Articles de la-haut
Egypte
"I have a dream..."
http://www.slate.fr/lien/33699/nous-sommes-tous-des-egyptiens
Il faudrait finalement que notre gvt opte pour des voies encore plus carcérales pour que nous devenions enfin des Egyptiens. Et la gauche ne changera rien. Ne nous leurrons pas. Ca n'est pas de politiciens dont il faut simplement changer mais de nous-mêmes.
Sarkoland
Ce qui me sidère le plus, ça n'est pas le comportement des gendarmes mais le fait que les gens restent derrière les barrières et se contentent de siffler et de huer.
http://www.liberation.fr/societe/01012317817-monsieur-le-gendarme-pourquoi-m-avez-vous-frappe
QUAND EST-CE QUE LE PEUPLE FRANCAIS VA COMPRENDRE QU'IL A LE NOMBRE ET LA
FORCE ?
L'homme ou l'être humain
"Je crois que la maladie de notre temps, la souffrance de l'homme soi-disant moderne, c'est de ne pas avoir la permission de devenir lui-même. Il devient un appareil d'une organisation rationnelle qui élimine dans l'homme l'Etre humain. Il devient un appareil qui doit fonctionner, mais la valeur de cet homme semble dépendre de son efficience, de sa façon de pouvoir faire les choses. l'homme de ntre temps veut avoir, savoir et pouvoir, mais ne s'interroge plus sur l'Etre."
K. Dürckeim.
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JARWAL LE LUTIN.
Tome 2
Extrait.
Nous avons deux directions en nous. Celle de l’homme et celle de l’être humain. L’homme appartient à une communauté d’individus et il cherche à y trouver sa place. L’être humain est tourné vers l’harmonie universelle, une quête spirituelle dans laquelle il a déjà une place. Il n’y a rien à chercher, tout est déjà là. Il convient juste de ne pas perdre cette conscience. Les Conquistadors qui détruisent la forêt sont uniquement des hommes et ils n’aiment pas les êtres humains. C’est pour ça qu’ils peuvent tuer les Kogis. »
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Une discussion aujourd'hui avec une femme médecin ophtalmologiste. Vous allez trouver étrange une telle discussion dans un cabinet médical avec une personne que je rencontrais pour la deuxième fois, mais je n'ai pas pu m'empêcher.
Elle me demandait si j'étais stressé. J'ai des migraines ophtalmiques, associées à une kérato-conjonctivite et fissure de la cornée. Oui, c'est du lourd...Je profite que je vois la totalité de l'écran pour écrire. Pas d'ondulations des lignes, pas de flashs ni d'auras lumineux. Examens tous les deux jours.
J'ai donc dit que je ne voulais sans doute plus voir ce que l'école est devenue et ce que les enfants d'aujourd'hui deviennent.
Elle n'a pas compris...
Bon, donc, voilà une partie de l'échange.
Elle : "Les jeunes ne peuvent pas décider eux-mêmes de leur vie, ils n'ont pas conscience de la réalité.
-Quelle réalité?
-La nécessité d'avoir une carrière, un bon niveau social, un pouvoir d'achat, de l'ambition, se faire une place au soleil.
-C'est comme ça que vous avez vécu votre parcours?
-C'est mon père qui a décidé pour moi. J'aimais bien l'architecture, je dessinais tout le temps à la maison mais il a dit que je devais faire médecine parce que les gens auraient toujours besoin de moi, qu'il y aurait toujours des clients. Il a eu raison et je ne regrette rien. Il avait plus conscience de la réalité que moi.
-Et vous pensez que l'école doit agir de la même façon avec les enfants et les ados?
-Bien sûr, c'est son rôle. Il faut qu'ils aient des connaissances et que ceux qui ont des qualités prennent les meilleurs postes. C'est comme ça dans notre monde. D'ailleurs, c'est ce qu'on a fait avec notre fille. Elle aime écrire et lire mais ça ne fait pas un métier. On l'a inscrite dans une école de commerce. Son papa est responsable commercial dans une grande entreprise du CAC 40. Sa voie est toute tracée.
-Vous pensez donc qu'il est inutile de les aider dans leur développement personnel, qu'il faut juste s'attacher à leur développement sociétal.
-Mais c'est quoi ça, le développement personnel ? C'est comme toutes ces idées de philosophes, quelle bêtise de mettre ça dans la tête de jeunes qui ne peuvent rien comprendre. Ils sont beaucoup trop immatures. Ca ne va pas les aider dans un plan de carrière."
J'arrête parce que ça m'embêterait de vomir sur mon clavier.
Plasticité neuronale.
Vos neurones se remodèlent et se reconnectent en permanence jusqu’à la fin de votre vie
Par Patrice van Eersel
Voilà quelque temps qu’une expression circule : « plasticité neuronale ». Vous l’avez certainement déjà entendue, mais peut-être sans réaliser combien elle bouleverse notre vision du monde. Ce que démontrent les « neuroplasticiens », comme les appelle le neurologue américain Norman Doidge, c’est que l’image même que nous nous faisons de notre cerveau change sa structure. Autrement dit, en lisant cet article, vous modifierez vos neurones... Mais la modification sera encore plus importante si vous tombez amoureux !
Pour schématiser à l’extrême, on a aujourd’hui la preuve que quasiment n’importe quelle zone du cerveau est modelable, au prix d’efforts puissants mais accessibles, et que les zones corticales « spécialisées » dans telle ou telle fonction sensorielle (toucher, vision, audition...) ou motrice (commandant nos centaines de muscles...) peuvent se remplacer les unes les autres. Une plasticité vertigineuse. Certaines personnes fonctionnent avec seulement un demi-cerveau ! [1] D’autres avec 90% des liaisons entre néocortex et bulbe rachidien rompues ! Autrement dit, l’engin cosmique que nous portons dans notre boite crânienne est habité de potentialités infiniment plus étonnantes que tout ce qu’on avait pu imaginer de plus fou. Cela ouvre des perspectives faramineuses, pour développer des capacités inconnues, mais aussi pour « réparer » ceux qui souffrent de troubles psychiques et neuronaux, c’est à dire une foule de gens. Aujourd’hui, les lycéens apprennent la « triple plasticité du système nerveux ». En peu de temps, sous l’influence d’émotions, d’images, de pensées, d’actions diverses, peuvent se produire plusieurs phénomènes : 1°) vos neurones peuvent se développer (jusqu’à décupler leur taille) et multiplier leurs synapses (ou au contraire se ratatiner si vous ne faites rien) ; 2°) vos réseaux de neurones peuvent s’adapter à des nouvelles missions, jusqu’à remplacer un sens par un autre (la vue par le toucher, par exemple) ; 3°) enfin, l’ensemble de votre cerveau peut entièrement se réorganiser, par exemple à la suite d’un accident.
Mais savez-vous que, jusqu’aux années 70, l’expression même de « plasticité neuronale » était littéralement tabou chez les neurologues et les neuropsychiatres ? Parmi les nombreux livres qui, depuis quelque temps, racontent comment ce tabou a été renversé, le plus intéressant est sans doute celui de Norman Doidge, psychiatre de Toronto et chroniqueur au National Post canadien. Son livre, Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau [2] vous embarque dans une vraie saga. Fantastique et surtout stimulante, parce que les histoires qu’elle raconte reviennent finalement à dire que, si vous le voulez vraiment, vous pourrez garder un esprit élastique jusqu’à votre mort - même si vous dépassez cent ans. Cette élasticité dépendra essentiellement de deux données : votre goût pour le nouveau et votre capacité à l’empathie. Quant à tous ceux qui souffrent d’un handicap neuronal ou psychique, cette nouvelle vision représente pour eux une immense bouffée d’espoir.
L’incroyable intuition des frères Bach-y-Rita
Norman Doidge est un bon conteur. Il nous présente plusieurs personnages hors norme, grâce à qui ces réalités si longtemps méconnues nous sont devenues accessibles. Des personnages étonnamment modestes - ce qui n’est pas toujours le cas des grands champions en médecine. Le premier portrait de Doidge est celui d’un « médecin-ingénieur-bricoleur » américano-hispanique, du nom de Paul Bach-y-Rita. Un type absolument inattendu, habillé à la Charlot, et d’une convivialité exquise...
Tout commence vraiment en 1959, le jour où Pedro Bach-y-Rita, vieux poète et érudit catalan émigré aux États-Unis, se retrouve paralysé par un accident vasculaire cérébral (AVC). Le pronostic des spécialistes est rapide : rien à faire, il sera hémiplégique à vie et ses jours sont comptés. Le fils aîné de Pedro, George Bach-y-Rita, est un jeune psychiatre qui refuse de croire son père fichu. Une inspiration « délirante » (il ne connaît rien à la rééducation) lui dicte de considérer le paralytique comme un nouveau-né et de lui réapprendre tous les gestes à la base. Avec l’aide d’un ami et d’équipements bricolés, il va mettre le vieux monsieur à plat-ventre dans le jardin, pour le faire ramper, puis marcher à quatre pattes, sous les yeux des voisins choqués. Au bout d’un an d’exercices quotidiens acharnés, Pedro Bach-y-Rita jouera du piano, dansera et redonnera des cours à la faculté, à la stupeur des toubibs. Personne n’y comprend rien, pas plus George que les neurologues.
Pourtant, le fils cadet du « miraculé », Paul Bach-y-Rita, qui revient d’un long voyage et a suivi avec émerveillement l’achèvement de l’exploit de son frère et de son père, prononce un mot : neuroplasticité. Mais à l’époque, personne ne sait de quoi il parle. Paul est un génie touche-à-tout. Il a vécu dans dix pays, parle six langues, a étudié la médecine et la psychopharmacologie, et va bientôt se mettre à l’ingénierie biomédicale, ainsi qu’à la neurophysiologie de l’œil et du cortex visuel. Sa lecture transversale et hétérodoxe des données scientifiques disponibles (en particulier des expériences allemandes prouvant que le cortex visuel du chat est également sensible aux sensations tactiles) l’en a convaincu : notre système nerveux est une entité vivante infiniment plus modelable et élastique que ce que nous croyons. Quand son père meurt, six ans plus tard, de sa « belle » mort, Paul fait autopsier son cerveau et découvre cette chose stupéfiante : 97% des nerfs reliant son cortex cérébral à sa colonne vertébrale avaient été détruits par l’AVC. Il a donc vécu durant six ans avec 3% de connexions seulement - et c’est sur cette base que son fils George l’a rééduqué ! Mais les neurones correspondant à ces 3% se sont formidablement développés, pour remplir toutes les fonctions vitales - ce qui est strictement impossible en théorie.
Confirmé dans ses intuitions, Paul va se mettre à l’invention d’une machine incroyable : un fauteuil qui, par transformation d’images en impulsions électriques, permettra à des aveugles de voir par la peau ! Trente ans plus tard, ce fauteuil pesant deux tonnes est devenu un appareil minuscule qui, au lieu d’envoyer ses « pixels électriques » à tout le dos de la personne, lui irradie (très discrètement) la langue. Et de cette façon, l’aveugle « voit » avec sa bouche, suffisamment bien pour reconnaître la silhouette d’une actrice, ou éviter un ballon qu’on lui envoie dessus ! Des images « visuelles » arrivent donc à sa conscience à partir de son ressenti tactile.
Le premier article de Paul Bach-y-Rita dans la revue Nature date de 1967, mais il faudra attendre les années 1990 pour qu’il soit vraiment pris au sérieux. Il ne s’en est jamais vexé - les pionniers, souvent un peu mégalos, qui finissent paranoïaques parce que leur milieu les rejette, devraient prendre exemple sur lui ! Aujourd’hui vieux à son tour, Paul Bach-y-Rita dit en riant qu’il peut « relier n’importe quoi à n’importe quoi ». Par exemple, cas le plus simple, détourner quelques-uns des nombreux nerfs de la langue, pour redonner leur motricité à des parties « mortes » du visage de certains accidentés (dont le cerveau apprend que telle partie de leur langue est en fait leur joue). Longtemps, il a été considéré comme un farfelu. Les premiers à avoir cru en lui sont les centaines de personnes qui, sous sa conduite, ont retrouvé leur motricité, leur dextérité, leur équilibre, leur vie ! Certes, pour y parvenir, tous ont dû fournir des efforts colossaux, quotidiennement, pendant des mois, des années. Il faut franchement en vouloir (au moins autant que le vieux papa de ce génie) et ne pas se décourager devant la lenteur des progrès et l’apparente impossibilité de la tâche. Moyennant quoi, l’adaptabilité de notre système nerveux central dépasse l’entendement.
Désormais, les neurologues décrivent les « zones » de notre cerveau comme des « processus plastiques interconnectés », susceptibles de traiter des informations d’une diversité insoupçonnée. Certes, ces zones ne sont pas sans spécialisation : la Zone de Broca joue bien un rôle essentiel dans le langage, comme la Zone de Wernicke en joue un dans la vision. Mais ces spécificités ne sont pas aussi rigides et cloisonnées qu’on le pensait. En leur temps, au XIX° siècle, le Français Paul Broca et l’Allemand Carl Wernicke - et jusqu’à l’Américain Wilder Penfield, un siècle après eux - furent eux-mêmes des génies, d’avoir su localiser les zones corticales qui allaient porter leurs noms. Mais à leur suite, s’est développée une vision fondamentalement « localiste » du cerveau, avec des zones immuables, supposées être « câblées » comme des machines électriques, ce qui a rigidifié toute la neurologie. Si une zone était détruite, il n’y avait plus grand chose à faire... Et comme les disciples ont toujours tendance à ériger les idées de leurs maîtres en dogmes, la rigidité psycho-neurologique est devenue plus dure que du béton.
La tendance « localiste » a des fondements puissants. Nos réflexes les plus archaïques dépendent incontestablement de notre moelle épinière et de notre bulbe, et nos pulsions vitales de petites structures enfouies au centre de notre crâne, familièrement regroupées sous le terme de « cerveau reptilien ». Quant à notre énorme néocortex, qui enveloppe le tout, il est clair que, sans lui, nous n’aurions aucune des capacités humaines, réflexion, langage, discernement... Il n’empêche : découvrir que tout cela est infiniment souple et adaptable donne un formidable souffle nouveau à notre connaissance de nous-mêmes et à nos thérapies. Nos cent milliards de neurones et nos dix mille milliards de connexions synaptiques constituent une jungle grouillante, que nous pouvons influencer et « jardiner », jusqu’à en redessiner les structures de fond.
Le thérapeute mathématicien de la neuroplasticité
Un autre grand personnage de cette révolution est l’Américain Michael Mezernich. Lui aussi a l’intuition de la neuroplasticité dans les années 60, quand il est encore étudiant à l’université de Hopkins et qu’il suit avec passion les travaux de David Hubel et Torsten Wiesel, sur l’aire visuelle du cerveau (qui leur vaudront le prix Nobel de médecine, en 1981). Hubel et Wiesel prouvent que la spécialisation du cerveau n’est pas génétiquement à 100% prédéterminée et que tout se joue dans les premiers mois de la vie : un nouveau-né à qui l’on banderait les yeux pendant un an ne verrait jamais. La fonctionnalité cervicale se développe dans l’action. Mais pour eux, cette relative plasticité neuronale s’arrête ensuite. Une fois structurés, les réseaux de neurones le sont à jamais. Michal Mezernich va patiemment prouver le contraire : rien n’est jamais arrêté dans le cerveau...
Sa démonstration va essentiellement reposer sur des expériences écologiquement incorrectes - sur des singes - à l’aide de micro-électrodes (le super scanner de l’IRMf - imagerie à résonance magnétique nucléaire fonctionnelle - viendra plus tard confirmer les données). Pour faire bref, Mezernich démontre que les neurones se comportent comme des êtres à la fois indépendants et collectifs, en compétition les uns avec les autres et utilisant leurs réseaux pour « coloniser » tout territoire vacant. Ce n’est pas que les neurones puissent repousser (un adulte en perd vingt à trente mille par jour), mais leur taille, leur puissance et surtout leurs connections entre eux varient dans des proportions considérables. Si l’arrivée du nerf sensoriel du milieu de votre main est coupé, vous n’allez momentanément plus rien sentir de cette partie de votre corps. Puis une certaine sensibilité va peu à peu revenir. Pourquoi ? Parce que les nerfs des périphéries de votre main vont progressivement occuper l’espace neuronal ainsi neutralisé et remplir la fonction délaissée. Cette mobilité spontanée est permanente et peut s’avérer rapide : Mezernich découvre que nos aires cérébrales changent selon mois, les semaines, parfois les jours. Et il parvient à mathématiser une loi fondamentale du processus : « le temps sensoriel engendre l’espace neuronal ». Par exemple si, avec votre pouce, vous sentez systématiquement, dans l’ordre temporel, votre index, puis votre majeur, puis votre annulaire, les neurones correspondant à l’index, au majeur et à l’annulaire se rangeront spatialement dans cet ordre-là, à l’intérieur de votre cerveau.
Une logique globale règne sur l’ensemble : si l’on inverse les nerfs des pattes droite et gauche d’un singe, après une période de chaos, le cerveau du pauvre animal se rééduque de lui-même et rétablit le circuit dans le bon ordre !
Bref, Michael Mezernich brise le tabou et impose le mot « plasticité » en neurologie. Au point que le fameux Torsten Wiesel fera un geste rare : le prix Nobel reconnaîtra s’être trompé, adoubant en quelque sorte toute une nouvelle façon de penser. Une façon théorique, mais surtout thérapeutique. Car Mezernich va passer l’essentiel de son temps à développer une méthode, le Fast For Words, destinée aux personnes en difficulté, en particulier aux enfants présentant des déficiences verbales et mentales et aux seniors souffrant de maladies dégénératives. En suivant des exercices audiovisuels, d’abord très lents, puis de plus en plus rapides, des milliers de personnes vont ainsi mettre leur plasticité neuronale directement au service d’une rééducation et d’une guérison inespérées. En fait, les conseils essentiels de Michael Mezernich sont simples :
• ne jamais cesser d’apprendre, régulièrement, toute sa vie, des choses nouvelles, dans des disciplines nouvelles, de façons nouvelles ;
• se méfier des la pollution chimique... sonore ;
• ne pas se décourager devant la lenteur de la rééducation, qui avance par paliers ;
• comprendre que les médicaments neurochimiques peuvent aider, mais ne remplacent pas l’exercice ;
• éviter la tension, le diabète, le cholestérol ou le tabac, qui sont les ennemis de la plasticité neuronale ;
• aimer les aliments anti-oxydants (fruits, légumes, poissons), l’activité physique, le calme, la gentillesse, le rire et l’empathie, qui favorisent la plasticité.
Pourquoi la neuroplasticité change tout
Beaucoup de révolutionnaires de la première moitié du XX° siècle, qui avaient espéré « créer un homme nouveau », ont fini très pessimistes, après les horreurs auxquelles ils avaient assisté, tel Arthur Koestler, concluant ses dernières synthèses scientifiques [3], dans les années 60-70, par l’idée que l’humanité était vraisemblablement atteinte d’une « erreur de fabrication » irrémédiable. Pourquoi ? Notamment parce que notre néocortex, siège de la pensée, de la raison et du langage, fierté éblouissante de notre engeance et nouveauté absolue sous le firmament, entrait inexorablement en court-circuit avec nos cerveaux archaïques, sièges de nos pulsions vitales, égoïstes et sauvages. Entre les deux, il n’y avait finalement pas de médiation possible - quoi qu’aient pu tenter la psychanalyse et la psychiatrie. Et cela dégénèrerait donc toujours en catastrophe, jusqu’à l’hécatombe terminale.
Ces désabusés n’avaient pas forcément tort. Sauf sur un point. Essentiel. Leur défaitisme reposait entièrement sur la vision d’un cerveau fixe, sinon immuable, du moins ne pouvant se transformer qu’à très long terme, à l’échelle darwinienne de dizaines ou de centaines de milliers d’années d’évolution. Mouvement trop lent pour faire face aux métamorphoses fulgurantes de la civilisation. Or, ce que nous apprenons, un demi-siècle plus tard, contredit cette vision dans des proportions si ahurissantes, qu’il faut véritablement s’accrocher à son fauteuil, pour oser intégrer ce que ces nouvelles découvertes nous disent. Une mutation autocontrôlée de l’être humain est neuronalement possible. Cette mutation doit se dérouler à la fois sur les plans individuel et collectif, car nos cerveaux sont fondamentalement bâtis pour être reliés à d’autres cerveaux. Sans cela, ils ne pourraient même pas s’édifier. C’est là l’objet du second grand article de notre dossier.
Fichez leur la paix !
C'est quand même fou cette volonté d'influer sur le cours des peuples.
http://desyeuxpourvoir.blogspot.com/2011/01/ny-allez-pas-vous-netes-pas-les.html
Les Alakalufs auraient préféré ne jamais rencontrer les Blancs, ni personne d'autre d'ailleurs. Ils sont tous morts.
http://www.moncelon.com/alakalufs.htm
Et malgré ces extinctions répétées, le monde moderne continue à poser ses pieds et la mort, là où il n'est pas invité.
Il y a sans doute quelques milliardaires qui attendent avec impatience l'extinction des Sentinelles pour racheter l'île au gouvernement...Un hôtel de luxe sur la plage des derniers sauvages, ça serait un beau slogan touristique...
Allez- y, tirez vos flèches, découpez en rondelles la viande des envahisseurs. Pas de prisonniers, pas de concession.
Culture de l'émotion
Notre époque moderne semble marquée par une recherche de ce que M. Lacroix nomme « l’émotion choc ». Cette boulimie de sensations fortes et immédiates provoque une sur stimulation au détriment de « l’émotion contemplation », héritée de l’époque romantique, qui, elle, conduit à la métabolisation des sentiments.
«Une émotion s’appauvrit d’une part quand elle se réduit à de l’excitation et d’autre part quand elle abolit la communication avec autrui. Or le danger qui menace la sensibilité d’aujourd’hui est précisément la dérive vers une émotion à la fois survoltée et déconnectée d’autrui, artificielle et égocentrée. » (Lacroix, 1999, p. 107).
Cet auteur remarque que ces deux cultures de l’émotion génèrent un rapport au monde très différent.
Dans « l’émotion choc », la primauté est donnée à l’action, elle est utile par sa capacité de déclencher une réaction rapide, en particulier en cas de danger, elle a vocation d’adaptation et de survie. Elle s’inscrit dans l’instant, « elle éclate dans une sorte de fulguration » (ibid., p. 120), elle se nourrit de la variété et suit un rythme accéléré, elle laisse le souvenir d’un plaisir fulgurant mais qui le lendemain peut se révéler amer.
« L’émotion sentiment » s’inscrit, elle, dans la durée, elle a besoin du temps pour s’approfondir, elle implique une présence au monde qui demande de la disponibilité, elle renaît à chaque évocation et vient enrichir la vie intérieure.
«Alors que « l’émotion choc » aide à survivre dans le monde, « l’émotion contemplation » permet de jouir de la saveur du monde. La première est l’instrument du corps agissant, la seconde est liée au cœur réceptif.»
Pour ma part, je me heurte de plus en plus à cette société de « l’émotion choc », jusque dans ma classe. Et j’en suis immensément fatigué.
Les élèves ne supportent plus le temps nécessaire à la construction d’une émotion contemplation, à cette construction progressive d’un bonheur durable. Ils sautent d’une situation fugace à une autre, de la même façon qu’ils zappent ou changent de jeu vidéo…Juste une espèce d’addiction destructrice. Il leur faut leur dose dans l’immédiat…Un choc émotionnel comme un trip.
Je n’ai plus ma place dans ce milieu-là.
Il faut que je m’en aille. Je ne veux pas cautionner par mon engagement un système de valeurs qui me révolte. Et je n’ai plus envie de lutter pour des enfants qui n’entendent plus rien. Je ne suis pas un « people », je n’ai aucun pouvoir. Ce métier est mort. Je suis entré dans cette voie de l’enseignement parce que j’avais un respect immense, inconditionnel pour mon maître de CM2. Qu’est-ce qui reste de cette « aura » du maître ? Nous n’existons plus dans ce monde-là. Notre parole n’a aucune valeur parce que les valeurs aujourd’hui sont des valeurs marchandes. Un « people » qui gagne de l’argent mérite d’être écouté, envié, copié. Qu’est-ce qu’un instituteur face à ce pouvoir de l’argent ? Un porteur de paroles ? Et alors ? Personne n’écoute.
Ce monde est au service de l’émotion choc. Elle n’est pas inutile. Je cours aussi après dans une descente à skis. Mais je n’ai pas oublié pour autant de m’extasier devant le paysage. Et j’aurais même auparavant gravi la pente, lentement, le souffle court. Une émotion choc qui m’appartient pleinement. Je ne serais pas en manque lorsque celle-ci s’essoufflera. Il me restera le bonheur de savoir la produire.
Je n’ai pas de dealer.
Et je ne veux pas faire de ma classe un centre pour toxicomanes.
Je vais écrire. Cette émotion-là est longue à construire.
Le dernier épisode
de Jarwal le lutin. Le numéro 20...
Il ne s'agira plus de raconter le passé de l'humanité mais d'aller voir son futur. On sera en 2050.
Disparition quasi totale de la haute technologie. Ca va être passionnant tout ça. J'espère que je serai encore là quand ça arrivera. Ca va envoyer du lourd :)
Bon, au travail, j'ai encore 18 épisodes à écrire...
Reçu.
Laura Mare m'a appelé pour me dire que "Jarwal le lutin" sera publié pour une sortie en mai de cette année.
Très heureux.
J'en suis à l'écriture du deuxième tome. Des heures d'écriture depuis le début de l'année. Un immense bonheur dans ce travail.
J'ai même fini par délaisser la montagne...Elle sera toujours là de toute façon. Mais mes idées et l'euphorie d'écriture sont des choses fluctuantes. je me dois de les saisir au vol.
Bien à vous.
Un changement involontaire
Comme vous avez pu le constater, le blog a changé et je n'en suis pas responsable. Je n'avais aucunement envie de changer le graphisme, les couleurs, la mise en page etc...
C'est l'hébergeur qui m'a envoyé un message pour me dire que le "thème" que j'utilisais allait disparaître et que je devais en choisir un autre...
Bon, pourquoi changer quelque chose qui convient, je n'en sais rien. Cette mode du changement me déplaît fortement.
D'autant plus que je ne suis pas informaticien, que ça me saoule, que je n'aime pas passer des plombes à chercher comment faire ci, comment faire ça pour au final ne rien réussir.
Donc, je suis désolé pour ce changement soudain. Personnellement, je n'aime pas du tout cette présentation.
J'ai demandé aux personnes responsables du site d'hébergement de m'aider mais la dernière fois que j'ai eu besoin d'une intervention, je n'ai rien compris à leur réponse... C'est pénible, et même très pénible, ces gens très compétents dans leur domaine et qui pensent que quand un néophyte comme moi a besoin d'aide, on peut lui répondre avec des termes et des phrases incompréhensibles.
Je viens de passer une bonne partie de la matinée (qui du coup était une mauvaise partie) à essayer d'améliorer les choses mais sans succès.
A voir la semaine prochaine quand j'aurai eu une réponse (si tant est qu'elle soit compréhensible et applicable)
Indignez-vous.
" La notion d’hypocrisie est importante pour voir comment les gouvernements et peut-être aussi les grandes entreprises disent tendre vers les droits et l’égalité, vers un progrès de l’économie qui bénéficierait à tous et notamment aux plus pauvres. En réalité, ils s’arrangent pour garder le pouvoir même si ce pouvoir ne répond pas aux besoins des citoyens. Elles veulent également conserver l’emprise économique même si les résultats ne bénéficient qu’à une petite élite, celle que Susan George (présidente d’honneur d’Attac – NDLR) appelle «la classe de Davos», c’est-à-dire les possédants. Nous vivons encore dans un monde où les possédants ont encore droit à tous les bénéfices et où les possédés ne savent pas suffisamment résister."
STEPHANE HESSEL "Indignez-vous."
Le progrès
Alors, donc, voilà...J'ai fini l'écriture de "Jarwal le lutin" et le thème principal est "le progrès".
L'histoire commence de nos jours. Marine, Rémi et Léo, frères et soeurs, sont infiniment amoureux de la Nature. Ils passent des heures à marcher en montagne, à jouer dans les forêts, au bord des ruisseaux, à observer les animaux. Leurs parents les ont entraînés depuis leur petite enfance dans les lieux les plus sauvages, d'éblouissantes balades, à toutes saisons.
Marine, la grande soeur, a développé une certaine philosophie de la vie, une observation critique du monde adulte, un regard lucide. Ses deux frères, attachés aux mêmes valeurs, nourris par les mêmes exigences, portent en eux la même idée de respect envers la Vie.
Ils sont abordés un jour par un lutin, Jarwal.
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CHAPITRE 2
"Ils arrivèrent au bord du petit Lac vert. Une eau immobile posée dans un écrin de pierres plates et de blocs erratiques, comme des galets monumentaux jetés adroitement par des montagnes espiègles. Ils s’assirent au bord de l’étendue miroitante et sortirent chacun une pomme. Devant eux se dressait comme un pilier céleste le sommet de la Grande Montagne, une masse pyramidale sculptée habilement par des millénaires d’érosion, ils devinaient partant vers l’est le sentier menant au Col de l’Alpette. Arrivés là, il resterait les longues courbes ascendantes menant au sommet, des marches taillées par le ruissellement et les éboulis et le final rocheux dans le labyrinthe des grandes dalles empilées et polies.
« C’est quand même marrant que les pommes qu’on mange à la maison ne sont jamais aussi bonnes que celles qu’on mange ici, s’étonna Rémi.
-Ah, oui, c’est vrai ça, enchaîna Léo. Celle-là, je la déguste au moins.
- C’est surtout qu’on l’a bien méritée, alors on l’apprécie à sa juste valeur, ajouta Marine.
-C’est tout à fait ça, » renchérit une voix inconnue.
Ils se retournèrent et sursautèrent tous les trois. Comme un seul homme, Rémi et Léo vinrent se réfugier près de leur sœur.
Debout au sommet d’un bloc aussi rond qu’une tête de nouveau-né se tenait un petit être extraordinaire, coiffé d’un large chapeau vert aux bords écornés. Il ne devait pas mesurer plus d’un mètre. Un long manteau gris éculé descendait jusqu’aux pieds mais laissait apparaître des chaussures au bout arrondi. Un sac de peau en bandoulière, un nez renflé comme une bonbonne, un ventre proéminent, des joues rosées encadrant des yeux malicieux, des sourcils épais comme des buissons, une peau tannée par les ans.
L’individu souleva son chapeau et libéra une chevelure exubérante.
« Bonjour chers amis, je suis Jarwal le lutin. »
Une voix étrangement posée, grave et profonde comme un gouffre. Sur un visage aussi rieur, l’effet était percutant.
« Je vous attendais et j’espérais ce moment depuis longtemps déjà.
-Comment savais-tu que nous viendrions ici ?
-Je le savais, c’est tout.
-Et pourquoi dis-tu que tu espérais ça depuis longtemps ?
-Il fallait que je vous parle. Aujourd’hui, c’était l’occasion rêvée. »
Les trois enfants restaient serrés, nullement rassurés par cette apparition irréelle.
« N’ayez pas peur de moi chers enfants. Je sais que mon apparition est brutale et que vous n’êtes pas habitués à croiser des lutins tous les jours.
-C’est sûr », pensa Rémi secrètement.
Léo essayait de reconnaître un de ses copains sous un fabuleux déguisement.
Rémi se demandait comment cet étrange individu avait pu apparaître aussi soudainement, sans qu’ils n’aient rien entendu.
« Qu’est-ce que vous nous voulez ? interrogea Marine qui s’efforçait de retrouver son calme.
-J’ai besoin de vous parler. C’est même bien plus qu’un besoin, c’est vital.
-Est-ce que vous êtes armés ?
-Non, Marine, ne t’inquiète pas. Tu tiens très bien ton rôle de grande sœur mais je t’assure que vous ne risquez rien. Je ne vous veux aucun mal, bien au contraire. Je vous connais depuis longtemps et je vous aime beaucoup.
-On ne t’a jamais vu pourtant ? Comment c’est possible que tu nous connaisses ? s’insurgea Rémi qui tenait à montrer son courage.
-Tu t’appelles Rémi, tu as dix ans. Tu adores le ski, tu aimes les histoires d’aventures.
-Et moi ?
-Tu es Léo, tu as huit ans, tu es dans la classe de ton papa qui est instituteur. Tu adores l’escalade et les voyages, comme ton grand frère d’ailleurs. Et Marine, votre grande sœur a douze ans. Elle adore la nature, les livres, les légendes. Mais, ça serait très long que je raconte tout ce que je sais de vous. Il a fallu que je vous observe pendant longtemps avant de savoir si vous pouviez être les Elus.
-Les Elus ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
-Chère Marine, je vais descendre auprès de vous trois vous expliquer tout ça.
-Non, ne bouge pas de là-haut, lança-t-elle fermement. Ouvre d’abord ton manteau et montre l’intérieur de ton sac. Je veux être certaine que tu n’as pas un couteau ou une autre arme avant de t’approcher. »
Le lutin obtempéra immédiatement en souriant. Il délaça une cordelette usagée et ouvrit son manteau. Il n’y avait qu’un ventre dodu couvert par une chemisette rapiécée. Il prit son sac et y plongea la main. Il en sortit un volumineux ouvrage.
« Voilà le Livre, celui pour lequel je suis là. »
Les trois enfants furent surpris qu’un livre aussi gros tienne dans un aussi petit sac sans même qu’il en dépasse ou ne déforme la peau. Comme si la musette n’avait pas de fond…
« Bien, tu peux descendre Jarwal, annonça Marine.
-Merci, chère enfant. »
Le lutin fit un bond prodigieux accompagné d’une pirouette et retomba souplement sur ses pieds devant le trio éberlué.
« Wouah, comment tu as fait ça, trop génial ! lança Léo.
-Je savais que ça te plairait l’acrobate, tu es très fort également, je t’ai vu grimper sur les rochers et aux arbres. Tu es très adroit aussi. Et Rémi n’est pas à plaindre non plus.
-Tu dis que tu nous as vus et nous on ne t’a jamais vu. Comment est-ce possible ? demanda Marine.
-Beaucoup de choses sont possibles Marine. Sauf celles qu’on juge impossibles. Ce sont nos pensées qui construisent la réalité. Mais j’aimerais vous parler de moi. Vous avez le droit d’en savoir davantage et ainsi vous ne vous sentirez plus en position d’insécurité car c’est ça qui vous gêne pour l’instant. »
Le lutin s’assit en tailleur devant les trois enfants, il plongea la main dans son sac et en sortit une petite bourse.
« Je peux t’emprunter ta gourde Rémi s’il te plaît ?
-Oui, acquiesça le garçon.
-Ceci est du sel, » expliqua-t-il en déposant une pincée sur sa langue. Il plongea une main dans son sac et en ressortit une timbale cabossée.
Le lutin déposa un nuage de grains dans le récipient et le montra aux enfants.
« Vous voyez, le sel est bien là, au fond. »
Il remplit la timbale avec l’eau de la gourde.
« L’eau est visible mais plus le sel. Et pourtant, il est là mais il s’est dissous. Et bien, il en est de même avec la vie. On voit ses formes et je sais que vous aimez celles de la nature, on voit que son imagination est incommensurable mais tout cela n’est qu’une infime parcelle de la réalité. L’essentiel n’est pas visible car il est dissous dans les formes. C’est l’énergie fondatrice. Sans elle, il n’y aurait aucune forme. Si je suis à vos côtés, c’est parce que je sais que vous êtes capables de comprendre ça. Non pas avec votre tête mais avec votre âme. Avec votre amour de la vie. Parce que vous êtes des cœurs purs. Des âmes qui ne se sont pas égarées. Tu parlais tout à l’heure des aveuglés Marine. Et bien, vous n’en faites pas partie. »
Un silence interrogatif. Des réflexions secrètes au cœur de chacun. Marine scrutait le visage de Jarwal. Les yeux brillaient de malice et en même temps, du visage, émanait une infinie sagesse, une connaissance immense. Elle n’arrivait pas à lui donner d’âge.
« J’ai 835 ans Marine, si je parle selon votre notion du temps. »
Marine se demanda s’il lisait dans les pensées.
« 835 ans ! reprit Léo, estomaqué.
-C’est impossible, répliqua Rémi aussitôt.
-Je ne suis pas de votre monde les enfants. Et je n’ai pas la même mission à mener. Celle-ci réclame une durée de vie extensible. Mais, voilà mon histoire. Assez de mystères. Je suis le Gardien du Livre. Celui qui doit veiller sur la vie des êtres du Petit Peuple, les lutins, les gnomes, les elfes, les fées, les korrigans mais également sur la Nature. Et ce Petit Peuple est en péril tout comme la Nature. Ce que les hommes ont nommé le progrès représente finalement une menace redoutable. Mon rôle est de trouver des êtres prêts à changer de voie en espérant qu’ils parviendront à toucher leurs semblables.
-Et c’est à nous que tu as pensé ? C’est nous que tu as choisis ?
-Oui Marine, vous et d’autres enfants à travers le monde.
-Et que devons-nous faire ? demanda Rémi, intrigué.
-Juste écouter ce que j’ai à vous dire. Maintenir la vie du Petit Peuple en leur offrant une place dans votre esprit. Aimer la Nature pour que votre engagement et votre attitude serve de modèle.
-Mais on est que des enfants nous ? On ne peut pas faire ça ? objecta Léo qui n’en perdait pas une miette.
-Un enfant est un adulte en devenir et nous savons, tous mes amis et les Grands Sages, que l’avenir de ce monde est entre les mains des enfants. Non pas qu’ils doivent entrer en lutte contre les adultes d’aujourd’hui mais ils doivent ne pas devenir les mêmes adultes. Et il est très difficile de ne pas suivre les modèles les plus puissants. Vous, les enfants, êtes des proies très fragiles. Les adultes le savent d’ailleurs et s’en servent.
-Nos parents ne sont pas de mauvais adultes, contesta Rémi.
-Je le sais Rémi et c’est aussi une des raisons de mon choix. Vos parents vous ont déjà lancés sur une voie différente. Vous ne faites pas partie de la masse aveuglée. D’autres enfants à travers le monde ont cette chance. C’est vous tous que nous avons pour mission de contacter.
-Tu n’es pas tout seul dans cette mission alors ?
-Non Marine, nous sommes très nombreux. Mais nous devons rester discrets et prudents. Je suis par contre le seul gardien du Livre.
-Pourquoi vous ne parlez pas à tout le monde ?
-Parce que nous serions pourchassés Léo. Regarde les peuples minoritaires qui peuplent encore cette planète, ceux qui sont encore en contact avec la Nature, ceux qui l’aiment et la respectent. Ils sont parqués, humiliés, exterminés par des moyens plus ou moins légaux. Beaucoup ont même déjà totalement disparu. Nous ne sommes même pas des humains. Nous serions des ennemis à abattre. Notre message ne correspond absolument pas aux projets et aux objectifs de la majorité des hommes aujourd’hui. Surtout des hommes les plus puissants. C’est pour cela que nous avons décidé de nous adresser aux enfants.
-Est-ce que nous avons la possibilité de refuser ?
-Bien entendu Marine. Vous êtes totalement libres et je vous assure que cela ne comporte aucun danger. Il s’agit juste d’écouter une histoire.
-Je ne vois pas en quoi ça pourrait sauver le Petit Peuple, s’étonna Rémi.
-C’est parce que je ne vous ai pas encore tout expliqué. »
Le lutin posa le grand livre devant lui, cérémonieusement, avec une infinie précaution, comme s’il manipulait un trésor inestimable. La couverture en cuir épais portait des inscriptions soignées, des calligraphies minutieusement taillées, des dessins en relief, creusés dans la matière, un titre imposant.
« Le Livre. »
Marine n’en avait jamais entendu parler, elle n’avait jamais rien lu sur cet ouvrage mystérieux.
Jarwal ouvrit le livre par la fin. Il tourna lentement les pages, lissant amoureusement le papier granuleux avant de prendre la page précédente. Chaque feuille était blanche, vide. Du visage du lutin émanait une tristesse insondable.
Les enfants ne comprenaient pas. Quel était l’intérêt d’un livre sans histoires ?
A chaque page, ils espéraient voir apparaître quelques lignes, un dessin…Mais le lutin continuait son douloureux égrenage de pages blanches, vides, ternes sans oublier de caresser religieusement chaque étendue dévoilée avant de continuer. Il arriva enfin vers la moitié de l’ouvrage et les trois enfants virent apparaître quelques mots, une demie ligne, quelques esquisses de phrases, hachées, coupées, comme gommées par endroits, une respiration de moribond, puis les pages se remplirent davantage, les mots prirent un rythme régulier, des dessins apparurent, des calligraphies sur les bords, puis des couleurs égayèrent l’ensemble.
Le visage du lutin avait changé, une esquisse de sourire, moins de douleur au fond des yeux, un regard attendri comme s’il veillait un nouveau-né.
« Voilà le drame de ma longue vie. »
Le lutin ferma le livre et tourna vers les enfants la couverture enluminée.
« Le Livre contenait toutes les vies de mes compagnons, toutes les aventures, les légendes, les contes, les épopées, tous les adversaires les plus redoutables de la vie elle-même. Même les êtres mauvais sont nécessaires pour que se révèlent les êtres bons. Les épreuves proposées par les adversaires sont des opportunités de développement. Mais un ennemi plus impitoyable que tous les rivaux que j’ai connus a pris le pouvoir et a condamné Le Livre à l’effacement.
-Qui est cet ennemi ? demanda Marine, interloquée.
-Le progrès. »
Le mot tomba comme un couperet de guillotine. Les yeux du lutin se chargèrent de colère.
« Le progrès qui a conduit les humains à quitter la Nature et à oublier le Petit Peuple. Le goût immodéré de la possession comme une source de vie, la soif de pouvoir, pas nécessairement sur les autres mais cette idée stupide que l’accumulation de technologies donne ce pouvoir. Posséder puis jeter pour posséder encore, le dernier objet à la mode, s’enrichir et posséder encore, travailler d’arrache pied pour accumuler et s’enrichir, prendre du pouvoir en arguant de ses possessions. Cette existence moderne est devenue une aberration. A posséder des choses matérielles l’individu se dépossède de lui-même. Il s’emprisonne dans ses désirs et pire encore dans la peur de tout perdre. Il appartient lui-même à ce qu’il croit posséder. Et dans ce marasme coloré de lumières électriques le Petit Peuple dépérit.
-Mais pourquoi ?
-Parce que le Petit Peuple, Rémi, n’existe plus dans l’esprit des humains. Et qu’il ne peut rester en vie qu’en étant porté par l’amour qu’il reçoit. Nous n’existons que dans l’accompagnement des humains. Nous sommes victimes de son oubli. Et nous disparaissons inexorablement.
-Tu veux dire que les pages sont devenues blanches ?
-Oui Léo, c’est exactement ça. Et le Mal remonte vers la source, sans aucune rémission, les histoires s’effacent les unes après les autres, l’Oubli ronge les mots, tous les êtres des forêts s’épuisent, dévorés eux-mêmes par cette indifférence des humains qui courent sans répit vers leur perte.
-Tu as parlé d’une mission. De quoi s’agit-il précisément ?
-Je vois que tu ne te laisses pas entraîner aveuglément Marine. C’est une très grande qualité. Le Conseil des Grands Sages a décidé lors d’une ultime réunion d’accepter l’idée que nous devions entrer directement en contact avec les humains, que nous devions quitter nos refuges pour demander de l’aide et faire prendre conscience aux humains de l’urgence de la situation. C’est une décision qui allait à l’encontre de toutes nos traditions, de nos règles les plus ancestrales. Nous n’avons jamais contacté les humains. Ce sont eux parfois qui sont venus à notre rencontre, autrefois, il y a très longtemps, à l’époque du roi Arthur par exemple.
-Arthur et les chevaliers de la Table Ronde ? demanda aussitôt Léo qui connaissait toute cette épopée.
-Oui, effectivement. Arthur était un grand homme, très respectueux du Petit Peuple.
-Tu as connu le roi Arthur ?
-Non, Rémi. Je suis un être très âgé mais pas autant.
- Et que venons-nous faire dans cette histoire Jarwal ?
-Chère Marine, les Sages ont dit que seuls certains enfants pouvaient nous aider. Pour les adultes, le Mal est fait, c’est irrémédiable. Comme une épidémie qu’on ne peut plus enrayer. Ils se contaminent les uns les autres, sans aucun discernement, jusqu’à être heureux d’être frappés par le Mal. Il ne reste que les enfants, certains enfants. Vous avez été choisis à la suite des nombreux comptes-rendus que j’ai faits devant les Grands Sages. Je suis près de vous depuis la naissance de Léo. Sans jamais me montrer.
-Comment est-ce possible ?
-C’est très simple Rémi. Vous ne pouviez pas me voir étant donné que pour vous, je n’existais pas. Lé réalité n’est que ce que votre conscience a construit à travers les sens ou la raison. Sauf que tout ça est très restrictif et que vous manquez l’essentiel.
-C’est quoi l’essentiel ?
-Le sel dans l’eau, Marine. »
Un sourire sur le visage du lutin. Le silence des trois enfants qui cherchaient à comprendre.
« La vie n’est pas dans les formes, c’est ça ? Cette réalité des formes n’est pas la réalité essentielle.
-Très bien Marine, tu apprends vite.
-J’ai rien compris, avoua Léo.
-Moi non plus, ajouta Rémi.
- Vous pensez que ce que vous voyez, les fleurs, les arbres, les animaux, les montagnes, que tout ça est réel, que c’est la réalité, qu’il n’y a aucun doute à avoir. Oui, ces images sont réelles mais ça n’est pas la réalité essentielle. Ce qui importe, c’est de parvenir à comprendre que la vie dans toutes ces formes est unique, qu’elle est une énergie identique, quelles que soient les formes que la Nature a créées.
- Mais les montagnes ne sont pas vivantes ? contesta Rémi.
- Pas vivantes au même titre que les animaux ou les arbres, c’est certain. Mais elles existent bien pourtant. Qu’est-ce qui les constitue ? C’est dans cette réponse que se trouve la réalité. L’unique réalité.
- Les atomes ? proposa Marine, perplexe.
- Oui, Marine, c’est cela. Mais là encore, nous ne sommes qu’à une étape du chemin. Il existe un nombre incalculable de questions dans cet espace d’énergie, des univers infinis de découvertes à saisir. Mais nous aurons le temps d’en reparler une autre fois. Je l’espère.
- Et que prévois-tu dans l’immédiat ?
- Une réponse de votre part Marine. Vous trois, car je sais que vous êtes indissociables.
- Et quelle est la question ? interrogea Rémi, impatient.
- Acceptez-vous d’écouter la première histoire du Livre ?
- J’ai besoin de bien comprendre ce qui se passe d’abord, Jarwal. Pourquoi ces pages sont-elles blanches ?
-Pourquoi êtes-vous seuls ici Marine ? Pourquoi n’avez-vous pas d’amis avec vous ?
-Personne ne veut venir en montagne, ça n’intéresse pas les autres enfants. Ils disent même qu’on est nul à rester dehors comme ça, eux ils restent chez eux et ils jouent avec des ordinateurs ou des playstation. C’est des bidules complètement nuls.
-Oui, je sais ce que c’est Rémi, j’ai vu ça dans les maisons, tous ces enfants qui vivent des aventures dans un écran et qui ne comprennent pas que leurs vies sont aussi virtuelles que tous ces personnages dessinés. C’est une illusion qui les tue à petit feu. Et nous avec. Le Mal s’est découvert un allié redoutable, un magicien sans scrupule. Certains hommes sont à son service parce qu’ils y trouvent une richesse matérielle qui les comble de bonheur. Même si pour cela, ils participent à l’aveuglement de millions et de millions d’enfants. C’est une course sans fin, les dégâts sont effroyables mais personne ne s’en aperçoit. Chaque année, un nouveau subterfuge remplace l’ancien, il faut entretenir le désir de posséder, il ne faut pas que les gens se lassent, il risquerait de se réveiller, cette manipulation est gigantesque, planétaire, plus personne ne la contrôle, les gens la nourrissent et s’en nourrissent même si c’est un poison.
-C’est comme une drogue alors !
-Oui, Léo, c’est exactement ça. Mais elle ne doit pas faire mourir sinon il n’y aurait plus de clients.
-Et qu’est-ce qu’il y a dans ce Livre de si important ?
-Une autre voie, une autre façon de comprendre la Vie. Il ne s’agit pas d’abandonner le Progrès mais de savoir l’utiliser en toute conscience. Nous aussi, le Petit Peuple, nous avons toujours cherché à progresser. Dans la connaissance et l'utilisation des plantes par exemple. C’est un phénomène naturel mais il ne faut jamais laisser le Progrès devenir le maître.
Le Livre est un antidote, un remède universel, une voie de sagesse. Toutes ces histoires ne sont pas que des confrontations de sorciers et de lutins, de fées et d’êtres mauvais, elles sont avant tout des leçons de vie, pour que l’existence des hommes ne s’égare pas.
-Depuis quand ces histoires ont-elles commencé à s’effacer ?
-Depuis que les enfants ne lisent plus, Rémi. Plus assez en tout cas pour que la force de l’Amour puisse résister à la violence inépuisable de l’indifférence et de l’Oubli.
-Et tu penses que si on t’écoute, ces histoires vont réapparaître ?
-Non Léo, ça ne sera pas suffisant. Votre mission, si vous l’acceptez, sera d’une autre ampleur. Il faudrait que vous deveniez des porte-parole, que vous propagiez ces histoires, que vous soyez des relais. Je vous les raconterais, sans que personne ne connaisse jamais mon existence, puis vous serviriez de diffuseurs.
-Et si personne ne nous écoute ? Quelles seront les conséquences pour nous ?
-Rien, Léo, vous ne risquez absolument rien.
-C’est faux Jarwal, tu n’es pas honnête en disant cela.
-Pourquoi Marine ?
-Parce que nous nous sentirons coupables. Si nous échouons, nous serons responsables de la fin du Livre.
-Effectivement Marine, tu as raison, mais les Grands Sages y ont pensé. J’allais vous le préciser. Ils ont décidé qu’en cas d’échec, tous les lutins comme moi, auront comme dernière mission d’effacer de la mémoire des Elus toutes traces de nos contacts. Il n’en restera rien.
-Comment est-ce possible ? Tu ne peux pas entrer dans ma mémoire ! contesta Léo. C’est comme si tu me disais que tu pouvais m’emmener faire un tour au-dessus des montagnes.
-Mais c’est tout à fait possible Léo. »
Le lutin s’approcha, tendit l’index vers le front de Léo qui loucha sur le doigt tendu. Soudain, au moment où le doigt toucha la peau, la dernière phalange s’illumina. Léo eut un mouvement de recul et Rémi se prépara à sauter sur le lutin.
« Ne crains rien Léo, laisse moi faire et ferme les yeux. Tu ne risques rien. »
Léo se figea, bouche ouverte, et écarta soudainement les bras comme s’il avait des ailes.
« C’est beau n’est-ce pas ? Regarde dessous toi, ces glaciers et ces sommets, ce monde entier est une merveille sans fin. Tu le sais déjà mais les découvertes à venir, tu ne peux même pas les imaginer. Ah, voilà la Belle Etoile, tu la reconnais ? On voit bien la croix au sommet. Et là, cette belle pierre plate sur laquelle tu avais mangé ton casse-croûte la première fois que tu es monté là-haut en famille. Tout est là, en toi, ça n’est pas moi qui te fais voyager, c’est ton esprit, je t’aide juste à voir ce que tu portes. »
Jarwal écarta enfin son doigt du front, la lumière disparut. Léo ouvrit les yeux, regarda Marine et Rémi puis le lutin.
« Qu’est-ce que tu as vu ? demanda Rémi, impatient, raconte !
-Je…J’ai…C’était…, » bredouilla Léo.
L’enfant n’était pas là encore, les yeux dans le vague, brillants d’une lumière d’étoile, il errait, émerveillé, dans des paysages intérieurs.
« Raconte, allez, où t’es allé ?
-J’étais au-dessus des glaciers, je volais, c’était tout bleu comme la mer. La lune éclairait tous les sommets. La neige brillait comme avec des diamants. Je voyais tout partout sans bouger les yeux. J’étais dans le ciel, j’ai volé ! lança l’enfant qui réalisait peu à peu l’extraordinaire expérience.
Marine regardait le lutin qui souriait malicieusement.
« Ne t’inquiète pas Marine, je n’ai fait que catalyser les désirs et les rêves de Léo. Ces images étaient déjà en lui mais floues et dispersées. Je lui ai juste permis de réunir l’ensemble et de construire son voyage. Il ne se serait rien passé si Léo n’avait pas déjà possédé ces images en lui. Je ne suis pas un magicien mais un catalyseur d’énergie, comme un concentrateur si tu préfères. Toi qui lis tous les jours, tu connais déjà cette puissance de l’esprit, de l’imaginaire, de la pensée. Tu penses que tout ça est immatériel et ne peut pas être atteint d’une quelconque façon mais c’est une erreur. Les pensées sont des formes d’énergie qu’il est possible de maîtriser. Tu as déjà voyagé ainsi et Eclair, ton beau cheval, est un compagnon fidèle.
-Tu…Tu connais Eclair ?
-Tu y penses si fort Marine, il suffit d’écouter.
-Tu sais lire dans les pensées ?
-Non, cela, c’est de la sorcellerie. Moi, je reçois les vibrations des gens passionnés. Ceux-là sont si vivants qu’il suffit des les approcher pour sentir leurs ondes et visualiser leurs pensées. C’est comme un parfum qui voyagerait de nez en nez. Les pensées sont comme des odeurs. Invisibles mais matérielles. Il suffit de savoir respirer, humer, écouter avec son esprit. Il vous est sûrement déjà arrivé de vous apercevoir tous les trois que vous pensiez à la même chose au même moment. Vous aviez mis cela sur le compte du hasard et vous en avez ri alors qu’il s’agissait de pensées voyageuses. Vous avez la sensibilité, vous avez le Vrai Regard.
-Le Vrai Regard ? Qu’est-ce que c’est que ça ?
-Ah, ah, Rémi, tu ne te laisses pas entraîner tête baissée, tu es collé au sol comme ce rocher, enraciné comme un chêne. Pas du genre à succomber au premier mirage. C’est très bien, très bien. J’ai besoin d’un compagnon solide comme toi et j’espère que nous serons amis. Pour répondre à ta question, je dirais que…
-Le Vrai Regard, coupa Marine, c’est celui que je vous apprends chaque jour. Une pierre n’est pas qu’une pierre, elle est le corps de la Terre, le vent n’est pas que le vent, il est le souffle de la Terre, la pluie est son sang,
-Et les arbres sont des poils par lesquels elle transpire, ajouta Rémi.
-Vous voyez que je ne me suis pas trompé, vous êtes les Elus, lança le lutin, rayonnant. Je n’ai pas grand-chose à vous apprendre. Juste vous faire prendre conscience de votre potentiel. Tout est déjà en vous.
-Que devons-nous faire alors ?
-Rien d’autre, Marine, que d’écouter mes histoires et ensuite les transmettre.
-Mais ton livre ne contient que quelques pages, reprit Marine. Dans une heure, tout est fini.
-Le Livre n’est que le support des mots, je suis le Gardien. Celui qui connaît les histoires. Ma mission est de trouver les Elus et de leur raconter. Qu’ils deviennent ensuite des Passeurs. Le Livre s’écrira alors et tous les personnages retrouveront vie. Ils échapperont à l’Oubli. Il ne reste effectivement plus qu’une seule histoire dans le Livre. Elle résiste encore parce qu’elle est la Source. Toute l’énergie du Petit Peuple la soutient depuis des millénaires.
-Et que se passera-t-il si nous ne parvenons pas à transmettre ces histoires, à montrer le Vrai Regard ? Nous ne sommes que des enfants, intervint Rémi.
-Pour vous, il n’arrivera rien. Les Grands Sages ne veulent créer aucune douleur chez les Humains. Nous n’avons aucune colère en nous. Si vous refusiez de m’écouter, je disparaîtrais et vous oublieriez tout de cette rencontre, elle ne ferait plus partie de votre réalité, il n’en resterait en vous que l’esquisse d’un rêve, jusqu’à ce qu’il s’efface totalement. Quant à votre capacité à transmettre le Vrai Regard, il vous suffira d’être confiants en votre force. »
Léo, encore émerveillé de son fabuleux voyage, attendait le début de l’histoire. Rémi, pour sa part, adorait l’aventure et Jarwal semblait en connaître à foison. Marine sentait vibrer en elle une énergie inconnue, comme une sève qui la grandissait et la poussait vers la lumière.
« Qu’est-ce que vous en pensez les garçons ?
-Pour moi, c’est oui, lança immédiatement Léo.
-Pareil, » enchaîna Rémi.
Marine regarda le lutin. Intensément. Elle sentait son cœur cogner comme les pas d’un mammouth. Elle avait toujours entraînés ces deux frères dans des histoires mystérieuses où le rêve devenait réalité mais cette fois, c’était plus vrai que vrai. Elle tentait de démêler l’écheveau de ses pensées. Elle ferma les yeux très fort et les rouvrit. Jarwal était toujours là, les fixant de ses yeux lumineux. Ses deux frères attendaient la décision de leur grande sœur. Ils lui obéiraient sans contestation.
Elle respira un grand coup. L’impression de sauter dans le vide.
« Bien Jarwal, nous allons écouter ton histoire. »
Le lutin fit une pirouette sur lui-même et retomba sur ses pieds.
« Ah, ah, t’es trop fort ! s’esclaffa Léo.
-Merci, les enfants, mille mercis, du fond du cœur et de tous les cœurs du Petit Peuple. »
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Voilà donc le fond de l'histoire. Les hommes sont devenus les proies du Progrès qu'ils entretiennent et développent. Le Petit Peuple doit lutter pour sa survie comme l'humanité finira d'ailleurs, un jour, par lutter pour la sienne. La disparition du Petit Peuple est le phénomène précurseur de notre décrépitude.
Que s'est-il passé pour en arriver là?
Jarwal est le témoin de cette déchéance, de cette voie pernicieuse. Marine, Rémi et Léo vont devenir les récepteurs de l'histoire de l'humanité avant de tenter d'en changer le cours...
Je pars donc dans une histoire très longue...Une succession d'épisodes.
Le deuxième prend forme dans ma tête.
Le premier est parti chez l'éditeur.
Musique
Il y a des jours où le "hasard" est un fin limier. Je cherchais un nouveau compositeur, musique mélodieuse, fluide, profonde...J'errais de page en page sur youtube et je finis par tomber sur ça...
http://www.youtube.com/watch?v=tokf95lCTrM&feature=related
Je me laisse embarquer...J'écoute un deuxième morceau...Puis un autre et je finis par tomber sur cette page.
http://soundcloud.com/theinituition/tracks?page=1
Et là, je me dis que le hasard me connaît très bien.
2011, 0h30.
LA STRATEGIE DU CHOC"
de NAOMI KLEIN
"Il faudra descendre dans la rue et les obliger à le faire."
http://www.megavideo.com/?v=DH5XQ8U4
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Strat%C3%A9gie_du_choc
Thèse du livre[modifier]
Après une préface où elle expose les différents points de son argumentation, le premier chapitre porte sur la torture et plus particulièrement sur les expériences de lavage de cerveau effectuées par Donald Ewen Cameron, financées par la CIA. Ces recherches avaient pour objectif de détruire la personnalité du sujet, en lui administrant des chocs divers (substances chimiques, électrochocs), dans le but d'obtenir une « page blanche » sur laquelle on pourrait écrire une nouvelle personnalité.
S'appuyant sur d'importantes recherches documentaires[1], Naomi Klein soutient que de la même manière, des désastres (catastrophes naturelles, changements de régimes), qui conduisent à des chocs psychologiques, permettent aux chantres du capitalisme d'appliquer la doctrine de l'école de Chicago dont Milton Friedman est l'un des représentants les plus connus. Ils imposeraient à l'occasion des désastres des réformes économiques que Naomi Klein qualifie d'ultra-libérales telles que la privatisation de l'énergie ou de la sécurité sociale. De telles réformes n’étant pas possibles sans crise.
Naomi Klein utilise comme exemples de sa thèse les dictatures de Pinochet au Chili, de Soeharto en Indonésie et d’autres dictatures d’Amérique du Sud en général avec le lot de tortures qui les accompagnent. Le cas de la Bolivie, où les réformes ont été conduites en déportant temporairement les responsables de gauche, est aussi décrit. L'auteur évoque aussi les libéralisations qui ont suivi la chute du bloc de l'Est en Pologne et en Russie au début des années 1990, le gouvernement de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. Les politiques qui ont été pratiquées aux États-Unis depuis 1990, mais plus particulièrement sous l'administration Bush, sont particulièrement visées, notamment la privatisation progressive de la sécurité aux États-Unis. Cela la conduit à s'intéresser à la gestion de la guerre en Irak[2]. Pour elle, on assiste depuis 2001 à l'émergence d'une industrie de la sécurité intérieure, les attentats du 11 septembre ayant été utilisés comme un choc « utile ».
L'auteur cite en particulier à l'appui de sa thèse les réformes suivantes :
- celles qui ont suivi la crise asiatique de 1997, volontairement aggravée par le FMI : ce cas illustre sa thèse, puisque le choc subi par la société a provoqué un doublement du taux de suicides, taux qui est resté à un niveau élevé depuis ;
- les mesures prises après l’ouragan Katrina ;
- et celles après le tsunami de 2004.
Elle estime que dans différents endroits du monde, l’application des théories de Milton Friedman conduit à la division des villes en deux zones, comme à Bagdad, La Nouvelle-Orléans ou Beyrouth[3] :
- une Zone verte, riche et protégée des dangers ;
- une ou plusieurs zones rouges, dangereuses et misérables.
Naomi Klein soutient également deux contradictions importantes dans les théories de l’école de Chicago, telles qu’elles furent appliquées dans ces pays :
- selon ses promoteurs, le néo-libéralisme garantit une plus grande richesse d’une économie et, par percolation, un accroissement de la prospérité individuelle. Selon elle, et dans les exemples étudiés, ce n’est jamais le cas tant qu'une politique de redistribution, contraire à la théorie de Friedman, n’est pas menée ;
- toujours selon certains de ses promoteurs, démocratie et néo-libéralisme se soutiennent l'un l'autre[4]. Or, selon Naomi Klein, l’imposition de politiques néo-libérales ne s’est jamais produite sans coup d’État, élimination temporaire ou définitive (exécutions) de l’opposition, ou l’imposition d’un état d’urgence, ou de politique vaudou (application par une nouvelle majorité d’une politique strictement contraire aux promesses de campagne).
Naomi Klein préfère parler de « corporatisme » pour désigner la nouvelle forme de capitalisme qu’elle décrit. Les politiques dites « néo-libérales » ne sont pas si libérales que cela, puisqu'elles nécessitent une intervention étatique importante afin d'assurer « la concurrence libre et non faussée » contre la tendance des entreprises à former des oligopoles et le respect de la propriété privée des grandes entreprises malgré leur impopularité. À la page 26 de l'édition française, N. Klein écrit : « Le mot qui convient le mieux pour désigner un système qui gomme les frontières entre le Gouvernement avec un G majuscule et l'Entreprise avec un E majuscule n'est ni "libéral", ni "conservateur", ni "capitaliste". Ce serait plutôt "corporatiste". »
Réception[modifier]
L'ouvrage a été considéré comme un des meilleurs livres de 2007 par The Village Voice, Publishers Weekly, The Observer, et The Seattle Times.
En revanche, selon Jonathan Chait pour le magazine américain The New Republic « l'amalgame permanent de Naomi Klein entre tous ses adversaires idéologiques au service d'une théorie monocausale du monde rend ultimement son analyse parfaitement absurde ». Naomi Klein verrait derrière les interventions armées américaines à l'étranger la mise en œuvre de la doctrine de Milton Friedman auquel est prêté l'idée qu'il faudrait créer un choc de façon à instituer les politiques économiques voulues. Or, selon Chait, Milton Friedman n'aurait jamais rien prôné de tel. Naomi Klein décrit la guerre en Irak comme l'apothéose de ses idées, avançant que les néoconservateurs sont des partisans engagés de Friedman. Or, si les néoconservateurs sont anticommunistes, ils n'en sont pas pour autant des partisans du libéralisme économique, et ils ont une opinion favorable du New Deal. De plus, selon Chait, Friedman ne se rattache pas aux néoconservateurs, promoteurs interventionnistes des valeurs et de la démocratie américaines, mais aux conservateurs libertariens, hostiles aux aventures à l'étranger et à l'intervention de l'État. Toujours selon Chait, Friedman lui-même s'est opposé à la guerre en Irak, ce que Naomi Klein ne rapporterait pas[5]. Au final, Jonathan Chait considère que Naomi Klein ignore les idées qu'elle critique alors même qu'elle leur attribue un rôle majeur à l'échelle mondiale. L'essayiste libéral Johan Norberg du Cato Institute abonde dans le même sens, reprochant en particulier à Naomi Klein des contresens sur les théories de Friedman et des interprétations volontairement fausses[6].
Naomi Klein a répondu à ces critiques en excipant d'un entretien de Milton Friedman à un magazine allemand pour montrer que celui-ci approuve la guerre en Irak. Ces citations sont : “President Bush only wanted war because anything else would have threatened the freedom and the prosperity of the USA”, et à propos des tensions croissantes entre les Etats-Unis et l'Europe : “the end (mais dans la version allemande, c'est le mot "succès" qui est employé) justifies the means. As soon as we’re rid of Saddam, the political differences will also disappear.” Il a également déclaré au Wall street Journal, à propos de cette guerre : “it seems to me very important that we make a success of it.” Pour Naomi Klein ces citations démontrent que Friedman est un partisan déclaré de la guerre en Irak.[7].
Enfin, pour David Boaz, vice président du Cato Institute, si Naomi Klein a raison de faire un lien entre « chocs » et évolution du rôle de l'État, il ne soutient pas sa définition de la nature de ce lien : pour lui, les crises sont l'occasion d'une augmentation du rôle de l'État et non du marché[8].
Plus nuancé est l'universitaire français Samuel Ferey[9] qui dans un compte rendu pour la revue Mondes en développement souligne que « l’intérêt de l’ouvrage réside d’abord sur les éléments factuels » et que nonobstant « le côté unilatéral de l’ouvrage » et « le caractère trop flou de certains concepts » conclut : « la lecture de La Stratégie du choc reste stimulante et donne incontestablement envie d’en savoir plus[10]. ».
L'universitaire anglais John Gray estime dans une critique publié dans The Guardian que : « Il y a très peu de livres qui nous aident vraiment à comprendre le présent. La stratégie du choc est l'un de ces livres »[11].
Dans La Revue internationale des livres et des idées, Michael Hardt écrit que « d'une certaine manière, le livre prolonge son excellent article publié par Harper’s en 2004, « Baghdad Year Zero », qui est incorporé et développé ici. »[12]
Pour bien commencer cette nouvelle année...
Il s'agit de comprendre pour savoir comment agir.
Dernière pensée de l'année. (spiritualité)
"En travaillant pour les seuls biens matériels nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre." Terre des Hommes (1938) SAINT-EXUPERY
Il est vraiment triste que de tels hommes disparaissent et ne soient pas remplacés.
Ce monde est bien vide.
Je voulais vous remercier dans cette dernière journée de votre présence et des commentaires qui sont écrits.
J'ai fini l'écriture de "Jarwal le lutin" hier soir...
Mais j'ai déjà la deuxième histoire en tête :)
On se "revoit" en 2011. Juste une histoire de calendrier. Rien d'important.
"Coeurdialement."
Problèmes de pédagogie...
Juste un résumé de la problématique de l'enseignement.
"Bienheureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux leur appartient.
Bienheureux les doux car ils possèderont la terre.
Quand Jésus eut terminé, Pierre demanda :
- Il fallait écrire ou pas ?
Puis Gabriel ajouta :
- Est-ce qu'on doit apprendre tout ça ?
Et Isaac :
- Il faut le savoir par cœur ?
David se plaignit :
- C'est trop dur.
Ethan dit :
- J'ai pas de feuille !
- Moi, j'ai plus d'encre dans mon stylo !
- Y aura interro ?
Et Marc s'inquiéta :
- Comment ça s'écrit "bienheureux" ?
Mathieu leva la main :
- Je peux aller aux toilettes ?
Simon lança, soulagé :
- Ça va sonner.
Et Judas dit enfin :
- Vous avez dit quoi après pauvres ?
Alors, un Grand Prêtre du Temple s'approcha de Jésus et dit :
- Quelle était ta problématique de départ ?
- Quels étaient tes objectifs transversaux ?
- À quelle compétence faisais-tu appel ?
- Pourquoi ne pas avoir mis les apôtres en activité de groupe ?
- Pourquoi cette pédagogie frontale t'est-elle la plus appropriée ?
Alors, Jésus s'assit et pleura.
Le désir de l'école.
"Mais moi, l'école, ça ne me manque pas du tout. Et je ne la désire pas."
Inutile de préciser que cette phrase lancée par un élève me tourneboule depuis deux jours.
S'il n'y a pas de manque, il ne peut y avoir de désir. Mais pourquoi ce manque ne s'éveille-t-il pas ?
Je ne garde que la conclusion d'un long échange avec les enfants. Une idée principale qui est ressortie de façon générale.
Le plus difficile avec l'école, c'est de n'être jamais autorisé à profiter du présent...
Dès qu'un apprentissage est fini, un autre commence.
Dès qu'une leçon est apprise, une autre arrive.
Dès qu'un contrôle est passé, un autre se prépare.
Dès qu'une année est finie, une autre se présente.
Il n'y a pas de présent dans cette course en avant, ce qui revient à priver l'enfant de la satisfaction. D'autant plus qu'il n'y avait pas en lui de manque ni par conséquent de désir. L'école n'est qu'un labeur constant qui n'autorise que subrepticement le contentement. La pression revient immanquablement à la charge.
On voit dès lors l'importance du Maître. Il est le seul à pouvoir déclencher ce manque essentiel. Qu'un désir s'éveille, que le labeur devienne plaisir, que l'énergie ne soit pas constamment projetée vers l'avenir mais dans la jouissance de l'instant, dans le bonheur d'apprendre, sans qu'aucune sanction ne vienne salir ce bonheur.
On voit dès lors l'incongruité du systéme. Des notes, des contrôles, des bulletins, des appréciations, des sanctions arbitraires, des jugements subjectifs, tous les "Peut mieux faire" qui rappellent que la vie est à venir, que le futur est un présent insaisissable, qu'il faut travailler encore et encore pour s'approcher de ce fameux seuil de réussite cher au système.
"Tu seras un Homme mon fils," disait Kipling.
-Est-ce que ça donne le droit au système de m'arracher à ma vie d'enfant ?"
L'enfant est là. Et pas dans cet avenir d'adulte.
Ce sytème révèle avant tout l'incapacité des adultes à générer en l'enfant la conscience d'un manque de connaissances, un désir d'apprendre, une énergie à utiliser pour être celui qui sait et en profite et non, uniquement, celui qui doit savoir, le regard fixé vers l'horizon à atteindre.
On en revient à cet épouvantable espoir que l'on martèle dans des esprits malléables. Cette idée que la vie est à venir, qu'il faut gagner sa vie, qu'il faut préparer sa retraite, qu'il faut réserver son caveau. Jusqu'à en oublier d'être là.
L'école en devient finalement un apprentissage de toutes les dérives spirituelles de l'individu.
Ca me mine au plus profond.
Pour ma part, je pense que le mal est fait à l'école primaire, qu'il est renforcé par le collège et trouve son aboutissement au lycée. C'est une oeuvre de désintégration de l'individu.
Comment des parents pourraient-ils s'investir dans le respect de l'école quand ils ont eux-mêmes été démolis par cette école, qu'ils le sont encore par le jugement inique des enseignants? Il faut arrêter de dire que les parents n'éduquent pas leurs enfants. Aucun parent n'est satisfait de la révolte et de l'échec scolaire de leurs enfants. Eux aussi, ils en souffrent. Et de toute façon, mettre les parents au pilori ne les incitera jamais à soutenir les professeurs.
Celui qui est condamné ne sera jamais le soutien de ses juges. Que l'école reconnaisse ses erreurs serait déjà un pas immense, qu'elle reconnaisse qu'elle n'est plus un sanctuaire mais un tribunal, qu'elle admette qu'elle doit revoir à la base même son fonctionnement, que les enseignants apprennent à vivre avec les jeunes et non "contre" les jeunes.
C'est la motivation le moteur et non la peur de la sanction. Il n'y a aucune sanction à donner quand on travaille en osmose. C'est un accompagnement et non un rapport de force.
Il ne s'agit plus de changer de techniques d'apprentissage, de calendrier scolaire, de formation des professeurs mais bien d'établir QUI mérite d'entrer dans cette fonction ? C'est au départ que ça se joue. Mais pour établir quels sont les critères de sélection des futurs enseignants, encore faut-il que le projet éducatif soit entièrement reconstruit. Et ça, personne ne le veut.
C'est la formation de "l'individu-enseignant" qu'il faut entièrement reprendre, le contenant et pas le contenu.
Débat-philo : Le désir puis le manque.
Nous avons repris la réflexion en classe aujourd'hui. Le désir, le manque, le besoin.
Une élève avait une chaufferette et la montrait à ses amis. Tout le monde voulait la prendre et sentir la chaleur.
"Est-ce que tu avais besoin de cette chaufferette Alexia ?
- Ben oui, pour avoir chaud aux mains.
-Mais tu as des gants non ?
-Oui mais ça c'est bien aussi.
-Ah, je ne dis pas le contraire mais est-ce que ça te manquait étant donné que tu avais des gants ?
-Ben, non, ça ne me manquait pas et je ne savais même pas que ça existait. C'est ma mère qui me l'a achetée.
-Et si maintenant, tu l'as perdais, est-ce que ça te manquerait ?
-Ah, oui, c'est sûr, c'est trop bien !
-Donc, tu désirerais en avoir une autre?
-Oui, c'est sûr !
-Et pourtant, avant que tu connaisses cette chaufferette, elle ne te manquait pas.
-Ben, non, j'avais des gants.
-Par conséquent on peut dire que tu ne désirais pas en avoir une mais maintenant que tu sais que ça existe, si tu la perdais, elle te manquerait.
-Oui, c'est ça.
-Ce désir que tu aurais viendrait d'un manque qui n'existait pas mais qui existerait maintenant.
-Oui. Parce que je sais que ça existe.
-Et tu ne pourrais plus t'en passer ?
-Oh, ben si, je mettrais mes gants mais ça c'est mieux !
-Prenons un autre exemple si tu veux bien. Un bébé qui a faim manque de nourriture, il a mal au ventre et désire le sein de sa mère. Il sait que ça existe et que ça lui fait du bien. C'est un manque qui est naturel et son désir l'est tout autant. Il désire combler ce manque. Mais c'est le manque qui est apparu en premier. Son désir n'a fait que suivre. Est-ce que c'est pareil pour la chaufferette ?
-Euh...Non, parce que ça ne me manquait pas, je ne savais même pas que ça existait.
-C'est donc un désir qui est apparu alors qu'il n'y avait pas de manque.
-Mais, là, je ne la désire plus puisque je l'aie.
-Oui, c'est vrai mais si elle venait à disparaître le désir réapparaîtrait aussitôt. Alors qu'il n'avait aucune raison d'exister."
Intervention d'une autre élève.
"Et moi aussi maintenant je désire en avoir une !
-Alors que ça ne te manquait pas jusque là ?
-Oui, mais maintenant, je sais que ça existe alors ça me manque.
-Ce qui te manque, ça n'est pas l'objet mais le plaisir que tu aurais à en posséder une. Il n'y a aucune raison valable d'avoir cette chaufferette mais ça te ferait plaisir d'en avoir une. Ce qui te manque, c'est la satisfaction d'en avoir une.
-...
-Ce désir a été créé artificiellement parce qu'en réalité, il n'y avait pas de manque. Ce qui fait plaisir, c'est de posséder quelque chose que les autres n'ont pas. Et ce qui te fait désirer cet objet, c'est une certaine jalousie. Sans aucune méchanceté bien entendu mais n'empêche que l'envie de posséder cet objet devient très fort. Il peut très bien être remplacé par une paire de gants mais ça n'a pas le même impact, ça n'a pas la même force, ça n'est pas aussi chouette à montrer aux autres. Vous finissez donc par exister quelque peu parce que vous possédez cet objet qui ne vous manquait pas mais qui vous donne un certain pouvoir sur les autres. Le bébé manque du sein de sa mère et c'est vital pour lui. Son désir est justifié et c'est pour ça qu'il crie aussi fort :))
La chaufferette n'a rien de vital. Mais elle vous donne du pouvoir sur les autres, elle agit comme un aimant et attire tout le monde, vous vous sentez puissant parce que la chaufferette est puissante. Vous dépendez donc d'elle et si elle venait à disparaître, ce qui vous manquerait, c'est ce pouvoir sur les autres, cette fascination, cet intérêt pour cet objet que vous possédiez. Le désir de retrouver cette puissance vous manquerait et vous feriez tout votre possible pour combler ce manque. Même s'il est toujours totalement artificiel et n'a aucune raison réelle d'exister. Il ne vous fait pas vivre comme du lait maternel mais il vous donne l'impression de vivre mieux. Chez les adultes, c'est pareil. Mais eux, il leur faut une voiture, un écran plat, une nouvelle salle à manger, une belle montre, un téléphone portable ultra sophisitiqué, la denrière technologie à la mode, une nouvelle veste, une veste de marque c'est encore mieux, parce que ça attire encore plus les regards, ça donne encore plus de puissance. Mais ces manques n'ont jamais de fin. Les marchands font en sorte qu'il y ait toujours un nouveau désir qui apparaisse jusqu'à ce qu'il devienne un manque. Alors, on abandonne le dernier objet acheté pour en prendre un plus puissant, un plus brillant, un plus moderne, un plus visible, un objet qui va créer encore plus de fascination et d'attirance. Ca n'est pas la personne qui existe mais les objets qui la font exister. Ce sont les objets qui la possèdent et pas l'inverse. Parce que le désir est passé avant le besoin et que la personne se laisse entraîner dans un phénomène sans fin.
Le monde riche fonctionne sur ce principe. Comme les manques vitaux, sont assouvis, que la plupart des gens ont ce qu'il faut pour survivre, pas tous malheureusement, la nourriture, un abri, de quoi se soigner, avoir une famille, ce sont les désirs qui vont fabriquer de nouveaux manques. Des désirs que la société de consommation va s'efforcer de mulitplier sans cesse. Comme cette chaufferette qui vient remplacer des gants dont tout le monde trouvait jusqu'ici que c'était une chouette invention.
-Comment il faut faire alors quand on désire quelque chose ?
-Comme vous avez envie, tant que vous savez pourquoi vous avez envie. Il n'y a pas de bonne méthode, de bonne façon de vivre si ça n'est pas celle que vous avez choisie en toute conscience. Avoir conscience de ce qu'on pense, de ce qu'on fait et décider si c'est la voie qui nous convient. C'est tout. En fait, il s'agit d'amour. Pour l'instant, vous devez vous demander pourquoi vous aimez cette chaufferette, un jour vous vous demanderez pourquoi vous aimez cette région, cette maison, vos amis, ce chien, cette voiture, ce pays, ce métier, cet homme ou cette femme. Tous les évènements importants de votre vie se nourriront d'amour. Il faut comprendre ce qu'on aime quand on aime. Tout ce que cet amour cache, tout ce qu'il contient, tout ce qu'il dévoile, tout ce qu'il peut faire pour qu'on continue à évoluer, à apprendre sur nous-mêmes."
Laura Mare.
Et bien voilà, c'est fait. Laura a gagné :)
Alors, je tenais à remercier chaleureusement tous ceux et celles qui en passant par ici ont décidé de soutenir Laura et sa maison d'édition.
Maintenant que ce vote est fini la suite peut commencer.
Le manque et le désir.
Tout homme veut être heureux. Y compris celui qui va se pendre, comme l'écrivait Pascal. S'il se pend, c'est pour échapper au malheur et donc rejoindre ce qu'il entrevoit comme un bonheur par la disparition de ce qui le détruit : le malheur en lui. Une auto destruction favorable à ses yeux. Aussi effroyable soit-elle pour le reste du monde.
Heureusement, toutes les situations de malheur ne conduisent pas à de telles extrémités. Il s'agit donc de rester lucide pour ne pas finir par se pendre à cette détresse de vivre.
Socrate annonce "que le désir est un manque" et que nous avançons dans l'existence les yeux fixés sur ce manque. Sur ces manques d'ailleurs. Car ls sont nombreux et ont une facilité à se reproduire absolument stupéfiante. Nous sommes des jardiniers performants et nous plantons des graines "de manque" sans relâche.
Sartre disait que "l'être est fondamentalement désir d'être et le désir est manque."
C'est ce qui nous condamne au "Néant" (Sartre) ou à la "Caverne" (Platon).
Nous ne sommes pas heureux parce que nous manquons précisément de ce que nous désirons. On peut craindre en plus qu'une bonne partie de ces désirs et donc de ces manques soient issus de l'imagination et non de la raison, ce qui rend leur aboutissement encore plus inaccessible.
Les Platoniciens commes les Existentialistes ont décrit cette course au désir comme un épuisement de l'individu. Dès qu'un désir est satisfait, il n'y a plus de manque, donc plus de désir. L'individu ne supporte plus ce vide du désir satisfait et cherchera frénétiquement un manque capable de nourrir un nouveau désir, une soif absolument délicieuse qu'il faudra assouvir... L'homme ne vit que dans la projection de son être dans l'assouvissement du désir, fabriqué, artificiellement parfois, par un manque.
"Ce que je n'ai pas me manque, je le désire. Ce que j'ai ne me manque plus et ne contient aucun désir. Il m'en faut par conséquent un autre pour que la vie soit remplie de ce désir."
La société de consommation et les dirigeants des multinationales sont des philosophes redoutables. Ils connaissent très bien les Classiques, c'est une erreur de les sous-estimer, ils maîtrisent parfaitement les rouages de l'humain et s'en servent avec une maestria éblouissante, aveuglante même, destructrice...Nous sommes des papillons de nuit attirés immanquablement par les manques fabriqués et les désirs entretenus. Qu'un lampion s'éteigne et inévitablement un autre s'allumera un peu plus loin.
Pas question pour les marchands de laisser les consommateurs se retourner vers les lumières intérieures...Pas question de leur laisser le temps de se réjouir de l'instant présent. Il faut des désirs, encore plus de désirs, il faut des manques, toujours plus de manques. Noël sera passé qu'on pensera déjà aux oeufs de Pâques. L'hiver sera encore là qu'on trouvera déjà des maillots de bain dans les magasins. Les grandes vacances seront arrivées qu'il faudra déjà acheter le cartable de la prochaine rentrée. L'idéal est de créer même des désirs totalement absurdes afin qu'ils soient rapidement assouvis et que la frénésie du manque s'entretienne plus facilement. Créer des désirs fallacieux est plus rentable car l'individu qui parvient à l'assouvir ne risque pas de chercher à en jouir bien longtemps. La platitude de ce désir assouvi instaurera très rapidement la nécessité d'un nouveau manque et d'un nouveau désir. C'est le monde de l'insastifaction chronique. Quasiment le Monde entier marche dans cette voie.
Même en "amour", certains individus fonctionnent ainsi. C'est le manque qui les réjouit et pas la jouissance du désir assouvi. Amour kleenex qui fait pleurer celui ou celle qui est jeté.
Même les religions ont compris le système, sauf qu'elles l'ont poussé encore plus loin. Le bonheur sur Terre est impossible, ce désir ne sera jamais assouvi, ce manque sera toujours aussi redoutable jusqu'à la fin mais par contre, le Paradis offrira aux bons paroissiens l'assouvissement ultime de ce manque. Croyez en moi et je vous donnerai à votre mort le bonheur qui vous manque. La Foi peut devenir une espérance morbide.
L'espérance. Voilà le mot. Non pas l'espoir qui pousse parfois aux actes, un saisissement de l'instant plus puissant que le mirage temporel, mais l'espérance qui conduit à l'abandon, au fatalisme, à la décrépitude spirituelle. L'espérance est une fuite en avant, d'espérance en espérance, de manque en manque, de désir en désir. L'individu se complait dans l'espérance car le désir de ce qui lui manque lui donne le sentiment d'une vie remplie. L'espérance de l'argent, de l'amour, du confort, de la possession, du pouvoir...C'est une addiction redoutable qui mène certains individus à renier toutes les valeurs humaines les plus belles. Pas de partage, pas de compassion, pas d'attention, pas de tendresse, l'objectif est le moteur, le désir assouvi nourrira un désir encore plus fort, le milieu de la politique est le symbole majeur de ce fonctionnement. L'ambition devient le ferment de l'espérance. Même l'école insère les enfants dans cette perdition des âmes à travers la compétition. L'espérance d'être le "meilleur", d'obtenir le meilleur classement, la promotion désirée, le salaire mirobolant. Mais ça ne s'arrêtera jamais. Les imbrications sociales, les comparaisons, les jalousies, créeront inévitablement un manque supplémentaire. Un poste plus "élevé" même si pour cela il faut ramper. L'espérance de devenir un jour celui fait ramper les autres est une ambition incommensurable, inépuisable. Le conditionnement est si puissant que l'individu a perdu toutes retenues, toute lucidité. La réussite sociale de ces monstres de puissance, aussi destructrice soit-elle, devient la référence. Combien rêve d'être milliardaire ? Combien accepterait de prendre la place d'un Dassault, vendeur d'armes ? Une fortune dont on n'a pas idée...Un nombre de morts incalculables sous les bombes.
Bien, mais alors, que faire ?
Certains choisissent de s'étourdir pour ne plus souffrir de ce qui leur manque. Ne pas penser, ne pas réfléchir, foncer tête baissée dans la meute affolée et se réjouir immédiatement de la folie générale. Acheter, s'amuser, accumuler les divertissements, en abandonner un sitôt essayé, en trouver un autre. Espérer juste que le prochain week-end sera aussi déjanté que celui qui vient de se finir. Passer la semaine le moins douloureusement possible en multipliant les petites trouvailles dérisoires mais indispensables pour tenir six jours. Si en plus, il y a des soldes, alors là, ça va être génial...
C'est toujours de l'espérance mais seconde par seconde...Ceux-là sont faussement dans l'instant et se réjouissent d'une vie frénétique. Grand bien leur fasse.
Bon, laissons tomber, c'est mort.
Allons jouer au Loto alors et si on perd on se réjouira pendant quelques jours que le prochain tirage sera le bon.
Bon, laissons tomber, c'est mort là aussi.
Allons à l'Eglise alors et attendons la mort pour nous réjouir enfin.
Bon, là, c'est sûr, on sera vraiment mort.
Et si nous décidions de ne plus avoir d'espérance ?...Et si nous décidions que nos manques ne sont bien souvent que des inventions ? Et si nous décidions que le plaisir n'est pas à venir mais qu'il est déjà là ? Et si nous décidions que ce plaisir constant d'être là est la source réelle du bonheur ?
Bien sûr que d'espérer avoir un peu d'argent, ça aide...A moins d'aller vivre dans la forêt amazonienne ou chez les Inuits. Tout dépend aussi de ce que nous mettons derrière ce désir d'avoir un peu d'argent d'avance, une réserve permettant de ne plus être dans une survie quotidienne. Saurons-nous en avoir un usage "utile", constructif pour l'individu ? Est-ce que ça répondra à un projet destiné à entretenir une évolution de l'individu ou sa participation erratique à la société de consommation ?
Bien sûr que nous pouvons espérer trouver l'amour, le grand amour. Mais qu'en ferons-nous ? Un accompagnement fidèle et attentif de l'être aimé dans une voie personnelle ou une dépendance à l'autre, à moins que ça soit une soumission de l'autre...Les dérives sont nombreuses.
Bien sûr que nous pouvons espérer avoir un travail passionnant. Encore faut-il qu'il ne nous oblige pas à renier ce que nous sommes. Le travail, s'il n'est pas un tremplin vers un accomplissement intime de l'individu, n'est qu'un labeur. On est en droit d'espérer de l'existence autre chose qu'une vie de labeur.
Et c'est là justement qu'intervient le questionnement de la préparation de ces paramètres essentiels de l'existence. Si nous décidons de rester vivre dans le monde "occidental", nous ne pouvons échapper à la nécessité de la construction de l'existence. C'est vers l'enfant qu'il s'agit de se tourner. Le développement personnel en quelque sorte avant le développement du futur salarié...Ca n'est pas le chemin actuel de l'Education Nationale. La raison en est très simple : l'individu éveillé n'est pas un consommateur effréné : une horreur pour le PIB et les chefs d'entreprise. Pas le petit artisan du coin mais le patron des multinationales. Le gouvernement n'oeuvre pas pour les consciences mais pour le rendement, la croissance, les marges, les chiffres d'affaires. Les gouvernements sont dans l'espérance continuelle de croissance économique et les citoyens sont les outils de leur espérance. Les enfants quant à eux sont des proies si dociles.
Revenons à nos chers philosophes...Schopenhauer disait que "la vie oscille comme un pendule de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui."
La souffrance chez lui est associée au désir de ce qui nous manque. Une frustration qui mène au malheur. Quand le manque finit tout de même par être satisfait, c'est l'ennui qui surgit. Puisqu'il n'y a plus de manque, je n'ai plus de désir et la vie devient morne, triste, effroyablement ennuyeuse.
Je n'aurais pas aimé être à la place de ce Monsieur...Il me semble qu'il délaisse un aspect essentiel de la vie.
Le plaisir. Le plaisir dans la pleine conscience de l'instant et de la vie en soi.
Je perçois chez lui une hantise chronique de la jouissance...Ce qu'il pensait des femmes en général me conforte d'ailleurs dans cette idée...
Voilà la vidéo de la sortie de ski d'hier.
Quelle jouissance fabuleuse, quel bonheur du corps et de l'esprit, quelle joie !! That's life !!!
C'est là, maintenant, sans aucune espérance, sans aucun objectif lointain, juste glisser dans la poudreuse, jouir de mon corps, de mon âme ré-jouie, de la lumière, du froid sur la peau, des cristaux qui scintillent, des rires de mon garçon, juste cette joie immense du saisissement de l'instant dans le creuset de mon être, tirer du plus profond tout ce dont je dispose, mes forces, mon endurance, ma résistance, mes réflexes, et nourrir mon corps du scintillement incandescent de mon esprit.
Quelque chose de très simple finalement.
Vivre.
"That's life."
Philosopher...
Délicat en fait de présenter cette activité à des enfants de CM2...Quel est l'objet d'étude ? Autant ils sont capables d'identifier de la géographie ou des mathématiques, autant, même après plusieurs débats en classe et des "mini réflexions" communes en cours de journée depuis le début de l'année, il est difficile pour eux de cerner la réalité de cette "matière"...Une petite fille a même dit qu'après en avoir parlé avec ses parents, ceux-ci étaient incapables de dire ce qu'était la philosophie, ils n'en avaient jamais fait à l'école et n'avaient jamais rien lu dans ce domaine...J'ai répondu que tout le monde faisait de la philosophie tout au long de sa vie, à divers niveaux, étant donné que la philosophie a pour objectif comme le dit Sénèque " de nous procurer la vie heureuse" et que par conséquent tout le monde, un jour ou l'autre, faisait preuve de philosophie...Ce qui différenciait les individus, c'était la profondeur des réflexions, leur durabilité, leur multiplicité, l'exigence aussi quant à ne pas se voiler la vérité.
J'ai donc décidé de prolonger ce débat et de tenter de cerner clairement avec eux ce que signifie "philosopher". André Comte -Sponville en fait une présentation à laquelle j'adhère totalement dans "le bonheur désespérément." J'ai essayé d'en reprendre les grandes lignes.
"La philosophie est une pratique discursive (discours et raisonnements) qui a la vie pour objet, la raison pour moyen et le bonheur pour but. Il s'agit de penser mieux pour vivre mieux."
Le bonheur est le but de la philosophie et la sagesse en est le moyen. La sagesse se reconnaît au bonheur mais un "certain" bonheur. Il ne s'agit pas d'un bonheur nourri d'illusions mais d'une analyse approfondie de la vérité. Le philosophe s'attachera avec rigueur à une vraie tristesse plutôt qu'à une fausse joie, il ne se détournera pas de la lucidité pour se perdre dans des dérives hallucinogènes, quitte à devoir abandonner un "bonheur" fabriqué. Mieux vaut une saine vérité qu'un mensonge camouflé. Quelqu'en soit la rudesse. Les bonheurs illusoires sont les ferments des détresses à venir. On en revient à ces fameux espoirs comme autant de falots qui s'éteignent à la moindre brise. Le philosophe s'attelle à rester impliqué dans l'instant, à le décortiquer sans pour autant s'épuiser jusqu'à la déraison. Il n'évolue pas dans un espace clos mais au coeur de la vie quotidienne sans pour autant que cette vie quotidienne ne devienne un espace clos. Sa raison est au seuil, alternant les engagements réels dans une vie sociale et les retraits dans le silence de ses pensées. Il ne s'agit pas pour lui d'être coupé de la "Cité" mais de s'y fondre sans jamais s'y perdre.
Saint-Augustin parlait de " la joie qui naît de la vérité." Spinoza parlera de "béatitude" par opposition aux bonheurs factices, ponctuels, éphémères de la vie frénétique de la Cité. Les bonheurs illusoires ont besoin d'être constamment alimentés par de nouveaux subterfuges, ils s'épuisent rapidement et conduisent immanquablement à une addiction pathogène. La société de consommation entretient le stock des toxicomanes.
Philosopher revient par conséquent à tenter d'être heureux à travers la vérité. Le bonheur n'est pas sa norme dans le sens où il n'est pas un objectfif autorisant les déviances. Le philosophe acceptera les conclusions les plus redoutables. Le bonheur s'il n'est que le maintien des oeillères lui est insupportable...Cette norme du bonheur à tous prix n'est pas de son domaine. La pensée "positive" n'entre pas dans son champ d'investigations dès lors que ces pensées sont détournées de la vérité. Il ne s'agit pas de penser ce qui nous rend heureux mais de penser ce qui nous paraît vrai. Cette vérité sera la source du bonheur. Et cette vérité est bien plus difficile à saisir que des bonheurs illusoires. Si le bonheur est le but, il n'en devient pas pour autant un alibi de la dérive.
Il n'est qu'à regarder ce faux ami qu'est l'espoir, cet aimant auquel nous succombons si facilement et qui contient caché en lui-même des désillusions implacables, pour comprendre ce qu'est la vérité du philosophe. Il reste ensuite ensuite à choisir sa propre voie.