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Débat philo.

Par Le 16/11/2010

Une séance passionnante aujourd'hui avec mes élèves de CM2.

J'en fais un résumé succinct. La séance a duré 1h00.

DÉBAT

 

Ils sont assis, aucune affaire sur la table, même pas la trousse.

Je désigne un enfant et lui dit juste :

"Neige..."

Il me regarde, perplexe.

"Neige...

-Ski ?

Un signe d'acquiescement.

Un autre enfant.

"Océan...

-Bateau."

Un autre enfant.

"Vacances...

-Plage.

-Arbre

-Fruits."

Et ainsi de suite en passant d'enfant en enfant.

 

Puis une explication de ma part.

"Ce travail s'appelle, l'association d'idée. Je vous donne un mot et aussitôt un autre vous vient à l'esprit. Je n'ai même pas eu besoin de vous dire ce que vous deviez faire au début, vous avez fini par trouver tout seul, votre intuition était la bonne.

Puis une question.

"A quelle partie de votre cerveau faites-vous appel pour trouver le mot que vous me donnez ?"

-La mémoire.

-Oui, c'est tout à fait ça. Vous avez en vous, dans votre mémoire des associations de mots. D'où viennent ces associations ?

-De ce qu'on a lu.

-De ce qu'on a vécu.

-De nos expériences.

-De nos discussions.

-De l'école.

-Des vacances.

-Il s'agit donc d'expériences passées qui se sont inscrites dans notre mémoire. C'est une partie essentielle de notre cerveau."

Je me tourne de nouveau vers un enfant et je lui dis:

"Quark...

-..."

Vers un autre:

"Quark...

-Un animal ?

-Et les autres, vous en pensez quoi ?

-Un extraterrestre ! (rires)

-Le dernier film de Walt Dysney (rires)

-Bon, est-ce que vous faites appel à votre mémoire pour me répondre ?

-Ah ben non, on ne sait pas ce que c'est !

-Pourtant vous avez répondu !

-On a imaginé !

-Voilà, c'est ça, vous avez imaginé. Il y a donc en nous une mémoire et une imagination. Les deux ne se contruisent pas sur les mêmes informations et ne fonctionnent pas pour les mêmes objectifs.

-C'est sûr, on rigole plus avec l'imagination ! (rires) (on rigole beaucoup dans ma classe!)

Je laisse le silence s'installer et je pousse un grand cri en tapant des mains près d'une élève qui pousse un hurlement en bondissant sur sa chaise.

(RIRES !!!!!!!!!!!!!!!!!)

"Bon, que s'est-il passé cette fois ?

-J'ai eu peur, trop peur !!

-C'est quoi cette peur? C'est la mémoire ou l'imagination ?

-Ah ben non, je n'ai pas eu le temps !

-Pas eu le temps de quoi ?

-Pas eu le temps d'imaginer ou de me souvenir, c'était trop d'un coup !

-Alors, c'est quoi qui t'a fait réagir ?

-L'émotion !

-Oui, c'est ça, l'émotion ! Elle vient d'où ? Comment la reçoit-on ?

-Partout !! J'ai sursauté dans tout mon corps !

-Mais c'est ton corps qui a reçu l'information qui t'a fait peur ?

-Ben oui, c'est mes oreilles !

-Mais tes oreilles font quoi de ce qu'elles reçoivent ?

-Elles envoient tout au cerveau.

-Mais si tes oreilles ont reçu l'information pourquoi c'est tout ton corps qui a sursauté ?

-Ah ben parce que le cerveau a dit que c'était dangereux. Alors il a fichu la panique partout !

-Donc, c'est le cerveau qui déclenche cette émotion mais c'est par le corps qu'elle se transmet ou qu'elle prend forme, c'est ça, vous êtes d'accord ?

-Oui, c'est ça, j'ai eu la trouille mais c'est mon cerveau en fait qui a eu peur et tout mon corps a sauté !

-C'est donc une émotion et elle est très soudaine.

-Ah ben oui !

-Comment ça se passe si c'est de l'amour ?

-Ouah, c'est  un coup de foudre ! C'est trop chouette (rires).

-Et si ça vient doucement, qu'on découvre que l'autre on l'aime bien, puis on l'aime beaucoup puis finalement on l'adore. Est-ce que c'est toujours une émotion ou est-ce qu'on peut appeler ça autrement ?

-C'est un sentiment plutôt.

-Ah, oui, bien ça, vous êtes d'accord les autres ?

-Oui, c'est comme un copain aussi, au début c'est un pote puis c'est un copain puis c'est un ami. Ca se fait doucement.

Bon, alors, vous voyez que ça fait déjà pas mal de choses à l'intérieur : la mémoire, l'imagination, les émotions, les sentiments. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est que vous parveniez à identifier tout ça quand ça vous arrive, à mieux comprendre ce qui se passe en vous. C'est toujours cette phrase de Henri david Thoreau :"Si tu n'es pas toi-même, qui pourrait l'être à ta place?" C'est ça aussi que ça veut dire, est-ce que nous sommes vraiment nous-mêmes, intérieurement, c'est à dire, est-ce que nous savons ce qui s'y passe, c'est un peu comme si on vivait à l'intérieur d'une maison dont on ne connaît pas toutes les pièces, ça serait vraiment bizarre. Et pourtant c'est un peu ça le problème."

 

Je laisse les remarques s'épuiser peu à peu et puis je prends mon porte monnaie dans ma poche, je sors un billet de cinquante euros et je le laisse tomber sous la table d'un enfant. Je me lève et je lui tourne le dos pendant quelques secondes.

"Qu'est-ce qui s'est passé dans ta tête ?

-Je voulais pas le prendre, répond-il gêné.

-Je sais bien, ne t'inquiète pas ! Mais qu'est-ce qui t'en a empêché ?

-C'est pas bien, c'est du vol. Et puis je sais bien que tout le monde aurait vu que je le prenais.

-Et si personne ne t'avait vu, est-ce que tu l'aurais pris ?

-Non, parce que je sais que c'est à vous.

-Et si ce billet, tu le trouves par terre et que tu ne sais pas à qui il est, qu'est-ce que tu fais ?

-Ah, ben là je le prends !

-Tu n'essaies pas de trouver son propriétaire ?

-Ben, si peut-être mais je sais pas qui c'est ?

-Mais si tu es certaine de le trouver, que tu as vu le billet tomber de sa poche, qu'est-ce que tu fais si tu ne le connais pas ?

-Ah, ben, je ne sais pas, ça dépend si quelqu'un m'a vu le ramasser aussi.

-Tu ne veux pas qu'on te traite de voleur, c'est ça ?

-Ben oui.

-Mais si personne ne t'a vue le ramasser ?

-Ah, ben alors je le garde et je vais acheter des vêtements ! (rires)

-Et les autres, vous en pensez quoi ?

-Non, c'est pas très chouette de le garder je trouve, c'est beaucoup d'argent quand même.

-Ben oui justement (rires).

-Bien, et dans tout ça, qu'est-ce qui en vous déclenche ces réactions ? Est-ce que c'est votre imagination, votre mémoire, vos émotions, vos sentiments ou autre chose encore ?

-Ben, oui j'imagine les vêtements que je vais acheter ! (rires).

-Donc, tu te laisses entraîner par ton imagination.

-Moi je le prends pas parce que mes parents m'ont appris que c'était pas bien.

-Donc, tu utilises ta mémoire et les valeurs que tes parents t'ont enseignées. On appelle ça la morale.

-Moi je le prends pas parce que ça me fout la trouille de me faire voir.

-Donc, tu réponds à une émotion.

-C'est tout mélangé alors !

-Oui, on peut voir ça comme ça mais il y quand même quelque chose en nous qui intervient. Vous vous souvenez de Pinocchio et de Jimmy Cricket ?

-Ah oui, c'est lui qui dit quand Pinocchio fait une bêtise.

-C'est sa conscience !!

-Bien ! voilà, c'est ça, c'est sa conscience. Comment on pourrait expliquer cette conscience en nous ? Qu'est-ce que c'est ? On vient de voir que ça mélange un peu tout ce qu'on a déjà trouvé.

-C'est nos pensées ?

-Quand tu fais un problème de math, tu n'as pas besoin de cette conscience là mais de la conscience que tu dois bien réfléchir. C'est le raisonnement. Quand tu es en haut d'une piste noire de ski, tu dois avoir conscience que ça va être difficile mais que tu peux le faire si tu restes appliqué. C'est la concentration.

-Ah, ben ça fait plein de conscience alors ?

-Ca n'est pas vraiment plein de consciences mais plutôt diverses utilisations d'un état de conscience. Quand on dort, par exemple, est-ce qu'on peut dire qu'on est conscient ?

-Ah, ben non, sinon on ne dort pas ! (rires)

-Donc, nous sommes conscients lorsque nous sommes réveillés et lorsque nous utilisons tout ce qui est en nous :la mémoire, l'imagination, les émotions, la morale, le raisonnement et certainement encore d'autres notions, d'autres pensées, d'autres états de conscience. mais qu'est-ce qui se passe si nous nous laissons emporter par un de ces états sans réellement le maîtriser, sans avoir clairement identifié ce qui se passe en nous. Je vous donne un exemple : Quand il y a une alerte incendie dans l'école, quand l'alarme retentit, si vous vous laissez emporter par la peur et que vous commencez à crier, vous n'allez pas écouter ce que je dis, vous allez paniquer et vous risquez en plus de déclencher une panique générale, ça arrive souvent des mouvements de foule qui se terminent en catastrophe parce que les gens n'ont pas été conscients de ce qui se passait en eux. C'est comme s'ils n'étaient plus réveillés.

-Et pourtant ils ne dorment pas !

-Non, ils ne dorment pas mais pourtant ils ne sont plus conscients. Ça vous arrive aussi parfois quand vous paniquez parce que je vous donne un contrôle surprise !

-Ah oui, on a la trouille et on ne réfléchit plus !

-Et du coup, cette peur en vous vous fait tout rater. Ça n'est pas parce que vous ne saviez rien mais parce que vous n'arriviez plus à réfléchir ! Vous vous souvenez que je vous avais dit qu'il fallait peindre en jaune fluo la pensée la plus importante et que lorsque vous voyiez arriver une autre pensée qui n'avait pas la bonne couleur, il fallait vous en débarasser.

-Ah oui, c'est ça qu'il faut faire pour réussir mais c'est difficile de contrôler les pensées ! Ca part dans tous les sens souvent !

-Et bien il faut déjà en être conscient pour réussir à se corriger à l'intérieur. Sinon, à l'extérieur, sur votre feuille, ça va être un sacré chantier. Etre conscient de ce qui se passe en nous, c'est absolument essentiel. Mais il faut pouvoir mettre un nom sur ce qui nous arrive. Cette conscience, c'est un des aspects les plus importants de notre vie et vous voyez bien que ça met en action énormément de choses en nous. Savoir ce qui appartient à notre imagination, à notre mémoire, à nos émotions, à notre morale, à notre raisonnement, tout ça il faut le maîtriser au mieux. C'est le seul moyen de pouvoir faire un choix réel. Sinon nous ne sommes pas conscients, nous vivons comme si nous étions en train de dormir."

 

 

JUSQU'AU BOUT : L'énergie

Par Le 12/11/2010

Image 3

extrait.

"Ce que j'aime dans l'escalade, c’est cette obligation d’économiser son énergie, de trouver le geste juste, la tension musculaire qui convient et pas plus, avec les muscles concernés et pas nécessairement l’ensemble. C’est un travail qui m’a toujours passionné. A mes débuts, je me suis souvent aperçu en grimpant en tête, que si je me laissais emporter par la peur, je dépensais toute mon énergie et les tremblements des muscles augmentaient l’énervement et la peur, et donc le gaspillage d’énergie. Alors, j’ai compris que si je gaspillais mes forces, ça ne servait à rien que j’en apporte une quantité supplémentaire. Ca ne mettait pas un terme au gaspillage, c’était juste une quantité d’énergie supplémentaire qui allait être gaspillée. Il fallait d’abord que j’apprenne à rester calme. Stopper le gaspillage et apprendre à utiliser juste la quantité d’énergie nécessaire."


 

 

Une étrange similitude avec l'énergie spirituelle finalement. Dans les phases de calme, il est inutile de chercher une énergie supplémentaire, comme s'il fallait absolument rester dans une certaine intensité. C'est absurde. Il convient davantage d'aller chercher en soi ce qui gêne éventuellement la consommation de l'énergie disponible, les troubles existentiels, les peurs, les attachements au passé, la crainte de l'avenir, les dysfonctionnements multiples. Si finalement, l'énergie disponible est pleinement saisie, si rien ne vient pertuber sa circulation, il convient alors d'en accepter l'affaiblissement, comparée à d'autres périodes euphoriques. L'énergie a besoin de temps de repos. On peut imaginer des saisons similaires à celles de la Nature. Les cycles ne nous sont pas accessibles. Ce sont des phénomènes de marées fluctuantes. Basses eaux, mortes eaux, pleines eaux. Je ne suis qu'un bouchon qui flotte à la surface d'un champ énergétique qui n'est pas de mon ressort. Si je me sens contrarié par des mouvements naturels, je m'oppose à travers mon mental au flux vital et c'est comme un barrage que je bâtis alors que je rêve du retour de la marée. C'est absurde, infiniment absurde.

Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va.

Le courant reviendra.   

Une autre voie.

Par Le 11/11/2010

"J'entreprends de me laisser porter par la force de toute vie vivante : l'oubli. Il est un âge où l'on enseigne ce que l'on sait, mais il en vient ensuite un autre où l'on enseigne ce que l'on ne sait pas : cela s'appelle chercher. Vient peut-être maintenant l'âge d'une autre expérience : celle de désapprendre, de laisser travailler le remaniement imprévisible que l'oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances que l'on a traversés. Cette expérience a, je crois, un nom illustre et démodé, que j'oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapienta. Nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse et le plus de saveur possible." R.Barthes

 

Etrange dilemme qui me voit étiré entre deux directions. Lire et me confronter aux esprits éveillés qui jalonnent leurs routes de balises, des lumières puissantes contre lesquelles je viens heurter mes inquiétudes comme un papillon de nuit ou m'asseoir sur la terrasse, dehors, lever du jour, 6h30, les yeux posés sur les montagnes environnantes, aucun désir, aucune attente, aucune pensée, un vide intérieur qui se laisse envahir par les arabesques du jour qui courent sur les pentes. L'impression inexplicable d'un échange de données : comme si mes pensées, mes connaissances, mes raisonnements, mes incertitudes, mes questionnements lancinants étaient aspirés par l'espace et qu'en échange, ruisselaient en moi, dans les territoires libérés, des énergies vitales, des vibrations d'univers, des pulsions végétales, une aimantation vers le soleil, vers la lumière du monde, juste des bouffées d'air pur.

 

Juste envie d'aller marcher, poser mes pas dans la neige qui est tombée en altitude.

Une autre réalité.

Par Le 06/11/2010

Plutôt que d'y voir un rêve, j'imagine le parcours d'un insecte.

 

http://www.youtube.com/watch?v=eNcS6H_ZbOw&feature=related

 

Est-ce que "sa" réalité a plus de valeur que celle dont nous sommes si fiers ?

 

Ce blog n'a aucune réalité pour les gens qui l'ignorent. Il n'en a que pour ceux et celles qui y portent un regard similaire. Cette notion de "réalité" est absolument absurde, dénuée de sens. Elle n'est encore une fois que la preuve de notre incompétence à saisir la réalité de la vie. Nous sommes étroitement enfermés, carapaçonnés dans des egos démesurés, jusqu'à promouvoir notre réalité comme "la" réalité. L'effroyable erreur a été de considérer la réalité de l'humain comme celle ayant le plus de valeur. Ce qui fait d'ailleurs que pour un promoteur immobilier ce magnifique marais, visité par cet insecte fureteur, représente dans la réalité du marchand, des immeubles à contruire. La réalité de l'insecte n'a aucune existence pour cet homme là. Multiplions cette attitude à l'échelle humaine, et on voit bien ce que "notre" réalité nous a amenés à commettre. 

Absence.

Par Le 05/11/2010

Pas envie d'écrire. Un vide intersidéral. Rien qu'une profonde absence existentielle, le vide. Je me contente de faire mon travail avec les enfants, je fais de l'escalade avec mes deux garçons, on a fait une sortie de ski de rando, les montagnes étaient magnifiques comme toujours, les questions se sont évanouies sans que les réponses ne soient assurées mais il semble que pour l'instant, l'essentiel n'est pas là. Pas la première fois que ça m'arrive, ça ne m'inquiète pas, il faut croire que parfois la vie intérieure a besoin de se mettre à l'étale. Je n'attends même pas la prochaine marée, ça ne dépend pas de moi, inutile que j'y pense.

J'écris une histoire pour enfants, celle que je racontais à mes trois enfants lorsque nous allions marcher en montagne et qu'ils étaient petits. A chaque sortie, je reprenais le personnage d'un lutin, Jarwal, chargé d'une mission ultime : sauver la mémoire du Petit Peuple. Mes enfants étaient devenus les récepteurs de cette mémoire. Je ne pouvais entendre les histoires qu'en allant marcher en montagne... Incroyable le nombre d'histoires que j'ai inventées, week end après week end, pendant plusieurs années.  On fermait la porte de la voiture, on s'engageait sur le chemin et la question arrivait.

"Ca y est Papa, tu entends Jarwal ?"

Et j'inventais une histoire qui devait durer trois, quatre, cinq, six heures...Jarwal a vécu avec nous pendant longtemps. Maintenant, il faut que je reprenne tout ça. Pour d'autres enfants.

Discours de la servitude volontaire. (suite)

Par Le 01/11/2010

Discours de la servitude volontaire

 

Résumé du texte de La Boëtie (note*)

La première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c'est qu'il naissent serviles et qu'ils sont élevés comme tels. Puis vient l'habitude, et le pouvoir se renforce et peut devenir tyrannique. Par peur ou par faiblesse, tous les hommes obéissent plutôt que de s'opposer à l'autorité. De cela découle que, sous la tyrannie, les gens deviennent lâches, mous et efféminés. Ils revendiquent plus de liberté mais manquent de volonté pour l'exercer. Il est certain qu'en perdant ses libertés, on perd vite la vaillance, l'intrépidité. Les gens soumis n'ont ni ardeur ni pugnacité au combat. Ils y vont tout engourdis, comme s'acquittant avec peine d'une obligation. Alors que l'ardeur de la liberté fait mépriser le péril et donne envie de gagner auprès de ses compagnons, quitte à mourir avec l'honneur et la gloire de n'avoir pas failli à son devoir, ni même faibli [les soldats de Bonaparte avaient retrouvé l'ardeur en se sentant porteurs des idéaux de la Révolution (liberté, égalité, fraternité)]. Les tyrans le savent bien et font tout leur possible pour avachir leurs sujets, et les outils de la tyrannie sont toutes sortes de drogues, de distractions, de récompenses (décorations, médailles), de jeux, tombolas, courses, championnats, et autres exutoires (arènes)... Mais il leur faut un bouc émissaire, et ils désignent l'étranger pour ennemi, et tous vont alors dépenser leur ardeur contre l'ennemi désigné.
Le peuple des villes, abruti de tant de ces choses alléchantes, de ces spectacles qu'ils trouvent beaux, émouvants, ou de ces plaisirs puérils qui les amusent, s'habituent à servir ainsi niaisement leur maître, et à leur obéir servilement [et avec la TV ceux de la campagne dorénavant]. Le tyran fait quelques largesses de temps en temps, mais ce n'est pas le dixième de ce qu'il reçoit ; il vous laisse les miettes du gâteau que vous lui offrez par votre servitude. Le peuple ignorant a toujours été ainsi ; il abandonne tous les pouvoirs au premier qui se présente assez sûr de lui pour les commander. Ces millions de gens sous le joug d'un seul n'y ont pas forcément été contraints par la force, mais parce qu'ils sont fascinés et comme ensorcelés par le seul nom d'un seul, qu'ils craignent, alors qu'ils ne devraient pas le redouter puisqu'il est seul et qu'ils sont des millions.
Telle est pourtant la faiblesse des hommes, contraints à l'obéissance depuis leur enfance, éduqués pour temporiser, qui s'habituent à leur condition d'esclaves et ne se rendent pas compte de la valeur de la liberté qu'ils n'ont jamais connue. Si, contrainte par la force des armes, la nation est soumise au pouvoir d'un seul, il ne faut pas s'étonner qu'elle serve, mais bien le déplorer, ou plutôt, supporter ce malheur avec patience et se préserver pour un avenir meilleur. Il peut aussi arriver qu'un peuple ait de la reconnaissance pour un de ces hommes rares qui lui ait donné des preuves de grande prévoyance pour les sauvegarder, d'une grande hardiesse pour les défendre, d'une grande prudence à les gouverner ; s'il s'habitue à la longue à lui obéir et à se fier à lui jusqu'à lui accorder une certaine suprématie, sait-on alors s'il fera aussi bien là où on le place que ce qu'il a procuré lorsqu'il était à sa place naturelle, d'égal à égal avec d'autres, comme l'on se trouve entre compagnons ou amis ?
Mais quel est ce vice qui atteint la grande majorité des hommes, le petit peuple ignorant, prêt à obéir, à servir, jusqu'à se faire tyranniser, n'ayant plus aucune possibilité de se démettre de celui qui est alors leur maître ? La contrainte ne durerait pas s'il n'y avait pas un accord entre les partis. Ce qui suit est le ressort secret de la domination, le soutien et le fondement de toute tyrannie. Les tyrans s'entourent toujours de quelques gens très dévoués et fidèles (de leur famille ou des commis), car ceux-ci partagent les avantages du tyran et en tirent avantage. Ces dix commandent à cent, lesquels recrutent mille autres, et les mille empêchent le reste du peuple à vivre libre et heureux. La contrainte est acceptée par un grand nombre, lesquels la supportent de par leur nature : ce sont des êtres dépendants, instables, hésitants. C'est là tout le rouage de l'État, et ses fonctionnaires vous obligent à payer le tribut à l'Armée et les diverses taxes qui augmentent sans cesse, sans aucun contrôle.
C'est par manque d'éducation, puis pas l'habitude que s'émousse la volonté ; c'est ainsi que par lâcheté ou faiblesse, vous perdez votre droit à la liberté et vous finissez par vous y accommoder. Les impôts sont de plus en plus lourds, jusqu'à vous priver des moyens de vous associer et de vous organiser pour reprendre votre liberté. Autant vous êtes démunis, autant l'Armée du tyran se renforce, réprime toute rébellion, et alors le poids de la soumission est terrible à supporter. Est-ce là vivre heureux ? Est-ce même vivre ? Apprenons à lutter contre cet état insupportable, je le dis à tous ceux qui veulent faire figure d'homme.

Liberté - Egalité - Fraternité : ça ne veut plus rien dire !

« Le mot pour qualifier dignement le mercantilisme et tout ce qui est médiocre est, comme on sait, le mot "libéral" ». (Volonté de Puissance, Livre IV, Pourquoi les faibles sont victorieux). Le "libéralisme" est le parti de ceux qui veulent imposer la dictature du Marché, la "libre-concurrence", la puissance par l'argent, en quelque sorte. On connait trop les inconvénients de la libre-concurrence et de la compétition dans le travail : fusions, délocalisations, les ententes de prix illicites qui faussent la concurrence... le harcellement au travail.

le surhumain

La Boëtie, ami de Michel de Montaigne, publia ce Discours en 1576. [Nouvelle traduction en français moderne de Séverine Auffret du texte intégral, Éditions Mille et une Nuits]. Nous avons considérablement résumé son texte admirable.

Tout est donc expliqué par l'éducation. C'est de là que peut venir le changement de paradigme. Rien d'autre n'est possible.

De la servitude moderne.

Par Le 31/10/2010

Ca fait mal.

http://www.dailymotion.com/video/xaze5w_de-la-servitude-moderne-1ere-partie_news

http://www.dailymotion.com/video/xazf3b_de-la-servitude-moderne-2eme-partie_news

http://www.dailymotion.com/video/xazgc4_de-la-servitude-moderne-3eme-partie_news

Mais c'est un mal nécessaire.

Il faut sortir de tout ça.

http://www.delaservitudemoderne.org/francais1.html

"Quelle époque terrible que celle où des idiots dirigent des aveugles."

William Shakespeare


 

"Toute vérité passe par trois stades :
En premier
lieu on la ridiculise;
en deuxième lieu on s'y oppose
violemment;
enfin on l'accepte comme si elle allait
de soi."
"Toute vérité passe par trois stades :
En premier
lieu on la ridiculise;
en deuxième lieu on s'y oppose
violemment;
enfin on l'accepte comme si elle allait
de soi."

Schopenhauer
    De la servitude moderne est un livre et un film documentaire de 52 minutes produits de manière totalement indépendante ; le livre (et le DVD qu’il contient) est distribué gratuitement dans certains lieux alternatifs en France et en Amérique latine. Le texte a été écrit en Jamaïque en octobre 2007 et le documentaire a été achevé en Colombie en mai 2009. Il existe en version française, anglaise et espagnole. Le film est élaboré à partir d’images détournées, essentiellement issues de films de fiction et de documentaires.

    L’objectif central de ce film est de mettre à jour la condition de l’esclave moderne dans le cadre du système totalitaire marchand et de rendre visible les formes de mystification qui occultent cette condition servile. Il a été fait dans le seul but d’attaquer frontalement l’organisation dominante du monde.

    Dans l’immense champ de bataille de la guerre civile mondiale, le langage constitue une arme de choix. Il s’agit d’appeler effectivement les choses par leur nom et de faire découvrir l’essence cachée de ces réalités par la manière dont on les nomme. La démocratie libérale est un mythe en cela que l’organisation dominante du monde n’a rien de démocratique ni même rien de libérale. Il est donc urgent de substituer au mythe de la démocratie libérale sa réalité concrète de système totalitaire marchand et de répandre cette nouvelle expression comme une trainée de poudre prête à incendier les esprits en révélant la nature profonde de la domination présente.

    D’aucuns espéreront trouver ici des solutions ou des réponses toutes faites, genre petit manuel de « Comment faire la révolution ? ». Tel n’est pas le propos de ce film. Il s’agit ici de faire la critique exacte de la société qu’il nous faut combattre. Ce film est avant tout un outil militant qui a pour vocation de faire s’interroger le plus grand nombre et de répandre la critique partout où elle n’a pas accès. Les solutions, les éléments de programme, c’est ensemble qu’il faut les construire. Et c’est avant tout dans la pratique qu’elles éclatent au grand jour. Nous n’avons pas besoin d’un gourou qui vienne nous expliquer comment nous devons agir. La liberté d’action doit être notre caractéristique principale. Ceux qui veulent rester des esclaves attendent l’homme providentiel ou l’œuvre qu’il suffirait de suivre à la lettre pour être plus libre. On en a trop vu de ces œuvres ou de ces hommes dans toute l’histoire du XXº siècle qui se sont proposés de constituer l’avant-garde révolutionnaire et de conduire le prolétariat vers la libération de sa condition. Les résultats cauchemardesques parlent d’eux-mêmes.

    Par ailleurs, nous condamnons toutes les religions en cela qu’elles sont génératrices d’illusions nous permettant d’accepter notre sordide condition de dominés et qu’elles mentent ou déraisonnent sur à peu près tout. Mais nous condamnons également toute stigmatisation d’une religion en particulier. Les adeptes du complot sioniste ou du péril islamiste sont de pauvres têtes mystifiées qui confondent la critique radicale avec la haine et le dédain. Ils ne sont capables de produire que de la boue. Si certains d’entre eux se disent révolutionnaires, c’est davantage en référence aux « révolutions nationales » des années 1930-1940 qu’à la véritable révolution libératrice à laquelle nous aspirons. La recherche d’un bouc émissaire en fonction de son appartenance religieuse ou ethnique est vieille comme la civilisation et elle n’est que le produit des frustrations de ceux qui cherchent des réponses rapides et simples face au véritable mal qui nous accable. Il ne peut y avoir d’ambigüité sur la nature de notre combat. Nous sommes favorables à l’émancipation de l’humanité toute entière, sans aucune forme de discrimination. Tout pour tous est l’essence du programme révolutionnaire auquel nous adhérons.

    Les références qui ont inspiré ce travail et plus généralement ma vie sont explicites dans ce film : Diogène de Sinoppe, Étienne de La Boétie, Karl Marx et Guy Debord. Je ne m’en cache pas et ne prétend pas avoir inventé l’électricité. On me reconnaîtra simplement le mérite d’avoir su m’en servir pour m’éclairer. Quand à ceux qui trouveront à redire sur cette œuvre en tant qu’elle ne serait pas assez révolutionnaire ou bien trop radicale ou encore pessimiste n’ont qu’à proposer leur propre vision du monde dans lequel nous vivons. Plus nous serons nombreux à diffuser ces idées et plus la possibilité d’un changement radical pourra émerger.

    La crise économique, sociale et politique a révélé la faillite patente du système totalitaire marchand. Une brèche est ouverte. Il s’agit maintenant de s’y engouffrer sans peur mais de manière stratégique. Il faut cependant agir vite car le pouvoir, parfaitement informé sur l’état des lieux de la radicalisation de la contestation, prépare une attaque préventive sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. L’urgence des temps nous impose donc l’unité plutôt que la division car ce qui nous rassemble est bien plus profond que ce qui nous sépare. Il est toujours très commode de critiquer ce qui se fait du côté des organisations, des individus ou des différents groupes qui se réclament de la révolution sociale. Mais en réalité, ces critiques participent de la volonté d’immobilisme qui tente de nous convaincre que rien n’est possible. Il ne faut pas se tromper d’ennemis. Les vieilles querelles de chapelle du camp révolutionnaire doivent laisser la place à l’unité d’action de toutes nos forces. Il faut douter de tout, même du doute.

    Le texte et le film sont libres de droits, ils peuvent être copiés, diffusés, projetés sans la moindre forme de contrainte. Ils sont par ailleurs totalement gratuits et ne peuvent en aucun cas être vendus ou commercialisés sous quelque forme que ce soit. Il serait en effet pour le moins incohérent de proposer une marchandise qui aurait pour vocation de critiquer l’omniprésence de la marchandise. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre, est notre force de frappe contre la domination présente.

    Ce film qui est diffusé en dehors de tout circuit légal ou commercial ne peut  exister que grâce à l’appui de personnes qui en organisent la diffusion ou la projection. Il ne nous appartient pas, il appartient à ceux qui voudront bien s’en saisir pour le jeter dans le feu des combats.
    
Jean-François Brient et Victor León Fuentes      

Schopenhauer

 

    De la servitude moderne est un livre et un film documentaire de 52 minutes produits de manière totalement indépendante ; le livre (et le DVD qu’il contient) est distribué gratuitement dans certains lieux alternatifs en France et en Amérique latine. Le texte a été écrit en Jamaïque en octobre 2007 et le documentaire a été achevé en Colombie en mai 2009. Il existe en version française, anglaise et espagnole. Le film est élaboré à partir d’images détournées, essentiellement issues de films de fiction et de documentaires.

    L’objectif central de ce film est de mettre à jour la condition de l’esclave moderne dans le cadre du système totalitaire marchand et de rendre visible les formes de mystification qui occultent cette condition servile. Il a été fait dans le seul but d’attaquer frontalement l’organisation dominante du monde.

    Dans l’immense champ de bataille de la guerre civile mondiale, le langage constitue une arme de choix. Il s’agit d’appeler effectivement les choses par leur nom et de faire découvrir l’essence cachée de ces réalités par la manière dont on les nomme. La démocratie libérale est un mythe en cela que l’organisation dominante du monde n’a rien de démocratique ni même rien de libérale. Il est donc urgent de substituer au mythe de la démocratie libérale sa réalité concrète de système totalitaire marchand et de répandre cette nouvelle expression comme une trainée de poudre prête à incendier les esprits en révélant la nature profonde de la domination présente.

    D’aucuns espéreront trouver ici des solutions ou des réponses toutes faites, genre petit manuel de « Comment faire la révolution ? ». Tel n’est pas le propos de ce film. Il s’agit ici de faire la critique exacte de la société qu’il nous faut combattre. Ce film est avant tout un outil militant qui a pour vocation de faire s’interroger le plus grand nombre et de répandre la critique partout où elle n’a pas accès. Les solutions, les éléments de programme, c’est ensemble qu’il faut les construire. Et c’est avant tout dans la pratique qu’elles éclatent au grand jour. Nous n’avons pas besoin d’un gourou qui vienne nous expliquer comment nous devons agir. La liberté d’action doit être notre caractéristique principale. Ceux qui veulent rester des esclaves attendent l’homme providentiel ou l’œuvre qu’il suffirait de suivre à la lettre pour être plus libre. On en a trop vu de ces œuvres ou de ces hommes dans toute l’histoire du XXº siècle qui se sont proposés de constituer l’avant-garde révolutionnaire et de conduire le prolétariat vers la libération de sa condition. Les résultats cauchemardesques parlent d’eux-mêmes.

    Par ailleurs, nous condamnons toutes les religions en cela qu’elles sont génératrices d’illusions nous permettant d’accepter notre sordide condition de dominés et qu’elles mentent ou déraisonnent sur à peu près tout. Mais nous condamnons également toute stigmatisation d’une religion en particulier. Les adeptes du complot sioniste ou du péril islamiste sont de pauvres têtes mystifiées qui confondent la critique radicale avec la haine et le dédain. Ils ne sont capables de produire que de la boue. Si certains d’entre eux se disent révolutionnaires, c’est davantage en référence aux « révolutions nationales » des années 1930-1940 qu’à la véritable révolution libératrice à laquelle nous aspirons. La recherche d’un bouc émissaire en fonction de son appartenance religieuse ou ethnique est vieille comme la civilisation et elle n’est que le produit des frustrations de ceux qui cherchent des réponses rapides et simples face au véritable mal qui nous accable. Il ne peut y avoir d’ambigüité sur la nature de notre combat. Nous sommes favorables à l’émancipation de l’humanité toute entière, sans aucune forme de discrimination. Tout pour tous est l’essence du programme révolutionnaire auquel nous adhérons.

    Les références qui ont inspiré ce travail et plus généralement ma vie sont explicites dans ce film : Diogène de Sinoppe, Étienne de La Boétie, Karl Marx et Guy Debord. Je ne m’en cache pas et ne prétend pas avoir inventé l’électricité. On me reconnaîtra simplement le mérite d’avoir su m’en servir pour m’éclairer. Quand à ceux qui trouveront à redire sur cette œuvre en tant qu’elle ne serait pas assez révolutionnaire ou bien trop radicale ou encore pessimiste n’ont qu’à proposer leur propre vision du monde dans lequel nous vivons. Plus nous serons nombreux à diffuser ces idées et plus la possibilité d’un changement radical pourra émerger.

    La crise économique, sociale et politique a révélé la faillite patente du système totalitaire marchand. Une brèche est ouverte. Il s’agit maintenant de s’y engouffrer sans peur mais de manière stratégique. Il faut cependant agir vite car le pouvoir, parfaitement informé sur l’état des lieux de la radicalisation de la contestation, prépare une attaque préventive sans commune mesure avec ce que nous avons connu jusqu’à maintenant. L’urgence des temps nous impose donc l’unité plutôt que la division car ce qui nous rassemble est bien plus profond que ce qui nous sépare. Il est toujours très commode de critiquer ce qui se fait du côté des organisations, des individus ou des différents groupes qui se réclament de la révolution sociale. Mais en réalité, ces critiques participent de la volonté d’immobilisme qui tente de nous convaincre que rien n’est possible. Il ne faut pas se tromper d’ennemis. Les vieilles querelles de chapelle du camp révolutionnaire doivent laisser la place à l’unité d’action de toutes nos forces. Il faut douter de tout, même du doute.

    Le texte et le film sont libres de droits, ils peuvent être copiés, diffusés, projetés sans la moindre forme de contrainte. Ils sont par ailleurs totalement gratuits et ne peuvent en aucun cas être vendus ou commercialisés sous quelque forme que ce soit. Il serait en effet pour le moins incohérent de proposer une marchandise qui aurait pour vocation de critiquer l’omniprésence de la marchandise. La lutte contre la propriété privée, intellectuelle ou autre, est notre force de frappe contre la domination présente.

    Ce film qui est diffusé en dehors de tout circuit légal ou commercial ne peut  exister que grâce à l’appui de personnes qui en organisent la diffusion ou la projection. Il ne nous appartient pas, il appartient à ceux qui voudront bien s’en saisir pour le jeter dans le feu des combats.
    
Jean-François Brient et Victor León Fuentes      
 

Réalisme et réalité

Par Le 30/10/2010

1) "Réalisme" : Disposition à voir les choses comme elles sont et à agir en conséquence.

"Vous avez fait preuve de beaucoup de réalisme sur ce but."

On pourrait remplacer "réalisme" par "lucidité".

2) Tendance littéraire et artistique de la seconde moitié du XIX ème siècle à représenter la nature et la vie telles qu'elles sont.

Le réalisme est un mouvement artistique moderne apparu en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle, notamment en Italie et en Allemagne.

Celui-ci naquit du besoin de réagir contre le sentimentalisme romantique et contre « la sottise, le poncif et le bon sens ».

Il cherche à dépeindre la réalité telle qu'elle est, sans artifice et sans idéalisation, choisissant ses sujets dans les classes moyennes ou populaires, et abordant des thèmes comme le travail salarié, les relations conjugales, ou les affrontements sociaux. Il s'oppose ainsi au romantisme, qui a dominé la première moitié du siècle, et au classicisme. Il s'étendra ensuite à l'ensemble de l'Europe et à l'Amérique, où il survivra jusque dans les années 1950.

Stendhal, Balzac, Zola, Flaubert, Maupassant...

source wikipédia.

Et bien quand je repense à mes lectures de lycée, je ne vois pas dans le réalisme littéraire un saisissement de la réalité mais juste une étude des imbrications sociales au coeur d'une réalité instable. Il ne s'agit toujours pas de cette réalité existentielle dont je parlais précédemment. Loin de moi, l'idée de critiquer ces oeuvres et ces artistes mais je trouve que le terme "réalisme" prête à confusion. Il s'agissait d'une étude sociale libérée des enluminures du romantisme. On ne peut s'en plaindre mais de là à avancer l'idée qu'il s'agit de la réalité des individus, je n'irais pas jusque là.

Cette réalité existentielle est bien ailleurs que dans ces agitations relationnelles.

"Si tu n'es pas toi-même, qui pourrait l'être à ta place ?" demandait Henry David Thoreau. Et bien, tout le monde en fait lorsqu'il s'agit de cette vie sociale dans laquelle nous sommes engagés. L'individu peut chercher à être son idole, c'est très fréquent ou moins gravement à être intégré dans un groupe ethnique, religieux, politique, professionnel...L'individu n'est pas une entité individuelle mais une partie d'un tout. Et sans ce tout, il ne se sent plus rien.

Combien de dépressions à la retraite, combien de désoeuvrés à la mort de Michael Jackson, combien d'inconsolables à la mort d'une mère, d'un leader politique, d'une icône sportive...Inutile de chercher bien longtemps pour déceler de multiples dérives de cette sorte.

L'individu manque de réalisme dans cette réalité instable. Il manque de lucidité parce qu'il n'existe pas en lui-même mais extérieurement à lui-même. Il existe par rapport à une donnée rapportée. Le réalisme littéraire décrivait admirablement bien justement toutes ces imbrications relationnelles, toutes ces implications complexes. Mais il ne parlait pas de la réalité existentielle. Ca n'était sans doute pas son objectif d'ailleurs. Il y avait bien assez à faire comme ça...

Henry David Thoreau voulait sans doute décrire cette dérive de l'identification qui consiste à ne vivre qu'en fonction d'un pair. (d'un "père?") Si je ne suis pas moi mais que je vis par procuration en vénérant un être que je vois comme étant supérieur à moi, qui pourra prendre ma place en moi ? Eh bien cet individu adulé justement. C'est lui qui vit en moi étant donné que je pense comme j'imagine qu'il pense, que je vis comme j'imagine qu'il vit, que je rêve surtout comme j'imagine qu'il rêve. Je suis lui sans que lui ne soit jamais moi. Je resterai immanquablement enfermé dans cette carapace rajoutée. Il ne saura rien de ce que je vis et je ne serai rien de ce qu'il est. Tout n'est que chimère.

Dans cette situation là, il est évidemment impossible de parler de "réalité".

Ni de réalisme.

Et pourtant, combien de fois avons-nous rêvé de ces vies rêvées de nos stars ?...Des vies par procuration. Heureusement, les contingences quotidiennes nous ramènent vite à la réalité instable qui se révèle cette fois infiniment préférable.

Alors qu'en est-il de ce réalisme ?

"Opportuniste, pragmatiste, utilitariste, matérialiste, naturaliste, positiviste, cru, sincère."

Je suis surpris des sens associés. Rien sur la lucidité. Sans doute parce que le terme est généralement employé pour des notions extérieures et non spirituelles, des façons précises d'appréhender la vie et non de l'explorer.  Il suffit d'ailleurs de lire les quelques phrases proposées sur le net employant le terme. C'est effectivement très souvent matérialiste."

"Tu as manqué de réalisme en achetant cette voiture que tu ne peux pas payer."

Que voudrait dire la phrase :

"Je manque de réalisme envers moi-même."

Que je ne suis pas assez opportuniste ? Matérialiste ? Pragmatique ? Sincère ?

Rien à faire, je lui préfère le mot "lucidité".

Mais allons plus loin. Ce mot "réalisme"appartient à la famille de "réalité". Pourrait-on dire que je ne suis pas assez réel envers moi-même ? C'est là que je m'interroge depuis ce matin. Si je ne suis plus mari, père, enseignant, que suis-je ? Sommes-nous toujours ce que nous sommes par rapport aux autres ? Existons-nous nécessairement dans une relation d'altérité ? Même un moine chartreux existe par rapport à Dieu. Pas pour lui-même. Nous sommes condamnés à exister par rapport aux autres. Les écrivains réalistes tels que Zola parlait bien donc parfois d'existentialisme. Y a-til une réalité individuelle libérée du regard des autres ?

Bernard Moitessier dans son tour du monde à la voile en solitaire se sent exister par rapport à la mer, à la nature. Il n'existe pas en lui-même, c'est toujours au coeur d'une relation.

La différence essentielle avec le commun des mortels, c'est l'extrême lucidité qui l'habitait. C'est là que se trouve le réalisme existentiel. Il se savait relié mais sans se perdre dans cette interdépendance. Pas de disparition mais une élévation. Le réalisme consisterait à identifier clairement les liens qui nous unissent, à juger de leur puissance, à s'en détacher lorsque c'est nécessaire, à ne pas en être dépendant. Les relations ne nous donnent pas vie, il ne s'agit pas de soumission mais d'accompagnement. On en vient immanquablement à l'amour. Celui-là n'est pas une addiction mais un tuteur. On ne meurt pas sous son emprise mais il nous grandit. Parce qu'un tuteur a pour fonction de soutenir et non d'enchaîner. Il n'est pas une entrave mais un tremplin. L'amour destructeur n'a aucun réalisme. L'individu qui s'y soumet n'est pas réel. Puisqu'il n'existe pas en dehors de cet amour.

Je pourrais ne pas être mari, ne pas être père, ne pas être enseignant, j'aurais au moins une relation avec le jardin qui me nourrirait, avec la mer qui m'offrirait du poisson, avec les arbres fruitiers, une rivière, avec le soleil, la pluie, le vent, la nature. L'essentiel, tout comme dans n'importe quelle autre existence, serait de vivre tout ça avec lucidité. Ou réalisme.

A être réel.

Nous ne pouvons pas échapper à la réalité instable mais en identifiant tout ce qui la constitue, nous pouvons y devenir réel.

 

 

Une réalité instable.

Par Le 29/10/2010

Je suis stupéfait et parfois consterné par la puissance des croyances. Ces croyances qui construisent en nous une certaine réalité. Un exemple. J'ai dans ma classe un élève qui a toujours été considéré par les enseignants comme un perturbateur, un enfant paresseux, soutenu par les parents, un "fardeau", comme me l'a dit la collègue précédente...

Comme chaque année, je refuse de lire les dossiers scolaires de mes élèves et je leur dis le premier jour de classe que je ne sais rien sur eux, que je ne veux pas qu'ils entrent dans ma classe avec l'idée qu'ils vont encore être jugés sur leurs "défauts", comme s'ils avaient une étiquette collée sur le front, qu'ils savent quels comportements ou quelles lacunes ont servi aux enseignants précédents pour que ce jugement les poursuive et qu'ils doivent par conséquent travailler sur eux-mêmes pour se défaire de cette étiquette, que je fais toujours la différence entre leur nature d'enfant et leur fonction d'élève et que ce qu'ils font n'est pas la même chose que ce qu'ils sont, que je ne veux pas qu'ils établissent en eux des croyances liées aux regards et aux "condamnations" que leur porte les enseignants, qu'il m'importe avant tout qu'ils cherchent en eux ce qu'ils veulent être et non se laisser piéger par l'image néfaste dont certains adultes les affublent.

"Vérifie toujours à chaque instant, que tes pensées, tes choix, tes décisions et tes actes sont à l'image de la personne que tu veux être."

C'est affiché au-dessus du tableau et je les renvoie souvent à ce texte. C'est leur propre regard qui doit être le seul juge de paix. Je ne suis parfois, quand c'est nécessaire, que le déclencheur de cette réflexion en eux.

Cet enfant dont je parlais au début a totalement changé. Il s'est révélé très curieux, dynamique, intéressé et intéressant, il participe, apprend ses leçons, lit à la maison, raconte à ses parents tout ce qu'il vit en classe. La maman est venue me voir pour me faire part de son bonheur, ainsi que de son mari, quant au plaisir de son fils de venir à l'école. "A table, on ne peut plus en placer une, il a toujours quelque chose à raconter."

Ce petit garçon s'est cassé le bras trois jours avant la rentrée de septembre, c'est dire la peur qu'il avait de revenir en ce lieu maudit...

Je suis évidemment très heureux de son évolution.

Mais également consterné, effrayé par la puissance destructrice ou bénéfique des croyances que nous adoptons. Ce petit gars avait une mauvaise image de lui-même et ne parvenait plus à en sortir. A force d'entendre qu'il était "nul", il avait fini par adopter le comportement associé à cette image. Cette certitude en lui d'être un moins que rien le conduisait immanquablement à n'exister qu'à travers des attitudes "rebelles". En le félicitant à la moindre occasion, en le valorisant, en l'encourageant, sans jamais porter de jugement sur ce qu'il faisait mais en le renvoyant si nécessaire à l'image qu'il voulait avoir de lui-même, je sais que j'ai réussi à inverser en lui cette croyance que l'école ne pourrait jamais le rendre heureux.

Le soir de la réunion avec tous les parents d'élèves, j'ai considérablement insisté sur la force des mots.

Dire à un enfant qui vient de faire une bêtise, "tu es vraiment nul" au lieu de dire "ce que tu as fait est vraiment nul", c'est ancrer en lui une image destructrice. Nos actes ne sont pas ce que nous sommes mais le reflet d'une émotion qui parfois nous dépasse : la colère, la jalousie, la paresse, l'inattention, l'indifférence, c'est ce qui existe en nous à un instant T mais ce n'est pas ce que nous sommes intrinsèquement parlant. Si l'individu n'avait pas commis cet acte, il serait toujours le même.

C'est le jugement porté par les pairs qui ancre dans l'individu cette idée que je suis ce que je fais. Un jugement qui doit disparaître.

Les évènements qui surviennent dans nos existences sont générés par de multiples paramètres et il suffirait qu'un de ces paramètres diffèrent pour que cette "réalité" change.

Ce petit garçon en est un exemple supplémentaire. Il a suffi que sa "réalité" quotidienne prenne une autre tournure pour qu'il devienne un autre élève. Mais l'enfant est toujours le même, l'individu n'a pas changé dans sa profondeur. C'est la façon dont il gère les évènements exogènes qui a changé parce que la réalité de sa vie d'élève a changé. 

Où se situe la réalité dès lors ?   

Est-il possible d'identifier clairement ce que nous sommes, cette réalité intime, existentielle ?

Dès lors que nous subissons des atteintes diverses et que nous n'avons pas la lucidité de faire la part des choses entre les tourments internes de nos interlocuteurs et notre réalité, comment établir une image stable et claire de ce que nous sommes ? On imagine bien l'immense difficulté que cela représente chez de jeunes enfants...

Il y aurait donc une réalité instable, liée à notre vie sociale, et une réalité existentielle, liée à notre être.

Mais cette réalité d'être est-elle un état originel ou quelque chose qui se construit en fonction de la réalité instable de notre vie sociale ?

Si l'an prochain, ce petit garçon de ma classe, en arrivant au collège, tombe sur un ou plusieurs professeurs destructeurs, qui sera-t-il ? Un élève perturbateur ou un élève passionnant et passionné ?

Existe-t-il en nous un individu stable ou sommes-nous uniquement des individus formatés et modelables ?

L'idée m'effraie considérablement.

Il suffit de penser à ces gardiens des camps de concentration. Certains n'auraient jamais imaginé tenir un tel rôle...Rien en eux ne les destinait à une telle abomination. Comment ont-ils pu se laisser entraîner de la sorte ? La force des conditionnements, des peurs, le désir d'adhérer à un pénomène de groupe pour exister et prendre une importance ...Il n'y avait chez certains d'entre eux aucune haine du peuple Juif. Bien d'autre paramètres sont entrés en jeu. La réalité sociale avait pris le pas sur la réalité existentielle. On sait que certains se sont suicidés à la libération comme si l'effondrement de cette réalité sociale avait brisé en eux la réalité existentielle et que le dégoût de soi avait pris le pas sur tout le reste.

 

On connaît ces histoires de jeunes de banlieue, brûleurs de voitures, dealers, petits pions au coeur d'une bande et qui un jour, pour diverses raisons, prennent conscience avec une violence immense de l'errance de leur existence et sortent de cette réalité sociale pour retrouver leur réalité existentielle. Certains deviennent éducateurs de rues.

 

La lutte constante de cette vie ne reviendrait-il pas à identifier constamment ce qui relève de cette réalité instable des conditions de vie et ce qui concerne notre réalité intérieure.

Ce que nous faisons n'est pas nécessairement ce que nous sommes.  

Le bonheur serait par conséquent de réussir à vivre en actes comme en esprit. Faire ce que nous sommes, à chaque instant, dans chaque circonstance de vie pour que cette vie instable ne prenne jamais le dessus sur notre réalité.

Etre réel dans notre réalité.

Qu'y a -t-il derrière le rideau ?

Par Le 22/10/2010

Ce rideau qui voile ma conscience. cette impression d'être au bord d'un seuil, que quelque chose est là, devant moi et que je ne peux pas le voir, que je ne peux pas le saisir...C'est peut-être la folie d'ailleurs. Ce désir si fort de passer de l'autre côté. Cette autre conscience, celle du monde qui se réfléchit en moi et me donne forme en prenant conscience de lui-même à travers ce miroir que je lui offre...Une construction insécable, le monde en moi qui me donne vie, la vie en moi qui donne vie au monde, la conscience de ce moi qui s'observe et perçoit face à lui la vie qui s'observe, l'idée tourne en rond en moi, mais elle n'est pas qu'une pensée, elle n'est pas qu'une réflexion, il y a aussi cette douleur, ce noeud au ventre qui ne se délie pas parce que je reste figé dans ma quête et qu'elle me colle à moi-même, je sais qu'il faut autre chose que ce mental surexcité qui pompe toute l'énergie connue.

Il faut un électrochoc.

J'en ai déjà goûté l'incommensurable puissance.

Je ne tiens pas à le revivre. Et pourtant ce parfum en moi, cette lumière ineffable, ces murmures au fond de mon âme...Tout ce qui a disparu et dont l'absence m'a laissé si hagard.

Une autre conscience. Une certitude.

"Toute notre dignité consiste donc en la pensée" écrivait Pascal.

J'aimerais immensément perdre cette dignité alors. Ne plus rien écrire, ne plus rien penser puisque cela signifierait que je serais enfin là où je dois être.

Mon indignité existe aussi à travers mes pensées. L'homme n'a toujours été que le modelage de ses pensées, il a toujours été soumis à cet artisan et s'en est toujours glorifié. Incroyable esclavage qui voit le serf adorer son seigneur. Jusqu'à lui dresser des cathédrales. Le Dieu des hommes n'est qu'une excroissance de leurs pensées. Des pensées au service des hommes pour manipuler les hommes. 

Et il y aurait là-dedans, dans ce marasme séculaire une conscience grandiose ?

 

Une fausse route.

Un rideau qu'on a tous tiré.

Qu'y a-t-il derrière ?     

 

Lorsque j'étais entre lemains d'Hélène, elle m'a ouvert la voie.

"Lâche ton mental, il n'a rien à faire là."

Ces pensées qui ancraient la douleur dans mon corps mutilé, la souffrance dans mon esprit lacéré, ces pensées à travers lesquelles je cherchais une issue, je devais m'en défaire, je devais les abolir, les exterminer. Elles étaient le mal incarné en moi. La négation de ma dignité d'homme.

Et la vie a deviné que j'ouvrais la porte, elle s'est engouffrée parce qu'elle a senti que sa conscience en moi avait une place, que ma conscience humaine avait lâché prise, que mes certitudes et mes prétentions avaient rendu l'âme. L'homme n'était plus là. C'était la vie en moi et cette enveloppe n'était rien d'autre qu'une incarnation de l'amour de la vie pour elle-même. Il fallait bien qu'elle trouve un exutoire à ce désir d'osmose, à ce partage universel. Nous ne sommes que des extensions de la vie, pas même la vie elle-même mais des images inhérentes à sa conscience. Et dès lors que nous laissons une place à cette conscience de la vie pour elle-même, nous devenons les êtres aimés qu'elle a toujours souhaité nous voir devenir.

L'amour humain n'est rien qu'une parcelle infime de cet Amour de la vie pour elle-même, l'amour des herbes pour la terre, l'amour des oiseaux pour le ciel, l'amour des vagues pour l'océan, l'amour des particules dans le maëlstrom des énergies, tout ça n'est qu'une infime parcelle de l'amour de la vie pour elle-même. Nous avons été les seuls à croire que nous pouvions nous en extraire parce que nous étions affligés d'une conscience consciente de ses pensées. Au lieu de faire de cette offrande une bénédiction, nous en avons fait une condamnation. Celle de notre propre enfermement.

 

Le XXI siècle sera celui du rideau déchiré.

Il ne sera pas spirituel car là aussi, il ne s'agit que de pensées édulcorées. Il faut passer au-delà du spirituel, cette tournure là est aussi galvaudée que les religions, il y a trop d'écrits, trop de penseurs qui invitent à ne plus penser, je ne veux plus rien lire, je ne veux plus rencontrer aucun penseur au fil de leurs pages, je ne veux personne devant le rideau pour me dire comment le retirer.

Plutôt crever sur le seuil.

Pensée et conscience. (spiritualité)

Par Le 21/10/2010

Extrait : "JUSQU'AU BOUT."

« Si notre conscience a la possibilité de grandir à l’intérieur de notre espace clos, c’est sans doute que nous ne l’avions pas développée auparavant et qu’il reste de la place. Mais se pourrait-il aussi que cette conscience soit extérieure à nous-mêmes, comme une conscience commune dans l’univers et qu’il s’agisse simplement de la saisir pour l’inviter à occuper notre espace intérieur ? La plupart des hommes vivrait sans conscience, ce qui pourrait expliquer aussi les déviances de l’humanité. A la place de cette conscience universelle jamais rappelée, l’esprit s’emplirait de valeurs intrinsèquement humaines, totalement détachées de la source commune. Et ces valeurs, nombreuses et variées, incessamment renforcées pour le maintien du mensonge, donneraient l’impression à l’humanité entière qu’elle est sur la bonne voie… La manipulation de la masse par la masse elle-même nous a entraînés sur une fausse route. Nous ne sommes pas sur la voie de l’univers. Nous ne sommes plus en expansion avec lui. Nous sommes perdus. »

 

Ce qui est en nous, cette conscience auto-réfléchie, n'est sans doute qu'une étape. Et par l'admiration que nous lui portons elle agit comme une cellule, un carcan. L'humanité a scellé son âme dans le piédestal hautain de cette conscience adorée. Nous n'étions que sur le chemin et nous avons cru l'ouvrage achevé.

Cette conscience, de par l'aura que nous lui avons tressée, nous a aveuglés. Comme si le projecteur de notre intérêt et de notre fascination s'était retourné vers nous et nous avait figés comme une bête saisie par une lumière soudaine. 

Pour quitter ce carcan, pour retrouver l'apaisement de l'obscurité et l'humilité du cheminement, le pas appliqué et aimant du marcheur, il nous faut abandonner l'amour égotique et plonger dans les noirceurs de l'inconscient primaire, celui qui nous unit à la Terre, à la Vie, à la Source. Nulle crainte à avoir, ce ne sont pas des noirceurs voraces, même si l'ego s'y efface. Juste une Conscience tournée vers la Vie et non plus vers notre Moi. Il faut poser un capuchon sur notre conscience d'homo sapiens, comme un étouffoir sur une torche.

Je ne crois pas en la philosophie dès lors qu'elle est privée de sa dimension spirituelle. Elle n'est qu'au service de l'égo tout puissant, à l'intellectualisation de la conscience.

Je ne crois pas en la religion car elle est au service de l'aveuglement. Elle a toujours détourné les hommes de la Vie,de la Terre, de la Source. Elle agit pour les hommes au nom d'un Dieu qu'ils façonnent pour leurs intérêts. Elle n'agit pas pour la Vie.

La spiritualité n'est pas la religion. 

La spiritualité n'a pas de chemin écrit, aucun sillon à suivre, aucun Maître à adorer, aucun Dieu à vénérer. 

La Conscience au-delà de la conscience.

Lorsque l'unité sera faite, lorsque les liens seront établis, lorsque l'osmose sera constante, pas uniquement quelques flashs inattendus, pas simplement ces bouleversements qui nous submergent devant un coucher de soleil, les grands navires de pluie, la mélodie des houles dans la cime des arbres, le sourire d'un enfant, ses petits doigts qui viennent saisir notre main pour l'aider à monter sur un rocher, son rire cristallin devant la danse des vagues, le vol blanc d'un oiseau pélagique sur le fond bleu de l'Océan, tous ces instants d'amour qui ruissellent et pleurent en nous des torrents de bonheur.

la Conscience de l'Amour. Au-delà de notre enveloppe.   

Il nous faut sortir de nous-mêmes.

 

J'en suis à me demander si cette conscience auto-réfléchie qui nous a été donnée n'a pas été détournée de son objectif...Si nous n'avions pas cru voir uniquement en nous un centre lumineux à travers cette conscience mais que nous ayons porté cette faculté vers la Nature, nous aurions pu voir à quel point notre conscience d'homo sapiens ne peut pas être séparée de celle du Monde. Puisque nous sommes dans le Monde tout comme le Monde est en nous, énergétiquement, moléculairement parlant, il ne s'agissait pas d'entrevoir uniquement notre conscience individualisée mais La Conscience, cette osmose absolue, je ne suis pas celui qui est, je ne suis pas celui se cherche, je ne suis même pas celui qui sait ne pas être, tout est bien au-delà de cette simple perception duale, moi et le Monde, c'est là qu'est l'erreur originelle à mon sens. La conscience auto-réfléchie n'était pas qu'une étape, elle était une voie de garage, une impasse et l'humanité est si ancrée désormais dans ce paradigme, renforcée par des siècles de philosophies occidentales, que l'être humain reste enfermé dans cette certitude. La Conscience auto-réfléchie, à l'échelle du Monde, consistait à saisir à travers notre conscience individuelle un échelon bien supérieur, immensément respectueux, une infinie communion. Je suis celui qui a conscience que sa conscience n'est rien dès lors qu'elle se prive elle-même de l'étape suivante.

 

Que faut-il entreprendre dès lors, comment s'extraire de cette conscience duale, comment retrouver le chemin de la Vie au coeur de nos existences ?

Les pensées me semblent être un fonctionnement intellectuel surpuissant, une formidable machine à construire des actes, des tourments, des bonheurs, des évolutions disparates ou des régressions ponctuelles, des agissements néfastes et des sauvetages merveilleux, tout ce fatras que nous avons sous les yeux continuellement. Je les vois comme des outils informatiques. Le problème vient de l'identification du programmateur. Est-ce nous, dans une totale objectivité ou un conglomérat de conditionnements archaïques et de manipulations légalisées, des formatages auxquels on s'abandonne par éducation, par mimétisme...Ca peut bien entendu être enthousiasmant, des progrès fulgurants, des avancées indéniables. Dès lors que des milliers de personnes convergent, le courant est puissant et balaie peu à peu les résistances. Lorsqu'on parle de milliards, rien ne résiste.

Mais qui pense ? Des individus spérarés ou une masse agglomérée et mûe par un élan commun ? Y a-t-il réellement une conscience dans ce mouvement ? Lorsque je lis des ouvrages scientifiques sur l'évolution de l'espèce, je ne parviens pas à percevoir autre chose que ce courant généré par des agitations partagées, des embrasements intellectuels, politiques, culturels, scientifiques, pas des étincelles éparses mais des foyers immenses et la lueur des flammes aveuglent des espaces immenses, se propagent à la vitesse du vent. Qui a lancé la première flammèche ? Savait-il ce qu'il faisait et ce qu'il allait déclencher ? Sans doute en rêvait-il au coeur de son ego. Sans doute espérait-il pouvoir en retirer les bienfaits au-delà de la masse, comme le géniteur génial, le pyromane adoré. Pourquoi ce feu de brindilles a t-il été amplifié, nourri, vénéré par les masses hypnotisées ? Cela répondait-il à un besoin qui ne savait prendre forme, qui avait besoin d'un élément déclencheur, un révélateur, un visionnaire, un précurseur, un prophète... 

Quelles étaient les intentions profondes de tous les pyromanes de l'Histoire de l'Humanité ?  

 

Et maintenant, qu'en est-il de la conscience ?   

Cette conscience a t-elle un autre espace que celui des pensées ou en dépend-elle ? Est-elle une entité purement spirituelle ? Mais si c'est le cas, comment prend-elle forme, où se construit-elle ? Comment se faire une idée d'elle sans passer par les idées développées au coeur des pensées ? L'énigme semble insoluble ou alors c'est que la conscience n'est rien d'autre qu'une pensée plus élaborée, plus complète. Mais en quoi le serait-elle ?

Si je dis que j'ai conscience de tout ce fatras, est-ce une simple pensée ou le retournement de cette pensée vers son émetteur ? Peut-on se contenter de parler de conscience dès lors que je sais que je pense à mes pensées et que cet état intérieur confère à mes pensées un état de conscience. Ou à moi-même plutôt étant donné que si je cesse de penser, je ne disparais pas pour autant et que j'ai conscience de ne plus penser.

Tout cela me semble assez insignifiant finalement...

"Cogito ergo sum."

Le cogito est initialement exposé en français par Descartes dans le Discours de la méthode (1637):

« Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose; et remarquant que cette vérité, je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »[1]

 

Oui, bon, très bien...Je ne dis pas que ça ne sert à rien mais doit-on en rester là ? Métaphysique et tutti quanti.

Je garde à l'esprit ce passionnant documentaire de Jacques Malaterre, diffusé à mes élèves, en classe. "Le sacre de l'homme." Le titre est très révélateur. L'homme quitte la Préhistoire, il bascule dans son apogée, vers une complète domination de la Nature, celle qui l'entoure et celle qui est en lui.

Je m'interroge depuis à savoir ce que l'Humanité serait devenue si l'être humain, dans son individualité, ne s'était pas obstiné à se défaire de cette Nature. Bien sûr que sa situation était aléatoire et que beaucoup n'ont pas ouvert les yeux bien longtemps. Mais cette conscience duale n'a-t-elle pas trouvé dans cette lutte constante un envol que l'on peut regretter d'un point de vue spirituel ? Cette conscience auto-réfléchie n'a t-elle pas été qu'un cheminement tout tracé pour un Descartes ou n'importe quel autre philosophe un tant soit peu opiniâtre... Il s'agissait simplement de continuer à avancer dans un paradigme surpuissant. Descartes n'aurait rien découvert mais se serait simplement engouffré dans une voie archaïque, il aurait juste mis en forme et en mots, une pratique millénaire. Il aurait juste peint des paysages depuis bien longtemps explorés.  

Que se serait-il passé si l'Humanité avait développé une Conscience réfléchie non pas vers elle mais vers la Vie ?

L'Homme en s'observant penser aurait vu en lui non pas son reflet mais celui de l'Energie commune. Ca n'est pas moi que j'observe mais j'observe la Vie qui m'observe.

 

Je sais bien que tout cela peut apparaître comme une élucubration de mon mental, une florilèges de pensées, un ego qui se croit libéré.

Mais il y a mes trois hernies discales, la paralysie, le champ des pensées comme un champ de batailles, une boucherie infinie.

Et puis ce basculement hors des pensées, dans une conscience sans nom, un état paroxystique totalement spirituel, plus de corps, plus de moi, rien de connu, ni d'identifié. Si ça n'avait été qu'une hallucination, je n'aurais jamais remarché. Tout se serait réinstallé avec la même violence.

Mais je marche. sans que personne dans le milieu médical ne puisse l'expliquer.

J'étais dans cet état de celui qui observe la Vie reprendre ses droits. Non pas une conscience auto-réfléchie qui réfléchit sur son propre désastre et s'observe réfléchir mais la Vie en moi qui se réfléchit sur le miroir de ma conscience. Et me nourrit de son Energie.

 

Extrait.

"LES EVEILLES"

 

"La visite chez le médecin du village. Un diagnostic sans appel, il fallait rentrer, passer des examens. Leslie avait conduit. Il était resté allongé, avec cette certitude que la mort l’avait retrouvé, qu’elle avait décidé d’en finir avec lui, qu’il avait laissé passer sa chance, que la vérité intérieure ne s’éveillerait jamais et qu’il devait payer son aveuglement par une condamnation sans appel. La certitude que cette fois il allait succomber. 

 

Trois hernies discales.

 

Celle déjà opérée s’était inexplicablement reconstituée, deux autres l’accompagnaient dans une œuvre destructrice, une déliquescence paralysante, une gangrène camouflée, une hargne irréductible. Un tueur à ses trousses depuis tant d’années. Une vie à s’enfuir et cette fois une impasse, plus aucune issue, le tueur est blasé, cette fois, il est là pour finir le travail et prendre un autre contrat. 

Morphine. Les retrouvailles. Le film relancé comme une boucle infâme qui resserre son étau, le nœud autour de son âme, la vie étranglée, l’air qui commence à manquer et la peur, cette peur ranimée, qui ronge, obsède, tourmente, sans relâche, sans aucune pause, il aurait voulu hurler cette douleur infinie déboulant dans son crâne, dans ses fibres, dans ses cauchemars, dans ses sanglots. Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement ? Au-dessus de sa tête la lame tranchante de la guillotine, le filament décharné qui retenait le couperet, il suait de peur, de désespoir, d’incompréhension, ce goût immonde de la mort dans sa bouche, cette puanteur âcre du corps qui pourrit dans la tombe, les noirceurs insondables du néant, il imaginait l’errance éternelle de son âme torturée, l’absence de réponse comme une peine capitale. Il devait comprendre, il y avait forcément une explication. Il le sentait. Comme une main tendue au-dessus de la vase des traumatismes enfouis.

On lui parlait parfois, la nuit surtout, une voix étrange, délicate, rassurante, elle semblait descendre en lui par un canal indéterminé, une porte inconnue, une brèche infime dans les murs titanesques de ses refoulements morbides.

« Tu n’es pas un assemblage de pièces qu’il faudrait constituer mais une image morcelée dont tu ne vois pas l’étendue. Ça n’est qu’une question de lucidité.»

 Il n’en disait rien.

 Le chirurgien. Il avait espéré ne jamais le revoir, ne jamais retrouver ce parfum irritant des désinfectants, ces lumières glauques dans les couloirs souterrains, le bloc opératoire comme une salle de torture, la voix mielleuse de l’anesthésiste qui vous dit de vous laisser aller alors que vous ne savez pas si vous allez revenir, la chambre de réveil, l’angoisse des membres paralysés.

 

« Pour résumer simplement l’opération que j’envisage, je dirais qu’il va falloir vous ouvrir au niveau ventral, sortir en partie les intestins pour accéder à la colonne vertébrale, on visse une plaque après avoir cureté les disques, puis on ouvre au niveau du dos pour aller placer une plaque identique et on boulonne les deux. Comme vous n’aurez plus de disques vertébraux, ce système va bloquer la colonne et vous protègera définitivement. Trois heures d’opération devraient suffire.»

 

L’envie furieuse de se lever du brancard et de s’enfuir en courant, cet homme était fou, il le prenait pour une marionnette qu’on éventre, qu’on scelle dans des étaux et qu’on recoud avant de la rejeter à la rue, il n’avait vu dans la proposition qu’une expérience intéressante pour l’homme en blanc, dans ses yeux pétillants le plaisir pervers de tenir un cobaye.

Il avait dit à Leslie de le sortir de cette cage immonde, ils étaient rentrés et le calvaire avait duré.

Des jours et des nuits de tortures incompressibles, des torsions de muscles irradiés, des nerfs lacérés, son corps qui maigrit, se décharne, disparaît dans la fange vorace des cauchemars éveillés, son esprit aimanté par l’écrin de la tombe, cet ultime refuge, cette paix acquise qui le tentait, les vers grouillant dans son corps éteint le terrorisaient moins que ces décharges électriques vrillant ses fibres, une guerre sans merci, un champ de bataille, seul au milieu d’une terre ravagée, des assauts incessants, la fureur des combats, les crampes comme des barbelés arrachant les chairs, tenir, résister, s’enfouir sous les draps comme au fond d’un trou, ces éclats d’obus qui le déchiraient, ces spasmes, ces sursauts à chaque blessure, la guerre en lui, son corps envahi, impossible de fuir.

Il était son propre ennemi.   

 

La détresse de Leslie. Cette absence de solution devait la détruire autant qu’elle le rongeait de l’intérieur, ses traits tendus, la peur dans ses yeux, des paroles gênées comme si la douleur créait une distance, elle ne savait plus quoi dire.

 

Il étouffe.

Une immense goulée d’air.

Il s’assoit sur le grain rugueux d’une pierre ronde.

Il aurait pu tout perdre. Il est passé si près. Cette boîte de morphine qu’il a tournée dans ses mains pendant des heures ... Vingt comprimés et le calvaire aurait pris fin. Il sait que la douleur l’avait enfermé dans un cachot sépulcral, que le couvercle de la tombe menaçait de tomber à chaque battement de son cœur, que son écoeurement de la vie aurait pu l’emporter.

 

Il pleure et les paysages fragmentés par les larmes embuant ses rétines sont des kaléidoscopes féeriques qui le ravissent, tout cet amour coulant de l’Univers, toute cette vie qui l’entoure, toute cette vie qui l’anime, cette connivence qu’il a découverte, il aurait pu tout perdre mais cette vibration insoumise qu’il percevait parfois, noyau vital résistant aux assauts incessants de la douleur barbare, cette palpitation comme un cœur d’étoile, il ne pouvait l’abandonner, il était impossible de l’ignorer, de la laisser couler dans le néant putride de la mort souveraine. Quand Leslie, le matin, ouvrait les volets et qu’il découvrait le ciel du fond de son lit, il pleurait les espaces perdus. Mais cette simple fissure dans le mur compact de ses souffrances érigées suffisait à insuffler le germe d’un sursis, l’esquisse d’un bourgeon de vie et les heures de tourmente, les tortures ressassées ne ravageaient jamais complètement cette terre fertile, cet espace d’amour qui le sauvait.

L’amour. Il sait ce qu’il lui doit. L’amour pour Leslie, l’amour pour les enfants, l’amour pour la Terre, l’amour pour ses parents.

Ses parents. Ils avaient déjà tellement souffert. Il les imaginait rongés de détresse à mille kilomètres de son supplice, ce désespoir dans leurs voix éteintes lorsqu’ils appelaient au téléphone, cet abattement gorgé de larmes, cette incompréhension désespérante devant cet acharnement de la vie à violenter leur amour parental. Ils avaient déjà tellement souffert. Leur deuxième fils en sursis. Leslie tentait de les rassurer.

 

Les nuits sans sommeil, quelques cessez-le-feu épisodiques, l’observation inquiète des horizons éteints, les embrasements suspendus, les odeurs âcres des sueurs, des morves séchées, des peaux talées, les cheveux collés … Juste un répit. Il tentait de récupérer, se laisser porter par l’épuisement, flotter entre la surface lumineuse et les fonds obscurs, les yeux clos, le corps immobile, essayer de relâcher les résistances, les nœuds enflammés par les heures de lutte, respirer profondément et que l’air absorbé liquéfie les crampes, emporte les acides, purifie les tranchées ravinées, les artères souillées, les muscles brisés, arracher de son corps la boue solidifiée des douleurs.

Remonter à la source du conflit, identifier les forces en présence, analyser les raisons du désastre. Comprendre, chercher une issue, ailleurs que dans les réseaux médicaux, on voulait l’éventrer, en période de guerre, les chirurgiens ne font pas de détails.

Il était en guerre.

 

« A 50%, le risque c’est le fauteuil roulant, à 25% la paralysie de la jambe gauche, il reste 25% de chances que l’opération réussisse. »

Leslie lui avait fait part de ce commentaire du chirurgien dans le couloir, il ne considérait finalement que l’opération et pas l’individu, le geste chirurgical était évalué en pourcentage. Pas la vie de l’homme.

Il n’irait pas.

Plutôt mourir. 

 

Le rêve. Une voix qui lui parle. Au cœur d’un halo bleuté.

« Ce que tu vois n’est pas la vérité. Ca n’est qu’une image. Ton âme sait où elle va. »

 Il n’en parlait pas.

Peut-être la morphine et pourtant cet amour ineffable, incommensurable. La lumière l’aimait, des auras bleues qui dansaient devant ses yeux émerveillés. La notice du médicament, les effets secondaires, une liste redoutable mais pas d’hallucinations. Une incompréhension totale. Habituellement, ses rêves disparaissaient au réveil. Rien, aucun souvenir. Celui-là perdurait et l’enlaçait de douceur. Comme un baume d’amour.

Une caresse d’ange.

 

 

Et puis.

L’apparition d’Hélène.

Un conseil d’une amie, une médium magnétiseuse, Leslie avait pris rendez-vous. Il avait étouffé les douleurs en triplant les doses de morphine. Se lever, marcher en traînant la jambe gauche, elle ne réagissait plus. Elle l’avait soutenu jusqu’à la voiture. Plus rien à perdre.

Une petite maison dans la montagne, un jardin très soigné, des volets et un portail violets.

Hélène en haut de l’escalier. Ce premier regard. Inoubliable. Tellement de force et tellement d’amour. Elle avait demandé à Leslie de les laisser. Elle lui téléphonerait quand ça serait fini. Il s’était effondré sur une banquette moelleuse. Les effets de la morphine qui s’estompaient, la terreur des douleurs à venir, tous ces efforts qu’il allait devoir payer. Une petite pièce lambrissée, aménagée pour la clientèle, des bougies parfumées, quelques livres. Ils avaient discuté, quelques minutes, tant qu’il pouvait retenir ses larmes puis elle l’avait aidé à se déshabiller.

 

« Je vais te masser pour commencer. Tu as besoin d’énergie. »

 

Il s’était allongé en slip sur une table de kiné.

Les mains d’Hélène. Une telle chaleur.

Elle parlait sans cesse. D’elle, de ses expériences, de ses patients, elle l’interrogeait aussi puis elle reprenait ses anecdotes, des instants de vie.

 

« Tu veux te faire opérer ?

- Non.

- Alors, il faut que tu lâches tout ce que tu portes. »

 

Il n’avait pas compris.

Elle avait repris son monologue, son enfance, ses clients, ses enfants, son mari, son auberge autrefois, maintenant la retraite, quelques voyages. Et tous ces clients. De France, de Suisse, de Belgique, de la Réunion … Elle n’avait rien cherché de ses talents. Ils étaient apparus lorsqu’elle avait huit ans, une totale incompréhension, des auras qui lui faisaient peur et puis elle avait fini par comprendre, nourrie par des révélations incessantes descendues en elle comme dans un puits ouvert.

 

Des auras … Les rêves qui habitaient ses nuits. Interrogations. Lui aussi ?

 

Les mains d’Hélène, sa voix, la chaleur dans son corps, ce ruissellement calorique.  L’abandon, l’impression de sombrer, aucune peur, une confiance absolue, un tel bien-être, des nœuds qui se délient, son dos qui se libère, comme des bulles de douleurs qui éclatent et s’évaporent, une chaleur délicieuse, des déversements purificateurs, un nettoyage intérieur, l’arrachement des souffrances enkystées, l’effacement des mémoires corporelles, les tensions qui succombent sous les massages appliqués et la voix d’Hélène.

 

« Tu sais que tu n’es pas seul ?

- Oui, je sais, tu es là.

- Non, je ne parle pas de moi. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu portes et tu en as plein le dos. Il va falloir que tu le libères. Lui aussi, il souffre. Vous êtes enchaînés.»

 

Il n’avait pas encore parlé de Christian.

 

Les mains d’Hélène, comme des transmetteurs, une vie insérée, les mots comme dans une caisse de résonance, des rebonds infinis dans l’antre insondable de son esprit, une évidence qui s’impose comme une source révélée, l’épuration de l’eau troublée, les mots comme des nettoyeurs, une sensation d’énergie retrouvée, très profonde, aucun désir physique mais une clairvoyance lumineuse, l’impression d’ouvrir les yeux, à l’intérieur, la voix qui s’efface, un éloignement vers des horizons flamboyants, il vole, il n’a plus de masse, enfin libéré, enfin soulagé, effacement des douleurs,  un bain de jouvence, un espace inconnu, comme une bulle d’apesanteur, un vide émotionnel, une autre dimension, les mains d’Hélène qui disparaissent, comme avalées doucement par le néant de son corps, il flotte sans savoir ce qu’il est, une vapeur, plus de contact, plus de pression, même sa joue sur le coussin, tout a disparu, il n’entend plus rien, il ne retrouve même pas le battement dans sa poitrine, une appréhension qui s’évanouit, l’abandon, l’acceptation de tout dans ce rien où il se disperse, le silence, un silence inconnu, pas une absence de bruit mais une absence de tout, plus de peur, plus de douleur, plus de mort, plus de temps, plus d’espace, aucune pensée et pourtant cette conscience qui navigue, cet esprit qui surnage, comme le dernier élément, l’ultime molécule vivante, la vibration ultime, la vie, il ne sait plus ce qu’il est, une voix en lui ou lui-même cette voix, la réalité n’est pas de ce monde, il est ailleurs, il ne sait plus rien, un océan blanc dans lequel il flotte mais il n’est rien ou peut-être cet océan et la voix est la rumeur de la houle, l’impression d’un placenta, il n’est qu’une cellule, oui c’est ça, la première cellule, le premier instant, cette unité de temps pendant laquelle la vie s’est unifiée, condensée, un courant, une énergie, un fluide, un rayonnement, une vision macroscopique au cœur de l’unité la plus infime, des molécules qui dansent.

Où est-il ?

Fin du Temps, même le présent, comme une illusion envolée, un mental dissous dans l’apesanteur, ce noir lumineux, pétillant, cette brillance éteinte comme un univers en attente, concentration d’énergie si intense qu’elle embrase le fond d’Univers qui l’aspire, la vitesse blanche, la fixité noire, la vitesse blanche, la fixité noire, le Temps englouti dans un néant chargé de vie, une vie qui ruisselle dans ses fibres, des pléiades d’étoiles qui cascadent, des myriades d’étincelles comme des galaxies nourricières dans son sang qui pétille.

 

 

Il est sorti en marchant.

Que s’est-il passé ?

Aucune réponse.

Il ne sait rien."     

 

  

 

Je ne sais toujours rien, ou pas grand-chose.

Je cherche. Mais je sais qu'il y a quelque chose d'essentiel derrière tout ça. Impossible que ça ne me soit donné pour rien, pas pour ma petite vie, pas juste cet individu errant comme un pauvre hère.

Qu'y a t-il derrière le rideau ?

Nomades.

Par Le 19/10/2010

"La vie dans un tipi est bien meilleure. Il est toujours propre, chaud en hiver, frais en été, et facile à déplacer. L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent, ressemble à une grande cage, ne laisse pas entrer le soleil, et ne peut être déplacée; elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l'homme blanc. Personne ne peut être en bonne santé sans avoir en permanence de l'air frais, du soleil, de la bonne eau. Si le Grand Esprit avait voulu que les hommes restassent à un endroit, il aurait fait le monde immobile; mais il a fait qu'il change toujours, afin que les oiseaux et les animaux puissent se déplacer et trouver toujours de l'herbe verte et des baies mures.

L'homme blanc n'obéit pas au Grand Esprit. C'est pourquoi nous ne pouvons être d'accord avec lui."

Flying Hawk, chef Sioux du clan des Oglalas

 
"Les vastes plaines ouvertes, les belles collines et les eaux qui serpentent en méandres compliqués n'étaient pas « sauvages » à nos yeux. Seul l'homme blanc trouvait la nature sauvage, et pour lui seul la terre était « infestée » d'animaux « sauvages » et de peuplades « sauvages ». A nous, la terre paraissait douce, et nous vivions comblés des bienfaits du Grand Mystère. Elle ne nous devint hostile qu'à l'arrivée de l'homme barbu de l'Est qui nous accable d'injustices insensées et brutales."

Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

 
"Notre terre vaut mieux que de l'argent. Elle sera toujours là. Elle ne périra pas, même dans les flammes d'un feu. Aussi longtemps que le soleil brillera et que l'eau coulera, cette terre sera ici pour donner vie aux hommes et aux animaux. Nous ne pouvons vendre la vie des hommes et des animaux. C'est pourquoi nous ne pouvons vendre cette terre. Elle fut placée ici par le Grand Esprit et nous ne pouvons la vendre parce qu'elle ne nous appartient pas."

Chef indien Blackfeet (Pieds-Noirs)

 

J'ai regardé avec mes élèves les deux documentaires de Jacques Malaterre : "L'odyssée de l'espèce" et "Le sacre de l"homme."

Remarquable travail.

J'ai été frappé par deux idées très opposées et très bien décrites. Le nomadisme et la sédentarisation.

Les malheurs qui frappaient parfois ces nomades, dans l'évolution du groupe humain, ont conduit les hommes à se fixer. On en connaît toutes les raisons : agriculture, élevage, troc puis commerce, confort, richesse etc...

Le parallèle entre cette fixation dans l'espace m'a frappé au regard de la fixation de l'évolution spirituelle. Une partie du documentaire se déroule 3000 ans av JC et les conflits, les jalousies, la soif de pouvoir, les manigances, les dérives, la violence, les guerres, tout est déjà en place...Qu'avons-nous réglé aujourd'hui ? C'est là qu'a jailli cette idée que la sédentarisation de l'espèce a contribué à l'arrêt dans l'évolution spirituelle. On me dira que ça va mieux tout de même...Ah, c'est sûr, on ne s'entretue plus à coups d'épées ou de haches, on ne tue pas quelques dizaines ou centaines d'hommes. On jette une bombe H et on pulvérise 200 000 personnes. Belle évolution. Et quand on n'utilise pas les armes de destruction massive, on prend des chars d'assaut ou des Uzis. Ou on manipule les masses pour créer des armées d'ennemis dont il faut se protéger en créant le "Patriotic act" par exemple. Big brother en réel. La peur fomente des guerres imaginaires dont il faut se défendre et on fabrique des boucliers anti missiles qui vont coûter des centaines de milliards et qu'on lèguera aux générations futures...  

Que serait devenue cette humanité si nous étions restés nomades ?

Les Amérindiens avaient trouvé la voie. L'Occident les a exterminés. Qui exterminera l'Occident ? Lui-même peut-être. Je ne peux pas croire que tout va continuer dans cette voie. Il doit se passer un changement catégorique, total, absolu. C'est une nécessité. Pas un choix.

J'imagine une Terre peuplée de quelques groupes nomades : Inuits, Tchouktches, Sames, Aborigènes, Sioux, Bushmens, Touaregs, etc...

 

Un très beau donnsier ici : 

http://www.routard.com/mag_dossiers/id_dm/35/nomades_et_nomadisme.htm

 

Une autre façon de vivre sur la Terre et de lui permettre de vivre. 

Une autre évolution spirituelle aussi. Pas figée celle-ci.

  

 

 

Darshan

Par Le 17/10/2010

Un élément important de la pensée indienne est la notion de Darshan, cette idée que la personne "illuminée, l'être éveillé" peut communiquer à d'autres la saveur de l'illumination. Une parole, parfois un simple contact, un enseignement le plus souvent.

Admettons que ça soit le cas.

Est-ce un cheminement favorable sur le long terme, existentiellement parlant. Il n'y a rien de construit par le récepteur. Cette Illumination sera-t-elle durable ?

On peut supposer que l'émetteur ou l'Eveillé ait choisi ce récepteur en fonction d'un cheminement déjà avancé et qu'il ne s'agit pas d'un hasard inconséquent juste destiné à le valoriser au regard des masses. On peut supposer que cet individu touché par l'Eveil le méritait de par son travail sur lui-même et que rien n'aurait été possible sans cette lucidité acquise.

Oui, mais ne s'agit-il pas pour autant d'un vol ? Le vol d'un cheminement à finir, le vol d'une liberté à construire et non à saisir au vol...

Je n'aime pas l'idée de ce Darshan, rien à faire, je n'y vois pas autre chose que cette main mise d'un individu sur un autre. Qu'une histoire de pouvoir. 

"Tu me seras redevable de ton Eveil, je l'ai fait pour toi parce que je savais que tu n'y parviendrais pas. "

 

Et bien, je n'en veux pas. Je préfère qu'on me laisse enfermé en moi-même et me débattre avec moi-même, j'aime cet orgueil qui me nourrit au coeur de l'humilité qui me fait refuser un don que je ne mérite pas.

Sans doute aussi que je ne tiens pas à devoir quoique ce soit des hommes, d'aucun homme. Ou femme. Parce que ce devoir est un fardeau. Je l'ai assez éprouvé comme ça.  

Et puis la Nature est à mes yeux, la seule source de Darshan possible. C'est là que j'ai connu les plus beaux embrasements, les plus puissants. Même celui de l'amour que j'ai pour la femme que j'aime, c'est au coeur de la Nature qu'il a eu lieu. Comme un retour aux sources. Tout ce que j'ai vécu de plus beau, c'est à la Nature que je le dois. Jusqu'à la naissance de mes enfants. On l'oublie trop facilement. On ne voit qu'un amour humain alors que derrière toute cette agitation, il y a une intention, une force, une énergie. Nous sommes les enfants de cette Nature. Et nous lui devons les Darshan qui ponctuent parfois nos existences.

Ce que j'aime dans la femme que j'aime, c'est sa façon d'aimer la vie. C'est son amour pour la vie qui nourrit mon amour pour elle, c'est cette communion d'âmes au coeur de la Nature en nous, au coeur de la vie en nous, au coeur du divin en nous.

 

DEUS SIVE NATURA : Dieu ou la nature

Cette célèbre expression de Spinoza saisit en trois mots l'un des points essentiels de la pensée de l'auteur : la conception

d'une divinité immanente et faisant un avec la nature. Il y a pour Spinoza unité de substance, ayant tous les attributs et non pas dualité.

 

C'est là qu'est le Darshan.

Les désirs de l'ego

Par Le 17/10/2010

L’identité investie dans les désirs

    Nous avons vu que les désirs de l’ego se situent tous dans le même registre : celui de la considération ou de l’enflure personnelle. Dans la fable de La Fontaine La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf, la grenouille représente symboliquement l’ego qui cherche à s’enfler démesurément… Jusqu’à en éclater. cf. Fables. L’ego qui désire cherche à se faire valoir et il investit dans l’objet du désir la valeur de l’identité qui est la sienne. De là suit que l’ego ne s’intéresse pas réellement aux choses elles-mêmes, à ce qu’elles ont d’unique, à leur beauté ou à ce qu’elles ont de vivant. Ce qui compte pour l’ego ce ne sont pas les choses, mais l’objet pour autant qu’il symbolise un pouvoir capable de renforcer l’identité. Contrairement à ce que nous pourrions croire, les désirs de l’ego sont très abstraits : l’objet n’est désirable et n’a de valeur que parce qu’il est le support d’un accroissement personnel. C’est l’étiquette d’un concept apposée à l’objet qui lui donne son prix élevé. Le monde paraît rempli de choses désirables parce que l’ego se cherche lui-même parmi les objets. « Avec une plus grosse voiture, je me sentirais plus « moi ». Avec un poste à une plus haute fonction, je serais enfin moi, je serais complet, je me sentirais gonflé d’importance, mon sens du « moi » serait flatté. Avec plus d’argent, je me sentirais « spécial » et plus important que tout le monde. Avec un plus haut diplôme, « moi » se sentirait remplit d’aise etc. » Ce n’est pas ce qui est désiré qui importe, c’est le fait que le sens du moi soit investi dans l’objet. C'est une distinction très importante.

Nous pouvons donc comprendre le sens de la multiplicité des désirs. L’ego est à tout jamais incomplet, car il manque de substance ontologique. Il voudrait se conférer une existence séparée, mais il n’y a pas d’existence séparée et toute existence prend son appui dans l’Etre. Il voudrait nous persuader qu’il est la personne, mais ce n’est qu’une fiction personnelle tissée par la pensée. Il voudrait nous faire croire qu’il est bien quelque chose, mais dès que nous cherchons à l’attraper, nous ne trouvons rien. Impossible de clouer le papillon dans une boîte et de l’exhiber : « c’est moi » ! Et pourtant, depuis l’enfance, nous avons appris à nous façonner un « moi » et tenté de le rendre substantiel par toutes sortes d’artifices. « Ceci est à moi, ce n’est pas à toi ». A la base du désir, (le mot pris au singulier), il y a la soif de devenir de l’ego, l’aspiration à croître d’avantage, à s’auto-confirmer en se posant comme « moi ». Le désir de « devenir plus » se multiplie ensuite en autant d’objets sur lesquels il est possible de rapporter un investissement sur identité. Pour celui qui met son identité dans la voiture, la voiture c’est « un peu de moi », c’est même beaucoup de moi. Il ne faudrait surtout pas y toucher, car ce qu’elle est au regard de l’ego, ce n’est pas une machine à usage de déplacement. Non, c’est une composante d’identité personnelle. Il conviendra donc de la montrer. Elle joue le rôle, dans un transfert d’identification, (texte) d’un faire-valoir de l’ego. Si jamais elle venait à être détruite - ce qui est le cas de toutes les formes dans le monde relatif – ce serait un drame personnel. Un déchirement du moi à travers un de ses attachements. Dès l’instant où le sens du moi est investi dans quelque chose, ou dans quelqu’un, il y a souffrance et  la séparation impose de faire son deuil. (…) L’empire de l’ego ne s’exerce que sur l’avoir et non sur l’Etre, ce qu’il cherche en permanence à faire accroire, c’est que plus il possède, plus il gagne de l’être. Ce qui est une illusion. Cette illusion, nous l’avons déjà rencontrée dans l’amour-passion (texte) quand nous disions que celui qui en est l’objet devient le portemanteau des désirs de l’ego.

De là résulte que les désirs de l’ego ne peuvent apparaître que dans un processus de comparaison et qu’ils sont indissociables d’autrui. Le moi se sent augmenté, si « j’ai plus que ». "Avoir plus" me distingue et me fait valoir. Si je peux me prouver à moi-même que je me distingue des autres, je me sens quelqu’un de « spécial », je me confirme comme ayant une réalité séparée et si je peux exhiber que je vaux davantage qu’un autre, alors là, c’est le bouquet ! Le moi ne se sent plus, il est rempli d’aise ! La comparaison constante stimule l’ego sous la forme d’émulation personnelle. Bref, il s’agit d’en mettre plein la vue, de manière à ce que tout ce qui est « mien » devienne une démonstration de ma valeur personnelle. Il est donc logique que le moi désire en tout premier lieu ce qui a une importance aux yeux du monde. Un objet qui n’aurait pas d’importance aux yeux du monde ne servirait pas les fins de l’ego. Le sannyasi qui jette à la rivière la pépite d’or qu’un homme vient de trouver fait un geste incompréhensible aux yeux du monde. Scandale, il rejette le suprêmement désirable dans l’illusion ! Il est dans le monde, mais il n’est pas du monde. Dans une moindre mesure, de la même manière, si vous dites que vous ne regardez jamais la télévision, on vous considère comme une sorte d’extra-terrestre. Comment quelqu’un peut-il ne pas regarder la télévision ? C’est la vitrine de tous les désirs de l’ego. C’est la machine hypnotique qui permet de réassurer sans cesse les désirs de l’ego.

    D’où l’importance relevée par René Girard du désir mimétique. De là vient aussi la stratégie constante sur laquelle surfe la publicité. Le désir mimétique se situe entièrement sur un plan symbolique. Vouloir aimer comme Roméo et Juliette, c’est s’identifier à un fantasme magnifique qui donne une importance au moi. « Je serai ton Roméo, tu seras ma Juliette » ! L’image mythique est un faire-valoir symbolique qui magnifie le moi. Enlevez l’image et ne considérez que des être humains, et c’en est fini des désirs de l’ego. L’image est le support de l’identification. De même, les publicitaires l’ont très bien compris, plus on suggère un investissement d’identité dans un objet et plus il devient désirable. « … parce que vous le valez bien » !!  Comme c’est gentil, ces petits soins à l’égard du moi !!! Posséder le même portable que la copine, c’est valoir autant qu’elle. En avoir un qui soit du dernier cri, c’est valoir… plus qu’elle !!! »



Source : http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/desir_ego.htm

Ce qui est effrayant, c'est qu'au regard de l'odyssée de notre espèce, ce fonctionnement remonte à des temps immensément lointains...

On peut se demander si une autre voie, d'autres schémas mentaux prendront forme un jour.

Le moi encapsulé.

Par Le 15/10/2010

Le modèle du moi le plus commun est celui du moi individuel, séparé et distinct du monde. C'est un paradigme extrêmement puissant et tous les schémas de pensées qui en résultent conditionnent notre rapport aux autres et à la Terre.Le philosophe Alan Watts a surnommé cela "l'ego encapsulé de peau" (skin-encapsulated ego), ce qui est à l'intérieur de la peau est moi, ce qui est en dehors d'elle n'est pas moi. Toutes nos expériences, nos perceptions, nos rapports, nos relations sont générées par ce paradigme et nous modelons la réalité en conséquence. Nous transformons en fait la réalité puisque nous n'en percevons que la partie inhérente à cette façon de penser et de vivre. Il est dès lors quasiment impossible dans la cadre d'une vie formatée de sortir de cette enceinte et d'ouvrir de nouveaux horizons. Nous n'avons même pas conscience qu'il puisse exister une autre réalité, ou plutôt une extension de la réalité.

Le moi existe, il ne s'agit pas de le nier, c'est une réalité mais il n'est pas une entité fermée. Elle a été fermée. Le paradigme le plus développé a pris le pas sur toutes autres formes de perceptions. On peut bien entendu se demander ce qui a poussé l'être humain à une telle diminution de se perception...Un égocentrisme surpuissant peut-être lié à sa fragilité originelle. Le besoin de se sauver au coeur d'une Nature insoumise. Le goût du pouvoir sans doute également. Prendre la place du chef à la place du chef. Et le chef se doit d'être le Maître du monde pour recevoir l'adhésion du groupe. La Nature en devenant l'ennemi à dominer offrait un piédestal à ce goût du pouvoir...Juste des hypothèses bien entendu...On ne peut pas résumer une évolution aussi considérable en deux ou trois idées...

Mais ce qui est essentiel, c'est d'accepter l'idée qu'un paradigme n'est qu'une méta théorie, non pas une "méta réalité". Il n'est qu'une interprétation de cette réalité. Il est donc toujours possible de changer de théorie, il suffit de changer de regard...L'intellect suivra. Et fondera une autre théorie. La théorie n'a pas d'existence propre, elle est créée par un raisonnement. Effaçons le raisonnement ou changeons le et la théorie se transforme, rien n'est figé.

La tectonique des plaques restera à mon sens un des exemples les plus puissants de cette évolution possible. Wegener a commencé par observer, par regarder, par comparer les éléments naturels qu'il trouvait : les fossiles. Et puis il a travaillé sur les cartes de la Terre. Juste des regards à la source et puis les raisonnements qui s'emballaient...Mais les scientifiques de l'époque ne voulaient pas de ce changement de paradigme parce qu'ils auraient dû admettre que leurs théories précédentes étaient fausses, c'était une remise en cause inacceptable. Il s'agissait pourtant de scientifiques mais leurs connaissances paraissaient sérieuses et fondées aux yeux de tous et il ne leur était pas possible, intellectuellement parlant et existentiellement d'admettre une erreur...

L'ego encapsulé. Une force d'inertie redoutable. Le pouvoir ne peut pas tomber de cette façon. C'est insupportable.

Nous sommes sans cesse, générations après générations, dans la même situation. Les scientifiques ont bien évidemment raison puisque toutes les preuves qu'ils ont apportées correspondaient aux recherches qu'ils menaient. On trouve ce qu'on cherche, c'est une évidence. Et puisqu'on l'a trouvé, c'est que c'était juste. Pour trouver autre chose, il faut aller chercher ailleurs. Mais là les scientifiques courent le risque de ne pas être subventionnés, de perdre leur poste, de ne pas voir publier leurs recherches ou de ne même pas obtenir les fonds pour les mener à terme.

 

Je pense de plus en plus que les recherches scientifiques s'engageront dans des voies différentes lorsque le peuple lui-même mettra en avant les priorités qui l'occupent. C'est de la masse que viendra le changement en haut de la pyramide. Sans doute aussi parce que nos egos encapsulés le sont moins que ceux qui l'ont renforcé au coeur de leur parcours universitaire...

 

Heureusement, à l'opposé d'un Gilles de Robien, on trouve les Rupert Sheldrake, John Lilly, Jean Marie Pelt, Stanislas Groff, Prigogine, Dabid Bohm, Michael Sabom, Raymond Moody...  

 

Changer.

Par Le 14/10/2010

Est-ce qu'il est fou de vouloir changer les choses ?

Changer quelles choses ?

Ce qui me concerne ou ce qui concerne le monde ?

S'il s'agit de moi, encore faut-il que je réussisse à établir un état des lieux complet et non juste un regard furtif qui peut n'être que la résultante de mes émotions et non la réalité. S'il s'agit du monde en général, encore convient-il d'établir clairement la finalité de ce changement ? Est-ce qu'il n'est qu'un désir personnel pour valoriser ce que je suis ou est-ce que cette finalité a une portée générale ? En quoi ce changement est-il nécessaire ? Est-ce que c'est une volonté égotique ou un besoin essentiel ? Si je parviens à éclairer dans son ensemble le problème et que la nécessité de ce changement apparaît, pour le bien de l'humanité et non pour une reconnaissance personnelle, il me reste à cerner la méthode et à me fixer des objectifs réalisables afin de ne pas me détruire dans cette tâche. Ca fait 28 ans que je travaille comme instituteur. J'ai décidé de faire ce métier quand j'étais au CM2. Je n'ai jamais changé d'avis. La priorité pour moi, c'était de donner à mes élèves le même amour que celui que nous donnait cet instuteur de CM2 que j'ai eu.

 Est-ce que ce désir de donner cet amour tout en amenant des enfants à une connaissance de soi et du monde était un objectif légitime ?

Oui.

Est-ce que c'était nécessaire au regard de ce que vivent une partie des enfants?

Oui.

Est-ce que j'avais les moyens de mener à bien cette "mission" sans m'y épuiser ou courir droit à l'échec ?

Oui.

Est-ce que j'étais capable de faire ça dans le sens du don et non uniquement pour mon égo ?

Oui.

Est-ce qu'après ces 28 années, je peux considérer de façon objective que j'ai apporté à mes élèves ce que je voulais leur donner ?

Oui.

Est-ce que c'était une folie ?

Non.

Paradigmes et schémas mentaux.

Par Le 13/10/2010

Je suis stupéfait par la force des conditionnements chez les enfants. Effrayé aussi. Ces paradigmes, vastes champs de pensées qui deviennent des schémas mentaux et qui donnent à leurs vies des directions pré-tracées.

Ces certitudes qui leur sont imposées au fil du temps, ces façons de concevoir la vie et tous les évènements exogènes qui la constituent, tous ces enfermements que le monde adulte met en place en toute conscience et avec bonne conscience, c'est absolument effroyable. Il n'y a pas de liberté de penser, pas de liberté de grandir mais juste des tuteurs contre lesquels il est obligatoire de rester fixé. Les adultes concernés et "responsables" vont voir dans ce chemin une croissance alors qu'il ne s'agit que d'un élargissement horizontal de la conscience. Il ne s'agit pas en fait de s'élever mais de s'étendre dans des champs de pensées déjà exploités.

L'école est un champ de pensées, un paradigme extrêmement puissant et les schémas mentaux des enfants devront s'y conformer. Le monde du travail prendra la relève. Il s'agit de maintenir un système économique et de produire les éléments participants. Chacun aura la possibilité de s'étendre dans ce champ de pensées et de mettre en place une influence proportionnelle à son engagement dans le système.

Du patron à l'ouvrier, rien ne change sinon, cette influence participative. Mais personne ne remet en cause les paradigmes. Chacun suit le chemin qui a été tracé par la puissance des paradigmes archaïques et l'éducation reçue. Interviennent bien entendu les conditions d'existence. Naître dans un berceau doré est préférable pour jouir au mieux du paradigme originel : le pouvoir.

En 28 ans de carrière, j'aurais aimé savoir ce que sont devenus les enfants d'ouvriers et ceux de cadres...Ils ne doivent pas être nombreux ceux ou celles qui sont sortis de la "norme"...

Mais il ne s'agit pas là de réfléchir à l'égalité des chances, c'est un autre débat.

Je m'interroge sur la puissance des formatages et sur la perception de la réalité que nous en retirons. Etant donné que nous vivons dans un environnement familial, social, intellectuel, culturel, existentiel, il me semble difficile de parvenir à une vision autre que celle qui nous a toujours été proposée. C'est là que je parle de paradigme (méta théorie) et de schémas mentaux ( applications expérimentales).

Chez les enfants, ces méta théories ont une force gigantesque étant donné qu'elles s'installent chez des individus vierges de tout prérequis.

Regardons un arbre par exemple avec des enfants de CM2. Certains seront fiers d'en donner le nom, d'autres de le dessiner parfaitement, d'autres de manger ses fruits, d'autres voudront y faire une cabane...Mais qu'en est-il de leur perception de la vie de cet arbre. Quand je leur dis qu'il est "vivant comme nous", ils me regardent bizarrement...Si j'ajoute qu'il perçoit lui aussi son environnement, la lumière, la qualité de l'air, la pureté de la pluie, qu'il a mal quand on casse une branche, qu'il va chercher à soigner la plaie comme nous quand on tombe, qu'une plante verte dans une maison réagit favorablement aux soins attentionnés qu'on lui prodigue, que certains acacias d'Afrique communiquent entre eux en diffusant des parfums nauséabonds pour prévenir leurs congénères de l'arrivée d'herbivores etc etc...on va me taxer d'anthropomorphisme...Je ne suis plus dans le cadre, je sors du paradigme, je ne tiens plus mon rôle.

A la base de nos pensées, il y a des croyances adoptées, à travers des expériences parfois, mais bien souvent à travers une éducation modélisée. Il ne s'agit pas de tout remettre en cause mais de garder à l'esprit que nos certitudes d'aujourd'hui peuvent être les erreurs de demain. Ca n'est pas Copernic qui me contredirait...Oui, bien sûr, on n'en est plus là, la science a considérablement progressé, nos connaissances ne sont plus fondés sur des extrémismes religieux (pas chez tout le monde...) mais elles le sont sur d'autres paramètres. Et rien ne dit que ces paramètres soient totalement objectifs. Ils correspondent aux paradigmes en place. Alfred Wegener a passé sa vie a essayé de convaincre le monde scientifique que sa théorie des plaques tectoniques était bonne. Il en est mort. Rupert Sheldrake tente d'apporter les preuves que l'évolution se fait au rythme de l'intégration des champs morphogénétiques, la physique quantique reste encore de nos jours un sujet réservé à une élite...etc...etc...Il faudra de nouveau des millénaires pour que les paradigmes changent.  

L'intégration sociale d'un individu si elle doit passer par son adaptation aux paradigmes en cours ne reflète pas une liberté de penser mais juste une liberté d'accomodation. Il conviendrait par conséquent d'apporter à l'individu, à l'enfant prioritairement, une démarche existentielle qui lui apporterait la lucidité nécessaire pour ne pas oeuvrer aveuglément au maintien des paradigmes...Cela comporte de sa part une vigilance constante au regard des schémas de pensées qu'il porte. L'objectif d'une vie tient-il dans un cheminement à suivre ou dans un cheminement à tracer ?

"Celui qui marche dans les pas d'autrui ne laisse pas ses propres traces." Thoreau.

 

Que nous soyons conscients ou non de leurs présences, ces schémas de pensées conditionnenent nos vies. Ils déterminent nos réactions, nos actes, nos objectifs, nos constructions. Ile ne sont pas nécessairement néfastes, il faut le préciser. Ce qui est néfaste à mon sens, c'est de réagir sans savoir d'où ils viennent. En prendre conscience permet également de ne pas être ballotés mais d'être ancrés dans une réalité qui parfois nous pèsent.

Nous ne sommes pas nécessairement responsables de nos actes. Mais nous sommes responsables de notre ignorance.

 

 

 

La pensée jaune fluo. (école)

Par Le 13/10/2010

Avec les enfants de ma classe (CM2), je travaille beaucoup sur l'observation de soi. Quand je leur demande de se concentrer sur une tâche, ils doivent colorier la pensée en jaune fluo dans leur tête afin de voir passer les autres pensées qui s'imposent.

Hier, une enfant a dit : "Dans ma tête, c'est un vrai arc en ciel !"

Grand éclat de rire !

Gaïa

Par Le 11/10/2010

Peter Russel "La Terre s'éveille. Les sauts évolutifs de Gaïa."

Publié en 1982...

"On a beaucoup écrit et parlé à propos de cette idée qui veut que la Terre elle-même, prise dans son ensemble, soit comparable à un être vivant doté de fonctions vitales et capable de s'auto-réguler et ainsi de demeurer "en vie". En cette époque où pour la première fois l'humanité risque de mettre à mort, littéralement, la planète grâce à laquelle notre évolution depuis les premiers animacules marins et, en fait, notre existence même aujourd'hui, ont été possible.


Le symbole de la déesse Gaia, du nom que les anciens grecs donnaient à la Terre, est devenu un point de ralliement pour tous ceux et celles qui croient en la possibilité d'un changement radicale dans notre manière de voir, percevoir et concevoir notre planète. Les notions d'interdépendance de toute Vie et de grande fragilité des écosystèmes dont dépendent les myriades d'espèces vivantes peuplant notre monde sont maintenant admises par la science et par toutes les couches de la société.

Mais pourquoi alors nous acharnons-nous à détruire l'environnement par notre mode de vie gaspilleur et peu soucieux des conséquences à long terme, demeure un mystère qu'il est urgent d'élucider. Alors que les experts en environnement, aussi bien du gouvernement que des groupes écologiques, nous avertissent que le temps nous est compté pour effectuer des changements majeurs dans notre comportement à l'égard de la planète, il est tentant de se poser la question: "Qu'est-ce qui fera vraiment changer l'être humain au point où il prendra vraiment à coeur la sauvegarde de l'environnement et fera les changements qui s'imposent?" Pour trouver une réponse à cette question vitale, il faudrait peut-être commencer par se demander: "Qu'est-ce qui nous relie aux plans émotionnel, aussi bien que psychologique et spirituel, avec cette matrice de toute Vie qu'est notre planète?" Peut-être est-ce par là qu'il faut commencer à chercher pour trouver l'explication de notre apparente indifférence face aux menaces qui pèsent sur l'avenir de la Vie sur Terre.

Ce n'est que récemment que l'image de la Terre vue de l'espace nous a été rapportée par les premiers astronautes à s'être rendus sur la Lune. Depuis ce temps, la perception que la Terre est notre maison commune, ou notre vaisseau spatial, ou encore un village global uni par la technologie et les communications, et enfin un être vivant capable de contrôler sa température et les différentes composantes chimiques de son environnement global, a marqué à divers degrés l'expérience et la vision que la plupart des humains ont de cette planète. Cette ouverture graduelle de notre esprit à la beauté unique et irremplaçable de la Vie sur cette boule d'eau et de pierre suspendue dans les espaces intersidéraux a permis pour une bonne part l'essor foudroyant des groupes environnementaux et de la conscience écologique qui de nos jours ont atteint le sommet de l'agenda gouvernemental, tel que démontré par la tenue du Sommet Planète Terre(1) de Rio de Janeiro. Bien sûr, les souffrances subies à la suite des catastrophes environnementales de même que les cris d'alarme lancés par les scientifiques à propos de l'avenir de la planète ont aussi grandement contribué à attirer notre attention sur le sort peu reluisant fait à notre bonne vieille Terre.

Pourtant au-delà de cette ouverture d'esprit et de ces préoccupations nées de la menace de cataclysmes écologiques, notre relation à la planète en tant qu'entité vivante et probablement pensante se limite à fort peu de choses. La révolution intérieure qui permet à un être humain de transcender les limites de ce que le scientifique britannique Peter Russell(2) appelle "l'ego encapsulé dans la peau", ne s'est pas encore faite à une échelle suffisamment globale pour affecter de manière significative la façon de penser de la majorité de la population mondiale.

La notion de planète en danger, de Terre nourricière dont toute Vie dépend, est encore bien abstraite et sans résonance émotive pour la plupart des gens, ce qui explique déjà en bonne partie l'indifférence quasi généralisée à l'égard de l'écologie planétaire. Oh, bien sûr, la plupart des gens sont en faveur du recyclage ou de la préservation de la nature par exemple; mais plus souvent qu'autrement, cette intérêt est motivé par des considérations d'ordre pratique comme les coûts élevés d'enfouissement des "ordures" ou du gaspillage de ressources ré-utilisables, et le besoin de loisirs tels la chasse et la pêche, donc la nécessité de préserver les "ressources fauniques".

De même le concept tant vanté du "développement durable" qui vise à faire en sorte que les générations futures puissent encore, comme nous le faisons aujourd'hui, profiter des ressources de la planète, ne constitue en somme qu'une forme de prise de conscience de notre responsabilité de ne pas être trop "goinfres" dans nos appétits de consommateurs insatiables afin que nos enfants ne se trouvent pas devant une table vide lorsque leur tour viendra de s'alimenter au festin planétaire. Et, à la remorque du mythe sacro-saint du développement économique continu, générateur de richesses toujours plus abondantes pour une minorité choyée, on nous encourage, ne l'oublions pas, à favoriser un développement soutenu, transformant ainsi une part de plus en plus grande de la nature en objets de consommation pour l'unique satisfaction de notre seule espèce.

Or qu'en est-il de nos chances de survivre collectivement devant la pression sans cesse accrue que ces modes de pensée "humano-centriques" infligent à un environnement sur le bord de l'effondrement écologique?... Presque nulle, à moins que... À moins que ne survienne globalement un éveil de conscience inespéré face à la fragilité de notre "nid" planétaire et surtout un épanouissement de notre conscience supérieure qui par l'Esprit nous relie à tout ce qui vit. Comme le disait si justement Malraux: "Le 21e siècle sera spirituel ou ne sera pas!"

C'est ici qu'entre en jeu cette fameuse "Hypothèse Gaia", proposée par le scientifique britannique James Lovelock qui, à la suite de recherches, menées dans le cadre des expéditions Voyager de la NASA, visant à découvrir l'existence de formes de Vie sur d'autres planètes, en vint à se demander si la Terre elle-même ne formerait pas un organisme vivant. Rappelons brièvement le fondement de cette idée révolutionnaire qui, depuis sa proposition en 1970, a fait l'objet de vives controverses aussi bien que du soutien inconditionnel d'un nombre croissant de personnes de toutes origines, touchées par la beauté et la simplicité de cette idée.

Constatant que les instruments de lecture à bord du satellite Voyager laissaient voir que notre planète, à la différence de Mars, bouillonne littéralement de Vie, et réfléchissant sur le fait incontournable que depuis son apparition sur la Terre il y a trois milliards et demie d'années la Vie avait peu à peu colonisé les mers et les continents et, ce faisant, modifié la chimie et les conditions atmosphériques de la planète de manière à satisfaire ses exigences essentielles pour assurer sa survie, Loveloch en vint à réaliser que "...l'ensemble ce tout ce qui vit sur Terre, à partir des baleines jusqu'aux virus, et des chênes aux algues, pourrait à maints égards être considéré comme une seule entité vivante, capable de manipuler l'atmosphère de la Terre en fonction de l'ensemble de ses besoins, et possédant des facultés et pouvoirs dépassant de loin ceux de ses parties constituantes". Pour permettre de mieux comprendre les phénomènes fascinants qui contribuent à maintenir cet équilibre global favorisant la perpétuation de la Vie, citons quelques-uns de mécanismes grâce auxquels la Vie contrôle la planète, tel que mis en évidence par Loveloch:

1) La proportion d'oxygène dans l'atmosphère, rigoureusement maintenue à 21%: plus, les forêts brûleraient jusqu'au dernier arbre, moins, beaucoup d'animaux suffoqueraient. Orchestré par toutes les plantes et le plancton microscopique des océans, cet équilibre, grâce à la photosynthèse qui transforme le gaz carbonique en oxygène, se maintient comme par magie depuis plus d'un milliard d'années. De plus, c'est parce que l'oxygène est ainsi apparu que la couche d'ozone a pu se former et la Vie coloniser les surfaces émergées du globe.

2) De même la température moyenne à la surface du monde évite les écarts extrêmes, malgré les épisodes glaciaires qui n'affectent pas la ceinture verte équatoriale, grâce au contrôle par les plantes et le plancton des océans de la proportion du gaz carbonique à "effet de serre" qui retient la chaleur du soleil dans l'atmosphère, un peu comme le font les vitres d'une serre. D'autres facteurs, tels le couvert végétal favorisant une pluviosité régulière grâce à l'évaporation par les feuilles, et l'ensemencement des nuages à l'aide d'un élément chimique particulier produit par de minuscules organismes marins, démontrent une fois de plus le rôle clé de la Vie pour le maintien de conditions propices à son existence continue.

3) Une autre composante essentielle à l'harmonie de la biosphère est le taux d'acidité des pluies qui est maintenu au degré optimal par la présence d'ammoniaque dans l'air, à nouveau fruit de l'activité biologique. Pas assez d'acidité et les sels minéraux indispensables à la bonne santé des plantes ne seraient pas mis en circulation par réaction acide. Des pluies trop acides par contre délavent les sols de leurs éléments minéraux et affaiblissent d'autant les plantes, sans compter l'effet dévastateur d'une eau trop acide pour la survie des lacs et rivières.

4) Le taux de salinité des océans enfin. Par un mécanisme encore incompris, les océans parviennent à maintenir à exactement 3.4% le degré de salinité de leurs eaux, ce qui est le pourcentage idéal pour toutes les formes de Vie peuplant les mers. Sans cesse l'irrigation des continents amène par les fleuves et rivières de nouveaux sels dans les océans, et ce depuis qu'il a commencé à pleuvoir sur Terre. Pourtant, jamais sauf dans la Mer Morte (justement!) le taux de salinité n'a dépassé 3.4%. Deux pourcent de plus et toute Vie disparaîtrait des océans!


Loveloch a répertorié plusieurs autres facteurs semblables qui, réunis ensemble et maintenus stables pendant des centaines de millions d'années, ont permi le foisonnement prodigieux de dizaines de millions d'espèces qui, par le laborieux processus d'évolution, ont façonné le monde et mené à l'apparition de notre propre espèce. On sait les dommages considérables causés justement par notre espèce au fragile équilibre dont dépend la survie de tout ce qui grouille et respire en ce monde. Comme l'affirme lui-même Loveloch, même si nous parvenons à "bousiller" suffisamment l'écologie de la planète pour mettre notre propre survie en péril, il y a fort à parier qu'une extinction massive d'espèces - ce serait la sixième à survenir dans l'histoire de la Terre, la première provoquée par une seule espèce - ne serait perçue par Gaia que comme une indisposition passagère dont elle se remettrait avec le temps. Quelques millions d'années ne représentent qu'une courte période à son échelle.

 

James Lovelock.

http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Lovelock

 

"Nous resterons sur Terre"

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nous_resterons_sur_Terre

Bande annonce

http://www.youtube.com/watch?v=cCDcaP0VJ90

"Nous avons un destin commun." Edgar Morin.

 

 
 
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