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LES ÉGARÉS (roman) 6

Par Le 11/05/2011

 

 

 

LES ÉGARÉS 

EXTRAIT

Il pleure et les paysages fragmentés par les larmes embuant ses rétines sont des kaléidoscopes féeriques qui le ravissent, tout cet amour coulant de l’Univers, toute cette vie qui l’entoure, toute cette vie qui l’anime, cette connivence qu’il a découverte, il aurait pu tout perdre mais cette vibration insoumise qu’il percevait parfois, noyau vital résistant aux assauts incessants de la douleur barbare, cette palpitation comme un cœur d’étoile, il ne pouvait l’abandonner, il était impossible de l’ignorer, de la laisser couler dans le néant putride de la mort souveraine. Quand Leslie, le matin, ouvrait les volets et qu’il découvrait le ciel du fond de son lit il pleurait les espaces perdus. Mais cette simple fissure dans le mur compact de ses souffrances érigées suffisait à insuffler le germe d’un sursis, l’esquisse d’un bourgeon de vie et les heures de tourmente, les tortures ressassées ne ravageaient jamais complètement cette terre fertile, cet espace d’amour qui le sauvait.

L’amour. Il sait ce qu’il lui doit. L’amour pour Leslie, l’amour pour les enfants, l’amour pour la Terre, l’amour pour ses parents.

Ses parents. Ils avaient déjà tellement souffert. Il les imaginait rongés de détresse à mille kilomètres de son supplice, ce désespoir dans leurs voix éteintes lorsqu’ils appelaient au téléphone, cet abattement gorgé de larmes, cette incompréhension désespérante devant cet acharnement de la vie à violenter leur amour parental. Ils avaient déjà tellement souffert. Leur deuxième fils en sursis. Leslie tentait de les rassurer.

Les nuits sans sommeil, quelques cessez-le-feu épisodiques, l’observation inquiète des horizons éteints, les embrasements suspendus, les odeurs âcres des sueurs, des morves séchées, des peaux talées, les cheveux collés … Juste un répit. Il tentait de récupérer, se laisser porter par l’épuisement, flotter entre la surface lumineuse et les fonds obscurs, les yeux clos, le corps immobile, essayer de relâcher les résistances, les nœuds enflammés par les heures de lutte, respirer profondément et que l’air absorbé liquéfie les crampes, emporte les acides, purifie les tranchées ravinées, les artères souillées, les muscles brisés, arracher de son corps la boue solidifiée des douleurs.

Remonter à la source du conflit, identifier les forces en présence, analyser les raisons du désastre. Comprendre, chercher une issue, ailleurs que dans les réseaux médicaux, on voulait l’éventrer, en période de guerre, les chirurgiens ne font pas de détails.

Il était en guerre.

« A 50%, le risque c’est le fauteuil roulant, à 25% la paralysie de la jambe gauche, il reste 25% de chances que l’opération réussisse. »

Leslie lui avait fait part de ce commentaire du chirurgien dans le couloir, il ne considérait finalement que l’opération et pas l’individu, le geste chirurgical était évalué en pourcentage. Pas la vie de l’homme.

Il n’irait pas.

Plutôt mourir. 

Le rêve. Une voix qui lui parle. Au cœur d’un halo bleuté.

« Ce que tu vois n’est pas la vérité. Ca n’est qu’une image. Ton âme sait où elle va. »

Il n’en parlait pas.

Peut-être la morphine et pourtant cet amour ineffable, incommensurable. La lumière l’aimait, des auras bleues qui dansaient devant ses yeux émerveillés. La notice du médicament, les effets secondaires, une liste redoutable mais pas d’hallucinations. Une incompréhension totale. Habituellement, ses rêves disparaissaient au réveil. Rien, aucun souvenir. Celui-là perdurait et l’enlaçait de douceur. Comme un baume d’amour.

Une caresse d’ange.

Et puis.

L’apparition d’Hélène.

Un conseil d’une amie, une médium magnétiseuse, Leslie avait pris rendez-vous. Il avait étouffé les douleurs en triplant les doses de morphine. Se lever, marcher en traînant la jambe gauche, elle ne réagissait plus. Elle l’avait soutenu jusqu’à la voiture. Plus rien à perdre.

Une petite maison dans la montagne, un jardin très soigné, des volets et un portail violets.

Hélène en haut de l’escalier. Ce premier regard. Inoubliable. Tellement de force et tellement d’amour. Elle avait demandé à Leslie de les laisser. Elle lui téléphonerait quand ça serait fini. Il s’était effondré sur une banquette moelleuse. Les effets de la morphine qui s’estompaient, la terreur des douleurs à venir, tous ces efforts qu’il allait devoir payer. Une petite pièce lambrissée, aménagée pour la clientèle, des bougies parfumées, quelques livres. Ils avaient discuté, quelques minutes, tant qu’il pouvait retenir ses larmes puis elle l’avait aidé à se déshabiller.

« Je vais te masser pour commencer. Tu as besoin d’énergie. »

Il s’était allongé en slip sur une table de kiné.

Les mains d’Hélène. Une telle chaleur.

Elle parlait sans cesse. D’elle, de ses expériences, de ses patients, elle l’interrogeait aussi puis elle reprenait ses anecdotes, des instants de vie.

« Tu veux te faire opérer ?

- Non.

- Alors, il faut que tu lâches tout ce que tu portes. »

Il n’avait pas compris.

Elle avait repris son monologue, son enfance, ses clients, ses enfants, son mari, son auberge autrefois, maintenant la retraite, quelques voyages. Et tous ces clients. De France, de Suisse, de Belgique, de la Réunion … Elle n’avait rien cherché de ses talents. Ils étaient apparus lorsqu’elle avait huit ans, une totale incompréhension, des auras qui lui faisaient peur et puis elle avait fini par comprendre, nourrie par des révélations incessantes descendues en elle comme dans un puits ouvert.

Des auras … Les rêves qui habitaient ses nuits. Interrogations. Lui aussi ?

Les mains d’Hélène, sa voix, la chaleur dans son corps, ce ruissellement calorique.  L’abandon, l’impression de sombrer, aucune peur, une confiance absolue, un tel bien-être, des nœuds qui se délient, son dos qui se libère, comme des bulles de douleurs qui éclatent et s’évaporent, une chaleur délicieuse, des déversements purificateurs, un nettoyage intérieur, l’arrachement des souffrances enkystées, l’effacement des mémoires corporelles, les tensions qui succombent sous les massages appliqués et la voix d’Hélène.

« Tu sais que tu n’es pas seul ?

- Oui, je sais, tu es là.

- Non, je ne parle pas de moi. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un que tu portes et tu en as plein le dos. Il va falloir que tu le libères. Lui aussi, il souffre. Vous êtes enchaînés.»

Il n’avait pas encore parlé de Christian.

Les mains d’Hélène, comme des transmetteurs, une vie insérée, les mots comme dans une caisse de résonance, des rebonds infinis dans l’antre insondable de son esprit, une évidence qui s’impose comme une source révélée, l’épuration de l’eau troublée, les mots comme des nettoyeurs, une sensation d’énergie retrouvée, très profonde, aucun désir physique mais une clairvoyance lumineuse, l’impression d’ouvrir les yeux, à l’intérieur, la voix qui s’efface, un éloignement vers des horizons flamboyants, il vole, il n’a plus de masse, enfin libéré, enfin soulagé, effacement des douleurs,  un bain de jouvence, un espace inconnu, comme une bulle d’apesanteur, un vide émotionnel, une autre dimension, les mains d’Hélène qui disparaissent, comme avalées doucement par le néant de son corps, il flotte sans savoir ce qu’il est, une vapeur, plus de contact, plus de pression, même sa joue sur le coussin, tout a disparu, il n’entend plus rien, il ne retrouve même pas le battement dans sa poitrine, une appréhension qui s’évanouit, l’abandon, l’acceptation de tout dans ce rien où il se disperse, le silence, un silence inconnu, pas une absence de bruit mais une absence de tout, plus de peur, plus de douleur, plus de mort, plus de temps, plus d’espace, aucune pensée et pourtant cette conscience qui navigue, cet esprit qui surnage, comme le dernier élément, l’ultime molécule vivante, la vibration ultime, la vie, il ne sait plus ce qu’il est, une voix en lui ou lui-même cette voix, la réalité n’est pas de ce monde, il est ailleurs, il ne sait plus rien, un océan blanc dans lequel il flotte mais il n’est rien ou peut-être cet océan et la voix est la rumeur de la houle, l’impression d’un placenta, il n’est qu’une cellule, oui c’est ça, la première cellule, le premier instant, cette unité de temps pendant laquelle la vie s’est unifiée, condensée, un courant, une énergie, un fluide, un rayonnement, une vision macroscopique au cœur de l’unité la plus infime, des molécules qui dansent.

Où est-il ?

Fin du Temps, même le présent, comme une illusion envolée, un mental dissous dans l’apesanteur, ce noir lumineux, pétillant, cette brillance éteinte comme un univers en attente, concentration d’énergie si intense qu’elle embrase le fond d’Univers qui l’aspire, la vitesse blanche, la fixité noire, la vitesse blanche, la fixité noire, le Temps englouti dans un néant chargé de vie, une vie qui ruisselle dans ses fibres, des pléiades d’étoiles qui cascadent, des myriades d’étincelles comme des galaxies nourricières dans son sang qui pétille.

Il est sorti en marchant.

Que s’est-il passé ?

Aucune réponse.

Il ne sait rien.     

Il se souvient d’Hélène qui l’embrasse sur le front alors qu’il est encore allongé. Il n’arrive pas à ouvrir les yeux. Comme l’abandon refusé d’un espace scintillant et la plongée douloureuse dans la lumière sombre de sa vie réintégrée.

Il aurait préféré ne jamais revenir.

Un filet d’eau qui sourd entre deux roches. Il remplit la gourde.

Il n’a jamais compris. Aucune explication rationnelle. Hélène n’en donnait pas.

« Moi, je n’ai rien fait, disait-elle avec son habituel sourire. Juste un transfert d’énergie mais cette énergie, c’est toi qui t’en sers ou qui la rejettes. Je n’ai fait qu’initier la guérison que tu portais. Tu étais au bout du rouleau, tu n’avais pas le choix, il fallait bien que tu comprennes.

- Mais comprendre quoi Hélène ? Je ne comprends rien.

-Ton mental ne comprend rien mais celui-là on s’en moque. C’est l’être réel qui importe. Et celui-là a tout compris ou ton âme si tu préfères. Laisse ton mental régler les problèmes quotidiens, c’est son travail. Mais pour le reste, c’est une question d’âme. »

Rien de plus.

Son médecin parlait de « chance. » La même incompréhension. Dans le cabinet médical. Il observait une nouvelle fois les radios, les hernies aussi visibles qu’une tumeur, « des œufs de moineau, » avait-il dit, le nerf sciatique englobé dans une fibrose solidifiée, l’inévitable opération et pourtant la disparition des symptômes.

Il était venu à pied, un besoin irrépressible de marcher.

« Ça vaudrait le coup que tu repasses un scanner Yoann, pour voir où sont passées ces trois hernies.

- Ca ne m’intéresse pas, elles ne sont plus là, c’est tout, je le sens bien, je n’ai pas envie de concentrer mes pensées sur elles. Je m’en suis libéré, inutile de les rappeler.

- Mais tu sais aussi bien que moi que c’est impossible. Quand elles sont aussi installées, rien ne peut les faire rentrer dans leur logement, c’est écrasé et c’est tout, il faut les enlever.

- Ça, c’est le point de vue de la médecine, pas celle de mon corps, ni de mon esprit. Je ne sais pas ce qu’Hélène a réussi à faire mais en tout cas, ces hernies ne sont plus là. C’est tout ce qui compte.

- Je n’y comprends rien. Jamais vu ça.

- Y’a rien à comprendre. Ca obligerait à y penser et c’est du passé. Là, maintenant, je marche. C’est ça qui m’importe. »

Quatre rechutes. Violentes. Des crises qui le laissaient hagard mais une étrange compassion envers son corps. Il n’était plus un ennemi mais juste le porteur d’une douleur. Il n’y était pour rien, la source était ailleurs. Il n’était pas sa douleur, il ne s’identifiait plus à elle, il savait qu’elle n’était qu’une intruse à laquelle il avait ouvert la porte et que si elle était parvenue à entrer, il existait nécessairement la possibilité qu’elle s’en aille.

Qu’il lui donne l’autorisation de le quitter.   

Il n’avait plus besoin d’elle pour exister.

L’impression d’entendre tomber autour de lui les murs ébranlés de sa geôle. Bloc après bloc, des coups de bélier répétés, les horizons qui s’ouvrent.

Hélène. Trois autres visites. Des heures entre ses mains, des plongées intérieures, des flux d’énergie, des mots comme des scalpels, tranchant les vieilles écorces, les armures invalidantes, des paroles chirurgicales, affûtées, une précision infaillible, il ne résistait plus, une évidence. La vérité.

« Comment veux-tu que ton dos vous porte tous les deux ? Il ne peut pas supporter un tel fardeau. Il faut que tu le poses. Christian aussi en sera libéré. Il ne peut pas partir puisque tu le retiens. Il n’a pas décidé d’être là, c’est toi qui l’emprisonnes avec tes regrets, ta culpabilité, ton identification. Tu n’existes qu’à travers cette histoire et profondément, là où ton mental se perd, tu crois que tu ne peux pas vivre sans ce passé. Tu t’y accroches comme une huître à son rocher. C’est inconscient bien entendu mais les dégâts sont gigantesques. Tu n’es pas là, dans l’instant, tu vis ailleurs, dans une dimension psychologique et ton corps n’en peut plus. »

Il écoutait sans aucun refus, sans aucune résistance, c’était impossible de ne pas admettre la vérité.

« La première fois que tu es entré, Christian était là, je le voyais, tu le portais, une âme violette, alourdie elle aussi, vieillie par ta propre souffrance, vous êtes tous les deux des victimes et il n’y a que toi qui puisses vous libérer. Christian attend que tu l’autorises à partir en abandonnant la culpabilité que tu traînes et qui le rattache à toi. Il a besoin que tu t’éveilles, il sait que tu souffres et il s’en veut. Son âme est emprisonnée dans ton histoire. »

Il n’en avait rien dit à Leslie, ça n’était pas racontable.

Un regret. Ca n’est pas elle qui ne pouvait pas comprendre mais lui qui ne savait pas en parler. Comme une honte aussi. Tout ce gâchis.

« Inutile de regretter. »

Hélène.

« Tu ne pouvais rien prévoir. Ca ne t’appartenait pas. C’est le chemin que tu as choisi. Il y a longtemps. Cette vie est nécessaire pour ton évolution. Elle n’appartient pas à ton mental mais à ton âme. »

Impossible à comprendre. Et il ne fallait pas chercher à comprendre. Pas avec le mental.

« Les choix de l’âme peuvent paraître redoutables mais elle sait où elle va, elle sait ce dont elle a besoin. Laisse faire. »

Laisser faire. Il s’y était attaché. Lâcher les résistances. Cette impression d’être conditionné, influencé, manipulé, il avait essayé d’admettre l’idée que c’était nécessaire, qu’il était inutile de lutter, que tout avait un sens. Même s’il ne le comprenait pas, que ça finirait par le mener quelque part, qu’un nouvel espace s’ouvrirait un jour. C’était peut-être déjà le cas avec cette guérison miraculeuse. L’âme en avait besoin même si le mental en souffrait. Et qu’il trouvait dans cette souffrance une identification qui le servait.

Des jours et des nuits de pensées ressassées, un chaos étrange, comme si dans ce fatras existait une volonté cachée, un cheminement désiré. Christian, l’hôpital, la douleur, les hernies, le goût de la mort. Aucun hasard là-dedans, un chemin de croix pour grandir. Le choix de l’âme à laquelle il appartenait.

Accepter, laisser faire.

« Quand tu les comprends, les choses sont ce qu’elles sont. Quand tu ne les comprends pas, les choses sont ce qu’elles sont. »

Hélène. Elle devait apparaître, c’était nécessaire et déjà établi.

Un plan minutieusement élaboré.

Ces marches la nuit, ce magma de forces en lui, impossible de dormir, une lampe frontale lorsque la nuit était trop sombre, des marées de questions sur le rythme de ses pas. Dieu. Il n’aimait pas le nom, les hommes l’avaient tellement souillé.

L’Un.

Etait-ce lui qui avait programmé un chemin aussi douloureux ? Connaissait-il déjà l’issue ? Hélène avait-elle été le fil conducteur de ses intentions ? Un canal d’énergie. C’était au-delà de la raison. Personne ne comprenait cette rémission. Cette magie des pas qui se succèdent, ce sourire intérieur qui ne le quittait plus, cette joie incompressible, inaltérable, cette chaleur dans son corps, comme un noyau en fusion. Un flux vital libéré, comme si la raison éteinte ne pouvait plus maintenir enfermée la conscience du lien. Une connexion indescriptible.

La vie pouvait-elle souffrir des errances du mental au point de se détruire ? N’était-ce pas son amour retrouvé de cette vie qui avait permis la guérison ? Cette épuration de son mental, l’éveil de sa conscience, l’abandon, l’acceptation, tout ce qu’il avait découvert. La vie pouvait-elle se guérir ? Aucune intervention divine. Juste le flux vital qui se nourrit de l’amour qu’on lui porte.

Et ce rêve. Sans que le mot ne convienne, il aurait fallu un autre terme, une rencontre, un message, un contact, une bénédiction, un médecin aurait parlé de rêve, un psychiatre aurait dit hallucination ou délire, il n’en parlait pas, c’était inutile.

Des bulles bleues, phosphorescentes, il flottait dans un océan de plénitude, aucun mouvement, juste les arabesques lentes de ces entités lumineuses. Des voix qui résonnaient en lui, des murmures susurrés doucement dans son âme, il ne se voyait pas mais il était là, c’était lui, une présence, et des myriades d’esprits qui l’enlaçaient, il savait bien que ça n’était pas que des bulles, c’était vivant, animé, un rayonnement d’amour, des auras câlines.

« Tu n’es pas au fil des âges un amalgame de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais juste le verbe être nourri par la vie divine de l’instant présent. »

La phrase inlassablement répétée, comme glissée en lui, coulant dans son âme comme une délivrance, une certitude, une naissance, oui, c’est ça, une naissance.

Il sort de ses pensées. Le col au fond de la vallée étroite, une crête au vent, une herbe rase, quelques rochers, une heure de montée.

La pensée émotionnelle

Par Le 11/05/2011

« Vérifie toujours que tes pensées, tes choix, tes décisions et tes actes, sont  à l’image de la personne que tu es et que tu veux être. »

 

Une réflexion en classe sur cette attitude qui consiste à trouver en soi ce « maître intérieur », à ne pas se contenter d’une surveillance extérieure, celle de l’adulte qui installe et impose des barrières qu’on ne saisit pas réellement.

Une réflexion sur cette pensée qui précède tout le reste et cette émotion qui suit la pensée, qui n’existe que dans l’ombre de cette pensée, qui se nourrit d’elle et est dès lors corrompue…

 

De très nombreuses situations identifiées par les enfants dans leur vie quotidienne. Des pensées qui les assaillent et déclenchent des émotions très puissantes, l’abandon de l’individu à ces émotions comme si elles devenaient le maître d’équipage, plus aucune observation de soi, une dérive, une acceptation de ce bouillonnement intérieur qui amène à prendre un choix, à s’en tenir à une décision, à produire un acte. Et ensuite, parfois, à le regretter. Une extension de la discussion sur cette fameuse « conscience morale » qui n’a pas pu rester prioritaire parce que la « pensée émotionnelle » a été plus puissante ou parce que l’individu a décidé, inconsciemment, de s’y soumettre.

 

La « pensée émotionnelle » est un assemblage de deux entités : la pensée et l’émotion qu’elle génère. Et dès lors que cette émotion vient se greffer, la pensée n’est plus maîtrisée, elle n’est plus observée, elle est prise dans un tourbillon de colère, de frustration, d’envie, de jalousie, d’euphorie, d’espoir, d’attente, d’illusion…Ca n’est plus la réalité mais l’interprétation de la réalité par une pensée et l’émotion qu’elle génère. Le risque, évidemment, c’est que cette réalité finisse par revenir en force, dès lors que cette « pensée émotionnelle » a interdit tout discernement, toute objectivité et que l’hallucination s’efface soudainement parce que la réalité reste la même…

 

Si je me mets à penser à la sortie très proche d'un roman et que j’ajoute à cette pensée une émotion euphorique, liée à l’idée que ça va être un succès national, international, planétaire, universel… Je m’abandonne à cette joie intérieure, j’efface volontairement toute objectivité, je plonge dans une irréalité qui me convient, une projection temporelle qui n’a aucune autre existence que celle que ma pensée lui donne et aucune autre énergie que celle de mes émotions…

La pensée est le moteur, l’émotion est le carburant…

Je deviens dès lors un véhicule sans conducteur, le « maître intérieur » s’est endormi et tout ça va finir la tête dans le mur…Et ensuite, mes pensées reviendront, elles diront que la réalité est vraiment trop dure, les émotions sombres nourriront ces pensées et je repartirai pour un autre tour.

L’individu a beau se prendre le mur à longueur de vie, il remonte toujours à bord et repart pied au plancher…

Stop !!

 

La pensée n’est pas la réalité, elle n’en est qu’une interprétation. L’émotion n’a rien à y faire et si l’individu décide de la laisser s’étendre, il doit garder à l’esprit que tout ça est un jeu dangereux. Une observation constante des phénomènes intérieurs.

 

Un exemple très simple : une partie de tennis.

Dès lors qu’un des deux joueurs s’approche du point final, de cette victoire espérée, si la pensée temporelle prend le pas sur l’instant présent, si des images de coupe brandie, de photographes, d’applaudissements, de reconnaissance, prennent le pas et que des émotions euphoriques viennent nourrir simultanément ces pensées, la maîtrise du geste va voler en éclat…Un point,deux points, une montée au filet catastrophique et l’euphorie va changer de camp…L’individu n’est plus là, il n’est plus dans la réalité mais dans une irréalité temporelle, générée par des pensées émotionnelles. Il peut y avoir au contraire de cette illusion de la victoire, la peur de gagner…Une autre pensée émotionnelle mais négative dans sa projection. Au lieu de continuer à produire le jeu qui lui a permis de prendre le match en main, le joueur va imaginer qu’il pourrait ne pas réussir à maintenir cette pression sur son adversaire. Et cette peur va le figer.

On est toujours dans le même phénomène. La pensée n’est pas la réalité. La réalité se vit, la pensée la commente. Ou mieux encore, elle se tait.

 

C’est finalement la source de cette plénitude procurée par la marche ou l’effort long que j'aime infiniment.

Il y a parfois des « émotions spontanées », des bouffées de bonheur « dé-pensées », rien ne les a déclenchées, aucune pensée, aucune réflexion, aucune interprétation de cette réalité, c’est une bourrasque qui passe, balaie d’un coup tous les résidus de pensées qui cherchent à survivre, c’est un vide immense qui se révèle, un horizon vierge de tout et dans cette épuration mentale, cette bourrasque qui survient, je sais ce qu’elle est. C’est la vie.     

Montagne

Par Le 10/05/2011

Et bien voilà, les vacances sont finies. Notre petit camping-car nous a emmenés dans le Vercors et en Chartreuse. De longues et belles randonnées dans le silence et la solitude des montagnes. Très peu de personnes sur les sommets. De moins en moins, même, il me semble...

En tout cas, toujours ce même bonheur de l'altitude, de cette lumière, de ce silence, des horizons étendus, des couleurs, des surprises, de la recherche d'un itinéraire, de l'abandon des pensées disparates pour entrer dans la mécanique isolante des pas, le silence intérieur et cette "présence" de la vie qui vibre et se réjouit de l'attention qu'on lui porte.

 

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Mongolie.

Par Le 23/04/2011

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Rémi au départ de Oulan bator.

Il roule depuis hier matin.

Attention et concentration.

Par Le 23/04/2011

 

 

« Si vous faites attention, vous ne pouvez pas être concentrés. »

 

Un travail en classe sur cette idée que l’attention est une nécessité.

 

« Fais attention quand tu écris, quand tu calcules, quand tu apprends ta leçon…! »

 

Et bien non justement. L’attention est source de dispersion et elle est très représentative du fonctionnement actuel de ce monde « moderne. »

Lorsque nous faisons attention, nous sommes à l’écoute de tout ce qui nous environne, dans un florilège de perceptions liées à nos sens, attentifs justement à ne rien laisser passer, une discussion, un bruit, un mouvement, tout ce qui peut nous remplir de cette activité ambiante, une espèce de « caméra sensorielle », capable de distinguer le moindre déplacement, le moindre son, la moindre odeur, le moindre frôlement. Il faut imaginer un réseau routier sur lequel notre attention bifurquerait anarchiquement. Il est très long et ardu d'apprendre à "conduire".

 

La concentration implique au contraire l’établissement d’un horizon limité, une interdiction de changer de chemin, comme si une voie unique était tracée et qu’elle devait être empruntée sans aucune interférence, dans le refus de toutes perceptions étrangères, une lobotomie sensorielle, uniquement attachée à la validation du travail entamé. Il n’y a qu’un objectif et rien ne doit s’y greffer.

 

Le silence et la solitude sont des alliés de choix. On peut dès lors se demander comment 30 enfants dans une classe peuvent y parvenir…Quand je vois d’ailleurs la difficulté pour un groupe d’adultes à rester « concentré », il y a une certaine aberration à en attendre davantage d’un groupe d’enfants.

 

Il me semble que cette fameuse attention est très représentative de cette dispersion ambiante. Les marchands, les médias, les autres, les contraintes sociétales, sont des éléments perturbateurs.

Les marchands sont d’ailleurs passés maîtres dans l’art d’entretenir l’attention.

« Attention, ce nouveau smartphone va révolutionner votre vie, attention cette nouvelle voiture sera une compagne fidèle, attention cette nouvelle série télé est un évènement, cette télé réalité va vous bouleverser, attention, attention, attention, ne manquez pas tout cela, vous le regretteriez. Soyez dans le coup !»

 

Et les consommateurs ne cessent de faire attention sans jamais se concentrer.

L’attention est un phénomène tourné vers l’extérieur quand la concentration est une plongée intérieure. Dès lors, elle est un ennemi de la consommation.

Un ermite silencieux est un citoyen économiquement sans intérêt…

La concentration implique une observation de soi afin de ne pas quitter la voie intérieure. Alors que ce monde moderne est une ouverture constante sur l’extérieur.

Bien sûr qu’il est profitable de faire attention lorsqu’on marche en forêt. Il n’est pas question de le nier ou de rejeter ces bonheurs multiples. On peut par contre y adjoindre une certaine concentration dans la plénitude qu’on y trouve. Comme si la nature ramenait immanquablement l’individu vers soi. Une boucle en quelque sorte. Marcher en montagne est autant une ouverture aux sens qu’un état de méditation dans l’intériorisation que l’activité déclenche. Encore faut-il aller marcher avec des personnes oeuvrant à l’exploration intérieure et non aux commentaires des dernières nouveautés technologiques ou de la campagne présidentielle…Il y a des sujets de discussion qui sont des insultes aux arbres.

 

Quand j’entends mes élèves discuter du dernier jeu vidéo à la mode, alors qu’ils marchent en montagne, sous les frondaisons des arbres, au bord d’un torrent, je me dis que le travail à faire est gigantesque avant de les amener au silence…De l’attention à la concentration, le chemin est long et parsemé de pièges de toutes sortes.

 

Cette attention pourrait être visualisée sur un plan horizontal, une espèce d'extension destinée à capter tous les éléments générés par les esprits engagés dans le même fonctionnement.

La concentration implique un mouvement vers le centre. Une plongée verticale déclenchant simultanément une élévation du même ordre. Les perceptions environnementales ne sont plus des interférences dispersives mais des phénomènes aléatoires qui s'estompent naturellement.

Juste des risées sur l'Océan intérieur. 

L'école.

Par Le 23/04/2011

Tout ce qu'il conviendrait de faire. Et il y a urgence...

 

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DEI-France

41 rue de la République, 93200 Saint-Denis 

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LETTRE OUVERTE

A Monsieur Eric DEBARBIEUX

 

Saint-Denis, le 22 avril 2011

Objet : Assises nationales sur le harcèlement à l’Ecole / 2 et 3 mai 2011

            Monsieur,

DEI-France est une association – section française de l’ONG Défense des enfants International, habilitée auprès des Nations Unies – qui promeut la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et milite donc de façon globale et pluridisciplinaire pour le respect des droits des enfants à être protégés – contre toute violence notamment – en même temps que pour leurs droits à participer à leur éducation et à exercer progressivement leurs libertés, qui sont des gages évidents d’une meilleure protection. C’est dans cet état d’esprit que deux de nos membres ont été signataires de la « lettre ouverte » qui a été adressée au ministre de l’Education nationale en janvier sur le sujet, et que nous participerons aux prochaines Assises sur le harcèlement à l’Ecole.

Nous avons pris connaissance avec intérêt de l’étude de victimation que vous avez réalisée avec  Georges FOTINOS à la demande d’UNICEF-France sur les violences dans les écoles primaires. Nous sommes heureux qu’enfin une étude sociologique donne directement la parole aux enfants pour recueillir leur « expertise » sur ce qu’ils vivent au quotidien. Nous apprécions également qu’une étude similaire ait été lancée par le ministre dans les collèges dont nous pensons qu’ils cristallisent plus encore que l’école primaire ces phénomènes de violences et de harcèlement. 

Dans la perspective de la mise en débat, à l’occasion des prochaines Assises des 2 et 3 mai sous votre caution scientifique, de propositions pour lutter contre les phénomènes de harcèlement entre pairs dans l’institution scolaire, nous souhaitons attirer votre attention sur les écueils suivants :

  • S’il est indispensable de trouver des solutions pour prévenir et lutter contre les phénomènes de harcèlement entre pairs, il ne faut pas oublier pour autant toutes les autres formes de violences auxquelles sont confrontés les élèves, parfois même du fait de l’organisation de l’institution scolaire, dont les acteurs soulignent de plus en plus les tensions professionnelles et les déficits de formation auxquels ils sont eux-mêmes exposés.  
  • Il y a lieu de ne pas se désintéresser non plus des situations où des élèves  - en l’absence de tout comportement violent apparent - retournent contre eux-mêmes la violence qu’ils ressentent, et l’expriment par des comportements d’autoagressivité voire d’autodestruction ou encore de désinvestissement, d’évitement et de repli. Moins perturbateurs pour la communauté scolaire, ces enfants n’en sont pas moins, eux aussi, en réel danger.
  • Enfin et surtout, s’il faut viser à repérer, pour mieux les accompagner, les victimes et les auteurs potentiels de ces violences, il ne faut pas en rester, dans la recherche des causes comme des solutions, à une approche strictement individuelle : il y a lieu bien sûr de faire prendre conscience aux élèves de leur responsabilité individuelle, y compris au sein de groupes, mais il n’en reste pas moins vrai que les causes essentielles de ces phénomènes de harcèlement sont collectives, comme les solutions d’ailleurs. 

A ce sujet, nous tenons à vous signaler les solutions originales que DEI-France promeut depuis longtemps mais pour lesquelles nous n’avons pas trouvé une oreille attentive de la part des  prédécesseurs de Monsieur Luc Chatel[1]. Elles peuvent être résumées dans les quelques items qui suivent :

  • Approche et enseignement des fondements du droit dès l’école primaire et, au collège, un enseignement plus poussé de l’organisation de notre système judiciaire et des notions de droit civil et pénal utiles à tout citoyen.
  • Une approche et un enseignement particulier aux droits de l’homme, à commencer par les droits de l’enfant, non seulement à être protégé mais aussi à être acteur de son éducation et à exercer progressivement ses libertés – d’expression, d’information, de conscience – aussi bien dans la famille que dans l’école ou dans la cité.
  • Sensibilisation des élèves aux phénomènes de groupe, à la gestion des conflits, à la relation à l’autre, à « l’apprivoisement » des différences (handicap, âge, sexe, etc.). Une approche sous des formes actives - théatre forum, expressions artistiques ou autres - permet ainsi des apports plus théoriques comportant, adaptées aux contextes, des notions de philosophie, d’anthropologie, de sociologie, de psychologie, d’éducation sexuelle, à la santé, à la gestion des conflits, etc.
  • Une organisation des établissements scolaires – en matière de locaux, de groupes classes, de rythmes scolaires, de vie scolaire, de présence de permanences médicales et sociales, -  qui mette en œuvre concrètement les droits de l’enfant à être protégé dans son intimité, sa santé, contre toute forme de violence ou de négligence, mais aussi ses droits à être écouté, pris au sérieux, à avoir un pouvoir sur sa vie en participant, avec l’accompagnement des adultes, aux décisions qui le concernent.
  • En matière de discipline, l’élaboration avec les élèves et tous les acteurs de l’établissement de règles de vie connues et valables pour tous mais tenant compte de la « spécificité d’enfant » des élèves[2] ; l’utilisation de sanctions restauratrices plutôt que la mise à l’écart ; le développement et la formation des élèves aux pratiques de médiation entre pairs et une présence d’adultes disponibles et en nombre suffisant, plutôt que le recours à des systèmes de surveillance désincarnés dont on connaît bien les limites.
  • S’agissant des méthodes pédagogiques, le développement de méthodes actives et coopératives, du « faire ensemble » aussi bien entre élèves qu’entre élèves et adultes ; la valorisation du travail de l’élève plutôt que de la seule parole de l’enseignant.
  • Quant à l’évaluation, l’abandon du système actuel construit sur les notes[3], le classement, le tri entre bons et mauvais, ceux qui réussissent et ceux qui échouent, pour retenir comme objectif principal du nouvel outil d’évaluation l’utilité pour l’enfant de mesurer ses progrès et de lui donner, ainsi qu’à sa famille, les éléments lui permettant de s’orienter au mieux pour la poursuite de ses études et pour sa formation professionnelle.
  • La formation de tous les personnels scolaires au développement d’une nouvelle forme d’autorité fondée non pas sur une différence de statut adulte-enfant ou enseignant-enseigné mais sur la capacité de cette autorité à autoriser et pas seulement à interdire, à protéger les élèves, à faire de l’Ecole un lieu « secure » tout en les aidant progressivement à grandir intellectuellement, à s’ouvrir à d’autres cultures que familiale et à acquérir leur autonomie en les accompagnant dans une prise de risque maîtrisée.
  • Plus fondamentalement une affirmation forte dans les objectifs de l’école obligatoire, et localement dans les projets d’école et d’établissement, de la volonté de réconcilier « réussite » individuelle  et apprentissage du vivre en société, d’éduquer aux notions de bien collectif, de travail en équipe et de promouvoir les valeurs de solidarité [4].
  • Une formation indispensable des personnels aux implications éducatives de leur mission de service public, au delà de leur fonction d’enseignant, d’ATSEM, d’ATOS ou de personnel de direction ; et un minimum de connaissance de psychologie des enfants, des situations de handicap, des droits de l’enfant et du rôle des autres acteurs publics de l’enfance et de la famille.
  • L’ouverture de l’Ecole sur l’environnement par l’implication des personnels, des enfants et des familles dans l’élaboration d’un projet éducatif territorial et global permettant d’articuler de façon cohérente tous les espaces-temps de l’enfant [5].

Si ces propositions peuvent paraître très générales et parfois éloignées du seul problème des violences et harcèlements entre pairs, elles nous semblent pour autant essentielles : nous sommes convaincus que ces violences et harcèlements trouvent en large partie leur source dans le fonctionnement actuel de l’institution scolaire qui engendre lui-même de la souffrance, de l’exclusion[6] et donc de la négligence et de la violence. Elles sont aussi la reproduction par les enfants de replis identitaires ou de mise à l’écart de la différence dans notre société qui tend à une normalisation de plus en plus forte, quand elle ne disqualifie pas purement et simplement toute une partie de la population qui ne peut avoir accès aux conditions quotidiennes d’une sécurité de base..

Nous espérons vivement que, sous votre caution scientifique, les Assises organisées par le ministre de l’Education nationale sauront éviter les écueils d’une réduction de la violence à l’Ecole aux seuls phénomènes visibles de harcèlement entre pairs et d’un oubli des responsabilités collectives et institutionnelles en la matière ; qu’elles déboucheront aussi sur des propositions de solution qui, loin des systèmes de surveillance déshumanisés, et bien au delà des seuls dispositifs de repérage individuel des auteurs ou victimes de harcèlement, sauront s’attaquer aux causes profondes et collectives de ces violences que malheureusement les orientations du gouvernement ces dernières années, en termes d’effectifs et de formation des personnels, de scolarisation des 2-3 ans, de modification des textes sur la discipline, de responsabilisation à outrance des parents ou les discours nostalgiques sur une autorité à l’ancienne  n’ont fait qu’accroître.

En vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à cette lettre, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma haute considération

Jean-Pierre ROSENCZVEIG,

Président

 

Copie à : M. Georges FOTINOS et M. Jacques HINTZY, président d’UNICEF-France



[1] Nous avons rencontré un conseiller du Ministre Xavier DARCOS en février 2008 : cf lettre adressée le 10 mars 2008:

http://www.dei-france.org/DEI-communiques-commentaires/2008/Lettre_MEN_13-03-2008.pdf

Voir aussi les recommandations de notre rapport alternatif au Comité des droits de l’enfant au chapitre éducation loisir et culture :

http://www.dei-france.org/rapports/2008/index_rapport2008.html

[2] Comme il en existe déjà dans certaines écoles primaires, par exemple l’école Marie Curie à Bobigny.

[3] Cf la proposition de L’AFEV et d’autres associations dans le domaine scolaire :

http://suppressiondesnoteselementaire.org/

[4] Voir l’Appel de Bobigny signé par plus de 40 organisations : syndicats, réseaux de villes, associations complémentaires de l’Education Nationale et d’éducation populaire, associations de parents…

http://blogs.mediapart.fr/edition/appel-de-bobigny/article/181010/appel-de-bobigny-vers-un-grand-projet-national-pour-len

[5] Cf la proposition n°10 de l’appel de Bobigny

[6] Voir les conclusions de la journée du refus de l’échec scolaire 2010 organisée par l’Association de la fondation étudiante pour la ville : http://www.afev.fr/communication/Bilan_jres_2010_AFEV_web.pdf

L'inquiétude.

Par Le 21/04/2011

Rémi, notre garçon (20 ans dans 7 jours) est parti pour un raid à vélo pendant trois mois, tout seul.

Départ Genève, passage par Moscou, Transsibérien pendant 5000 kilomètres, Transmongolien jusqu’à Oulan Bator puis départ pour les steppes.

Une continuité finalement si on pense à tout ce qu’on a fait avec nos trois enfants. Sauf que Rémi franchit une étape élevée d’un coup…

 

D’où le sujet du jour : l’inquiétude. 

 

Imaginons que j'ai montré à Rémi que j'étais inquiet. S'il se retrouve dans une grosse galère, cette peur qui m'appartient s'est ancrée en lui et elle va rajouter une pression alors qu'à ce moment précis, il a besoin de tout son potentiel et de sa lucidité. C'est ma peur qui l'alourdit, comme un fardeau.
Cette inquiétude est totalement inutile pour moi, elle crée une pression pénible mais je l’entretiens malgré tout, comme si je me devais d’être inquiet, un bon père qui a peur pour son fils, une bonne conscience que je me donne. C’est totalement absurde. Cette inquiétude n'aidera pas non plus Rémi. Elle va même avoir un effet particulièrement néfaste. Il aura peur, non pas pour lui mais pour moi et ça le figera dans l’expectative et le doute alors qu’il aura besoin de réagir rapidement.

Si par contre, j'ai transmis à Rémi ma confiance, si j'ai su l'accompagner dans sa préparation et qu'on est assuré d'avoir fait tout ce qu'on pouvait, qu'on a parlé de tout ce qui pouvait lui arriver et que je lui montre que je n'ai aucun doute sur sa capacité à gérer l'urgence, j'ai ancré en lui une force supplémentaire, celle de cette confiance.
Pour moi, cette confiance ne servira à rien sinon d’éviter à l’inquiétude de refaire surface. Mais pour Rémi, elle peut être utile.

En définitive, toutes mes émotions actuelles n'ont aucune importance. Mais celles qui se sont produites avant peuvent avoir un rôle à jouer.

C'est l'expérience du canyonning qui me l'a montré. C'est ma peur pour Léo qui ne savait pas si on était vivant, c'est d'imaginer son inquiétude qui nous a fait, ma femme et moi, perdre cette lucidité qui nous aurait permis de continuer à descendre la gorge au lieu de remonter la falaise. Comble de la situation, cette inquiétude partagée nous a doublement égarés.  

 

Dans le cas de Rémi, c’est finalement notre propre bien-être qu’on chercherait à préserver en transmettant cette inquiétude. Une tentative pour mettre un terme ou un frein à une aventure qui dépasse nos capacités. Mais ça n’est pas à Rémi qu’on penserait dans cette pression. Juste un apaisement qui conviendrait à notre vie sédentaire. Il y a dans l’idée du voyage une peur viscérale, une perte de nos repères, de nos murailles, celles de la maison qui nous abrite et celles de nos habitudes qui nous rassurent. Partir, c’est faire voler en éclat tout ce qui correspond à cette vie ancrée.


On peut aussi, de façon irrationnelle, imaginer que Rémi perçoit nos émotions, malgré les distances et qu'il a davantage besoin de notre soutien que de nos peurs. Après tout, on n’en sait rien alors dans le doute, il vaut bien mieux opter pour le positif.

Par conséquent, le choix est fait.

Le libre penseur

Par Le 16/04/2011

La libre-pensée ou libre pensée (expression attribuée à Victor Hugo dans un discours de 1850) est l'attitude philosophique consistant à refuser tout dogmatisme, religieux ou autre, et à ne se fier qu'à sa raison (rationalisme). Dans sa forme, l'expression est ambigüe puisque si la pensée peut être libre par rapport aux autorités, elle ne peut se libérer de la réalité.

Le problème, à mes yeux, est que la raison, est particulièrement formatée et ne concourt pas à la liberté. Elle n'en est qu'un outil. Elle ne libère pas l'ouvrier. Si on considère qu'un libre penseur est un esprit qui a la capacité à s'opposer à des dogmes, il n'est pas libre pour autant puisqu'il réagit à des paramètres auxquels il s'oppose. Il lutte dans la geôle des conditionnements qu'il combat. Ce combat, lui-même, est une enceinte qui l'amène à adopter des attitudes, des réactions, des conflits, des confrontations d'idées. Mais on peut tout de même lui accorder un certain hommage devant la difficulté de la tâche. Il ne me viendrait pas à l'idée de critiquer un Voltaire par exemple...

Plutôt que "libre penseur", je préfère l'expression du "penseur qui se libère".

On peut se demander s'il ne convient pas d'arrêter de penser pour atteindre la liberté. C'est sans doute pour ça que j'aime autant l'effort physique de longue durée... Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de pensée mais un état de plénitude intérieure nourrie par l'énergie qui vibre dans les fibres. C'est la Nature finalement qui est le plus doux garant de la liberté. L'humanité est un amalgame de pensées qu'on cherche à gérer et dès lors on perd sa liberté de ne plus penser. Le "libre penseur" est celui qui s'est libéré de la pensée...

Cette réalité dont on ne peut se défaire, il est tout de même permis de ne pas la commenter. Ce qui n'élimine pas l'observation. La pensée est tournée vers l'autre. Là, en ce moment, si je pense, ça n'est pas pour moi mais pour transmettre ce que je porte et que je connais.je n'avais pas besoin d'écrire ce texte pour éprouver cette liberté de non-pensée. En décidant de la partager, j'entre de nouveau dans le cadre des pensées afin de constuire un texte éventuellement compréhensible. Je me soumets dès lors à cette nécessité. Mais je l'ai identifiée, j'en connais les détours. Et je sais qu'il me suffira d'aller marcher demain en montagne pour qu'elle s'efface.

Le libre penseur est celui qui a établi en lui-même le cheminement favorable à l'émergence d'une pensée soumise à sa raison et non d'une pensée intrusive et qui possède également le cheminement permettant de se libérer de cette pensée lorsqu'elle n'a plus de raison d'être.

Le libre penseur ne peut pas être attaché à son désir de liberté au risque de créer une entrave. S'il n'existe qu'à travers son originalité, il en devient dépendant. Que sera-t-il s'il ne trouve plus de pensées formatées à combattre ? Un libre penseur enchaîné à l'absence de combat. Le libre penseur qui est conditionné à son désir de liberté ne peut pas être libre...

Il n'y a bien que l'absence de pensées qui puisse être source de liberté.

La maladie ou le "mal l'a dit"

Par Le 08/04/2011

 

Et si nous n'entendons pas ce que le "mal" nous dit, c'est la maladie qui prend le relais. Il y a des signes précurseurs et au lieu de nous précipiter chez le médecin allopathe, qui d'ailleurs devrait apprendre à dire "allo, il y a quelqu'un?", au lieu de s'acharner à faire taire ce que le mal dit, si nous apprenions à nous entretenir avec nous-mêmes, si nous apprenions à aimer la vie qui est là au lieu de nous plaindre des conditions de vie qui sont devenues douloureuses, si nous parvenions à comprendre pourquoi le mal nous parle et à en retirer le bien qu'il contient, cette évolution vers une compréhension plus fine de nous-mêmes, si nous abandonnions cette habitude inculquée d'entrer en conflit avec le mal alors qu'il est là pour notre bien, peut-être est-ce que ça irait mieux...

 

Je ne rejette pas la médecine allopathique, la techno-science et les formidables avancées qui sont les siennes. Les chirurgiens qui vont sauver les accidentés de la route ou les combattants lybiens n'ont pas à se poser de questions sur les tréfonds de l'âme de celui qui agonise... Je rejette par contre les techniciens qui ne sont plus que des "urgentistes". La technique en soi est vide de toute compassion si elle n'est pas accompagnée par l'écoute envers ce que le "mal a dit".  Ce technicien n'est sinon qu'un mécanicien et on sait tous que nos voitures retombent inévitablement un jour en panne...

Les traitements qui sont construits sur l'idée de la causalité sont des traitements fragmentaires. "Une douleur, une cause," est un raisonnement éminemment simpliste.

Le corps est le reflet d'un monde intérieur qui ne s'arrête pas à l'usure d'une pièce, à l'encrassage d'une tuyauterie, à la rupture d'une durite. Ce qui importe, c'est de remonter à la source du problème et non de se contenter de l'effet visible. Si un garagiste s'arrêtait à vous vendre un bidon d'huile sans essayer de trouver la fuite, vous le traiteriez de charlatan...C'est surprenant que certains médecins se satisfont d'un médicament sans savoir pourquoi celui-ci est devenu à leurs yeux indispensables et que nous retournions les voir lorsque le traitement n'a aucun effet durable et que la perte d'huile s'obstine à réapparaître...

L’homéopathe qui s’astreint à faire un état des lieux avant de se diriger vers un traitement fait preuve de cet égard indispensable envers le patient. Et si celui-ci s’appelle « patient », c’est bien qu’il est capable de faire preuve de patience envers la guérison. Il n’est pas dans l’attente immédiate d’un effet mais dans l’obtention d’une compréhension de ce qu’il est et de ce que le mal lui dit. La guérison viendra en son heure. Et si l’individu emprunte une « voie express » pour arriver à destination, il ne s’en plaindra pas.

 

Hippocrate, lui-même, estimait que le médecin devait prendre en charge, non pas la maladie, mais le patient. Rien que ce regard holistique marque une distanciation immense avec la pratique de « ces techniciens de surface » qui s’intéressent à la pièce sans observer, analyser, parcourir, ausculter l’architecture entière et plus encore l’architecte lui-même…

C’est ce regard spirituel qui manque effroyablement. Cette voie également tournée vers l’architecte et non uniquement la structure. Il reste en plus de ce travail envers la conscience intime de l’architecte à l’accompagner dans la conscience de ce qui constitue l’énergie permettant l’existence de l’architecte…J’entends déjà certains médecins arguer que ça n’est pas de leur ressort. Effectivement, ça n’est pas « uniquement » de leur ressort. C’est aussi à l’école de le faire, aux familles, aux médias, à la culture, aux individus entre eux.

« L’homme n’est rien d‘autre que la Nature prenant conscience d’elle-même, » écrivait Elisée Reclus au XIXème siècle.

La maladie n’est-elle pas dès lors le symptôme d’une Nature qui souffre d’une inconscience envers elle-même ? Ou d’une indifférence, d’un éloignement destructeur ?

 

Là encore, lorsque je lis les textes concernant les indiens Kogis, j’ai du mal à considérer que nous sommes dans une voie de progrès et que eux sont restés figés dans une culture ancestrale et primitive. Je dirais plutôt qu’ils ont continué à avancer dans une voie de connaissance spirituelle et que nous avons foncé tête baissée dans une voie mécaniste. Non seulement nous ne nous intéressons pas assez à l’énergie constituant la vie des architectes mais nous avons en plus perdu de vue les architectes eux-mêmes dans le fatras de leurs architectures.

 

Effroyable désastre.

Intérieur, extérieur...

Par Le 06/04/2011

J'en suis de nouveau là...Cette impression extrêmement puissante que la "réalité" que je perçois n'est qu'une infime partie de ce qui est. Des bouleversements qui surviennent, des marées de frissons, totalement inattendus, n'importe quand, en pleine nuit ou au volant de ma voiture, en vélo ou au moment de taper dans une balle de tennis, en croisant le regard d'un de mes élèves dans la classe, en regardant par la fenêtre, en suivant des yeux ma princesse qui traverse le salon, en entendant la voix de ma fille, en contemplant la lune ou en écoutant le chant du rouge-gorge qui ne quitte plus notre jardin...Comme une enveloppe qui se déchire.

Je n'ai plus peur désormais...

 



"VERTIGES"
Extrait.

« Il ouvre les yeux…
Un disque ardent rayonne au-dessus des montagnes. Des cascades de bleu glacé caressent les pentes de neige endormies. Un calme d’une froideur métallique emplit l’espace. Là-haut, une veilleuse s’est allumée et répand sur les choses envoûtées une lumière féerique, une limpidité cristalline. Aucun chuchotement n’ose troubler l’immobilité des montagnes. L’air, lui-même, est suspendu à cette vapeur bleutée. Le relief a perdu son agressivité, les pointes se sont nivelées, les cassures se sont comblées. Cette sublime phosphorescence attendrit l’ensemble et éveille une harmonie totale. Une cloche de verre semble protéger de toute intrusion ce lieu sanctifié. La lune donne sa clarté comme une bénédiction.
Il a l’impression que le disque blanc s’ouvre sur un autre monde, comme un hublot pour des spectateurs curieux…Il se sent observé…Cette idée voyage longuement dans son corps étalé, au creux de son cocon de neige. Cette atmosphère si intense résonne en lui comme dans une coque vide. Il se fond dans cette étreinte qui par moments s’adoucit de pâleurs ou se charge de mauves.
Il ne sait pas ce qui l’a réveillé…
Est-ce cette vibration subtile qui s’est insinuée dans son ventre, comme une onde souterraine remontée des âges glacés, ou cette mélodie de silences aigus qui a transpercé la carapace de son cerveau éteint ?
Il est trop près de la vie de la montagne, il ressent trop profondément l’ineffable beauté qui l’entoure pour pouvoir mourir. Il le comprend brutalement sans pouvoir l’exprimer. Les idées jaillissent en lui comme un flot libéré. La vie du monde est en lui et le soutient. Tant que ses yeux restent fixés à la Terre, il ne peut pas partir…Mourir, c’est retourner ses yeux au-dedans de soi et oublier l’Univers.
Cette phrase se grave dans son cerveau. Hypnotisé, il entreprend dans sa tête le lent processus de l’homme qui se lève. Ses genoux soudés par le froid se déplient en craquant, les coudes parviennent à se bloquer pour supporter le poids du corps, le dos, sculpté par la douleur, retrouve dans sa mémoire une posture acceptable.
Il est debout…Du moins, ses jambes le portent. Pour le reste du corps, trop tordu, il ne s’agit pas d’une position connue.

Le glacier s’étire devant lui, nonchalamment, maquillé par endroits d’embruns scintillants qui offrent à la lune leurs miroitements étoilés. Des clairières de lumière diffuse guident les présents de l’astre vers des étendues insatiables. Dans cette cérémonie amoureuse, tout n’est qu’offrande.

Comme un somnambule fasciné, il chemine lentement entre les crevasses ouvertes. Il perçoit dans ses os les craquements de la glace et son sang est teinté par la nuit bleutée…Il se croyait vidé de tout mais il comprend maintenant qu’il s’est simplement retourné…Son intérieur est dehors…Il a déjà ressenti cela, autrefois, sur un sommet…Peut-être n’est-ce pas si loin d’ailleurs. Il ne parvient plus à distinguer le temps qui passe. Il est assailli de sensations inconnues. Il saisit avec une précision extrême la rotation de la Terre, les courants d’air dans l’atmosphère, les soulèvements des océans aimantés par la lune, les mouvements indicibles de la croûte terrestre…Il en est presque effrayé. Tout ce qu’il capte est si éloigné de l’humain. Pourquoi lui donne-t-on à connaître tout cela ? Qui est responsable ?
Il ne distingue plus son corps.
Il regarde sa main et il aperçoit dans les rides des sillons d’étoiles filantes. Il emmène cette main vers l’endroit supposé de sa joue, mais il ne reçoit aucune information connue. Il a peur de disparaître dans l’espace, et, simultanément, il comprend que c’est déjà fait.
Il ne s’agit plus simplement d’une cellule au bout d’un doigt, travaillant aveuglément pour cette zone limitée, ignorante du corps qui la porte, il ne s’agit plus d’un individu vivant à l’intérieur d’un espace inconnu, insensible à l’immensité qui le contient. Il est entré ailleurs…Dans une dimension synergétique, dans un état d’ultime clairvoyance.
La cellule, au bout du doigt, est intimement liée au Tout…Et dans son entité, simple et unique, le Tout est inscrit…
Il devine alors combien il n’est pas lui. Mais bien plus. Sans savoir ce que c’est…Il est incapable de continuer sa découverte. Tout va trop loin. Il a l’impression brutalement que sa conscience est en expansion, qu’elle est inscrite dans le même élan qui porte l’Univers, qu’à l’intérieur de son crâne en fusion, un processus s’est engagé, qu’il ne contrôle rien et que ce n’est qu’un début.
Il voudrait être sûr de ne rien oublier mais sitôt pensée, l’idée disparaît. Il en ressent une profonde injustice. Plus il tente de se concentrer, moins il comprend…Il doit s’abandonner, il le sent. Tout ce qui se passe d’ailleurs, n’est que ressenti. La raison est trop restrictive. Il faut s’en dépouiller. Ne rien vouloir. Ce serait encore trop humain. Et l’humain est si faible. Il faut autre chose. Et c’est en lui, il en est certain. Mais où ?
Devenir la sensation pure.
Ne pas vivre dans le monde mais vivre du monde.
Non, la solution n’est pas en lui, il le sent, il le sait, la solution, c’est le monde…
Etre soi, c’est se défaire de soi et entrer dans la complicité avec l’espace, avec la matière vivante qui grandit inexorablement, comme sa conscience. L’Univers est en lui, il le comprend et il s’étend avec lui, sur sa lancée.
Il dérive dans des courants de lumière inconnue. L’étendue des révélations qui s’éveillent le bouleverse.
Une étrange impression de chaleur se pose sur son visage. Pourtant, rien à l’horizon n’indique la venue du soleil. Il voudrait comprendre mais sitôt prononcée, cette volonté anéantit toutes ses chances de saisir. Il cesse de penser et se laisse porter par sa marche lancinante.
Il écoute avec sa peau, et de nouveau une tiédeur le frôle.
Des courants solaires se sont insinués dans la nuit. Eclaireurs de l’astre, ils annoncent au monde l’élévation prochaine. Des effluves bienfaisants caressent sa peau. Il est heureux.
Il voit avec sa peau !
Jamais il n’aurait cru cela possible. Devant cette conscience nouvelle, il cherche encore à comprendre comme s’il ne pouvait pas se défaire de cette habitude. Il sait que quelque chose a changé. Mais il ne sait pas ce que c’est. Le mot « clarté » revient sans cesse. Il pressent qu’il ne s’agit pas du soleil ou d’une lumière visible mais d’un regard sur lui-même. Une compréhension mystérieuse qui lui avait toujours échappé. A la fois, et de nouveau de façon imprécise, il devine combien il lui reste de chemin à parcourir.
Intérieurement.
Comme si le fait d’avoir entamé une découverte, d’avoir entrouvert une porte inconnue, lui ouvrait un horizon gigantesque, un panorama infini de consciences, toutes, à mesure de leur éloignement, plus profondes les unes que les autres. Un sentiment d’excitation le gagne, remplacé aussitôt par une inquiétude profonde. Est-il capable de voir plus loin, a-t-il les capacités d’apprendre encore ? Et apprendre quoi ? Il ne sait pas ce qu’il reste à découvrir. Il ne domine rien.
Il n’est pas en apprentissage.
Il est en révélation.
Les idées l’épuisent. Tout va si vite. Il al ‘impression d’être ouvert. Et que toutes les idées existantes tombent en lui, c’est effrayant et bouleversant à la fois. Il voudrait continuer mais il ne sait pas dans quel sens diriger ses pensées…
Diriger…
Quel mot prétentieux ! Il en rirait s’il en avait la force. Qu’est-il donc s’il ne contrôle pas ses progrès, si tout lui arrive, si tout vient en lui mais qu’il ne soit pas capable de faire venir. Y a-t-il l’homme qu’il voit, qu’il peut toucher, sentir, et puis, caché derrière une conscience primaire et immédiate, un autre lui-même, différent, conscient d’autres consciences, connaissant d’autres connaissances, vivant une autre vie, une vie secrète, étouffée, maintenue cloîtrée comme si les révélations à dire faisaient peur. Et laquelle de ces deux vies, ou peut-être plus, est la plus réelle ? Celle du monde des vallées n’est-elle donc qu’un songe ? Celle-ci, loin de tout et surtout des hommes, est-elle encore une vie ? Ou juste une fuite ? Faut-il vivre parmi les autres quand on veut se connaître ? Ou la grande solitude est-elle la condition unique et indispensable ?
« Alors jusqu’ici, je n’ai jamais vécu ? »
La question est tombée. Il n’a pas pu la retenir. Dans le flot de pensées qui l’assaille, ce jugement implacable s’est imposé.
Il essaie de se sauver en se remémorant des évènements importants qu’il aurait réellement dominés, quelque chose qu’il aurait conduit, totalement, de l’essence même de l’idée à sa conception, de sa réalisation à sa conclusion et enfin l’enseignement à en retirer. Il ne trouve rien…Les idées lui ont été données, les cheminements ont été tracés, les enseignements lui ont échappé. Rien n’est de lui. Il n’a pas agi, il a réagi...Subir, seul ce mot lui convient. Un dégoût de soi, mêlé d’une épouvantable tristesse, le submerge…Rien ne lui appartient et surtout pas lui-même. Il le sent et c’est une douleur effroyable.
Il a été vécu. A travers l’autre, celui qui s’appelle Jonathan. Lui, le vrai, ne s’est éveillé qu’ici. Sa vie au grand jour commence.
S’il parvient à rester à la surface. Si Jonathan ne reprend pas la place.
Il cherche à établir une liste d’actes à accomplir pour rester maître de lui-même. Il ne trouve rien. Il est épuisé. Tout s’embrouille. Il découvre et ne peut rien retirer de cet enseignement. Il apprend sans comprendre pleinement. Tout continue à tomber en lui. Est-ce qu’il faut s’en contenter ? N’est-ce pas déjà un merveilleux chemin ? Que faut-il pour rester conscient ? Et penser que l’on est conscient, est-ce une preuve suffisante ? N’y a-t-il pas encore tromperie ? Penser que l’on pense à soi, est-ce un acte de maîtrise, une certitude d’avoir atteint un degré supérieur de conscience ? Celui qui est en moi possède-t-il un jugement impartial, totalement objectif ? Il a peur. Les mots sont effrayants. Il ne se souvient même pas les avoir appris un jour. Ils tombent en lui comme dans un gouffre béant. Le flot ne s’interrompt plus. Il sent pourtant, que cette fois, il doit se laisser porter, que cette fois, tout ce qui se passe en lui est bon à prendre. Même s’il s’agit toujours d’un état de dépendance, même si les idées ne sont pas à lui mais en lui, il convient simplement pour l’instant de les laisser éclater au grand jour, de les saisir le plus fidèlement possible, de les préserver enfin. Et peut-être un jour de les comprendre. Il doit cesser d’avoir peur…
Mais puisque ces idées sont en lui, elles doivent bien lui appartenir ! Tombent-elles de l’Univers dans un esprit prêt à les accueillir ou remontent-elles d’une mémoire gigantesque ? Tout est-il déjà inscrit quelque part à l’intérieur ? Cette connaissance suprême, comment la conserver, l’approfondir, la développer si elle disparaît sans prévenir, s’il est impossible de la contrôler. Si tout est perdu à chaque fois, comment atteindre la félicité ? Où la mémoire range-t-elle cette béatitude, cette lucidité extrême, cette complicité avec l’Univers ? Existe-t-il quelque chose de durable ?
Il n’a pas le temps de finir une phrase qu’une autre survient, qu’un flot de pensées absorbe le précédent, qu’une question s’impose avant le début de l’esquisse d’une réponse. Il est noyé de mots. Chaque révélation en appelle dix autres. Il croit devenir fou…Conscience, Univers, clairvoyance, harmonie, osmose, béatitude…Des mots ignorés semblent avoir pris vie en lui et s’écrivent dans un foisonnement inaltérable.
Comme si tout avait déjà été là.
Il descend…

Un sacré fatras.

Par Le 02/04/2011

Et qui pourtant sert encore de fondations...Consternant.


Georges Minois sur le sujet des Textes bibliques.  Un ouvrage intitulé  "Les origines du mal : une histoire du péché originel".


Voici un résumé trouvé sur internet.

"Pourqui les hommes sont-il mortels ? Pourquoi souffrent-ils tellement et font-ils souvent souffrir leurs semblables ? Depuis l’Antiquité, des hommes élaborent des explications surnaturelles. Le premier livre de la Bible en présente une qui aura un impact énorme sur les croyances et la vie d’une multitude d’hommes. Vers le VIe siècle avant notre ère, les rédacteurs de la Genèse ont imaginé un récit qui attribue l’essentiel de la responsabilité au Diable (le tentateur, jaloux de la nouvelle créature de Dieu), à Ève (la première à commettre « la » faute) et à Adam (qui s’est laissé séduire par sa femme).

Le récit de la consommation du fruit défendu occupe une place minime dans l’Ancien Testament. Il n’est pas mentionné dans les Évangiles. C’est Paul de Tarse (St Paul) qui a lancé l’idée que le Christ s’est incarné et a subi le supplice de la croix, pour que Dieu le Père pardonne le péché commis par Adam et Ève, un péché qui a scellé le sort de l’Humanité entière : l’expulsion de l’Éden, la transmission de ce péché à tous les hommes, la condition d’être mortel, les souffrances de l’accouchement, la domination de la femme par l’homme, l’obligation de travailler, la honte de la nudité.

Jusqu’à la fin du IVe siècle, les chrétiens ont avancé des opinions contradictoires sur la culpabilité d’Adam et Ève et sur l’impact de ce péché (le mal est alors souvent expliqué par l’action du Diable). Augustin d’Hippone (St Augustin), un évêque africain obsédé par le problème du mal, est l’inventeur de l’expression « péché originel » et le grand artisan d’une lecture littérale du récit de la Chute. Il organise des conciles à Carthage, qui aboutissent à l’affirmation de la doctrine du péché originel par le pape en 418. Á partir de ce moment, le problème est réglé pour l’Église. Simplement les théologiens consacreront une énergie considérable à comprendre, à expliquer et à justifier une idée qui paraîtra, au fil des siècles, de plus en plus incompréhensible et même scandaleuse : Dieu, tout-puissant et infiniment bon, a condamné sans pitié l’humanité entière à d’injustes souffrances, par la faute de ses deux premières créatures et n’a accepté de pardonner que parce que son Fils bien-aimé a subi un supplice effroyable.

Au XVIe siècle, l’interprétation du récit de la Chute devient une « pomme » de discorde entre catholiques et protestants. C’est alors que l’Église romaine veut en quelque sorte clôturer le procès d’Adam. Aussi le concile de Trente fait-il du péché originel un dogme. Désormais tout catholique qui refuse le caractère historique du récit biblique est hérétique et encourt l’anathème. Autres dogmes du même concile : tous les hommes — à l’exception de la mère du Christ, « l’Immaculée Conception » — héritent du péché originel et doivent être baptisés pour qu’il soit effacé. Les enfants sans baptême ne peuvent aller au ciel. Leur âme va dans un endroit déjà imaginé par Thomas d’Aquin au XIIIe siècle : les limbes.

L’Église s’interdit de revenir sur les dogmes qu’elle a proclamés et ne peut donc faire autrement, aujourd’hui, que de continuer à affirmer, comme « vérités essentielles de la foi », le caractère historique du péché d’Adam et le rachat de ce péché par le supplice du Christ. Ces dogmes sont donc répétés dans la dernière version du Catéchisme de l’Église catholique, publié par le Vatican en 1997 (éd. française en 1998 aux éd. du Cerf). L’Église reconnaît toutefois le caractère irrationnel de ses explications : « La permission divine de l’activité diabolique est un grand mystère » (Catéchisme, § 395), « La transmission du péché originel est un mystère que nous ne pouvons comprendre pleinement » (§ 404).

G. Minois montre que, tout au long de l’histoire du christianisme, des auteurs ont imaginé des interprétations symboliques du récit biblique : par exemple Pélage au IVe siècle ou Lamenais au XIXe. Ces conceptions ont été systématiquement refusées par l’Autorité catholique et les protestants fondamentalistes. L’énoncé de ces conceptions valait à leurs auteurs l’excommunication de l’Église et autres sanctions (à commencer par Pélage, qui fut expulsé de Rome et dont les biens furent confisqués).

À partir des années 1960, la question du péché originel a suscité une profusion de spéculations théologiques, publiées parfois dans un langage incompréhensible pour le commun des mortels. À titre d’exemple, citons Louis Panier, professeur à la Faculté théologique de Lyon, qui s’exprime en langage lacanien. Après avoir rappelé qu’il ne sait pas ce qu’est le péché originel, mais que le texte biblique contient « une vérité qui me concerne en tant que sujet », Panier réinterprète tous les éléments du récit. Par exemple, le fait que Dieu ait dit à Ève, en la chassant du paradis, « ton mari dominera sur toi » serait à entendre comme ceci : « Dieu n’établit pas le pouvoir des hommes, il révèle à la femme la faille “insue” où il sera question pour elle d’entendre l’altérité de la parole. » (Le Péché originel, éd. du Cerf, 1996, p. 96). Sa conclusion : « Le péché originel concerne donc ce qui en chaque homme structure l’humanité, pour autant que pour chaque “un” l’unicité est signifiée, posée sous un signifiant qui se détache dans le réel (dans la chair du monde), ce sur quoi s’établit cette humanité singulière. » (p. 146). On en vient à se demander s’il faut embrasser la foi lacanienne pour conserver la foi dans le catholicisme.

L’ouvrage de Minois fait voyager à travers toute l’histoire de la culture chrétienne. En effet, la doctrine du péché originel a façonné l’image occidentale de l’homme. Elle a alimenté la culpabilisation du plaisir sexuel (pour beaucoup de théologiens, Adam et Ève ont commis le péché de la chair), mais aussi de la désobéissance et même de la connaissance scientifique. Elle a justifié l’ordre social (l’homme étant foncièrement incliné au mal, il faut de la violence pour maintenir l’ordre) et la misogynie – Paul de Tarse (St Paul) a affirmé que « ce n’est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui, séduite, se rendit coupable de transgression ». Le péché originel n’a pas seulement occupé les théologiens, il a été l’objet de réflexion pour de nombreux philosophes : Pascal, Leibniz, Kant, Hegel… Au XVIIIe siècle, il est devenu la cible privilégiée des rationalistes. Au XIXe, Adam sera « tué » par le darwinisme. Les chrétiens qui accepteront la théorie de l’évolution en maintenant l’Adam historique devront se livrer à des contorsions intellectuelles qui aboutiront à la doctrine actuelle de l’Église : le corps est « tiré d’une matière déjà existante et vivante », mais chaque « âme » est créée par Dieu.

Minois consacre le dernier chapitre du livre aux progrès de la biologie et de la médecine, nouveaux « arbres de la connaissance ». Pour bon nombre de croyants, il y a là des risques de désobéissance à Dieu tout à fait comparable à celle d’Adam et Ève. On peut dès lors se demander si des représentants de religions, qui ont imposé des règles absurdes, ont leur place dans les comités d’éthique."

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1057

Divin dilemme.

Par Le 02/04/2011

Osho, « maître spirituel » s’évertuait à condamner les religions. Je ne vais pas le blâmer…

Je suis par contre surpris par le raisonnement dont il usait.

 

Selon lui, Dieu ne peut pas exister étant donné que la création n’est pas achevée et que l’évolution est une théorie acceptée par tous les esprits objectifs depuis Darwin.

Dieu, en tant qu’être parfait, n’aurait pas pu se tromper dans sa création. Les Textes disent que ça lui a pris six jours et qu’ensuite, comme tout cela lui plaisait, il est parti se reposer…Est-ce qu’il aurait pu se tromper à ce point-là et ignorer que cette création ne resterait pas figée ? Qu’elle lui échapperait en quelque sorte…

C’est impensable si on accorde à Dieu le fait d’être parfait.

 

Voilà, en résumé. Je ne vais pas m’étendre sur le fait que tout ceci n’est issu que de Textes écrits par des humains et par conséquent hautement subjectifs…Le débat est sans fin.

 

Ce qui m’interpelle, c’est l’idée que Dieu, dans l’éventualité de son existence bien entendu (mais ça n’est pas le sujet), aurait nécessairement opté pour une création figée. Cette phrase « il vit que tout était bien », ne signifie pas obligatoirement, à mon sens, que les données insérées dans l’Univers et sur la Terre étaient définitivement intangibles. Il peut au contraire s’agir simplement d’une « mise en marche », comme les éléments précurseurs indispensables à l’évolution. Dieu est peut-être intéressé par l’évolution et non adepte d’une vie cristallisée. Comment d’ailleurs concevoir qu’un Dieu imaginerait que la Vie puisse être une création enkystée alors que tout ce que nous voyons de la Vie clame le contraire.   

A mon sens, l’erreur de Dieu aurait été de croire (c’est amusant d’associer ce verbe à Dieu) que la Vie n’évoluerait pas.

Imaginons maintenant qu’il savait très bien ce qu’il faisait et, qu’une fois, insufflé les éléments vitaux, il se serait reposé pour voir la suite.

Dieu serait un « expérimentateur » et non un simple Créateur.

 

Regardons les artistes, peintre, dessinateur, musicien, écrivain. Leurs créations sont figées. C’est ce qui les pousse d’ailleurs à en créer une autre. Celle qui est terminée n’a plus aucun intérêt. Comment imaginer que Dieu se serait éreinté à créer quelque chose qui n’aurait plus aucun intérêt ?

 

L’évolution est bien plus intéressante à observer. Dieu ne serait pas qu’un artiste. Sa création n’a pas de limite parce qu’elle est une expérience. Nous sommes quelques-uns des expérimentés.  Pas nécessairement les plus pertinents si on observe les dégâts occasionnés à l’expérience.

 

Se pose dès lors le problème de l’intérêt de l’expérience.

Si nous considérons que Dieu continue à observer l’évolution comme un expérimentateur assidu, on est en droit de se demander s’il n’est pas un peu déçu. Avait-il imaginé un tel désastre quant à l’ensemble des éléments insérés dans l’expérience ? Cette espèce humaine est éminemment un sérieux problème. Complexe, inattendue, brutale et parfois aimante, destructrice et parfois géniale, indifférente et parfois compatissante.

Imaginons que Dieu dans son interrogation pèse le pour et le contre. Il a déclenché l’expérience mais n’est jamais intervenu, comme tout bon scientifique. Il faut aller à terme sans influer sur les évènements naturels. Bon, très bien mais là, cet homme met en danger la totalité de l’expérience.  Que faire ? C’est intéressant d’imaginer un Dieu perturbé ! Ca l’humanise !  

Mais que peut-il faire ? Intervenir pour extraire cet élément qui échappe à toute raison (ou qui se sert de sa raison contre lui-même…) afin de laisser l’expérience se poursuivre tranquillement ? Après tout, on peut envisager une multitude de voies évolutives une fois l’humanité retirée du manège…Ca peut être intéressant pour Dieu alors que là, franchement, il doit un peu s’en mordre les doigts…Ca sent le roussi (radioactif entre autre.) Et puis, après tout, c’est lui le patron. Le bocal lui appartient.

 

En même temps, c’est un constat d’échec et ça, c’est dur à encaisser, même quand on est Dieu.

Se peut-il que cet homme change de voie un jour prochain, évolue enfin vers une conscience non duale et cesse de se prendre pour le nombril du monde ? Dieu a bien dû voir que tous ces êtres humains ne sont pas à mettre dans le même sac. Ils sont, tout de même parfois, d’une richesse intérieure éblouissante et il serait malheureux de se passer de ces grands moments de bonheur que ces êtres lui procurent. Cruel dilemme divin. D’autant plus que Dieu ne peut pas demander son avis à qui que ce soit. Ca doit le miner un peu parfois d’ailleurs cette solitude. Heureusement qu’il y a parfois ces « Eveillés » qui se connectent. Tiens, oui, c’est vrai. Ca serait vraiment malheureux de supprimer l’humanité et de se priver de l’immense sérénité de ces individus. Et puis cette multitude d’enfants, comment les condamner alors qu’ils n’ont encore rien pu décider ? Ca serait injuste.  

  

Que peut-il faire ? S’il veut rester objectif, et on est en droit d’espérer que Dieu le soit, il ne peut pas laisser ses émotions l’envahir et lui dicter une décision arbitraire et inique.

Du coup, il est peut-être retourné s’asseoir et il regarde la suite. 

Le déconditionnement.

Par Le 31/03/2011

Finalement, quand je lis des livres sur la spiritualité, je vois souvent apparaître la nécessité de désapprendre, de "se libérer du connu." Comme si toute cette connaissance accumulée n'était qu'un paravent dressé devant la réalité.

Je m'interroge dès lors sur mon rôle d'enseignant. Je participe à cette obstruction, à ce conditionnement, à cet éloignement de la réalité. Les concepts dont j'use ne sont que des idées formatées.

Je me souviens d'une histoire racontée par Anthony De Mello.

"Je suis prisonnier de guerre depuis un an, j'attends que mon gouvernement paie une rançon pour que je sois libéré. Mes geôliers, avec lesquels j'ai lié une certaine amitié, décident un matin de me montrer mon pays, en m'amenant à la frontière. Nous montons dans un véhicule et nous roulons pendant quatre heures. J'imagine déjà les paysages que j'aime. Enfin, nous arrivons à destination, nous descendons du camion et mes geôliers me laissent contempler les montagnes, les vallées, mon pays, mon beau pays.

Quelques instants après, un geôlier s'approche et me dit.

Nous n'avons pas pu aller jusqu'à la frontière en fait. C'est trop dangereux. Nous sommes encore dans mon pays. Le tien est au-delà de ces montagnes."

Nous remontons dans le véhicule. Je suis abasourdi, assommé. A quoi ai-je réagi ? D'où venait cette émotion ? Uniquement ce conditionnement lié à mon imagination, à la transformation de la réalité, une interpétation associée à mes désirs. Je ne voyais pas ce qui existait mais ce que j'espérais voir, ce que mes souvenirs contenaient, jusqu'à me priver de toute perception sensée. Il ne s'agissait d'ailleurs même pas de mes sens mais d'une déraison qui usait des sens pour valider ce à quoi elle était attachée. Je ne voyais pas ce qui existait mais ce que je voulais voir exister. 

"Mon pays" n'était qu'un concept, une représentation mentale, un concept partagé par des millions de concitoyens que j'imaginais être ceux de mon peuple, de ma patrie. D'autres concepts...

Mes geôliers luttaient pour le maitien de leurs propres concepts et ils étaient finalement aussi enfermés que moi."

 

Tout cela est consternant...

Et mon travail avec les enfants consistent justement à les faire adhérer par une multitude de connaissances, à un conglomérat gigantesque de concepts, d'appartenance, de limitations dans leurs perceptions innées de la réalité.

Lorsqu'ils auront grandi, certains d'entre eux apprendront peut-être à "se libérer du connu."

 

Ils devront apprendre à regarder un arbre sans pour autant le nommer et lui donner toutes les caractéristiques scientifiques qu'ils auront amassées, ils apprendront à regarder l'Océan, les nuages, un pissenlit, une sauterelle, un ver de terre, un grain de poussière.

Non pas regarder avec leurs yeux, écouter avec leurs oreilles, non pas user de leurs sens mais apprendre à ressentir sans rien saisir de connu, totalement vidés de tout pour qu'enfin la réalité les emplisse.

 

Mais pourquoi perdre tout ce temps, et pourquoi perdre en route ceux et celles qui ne recontreront jamais l'intersection leur permettant de changer de voie ? Combien d'individus perdus en route en les conduisant sur un chemin tout tracé, intentionnel, matérialisé, scientifiquement prouvé, religieusement adoré, socialement reconnu.

C'est effrayant. Et ce que je fais vivre à ces enfants est effrayant.

 

C'est pour ça que j'écris les histoires de Jarwal le lutin.

Je sais aujourd'hui qu'il s'agit de me purifier, de me laver de ces souillures dispensées depuis si longtemps. Et que je continue à propager parce que je n'ai socialement pas le choix...

 

C'est pour ça aussi que je dis désormais que c'est Jarwal qui m'écrit. Il me libère d'un fardeau, il m'aide à rester debout.

Il trace pour moi une autre voie.

J'ai autre chose à donner aux enfants que des cartes du monde et des frises historiques, des classifications scientifiques et des règles de langage. Juste des concepts.

C'est insignifiant.

 

Je n'espère rien par rapport à l'existence de Jarwal. Il ne sera peut-être pas lu, jamais découvert. Mais je sais ce qu'il me donne et je l'aime infiniment.    

Jarwal le lutin : l'instant présent

Par Le 31/03/2011

Et bien, quand je trouve un moment, j'écris, je rêve de Jarwal la nuit, je pense à lui en vélo.

J'ai besoin de lui. C'est lui qui m'écrit.


TOME 3

Chapitre 1

 

Jarwal et les enfants s’installèrent à l’abri de leur cercle de pierres. Le petit Lac vert devant leurs yeux comblés de douceurs, les montagnes rayonnantes de soleil, des nuages blancs étirés courant sur les plaines célestes, le silence de la Terre.

Ils avaient œuvré ensemble à la construction de leur refuge, un assemblage de dalles et de roches qu’ils s’étaient acharnés à déplacer, à porter, à réunir, attentifs aux indications de Jarwal, maître d’ouvrage. Des rires et de la sueur, des efforts partagés, un lieu de vie à bâtir, une empreinte dans la nature accueillante, un point de rencontre, un abri offert aux marcheurs, aux voyageurs inconnus, un cadeau pour les jours de vent.

Ils s’étaient engagés dans la tâche sans aucune réticence. Ils avaient appris des Kogis le don de soi. Des escaliers dans la montagne, au cœur de la forêt luxuriante, un ouvrage à préserver, à entretenir, pour soi et tous ceux qu’on ne connaissait pas, des êtres humains qui béniraient les ouvriers disparus, un devoir de mémoire, des générations plus tard. Aucune prétention devant le travail achevé. Juste un bonheur à offrir, le ciment de l’amour.

 

Jarwal, assis en tailleur, reprit le Livre et l’ouvrit délicatement. Il le posa sur ses jambes et regarda les enfants. Des yeux brillants comme des étoiles, des sourires contenus, une attente délicieuse. Ce regard intérieur qui se posait sur des émotions en croissance, des germes de ravissement qu’il suffisait de laisser grandir, sans jamais devenir la plante elle-même, sans jamais s’identifier à cette joie éphémère.

L’absence de Gwendoline avait étouffé en lui ce bonheur de l’instant. Les enfants lui avaient permis de revenir à la vie. La douleur du passé n’était qu’une émotion inventée. Il était responsable de sa tristesse, de la source de ses émotions, comme un flot auquel il s’était abandonné.

Il devait l’expliquer aux enfants, révéler ses faiblesses pour les valider et les comprendre.

« Vous savez mes amis, j’étais triste tout à l’heure. Et je vous remercie de ce délai que vous m’avez accordé, j’en avais besoin, il fallait que je laisse s’éteindre cette douleur. La disparition de Gwendoline est une souffrance qui rejaillit parfois et les émotions débordent, comme si elles sortaient de leur lit.

-C’est la même chose pour moi, Jarwal, avoua Léo. Parfois, je me mets en colère et après, quand je suis redevenu calme, je me dis que ça ne servait à rien.  

-Si quelqu'un vous insulte, les enfants, si quelqu’un vous fait du mal, la colère que vous ressentez, elle n'est pas venue en vous depuis l'extérieur, ce ne sont pas les mots qui sont tombés en vous comme un chargement néfaste. Cette colère, c'est vous qui lui avez donné vie. C'est une incapacité à maîtriser ce qui se passe en vous. L'autre n'est pas responsable. Les émotions n'ont aucune existence si vous les ignorez. Si vous vous y abandonnez, c'est vous qui leur donnez vie. L'autre, d'ailleurs, est satisfait du mal que vous fabriquez en vous en imaginant qu'il en est le responsable. Vous lui donnez la puissance dont il rêvait. Vous succombez à vous-mêmes. Et non à lui. Si par contre, vous décidez d'observer en vous ce qui survient, vous devenez le maître de vos émotions étant donné qu'au lieu de vous soumettre à leur puissance, vous vous placez au-dessus d'elles. C'est votre conscience qui analyse et qui vous apprend le contrôle. Cette conscience agit comme un Maître intérieur, il est là et il regarde, il s'amuse de cette agitation qui aimerait vous emporter et à laquelle vous ne succombez pas. La colère retombe comme un soufflé qui dégonfle. Votre "agresseur" s'en trouve d'ailleurs totalement ébahi, stupéfait, vous êtes là, vous le regardez avec un détachement qu'il ne comprend pas parce que ça n'est même pas lui que vous observez mais vous-même. Lui, il a disparu et ses paroles sont tombées dans un puits sans fond. Il n'y a plus de colère parce que votre observation intérieure a pris le pas sur cette émotion insignifiante et inutile. C’est vous que vous observez et pas lui. Et cette agression verbale devient un cadeau inestimable. Vous êtes le Maître intérieur.

-Je ne vais quand même pas remercier celui qui m’a mis en colère ? contesta Léo.

-Et pourquoi pas ? rétorqua Jarwal. Etant donné qu’il te permet de mieux te connaître, tu peux lui en être reconnaissant.

-Ça risque d’être difficile quand même.

-Et je le comprends bien, Léo. Moi-même, j’ai du mal à concevoir la disparition de Gwendoline comme quelque chose de positif… Je continue à apprendre. Qu'en est-il maintenant si l'émotion propagée est de la joie ? Est-ce que je dois l'accueillir et la laisser m'emporter ou est-ce que je dois également l'observer ? Il convient pour ma part de la laisser s'étendre en sachant que l'autre n'en est pas responsable et que vous ne pourrez pas lui reprocher de ne pas la prolonger. C'est vous qui avez laissé s'étendre cette joie. Pas l'autre. Un ami qui ne vous offre plus cette joie n'est pas responsable de votre déception. C'est encore vous. C'est votre façon de commenter la vie à travers vos émotions. Ca n'est pas la vie réelle mais ce que vous en faites, une image de la vie peinte par vos émotions. Vous pouvez en profiter tout en restant conscient qu'il ne s'agit que d'une illusion, un jeu éphémère, un moment de bonheur que vous vous donnez mais que l'autre n'a pas à entretenir sinon vous le prenez en otage de votre bonheur alors qu'il n'y est pour rien. La personne dont je dois me méfier, c'est celle qui me fait croire que le bonheur est durable, qui voudrait que cette joie ne disparaisse jamais. Et cette personne, c'est moi-même. Les autres ne sont pas responsables. C'est ce qu'on apprend de plus beau quand on aime.   

-Et quand tu as dit tout à l’heure que tu voulais arrêter un peu de lire, j’étais déçu, avoua Rémi.

-Et moi aussi, ajouta Léo.

-Mais c’est nous qui avons créé cette déception, commenta Marine. Ce qui était important en fait, c’était que nous comprenions que tu avais besoin d’une pause.

-Et vous l’avez fait, mes chers amis.

-Et toi alors Jarwal ? Cette tristesse pour Gwendoline. Comment fais-tu ? demanda Marine, un peu gênée de cette intrusion dans la vie du lutin.

-Et bien, parfois, je n’y arrive plus, cette tristesse me submerge, elle m’emporte. Je ne suis pas infaillible. Alors, j’essaie d’observer cette émotion sans chercher à l’étouffer. Je sais aujourd’hui, avec ma longue expérience, que la vie reprendra le dessus. Ma tristesse ne changera rien à la situation, elle ne ferait que cacher la réalité de l’instant.

-Et donc, quand je suis impatient que tu lises ton histoire, je m’empêche de profiter de l’instant présent, c’est ça ?

-Oui, exactement Rémi. La construction de notre abri aurait pu être gâchée pour toi si tu étais resté attaché à cette pensée de ce qui allait advenir. Et ça n’aurait pas fait arriver plus vite cette lecture. En plus, à chaque minute, tu aurais trouvé que l’abri ne montait pas assez vite, tu te serais peut-être mis en colère, tu aurais reproché à Léo de ne pas travailler assez ou tu aurais travaillé n’importe comment, tu aurais bâclé la tâche.

-Il faut donc observer les émotions et comprendre qu’elles nous appartiennent ?

-Oui, c’est ça Marine. Je ne dis pas qu’il faut les rejeter, ça serait absurde mais il faut comprendre qu’elles viennent de nous et que nous en sommes donc responsables.  Ne t’invente pas des armées d’ennemis pour excuser tes propres faiblesses. C’est une devise que je me répète parfois.

-Et bien, moi, l’émotion que je vois, c’est l’envie de connaître la suite de l’histoire et là, c’est tout de suite ! lança Léo.

-Ah, ah, cher Léo, on y vient, on y vient. »

 

Les garçons s’allongèrent, Marine s’assit en tailleur. Jarwal tourna les pages, lentement, toujours avec cette précaution respectueuse. Il lissa le papier, une caresse délicate, il fixa les mots, silencieux, comme s’il devait rétablir un contact, accorder son esprit à ce qui allait suivre.

Il respira profondément et commença.

 

« Jarwal s’était réveillé en sursaut.

Il ne lui restait que très peu d’images de son rêve. Un visage très marqué, comme un parchemin millénaire labouré par le temps, des yeux perçants et pourtant très doux, des jets de fumée projetés sur son front. Un choc intérieur à chaque fois, comme une lutte engagée dans les tréfonds de son âme. Une voix qui répétait inlassablement une mélopée envoûtante. 

La forêt vibrait sous les effluves de lumières naissantes. Les oiseaux de nuit entamaient leur silence diurne. D’autres les remplaçaient en accueillant la clarté.

Gwendoline bougea à ses côtés. Jarwal la regarda dormir. Des rayons délicats, glissant entre les feuillages qui les protégeaient, dessinaient des reflets apaisants sur ses joues, des aubes pâles qui habillaient sa peau.

Elle lui avait dit qu’il s’appelait Jarwal, qu’il était un lutin, qu’il avait déjà combattu Jackmor, qu’un Indien Kogi était venu lui demander de l’aide. Et qu’elle était venue le rejoindre parce qu’elle avait senti qu’il était en danger. Elle lui avait dit qu’ils s’aimaient. Il ne s’en souvenait pas et il avait pourtant ouvert les bras au milieu de la rivière, une force incompréhensible en lui, quelque chose qui le dépassait, au-delà de la raison. Et elle était apparue au milieu d’une gerbe d’eau.

Elle poussa un petit soupir et s’étira en ouvrant les yeux.  

« Bonjour Gwendoline.

-Bonjour mon amour.

-Tu as bien dormi ?

-Parfaitement bien puisque je t’ai retrouvé. »

Une question le taraudait, ce vide en lui qu’il devait combler, toutes ces inconnues qui se bousculaient.

« Je voulais te demander quelque chose ? Comment es-tu arrivé ici ?

-Comme toi mon amour, en suivant le chemin de l’eau. C’est Kalén qui te l’a enseigné et j’ai retenu tout ce qu’il te disait, sans que tu le saches. Et Léontine aussi.

-Pourquoi l’as-tu fait sans me le dire ?

-Parce que tu ne voulais pas que je prenne le risque de venir ici. Ce voyage comporte des risques.

-En quoi ça consiste ?

-Il s’agit de se fragmenter pour rejoindre les particules d’eau qui enveloppent la Terre. Elles agissent comme des chemins.

-Se fragmenter ?

-Oui, reprendre notre forme initiale en quelque sorte. Nous sommes constitués principalement d’eau comme tout ce qui vit. Et cette eau a une mémoire. Chaque particule contient la totalité de ce que nous sommes. Et pour reprendre notre forme terrestre, il est nécessaire de trouver un point d’eau. Comme un placenta.

-Qui est Kalén ? Tu m’as juste dit qu’il s’agissait d’un jeune Kogi. Mais qui est ce peuple ?

-Kalén est un chaman, le fis d’Izel qui était le plus grand chaman de ce peuple. Ils vivent dans les forêts et les montagnes, nous sommes en Colombie. Jackmor est venu avec une armée de Conquistadors pour les voler. Voler leur or. Ils les font travailler dans une mine, ils les maltraitent. Jackmor a tué Izel parce qu’il contestait ses ordres.

-Pourquoi Kalén est-il venu demander mon aide ? Qu’est-ce qu’il attendait de moi ?

-Il espérait que tu l’aides à transporter son peuple dans une vallée perdue, loin de Jackmor et de ses hommes. Il n’a pas suffisamment de connaissances et d’énergie pour le faire tout seul et personne de son peuple ne peut l’aider. Il n’y a qu’un chaman et c’était Izel. Kalén n’avait pas fini sa formation auprès de son père. »

 

Jarwal retomba dans le silence, les yeux dans le vague. Une lourde tristesse.

Comment pourrait-il aider Kalén alors qu’il ne se souvenait plus de rien, qu’il n’avait aucune idée de ce qu’il fallait faire pour déclencher cette fragmentation ? Il n’était qu’une enveloppe vide, un ectoplasme translucide.

 

« Je ne peux rien pour Kalén et son peuple. Je n’ai plus aucune connaissance. Je ne suis plus le Jarwal que tu as connu.

-Non, c’est faux. Totalement faux. Tu es toujours le lutin que j’aime. Je suis persuadée que cette perte de mémoire ne durera pas. Il faut retrouver Kalén. Il pourra nous aider. Allez, levons-nous et cherchons ce village dont tu as parlé hier. Est-ce que tu te souviens du chemin que tu as suivi pour arriver ici ? »

Ils quittèrent leur abri sommaire et s’étirèrent au soleil.

« Oui, je m’en souviens. C’est ce qu’il y avait avant que j’ai oublié. Un peu comme si je venais de naître alors qu’au contraire, j’ai disparu.

-Tu n’as pas disparu. Tu es toujours là, tu es bien réel. Ta mémoire n’est pas ce que tu es. Quelle soit alourdie par les drames, enjôlée par les bonheurs ou vide de tout, elle n’est qu’un message que tu portes. Elle n’est pas la vie.»

Elle le serra dans ses bras.

« Le lutin que j’aime est bien réel. Il est là, même si une partie de son passé a disparu. Et pour moi, rien n’a changé dans cette réalité. »

 

Jarwal laissa vibrer en lui cette reconnaissance inconditionnelle, comme une existence inaltérable, une vie préservée par-delà les épreuves, par-delà les effacements. Le bonheur de l’amour.

 

Léontine vint bourdonner devant leurs yeux.

« Bonjour petite mouche, lança Gwendoline.

-Bonjour mes amis ! Il y a par ici des fruits délicieusement sucrés. Je ne regrette pas d’être venue. Mais ils sont hors de portée pour vous, j’en suis désolée.

-Et bien, nous nous contenterons des galettes que j’ai apportées.

-Et je les adore, s’extasia Jarwal.

-Ce sont tes préférées, je les ai faites juste avant de partir, je savais que ça te ferait plaisir.

-Et bien, je les aime sans m’en souvenir. L’impression que je n’en avais jamais mangé avant.

-C’est d’ailleurs bien ce qu’on devrait faire à chaque fois qu’on mange. Faire comme si c’était la première fois et ne pas se servir des émotions passées. Sinon, on finit par manger sans même en apprécier les délices.

-Tu vas me dire que c’est un bienfait que ma mémoire se soit évaporée ?

-Et pourquoi pas ? C’est peut-être bien souvent un fardeau au lieu d’être une chance.

-Ou alors, c’est qu’on ne sait pas réellement en user et qu’on oublie de la maîtriser.

-Et voilà, je savais bien que tu étais toujours le lutin que j’aime ! s’exclama Gwendoline. Tu aimes toujours autant raisonner ! »

 

Elle lui souriait de tout son être, une lumière qui émanait de ses yeux, comme une marée de joie, un courant libéré, une certitude validée.    

 

JARWAL LE LUTIN : Commentaire (1)

Par Le 29/03/2011

Une grande lectrice de romans jeunesse (bibliothécaire de profession) à laquelle j'ai demandé son avis en mettant en ligne sur un forum le chapitre 2 du tome 1, la rencontre entre Jarwal et les trois enfants.

Beaucoup de bonheur pour moi.

Florine.

"Tout d'abord je remarque que c'est la fille qui est la chef de file, ça n'est pas pour me déplaire car c'est rare dans la littérature jeunesse ou les filles et femmes sont encore souvent vu comme timides et sans entrain... Je t'avais dit que certains thèmes sont un peu redondants en littérature jeunesse notamment la lutte du bien contre le mal, mais ce qui est important aussi c'est que souvent ces théories véhicules des concepts et valeurs importantes pour l'enfant / l'ado... donc ensuite, tout dépend comment on se sert de ces thèmes et comment on fait ressortir ces valeurs, sans que ce soit trop moraliste...

Un bon roman (jeunesse) est un roman qui donne des pistes sans donner de véritable ligne de conduite : à l'enfant (l'ado) de construire et placer ces galons avec cela. Le fait d'un (ou plusieurs) enfants élus est du déjà vu mais est essentiel pour que l'enfant puisse s'identifier au personnage principal... Je me dis que peut-être que ton texte est autant adapté à des garçons qu'à des filles (ce qui n'est pas toujours le cas) -mais nous allons voir la suite je n'en suis qu'à l'intro-

Présenter cela par le biais de l'histoire me parait un bon point pour toi, les enfants sont souvent passionnés d'histoire et ça permet aussi de leur donner des pistes pour leur culture générale qu’ils retiendront sans peine. Enfin ce qui me parait important c'est que outre certaines valeurs que tu vas certainement aborder, tu abordes aussi le thème de la transmission, des valeurs donc, des savoirs mais aussi d'une certaine part de rêve. J'entame donc le chapitre Le vocabulaire m'a l'air recherché... ("erratique", "miroitante", "éberlués") aussi tu utilises des images ("posé dans un écrin de pierres plates" ) ce qui ne peut à mon avis qu'ouvrir les jeunes à la lecture : ça n'est pas en se mettant à leur niveau qu'on les fait progresser ! ça non ! c'est à eux d'évoluer, ils en sont grandement capables. Donc j'apprécie ce point, car on lit encore trop de roman au style et au vocabulaire totalement plats...

"Léo essayait de reconnaître un de ses copains sous un fabuleux déguisement. Rémi se demandait comment cet étrange individu avait pu apparaître aussi soudainement, sans qu’ils n’aient rien entendu."

J'aime bien ce passage car je trouve que ça donne vie aux personnages, ça leur octroie une véritable indépendance et une prestance. Ils sont capables de se poser des questions et de chercher des réponses, ils ne sont pas naïfs... Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, en fait je trouve que ça leur donne une vrai consistance et un certain caractère.

"-Beaucoup de choses sont possibles Marine. Sauf celles qu’on juge impossibles. Ce sont nos pensées qui construisent la réalité". J'aime bien cette phrase aussi, qui invite l'enfant à se questionner, c'est en somme une note philosophique (et la philosophie, on est capable d'en faire à tout âge comme tu le sais ) La façon dont parle Jarwal le lutin me plait, elle est intriguante et invite à la réflexion (j’ai aimé l’exemple du grain de sel). De même que la notion de progrès. « Il ne s’agit pas d’abandonner le Progrès mais de savoir l’utiliser en toute conscience. » « Il faudrait que vous deveniez des porte-parole, que vous propagiez ces histoires » finalement c’est une histoire de conteurs ! au final : J’aime beaucoup cette histoire, c’est un roman que j’aimerais avoir dans la bibliothèque et que je conseillerais avec plaisir !

Au niveau de la forme : rien à redire, c’est fluide à lire, le vocabulaire est recherché. Au niveau du fond : cela implique de la réflexion, il y a une pointe de « suspense » qui donne envie d’en savoir plus, l’histoire renferme des valeurs importantes qui peuvent aider à se construire. Pour ton objectif « philosophique » je pense que ça doit être atteint sans problème vu cet extrait ! et c'est ce qui est plaisant, d'autant plus quand c'est mêlé à une histoire bien ficelée empreinte d'imaginaire.

Vraiment je trouve cela très bon (c’est même bien mieux que certains ouvrages que j’ai pu lire à vrai dire) Ça me donne envie de lire tout le roman… Surtout tiens moi au courant de son avancement. Le tome 1 est-il déjà édité ? si oui chez quel éditeur ? (tu peux me donner ces renseignements par mp si tu le veux)

Quel talent que de savoir écrire surtout ne t’arrête pas !

La souffrance qui libère.

Par Le 20/03/2011

 

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La souffrance comme une issue. La dernière clé.

Toutes les situations, tous les évènements, des plus anodins aux plus traumatisants concourent à l’émergence du moi et à sa progression dans le temps. Mais je vois une distinction profonde entre cette « existence » perçue par ce moi et la « vie » perçue par bien autre chose.

L’existence est constituée par tout ce que le moi accumule. La vie, elle, n’a pas besoin d’accumuler quoique ce soit. Elle est. Constante et immuable.

Est-ce que le moi peut réellement la saisir, est-ce que le moi, dans le chaos de ses pensées, dans le fatras incommensurable de son existence peut réellement percevoir cette conscience du soi et de la vie ? Non pas le moi et ses troubles, mais le Soi, dans la dimension spirituelle qui le relie à la vie.

Le Soi.

Qu’en est-il ? Le moi est une entité individuelle modelée par d’autres entités individuelles, par d’innombrables imbrications dans lequel le moi s’identifie. On peut clairement se demander si la notion de Soi et la conscience de la vie lui sont accessibles. Que peut-il saisir dans son fonctionnement, sinon, une idée mentalisée ? La vision d’un Tout et l’appartenance du Soi à ce Tout sont-ils de pures hallucinations d’un mental qui se gargarise d’un cheminement spirituel, comme un piédestal à sa magnificence ?

Il serait bien plus profitable et honnête que ce soit le Soi qui conçoive le moi, que ce soit lui qui observe les agitations frénétiques de ce petit individu mais dans cette soumission de l’individu à son identification, c’est le moi qui part à la recherche d’un Soi dont il a entendu parler et qui comblerait son désir de séduction. Car celui-là qui est au cœur de son Soi est beau et sage…

Vaste mystification. Que peut saisir une entité centrée sur elle-même quand elle se dit être en quête du Tout ? 

La fourmi a t-elle conscience de la forêt dans laquelle elle travaille, de la planète sur laquelle elle existe, de l’Univers ? Possédons-nous une conscience plus élaborée que celle de la fourmi ? Oui, bien évidemment ou alors c’est que la fourmi cache bien son jeu… Bien, et alors ? Dès lors que le moi part à la recherche d’un Graal qui dépasse son entendement, que peut-il trouver d’autre qu’une entité à sa dimension, c'est-à-dire bien autre chose que le Soi ? Alors, il nous faut chercher sur le chemin des religions…Mais les religions sont issues du mental. Aucune religion, à mes yeux, ne peut être un tremplin. Elles ne sont qu’une boucle qui ramène le moi vers lui-même. Puisqu’il en est l’instigateur sous le joug d'esprits soi-disant élus, soi-disant porteurs d'une parole divine. La parole divine n'a pas de mots, pas plus que de Livres ni de rituels. Elle est au-delà de l'entendement humain, elle résonne là où le mental se tait.

De toute façon, tant que le raisonnement, la linguistique, la dialectique, la logique, la rhétorique entrent en action, c’est le moi qui cherche ce qui ne lui est pas accessible. Dès lors qu’il y a un observateur et une quête, l’individu reste dans un cheminement mentalisé et par conséquent le moi…Il a conscience de sa recherche et s’en glorifie et imagine dès lors être sur la voie. C’est juste celle qui le ramène à lui-même. Mais par des chemins enluminés de métaphysique, ce qui donne un aspect valorisant à la quête…

Vaste mystification. La métaphysique est lucide quand elle est capable de juger de son insuffisance. C’est le moi qui se regarde par des fenêtres plus larges. Mais il n’y a pas de nouvel horizon. Pas celui du Soi.

Faut-il donc passer par un autre canal que le moi pour saisir le Soi ? Mais s’il n’y a plus de moi, il n’y a peut-être plus de conscience, de vigilance, il n’y a plus rien qui puisse saisir puisque tout a disparu… Ça serait considérer que seul le mental a la capacité de saisir… Je ne pense pas que ça soit le cas. Là, il s’agit juste d’un formatage.

On a appris à penser pour saisir. « Je pense donc je suis. » Sacrée catastrophe que cette affirmation.

« Je pense donc je fuis. » Je fuis la possibilité d’entrer dans une dimension qui m’échappe dès lors que je pense. Ça ne nous donne pas de piste quant à la quête de ce Soi. Pour l’instant, il reste insaisissable. Mais n’est-ce pas justement la solution à l’énigme ?

Puisque le moi ne peut pas saisir un Soi, autre qu’une enveloppe grossie de son propre moi, puisque le Soi ne peut pas être conscience de lui-même puisque cela reviendrait à concevoir un Soi détaché du Tout, c'est-à-dire immanquablement une individualité, ce qui serait antinomique dans l’idée du Tout, il n’est dès lors pas possible de saisir le Soi par le moi. Tout simplement.

Le Soi aperçu par le moi est nécessairement une entité séparée du Tout et par conséquent autre chose que le Soi.

Le Soi est Conscience et non conscience. Il ne peut pas être conscientisé car il faudrait qu’il s’individualise et qu’il s’identifie à l’observateur. Le ciel ne peut pas voir le ciel. Il faudrait qu’il prenne de la hauteur et c'est inconcevable! L’Univers ne peut pas s’observer.

Le Soi ne pourrait donc pas se connaître. Ni par lui-même puisqu’il ne serait plus le Soi mais une entité séparée du Soi, ni par le moi qui ne peut pas connaître ce qui le contient. Bon, ça semble à peu près se tenir tout ce charabia.

Mais alors qu’en est-il des expériences mystiques ? Des révélations qui font basculer parfois en quelques instants, des individus « basiques » à des êtres éveillés ? Qu’ont-ils aperçu, ressenti, perçu, « compris » (pas de façon rationnelle bien entendu…), que leur est-il arrivé ? Est-ce que le moi peut basculer dans une dimension qui ne serait pas le Soi mais un « simple » état de conscience modifiée ? Comment considérer que ces gens puissent évoluer dans un monde mentalisé en ayant eu accès à une vision unifiée de la vie ? Comment gérer ce genre d’antagonismes ? Comment passer du haut en bas, de l’intériorité mentalisée à l’universalité dés-identifiée ? Les voyageurs des NDE ? Les guérisons « spontanées » et inexpliquées ? Que s’est-il passé ?

Le moi, dans ces expériences extrêmes, n’a rien à voir. Il est bien trop futile et insignifiant pour s’engager dans des voies aussi radicales. Écoutons les paroles des « expérimentateurs »…C’est stupéfiant. Tellement éloigné de notre vision mécaniste et rigoriste de la vie.

Le Tout s’est-il laissé découvrir, le Soi s’est-il révélé ? Mais alors, tout ce que j’ai écrit au-dessus ne tient pas. Tout ça ne serait donc bel et bien que du charabia métaphysique. C’est sans doute qu’il faut chercher ailleurs. Et se passer même du langage.

La souffrance devient-elle la clé pour ouvrir l’enceinte ? Lorsque plus rien ne permet au geôlier de prendre conscience qu’il fabrique lui-même la prison qu’il s’obstine à ignorer, la souffrance réelle, physique, psychologique, existentielle, ne devient-elle pas l’ultime accès à la liberté ? Cette rupture, totale, incompréhensible, imprévisible, comme si parvenu à une altitude inconnue, le mental n’avait plus d’oxygène, que les pensées et les résistances ne pouvaient plus prendre forme, n’avaient plus de nourriture, une perte d’identification.

La douleur a tout rongé, jusqu’à la dernière image, les rôles les plus essentiels, ni mari, ni père, rien, il ne reste rien que cette douleur insoutenable jusqu’à ce qu’elle disparaisse à son tour. Cette rupture, ce vide. Cette absence de tout, plus rien, aucune sensation, plus de corps, plus de peur, aucune pensée, le néant sans rien pour le voir, rien…

La douleur est physique ; la soufffrance est psychologique. Elle s'unissent la plupart du temps même si parfois les liens ne nous semblent pas évidents. Les voies de l'être sont parfois impénétrables...Au premier abord.

Comment expliquer qu’il n’y a rien ? Ni même rien pour s’en rendre compte. Toute la difficulté pour l’exprimer vient du fait qu’il n’en reste rien. Puisqu’il n’y a plus rien pour s’en souvenir, pour que ça se grave. Rien ne s’est gravé dans ce rien.

Voilà le point ultime où j'étais arrivé, cloué au fond de mon lit sur une croix tombée au sol. Cinq hernies discales en trente ans de vie. Deux opérations manquées. Puis à 44 ans, trois hernies énormes, paralysie d'une jambe, atrophie musculaire, des douleurs à devenir fou...Aucune solution chirurgicale. Un calvaire.

Et puis cette phrase, soudaine, au milieu d’auras bleutées, comme des corps de méduses aimantes qui m'entouraient.

 « Tu n’es pas au fil des âges un amalgame agité de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe être nourri par la vie divine de l’instant présent. Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va.»

Ça n’était pas moi. Ça venait d’ailleurs. C’était trop long pour que je l’élabore moi-même dans cet état d’hébétude. Qu’est-ce que c’était ?  « Qui » était-ce ?

Des nuits entières à me poser cette question, des mois, des années plus tard, des heures à y penser en marchant, sur mon vélo, assis dehors, sous les étoiles, à tenter de retrouver dans ce vide environnant une source, un point de départ, un noyau de clarté, un point lumineux d’où aurait jailli cette fulgurance.

Dans ce vide intersidéral que la douleur avait engendré, dans cette incapacité à être moi, à penser même, comment une telle complexité pouvait-elle se concevoir ? Il existerait donc un autre émetteur ?...Et je pourrais recevoir ces émissions inconnues ?...Le Soi ? Ce vide, était-ce cela « la vacuité ? »

S'éveiller à la vacuité est-ce voir que personne ne souffre ici, qu’il y a une sensation mais personne pour en prendre livraison. La douleur porte-t-elle un enseignement salvateur ? Pointe-t-elle vers ce qui est au-delà de la douleur ?

« Les quatre nobles vérités qui sont à l'origine du bouddhisme sont : la vérité de la souffrance ou de l'insatisfaction inhérente, la vérité de l'origine de la souffrance engendrée par le désir et l'attachement, la vérité de la possibilité de la cessation de la souffrance par le détachement, entre autres, et finalement la vérité du chemin menant à la cessation de la souffrance, qui est la voie médiane du noble sentier octuple. »

Je ne sais pas ce qu’est ce sentier octuple. Je comprends par contre cet attachement à la douleur, comme à tout le reste. Toutes les identifications qui s’opposent au Soi, qui le couvrent comme autant de salissures.

La douleur est un purificateur forcené. Elle brise la coquille et libère le noyau. Mais ce noyau n’est pas une entité individuelle. Il est le flux vital. L’énergie créatrice. Et dans l’amour inconditionnel, ineffable, incommensurable de l’énergie, il n’y a pas de mal, pas de douleur, pas de traumatisme puisqu’il n’y a plus de moi et que le moi entretient tout ce à quoi il est identifié.

N’être plus rien efface jusqu’au mal tout comme il efface le bien. Il n’y a que ce qui est. Et ce qui est ne porte pas les fardeaux mentalisés du moi. Bien et Mal ne sont que des rumeurs. La douleur comme la libération du Tout en moi. Comment pourrais-je y voir du Mal ?

Bien et Mal, juste deux termes qui n’ont aucune réalité dans le flux vital. Cette absence de lucidité qui entretenait ces rumeurs. Et en venir à honorer la douleur lorsque le moi est éteint. Il y a autre chose. Une autre réalité, sans doute la seule. Lorsque le rêve éveillé est brisé et que toutes les rumeurs s’éteignent dans la lumière de la Conscience. Pas « ma » conscience mais l’Autre. Celle qui libère et unifie.

"Nous sommes comme des noix ; nous avons besoin d'être brisés pour être découverts". Khalil Gibran.

J'ai vécu la brisure intégrale, jusqu'à ne plus rien attendre que la mort et c'est lorsque j'ai senti en moi l'humus de la terre, comme un espace empli de vie que moi, petit individu en souffrance, j'ai cessé d'attendre quoi que ce soit.

Et là, dans cet effacement de l'individu, je me suis enraciné dans la vie de la terre et j'ai découvert la lumière des cieux.

Mais ça ne sera jamais transmissible et aucune de mes paroles, aucun de mes écrits ne parivendra à partager ce qui relève de l'indicible. 

Il me reste juste à bénir la vie en moi, à chaque instant. Puisque seul, cela existe.

 

 

 

La colère et la joie.

Par Le 18/03/2011

Cet après-midi, alors que nous lisions en classe, le roman d'Adeline Malaterre, "la Corne d'abondance", un passage décrivant une émotion intense d'un personnage m'a amené à lancer une réflexion sur le thème de la conscience des émotions.

Ca arrive souvent ces changements de direction  en cours de séance...On peut passer des math à la géo en trente secondes en mêlant de l'histoire à de la philo...D'ailleurs en histoire, on travaille sur le siècle des Lumières et l'importance des philosophes dans l'émergence des idées humanistes et ça finit immanquablement sur Diderot, Rousseau, Voltaire et tout ce qu'ils ont apporté à l'humanité.

 

"Les émotions...Si quelqu'un vous insulte, la colère que vous ressentez, elle n'est pas venue en vous depuis l'extérieur, ça n'est pas les mots qui sont tombés en vous avec un chargement de colère, ni un coup de vent chargé de colère qui est passé sur vous. Cette colère, c'est vous qui lui avez donné vie. C'est une incapacité à maîtriser ce qui se passe en vous. L'autre n'est pas responsable. Les émotions ne sont pas des charges matérielles que vous décidez de porter comme un fardeau, elles n'ont aucune existence si vous les ignorez. Si vous vous y abandonnez, c'est vous qui leur donnez vie. L'autre, d'ailleurs, est satisfait du mal que vous fabriquez en vous en imaginant qu'il en est le responsable. Vous lui donnez la puissance dont il rêvait. Vous succombez à vous-mêmes. Et non à lui. Si par contre, vous décidez d'observer en vous ce qui survient, vous devenez le maître de vos émotions étant donné qu'au lieu de vous soumettre à leur puissance, vous vous placez au-dessus d'elle. C'est votre conscience qui analyse et qui vous apprend le contrôle. Cette conscience agit comme un Maître intérieur, il est là et regarde, il s'amuse de cette agitation qui aimerait vous emporter et à laquelle vous ne succombez pas. La colère retombe comme un soufflé qui dégonfle. Votre "agresseur" s'en trouve d'ailleurs totalement ébahi, stupéfait, vous êtes là, vous le regardez avec un détachement qu'il ne comprend pas parce que ça n'est même pas lui que vous observez mais vous-même. Lui, il a disparu et ses paroles sont tombées dans un puits sans fond. Il n'y a plus de colère parce que votre observation intérieure a pris le pas sur cette émotion insignifiante et inutile. Et cette agression verbale devient u cadeau inestimable.

Vous êtes le Maître intérieur.     

La personne que je dois absolument protéger, celle à qui je dois apporter la plus grande attention, c'est mon ennemi. C'est lui qui me fait grandir.

 

Qu'en est-il maintenant si l'émotion propagée est de la joie ? Est-ce que je dois l'accueillir et la laisser m'emporter ou est-ce que je dois également l'observer pour la neutraliser ?

Il convient pour ma part de la laisser s'étendre en sachant que l'autre n'en est pas responsable et que vous ne pourrez pas lui reprocher de ne pas la prolonger. C'est vous qui avez laissé s'étendre cette joie. Pas l'autre. Un ami qui ne vous offre plus cette joie n'est pas responsable de votre déception. C'est encore vous.

C'est votre façon de commenter la vie à travers vos émotions. Ca n'est pas la vie réelle mais ce que vous en faites, une image de la vie peinte par vos émotions. Vous pouvez en profiter tout en restant conscient qu'il ne s'agit que d'une illusion, un jeu éphémère, un moment de bonheur que vous vous donnez mais que l'autre n'a pas à entrtenir sinon vous le prenez en otage de votre bonheur alors qu'il n'y est pour rien.

La personne dont je dois me méfier, c'est celle qui me fait croire que le bonheur est durable, qui voudrait que cette joie ne disparaisse jamais. Et cette personne, c'est moi. Les autres ne sont pas responsables.

C'est ce qu'on apprend de plus beau quand on aime.   

 

 

 

Jarwal et les Kogis : les Conquistadors

Par Le 17/03/2011

L'or des Conquistadors.

Rien n'a changé depuis ce temps-là...

 

"Jackmor et ses soldats avaient contourné un massif érodé, une marche harassante pendant laquelle ils avaient abandonné deux hommes blessés qui ne parvenaient plus à suivre le rythme imposé. Le groupe avait quitté le sentier pour ne pas marquer leur passage et s’était imposé un raccourci épuisant dans des pierriers interminables. Les soldats étaient stupéfaits par la capacité incompréhensible de leur chef à se repérer dans ce dédale de sommets, de faces ruiniformes, de champ de pierres, de gorges et de ravins.

Ils ne pouvaient deviner que Jackmor n’était pas limité par son champ de vision, qu’il avait la capacité à prolonger ses regards à travers les pensées. L’objectif visé lui apparaissait clairement même s’il n’était pas visible. Son présent se projetait visuellement dans le futur à atteindre.

Ils parvinrent au village des Kogis sans avoir marqué la moindre pause. Les soldats s’effondrèrent et leurs compagnons écoutèrent leur récit du combat. Jackmor, sous le regard ébahi de ses hommes éreintés, ne s’accorda qu’une gorgée d’eau fraîche.

Un lieutenant vint le prévenir qu’un nouveau filon d’or avait été découvert au fond de la galerie, une veine d’une pureté absolue, dix fois plus importante que tout ce qu’ils avaient déjà amassé.

Jackmor tenta de se maîtriser, de ne pas montrer l’extraordinaire excitation qui enflamma tout son être, un bouleversement monumental, une émotion exacerbée, comme la première bouffée d’air du nouveau-né.

Cette nouvelle changea complètement ses plans. Plus question de s’enfuir. Il fallait organiser la défense, dresser des murailles, piéger la montagne, affaiblir les assaillants par tous les moyens jusqu’à ce qu’ils abandonnent. Il devait préserver ses hommes. Tant qu’ils lui étaient utiles.  

Il traversa le village, il voulait voir cet or.

Les Kogis étaient réfugiés dans les huttes. Sauf un. Un jeune homme. Il se tenait fièrement sur le seuil d’une cabane rudimentaire. Il ne bougea pas. Jackmor fut surpris par ce regard perçant, vindicatif, accusateur. Les Kogis ne laissaient jamais transparaître leurs émotions, il s’était même demandé même s’ils en avaient. Il ne s’y était jamais vraiment intéressé en fait. Dans ces yeux aiguisés qui le jugeaient, il réalisait son indifférence, son absence totale d’observation, comme s’il n’avait jamais pris conscience de leur existence. Etait-ce donc des hommes ?

Une confrontation silencieuse, une rencontre impromptue, dérangeante, cette impression inexplicable que ce jeune garçon, malgré sa fragilité, possédait une force intérieure bien supérieure à la puissance dont il se voulait le maître.

Il ne put s’empêcher de se retourner alors qu’il avait déjà dépassé le garçon. Il était toujours là et son regard brillait toujours de la même flamboyance. Comme une pointe dans son dos.

Il s’obligea à penser à l’or, il fallait le voir, le toucher. Il força son pas. Il arriva à l’entrée de la galerie gardée par deux soldats. Il se munit d’une torche et entra. Cette euphorie en lui, la puissance de ce plaisir, rien ne pouvait l’égaler. Avec l’or, il pouvait tout posséder. Tout devenait si simple. Les Maîtres de tous les savoirs se compromettraient pour obtenir leur part. Pas de lutte, aucun combat, aucune guerre, aucune machination, aucun délai d’obtention, l’or humiliait n’importe quel esprit, l’or faisait ramper les empereurs, anéantissait toute résistance, pourrissait les cœurs les plus nobles, cet abandon de tout dans les regards avides, rien pour lui ne pouvait égaler ce plaisir.

Trancher des têtes ne procurait pas ce bonheur de la possession des âmes. Les rabaisser, les avilir, détrôner les plus résistants, voilà ce qui le grandissait, c’était le pouvoir ultime, l’absolue domination. L’histoire du monde se construirait dans les noirceurs de l’or. Il voulait en devenir le représentant le plus célèbre, marquer l’humanité entière par son pouvoir.  

 

Il parvint au fond de la mine, une dernière saignée dans la montagne, il balaya le faisceau tremblant de la torche, fébrile, brûlant d’impatience. Là, dans l’angle d’une faille fraîchement taillée, le liseré scintillant qui filait vers le haut, une veine épaisse, une artère ambrée, l’or coulant dans la roche, toute la maîtrise du monde à saisir. Il imagina longuement les visages fascinés, assoiffés, voraces, soumis et obéissants, veules et serviles, il les posséderait jusqu’au tréfonds de leur humiliation. Il en serait le Maître. Les hommes seraient à ses pieds, des serfs jusqu’aux rois, et il s’amuserait éternellement de leur bassesse, il les regarderait, avec un plaisir ineffable, se vautrer dans la fange de leur âme souillée.

 

Il rejoignit la hutte principale du village. Ses hommes l’avaient confisquée afin qu’il y soit au mieux.

Il n’aimait pas ces masures. Du bois, de la terre séchée, des troncs grossièrement taillés pour soutenir la structure, des meubles tellement misérables. Un vulgaire hamac pour dormir. Non, ces Kogis ne pouvaient pas être des hommes. Ce visage inquisiteur tout à l’heure, ce garçon insolent qui avait osé le défier, qui n’avait même pas baissé les yeux sur son passage, ça ne pouvait pas être un homme. Ni lui, ni ses semblables n’avaient montré la moindre marque de résistance, juste ces regards détachés, inertes, cette acceptation lâche de tout ce qu’ils subissaient. Des hommes ne pouvaient se comporter de cette façon. Ils les connaissaient trop bien pour se tromper. Ces Kogis n’avaient rien à voir avec les hommes. Ils étaient autre chose.    

Un dérangement étrange qui ne voulait pas s’effacer. Comme s’il était en train de manquer l’essentiel. Une leçon à tirer. Et qu’il ne voulait pas la voir. Qui étaient-ils, ces Kogis ? Et comment était-il possible qu’il ne parvienne pas à lire leurs pensées ? Il s’était dit dans un premier temps qu’ils n’étaient que des animaux. Ils ne pouvaient pas saisir les pensées de créatures aussi inférieures. Mais peut-être se trompait-il ?

Le regard de ce jeune garçon le tourmentait.

 

 

Kalén regardait en lui cette émotion inconnue de la vengeance, cette colère mouvante qui venait battre en lui comme des vagues montantes, un ressac indomptable qui rognait ses résistances, érodait inlassablement la plénitude de son enfance, ce ressentiment incontrôlable qui montait dans ses fibres comme un magma dévastateur. Il n’avait aucune expérience, aucune connaissance, aucun repère. Les Sages ne lui avaient pas enseigné les noirceurs de l’homme et il en recevait les outrages avec une violence incommensurable, comme un nouveau monde se présentant à lui. Jackmor et ses hommes ne pillaient pas seulement la terre de son peuple, ils détruisaient l’équilibre des âmes, violentaient les êtres humains, propageaient comme une maladie redoutable des émotions néfastes. Ce peuple barbare portait en lui la fin des Kogis. Que deviendrait la Terre si les peuples indigènes succombaient sous les marées incessantes des pilleurs ? De quelles émotions la Terre allait-elle être submergée si le déséquilibre s’amplifiait, si la rupture entre les êtres humains et leur Mère était définitive, comment la vie serait-elle possible si l’avidité des hommes dévastait l’amour ? Ces envahisseurs ne savaient aimer que leur image. Ils étaient vides à l’intérieur."

Le monde arabe.

Par Le 16/03/2011

Le Japon concentre les regards et les inquiétudes.

Et la rébellion lybienne est massacrée.

http://blog.syti.net/index.php?article=350

 

Il faut sauver l'Arabie Saoudite à tous prix et en laissant Kadhafi reprendre le pouvoir en Lybie, les rébellions à venir sont brisées. C'est en tout cas, le pari que font certains pays Occidentaux. Il faut sauver la croissance mondiale en interdisant un emballement des prix du pétrole. La rébellion lybienne a déjà enflammé les prix mais une contamination à l'Arabie Saoudite serait désastreuse pour les financiers et leurs comptes en banque.

Le gvt français et anglais semblaient parier au contraire sur une réussite de la rébellion lybienne et sans doute l'établissement de contrats pétroliers bien juteux, pensant sans doute que la contamination à l'A.S est impossible. Il n'y a qu'à voir ce qu'il vient de se passer à Bahrein d'ailleurs...Kadhafi n'est pas le seul assassin du secteur.

Je ne crois pas un seul instant aux intentions humanistes des gvts occidentaux. Malheureusement. Et j'imagine bien les "brain storming" à tous va dans les salles secrètes des palais présidentiels. Comment maintenir la croissance ?...  La grande question qui les tourmente...

 

Un choc pétrolier associé désormais à une catastrophe nucléaire conduiraient à un effondrement des marchés boursiers.

Il s'en suivrait également un changement considérable dans nos vies quotidiennes.

Et il est à espérer qu'on y arrive. Aussi douloureux cela va-t-il être. Il en va en fait de l'avenir des générations futures. La nôtre est en train de prendre en pleine figure ce qu'elle a semé depuis les années d'après guerre. L'emballement matérialiste. On pouvait le comprendre au sortir d'une guerre mondiale et de ses souffrances. Mais personne ensuite n'a jamais relâché l'accélérateur.

Et là, le moteur (et pas que nucléaire) s'emballe.  

Nikola Tesla

Par Le 16/03/2011

La fin de l'hégémonie du nucléaire va peut-être relancer les recherches de cet homme, un génie oublié parce que sa vision n'avait aucun avenir financier...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nikola_Tesla

 

http://frenzy.chez.com/Tesla.htm

 

http://frenzy.chez.com/Tesla2.htm

 

http://frenzy.chez.com/Tesla3.htm

 

http://frenzy.chez.com/Tesla4.htm

 

Quand on voit le temps perdu...

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