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Croyance et foi.

Par Le 14/05/2010

Suite à un échange sur "forum métaphysique" (voir liens).

Merci à "Gereve" et "Jo", intervenants des plus précieux.

 

Croyance et foi

« Le savoir diffère de la croyance en ce qu’il est ouvert, la réponse à une question fait surgir mille autres questions. La croyance est fermée, le croyant interdit qu’on mette le dogme en questions et à la limite, c’est lui qui vous soumet à la question (allez voir sous l’inquisition). S’il accepte, parce qu’il est bon bougre, il a réponse à tout. Poussé dans ses retranchements, il invoque le mystère.
Le croyant est psychologiquement fragile, il a besoin d’être conforté dans sa croyance en faisant des adeptes. Il est fermé à l’épreuve du réel et l’interprète à sa façon. Il a peur et en quelque sorte il est ligoté par sa peur. A l’opposé, le non croyant est ouvert à l’épreuve du réel, mais de ce fait c’est aussi un croyant : il croît au réel. Lui aussi a peur, longtemps il s’est accroché à l’idée que les atomes sont les particules ultimes de la matière. Ça rassure de croire que quelque chose de solide existe de toute éternité. On sait ce qu’il en est de cette solidité. Maintenant on s’accroche à la notion de réalité. Mais même dans les milieux scientifiques cette notion de réel est très controversée. Bernard d’Espagnat a écrit un livre intitulé “à la recherche du réel. » La seule chose que je sache, c’est qu’il existe entre mes perceptions, des relations pourvues d’une certaine cohérence et d’une certaine durée. De là, j’infère qu’une réalité les sous-tend, mais ce n’est en aucune façon une certitude, c’est un credo. Et ce credo me rassure, il répond à un besoin psychologique. Je n’ai en aucune façon une nécessité logique. Je crois au réel parce que j’ai peur d’être seul. En ce sens, la croyance diffère de la foi.
La croyance est le refuge de ceux qui n’ont pas la foi.

La foi est en effet pour moi, affaire de confiance, profonde, totale en la vie. La croyance a toujours un objet, la foi n’en a pas, elle vient de l’intérieur. Vous me direz que la croyance aussi vient de l’intérieur. Oui, mais elle a un objet qui vient de l’inconscient. Dieu, par exemple, est le substitut du père, c’est une réponse à l’angoisse de la solitude, du vide laissé par le père disparu (réellement ou symboliquement). La croyance vient pour combler un vide, un attachement à l’enfance. La foi par contre accepte la solitude, mais elle émane d’une grande puissance de vie et elle emplit la solitude. C’est en quelque sorte, le plein dans le vide. Là où il y a foi, il y a absence de peur.

Le réel est ce qui reste quand on a laissé derrière soi toute croyance.
La croyance et la foi diffèrent, l’une est une réponse à la peur, l’autre une curiosité insatiable, un appétit de vivre. Mais paradoxalement, elles diffèrent et pourtant elles sont de même nature. La foi est aussi une croyance mais une croyance à l’état pur, une croyance sans objet. La croyance serait en quelque sorte un point qui se déplace entre la superstition et la foi. La croyance et la foi diffèrent en ce qu’elles sont séparées comme deux points, qui sont de même nature, mais qui diffèrent parce qu’ils sont distants l’un de l’autre. Comme un point sur une droite, la foi serait une croyance à l’infini c’est-à-dire une croyance en rien ou une croyance en tout, comme on voudra, selon qu’on est pessimiste ou optimiste.

Pour prendre une autre image, les croyances sont comme des îles. Je suis libre de passer d’une île à une autre encore faut-il que je sache nager et que je sois assez résistant pour tenir la distance. Si c’est le cas, je concrétiserai ma liberté, sinon je resterai sur l’île. Nous sommes le plus souvent plusieurs sur une île. Un jour l’un d’entre nous s’exclame: “et s’il y avait d’autres îles par-delà l’horizon?” Beaucoup répondront “mais non, il n’y a qu’une île, la notre!” parce qu’ils sont peureux ou paresseux. D’autres diront “peut-être” et partiront. Ceux qui sont partis, à force d’aller d’île en île, prendront des forces, de la technique, de la confiance et un jour, ils n’auront plus envie d’une île, ils prendront leur plaisir à nager, ils seront libres, comme des dauphins. Ceci dit, ceux qui restent sur l’île peuvent l’embellir, (les cathédrales, les livres, les symphonies, les peintures d’inspiration religieuse) et peut-être sans le vouloir, en inciter d’autres à chercher de nouvelles îles. »

Gereve.

 

 

« Foi et confiance ont la même racine, je crois. Voilà: pour moi, la foi c'est la confiance. On renonce à raisonner et même à comprendre : on "se fie".
Dans la croyance, on est persuadé d'avoir compris et trouvé LA vérité. »

Jo.

 

 

Je pense Gereve et Jo que l'intellect entretient les croyances, qu'elles soient religieuses, scientifiques, philosophiques. Ce sont des idées auxquelles on tient, sur lesquelles on cherche à avancer, elles nourrissent notre égo, sans que ça soit péjoratif ou négatif, ce sont des signes d'appartenance, de reconnaissance, d'union. A mon sens, elles restent dans la dimension des "croyances", même si nous leur trouvons d'indéniables justifications parce qu'elles sont justement de l'ordre de l'intellect...Il suffit pour s'en convaincre de juger des changements de ces "croyances", des discussions infinies sur les religions elles-mêmes... Elles sont fluctuantes parce qu'elles n'existent que par notre intellect. Il est normal qu'elles évoluent dans cet espace mentalisé, sinon il s'agirait de fanatisme...Mais elles ne peuvent dès lors permettre à l'individu de nager en eaux libres, elles n'offriront que des traversées incessantes comme tu l'as très bien écrit.
La foi n'est pas dans cet espace parce qu'elle ne trouve pas sa source dans l'intellect. Elle est de l'ordre du ressenti, mais un ressenti qui n'est pas identifié, maîtrisable, reproductible. Les cinq sens eux-mêmes s'y affolent et dès lors qu'une tentative de contrôle est envisagée tout se perd. L'abandon du moi est à la source du Soi. La foi est son combustible. Rien à faire. Peut-être même que seul l'abandon de l'intellect, momentané, involontaire ou pas, reste le point de départ. Ne pas chercher revient à découvrir que c'est déjà là, comme si l'effort était un paravent au lieu du cheminement qu'on imagine. Les voies de l'intellect sont impénétrables...La foi, elle, n'est même pas une voie puisque cela laisse entendre qu'il y a un horizon à conquérir. Ce n'est pas une voie sur la montagne, c'est la montagne. La croyance est une voie.

 

Dans mon cheminement, je dirais que la foi est la certitude que je n'ai pas à chercher une réponse. Alors que la croyance m'inviterait à absorber celles qui me seraient proposées. Il me serait facile de « croire » après avoir été envahi d'auras bleues qui me parlaient, d'avoir recommencé à marcher, d'être devenu une "énigme" médicale...Les Eglises m'invitaient. Mais je n'ai pas de croyance. J'ai une certitude. Celle qu'il est inutile et présomptueux de vouloir obtenir une réponse autre que celle de la Vie en moi. Il n'est pas question pourtant de laxisme ou de lâcheté ou de fatalisme. Juste une bénédiction totale et constante devant cette certitude qu'il existe ce que je ne peux pas saisir mais qui pourtant vibre en moi. Mon cerveau est un organe inerte dans le courant de ce flux, un obstacle qui me prive du bonheur de l'eau qui tourbillonne. Il me suffit de m'asseoir et de laisser monter les larmes. La foi en moi, ce sont ces frissons qui m'enflamment. Dieu ? L'Energie, l'Architecte ? Quelle importance ? La croyance voudrait le nommer, le reconnaître, l'identifier, lui donner une histoire, un projet, nous transmettre des Textes, la croyance voudrait souder les âmes perdues, leur donner une direction...Ca ne m'intéresse pas. Le chemin est en moi. C'est ma foi. Une certitude.

Thierry.

 

 

Etre libre.

Par Le 10/05/2010

Être Libre par Krishnamurti

 

Revue 3ème Millénaire

http://www.revue3emillenaire.com/blog/?p=3476

07/05/2010

Cet article, préparé et traduit de l’anglais par Robert Linssen, constitue une synthèse de conférences de Krishnamurti entre 1928 et 1935. A cette époque, on pouvait encore entendre  Krishnamurti dire des choses comme « il y a une Réalité éternelle et vivante, appelez-la Dieu, immortalité, éternité… » ;  par la suite il continua à affiner son langage pour le restant de sa longue vie, s’éloignant de plus en plus des affirmations qui pour nombreux de ses auditeurs n’étaient que croyances…

(Revue Être Libre. No 1. Janvier 1936)

Je ne désire pas ajouter aux nombreux systèmes existants de nouvelles théories, de nouvelles formules, ou de savantes explications.

Toutes les formules « toutes faites », les « explications », les « théories » ne sont que des moyens habiles pour vous évader de vos propres conflits.

La plupart des esprits désirent imiter, suivre, copier parce qu’ils ne savent plus penser fondamentalement par eux-mêmes.

Pour la plupart la douleur, le conflit est si intense, qu’ils préfèrent plutôt s’évader dans les religions, les systèmes, les théories, ces cristallisations de la pensée humaine.

Pour moi, la solution réelle de vos problèmes, se trouve dans la profondeur de votre Intelligence, qui doit fonctionner simplement, librement, spontanément.

Par cette Intelligence, je n’entends pas la capacité de spéculations ni de ruses intellectuelles.

L’Intelligence Véritable n’est pas non plus la connaissance livresque.

Vous pouvez avoir beaucoup étudié, et encore restes stupide.

Vous pouvez lire de nombreuses philosophies, et ne pas connaître encore l’Extase, la béatitude de la pensée créatrice, qui ne peuvent exister seulement que lorsque l’esprit et le cœur, se libèrent eux-mêmes à travers le conflit, par une constante lucidité, de toutes les stupidités du passé.

L’expression de l’Intelligence véritable dans l’Action est l’Immortalité, c’est l’apothéose du bonheur, la béatitude de vivre complètement dans l’Éternel Présent.

Vous avez d’innombrables idées concernant la plénitude de la Vie, et l’immortalité.

Mais pour moi, cette Immortalité, cette grande richesse de la Vie, ne peut être comprise et vécue, que lorsque l’esprit est pleinement libéré de toutes ses limitations, des stupidités du passé, du milieu actuel, des anomalies acquises ou héritées. Dans cette flamme d’intense lucidité, surgira l’extase de la Vie, dans cette conscience suprême est la Vérité.

Je vous en prie, tout ceci n’est pas une nouvelle théorie, je ne suis pas un théoricien. Je ne m’impose à personne, je n’essaye de convaincre personne de mon message, mais parce que les hommes sont enfermés dans la prison de la misère, dans les cages de la souffrance, je voudrais éveiller en eux, le désir de détruire eux-mêmes ces cages.

Je veux créer en chaque être, une attitude nouvelle d’esprit. Je ne désire pas de disciples, parce que la signification totale de ce que je dis est contraire à toutes ces choses.

Ce n’est que lorsque l’esprit est dépouillé de toutes les illusions de l’ignorance, et de toutes disciplines intérieures ou extérieures, qu’il est capable de discerner le Présent Infini.

La Plénitude de la Vie est en toutes choses, il ne faut rien acquérir, tout est là, ELLE EST.

Mais si vous voulez comprendre ce que j’ai à dire, ne me traduisez pas je vous en prie en termes de parti, de secte, de groupe, de disciple, de partisan de religion.

L’Éternel Présent est une chose que l’on ne peut pas expliquer. Vous ne pouvez pas raisonner un tel sujet. Cela doit être expérimenté, Cela doit être vécu. Cela requiert une grande persistance et un éveil constant.

Mais nos vies sont si superficielles, avec les inanités de la « civilisation » moderne, nos vies sont si chaotiques, déraisonnables, pleines de souffrances, et les hommes ne sont plus que des machines à imiter.

Je dis que lorsqu’il y a discernement véritable, point n’est besoin de disciplines intérieures ou extérieures. Vous êtes la plupart emprisonnés dans l’habitude de la discipline.

Tout d’abord vous conservez une image mentale de ce qui est bien, de ce qui est vrai, et de ce que votre caractère devrait être. Vous essayez de faire concorder vos actions avec cette image mentale.

Vous agissez simplement en vous conformant à une image mentale que vous possédez. Tant que vous avez une idée préconçue de ce qui est vrai vous agirez conformément à cette idée. La plupart d’entre vous êtes inconscients du fait que vous agissez conformément à un modèle.

Mais lorsque vous devenez conscients du fait que vous agissez d’une telle façon, vous n’essayez plus de copier ou d’imiter, mais c’est votre propre action qui vous révèle ce qui est vrai.

Notre entraînement physique, notre éducation morale et religieuse tendent à nous mouler conformément à un modèle.

Être libéré de la discipline est extrêmement difficile, du fait que dès l’enfance nous avons été l’esclave de la discipline et de la domination.

Depuis l’enfance, la plupart d’entre nous, avons été entraînés à nous adapter à un modèle social, religieux ou économique, et la plupart de nous sommes inconscients de ce fait.

La discipline est devenue une habitude, et vous êtes inconscients de cette habitude.

Lorsque vous verrez que vous êtes en train de vous discipliner conformément à un modèle, votre action sera engendrée par le discernement.

Si en agissant ainsi vous êtes conscients de l’imitation, votre action sera spontanée.

J’aimerais donc vous expliquer que la Vérité, la plénitude et la richesse de la Vie, ne peut être réalisée par personne au moyen de l’imitation, ou d’une forme quelconque de l’autorité.

La plupart d’entre nous sentons occasionnellement qu’il existe une vraie vie, un Éternel quelque chose, mais les moments où nous sentons cela sont si rares, que cet Éternel quelque chose recule de plus en plus vers l’arrière-plan, et nous apparaît de moins en moins réel.

Or pour moi, il y a une Réalité éternelle et vivante, appelez-la Dieu, immortalité, éternité ou autrement si vous le voulez.

Je tiens qu’il y a une Vie éternelle qui est la Source et le But, le commencement et la fin, encore qu’elle n’ait ni commencement ni fin, ni But, ni Apogée.

Cette Vie éternelle ne cherche pas dans son expression un résultat, un accomplissement. Elle n’a ni apogée ni but, car Elle est éternellement en Mouvement.

La Vérité réside dans le processus, et non dans la réalisation.

Il y a quelque chose d’intensément vivant, de créateur qui ne peut être décrit, parce que la Réalité échappe à toutes descriptions.

Vous ne pouvez pas connaître l’Amour Véritable par la description d’un autre, pour connaître l’Amour Réel, il faut que vous l’ayez éprouvé vous-même.

L’Amour a perdu son extase créatrice.

Il ne devient plus qu’une série de conflits qui visent la possession.

La grande tendresse de l’Amour, sa grande profondeur, sa qualité d’Éternité, sa sublimité, son extase immense et profonde sont détruites par le désir de posséder, d’obtenir.

Sans cet Amour, l’homme ressemble à un désert de sable sec, à une rivière en été, lorsqu’elle n’a plus d’eau pour abreuver ses rives.

Et pourtant peu savent aimer véritablement, car pour aimer réellement, vous devez être au-dessus de la corruption de l’Amour.

Mais nul ne peut vous décrire la Plénitude, méfiez-vous de l’homme qui essaye de décrire cette Réalité vivante.

Cette réalisation de la Vérité, de l’Éternel, n’est pas dans le mouvement du temps, lequel n’est qu’une habitude de l’esprit.

Mais si l’esprit comprend cette Plénitude de la Vie, et s’il est libre de la division du temps en passé, présent et futur, alors survient la réalisation de cette Réalité Vivante, Éternellement Présente.

Et encore, parce que nous avons divisé l’action en passé, présent et futur, parce que pour nous l’Action n’est pas complète en elle-même, mais est plutôt quelque chose qui est mis en mouvement par des mobiles, par la peur, par des guides, par la récompense et la punition, nos esprits sont incapables de comprendre la totalité dans sa continuité.

Ainsi on s’évade continuellement de l’Éternel Présent.

Ce n’est que lorsque l’esprit et le cœur sont libres de la division du Temps que l’Action véritable peut surgir.

Quand l’Action est engendrée par la Plénitude et non par la division du temps, elle est harmonieuse et est libérée des entraves de la société, des classes, des races, des religions et du désir d’acquérir.

Pour exposer la chose différemment, l’Action doit devenir vraiment individuelle.

Par action individuelle, j’entends l’action qui est engendrée par la compréhension complète, par la compréhension de l’individu, et non pas celle qui est imposée par d’autres.

L’Immortalité ne peut être comprise que dans la plénitude de notre Action individuelle, et non comme fragment d’une structure, non comme partie d’une machine sociale, politique et religieuse.

Vous devez donc éprouver l’individualité véritable avant de pouvoir comprendre Ce qui est vrai.

Tant que vous n’agissez pas de cette Source Éternelle, il doit y avoir conflit, il doit y avoir divisions et des luttes continuelles.

Chacun de nous connaît la lutte, la douleur, le conflit et le manque d’harmonie.

Ce sont là des éléments qui en grande partie constituent notre vie, et consciemment ou inconsciemment, nous essayons de leur échapper.

Peu de personnes sont conscientes de la cause profonde de leur souffrance, alors elles éprouvent le désir de fuir cette souffrance, et ce désir de fuite a créé et vitalisé nos systèmes moraux, sociaux et religieux.

Parce que nous ne sommes pas « véritablement » responsables de nos propres actes, nous créons des systèmes et des autorités pour qu’ils nous donnent des réconforts et des abris.

Cette incapacité d’affronter l’expérience dans sa plénitude crée le conflit et le désir que l’on a de s’évader.

DE LA SÉCURITÉ

Si vous considérez intelligemment vos pensées et les actes qui en découlent, vous verrez que là où se trouve le désir de fuite, il doit y avoir la recherche de la sécurité; et toutes vos actions soft basées sur le désir de sécurité.

Graduellement, cette demande de la sécurité détruit l’Intelligence véritable.

L’esprit à travers l’expérience accumule diverses sortes de systèmes d’autoprotections du « Je », de sécurités de « Je », et ces choses sont de nature à empêcher totalement l’esprit dans son processus de réajustement constant à l’Éternel Mouvement de la Vie.

L’ardent désir de sécurité, se manifeste entre autres, par la volonté d’avoir un compte substantiel en banque, une bonne position, par le désir d’être considéré comme « quelqu’un » dans la ville que l’on habite, par la lutte que l’on affronte pour obtenir des titres, des grades, et tant d’autres stupidités qui n’ont aucun sens Réel.

Ensuite, quelques-uns d’entre vous, ne sont plus satisfaits par la sécurité physique, et cherchent une sécurité d’une forme plus subtile.

C’est encore de la sécurité, mais simplement un peu moins évidente, et vous l’appelez spiritualité.

Mais je ne vois pas de différence entre les deux.

Lorsque vous êtes rassasiés de sécurité physique, ou lorsque vous ne pouvez pas l’obtenir, vous vous tournez vers la sécurité spirituelle.

Et lorsque vous vous tournez vers cette sécurité, vous vitalisez ces choses que vous appelez « religions » et « croyances spirituelles » organisées.

Parce que vous cherchez la sécurité, née de votre propre insuffisance, de votre propre vide, vous établissez une forme de religion, un système de pensée philosophique dans lequel vous êtes pris, et dont vous devenez l’esclave.

Notre inertie, notre manque de compréhension nous remettent désarmés dans les mains de « spécialistes » et de « profiteurs ».

Notre désir de sécurité, notre désir de perpétuation, d’immortalité personnelle, nous incite à rechercher des autorités qui puissent nous « promettre » cette « immortalité », et ainsi ont surgi les structures religieuse, les croyances organisées, les dogmes, le sacerdoce.

Ainsi les prêtres à travers le monde, se sont transformés peu à peu en exploiteurs.

Je dis que lorsqu’un homme est « emprisonné » dans une croyance quelconque, il ne peut connaître la Plénitude de la Vie.

Un homme qui vit pleinement, agit de cette Source dans laquelle il n’y a pas de réactions, mais seulement l’Action ; mais l’homme qui est à la recherche de la sécurité, de l’évasion, doit s’accrocher à une croyance parce que c’est d’elle, qu’il tirera son support continuel et l’encouragement à son manque de compréhension.

Mais vous n’aborderez jamais la Vie, tant que vous serez retenus dans un moule.

La Vie passera à côté de vous parce que vous avez déjà limité votre esprit par votre propre choix.

Ce n’est que lorsque vous aborderez les expériences sans barrières, que vous trouverez une joie continuelle.

Si vous avez l’Intelligence véritable, et l’intensité qu’il faut pour détruire les barrières qui vous enchaînent, vous connaîtrez par vous-même l’accomplissement de la Vie.

Mais la plupart des individus essayent de s’enfuir, ils se sont transformés en machines à habitudes.

Afin d’éviter le conflit vous créez des croyances religieuses, vous adorez une image d’une imitation que vous appelez Dieu, ou vous essayez d’oublier votre inaptitude à affronter la lutte en vous perdant vous-mêmes dans le travail, ou dans les marais d’une activité superficielle.

De cette pauvreté intérieure surgit le désir de sécurité, et pour avoir la sécurité, il doit exister une personne, une idée, une croyance, une tradition pour vous donner l’assurance de la sécurité.

Ainsi dans notre tentative de trouver la sécurité, nous érigeons une autorité…

DE L’AUTORITÉ…

Nous sommes esclaves de l’autorité que nous avons nous-mêmes créés.

Nous cherchons la sécurité au moyen de guides spirituels ou de prêtres, ou encore, nous cherchons l’autorité dans la puissance de la tradition sociale, économique ou politique.

C’est nous-mêmes, individuellement, qui avons établi ces autorités, elles n’ont pas surgi à la Vie spontanément.

Pendant des siècles, nous n’avons cessé de les établir, et nos esprits ont été mutilés, pervertis par leur influence.

Ce culte de l’autorité est pour moi la racine suprême de l’exploitation.

L’esprit est tenu en esclavage par le milieu qu’il a lui-même créé par son insatiable désir, il en résulte une peur incessante.

Partout où existe cette peur, on trouve la discipline, la contrainte exercée par des hommes sur d’autres hommes, la domination et la recherche du pouvoir que l’esprit glorifie comme une vertu divine.

Si vous réfléchissez réellement à tout cela, vous verrez que là où il y a Intelligence Véritable, il ne peut y avoir poursuite du pouvoir.

Toute vie est modelée par une peur incessante, inconsciente et par des conflits, donc par la coercition, par l’imposition de décrets et de liens que certains considèrent comme vertueux et précieux, et d’autres nocifs et funestes.

Ce sont là les freins que vous avez institués dans votre désir de vous perpétuer ; vous avez créé des autorités, et votre vie est modelée, par des obligations, de formes et de degrés divers.

L’individu qui est perpétuellement conditionné par le milieu, modelé par des règles, des lois, des principes de morale, devient de moins en moins intelligent au plus on l’écrase.

Ces freins imposés à l’individu, et qu’il appelle son milieu environnant ont pour promoteurs les charlatans et les exploiteurs de la religion, de la morale publique, de la vie politique et économique.

L’exploiteur est l’individu qui, consciemment ou inconsciemment, se sert de vous, et vous lui cédez, consciemment ou non, parce que vous ne comprenez pas vous devenez l’exploité économiquement, socialement, politiquement, religieusement — et il devient votre exploiteur.

De cette manière la vie devient une école, un cadre, un moule en acier dans lequel l’individu est battu jusqu’à en épouser la forme.

L’individu devient une simple machine, un rouage sans pensée, rigidement limité.

La vie devient une lutte, une série .de combats continuels.

Aussi a-t-on inventé cette idée fausse que la Vie est une série de leçons à apprendre, d’expériences à acquérir pour se prémunir, à l’effet de mieux pouvoir aborder la vie du lendemain — mais, avec des idées préconçues.

La vie devient une simple école, et non quelque chose dont on doit jouir, et que l’on doit vivre extatiquement, pleinement, sans peur.

Le milieu extérieur étreint l’individu, le broie dans un cadre d’objets en série, d’idées religieuses, et comme il se sent écrasé par l’extérieur il cherche à s’échapper dans un monde qu’il appelle le monde intérieur.

Naturellement quand l’esprit est dévié, perverti, moulé par le milieu extérieur, et qu’il se livre au dehors à des luttes incessantes, il espère en une tranquillité, en un bonheur, en un monde différent, et il se construit alors un romantique havre d’évasion dans lequel il cherche une compensation aux échecs et aux souffrances de l’extérieur.

Si vous devenez réellement conscient de tout ce qui précède, vous commencerez à comprendre la vraie signification du monde extérieur et du monde intérieur.

A ce moment-là existe une perception immédiate, spontanée, la Vie se trouve libérée, et l’esprit devient Intelligence véritable, il peut fonctionner d’une façon créatrice, naturelle, sans cette constante bataille.

Ainsi, l’Intelligence reconnaît les obstacles, il n’y a pas d’adaptation, seule surgit la compréhension spontanée, qui est un mode de vie naturel, simple, extatique.

L’Intelligence Véritable ne dépend ni de l’extérieur, ni de l’intérieur.

Dans cette lucidité, il n’y a pas de désir, mais la perception claire, simple, spontanée de Ce qui est vrai.

Alors surgit la Plénitude, cette richesse infinie, cette réalisation de l’Éternité qui est Dieu.

C’est une réalité, une Vérité immense et vivante, et pour la comprendre il faut une complète simplicité, une grande clarté de pensée.

Ce qui est simple est infiniment subtil. Ce qui est simple est extrêmement délicat.

Il y a une grande subtilité, une délicatesse infinie, un équilibre délicat qui n’est ni le contentement de soi, ni cet incessant effort engendré par le désir de réussir, d’accomplir.

Dans cet équilibre délicat réside la simplicité, qui n’est pas une simplicité qui consiste à n’avoir que peu de vêtements ou de possessions.

Ce n’est pas de cette simplicité là que je parle — qui n’est qu’un aspect grossier de la Vraie Simplicité — mais de celle qui est engendrée par cette délicatesse de pensée dans laquelle n’existe ni satisfaction, ni stagnation, mais simplement l’extase suprême de vivre pleinement le Présent Infini.

Dans cette extase se trouve le mouvement vivant de la vérité, qui est une Vie sans cesse créatrice.

J. KRISHNAMURTI

L'existentialisme

Par Le 10/05/2010

"L'homme existe d'abord, c'est à dire que l'homme est d'abord ce qui se jette vers un avenir et ce qui est conscient de se projetter dans l'avenir. Rien n'est au ciel intelligible et l'homme sera d'abord ce qu'il a projeté d'être. L'existence précède l'essence. Ainsi la première démarche de l'existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. L'angoisse est l'absence totale de justification en même temps que la responsabilité à l'égard de tous. Avant que vous ne viviez, la vie, elle n'est rien, mais c'est à vous de lui donner un sens et la valeur n'est pas autre chose que ce sens que vous choisissez. La vie n'a pas de sens à priori."

Jean-Paul Sartre.

 

Lorsque j'étais au lycée, en terminale philo, j'avais découvert ce texte avec un enthousisame débordant. Tout ça me semblait contenir une vérité indéniable. Je devais donner un sens à mon existence, j'en étais le seul responsable, quelques soient les obstacles, il ne tenait qu'à moi de les surmonter...La vie n'était rien d'autre que ce que j'allais en faire. En elle même, elle n'avait pas de réalité, c'était à moi de lui donner une "forme", un projet, une mission. Mes actes devaient donner à cette vie inerte une raison d'être.

Bien sûr que j'ai décidé d'écrire, bien sûr que c'est moi qui tapote sur le clavier et tente à travers ma raison de mettre en forme une éventuelle évolution spirituelle. Je pourrais aussi bien éteindre cet ordinateur et cesser de chercher en moi les réponses. Non, en fait, j'en suis incapable...Ca ne m'appartient pas. Il y a en moi une force qui me pousse à continuer. Les périodes de "sommeil" ont toujours été suivi de réveils flamboyants. Cinq livres, des milliers de pages, ce blog. Je n'y peux rien, ça n'est pas un choix, je ne peux pas lutter contre ça, j'appartiens à ce chemin, c'est un courant qui me pousse. Je n'ai aucune angoisse devant l'absence de justification. Je ne sais pas pourquoi j'écris. Je sais par contre ce que ça m'apporte mais le point de départ ne m'appartient pas. Il m'arrive même de ne pas savoir "comment" j'écris, ces périodes d'écriture "spontanée", comme une possession sublime. Ca n'est pas moi mais bien autre chose. Une énergie. La Vie en moi qui parle à travers les frissons qui m'enflamment, les larmes de bonheur, les envolées émotionnelles, comme des naissances, des accessions subites à une lumière indéfinissable, des flashs tonitruants.

J'ai cessé de penser que cette capacité d'écriture m'appartient. Les progrès dans la maîtrise de la langue sont de mon ressort mais la source des mots, je ne la connais pas, je ne peux pas y remonter, je descends dans le courant mais je ne suis pas un saumon...Et je n'en souffre aucunement. J'aime cette énergie et je la laisse m'emporter, je la bénis, je l'honore, je ne me soumets pas niaisement comme un dévôt mais je m'en nourris. Dans le courant, je trouve tout ce qui m'est nécessaire. Peu m'importe de savoir si au ciel il y a quelque chose d'intelligible, je n'ai pas accès à cette dimension, je ne sais pas si quelque chose est écrit, si j'ai un karma à éprouver, à purifier, tout cela reste du domaine de l'hypothèse et je n'ai pas envie de m'y perdre en me questionnant sempiternellement en espérant atteindre l'illumination. Si la Vie considère que je suis apte à recevoir un jour cette révélation, si je suis susceptible de comprendre ce qui ne m'est pas accessible aujourd'hui, je laisse l'énergie en décider, la Vie en moi sait où elle va.

Je reste donc dans l'instant en usant de ce que je possède réellement, les mots, la langue, l'écrit, un espace dans lequel je peux avancer, sans prétention, sans objectif. L'énergie apporte à ces mots la sève nourricière. Sans ce flux constant, les mots n'auraient aucun sens. Ils ne seraient qu'un jeu, un travail littéraire, une logorrhée narcissique.

Le sens de ma vie, c'est de laisser cette vie me porter, de la recevoir, de l'aimer, de m'en nourrir. Je n'existe pas d'abord. La vie en moi existe et si je la reçois avec tout le respect que je lui dois, je m'offre l'opportunité d'une existence.

LES ÉGARÉS . (roman) 4

Par Le 08/05/2010

 

 

 

"Assis au bord d’un petit lac d’altitude, il étudie la carte et l’idée survient qu’il ne possède pas en lui de tracé constitué. Il avance sur un chemin inconnu, une terre vierge, un espace englouti par un inconscient vorace. L’impression de devoir progresser à coups de machette dans la jungle sombre de ses émotions enchevêtrées l’indispose. Il devine une menace mais l’attraction le domine. Comme si l’abandon forcé de ses rôles identitaires créait inéluctablement en lui ce désir irrépressible d’explorer les reliefs chaotiques de ses recouvrements érigés. Les montagnes sont intérieures. La profondeur des vallées sombres n’est qu’une promesse de sommets lumineux. Sa vie sociale lui apparaît soudainement comme une vaste plaine morne et encombrée de gravats, un désert parsemé de mirages adorés, une terre ravagée par des conflits internes, des relations invalidantes, des contraintes inventées comme autant d’expédients hallucinogènes.

La peur qui l’étreint n’est qu’une résistance, un rappel effréné du mental vers des soumissions apprises, des abdications acquises. Il est effrayé à l’idée que le prisonnier finit par adorer l’épaisseur de sa geôle quand la projection vers une liberté possible implique l’abandon des repères, la disparition des balisages, l’avancée aléatoire dans les marais spongieux de l’inconscient envasé.

Ces dix-neuf ans de vie commune, cet amour proclamé et cette fusion irraisonnée sont devenues peu à peu des enceintes vénérées, des murailles décorées par des images fabriquées, des paroles trompeuses, des étreintes cannibales. Cette incapacité à révéler l’être réel a institué insidieusement des comportements névrotiques.

Ne trouvant pas en lui les nourritures intimes, il s’imagine dévorant Leslie. Le dégoût de sa violence l’oblige à se lever.

Il repart et force son pas.

Il a honte de ses intentions inavouées. Lui-même n’avait jamais voulu en prendre conscience. Son amour n’était qu’un besoin et l’attention offerte pansait ses propres blessures. De cet amour donné il cherchait à établir l’amour de lui-même, une admiration renvoyée, un narcissisme égoïste, une identification mentalisée. « Je suis celui qui l’aime et par cet amour je prends forme. » Il ne s’agissait pas d’amour. Il a tout sali.

 

 

Il connaît la source de cette attitude … Mais la remontée des douleurs anciennes doit être progressive. Une confrontation trop brutale le pousserait à rétablir les murailles. Il sent des résistances acharnées. Il reconnaît le besoin d’indulgence, la nécessité d’un regard compatissant, une empathie indispensable. Il a déjà tellement souffert. Il ne veut plus succomber aux douleurs et constituer de ce ciment infâme des citadelles hautaines. Se livrer à la démesure des accusations outrancières reviendrait à endosser encore une fois le rôle de la victime. Il survit dans ce costume immonde depuis trop longtemps. Il ne veut pas le raccommoder mais s’en défaire, le jeter, le brûler. Se dénuder. La patience est de rigueur. De la même façon qu’il avance sur ce chemin de randonnée au rythme de son cœur, il doit respecter le tempo de son âme, ne pas l’asphyxier par des efforts abusifs. Cette lente exploration de la fosse commune encombrée de ses émotions putréfiées ne doit pas être un saccage mais une célébration lucide, des retrouvailles respectueuses, une décantation progressive.

 

La deuxième hernie discale. Comme un sursis annulé, une condamnation confirmée, le retour à la réalité intime.

Il avait trente-neuf ans. Une sciatique foudroyante, l’impression d’une plaie ardente courant sur sa jambe, il aurait voulu écarter les chairs et arracher le cordon brûlant, un couteau édenté planté dans le dos, des crampes comme des décharges électriques, les orteils tordus, recroquevillés, il ne contrôlait plus rien, il ne pouvait plus se lever, il rampait jusqu’aux toilettes, des jours et des nuits de pleurs, les regards impuissants de Leslie et des enfants ruisselaient en lui comme du plomb fondu, leur détresse, cette panique contenue, il se retenait de hurler, en surdose de morphine, hallucinations, des armées de scorpions couraient sur son ventre, déchiraient la plaie fermée de son nombril et s’enfonçaient dans les chairs, il cuisait dans des bouillons de magma où flottaient des résidus de corps, des entrailles blanchies, des femmes éventrées, des crânes de bébés déchiquetés flottaient autour de lui, les yeux exorbités le fixaient horriblement, les veinules éclatées comme des lacis de barbelés, des glaires sanguinolentes coulaient dans ses poumons, il voulait cracher mais n’en avait pas la force, il suffoquait, des scarabées voraces dévoraient son anus, dévastaient ses intestins, rejoignaient les armées de blattes qui grouillaient dans son dos et rongeaient les fibres, des tentacules de méduses enserraient son visage, il sentait parfaitement les ventouses urticantes, il étouffait, il étouffait, sans pouvoir s’enfuir, tout était dans son crâne,dans son corps violenté, la folie, la folie le gagnait, il le savait.

 

Il n’a rien oublié.

 

Il allait mourir. Aucun répit. Plus de sommeil, juste quelques plongées cauchemardesques et des réveils paniqués, le souffle haletant, les yeux exorbités devant l’horreur qui le rongeait de l’intérieur, le membre torturé se rigidifiait inexorablement, une courbure répugnante s’installait, une arabesque figée comme une malformation dégénérative. Il ne contrôlait plus rien. Il fallait le piquer à la morphine pour que sa vessie se libère. Les reins étaient menacés.

Aucun chirurgien n’osait l’opérer. Les dégâts de la première opération. Une vraie boucherie. Le nerf sciatique était englobé dans la fibrose. On lui parlait de paralysie. Quand Leslie partait au travail et les enfants à l’école, qu’il se retrouvait seul dans la maison silencieuse, il songeait au suicide. Avaler toute les boîtes de morphine. Sombrer dans le coma et partir. Libérer les êtres aimés. La douleur du cimetière s’atténuerait. Finir dans un fauteuil roulant condamnait Leslie et les enfants à un calvaire.

Il ne sait pas ce qui a retenu son geste.

Il devinait parfois des regards attendris, des mots susurrés dans le caveau morbide de sa détresse, une voix apaisante qui lui parlait de patience, de confiance, d’un cheminement obligatoire. Ses ressentis étranges validaient en lui l’avancée insatiable de la folie, il n’en parlait à personne. Parfois pourtant, lorsque le fil ténu de sa résistance cédait, il s’y abandonnait, acceptait l’offrande et puisait quelques forces, juste assez pour tenir, quitter quelques instants le champ de ruines où il agonisait.

Il imaginait des bénédictions d’anges gardiens. Comment aurait-il pu en parler ?

 

Il s’arrête. Les larmes coulent. Comme un trop plein qui jaillit, un barrage qui s’écroule.

Tant de douleurs. La détresse de Leslie. Elle avait dû tenir, tout gérer, ne pas sombrer, elle s’était montrée indestructible, sans faille, d’une solidité granitique. Elle n’avait jamais pleuré devant lui. Elle avait pourtant dû le faire. Ca n’était pas possible de résister aussi longtemps sans s’accorder une pause.

 

Tout ce qu’il lui doit. Et tout ce qu’elle porte.

 

Ce fardeau abject, cette dégradation avilissante, cet envasement dans la boue brûlante des souffrances, ce temps perdu, anéanti, sali, il imagine la tumeur vivace qui entretient les souvenirs comme des ferments éternels, une excroissance glaireuse dans les tréfonds de la mémoire, une bête répugnante, ses mandibules plantées dans les tissus infectés par les salives corrosives, une plaie suintante, un pus entretenu.

 

Son médecin généraliste l’avait envoyé en urgence dans une clinique. Un chirurgien l’avait reçu. Le spécialiste de la région. Des colonnes vertébrales à la chaîne.

Il était allongé sur une civière, les ambulanciers étaient passés le prendre, Leslie l’accompagnait, elle avait parlé à sa place, il pleurait, incapable de prononcer autre chose qu’un gémissement épuisé, les sanglots étranglés de ses suppliques. Qu’on en finisse. Il voulait qu’on l’opère. S’il se réveillait paralysé, il sauterait par la fenêtre, il y arriverait, les gestes étaient en lui, il en aurait la force, ça serait fini, rien d’autre à faire, il ne voulait pas cloisonner Leslie dans la geôle sordide d’un avenir limité. Elle apprendrait à vivre sans lui et son amour de la vie la sauverait. Il en était persuadé. Il voulait qu’on l’opère. Il avait fini par le crier, par implorer l’homme en blanc, ça n’était plus possible, il allait imploser, il n’était que douleur.

 

Dernière nuit avant le bloc. Il est seul dans la chambre. Une perfusion diffuse dans ses veines un antalgique visqueux. Il flotte dans le bain gluant de l’absence, son corps est un néant gigantesque, un cosmos sans étoiles, il glisse une main sur son sexe flasque, il le caresse, il voudrait sentir le membre érigé, le flux sanguin gonfler les corps caverneux, il pense à Leslie, à la douceur de sa peau, au parfum délicat entre ses cuisses, à la chaleur moite de ses lèvres ouvertes, au moelleux accueillant de ses petits seins, le tissu exalté de ses tétons rosés, sa langue gourmande, ses mains affamées, les gémissements langoureux de l’orgasme qui monte, cette énergie qui l’inonde … Rien … Le membre est mou, désespérément mou. Il pleure. Les douleurs accumulées ont ravagé le champ du plaisir, il imagine une terre brûlée, les cendres épaisses, un silence de mort. La peur ajoute à ce désastre le poids des menaces, la force du mental affolé. Il regarde la fenêtre. Deux mètres à faire, ramper, se tirer sur les bras, saisir le rebord, glisser le battant, hisser le corps et basculer.

Demain peut-être.

 

Il laisse tomber son sac. Il ne voit plus le chemin. Les marées de larmes s’entretiennent, il n’a plus de forces. Il n’a jamais rien raconté à Leslie. Il a cloisonné  les émotions dans l’antre infini de ses refoulements. Toujours cette maîtrise … Il faudra bien qu’il l’observe un jour, qu’il la comprenne, il sait qu’il ne peut plus échapper à cette dissection. Il doit dépecer cette nécrose, plonger au cœur du mal, lacérer les tissus, enfoncer sa conscience dans la bourbe durcie de ses renoncements, la fange pestilentielle de ses enfermements.

 

Il ne peut plus avancer."  

 

 

 

Egrégore (1)

Par Le 08/05/2010

 

ÉGRÉGORE OU FORME PENSÉE PROGRAMMÉE

Tout dans l'univers, se manifeste sous forme vibratoire ou énergétique. Ils sont synonymes. Tout est conscience, c'est à dire information et de l'information c'est de la force, de l'énergie, de la puissance.

Nous vivons dans un monde régi par des forces énergétiques. L'une d'elles nous concerne particulièrement tout au long de notre existence, celle des égrégores. Dès qu'un groupe se constitue, une forme pensée se crée. Elle est la somme des énergies psychiques émise par chacune des personnes du groupe. L'ensemble de ces mouvements vibratoires exerce en retour une puissante influence sur ses membres.

Un égrégore est une forme pensée ou idée-force de qualité neutre qui se colore, pour le meilleur ou pour le pire, des intentions du groupe. Selon la qualité vibratoire des membres, l'égrégore enchaînera ces derniers à leurs croyances limitatives, ou dynamisera leur potentiel créateur et les déliera de toutes influences extérieures.

 

DÉFINITION DE L'ÉGRÉGORE

Un égrégore peut-être perçu comme la résonance vibratoire émise par la psyché d'un groupe de personnes vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme avec ses composants énergétique.

Un égrégore n'est ni bon ni mauvais, il est l'énergie de pensée, et cette énergie est nourricière.

L'inconscient inférieur qui représente le passé de la personne, ses attachements, ses croyances, ses pulsions et ses angoisses, le désir et l'impulsivité, sont des égrégores car ces entités psychologiques sont issues de formes de pensées communes.

 

 

ÉGRÉGORE OU FORME PENSÉE PROGRAMMÉE

Tout dans l'univers, se manifeste sous forme vibratoire ou énergétique. Ils sont synonymes. Tout est conscience c'est à dire information et de l'information c'est de la force, de l'énergie, de la puissance.

Nous vivons dans un monde régi par des forces énergétiques. L'une d'elles nous concerne particulièrement tout au long de notre existence, celles des égrégores. Dès qu'un groupe se constitue, une forme pensée se crée. Elle est la somme des énergies psychiques émise par chacun des personnes du groupe. L'ensemble de ces mouvements vibratoires exerce en retour une puissante influence sur ses membres.

Un égrégore est une forme pensée ou idée-force de qualité neutre qui se colore, pour le meilleur ou pour le pire, des intentions du groupe. Selon la qualité vibratoire des membres, l'égrégore enchaînera ces derniers à leurs croyances limitatives, ou dynamisera leur potentiel créateur et les déliera de toutes influences extérieures.

 

DÉFINITION DE L'ÉGRÉGORE

Un égrégore peut-être perçu comme la résonance vibratoire émise par la psyché d'un groupe de personne vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme avec ses composants énergétique.

Un égrégore n'est ni bon ni mauvais, il est l'énergie de pensée, et cette énergie est nourricière.

L'inconscient inférieur qui représente le passé de la personne, ses attachements, ses croyances, ses pulsions et ses angoisses, le désir et l'impulsivité, sont des égrégores.

 

Si l'égrégore en lui-même n'est ni bon, ni mauvais, puisqu'il n'est qu'un phénomène issu des hommes, les hommes peuvent en faire par contre un instrument à double tranchant...Les concepteurs portent en eux la direction et l'évolution de l'égrégore.

 

http://www.final-age.net/Les-egregores-presentation.html

 

On voit bien entendu le rapprochement à faire avec l'inconscient collectif.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Inconscient_collectif

Puis par conséquence avec les champs morphiques de Ruppert Sheldrake.

http://www.unisson06.org/dossiers/science/sheldrake_champs-morphiques.htm

On peut ensuite s'intéresser à des groupes d'influence comme Bilderberg et autres entités secrètes, politiques, financières, philosophiques...Les égrégores y prennent une tournure négative mais effroyablement puissante.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_Bilderberg

Bon, il n'y a plus qu'à approfondir tout ça...

Réveiller le tigre.

Par Le 08/05/2010

PETER LEVINE

http://www.graip.com/formationplevine.html

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_A._Levine

 

Son livre : Réveiller le tigre. Guérir le traumatisme.

 

"Le traumatisme ne doit pas être considéré comme une condamnation à perpétuité. De toutes les maladies de l'organisme humain, seul le traumatisme peut se révéler bénéfique. En effet, lorsqu'un traumatisme guérit, une transformation s'opère qui améliore la qualité de vie."

(Je trouve personnellement étrange d'associer le traumatisme à une maladie...Les effets d'un traumatisme peuvent amener une maladie mais le traumatisme en lui-même n'en est pas une à mon humble avis. Mais bon...)

 

Un troupeau d'impalas broute paisiblement lorsqu'un guépard surgit. Le troupeau bondit mais un jeune impala trébuche et est rejoint par le prédateur. Juste avant ou même au moment de l'impact, le jeune impala tombe au sol alors qu'il n'est pas encore blessé ni mort. L'animal pétrifié n'imite pas la mort, instinctivement il est entré dans un état de conscience modifiée. Les physiologistes appellent cet état très particulier : réponse d'immobilité ou de "figement". C'est l'une des trois réponses primaires dont disposent les reptiles et les mammifères lorsqu'ils sont confrontés à une menace qui dépasse leurs capacités. Les deux autres réponses sont la fuite ou le combat mais nous en savons beaucoup moins sur le figement.

Le guépard peut décider de traîner sa proie morte à l'abri des concurrents ou vers ses petits mais au moindre instant d'inattention l'impala peut sortir de son état de figement pour s'enfuir alors que le guépard ne s'en doute pas un seul instant. S'il a la chance d'en réchapper, l'impala secouera littéralement les effets de la réponse de figement et reprendra le plein contrôle de son corps. Il retournera à une vie normale comme si rien ne s'était passé. Grâce à la réaction de figement l'impala est entré dans un état de conscience modifiée libéré de la souffrance ou de la peur.

C'est comme s'il n'était plus là...

 

Physiologiquement, l'aptitude à entrer et sortir du figement est la clé qui permet d'éviter les effets nocifs du traumatisme.

Cette réponse est involontaire, elle prend sa source au niveau du cerveau reptilien. Les parties instinctuelles (hors de contrôle)du cerveau de l'homme sont quasiment identiques à celle des autres mammifères et à celle des reptiles.

Notre cerveau comporte trois sytèmes ou trois niveaux incorporés : cerveau reptilien (instinctuel), cerveau limbique (émotionnel), néo cortex (rationnel).

"Aussi sûrement que nous entendons le sang battre dans nos oreilles, les cris d'un million de singes, dont la dernière vision du monde fut celle d'une panthère, résonnent encore dans notre sytème nerveux."

Paul Shepard.

 

Dans une situation d'urgence, nous n'agissons plus de la même façon que les Grands singes, ou les Hommes préhistoriques...Notre cerveau rationnel peut rendre la situation confuse...Confrontation de systèmes, un archaïque, un moderne...Alors que le néo cortex peut avoir contribué à un traumatisme et à l'impossibilité de sortir d'un état de figement, il peut également permettre, à plus ou moins long terme, d'en guérir...Il n'y a pas de condamnation. Mais la nécessité d'un travail.

Ce n'est pas l'évènement déclencheur lui-même qui provoque les complications d'un traumatisme mais en réalité le reliquat d'énergie qui n'ayant pu être transformé et déchargé, reste piégé dans le système nerveux d'où il provoque des ravages sur nos corps et nos esprits. Les symptômes du stress ^post-traumatique, se développent, lorsque nous ne sommes pas en mesure d'achever le processus qui nous fait entrer puis sortir de l'état d'immobilité ou de figement. Cependant nous pouvons quand même réussir à sortir de cet état  si nous parvenons à initier puis à favoriser notre impulsion innée à revenir à un état d'équilibre dynamique.

L'énergie résiduelle ne disparaît pas d'elle-même, elle persiste dans le corps et peut provoquer une large variété de symptômes: angoisse, dépression, asthénie...Ces symptômes sont le moyen qu'utilise l'organisme pour contenir l'énergie non libérée. Les animaux sauvages libèrent instinctivement toute cette énergie concentrée et développent rarement des symptômes. Les êtres humains sont malhabiles parce que vient s'y mêler le néo-cortex...La honte, les souvenirs, la culpabilité, le déni, la peur de l'avenir, de multiples interférences dont l'individu ne parvient pas à se défaire. Anciens combattants, personnes agressées, accidentées, frappées par une maladie... Le cerveau reptilien peut avoir enclenché une réaction adaptée mais ne pas pouvoir continuer le processus lorsque la situation d'urgence est passée...

 

Tout le problème est là.

 

 

J'ai beaucoup appris à travers cet ouvrage.

A 16 ans, je suis entré dans la chambre d'hôpital où mon frère, cliniquement mort, venait d'être placé. Il était la proie, la mort le prédateur, j'étais le témoin. Je n'ai pas su arracher de moi l'énergie contenue pendant trois mois de veille. J'étais dans un certain figement, une impuissance douloureuse. Je l'ai payé cher. C'était mon chemin de vie. Je devais apprendre. J'ai cru que le sport pouvait servir de défouloir, que je pouvais arracher de moi cette rage contenue trop longtemps. Mais ça n'était pas un traumatisme physique mais bien davantage spirituel. J'ai mis des années à le comprendre. Bien trop longtemps. Il m'aura fallu cinq hernies discales pour que je parvienne à poser le fardeau. Le néo-cortex est une excroissance redoutable lorsqu'il n'est pas maîtrisé...

 

 

 

 

SOS bonheur

Par Le 08/05/2010

A LIRE ABSOLUMENT

 

http://www.bdcentral.com/jvanhamme/oneshots/sosbonheur.html

 

Une société idéale, où tout le monde est heureux… mais tout à un prix, et c’est, dans ce cas-ci, la liberté individuelle. Tout écrivain agréé par l’État doit publier des histoires optimistes et insipides sous peine de se voir retirer sa pension. Aucune controverse n’est permise. Autrement dit, toute forme d’art doit devenir propagande de l’État bienfaiteur. Ça ne rappelle pas le communisme de l’ancienne U.R.S.S., où toute forme de liberté d’expression vous conduisait inévitablement au goulag ? Sans C.U, qui est devenue obligatoire, un individu n’existe pas, et devient un paria. Les enfants nés dans l’illégalité parce qu’ils venaient en troisième doivent se cacher, et prennent le titre peu avantageux d’illegs.

Ceux qui sont affiliés ont le droit à la gratuité la plus totale des soins médicaux, mais doivent s’astreindre constamment à un régime et à des exercices obligatoires. Ceux qui se « désaffilient » doivent s’attendre au pire en cas de maladie, puisque les seuls docteurs existant travaillent tous pour le gouvernement et qu’il est illégal d’aider un « désaffilié ». Finalement, si vous avez un emploi, mieux vaut ne pas poser de questions concernant l’entreprise pour laquelle vous travaillez. Rien n’est irremplaçable, n’est-ce pas ? Faites votre ouvrage dans la joie et la bonne humeur !

Insidieusement, le scénario démolit (comme une statue qui s’effrite) tous les idéaux qui font de l’État-Providence un distributeur de bonheur. Le prix, pour certains, est trop élevé, et mènera directement à la révolte. Et si, même au cœur d’un élan révolutionnaire dicté par la liberté, Big Brother veillait toujours ?

Toujours d’actualité, S.O.S. Bonheur est un classique que tous devraient lire. Réflexion et distraction : n’est pas un mélange harmonieux ? Un bémol, cependant : le dessin n’est pas brillant, et la coloration pastel est sans nuances. On peut même dire qu’il rend la BD difficile à aborder, comme on mange une huître pour le goût tout en en détestant la texture. Ce n’est qu’après quelques dizaines de pages que l’on peut s’y habituer, quoique, encore… Un seul personnage se démarque des autres par la qualité de ses expressions, par son charisme, son caractère et la subtilité de ses traits : le commissaire Carelli.

En somme, S.O.S. Bonheur comporte inmanquablement une touche de génie. Il vaut la peine d’être savouré et resavouré malgré son dessin. En espérant que certains en tireront des leçons qui repousseront de quelques années encore la montée au pouvoir de Big Brother…

Musique : Evpatoria report

Par Le 08/05/2010

Je l'ai mis dans la rubrique MUSIQUE.

http://www.youtube.com/watch?v=iRMR9ro_5Pk&NR=1

 

Dans la veine de "Godspeed you black emperor" mais moins sombre.

"Explosions in the sky" aussi mais avec davantage de cordes, violons, violoncelles...

Magnifique.

Andreï Tarkovski

Par Le 07/05/2010

Une lueur au fond du puits ?

http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=666

 

Voici la dernière interview donnée par le cinéaste Andreï Tarkovski, le 28 avril 1986, malade au lit, dans son appartement parisien. Il n’a été publié que dans Nouvelles Clés.

Ses principaux films : Andreï Roublev, Solaris, Le miroir, Stalker, Sacrifice.


Nouvelles Clés : On sent que le genre humain vous a déçu. Quand on voit vos films, on a presque honte d’y appartenir. Y a-t-il encore une lueur au fond du puits ?

Andreï Tarkovski : Discuter d’optimisme et de pessimisme est idiot. Ce sont des notions vides de sens. Les gens qui se couvrent d’optimisme le font pour des raisons politiques ou idéologiques. Ils ne veulent pas dire ce qu’ils pensent. Comme dit un proverbe russe, un pessimiste est un optimiste bien informé. La position de l’optimiste est idéologiquement maligne, elle est théâtrale, et elle est dénuée de toute sincérité. Par contre, l’espoir est le propre de l’homme. C’est l’avantage de l’être humain. Il naît avec l’espoir. On ne perd pas l’espoir face à la réalité parce qu’il est irrationnel. Il se renforce chez l’homme contre toute logique. Tertulien disait et il avait raison : "je crois parce que c’est absurde de croire." L’espoir a plutôt tendance à se renforcer même face au plus sordide de notre société actuelle. Tout simplement parce que l’horreur, tout comme le beau, provoque des sentiments qui, chez un croyant renforcent l’espoir.

N. C. : Quels ont été les rêves qui vous ont le plus marqué dans votre vie ? Avez-vous des visions ?

A. T. : Je sais beaucoup de choses sur mes rêves. Ils sont pour moi d’une très grande importance. Mais je n’aime pas les dévoiler. Ce que je peux vous dire, c’est que mes rêves sont en deux catégories. Il y a les rêves prophétiques que je reçois du monde transcendant, de l’au-delà. Puis il y a les rêves quelconques qui viennent de mes contacts avec la réalité. Les rêves prophétiques me viennent au moment de l’endormissement. Lorsque mon âme se sépare du monde des plaines et monte vers les sommets des montagnes. Une fois l’homme séparé du monde des plaines, il commence tout doucement à se réveiller. Au moment où il se réveille, son âme est encore pure et les images sont encore pleines de sens. Ce sont ces images que l’on rapporte de là-haut qui nous libèrent. Mais le problème, c’est que très vite, elles se mélangent avec les images des plaines et il devient difficile de le retrouver. Ce qui est certain, c’est que là-haut, le temps est réversible. Ce qui me prouve que le temps et l’espace n’existent que dans leur incarnation matérielle. Le temps n’est pas objectif.

N. C. : Pourquoi n’aimez-vous pas votre film Solaris ? Serait-ce parce qu’il est le seul à ne pas être douloureux ?

A. T. : Je pense que la notion de conscience qui s’y matérialise est assez bien exprimée. Le problème, c’est qu’il y a trop de gadgets pseudo-scientifiques dans le film. Les stations orbitales, les appareils, tout cela m’agace profondément. Les trucs modernes et technologiques sont pour moi des symboles de l’erreur de l’homme. L’homme moderne est trop préoccupé par son développement matériel, par le côté pragmatique de la réalité. Il est comme un animal prédateur qui ne sait que prendre. L’intérêt de l’homme pour le monde transcendant a disparu. L’homme se développe actuellement comme un ver de terre : un tuyau qui avale de la terre et qui laisse derrière lui des petits tas. Si un jour la terre disparaît parce qu’il aura tout mangé, il ne faudra pas s’en étonner. A quoi cela sert-il d’aller dans le cosmos si c’est pour nous éloigner du problème primordial : l’harmonie de l’esprit et de la matière ?

N. C. : Comment vous situez-vous par rapport à ce qu’on appelle la "modernité" ?

A. T. : Comme un homme... qui a un pied sur le pont d’un premier bateau, l’autre sur le pont d’un second bateau... L’un des bateaux va tout droit, et l’autre dévie vers la droite. Petit à petit, je me rends compte que je tombe à l’eau. L’Humanité est actuellement dans cette position.

Je pressens un avenir très sombre, si l’homme ne se rend pas compte qu’il est en train de se tromper. Mais je sais que tôt ou tard il prendra conscience. Il ne peut pas mourir comme un hémophile qui se serait vidé de son sang pendant son sommeil parce qu’il se serait égratigné avant de s’endormir. L’art doit être là pour rappeler à l’homme qu’il est un être spirituel, qu’il fait partie d’un esprit infiniment grand, auquel en fin de compte il retourne. S’il s’intéresse à ces questions, s’il se les pose, il est déjà spirituellement sauvé. La réponse n’a aucune importance. Je sais qu’à partir de ce moment-là, il ne pourra plus vivre comme avant.

N. C. : Aussi étrange que cela puisse paraître, les gens qui aiment vos films aiment aussi la science fiction de Spielberg, qui est lui aussi fasciné par les enfants. Avez-vous vu ses films et qu’en pensez-vous ?

A. T. : En posant cette question, vous montrez que vous n’en avez rien à foutre. Spielberg, Tarkovski... tout cela pour vous se ressemble. Faux ! Il y a deux sortes de cinéastes. Ceux qui voient le cinéma comme un art et qui se posent des questions personnelles, qui le voient comme une souffrance, comme un don, une obligation.

Et les autres, qui le voient comme une façon de gagner de l’argent. C’est le cinéma commercial : E.T., par exemple, est un conte étudié et filmé pour plaire au plus grand nombre : Spielberg a atteint là son but et c’est tant mieux pour lui. C’est un but que je n’ai jamais cherché à atteindre. Pour moi tout cela est dénué d’intérêt. Prenons un exemple : à Moscou, il y a dix millions d’habitants, touristes compris, et seulement trois salles de concert de musique classique : la salle Tchaïkovsky, la grande et la petite salle du conservatoire. Très peu de place, et pourtant, cela satisfait tout le monde. Pourtant personne ne dit que la musique ne joue plus aucun rôle dans la vie en URSS. En réalité, la présence même de ce grand art spirituel et divin est suffisant. Pour moi, l’art des masses est absurde. L’art est surtout d’esprit aristocratique. L’art musical ne peut être qu’aristocratique, parce qu’au moment de sa création il exprime le niveau spirituel des masses, ce vers quoi elles tendent inconsciemment. Si tout le monde était capable de la comprendre, alors le chef oeuvre serait aussi ordinaire que l’herbe qui pousse dans les champs. Il n’y aurait pas cette différence de potentiel qui engendre le mouvement.

N. C. : Pourtant en URSS vous êtes extrêmement populaire. Quand on veut voir vos films, on se bat devant les caisses...

A. T. : Primo, en URSS je suis considéré comme un metteur en scène qui fut interdit, ce qui excite le public. Secondo, j’espère que les thèmes que j’essaye de réaliser viennent du fond de l’âme, à tel point que cela devient important pour bien d’autres que moi. Tertio, mes films ne sont pas une expression personnelle mais une prière. Quand je fais un film, c’est comme un jour de fête. Comme si je posais devant une icône une bougie allumée ou un bouquet de fleurs. Le spectateur finit toujours par comprendre lorsqu’on lui parle avec sincérité. Je n’invente aucun langage pour paraître plus simple, plus bête ou plus intelligent. Le manque d’honnêteté détruirait le dialogue. Le temps a travaillé pour moi. Quand les gens ont compris que je parlais une langue naturelle, que je ne faisais pas semblant, que je ne les prenais pas pour des imbéciles, que je ne dis que ce que je pense, alors ils se sont intéressés à ce que je faisais.

N. C. : Pensez-vous comme Soljénitsyne que le monde occidental est fichu et que la réalité ne peut venir que de l’Est ?

A. T. : Je suis loin de toutes ces prophéties. Etant orthodoxe, je considère la Russie comme ma terre spirituelle. Je n’y renoncerai jamais, même si je ne devais jamais la revoir. Certains disent que la vérité viendra de l’Occident, d’autres de l’Orient, mais, et heureusement, l’histoire est pleine de surprises. En URSS nous assistons à un réveil spirituel et religieux. Cela ne peut être qu’un bonne chose. Mais la troisième voie est loin d’être trouvée.

N. C. : Qu’y a-t-il au-delà de la mort ? Avez-vous déjà eu l’impression de faire un voyage dans cet au-delà ? Quelles ont été vos visions ?

A. T. : Je ne crois qu’une une seule chose ; l’âme humaine est immortelle et indestructible. Dans l’au-delà, il peut y avoir n’importe quoi, cela n’a aucune espèce d’importance. Ce qu’on appelle la mort, n’est pas la mort. C’est une nouvelle naissance. Une chenille se transforme en cocon. Je pense qu’il existe une vie après la mort, et c’est cela qui se révèle angoissant. Cela serait tellement plus simple de se concevoir comme un fil de téléphone qu’on débranche. On pourrait alors vivre comme on veut. Dieu n’aurait plus aucune espèce d’importance.

N. C. : Quand avez-vous découvert que vous aviez une mission à accomplir et que vous en étiez redevable à l’humanité ?

A. T. : C’est un devoir devant le Dieu. L’humanité vient après. L’artiste collecte et concentre les idées qui sont dans le peuple. Il est la voix du peuple. Le reste n’est que travail et servitude. Ma position esthétique et éthique se définit par rapport à ce devoir.

N. C. : Quelle est la dernière chose que vous aimeriez dire aux hommes avant de quitter cette terre ?

A. T. : L’essentiel de ce que j’ai à dire est dans mes films. Il m’est impossible de monter sur une tribune que d’ailleurs personne ne m’a construite.

N. C. : Dans votre livre Le Temps Scellé, vous dites : "L’occident crie sans cesse : Regardez ! Ceci est moi ! Regardez comme je souffre ! Comme j’aime ! Moi ! Je ! Mien... !" Comment avez-vous résolu le problème de l’ego en tant qu’artiste célèbre ?

A. T. : Je n’ai pas encore résolu ce problème. Mais, j’ai toujours senti sur moi l’influence et le charme de la culture orientale. L’homme oriental est appelé à se donner en cadeau à tout ce qui existe. Alors qu’en Occident, l’important est de se montrer, de s’affirmer. Cela me paraît pathétique, naïf et animal, moins spirituel et moins humain. En cela je deviens de plus en plus oriental.

N. C. : Pourquoi avez-vous renoncé à tourner la vie d’Hoffmann ?

A. T. : Je n’ai pas renoncé à ce film. Je l’ai remis à plus tard. Tourner Sacrifice était plus essentiel. La vie d’Hoffmann était destinée à être un film romantique. Or, le romantisme est un phénomène typiquement occidental. C’est une maladie. Quand l’homme vieillit, il voit sa jeunesse comme les romantiques voient le monde. L’époque romantique était spirituellement riche, mais les romantiques n’ont pas su utiliser leur énergie comme il le fallait. Le romantique embellit les choses, il fait ce que je fais lorsque je ne me suffis pas à moi-même : je m’invente moi-même, je ne crée plus le monde, je l’invente.

N. C. : Pourquoi au commencement y avait-il le verbe, comme le rappelle la phrase finale de Sacrifice ?

A. T. : Nous sommes très fautifs envers le verbe. Le verbe n’a de force magique que lorsqu’il est vrai. Aujourd’hui le verbe est utilisé pour cacher les pensées. En Afrique, on a découvert une tribu qui ne connaît pas le mensonge. L’homme blanc a essayé de leur expliquer et ils n’ont pas compris. Essaye de comprendre la mystique de ces âmes-là, et tu sauras pourquoi au début il y avait le verbe. L’état du verbe démontre l’état spirituel du monde. Actuellement l’écart entre le verbe et ce qu’il signifie ne fait que s’amplifier. C’est très étrange. C’est une énigme !

N. C. : Vivons-nous la fin du monde ou la fin d’un monde ?

A. T. : Une guerre nucléaire maintenant ? Cela ne sera même pas une victoire du diable. Cela sera comme... comme un enfant qui joue avec des allumettes et qui met le feu à la maison. On ne pourra même pas l’accuser de pyromanie. Spirituellement, l’homme n’est pas prêt à vivre ses bombes. Il n’est pas encore mûr. L’homme doit encore apprendre de l’histoire. Et s’il y a bien une chose qu’on a appris d’elle, c’est qu’elle ne nous a jamais rien appris. C’est une conclusion extrêmement pessimiste. L’homme répète sans cesse ses erreurs. C’est horrible. Encore une énigme ! Je crois qu’il nous faut fournir un travail spirituel très important pour que l’histoire passe enfin à un niveau élevé... Le plus important est la liberté de l’information que l’homme doit recevoir sans contrôle. C’est le seul outil très positif. La vérité non contrôlée est le début de la liberté.

-  Un remake de son film Solaris a été réalisé en 2003 par Steven Soderbergh, avec George Clooney, Natascha McElhone, Jeremy Davies...

Lumière intérieure.

Par Le 07/05/2010

Merci à Peau d'âme.

"Notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.

Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite.

C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question : « Qui suis-je, moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ? » En fait, qui êtes-vous pour ne pas l’être ?

Vous êtes un enfant de Dieu. Vous restreindre, vivre petit, ne rend pas service au monde.

L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres.

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous.

Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus : elle est en chacun de nous et au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière, nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. -

- Extrait du discours prononcé par Nelson Mandela lors de son intronisation à la présidence de la République de l’Afrique du Sud en 1994, écrit par Marianne Williamson. -



A chacun(e), à la lecture de ce texte, de respecter ses propres croyances en remplaçant Dieu par l'Univers, le Guide intérieur, le Hasard, la Vie, ou toute autre "dimension supérieure". Il ne s'agit bien entendu pas ici de religion, mais de spiritualité.

Le risque, bien entendu, est d'imaginer que cette lumière puisse être nourrie par la possession, la puissance, l'influence, la manipulation... Et c'est bien justement ainsi qu'elle est souvent vécue. Il suffit pour en prendre conscience de regarder l'état de ce monde, de cette humanité.

Nous ne partageons pas nos lumières intérieures pour créer des passerelles mais pour éblouir nos semblables, les aveugler même parfois et paraître ainsi du haut de notre puissance comme un phare alors que nous ne diffusons que des brûlures, des souffrances...

L'idée de cette lumière se doit d'être accompagnée d'une infinie humilité. Nous ne pouvons rayonner que pour nous-mêmes. Si cela peut servir à éclairer nos semblables, ça ne sera qu'un bonheur supplémentaire mais pas une finalité.

Economie...

Par Le 07/05/2010

Hier à Wall Street, un trader s'est trompé et a vendu pour 16 Milliards au lieu de 16 Millions d'actions d'un blue chip (Procter et Gamble). Tous les logarythmes informatiques se sont emballés et le Dow Jones a sombré de 9% en quelques secondes en faisant sauter tous les stops vente automatiques.

1000 Milliards de capitalisation se sont envolés...

Dans quel monde virtuel vivent ces gens là ?

La dette mondiale représente 3000 Milliards...Et les Etats de l'UE emprunte pour prêter de l'argent à la Grèce qui n'arrrive plus à rembourser sa dette...On fabrique de la dette pour rembourser de la dette.

Les agences de notation dégradent un Etat en lui attribuant une mauvaise note et les banques gagnent de l'argent avec des ventes à découvert...Elles achètent une action en misant sur une baisse au lieu d'acheter en misant sur une hausse. Les agences de notation favorisent donc leurs alliés bancaires et les petits actionnaires voient leur mise disparaître en une journée. Panique générale sur les marchés, les traders "vadent" à tout va en pariant sur une baisse et entretiennent dès lors la baisse...Lorsque le cours est tombé à un seuil intéressant ils rachètent par millions et déclenchent un rachat des dernières vades pour miser cette fois sur la hausse. Des milliards changent de mains en une journée. Les banques se renflouent en utilisant les sommes astronomiques que les Etats leur ont prêté lorsqu'elles ont sombré parce que les mécanismes qu'elles avaient elles-mêmes mises en place leur ont explosé à la figure. Faillite de Lehman Brothers par exemple avec les "subprimes"...

Et on recommence aujourd'hui les mêmes errances, les mêmes magouilles.

Trois morts en Grèce pendant les manifestations. Sans parler des suicides consécutifs aux innombrables faillites, saisies, tous ces gens jetés à la rue. La Californie est en faillite et ne subsiste que sur l'accroissement de sa dette.

Nous sommes sans doute à la veille d’une crise systémique mondiale.

En 2007, état des lieux économique. Résumé succinct :
USA (plus de 25% du PIB mondial)
1)Epargne négative des ménages pour la première fois depuis 1929. Les Américains n’éprouvent plus le besoin d’épargner puisque leur patrimoine se valorise très substantiellement. Grâce au crédit pas cher de ces dernières années, ils utilisent le levier de la dette pour accélérer cet enrichissement. Le PIB mondial est de l’ordre de 35.000 milliards de $, les crédits hypothécaires américains de l’ordre de 12.000 milliards de $ (le tiers du PIB mondial et environ 80% de la valeur de leurs actifs immobiliers). Certains organismes financiers sont même allés jusqu’à prêter des sommes supérieures à 110% de la valeur des actifs financés. La finance dans toute sa splendeur.
2)Déficit des paiements courants record de l’ordre de 7% du PIB américain. Qui démontre que les Américains consomment plus qu’ils ne produisent et vendent à l’étranger. Les US empruntent tous les jours à l’étranger 2 milliards de $. C’est astronomique et cela se cumule.

Pour se financer à l’extérieur, il y a les pays producteurs de matières premières et surtout de pétrole qui dégagent des excédents considérables ces dernières années (une sorte d’impôt mondial pour financer la conso américaine), la Chine (l’ouvrier chinois moyen épargne 50% de ses revenus, les systèmes de protections sociales étant peu développés dans le plus grand des pays communistes…), le Japon comme d’habitude (mais de moins en moins) et d’autres pays Russie, Europe et le recyclage d’argent pas toujours très propre.

Et il y a les fameux carry trades, on emprunte des yens à 0.5% que l’on revend pour acheter des $ et que l’on place sur des Tbonds ou des emprunts hypothécaires bien sur.

Si on ajoute les LBO, les hedge funds, les fonds de private equity, les fonds de fonds et autres instruments de spéculation extrêmes à levier CDO etc on arrive à un cocktail explosif à base de dette sur dette. En effet un premier emprunteur finance avec effet levier 4 un placement dans un fonds qui lui-même utilise un levier 4 pour placer dans un CDO ou autre etc. On arrive très rapidement à des leviers considérables, un investissement de 1.000.000 de $ peut être financé par seulement 20.000 $ de fonds propres, le reste n'est que de la dette.

Tant que le système est toujours alimenté, cela va très bien puisqu’on peut toujours revendre plus cher ce que l’on avait acheté précédemment à un nouveau joueur. Tout le monde gagne de l’argent, tout le monde s’enrichit. C’est formidable. C’est la croissance mondiale. Les BRIC peuvent construire des usines et des infrastructures énormes puisque leur marché est immense.

Mais voilà, un jour tout s’arrête brusquement. Pourquoi ? Pour diverses raisons (hausse des taux monétaires, perte de confiance dans le système, cycles classiques, on a ce qui nous faut, on n’achète plus rien….). Le premier signe en a été la baisse de l’immo aux US, baisse des prix, baisse des transactions, baisse des constructions.

Et là c’est la CATA et le système se déroule dans l’autre sens à vitesse grand V. Les "subprimes" ont été l'élément déclencheur.

Quand il y a surendettement, la banque saisit le bien et le vend aux enchères, (cela prend du temps mais aux US c’est quand même assez rapide) et cette vente alimente elle-même la spirale baissière des prix. Il s’ensuit des faillites personnelles bien sûr mais ce qui a été nouveau par rapport à une crise cyclique plus classique ce sont des faillites d’établissements financiers. Celles qui avaient emprunté pour prêter n'ont pas pu rembourser les "géants" et elles ont sombré en entraînant jusqu'aux géants...


L’immobilier américain est à la base de plus du tiers des emplois créés ces dernières années (constructions, agences, financements, mobiliers etc).
Si les prix baissent de 20%, le patrimoine des ménages américains devient négatif en valeur nette.
Si le consommateur américain arrête de consommer, tout s’arrête. C'est effrayant mais c'est comme ça...

Derrière, bien sur, chute des matieres premieres, surcapacité gigantesque dans les BRIC, faillites bancaires etc etc. Et la boucle est bouclée.

2010 maintenant. Depuis plusieurs mois, la Fed ne peut plus monter ses taux sinon tout s’écroule.

On fabrique de la monnaie, on augmente la masse monétaire et on créé un risque gigantesque d'inflation. Le retour de bâton pourrait être bien plus violent que le coup de bambou actuel. Crise de 1929 bis...

Où on va ?

Bienvenue sur Terre petit d'homme. Tu dois déjà des milliers d'euros. Je suis désolé d'être aussi brutal. C'est le monde que les adultes t'ont préparé.

 

 

 

Joëlle Maurel

Par Le 05/05/2010

Une personnalité importante qui m'a beaucoup apporté à travers ses travaux.

 

http://www.europsy.org/aft/pg223.html

 

"S'autoriser à cheminer vers soi" est un livre essentiel à mes yeux (ou mon esprit)...

Tao Te King de Lao Tseu

Par Le 02/05/2010

Tao To King

C'est l'ouvrage de base du Taoïsme, qui fait partie des mouvements philosophico-relgieux de Chine, et a fort influencé le bouddhisme, surtout le zen.

D'une immense richesse et d'une complexité infinie dans sa profondeur. Une vie n'y suffit pas...

 

 

 

La voie que l'on peut définir
n'est pas le Tao,
la Voie éternelle.
Le nom que l'on peut prononcer
n'est pas le Nom éternel.
Ce qui ne porte pas de nom,
le non-être,
est l'origine du ciel et de la terre.
Ce qui porte un nom
est la mère
de tout ce que nous percevons,
choses et êtres.
Ainsi à celui qui est sans passion
se révèle l'inconnaissable,
le mystère sans nom.
Celui qui est habité
par le feu de la passion
a une vision bornée.
Désir et non désir,
ces deux états
procèdent d'une même origine.
Seuls leurs noms diffèrent.
Ils sont l'Obscurité
et le Mystère.
Mais en vérité c'est
au plus profond de cette obscurité
que se trouve la porte.
La porte de l'absolu
du merveilleux.
Le Tao.

 

DEUX

Le monde discerne la beauté,
et, par là
le laid se révèle.
Le monde reconnaît le bien
et, par là
le mal se révèle.
Car l'être et le non-être
s'engendrent sans fin.
Le difficile et le facile
s'accomplissent l'un par l'autre.
Le long et le court
se complètent.
Le haut et la bas
reposent l'un sur l'autre.
Le son et le silence
créent l'harmonie.
L'avant et l'après se suivent.
Le tout et le rien
ont le même visage.
C'est pourquoi
le Sage s'abstient de toute action.
Impassible,
il enseigne par son silence.
Les hommes,
autour de lui,
agissent.
Il ne leur refuse pas son aide.
Il crée sans s'approprier
et
oeuvre sans rien attendre.
Il ne s'attache pas
à ses oeuvres.
Et, par là,
il les rend éternelles.

 

TROIS

Il ne faut pas exalter
les hommes de mérite
afin de ne pas éveiller
de ressentiments.
Il ne faut
ni priser les biens rares,
car ce serait inciter au vol,
ni exhiber les choses enviables,
pour ne pas troubler les coeurs.
Aussi,
le Sage,
dans son gouvernement,
fait le vide dans le coeur de ses sujets.
Il détruit en eux
désir et passion
qui peuvent les troubler,
mais veille à bien les nourrir.
Il doit affaiblir leur volonté
tout en fortifiant leur corps.
Il doit obtenir
que le peuple soit ignorant
mais satisfait
et que la classe cultivée
n'ose agir.
S'il pratique le non-agir,
l'harmonie est préservée.
L'ordre est maintenu.
L'empire gardé.

 

QUATRE

Le Tao est le vide,
mais le vide
est inépuisable.
C'est un abîme vertigineux.
Insondable.
De lui
sont sortis
tous ceux qui vivent.
Eternellement,
il émousse ce qui est aigu,
dénoue le fil des existences,
fait jaillir la lumière.
Du rien, crée toute chose.
Sa pureté est indicible.
Il n'a pas de commencement.
Il est.
Nul ne l'a engendré.
Il était déjà là
quand naquit le maître du ciel.

 

CINQ

Le ciel et la terre sont indifférents
aux passions humaines.
Pour eux,
les vivants
ne sont que chiens de paille.
Ephémères.
Le Sage n'a pas d'affection.
Pour lui aussi,
les hommes
ne sont que chiens de paille.
Entre le ciel et la terre,
l'espace est
comme un soufflet de forge.
Il est vide
mais pas épuisé.
Soit qu'il s'enfle,
soit qu'il s'abaisse,
il est toujours prêt à servir,
toujours inépuisable.
L'homme qui veut saisir l'espace
n'étreint que le vide.
Mieux vaut se fondre dans ce vide,
dans ce vide immense,
dans ce vide merveilleux.
C'est le vide sublime,
c'est le Tao.

 

SIX

L'esprit de l'Obscurité
est immémorial, éternel.
C'est le principe féminin
des origines.
Les racines du ciel et de la terre
s'élancent de sa porte mystérieuse.
Toujours renouvelé,
il se répand dans l'univers.
Indéfiniment.
Il ne s'épuise jamais.

 

SEPT

Le ciel et la terre sont éternels.
Ils n'ont pas de vie propre.
Voilà pourquoi ils sont éternels.
Ainsi, la première place
revient au Sage
qui a su s'effacer.
En oubliant sa personne,
il s'impose au monde.
Sans désirs pour lui-même,
ce qu'il entreprend est parfait.
Il s'était assis
à la dernière place.
C'est pour cela
qu'il se retrouve
à la première.

 

HUIT

La grande perfection
est comme l'eau.
Comme elle,
elle dispense ses bienfaits
aux dix mille êtres
et ignore les luttes.
Comme elle,
elle se détourne des obstacles
et les évite,
descend vers la vallée
et demeure là
où les hommes
ne peuvent pas habiter.
C'est pourquoi
elle est proche du Tao.
Dans tout et pour tout,
la perfection commande l'humilité.
Elle demande au coeur
d'être profond comme un puits.
Dans les rapports avec les autres
elle réclame des trésors de patience.
De la parole,
elle attend la vérité.
Quand il faut gouverner,
elle impose la loyauté et l'ordre.
Quand il faut agir
elle exige la compétence.
Elle s'exerce
au moment opportun
et ne lutte jamais.
Ainsi,
elle ne peut s'égarer.

 

NEUF

Peut-on conserver plein
ce qui veut déborder ?
Le tranchant aiguisé
ne peut que s'émousser,
et aucune salle
ne peut être gardée
si elle contient
or et joyaux.
Avoir de l'orgueil
pour sa puissance et sa richesse
attire l'infortune.
Si tu fais de grandes oeuvres,
termine-les
puis efface-toi.
Telle est la loi du ciel.

 

DIX

Accorder le corps et l'âme
afin qu'ils voguent à l'unisson
et ne se séparent pas.
Concentrer sa force vitale
et la rendre docile
comme celle du nouveau-né.
Au-delà du réel,
scruter le miroir
poli par le regard de l'âme
et se laisser aspirer
par la lumineuse obscurité.
Ménager le peuple
sans intervenir.
Rester serein,
comme la femme,
lorsque s'ouvrent et se referment
les portes de l'existence.
Garder son ignorance
et voir les choses
dans leur lumière.
Donner la vie
et la protéger.
Produire sans s'approprier.
Agir sans rien attendre.
Diriger sans dominer.
Tel est le chemin
de la mystérieuse perfection.

 

ONZE

Les rayons de la roue
convergent au milieu.
Ils convergent vers le vide.
Et c'est grâce à lui
que le char avance.
Un vase est fait d'argile
mais c'est son vide
qui le rend propre à sa tâche.
Une demeure est faite de murs
percés de portes
et de fenêtres,
mais c'est leur vide
qui la rend habitable.
Ainsi,
l'homme construit des objets,
mais c'est le vide
qui leur donne sens.
C'est ce qui manque
qui donne
la raison d'être.

 

DOUZE

Les cinq couleurs
aveuglent l'homme.
Les cinq notes
assourdissent ses oreilles.
Les cinq saveurs
rendent sa bouche insensible.
Les courses et la chasse
égarent son esprit.
Les richesses
l'empêchent de progresser.
Ainsi
le Sage tourne
son regard en lui-même et,
loin du tumulte et des passions,
exerce librement son choix.

 

TREIZE

Supporte la disgrâce
D'une cour égale.
Accepte l'adversité
comme inséparable
de la condition humaine.
Que faut-il comprendre par
Supporte la disgrâce d'un cour égal ?
La disgrâce n'est pas pire
que la faveur.
Toutes deux engendrent la crainte.
Ne soit donc affecté
ni par la perte
ni par le gain.
Que faut-il comprendre par
L'adversité est inséparable
de la condition humaine ?
L'homme a un corps,
c'est pourquoi
le malheur a prise sur lui.
S'il n'en possédait point,
quel événement
pourrait le frapper ?
C'est pourquoi,
à celui qui se soucie des autres
autant que de lui-même
on peut confier le monde.
Seul celui qui aime les autres
autant que lui-même
est digne de les gouverner.

 

QUATORZE

Mes yeux s'écarquillent,
et je ne le vois pas :
il s'appelle l'Invisible.
Mon ouïe est en alerte,
et je ne l'entends pas :
il s'appelle l'Inaudible.
Mes mains se tendent
et ne rencontrent rien :
il s'appelle l'Impalpable.
Trois aspects indéfinis
qui font l'unité.
En haut
il n'est pas lumineux,
en bas
il n'est pas obscur.
Son éternité défie même le temps.
Il n'a pas de nom.
Il vient d'un monde
où rien de sensible n'existe.
Car la lumière
appelle l'obscurité
et l'obscurité
existe par la lumière.
Le Tao
est une forme sans forme,
une image sans image.
Il est l'Indéterminé.
Si l'on marche devant lui,
on ne voit pas son principe.
Si l'on va derrière lui,
il paraît sans fin.
En suivant l'antique voie,
on maîtrise le présent.
Car le Tao
est le fil qui guide l'homme
à travers le temps.

 

QUINZE

Les grands sages de l'Antiquité
étaient si éloignés
des autres hommes
par l'étendue de leur connaissance
et la profondeur de leur pensée
qu'on ne pouvait
espérer les comprendre.
Peut-on les décrire ?
Ils étaient attentifs
comme l'homme qui traverse
l'eau tumultueuse et glacée
d'un torrent.
Prudents
comme le voyageur
averti d'un danger.
Réservés
comme le visiteur
qui reçoit l'hospitalité.
Insaisissables
comme la glace
qui font.
Simples
comme le bois brut
que l'on vient de débiter.
Ils étaient emplis d'espace infini
comme la vallée.
Insondables
comme une eau dormante.
Celui qui suit le Tao peut,
sans trouble intérieur,
attendre que l'eau pure
se décharge des limons.
Immobile et calme,
il verra se présenter
l'heure d'agir.
Il ne désire
que l'infini du vide.
C'est pourquoi
les hommes peuvent par moment
le mépriser,
le croyant loin de la vérité,
car ils ignorent sa sagesse.

 

SEIZE

Ayant atteint le vide parfait,
je me laisse porter
par l'aile puissante du silence.
Je contemple
l'agitation des hommes.
Retourner à son origine...
Retourner à son origine,
c'est retrouver le repos.
Le repos,
c'est le retour
dans sa demeure véritable.
C'est renouer avec son destin.
Ce retour est la loi éternelle.
Connaître la loi éternelle,
c'est être éclairé.
L'ignorer,
c'est la confusion et, par là,
c'est le malheur.
celui qui connaît la loi
possède le savoir.
Il se montre, alors, impartial.
Impartial,
il agit royalement.
Royal, il atteint le divin.
Le divin atteint,
il est uni au Tao
et se trouve
désormais
au-delà de tout péril.
Rien ne peut le surprendre.
Rien ne peut l'émouvoir.
Rien ne peut le toucher.
Pas même la mort.

 

DIX-SEPT

Des grands souverains d'antan
le peuple ne connaissait que le nom.
Ce furent des rois aimés et loués.
Puis en vinrent d'autres
qu'il craignit.
Puis d'autres qu'il méprisa.
A celui qui n'a pas confiance
le peuple ne peut faire confiance.
L'énergie du grand souverain
ne se dissipe pas en paroles.
Elle suscite toute vocation
et toute action.
Alors le peuple dit :
C'est nous qui avons fait tout cela.
Il dit aussi :
Nous sommes libres.

 

DIX-HUIT

Autrefois le Tao régnait.
L'homme suivait
l'ordre de la nature.
Puis il advint une époque
où le Tao fut oublié et ce fut alors
l'ère de la justice des hommes.
Puis ce fut l'époque
de l'intelligence et de l'habileté.
et les ambitions
ne connurent plus de bornes.
La paix quitta les familles.
Mais c'est dans l'adversité
que se révèlent
les fils respectueux.
L'Etat sombra dans le désordre.
Mais c'est pendant l'anarchie
que surgissent
les serviteurs loyaux.
Ainsi le Tao
est toujours près de l'homme
pour le secourir.

 

DIX-NEUF

Renoncez au savoir,
ne vous mêlez plus de morale.
Le peuple
s'en trouvera cent fois mieux.
Abandonnez toute justice humaine
et chassez ses lois.
Le peuple redécouvrira
les vertus familiales.
Renoncez au luxe,
bannissez le profit.
Il n'y aura plus de voleurs
ni de bandits.
Renoncez à tout cela
et croyez
en l'inutilité de l'apparat.
Soyez simples,
demeurez fidèles à vous-mêmes.
Rejetez de vos cours
l'égoïsme et les désirs.
La voie s'ouvrira
devant vous.

 

VINGT

Renoncez à l'étude
et vous connaîtrez la paix.
Entre oui et non
la frontière est bien mince.
Le bien et le mal sont entremêlés.
La peur qu'éprouve
le commun des mortels
ne doit pas effleurer votre cour.
Les hommes courent
aux festins de la vie.
Ils cueillent les fleurs du printemps,
du printemps qui annonce la vie.
Mais moi seul reste calme,
étranger au tumulte,
comme le nouveau-né
qui n'a pas encore souri.
Je suis seul.
Immobile.
Je parais démuni de tout,
je parais ignorant,
je parais abandonné,
sans but, sans logis.
La multitude s'affaire
à accroître ses biens.
Moi seul ne possède rien.
L'homme de la foule
a des idées sur tout.
Moi seul hésite.
L'homme de la foule
est actif, efficace.
Seul,
je reste immobile.
Je regarde sans voir.
Mes pensées, égarées,
m'échappent pour danser,
dans les nuages et le vent,
parmi les vagues de l'océan.
La multitude des hommes s'affaire,
réalise,
construit.
Je demeure absent,
délaissé,
inutile.
Et pourtant,
mes haillons cachent
la plus grande des richesses.
Seul,
je diffère des autres.
Je suis l'enfant
de la Mère universelle.
L'enfant du Tao.

 

 

 

VINGT ET UN

La grande Vertu
vient du Tao.
Le Tao est vague,
imperceptible,
insaisissable !
Oh, qu'il est vague,
imperceptible,
insaisissable !
Et pourtant
en son sein est la vérité.
Oh, qu'il est insaisissable,
imperceptible !
Et pourtant
en son sein est la forme des choses.
Il est si sombre,
si ténébreux !
Et pourtant
en lui est l'essence vraie de l'être.
Cette essence
est la vérité rayonnante
et la vérité cachée.
Depuis l'aube des âges
son nom nous a été transmis
et de lui naissent tous les êtres.
Comment peut-on connaître
les voies de la création ?
Par lui.
Par le Tao.

 

VINGT-DEUX

Ce qui est incomplet
s'accomplira.
Ce qui est courbé
deviendra droit.
Ce qui est vide
sera rempli.
Ce qui est usé
deviendra neuf.
N'avoir rien
et se sentir comblé.
Etre riche,
et garder sa simplicité.
Ainsi est le sage.
Il embrasse l'Unité.
Il vit caché
et pourtant tous le voient.
Il ne s'affirme pas
et pourtant il s'impose.
Il ne se vante pas,
et son mérite éclate.
Absent à lui-même,
sa présence s'accroît.
Etant sans ambition,
il ne heurte personne.
Il ne lutte point.
Ainsi
nul ne peut l'égaler.
Ce qui est incomplet
sera achevé.
Cette sentence ancienne
est pleine de vérité
car seul celui qui plie
reste intègre.
Reste humble
et garde l'esprit ouvert :
tu recevras le monde.

 

VINGT-TROIS

Préserve-toi par le silence.
L'ouragan ne hurle pas
toute une matinée.
L'orage ne dure pas tout un jour.
Qui produit
l'ouragan et la pluie ?
Ce sont
le ciel et la terre.
Si ciel et terre
ne produisent rien d'éternel,
comment l'homme le pourrait-il ?
Celui qui suit la loi s'accorde au Tao.
Sa volonté et ses principes
sont ceux du Tao.
Avec lui il agit
et avec lui il s'abstient.
Le Sage épris d'absolu
y trouve la plénitude.
En suivant la voie
on trouve la voie.
En se conformant à la vertu
on devient la vertu.
Mais
si on pense au crime
on recueille la honte du crime.
C'est pourquoi l'action
comme l'inaction
traduisent l'invisible harmonie
Ou la foi est totale,
ou elle n'est pas.

 

VINGT-QUATRE

Qui marche sur la pointe des pieds
perd l'équilibre
et tombe à terre.
Qui avance à grand pas
s'essouffle vite
et est dépassé.
Celui qui se met en vue
reste dans l'ombre
et personne ne voit son mérite.
L'homme imbu de lui-même
perd l'estime d'autrui.
Qui se glorifie n'est pas considéré.
Qui se gonfle d'orgueil
ne peut pas progresser.
Qui vit ainsi
est malade de l'âme.
Ces laideurs ne salissent pas
celui qui suit la voie.

 

VINGT-CINQ

Une puissance
indéfinissable et confuse
existait depuis l'éternité.
Elle était
avant la naissance
du ciel et de la terre.
Perfection indéterminée.
Energie éternelle.
Mouvement sans fin.
Mouvement immuable.
Force unique.
Omniprésente.
Impérissable.
Sans nom
mais connue de tous.
Mère et principe créateur
de l'univers.
Nul ne connaît son nom.
On l'appelle le Tao.
Il échappe à toute définition.
Invisible, il est immense.
Immobile, il se propage à l'infini.
En fuyant, il revient.
Ainsi, immense est le Tao.
Immenses
le ciel et la terre.
Immense
l'être.
Quatre immensités dans l'univers,
dont l'être.
L'homme épouse
le rythme de la terre,
la terre s'accorde
avec le ciel,
le ciel s'harmonise
avec le Tao.
Le Tao est la loi,
la voie de la nature.
Et la voie demeure,
éternelle.

 

VINGT-SIX

Le lourd est la racine du léger.
L'immobilité
est mère du mouvement.
C'est pourquoi
le Sage se déplace
avec un seul bagage :
le Tao.
Partout où il va,
il reste détaché et serein.
Spectateur des merveilles.
Spectateur de la vie.
Ainsi
le Maître des milles choses
doit préférer son peuple
à lui-même.
Car
agir avec légèreté,
c'est perdre sa racine,
s'agiter,
c'est perdre
la maîtrise de soi.

 

VINGT-SEPT

Celui qui sait marcher
ne laisse pas de traces.
Celui qui sait parler
garde ses paroles.
Celui qui sait compter
n'a pas de boulier.
Celui qui sait garder
n'a que faire de verrous et de clefs.
Celui qui sait lier
n'a pas besoin de liens
et nul ne peut défaire
les noeuds qu'il a serrés.
Ainsi
le Sage
se dédie au secours des hommes.
Il n'en rejette aucun.
Il veille à préserver les êtres,
sans en excepter aucun.
Il est dans la lumière.
Tout plein de soleil.
Le Sage est le maître
de celui qui ne l'est pas
et ce dernier est la matière
sur laquelle il agit.
Ainsi,
ils ont besoin l'un de l'autre.
Voilà une vérité.
Une vérité subtile.
Car tout ce qui
est essentiel pour l'homme,
tout ce qui lui est indispensable,
reste une énigme.
C'est l'inconnu
pour lequel
on lutte et on travaille.
C'est l'inconnu
qui nous donne
la force de vivre,
la force d'espérer,
la force de croire.
Car ce que l'homme
veut savoir
lui reste inconnu.
A jamais.

 

VINGT-HUIT

Celui qui est conscient de sa force
mais garde la douceur de la femme,
est le creuset de l'univers.
Etant le creuset de l'univers,
il fait un avec le Tao
et redevient pur comme l'enfant.
Celui qui connaît
l'étendue de son savoir
et garde la simplicité dans son coeur,
est le modèle du monde.
Etant le modèle du monde,
il rejoint le Tao
et son espace infini.
Celui qui connaît la gloire
mais garde son humilité
possède la vertu du monde.
Etant la vertu du monde,
il atteint la plénitude du Tao
et revient à l'unité originelle,
cette unité d'où provient toute chose.
Le Sage participe alors
à l'harmonie universelle.
Grain de lumière,
il se répand dans l'univers
et revient à la grande lumière.
Et il retrouve
l'infini.

 

VINGT-NEUF

Celui qui veut posséder le monde
et lui imprimer sa marque
ne peut y réussir.
Je le sais.
Le monde est une entité sacrée.
La main de l'homme
ne peut le modeler.
En voulant le changer
on le détruit.
Quand on croit le tenir
on le perd.
C'est ainsi
que l'homme s'éloigne
du chemin de la vertu.
Car
parmi les hommes
les uns marchent en avant
et les autres s'attardent.
Les uns ont un souffle léger,
les autres une haleine puissante.
Certains sont forts,
d'autres faibles.
Les uns renversent
ce que d'autres ont bâti.
Aussi
le Sage évite l'excès,
l'incohérence
et toute extrême.
Il vit dans la vérité.

 

TRENTE

Un souverain
instruit dans la voie du Tao
renonce à conquérir le monde
par la force.
Car il sait qu'à l'attaque
succède la riposte.
Là où sont passées les armées,
ne restent que des ruines
et ne poussent que des ronces.
Les grandes guerres
amènent des années de disette.
C'est pourquoi
l'homme éclairé
se montre résolu
sans tomber dans l'excès.
Il parvient à ses fins
mais n'en tire aucune gloire.
Il mène à bien ses entreprises
sans offenser ni détruire.
Il agit sans orgueil
et ne combat que par nécessiter.
Il ne trouble pas
la grande harmonie.
La force use celui qui l'utilise,
car elle va à l'encontre du Tao.
Et ce qui va contre le Tao
va à sa perte.

 

TRENTE ET UN

Les armes les plus belles
ne sont que des engins de mort.
L'humanité les a en horreur.
Celui qui suit la voie du Tao
en détourne ses regards.
L'homme de bien
se place à gauche
du maître de maison.
L'homme de guerre
s'installe à sa droite.
Les armes n'apportent que la mort.
Le bon souverain
en détourne le regard.
Il ne les prend
que s'il n'a pas d'autre choix.
Pour lui,
les trésors suprêmes sont le calme
et la paix.
La victoire ne le remplit pas de joie,
car se réjouir
serait se glorifier
d'avoir ordonné la mort.
Celui qui se glorifie
de la mort d'autres hommes
ruine sa destinée
et ne pourra pas gouverner.
Dans les jours heureux,
la place d'honneur
se trouve à gauche.
Dans les jours de malheur,
elle est à droite.
L'aide de camp
se place à gauche,
le chef de guerre
s'installe à droite.
Ainsi
la guerre se conduit
comme des funérailles.
Le chef triomphant
préside au festin de la victoire
comme s'il assistait
à l'office funèbre
de ceux qu'il a fait tuer.
Car ayant fait tuer beaucoup d'hommes,
Il doit maintenant en porter le deuil.

 

TRENTE-DEUX

Le Tao ne peut être défini.
Etant insaisissable,
il échappe à toute emprise.
Si les souverains
se conformaient au Tao,
ils verraient
les dix mille êtres se remettre
entre leurs mains.
L'harmonie du ciel et de la terre
emplirait l'univers
et une douce rosée
descendrait sur les hommes.
La paix universelle
ferait la joie de tous les peuples.
Et puis les hommes
furent séparés
par contrées et par nations,
et distingués
chacun par un nom.
Et
avec le nom surgit la division.
Par le Tao
on connaît les limites du danger.
Car le Tao,
dans l'univers,
est comme le fleuve,
dont le flot,
depuis toujours,
va rejoindre la mer.

 

TRENTE-TROIS

Celui qui connaît les hommes
acquiert la sagesse.
Celui qui se connaît lui-même
possède la lumière.
Celui qui conduit les hommes est fort.
Mais celui qui se maîtrise lui-même
détient la vraie puissance.
Celui qui se contente de ce qu'il a
est le vrai riche.
Etre sans désir,
c'est posséder le monde.
C'est suivre la voie.
Si celui qui persévère
fait preuve de volonté,
celui qui demeure
dans l'ordre des choses
est le Sage absolu.
Celui qui meurt
mais reste
dans le souvenir des hommes
a touché à l'éternité.

 

TRENTE-QUATRE

Le Tao se répand comme un flot.
Sa puissance est sans limite.
Les dix mille êtres
naissent et vivent de lui
sans qu'il en soit l'auteur.
Il poursuit son oeuvre éternelle
sans vouloir rien imposer.
Il commande aux hommes
sans s'en déclarer le maître.
Il est sans désir
et dénué d'ambition.
On peut le dire petit.
Quelle erreur :
il est immense,
incommensurable.
Les dix mille êtres
retournent à lui
sans qu'il ne demande rien.
On peut alors le dire immense,
et nul ne peut le cerner.
Le sage ignore sa grandeur,
ainsi
elle se réalise d'elle-même.
A l'infini.

 

TRENTE-CINQ

Celui qui suit le Tao
peut parcourir le monde
en toute quiétude.
Il trouvera partout
paix,
équilibre,
sécurité.
Il s'avance,
impassible,
dans la sérénité.
Musique et bonne table
attirent le passant.
Mais la bouche qui parle du Tao
ne le retient pas.
Car
ce qu'elle dit est sans saveur :
on le regarde
et on ne le voit pas,
on l'écoute,
et on ne l'entend pas.
Pourtant,
celui qui puise dans le Tao
a puisé l'inépuisable.

 

TRENTE-SIX

On ne peut réduire
que ce qui est déployé.
On ne peut affaiblir
que ce qui est puissant.
On ne peut abattre
que ce qui est élevé.
Ainsi pour recevoir,
il faut avoir donné.
C'est la loi de la nature.
La douceur et la faiblesse
triomphent de la dureté
et de la force.
Que le poisson qui brille
demeure au sein des profondeurs !
Les secrets du royaume
doivent être ainsi
maintenus cachés
au regard des hommes.

 

 

TRENTE-SEPT

Le Tao n'agit pas
par lui-même.
Et pourtant
il n'est rien qu'il n'accomplisse.
Si seulement les rois et les princes
pouvaient s'y tenir,
les dix mille êtres
les suivraient dans cette voie.
Dans la voie du bonheur,
dans la voie de la perfection.
Et si
malgré tout
ils voulaient encore agir,
la simplicité suprême du Sans-Nom
les assagirait.
Ils deviendraient
alors
sans désir,
en paix,
et,
partant,
l'univers
se transformerait.
de lui-même.

 

TRENTE-HUIT

L'homme de haute vertu
est au-dessus de la vertu,
c'est pourquoi il est vertueux.
L'homme de moindre vertu,
se dit vertueux
c'est pourquoi
il ne l'est pas.
L'homme de haute vertu
la pratique sans y penser.
L'homme de moindre vertu
l'utilise pour atteindre un but.
Et pourtant
il ne l'atteint pas.
Le véritable homme de bien
agit
sans avoir de raisons de le faire.
L'homme de justice
agit
car il a des raisons de le faire.
L'homme qui se conforme au rites
agit
et veut les imposer par la force.
Ainsi,
si l'on oublie le Tao,
il reste la vertu.
Si l'on se détourne de la vertu,
il reste la bonté.
Lorsque la bonté est perdue,
il reste la justice.
Lorsqu'on abandonne la justice,
on recourt aux rites.
Or,
Les rites ne sont que l'apparence
de la vérité
et de la sincérité.
Ils sont
aussi
l'amorce de la confusion.
La connaissance et l'intelligence
ne sont pour le Tao
que des fleurs sans parfum.
Elles sont
souvent
la source de l'erreur.
C'est pourquoi
le Sage puise au tréfonds des choses
sans s'arrêter aux apparences.
Il contemple le fruit
plutôt que la fleur.
Il ignore l'une
et cueille l'autre.

 

TRENTE-NEUF

Voici ce qui,
depuis les origines,
a atteint l'unité :
Le ciel
parce qu'il est pur.
La terre
parce qu'elle est stable.
Les esprits
parce qu'ils sont transcendants.
Les vallées
parce qu'elles sont riches en eau.
L'humanité
parce qu'elle se reproduit.
Les souverains et les gouvernants
parce qu'ils donnent l'exemple.
C'est l'unité qui les rend parfaits.
Si le ciel n'était plus pur,
certainement
il s'effondrerait.
Si la terre n'était plus stable,
elle s'écroulerait.
Si les esprits n'étaient plus
transcendants,
ils s'évanouiraient.
Si les vallées n'étaient plus humides,
elles deviendraient des déserts.
Si les dix mille êtres
cessaient de se reproduire,
ils disparaîtraient.
Si les souverains et les gouvernants
renonçaient au pouvoir,
leurs pays tomberaient dans le chaos.
La noblesse repose sur l'humilité.
Ce qui est grand
prend appui sur ce qui est infime.
Ainsi
les souverains et les gouvernants
se nomment-ils eux-mêmes
orphelins,
hommes sans valeur
et
de peu de mérite.
Ils montrent par là
leur compréhension
de l'ordre profond des choses.
L'honneur suprême
est en dehors de l'honneur.
Car le Sage ne cherche
ni a briller
comme le jade,
ni a être rejeté
comme un caillou.
Il vit au-dessus
de l'estime
et du mépris.

 

QUARANTE

L'immobilité
est le mouvement du Tao.
Dans sa faiblesse
réside sa puissance.
Tous les êtres de ce monde
sont nés du visible.
Le visible procède de l'invisible.
Car
tout est
et
n'est rien.

 

QUARANTE ET UN

Lorsqu'un esprit sage
entend parler du Tao,
il s'applique à le suivre.
Lorsqu'un esprit moyen
entend parler du Tao,
tantôt il y pense,
tantôt il l'oublie.
Lorsqu'un esprit superficiel
entend parler du Tao,
il éclate de rire.
Mais,
s'il n'en était pas ainsi,
Le Tao ne serait pas le Tao.
C'est pourquoi
la sagesse nous enseigne que
la voie étincelante paraît sombre.
La voie qui progresse semble reculer.
La voie juste semble pleine d'embûches.
La vertu parfaite semble semble vide de sens.
La vertu généreuse semble inutile.
La vertu la plus ferme semble fragile.
La vérité bien ancrée a l'air de vaciller.
Un très grand carré
nous empêche de voir ses points extrêmes.
Le trop grand vase est impossible à modeler.
La musique céleste est au-delà des sons.
Le Tao est caché.
Il n'a pas de nom
Il est
et
il n'est pas.
Mais c'est lui
qui maintient le monde.
Il en est le sens.

 

QUARANTE-DEUX

Le Tao engendra UN.
Un engendra Deux.
Deux engendra Trois.
Trois engendra les dix mille êtres
et
tout ce qui est vivant.
Les dix mille êtres
portent l'obscurité
sur leurs épaules
mais serrent
dans leurs bras
la lumière.
Chacun d'eux a été engendré
par ce souffle divin
que l'on nomme harmonie.
Les hommes redoutent
d'être pauvres,
délaissés,
sans valeur
ou sans mérite.
Et pourtant,
les souverains et les princes sages
se nomment eux-mêmes ainsi :
sans valeur,
sans mérite.
C'est pourquoi,
parmi les êtres,
celui qui s'élève
se diminue,
et
celui qui se diminue
s'élève.
Et le violent qui veut s'imposer
par la violence
mourra par la violence.
Ceci est un des fondements
de l'enseignement.
Une des vérités
du Tao.

 

QUARANTE-TROIS

Dans l'univers,
le plus faible
vient à bout du plus fort.
Seul ce qui est sans substance
peut pénétrer un espace plein.
Par là
le Sage reconnaît
la vertu du non-agir.
Enseigner
sans la parole,
entreprendre
sans agir.
Voilà la vertu.
Cela est difficile à comprendre
pour la plupart des hommes.
Là pourtant
se trouve la vérité.
Car le plus souple
gagnera le plus fort
et rien
ne saurait égaler
la puissance
du non-dire
et
du non-faire.

 

QUARANTE-QUATRE

De la gloire ou de la santé,
quel est le plus important ?
De la santé ou de la richesse,
quel est le plus précieux ?
Du gain ou de la perte,
quel est le plus honteux ?
L'homme trop passionné s'expose à la souffrance.
L'avare qui prévoit et amasse subit de lourdes pertes.
Celui qui se contente de ce qu'il a
reste serein.
Celui qui sait se réfréner tient à distance le danger.
Par là
son existence sera préservée.
Car qui aura trop aimé
sera frustré.
Et qui aura trop amassé
ne possèdera rien.

 

QUARANTE-CINQ

La perfection achevée
semble imparfaite.
Et pourtant
elle rayonne sans fin.
La plénitude parfaite
paraît vide.
Et pourtant
elle est intarissable.
Elle donne sans jamais s'épuiser.
Une franchise extrême semble fausse.
Une habileté extrême entrave le geste.
Une éloquence extrême ne persuade personne.
le mouvement triomphe du froid,
et c'est l'immobilité
qui triomphe
de l'ardeur.
C'est dans le calme
et la sérénité que
réside le bonheur,
car la quiétude et l'immobilité
règlent le monde.
Ainsi est-il.

 

QUARANTE-SIX

Quand un peuple suit le Tao,
les chevaux de guerre
restent à la ferme
et labourent les champs.
Quand un peuple a perdu le Tao,
les chevaux de guerre
sont aux portes de la ville
prêts à la bataille
et les champs restent incultes.
Il n'est pas de plus grave erreur
que d'écouter ses désirs.
Il n'est pas de plus grande misère
que de ne savoir se contenter.
Il n'est pas de pire fléau
que l'envie de posséder.
C'est pourquoi
celui qui limite ses désirs
ne saurait manquer de rien.
Ses granges seront pleines,
ses champs cultivés
et son coeur
comblé de joie.
ainsi veut la loi.

 

QUARANTE-SEPT

Sans franchir sa porte,
connaître le monde entier.
Sans regarder par la fenêtre,
entrevoir le chemin du ciel...
Plus on voyage,
plus la connaissance s'éloigne.
C'est pourquoi
le Sage connaît sans se mouvoir,
comprend sans examiner
et
accomplit sans agir.

 

QUARANTE-HUIT

En s'adonnant à l'étude,
on s'accroît chaque jour.
En se consacrant à la voie,
on diminue chaque jour.
Et l'on continue de diminuer
jusqu'au jour où l'on cesse d'agir.
N'agissant plus,
il n'est rien,
désormais,
qu'on ne puisse accomplir.
La conduite du royaume
revient
à qui demeure au-dessus de l'action.
Celui qui lutte
pour gagner le royaume
ne l'obtient jamais.

 

QUARANTE-NEUF

Le Sage
n'a pas de conscience propre,
il est la conscience de l'univers.
Il est bon avec le juste,
mais bon aussi
avec celui qui ne l'est pas,
car la plus grande vertu
est la bonté.
Il est loyal avec le fidèle,
loyal aussi
avec celui qui ne l'est pas,
car la plus grande vertu
est la loyauté.
Le Sage est humble et modeste
aux yeux du plus grand nombre.
Il paraît faible et désarmé.
Mais le peuple retient son souffle
et
se fait attentif
devant cet homme
semblable à un petit enfant.
Car son coeur
peut contenir
le monde entier.

 

CINQUANTE

Où s'arrête la vie,

L'enfant et la mort

Par Le 29/04/2010

Dans ma classe de CM2, nous avons souvent des discussions qui pourraient passer pour "étranges" à un visiteur...

La conscience, l'âme, l'esprit, le mental, l'amour, la vie, la mort, l'égo, l'identification, la personnalité, l'attachement, le temps, l'espoir, la réalité...

Entre le début de l'année et aujourd'hui, le cheminement est immense. L'écoute et la participation, le sérieux et l'engagement, le désir de partager, les pudeurs oubliées, cette envie d'avancer, il est parfois difficile de passer à autre chose tant ils ont de choses à exprimer... Je réalise à quel point ils vivent dans des carcans de non-dits parce qu'ils ne sont pas assez écoutés et à quel point la classe peut leur offrir l'opportunité de se dévoiler, de se révéler, à eux-mêmes, aux autres, ce bonheur dans leurs yeux, nos rires parfois, cette évolution dans la maîtrise da la langue, dans l'expression fine de leurs pensées...

De grands et beaux moments...

Aujourd'hui, Mina nous a lu un texte qu'elle avait écrit dans le cadre d'un travail d'expression écrite.

Sujet libre mais avec cinq "phrases obligées" qu'il faut insérer dans l'histoire.

Mina  nous a raconté que pour elle la Mort est malheureuse de la tâche qui lui incombe. Elle ne l'a pas choisie. C'est la Vie qui l'a créée et elle est à son service. C'est la Vie qui décide de l'existence ou de la fin de l'existence. la Mort n'est que l'ouvrier de cette fin que la Vie a décidée. Ce n'est donc pas la Mort qui surgit mais la Vie qui décide de se retirer. Et cette mission est si douloureuse pour la Mort que toutes les larmes qu'elle a versées depuis l'apparition de la vie et le début de sa mission ont fini par former les océans et la montée des eaux sur la planète n'est que la conséquence des larmes que la Mort verse infiniment...

Cet autre regard, cette imagination fertile, de quel droit les adultes se permettent-ils de les contenir, de les formater, de les rediriger ?

Les grandes découvertes scientifiques ont d'ailleurs parfois été générées par des esprits imaginatifs. Alfred Wegener et la tectonique des plaques en est un exemple parfait.

Mina a peut-être raison. Et d'ailleurs, si je parviens à me libérer moi-même de cette "raison" cartésienne qui nous isole de notre imaginaire, quelle est l'importance de savoir si elle a raison ou pas ? Ca n'en a aucune. Dans son esprit, la Mort est soumis à la Vie et elle aimerait bien un peu moins de travail. On peut imaginer à notre tour cette Mort devant emporter un enfant malade. Un ordre insupportable pour elle. Pourquoi la Vie le délaisse-t-il ? On pourrait imaginer que la Mort dans une rencontre avec la Vie essayerait de la convaincre d'être moins dure... Après tout.

Pourquoi notre vision de cette Mort impitoyable ne serait-elle pas une erreur ? Parce que historiquement, les hommes ont toujours vu la Faucheuse comme un ennemi impitoyable. Inconscient collectif auquel un esprit d'enfant n'appartient pas encore. Une liberté en sursis.

Ca n'est pas à moi d'aller resserrer les anneaux de la chaîne. Même si je suis un fonctionnaire enseignant.

J'aimerais tant que Mina reste libre. Et tous les autres.

 

Une illusion organisée.

Par Le 27/04/2010

"Le monde mental

ment

monumentalement."

Jacques Prévert.


 

 

"En vérité, ce que tu vois cache ce que tu dois voir et ce que tu entends brouille ce que tu dois entendre."

Jaffar le Berbère.


 

 

C'est  assez effrayant le nombre de textes, de citations de poésies qui dénoncent cette illusion dans laquelle nous évoluons...

S'agit-il d'une tournure d'esprit, d'un jeu dialectique, existe-t-il réellement une voie de lucidité ?

Si cet état hallucinatoire est prouvé, d'où vient-il ? Pourquoi sommes-nous ainsi fermés à la réalité ?

 

Depuis plusieurs jours, je cherche à établir ce qui pourrait condenser cet état hallucinatoire, comme un résumé de nos errances. Mais systématiquement j'en reviens toujours à cette capacité à analyser la situation et à ne pas entrer tête baissée dans une impasse. Mais s'il n'y a pas cette lucidité, cette observation constante, qu'en est-il ?

L'impression qu'une bonne partie de l'humanité court après des enluminures pour cacher les murs de la geôle.

Education formatée par l'Histoire. Nos parents vivant dans les conditionnements générés par leurs parents, eux-mêmes conditionnés par leur environnement immédiat, l'inconscient collectif, leurs traumatismes transmis ou transférés sous d'autres formes dans leur progéniture et ainsi de suite en remontant à l'envers dans le temps. Nous ne sommes jamais libres au départ. Nous naissons en accrochant sur nos dos fragiles les fardeaux de nos aïeux. Parfois même à un niveau plus vaste encore que notre famille immédiate : Rwandais, Cambodgiens, Vietnamiens, Algériens, Amérindiens, Tibétains, Tziganes, Inuits, Sames, Aborigènes, Papous, Wayanas, Alakalufs... Une liste effroyablement longue.

 

Education formatée par les états et les idées directionnelles. Sans aller jusqu'au Stalinisme ou au Nazisme, nous vivons dans un environnement construit par quelques individus. Les médias par exemple, j'en ai déjà parlé. L'enseignement. Les modes commerciales. J'entends depuis quelques jours des élèves de ma classe parler de l'ipad d'Apple et penser déjà qu'à Noël ils vont en demander un...Les autres veulent savoir ce que c'est et se mettent à rêver de la même chose...Des enfants de dix, onze ans...  Le consumiérisme à outrance, créer un besoin par un martelage médiatique, les médias s'enrichissant eux-mêmes par les budgets publicitaires.

Ecoeurement.

 

Cette humanité vit dans le poids de son passé en se projetant sans cesse dans un avenir à acheter. Sans s'apercevoir que ce fonctionnement détruit l'instant, le présent, la vie réelle. Conditionnement. Jusqu'à détruire même la planète qui l'accueille. Tout est à vendre, il faut pouvoir acheter. Travaillons, travaillons...Dépensons, dépensons...Travaillons, travaillons...

 

"Pourvu que mes enfants aient un bon salaire."

 

Effectivement je pense sans le moindre doute que ce que nous voyons n'est pas ce que nous devons voir, que ce que nous entendons n'est pas ce que nous devons entendre. Pas besoin de m'interroger longtemps.  

 

Mais alors, que devons-nous voir, que devons-nous entendre ? Et d'ailleurs s'agit-il d'un "devoir" ? Ou d'une chance à saisir ? Dans le mot "devoir" il y a une obligation générée par une instance supérieure. Comme une obligation nourrie par une morale ambiante. Mais justement il n'y a aucune instance dirigeante qui s'en préoccupe. Sinon, celle que nous possédons nous-mêmes. Notre propre morale que je préfère imaginer sous la forme d'une conscience.

Conscience du phénomène vivant, conscience que je ne suis que la forme en évolution d'un projet qui me dépasse. Que sera l'homme dans dix mille ans si jamais il n'a pas fait disparaître ce phénomène vivant ? La vie est une intelligence dont la dimension ne m'est pas accessible. Même si je comprends accessoirement les "comment", je n'aurais sans doute jamais accès aux "pourquoi." La finalité de l'ensemble m'échappera toujours. Quel est le projet du phénomène vivant ? Je ne peux que tenter de répondre au phénomène qui est en moi en donnant à cette énergie une direction verticale,comme une ascension spirituelle. Sans comprendre pour autant la raison fondamentale de cette énergie en moi. Je peux lui donner une direction sans pour autant accéder à la compréhension totale de sa présence. Un hasard ? Ce mot n'est jamais que l'étiquette apaisante de mon incompréhension.

 

Bon. Et alors ? Faut-il donc s'extirper de cette mélasse humaine ?

Oui, sans doute.

C'est effroyable mais je n'ai pas d'autre solution. Soit je plonge dans le courant et je me laisse emporter, bercé dillusions et soutenu par mes compatriotes de misère, soit j'envisage la lévitation. Une lévitation spirituelle. Je participe, mentalement à ce maëlstrom mais je tente par un effort constant de garder la tête hors de l'eau. Il ne me suffit pas de prendre quelques bouffées d'air pour survivre. Ma survie, je veux en être le seul responsable. Je sais aujourd'hui que ce goût de l'altitude, de mon engagement physique et moral au coeur des montagnes n'était que le symbolisme vécu de cette démarche.

 

Mais qu'il est douloureux parfois de supporter le dégoût...  

 

Les quatre accords toltèques

Par Le 25/04/2010

source wikipédia.

Miguel Ángel Ruiz (ou Don Miguel Ruiz) (né en 1952) est un auteur mexicain, chamane et enseignant. Son ouvrage, les quatre accords toltèques est un best-seller de la littérature New Age.

Né d'une mère curandera (guérisseuse) et d'un grand-père nagual (chaman toltèque), il fait des études de médecine et devient chirurgien. Sa vie bascule lors d'une expérience de mort imminente qui l'aurait inspiré à chercher des réponses aux questions de l'existence dans la tradition toltèque.

Son livre s'est vendu à plus de 4 millions d'exemplaires. Il a été reçu par l'animatrice de télévision américaine Oprah Winfrey dans son émission à ce sujet.

En 2002, il subit une crise cardiaque à laquelle il a survécu.

Les quatre accords

Les quatre accords en question se résument à :

  • Que votre parole soit impeccable.

Parlez avec intégrité, ne dites que ce que vous pensez. N'utilisez pas la parole contre vous-même, ni pour médire autrui.

  • Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire personnelle.

Ce que les autres disent et font n'est qu'une projection de leur propre réalité, de leur rêve. Lorsque vous êtes immunisé contre cela, vous n'êtes plus victime de souffrances inutiles.

  • Ne faites pas de suppositions.

Ayez le courage de poser des questions et d'exprimer vos vrais désirs. Communiquez clairement avec les autres pour éviter tristesse, malentendus et drames.

  • Faites toujours de votre mieux.

Votre "mieux" change d'instant en instant. Quelles que soient les circonstances faites simplement de votre mieux et vous éviterez de vous juger, de vous culpabiliser et d'avoir des regrets.

Le cinquième accord Toltèque

  • Soyez sceptique, mais apprenez à écouter

Ne vous croyez pas vous même, ni personne d'autre. Utilisez la force du doute pour remettre en question tout ce que vous entendez : est ce vraiment la vérité ? Ecoutez l'intention qui sous-tend les mots et vous comprendrez le véritable message.

 

Sans pour autant minimiser les quatre premiers accords, pour ma part, le cinquième accord revêt une importance particulière. Il correspond à une attitude qui n'est pas très fréquente. Ne pas considérer que les évènements, les connaissances, les avancées, les enseignements puissent à un moment se figer et ne plus changer. La "vérité" intérieure n'existe que dans le changement. Considérer que l'individu ait pu atteindre un niveau ultime d'évolution et être uniquement nourri de vérité est un mensonge. Cela voudrait dire qu'il n'y aurait plus besoin d'observation, de vigilance, que les acquis n'ont plus de raison d'être modifiés. Etre sceptique ne signifie pas être angoissé et s'interroger constamment sur la fragilité des pensées, des idées, des raisonnements mais de toujours se tenir à une certaine distance de ces phénomènes internes, en position d'observateur critique. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas une implication totale mais qu'il s'agit de préserver en soi la sérénité d'un observateur indépendant, une entité de la conscience qui ne participe pas à ce travail intérieur. C'est le maître intérieur.

Il faut toujours lui laisser une place, l'inviter, l'accueillir. Il ne s'impose jamais. S'il n'est pas désiré, il ne se révèle pas. Le maître intérieur ne vit que dans l'amour qu'on lui accorde. Etre sceptique, c'est montrer que l'on a besoin de lui, de sa lucidité, que l'on ne se laisse pas emporter par les conditions de vie mais qu'on a besoin d'un observateur attentionné et impartial.

 

Ce qui me semble le plus extraordinaire aujourd'hui, c'est d'éprouver l'aspect universel de ce maître intérieur. Il n'est pas identifié, il n'a pas de nom, aucune appartenance, il n'a pas besoin de moi pour exister, il n'est pas en ma possession, il n'attend rien. Ce qui explique d'ailleurs qu'on rencontre si peu de personnes vivant pleinement dans cette osmose. Très souvent, il peut apparaître dans une situation particulière mais il ne sera pas perçu dans sa réalité mais comme une réussite personnelle de l'individu qui va s'en glorifier.

L'essentiel n'aura pas été saisi :

Le détachement envers l'évènement (ce n'est pas une affaire personnelle mais un évènement qui ne porte pas atteinte à ce que je suis, le Soi, c'est le Moi qui peut être blessé)

Je me suis parfaitement exprimé, sans insérer dans mes propos des sous-entendus pernicieux, des non-dits criants.

Je n'ai fait aucune supposition envers mon interlocuteur ou envers l'évènement lui-même, je suis resté impliqué dans l'instant sans me détacher de ce que je dois y faire.

J'ai vraiment fait de mon mieux sans jamais me laisser emporter par un enthousiasme hallucinatoire, une colère insoumise, un regret inutile, tout ce qui émotionnellement vient perturber l'acte lui-même.

 

Lorsque cette analyse est faite, lorsque cette observation a été maintenue, il reste enfin à garder en soi un certain scepticisme, non pas comme une atteinte à la beauté de cet instant, à la satisfaction d'avoir mené au mieux ce travail intérieur mais juste pour ne pas s'égarer dans les dérives de la suffisance... Rien n'est jamais acquis, cela signifie qu'il est toujours possible d'aller voir plus loin, l'horizon recule quand on avance, ce qui compte c'est de continuer à marcher. Cette conscience, c'est le maître intérieur qui en dispose. Et c'est là que j'y perçois une entité étrange, comme un parfum subtil, une source inconnue, cette impression merveilleuse d'être envahi par des particules extérieures, cette idée que la Nature dispose elle-même de cette beauté intérieure et qu'elle l'offre comme un parfum... Les champs morphogénétiques de Ruppert Sheldrake...Nous sommes des calices dès lors que nous avons vidé de nous les eaux troubles. Les sages orientaux disent qu'il s'agit de maintenir la paix afin que les salissures restent au fond. Ce qu'il faut aimer c'est l'immobilité du lac.

Le maître intérieur.

Par Le 24/04/2010

"En chacun de nous vit quelque chose, une promesse, une connaissance essentielle, une mission qui dépasse l'horizon de l'homme ordinaire : c'est le maître intérieur."

Karkfried Graf Dürckheim.

Je me souviens avoir lu ce texte au lycée. Des jours entiers à y penser. J'avais déjà connu une première "cassure" à travers les épreuves vécues par mon frère.

J'avais seize ans.

J'étais sorti du déroulement linéaire de l'existence. Il y avait un "avant" et un "après."

Entre les deux il y avait l'hôpital. La souffrance, la mort de Roger, mon ami de classe, la survie inexpliquée de mon frère. Ce monde parallèle de la souffrance, de la destruction de l'individu. Et puis parfois de sa renaissance. A moins même que ça soit une naissance réelle, pas l'accession à la lumière du jour mais à la lumière intérieure.

Mais dans mon cas, ça n'avait été que des flashs épisodiques, éphémères. Je les avais éteints par mon ignorance, mon incapacité à saisir ce qu'ils pouvaient m'apprendre. Je restais accroché à ma vie linéaire. Mes études, mes histoires d'adolescent, la quête de l'amour, le sport, la lecture, une petite vie parfaitement normale alors que ce que j'avais vécu n'avait rien de normal.

Tout est resté en moi. Et je l'ignorais. Et parce que j'avais refusé de "naître", la vie s'est chargée de briser encore une fois le placenta dans lequel j'étais enfermé.

Encore une fois.

A vingt-cinq ans.

Insuffisant.

Alors une autre fois.

A trente-sept ans.

Insuffisant.

Tant pis, une fois de plus.

A quarante-deux ans.

OK. C'est bon. 

Quarante deux ans... C'est long tout de même. La vie est patiente.

J'ai compris.

Je ne sais rien, je n'ai rien appris,rien saisi,rien découvert, je suis chargé de matériaux qui ne me bâtissent pas mais m'alourdissent, ce ne sont pas mes fondations mais les sables mouvants d'une conscience commune, fluctuante, je ne suis rien.

Mais, là, il y a un maître intérieur qui attend que je l'écoute.  

Ca n'est pas moi. Je ne suis pas un maître, sinon celui de ma classe et de mes élèves. Etrange symbolique d'ailleurs. Un maître de classe qui ne sait rien de lui-même. Il fallait bien que ça s'arrête. Il y avait en moi une promesse, une mission.

Ecouter le maître.

Qui parle ainsi ? Qui est là ? Qui vient frapper à la porte close de notre mental ?

La conscience bien entendu.

Mais ça n'est pas une entité individuelle à mon sens, ça n'est pas une excroissance interne de notre cerveau.

C'est un "maître" extérieur qui vient nous visiter. Comme quelque chose d'inneffable flottant dans l'Univers. Je n'ai rien construit de ce que je suis. Tout ça m'a été donné. Les milliers de pages lues, j'aurais aussi bien pu toutes les oublier, elles auraient pu toutes s'effacer, les milliers de pages écrites, elles sont toujours nées d'une osmose, un état de connexion, pas d'une simple réflexion mais d'un embrasement intérieur que je ne produisais pas moi-même mais qui tombait en moi comme dans un puits ouvert. C'est toujours ainsi que j'écris d'ailleurs. Il faut que cette flamme vienne me nourrir.

Mais je ne parviens pas à imaginer que ce maître m'appartient, encore moins que je le suis. J'ai trop de défauts pour ça, trop d'errances, de dérives, de fluctuations. Je les accepte. Elles sont ce que je suis.

Mais il y a toujours cette promesse : le maître est là. Dans un coin, il veille, il sait choisir le bon moment, il ne faut pas avoir peur, s'abandonner, s'ouvrir, tout oublier pour apprendre.  

Diversité et unité.

Par Le 23/04/2010

"Il n'y a en réalité ni vérité, ni erreur, ni oui, ni non, ni autre distinction quelconque, tout étant un, jusqu'aux contraires. Il n'y a que des aspects divers, lesquels dépendent du point de vue. Moi et autrui sont deux positions différentes qui font juger et parler différemment ce qui est un."

Tchouang-Tseu.

 

Cette diversité, au lieu d'être vécue comme l'opportunité d'un enrichissement global, est perçue comme la nécessité d'une lutte entre les égos. Le mental, façonné par des éducations fondées sur la reconnaissance, ne cesse de lutter à travers des jugements pour défendre son "territoire", son image, ses certitudes. Les pensées deviennent des outils de guerre, les convictions sont des étendards. Tout n'est que lutte même dans le dialogue. Il faut absolument se faire entendre, avoir le dernier mot si possible et si ça n'est pas le cas tourner le dos dédaigneusement. L'autre n'est pas l'opportunité d'un échange mais la possibilité de mettre en avant son propre discours. On veut bien l'écouter pourvu qu'on puisse asséner ses propres vérités. Ecouter mais pas entendre. De l'autre il ne restera rien. C'est l'esprit de compétition instauré depuis l'école maternelle :il faut être le meilleur, avoir une image, un bon carnet de notes, répondre ce que l'adulte attend. A ces âges là, il ne s'agit pas de développer ses idées mais d'adhérer à celles de la masse tout en parvenant à être le plus fidèle possible à la connaissance diffusée, quelle soit insignifiante n'a aucune importance, ce qui compte c'est la reconnaissance.

Et puis avec l'âge, on apprend à se démarquer un peu sans réaliser qu'on continue à oeuvrer pour des idées générales auxquelles on reste soumis. La diversité reste une illusion mais le paravent de l'ego continue à s'épaissir. On rentre dans des clubs, des partis, des religions, des castes, des groupes de toutes sortes, on y trouve les échos identiques aux cris que l'on jette à tue-tête, c'est réconfortant, les "équipiers" deviennent des renforts, les autres restent des adversaires. Diversité de surface, embrigadement permanent.

On a subi les années de formation scolaire, personne n'a jamais parlé de conscience de soi, ni d'unité... Ce sont des données inconnues, ésotériques, tout juste bonnes à être placardées sur les portes des temples bouddhistes, moqueries, railleries, il n'est pas possible de sortir de la meute, c'est politiquement incorrect, comme un rejet global de tout ce qui nous a construit. Ou dé-construit. 

 

Et puis il y a les "autres"...

Bien souvent, ils ont été détruits à un moment de leur vie. Un drame, une cassure, un choc dont l'écho perdurera indéfiniment. Parfois, "ça" leur est tombé dessus, sans aucun signe précurseur, une incompréhensible révélation, une illumination totale, durable,inexplicable. L'unité. Une réalité intangible. Un autre regard, une perception inversée. L'individu n'a pas d'existence, il est une image matérialisée, un jeu du phénomène vital. Imaginons que la nature se soit développée sous une seule forme. Ce serait un cauchemar. Le drame vient du fait que les images sont magnifiées au détriment de la source. La Nature ne l'avait pas prévu semble-t-il... Les voies de l'humain sont impénétrables...

 

Qu'en est-il de la diversité dès lors ? Comment est-elle vécue ?

Pour ma part, j'ai quasi totalement tiré un trait sur les relations humaines. Je vis dans une solitude adorée. La femme que j'aime, mes enfants. ce sont les seules personnes que je vois tous les jours, que j'aime, avec lesquels j'échange. Je ne vois jamais les enseignants de mon école en dehors des jours de classe. Chose étrange, je m'entends bien avec certains d'entre eux mais je ne cherche pourtant pas à les retrouver. Je peux passer une semaine de classe sans aller discuter une seule fois avec eux pendant les récréations. Et parfois, j'aurai du plaisir à aller discuter. Mais je sais que ça n'est pas un besoin, une nécessité, juste l'opportunité d'un moment de détente. En dehors de ces gens là, il n'y a personne d'autre. Absolument personne.

 

Et pourtant j'ai un contact facile, on ne me fuit pas. Et surtout, le plus surprenant, c'est cette impression très forte parfois, dans certaines circonstances, d'être connecté avec l'autre, une osmose, un immense bonheur dans le partage... Un sentiment très puissant d'unité. Cette envie irrépressible de me livrer totalement, d'échanger sur des données fondamentales, de partager nos expériences, il m'est arrivé d'avoir envie de pleurer parfois, comme une marée montante, c'était si puissant ce bonheur...

C'est sans doute cette émotivité qui m'a amené à cet isolement. Bien plus que l'énervement occassionnel devant la superficialité de certains échanges. Je me suis protégé...

Et ce blog est devenu peu à peu une autre "ouverture". Tout comme le sont mes romans. Une tentative d'unité.  

Thalassa

Par Le 21/04/2010

Pour ceux qui auraient manqué cette émission sur les pieuvres.

Fascinant.

http://www.thalassa.france3.fr/

 

L'évolution d'une espèce.

Chaque conscience comme une étoile. (spiritualité/conscience)

Par Le 20/04/2010

"Notre esprit a une tendance naturelle à rejeter ce qui n'entre pas dans le cadre des croyances scientifiques ou philosophiques de notre époque."

Alexis Carrel.

Pas étonnant que cet homme ait écrit ça.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexis_Carrel

 

On ne peut pas dire que son parcours de vie soit irréprochable par contre...Pétain et l'eugénisme ternissent considérablement la vie d'un homme qui a eu la légion d'honneur... Bon, en même temps, on sait que n'importe qui peut l'avoir cette breloque. Imaginons pour rire (très fort) que l'équipe de France gagne la coupe du monde, même Ribéry pourrait en avoir une. ( Je précise que je n'aime pas le foot ^^).

 

Bon. Je m'égare.

 

Qu'en est-il aujourd'hui de cette tendance à rejeter ce qui n'entre pas dans le cadre de la science ou de la philosophie ?

Pour la philosophie, c'est vite vu, elle n'intéresse plus grand-monde... C'est assez mérité d'ailleurs. L'intellectualisme, ça fatigue et quand je vois que les cours, les enseignements, les thèmes sont les mêmes pour mes enfants ou mes anciens élèves que ceux que j'ai étudiés, ça montre bien l'immobilisme de la chose. En même temps, quand je les vois étudier en Français, Molière ou la Comtesse de Ségur, là, ça fait hurler. Et pas de rire. Le Clézio, prix Nobel, n'est toujours pas entré dans les manuels... Fichue éducation nationale.

Et la science ? J'ai l'impression là que les gens s'en détournent de plus en plus. La grippe H1N1 a été le fiasco le plus retentissant de la décennie... L'allopathie, les hôpitaux dans lesquels il vaut mieux ne pas rentrer, les bio technologies, Monsanto et autres monstres destructeurs... La science... Dans toutes ses errances et aberrations. La liste est longue.

 

Ils sont nombreux aujourd'hui à chercher d'autres voies. Elles ne sont pas toutes respectables d'ailleurs. Les exagérations restent l'apanage de l'humanité.

J'ai entendu sur une radio un cardinal dire que les gens attendaient le retour du Christ et qu'en guettant ce jour les églises restaient le lieu sacré dans lequel les âmes pouvaient préparer l'accès au paradis... Mon Dieu, pourrait-on dire... Quelle horreur.

 

Alors où peut-on aller ?

Krishnamurti disait qu'il n'y a pas de sentier tout tracé, aucune voie commune et que le chemin était individuel. Pas de gourou, aucune religion, aucune secte, aucun embrigadement ne peut remplacer le travail sur soi.

J'appelle ça la philosophie spirituelle. Elle englobe la philosophie occidentale et orientale mais surtout elle créé une ouverture d'esprit, une démarche que Thoreau ou Emerson nommaient le transcendantalisme.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Transcendantalisme_(%C3%89tats-Unis)

 

"La publication en 1836 de l'essai d'Emerson, Nature, est habituellement considérée comme un tournant à partir duquel le mouvement transcendantaliste devient un mouvement culturel majeur, à la hauteur de l'ambition de l'écrivain : « C'est sur nos propres pieds que nous marcherons, c'est avec nos propres mains que nous travaillerons, ce sont nos propres idées que nous exprimerons… Une nation d'hommes existera pour la première fois, parce que chacun se croit inspiré par l'âme divine, qui inspire aussi tous les hommes ». L'essai se termine par un appel à une révolution de la conscience humaine à partir de la nouvelle philosophie idéaliste."

 

Voilà un exemple. Mais c'est une voie commune et pas encore une voie individuelle. C'est un chemin déjà parcouru par certains hommes remarquables. Ca n'est pas le mien, ça n'est pas le vôtre. Il n'y a pas de guide, pas de pages à tourner, pas de prières à réciter, aucun manuel, aucune leçon à apprendre, aucun précepte à adopter, aucun conditionnement à accepter.

 

Révolution de la conscience... De ma conscience, de la vôtre. En fonction de mon propre parcours, de mes idéaux, de mes convictions, de mes inspirations, de mon instinct, de ma lucidité, de ma vigilance. Tout dépend de moi. Rien ne viendra de l'extérieur. Rien ne me sera donné. Je pourrais manquer une opportunité qui se présente. Il suffirait justement que je manque de lucidité. Aucun gourou, aucun livre, aucune religion ne pourra me dire que tout est là parce que ça ne serait pas moi mais un autre qui influencerait ce que je dois parvenir à être.

 

Lorsque cette révolution de ma conscience sera établie, il est possible que je puisse vivre parmi les autres sans en subir les influences. Je serai là et non pas en devenir. Tout le problème de notre existence vient du fait que nous sommes justement conditionnés tout au long ce notre enfance, de notre adolescence et que ça peut très bien continuer toute la vie. Nous commençons irrémédiablement notre chemin par une voie commune.

La révolution de la conscience consiste à sauter le fossé et à tracer la route à travers des étendues vierges. Celles qui nous concernent. Ce choix impose l'idée d'une certaine marginalité. Chez certains individus, elle se nourrit de violence. Ça n'est toujours pas une voie de liberté puisque l'autre reste la source du conflit qui me ronge. La marginalité positive prend sa source dans la plénitude, l'apaisement, l"acceptation.

Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va.

"Quand tu les acceptes, les choses sont ce qu'elles sont. Quand tu ne les acceptes pas, les choses sont ce qu'elles sont."

Comprendre que la réaction à l'évènement n'est pas la réalité de l'évènement mais ce que mon mental en fait.

Révolution de la conscience. De ma conscience. De la vôtre.

 

"Soit nous gagnons en tant qu'équipe, soit nous mourrons en tant qu'individu."

Al Pacino dans le film "L'enfer du dimanche."

C'est vrai aussi pour l'humanité. 

Mais l'humanité "réelle" n'est pas une conscience commune. Elle est un ensemble d'individus qui agissent en toute conscience. Et c'est cette lucidité qui les unit. Dans l'idée d'une conscience commune, je vois poindre au contraire l'eugénisme. C'est tout le cauchemar généré par l'idée d'un "Ordre Mondial".

 

Dans la notion de "Tout" délivrée par les philosophies orientales, il n'est pas question d'une conscience commune, ni encore moins d'une pensée commune mais de la perception ultime, totale, constante d'une appartenance au phénomène vital, moléculairement parlant. Quelque soit la forme prise par la matérialisation de ce phénomène vital. Cette perception est à la source d'un respect absolu. Il ne sera possible que lorsque les individus atteindront cet état de conscience interne. Alors l'unité sortira de son carcan.

 

Pour atteindre l'unité, il faut que la révolution de chaque conscience se fasse, que les individualités se libèrent, que les egos ne soient plus les fragments amalgamés d'un cloaque mais les étoiles individualisées du cosmos.

 

Le cosmos est un chaos magistralement bien ordonné dans lequel chaque étoile brille de sa propre lumière dans une noirceur qui les unit.

L'humanité devrait prendre l'Univers comme exemple.

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