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Une réalité instable.

Par Le 29/10/2010

Je suis stupéfait et parfois consterné par la puissance des croyances. Ces croyances qui construisent en nous une certaine réalité. Un exemple. J'ai dans ma classe un élève qui a toujours été considéré par les enseignants comme un perturbateur, un enfant paresseux, soutenu par les parents, un "fardeau", comme me l'a dit la collègue précédente...

Comme chaque année, je refuse de lire les dossiers scolaires de mes élèves et je leur dis le premier jour de classe que je ne sais rien sur eux, que je ne veux pas qu'ils entrent dans ma classe avec l'idée qu'ils vont encore être jugés sur leurs "défauts", comme s'ils avaient une étiquette collée sur le front, qu'ils savent quels comportements ou quelles lacunes ont servi aux enseignants précédents pour que ce jugement les poursuive et qu'ils doivent par conséquent travailler sur eux-mêmes pour se défaire de cette étiquette, que je fais toujours la différence entre leur nature d'enfant et leur fonction d'élève et que ce qu'ils font n'est pas la même chose que ce qu'ils sont, que je ne veux pas qu'ils établissent en eux des croyances liées aux regards et aux "condamnations" que leur porte les enseignants, qu'il m'importe avant tout qu'ils cherchent en eux ce qu'ils veulent être et non se laisser piéger par l'image néfaste dont certains adultes les affublent.

"Vérifie toujours à chaque instant, que tes pensées, tes choix, tes décisions et tes actes sont à l'image de la personne que tu veux être."

C'est affiché au-dessus du tableau et je les renvoie souvent à ce texte. C'est leur propre regard qui doit être le seul juge de paix. Je ne suis parfois, quand c'est nécessaire, que le déclencheur de cette réflexion en eux.

Cet enfant dont je parlais au début a totalement changé. Il s'est révélé très curieux, dynamique, intéressé et intéressant, il participe, apprend ses leçons, lit à la maison, raconte à ses parents tout ce qu'il vit en classe. La maman est venue me voir pour me faire part de son bonheur, ainsi que de son mari, quant au plaisir de son fils de venir à l'école. "A table, on ne peut plus en placer une, il a toujours quelque chose à raconter."

Ce petit garçon s'est cassé le bras trois jours avant la rentrée de septembre, c'est dire la peur qu'il avait de revenir en ce lieu maudit...

Je suis évidemment très heureux de son évolution.

Mais également consterné, effrayé par la puissance destructrice ou bénéfique des croyances que nous adoptons. Ce petit gars avait une mauvaise image de lui-même et ne parvenait plus à en sortir. A force d'entendre qu'il était "nul", il avait fini par adopter le comportement associé à cette image. Cette certitude en lui d'être un moins que rien le conduisait immanquablement à n'exister qu'à travers des attitudes "rebelles". En le félicitant à la moindre occasion, en le valorisant, en l'encourageant, sans jamais porter de jugement sur ce qu'il faisait mais en le renvoyant si nécessaire à l'image qu'il voulait avoir de lui-même, je sais que j'ai réussi à inverser en lui cette croyance que l'école ne pourrait jamais le rendre heureux.

Le soir de la réunion avec tous les parents d'élèves, j'ai considérablement insisté sur la force des mots.

Dire à un enfant qui vient de faire une bêtise, "tu es vraiment nul" au lieu de dire "ce que tu as fait est vraiment nul", c'est ancrer en lui une image destructrice. Nos actes ne sont pas ce que nous sommes mais le reflet d'une émotion qui parfois nous dépasse : la colère, la jalousie, la paresse, l'inattention, l'indifférence, c'est ce qui existe en nous à un instant T mais ce n'est pas ce que nous sommes intrinsèquement parlant. Si l'individu n'avait pas commis cet acte, il serait toujours le même.

C'est le jugement porté par les pairs qui ancre dans l'individu cette idée que je suis ce que je fais. Un jugement qui doit disparaître.

Les évènements qui surviennent dans nos existences sont générés par de multiples paramètres et il suffirait qu'un de ces paramètres diffèrent pour que cette "réalité" change.

Ce petit garçon en est un exemple supplémentaire. Il a suffi que sa "réalité" quotidienne prenne une autre tournure pour qu'il devienne un autre élève. Mais l'enfant est toujours le même, l'individu n'a pas changé dans sa profondeur. C'est la façon dont il gère les évènements exogènes qui a changé parce que la réalité de sa vie d'élève a changé. 

Où se situe la réalité dès lors ?   

Est-il possible d'identifier clairement ce que nous sommes, cette réalité intime, existentielle ?

Dès lors que nous subissons des atteintes diverses et que nous n'avons pas la lucidité de faire la part des choses entre les tourments internes de nos interlocuteurs et notre réalité, comment établir une image stable et claire de ce que nous sommes ? On imagine bien l'immense difficulté que cela représente chez de jeunes enfants...

Il y aurait donc une réalité instable, liée à notre vie sociale, et une réalité existentielle, liée à notre être.

Mais cette réalité d'être est-elle un état originel ou quelque chose qui se construit en fonction de la réalité instable de notre vie sociale ?

Si l'an prochain, ce petit garçon de ma classe, en arrivant au collège, tombe sur un ou plusieurs professeurs destructeurs, qui sera-t-il ? Un élève perturbateur ou un élève passionnant et passionné ?

Existe-t-il en nous un individu stable ou sommes-nous uniquement des individus formatés et modelables ?

L'idée m'effraie considérablement.

Il suffit de penser à ces gardiens des camps de concentration. Certains n'auraient jamais imaginé tenir un tel rôle...Rien en eux ne les destinait à une telle abomination. Comment ont-ils pu se laisser entraîner de la sorte ? La force des conditionnements, des peurs, le désir d'adhérer à un pénomène de groupe pour exister et prendre une importance ...Il n'y avait chez certains d'entre eux aucune haine du peuple Juif. Bien d'autre paramètres sont entrés en jeu. La réalité sociale avait pris le pas sur la réalité existentielle. On sait que certains se sont suicidés à la libération comme si l'effondrement de cette réalité sociale avait brisé en eux la réalité existentielle et que le dégoût de soi avait pris le pas sur tout le reste.

 

On connaît ces histoires de jeunes de banlieue, brûleurs de voitures, dealers, petits pions au coeur d'une bande et qui un jour, pour diverses raisons, prennent conscience avec une violence immense de l'errance de leur existence et sortent de cette réalité sociale pour retrouver leur réalité existentielle. Certains deviennent éducateurs de rues.

 

La lutte constante de cette vie ne reviendrait-il pas à identifier constamment ce qui relève de cette réalité instable des conditions de vie et ce qui concerne notre réalité intérieure.

Ce que nous faisons n'est pas nécessairement ce que nous sommes.  

Le bonheur serait par conséquent de réussir à vivre en actes comme en esprit. Faire ce que nous sommes, à chaque instant, dans chaque circonstance de vie pour que cette vie instable ne prenne jamais le dessus sur notre réalité.

Etre réel dans notre réalité.

Qu'y a -t-il derrière le rideau ?

Par Le 22/10/2010

Ce rideau qui voile ma conscience. cette impression d'être au bord d'un seuil, que quelque chose est là, devant moi et que je ne peux pas le voir, que je ne peux pas le saisir...C'est peut-être la folie d'ailleurs. Ce désir si fort de passer de l'autre côté. Cette autre conscience, celle du monde qui se réfléchit en moi et me donne forme en prenant conscience de lui-même à travers ce miroir que je lui offre...Une construction insécable, le monde en moi qui me donne vie, la vie en moi qui donne vie au monde, la conscience de ce moi qui s'observe et perçoit face à lui la vie qui s'observe, l'idée tourne en rond en moi, mais elle n'est pas qu'une pensée, elle n'est pas qu'une réflexion, il y a aussi cette douleur, ce noeud au ventre qui ne se délie pas parce que je reste figé dans ma quête et qu'elle me colle à moi-même, je sais qu'il faut autre chose que ce mental surexcité qui pompe toute l'énergie connue.

Il faut un électrochoc.

J'en ai déjà goûté l'incommensurable puissance.

Je ne tiens pas à le revivre. Et pourtant ce parfum en moi, cette lumière ineffable, ces murmures au fond de mon âme...Tout ce qui a disparu et dont l'absence m'a laissé si hagard.

Une autre conscience. Une certitude.

"Toute notre dignité consiste donc en la pensée" écrivait Pascal.

J'aimerais immensément perdre cette dignité alors. Ne plus rien écrire, ne plus rien penser puisque cela signifierait que je serais enfin là où je dois être.

Mon indignité existe aussi à travers mes pensées. L'homme n'a toujours été que le modelage de ses pensées, il a toujours été soumis à cet artisan et s'en est toujours glorifié. Incroyable esclavage qui voit le serf adorer son seigneur. Jusqu'à lui dresser des cathédrales. Le Dieu des hommes n'est qu'une excroissance de leurs pensées. Des pensées au service des hommes pour manipuler les hommes. 

Et il y aurait là-dedans, dans ce marasme séculaire une conscience grandiose ?

 

Une fausse route.

Un rideau qu'on a tous tiré.

Qu'y a-t-il derrière ?     

 

Lorsque j'étais entre lemains d'Hélène, elle m'a ouvert la voie.

"Lâche ton mental, il n'a rien à faire là."

Ces pensées qui ancraient la douleur dans mon corps mutilé, la souffrance dans mon esprit lacéré, ces pensées à travers lesquelles je cherchais une issue, je devais m'en défaire, je devais les abolir, les exterminer. Elles étaient le mal incarné en moi. La négation de ma dignité d'homme.

Et la vie a deviné que j'ouvrais la porte, elle s'est engouffrée parce qu'elle a senti que sa conscience en moi avait une place, que ma conscience humaine avait lâché prise, que mes certitudes et mes prétentions avaient rendu l'âme. L'homme n'était plus là. C'était la vie en moi et cette enveloppe n'était rien d'autre qu'une incarnation de l'amour de la vie pour elle-même. Il fallait bien qu'elle trouve un exutoire à ce désir d'osmose, à ce partage universel. Nous ne sommes que des extensions de la vie, pas même la vie elle-même mais des images inhérentes à sa conscience. Et dès lors que nous laissons une place à cette conscience de la vie pour elle-même, nous devenons les êtres aimés qu'elle a toujours souhaité nous voir devenir.

L'amour humain n'est rien qu'une parcelle infime de cet Amour de la vie pour elle-même, l'amour des herbes pour la terre, l'amour des oiseaux pour le ciel, l'amour des vagues pour l'océan, l'amour des particules dans le maëlstrom des énergies, tout ça n'est qu'une infime parcelle de l'amour de la vie pour elle-même. Nous avons été les seuls à croire que nous pouvions nous en extraire parce que nous étions affligés d'une conscience consciente de ses pensées. Au lieu de faire de cette offrande une bénédiction, nous en avons fait une condamnation. Celle de notre propre enfermement.

 

Le XXI siècle sera celui du rideau déchiré.

Il ne sera pas spirituel car là aussi, il ne s'agit que de pensées édulcorées. Il faut passer au-delà du spirituel, cette tournure là est aussi galvaudée que les religions, il y a trop d'écrits, trop de penseurs qui invitent à ne plus penser, je ne veux plus rien lire, je ne veux plus rencontrer aucun penseur au fil de leurs pages, je ne veux personne devant le rideau pour me dire comment le retirer.

Plutôt crever sur le seuil.

Pensée et conscience. (spiritualité)

Par Le 21/10/2010

Extrait : "JUSQU'AU BOUT."

« Si notre conscience a la possibilité de grandir à l’intérieur de notre espace clos, c’est sans doute que nous ne l’avions pas développée auparavant et qu’il reste de la place. Mais se pourrait-il aussi que cette conscience soit extérieure à nous-mêmes, comme une conscience commune dans l’univers et qu’il s’agisse simplement de la saisir pour l’inviter à occuper notre espace intérieur ? La plupart des hommes vivrait sans conscience, ce qui pourrait expliquer aussi les déviances de l’humanité. A la place de cette conscience universelle jamais rappelée, l’esprit s’emplirait de valeurs intrinsèquement humaines, totalement détachées de la source commune. Et ces valeurs, nombreuses et variées, incessamment renforcées pour le maintien du mensonge, donneraient l’impression à l’humanité entière qu’elle est sur la bonne voie… La manipulation de la masse par la masse elle-même nous a entraînés sur une fausse route. Nous ne sommes pas sur la voie de l’univers. Nous ne sommes plus en expansion avec lui. Nous sommes perdus. »

 

Ce qui est en nous, cette conscience auto-réfléchie, n'est sans doute qu'une étape. Et par l'admiration que nous lui portons elle agit comme une cellule, un carcan. L'humanité a scellé son âme dans le piédestal hautain de cette conscience adorée. Nous n'étions que sur le chemin et nous avons cru l'ouvrage achevé.

Cette conscience, de par l'aura que nous lui avons tressée, nous a aveuglés. Comme si le projecteur de notre intérêt et de notre fascination s'était retourné vers nous et nous avait figés comme une bête saisie par une lumière soudaine. 

Pour quitter ce carcan, pour retrouver l'apaisement de l'obscurité et l'humilité du cheminement, le pas appliqué et aimant du marcheur, il nous faut abandonner l'amour égotique et plonger dans les noirceurs de l'inconscient primaire, celui qui nous unit à la Terre, à la Vie, à la Source. Nulle crainte à avoir, ce ne sont pas des noirceurs voraces, même si l'ego s'y efface. Juste une Conscience tournée vers la Vie et non plus vers notre Moi. Il faut poser un capuchon sur notre conscience d'homo sapiens, comme un étouffoir sur une torche.

Je ne crois pas en la philosophie dès lors qu'elle est privée de sa dimension spirituelle. Elle n'est qu'au service de l'égo tout puissant, à l'intellectualisation de la conscience.

Je ne crois pas en la religion car elle est au service de l'aveuglement. Elle a toujours détourné les hommes de la Vie,de la Terre, de la Source. Elle agit pour les hommes au nom d'un Dieu qu'ils façonnent pour leurs intérêts. Elle n'agit pas pour la Vie.

La spiritualité n'est pas la religion. 

La spiritualité n'a pas de chemin écrit, aucun sillon à suivre, aucun Maître à adorer, aucun Dieu à vénérer. 

La Conscience au-delà de la conscience.

Lorsque l'unité sera faite, lorsque les liens seront établis, lorsque l'osmose sera constante, pas uniquement quelques flashs inattendus, pas simplement ces bouleversements qui nous submergent devant un coucher de soleil, les grands navires de pluie, la mélodie des houles dans la cime des arbres, le sourire d'un enfant, ses petits doigts qui viennent saisir notre main pour l'aider à monter sur un rocher, son rire cristallin devant la danse des vagues, le vol blanc d'un oiseau pélagique sur le fond bleu de l'Océan, tous ces instants d'amour qui ruissellent et pleurent en nous des torrents de bonheur.

la Conscience de l'Amour. Au-delà de notre enveloppe.   

Il nous faut sortir de nous-mêmes.

 

J'en suis à me demander si cette conscience auto-réfléchie qui nous a été donnée n'a pas été détournée de son objectif...Si nous n'avions pas cru voir uniquement en nous un centre lumineux à travers cette conscience mais que nous ayons porté cette faculté vers la Nature, nous aurions pu voir à quel point notre conscience d'homo sapiens ne peut pas être séparée de celle du Monde. Puisque nous sommes dans le Monde tout comme le Monde est en nous, énergétiquement, moléculairement parlant, il ne s'agissait pas d'entrevoir uniquement notre conscience individualisée mais La Conscience, cette osmose absolue, je ne suis pas celui qui est, je ne suis pas celui se cherche, je ne suis même pas celui qui sait ne pas être, tout est bien au-delà de cette simple perception duale, moi et le Monde, c'est là qu'est l'erreur originelle à mon sens. La conscience auto-réfléchie n'était pas qu'une étape, elle était une voie de garage, une impasse et l'humanité est si ancrée désormais dans ce paradigme, renforcée par des siècles de philosophies occidentales, que l'être humain reste enfermé dans cette certitude. La Conscience auto-réfléchie, à l'échelle du Monde, consistait à saisir à travers notre conscience individuelle un échelon bien supérieur, immensément respectueux, une infinie communion. Je suis celui qui a conscience que sa conscience n'est rien dès lors qu'elle se prive elle-même de l'étape suivante.

 

Que faut-il entreprendre dès lors, comment s'extraire de cette conscience duale, comment retrouver le chemin de la Vie au coeur de nos existences ?

Les pensées me semblent être un fonctionnement intellectuel surpuissant, une formidable machine à construire des actes, des tourments, des bonheurs, des évolutions disparates ou des régressions ponctuelles, des agissements néfastes et des sauvetages merveilleux, tout ce fatras que nous avons sous les yeux continuellement. Je les vois comme des outils informatiques. Le problème vient de l'identification du programmateur. Est-ce nous, dans une totale objectivité ou un conglomérat de conditionnements archaïques et de manipulations légalisées, des formatages auxquels on s'abandonne par éducation, par mimétisme...Ca peut bien entendu être enthousiasmant, des progrès fulgurants, des avancées indéniables. Dès lors que des milliers de personnes convergent, le courant est puissant et balaie peu à peu les résistances. Lorsqu'on parle de milliards, rien ne résiste.

Mais qui pense ? Des individus spérarés ou une masse agglomérée et mûe par un élan commun ? Y a-t-il réellement une conscience dans ce mouvement ? Lorsque je lis des ouvrages scientifiques sur l'évolution de l'espèce, je ne parviens pas à percevoir autre chose que ce courant généré par des agitations partagées, des embrasements intellectuels, politiques, culturels, scientifiques, pas des étincelles éparses mais des foyers immenses et la lueur des flammes aveuglent des espaces immenses, se propagent à la vitesse du vent. Qui a lancé la première flammèche ? Savait-il ce qu'il faisait et ce qu'il allait déclencher ? Sans doute en rêvait-il au coeur de son ego. Sans doute espérait-il pouvoir en retirer les bienfaits au-delà de la masse, comme le géniteur génial, le pyromane adoré. Pourquoi ce feu de brindilles a t-il été amplifié, nourri, vénéré par les masses hypnotisées ? Cela répondait-il à un besoin qui ne savait prendre forme, qui avait besoin d'un élément déclencheur, un révélateur, un visionnaire, un précurseur, un prophète... 

Quelles étaient les intentions profondes de tous les pyromanes de l'Histoire de l'Humanité ?  

 

Et maintenant, qu'en est-il de la conscience ?   

Cette conscience a t-elle un autre espace que celui des pensées ou en dépend-elle ? Est-elle une entité purement spirituelle ? Mais si c'est le cas, comment prend-elle forme, où se construit-elle ? Comment se faire une idée d'elle sans passer par les idées développées au coeur des pensées ? L'énigme semble insoluble ou alors c'est que la conscience n'est rien d'autre qu'une pensée plus élaborée, plus complète. Mais en quoi le serait-elle ?

Si je dis que j'ai conscience de tout ce fatras, est-ce une simple pensée ou le retournement de cette pensée vers son émetteur ? Peut-on se contenter de parler de conscience dès lors que je sais que je pense à mes pensées et que cet état intérieur confère à mes pensées un état de conscience. Ou à moi-même plutôt étant donné que si je cesse de penser, je ne disparais pas pour autant et que j'ai conscience de ne plus penser.

Tout cela me semble assez insignifiant finalement...

"Cogito ergo sum."

Le cogito est initialement exposé en français par Descartes dans le Discours de la méthode (1637):

« Mais aussitôt après je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose; et remarquant que cette vérité, je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. »[1]

 

Oui, bon, très bien...Je ne dis pas que ça ne sert à rien mais doit-on en rester là ? Métaphysique et tutti quanti.

Je garde à l'esprit ce passionnant documentaire de Jacques Malaterre, diffusé à mes élèves, en classe. "Le sacre de l'homme." Le titre est très révélateur. L'homme quitte la Préhistoire, il bascule dans son apogée, vers une complète domination de la Nature, celle qui l'entoure et celle qui est en lui.

Je m'interroge depuis à savoir ce que l'Humanité serait devenue si l'être humain, dans son individualité, ne s'était pas obstiné à se défaire de cette Nature. Bien sûr que sa situation était aléatoire et que beaucoup n'ont pas ouvert les yeux bien longtemps. Mais cette conscience duale n'a-t-elle pas trouvé dans cette lutte constante un envol que l'on peut regretter d'un point de vue spirituel ? Cette conscience auto-réfléchie n'a t-elle pas été qu'un cheminement tout tracé pour un Descartes ou n'importe quel autre philosophe un tant soit peu opiniâtre... Il s'agissait simplement de continuer à avancer dans un paradigme surpuissant. Descartes n'aurait rien découvert mais se serait simplement engouffré dans une voie archaïque, il aurait juste mis en forme et en mots, une pratique millénaire. Il aurait juste peint des paysages depuis bien longtemps explorés.  

Que se serait-il passé si l'Humanité avait développé une Conscience réfléchie non pas vers elle mais vers la Vie ?

L'Homme en s'observant penser aurait vu en lui non pas son reflet mais celui de l'Energie commune. Ca n'est pas moi que j'observe mais j'observe la Vie qui m'observe.

 

Je sais bien que tout cela peut apparaître comme une élucubration de mon mental, une florilèges de pensées, un ego qui se croit libéré.

Mais il y a mes trois hernies discales, la paralysie, le champ des pensées comme un champ de batailles, une boucherie infinie.

Et puis ce basculement hors des pensées, dans une conscience sans nom, un état paroxystique totalement spirituel, plus de corps, plus de moi, rien de connu, ni d'identifié. Si ça n'avait été qu'une hallucination, je n'aurais jamais remarché. Tout se serait réinstallé avec la même violence.

Mais je marche. sans que personne dans le milieu médical ne puisse l'expliquer.

J'étais dans cet état de celui qui observe la Vie reprendre ses droits. Non pas une conscience auto-réfléchie qui réfléchit sur son propre désastre et s'observe réfléchir mais la Vie en moi qui se réfléchit sur le miroir de ma conscience. Et me nourrit de son Energie.

 

Extrait.

"LES EVEILLES"

 

"La visite chez le médecin du village. Un diagnostic sans appel, il fallait rentrer, passer des examens. Leslie avait conduit. Il était resté allongé, avec cette certitude que la mort l’avait retrouvé, qu’elle avait décidé d’en finir avec lui, qu’il avait laissé passer sa chance, que la vérité intérieure ne s’éveillerait jamais et qu’il devait payer son aveuglement par une condamnation sans appel. La certitude que cette fois il allait succomber. 

 

Trois hernies discales.

 

Celle déjà opérée s’était inexplicablement reconstituée, deux autres l’accompagnaient dans une œuvre destructrice, une déliquescence paralysante, une gangrène camouflée, une hargne irréductible. Un tueur à ses trousses depuis tant d’années. Une vie à s’enfuir et cette fois une impasse, plus aucune issue, le tueur est blasé, cette fois, il est là pour finir le travail et prendre un autre contrat. 

Morphine. Les retrouvailles. Le film relancé comme une boucle infâme qui resserre son étau, le nœud autour de son âme, la vie étranglée, l’air qui commence à manquer et la peur, cette peur ranimée, qui ronge, obsède, tourmente, sans relâche, sans aucune pause, il aurait voulu hurler cette douleur infinie déboulant dans son crâne, dans ses fibres, dans ses cauchemars, dans ses sanglots. Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement ? Au-dessus de sa tête la lame tranchante de la guillotine, le filament décharné qui retenait le couperet, il suait de peur, de désespoir, d’incompréhension, ce goût immonde de la mort dans sa bouche, cette puanteur âcre du corps qui pourrit dans la tombe, les noirceurs insondables du néant, il imaginait l’errance éternelle de son âme torturée, l’absence de réponse comme une peine capitale. Il devait comprendre, il y avait forcément une explication. Il le sentait. Comme une main tendue au-dessus de la vase des traumatismes enfouis.

On lui parlait parfois, la nuit surtout, une voix étrange, délicate, rassurante, elle semblait descendre en lui par un canal indéterminé, une porte inconnue, une brèche infime dans les murs titanesques de ses refoulements morbides.

« Tu n’es pas un assemblage de pièces qu’il faudrait constituer mais une image morcelée dont tu ne vois pas l’étendue. Ça n’est qu’une question de lucidité.»

 Il n’en disait rien.

 Le chirurgien. Il avait espéré ne jamais le revoir, ne jamais retrouver ce parfum irritant des désinfectants, ces lumières glauques dans les couloirs souterrains, le bloc opératoire comme une salle de torture, la voix mielleuse de l’anesthésiste qui vous dit de vous laisser aller alors que vous ne savez pas si vous allez revenir, la chambre de réveil, l’angoisse des membres paralysés.

 

« Pour résumer simplement l’opération que j’envisage, je dirais qu’il va falloir vous ouvrir au niveau ventral, sortir en partie les intestins pour accéder à la colonne vertébrale, on visse une plaque après avoir cureté les disques, puis on ouvre au niveau du dos pour aller placer une plaque identique et on boulonne les deux. Comme vous n’aurez plus de disques vertébraux, ce système va bloquer la colonne et vous protègera définitivement. Trois heures d’opération devraient suffire.»

 

L’envie furieuse de se lever du brancard et de s’enfuir en courant, cet homme était fou, il le prenait pour une marionnette qu’on éventre, qu’on scelle dans des étaux et qu’on recoud avant de la rejeter à la rue, il n’avait vu dans la proposition qu’une expérience intéressante pour l’homme en blanc, dans ses yeux pétillants le plaisir pervers de tenir un cobaye.

Il avait dit à Leslie de le sortir de cette cage immonde, ils étaient rentrés et le calvaire avait duré.

Des jours et des nuits de tortures incompressibles, des torsions de muscles irradiés, des nerfs lacérés, son corps qui maigrit, se décharne, disparaît dans la fange vorace des cauchemars éveillés, son esprit aimanté par l’écrin de la tombe, cet ultime refuge, cette paix acquise qui le tentait, les vers grouillant dans son corps éteint le terrorisaient moins que ces décharges électriques vrillant ses fibres, une guerre sans merci, un champ de bataille, seul au milieu d’une terre ravagée, des assauts incessants, la fureur des combats, les crampes comme des barbelés arrachant les chairs, tenir, résister, s’enfouir sous les draps comme au fond d’un trou, ces éclats d’obus qui le déchiraient, ces spasmes, ces sursauts à chaque blessure, la guerre en lui, son corps envahi, impossible de fuir.

Il était son propre ennemi.   

 

La détresse de Leslie. Cette absence de solution devait la détruire autant qu’elle le rongeait de l’intérieur, ses traits tendus, la peur dans ses yeux, des paroles gênées comme si la douleur créait une distance, elle ne savait plus quoi dire.

 

Il étouffe.

Une immense goulée d’air.

Il s’assoit sur le grain rugueux d’une pierre ronde.

Il aurait pu tout perdre. Il est passé si près. Cette boîte de morphine qu’il a tournée dans ses mains pendant des heures ... Vingt comprimés et le calvaire aurait pris fin. Il sait que la douleur l’avait enfermé dans un cachot sépulcral, que le couvercle de la tombe menaçait de tomber à chaque battement de son cœur, que son écoeurement de la vie aurait pu l’emporter.

 

Il pleure et les paysages fragmentés par les larmes embuant ses rétines sont des kaléidoscopes féeriques qui le ravissent, tout cet amour coulant de l’Univers, toute cette vie qui l’entoure, toute cette vie qui l’anime, cette connivence qu’il a découverte, il aurait pu tout perdre mais cette vibration insoumise qu’il percevait parfois, noyau vital résistant aux assauts incessants de la douleur barbare, cette palpitation comme un cœur d’étoile, il ne pouvait l’abandonner, il était impossible de l’ignorer, de la laisser couler dans le néant putride de la mort souveraine. Quand Leslie, le matin, ouvrait les volets et qu’il découvrait le ciel du fond de son lit, il pleurait les espaces perdus. Mais cette simple fissure dans le mur compact de ses souffrances érigées suffisait à insuffler le germe d’un sursis, l’esquisse d’un bourgeon de vie et les heures de tourmente, les tortures ressassées ne ravageaient jamais complètement cette terre fertile, cet espace d’amour qui le sauvait.

L’amour. Il sait ce qu’il lui doit. L’amour pour Leslie, l’amour pour les enfants, l’amour pour la Terre, l’amour pour ses parents.

Ses parents. Ils avaient déjà tellement souffert. Il les imaginait rongés de détresse à mille kilomètres de son supplice, ce désespoir dans leurs voix éteintes lorsqu’ils appelaient au téléphone, cet abattement gorgé de larmes, cette incompréhension désespérante devant cet acharnement de la vie à violenter leur amour parental. Ils avaient déjà tellement souffert. Leur deuxième fils en sursis. Leslie tentait de les rassurer.

 

Les nuits sans sommeil, quelques cessez-le-feu épisodiques, l’observation inquiète des horizons éteints, les embrasements suspendus, les odeurs âcres des sueurs, des morves séchées, des peaux talées, les cheveux collés … Juste un répit. Il tentait de récupérer, se laisser porter par l’épuisement, flotter entre la surface lumineuse et les fonds obscurs, les yeux clos, le corps immobile, essayer de relâcher les résistances, les nœuds enflammés par les heures de lutte, respirer profondément et que l’air absorbé liquéfie les crampes, emporte les acides, purifie les tranchées ravinées, les artères souillées, les muscles brisés, arracher de son corps la boue solidifiée des douleurs.

Remonter à la source du conflit, identifier les forces en présence, analyser les raisons du désastre. Comprendre, chercher une issue, ailleurs que dans les réseaux médicaux, on voulait l’éventrer, en période de guerre, les chirurgiens ne font pas de détails.

Il était en guerre.

 

« A 50%, le risque c’est le fauteuil roulant, à 25% la paralysie de la jambe gauche, il reste 25% de chances que l’opération réussisse. »

Leslie lui avait fait part de ce commentaire du chirurgien dans le couloir, il ne considérait finalement que l’opération et pas l’individu, le geste chirurgical était évalué en pourcentage. Pas la vie de l’homme.

Il n’irait pas.

Plutôt mourir. 

 

Le rêve. Une voix qui lui parle. Au cœur d’un halo bleuté.

« Ce que tu vois n’est pas la vérité. Ca n’est qu’une image. Ton âme sait où elle va. »

 Il n’en parlait pas.

Peut-être la morphine et pourtant cet amour ineffable, incommensurable. La lumière l’aimait, des auras bleues qui dansaient devant ses yeux émerveillés. La notice du médicament, les effets secondaires, une liste redoutable mais pas d’hallucinations. Une incompréhension totale. Habituellement, ses rêves disparaissaient au réveil. Rien, aucun souvenir. Celui-là perdurait et l’enlaçait de douceur. Comme un baume d’amour.

Une caresse d’ange.

 

 

Et puis.

L’apparition d’Hélène.

Un conseil d’une amie, une médium magnétiseuse, Leslie avait pris rendez-vous. Il avait étouffé les douleurs en triplant les doses de morphine. Se lever, marcher en traînant la jambe gauche, elle ne réagissait plus. Elle l’avait soutenu jusqu’à la voiture. Plus rien à perdre.

Une petite maison dans la montagne, un jardin très soigné, des volets et un portail violets.

Hélène en haut de l’escalier. Ce premier regard. Inoubliable. Tellement de force et tellement d’amour. Elle avait demandé à Leslie de les laisser. Elle lui téléphonerait quand ça serait fini. Il s’était effondré sur une banquette moelleuse. Les effets de la morphine qui s’estompaient, la terreur des douleurs à venir, tous ces efforts qu’il allait devoir payer. Une petite pièce lambrissée, aménagée pour la clientèle, des bougies parfumées, quelques livres. Ils avaient discuté, quelques minutes, tant qu’il pouvait retenir ses larmes puis elle l’avait aidé à se déshabiller.

 

« Je vais te masser pour commencer. Tu as besoin d’énergie. »

 

Il s’était allongé en slip sur une table de kiné.

Les mains d’Hélène. Une telle chaleur.

Elle parlait sans cesse. D’elle, de ses expériences, de ses patients, elle l’interrogeait aussi puis elle reprenait ses anecdotes, des instants de vie.

 

« Tu veux te faire opérer ?

- Non.

- Alors, il faut que tu lâches tout ce que tu portes. »

 

Il n’avait pas compris.

Elle avait repris son monologue, son enfance, ses clients, ses enfants, son mari, son auberge autrefois, maintenant la retraite, quelques voyages. Et tous ces clients. De France, de Suisse, de Belgique, de la Réunion … Elle n’avait rien cherché de ses talents. Ils étaient apparus lorsqu’elle avait huit ans, une totale incompréhension, des auras qui lui faisaient peur et puis elle avait fini par comprendre, nourrie par des révélations incessantes descendues en elle comme dans un puits ouvert.

 

Des auras … Les rêves qui habitaient ses nuits. Interrogations. Lui aussi ?

 

Les mains d’Hélène, sa voix, la chaleur dans son corps, ce ruissellement calorique.  L’abandon, l’impression de sombrer, aucune peur, une confiance absolue, un tel bien-être, des nœuds qui se délient, son dos qui se libère, comme des bulles de douleurs qui éclatent et s’évaporent, une chaleur délicieuse, des déversements purificateurs, un nettoyage intérieur, l’arrachement des souffrances enkystées, l’effacement des mémoires corporelles, les tensions qui succombent sous les massages appliqués et la voix d’Hélène.

 

« Tu sais que tu n’es pas seul ?

- Oui, je sais, tu es là.

- Non, je ne parle pas de moi. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu portes et tu en as plein le dos. Il va falloir que tu le libères. Lui aussi, il souffre. Vous êtes enchaînés.»

 

Il n’avait pas encore parlé de Christian.

 

Les mains d’Hélène, comme des transmetteurs, une vie insérée, les mots comme dans une caisse de résonance, des rebonds infinis dans l’antre insondable de son esprit, une évidence qui s’impose comme une source révélée, l’épuration de l’eau troublée, les mots comme des nettoyeurs, une sensation d’énergie retrouvée, très profonde, aucun désir physique mais une clairvoyance lumineuse, l’impression d’ouvrir les yeux, à l’intérieur, la voix qui s’efface, un éloignement vers des horizons flamboyants, il vole, il n’a plus de masse, enfin libéré, enfin soulagé, effacement des douleurs,  un bain de jouvence, un espace inconnu, comme une bulle d’apesanteur, un vide émotionnel, une autre dimension, les mains d’Hélène qui disparaissent, comme avalées doucement par le néant de son corps, il flotte sans savoir ce qu’il est, une vapeur, plus de contact, plus de pression, même sa joue sur le coussin, tout a disparu, il n’entend plus rien, il ne retrouve même pas le battement dans sa poitrine, une appréhension qui s’évanouit, l’abandon, l’acceptation de tout dans ce rien où il se disperse, le silence, un silence inconnu, pas une absence de bruit mais une absence de tout, plus de peur, plus de douleur, plus de mort, plus de temps, plus d’espace, aucune pensée et pourtant cette conscience qui navigue, cet esprit qui surnage, comme le dernier élément, l’ultime molécule vivante, la vibration ultime, la vie, il ne sait plus ce qu’il est, une voix en lui ou lui-même cette voix, la réalité n’est pas de ce monde, il est ailleurs, il ne sait plus rien, un océan blanc dans lequel il flotte mais il n’est rien ou peut-être cet océan et la voix est la rumeur de la houle, l’impression d’un placenta, il n’est qu’une cellule, oui c’est ça, la première cellule, le premier instant, cette unité de temps pendant laquelle la vie s’est unifiée, condensée, un courant, une énergie, un fluide, un rayonnement, une vision macroscopique au cœur de l’unité la plus infime, des molécules qui dansent.

Où est-il ?

Fin du Temps, même le présent, comme une illusion envolée, un mental dissous dans l’apesanteur, ce noir lumineux, pétillant, cette brillance éteinte comme un univers en attente, concentration d’énergie si intense qu’elle embrase le fond d’Univers qui l’aspire, la vitesse blanche, la fixité noire, la vitesse blanche, la fixité noire, le Temps englouti dans un néant chargé de vie, une vie qui ruisselle dans ses fibres, des pléiades d’étoiles qui cascadent, des myriades d’étincelles comme des galaxies nourricières dans son sang qui pétille.

 

 

Il est sorti en marchant.

Que s’est-il passé ?

Aucune réponse.

Il ne sait rien."     

 

  

 

Je ne sais toujours rien, ou pas grand-chose.

Je cherche. Mais je sais qu'il y a quelque chose d'essentiel derrière tout ça. Impossible que ça ne me soit donné pour rien, pas pour ma petite vie, pas juste cet individu errant comme un pauvre hère.

Qu'y a t-il derrière le rideau ?

Nomades.

Par Le 19/10/2010

"La vie dans un tipi est bien meilleure. Il est toujours propre, chaud en hiver, frais en été, et facile à déplacer. L'homme blanc construit une grande maison, qui coûte beaucoup d'argent, ressemble à une grande cage, ne laisse pas entrer le soleil, et ne peut être déplacée; elle est toujours malsaine. Les Indiens et les animaux savent mieux vivre que l'homme blanc. Personne ne peut être en bonne santé sans avoir en permanence de l'air frais, du soleil, de la bonne eau. Si le Grand Esprit avait voulu que les hommes restassent à un endroit, il aurait fait le monde immobile; mais il a fait qu'il change toujours, afin que les oiseaux et les animaux puissent se déplacer et trouver toujours de l'herbe verte et des baies mures.

L'homme blanc n'obéit pas au Grand Esprit. C'est pourquoi nous ne pouvons être d'accord avec lui."

Flying Hawk, chef Sioux du clan des Oglalas

 
"Les vastes plaines ouvertes, les belles collines et les eaux qui serpentent en méandres compliqués n'étaient pas « sauvages » à nos yeux. Seul l'homme blanc trouvait la nature sauvage, et pour lui seul la terre était « infestée » d'animaux « sauvages » et de peuplades « sauvages ». A nous, la terre paraissait douce, et nous vivions comblés des bienfaits du Grand Mystère. Elle ne nous devint hostile qu'à l'arrivée de l'homme barbu de l'Est qui nous accable d'injustices insensées et brutales."

Standing Bear, chef Lakota (Sioux)

 
"Notre terre vaut mieux que de l'argent. Elle sera toujours là. Elle ne périra pas, même dans les flammes d'un feu. Aussi longtemps que le soleil brillera et que l'eau coulera, cette terre sera ici pour donner vie aux hommes et aux animaux. Nous ne pouvons vendre la vie des hommes et des animaux. C'est pourquoi nous ne pouvons vendre cette terre. Elle fut placée ici par le Grand Esprit et nous ne pouvons la vendre parce qu'elle ne nous appartient pas."

Chef indien Blackfeet (Pieds-Noirs)

 

J'ai regardé avec mes élèves les deux documentaires de Jacques Malaterre : "L'odyssée de l'espèce" et "Le sacre de l"homme."

Remarquable travail.

J'ai été frappé par deux idées très opposées et très bien décrites. Le nomadisme et la sédentarisation.

Les malheurs qui frappaient parfois ces nomades, dans l'évolution du groupe humain, ont conduit les hommes à se fixer. On en connaît toutes les raisons : agriculture, élevage, troc puis commerce, confort, richesse etc...

Le parallèle entre cette fixation dans l'espace m'a frappé au regard de la fixation de l'évolution spirituelle. Une partie du documentaire se déroule 3000 ans av JC et les conflits, les jalousies, la soif de pouvoir, les manigances, les dérives, la violence, les guerres, tout est déjà en place...Qu'avons-nous réglé aujourd'hui ? C'est là qu'a jailli cette idée que la sédentarisation de l'espèce a contribué à l'arrêt dans l'évolution spirituelle. On me dira que ça va mieux tout de même...Ah, c'est sûr, on ne s'entretue plus à coups d'épées ou de haches, on ne tue pas quelques dizaines ou centaines d'hommes. On jette une bombe H et on pulvérise 200 000 personnes. Belle évolution. Et quand on n'utilise pas les armes de destruction massive, on prend des chars d'assaut ou des Uzis. Ou on manipule les masses pour créer des armées d'ennemis dont il faut se protéger en créant le "Patriotic act" par exemple. Big brother en réel. La peur fomente des guerres imaginaires dont il faut se défendre et on fabrique des boucliers anti missiles qui vont coûter des centaines de milliards et qu'on lèguera aux générations futures...  

Que serait devenue cette humanité si nous étions restés nomades ?

Les Amérindiens avaient trouvé la voie. L'Occident les a exterminés. Qui exterminera l'Occident ? Lui-même peut-être. Je ne peux pas croire que tout va continuer dans cette voie. Il doit se passer un changement catégorique, total, absolu. C'est une nécessité. Pas un choix.

J'imagine une Terre peuplée de quelques groupes nomades : Inuits, Tchouktches, Sames, Aborigènes, Sioux, Bushmens, Touaregs, etc...

 

Un très beau donnsier ici : 

http://www.routard.com/mag_dossiers/id_dm/35/nomades_et_nomadisme.htm

 

Une autre façon de vivre sur la Terre et de lui permettre de vivre. 

Une autre évolution spirituelle aussi. Pas figée celle-ci.

  

 

 

Darshan

Par Le 17/10/2010

Un élément important de la pensée indienne est la notion de Darshan, cette idée que la personne "illuminée, l'être éveillé" peut communiquer à d'autres la saveur de l'illumination. Une parole, parfois un simple contact, un enseignement le plus souvent.

Admettons que ça soit le cas.

Est-ce un cheminement favorable sur le long terme, existentiellement parlant. Il n'y a rien de construit par le récepteur. Cette Illumination sera-t-elle durable ?

On peut supposer que l'émetteur ou l'Eveillé ait choisi ce récepteur en fonction d'un cheminement déjà avancé et qu'il ne s'agit pas d'un hasard inconséquent juste destiné à le valoriser au regard des masses. On peut supposer que cet individu touché par l'Eveil le méritait de par son travail sur lui-même et que rien n'aurait été possible sans cette lucidité acquise.

Oui, mais ne s'agit-il pas pour autant d'un vol ? Le vol d'un cheminement à finir, le vol d'une liberté à construire et non à saisir au vol...

Je n'aime pas l'idée de ce Darshan, rien à faire, je n'y vois pas autre chose que cette main mise d'un individu sur un autre. Qu'une histoire de pouvoir. 

"Tu me seras redevable de ton Eveil, je l'ai fait pour toi parce que je savais que tu n'y parviendrais pas. "

 

Et bien, je n'en veux pas. Je préfère qu'on me laisse enfermé en moi-même et me débattre avec moi-même, j'aime cet orgueil qui me nourrit au coeur de l'humilité qui me fait refuser un don que je ne mérite pas.

Sans doute aussi que je ne tiens pas à devoir quoique ce soit des hommes, d'aucun homme. Ou femme. Parce que ce devoir est un fardeau. Je l'ai assez éprouvé comme ça.  

Et puis la Nature est à mes yeux, la seule source de Darshan possible. C'est là que j'ai connu les plus beaux embrasements, les plus puissants. Même celui de l'amour que j'ai pour la femme que j'aime, c'est au coeur de la Nature qu'il a eu lieu. Comme un retour aux sources. Tout ce que j'ai vécu de plus beau, c'est à la Nature que je le dois. Jusqu'à la naissance de mes enfants. On l'oublie trop facilement. On ne voit qu'un amour humain alors que derrière toute cette agitation, il y a une intention, une force, une énergie. Nous sommes les enfants de cette Nature. Et nous lui devons les Darshan qui ponctuent parfois nos existences.

Ce que j'aime dans la femme que j'aime, c'est sa façon d'aimer la vie. C'est son amour pour la vie qui nourrit mon amour pour elle, c'est cette communion d'âmes au coeur de la Nature en nous, au coeur de la vie en nous, au coeur du divin en nous.

 

DEUS SIVE NATURA : Dieu ou la nature

Cette célèbre expression de Spinoza saisit en trois mots l'un des points essentiels de la pensée de l'auteur : la conception

d'une divinité immanente et faisant un avec la nature. Il y a pour Spinoza unité de substance, ayant tous les attributs et non pas dualité.

 

C'est là qu'est le Darshan.

Les désirs de l'ego

Par Le 17/10/2010

L’identité investie dans les désirs

    Nous avons vu que les désirs de l’ego se situent tous dans le même registre : celui de la considération ou de l’enflure personnelle. Dans la fable de La Fontaine La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf, la grenouille représente symboliquement l’ego qui cherche à s’enfler démesurément… Jusqu’à en éclater. cf. Fables. L’ego qui désire cherche à se faire valoir et il investit dans l’objet du désir la valeur de l’identité qui est la sienne. De là suit que l’ego ne s’intéresse pas réellement aux choses elles-mêmes, à ce qu’elles ont d’unique, à leur beauté ou à ce qu’elles ont de vivant. Ce qui compte pour l’ego ce ne sont pas les choses, mais l’objet pour autant qu’il symbolise un pouvoir capable de renforcer l’identité. Contrairement à ce que nous pourrions croire, les désirs de l’ego sont très abstraits : l’objet n’est désirable et n’a de valeur que parce qu’il est le support d’un accroissement personnel. C’est l’étiquette d’un concept apposée à l’objet qui lui donne son prix élevé. Le monde paraît rempli de choses désirables parce que l’ego se cherche lui-même parmi les objets. « Avec une plus grosse voiture, je me sentirais plus « moi ». Avec un poste à une plus haute fonction, je serais enfin moi, je serais complet, je me sentirais gonflé d’importance, mon sens du « moi » serait flatté. Avec plus d’argent, je me sentirais « spécial » et plus important que tout le monde. Avec un plus haut diplôme, « moi » se sentirait remplit d’aise etc. » Ce n’est pas ce qui est désiré qui importe, c’est le fait que le sens du moi soit investi dans l’objet. C'est une distinction très importante.

Nous pouvons donc comprendre le sens de la multiplicité des désirs. L’ego est à tout jamais incomplet, car il manque de substance ontologique. Il voudrait se conférer une existence séparée, mais il n’y a pas d’existence séparée et toute existence prend son appui dans l’Etre. Il voudrait nous persuader qu’il est la personne, mais ce n’est qu’une fiction personnelle tissée par la pensée. Il voudrait nous faire croire qu’il est bien quelque chose, mais dès que nous cherchons à l’attraper, nous ne trouvons rien. Impossible de clouer le papillon dans une boîte et de l’exhiber : « c’est moi » ! Et pourtant, depuis l’enfance, nous avons appris à nous façonner un « moi » et tenté de le rendre substantiel par toutes sortes d’artifices. « Ceci est à moi, ce n’est pas à toi ». A la base du désir, (le mot pris au singulier), il y a la soif de devenir de l’ego, l’aspiration à croître d’avantage, à s’auto-confirmer en se posant comme « moi ». Le désir de « devenir plus » se multiplie ensuite en autant d’objets sur lesquels il est possible de rapporter un investissement sur identité. Pour celui qui met son identité dans la voiture, la voiture c’est « un peu de moi », c’est même beaucoup de moi. Il ne faudrait surtout pas y toucher, car ce qu’elle est au regard de l’ego, ce n’est pas une machine à usage de déplacement. Non, c’est une composante d’identité personnelle. Il conviendra donc de la montrer. Elle joue le rôle, dans un transfert d’identification, (texte) d’un faire-valoir de l’ego. Si jamais elle venait à être détruite - ce qui est le cas de toutes les formes dans le monde relatif – ce serait un drame personnel. Un déchirement du moi à travers un de ses attachements. Dès l’instant où le sens du moi est investi dans quelque chose, ou dans quelqu’un, il y a souffrance et  la séparation impose de faire son deuil. (…) L’empire de l’ego ne s’exerce que sur l’avoir et non sur l’Etre, ce qu’il cherche en permanence à faire accroire, c’est que plus il possède, plus il gagne de l’être. Ce qui est une illusion. Cette illusion, nous l’avons déjà rencontrée dans l’amour-passion (texte) quand nous disions que celui qui en est l’objet devient le portemanteau des désirs de l’ego.

De là résulte que les désirs de l’ego ne peuvent apparaître que dans un processus de comparaison et qu’ils sont indissociables d’autrui. Le moi se sent augmenté, si « j’ai plus que ». "Avoir plus" me distingue et me fait valoir. Si je peux me prouver à moi-même que je me distingue des autres, je me sens quelqu’un de « spécial », je me confirme comme ayant une réalité séparée et si je peux exhiber que je vaux davantage qu’un autre, alors là, c’est le bouquet ! Le moi ne se sent plus, il est rempli d’aise ! La comparaison constante stimule l’ego sous la forme d’émulation personnelle. Bref, il s’agit d’en mettre plein la vue, de manière à ce que tout ce qui est « mien » devienne une démonstration de ma valeur personnelle. Il est donc logique que le moi désire en tout premier lieu ce qui a une importance aux yeux du monde. Un objet qui n’aurait pas d’importance aux yeux du monde ne servirait pas les fins de l’ego. Le sannyasi qui jette à la rivière la pépite d’or qu’un homme vient de trouver fait un geste incompréhensible aux yeux du monde. Scandale, il rejette le suprêmement désirable dans l’illusion ! Il est dans le monde, mais il n’est pas du monde. Dans une moindre mesure, de la même manière, si vous dites que vous ne regardez jamais la télévision, on vous considère comme une sorte d’extra-terrestre. Comment quelqu’un peut-il ne pas regarder la télévision ? C’est la vitrine de tous les désirs de l’ego. C’est la machine hypnotique qui permet de réassurer sans cesse les désirs de l’ego.

    D’où l’importance relevée par René Girard du désir mimétique. De là vient aussi la stratégie constante sur laquelle surfe la publicité. Le désir mimétique se situe entièrement sur un plan symbolique. Vouloir aimer comme Roméo et Juliette, c’est s’identifier à un fantasme magnifique qui donne une importance au moi. « Je serai ton Roméo, tu seras ma Juliette » ! L’image mythique est un faire-valoir symbolique qui magnifie le moi. Enlevez l’image et ne considérez que des être humains, et c’en est fini des désirs de l’ego. L’image est le support de l’identification. De même, les publicitaires l’ont très bien compris, plus on suggère un investissement d’identité dans un objet et plus il devient désirable. « … parce que vous le valez bien » !!  Comme c’est gentil, ces petits soins à l’égard du moi !!! Posséder le même portable que la copine, c’est valoir autant qu’elle. En avoir un qui soit du dernier cri, c’est valoir… plus qu’elle !!! »



Source : http://sergecar.perso.neuf.fr/cours/desir_ego.htm

Ce qui est effrayant, c'est qu'au regard de l'odyssée de notre espèce, ce fonctionnement remonte à des temps immensément lointains...

On peut se demander si une autre voie, d'autres schémas mentaux prendront forme un jour.

Le moi encapsulé.

Par Le 15/10/2010

Le modèle du moi le plus commun est celui du moi individuel, séparé et distinct du monde. C'est un paradigme extrêmement puissant et tous les schémas de pensées qui en résultent conditionnent notre rapport aux autres et à la Terre.Le philosophe Alan Watts a surnommé cela "l'ego encapsulé de peau" (skin-encapsulated ego), ce qui est à l'intérieur de la peau est moi, ce qui est en dehors d'elle n'est pas moi. Toutes nos expériences, nos perceptions, nos rapports, nos relations sont générées par ce paradigme et nous modelons la réalité en conséquence. Nous transformons en fait la réalité puisque nous n'en percevons que la partie inhérente à cette façon de penser et de vivre. Il est dès lors quasiment impossible dans la cadre d'une vie formatée de sortir de cette enceinte et d'ouvrir de nouveaux horizons. Nous n'avons même pas conscience qu'il puisse exister une autre réalité, ou plutôt une extension de la réalité.

Le moi existe, il ne s'agit pas de le nier, c'est une réalité mais il n'est pas une entité fermée. Elle a été fermée. Le paradigme le plus développé a pris le pas sur toutes autres formes de perceptions. On peut bien entendu se demander ce qui a poussé l'être humain à une telle diminution de se perception...Un égocentrisme surpuissant peut-être lié à sa fragilité originelle. Le besoin de se sauver au coeur d'une Nature insoumise. Le goût du pouvoir sans doute également. Prendre la place du chef à la place du chef. Et le chef se doit d'être le Maître du monde pour recevoir l'adhésion du groupe. La Nature en devenant l'ennemi à dominer offrait un piédestal à ce goût du pouvoir...Juste des hypothèses bien entendu...On ne peut pas résumer une évolution aussi considérable en deux ou trois idées...

Mais ce qui est essentiel, c'est d'accepter l'idée qu'un paradigme n'est qu'une méta théorie, non pas une "méta réalité". Il n'est qu'une interprétation de cette réalité. Il est donc toujours possible de changer de théorie, il suffit de changer de regard...L'intellect suivra. Et fondera une autre théorie. La théorie n'a pas d'existence propre, elle est créée par un raisonnement. Effaçons le raisonnement ou changeons le et la théorie se transforme, rien n'est figé.

La tectonique des plaques restera à mon sens un des exemples les plus puissants de cette évolution possible. Wegener a commencé par observer, par regarder, par comparer les éléments naturels qu'il trouvait : les fossiles. Et puis il a travaillé sur les cartes de la Terre. Juste des regards à la source et puis les raisonnements qui s'emballaient...Mais les scientifiques de l'époque ne voulaient pas de ce changement de paradigme parce qu'ils auraient dû admettre que leurs théories précédentes étaient fausses, c'était une remise en cause inacceptable. Il s'agissait pourtant de scientifiques mais leurs connaissances paraissaient sérieuses et fondées aux yeux de tous et il ne leur était pas possible, intellectuellement parlant et existentiellement d'admettre une erreur...

L'ego encapsulé. Une force d'inertie redoutable. Le pouvoir ne peut pas tomber de cette façon. C'est insupportable.

Nous sommes sans cesse, générations après générations, dans la même situation. Les scientifiques ont bien évidemment raison puisque toutes les preuves qu'ils ont apportées correspondaient aux recherches qu'ils menaient. On trouve ce qu'on cherche, c'est une évidence. Et puisqu'on l'a trouvé, c'est que c'était juste. Pour trouver autre chose, il faut aller chercher ailleurs. Mais là les scientifiques courent le risque de ne pas être subventionnés, de perdre leur poste, de ne pas voir publier leurs recherches ou de ne même pas obtenir les fonds pour les mener à terme.

 

Je pense de plus en plus que les recherches scientifiques s'engageront dans des voies différentes lorsque le peuple lui-même mettra en avant les priorités qui l'occupent. C'est de la masse que viendra le changement en haut de la pyramide. Sans doute aussi parce que nos egos encapsulés le sont moins que ceux qui l'ont renforcé au coeur de leur parcours universitaire...

 

Heureusement, à l'opposé d'un Gilles de Robien, on trouve les Rupert Sheldrake, John Lilly, Jean Marie Pelt, Stanislas Groff, Prigogine, Dabid Bohm, Michael Sabom, Raymond Moody...  

 

Changer.

Par Le 14/10/2010

Est-ce qu'il est fou de vouloir changer les choses ?

Changer quelles choses ?

Ce qui me concerne ou ce qui concerne le monde ?

S'il s'agit de moi, encore faut-il que je réussisse à établir un état des lieux complet et non juste un regard furtif qui peut n'être que la résultante de mes émotions et non la réalité. S'il s'agit du monde en général, encore convient-il d'établir clairement la finalité de ce changement ? Est-ce qu'il n'est qu'un désir personnel pour valoriser ce que je suis ou est-ce que cette finalité a une portée générale ? En quoi ce changement est-il nécessaire ? Est-ce que c'est une volonté égotique ou un besoin essentiel ? Si je parviens à éclairer dans son ensemble le problème et que la nécessité de ce changement apparaît, pour le bien de l'humanité et non pour une reconnaissance personnelle, il me reste à cerner la méthode et à me fixer des objectifs réalisables afin de ne pas me détruire dans cette tâche. Ca fait 28 ans que je travaille comme instituteur. J'ai décidé de faire ce métier quand j'étais au CM2. Je n'ai jamais changé d'avis. La priorité pour moi, c'était de donner à mes élèves le même amour que celui que nous donnait cet instuteur de CM2 que j'ai eu.

 Est-ce que ce désir de donner cet amour tout en amenant des enfants à une connaissance de soi et du monde était un objectif légitime ?

Oui.

Est-ce que c'était nécessaire au regard de ce que vivent une partie des enfants?

Oui.

Est-ce que j'avais les moyens de mener à bien cette "mission" sans m'y épuiser ou courir droit à l'échec ?

Oui.

Est-ce que j'étais capable de faire ça dans le sens du don et non uniquement pour mon égo ?

Oui.

Est-ce qu'après ces 28 années, je peux considérer de façon objective que j'ai apporté à mes élèves ce que je voulais leur donner ?

Oui.

Est-ce que c'était une folie ?

Non.

Paradigmes et schémas mentaux.

Par Le 13/10/2010

Je suis stupéfait par la force des conditionnements chez les enfants. Effrayé aussi. Ces paradigmes, vastes champs de pensées qui deviennent des schémas mentaux et qui donnent à leurs vies des directions pré-tracées.

Ces certitudes qui leur sont imposées au fil du temps, ces façons de concevoir la vie et tous les évènements exogènes qui la constituent, tous ces enfermements que le monde adulte met en place en toute conscience et avec bonne conscience, c'est absolument effroyable. Il n'y a pas de liberté de penser, pas de liberté de grandir mais juste des tuteurs contre lesquels il est obligatoire de rester fixé. Les adultes concernés et "responsables" vont voir dans ce chemin une croissance alors qu'il ne s'agit que d'un élargissement horizontal de la conscience. Il ne s'agit pas en fait de s'élever mais de s'étendre dans des champs de pensées déjà exploités.

L'école est un champ de pensées, un paradigme extrêmement puissant et les schémas mentaux des enfants devront s'y conformer. Le monde du travail prendra la relève. Il s'agit de maintenir un système économique et de produire les éléments participants. Chacun aura la possibilité de s'étendre dans ce champ de pensées et de mettre en place une influence proportionnelle à son engagement dans le système.

Du patron à l'ouvrier, rien ne change sinon, cette influence participative. Mais personne ne remet en cause les paradigmes. Chacun suit le chemin qui a été tracé par la puissance des paradigmes archaïques et l'éducation reçue. Interviennent bien entendu les conditions d'existence. Naître dans un berceau doré est préférable pour jouir au mieux du paradigme originel : le pouvoir.

En 28 ans de carrière, j'aurais aimé savoir ce que sont devenus les enfants d'ouvriers et ceux de cadres...Ils ne doivent pas être nombreux ceux ou celles qui sont sortis de la "norme"...

Mais il ne s'agit pas là de réfléchir à l'égalité des chances, c'est un autre débat.

Je m'interroge sur la puissance des formatages et sur la perception de la réalité que nous en retirons. Etant donné que nous vivons dans un environnement familial, social, intellectuel, culturel, existentiel, il me semble difficile de parvenir à une vision autre que celle qui nous a toujours été proposée. C'est là que je parle de paradigme (méta théorie) et de schémas mentaux ( applications expérimentales).

Chez les enfants, ces méta théories ont une force gigantesque étant donné qu'elles s'installent chez des individus vierges de tout prérequis.

Regardons un arbre par exemple avec des enfants de CM2. Certains seront fiers d'en donner le nom, d'autres de le dessiner parfaitement, d'autres de manger ses fruits, d'autres voudront y faire une cabane...Mais qu'en est-il de leur perception de la vie de cet arbre. Quand je leur dis qu'il est "vivant comme nous", ils me regardent bizarrement...Si j'ajoute qu'il perçoit lui aussi son environnement, la lumière, la qualité de l'air, la pureté de la pluie, qu'il a mal quand on casse une branche, qu'il va chercher à soigner la plaie comme nous quand on tombe, qu'une plante verte dans une maison réagit favorablement aux soins attentionnés qu'on lui prodigue, que certains acacias d'Afrique communiquent entre eux en diffusant des parfums nauséabonds pour prévenir leurs congénères de l'arrivée d'herbivores etc etc...on va me taxer d'anthropomorphisme...Je ne suis plus dans le cadre, je sors du paradigme, je ne tiens plus mon rôle.

A la base de nos pensées, il y a des croyances adoptées, à travers des expériences parfois, mais bien souvent à travers une éducation modélisée. Il ne s'agit pas de tout remettre en cause mais de garder à l'esprit que nos certitudes d'aujourd'hui peuvent être les erreurs de demain. Ca n'est pas Copernic qui me contredirait...Oui, bien sûr, on n'en est plus là, la science a considérablement progressé, nos connaissances ne sont plus fondés sur des extrémismes religieux (pas chez tout le monde...) mais elles le sont sur d'autres paramètres. Et rien ne dit que ces paramètres soient totalement objectifs. Ils correspondent aux paradigmes en place. Alfred Wegener a passé sa vie a essayé de convaincre le monde scientifique que sa théorie des plaques tectoniques était bonne. Il en est mort. Rupert Sheldrake tente d'apporter les preuves que l'évolution se fait au rythme de l'intégration des champs morphogénétiques, la physique quantique reste encore de nos jours un sujet réservé à une élite...etc...etc...Il faudra de nouveau des millénaires pour que les paradigmes changent.  

L'intégration sociale d'un individu si elle doit passer par son adaptation aux paradigmes en cours ne reflète pas une liberté de penser mais juste une liberté d'accomodation. Il conviendrait par conséquent d'apporter à l'individu, à l'enfant prioritairement, une démarche existentielle qui lui apporterait la lucidité nécessaire pour ne pas oeuvrer aveuglément au maintien des paradigmes...Cela comporte de sa part une vigilance constante au regard des schémas de pensées qu'il porte. L'objectif d'une vie tient-il dans un cheminement à suivre ou dans un cheminement à tracer ?

"Celui qui marche dans les pas d'autrui ne laisse pas ses propres traces." Thoreau.

 

Que nous soyons conscients ou non de leurs présences, ces schémas de pensées conditionnenent nos vies. Ils déterminent nos réactions, nos actes, nos objectifs, nos constructions. Ile ne sont pas nécessairement néfastes, il faut le préciser. Ce qui est néfaste à mon sens, c'est de réagir sans savoir d'où ils viennent. En prendre conscience permet également de ne pas être ballotés mais d'être ancrés dans une réalité qui parfois nous pèsent.

Nous ne sommes pas nécessairement responsables de nos actes. Mais nous sommes responsables de notre ignorance.

 

 

 

La pensée jaune fluo. (école)

Par Le 13/10/2010

Avec les enfants de ma classe (CM2), je travaille beaucoup sur l'observation de soi. Quand je leur demande de se concentrer sur une tâche, ils doivent colorier la pensée en jaune fluo dans leur tête afin de voir passer les autres pensées qui s'imposent.

Hier, une enfant a dit : "Dans ma tête, c'est un vrai arc en ciel !"

Grand éclat de rire !

Gaïa

Par Le 11/10/2010

Peter Russel "La Terre s'éveille. Les sauts évolutifs de Gaïa."

Publié en 1982...

"On a beaucoup écrit et parlé à propos de cette idée qui veut que la Terre elle-même, prise dans son ensemble, soit comparable à un être vivant doté de fonctions vitales et capable de s'auto-réguler et ainsi de demeurer "en vie". En cette époque où pour la première fois l'humanité risque de mettre à mort, littéralement, la planète grâce à laquelle notre évolution depuis les premiers animacules marins et, en fait, notre existence même aujourd'hui, ont été possible.


Le symbole de la déesse Gaia, du nom que les anciens grecs donnaient à la Terre, est devenu un point de ralliement pour tous ceux et celles qui croient en la possibilité d'un changement radicale dans notre manière de voir, percevoir et concevoir notre planète. Les notions d'interdépendance de toute Vie et de grande fragilité des écosystèmes dont dépendent les myriades d'espèces vivantes peuplant notre monde sont maintenant admises par la science et par toutes les couches de la société.

Mais pourquoi alors nous acharnons-nous à détruire l'environnement par notre mode de vie gaspilleur et peu soucieux des conséquences à long terme, demeure un mystère qu'il est urgent d'élucider. Alors que les experts en environnement, aussi bien du gouvernement que des groupes écologiques, nous avertissent que le temps nous est compté pour effectuer des changements majeurs dans notre comportement à l'égard de la planète, il est tentant de se poser la question: "Qu'est-ce qui fera vraiment changer l'être humain au point où il prendra vraiment à coeur la sauvegarde de l'environnement et fera les changements qui s'imposent?" Pour trouver une réponse à cette question vitale, il faudrait peut-être commencer par se demander: "Qu'est-ce qui nous relie aux plans émotionnel, aussi bien que psychologique et spirituel, avec cette matrice de toute Vie qu'est notre planète?" Peut-être est-ce par là qu'il faut commencer à chercher pour trouver l'explication de notre apparente indifférence face aux menaces qui pèsent sur l'avenir de la Vie sur Terre.

Ce n'est que récemment que l'image de la Terre vue de l'espace nous a été rapportée par les premiers astronautes à s'être rendus sur la Lune. Depuis ce temps, la perception que la Terre est notre maison commune, ou notre vaisseau spatial, ou encore un village global uni par la technologie et les communications, et enfin un être vivant capable de contrôler sa température et les différentes composantes chimiques de son environnement global, a marqué à divers degrés l'expérience et la vision que la plupart des humains ont de cette planète. Cette ouverture graduelle de notre esprit à la beauté unique et irremplaçable de la Vie sur cette boule d'eau et de pierre suspendue dans les espaces intersidéraux a permis pour une bonne part l'essor foudroyant des groupes environnementaux et de la conscience écologique qui de nos jours ont atteint le sommet de l'agenda gouvernemental, tel que démontré par la tenue du Sommet Planète Terre(1) de Rio de Janeiro. Bien sûr, les souffrances subies à la suite des catastrophes environnementales de même que les cris d'alarme lancés par les scientifiques à propos de l'avenir de la planète ont aussi grandement contribué à attirer notre attention sur le sort peu reluisant fait à notre bonne vieille Terre.

Pourtant au-delà de cette ouverture d'esprit et de ces préoccupations nées de la menace de cataclysmes écologiques, notre relation à la planète en tant qu'entité vivante et probablement pensante se limite à fort peu de choses. La révolution intérieure qui permet à un être humain de transcender les limites de ce que le scientifique britannique Peter Russell(2) appelle "l'ego encapsulé dans la peau", ne s'est pas encore faite à une échelle suffisamment globale pour affecter de manière significative la façon de penser de la majorité de la population mondiale.

La notion de planète en danger, de Terre nourricière dont toute Vie dépend, est encore bien abstraite et sans résonance émotive pour la plupart des gens, ce qui explique déjà en bonne partie l'indifférence quasi généralisée à l'égard de l'écologie planétaire. Oh, bien sûr, la plupart des gens sont en faveur du recyclage ou de la préservation de la nature par exemple; mais plus souvent qu'autrement, cette intérêt est motivé par des considérations d'ordre pratique comme les coûts élevés d'enfouissement des "ordures" ou du gaspillage de ressources ré-utilisables, et le besoin de loisirs tels la chasse et la pêche, donc la nécessité de préserver les "ressources fauniques".

De même le concept tant vanté du "développement durable" qui vise à faire en sorte que les générations futures puissent encore, comme nous le faisons aujourd'hui, profiter des ressources de la planète, ne constitue en somme qu'une forme de prise de conscience de notre responsabilité de ne pas être trop "goinfres" dans nos appétits de consommateurs insatiables afin que nos enfants ne se trouvent pas devant une table vide lorsque leur tour viendra de s'alimenter au festin planétaire. Et, à la remorque du mythe sacro-saint du développement économique continu, générateur de richesses toujours plus abondantes pour une minorité choyée, on nous encourage, ne l'oublions pas, à favoriser un développement soutenu, transformant ainsi une part de plus en plus grande de la nature en objets de consommation pour l'unique satisfaction de notre seule espèce.

Or qu'en est-il de nos chances de survivre collectivement devant la pression sans cesse accrue que ces modes de pensée "humano-centriques" infligent à un environnement sur le bord de l'effondrement écologique?... Presque nulle, à moins que... À moins que ne survienne globalement un éveil de conscience inespéré face à la fragilité de notre "nid" planétaire et surtout un épanouissement de notre conscience supérieure qui par l'Esprit nous relie à tout ce qui vit. Comme le disait si justement Malraux: "Le 21e siècle sera spirituel ou ne sera pas!"

C'est ici qu'entre en jeu cette fameuse "Hypothèse Gaia", proposée par le scientifique britannique James Lovelock qui, à la suite de recherches, menées dans le cadre des expéditions Voyager de la NASA, visant à découvrir l'existence de formes de Vie sur d'autres planètes, en vint à se demander si la Terre elle-même ne formerait pas un organisme vivant. Rappelons brièvement le fondement de cette idée révolutionnaire qui, depuis sa proposition en 1970, a fait l'objet de vives controverses aussi bien que du soutien inconditionnel d'un nombre croissant de personnes de toutes origines, touchées par la beauté et la simplicité de cette idée.

Constatant que les instruments de lecture à bord du satellite Voyager laissaient voir que notre planète, à la différence de Mars, bouillonne littéralement de Vie, et réfléchissant sur le fait incontournable que depuis son apparition sur la Terre il y a trois milliards et demie d'années la Vie avait peu à peu colonisé les mers et les continents et, ce faisant, modifié la chimie et les conditions atmosphériques de la planète de manière à satisfaire ses exigences essentielles pour assurer sa survie, Loveloch en vint à réaliser que "...l'ensemble ce tout ce qui vit sur Terre, à partir des baleines jusqu'aux virus, et des chênes aux algues, pourrait à maints égards être considéré comme une seule entité vivante, capable de manipuler l'atmosphère de la Terre en fonction de l'ensemble de ses besoins, et possédant des facultés et pouvoirs dépassant de loin ceux de ses parties constituantes". Pour permettre de mieux comprendre les phénomènes fascinants qui contribuent à maintenir cet équilibre global favorisant la perpétuation de la Vie, citons quelques-uns de mécanismes grâce auxquels la Vie contrôle la planète, tel que mis en évidence par Loveloch:

1) La proportion d'oxygène dans l'atmosphère, rigoureusement maintenue à 21%: plus, les forêts brûleraient jusqu'au dernier arbre, moins, beaucoup d'animaux suffoqueraient. Orchestré par toutes les plantes et le plancton microscopique des océans, cet équilibre, grâce à la photosynthèse qui transforme le gaz carbonique en oxygène, se maintient comme par magie depuis plus d'un milliard d'années. De plus, c'est parce que l'oxygène est ainsi apparu que la couche d'ozone a pu se former et la Vie coloniser les surfaces émergées du globe.

2) De même la température moyenne à la surface du monde évite les écarts extrêmes, malgré les épisodes glaciaires qui n'affectent pas la ceinture verte équatoriale, grâce au contrôle par les plantes et le plancton des océans de la proportion du gaz carbonique à "effet de serre" qui retient la chaleur du soleil dans l'atmosphère, un peu comme le font les vitres d'une serre. D'autres facteurs, tels le couvert végétal favorisant une pluviosité régulière grâce à l'évaporation par les feuilles, et l'ensemencement des nuages à l'aide d'un élément chimique particulier produit par de minuscules organismes marins, démontrent une fois de plus le rôle clé de la Vie pour le maintien de conditions propices à son existence continue.

3) Une autre composante essentielle à l'harmonie de la biosphère est le taux d'acidité des pluies qui est maintenu au degré optimal par la présence d'ammoniaque dans l'air, à nouveau fruit de l'activité biologique. Pas assez d'acidité et les sels minéraux indispensables à la bonne santé des plantes ne seraient pas mis en circulation par réaction acide. Des pluies trop acides par contre délavent les sols de leurs éléments minéraux et affaiblissent d'autant les plantes, sans compter l'effet dévastateur d'une eau trop acide pour la survie des lacs et rivières.

4) Le taux de salinité des océans enfin. Par un mécanisme encore incompris, les océans parviennent à maintenir à exactement 3.4% le degré de salinité de leurs eaux, ce qui est le pourcentage idéal pour toutes les formes de Vie peuplant les mers. Sans cesse l'irrigation des continents amène par les fleuves et rivières de nouveaux sels dans les océans, et ce depuis qu'il a commencé à pleuvoir sur Terre. Pourtant, jamais sauf dans la Mer Morte (justement!) le taux de salinité n'a dépassé 3.4%. Deux pourcent de plus et toute Vie disparaîtrait des océans!


Loveloch a répertorié plusieurs autres facteurs semblables qui, réunis ensemble et maintenus stables pendant des centaines de millions d'années, ont permi le foisonnement prodigieux de dizaines de millions d'espèces qui, par le laborieux processus d'évolution, ont façonné le monde et mené à l'apparition de notre propre espèce. On sait les dommages considérables causés justement par notre espèce au fragile équilibre dont dépend la survie de tout ce qui grouille et respire en ce monde. Comme l'affirme lui-même Loveloch, même si nous parvenons à "bousiller" suffisamment l'écologie de la planète pour mettre notre propre survie en péril, il y a fort à parier qu'une extinction massive d'espèces - ce serait la sixième à survenir dans l'histoire de la Terre, la première provoquée par une seule espèce - ne serait perçue par Gaia que comme une indisposition passagère dont elle se remettrait avec le temps. Quelques millions d'années ne représentent qu'une courte période à son échelle.

 

James Lovelock.

http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Lovelock

 

"Nous resterons sur Terre"

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nous_resterons_sur_Terre

Bande annonce

http://www.youtube.com/watch?v=cCDcaP0VJ90

"Nous avons un destin commun." Edgar Morin.

 

 
 

Rectificatif

Par Le 09/10/2010

"Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'ils te fassent!"

Je ne sais pas de qui est cette maxime mais je la trouve en tout cas particulièrement négative.

Je lui préfère : "Fais aux autres ce que tu aimerais qu'ils te fassent."

Au lieu de chercher à protéger les autres et par conséquent soi-même, il me semble plus positif de chercher à donner aux autres ce qui nous comblerait de bonheur. Au lieu de craindre les mauvais coups, je me tourne vers l'amour.

Au lieu de me méfier des autres, je me tourne vers leur beauté naturelle en proposant ce que je porte de plus beau.

 

La première citation reflète bien à mon sens ce monde de peur et de méfiance, ce monde de morale castratrice. Comme une menace proféré par un prêtre : "Craignez la colère divine si vous vous comportez mal."

Et si on se comporte convenablement, qu'en pense les prêtres ? Est-ce que ça va les perturber en les privant de cette autorisation à nous menacer ?

Dieu serait-il lui aussi perdu par ce don d'amour ? Difficile de l'imaginer. Il convient bien entendu de se défaire de l'image souillée du Dieu monthéiste. Je parle du flux vital, de l'Energie, de la Vie. Est-ce que la Vie serait menacée par cette offrande envers nos proches, non pas cette crainte de mal se comporter et d'être à notre tour maltraitée, mais cette communion de vie dans le respect immuable.

Mais qu'en est-il des gens qui se comportent comme des soudards, des barbares, des destructeurs ? Est-ce que je peux réellement me tourner vers eux en leur proposant mon amour ?  J'en connais de ces gens pour lesquels je n'éprouve qu'une infinie colère. Que dois-je faire envers eux ? Tout ce que je pourrais leur offrir de plus beau ne me sera sans doute jamais rendu. Mais est-ce que je dois attendre que ça le soit ? Ou bien me contenter de le faire, si l'occasion se présente, en les laissant ensuite décider de ce qu'ils peuvent en faire. Il m'arrive d'essayer.

La plupart du temps, je tente de les ignorer. Parce qu'il y a en moi des haines tenaces qui sont des appels à la violence. Non pas parce que ces gens me blessent mais parce qu'ils s'en prennent à des êtres sans défense : les enfants. Je crois que les gens que je hais le plus sont ces enseignants, assasins d'âmes d'enfants. Il y en a. Inutile de le nier. Ce sont nécessairement des gens qui souffrent pour dispenser autant de souffrance. Mais les enfants sont des victimes tellement fragiles. Je ne peux pas pardonner à ces gens. Ils ne devraient pas rentrer dans une classe.  Ce sont des vies entières qu'ils brisent.

"Ne fais pas aux enfants ce que tu aurais voulu qu'on ne te fasse pas quand tu étais à leur place."

Sans doute ce que je devrais leur dire.

"Fais aux enfants ce que tu aurais voulu qu'on te fasse quand tu étais à leur place."

Pour compléter et donner une piste.   

Inoubliable Chaplin

Par Le 07/10/2010

Inoubliable discours.

 

http://www.youtube.com/watch?v=WMAT1-3xuyw&feature=related

 

Ce monde manque cruellement d'Hommes.

Edifiant !

Par Le 07/10/2010

A voir, revoir et partager dans toutes les directions !!

 

 http://www.facebook.com/thierry.ledru#!/video/video.php?v=132978793418222&oid=244588474375

 

Très bien fait, très bien écrit. On s'y croirait...Manque plus qu'à sortir du cinéma et passer dans le monde réel.

On y va, on y va...

Méditation (1)

Par Le 06/10/2010

Je ne pratique aucune méditation d'aucune sorte mais je fais du sport d'endurance. Vélo, marche, ski de fond, ski de rando. Je ne sais donc pas trop de quoi il retourne quand il s'agit de méditation zazen ou autre. Je ne peux que parler de ce décrochement mental que je vis parfois durant mes escapades longue durée ! Totalement imprévisible et nullement assuré mais je ne m'en soucie pas. Il se passe ce qui doit se passer, je suis de toute façon totalement heureux d'être déjà en montagne. La contemplation des paysages, de l'altitude et simultanément des horizons intérieurs.

 

Mais je m'interroge sur ces pratiques de méditation "organisées", bien orchestrées, planifiées. Une impression désagréable quant à la main mise du mental dans une pratique destinée à apporter une plénitude spirituelle, une connaissance ou une re-connaissance de nos univers intérieurs...J'aime beaucoup les écrits de Jacques Brosse et pourtant je ne m'imagine pas un seul instant entrer dans cette dimension du zazen, du yoga ni aucune autre "méditation" dictée. Je ne dis pas pour autant que ça ne porte pas ses fruits mais je m'interroge sur la durabilité de ces états de méditation dans la vie quotidienne et sur leur réalité.

S'il s'agit de se concentrer pour expurger l'esprit des pensées disparates en s'interdisant par la volonté de sortir du cadre épuré de la non pensée, le stratagème reste malgré tout une pensée. Elle est muette, non verbalisée, même intérieurement,( l'individu qui répèterait comme un mantra, "je dois me concentrer", on sait très bien qu'il n'arriverait qu'à faire bouillir son crâne comme une cocotte minute) mais même une pensée qui resterait à l'état de silence a une intention, un projet et j'y vois la même entrave qu'une pensée modelée par des mots. Vouloir se mettre dans un état donné pour accéder à l'état de non volonté reste tout de même une belle contradiction...Par conséquent, je suis interloqué par la méthode...D'autre part, étant donné que cette "méditation" me semble tout de même relativemement artificielle, je m'interroge quant à ses effets sur l'individu lorsque celui-ci replonge dans les évènements exogènes. Gardera-t-il la même sérénité, si tant est qu'il y soit parvenu, ou bien succombera-t-il aux assauts de son patron, de son collègue de bureau, de sa femme, de son chien, de sa voiture, de la dernière grève de la SNCF (non, je n'ai mis aucune ordre hiérarchique là-dedans :)

Les émotions auront-elles gardé le même pouvoir ? Ou cet individu aura-t-il appris à reconnaître ce qui vibre dans son mental et à maîtriser simultanément dans le silence ce qui vibre en lui ? En résumé, quelle est la portée réelle de cette méditation dans la gestion de la vie ? Etant donné que nous ne sommes pas des ermites, ni des sages ou des grands Maîtres, que faisons-nous profondément de ces états de méditation ? Que nous apportent-ils ?

Car je ne peux évidemment me résoudre à croire que ces méditations ne sont que des errances mentalisées, déguisées par de belles enluminures orientales. Il y a nécessairement des effets positifs, il existe des états réels dans cette réalité intérieure, des états d'éveil par-delà le sommeil éveillé. C'est une évidence. De même que sur mon vélo ou quand je marche, je suis parfois dans un état de sérénité et de lucidité que je ne connais pas dans le monde social.   

Mais alors, comment vais-je gérer la prochaine venue de mon inspecteur de l'éducation nationale ? Est-ce que je vais me liquéfier devant son autorité hiérarchique, est-ce que je vais me noyer dans le flot des angoisses, est-ce que je vais perdre tous mes moyens et me montrer incapable de mettre en avant mes qualités ? A quoi serviraient ces heures de silence et de voyage intérieur si je ne retire pas de ces expéditions lointaines une certaine maîtrise de mes émotions ? Au moins ça ...

La première méditation serait déjà de se dire que je n'ai rien à prouver à ce monsieur. L'essentiel, c'est ce que je fais avec les enfants. Pas besoin de respirer en zazen pour arriver déjà à cette conclusion :) Mais finalement, ne serait-ce pas ça l'essentiel de la méditation ? Savoir se vider de ses émotions pour participer pleinement à la réalité, sans l'alourdir...

A suivre. 

Mange, prie, aime

Par Le 04/10/2010

Est-ce que le cinéma se mettrait à s'intéresser à la démarche spirituelle ?

 

http://www.youtube.com/watch?v=xAxDrUibg7U&feature=channel

 

Bon, maintenant, faut voir comment c'est géré tout ça...

 

Si quelqu'un a déjà vu, ça serait intéressant d'avoir des avis et commentaires.

Mais alors ?

Par Le 29/09/2010

La Nature éprouve-t-elle de l'Amour pour nous, pour tous les êtres, les végétaux, tout ce qu'elle crée ?

Y a-t-il en elle une émotion, un sentiment, un bonheur ?

Bien entendu, au premier abord, la proposition paraît absurde. Pour que cela soit, il faudrait une conscience et par conséquent un organe émetteur, un "cerveau", une entité extrêmement évoluée...

La Nature ne peut pas être assez évoluée pour ça.

Non, c'est cette phrase qui est absurde en fait. Rien de connu n'est plus évoluée que la Nature. Nous en sommes un élément, performant c'est un fait, mais devant la richesse infinie de la Nature, rien ne dit que nous en sommes le point ultime au point d'être plus évolués qu'elle alors que nous en sommes issus. Cela signifierait qu'une des créations serait plus perfectionnée que la création elle-même...

Il semblerait par conséquent que cette performance nous ait amenés à penser que rien ne serait plus conscient que l'être humain au point que la Nature dont nous sommes issus ne possèderait pas cette conscience. Comme s'il nous était insupportable d'imaginer une entité supérieure.   

Mais si la Nature est effectivement dotée de cette conscience, cela suppose qu'il y a en elle une intelligence et par conséquent une intention quant à sa création. Nous sommes des êtres dotés d'intelligence et de conscience et nous nous engageons dans des voies précises avec une intention, un projet, une projection temporelle. C'est cela qui a permis l'évolution de notre espèce et nous ne pouvons pas regretter les temps préhistoriques. Nous vivons dans une sécurité bien supérieure à celle de Lucy, de Toumaï, des Gaulois, des serfs, des sans culottes, des Poilus, de nos grands-parents...Impossible de le nier. Malgré tout...

Bien, nous avons donc évolué en fonction d'une intention, celle d'améliorer le quotidien de chaque individu. Le nôtre d'abord. En travaillant à notre survie individuelle, nous avons contribué à celle de l'ensemble.

Pouvons-nous dès lors envisager que la Nature, dans l'hypothèse d'une conscience et d'une intelligence, agit différemment que la création la plus évoluée de son oeuvre ? Il nous est bien nécessaire de considérer que cette Nature a un projet. Ou alors nous devons rejeter toute idée d'intelligence de sa part. Ce qui reviendrait à dire que nous sommes une entité disparate issue d'un fabuleux hasard...Hum...

Bien. Quel projet ? Voilà LA question... Ce projet nous est-il accessible dès lors que nous adoptons une attitude hautaine, dès lors que nous ne sommes plus dans un statut de création respectueuse mais que nous nous attribuons le rôle de maître supérieur ? Dès lors que nous considérons la Nature comme une entité hasardeuse, comment pourrions-nous accéder à ce projet alors que nous ne voyons dans notre évolution que le résultat de nos efforts et non une osmose constructive entre le créateur et son oeuvre ?

Si dans une classe, un élève en vient à penser qu'il est plus performant que le maître, il finira obligatoirement par fabriquer en lui un projet qui ne sera plus celui de ce maître...Je reconnais que parfois, c'est préférable pour les élèves au vu de certains professeurs...

Mais pour l"humanité ? Avons-nous bien fait de nous extraire ainsi d'une fusion nourricière en décidant que nos performances millénaires suffisaient à nourrir notre évolution ? Quelle évolution ?

Médicale, culturelle, technologique, matérielle. Oui, c'est indéniable.

Est-ce suffisant ?

Qu'en est-il de cet Amour dont je parlais ? Lorsque j'aime la Nature, le sait-elle ? N'y a-t-il de ma part qu'une opportunité que je saisis, la plénitude de la contemplation, le bonheur de la marche en montagne, l'émerveillement devant la neige qui tombe, ou cette joie infinie en moi transmute-t-elle dans le corps immense de la Nature ? Est-ce que je lui suis relié en tant que créature naturelle au point qu'elle ressent ce que je vis lorsque je l'aime ?

On pourrait craindre si c'est le cas qu'elle ressente depuis un certain temps une animosité quasi générale et non un amour infini...Inutile de rappeler certains passages de la Bible par exemple. Ca remonte à loin tout ça...Et ça ne s'arrange guère...

Se pourrait-il dès lors que cette intention, ce projet de la Nature se soit révélé inconsidéré et que nous ayons échappé à son contrôle ?  Mais a-t-elle instauré un contrôle ou sommes-nous une expérience libre de toutes entraves ? Le risque me paraît monstrueux...Se peut-il que cette intelligence humaine se soit retournée contre la création elle-même ou cela fait-il partie d'un projet qui nous échappe totalement étant donné qu'il semble se retourner contre "l'expérimentateur" lui-même ?

L'expérimenté se révolte et délaisse toute forme d'amour. Il brise ses chaînes ou ce qu'il imagine être des entraves, il s'élève sur le piédestal de son progrès, il réduit la création à une marchandise... Et cela ferait partie d'un projet ? Alors cela voudrait dire que la raison de la Nature est au-delà de la raison humaine. Et que nous ne pouvons pas la comprendre.

Ou bien que tout ceci n'était qu'une élucubration de plus et que nous ne sommes qu'un hasard fortuit au milieu d'un capharnaüm intersidéral.

Tant pis si c'est le cas. Je continuerai béatement à aimer la Nature en imaginant qu'elle m'aime en retour. Au moins, je continuerai à marcher respectueusement dans l'herbe et à bénir les flocons de neige.  

LES ÉGARÉS (roman) 5

Par Le 28/09/2010

 

LES ÉGARÉS 

Extrait.

 " Elle mange à l’ombre d’un pin cembro. Les vents dominants ont incliné le tronc solitaire et les branches s’étirent dans le sillage invisible des airs souverains. La pente dénudée n’offre aucun abri. La graine germée ignorait les combats à venir. Une branche obstinée résiste à cette direction imposée et grignote l’espace offert comme une force indocile, un désir de découvertes, une croissance opiniâtre. Cette indépendance tenace la ravit. Elle regarde amoureusement le rameau tortueux. Il lui serait si facile de s’abandonner au flux despotique. Pourquoi s’imposer une telle épreuve ? Elle devine dans la progression onduleuse du bois des énergies suprêmes, des persévérances rebelles. Des effondrements aussi. Deux courbes descendantes témoignent des détresses passées. Des hivers trop longs peut-être. L’acharnement des vents glacés, du poids de la neige, du gel qui raidit. La croissance s’était figée, la pesanteur avait repris ses droits. Les sèves épuisées s’étaient sans doute concentrées sur le maintien, une survie immobile, acceptant avec humilité que le rameau solitaire courbe l’échine. Des protubérances étaient apparues comme des réserves de forces, des énergies condensées. Et l’aimantation vers la lumière avait repris. Un appel irrésistible, une montée verticale irrépressible. Il avait suffi que les chants solaires diffusent leurs mélodies chaudes. Le rameau s’était redressé, des sucs épais, gorgés d’amours fidèles, avaient nourri la croissance retrouvée. Les vents déconcertés par cette fronde maintenue avaient-ils tenté de soumettre l’insurgé ? L’avaient-ils ignoré ? La foule des rameaux obéissants suffisait peut-être à leur soif de pouvoir.

Ce rameau porte-t-il en lui ce désir de conquête, indépendamment de l’arbre ? Le questionnement l’interpelle. Une similitude si forte. A-t-elle su préserver dans les conditionnements instaurés tout au long de son histoire une énergie lumineuse, une attirance rebelle, le désir d’un cheminement atypique ?

Elle repense au torrent et elle s’étonne de cette sensibilité envers la nature. Elle n’avait jamais éprouvé cette connivence. Pas avec cette force. Si elle avait souvent été touchée par la beauté sereine d’un paysage, d’un arbre séculaire, d’un sommet enneigé, d’un tapis d’herbes grasses ou d’un torrent joyeux, elle n’y avait jamais perçu la complicité, la fraternité, la concordance. Ses regards n’étaient jamais allés plus loin que l’apparence. La vie cachée, l’énergie profonde, le mystère de la matière composée, les élans intérieurs, les particules assemblées, rien de tout ça ne l’avait émue. L’identification mentalisée l’avait enfermée dans une reconnaissance primaire, une vision étriquée, un ressenti hédoniste, occasionnel, évènementiel et cartésien. Mais l’appartenance à cet Univers du Vivant lui avait échappé. Elle sait désormais que le monde est en elle et qu’elle appartient à ce monde. Une dimension gigantesque, un amour incommensurable, une unité bouleversante. L’arbre, le torrent, les montagnes, le brin d’herbe, ce nuage ballonné et cette brise légère vibrent de la même énergie, palpitent au rythme de la vie contenue, du mystère impalpable. Et cette magie enveloppée est un cadeau inestimable.

L’envie subitement d’embrasser le tronc incliné, de caresser l’écorce rugueuse, de câliner cette branche obstinée. Cet amour qui la submerge coule en elle comme une sève unique, un flux immémorial, une vie partagée. Elle n’est qu’un fragment de l’imagination insatiable de la Création et tout ce qu’elle voit, tout ce qu’elle respire, tout ce qu’elle touche, tout ce qu’elle ressent, appartient à cette Création sublime.

Yoann aussi. 

Où en est-il dans son cheminement intérieur ?

Elle espère que les barrières en lui s’effacent, que les retenues s’estompent, que les peurs anciennes se racornissent comme des peaux mortes, tombent en lambeaux épars, le dénudent et le libèrent.

Elle sait qu’elle pourrait aimer cet homme nu. Mais qu’elle ne pourrait plus se blottir contre l’homme en armure. L’idée lui noue le ventre mais elle ne peut la rejeter. L’amour qui l’étreint envers la nature se projette vers des créations pures, originelles, préservées, des cœurs lumineux que rien n’altère, des partages immédiats sans intentions inavouées, des abandons délicieux sans idées de conquêtes. Les carapaces de Yoann la désespèrent, l’enferment elle-même dans une impuissance à l’atteindre, la privent de la fusion enivrante de l’amour consommé. Elle perçoit dans les émotions contenues de l’homme blessé des exhalaisons fermentées, des refoulements purulents, des plaies gangrenées. L’arbre déployé, le torrent limpide, les nuages exposés, l’herbe accueillante, sont plus émouvants aujourd’hui que ses bras ouverts. Les derniers jours avant le départ, elle sentait dans les étreintes proposées des entraves camouflées, des chaînes immatérielles d’une lourdeur insupportable. Elle venait vers lui avec le cœur ouvert et se livrait dès lors aux coups de scalpel de ses silences, de ses pudeurs, de ses blocages, de ses angoisses insurmontables, de ses intentions secrètes. Elle quittait ses bras sous la douleur des blessures. Et dans la solitude de son amour en pleurs, elle cautérisait de ses larmes les déchirures.   

Il aurait été plus simple que leur amour s’étiole, se noie sous les sanglots, succombe sous les assauts répétés des désillusions amassées. Mais les braises laissées par l’incendie passionnel qui les avait enflammés depuis leur rencontre survivaient au-delà des noirceurs, entretenues fidèlement par la brise fidèle de leur fusion insécable. Elle n’y pouvait rien. Des embrasements fulgurants la submergeaient encore, sans qu’elle ne parvienne à les contenir. Et d’ailleurs elle n’essayait pas de leur résister. C’était si bon. Si chaud. Comme une lave ardente, un ruissellement salvateur. Puis les coulées se fossilisaient irrémédiablement dans la succession glaciale des jours. Elle s’installait alors dans l’attente du prochain jaillissement.      

     

Elle se relève. Elle a senti brutalement les airs polaires de l’amour bridé. Elle veut bouger. Se réchauffer. Cette marche participe au maintien de la vie en elle, à la préservation des bouffées de chaleur, à l’ébullition des geysers émotionnels, à la découverte des sources inconnues, à l’exploration des territoires perdus. Elle est persuadée que l’innocence du petit enfant harcelé par les raisonnements d’adultes se pervertit au fil du temps, que les confrontations imposées le privent impitoyablement de la magie de ses mondes intérieurs. Elle veut retrouver cette liberté d’émotions, la spontanéité, la joie, l’insouciance, plonger dans l’eau cristalline des ressentis juvéniles. La rationalisation du monde adulte aboutit immanquablement à une résignation aliénante, l’accumulation progressive des rêves brisés. Elle en a tellement souffert. Elle sent pleurer dans son âme tous les bonheurs martyrisés.  L’amour lui-même est limité par le cadre étroit, structuré, cartographié de la pensée mécaniste des adultes, par la reconnaissance identitaire adorée par le groupe humain. Le mental pervertit la beauté du partage, introduit de force dans le territoire éthéré de l’amour des armées d’envahisseurs, des barbares assassins. Les luttes incessantes couvrent l’âme impuissante de monceaux de cadavres. Et le mental  dévoyé, juste attaché au maintien de sa prédominance, déverse incessamment de nouveaux contingents destructeurs. Elle devine dans ses ressentis une autre dimension, un espace immense, une élévation verticale. Elle s’est échappée, elle a brisé les carcans mais elle est seule. Yoann ne l’a pas accompagnée. Sa vision de l’amour correspond au champ d’investigations des conditionnements acceptés. Elle ne sait pas s’il possède en lui le désir et la force de quitter les geôles de son histoire, de son enfance, de la morale, des refoulements, des douleurs invalidantes, de l’appartenance. Il n’est pas libre et ne le sait pas. Et peut-être même ne veut-il pas le savoir … La conclusion la crispe. Une distance troublante, un éloignement croissant. Et cette randonnée qui les rapproche physiquement marque peut-être une brisure définitive.

« Tu es ma source de vie. »

Il diffusait ces phrases imagées comme des parfums délicats, des cadeaux attentionnés sans réaliser qu’il s’agissait d’entraves. Elle ne voulait plus de cette responsabilité immense. Elle ne supportait plus de sentir cette dépendance et l’obligation d’entretenir le flot. Cet amour nourricier l’emprisonnait. L’impression d’être sa mère et de le sentir accroché à son sein. C’était devenu insupportable. Cette liberté immense qu’elle parvenait enfin à vivre, il l’étouffait de son amour anthropophage. Elle réalisait désormais à quel point il ne s’agissait pas d’amour. Cette vie fusionnelle qu’elle avait acceptée pendant dix-neuf ans, dans laquelle elle s’était plongée corps et âme, elle n’était plus désormais qu’un étouffoir. Elle s’était trompée. Il la privait de son espace.

Elle s’assoit sur un tronc couché, un arbre mort, foudroyé. Assommée par la violence du constat. Elle sort la gourde et un paquet de noisettes grillées. Elle s’évertue à mâcher longuement. Quelques instants de suspension dans le déroulement implacable des ressentis libérés. Les yeux dérivant au gré des reliefs, dans les brises légères, sur les tapis de couleurs multiples. La première journée de marche n’est pas finie que déjà les conclusions imposent les scissions ignorées, les colmatages se fendillent, les ciments fragiles craquellent sous la brûlure des consciences réveillées. De son ventre sourd une colère ressassée.  

Ils n’évoluaient pas dans l’amour mais dans un enchevêtrement de dépendances exaltées, une passion torturée, la matérialisation de leurs traumatismes amassés. L’amour n’était qu’un baume sur des plaies purulentes. Il ne les propulsait pas dans une dimension verticale mais dans un champ de batailles infinies, des luttes internes entretenues par les égos tourmentés. Elle en était autant responsable que Yoann. Les attitudes conditionnées par des refoulements irrésolus avaient créé entre eux un lacis de barbelés émotionnels dont ils ne parvenaient pas à se libérer.

L’impression d’avoir partiellement sectionné les enlacements chaotiques lui permet de respirer plus librement, d’apercevoir enfin les territoires qui s’étendent au-delà de ce charnier d’émotions sacrifiées. Elle devine dans les attentions de Yoann des emprisonnements camouflés, des désirs de chaînes reconstituées, des liens édulcorés par des amours mensongers. Il la pénétrait pour la retenir et le poids de son corps l’étouffait, son sexe en elle n’était qu’une ancre crochée, un pieu planté dans une terre souillée et les attentions réclamées représentaient le cordage immonde qui l’étranglait.

« Tu es ma source de vie. »

Elle ne veut plus entendre cette phrase. Elle imagine un pilleur assoiffé pompant avidement l’eau de jouvence qui coule en elle. Son amour barbare n’est qu’un désert qui avance. Elle doit se sauver.    

Elle pleure. Sans retenue. Les larmes sont des acides rongeant des tumeurs."

Une réflexion qui jaillissait de nouveau la nuit dernière.

Cet amour humain est-il condamné à servir les égos ?

Alors que l'amour proposé par la Nature, cet abandon délicieux qui n'a aucune intention, aucun projet sinon cette béatitude totale au coeur du monde, offre une plénitude entière, infinie, l'amour humain souffre des pensées insatiables, des pensées secrètes, des enchaînements, des attentes, des conditionnements, des traumatismes, des regrets, des désillusions qu'on ne veut pas voir resurgir, de l'imaginaire qui se perd en conjectures, en suppositions insoumises...On ne peut s'empêcher d'entrevoir des issues dangereuses, des incertitudes que l'on craint de voir jaillir, des devoirs, des nécessités, des rôles à tenir.

La Nature n'attend rien, elle se donne totalement, sans aucune retenue, dans toute sa sensualité, sa force, son énergie. Il ne reste qu'à la contempler, l'éprouver, la ressentir, en jouir même, jusqu'aux larmes d'un orgasme spirituel.

Se peut-il que l'amour humain parvienne à ce stade, entre dans cette dimension de don gratuit, sans aucune attente ? N'y a-t-il pas là un chemin à suivre, un exemple à adopter, constamment, dans une acceptation absolue de la réalité, juste cette réalité de l'instant, l'abandon de toute projection temporelle, mentalisée. Il n' y a aucune peur, aucune angoisse, aucun risque de perte, de désillusion. Tout est là et rien d'autre n'existe. Ce temps futur dans lequel l'amour humain se perd sans cesse n'existe pas, la Nature le crie incessamment, il n'y a rien d 'autre que l'Amour immédiat.

L'Amour de la Nature est la Nature même de l'Amour.

C'est cela qu'il faut apprendre, vivre, éprouver à chaque instant, comme un coucher de soleil dans les prunelles lumineuses de l'être aimé.   

 

 

 

Plein les yeux.

Par Le 26/09/2010

Des photos incroyables.

 

http://www.extremeinstability.com/index.htm

 

Toute la force, les mystères, la beauté de la Nature.

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