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Méditation (1)

Par Le 06/10/2010

Je ne pratique aucune méditation d'aucune sorte mais je fais du sport d'endurance. Vélo, marche, ski de fond, ski de rando. Je ne sais donc pas trop de quoi il retourne quand il s'agit de méditation zazen ou autre. Je ne peux que parler de ce décrochement mental que je vis parfois durant mes escapades longue durée ! Totalement imprévisible et nullement assuré mais je ne m'en soucie pas. Il se passe ce qui doit se passer, je suis de toute façon totalement heureux d'être déjà en montagne. La contemplation des paysages, de l'altitude et simultanément des horizons intérieurs.

 

Mais je m'interroge sur ces pratiques de méditation "organisées", bien orchestrées, planifiées. Une impression désagréable quant à la main mise du mental dans une pratique destinée à apporter une plénitude spirituelle, une connaissance ou une re-connaissance de nos univers intérieurs...J'aime beaucoup les écrits de Jacques Brosse et pourtant je ne m'imagine pas un seul instant entrer dans cette dimension du zazen, du yoga ni aucune autre "méditation" dictée. Je ne dis pas pour autant que ça ne porte pas ses fruits mais je m'interroge sur la durabilité de ces états de méditation dans la vie quotidienne et sur leur réalité.

S'il s'agit de se concentrer pour expurger l'esprit des pensées disparates en s'interdisant par la volonté de sortir du cadre épuré de la non pensée, le stratagème reste malgré tout une pensée. Elle est muette, non verbalisée, même intérieurement,( l'individu qui répèterait comme un mantra, "je dois me concentrer", on sait très bien qu'il n'arriverait qu'à faire bouillir son crâne comme une cocotte minute) mais même une pensée qui resterait à l'état de silence a une intention, un projet et j'y vois la même entrave qu'une pensée modelée par des mots. Vouloir se mettre dans un état donné pour accéder à l'état de non volonté reste tout de même une belle contradiction...Par conséquent, je suis interloqué par la méthode...D'autre part, étant donné que cette "méditation" me semble tout de même relativemement artificielle, je m'interroge quant à ses effets sur l'individu lorsque celui-ci replonge dans les évènements exogènes. Gardera-t-il la même sérénité, si tant est qu'il y soit parvenu, ou bien succombera-t-il aux assauts de son patron, de son collègue de bureau, de sa femme, de son chien, de sa voiture, de la dernière grève de la SNCF (non, je n'ai mis aucune ordre hiérarchique là-dedans :)

Les émotions auront-elles gardé le même pouvoir ? Ou cet individu aura-t-il appris à reconnaître ce qui vibre dans son mental et à maîtriser simultanément dans le silence ce qui vibre en lui ? En résumé, quelle est la portée réelle de cette méditation dans la gestion de la vie ? Etant donné que nous ne sommes pas des ermites, ni des sages ou des grands Maîtres, que faisons-nous profondément de ces états de méditation ? Que nous apportent-ils ?

Car je ne peux évidemment me résoudre à croire que ces méditations ne sont que des errances mentalisées, déguisées par de belles enluminures orientales. Il y a nécessairement des effets positifs, il existe des états réels dans cette réalité intérieure, des états d'éveil par-delà le sommeil éveillé. C'est une évidence. De même que sur mon vélo ou quand je marche, je suis parfois dans un état de sérénité et de lucidité que je ne connais pas dans le monde social.   

Mais alors, comment vais-je gérer la prochaine venue de mon inspecteur de l'éducation nationale ? Est-ce que je vais me liquéfier devant son autorité hiérarchique, est-ce que je vais me noyer dans le flot des angoisses, est-ce que je vais perdre tous mes moyens et me montrer incapable de mettre en avant mes qualités ? A quoi serviraient ces heures de silence et de voyage intérieur si je ne retire pas de ces expéditions lointaines une certaine maîtrise de mes émotions ? Au moins ça ...

La première méditation serait déjà de se dire que je n'ai rien à prouver à ce monsieur. L'essentiel, c'est ce que je fais avec les enfants. Pas besoin de respirer en zazen pour arriver déjà à cette conclusion :) Mais finalement, ne serait-ce pas ça l'essentiel de la méditation ? Savoir se vider de ses émotions pour participer pleinement à la réalité, sans l'alourdir...

A suivre. 

Mange, prie, aime

Par Le 04/10/2010

Est-ce que le cinéma se mettrait à s'intéresser à la démarche spirituelle ?

 

http://www.youtube.com/watch?v=xAxDrUibg7U&feature=channel

 

Bon, maintenant, faut voir comment c'est géré tout ça...

 

Si quelqu'un a déjà vu, ça serait intéressant d'avoir des avis et commentaires.

Mais alors ?

Par Le 29/09/2010

La Nature éprouve-t-elle de l'Amour pour nous, pour tous les êtres, les végétaux, tout ce qu'elle crée ?

Y a-t-il en elle une émotion, un sentiment, un bonheur ?

Bien entendu, au premier abord, la proposition paraît absurde. Pour que cela soit, il faudrait une conscience et par conséquent un organe émetteur, un "cerveau", une entité extrêmement évoluée...

La Nature ne peut pas être assez évoluée pour ça.

Non, c'est cette phrase qui est absurde en fait. Rien de connu n'est plus évoluée que la Nature. Nous en sommes un élément, performant c'est un fait, mais devant la richesse infinie de la Nature, rien ne dit que nous en sommes le point ultime au point d'être plus évolués qu'elle alors que nous en sommes issus. Cela signifierait qu'une des créations serait plus perfectionnée que la création elle-même...

Il semblerait par conséquent que cette performance nous ait amenés à penser que rien ne serait plus conscient que l'être humain au point que la Nature dont nous sommes issus ne possèderait pas cette conscience. Comme s'il nous était insupportable d'imaginer une entité supérieure.   

Mais si la Nature est effectivement dotée de cette conscience, cela suppose qu'il y a en elle une intelligence et par conséquent une intention quant à sa création. Nous sommes des êtres dotés d'intelligence et de conscience et nous nous engageons dans des voies précises avec une intention, un projet, une projection temporelle. C'est cela qui a permis l'évolution de notre espèce et nous ne pouvons pas regretter les temps préhistoriques. Nous vivons dans une sécurité bien supérieure à celle de Lucy, de Toumaï, des Gaulois, des serfs, des sans culottes, des Poilus, de nos grands-parents...Impossible de le nier. Malgré tout...

Bien, nous avons donc évolué en fonction d'une intention, celle d'améliorer le quotidien de chaque individu. Le nôtre d'abord. En travaillant à notre survie individuelle, nous avons contribué à celle de l'ensemble.

Pouvons-nous dès lors envisager que la Nature, dans l'hypothèse d'une conscience et d'une intelligence, agit différemment que la création la plus évoluée de son oeuvre ? Il nous est bien nécessaire de considérer que cette Nature a un projet. Ou alors nous devons rejeter toute idée d'intelligence de sa part. Ce qui reviendrait à dire que nous sommes une entité disparate issue d'un fabuleux hasard...Hum...

Bien. Quel projet ? Voilà LA question... Ce projet nous est-il accessible dès lors que nous adoptons une attitude hautaine, dès lors que nous ne sommes plus dans un statut de création respectueuse mais que nous nous attribuons le rôle de maître supérieur ? Dès lors que nous considérons la Nature comme une entité hasardeuse, comment pourrions-nous accéder à ce projet alors que nous ne voyons dans notre évolution que le résultat de nos efforts et non une osmose constructive entre le créateur et son oeuvre ?

Si dans une classe, un élève en vient à penser qu'il est plus performant que le maître, il finira obligatoirement par fabriquer en lui un projet qui ne sera plus celui de ce maître...Je reconnais que parfois, c'est préférable pour les élèves au vu de certains professeurs...

Mais pour l"humanité ? Avons-nous bien fait de nous extraire ainsi d'une fusion nourricière en décidant que nos performances millénaires suffisaient à nourrir notre évolution ? Quelle évolution ?

Médicale, culturelle, technologique, matérielle. Oui, c'est indéniable.

Est-ce suffisant ?

Qu'en est-il de cet Amour dont je parlais ? Lorsque j'aime la Nature, le sait-elle ? N'y a-t-il de ma part qu'une opportunité que je saisis, la plénitude de la contemplation, le bonheur de la marche en montagne, l'émerveillement devant la neige qui tombe, ou cette joie infinie en moi transmute-t-elle dans le corps immense de la Nature ? Est-ce que je lui suis relié en tant que créature naturelle au point qu'elle ressent ce que je vis lorsque je l'aime ?

On pourrait craindre si c'est le cas qu'elle ressente depuis un certain temps une animosité quasi générale et non un amour infini...Inutile de rappeler certains passages de la Bible par exemple. Ca remonte à loin tout ça...Et ça ne s'arrange guère...

Se pourrait-il dès lors que cette intention, ce projet de la Nature se soit révélé inconsidéré et que nous ayons échappé à son contrôle ?  Mais a-t-elle instauré un contrôle ou sommes-nous une expérience libre de toutes entraves ? Le risque me paraît monstrueux...Se peut-il que cette intelligence humaine se soit retournée contre la création elle-même ou cela fait-il partie d'un projet qui nous échappe totalement étant donné qu'il semble se retourner contre "l'expérimentateur" lui-même ?

L'expérimenté se révolte et délaisse toute forme d'amour. Il brise ses chaînes ou ce qu'il imagine être des entraves, il s'élève sur le piédestal de son progrès, il réduit la création à une marchandise... Et cela ferait partie d'un projet ? Alors cela voudrait dire que la raison de la Nature est au-delà de la raison humaine. Et que nous ne pouvons pas la comprendre.

Ou bien que tout ceci n'était qu'une élucubration de plus et que nous ne sommes qu'un hasard fortuit au milieu d'un capharnaüm intersidéral.

Tant pis si c'est le cas. Je continuerai béatement à aimer la Nature en imaginant qu'elle m'aime en retour. Au moins, je continuerai à marcher respectueusement dans l'herbe et à bénir les flocons de neige.  

LES ÉGARÉS (roman) 5

Par Le 28/09/2010

 

LES ÉGARÉS 

Extrait.

 " Elle mange à l’ombre d’un pin cembro. Les vents dominants ont incliné le tronc solitaire et les branches s’étirent dans le sillage invisible des airs souverains. La pente dénudée n’offre aucun abri. La graine germée ignorait les combats à venir. Une branche obstinée résiste à cette direction imposée et grignote l’espace offert comme une force indocile, un désir de découvertes, une croissance opiniâtre. Cette indépendance tenace la ravit. Elle regarde amoureusement le rameau tortueux. Il lui serait si facile de s’abandonner au flux despotique. Pourquoi s’imposer une telle épreuve ? Elle devine dans la progression onduleuse du bois des énergies suprêmes, des persévérances rebelles. Des effondrements aussi. Deux courbes descendantes témoignent des détresses passées. Des hivers trop longs peut-être. L’acharnement des vents glacés, du poids de la neige, du gel qui raidit. La croissance s’était figée, la pesanteur avait repris ses droits. Les sèves épuisées s’étaient sans doute concentrées sur le maintien, une survie immobile, acceptant avec humilité que le rameau solitaire courbe l’échine. Des protubérances étaient apparues comme des réserves de forces, des énergies condensées. Et l’aimantation vers la lumière avait repris. Un appel irrésistible, une montée verticale irrépressible. Il avait suffi que les chants solaires diffusent leurs mélodies chaudes. Le rameau s’était redressé, des sucs épais, gorgés d’amours fidèles, avaient nourri la croissance retrouvée. Les vents déconcertés par cette fronde maintenue avaient-ils tenté de soumettre l’insurgé ? L’avaient-ils ignoré ? La foule des rameaux obéissants suffisait peut-être à leur soif de pouvoir.

Ce rameau porte-t-il en lui ce désir de conquête, indépendamment de l’arbre ? Le questionnement l’interpelle. Une similitude si forte. A-t-elle su préserver dans les conditionnements instaurés tout au long de son histoire une énergie lumineuse, une attirance rebelle, le désir d’un cheminement atypique ?

Elle repense au torrent et elle s’étonne de cette sensibilité envers la nature. Elle n’avait jamais éprouvé cette connivence. Pas avec cette force. Si elle avait souvent été touchée par la beauté sereine d’un paysage, d’un arbre séculaire, d’un sommet enneigé, d’un tapis d’herbes grasses ou d’un torrent joyeux, elle n’y avait jamais perçu la complicité, la fraternité, la concordance. Ses regards n’étaient jamais allés plus loin que l’apparence. La vie cachée, l’énergie profonde, le mystère de la matière composée, les élans intérieurs, les particules assemblées, rien de tout ça ne l’avait émue. L’identification mentalisée l’avait enfermée dans une reconnaissance primaire, une vision étriquée, un ressenti hédoniste, occasionnel, évènementiel et cartésien. Mais l’appartenance à cet Univers du Vivant lui avait échappé. Elle sait désormais que le monde est en elle et qu’elle appartient à ce monde. Une dimension gigantesque, un amour incommensurable, une unité bouleversante. L’arbre, le torrent, les montagnes, le brin d’herbe, ce nuage ballonné et cette brise légère vibrent de la même énergie, palpitent au rythme de la vie contenue, du mystère impalpable. Et cette magie enveloppée est un cadeau inestimable.

L’envie subitement d’embrasser le tronc incliné, de caresser l’écorce rugueuse, de câliner cette branche obstinée. Cet amour qui la submerge coule en elle comme une sève unique, un flux immémorial, une vie partagée. Elle n’est qu’un fragment de l’imagination insatiable de la Création et tout ce qu’elle voit, tout ce qu’elle respire, tout ce qu’elle touche, tout ce qu’elle ressent, appartient à cette Création sublime.

Yoann aussi. 

Où en est-il dans son cheminement intérieur ?

Elle espère que les barrières en lui s’effacent, que les retenues s’estompent, que les peurs anciennes se racornissent comme des peaux mortes, tombent en lambeaux épars, le dénudent et le libèrent.

Elle sait qu’elle pourrait aimer cet homme nu. Mais qu’elle ne pourrait plus se blottir contre l’homme en armure. L’idée lui noue le ventre mais elle ne peut la rejeter. L’amour qui l’étreint envers la nature se projette vers des créations pures, originelles, préservées, des cœurs lumineux que rien n’altère, des partages immédiats sans intentions inavouées, des abandons délicieux sans idées de conquêtes. Les carapaces de Yoann la désespèrent, l’enferment elle-même dans une impuissance à l’atteindre, la privent de la fusion enivrante de l’amour consommé. Elle perçoit dans les émotions contenues de l’homme blessé des exhalaisons fermentées, des refoulements purulents, des plaies gangrenées. L’arbre déployé, le torrent limpide, les nuages exposés, l’herbe accueillante, sont plus émouvants aujourd’hui que ses bras ouverts. Les derniers jours avant le départ, elle sentait dans les étreintes proposées des entraves camouflées, des chaînes immatérielles d’une lourdeur insupportable. Elle venait vers lui avec le cœur ouvert et se livrait dès lors aux coups de scalpel de ses silences, de ses pudeurs, de ses blocages, de ses angoisses insurmontables, de ses intentions secrètes. Elle quittait ses bras sous la douleur des blessures. Et dans la solitude de son amour en pleurs, elle cautérisait de ses larmes les déchirures.   

Il aurait été plus simple que leur amour s’étiole, se noie sous les sanglots, succombe sous les assauts répétés des désillusions amassées. Mais les braises laissées par l’incendie passionnel qui les avait enflammés depuis leur rencontre survivaient au-delà des noirceurs, entretenues fidèlement par la brise fidèle de leur fusion insécable. Elle n’y pouvait rien. Des embrasements fulgurants la submergeaient encore, sans qu’elle ne parvienne à les contenir. Et d’ailleurs elle n’essayait pas de leur résister. C’était si bon. Si chaud. Comme une lave ardente, un ruissellement salvateur. Puis les coulées se fossilisaient irrémédiablement dans la succession glaciale des jours. Elle s’installait alors dans l’attente du prochain jaillissement.      

     

Elle se relève. Elle a senti brutalement les airs polaires de l’amour bridé. Elle veut bouger. Se réchauffer. Cette marche participe au maintien de la vie en elle, à la préservation des bouffées de chaleur, à l’ébullition des geysers émotionnels, à la découverte des sources inconnues, à l’exploration des territoires perdus. Elle est persuadée que l’innocence du petit enfant harcelé par les raisonnements d’adultes se pervertit au fil du temps, que les confrontations imposées le privent impitoyablement de la magie de ses mondes intérieurs. Elle veut retrouver cette liberté d’émotions, la spontanéité, la joie, l’insouciance, plonger dans l’eau cristalline des ressentis juvéniles. La rationalisation du monde adulte aboutit immanquablement à une résignation aliénante, l’accumulation progressive des rêves brisés. Elle en a tellement souffert. Elle sent pleurer dans son âme tous les bonheurs martyrisés.  L’amour lui-même est limité par le cadre étroit, structuré, cartographié de la pensée mécaniste des adultes, par la reconnaissance identitaire adorée par le groupe humain. Le mental pervertit la beauté du partage, introduit de force dans le territoire éthéré de l’amour des armées d’envahisseurs, des barbares assassins. Les luttes incessantes couvrent l’âme impuissante de monceaux de cadavres. Et le mental  dévoyé, juste attaché au maintien de sa prédominance, déverse incessamment de nouveaux contingents destructeurs. Elle devine dans ses ressentis une autre dimension, un espace immense, une élévation verticale. Elle s’est échappée, elle a brisé les carcans mais elle est seule. Yoann ne l’a pas accompagnée. Sa vision de l’amour correspond au champ d’investigations des conditionnements acceptés. Elle ne sait pas s’il possède en lui le désir et la force de quitter les geôles de son histoire, de son enfance, de la morale, des refoulements, des douleurs invalidantes, de l’appartenance. Il n’est pas libre et ne le sait pas. Et peut-être même ne veut-il pas le savoir … La conclusion la crispe. Une distance troublante, un éloignement croissant. Et cette randonnée qui les rapproche physiquement marque peut-être une brisure définitive.

« Tu es ma source de vie. »

Il diffusait ces phrases imagées comme des parfums délicats, des cadeaux attentionnés sans réaliser qu’il s’agissait d’entraves. Elle ne voulait plus de cette responsabilité immense. Elle ne supportait plus de sentir cette dépendance et l’obligation d’entretenir le flot. Cet amour nourricier l’emprisonnait. L’impression d’être sa mère et de le sentir accroché à son sein. C’était devenu insupportable. Cette liberté immense qu’elle parvenait enfin à vivre, il l’étouffait de son amour anthropophage. Elle réalisait désormais à quel point il ne s’agissait pas d’amour. Cette vie fusionnelle qu’elle avait acceptée pendant dix-neuf ans, dans laquelle elle s’était plongée corps et âme, elle n’était plus désormais qu’un étouffoir. Elle s’était trompée. Il la privait de son espace.

Elle s’assoit sur un tronc couché, un arbre mort, foudroyé. Assommée par la violence du constat. Elle sort la gourde et un paquet de noisettes grillées. Elle s’évertue à mâcher longuement. Quelques instants de suspension dans le déroulement implacable des ressentis libérés. Les yeux dérivant au gré des reliefs, dans les brises légères, sur les tapis de couleurs multiples. La première journée de marche n’est pas finie que déjà les conclusions imposent les scissions ignorées, les colmatages se fendillent, les ciments fragiles craquellent sous la brûlure des consciences réveillées. De son ventre sourd une colère ressassée.  

Ils n’évoluaient pas dans l’amour mais dans un enchevêtrement de dépendances exaltées, une passion torturée, la matérialisation de leurs traumatismes amassés. L’amour n’était qu’un baume sur des plaies purulentes. Il ne les propulsait pas dans une dimension verticale mais dans un champ de batailles infinies, des luttes internes entretenues par les égos tourmentés. Elle en était autant responsable que Yoann. Les attitudes conditionnées par des refoulements irrésolus avaient créé entre eux un lacis de barbelés émotionnels dont ils ne parvenaient pas à se libérer.

L’impression d’avoir partiellement sectionné les enlacements chaotiques lui permet de respirer plus librement, d’apercevoir enfin les territoires qui s’étendent au-delà de ce charnier d’émotions sacrifiées. Elle devine dans les attentions de Yoann des emprisonnements camouflés, des désirs de chaînes reconstituées, des liens édulcorés par des amours mensongers. Il la pénétrait pour la retenir et le poids de son corps l’étouffait, son sexe en elle n’était qu’une ancre crochée, un pieu planté dans une terre souillée et les attentions réclamées représentaient le cordage immonde qui l’étranglait.

« Tu es ma source de vie. »

Elle ne veut plus entendre cette phrase. Elle imagine un pilleur assoiffé pompant avidement l’eau de jouvence qui coule en elle. Son amour barbare n’est qu’un désert qui avance. Elle doit se sauver.    

Elle pleure. Sans retenue. Les larmes sont des acides rongeant des tumeurs."

Une réflexion qui jaillissait de nouveau la nuit dernière.

Cet amour humain est-il condamné à servir les égos ?

Alors que l'amour proposé par la Nature, cet abandon délicieux qui n'a aucune intention, aucun projet sinon cette béatitude totale au coeur du monde, offre une plénitude entière, infinie, l'amour humain souffre des pensées insatiables, des pensées secrètes, des enchaînements, des attentes, des conditionnements, des traumatismes, des regrets, des désillusions qu'on ne veut pas voir resurgir, de l'imaginaire qui se perd en conjectures, en suppositions insoumises...On ne peut s'empêcher d'entrevoir des issues dangereuses, des incertitudes que l'on craint de voir jaillir, des devoirs, des nécessités, des rôles à tenir.

La Nature n'attend rien, elle se donne totalement, sans aucune retenue, dans toute sa sensualité, sa force, son énergie. Il ne reste qu'à la contempler, l'éprouver, la ressentir, en jouir même, jusqu'aux larmes d'un orgasme spirituel.

Se peut-il que l'amour humain parvienne à ce stade, entre dans cette dimension de don gratuit, sans aucune attente ? N'y a-t-il pas là un chemin à suivre, un exemple à adopter, constamment, dans une acceptation absolue de la réalité, juste cette réalité de l'instant, l'abandon de toute projection temporelle, mentalisée. Il n' y a aucune peur, aucune angoisse, aucun risque de perte, de désillusion. Tout est là et rien d'autre n'existe. Ce temps futur dans lequel l'amour humain se perd sans cesse n'existe pas, la Nature le crie incessamment, il n'y a rien d 'autre que l'Amour immédiat.

L'Amour de la Nature est la Nature même de l'Amour.

C'est cela qu'il faut apprendre, vivre, éprouver à chaque instant, comme un coucher de soleil dans les prunelles lumineuses de l'être aimé.   

 

 

 

Plein les yeux.

Par Le 26/09/2010

Des photos incroyables.

 

http://www.extremeinstability.com/index.htm

 

Toute la force, les mystères, la beauté de la Nature.

L'illusion des mots.

Par Le 22/09/2010

L’illusion des mots. Je ferai mieux de me taire en fait. Voilà l’idée qui tourne dans ma tête depuis quelques temps. De quoi est-ce que j’essaie de parler sur ce blog ? C’était la première question…Alors je me suis dit que j’essayais de parler de l’évolution spirituelle… Du changement de conscience, du basculement dans une dimension parallèle et tout ça et tout ça… Mais ces mots sont les outils d’un système de signes qui relie un monde signifiant (le monde réel) à un monde signifié (le monde représenté.) Ce langage crée, à côté du monde réel, un monde représenté. Et dès lors, ces mots ne sont pas la réalité mais une représentation mentalisée de cette réalité. Et moi-même, je peux finir par croire que cette représentation est la réalité alors qu’elle n’est que ma version de la réalité, une version indéfiniment et cruellement insignifiante étant donné qu’elle est issue d’un esprit incomplet, formaté, éduqué, réactif… C’est ce dernier mot le pire d’ailleurs. « Réactif »… Je ne pense pas, je ne réfléchis pas, je réagis à un état d’esprit qui lui-même est soumis à des évènements exogènes, à des conditions de vie qui entraînent des tourments et par conséquent des réflexions sur l’Eveil. C’est ma condition humaine qui m’amène à penser à la condition humaine. Très bien, on pourrait se dire que c’est normal et sain mais si je regarde sincèrement la « réalité » de ce phénomène, je vois bien qu’il n’y a pas de liberté dans ce processus et que les conclusions que je peux émettre ne sont pas le reflet d’une réalité intangible, éternelle, universelle mais simplement un état des lieux, l’observation d’une enceinte, celle de la réalité illusoire de mon existence. Je ne suis pas dans une dimension épurée mais dans l’analyse de ma geôle. Lorsqu’on parle de la réalité, on parle toujours de la représentation qu’on se fait de la réalité et ça n’est jamais qu’en fonction de notre architecture intérieure. On s’imagine dès lors parler avec des mots d’un phénomène qui n’a pas de représentation possible, qui n’est pas de l’ordre du signifié. Il y a une tromperie originelle alors qu’on s’intéresse à l’origine. C’est vouloir remonter à la source de la réalité alors qu’on est emporté dans le courant des pensées et des représentations qu’elles génèrent. Le signifié ne peut pas être le signifiant, la carte n’est pas le terrain, le mot Amour n’a pas d’Amour pour lui-même, la pensée de l’Eveil n’est pas l’Eveil, les paroles sur la Réalité n’ont aucune réalité. Bon, alors comment s’en sortir ? Tout ça ne sert donc à rien. Je ne parviendrai jamais à être satisfait de ce travail justement parce qu’il s’agit d’un travail. Tout ça n’est qu’une illusion prétentieuse qui me glorifie, qui me valorise… « Ah, mais moi je réfléchis, je pense, j’évolue, je ne suis pas un bœuf qui marche dans l’encadrement de ses œillères, piqué aux fesses par le bâton d’un guide que je ne connais même pas… » Si, si, en fait, c’est exactement ça… La seule différence, la seule évolution, c’est que je suis parvenu à avoir une vision macroscopique de l’attelage, je parviens à me voir, ce bœuf sur un chemin chaotique, avec le sillage derrière lui, comme une traînée qui l’alourdit et qui ne disparaît jamais dans la masse du Temps, et ce chemin devant lui qui n’a aucune réalité étant donné qu’il n’existe que dans les circonvolutions de mon cerveau, je vois le guide aussi, une espèce de géant impassible qui se contente à intervalles réguliers de piquer mon arrière train…Il n’a aucune émotion, aucune intention, aucun projet, il se contente de maintenir le mouvement perpétuel. Le flux vital en quelque sorte. J’aime bien d’ailleurs, malgré ma lourdeur initiale de bœuf, prendre cet envol et planer ainsi au-dessus des horizons. Bon, quand je retombe, ça fait toujours un peu mal mais je m’accroche à l’idée que l’envol existe. Et c’est là que de nouveau, je fais souffrir le bœuf…Car, tout de même, quelle est cette entité qui parvient ainsi à prendre de l’altitude et à observer les mouvements de l’existence sans en souffrir, juste cette observation épurée, sans émotions, d’où vient cette félicité, cette béatitude, ce bien être, ce « bien naître » ? Y aurait-il un signifiant que je ne parviens pas à signifier ? Y aurait-il une réalité qui n’a pas de mot et qui ne doit pas en avoir au risque de l’alourdir et de la faire retomber au sol ? Y a-t-il dans la démarche spirituelle une condamnation de l’envol ? Lorsque je retombe et que je réintègre le corps buté du bœuf, c’est que les mots dans l’esprit libéré ont créé une masse qui n’a pas de réalité et cette illusion a tout brisé, a tué la légèreté, comme un oiseau abattu en plein vol. La démarche spirituelle serait une illusion édulcorée, elle n’aurait aucune réalité mais ne représenterait qu’un monde de signifiés. Des boulets aux pattes ou des œillères encore plus grandes.

Mais tout ce fatras de mots n’est-il pas encore qu’une illusion supplémentaire et les résidus d’une désillusion devant l’illusion de tout ça. Finalement, la plus belle démarche spirituelle consiste sans doute à ne pas en avoir. Car l’intention est une ancre qu’on traîne et un bœuf est déjà suffisamment lourd comme ça.

J’aime bien ce guide et son bâton. J’aime son silence et son absence d’intention. Il ne me demande rien en fait. Il initie juste en moi la nécessité d’un pas en avant. C’est très simple. Et ça me convient tout à fait. Et c'est dans cette acceptation bienheureuse que parfois je m'envole...

 

Je devrais prendre mon vélo, accrocher mes sacoches et filer droit devant.

CITTA FONDATION

Par Le 18/09/2010

J'ai eu le grand bonheur d'être contacté par Claire Melchiori, la responsable de cette fondation et j'ai immédiatement adhéré. Les engagements, les thèmes et les actions me touchent particulièrement.

 

http://www.citta-fondation.org/topic/index.html

 

Je ne peux que vous inviter à visiter ce site et à faire connaître cette fondation.

Les trois tamis.

Par Le 17/09/2010

"Les trois tamis"
Un jour, quelqu'un vint voir Socrate et lui dit :
- Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.

- Arrête ! interrompit l'homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?

- Trois tamis ? dit l'autre, rempli d'étonnement.

- Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me raconter est vrai ?

- Non, je l'ai entendu raconter et...

- Bien, bien. Mais assurément tu l'as fait passer à travers le deuxième tamis. C'est celui de la bonté. Ce que tu veux me raconter, si ce n'est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?

Hésitant, l'autre répondit : Non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire...

- Hum ! dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s'il est utile de me raconter ce que tu as envie de me dire...

- Utile ? Pas précisément.. .

- Eh bien ! dit Socrate en souriant,

si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier...

Apologue grec

Auteur inconnu




Vrai, bon, utile.
Il a bien fallu à une époque épique de ma vie que je fasse l'épreuve de Dieu, comme un dernier recours.
Ca n'est pas passé à travers les trois tamis.

Vrai : impossible à vérifier.
Bon : pas avec ce que les hommes en ont fait.
Utile : ça ne me l'était pas.

J'étais déjà sous l'emprise de la douleur. Je ne voulais pas ajouter la soumission ou la servitude.
Mais j'ai réalisé plus tard, que le filtre des trois tamis subissaient dans mon cas de multiples influences. Ca n'était pas moi qui avait répondu. Je n'avais fait que me soumettre à un rejet généré par les hommes et leurs errances. Ce Dieu que je refusais n'était pas le mien mais une image flouée par l'humanité.
Alors que je prônais la lucidité et la liberté spirituelle, je rejetais sans vergogne une entité que je n'avais même pas cherché à rencontrer. C'était juste un déni rageur. Une réaction à travers laquelle je pensais pouvoir vénérer ma force de caractère...Risible...Je n'avais rien cherché. J'étais sous influence. A ne pas vouloir me soumettre, j'adoptais une attitude insignifiante camouflée sous des prétentions intellectuelles.

Je n'avais rien éprouvé.
Puisque tout est là. Le ressenti et pas l'intellect. Je critiquais les oeillères présumées des croyants et je calquais mes regards sur les incroyants. Le même fonctionnement. Aucune liberté.

Une révélation.
Pour répondre à la question de Dieu, je devais engager mes propres recherches. Ne rien adopter, ignorer les clans, effacer les influences, briser les résistances, mettre l'âme à nu.
Vaste programme.
J'ignorais encore à quel point la douleur est un épurateur redoutable. Il a suffi que ça monte d'un cran. Puis un autre, un autre...

Et que ce chemin de vie me mène à un "amplificateur". C'est comme ça que j'ai appelé la personne qui m'a montré comment me soigner.
Rencontre avec le flux vital. Le nom de Dieu ne convient pas. Il porte trop de déviances.
Je n'ai pas de nom précis d'ailleurs. L'énergie, la vibration, la source, le coeur... le mot est une limitation et on ne peut pas limiter ça. Ne pas commettre la même erreur que les hommes.

Je n'ai pas de croyance. Mais une certitude. Mais je ne sais pas en quoi puisque ça n'a pas de nom et que l'incomplétude de notre esprit souffre de ce qui n'est pas nommé. Mais je sais ce qui vibre en moi. Et quand je m'assois au sommet d'une montagne, quand je marche, quand je contemple le ciel, quand je ne pense plus, je suis relié.


Là, c'est vrai, bon et utile. Puisque c'est à moi. Uniquement à moi. Et donc au Tout.

Maison d'édition.

Par Le 17/09/2010

Une belle nouvelle même s'il me faudra être patient.

 

Laura Mare éditions a décidé de publier mes trois manuscrits. "Plénitude de l'unité", "Une étrange lumière", "les Eveillés".

Sortie début 2012 étant donné que l'année 2011 est déjà bouclée. Ca montre le succès de cette jeune maison qui croule sous les propositions. Laura a une énergie incroyable et se bat considérablement pour que les livres de ses auteurs existent.

 

http://editions.lauramare.com/

 

Il vous est toujours possible de participer à la vie de cette jeune maison et de ses auteurs.

Actualité littérature

Par Le 17/09/2010

Un salon "indépendant" à promouvoir et à visiter surtout.

http://www.sortiraparis.com/salon-paris/salon-du-livre-a-la-bnf-32936.html

Pour ceux qui sont disponibles et pas trop loin. (Pas mon cas...)

L'Architecture

Par Le 16/09/2010

NOIRCEUR DES CIMES

Extrait.

 

 

"Il s’agissait d’un message. Il n’a pas d’autres explications. Quelqu’un l’a prévenu des risques à rester dans ce trou de neige. Quelqu’un lui a parlé de la vie qu’il faut sauver. Ce n’était pas qu’un rêve.

Mais il ne comprend pas.

Son propre esprit a-t-il la capacité à créer de telles images ? Dans l’état où il se trouve, une part secrète de son cerveau peut-elle se révéler ? Il ne parvient pas à y croire.

Dieu s’impose une nouvelle fois. Qui d’autre ?

Il reconnaît succomber trop facilement à la tentation de cette solution. Mais elle est si étrange et simultanément si apaisante. Puis lui revient à l’esprit qu’il avait lui-même provoqué la fin de son dernier voyage hors de son corps en évoquant une possible rencontre avec Dieu, une question murmurée.

Il se souvient de la douleur.   

Il s’agissait d’une erreur, d’une mauvaise interprétation et le contact avait été rompu.

Le nom de Dieu avait déplu.

Il admet d’ailleurs qu’il ne voit pas cette présence comme l’apparition d’un Etre divin mais plutôt comme une compréhension sublime. Personne ne s’est présenté à lui, c’est lui qui a enfin reconnu son appartenance. Tout était déjà là mais sans qu’il ne l’aie jamais éprouvé. Pas de Grand Architecte mais une fabuleuse Architecture à laquelle il participe. Il regrette sa méconnaissance des religions et son enfermement dans les préceptes de son enfance. Il sait désormais que la religion catholique ne répond pas à ses interrogations. Ni aucune religion monothéiste. Musulmans, Juifs, Chrétiens, il n’appartient à aucun groupe. Il ne peut plus accepter l’idée d’un Dieu créateur, observateur critique et impitoyable de son œuvre. Il ne conçoit même pas que ce qui lui arrive puisse avoir un rapport avec une quelconque religion. Il cherche un autre mot, un autre qualificatif permettant de cerner la démarche puis il abandonne.

« Ca ne sert à rien », dit-il à voix haute.

Il sent que ça ne serait qu’une nouvelle tentative de domination, une intellectualisation outrancière. Et que ça ne correspondrait pas au bonheur qu’il a connu, que ça le salirait. Les religions monothéistes ont perdu la saveur du message dans des rituels adorés, des cultes néfastes, des cérémonies trompeuses et bavardes. Il ne veut pas commettre la même erreur. L’intellectualisation du mystère est un poison pervers. Il laisse croire aux récitants d’ouvrages que la porte est ouverte alors qu’ils ne font que geindre aux pieds des murailles qu’ils ont eux-mêmes constituées.

Il ne veut pas enfermer son bonheur, lui donner une structure transmissible, une forme reconnaissable. Il est impossible de communiquer sur un tel contact. Les religions se sont efforcées de le faire, perdant aussitôt dans des dérives narcissiques toute la beauté du message en croyant follement que le lien avait besoin d’être enluminé. Comme si l’écrin avait plus de valeur que la pierre précieuse.

Il sait qu’il gardera tout cela en lui, qu’il ne cherchera jamais à l’expliquer à qui que ce soit, qu’il n’y a rien à en dire. Qu’il faut juste le vivre.

 

Il regarde la neige qui tourbillonne. Sans pouvoir situer clairement la source, il devine une clarté naissante dans le maelström des nuages, une lumière diffuse, encore étouffée par la masse compacte de la dépression.

Ni Dieu, ni religion. Tout cela n’est jamais qu’un résidu des embrigadements de son enfance. Il se souvient des sermons du curé au catéchisme. « Par la volonté de Dieu, l’Homme est placé au sommet de la Création, juste sous les Anges. »     

Il admet que ce qu’il perçoit est un véritable mystère et non les élucubrations de théologiens prétentieux. Il veut s’extirper de toutes ces dérives insignifiantes, ne pas étouffer la beauté de la rencontre sous des pensées imposées. Rien de tous les Evangiles n’est à lui, rien de la Bible, rien des religions, rien des prêtres, des curés et des religieuses de son enfance. Tous ceux là n’ont fait que vomir en lui un fiel millénaire. Il ne veut plus de ces vieilles choses mortes."

 

Pas d'Architecte mais une fabuleuse Architecture. C'est la petitesse de l'esprit humain qui réclamait cette "personnification" divine, ce Père absolu. Parce que nous n'avions pas la capacité à enlacer l'ensemble de l'Architecture comme la Création sublime qu'elle est. Il nous fallait quelque chose d'humain, quelque chose à notre image, le fils de ce Dieu comme messager, un être commun empli de paroles lumineuses, il nous fallait cet étendard flamboyant parce que la contemplation des montagnes ou de l'Océan nous absorbait trop pleinement, nous nous y perdions parce que cette Nature était trop vaste et faramineuse pour notre incomplétude. Et nous nous sommes égarés alors que le coeur battait devant nos yeux éteints. Le coeur de la Vie, l'Architecture, le flux vital. Dieu n'était rien d'autre que cette Création et nous tuons Dieu à chaque instant. Tous assassins de Dieu. Et certains se croient innocents parce qu'ils chantent des cantiques ou se font exploser au milieu de leurs ennemis au nom de Dieu...Mais nom de Dieu, nous sommes tous des assassins.

 

Il ne reste qu'à sauver les enfants. Pour qu'ils ne tuent pas Dieu à leur tour. Qu'ils regardent ce papillon voleter et qu'ils l'aiment, qu'ils apprennent à entendre l'herbe qui pousse et le silence des pierres, qu'ils courent dans les champs et rient aux éclats.

Aujourd'hui, j'ai écrit au tableau de la classe.

"Tu as écrasé cette chenille. Bien, c'était facile, maintenant, refais la." Lanza del Vasto.

Que dire de plus ?

Conscience universelle (spiritualité/conscience)

Par Le 14/09/2010

Entre la conscience morale (phénomène liée à l’éducation et par conséquent au groupe humain), la conscience individuelle (j’ai conscience que j’écris) et la Conscience universelle, nous ne sommes éminemment pas dans des dimensions similaires.

 

Dans la conscience collective, j’ai appris à reconnaître ce qui est bien et mal, deux concepts associés à des modes de vie, un ciment social indispensable que je ne critique pas tant qu’il reste dans le respect de l’intégrité de l’individu. Il suffit de penser à la conscience morale prônée par les dictatures (délation, collaboration, racisme etc…) pour mettre en avant les limites de cette conscience instaurée.

 

La conscience individuelle reflète le fait que je suis conscient de ma pensée. Le problème surgit dès lors que cette pensée s’identifie à l’objet de cette pensée. La douleur à laquelle je pense n’est pas ce que je suis. J’ai conscience de cette douleur mais j’ai surtout conscience que j’en ai conscience. Il n’y a pas dès lors de rupture dans ma conscience, pas de disparition de ce que je suis parce que je reste dans un état de lucidité autorisant la distanciation entre ma conscience et l’objet de ma conscience, entre la pensée et le penseur. Je suis l’observateur sans être l’objet observé. Je ne suis pas l’Amour que j’observe, je ne disparais pas en lui parce que je reste conscient de cette conscience.

Malgré tout, cette conscience est un « travail » nourri par la pensée. J’ai conscience de cela parce que je le pense et c’est parce que j’ai conscience de cette pensée que je suis. Je ne suis pas ce que je suis parce que je pense, ça ne suffit pas, il manque la conscience inhérente à cette pensée. C’est parce que j’ai conscience de penser que je suis. On pense évidemment à Descartes. Je ne suis pas parce que je pense mais parce que je le pense. C’est un double regard en quelque sorte. Dès lors que nos pensées prennent le pas sur cette conscience et ne deviennent qu’un flot ininterrompu et chaotique, il n’y a plus de conscience et par conséquent plus d’individu. La pensée est une nécessité et simultanément un danger.

 

Alors, est-il possible de parvenir à une conscience sans pensée ?

 

« La Conscience est l'océan et la pensée est la vague issue de l'océan ». Une métaphore bouddhiste.


Concrètement, il existerait une conscience sans pensée.
Cette conscience n'est pas conscience de soi ni du monde mais simple conscience d'être, et dans les moments d'unité avec elle, il n'y a ni discours ni réflexion sur ce qu'elle est. Ce serait un état de plénitude sans aucune irruption mentalisée. Je n’ai pas besoin d’avoir conscience de cela en usant de la pensée. Il s’agirait de rester dans un état de silence intérieur, comme un détachement de tout au cœur du rien.
Si la pensée revient, elle lui collera une étiquette, un nom (conscience, esprit...), et reprendra la maîtrise en identifiant cette conscience ou en la mystifiant. (Dieu notamment…)

 

Mais on peut s’interroger sur le centre de réception de cet état de conscience. Si le mental en est exclu, si la raison ou la conscience auto réflexive n’a rien à faire là, de quoi s’agit-il ? Si cette Conscience est un Océan et la pensée une vague, elles sont bien constituées d’une substance identique, il ne s’agit dans la pensée que d’une parcellisation de cette Unité. Pourquoi cette pensée créé-t-elle une distanciation d’avec la Conscience dont elle est issue ? Peut-être parce que le mental cherche à reprendre le dessus dans cette dimension en lui apportant une notion de dualité. Il y a « moi » qui pense au « Tout » alors qu’il ne faudrait que disparaître dans le Tout. Mais survient aussitôt la peur, cette angoisse de ne plus être, cet effroi de se perdre alors que depuis la plus petite enfance, nous vivons dans la constitution de cet individu. Ce cheminement va à l’encontre de tout ce que nous avons appris. Nous devrions disparaître ? Mais c’est terrifiant !! Je ne peux pas m’y résoudre, ce « je » n’étant qu’un « moi » qui se protège. Le « je » étant l’Océan et le « moi » une vague. Ce que nous aimons, c’est l’identification à la vague, à cette forme unique, si belle, si reconnaissable alors que l’Océan est une immensité gloutonne, une dispersion insupportable.

Que se passe-t-il alors lorsque cette conscience, parfois, s’efface et devient Conscience, lorsque cette peur de n’être plus se remplace par le bonheur ineffable d’être Tout et par conséquent rien de connu ? D’où vient ce lâcher prise absolu ? Est-il possible de le maîtriser sans faire appel à la pensée au risque de n’être qu’un moi qui se glorifie d’une fausse trouvaille ?

 

Je ne connais rien d’autre que la Nature. Le silence des montagnes et l’épuisement des pensées dans le creuset bouillonnant d’un corps qui s’exalte.  L’orgasme peut-être une voie mais il ne peut s’alourdir de fantasmes, il se doit d’aller voir plus haut, dans une osmose spirituelle. La voie tantrique peut-être.

 

Rien de tout cela ne sera offert dans l’urgence et c’est là le drame de ce monde. Il n’a pas le temps. Et nous courons avec lui en nourrissant sa folie de nos exigences immédiates.  

L'Amour et le juste milieu.

Par Le 11/09/2010

Une distinction entre le juste milieu et l'expression "le cul entre deux chaises."

A mon sens "le cul entre deux sièges" est l'état d'une personne n'ayant pas réussi à faire un choix. Elle reste donc torturée par son indécision, hésitant constamment à prendre une direction définie et souffrant de son incapacité à le faire. A peine partie dans un sens elle regrette déjà son élan et s'arrête, souffrant aussitôt d'être revenue au point de départ, là où pour elle il n'y a que le chaudron bouillant dans lequel elle cuit sans comprendre que les flammes sont attisées par sa propre errance.

 

Le juste milieu représente à mon sens, non pas la capacité à rester au centre du carrefour sans prendre de décision mais la capacité à ne pas s'identifier à la décision qui a été prise. Le juste milieu est l'endroit duquel l'individu peut observer ses actes sans être lui-même les actes. C'est un état d'observation qui fait que l'on peut entretenir la lucidité nécessaire à l'analyse de ce qui est entrepris. Je ne suis pas ce que je fais. Je ne suis pas ce que j'ai décidé de faire. Je le gère mais sans être emporté dans le flot d'émotions, de ressentis, que cela génère.

 

Pour ne pas couler au milieu de l'océan, il ne sert à rien de nager, il faut faire la planche et observer, saisir chaque instant en se libérant de l'activité. Le nageur aura systématiquement le cul entre deux chaises en décidant de prendre une direction puisqu'il ne sait pas vers où il va. Il va dépenser une énergie considérable à nager et dès lors il ne peut pas s'observer. Le "planchiste" se laisse porter en mesurant ses efforts et en restant réceptif à tout ce qui l'entoure. Les courants l'entraînent mais ça n'a aucune importance étant donné qu'il ne sait pas vers où il faut aller. Il est donc inutile d'y penser. Agir dans le non-agir revient donc à être inscrit dans le juste milieu.

 

 

Il ne s'agit nullement de rester inerte au carrefour d'une décision à prendre. Le juste milieu consiste à ne pas devenir la décision...Chaque fois qu'une préoccupation trop vive nous saisit et que celle-ci implique une décision à prendre nous restons bien nous-mêmes évidemment mais nous ne sommes plus avec nous-mêmes. Nous nous perdons de vue dans les évènements extérieurs. Comme si les actes nous engloutissaient. Ça peut devenir de la colère, des regrets, de la rancoeur, de la jalousie ou du bonheur mais quels que soient les effets, si nous nous perdons de vue, il n'y a plus d'observateur, nous sommes devenus ce que nous faisons. Le juste milieu consiste à ne pas nous identifier à cette décision. Il s'agit donc de continuer à analyser les évènements, avec lucidité et si une autre direction s'impose, il n'y a aucun regret à avoir, il serait inutile de continuer à se fourvoyer, par prétention ou entêtement. Le juste milieu est à la source de la lucidité. Il ne s'agit pas de rester indécis et de refuser l'engagement. Il faut s'engager. Mais celui qui s'engage dans une voie ne devient pas la voie. Il reste une entité homogène. Le juste milieu est une observation de ce que nous faisons. Comme si nous prenions de la hauteur en fait, que nous installions une vision macroscopique de nos actes au lieu de nous étourdir de ces actes eux-mêmes.

 

Une interrogation pourtant. Qu'en est-il de l'Amour ?

Evidemment que je peux chercher par cette pratique à me détacher d'un phénomène néfaste mais pour l'Amour, est-ce que le même travail est justifié ? 

La personne que j'aime m'appartient-elle ? Non, bien entendu.

Cet amour que j'éprouve m'appartient-il ? Est-il ancré en moi ? Non. Je ne suis pas cet Amour, c'est l'Amour qui est en moi.  

Il tient à moi qu'il reste là mais c'est par l'attention que je lui porte qu'il peut trouver en moi un abîme accueillant. Si je salis sa présence par une prétention égotique, je risque de le décevoir, de l'entacher, de le polluer par des idées mentalisées. La jalousie, la peur, l'irrespect, la domination sont des atteintes à cet Amour et le meilleur moyen pour qu'il s'efface parce que l'abîme deviendrait une fange sans fond.  

Cette attention n'est pas une volonté car la volonté a une intention et l'Amour n'en a pas. L'Amour est un don. Il est là, dans l'instant et n'a pas d'objectif. C'est à l'individu de le saisir et d'apprendre à rester présent.

L'attitude qui consiste à rester dans le juste milieu a donc tout lieu d'être. Je ne suis pas la douleur en moi, je ne suis pas la tristesse en moi, je ne suis pas l'Amour en moi. Mais si j'aime et que je respecte cet Amour, sans le tourmenter par des pensées disparates, il est possible qu'il se sente bien en moi et y reste.  

A travers cette vision unifiée, il ne s'agit pas d'uniformiser mais de créer un lien spirituel.


 

"- Il est très important de comprendre que notre conscience n’est pas notre conscience individuelle. Identifier cette conscience comme étant la mienne et la vôtre, est une erreur totale, car notre conscience est la conscience de l’humanité. C’est une réalité psychologique patente, mais la plupart d’entre nous répugnent à la voir, tant nous nous identifions à notre conscience spécifique, à notre chagrin spécifique, à notre félicité spécifique."

Krishnamurti.


 

 

Etablir la voie du "juste milieu", c'est donner une portée universelle à cette conscience.

Le hasard.

Par Le 10/09/2010

"Ce que nous appelons hasard, c'est peut-être la logique de Dieu". Georges Bernanos.

"Le hasard, c'est peut-être le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer." Théophile Gautier.

"Laissons le choix au hasard, cet homme de paille de Dieu." Marguerite Yourcenar.

"Ce qui est hasard à l'égard des hommes est dessein à l'égard de Dieu." Bossuet.

"Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito." Albert Einstein.

 

Dieu. Hasard. Evidemment deux problèmes insolubles par la raison elle-même puisque cela voudrait dire que la raison peut apporter des preuves. Absurde. Nous ne pouvons être que dans la foi ou ne pas y être.

L'autre problème vient de ce "satané" nom de Dieu qui apporte immédiatement une connotation religieuse alors qu'il devrait en être épargné étant donné qu'on ne peut pas concevoir que Dieu ait besoin des hommes pour être expliqué..."Dieu" est une perception, pas une réflexion. Quand l'homme réfléchit à propos de Dieu, il n'est déjà plus en osmose avec Dieu. Il vaut bien mieux écouter l'herbe qui pousse ou admirer la sérénité des pierres.

Dès lors, je préfère le flux vital. L'énergie, l'Un, la Conscience.  

Bon, alors , ce hasard serait donc intrinsèquement l'apparition furtive et inopinée de cette Conscience. Cette "logique" ne nous est pas accessible. Pourquoi ? Est-ce que notre rationalité éducative nous prive d'une perception qui serait une forme d'osmose avec la Création ? Est-ce que nous avons perdu une "innocence" merveilleuse, une simplicité fondée sur l'acceptation de ce qui est. Les "synchronicités" de Jung ne seraient pas des dérives mystiques mais le rétablissement d'une logique universelle et éternelle. Ce que nous n'expliquons pas, parce que la causalité scientifique est bafouée, ne serait pas une erreur d'interprétation mais une interprétation inaccessible.   

Que faire alors ? Lorsque j'ai vu Nathalie pour la première fois, j'ai senti cette "chance" incommensurable me saisir à la gorge. J'ai pensé à un hasard merveilleux, un miracle...Il dure toujours, avec la même puissance.

Mais était-ce inscrit ? Aurions-nous pu continuer à nous manquer encore et encore, à passer l'un à côté de l'autre sans que nos routes ne se croisent ? Je n'arrive pas à l'imaginer. Et la Conscience ne le voulait sans doute pas. Il me plaît d'imaginer que c'était un destin, une nécessité, une naissance à vivre. Bien sûr qu'on peut me répondre qu'il ne s'agit que d'une enluminure enfantine, un jeu de l'esprit. Mais personne n'en sait rien en fait parce que ça ne nous est pas accessible.

Ca ne me gêne pas. Rien ne m'empêche de contempler ce cadeau infinie de la femme que j'aime. Que ce soit un hasard divin ou un hasard humain, la réalité est plus importante que les tourments de l'ego. Si un jour, mon âme m'apporte une réponse, je la saisirai au vol. Pour l'instant, il ne me reste qu'à être dans l'acceptation de ce qui est. Là, il ne s'agit pas de hasard mais d'une lucidité qui m'appartient. Peut-être même que l'idée du hasard elle-même est une fausse route, un questionnement inutile, un paravent à la réalité. Le hasard est une incertitude constante avec éventuellement une issue favorable selon notre jugement. L'Amour est une constante certaine. Et ne souffre d'aucun jugement.

Instinct et passion. (spiritualité)

Par Le 08/09/2010

Une réflexion qui me vient d'un message de Nadia, une amie.

 

"La passion, c'est l'instinct qui s'éveille."

 

Instinct :

"L'instinct est la totalité ou partie héréditaire et innée des comportements, tendances comportementales et mécanismes physiologiques sous-jacents des animaux. Chez l'homme, il constitue la nature qui s'oppose traditionnellement au concept de culture.

Dans le langage populaire, le mot instinct est utilisé de façon abusive pour remplacer le mot intuition. On dira, par exemple, que l'on prend une décision en suivant son instinct, ou que l'on agit instinctivement, pour parler d'une situation où l'on a suivi une impulsion ou une intuition."

 

 

Passion :

"Selon Hegel, la passion est la tendance puissante qui pousse un individu ou un peuple à unifier toutes ses énergies spirituelles et physiques pour créer une œuvre artistique, technique ou politique unique, originale et déterminante dans le cours de l'histoire : «Nous disons donc que rien ne s'est fait sans être soutenu par l'intérêt de ceux qui y ont collaboré. Cet intérêt, nous l'appelons passion lorsque, refoulant tous les autres intérêts ou buts, l'individualité tout entière se projette sur un objectif avec toutes les fibres intérieures de son vouloir et concentre dans ce but ses forces et tous ses besoins.» La Raison dans l'histoire.

Pour certains stoïciens, les passions sont des perversions de la raison, au sens étymologique, des égarements de notre jugement qui nous écartent de nos devoirs naturels. Ainsi d'après Cicéron, Zénon de Cittium, fondateur du stoïcisme, affirmait que «la passion est un ébranlement de l'âme opposé à la droite raison et contre nature» (Tusculanes)."

 

 Descartes, Spinoza, Hume, Kant et bien d'autres ne se sont pas privés pour massacrer la passion et en faire une perversion de l'esprit, de l'âme et de tout le bonhomme...Bon, là, c'est la philosophie classique. Je me souviens d'ailleurs d'un exposé de 71 pages que j'avais rendu à ma prof de philosophie en Terminale sur la passion. J'étais déjà bien engagé dans l'alpinisme et je ne supportais pas cette vision négative de la passion.

"C'était passionnant" avait-elle écrit en marge :) Et elle avait parfaitement admis que "je pouvais avoir raison d'être passionné".

"Raison et passion" dans la même phrase, j'avais gagné :) (séquence nostalgie...)

 

Mais alors, pour en revenir à cette idée que " la passion, c'est l'instinct qui s'éveille," comment peut-on concevoir la possibilité que la passion ferait partie de l'instinct, qu'elle serait insérée en nous, tout comme nous savons manger, marcher, avoir peur, aimer... Si j'élimine la notion d'égarement de la philosophie classique et que je garde à l'esprit l'idée de Hegel, cela voudrait dire que la passion est en nous avant que nous en prenions conscience, comme un cheminement pré établi...

Je me suis souvent demandé ce qui m'avait poussé vers les montagnes pendant mon adolescence. Je vivais à quelques minutes de l'Océan, je faisais de la voile, j'aimais la mer, j'aimais le large, il m'est arrivé de partir en planche à voile, droit vers l'horizon et de ne rentrer qu'à la nuit. 

Et puis, un jour, je suis tombé à la bibliothèque du village sur le livre de Walter Bonatti "A mes montagnes". Je l'ai dévoré, et je suis retourné à la bilbiothèque et j'ai pris "Les conquérants de l'inutile" de Lionel Terray et "Meije" de Goerges Sonnier et j'ai demandé au responsable de trouver tous les livres d'alpinisme qu'il pouvait... 

Nous sommes allés en vacances dans les Pyrénées, première fois que je voyais les montagnes, mes parents et moi, et dans le cirque de Gavarnie, alors que je cavalais tout seul, mes parents loin derrière, j'ai vu deux grimpeurs dans une voie, j'ai remonté le névé et je les ai suivis...Totale inconscience mais un bonheur si fort...Descartes aurait dit que j'étais "possédé"...Les deux grimpeurs ont fini par me voir et m'ont passé une engue... de première catégorie. j'avais quatorze ans. On était à trois cent mètres du sol...Ils m'ont encordé et redescendu. 

 Je savais que je vivrais pour les montagnes, dans les montagnes, mais plus jamais sans elles.

 D'où ça venait cette énergie fabuleuse ? D'où venait cet amour ? Ces gestes de grimpeur ? Je n'avais rien appris d'autre que ce que les livres racontaient. Ca ne fait pas un grimpeur. Un instinct réveillé par la passion ? Comme si enfin, je trouvais ma place, comme si tout était déjà là et qu'il fallait juste que je l'éprouve...

Est-ce qu'on peut mettre ça sur l'éducation, un désir de ma part de me différencier de mes parents, de quitter le cocon familial, de prendre mon envol en me servant d'un prétexte ? Un défi pour exister par moi-même ?

 

Est-ce qu'il y a en nous une force innée plus puissante que l'éducation, plus puissante que les attachements, quelqu'ils soient ? Et d'où viendrait-elle ? La montagne faisait-elle partie de mon cheminement de vie, devait-elle être le pilier contre lequel je pouvais prendre vie ? Pourquoi ? Pourquoi était-ce en moi ? Se peut-il que ça soit une décision d'âme, quelque chose qui n'est pas du domaine de la raison mais d'une évolution programmée ? Cela rejoindrait l'idée d'un instinct mais sous une autre forme, pas un instinct archaïque, pas une transmission d'espèce mais un instinct d'âme...

La passion serait-elle l'opportunité offerte par la Vie en nous d'aller voir "Là-Haut", au delà des limites éducatives, au-delà des astreintes quotidiennes, dans des altitudes lumineuses. ?

Je cherche les réponses...

La colère.

Par Le 06/09/2010

C'est déjà si important d'identifier cette colère sourde qui jaillit parfois comme un vomi, c'est si important de comprendre qu'il ne s'agit que d'une pensée, juste une soumission de l'ego à des valeurs insignifiantes, des appartenances, des influences qui se camouflent sous les certitudes personnelles, des intrusions forcenées qu'on finit par aimer parce qu'elles nous donnent forme, "je suis celui qui pense ça", toujours ce désir d'exister extérieurement, à travers les rencontres et souvent les confrontations. Cette haine qui n'est pas nous et qui nous submerge, il faut la cerner, l'encercler de notre lucidité, lui dire clairement ce qu'on pense d'elle:

"Tu n'es qu'une pensée et je peux t'effacer. Je ne suis pas toi. Tu n'es qu'un flot d'interférences issues de ce monde dans lequel je vis. Je peux te laisser un peu de place, occasionnellement mais ne crois pas que tu vas t'ancrer. La prochaine marée de silence t'emportera. "
 

Et le Soi reprendra sa place.

Swami Prajnanpad écrivait: "La plaque photographique prend, le miroir accueille mais ne prend pas."
Les évènements produisent des émotions et des interprétations (par le mental). C'est plus ou moins intense selon notre état d'esprit du moment mais également en fonction de tout ce que l'on transporte.
Avec le lâcher-prise, l'évènement se présente mais la réaction mécanique ne se produit plus. Les émotions font place à une acceptation. Ca n'est pas une attitude béate et niaise mais un travail, une gestion de l'être. Si malgré tout l'émotion l'emporte, il s'agit de comprendre ce qui la génère. Il ne s'agit pas de l'ignorer mais de la décortiquer. C'est un travail sur soi, une introspection parfois redoutable. Les aspects émotionnels, mentaux, psychologiques sont interconnectés mais cet effort de lâcher-prise va s'opposer à l'habitude de colère, à cet embrasement irraisonné face aux évènements. Attention, ça ne veut pas dire que je ne vais pas intervenir dans la rue si je vois une femme se faire agresser. Là, je rentre dans le tas et je laisse échapper ma colère parce que c'est ce qui est le plus adapté à mon sens sur l'instant. Après les coups, on parlera si c'est possible. La personne agressée a juste besoin que tout s'arrête, là, maintenant. 


Pour ce qui nous concerne uniquement et qui n'implique pas une action urgente, il s'agit de de savoir comment nous nous situons par rapport à ces émotions physiques, émotionnelles et mentales. Ca n'a l'air de rien comme ça mais ça réclame en fait une lucidité constante dont nous n'avons pas réellement l'habitude. Comme si nous étions face à un miroir, un miroir de l'âme.
Mon désespoir, ma colère, ma déprime face aux conditions de vie ne va en rien changer ces évènements, quelqu'ils soient. C'est mon abandon à une interprétation qui m'entraîne dans un problème supplémentaire. Plus il va y avoir une perte de contrôle à travers un flot d'émotions et moins ma réponse au problème sera appropriée. Mais l'ego y puise son identification. Finalement il peut se regarder et prendre forme dans l'émotion et c'est ce qu'il cherche. Le lâcher-prise est au contraire une distanciation avec l'ego. Les choses sont ce qu'elles sont et mes émotions n'ont rien à y faire.

J'ai pu à diverses reprises constater de l'intérêt de la chose dans des situations où je risquais ma peau. La pierre qui me tombe dessus, c'est ma lucidité qui me permettra de l'éviter et pas ma peur. Si je m'imagine mort, si je vois le vide dans mon dos, le gouffre où la pierre va m'entraîner, si j'imagine mon corps qui éclate sur les rochers etc...je me perds. Et j'y perds la vie. Le lâcher-prise consiste alors à ne pas juger de cet avenir, des conséquences ou de me laisser submerger par ce flot d'émotions mais à trouver dans l'instant LA solution.
 

Swami Prajnanpad disait: "Dans la vie nous nous trouvons dans la situation de quelqu'un qui descend un torrent en kayak. Pour celui qui est crispé et angoissé, cette descente va être un véritable enfer, une épreuve redoutable. En revanche, celui qui va avec le courant de manière détendue accomplit la même descente avec sérénité et aborde les difficultés avec souplesse. Il reste maître de son potentiel."

Nous ne pouvons pas toujours être les plus forts, nos actions produisent ou ne produisent pas les effets souhaités, les interactions de causes et d'effets sont indépendantes de nous et interfèrent avec ce que nous avons tenté pour renforcer le succès de nos actions. Cette séparation du moi avec le courant de la réalité se révèle comme le plus gros obstacle à la "présence". Si je ne lâche pas prise, je suis emporté par les évènements. Si je lâche prise, j'adhère à ces évènements, dans une unité de corps et d'esprit. Cette acceptation est à la source de la "présence à soi-même". Le vide intérieur est en fait une absence d'émotions quand elles ne sont qu'un maelstrom agité. Une fois ce vide émotionnel préservé, les paroles seront justes. Quant aux paroles colériques, elles ne sont que les graines des regrets...

Mais il y a pourtant tellement de raisons d'être en colère.

http://www.youtube.com/watch?v=Main_nTUr3c

Lui, il est en colère. Mais il sait le dire de la meilleure des façons.

L'école.

Par Le 06/09/2010

A lire.

http://www.plumedepresse.net/?p=274

 

La réalité du terrain et pas celle des politiciens.

Les Maîtres. (2)

Par Le 04/09/2010

Je suis revenu ce matin sur cet ancien texte

http://la-haut.e-monsite.com/blog,les-maitres,197257.html

après avoir lu un article de Karl Renz... Presque de la colère devant ce flot d'affirmations.

"Tu es la liberté que tu recherches. Tu ne peux pas être en détention, tu ne peux pas être trouvé, tu ne peux pas être perdu, ni naître, ni mourir, tu ne peux pas être en prison et tu ne peux pas ne pas être en prison. Tu es inconditionnellement conditionnel et inconditionnellement inconditionnel. Tu ne peux jamais atteindre la liberté. Si la liberté était atteignable, ce serait une liberté conditionnelle. Si ce qu'est la liberté dépendait des circonstances, la liberté serait elle-même une circonstance. Conditonnelle et contrôlable. On pourrait se battre pour la liberté, et bel et bien obtenir un résultat, on pourrait gagner ou perdre quelque chose. Ce serait l'horreur."

Et bien tout ça ne me sert à rien. Et j'aimerais que ces "Maîtres" aient davantage d'humilité. (Je ne suis pas très humble en disant cela mais je suis fâché alors je me lance.)

Comme si cet état de plénitude, il suffisait d'en lire la recette pour nager dedans, comme si des phrases aussi péremptoires et absconses suffisaient à me délivrer, comme si toutes ces évidences étaient si simples à capter qu'il est vraiment ridicule que je surnage encore dans la fange excrémentielle de mon mental.

Je suis vraiment un pauvre hère spirituel et borné, tout est si simple, comment puis-je passer à côté d'un tel bonheur, il faut vraiment adorer ses prisons pour refuser d'en sortir alors que la porte est ouverte, ah, non, c'est encore mieux que ça, il n'y a pas de prison ! Je n'avais rien compris...

Enfin, si, il y a une prison mais en fait il n'y en a pas...

Et je ne peux pas être perdu si je me libère étant donné que je ne peux pas me trouver, de toute façon il n'y a rien puisque je ne suis pas né et que je ne peux pas mourir, d'ailleurs je me demande bien pourquoi je continue à chercher dans ce néant la raison de ce néant étant donné que de ce néant ne peut naître que la conscience du néant...

Une remarque qui me vient soudainement : Que fait Mr Renz de l'argent qu'il gagne en vendant des ouvrages de ce type à des gens qui baignent dans le néant du rien totalement vide de plein ?

Je vais aller faire du vélo, tiens.

 

Un puits ouvert.

Par Le 03/09/2010

 

 NOIRCEUR DES CIMES

 

Extrait.

"Il n’est pas seul.

Il le sait et simultanément il aimerait savoir ce qu’il est. Il se souvient avoir éprouvé cette sensation d’être envahi par des entités disparates, toutes opposées, cherchant sans cesse, avec une énergie folle, la domination sur l’ensemble. Le Luc charpentier, alpiniste, amant, sportif, le Luc obstiné, froid, absent, lointain, revêche ou amical et attentif, tous ces individus luttant en lui pour établir leur prédominance, même pour quelques instants, sont autant de paravents dressés par les contingences auxquelles il s’est constamment abandonné en croyant imposer sa volonté. Ses liens amoureux avec Sandra, ses devoirs professionnels envers son père, ses amitiés viriles et toutes les rencontres qui s’échelonnent l’ont formé, modelé, sculpté. Peu à peu, l’être a disparu, couvert de cuirasses.

 « Je ne suis pas moi », pense-t-il soudainement. Cette image n’est qu’un leurre cachant une citadelle de particules à l’intérieur de laquelle vibre un univers inconnu, peut-être même l’Univers lui-même. A une autre dimension, une autre échelle. Et le contact qui s’est fait est une clé pour ouvrir la porte. Ce qu’il a entrevu, ce qui lui a été proposé est une nouvelle version. Il s’en veut de ne pas parvenir à établir clairement les découvertes qui se révèlent et il admet qu’il n’a jamais usé de son esprit pour de telles odyssées, qu’il s’est lui-même, constamment, avec obstination, limité à de dérisoires possessions narcissiques, à de piètres objectifs, manipulé par des habitudes contractées au contact des êtres qu’il a côtoyés, éparpillé dans des attitudes néfastes, des tourbillons hallucinogènes, des dispersions multiples. Il réalise à quel point son mental est un obstacle. C’est son abandon au sommeil qui a permis le contact, a brisé les entraves que forme sa raison. L’épuisement l’a liquéfié, la détresse l’a disséminé, l’incertitude l’a purifié. Et ce qui reste est un noyau inconnu, une masse toujours ignorée, une énergie jamais éprouvée. Et une communion enfin possible. Il ne peut rien expliquer et reconnaît qu’il ne doit même pas essayer. Au risque de tout perdre.

Il repense soudainement à l’image du cocher et de l’attelage. Ici, dans cette complète vulnérabilité, un dépouillement lui est proposé. Il n’a qu’un avenir très limité, aucun projet immédiat, aucune activité à mener. Enfoui dans son duvet, limitant à l’extrême la déperdition de chaleur, il n’a pas à se soucier de son corps. Celui-la est impliqué dans son propre maintien. L’absence d’activité efface également peu à peu toutes traces d’émotions. L’austérité de son existence immédiate est un nettoyeur puissant. Ni peur, ni espoir, ni désir, ni regret. Il sent simplement qu’une épuration obstinée s’installe, une purge intérieure. Rien à dire, rien à faire, rien à penser. Tout se fait sans qu’il intervienne réellement. Le cocher est libéré de toutes ses entraves, de toutes ses missions, de toutes formes d’attention.

Il ferme les yeux.

Le noir est un trésor de quiétude. Un espace de paix. Un Univers à découvrir. C’est de cette immensité qu’est venu le message, c’est ici, dans cet ailleurs, qu’une autre réalité lui est apparue. Il ne croit pas qu’il s’agissait d’une hallucination, d’un délire inhérent à l’état de son esprit. Un territoire est apparu et il a franchi un seuil.

Une nouvelle fois, dans la douceur de l’obscurité intérieure, son esprit prend de la hauteur, survole l’abri où son corps est tassé. Il ne s’inquiète plus de cette envolée incompréhensible, de cette évasion inexplicable.

Il devine dans les noirceurs la masse gigantesque de la montagne contre laquelle son enveloppe est appuyée. Il s’élève encore. Neige, glace, roches. Pas de rivières, ni d’herbe, ni de fleurs, ni d’arbres, ni de couleurs, ni d’humains, ni de voix, aucune parole, ni la multitude de bruits divers, ce bouillon sonore qui aveugle, aucun détournement, aucune tentation, aucune dérive, aucune activité, plus de regards tourbillonnants, plus de frénésie, plus de dispersion, plus de perte de soi. Il est en dehors du monde des hommes, en dehors du monde où ils évoluent. La vie organique autour de lui est d’une extrême simplicité et cette nudité, en le diluant, lui permet simultanément d’identifier son appartenance. Avec une acuité extraordinaire, il réalise en un battement de paupières le lien avec la terre nourricière et la planète entière et le système solaire et la Voie Lactée et l’espace incommensurable où gravitent des milliards de soleils, des milliards de planètes, bercés par les vides interstellaires et ses regards s’éloignent avec toujours plus d’extension, s’étendent dans le même mouvement infini que celui qui vibre dans la Création. Plus rien ne le retient, plus rien ne le limite, plus rien ne l’enferme, ni son corps, ni son esprit, sa raison, son mental, son égo, tous les petits moi ont disparu, ont été effacés par l’immensité accueillante. Et dans chaque particule, chaque atome, chaque molécule, il devine une présence…Sans savoir réellement qui en lui reçoit le message. « Je » ne suis pas « moi » et « Je » n’est rien d’autre qu’une particule contenant dans le vide qui l’enserre toute l’étendue de la Création.

« Tu n’es pas au fil des âges un amalgame agité de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe être nourri par la Vie divine de l’instant présent. »

Les paroles ont jailli de sa mémoire avec une clarté stupéfiante et le bonheur qui l’envahit vibre à l’unisson de l’Univers qui est en lui.            

« Qui est là ? »

Il hésite quelques instants.

«  C’est toi, Dieu ? » demande-t-il, timidement.

Il sent aussitôt un filament le tirer avec une vitesse inouïe vers l’ectoplasme inerte qui gît dans la neige et sa réintégration brutale est une douleur infinie.

Une immense détresse l’envahit et les larmes jaillissent."

 

 

Qu'est-ce que c'est ? Cette osmose fulgurante, ces bouffées de frissons qui ruissellent, n'importe quand, sans qu'aucune pensée ne les appelle, sans que rien ne les annonce, comme si ces émotions possédaient une vie propre, que la source n'était pas interne mais déboulait de l'Univers, comme si je n'étais qu'un puits ouvert, juste à cet instant, et que la fugacité de l'ouverture imposait cette cascade émotionnelle, avant que la trappe ne se referme et que je sois de nouveau enfermé dans ce moi opaque... Qu'est-ce que c'est ?

Un délire ? J'ai été shooté à la morphine pendant des semaines quand j'étais cloué au lit. Je sais ce qu'est un délire. Là, ça n'a rien à voir.

Est-ce que mon mental a ce pouvoir de créer un maëlstrom aussi puissant, quelque chose qui semble émaner du dehors et qui m'envahit alors que tout ne serait qu'une manipulation interne ? Je n'arrive pas y croire pour la simple raison que cela arrive sans qu'aucune pensée ne soit venue le nourrir, le déclencher... Lorsqu'une émotion puissante nous envahit, elle est la résultante d'une situation, d'une pensée, d'un contact, d'une perception, quelque chose qui génère en nous des phénomènes physiques, endorphines ou autres, je n'y connais pas grand-chose, mais là, il n'y a rien... Rien avant.

 

Tout à l'heure, c'était en classe, j'étais assis au bureau, les enfants travaillaient en silence, moment de concentration intense, je remplissais un planning d'occupation du gymnase...Rien de bien spirituel :)

 

Et puis, avec une soudaineté époustouflante, j'ai senti ces frissons couler en moi, je les connais maintenant, cette chaleur incroyable dans mon dos, ma nuque, ces picotements dans les doigts et cette envie de pleurer. De bonheur. J'ai eu peur que ça se voit, je me suis levé et je suis sorti dans le couloir, tout est parti...

Là, j'avais envie de pleurer. De tristesse. Parce que je ne pouvais pas me laisser aller, parce que j'avais perdu le contact, parce que j'avais gâché la rencontre, parce que cette vie sociale me privait de ce mystère qui me hante, de ce secret que j'espère parfois et qui ne vient pas.

 

Qu'est-ce que c'est ?

Je ne sais pas si ça reviendra, impossible de le prévoir, ça ne viendra peut-être jamais plus...

 

Je voudrais partir en vélo. Pendant des mois. N'être plus rien pour les autres, ne plus exister pour le monde, devenir à tout jamais ce puits ouvert.

L'intuition. (spiritualité)

Par Le 02/09/2010

 

L'intuition... Il convient à mon sens d'analyser ce que nous entendons par là. Premièrement, il me semble que nous sommes obligatoirement au fil du temps engagés dans des schémas de pensées et que ces schémas constituent des chemins sur lesquels nous aimons avancer. Dès lors, nous risquons de voir dans un phénomène la validation d'une pensée ancienne, sa confirmation. C'est là que la vigilance ou la lucidité jouent un rôle essentiel.
Il est possible par conséquent que le cas surprenant d'une intuition vienne nourrir en moi l'idée de cette âme qui a en charge mon parcours.Ca ne serait donc nullement une preuve mais juste un ressenti qui convient à mon cheminement spirituel.
Mais il est possible également que cette intuition soit en fait nourrie elle-même par l'assemblage gigantesque de mes anciennes expériences de vie et que ce que j'appelle une intuition ne soit en fait qu'une résurgence inconsciente issue de ma mémoire.
Je prends un exemple.
Je fais de l'escalade. Il m'arrive parfois d'arriver dans un passage particulièrement complexe et je ne sais pas si je dois prendre à droite ou à gauche, rien ne me permet d'être certain de la suite. Et pourtant, il pourrait s'avérer redoutable de ne pas partir dans le bon passage. Alors, j'observe, j'essaie de trouver des repères... Et puis, là, soudainement, j'ai l'intuition que je dois partir à droite... Qu'est-ce qui s'est passé ? On pourrait imaginer qu'en fait, dans ma mémoire, il reste quelques traces d'une ancienne voie, ressemblant quelque peu à celle-ci et que la décision que j'avais prise d'aller à droite s'était révélée juste...Peut-être que la couleur du rocher, la lumière, la structure de la roche, la forme d'un pilier ont suffi à créer dans mon inconscient le rappel de cette décision favorable. Je ne m'en souviens pas, de façon rationnelle, mais ce ressenti est là. Et je vais le suivre.
Si cette décision s'avère être la bonne, selon mes schémas de pensées, je vais considérer cette intuition comme un signe intérieur, une écoute intime, une apparition de mon âme, celle qui a en charge mon parcours.

 


Ou alors, il ne s'agira que d'un pur hasard, un sacré coup de chance... Aucune intention d'âme mais juste une issue favorable, une tournure qui aurait tout aussi bien pu virer au cauchemar...

Prenons maintenant le cas d'une décision défavorable. Après une longue traversée ascendante sur des prises ridicules, je me retrouve au pied d'un pilier surplombant absolument infranchissable. Et cette traversée que je viens d'effectuer m'interdit tout retour...Je suis piégé...Selon mes schémas de pensées, je vais voir dans cette situation une sacrée déveine ou une mauvaise intuition... Mais comment peut-on concevoir une mauvaise intuition si on accepte l'idée qu'elle vient de notre âme ? Ca paraît impossible que notre âme soit à la source d'une galère monumentale ?

"Ah, la vache, pourquoi elle me fait ça ????"

Mais dans le cheminement de l'âme, cette galère est nécessaire. Je ne dois pas la voir avec mon mental. C'est là que prend toute la force de cette conception de la vie. Je suis là, c'est à dire moi en tant qu'individu, parce que mon âme a besoin de cette épreuve pour avancer ou pour que tout s'arrête. Il ne me reste donc qu'à entrer en lutte contre mes faiblesses pour voir où cette intuition d'âme veut m'amener. Ca ne dépend pas de moi que je sois là mais ça dépend de moi, pour l'instant, que je mette tout en oeuvre pour m'en sortir...Et là, j'aime mon âme dans ce qu'elle me propose de vivre. Et si je tombe et que tout s'arrête, c'est que l'âme jugeait cette fin idéale dans son parcours d'âme.

 

Cette question du "destin" dans les mains de cette âme est un sacré problème.
Si effectivement, nous décidons qu'il existe une "ame", une "énergie", un "Soi", etc ...et que cette âme a une Conscience, non pas notre conscience mentalisée (J'ai conscience en ce moment de ce que j'écris) mais une Conscience qui appartient à une dimension éternelle, universelle, qui prend sa source dans le flux vital et ne peut pas le quitter, une âme qui a besoin de parcours matérialisés dans une enveloppe pour affiner son évolution, alors on peut s'attendre de sa part à un choix objectif, elle sait ce dont elle a besoin, cette Conscience a conscience de ses manques, de ses errances, des paramètres inachevés, elle va donc chercher une "destinée" qui correspondra à ce qu'elle doit apprendre, on peut imaginer une âme étudiant diverses options humaines et choisissant par exemple l'enveloppe de celui qui va devenir "moi". Cela sous-entend qu'elle a donc accès à une vision future, qu'elle peut "imaginer" ce qui va se produire dans la vie de ce "moi", tout ce qu'elle va pouvoir développer au coeur de cette enveloppe...
Dès lors, ce "moi", lorsque sa conscience sera suffisamment évoluée, va chercher à comprendre son "destin", son cheminement, les évènements survenus dans sa vie et sur lesquels il n'avait aucune emprise possible, sa naissance, sa famille, son pays, son physique etc..."Mais pourquoi, pourquoi, pourquoi ?"...
Et là, on entre tous dans un conflit intérieur parfois redoutable. Nous allons nous plaindre, nous lamenter ou nous réjouir d'un destin qui nous brutalise ou nous comble alors que ce regard est issu d'un mental, de l'ego, de nos identifications et pas de cette âme...Elle, l'âme, elle sait très bien où elle va...Notre vision du Bien ou du Mal doit bien l'amuser d'ailleurs...

 


Même le nouveau-né qui va mourir deux heures après sa naissance a une âme qui savait ce qu'elle voulait.
Si on rejette cette éventualité, alors il faut rejeter tout le concept d'âme.

Il faut à mon sens établir une distinction claire et nette entre l'âme et le mental, et ne pas essayer de comprendre l'âme avec ce mental.

 Evidemment, que lorsque je regardais confortablement dans mon salon les effets dévastateurs du tremblement de terre à Haïti, je me demandais par quelle épouvantable malédction, ce peuple pouvait avoir été frappé, comment un tel acharnement néfaste pouvait exister... Une vision mentalisée, par compassion...Même si d'ailleurs, dans mon salon, elle ne sert à rien aux Haïtiens...

 Mais, reprenons l'idée de l'âme. Il y aurait donc dans la vie brisée de tous ces gens le choix volontaire d'une âme... Difficile à accepter... Parce qu'il est très douloureux de se dire que cette immense souffrance est intentionnelle et que cette intention nous sera toujours inaccessible... C'est sans doute cela le plus effroyable... Nous ne connaitrons jamais le projet de cette âme. Nous continuerons à errer au gré des évènements exogènes sans jamais savoir ce qui se trame depuis le début au coeur de cette enveloppe fragile.

 Si, et seulement si, nous considérons cette hypothèse viable...

 

 Car, si ça n'est pas le cas et qu'il faut s'en tenir à un hasard facétieux, ou sordide, alors, il faut accepter cette errance absolue et opter pour l'absurdité définitive de l'existence. Nous n'allons nulle part, ni en tant qu'individu, ni en tant qu'esprit, si jamais il y a autre chose qu'un simple cerveau... Nous nous rapprochons juste des vers qui nous rongeront. Il faut choisir.

 

 Une intention ou le néant.

 

 

 

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