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Réchauffement climatique en graphiques
- Par Thierry LEDRU
- Le 12/06/2022
Visualisez le réchauffement climatique dans votre ville
Le 27 janvier 2022
6 minutes pour apprendre quelque chose
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Le réchauffement climatique ne touche pas toutes les villes et les territoires de France de manière unilatérale. À Rennes, par exemple, la hausse est moins marquée qu'à Paris ou Strasbourg. De la même manière, l'élévation de la température à Orléans est plus forte qu'à Bordeaux. En quelques graphes, visualisez le réchauffement climatique dans 12 villes françaises.
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Mesurer et visualiser le changement climatique est un processus essentiel pour prendre conscience du problème et réagir. C’est l’un des objectifs poursuivis par la startup Callendar, créée par Thibault Laconde, spécialisée dans l’évaluation des risques climatiques. Comme elle le précise sur sont site Internet : « le changement climatique est en cours et observable partout en France ».
Elle a donc développé un outil qui permet de visualiser la température moyenne annuel à l’échelle locale ; et que nous avons reproduit à l’échelle de 12 grandes villes françaises, comme vous pouvez le voir avec les résultats ci-dessous.
Nantes

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,03°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,18°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 6 ont eu lieu après 2010Paris

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,33°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,66°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010Lyon

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,53°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,81°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010Lille

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,17°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,35°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010Marseille

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,30°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,07°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 8 ont eu lieu après 2010Bordeaux

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,04°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,12°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 5 ont eu lieu après 2010Toulouse

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,29°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,36°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 6 ont eu lieu après 2010Rennes

Source : Callendar
Élévation de la température : +0,97°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,05°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010Orléans

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,34°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,61°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010Strasbourg

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,55°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,93°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010Montpellier

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,27°C depuis 1991
Année la plus chaude : +1,97°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 8 ont eu lieu après 2010Rouen

Source : Callendar
Élévation de la température : +1,14°C depuis 1991
Année la plus chaude : +2,46°C (2020)
Sur les 10 années les plus chaudes depuis 1951 : 7 ont eu lieu après 2010
En moyenne, ces 12 villes françaises enregistrent une hausse de température de +1,33°C depuis 1991. Mais toutes ont subies leurs années les plus chaudes dans un passé récent, c’est-à-dire après 2010. S’il est de plus en plus visible sur les courbes, le changement climatique commence aussi à se mesurer sur le terrain, via une hausse en fréquence et intensité des épisodes météorologiques extrêmes.En France, ce sont les épisodes de fortes chaleurs et canicules (exacerbées par l’effet d’ilot de chaleur urbain), les incendies et les inondations qui se sont manifestées ces dernières années. Trois sujets sur lesquels nos territoires ont besoin de gagner en résilience. La gestion de l’eau, conséquence directe du premier risque, est également un sujet qu’il ne faut pas oublier.
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Covid : à la recherche de l'origine
- Par Thierry LEDRU
- Le 09/06/2022
C'est vraiment très, très surprenant que cette information soit diffusée sur une chaîne d'état et tout autant par un de ses "dignes" représentants, le sieur Cohen.
Ce que j'en conclue, c'est qu'au regard des révélations en cours et de celles à venir, tous les représentants de la sainte parole gouvernementale commencent à avoir le cul qui gratte, comme disait ma grand-mère pour désigner ceux qui n'ont pas la conscience tranquille.
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"En thérapie" (3)
- Par Thierry LEDRU
- Le 08/06/2022
Bien souvent, les suites de films ou de séries n'ont pas la puissance du modèle original. Disons, que pour ma part, je me méfie au regard de certaines déconvenues.
Ici, la saison 2 est, pour moi, tout aussi remarquable que la saison 1.
Tout est absolument juste, magnifique, émouvant, très émouvant même.
Les acteurs sont remarquables, la mise en scène, le montage. Les dialogues sont ciselés, les silences eux-mêmes parlent. Les regards sont des passerelles. Les postures sont des armures ou des ouvertures. Rien n'est laissé au hasard.
Il y a bien longtemps, vraiment longtemps que je n'ai pas été touché à ce point. Dans l'intégralité, pour chaque personnage.
Alors, je sais bien que, tout comme dans la saison 1, certaines histoires qui sont racontées dans la saison 2 me touchent profondément parce qu'elles me renvoient à ma propre histoire. Et que, encore une fois, je prends conscience de l'immense intérêt que j'aurais eu à suivre une thérapie au sortir de certains événements. La question est d'ailleurs de savoir si une thérapie n'est à envisager qu'au sortir de drames ou même vingt, trente ou quarante ans après. Je n'ai pas besoin de me poser la question plus de deux secondes. J'ai la réponse. Les drames, vingt, trente ou quarante ans après sont toujours là. Ils ont juste changé de forme. D'une matière malléable, ils sont devenus fossiles. Ils ne courent plus dans les veines des pensées mais parfois les pensées viennent buter contre eux.
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Un plan parfaitement réussi
- Par Thierry LEDRU
- Le 06/06/2022
C'est en 1956 que le philosophe juif Allemand Günther Anders écrivit cette réflexion prémonitoire.
« L’Obsolescence de l’homme »
« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.
L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.
Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.
En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.
L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau.Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. »
Günther Anders, « L’Obsolescence de l’homme », 1956 -
Jean-Marc Jancovici
- Par Thierry LEDRU
- Le 05/06/2022
Voilà à quoi je passe mon temps libre. J'écoute et je lis tout ce qui vient de Jean-Marc Jancovici.
Hier, dans le département de la Creuse, comme dans beaucoup d'autres endroits, les orages ont été très puissants et dévastateurss. J'ai lu que plusieurs maires demandent à ce que leur commune soit déclarée en "catastrophe naturelle".
Elle commence à m'irriter sérieusement cette demande...Voilà plus de trente ans que des scientifiques annoncent des événements majeurs liés à l'activité humaine et au déréglement climatique que ça induit. Trente ans que ces scientifiques sont ignorés, voire moqués. Trente ans que les responsables politiques et financiers continuent à vivre avec pour seul objectif le maintien de leurs privilèges. Trente ans également qu'une très grande partie de la population n'a pour seule ambition que de participer à la croissance et donc à péréniser un système politique et financier totalement suicidaire. Alors, l'usage de "catastrophe naturelle" me hérisse parce qu'à mon sens, il s'agit d'abord de catastrophe humaine, celle de l'ignorance et du bonheur béat qu'elle procure.
Je sens poindre de plus en plus également en moi une profonde colère envers tous ces gens qui refusent catégoriquement de changer de mode de vie et qui considèrent que ça n'est pas à eux de faire quoi que ce soit mais aux gouvernants. Quand devant moi, dans une file à une caisse de supermarché, je vois des consommateurs étaler sur le tapis roulant des monceaux de viande, des bouteilles de coca cola, des kilos de marchandises emballées dans des kilomètres de film plastique, quand j'entends certains se réjouir de leur prochain voyage en avion pour des vacances exotiques, se réjouir de leur dernier écran plat, smartphone, véhicule etc etc etc etc etc, j'ai parfois envie de leur demander à quelle heure ils ont l'intention de mourir. Qu'on en soit débarrassé.
Une interview dans Ouest France en mai 2022
Interview parue dans Ouest France le 21 mai 2022.
Comme d’habitude, le chapô précédent l’interview, que je reproduis ci-dessous, est de la rédaction du journal et non soumis à relecture, tout comme le titre. Le texte de l’interview ci-dessous est la version relue et amendée par mes soins qui a été envoyée au journal. Entretien réalisé par Patrice Moyon.
Au Pakistan, les températures viennent de dépasser 50 °C et même 51 °C à Jacobabad. En Inde, à New Delhi, la capitale, on annonce 46 °C. L’urgence climatique est là. Pour Jean-Marc Jancovici, le passage à une économie décarbonée nous oblige à repenser nos modes de vie. Cette transformation en profondeur nécessite une planification écologique qui s’apparente à une économie de guerre, estime cet ingénieur polytechnicien, créateur du bilan carbone au sein de l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). « Avant, les ennuis étaient pour plus tard. Maintenant, ils sont pour tout de suite. C’est donc le calendrier qui va peut-être nous pousser en fin à agir », explique-t-il dans l’avant-propos de l’ouvrage collectif Climat, crises, le plan de transformation de l’économie française, réalisé par le groupe de réflexion The Shift Project et publié aux éditions Odile Jacob. Le changement, c’est maintenant car du retard a été pris. Pour être au rendez-vous des objectifs fixés par l’Accord de Paris et l’Union européenne, la France doit doubler l’effort entamé ces dernières années et passer d’une baisse annuelle de 2 % des émissions de gaz à effet de serre à 4 %. Entretien.
Le climat est devenu le sujet majeur pour toute une génération. Vous comprenez cette angoisse?
Dans une étude publiée par The Lancet, 40% de la jeune génération, tous pays confondus se dit préoccupée par la question du changement climatique. Ce phénomène entraîne de multiples conséquences. De nombreux jeunes affirment qu’ils n’auront pas d’enfants. Il y a quelque chose de très triste dans cette histoire et qui fait porter une responsabilité sur les épaules de ma génération.
Est-ce que Greta Thunberg n’a pas aussi une responsabilité en dessinant les traits d’un monde apocalyptique?
Ce qui porte Greta Thunberg, ce n’est pas de l’apocalypse mais de l’angoisse. Sa caractéristique (autiste asperger) lui confère probablement une perception plus vive de la réalité. C’est une adolescente avec une intelligence d’adulte qui crie son angoisse. Les gens qui pensent qu’elle est manipulée se trompent. Elle a parfaitement compris la partie analytique de ce dossier.
Avec Jean-Luc Mélenchon d’abord puis avec Emmanuel Macron, le concept de planification écologique a fait irruption sur la scène politique. Qu’est-ce qui doit changer?
C’est l’exploitation des énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) qui a permis le développement que nous connaissons depuis deux siècles. Un monde qui se décarbone volontairement ou involontairement est un monde en contraction physique. Le pétrole a permis de faire plus vite, plus loin, moins cher. La contraction de l’énergie nous obligera à faire moins vite, moins loin, plus cher. Quand on regarde ce que coûte non pas en euros mais en heures de temps de travail un objet, son coût a été divisé entre 50 et 100 au cours du dernier siècle. Et ceci est dû à l’effet de l’énergie abondante.
Justement cette énergie abondante, nous allons la retrouver grâce aux énergies renouvelables.
Je n’y crois pas.
Pourquoi ?
Un monde 100% renouvelable, c’est ce que nous avons connu il y a deux siècles.
Oui mais c’était avant toutes les avancées technologiques consacrées aux énergies renouvelables.
Et comment fait-on des panneaux solaires ? Avec du pétrole (engins de mine, chimie amont, transport depuis la Chine), du gaz (industrie) et du charbon (métallurgie, électricité, industrie). Le jour où vous n’avez plus de combustibles fossiles, comment faites vous ?
On aura donc encore besoin du pétrole ?
Ceux qui font les scénarios actuels sur le passage à une économie décarbonée ne se posent pas la question de savoir si les conditions de production – et donc les couts – seront les mêmes dans un monde dépourvu de combustibles fossiles. Il a fallu les énergies fossiles pour offrir les grandes commodités sur lesquelles sont basées les sociétés industrielles. On produit aujourd’hui 2 milliards de tonnes d’acier par an et 4 milliards de tonnes de ciment. Les fibres synthétiques des vêtements que vous portez sont faits avec du pétrole et du gaz. Toute notre société d’abondance vient des énergies fossiles. Et aujourd’hui, personne n’a la moindre idée de la façon de garantir la moitié de cette abondance avec des énergies 100% renouvelables.
Qu’est-ce qui va changer ?
Je ne crois pas un seul instant que nous pourrons conserver ce qu’on continue d’appeler notre niveau de vie dans un monde 100% renouvelable. C’est la raison pour laquelle je suis un grand défenseur du nucléaire. C’est la seule énergie pilotable, compacte et décarbonée dont nous disposons. Les énergies renouvelables sont certes décarbonées mais souvent diffuses et pas toujours pilotables. Le peu de civilisation industrielle qu’on arrivera à préserver dépendra de notre recours ou pas au nucléaire.
Pourquoi est-ce si difficile d’appréhender la profondeur des transformations qui nous attendent?
Nous sommes câblés pour réagir à l’immédiat. C’est ce qui nous a permis de survivre avec une violente poussée d’adrénaline quand un tigre à dents de sabre se présentait devant nous. Prioriser le long terme suppose de donner la priorité à des événements qui se passeront plus tard. Et c’est encore plus compliqué quand le but de l’action aujourd’hui est d’éviter plus tard un événement que nous avons du mal à définir précisément. Il faut accepter qu’éviter le chaos c’est gagner en liberté à l’avenir. Ainsi nous pourrons accepter la planification écologique, qui signifie en pratique se contraindre aujourd’hui au profit d’un surplus de liberté pour plus tard.
C’est faire face à de nouvelles contraintes ?
Oui bien sur. Le défi est d’arriver à rendre cela désirable et au minimum acceptable. La science éclaire notre choix mais ce dernier est fondamentalement de nature politique. Il faut décider collectivement sur à quoi nous sommes prêts à renoncer pour préserver la démocratie et la paix, qu’on n’internalise jamais dans les coûts.
Avec le Shift Project vous voulez montrer qu’on peut y arriver ?
Nous voulons proposer un chemin, ou plus exactement un plan, pour aider les décideurs. Depuis l’origine, nous discutons avec les entreprises parce qu’elles vont devoir faire. Désormais, nous dialoguons aussi avec les organisations syndicales. Il y a un terme que j’utilise parfois, c’est celui d’économie de guerre. Je pense que ce n’est pas surfait. Si on veut sortir des griffes qui commencent à se serrer autour de notre cou, il faut rentrer peu ou prou dans une économie de guerre et aller beaucoup plus vite. Il faut avoir des idées très claires d’entrée de jeu car on n’aura pas trois essais.
Qu’est-ce qui est le plus urgent ?
La coordination des politiques publiques est essentielle. Il faut surtout savoir traiter les futurs perdants très en amont. Un bon cas d’école, c’est ce qu’il s’est passé entre 1942 et 1945 dans la reconversion de l’économie américaine. En quelques années, ils ont réorienté un tiers du PIB. Ceci devrait être le rôle de l’Union européenne. Mais ses deux jambes ne sont pas coordonnées. Elle a d’une part des compétences réglementaires qui lui permettent de planifier et d’autre part un affichage très net en faveur d’une libéralisation des marchés qui est parfaitement antagoniste. Ces contradictions s’expriment par exemple sur le marché de l’électricité tel qu’il est organisé aujourd’hui.
Comment faire mieux ?
C’est la mise en commun de ressources essentielles (charbon, acier) qui est à l’origine de l’Europe. Aujourd’hui le pétrole et le gaz devraient être gérés de façon collective tout comme ses filières de production d’énergie dont le nucléaire. Un article du traité de Lisbonne fixe un objectif de croissance à l’Europe. Ce n’est plus d’actualité. Nous sommes dans un monde fini.
A quoi peut ressembler un monde en décroissance sur le plan économique ?
Le discours public a tellement associé croissance et emploi que je n’aime pas parler de décroissance, car tout le monde pense immédiatement « chômage ». Je préfère parler d’un monde en contraction ou plus sobre. Il n’y aura pas de solution passe-partout pour vivre différemment, car tous les usages ne vont pas se modifier à la même vitesse. Mais nous allons devoir investir massivement et de façon planifiée dans les compétences.
Comment faire, concrètement ?
Ce que nous décrivons dans notre livre : placer la physique avant l’économie, et les gens et leurs emplois avant les contraintes budgétaires. D’ailleurs, dans notre Plan de transformation économique de la France, à aucun moment on ne parle d’argent, sauf un peu du monde financier à la fin. C’est délibéré : nous sommes partis de ce qui se mesure en mètres carrés, comme le logement, en tonnes, comme le ciment, en kilowattheures, comme l’énergie… Et le temps, qui est une grandeur physique, est aussi nécessaire pour discuter de quelque chose d’essentiel : les compétences. Un travail massif d’anticipation des besoins dans ce domaine nous attend.
Qu’est-ce que ça change dans l’automobile par exemple ?
Il y a aujourd’hui 40 millions de voitures dans le pays. Ce n’est pas compatible avec un monde décarboné. Il doit y en avoir beaucoup moins. Pourtant, on ne va pas empêcher les gens de se déplacer. Nous sommes des animaux et les animaux se déplacent. Il faut donc basculer toute cette mobilité vers des modes plus doux, avec des portées moins grandes, et donc délaisser progressivement la voiture et l’avion, qui sont les plus néfastes pour l’environnement, au profit de tout le reste : marche, vélo, vélo électrique, bus, train et la combinaison de tout ça. Les voitures qui restent sont petites et électriques. Cela entraîne 300 000 emplois en moins dans la construction automobile, mais des gens en plus pour conduire des bus et des trains, pour fabriquer des vélos, les vendre, les entretenir…
Et au final ?
Pour les transports, comme pour les trois autres secteurs, dont l’agriculture et l’agroalimentaire, pour lesquels nous avons fait ce travail, le solde d’emplois peut être globalement positif. Nous n’avons pas pris la question des salaires comme le premier point d’entrée, car dans cette histoire-là, l’argent vient en deuxième niveau, une fois qu’on est collectivement d’accord sur la façon de rebâtir « physiquement » la société. Pour l’agriculture, la bonne réorganisation « physique » implique de déspécialiser partiellement les zones pour diminuer la dépendance aval au pétrole parce qu’ensuite tout circule loin : en France, un camion sur trois transporte quelque chose qui se mange ! Il faut aussi transformer plus dans les exploitations, ce qui crée des emplois dans le secteur, qui doivent être désirables pour attirer les bras nécessaires. Quand on réorganise, il faut toujours arriver à faire comprendre aux gens quelle serait leur place dans ce nouveau monde.
Et dans l’urbanisme ?
Il y a une voie que nous n’avons pas eu le temps d’explorer pour ce livre, mais qui va s’imposer : il faudra dégonfler les grandes villes au profit des villages et des villes moyennes. Avant l’énergie abondante, les ressources rares étaient la terre, la forêt et la pierre. Aujourd’hui, nous l’avons oublié. Le monde réel n’est ni virtuel, ni financier. Il est toujours physique. Et ce qui a vraiment de la valeur, c’est la ressource physique. En France il n’y a plus de mines, donc ce qui nous reste, ce sont les cours d’eau, la terre et la forêt. Et ça ne se trouve pas en ville. Nous devrons aussi repenser le logement. On est passé en 40 ans de 20 à 40 m2 habitables par personne. Il va falloir innover dans un monde qui se contracte : on peut imaginer des appartements avec des cloisons amovibles !
Notre livre, finalement, dit quelque chose d’un peu effrayant : c’est que vous ne pouvez pas vous improviser grand architecte de tout ça – contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire – sans avoir énormément bossé avant. Ce n’est pas possible.Rendre cet avenir désirable ?
Ce dont nous nous sommes rendu compte dans les débats que nous avons eus avec la société civile, c’est que le plus difficile pour les gens, quand on leur parle d’une société différente, est d’imaginer quelle sera leur place. Et en particulier, leur place en tant qu’acteurs, davantage qu’en tant que consommateurs : je fais quel job ? J’habite où ? Mon environnement ressemble à quoi ? C’est la préoccupation majeure. Il ne suffit pas de dire aux gens d’arrêter d’acheter des voitures. Il faut expliquer ce qui se passera pour ceux qui fabriquent des voitures. C’est pour ça qu’on a un chapitre « emploi » extrêmement nourri dans le Plan de transformation, et c’est pour ça aussi que dès le début de ce travail, nous sommes allés voir les syndicats, des entreprises… On a cherché avec eux comment surmonter les obstacles. Sachant que, même sans climat, la décarbonation de l’économie va nous être imposée par la géologie, parce que les hydrocarbures sont épuisables, et que si on ne prend pas la peine de s’y préparer, on la subira. Avec des crises comme celle liée à l’Ukraine, actuellement.
Pourquoi ?
Parce qu’à défaut de transition organisée, l’évolution se fait par à-coups, en « marches d’escalier ». À partir du moment où on sait qu’il va y avoir une décrue des approvisionnements fossiles, la seule question est de savoir quel sera le déclencheur de la prochaine crise.
Mais, pour l’Ukraine, le déclencheur n’est-il pas politique ?
En apparence il l’est toujours. De toute façon, il y aura des déclencheurs. Avant celui-là, il y a eu la crise des subprimes. Le pic de production du pétrole conventionnel est passé entre 2006 et 2008, entraînant un ralentissement de la croissance américaine et transformant la dette des ménages en déclencheur. Le prochain révélateur sera peut-être le coût de l’énergie trop élevé pour les économies italienne et espagnole, cumulé à une remontée des taux d’intérêt, qui rendront ces pays incapables de rembourser leur dette et les mettront en défaut de paiement.
Des déclencheurs, on va en voir arriver de partout et, comme les tremblements de terre, il sera extrêmement difficile de prévoir où, quand, et avec quelle intensité. Mais ce qui est sûr, c’est que si on ne gère pas le problème, celui-ci va se gérer tout seul par des marches d’escalier plus difficiles à vivre que si on anticipe.
À ce propos, ne seriez-vous pas intéressé par la politique ?
Je fais déjà de la politique : le Shift Project est un objet politique. Pour moi, faire de la politique, c’est juste intervenir dans le débat public. En prenant position comme nous le faisons, en proposant ce plan de transformation et en répondant à vos questions, je fais de la politique.
Donc pas de poste ministériel en vue ?
Serais-je intéressé par un poste ministériel dans le gouvernement d’un président qui, pour le moment, se paie de mots et n’en fait pas beaucoup plus ? Non, ça n’a aucun intérêt. C’est juste un job à devenir malheureux. Sans compter qu’être ministre c’est aussi être patron d’une administration : ce n’est pas mon métier. J’ai choisi une voie : je suis président d’une association, et cette voie donne des résultats. Pas assez vite peut-être, mais je préfère rester sur ce que je sais faire le mieux. Le Shift Project n’est pas au bout de son histoire et nous avons encore beaucoup à apporter. Notre priorité aujourd’hui, c’est de fédérer les gens qui ont envie de réfléchir – ce que les politiques n’ont pas le temps de faire parce qu’ils sont dans la lessiveuse – pour proposer des constructions à la société civile. Et quand la société civile dira « cette construction nous semble intéressante, voire appétissante », il sera temps d’aller dire aux politiques que s’ils ne font pas ça, ils vont perdre leurs électeurs.
En plus, pensez-vous qu’un seul ministre, de l’environnement ou autre, puisse tenir les rênes du changement ? Il faut une action totalement transversale. Certes, Emmanuel Macron a annoncé qu’il confiera le pilotage de la transition écologique au futur Premier ministre. Mais avec qui a-t-il travaillé ces dernières années ? Avec Jean Castex, qui ne semblait pas très concerné par les limites planétaires… Avec un secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, son principal collaborateur direct, qui était très très loin de ce sujet. M. Macron n’a donné aucun gage, jusqu’à maintenant, de sa capacité à mettre la question écologique au cœur de son projet. Il est évident que l’écologie, pour lui, a été jusqu’à maintenant un sujet de communication avant tout.
Enfin, je n’ai aucune proximité particulière avec le personnel politique : je n’ai rencontré que deux fois le président de la République : le jour de l’installation du Haut conseil pour le climat, et le 5 mai dernier. Castex, je ne l’ai jamais vu. Barbara Pompili, je ne l’ai jamais vue quand elle était ministre…
Cette fois le Président de la République semble persuadé de la nécessité de changer de modèle. Vous y croyez ?
Avec Christophe Blain (qui le connaît), nous avons envoyé notre BD [Un monde sans fin, N.D.L.R.] dédicacée au président. Nous avons reçu une réponse polie du service du courrier de l’Élysée. Je vous retourne donc la question !
La transformation passe-t-elle aussi par les entreprises ?
Bien sûr. Comme le dit Brice Lalonde, les entités qui consomment la nature sont les entreprises. Elles sont donc concernées et il faut les impliquer dans le mouvement. D’autant qu’il va y avoir des perdantes, par exemple celles qui fabriquent des voitures à pétrole, et des gagnantes, par exemple celles qui proposent des vélos.
Ce qui est intéressant, c’est que le monde économique est, de loin, celui qui est le plus demandeur de mes interventions et de mes conférences. C’est un signe. Un autre signal est le comportement des jeunes face à l’emploi. Ils sont de plus en plus nombreux à essayer de se choisir une voie compatible avec la décarbonation de l’économie. Il y a une appétence générationnelle pour l’action.
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L'eau
- Par Thierry LEDRU
- Le 28/05/2022
Je ne poste plus beaucoup ici. Ni ailleurs.
Non pas que je n'aurais rien à dire mais juste parce qu'il n'y a rien de réjouissant dans ce qui tourne dans ma tête.
Alors je le garde pour moi.
Je continue à travailler sur l'installation de citernes de 1000 litres pour la récupération d'eau de pluie. Quatre sont en place, cinq autres à venir.
L'eau.
Faudra-t-il donc que plus rien ne coule des robinets pour que le problème soit pris en considération ?
Non pas juste dans les périodes électorales mais comme le problème numéro 1, permanent, constant et de façon universelle.
Parce que si ce problème-là n'est pas résolu tout le reste n'aura plus aucune importance.
Emma Haziza
Hydrologue, Emma Haziza débute une thèse en Sciences du risque et gestion des crises à l’Ecole doctorale des Mines de Paris en 2003. Elle oriente alors ses recherches scientifiques vers l’optimisation de la gestion du risque inondation en France et développe une lecture pluridisciplinaire.
De l’hydro-météorologie des phénomènes diluviens jusqu’à l’organisation humaine dans la conduite de gestion de crise, Emma développe des stratégies préventives et analyse les leviers d’optimisation possible pour mieux faire face.
Ses travaux la conduisent à se retrouver à l’interface entre différents groupes d’acteurs qui concourent à la gestion du risque inondation en France (chercheurs, opérationnels, décisionnaires et acteurs du territoire en charge de mettre en œuvre le plan d’action).
Elle prend alors conscience de la nécessité d’intégrer les savoirs de la recherche à des actions concrètes sur le territoire visant à réduire la vulnérabilité des zones exposées et accroître la résilience des populations.
Dès 2003, elle enseigne sur les risques naturels et plus particulièrement sur la vulnérabilité au risque inondation dans de nombreuses écoles d’ingénieurs et universités (Université Montpellier 2, Université de Nîmes, ENPTE, ENGREF, Ecole des Mines, Ecole Polytechnique, etc.). Elle réalise également de nombreuses conférences internationales sur la thématique.
En 2005, elle assure le suivi opérationnel en cellule de crise préfectorale auprès du préfet de l’Hérault et mesure alors l’importance des décisions stratégiques prises en phase de crise, concourant à la sauvegarde des populations. Elle rentre alors au sein du collège d’Expert de la Sécurité Civile de l’Hérault et appuiera par sa lecture pluridisciplinaire le pilotage de nombreuses crises durant 10 ans.
Diplômée de son Doctorat de l’Ecole des Mines de Paris en 2007, elle débute une collaboration avec de grands groupes français et internationaux en tant que consultante. Elle crée pour eux des méthodologies de réduction de la vulnérabilité ou des outils de gestions de crises novateurs, au regard des grands enjeux que présente le risque inondation en France.
En 2008, elle fait partie des 5 grands conférenciers au XIIIème Congrès Mondial de l’Eau et débute une série de conférences en France et en Europe.
Passionnée par la pédagogie, elle est consciente de la nécessité de mettre en place des actions fortes de sensibilisation des enfants dans les écoles. Elle réunit ainsi un ensemble de professeurs et de chercheurs et décide de fonder une association pour réaliser des animations pédagogiques en milieu scolaire.
En 2010, elle décide alors de mettre en œuvre son projet d’entrepreneuriat et crée Mayane, un centre de recherche sur la gestion du risque inondation. Au fur et à mesure des années, il s’enrichit de différents départements et obtient l’agrément en tant que Centre de recherche par le Ministère de la recherche.
Entre 2015 et 2017, Emma Haziza crée 4 départements supplémentaires de recherche et ouvre 5 nouveaux centres en France.
En 2016, elle est sollicitée à l’Assemblée Nationale dans le cadre d’une table ronde devant la commission du développement durable sur le thème : « Comprendre les inondations de juin 2016 en Île-de-France » au côté du directeur général de la prévention des risques et du Président de Météo France.
2018 est le signe d’un développement à l’international avec deux ouvertures en Asie et au Canada. Le groupe Mayane oriente ses problématiques de recherche sur la résilience des territoires, en intégrant les conséquences du réchauffement climatique et ses répercussions probables.

Champ agriculture – Image d’illustration – Unsplash
Sécheresse : "on est dans une anormalité qui devient la norme", alarme l'hydrologue Emma Haziza à Lyon Capitale
24 MAI 2022 A 17:59
PAR GRÉGOIRE GINDRE
Comme une quinzaine de départements en France, le Rhône est en vigilance sécheresse depuis fin avril. Une conséquence d'une faible tombée des pluies à Lyon ces dernières semaines. Cette anomalie va-t-elle devenir normale dans ces prochaines années ? On a posé la question à Emma Haziza, hydrologue et fondatrice de Mayane, un centre de recherches dédié à l’adaptation climatique.
Emma Haziza est fondatrice de Mayane, un centre de recherches appliqué dédié à l'adaptation climatique. Hydrologue de renom, elle fait partie des cinq grands conférenciers au XIIIème Congrès Mondial de l’Eau en 2008. Celle qui a fait l'École des Mines a déjà été sollicitée à l'Assemblée nationale dans le cadre de tables rondes et possède désormais la double casquette de spécialistes : l’hydro-météorologie des phénomènes diluviens et l’organisation humaine dans la conduite de gestion de crise. Finalement, Emma Haziza "développe des stratégies préventives et analyse les leviers d’optimisation possible pour mieux faire face", indique le site Mayane.
LYON CAPITALE. Tout l'enjeu de la période de pic de chaleur actuelle, c'est sa précocité, mais également sa durabilité. Plus de 30 degrés pendant autant de jours lors d'un mois de mai, est-ce que c'est normal ?
EMMA HAZIZA. On est dans la normalité à partir du moment où l'on dépasse des records de températures historiques pendant 38 jours consécutifs d'anomalies. On l'a retrouvé en 2020 donc on a déjà vécu cela mais ça reste une année anormale. C'était d'ailleurs l'année la plus chaude jamais recensée en France. On est dans une anormalité qui devient la norme.
Ce qui doit donc nous inquiéter, c'est que d'habitude quand on plongeait dans des états de sécheresse historique - en 2017, 2018, 2019 et 2020 - nous sortions de l'hiver plutôt avec des surcharges de recharges de nappes. C'est-à-dire que l'on est plutôt dans un climat tempéré : en France, il pleut plus de 500 milliards de m3 d'eau par an. On avait quand même des capacités pour recharger nos nappes phréatiques. Maintenant, ce qu'il se passe, c'est qu'on a eu des périodes anticycloniques - donc de très beau temps - qui ont empêché l'arrivée de pluie dans la période où des nappes se rechargent pour pouvoir tenir l'été.
Si vous rajoutez à cela, un printemps assez chaud, et potentiellement, d'après les prévisions saisonnières de Météo France, un été qui va être plus chaud et plus sec, on concourt forcément directement vers encore une nouvelle sécheresse historique. Sauf que chaque année, à chaque que vous allez avoir une sécheresse historique, vous allez accroître la vulnérabilité de tout le milieu, de tout le système qui souffre. On a une biodiversité qui est complètement à l'agonie avec tout le milieu autour de la rivière, mais pas que. C'est vrai que l'on est surtout concentré sur nos usages, "est-ce que l'on aura de l'eau dans nos robinets ?". Mais en réalité, ce sont tous les usages de l'eau qui sont atteints et d'année en année, c'est un territoire qui devient plus fragile.
La situation est de plus en plus fragile, de plus en plus alarmante, comme vous l'avez expliqué. La question est la suivante : quelle(s) solution(s) possède l'homme aujourd'hui ?
EH : D'abord, les solutions, c'est de permettre à l'eau de retourner dans les terres, dans les nappes. Aujourd'hui, c'est fait de manière artificielle. On permet de réalimenter les nappes phréatiques de manière artificielle, à partir de l'eau des fleuves parce que justement on a des déficits importants et que l'on a des risques pour notre robinet. C'est plutôt bien fait en France, contrairement, par exemple, aux États-Unis, où en Californie on injecte dans les nappes phréatiques les eaux usées sans les traiter. Nous, en France, on a quand même des filtres. On prend l'eau des fleuves, on la filtre et on essaye de faire en sorte que cette eau pénètre.
C'est une question de la manière dont on a couvert l'intégralité de la France. On l'a couvert de ville, d'artificialisation, mais aussi de champs directement exposés au soleil. Ce sont des champs qui ne savent plus conserver l'eau parce que les méthodes utilisées pendant plusieurs décennies étaient plutôt des méthodes productivistes et absolument pas des méthodes de conservation de la ressource en eau. On se retrouve maintenant confronté au fait que l'on a oublié que l'on avait besoin d'eau dans nos sols, dans nos terres, dans nos nappes. On arrive devant un mur. La solution est donc de refondre complètement le modèle agricole français et la manière dont on a construit nos villes.
La chaleur précoce de ce mois de mai laisse-t-elle envisager un été particulièrement chaud ? Sera-t-on, tout simplement, dans le rouge lors de la prochaine période estivale ?

©Mayane - Emma Haziza, hydrologue
EH : Ce n'est pas parce que l'on a une vague de chaleur au printemps que l'on va avoir une canicule en été. Par contre, on sait que l'on est sur des masses d'air toujours plus chaudes, des anomalies thermiques d'air très chaud. Elles se confrontent d'ailleurs à des airs beaucoup plus froids qui sont positionnés ces dernières semaines plutôt sur les Balkans et la Russie. On a ces confrontations de masses d'air qui sont, dans le gradient de température, toujours plus élevées. En d'autres termes, les masses d'air chaudes sont toujours plus chaudes et les masses d'air froides sont toujours plus froides. Cet air-là essaye de se placer là où il peut et comme il peut.
En fait, même s'il n'y a pas de corrélation directe, on est dans une logique d'anormalité où tout devient normal. Les chaleurs historiques que l'on a eu en Inde ont trente fois plus de chance de se produire dans un contexte en lien avec le changement climatique. On voit très bien que ces anormalités que l'on vit depuis maintenant cinq ans en France font partie du fait que l'on vit le changement climatique. Est-ce que cet été sera dans le rouge ? Il y a de très fortes probabilités. Il pourrait avoir, comme on l'a eu la semaine dernière, l'arrivée d'une nouvelle goutte froide qui nous amène de pluie, des orages violents ou même des tempêtes comme on a eu en Allemagne avec un mort et soixante blessés.
Cet air chaud déstabilise les masses d'air, génère plus facilement la provocation de gouttes froides. Et l'arrivée de ces gouttes froides est toujours derrière le signe d'une catastrophe potentielle. Du coup, à moins que l'on ait plusieurs gouttes froides comme on a déjà eu en juin 2016, particulièrement pluvieux sur le bassin parisien avec la crue de la Seine, ça sera, certes plus sec, mais trop mouillé donc pour les cultures. Ainsi cela sera moins bon et générera des inondations. Et dans les zones qui n'auront pas été touchées : la sécheresse continuera à perdurer.
On est en train de perdre notre équilibre. Perdre le fait d'avoir des pluies, du soleil par alternance, des saisons très marquées. On a des hivers qui ne ressemblent plus à des hivers, des printemps qui ressemblent plus à des débuts d'été. On a des sécheresses des sols depuis 2 et 3 mois qui ressemblent beaucoup plus à ce que l'on a plutôt fin juin, puis fin juillet, puis fin août. Je crois que l'on est dans un basculement, un nouveau monde avec des nouvelles donnes avec lesquelles il va falloir faire avec. Il va falloir agir très vite. Je ne sais pas de quoi sera fait demain, mais la seule chose dont on est sûr, c'est qu'à l'échelle territoriale, on peut mener énormément d'actions pour réussir à conserver nos eaux. À la protéger, à la respecter parce que cette eau on en a besoin et ça n'est pas qu'un bien à monnayer, à utiliser, à partager entre les utilisateurs de l'eau. Il ne faut jamais oublier que le milieu naturel en a besoin avant tout, et que nous faisons aussi partie de ce milieu-là.
Lire aussi : "On n'a pas de solution", le secteur de l'agriculture inquiet de la sécheresse et du manque d'eau
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"C'est pas grave, l'Inde et le Pakistan, c'est loin"
- Par Thierry LEDRU
- Le 18/05/2022
C'est loin de notre belle France, avec nos rivières, nos fleuves, nos nappes phréatiques, notre climat tempéré, notre réseau d'eau potable qui remplit nos chasse d'eaux.
Mais oui, bien sûr. Tout va bien.
Cédric Rouleau
"Un dôme de chaleur va avoir lieu cette semaine dans le sud de la France, et plus globalement dans le sud de l'Europe.
Nous devrions atteindre 37°C, un record historiquement pour un mois de mai en France. Cela vient s'ajouter à une sécheresse dramatique qui a lieu depuis des mois dans notre pays, avec des agriculteurs et agricultrices à bout de nerfs.
Je me suis fait une frayeur ce midi, j'ai regardé les infos et les chaînes d'info en continu... Devinez quels étaient les sujets ?
- Est-ce que l'Eurovision va faire du bien aux Ukrainiens ?
- La hausse du carburant rend les billets d'avion plus cher, c'est terrible
- Est-ce qu'MBappé part au Réal ?
- Le Festival de Cannes (avec ses stars qui ont une empreinte carbone 100x supérieure à ce qu'il faut qui vont vous expliquer comment respecter la planète).
Je viens également de voir passer 3 pub différentes qui disent "qu'il faut profiter de ce super temps pour voyager en avion, avec un superbe voyage en avion pour Séville à 9€.
Répétons-le à nouveau : les médias ne sont pas au niveau sur les enjeux écologiques. Ils continuent de la jouer #dontlookup alors que nous battons des records de chaleur partout dans le monde et que les catastrophes climatiques s'accumulent.
le GIEC l'a rappelé dans son dernier rapport : les médias mainstream ont un rôle à jouer. Et ils ne l'assurent pas.
Si vous voulez que cela change, soutenez les médias indépendants qui travaillent à alerter sur le sujet tous les jours et oubliez les médias traditionnaux."
Canicules mortelles en Inde et au Pakistan : ce n’est que le début
Mis à jour le 16 mai 2022

Depuis plus d’un mois maintenant, l’Inde et le Pakistan subissent des vagues de chaleur à répétition. L’Inde a enregistré la pire canicule au mois de mars depuis 122 ans, le Pakistan a atteint 51°C le 14 mai, soit la température la plus élevée enregistrée pour l’année 2022.
Alors que plus d’un milliard de personnes sont concernées, cela n’a pas l’air de choquer grand monde en Occident, où la majorité des médias continuent d’adopter une posture Don’t Look up. Comme si le changement climatique ne concernait que ces pays lointains et qu’il n’avait aucune conséquence en France. Pis, lorsque ces canicules sont évoquées, c’est bien souvent avec des images de personnes s’amusant à la mer ou d’enfants courant dans des fontaines, tout sourire. Malheureusement, la réalité est tout autre et les conséquences sont d’ores et déjà catastrophiques.
Canicules en Inde et au Pakistan : que se passe-t-il ?
Qu’il fasse chaud en Inde n’a rien d’extraordinaire. Qu’il fasse très chaud et sur plusieurs semaines est une tout autre histoire. Les très fortes chaleurs ont commencé dès le 11 mars dans la partie nord de l’Inde, en raison de conditions anticycloniques sur les parties occidentales du Rajasthan et en raison de l’absence de pluie. Ce fut non seulement le mois de mars le plus chaud depuis 122 ans (selon l’IMD, le département météorologique indien), mais il fait très chaud depuis maintenant plus d’un mois, quasiment sans aucun répit.
La vague de chaleur s’est prolongée en avril et a même été plus intense en ce début de mois de mai, avec des écarts de 4.5 à 8.5°C au-dessus de la normale. Rappelons que la définition d’une canicule change selon les pays, et les régions. L’IMD considère qu’une zone connaît une vague de chaleur si les températures maximales dépassent 40°C dans les régions de plaine, ou au moins 30°C dans les régions de montagne, pendant au moins deux jours consécutifs.
Pour mieux comprendre l’intensité de cette vague de chaleur, voici les températures moyennes par mois en Inde depuis 1986 :

Température moyenne haute et basse en Inde depuis 1986
Source : WeatherSpark.comEst-ce significatif ? Sans aucun doute possible. Si cela avait été en Antarctique, 5 ou 7°C de plus est plutôt banal. Mais en Inde, de telles valeurs représentent le premier centile de la distribution. Ces vagues de chaleur sont donc exceptionnelles pour deux raisons : leur intensité, mais aussi et surtout leur durée.
Une situation similaire au Pakistan
Les épisodes caniculaires sont tout aussi extraordinaires au Pakistan. Le mois d’avril a été extrêmement chaud et sec, le plus chaud depuis 61 ans. D’après le Pakistan Meteorological Department, la température moyenne nationale a été de 28,36°C, soit 4,05°C de plus que la norme 1961-1990 (plus de 3°C de plus que la norme 1991-2020). C’est le mois d’avril le plus chaud jamais enregistré, avec une marge énorme : presque 1°C de plus qu’en avril 2010, le deuxième plus chaud.
Les 12, 13 et 14 mai, la température a atteint 50 degrés à Jacobabad et des températures très proches à plusieurs endroits dans le pays. Lorsque l’on sait que dans le nord-ouest de l’Inde comme au Pakistan, la phase humide de la mousson n’arrive généralement pas avant fin juin ou mi-juillet, on ne peut qu’espérer que la température baisse dans les prochains jours…

Source : Scott Duncan
Mais quelles sont exactement les conséquences de telles vagues de chaleur ?
Conséquence 1 : le « thermomètre mouillé » (wet bulb temperature)
Le plus redouté n’est pas la chaleur indiquée, mais la température thermomètre mouillé maximale. Elle combine la chaleur et l’humidité pour indiquer la quantité d’évaporation dans l’air. Lorsque la température au thermomètre mouillé dépasse environ 30°C, nous sommes incapables de réduire notre température par la transpiration et nous souffrons d’un coup de chaleur mortel au bout de quelques heures (généralement entre 4 et 6 heures). Que vous ayez de l’eau avec vous ne changera rien au résultat.
Attention : c’est une notion compliquée, hétérogène, qui n’a pas la même définition selon la région dans laquelle vous l’utilisez. De plus, depuis au moins un mois, le chiffre de 35°C est avancé un peu partout dans la presse française, alors que les dernières études montrent que la létalité adviendrait plutôt autour de 31°C.
Bien sûr, ce qui vient d’être dit est le cas pour les personnes en bonne santé. Vous pouvez avoir de graves problèmes de santé ou mourir avec une température humide moins importante. En effet, 28 degrés peuvent suffire, comme lors des canicules européennes et russes de 2003 et 2010 qui firent des dizaines de milliers de morts.
NB1 : L’humidex est également un calcul intéressant (à ne pas confondre avec le thermomètre humide qui est une mesure via un psychromètre.)

Le rôle de l’humidité sur l’inconfort lié à la chaleur.
L’indice humidex ne prend pas en compte l’exposition de la peau au soleil ni les vents qui pourraient aider à l’évaporation. Attention : c’est un calcul, et non une mesure.
Source : Méteo-Paris.comNB2 : le GIEC utilise la notion de « Heat Index » (HI). Comme pour les canicules, le Heat Index diffère selon les zones géographiques (donc n’a pas une valeur internationale qui s’appliquerait partout). On retrouve dans le chapitre 12 du dernier rapport du GIEC une illustration des zones à risque, où nous retrouvons l’Inde et le Pakistan :

(a-c) Nombre moyen de jours par an où la température maximale dépasse 35°C ;
(d-f) Nombre moyen de jours par an où l’indice de chaleur NOAA (HI) dépasse 41°C.
Source : Chapitre 12, AR6 WG1Conséquence 2 : le travail… et la santé
Le marché du travail indien est très loin d’être adapté aux aléas climatiques présents et à venir. Sophie Landrin, correspondante pour le Monde en Inde, apporte quelques précisions sur les travailleurs lors de la canicule :
« Au contraire, les gens continuent de travailler, malgré les conditions extrêmes, car la majorité des travailleurs ne sont pas salariés. Ils appartiennent à ce qu’on appelle le « secteur informel », sans assurance, sans contrat de travail. S’ils ne travaillent pas, ils ne sont pas indemnisés. Lors des première et deuxième vagues de Covid-19, ils avaient dû regagner leur village, malgré l’arrêt des transports, car ils ne pouvaient plus travailler, ni se loger ou se nourrir ».
Traduisez : travaillez, ou vous n’aurez pas d’argent pour acheter votre nourriture. Travaillez, ou mourrez. Ce sont dans ces conditions que des dizaines de millions d’indiens vont travailler dans les usines, dans le bâtiment, dans les champs, etc. Ils ne peuvent pas non plus compter sur la climatisation : environ 12% de la population a accès à la climatisation, en très grande majorité les plus aisés.
Deux conséquences majeures à cela. La première, c’est que l’Inde perd plus de 100 milliards d’heures de travail par an à cause des vagues de chaleur. C’est de très loin le pays le plus concerné par le sujet, et les chiffres anticipés par un réchauffement de +2°C ou +4°C sont vertigineux.

Les dix pays présentant les pertes de main-d’œuvre les plus importantes au cours de la journée de travail de 12 heures en raison de l’exposition à la chaleur, pondérées par la population en âge de travailler dans les industries de travaux lourds en plein air dans le présent (a moyenne 2001-2020), et avec +1 °C, +2 °C et +4 °C de réchauffement climatique supplémentaire (b-d, ΔT global).
La somme globale de la main-d’œuvre perdue (somme des 163 pays dont les données sont disponibles) est indiquée au-dessus de chaque graphique, les chiffres autour du centre du cercle indiquent les pertes individuelles par pays, et l’épaisseur du cercle augmente à mesure que la somme globale de la main-d’œuvre perdue augmente avec le réchauffement.
Toutes les unités sont exprimées en milliards d’heures/an.
Source : Increased labor losses and decreased adaptation potential in a warmer worldLa deuxième conséquence est bien sûr la santé des travailleurs et travailleuses. Quand vous êtes obligé(e) de travailler sous 45°C car vous n’avez pas le choix, cela vient irrémédiablement avec des effets sanitaires immédiats multiples : hyperthermie, coups de chaleur, déshydratation, diminution de la capacité cognitive, accidents, troubles psychiatriques, etc. Pour les personnes qui auront la chance de pouvoir aller à l’hôpital, il faudra ensuite espérer que les hôpitaux puissent anticiper et supporter le recours accru aux soins.
Conséquence 3 : l’agriculture
L’agriculture est l’un des secteurs les plus directement touchés par les canicules et les sécheresses. 39% de la population pakistanaise travaille dans le secteur, pour 18.5% du PIB. En Inde, plus de la moitié de la population y travaille, pour environ 23% du PIB. Outre les conséquences que ces canicules peuvent avoir sur le PIB, ce sont surtout les effets sur les cultures qui sont à craindre, dans une région du monde où beaucoup dépendent de la récolte de blé pour se nourrir. Selon les témoignages, nous trouvons des agriculteurs qui ont perdu entre 10 et 50% de leur récolte à cause de la canicule.
Alors que les autorités indiennes avait déclaré lors du mois d’avril que le pays n’était pas au bord de l’insécurité alimentaire, le discours a totalement changé ce samedi 14 mai : « l’Inde a interdit les exportations de blé sur lesquelles le monde comptait pour atténuer les contraintes d’approvisionnement provoquées par la guerre en Ukraine, affirmant que la sécurité alimentaire du pays est menacée ».
Javier Blas, spécialiste des matières premières chez Bloomberg, anticipe une forte inflation : « avant l’interdiction d’exporter, l’Inde devait figurer parmi les 10 premiers exportateurs de blé pour la saison 2022-23. La suppression de tout (ou partie) des exportations de blé prévues par l’Inde crée un trou massif dans l’offre et la demande mondiales. Les prix du blé vont encore augmenter, et rapidement«

L’Inde figure parmi les 10 plus gros exportateurs de blé au monde pour la saison à venir.
Crédit : Javier BlasCes annonces, bien que soumises à conditions, rappellent qu’une décision politique peut mettre un terme à des exportations… et donc des importations d’autres pays. Des décennies de mondialisation n’ont pas préparé les pays à supporter les aléas climatiques et leurs conséquences. Que se passera-t-il si aucune décision n’est prise pour renforcer la sécurité alimentaire des pays et que le monde se réchauffe à +1.5°C, 2°C, voire 3°C ?
Conséquence 4 : relance de la production de charbon ou blackout
L’une des solutions les plus courantes pour supporter la chaleur de la canicule est d’allumer la climatisation. Mais cela n’est pas sans conséquences, surtout dans un pays comme l’Inde. Presque 80% du mix électrique vient d’énergies fossiles, et un peu plus de 70% du charbon. Les autorités n’ayant pas anticipé que les vagues de chaleur allaient durer aussi longtemps, la forte demande d’électricité a épuisé les stocks de charbon et les coupures de courant sont très fréquentes depuis deux mois dans le pays, parfois pour plusieurs heures. Nous ne parlons pas de quelques foyers, mais de deux tiers des foyers, soit des centaines de millions de personnes.

A gauche, la production électrique annuelle en Inde (en TWh). A droite, le mix électrique par énergie en %.
Source : OurWorldInData.orgPour répondre à l’explosion de la demande d’électricité, Coal India a relancé la production à des niveaux records. Si vous avez l’image d’un serpent qui se mort la queue en tête, c’est tout à fait normal. C’est ce qu’il se passe quand on gère en catastrophe et sans planification un système électrique et plus globalement un système énergétique. On prend des décisions en urgence qui peuvent potentiellement venir aggraver le changement climatique et donc amplifier les aléas et les catastrophes climatiques.
Conséquence 5 : les effets combinés
L’un des risques identifié de la poursuite du réchauffement climatique, c’est que chaque région pourrait subir de façon différenciée plus d’évènements climatiques extrêmes, parfois combinés, et avec des conséquences multiples. Cela a plus de chance d’arriver avec un réchauffement à +2°C que 1,5°C (et d’autant plus avec des niveaux de réchauffement supplémentaires). Traduisez « combinés » par ‘plusieurs en même temps’ (canicule, suivi de mégafeux par exemple, comme au Canada en juin 2021).
Il est arrivé plusieurs cas similaires au Pakistan depuis deux mois. Avec la canicule, les glaciers fondent beaucoup plus vite que prévu et peuvent mener à des effets en cascade. C’est ce qu’il s’est passé avec plusieurs ruptures de lacs glaciaires, dont celui qui était sur le glacier Shisper.
C’est une zone surveillée par les scientifiques car ces inondations brutales peuvent non seulement avoir des conséquences économiques et sociales, mais aussi mortelles, avec des milliers de personnes risquant d’être prises dans des crues.
L’une des autres conséquences est l’augmentation du nombre de mégafeux. Selon le Forest Survey of India, les dernières années ont observé une augmentation du nombre de mégafeux, et 2022 ne fera pas exception. Ces feux ont provoqué des dizaines d’incendies agricoles, où les cultures de blé ont été détruites. Une partie des forêts de la fameuse « compensation carbone » sont également parties en fumée dans le nord du pays. Un bon rappel pour les entreprises et Etats qui souhaitent ne rien changer et planter des arbres pour compenser : cela ne suffira pas.
Est-ce que c’est de la faute du changement climatique ?
La question qui revient toujours : est-ce la faute du changement climatique ? En lisant les réactions depuis plus d’un mois, la mauvaise nouvelle c’est qu’il y a des climatosceptiques dans tous les pays qui viennent vous expliquer que cela n’a rien à voir et que des canicules et des sécheresses, il y en a toujours eu.
L’équipe du World Weather Attribution (WWA) devrait rendre son rapport définitif dans les deux semaines pour savoir si les canicules sont bien la conséquence du changement climatique anthropique. Mais que cela soit attribué de façon certaine ou non, nous savons qu’il y a déjà un réchauffement climatique d’origine humaine qui rend les canicules plus fréquentes et plus intenses. Cela ne fait aucun doute, c’est documenté dans plusieurs rapports, dont le dernier rapport du GIEC.
A quel point ces canicules ont été mortelles ?
C’est la question la plus difficile qui soit sur le sujet des canicules : à quel point sont-elles mortelles. Tout d’abord, il est important de se rappeler que la météorologie d’une vague de chaleur ne détermine pas son impact. De nombreux facteurs socio-économiques influenceront les perturbations causées par une canicule, notamment la densité de population, les conditions de logement et les systèmes d’alerte précoce.
A l’instar de la canicule de 2003 en France, cela peut prendre des années avant d’avoir une estimation finale et fiable. C’est d’autant plus le cas pour des pays comme l’Inde et le Pakistan, où nous manquons de chiffres officiels pour évaluer le nombre de morts. Concernant la fiabilité des annonces du gouvernement indien, je n’ai personnellement pas une très grande confiance. Un exemple ? L’Organisation mondiale de la santé estime qu’au moins 4 millions d’Indiens sont morts de la Covid, bien au-delà du chiffre officiel d’un peu moins de 524 000 morts. Sans surprise, le gouvernement de Modi conteste ces chiffres…
Dans le cas des canicules actuelles, il est extrêmement difficile d’obtenir des chiffres fiables. Le gouvernement indien a officiellement reconnu une dizaine de morts, certains journaux indiens des dizaines, la presse internationale entre quelques dizaines et centaines… et parfois sans aucune source !
Autre difficulté à prendre compte : l’Inde ne compte parmi les décès dus aux coups de chaleur que les décès médicalement certifiés.

Morts directement causées par une canicule en Inde, de 1970 à 2019
Source : Factly, Envistats 2022Même si la dernière décennie a enregistré un nombre records de morts à cause des canicules, il y a tout de même une meilleure gestion des canicules depuis 2015 (plus de 2000 morts), ce qui vient atténuer le nombre potentiels de morts. Mais cela ne veut absolument rien dire de l’avenir, et le nombre de morts dépendra grandement des actions prises par le gouvernement indien en termes de prévention et d’adaptation aux canicules.
L’Inde pourra-t-elle toujours s’adapter aux canicules à venir ?
Avant de conclure, il est intéressant de voir ce à quoi l’Inde peut s’attendre, en fonction du réchauffement mondial à venir.
Premièrement, l’Inde n’est qu’à +1 degré de réchauffement aujourd’hui (+1.1°C à l’échelle mondiale, +1.8°C pour la France). Sur la trajectoire actuelle de nos émissions (SSP2-4.5), l’Inde se dirige vers un réchauffement d’environ 3,5°C d’ici la fin du siècle, et environ +2°C d’ici 2040.

Source : BerkeleyEarth.org
Sauf miracle, la Terre va continuer à se réchauffer lors des (au moins) deux prochaines décennies. Dans la mesure où les canicules actuelles testent déjà les limites physiologiques des Indiens et Pakistanais, il sera important de suivre les décisions politiques d’atténuation et d’adaptation aux aléas climatiques. Les décisions prises aujourd’hui par les deux gouvernements ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Il est cependant important de se souvenir que l’Inde et le Pakistan payent les décisions égoïstes des pays du Nord, qui sont historiquement responsables du changement climatique. Le GIEC l’a rappelé dans le 2e volet sur l’adaptation : « Les limites « strictes » de l’adaptation ont été atteintes dans certains écosystèmes (confiance élevée). Avec l’augmentation du réchauffement climatique, les pertes et les dommages vont augmenter et d’autres systèmes humains et naturels atteindront les limites de l’adaptation (confiance élevée)« . En d’autres termes : des populations ne pourront plus s’adapter, et devront migrer, ou mourir.

Carte exprimant les différentes vulnérabilités, basées sur les moyennes nationales. Cette carte ne montre pas les différences à l’échelle locale. C’est pourquoi vous retrouvez sous la carte quelques exemples de populations vulnérables.
Source : Figure TS.7 du 6eme rapport du GIEC, groupe 2Le mot de la fin
On ne peut être plus clair que Christophe Cassou, auteur principal du dernier rapport du GIEC, lorsqu’il déclare que « nous vivons un avant-goût de notre futur climatique. Pour que l’exceptionnel ne devienne pas la norme, il faut réduire nos émissions de gaz a effet de serre de manière immédiate, soutenue dans le temps et dans tous les secteurs… Pas dans 3 ans, maintenant !«
En plus de la baisse des émissions, l’adaptation jouera un rôle absolument central lors des prochaines années et décennies à venir. Il est trop tard pour penser que l’atténuation des émissions puisse suffire. Mais cela ne doit pas faire oublier le très fort sentiment d’injustice climatique de ce qui arrive actuellement en Inde et au Pakistan. C’est ce que rappelle Chandni Singh , autrice principale du dernier rapport du GIEC : « les émetteurs historiques de gaz à effet de serre doivent redoubler d’efforts car, dans des pays comme l’Inde et le Pakistan, nous atteignons réellement les limites de l’adaptation à la chaleur« . Rappelons que l’Inde représente à peine 3% des émissions historiques, et le Pakistan moins d’1%. Ces pays payent et paieront entre autres les excès des pays du Nord, ainsi que les décisions égoïstes et socialement injustes de leurs dirigeants respectifs.
J’aimerais conclure cet article par une question. Je n’ai pas l’impression qu’une majorité de Françaises et Français se rendent compte que nous sommes en train de rendre des régions du monde d’ores et déjà inhabitables, alors que nous ne sommes qu’à +1.1°C de réchauffement mondial. Voulez-vous vraiment voir à quoi ressemble un monde à +2°C ?
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- Par Thierry LEDRU
- Le 09/05/2022
"La Matrice, Elle est le Monde, qu'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité."
Oui, ok, mais combien sont-ils à être ravis que ce "on" prenne soin d'entretenir la Matrice et de leur y laisser une place. Tout le problème est là. Nous ne pouvons pas grand-chose dès lors que la masse contribue par son adhésion volontaire à la Matrice. Il n'est même pas nécessaire que le "on" fasse preuve de contraintes violentes puisque l'adhésion est déjà considérablement puissante. C'est la masse elle-même qui donne son pouvoir au "on". Il faudrait donc comprendre pour quelle raison la masse est heureuse de contribuer au maintien de la Matrice. A mon sens la raison essentielle, c'est que la Matrice use de l'identification de chacun à l'ego. "Je suis" blanc, noir, riche, pauvre, célèbre, inconnu, je suis, je suis..." Et l'objectif est d'être toujours mieux que ce "je suis" et d'atteindre un "je suis" plus puissant, plus heureux, plus comblé. Et la Matrice est là pour donner à croire que c'est possible, que le travail est récompensé, que la consommation est un critère de valeur, que la compétition est une donnée naturelle, le fameux "struggle for life", le combat que la Matrice légifère. Alan Watson parlait de "l'ego encapsulé". Voilà ce dont la Matrice se sert. Le "je suis". Alors que dans la vérité, dans le monde réel, "je" n'est rien d'autre qu'une particule du Tout. Si la planète est dans cet état, c'est parce que la notion du Tout a été effacé de l'esprit des "je". L'humanité est une utopie. Elle n'est qu'un conglomérat d'individus. Au grand bonheur de la Matrice.

Morpheus : Te voilà enfin. Bienvenue, Néo. Comme tu as du le deviner, je suis Morpheus.
Neo : Très honoré de te voir enfin.
Morpheus : Non, tout l'honneur est pour moi. Par ici, viens, assieds-toi..
Je suppose que pour l'instant tu te sens un peu comme Alice, tombée dans le terrier du lapin blanc.
Neo : On pourrait dire ça.
Morpheus : Je le lis dans ton regard..
Tu as le regard d'un homme prêt à croire ce qu'il voit parce qu'il s'attend à s'éveiller à tout moment.
Et paradoxalement, ce n'est pas tout à fait faux..
Crois-tu en la destinée Néo ?
Neo : Non.
Morpheus : Et pourquoi ?
Neo : Parce que je n'aime pas l'idée de ne pas être aux commandes de ma vie.
Morpheus : Bien sur, et je suis fait pour te comprendre..
Je vais te dire pourquoi tu es là.
Tu es là parce que tu as un savoir.
Un savoir que tu ne t'expliques pas, qui t'habites.
Un savoir que tu as ressenti toute ta vie.
Tu sais que le monde ne tourne pas rond sans comprendre pourquoi, mais tu le sais.
Comme un implant dans ton esprit.
De quoi te rendre malade. C'est ce sentiment qui t'a amené jusqu'à moi..
Sais-tu exactement de quoi je parle ?
Neo : De la Matrice ?
Morpheus : Est-ce que tu veux également savoir ce qu'elle est ?
Neo : Oui.
Morpheus : La Matrice est universelle, elle est omniprésente.
Elle est avec nous, ici, en ce moment même.
Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre ou lorsque tu allumes la télévision.
Tu ressens sa présence quand tu pars au travail, quand tu vas à l'église, ou quand tu paies tes factures.
Elle est le Monde, qu'on superpose à ton regard pour t'empêcher de voir la vérité.
Neo : Quelle vérité ?
Morpheus : Le fait que tu es un esclave, Néo.
Comme tous les autres, tu es né enchaîné.
Le monde est une prison où il n'y a ni espoir, ni saveur, ni odeur.
Une prison pour ton esprit..
Et il faut que tu saches que malheureusement, si tu veux découvrir ce qu'est la Matrice.. tu devras l'explorer toi-même..
C'est là ta dernière chance, tu ne pourras plus faire marche arrière.
Choisis la pilule bleue, et tout s'arrête.
Après tu pourras faire de beaux rêves, et penser ce que tu veux.
Choisis la pilule rouge, et tu restes au Pays des Merveilles.. et on descend avec le Lapin Blanc au fond du gouffre..
N'oublies pas, je ne t'offres que la vérité, rien de plus.