du Jura est le territoire du lynx boréal. Les spécialistes estiment sa population à une centaine d'individus en France (prés de 200 individus avec la Suisse). C'est le secteur où il est le plus présent en France. On retrouve également quelques lynx dans les Vosges et les Alpes. 

    Le lynx vous voit toujours avant que vous ne le voyiez. Mais rassurez-vous, il n'y a aucun risque d'attaque si vous le croisez lors de vos promenades.

    Le lynx vous voit toujours avant que vous ne le voyiez. Mais rassurez-vous, il n'y a aucun risque d'attaque si vous le croisez lors de vos promenades. • © Véronique Frochot

    Un félin menacé d'extinction en France

    Le premier plan national pour protéger le lynx boréal, disparu en France au début du XXe siècle avant d'être réintroduit, a été publié mi-mars. Il vise à "rétablir l'espèce dans un bon état de conservation". Ce plan national porte sur la période 2022-2026 et vise à mieux protéger le plus grand félin sauvage présent en Europe et qui reste menacé d'extinction en France.

    Saurez-vous retrouver tous les lynx sur cette photo ? Elle illustre parfaitement combien il peut être parfois difficile de les apercevoir.

    Saurez-vous retrouver tous les lynx sur cette photo ? Elle illustre parfaitement combien il peut être parfois difficile de les apercevoir. • © Véronique Frochot

    Le lynx n'est pas un animal farouche quand il croise la route de l'homme. C'est lui qui va décider s'il vous tolère ou non en fonction de son humeur. Il est finalement assez proche du chat dans son caractère. Les lynx sont régulièrement victimes de collision routière, parfois de braconnage. Certains voient dans le prédateur un concurrent simplement parce qu'il se nourrit d'un chevreuil par semaine. Si la population semble stabilisée, elle reste néanmoins très fragile. Le lynx fait la fierté des Jurassiens et il convient à chacun de nous de le protéger. 

  • Jon Hopkins et Ram Dass

     

    J'aime infiniment les compositions de Jon Hopkins et j'aime tout autant les écrits de Ram Dass. 

     

     

    Sit Around The Fire

     

    Beyond all polarities, I am
    Let the judgments and opinions of the mind
    Be judgments and opinions of the mind
    And you exist behind that

    Ah so, ah so
    It's really time for you to see through
    The absurdity of your own predicament
    You aren't who you thought you were
    You just aren't that person

    And in this very lifetime
    You can know it
    Right now
    The real work you have to do
    Is in the privacy of your own heart

    All of the external forms are lovely
    But the real work
    Is your inner connection

    If you're quiet when you meditate
    If you truly open your heart
    Just quiet your mind
    Open your heart
    Quite the mind, open the heart

    How do you quiet the mind? You meditate
    How do you open the heart?
    You start to love that which you can love
    And just keep expanding it

    You love a tree
    You love a river
    You love a leaf
    You love a flower
    You love a cat
    You love a human

    But go deeper and deeper into that love
    'Til you love that
    Which is the source of the light behind all of it
    Behind all of it
    You don't worship the gate
    You go into the inner temple

    Everything in you that you don't need
    You can let go of
    You don't need loneliness
    For you couldn't possibly be alone
    You don't need greed
    Because you already have it all
    You don't need doubt
    Because you already know

    The confusion is saying
    "I don't know"
    But the minute you are quiet
    You find out that in truth you do know
    For in you, you know
    Plane after plane will open to you
    I want to know who I really am

    As if in each of us
    There once was a fire
    And for some of us
    There seem as if there are only ashes now
    But when we dig in the ashes
    We find one ember

    And very gently we fan that ember
    Blow on it, it gets brighter
    And from that ember we rebuild the fire
    Only thing that's important is that ember

    That's what you and I are here to celebrate
    That though we've lived our life totally involved in the world
    We know
    We know that we're of the spirit

    The ember gets stronger
    Flame starts to flicker a bit
    And pretty soon you realize that all we're going to do for eternity
    Is sit around the fire

     

     

     

  • LE DÉSERT DES BARBARES (5)

     

    Page 166/167

    Tristan avait pris son poste de veille à 22 heures. Dans le dernier virage avant l’arrivée sur le plateau. David occupait le deuxième poste cent mètres plus haut. Fusil, cartouches, poignard, cocktail-molotov, radio, thermos, lampe frontale, un duvet.

    L’attente.

    Peut-être rien. Peut-être le pire. La conscience aiguë de la survie du groupe.

    Tristan avait vérifié le fonctionnement de sa radio en appelant David puis il avait installé ses affaires. Tout à portée de main. Il avait laissé le duvet dans son sac. La nuit était douce, ciel étoilé. L’idée de garder une radio dans le hameau pour prévenir d’une attaque avait été abandonnée. Si une attaque avait lieu, les coups de feu suffiraient à réveiller le groupe. Il était préférable que les guetteurs puissent communiquer entre eux. La maison de Sophie et Tristan avait été choisie pour accueillir l’ensemble de la communauté pendant les nuits. Il était essentiel que le groupe soit réactif. Pas de dispersion dans les diverses habitations. Les décisions devaient être immédiates, sans problème de communication. Il avait fallu aménager les pièces, enlever des meubles pour installer des couchages. Quatre couples à loger Martha avait demandé à rester avec Tian et Louna.

    Poste de guet en pierres sèches, au sommet de la pente qui dominait la piste, cinq mètres en contrebas. Pendant la construction, ils s’étaient tous appliqués à penser au confort. Si tant est qu’on pouvait parler ainsi. Des pierres plates en assise et pour le dos, le corps tourné vers la piste. Un châssis en bois supportant deux tôles. Les pluies étaient rares mais souvent intenses. Il s’agissait de tenir quatre heures, aux aguets. Des assaillants viendraient sans doute avec des véhicules, comme chez les Teillard mais ils pouvaient aussi les laisser plus bas et finir à pied. Il fallait rester vigilant, guetter le moindre bruit de pas sur les pierres de la piste, une lampe frontale, des voix.

    Une chouette au loin, pas de vent. La lune en phase ascendante, juste un croissant. Clarté limpide.

    Tristan se doutait bien qu’ils auraient tous à vivre des nuits bien plus rudes.

    Il se leva pour uriner, s’écarta de quelques mètres puis il décida de pousser jusqu’au point de vue, un promontoire qui dominait l’étendue forestière. Si la piste n’avait pas filé en ligne droite pendant un kilomètre pour bifurquer bien plus bas, il aurait pu voir les phares d’éventuels véhicules. Mais sous lui, s’étendait uniquement un espace sauvage, parcouru par les sentes animales. Avant que le monde ne s’éteigne, on pouvait voir les lumières des villes en fond de vallée. Maintenant, la nuit n’avait plus aucune blessure. Pas un seul point lumineux sur tout l’horizon. À vol d’oiseau, Alès devait être à vingt kilomètres. Tristan imagina la ville dans l’obscurité. Comment les habitants se débrouillaient-ils sans courant ? Plus d’eau potable dans les robinets, plus de nourriture dans les magasins, plus de soins dans les hôpitaux. Les forces de l’ordre étaient-elles encore en état d’intervenir ou la loi du plus fort était-elle devenue la norme ? L’entraide, la solidarité, le partage, l’attention aux autres. Que restait-il de ce qui avait permis à l’espèce humaine de se développer alors qu’elle avait représenté pendant des millénaires une proie de choix ? Il se souvenait d’un livre de Kropotkine sur cette entraide. Loin des théories de Darwin et du combat pour la vie, de la sélection naturelle à l’avantage du plus fort, Kropotkine considérait que l’entraide avait eu un rôle considérable dans le maintien et le développement des communautés, qu’elles soient animales ou humaines. Le chaos permettrait-il aux humains de redécouvrir ce que la vie moderne avait effacé ? Non pas juste, le coup de main aux membres de la famille ou aux amis proches, mais un mouvement de masse, un comportement universel. Les villes regorgeaient-elles désormais d’individualistes acharnés ou baignaient-elles dans un amour inconditionnel de l’autre ? Ou était-ce le mélange des deux ? Et qui avaient le plus de chances de l’emporter ?

    Lui vint alors l’image de Jean et Delphine. Et la tristesse de Martha.

    Il retourna à son poste de guet.

     

     


    De la dépendance à l'entraide

    L'entraide

     

    Kropotkine : l'entraide, facteur d'évolution

     

    14 MARS 2018

    par Emmanuel Daniel / Reporterre

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    Article paru le 17 février 2018 sur 
    Reporterre

    Et si l’homme n’était pas un loup pour l’homme ? Et si la loi du plus fort n’était pas la loi de l’évolution ? Et si l’entraide en était le vrai moteur ? Voilà quelques-unes des questions auxquelles répond « L’Entraide », le livre majeur du penseur anarchiste russe Pierre Kropotkine.

    L’entraide, facteur d’évolution. Avec un titre pareil, on pourrait s’attendre à un bouquin ennuyeux comme la pluie, réservé aux personnes qui connaissent par cœur le nom des plantes et des animaux en latin. Pourtant, ce livre de Pierre Kropotkine, prince russe, géographe et théoricien de l’anarchisme, est un livre accessible, stimulant et combatif.

    Paru en 1902, il vient tordre le cou à la pensée, majoritaire à son époque (et toujours aujourd’hui), selon laquelle le règne animal est une arène où il faut vaincre ou mourir, une jungle où la seule règle qui compte est la loi du plus fort. Kropotkine ne nie pas l’existence de la compétition, notamment entre les espèces, mais contrairement aux darwinistes, il lui dénie son caractère systématique et son rôle central dans l’évolution.

    Et il multiplie les exemples pour étayer sa position : des fourmis qui partagent la nourriture à demi digérée à tout membre qui en fait la demande ; des chevaux qui, pendant le blizzard, se collent les uns aux autres pour se protéger du froid ; des pélicans qui, chaque jour, parcourent 45 km pour aller nourrir un des leurs aveugle ; des abeilles qui, grâce au travail en commun, « multiplient leurs forces individuelles [et…] parviennent à un niveau de bien-être et de sécurité qu’aucun animal isolé ne peut atteindre ».  Partout ou presque où Kropotkine a pu jeter son regard, il y a trouvé de la coopération. Même des animaux aussi belliqueux que les rats s’entraident pour piller nos garde-manger et nourrissent leurs malades, écrit-il.

    S’appuyant sur ses observations et lectures scientifiques, Kropotkine affirme que l’entraide assure aux animaux une meilleure protection contre les ennemis, une meilleure efficacité dans la recherche de nourriture et une plus grande longévité. Attribuer le progrès à la lutte du chacun contre tous, analyse-t-il, est une grossière erreur. La coopération a fait bien plus pour le développement de l’intelligence que les combats, qui laissaient les espèces affaiblies et ne leur laissaient que peu de chance de survie et encore moins d’évolution positive.

    Une contre-histoire de l’humanité

    Partant du constat (erroné) que la compétition est dominante dans le règne animal, la plupart des intellectuels de cette époque ont décidé d’en faire une loi naturelle chez les humains, justifiant ainsi les inégalités et la pauvreté. Refusant cette fable, qu’on appelle « darwinisme social », Kropotkine nous livre une contre-histoire de l’humanité. Pas celle des grands hommes et de leurs luttes pour le pouvoir et le prestige, mais celle des masses de paysans, de nomades et de prolétaires qui luttent ensemble pour faire face aux différents défis posés par l’existence. Dans ce livre, il nous raconte l’histoire de ceux dont se fiche l’Histoire. Et ça fait un bien fou.

    Pierre Kropotkine (1842-1921)

    Qu’il parle du « communisme primitif » des tribus préhistoriques, des communes villageoises, des cités médiévales et de leurs puissantes guildes ou des associations de travailleurs, il décrit avec simplicité des pratiques d’entraide aussi répandues chez nos aïeux que méconnues aujourd’hui. Le travail collectif, la propriété commune des terres et le fait que rien ne pouvait se décider sans l’accord de l’assemblée étaient des caractéristiques partagées par la plupart des sociétés qu’il évoque. On découvre les trésors d’ingéniosités inventés depuis des millénaires pour lutter contre les inégalités et faire que les conflits ne dégénèrent pas en règlements de comptes violents, voire en guerre. Greniers communs, ventes groupées, caisses d’entraide pour la maladie ou les grèves, jurys populaires et droit coutumier… On y apprend comment, avant la Sécurité sociale, le Code civil et les supermarchés, les humains s’organisaient pour faire face à la nature hostile mais aussi pour « se protéger des habiles et des forts ».

    Et l’entraide dont parle Kropotkine ne se limite pas à quelques individus isolés mais à des groupements de familles, de villages, de tribus rassemblées en confédération de parfois plusieurs dizaines de milliers de membres. L’humanité qu’il décrit a confiance en sa capacité d’autodétermination. Ou plutôt avait confiance. Car, si les communautés humaines se sont longtemps méfiées des petits chefs, Kropotkine estime que le travail de sape de l’Église et de certains intellectuels ont eu petit à petit raison de notre goût pour l’insoumission et l’autogestion. « Bientôt aucune autorité ne fut trouvée excessive […]. Pour avoir eu trop de confiance dans le gouvernement, les citoyens ont cessé d’avoir confiance en eux. »

    La colonisation de nos imaginaires

    Ce livre est plein de surprises et d’apprentissages, abondamment sourcé, et plaisant à lire. Un siècle après sa sortie, il garde toute sa pertinence, d’un point de vue scientifique mais aussi politique (comme l’explique le très bon livre de Renaud Garcia sur le sujet). Dans la préface, Pablo Servigne (coauteur d’un ouvrage qui prolonge le travail commencé par L’Entraide), fait remarquer que les travaux de Kropotkine ont été jusqu’à récemment ignorés par les scientifiques et commencent seulement à être pris au sérieux. Pas trop tôt ! Car ce vieux bouquin nous est utile pour tenter de résoudre un des paradoxes de notre époque : le capitalisme réussit l’exploit de nous apparaître à la fois détestable et nuisible, mais… indépassable. Nos imaginaires sont tellement colonisés que l’on peine à imaginer un monde sans État, sans flic, sans actionnaire, sans salariat et sans banque.

    Le savant russe nous rappelle que nous n’avons pas toujours été les êtres de calcul, cupides et soumis que nous sommes aujourd’hui. Sans nier que l’histoire humaine est aussi faite de violences et de dominations, il nous donne à voir une humanité partageuse, inventive et rebelle. Il prouve ainsi que le capitalisme et l’État ne sont ni naturels ni éternels et que d’autres formes d’organisation, basées sur l’entraide et l’autogestion, sont possibles. À nous maintenant de les faire (re)vivre.

    Pour aller + loin

     L’Entraide, de Pierre Kropotkine, éditions Aden, 2009.

    Pierre Kropotkine ou l’économie par l’entraide, de Renaud Garcia, éditions Le Passager clandestin, 2014.

    L'Entraide, l'autre loi de la jungle, de Gauthier Chapelle et Pablo Servigne, éditions Les Liens qui Libèrent, 2017.

  • Alerte sécheresse

    Personnellement, le fond de l'article ne me surprend aucunement et on en est qu'au début. Les pays industrialisés valorisent le pétrole à des prix toujours plus hauts mais il viendra un jour où l'eau sera tout aussi recherchée. Il y a une phrase qu'il est important de lire et à laquelle il faut fortement réfléchir : 

    "Elle rappelle que la France ne dispose pas d’une agriculture capable de nourrir sa population",...

    C'est complètement dingue ce constat. Nous disposons d'un climat tempéré, d'un sol riche sur le plan végétal, d'une diversité extraordinaire dans les légumes et les fruits et le pays n'est pas autonome sur le plan alimentaire. C'est affligeant, consternant et totalement anormal. Et je n'attends rien des politiques. FNSEA, UE, Bruxelles, subventions, endettement des agriculteurs, etc etc...Les problèmes sont connus, les solutions ne viendront pas d'un système qui les a créés.

    Je pense juste que chacun, en tout cas, ceux qui ont la chance de disposer d'un terrain, pourraient s'y mettre. Alors, oui, c'est du travail, il faut être régulier, organisé, attentif, observateur,il faut apprendre, lire, expérimenter, mais le bonheur de manger ses propres productions et de ne pas être dépendant des réseaux commerciaux,en tout cas le moins possible, c'est sans commune mesure.

    Pour ce qui est des pénuries d'eau actuelles et à venir, il ne reste qu'une solution : la récupération et le stockage des eaux pluviales. Ici, c'est le chantier en cours. 

    Les scientifiques lancent l’alerte sur la sécheresse qui s’installe en France

     

    MétéoFrance a établi des scénarios plus chauds et secs que la normale pour les mois de mai et juin. Emma Haziza estime ainsi que la situation ne peut que difficilement s’inverser, sauf précipitations exceptionnelles, puisque même en cas de pluies, l’eau sera récupérée par la végétation et ainsi ne s’infiltrera pas dans les sous-sols.

    22 avril 2022 - Maïté Debove

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    Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

    - Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
    - Format : 290 pages
    - Impression : France

     

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    La France vit son début d’année le plus sec depuis 2012. D’après les géologues et les hydrologues français, la sécheresse est cette année précoce, et est à surveiller de très près. Les déficits de pluie depuis janvier concernent quasiment tout le pays et atteignent des niveaux records sur la Région PACA, où la sécheresse des sols est particulièrement inquiétante.

    En février et mars 2022, la situation s’est rapidement dégradée, la période de vidange ayant démarré deux mois à l’avance : les réserves d’eau sont ainsi très basses pour un mois d’avril.

    Selon une alerte du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) publiée le 12 avril, le niveau des nappes souterraines est en 2022 inférieur à la normale dans tous nos territoires sauf en Ile-de-France, en Normandie, en Savoie, dans une partie des Pyrénées, et également dans l’Aude et dans l’Hérault. Ces régions ont bénéficié des pluies du début de l’année.

    La situation est plus particulièrement inquiétante en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Vendée, en Charente-Maritime et dans le Grand Est. La sécheresse est aussi particulièrement marquée dans le Sud-Est.

    Cette sécheresse a déjà des effets très concrets dans tout le pays. Dans la Drôme, des premières restrictions des usages de l’eau ont été mises en place, au mois d’avril !, et quasi-l’ensemble du département est en état d’alerte. Dans la Loire, la situation n’est pas encore critique mais pourrait vite le devenir et des mesures de restriction d’eau sont envisagées.

    Dans le Vaucluse, Météo France a enregistré le début d’année le plus sec depuis les années 1950. Comme sur toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, il n’a pas plu une seule goutte depuis le début du mois d’avril. Les agriculteurs sont extrêmement inquiets. Toujours en PACA, les maires de 18 communes ont décidé de couper l’eau des fontaines publiques pour alerter la population sur cette sécheresse inédite, d’habitude observée durant les mois d’été.

    Emma Haziza, hydrologue, qui s’est exprimée lors d’une interview pour FranceInfo, a expliqué que les sécheresses sont particulièrement sévères depuis 2017. Un cinquième des cours d’eau des territoires tendent chaque année à avoir 40 % de débit en moins que la moyenne. Dans les Pyrénées-Orientales, le déficit de pluie peut s’élever jusqu’à 75 %.

    MétéoFrance a établi des scénarios plus chauds et secs que la normale pour les mois de mai et juin. Emma Haziza estime ainsi que la situation ne peut que difficilement s’inverser, sauf précipitations exceptionnelles, puisque même en cas de pluies, l’eau sera récupérée par la végétation et ainsi ne s’infiltrera pas dans les sous-sols.

    L’hydrologue n’exclut pas une multiplication d’autres restrictions d’eau dès le mois de mai (qui surviennent habituellement en juillet), et redoute des difficultés d’irrigation des terres agricoles, ainsi que des incendies majeurs dans le sud cet été.

    Elle avertit : « Si toutes ces masses d’eau, qui sont censées tenir jusqu’à l’été, sont défaillantes dès le mois de mars, ça pose problème. Surtout, le paramètre aggravant c’est qu’à chaque canicule, on a un territoire qui plonge encore plus dans un état de sécheresse. Si on s’oriente vers un été plus chaud et plus sec, ce qui semble être le cas, on risque d’avoir à nouveau une sécheresse historique. »

    Elle rappelle que la France ne dispose pas d’une agriculture capable de nourrir sa population, et que la problématique liée à l’eau est un phénomène global. Le Maroc, la Tunisie ou encore le Portugal subissent déjà des sécheresses historiques.

    Lire aussi : En plein hiver, sécheresse et canicule en Espagne, Portugal, France et Californie

    Les réserves de blé ou autres denrées alimentaires qui ne seront pas disponibles sur un territoire seront importées d’autres pays : « (…) mais si tout le monde se met à aller le chercher ailleurs, il y a un vrai problème. Notre seule solution est de faire en sorte de réformer notre agriculture pour nourrir notre population en premier lieu. »

    La journaliste Anne Le Gall souligne : « D’où l’urgence d’apprendre à mieux séquestrer l’eau dans le sol dans les années à venir et cela passe par les prairies, les forêts, la végétalisation des villes. Limiter l’artificialisation des sols leur permettra de jouer ce rôle crucial d’éponge. »

    Le manque d’eau est source d’une véritable détresse et est à l’origine de famines, provoque immanquablement des révoltes populaires et des migrations. Les sécheresses s’installent dans la durée et affectent l’environnement de plusieurs semaines à plusieurs décennies, et dégradent les écosystèmes.

    Emma Haziza souligne le manque de traitement de la question aux présidentielles : « Je crois qu’on n’a pas compris ce qui arrive devant nous avec ces évolutions de température et on n’a surtout pas compris ce que signifie le manque d’eau. Ça concerne à peu près quatre milliards d’êtres humains sur Terre mais nous, nous ne sommes pas habitués à ne pas avoir d’eau dans notre robinet. C’est une question d’énergie puisque la plupart des sources énergétiques s’alimentent en eau, notamment le nucléaire, les barrages hydroélectriques, mais l’eau est aussi nécessaire pour aller chercher du pétrole ou du gaz. Nous avons besoin de quantités d’eau astronomiques, donc on voit très bien que se pose la question énergétique. »

    Crédit photo couv : Extrait reportage FranceInfo

    22 avril 2022 - Maïté Debove

  • La civilisation de l'entraide

     

    La question est simple : Qui serait le plus à même de survivre à une époque considérablement chaotique ? Réponse : ceux qui s'entraident. C'est la raison première qui a conduit notre espèce humaine, fragile au premier abord, à avoir réussi à occuper l'ensemble de la planète et à avoir appris à en retirer tous les bénéfices. Au détriment de la planète elle-même, c'est là tout le problème. Peut-être devrons-nous donc repasser par la case départ pour retrouver le fondement même de l'humanité. 

     

     

    « Il y a des années, un étudiant a demandé à l’anthropologue Margaret Mead ce qu’elle pensait être le premier signe de civilisation dans une culture. L’étudiant s’attendait à ce que Mead parle d’hameçons, de casseroles en terre cuite ou de moulins en pierre. Mais ce ne fut pas le cas.

    Mead a dit que le premier signe de civilisation dans une culture ancienne était un fémur cassé puis guéri. Elle a expliqué que dans le règne animal, si tu te casses la jambe, tu meurs. Tu ne peux pas fuir le danger, aller à la rivière boire ou chercher de la nourriture. C’est n’être plus que chair pour bêtes prédatrices. Aucun animal ne survit à une jambe cassée assez longtemps pour que l’os guérisse. Un fémur cassé qui est guéri est la preuve que quelqu’un a pris le temps d’être avec celui qui est tombé, a bandé sa blessure, l’a emmené dans un endroit sûr et l’a aidé à se remettre.

    Mead a dit qu’aider quelqu’un d’autre dans les difficultés est le point où la civilisation commence. »

    L'entraide n'est pas une valeur. La coopération est un mode adaptatif, une stratégie sélectionnée dans l'évolution pour les avantages qu'elle peut aussi procurer dans l'optimisation de la capture d'énergie et la domination.

    Extraits de l'article :

    "L’être humain, de nos jours, est seul, et c’est exceptionnel. Durant la majorité de notre existence en tant qu’Homo sapiens, nous avons partagé la planète avec toutes sortes d’autres espèces humaines. À l’époque où notre lignée a commencé à évoluer, en Afrique, il y a environ 300 000 ans, on en comptait au moins cinq autres. Et s’il avait fallu parier sur la survie d’une seule de ces espèces, vous n’auriez peut-être pas misé sur nous.

    En fait, c’étaient plutôt les Néandertaliens qui semblaient les mieux lotis, eux qui s’étaient déjà adaptés à la vie sous des climats plus rigoureux et s’étaient répandus dans une grande partie de l’Eurasie. Ou Homo erectus, qui s’était installé avec succès dans le sud-est de l’Asie. En comparaison, nos ancêtres Homo sapiens étaient les derniers arrivés, et il leur faudrait attendre encore plus de 200 000 ans avant de s’implanter ailleurs qu’en Afrique. Pourtant, il y a 40 000 ans, voire moins, nous étions les seuls humains encore en vie. Pourquoi ?

    Survie du plus aimable

    Bien des hypothèses ont été avancées : la puissance de notre cerveau, le langage, ou la chance, tout simplement. Aujourd’hui, une nouvelle idée se fait jour pour expliquer notre domination. Curieusement, ce sont peut-être certaines de nos plus grandes vulnérabilités – notre dépendance vis-à-vis des autres, notre aptitude à la compassion et à l’empathie – qui nous ont donné l’avantage."

    (...)

    Nouer des relations

    L’archéologue Penny Spikins, de l’université de York, au Royaume-Uni, propose une nouvelle explication. Elle pense que ce sont nos fragilités et notre nature émotive qui nous ont conféré l’avantage : “Notre besoin affectif nous a poussés à entrer en contact avec les autres.” Et plus nous avons étendu notre réseau, plus nous sommes devenus résistants, ce qui nous a permis de prospérer dans bien des environnements différents.

    Cet investissement dans l’attention a produit des bénéfices tant pour le groupe que pour l’individu. Penny Spikins précise :

    “Cela a permis à l’être humain de chasser des animaux dangereux tout en vivant avec les conséquences en matière de risques de blessures. Et cela a allongé la durée de vie, donnant aux grands-parents la possibilité de s’impliquer dans l’éducation des plus jeunes et de leur transmettre leur savoir et leurs compétences.”

    Plus on se rapproche de notre époque, plus l’archéologie nous apporte des preuves de ces bénéfices, et l’on voit que les hommes chassaient des animaux plus grands qu’eux et coopéraient pour s’attaquer à une faune particulièrement dangereuse, comme le rhinocéros laineux, le mammouth et le grand buffle du Cap [Pelorovis antiquus].

    Augmenter ses chances de survie

    Mais, dès son apparition, Homo sapiens a perfectionné ces compétences collaboratives et a commencé à interagir de façon considérable avec d’autres individus que les membres de son groupe – ce qui n’avait encore jamais été vu. On ne sait pas ce qui a motivé cette évolution, mais d’importantes variations climatiques en Afrique ont pu rendre l’existence difficile et ceux qui collaboraient avaient peut-être plus de chances de survie.

    (...)

    Les Homo sapiens se seraient « domestiqués » eux-mêmes

    Qui plus est, ces mêmes mutations peuvent expliquer pourquoi les Néandertaliens sont parfois décrits comme ayant l’air de brutes, avec leurs arcades sourcilières épaisses et leur mâchoire robuste. Penny Spikins commente :

    “Non seulement ces changements génétiques nous ont rendus moins agressifs, mais ils ont apparemment pour résultat des caractéristiques physiques qui nous font paraître moins menaçants.”

    En fait, nos ancêtres Homo sapiens se seraient apparemment “domestiqués” eux-mêmes. Les découvertes archéologiques confirment que l’adoucissement des traits de notre visage, avec le développement de crânes plus petits, de maxillaires moins proéminents et de dents plus petites, commence à se produire dans notre lignée il y a environ 300 000 ans."

    Paléoanthropologie. Comment “Sapiens” a enterré tous les autres

  • Bravery in battle

    Un groupe que j'aime infiniment. Je connais chaque morceau par coeur :) 

    J'ai passé la journée avec eux, à décaisser des monceaux de terre pour préparer la réception de cinq citernes de mille litres pour récupérer l'eau de pluie.

    De l'énergie dans les oreilles.  

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  • La foi, la force, la volonté

    Ces trois-mots là contiennent l'essentiel. Un engagement énorme, des coups durs, mais la passion, l'enthousiasme, le défi d'une vie.

    Magnifique.

    Depuis huit jours, on a travaillé sans relâche sur nos 4500 mètres carrés. Une seule balade en huit jours. Aujourd'hui, on a commencé à 9 h, on a arrêté à 17h30. 

    Alors, on imagine bien ce que représente le travail que ces deux jeunes ont effectué et ce qui leur reste à faire.

    Le travail de la terre, c'est rude. Mais le bonheur est immense. 

     

    25 mars 2022 - Laurie Debove

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    Générations, notre nouveau livre qui marque dans le temps l’esprit d’une génération qui se bat pour préserver notre monde

    - Thème : Changements climatiques, répression policière, inégalités, agroécologie, politique, féminisme, nature…
    - Format : 290 pages
    - Impression : France

     

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    Ce jeune couple de permaculteurs s’est lancé un défi fou : transformer 7ha de terres ravagées par la culture du maïs industriel en un paradis permacole. Depuis 4 ans, ils bûchent sans répit pour bâtir leur rêve : une ferme pédagogique préservant des races animales anciennes et produisant œufs, fruits et légumes dans le respect des principes de la permaculture. Aujourd’hui, les animaux sont arrivés sur le terrain, un étang a été créé, de nombreux arbres et arbustes ont été plantés, les premiers légumes ont été récoltés. Il leur reste une étape cruciale : construire un pôle agricole destiné à accueillir villageois, paysans et visiteurs.

    Un chemin vers la liberté

    Anthony et Zoé ont toujours ressenti l’appel de la Terre. Dès l’enfance, Anthony a appris les savoirs paysans auprès des anciens landais, en échange de travaux manuels et dans les champs. Quant à Zoé, elle a passé un CAP agricole en Ile-de-France, sa région natale, à l’adolescence. Leur rencontre a tout précipité, avec l’envie viscérale d’offrir à leur future famille un mode de vie libre et résilient.

    « Depuis toujours, je voulais créer un parc pédagogique autour des animaux et des plantes. On s’est rencontrés, et en évoluant ensemble la volonté de prendre soin de la Terre s’est renforcée. C’est comme ça qu’est né le projet « Les Pieds sur Terre », pour encourager du monde à se lancer dans une démarche d’autosuffisance et prouver que c’est possible. » raconte Anthony Castera pour La Relève et La Peste

    A seulement 20 et 23 ans, Zoé et Anthony sont revenus de voyage d’Amérique du Sud déterminés à trouver le terrain sur lequel construire leur rêve. L’attente aura été longue, il leur aura fallu un an. L’agriculteur qui a accepté de leur vendre des terres leur avait d’abord dit non un an plus tôt, mais le départ à la retraite approchant et sa peur devant l’évolution mortifère de la société occidentale l’ont convaincu de donner une chance aux jeunes rêveurs.

    Le terrain d’Anthony et Zoé, au tout début de leur aventure, était abîmé par des années d’agroindustrie – Crédit : Les Pieds sur Terre

    Au bout d’un an de fermage et avoir passé le diplôme du BPREA pour Anthony, le jeune couple est devenu propriétaire d’un terrain de 7ha comprenant 5,8ha jusque-là cultivés en maïs et une enceinte de forêt autour, à Saint-André-de-Seignanx, une commune du Sud-Ouest des Landes. Dès la période de fermage, le travail abattu a été titanesque.

    « La première année, on a semé un gros couvert végétal et préparé le sol pour le décompacter. On a mis des amendements comme du fumier et pas mal de matière végétale. C’était un moment de pure euphorie où j’ai planté 3700 piquets d’acacia à la masse, en faisant d’innombrables allers/retours pour les installer. Si un drone était resté pendant 4 ans là-haut, il aurait filmé une vraie fourmilière. » raconte Anthony en riant pour La Relève et La Peste

    Dès le début, le projet est clair et balisé : une ferme landaise à vocation pédagogique comprenant du maraîchage avec avec des semences paysannes, la conservation des races anciennes avec un poly-élevage bénéfique pour amender les sols, et tout cela dans un système agroécologique où chaque élément a plusieurs fonctions. Ainsi, pour faire le brise-vent de la serre, ils ont empilé des tas de bois de châtaigniers, destinés au chauffage, qui servent d’hôtel à insectes.

    Le plan de base, quand tout restait à accomplir – Crédit : Les Films de l’instant

    Le soin de la Terre et des êtres

    Les débuts ont été parfois bien difficiles. La montagne de paperasse administrative pour obtenir toutes les autorisations nécessaires a été bien plus chronophage que prévu. L’activité de maraîchage a été stoppée net par l’invasion du liseron. Emporté par l’impatience de voir éclore son projet, Anthony a fait un burn-out après trois ans de travail sans relâche qui l’a obligé à lever le pied. Et les remboursements des crédits contractés pour lancer leur activité agricole n’attendaient pas.

    « On s’est retrouvés tiraillés entre l’envie de prendre soin de cette Terre et la nécessité d’arriver à une rentabilité rapidement pour rembourser nos prêts. Finalement, cela a été des ajustements permanents pour arriver à un équilibre intermédiaire. On va faire beaucoup moins de maraîchage que prévu au début : on le fera quand le sol sera prêt. » explique Zoé Martinez pour La Relève et La Peste

    Pour mettre en œuvre leur projet, ils ont tout déclaré et mis aux normes, pour une transparence totale. Anthony a observé les plantes présentes et le ruissellement de l’eau sur le terrain pour choisir l’emplacement de l’étang et s’est servi de l’argile pour faire la digue. Deux jours après avoir creusé le trou, une pluie a rempli tout l’étang. Crédit : Laurie Debove

    Toutes ces épreuves sont impossibles à deviner quand on accompagne Anthony et Zoé sur leur ferme. Partout, les arbres commencent à bourgeonner. Les insectes bourdonnent et les premières abeilles ont fait leur apparition.

    Les dindes côtoient les poules et les poneys – Crédit : Laurie Debove

    Les 250 poules pondeuses déambulent à leur guise ; les chèvres des Pyrénées trônent sur les tas de bois dans leur enclos et vont librement dans la forêt ; Reine, la vache originelle du fromage à raclette, batifole avec la vache Highland, les moutons et l’âne Kirikou ; les dindes aux grands yeux interpellent les visiteurs et les serres se préparent petit à petit pour les prochaines récoltes.

    Le mouton et la vache Highland – Crédit : Les Pieds sur Terre

    « On a tout de suite fait le choix de s’orienter vers des races d’animaux anciennes car ce sont des espèces adaptées aux conditions locales et c’est urgent de les préserver. On s’entraîne d’abord avec une troupe de dindes blanches avant d’accueillir des dindons gascons, car il n’y en a plus que 50 au conservatoire avicole local et c’est très difficile d’en trouver ailleurs. » explique Zoé pour La Relève et La Peste

    Seules exceptions : les poneys et chèvres naines pour le contact avec les petits enfants et les poules pondeuses, sauvées de la réforme pour donner un second souffle à des animaux considérés comme des déchets par l’élevage industriel. En France, on estime que 40 millions de poules pondeuses sont abattues chaque année. Les œufs d’Anthony et Zoé sont vendus aux AMAP, restaurations collectives et infrastructures locales comme la Ferme Emmaüs Baudonne.

    Tous les différents enclos ont été conçus pour que les animaux domestiques et sauvages puissent coexister pacifiquement, sans empiéter sur les corridors naturels des espèces sauvages qu’il s’agisse des hérissons, batraciens, ou de plus grands animaux comme les chevreuils à l’orée de la forêt. Les clôtures servent aussi à ce que les pieds des visiteurs n’amènent pas de germes sous leurs chaussures dans les champs de cultures. D’immenses poteaux ont été plantés dans les champs pour que les rapaces et les échassiers puissent faire leurs nids.

    La chèvre majestueuse des Pyrénées – Crédit : Les Pieds sur Terre

    Aujourd’hui, après 4 ans de travail, Zoé et Anthony se sentent prêts et attendent leur premier enfant. Passionnés et animés du désir profond de transmission, ils ont commencé à accueillir des visiteurs et des scolaires, et souhaitent bâtir un pôle agricole.

    « C’est pour nous la pierre angulaire du projet. On l’appelle Pôle Agricole mais ce sera plus l’art de l’humain. Le but c’est que cela soit un lieu de rencontres, entre un point d’accueil et la vente directe à la ferme, un atelier de transformation, du stockage de récoltes et matériel, mais aussi un salon de thé. J’aimerais aussi y créer un four à pain communal. » détaille Anthony pour La Relève et La Peste

    Zoé au travail avec une amie – Crédit : Sophie Labruyère

    « Nous voulons développer la connaissance et la reconnaissance du monde agricole local, transmettre notre savoir et savoir-faire puis surtout, sensibiliser les publics pour redonner du sens à ce qu’ils consomment. » renchérit Zoé

    Pour faire sortir de terre ce bâtiment de 310m2, Anthony et Zoé ont lancé une campagne de financement participatif. La structure extérieure du bâtiment est évaluée à 21 000 €.

    « Au plus dur des épreuves, il y a eu tellement de fois où on a cru qu’on n’y arriverait pas qu’on a bien failli abandonner. Mais aujourd’hui, quand je vois tout ce qu’on a accompli, je me sens fière et pleine d’espoir. On a envie de le partager avec le plus grand nombre : une agriculture nourricière, durable, locale et diversifiée, c’est possible ! » conclut Zoé dans un grand sourire

    Pour suivre l’évolution d’Anthony et Zoé, retrouvez-les sur leur page FB et compte Instagram. Vous pouvez découvrir l’histoire d’Anthony et Zoé dans le documentaire « Nouvelles Graines », réalisé par Sophie Labruyère et Nicolas Meyrieux, et visible gratuitement ici.

    Crédit photo couv : Sophie Labruyère

    25 mars 2022 - Laurie Debove

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    "Le plus souvent, les gens renoncent à leur pouvoir car ils pensent qu'il n'en ont pas"

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  • "En thérapie" (2)

    J'ai déjà parlé ici de cette série. 

    "En thérapie"

    On arrive à la fin de la saison numéro 1.

    Et on est toujours aussi fascinés par la richesse émotionnelle, intellectuelle, la mise en scène, les dialogues, le jeu des acteurs, la profondeur de chaque situation, l'exploration intérieure qui avance progressivement. 

    On regarde un épisode tous les jours.

    On a découvert l'actrice qui joue le rôle de Camille.

    Remarquable.

    Il est certain que beaucoup de jeunes filles et de parents pourraient se retrouver là-dedans...

     

    Céleste Brunnquell (En thérapie) : “J’ai vraiment abordé Camille par le prisme de l’intime”

    par  | 2 Fév 2021 | SERIES,

    Révélée par Les Éblouis de Sarah Suco, Céleste Brunnquell joue Camille dans En thérapie, championne de natation aux deux bras plâtrés et aux idées noires. C’est la benjamine des patients de Philippe, une adolescente profondément esquintée qui essaie de ne pas couler. Eaux troubles. Rencontre avec Céleste Brunnquell.

    Comment avez-vous réagi à la lecture du scénario et comment avez-vous abordé votre personnage ?

    Céleste Brunnquell : En fait, j’ai d’abord passé des essais avant de lire le scénario. Je savais seulement au départ qu’il s’agissait d’une série chapeautée par Toledano et Nakache, je n’avais pas entendu parler de la série israélienne ou de ses déclinaisons internationales. Donc j’ai lu le scénario après avoir été prise, et j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé le rôle de Camille très intéressant. Comparé aux autres personnages, Camille semble être en apparence moins affectée par les attentats du Bataclan, elle en parle moins lors de ses séances avec Philippe. Camille m’a touchée parce que c’est une adolescente à fleur de peau, qui se demande si elle est folle ou pas. On a beaucoup travaillé sur ça avec Pierre Salvadori (qui réalise les épisodes dédiés à Camille, NDLR) : quand est-ce que Camille ment ? Quand est-ce qu’elle dit la vérité ? Il y avait une balance à trouver, même dans la relation qu’elle entretient avec le psy, parfois c’est très tendu, comme dans un duel, parfois c’est plus tendre ou complice. J’ai beaucoup aimé ce mélange de couleurs qu’on devait trouver tous ensemble. On reconnaît bien la patte de Salvadori. Ses films sont aussi traversés par plusieurs couleurs et registres, et même si En thérapie n’est jamais une comédie et qu’il y a une unité artistique globale, je trouve que chaque réalisateur a tout de même gardé son style. Par exemple, Pierre a fait peut-être plus de gros plans, plus d’inserts, sur des objets, des détails, il travaille l’ellipse aussi, les ruptures de ton. Le seul matériau qu’on a ici, c’est le texte, et chercher à le faire vivre et à lui donner des nuances, c’était super intéressant comme exercice.

    A travers Camille, plusieurs questions d’actualité font surface : la libération de la parole, MeToo, les abus dans l’univers du sport et du sport-études. Aviez-vous cela en tête lorsque vous avez abordé ce rôle ?

    Céleste Brunnquell : Inconsciemment peut-être, mais je n’ai jamais voulu être le porte-voix de quoique ce soit, et je crois que Camille n’a pas non plus conscience de tout ça. Ce qui m’importait, c’était son expérience à elle. Quand nous avons tourné, il n’y avait pas encore eu les révélations de Sarah Abitbol par exemple. J’ai vraiment abordé Camille par le prisme de l’intime. Nous avons presque le même âge, je n’ai jamais fait de sport de haut niveau et j’ai d’ailleurs dû porter des épaulettes pour paraitre un peu plus baraquée, pour avoir la carrure d’une nageuse. A plein d’endroits, je suis différente de Camille, mais à d’autres, je me retrouve. Surtout, je la comprends. Je suis en empathie avec elle.

    Il y a le texte, il y a les dialogues, il y a aussi le langage du corps. Même si Camille est souvent assise, son corps n’est jamais vraiment statique. Ça fait aussi partie du travail que vous avez fait avec Pierre Salvadori ?

    Céleste Brunnquell : Je ne crois pas qu’on en ait vraiment parlé, il y avait de toute façon ses épaulettes à porter qui changeaient ma posture. La plupart du temps, Camille est assise, Pierre m’a dit de ne pas hésiter à bouger si j’en avais envie, mais j’étais un peu inhibée à cause du texte et de la parole au départ, je n’osais pas trop. On m’a fait remarquer à la fin du tournage que je jouais beaucoup avec mes mains, que je tortillais mes doigts, mais c’est parce que j’étais nerveuse, et aussi parce que je me mettais à la place de Camille. En amont du tournage, on a fait des lectures avec Pierre, pour avoir le texte en bouche et changer les choses qui n’allaient pas. Les dialogues étaient super bien écrits, parfois certains mots étaient un peu trop littéraires et du coup, en situation, ça ne fonctionnait pas tout à fait pareil. J’étais contente qu’on me demande mon avis sur ces petits détails, je me suis sentie vraiment impliquée.

    A quel moment rencontrez-vous Frédéric Pierrot qui joue le psy, Philippe ?

    Céleste Brunnquell : Au moment du tournage ! En fait, la série a été tournée dans l’ordre chronologique, et finalement, la relation entre Camille et Philippe avançait en même temps que la notre à Frédéric et moi, c’était vachement intéressant. Étant donné qu’il n’y avait pas eu de répétitions à proprement parler, le travail s’est vraiment fait sur le tournage, trouver la bonne distance, le bon rythme. Ça m’a donné l’impression d’un jeu, d’un puzzle à reconstituer. Je me suis vraiment laisser aller à cette méthode de travail qui était pour moi une expérience, parce que c’est la deuxième fiction dans laquelle je joue, et ça a été assez facile dans le sens où j’avais complètement confiance en Pierre. J’étais disponible pour les informations que Pierre me donnait. Souvent, je commençais par en faire le moins possible sur les premières prises, et progressivement, j’augmentais le curseur. Mais en réalité, le personnage était si bien écrit que tout était là, à ma portée. Ce qui a été le plus déroutant pour moi, c’était davantage de réussir à me mettre à nu devant une équipe que je ne connaissais pas. C’est très intime ce que Camille raconte, et puis on tournait en équipe réduite, j’avais parfois l’impression d’être comme sur une scène de théâtre, exposée, et ça, ça n’a pas été évident tout de suite. Mais la pression est vite redescendue. Ce qui est intéressant entre Philippe et Camille, c’est que parfois, la distance que pose la cure est rompue, parce qu’on est tous des êtres humains, et on a chacun certaines paroles ou gestes qui nous échappent. C’est en regardant la série une fois terminée que je me suis rendue compte que le cas de Camille inquiétait vraiment Philippe, qu’il en parlait avec sa contrôleuse (jouée par Carole Bouquet, NDLR). Puis surtout, j’ai pris davantage conscience de la vie de Philippe, de ce qu’il traverse avec sa femme, ses enfants… Je ne savais pas qu’il était si névrosé ! Il ne va pas très bien non plus…

    En parlant de névroses, on parle beaucoup en ce moment de l’impact psychologique de la crise, de la pandémie. Pensez-vous, à titre personnel, que la psychanalyse puisse apaiser nos souffrances ?

    Céleste Brunnquell : Oui, je pense. Je n’ai jamais fait de thérapie, je ne sais pas si ça peut avoir un effet sur tout le monde, mais je crois bien sûr au travail qu’on peut faire sur soi, par la parole. Ça ne rend peut-être pas plus heureux, mais ça ne peut certainement pas faire de mal. La série en rend bien compte je trouve. C’est la parole, c’est l’écoute, c’est l’introspection.

    Et avez-vous l’impression qu’on s’écoute mieux ?

    Céleste Brunnquell : Pas vraiment non. La parole est souvent parasitée par plein de choses, plein de bruit, on reste en surface, on est bouffé par trop d’informations. C’est ce que j’ai aimé aussi dans la série, qu’elle aille si profond, les silences, l’ambiance, la discrétion de la musique, la manière dont, dans le cabinet, on fait de la place aux mots. On écoute vraiment. Ce n’est pas une série de divertissement. Elle demande une vraie concentration, et demander ça aux téléspectateurs, je trouve ça intéressant. C’est une marque de confiance.

    Où est-ce qu’on vous retrouve prochainement ?

    Céleste Brunnquell : Je tourne à l’été dans un premier long métrage avec Quentin Dolmaire, j’ai le premier rôle et Garance Marillier joue ma sœur. L’histoire est chouette, c’est un film doux, et c’est réalisé par Jeanne Aslan et Paul Saintillan.

    Céleste Brunnquell et Frédéric Pierrot – Copyright Les Films du Poisson / Arte

    En thérapie, série diffusée le 4 février sur Arte et disponible dans son intégralité sur le site d’Arte.