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Par Le 21/02/2010

Une "autre" information.

 

http://www.mecanopolis.org/

 

Pas une information "épurée" celle-là...

 

Un exemple.

La voie pour sortir de la crise financière et économique est celle de l’État national renforcé

Article placé le 17 fév 2010, par Mecanopolis

A peine un an après avoir sauvé les banques en y consacrant de chaque côté de l’Atlantique des sommes colossales (25 % du PIB, selon la Banque centrale européenne), voici les États endettés attaqués par ces mêmes établissements financiers. Comment sortir de cette impasse ? Depuis Dietlikon (Suisse), Reinhard Koradi nous livre son analyse.

banque

Il se peut que les citoyens doivent être préparés doucement au fait que suite à l’aide rigoureuse de quelques milliards de dollars à des entreprises privées, les caisses de l’Etat sont vides. Après la dilapidation généreuse des biens populaires et d’immenses dettes accumulées, l’argent manque maintenant pour éviter ou atténuer la catastrophe sociale.

Il est extrêmement inquiétant que ces razzias sur l’argent des contribuables des Etats souverains aient été initiées pour la plupart par des organisations transnationales (G7 et G20) et aient servi primairement et uniquement de dopage du libre-échange des capitaux, mais pas de l’économie nationale réelle des pays respectifs. Et comme si ce n’était pas encore assez d’impertinences, les responsables mondiaux – les incendiaires et les profiteurs – de la crise financière devraient encore développer une solution globale pour un nouvel ordre économique et financier qui devrait nous sortir de la crise. Un système vraiment bien élaboré dans lequel les malfaiteurs sont en même temps les sauveurs pour tirer leurs marrons du feu. Dans ce contexte se situe aussi le gouvernement économique annoncé que veulent installer Mme Merkel et M. Sarkozy d’ici 2020 dans l’UE.

Au lieu de soutenir l’économie locale et de venir à bout de la crise en remettant la souveraineté économique dans les mains de l’Etat national, on propage de nouveau la voie globale erronée. Ceci bien que le passé ait montré très clairement que les problèmes ne peuvent être résolus à l’échelle globale, tout au plus être différés dans le temps. Par contre on élabore des mécanismes de contrainte et des systèmes de contrôle pour assurer le libre flux des capitaux en faveur des riches. Plus vite les hommes comprendront qu’en fait la «crise globale» n’existe pas, mais que toute crise est issue d’un développement erroné dont l’origine peut être clairement définie, plus vite des voies effectives pour sortir de la crise pourront être développées.

Etablir des frontières

Pour arriver à contrôler des incendies gigantesques, on creuse des tranchées afin d’empêcher le feu de se propager. L’économie globale présente un risque énorme de concentration qui, en raison d’un échec dû au manque de frontières ou au manque de différenciation, entraîne les économies nationales dans l’abîme. L’effet domino menaçant peut être endigué à l’aide de «distances de sécurité». De telles digues de sécurité comprennent, à part le droit à l’autodétermination sur toutes les affaires de politique de l’Etat, de l’économie, de la fiscalité et de société, aussi une protection adéquate des frontières (souveraineté territoriale).

Celui qui soupçonne tout de suite derrière cette exigence un nationalisme caché, du protectionnisme ou bien une isolation du monde extérieur, se ferme à la réalité des crises actuelles et nie le droit à l’autoprotection.

Chaque cycle représente un système fermé, circonscrit qui, si l’on ne respecte pas les conditions naturelles, peut être percé, détourné ou même rattaché contre nature à un autre système. Sauf si l’on veut provoquer le collapsus intentionnellement. Ce sont avant tout les constitutions différentes des Etats qui sont engagés dans des traités et des alliances qui créent un déséquilibre dangereux avec menace d’effondrement déjà au moindre tremblement. Dans l’intérêt de la stabilité et de la sécurité, chaque convention, chaque traité, chaque adhésion à une organisation transnationale devrait être réglé de telle manière que tous les partenaires ou membres se trouvent à égalité et que ni les règles démocra­tiques ni l’objectif de l’Etat – le maintien du bien commun – ne soient enfreints.

Dans tous les traités et autres créations transnationales, la première exigence devrait être : La souveraineté de l’Etat est indivisible et inaliénable.

La plupart des traités interétatiques sont cependant soumis à l’idéologie néoconserva­trice et nient par conséquent le droit à l’existence d’Etats indépendants. Ils encouragent plutôt le centralisme supranational et enfreignent par conséquent l’intangibilité de la souveraineté de l’Etat de façon considérable; et cela au profit des puissants et au détriment des ­peuples. On ne peut pas contester que la plupart des traités et des organisations transnationales en­freignent le principe de la souveraineté indivisible de l’Etat national. Concernant l’économie nationale sont cités comme exemples l’introduction de la monnaie commune (Euro), les accords de l’OMC (ouverture des frontières, clause de la nation la plus favorisée, suppression du contrôle de la circulation des capitaux et des devises aux frontières) et les conditions du FMI pour les pays débiteurs: Privatisation des entreprises publiques, diminution de subventions (pour les systèmes d’éducation, de santé et pour l’agriculture), les diminutions de salaires dans les services publics, remise en cause des acquis sociaux, augmentation d’impôts, et bien plus encore.

On n’a pas besoin de beaucoup d’imagination pour comprendre que de tels paternalismes affaiblissent l’Etat et coupent l’herbe sous les pieds du peuple. Et suite au Rapport sur l’agriculture mondiale il faudrait encore soumettre les relations entre Etats, les construc­tions transnationales et les alliances à une nouvelle estimation non prévenue. Un revirement rigoureux s’impose. La commercialisation globale de tous les domaines de la vie doit être relayée par le service au bien commun à l’échelle nationale. Cela comprend l’endiguement sévère de l’influence d’Etats tiers, de comités et d’organisations hors Etat sur les destins des Etats nationaux souverains.

Redéfinir la valeur du travail

L’impudence avec laquelle des acteurs privés (FED Federal Reserve System = ­Banque d’émissions américaine) et des organisations internationales (Banque mondiale, OMC, OCDE, FMI) se mêlent des affaires intérieures des Etats, est omniprésente avant tout dans la politique économique, et extrêmement douloureuse pour les pays concernés, et respectivement pour leurs populations (actuellement: la Grèce, la Lettonie et l’Islande). Bien que ces institutions aient imposé leurs «actions de sauvetage» déjà depuis des décennies aux Etats en détresse – en règle générale avec pas mal de pression – on n’a jamais entrevu une lueur à l’horizon promettant de meilleures conditions de vie pour la population de façon crédible et durable.

Les causes de tous ces actes manqués se trouvent dans les objectifs malhonnêtes et dans la différenciation manquante. Chaque économie nationale se trouve en face des propres problèmes spécifiques à son pays, et les «assistances» servent tout d’abord d’enrichissement aux riches et non pas d’avancement du bien commun dans les pays concernés. Cela, parce que les programmes exigent toujours la destruction d’emplois et de biens populaires, ce qui amène l’économie interne dans ou au bord de la ruine. Ce qu’il nous faut à l’avenir, ce sont des mesures adaptées aux conditions locales qui renforcent en premier lieu l’économie interne. Pour cela, les Etats doivent reprendre leur marge de manœuvre pour venir à bout des crises.

Il faut absolument placer au premier plan la création d’emplois. Le plein emploi est de première priorité, car il contribue essentiellement à la paix sociale à l’intérieur d’un pays. Chaque personne capable de travailler doit pouvoir exercer une activité régulière dans le pays où elle vit. On s’est habitué, également dans les pays industrialisés, à des taux de chômage avoisinant deux chiffres. Avec pour arguments de vouloir renforcer la capacité de concurrence des entreprises ou bien de redresser des entreprises échouées, on congédie les travailleurs et on les pousse au bord du gouffre de la pauvreté. Tant que le travail humain reste uniquement un facteur de coûts, sacrifié à la capacité mondiale de concurrence ou à un programme de redressement, soumis à la politique financière, l’économie ne remplit pas son vrai devoir – de porter la responsabilité d’assurer l’existence au sein de la société. La question s’impose: Aux intérêts de qui sert la capacité de concurrence mondiale?

Au lieu d’encourager la compétitivité, il faudrait aujourd’hui utiliser tous ces moyens pour surmonter le chômage. Pour cette raison, l’idée de découvrir l’homme apte au travail comme une ressource très précieuse de l’économie nationale, et de le traiter et l’engager avec beaucoup de soin – suivant la loi de la durabilité – est adaptée au problème et au goût du jour. Il faut simplement une définition plus précise et plus juste du travail humain. La force de travail humaine ne doit pas être réduite à la notion de «facteur de coûts» et il ne faut pas non plus taire le fait que c’est le travail qui crée la plus-value.

Le temps est mûr pour réfléchir à la valeur du travail. Le travail appartient, à part le sol, le capital et le savoir, aux facteurs de production sur lesquels toute économie nationale est construite. Ces quatre facteurs contribuent au rendement total de l’économie nationale – le produit intérieur brut. Si ces ressources (facteurs de production) ne sont pas utilisées de façon optimale est équilibrée, le potentiel de rendement de l’économie nationale n’est pas exploité à fond. Le pays perd son efficacité économique avec les conséquences négatives correspondantes pour toute la population. Aucun pays et aucune économie nationale ne peut se permettre de laisser inutilisé le potentiel de la création de la plus-value qui se trouve dans le capital humain. C’est pourquoi vaincre le chômage dans le cadre d’une politique économique qui veut surmonter la crise, est de première priorité.

Pour cela, les Etats ont besoin d’instruments économiques appropriés. Il n’y a pas longtemps, on enseignait encore dans l’économie nationale le «pentagone magique». Le pentagone magique exige l’équilibre des dates-clés décisives de l’économie nationale. Angle 1: Plein-emploi, angle 2: Stabilité des prix (maintien du pouvoir d’achat de la population), angle 3: Croissance économique adaptée, angle 4: Répartition juste des revenus et des biens, et angle 5: Commerce extérieur équilibré (Equilibre entre importations et exportations).

Cet état idéal, bien que difficilement réalisable, donne le cadre d’orientation pour une politique économique équilibrée. Cette exigence primordiale a disparu des manuels de l’économie sous l’influence des théories de la mondialisation et de la libéralisation. Le pentagone magique, précepte pour essentiel d’une politique économique nationale, est inutilisable dans un contexte de mondialisation. Ce qui parle en faveur de l’économie nationale et contre la pratique économique globalement orientée.

La souveraineté économique en appelle à la renaissance de l’Etat national

A tous ceux qui deviennent nerveux à l’égard de cette affirmation, il faut rappeler que la liberté de pensée ne doit pas être bloquée par des idéologies. Un Etat national fort et capable d’agir ne doit pas être calomnié comme tel avec des notions comme nationalisme ou isolement. Il s’agit tout simplement du droit et du devoir de l’Etat – respectivement du peuple souverain – de régler les relations de politique interne et les relations avec l’étranger sous leur propre responsabilité. Cela n’exclut pas l’aide mutuelle entre Etats non plus.

La souveraineté économique inclut le droit à l’autodétermination des citoyennes et citoyens d’un Etat souverain à la construction de leur économie nationale. Dans un processus de décision démocratique, les objectifs, les stratégies et la réalisation de la politique économique sont fixés.

La souveraineté économique signifie aussi que les Etats disposent des instruments adéquats de l’économie nationale. A part la propre monnaie avec une banque d’émission indépendante, il faut des mécanismes de contrôle et de régulation dans le domaine de la politique monétaire et financière, de la politique de l’emploi, de la circulation des capitaux et des devises, du commerce extérieur (droits de douane, contingents) ainsi que les compétences et la liberté de conclure des traités interétatique avec d’autres Etats – sous réserve mutuelle de préservation des intérêts de politique économique.

Naturellement, aucun pays ne s’isolera sous l’aspect de la souveraineté économique. Déjà rien que le fait que les ressources sont distribuées de façon inégale sur notre planète conduira à des modèles d’économie ouverte. Et les conditions de production différentes (matières premières, le savoir, les capacités de production etc.) conduisent aussi à des activités de commerce extérieur – mais de façon autonome et pas imposée de l’extérieur. Ce sera une ouverture adaptée aux besoins de la propre population et à l’avancement du bien commun, et non pas sous le diktat d’organisations supranationales ou de conglomérats d’intérêts.

Les voies pour sortir de la crise commencent à l’échelle locale et exigent le droit à l’autodétermination sur les mesures à prendre. Les pays doivent recouvrer leur souveraineté économique. Les nations intégrées dans une union monétaire ou trop dépendantes du dollar, ne pourront presque pas faire autrement que de faire revivre leurs propres monnaies locales. Des programmes pour procurer du travail et soulager la misère sociale ont pour condition préalable la capacité d’un pays de développer et de réaliser des mesures de politique économique sous sa propre responsabilité. C’est en abandonnant la tutelle des nations et en mettant à disposition les moyens encore disponibles pour des projets d’auto-assistance, et en libérant ces pays en détresse du poids de leurs dettes, que les institutions transnationales pourront le mieux contribuer à maîtriser la crise.

Reinhard Koradi, pour Horizons et Débats

Décroissance contre "vouloir d'achat".

Par Le 21/02/2010

La décroissance se présente en deux volets :

  1. Comme slogan remettant en cause le consensus pour la croissance (économique entre autres). Il s'agit alors d'un « mot-obus » pour défier, entre autres, l'économisme, c'est-à-dire la croyance que toute économie doit augmenter la valeur de ses échanges et productions pour éviter la crise ou le désastre. Le but est aujourd'hui de lancer un débat de société.
  2. Comme processus concret en direction d'une société soutenable (juste et écologique…).

C'est ce deuxième volet qui est développé ici.

La décroissance est une démarche individuelle et collective fondée sur une réduction :

  • de la consommation directe et indirecte de matières, énergies et espaces (décroissance physique),
  • de la capacité d'acquisition de matières, énergies et espaces (décroissance économique). Il est trop risqué qu'une capacité d'acquisition se transforme en une consommation effective, sous la forme d'un « effet rebond ».

Principes

Cette décroissance doit être:

  • soutenable (supportable). La croissance dans un monde fini nous amène à une décroissance subie composée de crises, voire d'effondrements. L'idée de la décroissance soutenable est de nous épargner cette décroissance « insoutenable », cette « croissance ratée ».
  • équilibrée (en proportions harmonieuses). Pour éviter les crises et pour que personne ne soit exclu, trois processus doivent se combiner simultanément : réduction de la consommation (du « vouloir d'achat »), réduction de la production et partage (du travail notamment).
  • démocratique (pouvoir à tous les humains). La réorganisation à différents niveaux de la société et le partage requièrent davantage de « démocratie » : plus participative et directe.
  • conviviale (prenant en compte l'intérêt d'autrui autant que le sien), écologique (respect des écosystèmes), sociale (respect entre humains), positive, culturelle (…) La décroissance matérielle (physique) et économique doit laisser la place à de nombreuses autres croissances (qualitatives en grande partie) : des relations désintéressées, du temps pour soi et pour les autres, de l'équité, de la santé, de la chaleur humaine, de la nature, de la sécurité, de l'art, de la perception de ce qui nous environne, de la poésie, de l'empathie et ceci dans une grande variété...
  • équitable (du latin oequitas, égalité). Elle s'applique en premier lieu aux 20% favorisés de ce monde vivant principalement dans les pays industrialisés, mais concerne tout le monde lorsqu'il s'agit de « décoloniser l'imaginaire » lié aux modèles consuméristes et productivistes. Il s'agit d'une décroissance différenciée de façon à tendre vers une société plus juste dans les pays industrialisés et mondialement.
  • innovante (introduisant des nouveautés). Il s'agit d'une remise en cause de la situation actuelle (faite notamment d'autoroutes et des centrales nucléaires...), afin de créer un futur fondé sur une moindre consommation de ressources, dans lequel l'innovation a intégré la notion de limite, plutôt que de tenter de s'en soustraire. Certaines innovations feront l'objet de débats démocratiques et seront refusées si elles font fi de limites éthiques ou écologiques (OGM, Nucléaire, Nanotechnologies, etc.).
  • diversifiée. Le but de la décroissance est d'atteindre une société soutenable où chaque mode de vie est unique tout en étant potentiellement généralisable et partageable. L'urgence et la gravité des problèmes éco-sociaux impliquent des démarches à portée et échéance diverses. La diversité se comprend aussi en terme de croyance ou non-croyance idéologique ou spirituelle sans qu'aucune ne soit mise en avant.
  • ciblée et globale. Elle n'implique pas une décroissance à tous les niveaux pris séparément: les alternatives agricoles, énergétiques ou de transport soutenables (etc.) doivent croître, mais en créant une réduction plus importante des portions agricoles, énergétiques ou de transport non-soutenables de l'économie.
  • locale. Elle est fondée sur des économies de proximité ouvertes, mais se mesure à un niveau global. À ce titre une décroissance locale qui entraîne une croissance ailleurs ou dans le futur n'est pas une décroissance.
  • transitoire. Elle doit constituer une étape jusqu'à une société soutenable, juste, durable écologiquement, démocratique, participative, répondant aux besoins humains, localisée, d'une grande diversité culturelle, écologique et ethnique en chaque lieu, globale, ouverte, et dont l'économie est stationnaire. Cette société soutenable constitue une « utopie réalisable sans cesse renouvelée » dont les caractéristiques précises se réajustent au fur et à mesure.

J'ai un peu peur que cette crise financière, économique et sociale ne soit qu'une opportunité manquée...

"Simplicité volontaire"

http://fr.ekopedia.org/Simplicit%C3%A9_volontaire

La simplicité volontaire est une attitude qui existe depuis des millénaires, même si le terme est très récent. Il y a 2500 ans, Socrate vivait une existence très simple et il croyait que celui qui possédait peu était plus près des dieux et de l'univers. Les Philosophes Cyniques, ainsi qu'Épicure prônaient déjà la simplicité dans l'Antiquité. Les communautés monastiques furent les premières organisations de vie à choisir volontairement la frugalité et à pratiquer l'autosuffisance. Saint François d'Assise, "l'unique parfait chrétien depuis Jésus" selon Ernest Renan, est aussi considéré comme un modèle de simplicité volontaire. Plus récemment, on peut trouver la trace de cette posture en Europe dans les écrits de Léon Tolstoï et de John Ruskin (Unto This Last), et en Amérique du Nord dans les écrits de Henry David Thoreau (Walden). La vie de Gandhi est un exemple de simplicité.

Aujourd'hui, ce qui est devenu petit à petit un mouvement est représenté, entre autres, par les Compagnons de Saint François ou encore les Communautés de l’Arche de Lanza del Vasto, inspiré par Gandhi, lui-même inspiré par Thoreau et Ruskin. On le retrouve aussi au Québec, province du Canada, sous l'influence de penseurs comme Serge Mongeau et des éditions Écosociété. On peut enfin ajouter comme une des voix actuelles de cette pensée, Pierre Rabhi, agroécologiste et écrivain, et André Gorz, penseur qui prône l'autolimitation des besoins et des consommations.

Premiers emplois de l'expression

En 1936, l'on trouve pour la première fois l'expression "simplicité volontaire" (simple living) dans un article de Richard Gregg, un disciple de Gandhi, qui reprend les idées principales de celui-ci. Cet article passa inaperçu lors de sa première parution et n'eut d'impact que lors de sa réédition en 1974.

L'expression "simplicité volontaire" est connue depuis le livre du même nom publié en 1981 par Duane Elgin[1]. Ce courant se développe depuis les années 1980 dans plusieurs pays industrialisés.

Serge Mongeau, médecin quelques années, puis écrivain et éditeur est considéré comme le père de la simplicité volontaire au Québec par son volume La simplicité volontaire, publié en 1985.

Principes

L'idée est de chercher la simplification pour améliorer sa qualité de vie. Cette philosophie de vie est née de la constatation que la consommation n'apporte pas le bonheur, mais que seule la spiritualité apporte le bonheur véritable, que nul ne peut nous ôter. Dans la société de consommation, on consacre son temps à gagner toujours plus d'argent pour satisfaire des besoins matériels. Le principe de la simplicité volontaire est de moins consommer, donc d'avoir moins besoin d'argent et moins besoin de travailler. En vivant en dessous de ses moyens, on gagne alors du temps pour ce qui est important pour soi.

La simplicité volontaire n'est pas la pauvreté ni le sacrifice. C'est un choix de vie délibéré. Mais elle peut représenter une aide pour des personnes ayant des difficultés financières.

Arbre

La simplicité volontaire, dans le sens où elle limite la consommation de biens matériels, contribue à ralentir la destruction des ressources naturelles. De la même façon, le refus du gaspillage permet d'économiser l'eau, l'électricité et toutes les formes d'énergie.

La simplicité volontaire peut être critiquée sur le fait qu'il ne s'agit que d'actions individuelles (voire individualistes) qui ne sont pas en mesure de changer la société. Mais la simplicité volontaire n'a pas l'ambition de changer le monde, simplement de favoriser la réflexion pour changer sa façon de vivre. De plus, elle permet d'agir immédiatement sans devoir attendre que les gouvernements cessent de tergiverser. Les actions individuelles peuvent sembler comme une goutte d'eau dans l'océan, mais comme le disait si bien Mère Térèsa, si nous n'agissons pas, cette goutte d'eau ne se rendra pas jusqu'à l'océan. En réalité, c'est la somme de toutes les actions individuelles qui permettra de créer un monde meilleur et la simplicité volontaire représente un chemin privilégié pour arriver à cette fin.

L'un de ces spécialistes, Mark A. Burch, explique que la simplicité volontaire peut s'appliquer également à des domaines moins matériels comme les activités, les relations, les souvenirs. L'idée est de vivre mieux avec moins. Or, il n'y a pas que les objets qui nous encombrent! On peut même penser que c'est en ayant l'esprit désencombré que l'on est alors capable d'appliquer la simplicité volontaire sur les objets qui nous entourent, car nous savons alors ce qui a vraiment de l'importance pour nous.

À l'heure actuelle, la simplicité volontaire constitue un mouvement social assez marginal, mais la "vie simple" présente plusieurs avantages que l'on gagnerait à découvrir. Aussi, elle pourrait être associée à des bienfaits importants pour la santé et la recherche scientifique gagnerait certainement à s'y intéresser dans une perspective de santé publique.

Exemples de remise en cause de ses habitudes

La simplification commence par remettre en cause les habitudes prises parfois sous l'influence de la publicité et de la télévision. Mais a-t-on vraiment besoin de 20 détergents différents (un pour chaque type de surface)? A-t-on besoin de 10 crèmes de beauté différentes (une pour chaque partie du corps)? A-t-on besoin du dernier lecteur DVD sorti sur le marché? La simplicité volontaire est une démarche propre à chacun qui commence par la définition de ses vrais besoins et envies.

C'est aussi alléger sa vie de tout ce qui l'encombre et privilégier l'Être plutôt que l'Avoir. La simplicité volontaire valorise les relations humaines et la solidarité : l'entraide permet en effet de résoudre bien des problèmes. On peut citer l'exemple des systèmes d'échanges locaux (SEL) basés sur le troc.

Pratiquer le désencombrement. Par exemple, ne garder que les papiers vraiment importants et les livres que vous adorez. Vous avez alors besoin de moins de meubles de rangement, de moins d'espace, et donc de moins de produits d'entretien.

Le service public est utile quand on veut se simplifier la vie. Le recours aux transports collectifs, aux piscines ou bibliothèques publiques évite des achats (par exemple l'achat d'une voiture).

La simplicité volontaire implique souvent de chercher l'autosuffisance, c'est-à-dire faire soi-même au lieu d'acheter, par exemple en jardinant, cuisinant, cousant, de même qu'en construisant ou retapant sa maison.

L'idée est aussi de privilégier la valeur d'usage : avoir pour avoir n'a aucun intérêt. N'ayez que des choses que vous utilisez vraiment. Un livre que vous n'avez pas relu depuis dix ans, c'est un livre qui aurait plutôt sa place dans une bibliothèque. Un vêtement que vous n'avez pas porté depuis un an pourrait être déposé dans une association. Vous allez rapidement vous rendre compte qu'en fait vous n'avez pas besoin de grand-chose!

 

Amour et séduction.

Par Le 19/02/2010

L’amour ne peut être qu'illusoire s’il n'est pas établi en toute lucidité.

 

L’amour est un affect, un concept, une idée qui se charge d’émotions mais la cause de cette émotion si elle est teintée d’illusions peut conduire au malheur. Tout le problème est là. Ca n’est pas l’amour en lui-même qui est responsable- il serait ridicule d’accuser une idée ou l’émotion qui s’en dégage- mais le manque de lucidité de la personne.

 

Si je me laisse emporter par l’émotion et que je crée l’amour sur le coup de mon imagination, je ne fais qu’aimer l’illusion. Ce que j’aime, c’est le bonheur de cette émotion. J’attribue à l’autre une valeur qu’il n’a pas mais que je souhaite initier sans avoir conscience de mon erreur.

C’est le désir qui génère cette errance et ce désir est issu du manque qui me pèse. J’entre dans l’amour par la mauvaise porte, celle de mon incomplétude, de mon absence de vigilance.

Pour Platon « le désir est manque » et pour Spinoza « il est puissance. »

Par mon attitude, j’initie l’amour sous le coup de mon manque et je donne à mon illusion sa pleine puissance.

Immanquablement, le retour de flamme va carboniser tout ça et il ne restera que cendres.

 

Bien souvent on peut trouver la séduction à la source de cet égarement.

Dans la séduction, l’initiateur s’accorde un pouvoir sous la forme de charmes édulcorés. C’est lui-même qu’il cherche à aimer à travers son pouvoir. L’autre n’est que « l’objet » dont il a besoin pour mener ou renforcer à terme son identification.

 

Le narcissisme est encore plus dévastateur. Le Narcisse ne s’aime même pas car il ne se connaît pas, il ne reconnaît que son image et c’est elle qu’il aime. Il n’y a même pas d’individu dans le narcissisme mais juste une apparence. La chirurgie esthétique vit très bien grâce à eux. Leur quête est sans fin et elle se dégrade naturellement. Le filon absolu !

 

Le séducteur aime bien entendu son apparence mais il aime tout autant la puissance de son charme. Son charisme, sa verve, son humour, sa culture, son argent, sa position sociale, son histoire personnelle, tout en lui le ravit. On pourrait juger tout cela intéressant si ça n’était construit que sur des fondations mouvantes. Car le séducteur est capable également de s’adapter à l’autre pour parvenir à son auto satisfaction. Un paramètre peut très bien s’effacer au profit d’un autre. Ce qui importe n’est pas de se révéler au grand jour mais de dévoiler ce qui va servir à la conquête. C’est là que le séducteur prive l’amour de tout espoir de germe. Un jour ou l’autre la face cachée passe au soleil. Et là...Ca se complique…

 

Toute forme de séduction est forcément à double tranchant. Si les deux partenaires établissent le même fonctionnement, les dégâts collatéraux peuvent être redoutables car l’amour imaginaire est évidemment un obstacle à l’amour réel mais il crée aussi le terreau favorable à l’auto destruction. La répétition inconsciente de ce fonctionnement finit par entamer l’individu lui-même. Le désamour de soi n’est pas loin.

 

Le bonheur d’aimer existe mais il réclame que l’amour de soi ne « soit » pas fondé sur une auto séduction mais sur une connaissance pleine et entière de ce soi, un être lucide et épuré.

Lorsqu’on s’aime soi-même tel qu’on est, en toute connaissance de cause, ses traumatismes, ses errances, ses conditionnements, son histoire, ses manques, que les fonctionnements inconscients ont été mis à jour et éludés, lorsque la quête de l’amour n’est pas la recherche d’une complétude intérieure mais une simple recherche de partage, on peut aimer les autres sans leur faire courir le risque d’être « séduit. »

 

Il ne s’agit pas d’une image ou d’un individu multiple mais bien d’une entité stable, durable, sans fard ni enluminure. Lorsqu’on est séduit, le charme existe bien mais la joie s’accompagne d’une peur sourde, une inquiétude qu’on ne parvient pas à identifier parce qu’il y a en nous une intuition innomée. Il existera nécessairement, un jour ou l’autre, un évènement révélateur qui brisera le charme.

 

L’amour se doit d’être aimé et dès lors la rencontre ne doit pas être faussée. L’établissement d’une relation a une importance considérable et trop souvent la peur de l’échec pousse l’individu à occulter la part sombre…Alors que l’amour a justement la force de tout transformer.

Il ne s’agit pas nécessairement d’avoir déjà établi en soi une connaissance parfaite ni d’être un « sage » J mais d’oser assumer ce que l’on est. Il ne doit pas y avoir tromperie sur la marchandise.

 

L’idée de conquête ou de séduction est associée à une forme de pouvoir et on sait que c’est une soif qui conduit à boire n’importe quoi…

 

L’amour est une mise à nu avant même de se glisser sous la couette. C’est là l’essentiel. Et lorsque cet amour est réel, il est bien plus émouvant de sentir chez l’autre la confiance indispensable à cette mise à nu que d’être trompé par des costumes de paillettes. 

Longévité.

Par Le 17/02/2010

POURQUOI LES CHINOIS VIVENT VIEUX?


/ Encyclopédie / Société chinoise
Pourquoi vit-on si vieux dans certains endroits de la Chine ?


On compte trois foyers de longévité en Chine : Rugao, province du Jiangsu, Zhongxiang, province du Hubei, et le district de Bama, dans la région autonome zhuang du Guangxi. Ce sont des endroits ayant dépassé la projection démographique de l'ONU de 75 centenaires par million. Rugao abrite la plus grande concentration de centenaires en Chine, alors que le district de Bama s'enorgueillit du plus haut taux de longévité dans le monde. Dans le hameau de Bapan de ce district, il y a sept centenaires parmi les 510 villageois; c'est 200 fois la moyenne mondiale d'un foyer de longévité.

Comment ces gens peuvent-ils vivre si vieux? Quels avantages ont-ils? Ont-ils des secrets particuliers?

Un environnement naturel propice

Ces trois foyers de longévité ont une caractéristique commune : un environnement naturel favorable à la santé.

M. Wang Yungui, directeur de l'Institut de recherche sur la longévité de Zhongxiang, fait valoir que l'eau abonde à Zhongxiang et qu'elle est de bonne qualité. L'eau souterraine contient beaucoup d'oligoéléments comme le strontium, le molybdène et le potassium. Le pourcentage élevé de couverture forestière offre aux gens un bon habitat. Par ailleurs, les réserves de phosphorite se classent au deuxième rang du pays, et dans le cercle de rayonnement de l'exploitation minière de cette phosphorite se trouve justement le secteur densément peuplé en personnes âgées.

Dans le district de Bama du Guangxi, la longévité va de pair avec l'air pur. Une analyse scientifique a permis de découvrir que, dans plusieurs villages renommés pour la longévité de leurs habitants, la quantité d'ions négatifs d'oxygène dépasse 30 000 par cm3, alors qu'elle est communément de 1 000 à 2 000 dans beaucoup de villes.

Les experts ont découvert que, dans les secteurs montagneux de Bama, le sol contient des niveaux élevés de manganèse et de zinc, mais qu'il a une faible teneur en cuivre et en cadmium. Le manganèse contenu dans les cheveux des personnes âgées de Bama est dix fois supérieur à ce que ce l'on retrouve chez les personnes vivant à Guangzhou, Wuhan et Tokyo. Les recherches scientifiques ont montré qu'une structure de sol comportant un contenu élevé en manganèse et un faible contenu en cuivre est directement proportionnelle à un pourcentage élevé de personnes âgées dans la population, et indirectement proportionnelle à la fréquence de maladies cardiovasculaires.

Le district de Bama se trouve dans une région montagneuse où les résidants sont peu affectés par les rayons du soleil; ils souffrent donc rarement de vieillissement prématuré de la peau. Parallèlement, leur type d'habitation est bon pour la santé : façade au sud et structure à étage : pièces habitées à l'étage et entrepôt en bas.

Pour sa part, Rugao, située sur le cours inférieur du fleuve Yangtsé, c'est-à-dire en milieu assez développé, convient bien à divers types de cultures, avec un bon niveau de précipitations, des saisons clairement démarquées et des terres fertiles.

La tradition et la culture du respect envers les aînés

La tradition confucéenne de piété filiale est une autre raison pour laquelle il y a tant de personnes très âgées en certains endroits de la Chine.

Comme le fait remarquer M. Wang Yungui, la longévité qu'on observe à Zhongxiang remonte aux temps anciens, et elle est liée à la tradition du respect envers les gens âgés. Par exemple, une certaine Mme Wang, que tous qualifiaient de bienveillante, juste, polie, sage et fidèle, est décédée à 105 ans sans souffrir de maladie. Afin d'honorer sa mémoire, les villageois se sont cotisés pour construire un pont sur la rivière qui passe devant son logement, et ils l'ont appelé le « pont de la centenaire Wang ».

Le respect des enfants envers les aînés est un élément essentiel à la longévité. Parmi les 71 centenaires de Zhongxiang, 69 vivent avec leur fils ou leur fille et certains de leurs petits-enfants et arrière-petits-enfants de, faisant de la famille un clan de quatre ou cinq générations. Les aînés ont l'esprit ouvert et magnanime et sont bienveillants envers les membres de leur famille; leur attitude forme une atmosphère d'harmonie et de bonheur.

Dans le district de Bama du Guangxi, on admire quelqu'un qui a un centenaire dans sa famille, car une personne âgée peut apporter la chance et le bonheur à ses descendants. À l'heure des repas, la place d'honneur est réservée à la personne âgée; en marchant sur la route, si une personne âgée vient à la rencontre, les jeunes doivent se tenir sur le côté de la route et attendre que celle-ci soit passée.

À Rugao, le respect des aînés fait toujours partie de la morale sociale. Le centenaire Chou Ruxing vit avec sa fille, son beau-fils, sa petite-fille, le mari de celle-ci et son arrière-petit-fils. Chaque jour, les quatre générations se réunissent pour prendre le dîner. Voir cette grande famille réunie autour de la table et apprécier une vie de famille heureuse est source de longévité.

Sobriété et attitude positive

Un sondage montre qu'environ 77 % des centenaires de Rugao sont non-fumeurs; 67 % de ceux qui prennent de l'alcool ne boivent que du vin de riz local; 90 % dorment bien et 65 % d'entre eux font du sport ou des exercices physiques chaque jour.

Pour leur part, les centenaires de Bama font du travail manuel et grimpent dans la montagne chaque jour, ce qu'ils ont d'ailleurs fait toute leur vie. Le même sondage révèle que 80 % des centenaires s'adonnent toujours à des tâches domestiques, et 40 % travaillent même aux champs. La plupart peuvent même prendre bien soin d'eux-mêmes.

La plupart des centenaires sont illettrés, mais ils ont été influencés par le confucianisme, le bouddhisme et le taoïsme; ils sont honnêtes et tolérants et croient à la piété filiale et au destin. Ils travaillent dans un environnement naturel et ils le font dès le lever du jour; ils apprécient leur vie paisible. L'homme et la nature vivent en harmonie parfaite. Des autopsies pratiquées sur des centenaires de Bama ont indiqué qu'au moment de leur décès, aucun ne souffrait d'hypertension, de diabète, de maladies cardiovasculaires ou de cancer.

Les gens de Bama aiment chanter des chansons folkloriques. Ayant étudié le phénomène de la longévité à Bama depuis des années, M. Chen Jinchao, directeur du Centre de recherche sur la longévité de Bama, fait remarquer qu'interpréter des chansons folkloriques est une activité de communication sociale toute particulière;elle rend l'esprit léger et empêche les gens âgés de sombrer dans la tristesse. Ces activités, ajoutées à l'hérédité, l'environnement et le régime alimentaire, constituent les causes principales de la longévité à Bama.

Sur l'aspect de la sexualité et du mariage, à Bunuyao de Bama, les gens ont l'habitude de se marier et d'avoir des enfants assez tard dans leur vie. Les relations prémaritales et extraconjugales sont interdites. Les jeunes y ont la liberté de choisir librement leur conjoint. Le couple marié ne dort pas ensemble tant qu'il ne désire pas avoir un enfant.

Régime alimentaire et produits santé

Quand des invités arrivent, les gens de Bama montrent leur hospitalité en leur offrant un genre de « soupe de longévité »; elle est préparée avec de l'huile des graines du chanvre qui pousse dans les régions montagneuses. Cette huile a une teneur élevée en graisse insaturée, et la seule huile au monde à pouvoir se dissoudre dans l'eau.

M. Chen Jinchao explique : « Cette huile peut faire baisser la tension artérielle et le cholestérol et retarder le vieillissement. »

Tout comme les habitants de Bama, les personnes de Rugao ont leur propre régime alimentaire favorisant la longévité : un porridge au petit déjeuner et au dîner et du riz au déjeuner. Le porridge est principalement fait de riz, de farine de maïs et d'orge, des céréales qui sont bonnes pour la rate et l'estomac, selon la médecine chinoise. Rugao abonde en radis, navets et produits de la même famille, qui aident à avoir une diète équilibrée. Les légumineuses qu'on y cultive offrent suffisamment de protéine pour les personnes âgées. De plus, le vin jaune de Rugao est une boisson incontournable pour la plupart de ses centenaires, car il contient des protéines, des enzymes, des oligoéléments et des bacilles Bifidus.

Créons-nous notre propre réalité?

Par Le 16/02/2010

Créons-nous notre propre réalité? Tout le monde admet qu'il y a du vrai là-dedans. Le tout est de savoir jusqu'à quel point vous acceptez cette idée. Jusqu'au point d'hésiter à aller faire vos courses ou de croire que la feuille qui vous est tombée sur la tête était le résultat de votre création? Les implications de ce principe sont énormes. Pas seulement pour nous et pour la vie que nous menons, mais aussi pour des choses bien plus vastes, comme les villes, les États, les pays et la planète. Mais, tout d'abord, qu'en est-il en ce qui vous concerne?

Qu'y a-t-il pour déjeuner? Que me réserve la vie?

Vous reconnaîtrez sans doute que vous créez quotidiennement votre vie, et ce, d'innombrables façons. Lorsque le réveille-matin se met à sonner, vous décidez si vous allez vous lever ou non. Vous choisissez ensuite les vêtements vous allez porter, ce que vous allez manger au petit-déjeuner, ou vous décidez peut-être même de ne rien manger. Puis, chaque fois que vous croisez quelqu'un durant la journée, que ce soit à la maison, au travail ou sur l'autoroute, vous décidez comment vous allez vous comporter envers cette personne. Vos intentions pour la journée - ou votre décision de ne pas avoir d'intentions précises, mais de vous laisser simplement flotter au gré de vos envies et des événements - influent sur ce que vous faites et sur ce qui vous arrive.

D'un point de vue plus large, la trajectoire de toute votre existence est déterminée par vos choix. Voulez-vous aller à l’université, vous marier, avoir des enfants? Vers quoi orienterez-vous vos études? Quelle carrière choisirez-vous? Quelle offre d'emploi accepterez-vous? Les circonstances de votre existence ne sont pas le fruit du "hasard"; elles sont basées sur les choix que vous faites - ou ne faites pas - chaque jour.

Mais la question demeure: dans quelle mesure tout cela contribue-t-il à façonner votre existence? La rencontre fortuite avec la femme de vos rêves est-elle due à vos choix? Avez-vous vraiment choisi d'avoir un patron tyrannique? Est-ce grâce à vous-même si vous avez gagné à la loterie? Et, au fait, vous façonnez la vie de qui au juste? La question peut sembler idiote, mais il est intéressant de se demander qui est exactement ce " je " lorsque vous dites: "Je crée ma propre réalité." La réponse à cette fascinante question jettera un peu de lumière sur tout ce sujet de la création.

Qui suis-je?

Revenons aux grandes questions. Le sage indien Ramana Maharshi a construit tout son enseignement autour de celle-là. Selon lui, un examen minutieux de cette question peut mener directement à l'illumination. Mais laissons de côté l'illumination pour l'instant et limitons-nous à l'acte de création.
Selon Fred Alan Wolf, "ce qu'il faut tout d'abord réaliser, c'est que l'idée que nous créons notre propre réalité est probablement erronée si nous entendons par ce "nous" cette personne égotiste qui, en nous, pensons-nous, mène le bal. Ce n'est sans doute pas cet aspect de nous qui crée la réalité ". Mais cela soulève une autre question: " Alors, qui l'a créé? "

Assurément, lorsque vous commandez votre première tasse de café, le matin, il est assez évident que c'est votre personnalité égotiste qui a décidé de prendre ce double cappucino, et non votre moi transcendant et immortel. Et quand un arbre atterrit sur votre rutilante voiture neuve, votre personnalité n’y est absolument pour rien.

La plupart des gens rejettent l'idée qu'ils sont responsables de la création de leur réalité lorsque survient dans leur vie quelque chose qu'ils n'auraient jamais voulu voir se produire. "Jamais je ne créerais une pareille chose!" C'est vrai; jamais leur personnalité ne le ferait. Mais, ainsi que l'affirment toutes les traditions spirituelles, notre être comporte plusieurs dimensions. Cette schizophrénie divine porte de nombreuses étiquettes: l'ego versus le véritable moi, la personnalité versus la divinité intérieure, le fils de l'homme versus le fils de Dieu, le corps mortel versus l'âme immortelle; mais, essentiellement, elle implique qu'il existe différents niveaux d'être à partir desquels vous pouvez créer. Le but de l'illumination est de dissiper cette fragmentation du moi et de créer à partir d'une unique source. Il s'agit donc d'élargir notre conscience jusqu'à ce que nous soyons pleinement conscients de toutes nos créations.

Accepter la responsabilité de ce que nous créons constitue un outil extraordinaire pour faciliter cette expansion de la conscience, car, si cette responsabilité existe, c'est une partie de nous-mêmes que nous rejetons ou nions chaque fois que nous refusons d'admettre le rôle que nous jouons dans la création de la réalité. Alors, la fragmentation continue. En fait, selon les sages illuminés, la partie spirituelle de notre être crée ces réalités dans le seul but de devenir complète. Pour évoluer, nous devons faire l'expérience de certaines choses qui ne sont pas nécessairement le premier choix de notre ego/personnalité. C'est ce qui s'appelle le karma: nous avons créé, dans un passé récent ou lointain, toutes les conditions auxquelles nous faisons face dans cette vie-ci. Mais de quelle façon les karmas de toutes les personnes vivant dans le monde sont-ils en interaction? Comment tout cela s'harmonise-t-il? Comment sont orchestrées toutes ces "coïncidences" heureuses (ou malheureuses) qui sont des signes avant-coureurs d'un nouveau monde? Qui fait fonctionner l'ordinateur qui gère tout cela pour plus de six milliards d'humains?

Comment cela fonctionne-t-il ?

C'est l'univers lui-même qui est l'ordinateur. Voilà la non-dualité. Tout est interconnecté et enchevêtré de telle sorte que tout est raccroché à tout et est créé à partir de tout ce qui est. L’univers ne réagit pas à nous; il est nous. Selon le modèle dualiste du karma, si je frappe quelqu'un, quelqu'un d'autre me frappera en retour. Cette manière de concevoir le phénomène est entièrement fondée sur le modèle newtonien de cause et d'effet. Mais si l'on aborde la chose à partir du modèle non dualiste de l’enchevêtrement de tout, on aura une vision fort différente du karma. On comprendra alors que l'idée d'une action ou d'une pensée (qui sont la même "chose") surgit dans une partie de ma conscience et qu'une certaine fréquence ou vibration y est associée. En accomplissant l'action, j'adhère à cette réalité, de sorte que je suis désormais relié à l'univers par cette fréquence ou cette vibration. Tout ce qui vibre à cette même fréquence dans l'univers y répondra et se reflétera ensuite dans ma réalité. [ C'est le principe sur lequel sont fondées la transmission et la réception d'ondes radio, rendues possibles lorsque le transmetteur et le récepteur syntonisent la même fréquence. ]

Il s'ensuit que tout ce qui se trouve dans notre vie - les gens, les lieux, les époques et les événements - n'est rien d'autre que le reflet de notre signature vibratoire. Selon Ramtha, "tout ce qui existe dans votre vie est en résonance spécifique avec qui vous êtes". Par conséquent, si vous voulez connaître la réponse à la question "Qui suis-je?", il vous suffit de regarder autour de vous. L’univers vous la fournit constamment.

L’ennui, c'est que les parties cachées et refoulées de notre être sont également reflétées, et nous les refoulons parce que nous ne les aimons pas. Ce sont ces reflets qui nous font dire: "Jamais je ne créerais une telle chose." Et c'est ce qui nous est reflété encore et encore jusqu'à ce que nous le comprenions. C'est la roue du karma, le grand manège de la vie. Ou encore, ainsi qu'un professeur de philosophie l'a déjà affirmé: "La vie est un sandwich à la merde et chaque jour nous en prenons une bouchée." Voilà le langage des vraies victimes.

La victimisation : un remède à la réalité présente

Se percevoir comme une victime, c'est peut-être la pire forme de refus de l'idée que nous créons notre propre réalité. Et cela arrive constamment. Ainsi, la victime dira: "Cette situation-là m'est tombée dessus. C'est injuste et injustifié." Comme corollaires, elle ajoutera : "Pauvre de moi. L’univers est injuste. Le karma s'applique de façon arbitraire et aléatoire."

L’avantage de cette attitude, c'est que l'on obtient la sympathie des autres et que l'on peut ainsi se sentir mieux parce que l'on ne se croit pas responsable de la situation. On peut donc jeter l'expérience aux oubliettes sans voir le rôle qu'on y a joué.

Le désavantage, c'est que l'on souscrit alors à l'idée que nous ne créons pas notre réalité (nous renonçons donc à ce pouvoir), et la leçon nous sera répétée à maintes et maintes reprises. Cela entraîne aussi une fragmentation de la réalité, puisque nous éliminons alors de la création le créateur.
Pour constater à quel point le sentiment de victimisation est répandu, on n'a qu'à en observer le reflet dans l'ensemble de la société. Les nouvelles télévisées s'intéressent grandement aux victimes. Aux États-Unis, la mentalité de victime a atteint des proportions épiques. S'il arrive quoi que ce soit de fâcheux à quelqu'un, sa première réaction est de chercher un coupable à qui intenter un procès. Comme le dit Don Juan à Carlos Castaneda dans Le Voyage à Ixtlan : "Tu t'es plaint durant toute ta vie parce que tu n'assumes pas la responsabilité de tes décisions. En ce qui me concerne, je n'ai aucun doute ni remords là-dessus. Tout ce que je fais est le fruit de ma décision et j'en assume la pleine responsabilité."

Le grand revirement

Tout comme le sentiment de victimisation constitue la pire forme de rejet de la prémisse de ce chapitre, le fait de dire "J'accepte ma responsabilité" en exprime la plus inconditionnelle acceptation. C'est là un revirement majeur dans la manière d'aborder le monde et les expériences que l'on y vit. Chaque situation peut susciter en nous une foule de questions: "Où suis-je dans cette situation? Quel aspect du moi est en cause? Qu'est-ce qui m'est ainsi reflété? De quel niveau de mon être cela provient-il?"

Au lieu de demander à l'univers de vous prouver que c'est bien vous qui créez la réalité, afin de pouvoir rester assis entre deux chaises et d'accepter ou de rejeter ce qui se passe, vous considérez comme allant de soi que vous créez vous-même votre vie et ses événements, et vous cherchez à comprendre ce qu'ils vous réflètent. Voilà en quoi consiste le revirement. Il ne s'agit pas de chercher à comprendre le sens philosophique ou cosmique de tel ou tel événement, mais plutôt de chercher à saisir ce qu'il révèle sur vous-même, sur votre création ou sur ce que vous niez dans votre vie. Désirez-vous changer des choses dans votre existence? Effectuez ce revirement et observez bien toutes les transformations qui se produiront

"Les gens attribuent toujours aux circonstances de leur vie ce qu'ils sont devenus, affirme le dramaturge britannique George Bernard Shaw. Je ne crois pas qu'elles soient en cause. Les gens qui réussissent tout en ce monde sont ceux qui recherchent les circonstances qu'ils désirent et qui les créent eux-mêmes s'ils n'ont pu les trouver."

Comment peut-on créer les circonstances? Comment fait-on apparaître les coïncidences qui auront un effet déterminant sur la direction que prendra notre existence? Il semble invraisemblable que quelqu'un puisse créer une série de coïncidences comme celles-ci: "J'avais oublié le formulaire chez moi et j'ai donc dû retourner le chercher en quatrième vitesse, mais j'ai eu une crevaison en chemin. Je me suis arrêté pour la réparer, et quand je me suis penché pour examiner le pneu, mon pantalon s'est déchiré. Je me suis mis une couverture autour de la taille et voilà qu'une personne passant par là en voiture a reconnu cette couverture qu'elle avait conçue. Elle s'est donc arrêtée, et, au bout de quelque temps, nous nous sommes mariés." Il ne s'agissait là que d'une série de coïncidences, mais ce que nous voulons démontrer par cet exemple, c'est qu'il s'agissait de co-incidences. Cet heureux époux avait-il créé la crevaison? Ou bien avait-il imaginé qu'il se marierait et l'univers a mis au point les détails ? (C'est le genre de questions qui sont soulevées lorsqu'on admet l'idée que nous créons notre propre réalité.) Lors des expériences visant à provoquer un changement de pH de l'eau, William Tiller fit observer ceci: "On me demande parfois s'il est préférable de formuler en détail ses intentions ou bien de les énoncer sommairement en laissant l'univers trouver un moyen de les réaliser. En général, la seconde méthode est la meilleure."

Autrement dit, au lieu de dicter toutes les étapes du changement de pH de l'eau, comme le réarrangement des liens chimiques, l'échange d'ions et ainsi de suite, les méditateurs impliqués dans les expériences du docteur Tiller se sont focalisés sur le résultat souhaité et ont laissé toute la latitude à l'univers en ce qui concerne les détails.

Le temps et les possibilités

Pourtant la question demeure: comment tout cela fonctionne-t-il? Et comment peut-on être davantage conscient des possibilités de sorte que le processus de création soit plus conscient? Voici ce qu'Amit Goswami nous confiait à ce sujet:

On peut prendre comme hypothèse de travail que la conscience est le fondement de l'être. Il y a tout un éventail de possibilités auxquelles elle a accès. Parmi ces possibilités, elle en choisit une qu'elle manifeste et qu'elle observe. En physique quantique, on parle souvent de possibilités, mais, lorsque vous y réfléchissez, combien de fois vous êtes-vous demandé quelles étaient toutes les possibilités? Vous pouvez vous en tenir à des choses banales, comme la sorte de crème glacée que vous choisirez cette fois-ci, vanille ou chocolat, ce qui repose entièrement sur vos expériences antécédentes. Mais vous ratez ainsi la dimension quantique de votre vie.

Le docteur Goswami compare les possibilités offertes dans la vie d'un individu aux ondes de probabilité d'un électron qui se dispersent. Cela signifie que les options de votre vie sont aussi "réelles" que les ondes prédites par l'équation de Schrodinger. Stuart Hameroff pousse ce concept un peu plus loin:
Chaque pensée consciente peut être considérée comme un choix, une superposition quantique s'effondrant pour devenir un choix donné. Supposons, par exemple, que vous regardez le menu d'un restaurant en essayant de décider si vous prendrez des crevettes, des pâtes ou bien du thon. Imaginez que vous avez une superposition quantique de toutes ces possibilités coexistant simultanément. Vous pouvez même vous projeter en pensée dans l'avenir quelques instants afin de goûter à ces différents mets. Ensuite vous décidez: "Ah! Je vais prendre du spaghetti."

Se projeter ainsi dans l'avenir ne relève pas autant de la science-fiction qu'on pourrait le croire. Comme le docteur Hameroffle fait remarquer : "Dans la théorie quantique, on peut aussi remonter dans le temps, et des indices nous laissent croire que certains processus du cerveau permettent à la conscience de se projeter dans le passé." Si toutes ces théories s'avèrent correctes, cela veut dire que la conscience d'un individu scrute constamment toutes les possibi1ités futures, allant peut-être même dans l'avenir afin, par exemple, de "sentir" s'il convient d'épouser ou non telle personne, pour ensuite se focaliser sur la possibilité retenue et l'amener à se manifester (s'effondrer) dans la réalité présente. La façon dont tout cela se produit est prise en charge par l'univers superintelligent et immensément interactif, qui réagit automatiquement à la conscience parce que telle est sa nature fondamentale.

L'univers est comme un ordinateur qui supervise tout ce qui se passe; voilà pourquoi il existe. Et s'il peut créer des formes de vie douées de conscience et capables de se reproduire elles-mêmes, il est certainement capable de réparer un pneu crevé.

En quoi cette vision des choses rend-elle la création plus consciente? Pour bien des gens, l'avenir paraît se trouver de l'autre côté d'un grand mur qu'il leur est impossible de franchir. Ces possibilités latentes ne sont donc pas décelées et c'est ainsi une surprise totale ou même un choc pour eux lorsqu'elles se manifestent. Mais le fait de prendre conscience que ces possibilités sont bel et bien réelles, et qu'elles peuvent être développées, manipulées et manifestées (effondrées), nous fait progresser au-delà du mur et jusque dans l'avenir, où de nouveaux horizons s'ouvrent alors à nous.

Créer sa journée

Votre pool de réalité créée se trouve juste devant vous. S'étalant sur le paysage du temps, ces possibilités attendent un "mouvement de la conscience" pour lui faire vivre un événement réel. Mais supposons que vous faites preuve d'un peu plus d'initiative, et imaginons, par exemple, que vous êtes un paysagiste engagé qui ne veut pas laisser les mauvaises herbes de l'univers s'implanter en lui et qui ensemence plutôt ce paysage de possibilités avec ses créations conscientes.

Ce qui semble avoir fasciné le plus les gens qui ont vu le film What the BLEEP Do We Know? [Que sait-on vraiment de la réalité?], c'est le concept de la création de sa journée. Cette technique fut enseignée par Ramtha à ses étudiants pour la première fois en 1992 et elle est l'un des fondements des enseignements de son école, à Yelm, dans l'État de Washington. "Aucun maître digne de ce nom, expliquait Ramtha, ne laisse la journée se dérouler sans l'avoir préalablement visualisée. Les maîtres créent effectivement leur journée."

* * *

Cet admirable enseignement aborde la question de l'identité du moi, qui est le véritable sujet de ce chapitre. Qui est le " je " qui crée? Si c'est la personnalité, les créations seront alors constituées à partir des structures existantes, c'est-à-dire vos habitudes, vos penchants naturels, le contenu de vos réseaux neuronaux et toute votre vieille personnalité, et vous ne créerez rien d'autre que les mêmes vieilles choses habituelles. Créer ce qui existe déjà peut difficilement être qualifié de nouvelle création.
Mais vous pouvez aussi créer à partir du moi supérieur, de votre moi divin. Dans ce cas, cela se fait habituellement de façon inconsciente et c'est le résultat d'un karma quelconque dont les racines sont profondément enfouies en vous. Alors, bien que ces créations soient merveilleuses pour l'esprit, elles semblent arbitraires et injustes aux yeux de la personnalité déconnectée, et elles font naître des sentiments d'impuissance et de victimisation.

Il faut noter que cette technique tire avantage du moment de non-moi ou d'émergence du nouveau moi. On peut manifester quelque chose de véritablement nouveau et le faire en toute conscience à partir de cet aspect supérieur de notre être. Créer de cette manière fait disparaître pour toujours le piège de la victimisation et de la déresponsabilisation.

Cela permet d'affirmer chaque jour, et de manière très réelle que vous créez votre propre réalité. Si tout cela est fondé, cette affirmation aura énormément d’impact dans votre vie.

William Arntz, Betsy Chasse et Mark Vincente : Extraits de leur livre Que sait-on vraiment de la réalité? p.108-117.Editions Ariane, 2006.

Illumination et réalité.

Par Le 15/02/2010

 

 

 

 

 

 

  

 

Je suis la vie en moi. Je suis l'énergie, la beauté de l'ineffable.

Je ne suis pas ma douleur, je ne suis rien de ce que je veux sauver. Je ne suis rien de ce que j'ai été.

Révélation. Illumination.

Il ne reste que l'illumination. Elle est la seule issue. Car lorsqu'il ne reste rien de l'individu conditionné, lorsque tout a été ravagé jusqu'aux fondations, lorsque le mental n'est plus qu'un mourrant qui implore la sentence, lorsque le corps n'a plus aucune résistance, qu'il goûte avec délectation quelques secondes d'absence, cette petite mort pendant laquelle les terminaisons nerveuses s'éteignent, comme par magie, comme si le cerveau lui-même n'en pouvait plus, c'est là que les pensées ne sont plus rien, que le silence intérieur dévoile des horizons ignorés.



S'installe alors peu à peu l'épuisement. Le dégoût de tout devant tant de douleur. Ça n'est qu'une autre forme de pensée, une autre déviance, une résistance derrière laquelle se cache l'attente d'une délivrance, un espoir qui se tait, qui n'ose pas se dire. Une superstition qu'il ne faut pas dévoiler. La colère puis le dégoût, des alternances hallucinantes, des pensées qui s'entrechoquent, des rémissions suivies d'effondrements, rien ne change, aucune évolution spirituelle, juste le délabrement continu des citadelles. Cette impression désespérante, destructrice de tout perdre, de voir s'étendre jour après jour l'étendue des ruines.



Survient alors, parfois, le drame. L'évènement qui fait voler en éclat les certitudes, les attachements, les conditionnements. La douleur physique se lie à la souffrance morale. Les repères sont abolis, les références sont bannies. L'individu sombre dans une détresse sans fond, il en appelle à l'aide, il cherche des solutions extérieures, condamne, maudit, répudie, nie, rejette, conspue, insulte le sort qui s'acharne sur lui alors qu'il est lui-même le bourreau, le virus, le mal incarné. Il a construit consciencieusement les murs de sa geôle et jure qu'il n'est pour rien. Dieu, lui-même, peut devenir l'ennemi juré alors qu'il avait jusque là été totalement ignoré. Tout est bon pour nourrir la révolte.

Etre capable d'expérimenter la réalité telle qu'elle est, sans interférence, sans distorsion, sans apport personnel, dans une complète acceptation, sans projection, sans peur, sans attente, sans espoir, est un état d'illumination. Cela revient à déposer ses charges, ses fardeaux, son passé et toutes les identifications qui s'y sont greffées. Il s'agit des fardeaux d'ordre mental. Ils peuvent bien entendu avoir des répercussions sur le physique. Cette conscience temporelle dont nous disposons peut se retourner contre notre plénitude. Elle installe une charge émotionnelle, majoritairement inconsciente. Pour entrer dans cette acceptation libératrice il est indispensable d'établir la liste de ces fardeaux, de les identifier et de prendre conscience qu'ils ne sont pas ce que nous sommes. Ils sont l'image que nous avons donnée de la vie mais ils ne sont pas la vie. La vie n'est rien d'autre que l'énergie qui vibre en chacun de nous. Elle ne doit pas être salie, alourdie, morcelée par cette vision temporelle à laquelle nous nous attachons.

Les pensées que nous avons établies comme l'étendard de notre puissance est un mal qui nous ronge. L'ego y prend forme et se détache dès lors de la conscience de la vie. L'individu se couvre d'oripeaux comme autant de titres suprêmes. Ça n'est que souffrance et dans la reconnaissance que nous y puisons nous créons des murailles carcérales. L'illumination consiste à briser ce carcan. L'individu n'en a pas toujours la force, il manque de lucidité, d'observation, il est perdu dans le florilège d'imbrications sociales, familiales, amoureuses, professionnelles. Il se fie à son mental nourri inlassablement par les hordes de pensées.

 

 

Même à un niveau très bas (où je me situe) on prend conscience qu'on n'est pas ses émotions ou ses pensées: elles ne sont que des perturbations, comme les vagues sur la mer qui sont faites d'eau mais ne sont pas l'eau. Elles n'en sont que son mouvement. Et nous, humains, nous considérons bien souvent que notre agitation nous constitue. La société marchande s'est construite et s'entretient sur ce drame existentiel.  

Il ne faut pas prendre le mot "illumination" à la lettre, sinon ça fait fort "illuminé."

Ces perturbations sont utiles, à condition de les "dompter" et d'en faire un outil, et non pas un maître. Le dépressif, par exemple, s'identifie à ses émotions, il dit "je suis dépressif", alors qu'il devrait se détacher de ses émotions, ne pas s'y identifier, et dire "j'ai une dépression...


L'illumination (la conscience, la vue claire, non perturbée), permettrait de la même façon de se rendre compte de ce qu'est la vraie nature du monde, et donc d'être beaucoup plus réaliste, de savoir mettre chaque chose à sa place, connaître sa raison d'être, etc.


 

 

 

Le corps et l'esprit sont liés, donc agir sur l'un a un effet sur l'autre. Pour moi, ce qu'on considère comme notre esprit est aussi un "corps" de matière plus subtile. Physique, énergétique, émotionnel, pensées... tous des corps, de moins en moins structurés à mesure qu'on va vers les matières plus subtiles. Notre « corps des pensées » est le plus chaotique et indiscipliné.

 

 

Tout ce qui a pu m'arriver pendant des années, c'est justement parce que je n'étais pas dans la réalité. Quant à l'irrationnel, ça n'est jamais qu'une dimension qui ne nous est pas accessible, et non quelque chose qui n'existe pas. Mais ce qui n'a pas de nom n'est pas pour autant exclu de la réalité.  La dimension que l'on connaît par notre raison, notre logique, nos sens, notre intellect n'est qu'une part de la réalité et elle est bien souvent détournée par notre mental qui déraisonne par son jugement inique.

 

 


Notre esprit est comme un verre d'eau boueuse agitée. Les émotions et les pensées anarchiques sont cette agitation. Si on laisse reposer le verre (état de méditation, zen, détachement des émotions), la boue se dépose et l'eau devient claire: on "voit" la vraie nature des choses. La première étape étant justement que nos possessions matérielles et notre corps ne sont pas "nous", et nos émotions non plus (deuxième étape).

 

 

 

 

Il ne s'agit pas de ne pas avoir de rêves, d'attentes, d'espoirs mais de faire en sorte que toutes ces pensées ne soient pas des paravents à la réalité.
Si je parviens par contre à identifier ce qui relève de ma responsabilité, je me dois de tout mettre en oeuvre pour parvenir à mes fins. Imaginons qu'il ait neigé toute la nuit et que j'arrive sur le parking, que j'ouvre le coffre et que je réalise que j'ai oublié de prendre mon ARVA (détecteur de victime d'avalanche) parce que j'avais vu qu'il n'y avait plus de piles, que je suis allé en chercher, que j'ai rencontré un copain, qu'on s'est mis à parler de la neige, du sommet qu'on allait faire, etc, etc... Le rêve et toutes les images afférentes m'ont coupé de la réalité, je me suis laissé embarquer dans des schémas de pensées temporelles alors que je devais rester dans l'instant pour que ce projet se réalise. Et on ne part pas en montagne sans son ARVA... La sortie est fichue. Il se peut même que je décide d'y aller quand même et là, parce que le rêve est le plus fort en moi, je me mets gravement en danger...
Il s'agit en fait pour ma part d'établir clairement et constamment ce qui relève de moi, de ma liberté, et ce qui est extérieur à moi. Si je m'enferme inconsciemment dans des projections mentalisées, je n'ai pas le droit de me plaindre... J'ai "choisi" d'être dépendant de mes rêves. Il faut assumer.
Je vais préparer mon sac, mes skis, un itinéraire, prendre la météo, et si jamais la neige est au rendez-vous, je pourrai en profiter. Je sais pourtant parfaitement que tout cela sera peut-être inutile. Ça ne dépend pas de moi mais en tout cas je serai prêt si ça s'avère possible. Et si ça ne l'est pas, et bien j'irai marcher mais je ne serai pas déçu pour autant. Je ne pourrais être déçu que si je me laisse emporter par un rêve qui me coupe de la réalité.
Le projet est quelque chose qui relève de la volonté de l'individu. Il s'agit de construire des actes par une projection temporelle mais qui s'ancre dans l'instant.
Ces deux exemples expriment quelque chose qui ne relève pas de la volonté de l'individu. Ce ne sont que des extrapolations imaginaires. C'est très infantile en fait et le meilleur moyen d'être déçu. Le désir est très lié à la notion de manque. Ce que l'individu aime dans cette dimension, c'est l'idée qu'il se fait d'une réalité qu'il espère et dès lors, étant donné qu'il se soumet à des paramètres extérieurs à lui, il se place dans une situation de dépendance.
"J'espère qu'il va neiger autant que l'hiver dernier."
"J'espère que demain il va neiger.

J'espère que je finirai par oublier les moments douloureux de ma vie."
L'absence d'attente et d'espoir ne signifie absolument pas que l'individu a abandonné ses rêves mais bien au contraire qu'il se trouve dans un état de perception, de réception absolument complet, qu'il n'y a aucune interférence liée à une projection temporelle. L'individu existe dans le présent, dans l'instant, il n'est pas question de laisser les pensées couper l'individu de cette vie immédiate. Je fais une distinction entre l'espoir et le projet. L'espoir est à mon sens une projection des pensées dans une dimension temporelle, futur et même passé. Espérer quelque chose qui relève du passé et qui ne peut être modifié, c'est le comble de l'enchaînement. 

 

 

Jamais là. Jamais dans la réalité. On peut considérer que cet individu là continue à dormir d'ailleurs. Et le cinéma qu'il se fait voile le film de sa vie.

Mais étant donné que mon fonctionnement habituel est de créer sans cesse des tensions liées au désir, je vais pendant la sortie me mettre à regretter que la neige ne soit pas tombée autant que ce que j'espérais, que le vent ait soufflé et qu'il y ait des plaques, qu'elles soient croûtées, que le vent au sommet va nous gâcher le plaisir d'être arrivé, qu'on aurait peut-être dû aller faire une sortie sur un versant sud-est pour que le soleil ait le temps de ramollir la croûte, on aurait eu une descente plus agréable, tiens oui, la semaine prochaine on ira faire une autre pente mieux orientée, j'espère qu'il va reneiger pendant la semaine, j'espère que la météo sera bonne pendant le prochain week-end, j'espère que Blandine pourra venir, j'aimerais bien lui montrer les montagnes mais c'est qui ce gars qui lui tourne autour au boulot, quel con celui-là avec sa BMW, quel prétentieux, et ce vent de fou là-haut ça va être l'enfer, y'a toute la poudre qui est soufflée, pas la pêche moi, pas bien dormi à force de penser à cette météo j'ai les jambes en coton et puis Blandine aussi, comment je vais faire pour lui dire, faut pas que je traîne, deux semaines qu'elle est arrivée et y'a déjà trois gars qui lui tourne autour... etc etc etc etc etc etc etc ...

Imaginons que je sois parti sans mon ARVA parce que mon copain m'a convaincu que le manteau neigeux était suffisamment stable. Je risque pendant une bonne partie de la sortie de me fabriquer des scénarios catastrophe: si je pars dans une coulée, mon ami ne pourra pas me retrouver. Si c'est lui qui part, il a un ARVA mais pas moi et donc je ne pourrai même pas le chercher. Dans un cas, j'y reste et dans l'autre je suis responsable de sa mort...Super sortie...
Continuons la balade de ski de randonnée.

 

 

Ce que nous croyons être la réalité tangible, concrète est un aspect du monde seulement, un aspect réel certes, mais relatif.

Tout dépend du niveau de conscience auquel on est, la conscience d'un ver de terre n'est pas la conscience d'un chien, qui n'est pas la conscience d'un humain ordinaire, qui n'est pas la conscience d'un Bouddha.

Si nous pouvions percevoir les pensées et la conscience des autres, à nouveau le monde serait très différent.
Si nous avions les organes capables de percevoir le coeur des atomes en mouvement, le monde paraîtrait tellement différent.
Si nous avions des organes de perception semblables à ceux d'une chauve souris ou d'un serpent, nous verrions le monde bien autrement, si nous étions beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands encore autrement.
Le matériel, le tangible tel que nous le percevons au travers de notre conditionnement d'humain est une projection du spectateur qui observe le spectacle, lui donne une myriade de noms, comme s'il en était l'inventeur.

La qualité de nos pensées, nos bavardages intérieurs, nos rêves nocturnes, mais aussi notre émotion devant un beau paysage, une musique sublime, l'intensité d'un échange affectif, toute notre vie psychique n'est pas mesurable expérimentalement, scientifiquement, et pourtant, on ne peut pas nier que c'est une part et même une part essentielle de la vie.

 

 

 

 

On peut appeler ça le "sixième sens". On peut lui donner tous les noms qu'on veut. Il n'en reste pas moins que la science n'y comprend rien. Pourtant ça existe. C'est réel.



Walter Bonatti était un alpiniste italien très connu dans le milieu et totalement respecté. Pendant un hiver il avait décidé d'escalader en solitaire la face de la Brenva au Mont Blanc. Il rejoignit au milieu de la face une cordée de grimpeurs italiens, deux guides qu'il connaissait. Le temps était magnifique, glacial, des conditions idéales pour une ascension hivernale, aucun risque objectifs. Pourtant, après avoir dépassé cette cordée d'alpinistes Bonatti se mit à traverser vers une bande de rochers en criant aux deux guides italiens de sortir du couloir dans lequel ils se trouvaient tous les trois. Il n'y avait aucun signe de dangers perceptibles, aucune chute de neige, de coulée, de séracs, rien. Et pourtant Bonatti continuait à hurler aux deux guides de traverser vers les rochers. Ils ne comprirent pas et ne l'écoutèrent pas, ils continuèrent à avancer dans le couloir. Bonatti rejoignit le bord du couloir. Une coulée, partie du sommet, dévala le couloir et emporta les deux guides italiens. Bonatti y réchappa.
Juste un exemple.

Dans quelle "réalité" était-il lorsqu'il prit conscience de ce danger imminent ?
Cette perception sensorielle à laquelle nous sommes tellement habitués peut se révéler être un paravent à une perception d'une autre qualité mais qui n'est pas relative à nos cinq sens. Le problème vient du fait qu'elle n'est pas reproductible, qu'elle n'est pas identifiable et que par conséquent elle n'entre pas dans le champ de compétences de la science. Néanmoins il existe de très nombreux phénomènes qui laissent entrevoir une autre "réalité."

 

 



La réalité est beaucoup plus la relation que j'ai avec mon environnement, que l'environnement lui même. Il n'existe que parce que j'ai une relation avec lui: je le vois, je le sens, je le rejette ou je l'apprécie. Un objet que je n'ai jamais vu ou dont je n'ai jamais entendu parler n'existe pas. Il existe pour d'autres personnes, mais pas pour moi. L'émotion qui m'a submergée devant un beau coucher de soleil est une réalité, c'est ma VIE, c'est une expérience. Or l'expérience, il est impossible de la partager.




Dès lors que quelqu'un me dit que la réalité est parfaitement identifiée, je vois apparaître une certaine forme d'Inquisition. Au lieu d'avoir à subir une forme théologique de la réalité, on subit aujourd'hui une forme cartésienne. On en est donc toujours à une forme de pouvoir qui nie tout ce qui n'est pas exploitable par la pensée dominante.
Une "réalité" bien dangereuse.


Un médecin à qui je racontais les "rémissions" inexpliquées de mes trois hernies discales m'a certifié que ça n'était pas "réel" étant donné que ça n'était pas scientifiquement explicable ni reproductible. Ça n'était donc qu'une illusion provisoire.

Ça m'a d'abord bien fait rire et puis ça m'a considérablement effrayé que la "raison" de ces gens là puisse être aussi étroite et limitée. Effectivement, dans les mains (et le "savoir") de ces gens là, une personne malade n'a que peu de chances de guérir. Ça lui est même interdit si ça sort du cadre officiel.

 

 

Nous sommes vraiment à "la fin des certitudes » newtoniennes.


 

 

Il arrive parfois qu'une pensée de guérison agisse sur la guérison elle-même. Est-ce que cette pensée a eu un effet "réel" à travers une certaine "réalité" ? Est-ce que ce contenu pourrait être une réalité plus profonde que la réalité tangible, matérielle, évènementielle, palpable, visible ? Est-ce que la pensée de l'individu pourrait transformer d'un point de vue moléculaire et non par auto persuasion un état donné ?

Si cela a un effet dans la matière, c'est que cela existe en soi. Pas possible autrement.

Toricelli a inventé le baromètre grâce auquel il a pu prouver que l'air était une matière. Avant lui, les savants le qualifiaient d'"éther" (terme qui s'est reporté sur une éventuelle matière plus subtile que l'air, actuellement). D'après eux, c'était les arbres et les vagues, qui, en bougeant, créaient le vent !

Alfred Wegener a été conspué lorsqu’il a présenté sa théorie de la tectonique des plaques.


 

 

Nous savons pour nous même que nous connaissons des états intérieurs de qualité différente. Des moments de paix et d'harmonie, des moments de compréhension privilégiés. Comment les mesurer ?

Comment mesurer la beauté d'une oeuvre de Beethoven ? Quelle unité de mesure de sa créativité ? Avec quelle "machine" va-t-on mesurer la qualité de l'éveil d'un Bouddha ? La beauté ineffable de la nature ?
La qualité des choses est plus importante que la quantité, ne regarder comme réel que ce qui est mesurable, c'est passer à coté de tout un pan de la réalité.

La science moderne découvre que l'objectivité chère aux scientistes du XIXème siècle n'existe pas. Il y a interaction entre l'observateur et ce qui est observé.

L'acte dans la matière est toujours précédé d'une pensée, c'est la pensée qui est à l'origine de tout.
Dire qu'une pensée n'est pas réelle est un postulat, simplement, rien de plus, un postulat que le bouddhisme réfute totalement puisque au contraire, par la méditation, on découvre que tout vient de la pensée, tout vient du mental, c'est le mental qui conditionne notre vision du monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

Non dualité.

Par Le 14/02/2010

http://eveilimpersonnel.blogspot.com/2007/08/le-dharma-primordial-lama-denys.html

 

Une expérience. Juillet 2009.

 

INTEMPOREL

 

Dimanche dernier, j'ai fait mon premier vol biplace en parapente. Très impressionnant. On n'imagine pas quand on les regarde d'en bas à quel point ça peut brasser quand on monte de 7 mètres par seconde dans une thermique... Il vaut mieux ne pas avoir chargé l'estomac avant...



Mais là n'est pas l'essentiel.



Pour rejoindre le décollage, tous les participants prennent une navette, un minibus de neuf places. Douze kilomètres de montée sur une route sinueuse et étroite. Je me suis assis sur la banquette du fond aux côtés de mon plus jeune garçon et de son amoureuse. Tous les autres passagers étaient des adultes. Les gens parlaient entre eux pendant que les deux ados à mes côtés se câlinaient en se regardant dans le fond des yeux.



Sans rien fixer de précis, les yeux envahis par les immensités et les couleurs des montagnes, je regardais rêveusement le paysage par la fenêtre et j'écoutais d'une oreille distraite les quelques échanges qui me parvenaient : des vols merveilleux au-dessus des montagnes, une nouvelle voile performante, la prochaine compétition, un nouveau site à découvrir, des voyages, un accident... Des discussions de passionnés à d'autres passionnés.

 

Une longue montée. Je me suis laissé bercer. Un décrochement progressif…

A la sortie d'un virage dans lequel je trouvais que le conducteur était passé très près du fossé, j'ai senti que je n'étais pas là.

Une impression indéfinissable. Soudaine. Un vide étrange, comme si je n'existais pas. Je sentais bien que quelque chose était là puisque "je" voyais le paysage, que j'entendais les discussions, que je me faisais des remarques sur le conducteur... Mais je ne parvenais pas à avoir une image de celui qui vivait tout ça, comme si le récepteur de ces impressions n'était pas réel, comme s'il ne s'agissait que d'un rêve et que je n'étais même pas le rêveur.

Je n'arrivais pas non plus à me situer parmi tous les passagers. Je savais très bien que je n'étais pas comme les deux ados à mes côtés mais je ne pouvais pas non plus m'identifier aux adultes présents. Je n'étais pas parmi eux en tant qu'individu reconnaissable, je ne pouvais pas établir à travers leurs regards la consistance de mon être, je ne pouvais pas prendre forme en me nourrissant de leurs attentions, tout ça n'était qu'un mirage.

Je n'avais pas d'âge. J'essayais de visualiser mon visage et je n'en avais aucune image nette, comme s'il me fallait nécessairement un miroir pour pouvoir "matérialiser" cette entité pensante qui s'interrogeait sur son existence.



Un sentiment très étrange.

Intemporel.

Une dés-identification totale, brutale, comme un vide incommensurable en moi et pourtant une absence totale de peur, aucune interrogation, aucune inquiétude ou tentative de rappel, de réveil ou je ne sais quelle réaction de survie...Je me suis laissé partir.


Je me suis souvenu de toutes ces impressions particulières, dans différentes situations, cette inexplicable sensation de n'avoir pas d'âge, de ne pas faire partie intégrante du groupe de gens, une impossibilité d'exister dans cette activité sociale, comme si au-delà des regards que je pouvais recevoir, des paroles qu'on pouvait me proposer, des idées mêmes qu'on pouvait m'attribuer, qu'au-delà de ce foisonnement d'émotions il n'y avait rien...

Des plongées abyssales dans un néant de plénitude, une abolition totale de toute appartenance intérieure. Les images reçues de l'extérieur n'avaient aucune réalité. Et rien n'était là pour recevoir cette sensation d'inexistence. Impossible de décrypter l'entité. Je n'étais rien, qu'un vide animé par une palpitation innommée. L'idée soudaine que ce vide en moi contenait en fait la source même de la vie, de cette vibration inexpliquée, de la cohésion des cellules, l'aimantation des molécules. La seule réalité. J'ai vu là, dans ce noir d'univers opaque et stable une absorption irrémédiable de toutes les images inhérentes à mon être social, comme un trou noir engloutissant un conglomérat disloqué de matières recyclables...



Je n'ai rien cherché à maintenir. D'ailleurs, je ne maîtrisais rien, il n'y avait rien de volontaire, ni de construit, ni d'intentionnel, comme une marée cosmique qui emportait les résidus éparpillés d'un moi illusoire.


Et puis, je sais qu’à un moment il n’y a plus rien eu. Aucune impression, aucune perception, plus de pensée, plus de temps, plus de durée, un vide complet en moi, un moi disparu, comme une défragmentation, un éparpillement. Plus rien.


C'est l'arrêt brutal du fourgon au bout de la piste qui m'a ranimé en me plongeant de nouveau dans le "sommeil". C’est là que j’ai pris conscience que « je » n’étais plus là…

Je suis allé voler avec mon moniteur, sous une grande voile rouge dont je voyais l'ombre avancer sur la cime des arbres.

 

La beauté qu'on n'entend plus.

Par Le 13/02/2010

http://www.qobuz.com/info/Qobuz-info/Video-du-jour/Joshua-Bell-fait-la-manche-dans-le8742

Un musicien de rue était debout dans l'entrée de la station "L'Enfant Plaza" du métro de Washington DC.


C'était un matin froid, en janvier dernier.
Il a joué durant quarante-cinq minutes.
Pour commencer du Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et de nouveau Bach.

A cette heure de pointe,
il était près de 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail
Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon d'environ trois ans.
Sa mère l'a tiré, pressée, mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste.
Finalement sa mère l'a secoué et agrippé vivement afin qu'il reprenne le pas.
Toutefois, en marchant, l'enfant a gardé la tête tournée vers le musicien
Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien,
seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps.
Il a récolté en tout et pour tout 32 dollars !
Quand il a eu terminé de jouer
personne ne l'a remarqué.
Personne n'a applaudi.
Une seule personne l'a reconnu, sur plus de mille .
Personne ne se doutait que ce violoniste était Joshua Bell, un des meilleurs musiciens sur terre.
Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius de 1713 valant 3,5 millions de dollars !

Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation au théâtre de Boston était «à guichet fermé» avec des prix avoisinant les 100 dollars la place.

C'est une histoire vraie

L’événement Joshua Bell, jouant incognito dans une station de métro, a été organisé par le « Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens.
Les questions étaient :
• dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ?
• Nous arrêtons-nous pour l'apprécier ?
• Pouvons-nous reconnaître le talent dans un contexte inattendu ?


Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être :

Si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter l'un des meilleurs musiciens au monde jouant quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, à côté de combien d'autres choses exceptionnelles passons-nous ?

Merci à "Gereve" pour cette info.

Le cerveau, boîte noire préformatée.

Par Le 13/02/2010

Le cerveau...Une boîte noire remplie d'images.



Sperry a démontré un principe de latéralisation de type binaire dans la localisation de nos activités cérabrales:

Le côté gauche est le siège du temps, de l'approche séquentielle, analytique et rationnelle.

Le côté droit est orienté vers l'espace, c'est le lieu de la vision, de l'intuition, de l'imagination.



Mac Lean a été le premier à décrire un fonctionnement de type biologique, par niveaux interactifs. Il a mis à jour un système tertiaire reposant sur le cerveau reptilien, le cerveau limbique et le cerveau cortical.

Le cerveau reptilien est le siège de nos énergies vitales. C'est notre pile énergétique. Au cerveau reptilien est attachée la notion de territoire. Il faut savoir que "l'agressivité est toujours le signe d'un territoire mal défini."

Le cerveau limbique est le siège de nos émotions, de nos sentiments, de nos ressentis. C'est le lieu de notre mémoire. C'est le cerveau de l'apprentissage, de l'expérience, de l'éducation, de la culture, de nos croyances et des convictions. Il est "le moteur de l'action et de la communication."

Le cerveau cortical, particulièrement développé chez l'homme, est le lieu de notre "conscience différentielle". Seule, l'espèce humaine semble posséder la capacité d'analyser le passé et de se projeter dans l'avenir. L'imaginaire est le propre de l'homme. Comme le dit Hayek, "le futur n'existe pas, il se génère au présent pour transformer le passé."



Le système cérébral est celui qui nous permet de maîtriser les quatre modes de représentations mentales que sont la logique, la dialectique, la créativité, la systémique. Tout n'est que représentation mentale. Nous passons notre vie à fabriquer des images mentales en fonction des situations rencontrées et de la façon dont nous les vivons.

"Il n'y a pas de vérité en soi, il n'y a que des situations." G. Proisy.



On en revient donc à cette fameuse "réaction" devant la réalité. Réaction qui finit par devenir une référence aboutissant à transformer systématiquement la réalité...Et cela sans fin...Comme en plus, nous subissons les réactions collectives, chaque individu, au fil des années, accumule des réactions formatées, partagées, adoptées qui le convainc d'être dans la réalité...Une réalité liée à notre participation à l'humanité, à une excroissance transgénérationnelle, on pourrait peut-être dire une "tumeur"...



Se pourrait-il donc que notre socialisation ne soit qu'une privation de notre potentiel cérébral ou ce cerveau n'est-il dès le départ qu'une boîte noire destinée à nous connecter au réseau cérébral de l'humanité ? Est-ce à notre avantage ? Peut-on considérer que l'évolution de ce cerveau soit favorable à l'individu ou n'est-il qu'une entrave à notre évolution personnelle ? Se peut-il qu'à un moment dans l'histoire de l'humanité quelques esprits manipulateurs aient trouvé la faille dans cette boîte noire pour en tirer profit à des fins gouvernementales, politiques, économiques ? Y a-t-il dans les dérives actuelles une perdition existentielle proportionnelle aux progrès scientifiques ? On manipule plus facilement une entité que l'on connaît...

Global Conciousness project

Par Le 13/02/2010

Etrange, fascinant...

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Global_Consciousness_Project

 

http://noosphere.princeton.edu/fristwall.french.html

 

Quand l'esprit influe sur la matière...

 

L'esprit en avance sur son temps...

 

http://www.amessi.org/Quand-l-esprit-influe-sur-la

 

La "Noosphère" de Teilhard de Chardin, les Egrégores, les champs morphiques de Rupert Sheldrake...

Des pistes à emprunter, des chemins à parcourir, des découvertes à venir.

Alexandre Jollien.

Par Le 10/02/2010

Ecrivain, philosophe.

 

http://www.alexandre-jollien.ch/

 

"Eloge de la faiblesse."

"Le métier d'homme."

"La construction de soi."

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Jollien

 

Une vidéo.

Il faut écouter Alexandre. C'est une voix, une qualité d'expression, un charisme qui ne s'oublie pas.

http://www.dailymotion.com/video/x5uvym_alexandre-jollien_webcam

 

"Parfois se produit le retournement :le tragique instruit. Qui le côtoie se forme. La sagesse fécondée par la souffrance, l'échec ou le tourment, nourrie par les obstacles vaincus au jour le jour, sera sans doute de quelque utilité.

Tout ce que je construis, je l'arrache pour un temps à l'emprise de la souffrance; toute la joie que je donne, je l'oppose à la tristesse, à la solitude.

Chaque minute portant l'empreinte secrète du tragique, de la mort toute proche, il conviendra de l'habiter, d'y placer force et joie. Loin de terrasser, ce constat convie à une légèreté. Aucune naïveté, nulle insouciance dans cet état pétri de profondeur."

"Le métier d'homme."

Le réchauffement climatique, un mythe ?

Par Le 09/02/2010

http://networkedblogs.com/p27367948

MARCEL LEROUX : Le réchauffement climatique est un mythe !

En me parlant de réchauffement, vous voulez sûrement me faire peur, moi qui ai vécu 40 ans en Afrique ! Personnellement, je souhaite que la terre se réchauffe. C’est d’ailleurs la position de la Russie, qui considère qu’un réchauffement serait bénéfique. En effet, cela nous ferait faire d’immenses économies de chauffage, et donc de matières premières comme le pétrole. En outre, nous gagnerions de larges étendues de terres cultivables en direction des régions subpolaires, comme cela fut le cas dans les années 1930 à 60. A l’époque, les exploitations agricoles du nord du Canada et de la Scandinavie s’étaient en effet déplacées vers le nord. Dans les années 1970, lorsqu’il était plutôt à la mode de parler du retour du petit « âge de glace », elles ont rétrogradé vers le sud. La même chose s’est d’ailleurs produite en Afrique subsaharienne, où les éleveurs se sont d’abord déplacés vers le nord, puis sont redescendus vers le sud, lorsque la sécheresse a commencé dans les années 1970. Car lors de toute période chaude, à l’échelle paléoclimatique comme à l’échelle récente, les pluies tropicales sont plus abondantes. Ce qui veut dire que paradoxalement, si le réchauffement était effectif, la sécheresse cesserait dans le Sahel ! Mais malheureusement, ce n’est pas le cas.

AGRICULTURE & ENVIRONNEMENT N° 18 - OCTOBRE 2004 3

ENTRETIEN Tout le monde s’accorde à dire que la planète se réchauffe. Qu’en pensez-vous ?

Pourquoi parle-t-on alors de réchauffement climatique ? Parce ce que tout le monde accorde foi à la courbe de température globale publiée tous les ans par l’OMM (Organisation Météorologique Mondiale) et le GIEC (Groupe intergouvernemental sur le changement climatique). Or, cette courbe n’est autre qu’une moyenne des températures mesurées dans 7.000 stations de la planète, traitées à l’Université d’East Anglia, à Londres, sous la direction de Philipp Jones. L’augmentation serait de 0,6° de 1860 à nos jours, soit la différence de température qu’on observe à l’échelle moyenne annuelle entre Nice et Marseille. Quel extraordinaire bouleversement  ! Une telle valeur, donnée avec une fourchette de précision de plus ou moins 0,2° sur un siècle et demi, est ridicule, car elle est de l’ordre de la précision de la mesure. Cette courbe n’est d’ailleurs pas validée par les mesures récentes effectuées par les capteurs de satellites qui, depuis 1978, ne montrent au contraire aucune

On n’a pas besoin de modèle pour faire une telle prédiction. Le chimiste suédois Svante Arrhénius (1859-1927) avait déjà « prédit » exactement la même chose en 1903 ! Il avait appliqué une règle de trois entre le taux de CO2 de son époque, celui du futur et la température correspondante. C’est exactement ce que font les modèles informatiques en insistant sur l’effet de serre. Un modèle n’est qu’un super calculateur qui dépend entièrement des données qu’on lui fournit et de la démarche qu’on lui impose pour traiter ces données. Il ne faut pas prêter aux modèles des vertus « magiques », d’autant plus qu’ils ne donnent qu’une vision très incomplète et déformée de la réalité météorologique. En particulier, ils ne tiennent pas compte de la circulation générale de l’atmosphère, de son organisation et de son mouvement. Pour ces modèles, les discontinuités, pourtant présentes partout dans la nature, ne sont tout simplement pas prises en considération. Les modèles utilisés pour la prédiction climatique sont fondés sur les mêmes principes que ceux utilisés pour la prévision météorologique. Or, ces derniers se trompent constamment  : ils n’ont pas été capables de prévoir les tempêtes de 1999, les inondations de Nîmes ou Vaison la Romaine, la canicule de 2003 et l’été pourri de 2004. Comment pourraient-ils être fiables à l’horizon de 2100 ? D’ailleurs, comme le rappelle l’océanographe Robert Stevenson, ces modèles prévoyaient une augmentation de la température de 1,5° pour l’an 2000 ; or, c’est six fois plus que ce que l’on a observé. Comment parler de moyenne à l’échelle globale en mélangeant des températures marines, continentales, urbaines et surtout des températures de régions qui se refroidissent alors que d’autres se réchauffent ? évolution notoire, pas plus que les mesures issues de millions de radio-sondages. En outre, comment parler de moyenne à l’échelle globale en mélangeant des températures marines, continentales, urbaines et surtout des températures de régions qui se refroidissent alors que d’autres se réchauffent ? Par exemple, l’Arctique occidental (au nord du Canada) se refroidit, alors que l’Arctique au nord de la mer de Norvège se réchauffe. Que fait-donc alors vraiment l’Arctique ? On ne peut pas du tout dire avec certitude que la terre se réchauffe. Les modèles ne prévoient-ils pas pourtant une augmentation de la température de 2 à 6°C d’ici l’an 2100 ? Pourtant, il y a unanimité chez les climatologues pour dire que le réchauffement est une réalité ... Non, on insiste sur un prétendu consensus chez les climatologues, alors que celui-ci n’existe pas. Ensuite, il y a plusieurs sortes de « climatologues ». Prenons le GIEC, présenté comme l’autorité en la matière. En réalité, il s’agit d’un groupement intergouvernemental, c’est-àdire que la nomination de ses membres est politique, et ne répond pas à des critères scientifiques. D’ailleurs, la grande majorité de ses membres ne sont pas climatologues, à l’instar de Michel Petit, ingénieur en télécommunications, ou bien Jean Jouzel, qui est un excellent chimiste glaciologue, mais dont les connaissances scientifiques sur le climat sont limitées. Depuis l’avènement de l’informatique, nombre de ceux qui s’autoproclament « climatologues » sont en réalité des informaticiens-modélisateurs, qui accordent de très loin la préférence à la statistique et aux téléconnexions, sans se préoccuper des liens physiques réels. Il existe toutefois des climatologues météorologues, comme le spécialiste suédois de l’élévation du niveau de la mer Nils-Axel Mörner, ou encore le météorologiste canadien Madhav Khandekar, qui en revanche se préoccupent en priorité de l’observation des phénomènes réels et des principes physiques qui les relient. C’est aussi, naturellement, le souci premier de notre laboratoire. Ces derniers sont loin d’être convaincus par les résultats des modèles. Même parmi les modélisateurs, certains, comme l’Américain Richard Lindzen, restent très sceptiques concernant l’hypothèse du réchauffement climatique. Le problème du GIEC, comme d’ailleurs de Météo France, c’est que depuis les années 1980, ces organismes sont dominés par les modélisateurs, vedettes des médias. Les climatologues réellement soucieux de l’analyse du temps se sont d’ailleurs regroupés en association, dont l’une particulièrement active est intitulée « climat sceptics ». Le rôle nocif sur le climat des gaz à effet de serre est quand même une donnée objective ? Il n’y a rien de moins objectif qu’une telle affirmation  ! Mettre l’accent sur les gaz à effet de serre donne une vision très simpliste du climat, alors que d’autres facteurs sont beaucoup plus importants ; en particulier, ceux qui déterminent la dynamique de l’atmosphère, les transferts ENTRETIEN AGRICULTURE & ENVIRONNEMENT N° 18 - OCTOBRE 2004 5 méridiens d’air et d’énergie, et pour faire simple, les transferts d’air froid et d’air chaud. Chacun est capable d’observer que la température est fonction de ces brusques changements, et qu’elle n’évolue pas de façon linéaire. L’important, c’est d’abord de savoir pourquoi et comment des masses d’air froid se forment et se déplacent ; pourquoi elles remplacent ou sont remplacées par de l’air chaud - autrement dit de préciser le mécanisme de la machine atmosphérique. Le temps dépend au jour le jour de ces changements de masses d’air ; en revanche, sur le long terme, la variation dépend de l’activité solaire (tâche, magnétisme, éruption et vent solaires), des projections volcaniques, de la turbidité de l’air, des paramètres astronomiques, etc… Comment voulez- vous que leur responsabilité dans le climat puisse être mise en évidence dans des modèles qui ne prennent tout simplement pas en compte l’ensemble de ces paramètres ? L’effet de serre est donc totalement marginal, sinon même insignifiant, d’autant plus que le principal effet de serre n’est pas réalisé par le CO2 ou le CH4, mais par la vapeur d’eau. Or, même la part réelle de la vapeur d’eau dans l’effet de serre n’est pas considérée à sa juste valeur dans les modèles. Qu’observe-t-on alors à l’échelle globale ? On n’observe rien, car il n’y a pas de « climat global ». En revanche, on connaît parfaitement l’évolution des climats régionaux qui suivent des évolutions fort dissemblables. D’ailleurs, il est très révélateur de constater que, de l’aveu même du GIEC, leurs modèles sont incapables de restituer ces variations régionales ! Dans son deuxième rapport de 1996, le GIEC écrit : « Les valeurs régionales des températures pourraient être sensiblement différentes de la moyenne globale, mais il n’est pas encore possible de déterminer avec précision ces fluctuations. » Cela signifie que les modèles du GIEC seraient capables de donner une valeur moyenne sans connaître les valeurs régionales qui permettent d’établir précisément cette moyenne ! Ce n’est pas très sérieux ! Dans l’Atlantique Nord, on observe un refroidissement de la façade ouest (Canada, Etats-Unis à l’est des Rocheuses), alors que l’Europe occidentale se réchauffe, notamment la Scandinavie. L’Europe centrale, elle, se refroidit, comme la Méditerranée orientale, ou comme la Chine. Ces différences de comportement résultent de la dynamique aérologique. Cela dépend en effet des trajectoires des anticyclones mobiles polaires (AMP). Ceux-ci sont de vastes lentilles d’air glacial de 1500 km de rayon, générées quotidiennement par les pôles. Ces lentilles glissent au ras du sol, sous les couches d’air chaud plus légères, contournant les reliefs pour se diriger vers l’équateur. Sur leurs faces avant, elles provoquent le retour vers leur pôle respectif de l’air réchauffé sous les tropiques. Les AMP représentent l’exemple même de discontinuité que les modèles informatiques refusent d’incorporer. En outre, ils pointent du doigt le comportement particulier et l’importance des régions polaires qui, contrairement aux prédictions des modèles, ne se réchauffent pas, mais au contraire se refroidissent. Vous voulez dire qu’il n’y a pas de fonte des calottes glaciaires ? C’est un fait inconstestable ! Cependant, évitons de généraliser : dans le détail, la glace de mer fond au nord de la mer de Norvège ou dans la région des Aléoutiennes dans le Pacifique nord, où arrivent de l’eau marine et de l’air chauds. En revanche, la banquise ne varie pas au Nord du Canada. Comme l’écrit correctement M. Postel-Vinay, rédacteur de la revue La Recherche, « le gros de la calotte antarctique n’a pas fondu depuis sa formation, voici 60 millions d’années. » L’observation satellitale montre même qu’au cours de la période 1979-1999, qui est celle de la plus forte hausse supposée de la température, la surface de la banquise a globalement augmenté autour du continent antarctique. Au Groenland, certaines régions fondent, notamment sur les pourtours, mais la masse de glace augmente au centre de l’île, comme la masse de la plupart des glaciers scandinaves. Le refroidissement des pôles a atteint 4 à 5°C pendant la période 1940-90 - c’est-à-dire plus de la moitié, mais en négatif, de la valeur prévue pour 2100 ! C’est le démenti le plus flagrant apporté aux prévisions des modèles. Il est d’ailleurs surprenant que ceux-ci aient pu concevoir un tel réchauffement alors qu’il n’y a aucune raison physique qui puisse le justifier ! Est-ce seulement pour faire peur aux gens avec une prétendue montée des eaux qui en résulterait ? En revanche, ce qui est sûr, c’est que comme les pôles se refroidissent, la puissance et la fréquence des AMP augmentent, les contrastes de températures s’élèvent, les confrontations entre l’air froid et l’air chaud sont plus vigoureuses et le temps devient de plus en plus violent et de plus en plus contrasté dans nos latitudes. Il devient aussi toujours plus irrégulier, avec des périodes étendues de froid puis de chaud, des pluies abondantes et des sécheresses. Des records de chaleur comme de fraîcheur sont d’ailleurs constamment dépassés. Par exemple, le Canada a subi la pire tempête de verglas de son histoire en 1998, et la Le refroidissement des pôles a atteint 4 à 5°C pendant la période 1940-1990, c’est-à-dire plus de la moitié, mais en négatif, de la valeur prévue pour 2100 ! C’est le démenti le plus flagrant apporté aux prévisions des modèles.

Mongolie a connu deux hivers successifs tellement rigoureux que l’Etat a dû faire appel à l’aide internationale. Il serait donc plus judicieux de tenir compte de cette évolution réelle, plutôt que d’un hypothétique scénario à l’horizon 2100, pour assurer, par exemple, une meilleure gestion de l’eau, notamment dans le domaine agricole. La France n’est pas plus épargnée qu’une autre région du monde. Nous avons déjà eu des chutes de neige sur la forêt méditerranéenne, en 2002. La canicule de l’été 2003 est encore un autre exemple, bien qu’elle ait été présentée comme la preuve du réchauffement climatique par M. Besson, Président de Météo France. Cette erreur de jugement est à la base de la mise en place du plan anti-canicule pour l’été 2004, canicule qui n’a bien sûr pas eu lieu. J’avais pourtant adressé, en août 2003, une note rectificative aux principaux médias écrits et audiovisuels pour expliquer les causes de la canicule. Il s’agissait tout simplement d’une hausse de pression, elle-même conséquence d’une augmentation de fréquence des AMP, visibles sur les images satellitales, mais dont les modélisateurs ne veulent pas entendre parler ! Un article paru dans le quotidien Le Monde du 18 septembre explique que la violence du cyclone Ivan constitue précisément une preuve du réchauffement climatique. C’est très ironique car Ivan a connu des prédécesseurs plus redoutables que lui, comme Hugo, ou Andrews. En outre, le GIEC, dans les années 1990, prétendait que les modèles sont incapables de prévoir l’évolution de la cyclogenèse, qui ne montre aucune tendance à la hausse sur l’Atlantique Nord depuis un siècle. Les modèles annonçaient alors que le réchauffement allait nous apporter une plus grande clémence climatique : « Les tempêtes aux latitudes moyennes (…) résultent de l’écart de température entre le pôle et l’équateur (…). Comme cet écart s’affaiblira avec le réchauffement (…), les tempêtes aux latitudes moyennes seront plus faibles  », écrivait le GIEC en 1990. Mais aujourd’hui, puisque le temps n’est pas conforme aux prévisions, le même GIEC oublie ses propres dires et récupère la violence - plus médiatique
- du temps, en annonçant qu’il est précisément dû au réchauffement. Comment expliquez-vous une telle désinformation sur ce sujet ? Prédire le temps a toujours été une passion. Or, prédire que rien d’alarmant ne va se produire n’est pas très intéressant. Au début du XXe siècle, les prédictions alarmistes étaient déjà très à la mode. Cependant, elles n’ont jamais réussi à s’imposer, car tous les faits les contredisaient. C’est seulement à partir des années 1985 que sont réapparus, lorsque la climatologie a été monopolisée par les informaticiens, les scénarios les plus catastrophistes. Oubliant tout simplement la météorologie, les modélistes ont appliqué des calculs en vérité extrêmement simplistes dans des modèles super sophistiqués pour imposer leurs concepts. Mais les hypothèses sur le réchauffement climatique n’ont jamais été vérifiées par l’observation, pas plus au début du XXe siècle qu’au début du XXIe. La fameuse courbe du GIEC n’est qu’un artefact, constamment démenti par les mesures et les observations satellitaires. En réalité, le problème dit du climat est en permanence confondu avec celui de la pollution, deux domaines pourtant bien séparés, qui ne seront bien traités l’un et l’autre que lorsqu’ils seront dissociés. Il sert également de prétexte pour imposer une restriction à l’activité humaine, considérée à tort comme à l’origine du réchauffement climatique. La connexion d’intérêt qui s’est établie entre certains laboratoires, plusieurs institutions internationales et certains hommes politiques, a imposé la notion de réchauffement global. Suivre aveuglément les « recommandations pour décideurs » du GIEC fait passer à côté des phénomènes réels, dépenser vainement des sommes colossales pour des réunions par définition inutiles, et n’autorise pas des mesures de prévention efficaces contre les véritables aléas climatiques que nous allons connaître. A quoi sert de préparer l’économie d’un pays à un réchauffement, alors que tous ses thermomètres signalent un refroidissement  ? Finalement, le réchauffement climatique revêt de plus en plus un caractère de manipulation, qui ressemble vraiment à une imposture « scientifique  », et dont les premières victimes sont les climatologues qui ne perçoivent de financements que lorsque leurs travaux vont dans le sens du GIEC. < Le problème dit du climat est en permanence confondu avec celui de la pollution, deux domaines pourtant bien séparés, qui ne seront bien traités l’un et l’autre que lorsqu’ils seront dissociés. Il sert également de prétexte pour imposer une restriction à l’activité humaine, considérée à tort comme à l’origine du prétendu réchauffement climatique.

Les Trapps de Sibérie.

Par Le 09/02/2010

Un sujet totalement atypique mais c'est tellement fascinant...

 

http://jcboulay.free.fr/astro/sommaire/astronomie/univers/galaxie/etoile/systeme_solaire/terre1/extinction/page_extincperm.htm

 

Ca remet en place je trouve...

Paix des âmes...

Par Le 08/02/2010

Un très beau site.

 

http://www.blogg.org/blog-44210.html

 

De très beaux textes.

 

Le pont.

Par Le 07/02/2010

Le pont qui enjambe le torrent, et qui permet aux pèlerins d'aller au temple vient d'être emporté par les eaux tumultueuses du torrent. De ce fait les moines, les gens se rendant au monastère doivent faire un long et périlleux détour.


Après bien des hésitations il fut décidé de reconstruire un pont, oui mais voilà, depuis que la décision avait été prise un immense vacarme régnait au village.



Le forgeron était adepte d'un pont métallique... au moins c'est du costaud, il ne bougera pas...


Le charpentier lui ne pensait que bois...le bois ne rouille pas, il n'est pas aussi rigide que le métal, plus souple il résistera mieux....


- Votre pont en métal rouillera et se brisera, que dire du bois, il finira par pourrir  et les gens passeront au travers. Non la pierre est éternelle, elle ne craint pas la rouille, le temps, c'est un pont de pierre qu'il faut...


Au fur et à mesure des jours qui passaient les choses empirèrent et un poison insidieux et dévastateur s'écoula dans les rues du village.


Des groupes s'étaient formés derrière chaque artisan. Tant et si bien qu'aucune solution ne fut trouvée.


Ne sachant plus quoi faire on fit appel au moine, lui saurait ce qui est le mieux.


Après une longue marche il arriva au village, à peine fut il arrivé que tous l'entourèrent et  lui parlèrent en même temps...


- Alors vénérable qui a raison, quelle est la meilleure solution ?...


Le moine sourit et s'assit. Il regarda la foule, puis les trois artisans présents...


- Chacun de vous pense que ce qu'il fait est la meilleure des choses à faire, la seule évidente et possible. En cela vous avez un point commun, le bien de tous. Ce que je perçois c'est qu'au fond de vous, enfoui sans même que vous le sachiez il y a quelque chose de bien, chacun de vous pense et veut faire le mieux. Vous n'êtes pas si différents. Je m'adresse à cette partie de vous qui veut le meilleur, entendez cette petite voix en vous et alors vous saurez...


Déstabilisés les trois hommes se tinrent silencieux, en se regardant, comme s'ils se découvraient pour la première fois. Ils s'aperçurent que tous les trois souhaitaient la même chose. Ils sourirent  et virent l'autre
 avec un autre regard, celui de l'amour de l'autre.


Tout le monde rentra chez lui, apaisé.


On ne revit plus les trois artisans dans les rues du village. Un matin, prés du torrent, trois hommes travaillaient à remettre le pont en état.


Des bases solides furent taillées dans le roc par le tailleur de pierre, des piliers de bois prirent appui dessus. Le tout maintenu par des clés d'acier forgé, des renforts.


Enfin le pont fut terminé et pélerins et moines pouvaient à nouveau traverser le torrent sans risque.


Ce pont était le symbole de trois pas distincts réunis sur un même chemin, nommé amour.


L'hiver passa et à la fonte des neiges le torrent redoubla de violence, le pont bien planté sur ses bases de roc, flanqué de ses piliers de bois résistant, renforcé par l'acier ne bougea pas d'un cm.


Ce matin là parmi la brume humide des remous du torrent une silhouette se détachait, un homme était debout, qui souriait sa robe pourpre flottant au vent...



Serge.

Des processus.

Par Le 06/02/2010

Les physiciens ne considèrent plus vraiment qu'il existe des particules indifférenciées mais plus justement des processus qui les englobent. Sans ces processus, elles n'existent pas réellement. C'est évidemment très sommairement résumé...

Mais l'idée qui m'interpelle, c'est qu'il me semble que notre existence elle-même n'existe qu'à travers des processus semblables. Des processus internes et inconnus alors que nous attachons une importance considérable aux processus liés à nos conditions de vie. Notre enfance, notre attachement à une région ou un pays, à notre famille, à l'être aimé, à un travail, à une passion, à toutes les imbrications sociales, à nos traumatismes, à nos bonheurs, à nos espoirs, à nos échecs, à nos regrets...Un univers chaotique d'actes générés par des pensées chaotiques...Je vois dans ce fatras un amalgam de particules identifiées et dans l'incapacité de les observer individuellement tant leurs liens sont multiples et étroits, je finis par croire que l'existence prend forme elle-même dans ces particules. Mais les processus qui les ont animées, je les ignore, je n'en ai aucune connaissance parce que je n'ai pas assez de lucicidité, ni de persévérance. Je ne comprends rien à rien mais je m'obstine à vouloir établir une impression de maîtrise, de contrôle, de progression, de construction...C'est comme si je voulais figer des grains de pollens au milieu des bouffées d'air chaud. Les grains sont là, je les vois, je les reconnais mais je ne peux rien contre le vent qui les agite, contre ce processus vital qui les emporte au gré de ses hasards. Le pollen n'est rien sans l'agitation du vent. Il n'irait nulle part, tomberait au pied de son géniteur et finirait en germant de multiples pieds par étouffer l'arbre originel. Il faut aller plus loin. C'est pour cela que la Vie a créé les vents semeurs.

 

Je ne suis qu'un univers de particules animé par un processus vital. Je ne domime rien. Je lui appartiens. Le libre-arbitre est un leurre rassurant. Ma liberté consiste à identifier clairement tout ce qui me compose, tout ce qui m'agite, toutes ces particules qui font mes conditions de vie mais sans jamais perdre de vue que tout cela est dérisoire au regard de l'énergie vitale. C'est le processus qui vit. Je n'en suis qu'un grain de pollen. Mon voyage lui appartient. Ma tâche est de naviguer dans ces espaces de vie avec la capacité à recevoir et à comprendre ce processus, à l'étreindre, à l'aimer, à me détacher de ce calice qui porte en lui le processus. Il ne s'agit pas de le mépriser, c'est une enveloppe qui m'a été offerte, mais c'est ce qui l'anime qui se doit d'être aimé. Pas le convoyeur mais le message.

 

 

Vertiges

Par Le 31/01/2010

VERTIGES

 

« Il ouvre les yeux…

Un disque ardent rayonne au-dessus des montagnes. Des cascades de bleu glacé caressent les pentes de neige endormies. Un calme d’une froideur métallique emplit l’espace. Là-haut, une veilleuse s’est allumée et répand sur les choses envoûtées une lumière féerique, une limpidité cristalline. Aucun chuchotement n’ose troubler l’immobilité des montagnes. L’air, lui-même, est suspendu à cette vapeur bleutée. Le relief a perdu son agressivité, les pointes se sont nivelées, les cassures se sont comblées. Cette sublime phosphorescence attendrit l’ensemble et éveille une harmonie totale. Une cloche de verre semble protéger de toute intrusion ce lieu sanctifié. La lune donne sa clarté comme une bénédiction.

Il a l’impression que le disque blanc s’ouvre sur un autre monde, comme un hublot pour des spectateurs curieux…Il se sent observé…Cette idée voyage longuement dans son corps étalé, au creux de son cocon de neige. Cette atmosphère si intense résonne en lui comme dans une coque vide. Il se fond dans cette étreinte qui par moments s’adoucit de pâleurs ou se charge de mauves.

Il ne sait pas ce qui l’a réveillé…

Est-ce cette vibration subtile qui s’est insinuée dans son ventre, comme une onde souterraine remontée des âges glacés, ou cette mélodie de silences aigus qui a transpercé la carapace de son cerveau éteint ?

Il est trop près de la vie de la montagne, il ressent trop profondément l’ineffable beauté qui l’entoure pour pouvoir mourir. Il le comprend brutalement sans pouvoir l’exprimer. Les idées jaillissent en lui comme un flot libéré. La vie du monde est en lui et le soutient. Tant que ses yeux restent fixés à la Terre, il ne peut pas partir…Mourir, c’est retourner ses yeux au-dedans de soi et oublier l’Univers.

Cette phrase se grave dans son cerveau. Hypnotisé, il entreprend dans sa tête le lent processus de l’homme qui se lève. Ses genoux soudés par le froid se déplient en craquant, les coudes parviennent à se bloquer pour supporter le poids du corps, le dos, sculpté par la douleur, retrouve dans sa mémoire une posture acceptable.

Il est debout…Du moins, ses jambes le portent. Pour le reste du corps, trop tordu, il ne s’agit pas d’une position connue.

 

Le glacier s’étire devant lui, nonchalamment, maquillé par endroits d’embruns scintillants qui offrent à la lune leurs miroitements étoilés. Des clairières de lumière diffuse guident les présents de l’astre vers des étendues insatiables. Dans cette cérémonie amoureuse, tout n’est qu’offrande.

 

Comme un somnambule fasciné, il chemine lentement entre les crevasses ouvertes. Il perçoit dans ses os les craquements de la glace et son sang est teinté par la nuit bleutée…Il se croyait vidé de tout mais il comprend maintenant qu’il s’est simplement retourné…Son intérieur est dehors…Il a déjà ressenti cela, autrefois, sur un sommet…Peut-être n’est-ce pas si loin d’ailleurs. Il ne parvient plus à distinguer le temps qui passe. Il est assailli de sensations inconnues. Il saisit avec une précision extrême la rotation de la Terre, les courants d’air dans l’atmosphère, les soulèvements des océans aimantés par la lune, les mouvements indicibles de la croûte terrestre…Il en est presque effrayé. Tout ce qu’il capte est si éloigné de l’humain. Pourquoi lui donne-t-on à connaître tout cela ? Qui est responsable ?

Il ne distingue plus son corps.

Il regarde sa main et il aperçoit dans les rides des sillons d’étoiles filantes. Il emmène cette main vers l’endroit supposé de sa joue, mais il ne reçoit aucune information connue. Il a peur de disparaître dans l’espace, et, simultanément, il comprend que c’est déjà fait.

Il ne s’agit plus simplement d’une cellule au bout d’un doigt, travaillant aveuglément pour cette zone limitée, ignorante du corps qui la porte, il ne s’agit plus d’un individu vivant à l’intérieur d’un espace inconnu, insensible à l’immensité qui le contient. Il est entré ailleurs…Dans une dimension synergétique, dans un état d’ultime clairvoyance.

La cellule, au bout du doigt, est intimement liée au Tout…Et dans son entité, simple et unique, le Tout est inscrit…

Il devine alors combien il n’est pas lui. Mais bien plus. Sans savoir ce que c’est…Il est incapable de continuer sa découverte. Tout va trop loin. Il a l’impression brutalement que sa conscience est en expansion, qu’elle est inscrite dans le même élan qui porte l’Univers, qu’à l’intérieur de son crâne en fusion, un processus s’est engagé, qu’il ne contrôle rien et que ce n’est qu’un début.

Il voudrait être sûr de ne rien oublier mais sitôt pensée, l’idée disparaît. Il en ressent une profonde injustice. Plus il tente de se concentrer, moins il comprend…Il doit s’abandonner, il le sent. Tout ce qui se passe d’ailleurs, n’est que ressenti. La raison est trop restrictive. Il faut s’en dépouiller. Ne rien vouloir. Ce serait encore trop humain. Et l’humain est si faible. Il faut autre chose. Et c’est en lui, il en est certain. Mais où ?

Devenir la sensation pure.

Ne pas vivre dans le monde mais vivre du monde.

Non, la solution n’est pas en lui, il le sent, il le sait, la solution, c’est le monde…

Etre soi, c’est se défaire de soi et entrer dans la complicité avec l’espace, avec la matière vivante qui grandit inexorablement, comme sa conscience. L’Univers est en lui, il le comprend et il s’étend avec lui, sur sa lancée.

Il dérive dans des courants de lumière inconnue. L’étendue des révélations qui s’éveillent le bouleverse.

Une étrange impression de chaleur se pose sur son visage. Pourtant, rien à l’horizon n’indique la venue du soleil. Il voudrait comprendre mais sitôt prononcée, cette volonté anéantit toutes ses chances de saisir. Il cesse de penser et se laisse porter par sa marche lancinante.

Il écoute avec sa peau, et de nouveau une tiédeur le frôle.

Des courants solaires se sont insinués dans la nuit. Eclaireurs de l’astre, ils annoncent au monde l’élévation prochaine. Des effluves bienfaisants caressent sa peau. Il est heureux.

Il voit avec sa peau !

Jamais il n’aurait cru cela possible. Devant cette conscience nouvelle, il cherche encore à comprendre comme s’il ne pouvait pas se défaire de cette habitude. Il sait que quelque chose a changé. Mais il ne sait pas ce que c’est. Le mot « clarté » revient sans cesse. Il pressent qu’il ne s’agit pas du soleil ou d’une lumière visible mais d’un regard sur lui-même. Une compréhension mystérieuse qui lui avait toujours échappé. A la fois, et de nouveau de façon imprécise, il devine combien il lui reste de chemin à parcourir.

Intérieurement.

Comme si le fait d’avoir entamé une découverte, d’avoir entrouvert une porte inconnue, lui ouvrait un horizon gigantesque, un panorama infini de consciences, toutes, à mesure de leur éloignement, plus profondes les unes que les autres. Un sentiment d’excitation le gagne, remplacé aussitôt par une inquiétude profonde. Est-il capable de voir plus loin, a-t-il les capacités d’apprendre encore ? Et apprendre quoi ? Il ne sait pas ce qu’il reste à découvrir. Il ne domine rien.

Il n’est pas en apprentissage.

Il est en révélation.

Les idées l’épuisent. Tout va si vite. Il al ‘impression d’être ouvert. Et que toutes les idées existantes tombent en lui, c’est effrayant et bouleversant à la fois. Il voudrait continuer mais il ne sait pas dans quel sens diriger ses pensées…

Diriger…

Quel mot prétentieux ! Il en rirait s’il en avait la force. Qu’est-il donc s’il ne contrôle pas ses progrès, si tout lui arrive, si tout vient en lui mais qu’il ne soit pas capable de faire venir. Y a-t-il l’homme qu’il voit, qu’il peut toucher, sentir, et puis, caché derrière une conscience primaire et immédiate, un autre lui-même, différent, conscient d’autres consciences, connaissant d’autres connaissances, vivant une autre vie, une vie secrète, étouffée, maintenue cloîtrée comme si les révélations à dire faisaient peur. Et laquelle de ces deux vies, ou peut-être plus, est la plus réelle ? Celle du monde des vallées n’est-elle donc qu’un songe ? Celle-ci, loin de tout et surtout des hommes, est-elle encore une vie ? Ou juste une fuite ? Faut-il vivre parmi les autres quand on veut se connaître ? Ou la grande solitude est-elle la condition unique et indispensable ?

« Alors jusqu’ici, je n’ai jamais vécu ? »

La question est tombée. Il n’a pas pu la retenir. Dans le flot de pensées qui l’assaille, ce jugement implacable s’est imposé.

Il essaie de se sauver en se remémorant des évènements importants qu’il aurait réellement dominés, quelque chose qu’il aurait conduit, totalement, de l’essence même de l’idée à sa conception, de sa réalisation à sa conclusion et enfin l’enseignement à en retirer. Il ne trouve rien…Les idées lui ont été données, les cheminements ont été tracés, les enseignements lui ont échappé. Rien n’est de lui. Il n’a pas agi, il a réagi...Subir, seul ce mot lui convient. Un dégoût de soi, mêlé d’une épouvantable tristesse, le submerge…Rien ne lui appartient et surtout pas lui-même. Il le sent et c’est une douleur effroyable.

Il a été vécu. A travers l’autre, celui qui s’appelle Jonathan. Lui, le vrai, ne s’est éveillé qu’ici. Sa vie au grand jour commence.

S’il parvient à rester à la surface. Si Jonathan ne reprend pas la place.

Il cherche à établir une liste d’actes à accomplir pour rester maître de lui-même. Il ne trouve rien. Il est épuisé. Tout s’embrouille. Il découvre et ne peut rien retirer de cet enseignement. Il apprend sans comprendre pleinement. Tout continue à tomber en lui. Est-ce qu’il faut s’en contenter ? N’est-ce pas déjà un merveilleux chemin ? Que faut-il pour rester conscient ? Et penser que l’on est conscient, est-ce une preuve suffisante ? N’y a-t-il pas encore tromperie ? Penser que l’on pense à soi, est-ce un acte de maîtrise, une certitude d’avoir atteint un degré supérieur de conscience ? Celui qui est en moi possède-t-il un jugement impartial, totalement objectif ? Il a peur. Les mots sont effrayants. Il ne se souvient même pas les avoir appris un jour. Ils tombent en lui comme dans un gouffre béant. Le flot ne s’interrompt plus. Il sent pourtant, que cette fois, il doit se laisser porter, que cette fois, tout ce qui se passe en lui est bon à prendre. Même s’il s’agit toujours d’un état de dépendance, même si les idées ne sont pas à lui mais en lui, il convient simplement pour l’instant de les laisser éclater au grand jour, de les saisir le plus fidèlement possible, de les préserver enfin. Et peut-être un jour de les comprendre. Il doit cesser d’avoir peur…

Mais puisque ces idées sont en lui, elles doivent bien lui appartenir ! Tombent-elles de l’Univers dans un esprit prêt à les accueillir ou remontent-elles d’une mémoire gigantesque ? Tout est-il déjà inscrit quelque part à l’intérieur ? Cette connaissance suprême, comment la conserver, l’approfondir, la développer si elle disparaît sans prévenir, s’il est impossible de la contrôler. Si tout est perdu à chaque fois, comment atteindre la félicité ? Où la mémoire range-t-elle cette béatitude, cette lucidité extrême, cette complicité avec l’Univers ? Existe-t-il quelque chose de durable ?

Il n’a pas le temps de finir une phrase qu’une autre survient, qu’un flot de pensées absorbe le précédent, qu’une question s’impose avant le début de l’esquisse d’une réponse. Il est noyé de mots. Chaque révélation en appelle dix autres. Il croit devenir fou…Conscience, Univers, clairvoyance, harmonie, osmose, béatitude…Des mots ignorés semblent avoir pris vie en lui et s’écrivent dans un foisonnement inaltérable.

Comme si tout avait déjà été là.

Il descend…

NOIRCEUR DES CIMES : un chemin de croix.

Par Le 30/01/2010

9

Elle est sortie tôt le matin pour regarder monter la première équipe des Polonais. Lech faisait partie du groupe et en le regardant partir, elle avait réalisé qu’elle n’aurait plus l’occasion de parler en français.
Elle reconnaît maintenant, dans l’abri de sa tente, que leurs échanges restaient bien trop superficiels pour qu’ils soient compatibles avec une vie monacale. L’allusion la fait sourire. Elle est fière désormais de cette situation. Elle va écrire, réfléchir, mettre à profit ce retrait obligatoire, cette exclusion de la vie sociale, ce retranchement à l’intérieur de soi, cette exploration de territoires vierges, cette quête de l’Illumination, cette recherche de l’essentiel. Le flot d’expressions qui survient lui confirme la richesse intime de son état. Elle en est bouleversée. Le sentiment d’avoir basculé dans un nouveau paradigme, une vision décalée, un système à part, la nourrit d’une joie inexprimable, inconnue, singulière. Elle n’a aucun repère dans ce qu’elle éprouve et l’impression de « bien naître » lui revient à l’esprit. Elle est nouvellement née à un état de lucidité. Elle s’imagine s’extirpant d’une carapace humaine, accédant enfin à une nudité spirituelle, comme si l’accession du corps à la lumière du premier jour condamnait aussitôt l’esprit à l’enfermement. Ne devrions-nous pas dans notre parcours terrestre nous concentrer prioritairement à la libération de cette entité secrète emmurée par l’enveloppe insignifiante qui absorbe une bonne part des attentions de notre égo ?
Elle lève la tête vers les pentes empruntées par les Polonais mais le plafond nuageux est descendu et ils ne sont plus visibles depuis longtemps. Elle imagine les grimpeurs écrasés par des sacs monstrueux se hissant péniblement sur des roches glissantes, s’enfonçant dans des tapis de neige fragiles.
Le vent est tombé et elle est surprise par la vitesse à laquelle les conditions météorologiques peuvent changer. Les conditions de vie aussi d’ailleurs. Encore une fois, à cette idée, un sourire lui vient aux lèvres. Elle s’aperçoit que toutes les circonstances extérieures, tous les évènements les plus simples, deviennent désormais des occasions de nourrir quelques idées antérieures, quelques réflexions inachevées. Que son esprit semble percevoir le monde comme un tremplin à une introspection permanente. Le vivant qui nous entoure serait-il un stimulant de l’esprit et l’esprit stimulé parviendrait-il à percevoir le vivant avec plus d’acuité ? La perdition des âmes serait-elle liée à notre dispersion habituelle dans la multitude des contacts superficiels ? La vie en société étoufferait-elle le Maître intérieur, le Moi immuable pour ne laisser apparaître qu’un égo manipulateur et narcissique ? Elle pense aux ashrams et aux monastères et convient, en imaginant la paix de ces hauts lieux, qu’elle n’est sûrement pas loin de la vérité. Elle est un peu effrayée par ces pensées qui se succèdent, par la direction qui paraît s’imposer. Elle reconnaît n’avoir sans doute jamais poussée aussi loin, hors de toutes études livresques, sa propre analyse. Le vivant qui l’entoure se fond en elle, la nettoie peu à peu de ses inquiétudes temporelles, de ses habitudes communautaires, de ses dérives frivoles de citadine influencée. Elle le sent et, progressivement, elle l’accepte. Elle ne peut plus nier désormais avoir atteint une autre dimension, avoir ouvert une porte sur des horizons inconnus qui l’attirent avec la force d’un aimant puissant.
Elle lève de nouveau les yeux et, le regard errant sur les sombres pentes chaotiques, une immense bouffée de chaleur lui monte aux joues. Sans Luc, elle ne serait pas venue ici et elle n’aurait peut-être jamais franchi ce seuil. Elle lui doit cette découverte ou en tout cas une part. Cette révélation la consterne. Elle ne pensait pas lui devoir autre chose que des moments de doute, de déprime, de colère, de honte. Elle ne pouvait même plus clairement définir les raisons de sa présence dans ce camp, à attendre quelqu’un qui ne s’intéresse pas à elle et voilà que l’explication jaillit. Elle aimerait savoir si ses propres réflexions l’ont menée à cette conclusion ou si tout cela était déjà inscrit dans un destin à vivre. Cette nouvelle idée est apparue avec une telle brutalité qu’elle lui semble avoir été donnée, murmurée à l’oreille, insérée de force dans un esprit buté.
S’étaient-ils rencontrés pour parvenir à cela, était-ce un chemin tout tracé ou doit-elle féliciter son intellect d’avoir réussi à sublimer une situation douloureuse ? Sommes-nous responsables de nos découvertes ? Elle s’étonne de cette interrogation aux connotations mystiques mais elle ne la rejette pas. Elle veut se laisser entraîner par les horizons qui se dévoilent. Ils n’avaient rien à faire ensemble et ils s’étaient pourtant engagés dans une vie commune. Pour quelles raisons ? Etaient-ils maîtres de tout cela ? Cherchaient-ils simplement à mettre fin à leur vie de célibat, à répondre à des désirs physiques, à correspondre par cette vie de couple à l’image que les autres s’attendaient à recevoir ou devaient-ils répondre à une intention extérieure ? Son parcours universitaire n’aurait pas favorisé un tel dépouillement, elle en est certaine. Elle aurait eu besoin d’un temps infini pour absorber tous les livres lus, tous les enseignements rencontrés et parvenir peut-être à l’orée de la vieillesse à saisir dans tout cela sa propre vérité. Cette vie avec Luc l’avait placée dans l’urgence, dans une souffrance obsédante, réductrice, une fièvre continuelle, apaisée parfois par des étreintes fugaces, des sourires menteurs, des complicités inventées. Cette relation avait contribué à l’arrachement progressif des couches protectrices de l’être jusqu’à ce que le coeur pur apparaisse. Luc, inconsciemment, avait favorisé et accéléré ce déshabillage. « Il faut casser la coque pour faire sortir l’intérieur car si tu veux le noyau, tu dois briser la coquille. » Maître Eckhart l’avait écrit. Elle est heureuse de saisir pleinement ce que l’homme d’église voulait exprimer. Simultanément à ce bonheur, un doute survient. Qu’aurait-elle compris de cette situation si auparavant elle ne s’était pas nourrie de tant de livres ? Aurait-elle pu en retirer l’essentiel ? Ses études étaient-elles destinées à cela et non prioritairement à devenir universitaire ? Cet intellect, dont elle se méfie désormais, n’a-t-il pas permis, à travers tous les enseignements qu’il contient, l’élaboration salvatrice d’un prolongement inespéré ? Ses connaissances ne l’ont-elles pas sauvée d’une rupture désastreuse, d’un échec inutile, d’une fin dérisoire ? Ce qu’elle entrevoit, dans toutes les réflexions qui s’enchaînent, elle le doit à ce mental qui l’a pourtant également trompée, conduite vers des entêtements infatués, des conflits stériles, des brisures répétées. Ne risque-t-elle pas de rechuter au moindre relâchement?
Elle se sent un peu perdue soudainement et elle craint que tout n’aille trop vite. Comme si le franchissement d’un seuil conduisait aussitôt à une nouvelle porte mais que le battant à pousser se révélait toujours plus lourd. L’impression que tout cela n’est pas qu’une errance hasardeuse mais un dessein qui lui échappe s’inscrit fortement en elle et sa petitesse dans le cadre écrasant des montagnes qui l’entourent prend une dimension bouleversante. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des nécessités. Elle distingue dans cette conclusion l’obligation de se laisser porter et de saisir chaque instant qui se présente. Elle comprend davantage le « lâcher prise » qui lui plaisait tant. Elle n’en avait saisi que la part intellectuelle sans avoir jamais éprouvé « physiquement, » au plus profond de ses fibres, l’absolue réalité. Nous ne pouvons rien tenter de dominer sinon l’instant présent qui nous est offert. L’enseignement essentiel tient dans cette phrase. Le reste n’existe pas.

Elle est sortie. Sur le plateau regroupant les tentes des diverses expéditions, l’activité est intense. En marchant sans but, elle laisse ses regards dériver sur les diverses personnes qu’elle voit s’agiter et se demande si chacune d’entre elles a conscience de la vanité de cette effervescence. D’avoir accueilli pleinement cette vision de la vie immédiate insuffle en elle une paix profonde, un soulagement libérateur. Ne plus lutter, c’est se donner la possibilité de vivre…Sa liaison avec Luc ne lui apparaît plus comme une entrave mais comme un chemin. Elle s’en étonne et simultanément cela la tranquillise. Elle cherche déjà le moyen de le lui faire comprendre et se dit aussitôt qu’elle n’a pas à s’inquiéter. Il le ressentira si elle sait garder en elle ce calme qui l’habite. Elle veut rester confiante et se reprend aussitôt en reconnaissant qu’elle ne doit rien vouloir. Elle admet que ce qu’elle découvre n’a rien de superficiel ou d’aisément accessible et réclame une exigence de chaque instant. L’abandon complet des habitudes néfastes. L’hypothèse d’une ascèse spirituelle la submerge d’une onde de chaleur. Elle a l’impression physique de grandir et elle s’en amuse.
D’un pas léger, elle s’éloigne sur le plateau en contemplant les paysages intérieurs qui l’invitent. Ne plus lutter, c’est se donner la possibilité de vivre. Le désespoir est une voie d’accès. Espérer, c’est toujours refuser ce que le présent propose, c’est se projeter follement dans un espace temporel que l’égo vénère. « Je voudrais mourir totalement désespéré, » avait écrit André Gide. Trompés par la perception erronée d’un mot mal aimé, beaucoup avait vu dans cette phrase l’aveu d’un homme déprimé alors qu’il s’agissait de la preuve d’une vie accomplie, la conclusion sereine d’un être apaisé, qui n’a aucun regret et plus aucune envie, nourri de la conscience d’avoir usé jusqu’au bout le temps présent qui lui a été proposé. La construction d’un projet ne doit pas aliéner l’individu à des suppositions multiples et incontrôlables. Elle pense à la tension extrême qui habitait Luc depuis des mois. Parviendra-t-il au moins à profiter pleinement de quelques instants ? Ou restera-t-il l’esclave de la construction mentale de cet égo qui étouffe la conscience ? Trouvera-t-il les ressources intérieures à cette béatitude qu’elle connaît alors qu’il ne dispose pas des références culturelles dont elle s’est abreuvée depuis des années ? Elle craint que son parcours ne soit qu’une errance interminable.


Ils se sont assoupis un long moment. Les bourrasques de vent glacé ont tiré Luc de cette absence agitée où son corps alourdi par des fatigues pesantes s’était réfugié. Entre chaque rafale, il écoute avec appréhension la respiration saccadée d’Etienne qui continue à tousser malgré le sommeil profond dans lequel il est enfoui. Sa gorge semble encombrée de glaires qui l’étouffent. D’inquiétants gargouillis rythment les souffles qui s’échappent péniblement.
Les flocons frappent la tente avec force et Luc imagine la dureté des conditions extérieures. Ils ne pourraient pas faire cinquante pas dans cette tourmente. Sans l’abri précaire de la tente, ils seraient déjà morts de froid. Il sait qu’ils doivent boire mais la lourdeur de son corps le maintient dans la chaleur protectrice de son duvet. Il lui faut de longues minutes pour réussir à sortir un bras, à regarder sa montre, à secouer doucement Axel.
« C’est quelle heure ? demande celui-ci après quelques bougonnements.
-Treize heures trente.
-Putain de temps ! On sortira plus aujourd’hui.
-Faut espérer que ça va pas mettre trop de neige, tu sais que ça donne ici.
-Ca, pour descendre rapidement, y’a pas mieux qu’une avalanche. On sera vite rendu au camp de base.
-Ca va toi, t’arrives encore à faire de l’humour !
-Ouais, noir, l’humour, très noir…Fais chier. Il nous fallait juste une journée de beau et on se tirait d’ici. Tu sais que plus bas, si ça se trouve, le temps est tout à fait acceptable. A deux cents mètres près, la différence peut être énorme. Là, on est coincé pile où il faut pas.
-Ouais, je sais.
-Putain, t’entends la respiration d’Etienne ? Ca, si c’est pas un œdème pulmonaire, je sais pas ce que c’est…Faut qu’on descende, putain. C’est le seul moyen de le sauver.
-Tu sais bien que si on sort, dans une heure il est mort. »
La conscience d’un piège puissant les mure dans le silence. Plus rien à dire. Plus rien à faire. Sinon attendre. Et espérer même si c’est inutile et n’influence en rien les conditions météorologiques. Luc le sait mais il ne peut s’empêcher de laisser dériver son imagination qui entrevoit la fin de la tempête, le retour du soleil, l’essoufflement du vent, la rencontre avec une expédition montant vers le sommet et leur apportant un soutien salvateur. Quelques heures d’accalmie suffiraient. Juste quelques heures pour rentrer en vainqueur du K2. Les journaux, les sponsors, sa formation de guide, l’obligation pour son père de reconnaître son talent, ses capacités, son avenir…Tout prendrait une nouvelle dimension.
L’idée le réchauffe quelques instants puis soudainement l’image de Tanguy le frappe. Il s’en veut aussitôt de l’avoir déjà relégué au second plan, d’avoir rejeté son souvenir dans une mémoire fugace, fragile, lointaine. Un puits d’oubli empli de peur. Celle de sa propre mort. Il le sait.


Elle est retournée à la tente. Allongée dans son duvet, elle écrit. Elle veut garder une trace de tout ce qui vibre en elle, de cette conscience nouvelle qui a pris forme et cherche à s’étendre. Elle tente de mêler ses connaissances à ce qu’elle ressent et d’établir des liens lui permettant de solidifier les pensées fragiles qu’elle a peur de perdre. Le philosophe Pascal expliquait qu’on ne vit jamais pour le présent mais un peu pour le passé et beaucoup pour l’avenir. « Nous ne vivons jamais, nous espérons de vivre. » Elle a retrouvé ce texte dans un de ses carnets et il lui apparaît maintenant avec une clarté absolue. « Nous ne vivons jamais… » La sentence lui avait semblé exagéré, elle avait vu une tournure intellectuelle, ignorant la terrible justesse de la formule. Espérer, se projeter, imaginer, attendre ou se souvenir, regretter, se repentir, se morfondre, toutes les constructions mentales nous éloignent de la vie, de l’immédiate réalité que nous ne devrions jamais délaisser. Toutes les dispersions qui nous animent sont des obstacles au lieu d’être des chemins. Rien d’utile n’en ressort. Elle ne trouve comme explication à cet aveuglement qu’une volonté inconsciente de se détourner de l’idée de la mort. Etre impliqué dans l’instant présent incombe paradoxalement que l’individu soit également confronté à l’idée angoissante de sa fin. Le passé, au contraire, confère une identité installée et le futur comporte une projection dans la durée. Par conséquent, ces deux menteurs autorisent l’égo à se libérer d’une possible disparition immédiate. Si je suis là, il est donc possible que dans un instant, je n’y sois plus. Le passé comme le futur sont de puissants palliatifs hallucinogènes. Nous oublions de vivre l’instant présent par peur de la mort. Succombant dès lors à l’ennemi que nous redoutons et que nous cherchions à vaincre en usant de notre intellect. Abandonner tout espoir place l’individu dans l’impossibilité de se disperser dans les illusions temporelles et lui permet de saisir dès lors l’absolue splendeur de l’énergie qui vibre en nous. « Nous sommes tous résignés à la mort; c’est à la vie que nous n’arrivons pas à nous résigner. » Elle se réjouit de retrouver en elle cette citation de Graham Greene et de la comprendre enfin.
Elle écrit avec une énergie décuplée, souffrant presque de ne pas pouvoir suivre de la main la vitesse de ses pensées.
Elle conçoit l’alpinisme comme un désir profond de se plonger dans un présent intense, de porter à ébullition les forces concentrées, sans se soucier d’une mort acceptée. Elle imagine que tous les grimpeurs montant vers les cimes cherchent à atteindre un état de lucidité, une connivence absolue avec leur être profond, une béatitude libérée des lourdeurs quotidiennes. Luc est inscrit comme elle dans une démarche ascétique mais il n’en a peut-être jamais pris pleinement conscience. Elle devra le lui montrer, lui faire comprendre clairement les raisons essentielles de cette passion dévorante, lui prouver surtout qu’il dispose déjà des réponses qu’il espère trouver sur les sommets, qu’il n’est pas nécessaire d’éprouver ses forces sur des montagnes incertaines pour atteindre des altitudes éthérées et purificatrices. Le chemin est intérieur. Elle sait néanmoins qu’il ne servira à rien de l’inonder de paroles ésotériques, qu’il n’y percevra qu’une humiliation supplémentaire, qu’elle devra simplement lui faire part de sa propre quête, de ses découvertes, de ses révélations et opposer sa félicité à son entêtement. Elle convient d’ailleurs n’avoir jamais su s’y prendre et avoir cherché stupidement, dans des confrontations répétées, l’établissement de sa propre contenance, comme si sa supériorité intellectuelle pouvait installer en elle une réalité existentielle, comme si sa domination sur l’esprit entier de Luc pouvait favoriser l’éclosion de sa propre unité. Elle sent monter en elle une réelle empathie à l’égard de Luc, une compassion qui l’émeut. Elle s’en veut de s’être laissée emporter, d’avoir perdu durant ces années conflictuelles un temps précieux. L’idée que tout cela pourtant était nécessaire la soulage. Les mensonges de l’ego sont des douceurs redoutables et le Moi immuable ne peut s’en délivrer qu’à travers la souffrance. C’est la marque de notre petitesse. Nous n’avons pas accès naturellement à la sagesse. C’est un chemin de croix.

 
 
 

Vidéos de Grégory Colbert

Par Le 30/01/2010

D'une beauté incomparable.

http://www.youtube.com/watch?v=1DH43XO02k0&feature=related

 

http://www.youtube.com/watch?v=Mh9uo10-I1w&feature=related

 

Elles sont toutes à voir, à revoir, à partager aussi.

Krishnamurti : L'unité

Par Le 30/01/2010

"La pensée juste va de pair avec la connaissance de soi. Sans elle, votre pensée n'a aucune base, sans elle, ce que vous pensez n'est pas vrai.
Vous et le monde n'êtes pas deux entités séparées, avec des problèmes distincts. Vos problèmes et ceux du monde ne font qu'un. Vous pouvez être le produit de certaines tendances, de certaines influences liées au milieu, vous n'êtes cependant pas fondamentalement différents les uns des autres. Sur le plan intérieur, nous avons quantité de ressemblances ; nous sommes tous mus par l'avidité, la malveillance, la peur, l'ambition et ainsi de suite. Nos croyances, nos espoirs, nos aspirations ont une base commune. Nous ne faisons qu'un ; nous ne formons qu'une seule et même humanité, en dépit des frontières artificielles de l'économie, de la politique et des préjugés, qui nous divisent. Si vous tuez quelqu'un, c'est vous-même que vous détruisez. Vous êtes le centre de ce tout et si vous ne vous comprenez pas vous-même, vous ne pouvez comprendre la réalité.
Nous avons de cette unité une connaissance intellectuelle, mais nous gardons nos connaissances et nos sentiments dans des compartiments étanches, et voilà pourquoi nous ne faisons jamais l'expérience réelle de cette extraordinaire unité du genre humain."
Krishnamurti.

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