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Se libérer du connu.

Par Le 22/12/2009

Se libérer du connu

 

Ce titre d'un ouvrage de Krishnamurti m'a amené encore une fois à m'interroger sur les religions et l'emprise qu'elles exercent sur l'individu.

Existe t-il une voie d'Eveil passant par les religions ou sont-elles une entrave à l'élévation spirituelle qu'elles annoncent?

Pour Krishnamurti, les enseignements prodigués par Jésus ou Bouddha ont été interprétés puis dogmatisés par ceux-là mêmes qui voulaient transmettre l'enseignement et qui n'avaient sans doute pas atteint le même degré de spiritualité que ces Maîtres. Les messages éducatifs se sont alors transformés en doctrines et sont devenus aliénants, conditionnant pour l'homme au lieu de l'aider à progresser vers lui-même. Les enseignements spirituels expliquent pourtant que l'être humain doit renoncer à l'attachement et à l'identification, se libérer de l'égo pour atteindre une connaissance supérieure ne se trouvant pas dans les livres, une vérité qui est au-delà des mots et du savoir acquis, de la tradition, de la transmission elle-même. La connaissance de soi est une clé pour l'ouverture de l'être et elle peut se produire par l'attention, une lucidité de chaque instant. Les religions en oeuvrant pour elles-mêmes ne détournaient-elles pas les hommes de la voie réelle de l'Eveil ?

Comment cette démarche personnelle pourrait-elle prendre forme dès lors que l'individu situe sa démarche dans une doctrine qu'il n'a pas éprouvée intrinsèquement mais dont il a eu connaissance par un savoir transmis par les livres et les religieux ? Des Textes anciens peuvent-ils conduire à la connaissance de soi ou bien sont-ils un alourdissement de l'âme qui va s'évertuer à suivre des pratiques et des préceptes comme autant de balises ? Où est l'individu dans cet imbroglio émotionnel, liturgique, dogmatique ? N'y a-t-il pas davantage de risque de se perdre en "croyant" s'ouvrir à un état de plénitude ? Les Maîtres l'ont vécu parce qu'ils avaient oeuvré toute leur vie à cette élévation. Se peut-il que les religions dispensent cette connaissance de soi à travers de simples écritures alors que les Maîtres ont effectué un travail personnel gigantesque avant d'éprouver un changement de conscience ?

L'impression qu'on travaille à l'envers... Les religions, si elles ont quelque chose d'essentiel à dire, ne sont accessibles qu'à l'individu ayant déjà oeuvré pour l'élévation du niveau de sa conscience. Entamer une démarche spirituelle en adhérant précocement à une religion revient à mon sens à s'enfermer définitivement et à se priver de toute ascension. Comme un fardeau dont on se charge en pensant qu'il va nous alléger.

Je pense aujourd'hui que l'embrigadement dont les religions se nourrissent, que ce fonctionnement ritualisé, cette adhésion mirifique à des histoires détournées sont devenus des freins gigantesques. Elles ont perdu le Mystère en l'enfermant dans un coffre adoré.

Se libérer du connu, c'est donc également se libérer des religions.

Il est préférable de s'engager sur le chemin vierge de notre existence, de se réjouir des rencontres, de se sustenter prudemment, par petites bouchées de toutes les nourritures spirituelles proposées, que d'adhérer éperdument à un concept.

On ne prend pas le risque d'une errance. On réunit patiemment les pièces de notre propre puzzle. Comme un être divin qu'on inviterait timidement au lieu de se glorifier des fausses certitudes d'une rencontre organisée.

Mon souhait le plus profond est d'émouvoir Dieu, l'Un. Tout autant qu'il me bouleverse. Puisque la Vie diffusée par cette Unité ruisselant de toutes parts me fait pleurer de bonheur, je veux offrir à cette énergie créatrice l'hommage qui viendra de mon coeur, de mon âme et non des Textes sacrés. Je préfère rester libre et ne rien découvrir que d'aliéner mon âme dans l'attente d'une libération post-mortem.

Il ne m'intéresse pas de croire en Dieu. Il m'intéresse de le connaître. Les religions ne sont pas une voie de connaissance mais de croyances. Ca ne me suffit pas.

"Je crois en Dieu" est une phrase pleine de doutes. "Je crois que demain il pleuvra." On est dans le même registre.

Dieu me connaît. Il me reste à le connaître. Il m'a déjà séduit. Je veux en faire de même. A travers mes propres hommages.

La spiritualité.

Par Le 22/12/2009

Ce monde que nous croyons connaître.

La spiritualité est une découverte constante au coeur de la réalité. "L'homme n'est que l'ombre de l'Homme qui est l'ombre de Dieu." Et parce que la spiritualité exige de la part de l'individu une découverte et une élaboration totale, depuis la source, de la voie qui l'élève, il est actif et non "utilisé"...

L'absence de repères établis autorise l'individu à oeuvrer pour lui-même, non dans une voie reconnue et balisée, mais dans l'élaboration obstinée de ses propres horizons. "Voilà où je veux aller." Et non "je voudrais aller là où vous êtes." La spiritualité est un chemin solitaire. Les rencontres sont des apports et non des soumissions, elles enrichissent celui qui y perçoit le diamant qui lui convient et non celui que les instances dirigeantes lui ordonnent d'honorer.

La foi n'est pas là. Ce monde religieux n'est pas le monde spirituel. La spiritualité n'a pas de fil conducteur, elle n'a pas de Bible, aucun texte Sacré, elle ne réclame aucune fidélité, elle accepte les errances, les changements de voie, les recherches multiples, elle reconnaît que l'individu est une unité existentielle et qu'il possède ce droit essentiel du choix.

Le fonctionnement vis à vis de Dieu me semble être le même. Nous nous engorgeons de données liturgiques sans les comprendre autrement que par auto-persuasion, par goût de l'appropriation partagée, comme une nouvelle technologie ou une nourriture exotique. Nous en apprenons l'usage mais nous ne comprenons rien de son origine, de sa réalité, du mystère qui l'habite. Et croyant (justement) que ces religions nous élèvent, nous ignorons respectueusement que nous les servons. La tristesse inhérente à cette absence d'élévation malgré ce don de soi que nous maintenons à travers des pratiques ou des lectures, cette désillusion prolongée ne font que renforcer l'adhésion forcenée dans l'attente impatiente d'un "signe", d'un bonheur, d'une révélation, d'une protection accordée... On entre dans l'addiction. La lucidité est exclue.

L’homme moderne est ainsi un être qui “ne sait rien” au sujet du fonctionnement du monde, de l’économie, de ce qui fait son quotidien, de son corps, de sa vie. Ou, en tout cas, si information il y a, elle lui arrive depuis un extérieur spectaculaire envers lequel il reste passif et éloigné. En d’autres termes, nous sommes chaque jour plus informés des choses dont nous ne savons rien. La tristesse comme symptôme de l’impuissance est alors la conséquence de cette déréalisation du monde. » Miguel Benasayag

« Notre société est constituée d’utilisateurs, de consommateurs qui, le plus souvent, ignorent tout de la façon dont fonctionnent les appareils et mécanismes qui les entourent et qui constituent le monde dans lequel ils vivent. Ainsi, tout en croyant être utilisateurs, nous finissons par devenir nous mêmes “utiles” au service des différentes techniques. Cela vaut bien sûr en ce qui concerne les techniques plus ou moins sophistiquées qui composent le paysage quotidien, mais notre ignorance s’étend également aux domaines économique, politique, etc.

Lutter contre le vent.

Par Le 22/12/2009

Je me souviens que lorsque je roulais en vélo en Bretagne, je me retrouvais souvent face au vent et le vent en Bretagne, c'est un phénomène puissant...Alors, je rentrais dans une lutte redoutable, je m'imaginais le découper, le repousser, chercher à entrer dans sa masse invisible et le détourner de mon corps, je combattais de toutes mes forces, obstinément...Et je finissais toujours par m'épuiser...

J'ai découvert un jour que je pouvais au contraire me fondre en lui, glisser dans ses arabesques, jouer avec lui comme un avec un partenaire exigeant...Cette attitude me comblait de bonheur sans que je comprenne vraiment pourquoi. Je ne luttais plus, j'essayais d'être en osmose. C'était devenu un jeu...

En écrivant "Les Eveillés" et en analysant mon parcours de vie, j'ai réalisé que mes errances et mes douleurs relevaient davantage d'une lutte constante contre les tempêtes de l'existence que des conséquences réelles de ces tempêtes. Je m'appropriais ces difficultés et je m'identifiais à elles. Je n'étais jamais dans l'acceptation des choses mais dans un combat, spirituel, intellectuel et physique...J'y ai laissé une énergie considérable sans jamais trouver la sérénité de l'osmose. J'aurais dû me souvenir de ces expériences à vélo mais je préférais l'image du combattant infatigable. Mon égo me tenait.

Respecter la vie, c'est accepter ce qui est, donner à ce qui est l'image du vent qui souffle. Soit j'adapte mon allure et je me réjouis de l'instant, quelques soient les difficultés pour progresser, soit j'entre dans une lutte déraisonnée en croyant être le plus fort, en pensant que ma raison me sauve alors que c'est mon égo qui me domine. En ne me perdant pas dans une lutte sans issue, je préserve mon énergie pour la concentrer sur l'acte le plus adapté, je ne m'égare pas dans des tentatives et des intentions inaccessibles mais je reste à mon niveau, dans un état de plénitude favorable à une acceptation inconditionnelle de ce qui est. Dès lors, je glisse sans à coups et sans heurts dans la masse invisible de la vie.

"L'enfer est là parce que tu veux en sortir."

Karl Renz.

Il en est de même avec nos pensées. Ce ne sont pas nos pensées qui nous font souffrir mais notre attachement à nos pensées, comme si elles étaient nous-mêmes alors qu'elles ne sont qu'une version de la réalité qui est en nous. L'attachement à nos pensées vient de ce que nous les tenons pour vraies sans les avoir examinées avec la distance indispensable. Etre celui qui observe ce qu'il pense et dès lors se détacher de la pensée et ne pas la laisser nous saisir ou ne pas s'identifier à elle.

Nous vivons les pensées comme des croyances auxquelles nous adhérons sans les avoir autopsiées avec la raison nécessaire à l'éveil. Nous sommes "endormis" par les litanies de pensées tourbillonnantes, anesthésiantes ou énergisantes. Elle ne sont que des hallucinogènes et nous sommes des toxicomanes à l'attachement et à notre "sommeil."
L'enfer, c'est nous.



Un entretien

Par Le 22/12/2009

Avec Richard KELLER, écrivain.

Très intéressant dans son parcours et la passion qui l'anime.

http://www.savoie-litterature.com/?p=98

 

Un témoignage utile pour les auteurs en quête d'éditeur...

Corps et conscience. (spiritualité/conscience)

Par Le 20/12/2009

Ai-je un corps ou suis-je mon corps ?

Si je parviens à répondre à la question, il aura bien fallu que j’aille chercher la réponse en moi, c'est-à-dire dans l’antre qui contient ma conscience. Je ne peux concevoir que cette conscience, ou cette raison, soit une entité extérieure que je vais saisir dans mon environnement pour m’en servir. Ma conscience est incarnée. Ma réflexion est inséparable de mon corps, elle y est enracinée comme dans une terre. Mon corps est par conséquent un support, une enveloppe mais il est aussi un « filtre » par lequel toutes les expériences viennent à mon cerveau. Si je peux penser à mon corps, c’est bien parce que je le ressens, je le perçois, j’en reçois également une image. Par contre, il est évident que cette image évolue avec le temps et l’accumulation des expériences. Ce corps n’est pas figé et la conscience que j’en ai fluctue.

Si ces changements surviennent, c’est également que je ne suis pas seulement ce corps, comme une pierre est une pierre, mais que je dispose d’une capacité consciente à « m’extraire » de ce corps pour l’identifier. Ma conscience est par conséquent indépendante de ce corps, elle ne lui est pas seulement inhérente, elle n’est pas intrinsèquement englobée, elle a un pouvoir d’auto réflexion. Elle reçoit les informations reçues par le corps, elle les analyse mais elle a en plus la capacité à conscientiser ce processus. J’ai conscience de ma conscience. Ma conscience n’est pas qu’un récepteur comme peut l’être un ordinateur en état de marche, elle a également le pouvoir d’observer l’expérience et l’expérimentateur… D’avoir conscience de lui, indépendamment du corps. Dans cette situation là, le corps n’est plus le support de l’identité mais l’objet étudié qui permet à la conscience de prendre forme. Je ne suis pas mon corps, j’ai un corps qui me sert d’objet d’expérience afin d’offrir à ma conscience un piédestal.

Ca n’est pas pour autant que ce corps est méprisable et doive être considéré comme un fardeau dont il faut que la conscience se libère. Ca serait absurde, comme une lobotomie sensorielle. A quoi me servirait-il d’analyser ma conscience auto réflexive s’il n’y a aucune expérience à laquelle je puisse me référer ?

Il n'y a pas de conscience sans corps.
"Corps et conscience font un". Pour Spinoza, l'esprit et le corps ne constituent qu'une seule et même substance, une imbrication constante entre le champ d’expérience de la pensée (l'esprit) et le champ sensoriel (le corps).

Pour des philosophes matérialistes comme Diderot ou Nietzsche, la conscience est une simple extension de l'organisme. Les neurologues aujourd'hui déterminent ce que je pense et ce que je ressens qu’en fonction de notre corps. Il semblerait par conséquent que je ne sois qu'un corps qui « raisonne ».

Ma conscience pense "je suis", mais sans pouvoir se passer du récepteur corporel. On pourrait donc valider la phrase et dire "je suis un corps".



Pour Descartes, la conscience, bien qu'étroitement unie au corps, est radicalement distincte de lui. « Je ne suis pas mon corps. »
"La conscience est abstraite". Lorsque je pense "je suis", ma conscience se saisit elle-même comme conscience, en faisant abstraction de mon corps. La conscience du corps n’est qu’une option secondaire. Le corps n'est donc qu'un des objets parmi d'autres qui peuvent occuper la conscience. Descartes est intransigeant et ne veut pas être assimilé à un corps qui souffre et qui lui échappe…
Lorsque je pense, je n'ai pas conscience de mon corps et je n’en ai même pas besoin. Ma conscience et mon corps sont donc distincts et pour Descartes on doit dire "j'ai un corps". Le dualisme cartésien se sert du dualisme chrétien. Il n’y a qu’à lire Schopenhauer pour juger des dégâts…Mesdames, cachez-vous, ne tourmentez pas les consciences supérieures des mâles… Beurk…




Bon, la conscience est donc incarnée, la conscience et le corps ne font qu'un. Je m’en tiens à cette idée.
Il serait illusoire d'imaginer que la conscience puisse être abstraite, totalement coupée du corps. La psychanalyse essaie bien d’ailleurs de réconcilier la conscience et le corps, le moi (ou le surmoi) et l'inconscient, afin de permettre à l'individu de vivre dans la plénitude. Il n’y a aucun « ennemi » en soi, il n’y a que des entités ignorées, par éducation, conditionnement ou traumatismes.

Le zazen travaille également dans cette voie. La maîtrise du corps favorise le développement de la conscience. Il n’est pas question de s’extraire du corps mais de l’éprouver pleinement, en totale conscience, avec amour et cette expérimentation génère un état de conscience sublimé.

On peut s’interroger maintenant sur les états de conscience modifiée déclenchés par des situations particulières.
Les NDE ou d’autres situations moins extrêmes.

 

De quoi est constituée cette conscience... Elle me semble très liée à la mémoire. Par exemple, je sais très bien que la neige, le glaçon dans mon verre, les nuages, la pluie, la vapeur au-dessus de la casserole sont des états différents d'un même élément. Mais je ne peux le savoir qu'en ayant expérimenté diverses situations cognitives ou sensorielles. Les conclusions sont insérées dans ma mémoire et lorsque je suis confronté à une nouvelle situation, la conscience que j'en ai est générée par le rappel à cette mémoire. Pourtant cette conscience n'est pas qu'une mémoire étant donné qu'il a bien fallu la première fois que j'use uniquement de ma raison pour valider les expériences. On peut donc considérer que la conscience est liée à la mémoire mais qu'elle peut aussi fonctionner sans elle. Il faudra simplement multiplier les situations pour que les acquis soient stables. La conscience a donc besoin d'une "énergie" pour rappeler les acquis. Le corps est bien souvent utilisé comme filtre mais pas nécessairement. Mais qu'en est-il de cette "énergie" qui servirait d'agitateur à la conscience ? Dans un de mes romans, un guide de haute montagne est amputé d'une jambe. Pour l'écrire j'ai passé deux journées dans une clinique spécialisée en prothèse et rééducation et j'ai discuté avec des soignants et des soignés. "Le membre fantôme" est un phénomène étrange puisque la personne amputée a des sensations très précises, jusqu'à la douleur, avec des envies irrépressibles de se gratter les orteils, le mollet...Il reste une "conscience" de l'élément perdu et ça dure parfois jusqu'à la mort malgré les médicaments...La mémoire ne s'efface pas et la conscience reste totale. Un autre témoignage transmis par un kiné faisait état des rêves de personnes tétraplégiques et qui racontaient leurs cavalcades pendant la nuit. Des années après leur accident, elles gardaient en elle une perception très précise de la marche...Elles en avaient encore totalement conscience. D'où vient dès lors l'automatisme du bébé quand on lui fait le test de la "marche"? Il n'y a pas de mémoire là...D'où vient cette "conscience"? Un geste instinctif...Oui, mais c'est quoi l'instinct ? Où le range-t-on par rapport à la conscience ?

 

Site "philosophie et spiritualité."
Un extrait da la leçon "corps et conscience".

« Deepak Chopra oppose deux images du corps, celle de la sculpture et celle de la rivière. Nous avons tendance à penser la réalité du corps à partir du concept de chose. Nous y voyons une sculpture faite avec de la matière, ou à la rigueur – mais c’est la même idée – un automate fait avec beaucoup de petites choses, des pièces qui en font une machine. Mais comme ce corps, c’est aussi un corps vivant, et remarquablement structuré par une sorte de technicien intérieur, on a imaginé qu’il fallait nécessairement lui adjoindre une âme-vitale : « on a d’abord désigné ce technicien sous le nom d’âme, puis il semble avoir été déchu au rang de fantôme que l’on imagine enfermé dans la machine ». Il y a une faille dans ce raisonnement, car « le corps ressemble bien plus à une rivière qu’à un objet figé dans l’espace ». Et c’est à la physique nouvelle que nous devons ce changement de regard sur les soi-disant objets matériels. Le corps est dans un flux permanent. « Quatre-vingt-dix-huit pour cent des atomes de l’organisme étaient absents un an auparavant. Le squelette qui semble si solide n’était pas le même trois mois plus tôt…La peau se renouvelle tous les mois. La paroi de l’estomac change tous les quatre jours et les cellules superficielles qui sont au contact des aliments sont renouvelées toutes les cinq minutes… C’est comme si l’on vivait dans un immeuble dont les briques seraient systématiquement remplacées chaque année. Si l’on conserve le même plan, il semble alors qu’il s’agisse du même immeuble. Mais en réalité, il est différent ». Le corps ne reste pas le même, il est perpétuellement dans le flux du changement. Or, malgré cette instabilité d’une rivière en mouvement, le corps ne s’effondre jamais comme une simple pile de briques, une intelligence maintient son intégrité, se charge de coordonner la transformation du flux, ce qui permet de dire, vu de l’extérieur (celui qui se regarde dans la glace), que le corps reste le même. « Pour ce qui est de la permanence, le corps est solide et stable comme une sculpture figée. Pour ce qui est du changement, il est mobile et fluctuant comme une rivière ». Seulement, du point de vue du paradigme de la physique classique, c’est là un paradoxe insoutenable, car il est impossible de considérer en même temps ces deux points de vue. Ce serait considérer un même phénomène à la fois comme de l’ordre des choses (corpuscules) ou de l’ordre d’un flux (l’onde). De là suit que, parce que le concept d’objet solide est surtout intelligible du point de vue de la vigilance quotidienne, parce qu’il est en accord avec une vision linéaire de la causalité, qu’il est plus facile à l’esprit de penser le corps comme une sculpture figée, que comme un flux vivant. Il est plus simple de se représenter le changement comme une causalité linéaire, une cause engendrant un effet, dans une séquence qui lie les objets entre eux, comme les boules de billard de Newton. Mais en restant dans ce modèle, on oublie justement ce qui est étonnant dans le corps physique, la beauté du renouvellement constant du corps, du renouvellement qui se produit à chaque instant.
Pour éviter de faire le saut vers une représentation quantique du corps, il reste encore un repli stratégique : celui qui consiste à dire que c’est au cerveau, machine complexe entre toutes, que revient la production de cette intelligence du corps. Cependant, comme l’explique longuement Chopra, si le cerveau est lui-même une machine, extrêmement complexe et perfectionnée, expliquer les phénomènes psychologiques par la présence du cerveau, c’est un peu comme dire que les véhicules sont responsables des accidents de la route, et non leur conducteur. L’intelligence ne se réduit pas aux mécanismes dont elle se sert pour opérer, y compris les mécanismes neurochimiques impliqués dans les échanges synaptiques. Le savoir que nous possédons aujourd’hui sur le cerveau nous permet de beaucoup mieux appréhender le fossé que l’on posait autrefois entre la pensée et la matière. Ainsi, « Les neurotransmetteurs sont les coureurs qui vont et viennent à partir du cerveau, transmettant à chacun de nos organes, émotions, désirs, souvenirs, intuitions et rêves. Aucun événement n’est confiné dans le cerveau seul. De même, ce ne sont pas uniquement des phénomènes mentaux puisqu’ils peuvent être codés sous forme de message chimique… Penser, c’est réaliser une chimie cérébrale qui engendre une cascade de réactions dans tout l’organisme». Ces découvertes ont une importance capitale : « L’entrée en scène des neurotransmetteurs favorise plus que jamais la mobilité et la fluidité de l’interaction entre esprit et matière – qui se rapproche encore plus du modèle de la rivière ». Pour comprendre la transformation subtile de la pensée en matière, il faut cesser de les opposer strictement, il faut se représenter le corps comme doué d’une intelligence propre, et se représenter le mental comme une intelligence consciente s’auto transformant dans le corps en processus matériels. Les conséquences de cette vision sont immenses, elles nous contraignent en effet à penser notamment la médecine comme une médecine corps-esprit et plus comme une simple médecine du corps-objet.

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C’est une erreur de raisonner sur le corps, comme sur l’esprit à partir d’une hypothèse substantialiste, c’est une erreur de chercher des relations de causalité mécanique entre l’esprit et lui-même, entre le corps et lui-même et entre l’esprit et le corps. Le corps physique est bien plus qu’un automate bien rodé. La pensée est plus qu’une sorte de fantôme dans la machine du corps. L’Intelligence elle-même transcende à la fois le mental pensant et la structure matérielle du corps.
Pour la première fois, il devient possible de tirer parti des découvertes de la physique nouvelle pour redessiner l’image que nous avons du corps, tout en respectant scrupuleusement ce que l’expérience vécue du corps propre a d’original. La subjectivité n’est pas confinée dans un royaume coupé du domaine objectif décrit par la science. Nous sommes à l’aube d’une complète révision de la compréhension classique à la fois de la conscience et du corps. La métaphysique de la représentation et ses différentes doctrines, est insuffisante pour comprendre l'incarnation.
Cela implique des questions nouvelles : en quoi le paradigme mécaniste est-il nécessairement limité et doit-il être dépassé ? Qu’est-ce que cette Intelligence qui transcende à la fois le mental pensant et la structure matérielle du corps ? Y a-t-il dans la conscience une puissance non-mentale qui ne serait pas liée au corps, mais directement liée à l’Intelligence ? De quoi le corps-physique est-il donc capable, si il est non pas seulement une machine, mais aussi l’intelligence qui conduit la machine ? "

 

Dans "l'Ayurveda", il me semble, l'homme n'est pas une entité duale, corps-esprit ( Descartes) mais une entité tripartite "corps-esprit-âme".
L'esprit serait à nos yeux d'Occidentaux le siège de l'intellect et des pensées alors que l'âme tiendrait le rôle de cette Intelligence citée dans le texte précédent. Cette âme serait reliée à l'Energie vitale...Le corps serait l'enveloppe créée autour de cette âme pour qu'elle ait un point d'ancrage dans le champ d'expériences matérielles. Nous sommes avant tout une Energie, le corps n'est qu'une construction secondaire mais tout de même indispensable et il convient de le développer par les pratiques liées au souffle et à la posture (yoga).


Conscience de soi. (spiritualité/conscience)

Par Le 18/12/2009

 



La conscience :

1. Ai-je un corps ou suis-je mon corps ?
2. Comment comprendre la notion de vie intérieure ?
3. Comment sait-on que quelqu'un est conscient de ce qu'il fait ?
4. Dans quelle mesure peut-on affirmer que la conscience n'est pas une donnée mais une tâche ?
5. Doit-on apprendre à devenir soi-même ?
6. En quel sens peut-on dire d'un homme qu'il est plus conscient qu'un autre ?
7. Est-ce dans la solitude que l'on prend conscience de soi ?
8. Est-ce que l'attention est la caractéristique essentielle de la conscience ?
9. Est-il légitime de faire prévaloir les exigences de la conscience sur celles de l'Etat ?
10. Est-il vrai de dire que "l'observation directe de soi est loin de suffire pour apprendre à se connaître " ?
11. Est-on fondé à affirmer l'existence d'une conscience collective ?
12. Etre conscient de soi est-ce être maître de soi ?
13. Etre maître de soi, est-ce une visée illusoire ?
14. Faut-il apprendre à percevoir ?
15. Faut-il éprouver pour comprendre ?
16. La connaissance de soi peut-elle être sincère ?
17. La connaissance des lois de l'inconscient nous console-t-elle du désordre de notre conscience ?
18. La conscience de devoir mourir peut-elle susciter chez l'homme d'autres sentiments que la peur ?
19. La conscience de soi est-elle une connaissance ?
20. La conscience de soi suppose-t-elle autrui ?
21. La conscience d'être libre peut-elle être une illusion ?
22. La conscience du temps se réduit-elle à la conscience de la fuite du temps ?
23. La conscience est-elle source de liberté ou de contrainte ?
24. La conscience est-elle source d'illusions ?
25. La conscience immédiate de soi est-elle connaissance de soi ?
26. La conscience me fait-elle connaître que je suis libre ?
27. La conscience morale n'est-elle que le résultat de l'éducation ?
28. La conscience ne s'exprime-t-elle que dans la négation ?
29. La conscience peut-elle errer ?
30. La conscience peut-elle être objective ?
31. La conscience que nous avons de notre liberté vient-elle de ce que l'avenir nous paraît indéterminé ?
32. La duplicité de la conscience rend-elle inutile l'hypothèse de l'inconscient ?
33. Le moi est-il ce qui se cache ou ce qui se manifeste ?
34. Le moi s'identifie-t-il à la conscience ?
35. Le point de vue de la conscience immédiate et celui de la science sont-ils incompatibles ?
36. Le progrès de la science fait-il celui de la conscience ?
37. Le souci de soi recommande-t-il seulement d'être heureux?
38. L'expression "être soi-même" a-t-elle un sens ?
39. L'indignation morale dispense-t-elle de l'analyse ?
40. Peut-on considérer le corps comme le malheur de la conscience ?
41. Peut-on dire que toute conscience est une conscience morale ?
42. Peut-on dire qu'on change avec le temps ?
43. Peut-on dire que « la conscience est l'ennemie secrète des sciences humaines » ?
44. Peut-on échapper aux exigences de la conscience ?
45. Peut-on ne pas être soi-même?
46. Peut-on penser sans être conscient ?
47. Peut-on se connaître soi-même?
48. Peut-on se mentir à soi-même ?
49. Peut-on, au moment où il s'accomplit, avoir conscience de la dimension historique d'un événement ?
50. Pourquoi l'homme peut-il parfois désirer l'inconscience ?
51. Pourquoi refuse-t-on la conscience à l'animal ?
52. Pourquoi un sentiment est-il plus difficile à décrire qu'un objet physique ?
53. Que faut-il entendre par "être conscient" ?
54. Que pensez-vous de l'expression : "C'est plus fort que moi" ?
55. Que peut-on savoir de soi ?
56. Quel sens peut-on donner à l'expression : c'est plus fort que moi ?
57. Quelle origine assignez-vous à la mauvaise conscience ?
58. Quelle origine assignez-vous à la bonne conscience ?
59. Quelle relation la conscience entretient-elle avec ses objets ?
60. Quels sont les obstacles à la prise de conscience de la réalité ?
61. Qu'est-ce que prendre conscience ?
62. Qu'est-ce que rester soi-même ?
63. Si la connaissance de soi est utopique, devons-nous pour autant y renoncer ?
64. Sommes-nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients ?
65. Suffit-il d'avoir bonne conscience pour être innocent ?
66. Suffit-il d'être conscient de ses actes pour en être responsable ?
67. Suffit-il d'être différent des autres pour être soi-même ?
68. Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?
69. Suis-je dans mon corps "comme un pilote dans son navire" ?
70. Suis-je le mieux placé pour savoir ce que je suis ?
71. Suis-je responsable de ce dont je n'ai pas conscience ?
72. Sur quoi ma conscience morale fonde-t-elle sa légitimité ?
73. Toute conscience de soi est-elle une illusion sur soi ?

La suite vous appartient.

L'ego encapsulé.

Par Le 16/12/2009

L'ego encapsulé.

Le philosophe et théologien Alan Watts a développé cette expression pour mettre en avant le fait que nous fonctionnons sur le modèle d'un moi individuel, séparé, dans une dimension de dualité, "moi" et le monde extérieur.

Alan Wilson Watts (6 janvier 1915 – 16 novembre 1973) est l'un des pères de la contre-culture en Amérique. Philosophe, écrivain, conférencier et expert en religion comparée, il est l'auteur de vingt-cinq livres et de nombreux articles traitant de sujets comme l'identité individuelle, la véritable nature des choses, la conscience et la recherche du bonheur. Dans ses ouvrages, il s'appuie sur la connaissance scientifique et sur l'enseignement des religions et des philosophies d'Orient et d'Occident (bouddhisme Zen, taoïsme, christianisme, hindouisme). Par ailleurs, il était intéressé par les nouvelles tendances apparaissant en Occident à son époque, et se fit l'apôtre d'un certain changement des mentalités quant à la société, la nature, les styles de vie et l'esthétique. Alan Watts était un autodidacte réputé et son interprétation des philosophies asiatiques l'a rendu populaire.

Il est un des personnages des "Clochards célestes" de Kerouac.

Toutes nos expériences sont établies sur ce paradigme et les interprétations que nous en tirons ne peuvent sortir de ce mode de pensée.

"Le mode de pensée analytique ayant pour support les mots, nous a donné l'habitude, pour définir quelque chose, d'énoncer ce qui la distingue et la rend "caractéristique", bref ce qui définit son identité. Si bien que l'on s'accoutume à penser qu'une identité est une question de séparation, par exemple que mon identité réside en la manière particulière dont je diffère des autres, soulignant la différence comme étant l'essentiel.

Dans ces conditions, le monde m'apparaît comme une chose avec laquelle je dois ETABLIR une relation, et non comme une chose avec laquelle J'AI une relation."

"[De la même façon, nous nous concevons] scindés en deux parties: un centre bien délimité d'attention, "je", et un vaste et complexe organisme, "Moi", dont la connaissance que nous en avons oscille entre des sentiments confus et la technicité abstraite des notions biologiques. L'homme façonné par la culture occidentale est étranger à lui-même, ainsi qu'au milieu naturel dont fait partie son organisme."

Le moi. (spiritualité/ le moi)

Par Le 16/12/2009

Le trou dans l'arbre est donc ignoré par notre obstination à nous concentrer sur l'environnement et les relations qu'il génère. Notre nature réelle est détournée, étouffée, ignorée parce qu'elle est beaucoup moins saisissable, elle réclame une vigilance constante. Le philososphe écossais du XVIII ème siècle, david Hume, regardait constamment "à l'intérieur de lui-même" pour essayer d'y découvrir une entité qu'il aurait pu appeler son "vrai moi" mais il tombait toujours sur les perceptions sensorielles et les "habitus." (La notion d'habitus (Aristote et Socrate) a été popularisée en France par le sociologue Pierre Bourdieu. L'habitus est pour lui l'ensemble des expériences incorporées et de la totalité des acquis sociaux appris aux cours d'une vie par le biais de la socialisation).

Cette difficulté provient du fait que le moi qui sous-tend toute expérience ne peut pas lui-même être expérimenté d'une façon objective. Dans une expérience, il y a l'objet expérimenté et le sujet d'expérience, l'expérimentateur. Comment faire de l'expérimentateur l'objet d'expérience lui-même ? Comment se détacher du sujet expérimenté lorsque ce sujet est l'expérimentateur ? Si je cherche à éclairer un suet à travers mon raisonnement, je dirige sur lui la "lumière" de mon raisonnement mais que vais-je éclairer si le sujet est lui-même la source de la lumière ? Ce rayon lumineux ne risque -t-il pas d'être manipulé par l'émetteur lui-même, ne risque -t-il pas d'être influencé, détourné, "enluminé" ?

Cela ne signifie pas pour autant que le vide dans le trou de l'arbre ne peut pas être éprouvé mais qu'il ne peut pas l'être dans le même champ d'expériences que l'environnement, avec les mêmes "outils". Ca ne serait qu'une hallucination à laquelle nous finirions par nous identifier comme nous le faisons pour notre "moi". Ca ne servirait à rien. Notre identité sociale, physique, psychologique, émotionnelle est fluctuante, instable, elle varie au fil des expériences. Ce sont des catalogues de caractéristiques qui ne sont pas intangibles. Mais il existe pourtant également un Moi, une entité immuable qui a le pouvoir de considérer ces changements sans que ces changements n'influent sur lui. C'est l'identité véritable. L'expérimentateur. Mais un expérimentateur qui doit parvenir à se dessaisir de lui-même comme "objet"...Ce serait un état de conscience pure, dépourvu de tout contenu. Il ne s'agit pas là de s'observer dans les évènements extérieurs mais d'entrer dans un espace sans expérience et que cette observation ne devienne pas elle-même une expérience...Au risque de renvoyer l'expérimentateur face à son objet...  Etre conscient de n'être conscient de rien...Comme si l'on écoutait mais qu'il n'y ait rien à entendre. Mais ce silence est un bruit inaudible, il est toujours là. Alors quelle est cette conscience qui n'a conscience de rien ? Dans quel "univers" intérieur se trouve-t-telle ?

Beaucoup de mystiques ont écrit qu'elle était de l'ordre de "l'inneffable."

Le Tao Te King

"Le Tao qui peut être décrit n'est pas le Tao."

 

Le Mandukaya Upanishad.

"Ce n'est pas la connaissance extérieure

ce n'est pas la connaissance intérieure

pas plus que la suspension de la connaissance

ce n'est pas savoir

ce n'est pas ignorer

pas plus que ce n'est l'ignorance elle-même

ça ne peut pas être davantage vu que compris

on ne peut pas y indiquer de frontière

c'est ineffable et au-delà de la pensée

c'est indéfinissable

ce n'est connu qu'en le devenant."

 

Maître Eckhart, le mystique chrétien du XIII ème siècle.

"Tout ce que l'homme vit ici extérieurement en multiple est intrinsèquement Un. Ici, toutes les brindilles d'herbe, bois et pierres, toutes choses sont Unes. C'est la plus profonde profondeur."

 

Le vide dans le trou de l'arbre, le Moi, comme le point de fusion de la Vie.  

Le trou dans le bois. (spiritualité /le moi)

Par Le 15/12/2009

Daniel Cowan fait une analogie entre notre perception de notre moi et un trou dans un morceau de bois...Ce trou peut être décrit par rapport à la couleur du bois, sa forme, sa dimension, la texture du bois, la régularité du contour etc...mais il ne s'agit réellement jamais du trou lui-même, c'est à dire du vide qui le constitue, de la qualité de l'air qui s'y trouve, en fait de tout ce qui se trouve dans l'espace même de ce trou et non de ce qui l'entoure. Les qualités du trou sont trop abstraites pour être clairement définies et surtout nous avons l'habitude (le conditionnement) de porter notre attention vers l'environnement plutôt que vers le sujet lui-même. Il en est de même avec notre "moi". Notre sens d'identité personnelle est généré par notre environnement et toutes les expériences vécues dans cet environnement. Nous construisons notre schéma en fonction de nos interractions avec cet environnement, notre capacité à nous y insérer, à y prendre forme, à nous modeler en fonction de toutes les influences que nous subissons. Possessions, rôles, appartenances, croyances, statuts, sont des données rapportées au fil de l'existence et nous les érigeons en identité. Et pourtant, ce "moi" n'est qu'un ectoplasme fabriqué sur mesure, par l'individu lui-même mais en fonction d'intentions projetées vers l'environnement. Il se moule en choisissant l'atelier de poterie qui répond à ses désirs. Cette identité devient son bien le plus précieux et il s'efforcera de la renforcer par des rencontres, des expériences, des situations qui valideront ces "choix".

 

Qu'en est-il si par malheur pour lui cet environnement vient à être perturbé à un tel point que les repères s'estompent ou disparaissent ? Que reste t-il de l'individu ? A quoi peut-il se raccrocher pour ne pas tomber dans le vide existentiel qu'il avait justement toujours évité d'explorer ? Cette conscience du vide survient avec une telle violence que tous les repères volent en éclat. Il n'y a plus de bois autour du trou. Divorce, chômage, dépression, maladie, accident, décès d'un proche, les éléments capables de ronger le bois comme des animaux xylophages sont nombreux et redoutables. Le plus souvent inattendus.

Jusque là, le "moi" se nourrissait de tout ce qui était "non moi" mais convenait à l'image de cette "identité". Si l'environnement devient une source de peur et de danger, ce vide jamais exploré n'offre aucun ancrage. C'est le néant qui apparaît, un néant aussi terrifiant que l'image que l'on a de la mort, il ne reste rien, l'individu a disparu parce que l'environnement ne le maintient plus en état. La mort nous sépare de la reconnaissance de nos proches, de la possession de nos biens, de nos réalisations matérielles, de tout ce qui nous entoure autant que de tout ce que nous portons, souvenirs, sentiments, attachements. Ces "pensées" ne sont d'ailleurs bien souvent que des excroissances de nos expériences environnementales. Elles sont générées par nos relations, c'est à dire encore une fois par des éléments autour du trou dans le bois...

 

Ce travail d'identification exige une dépense d'énergie constante et souvent une imagination débordante afin de multiplier les expériences favorables à cette construction. Les psychologues appellent ce fonctionnement "le renforcement psychologique". La vie devient donc une consolidation permanente par "expériences extérieures." Il se peut très bien que la personne soit parfaitement heureuse de ce fonctionnement. Mais elle instaure un fonctionnement très égotique dans le sens où l'environnement se doit d'entretenir ce fonctionnement. La plupart des activités humaines consistent à défendre cette identité et le bas niveau de synergie s'explique ainsi facilement...Il y a "moi", ce vide entouré par des entités vides qui existent de par leur environnement et qui me font vivre. Ca ne créé aucune cohésion, fusion, osmose mais un entrelac de relations de dépendances.

 

On en revient par conséquent toujours au même problème. Que se passe -t-il si tout s'effondre ?   

 

La possibilité pour le trou d'exister enfin.     

Les voyageurs du possible.

Par Le 12/12/2009

Un film de Priscilla Telmon, une personnalité que j'estime grandement.

"Voyage au Tibet interdit" est un film à voir absolument.

 

"Les gardiens de l'eau" est un film sur l'Inde et le problème de l'eau.

http://www.dailymotion.com/video/x905vf_inde-les-gardiens-de-leau13_tech

 

http://www.dailymotion.com/video/x9060u_inde-les-gardiens-de-leau23_tech

 

http://www.dailymotion.com/video/x90640_inde-les-gardiens-de-leau33_tech

 

La technique d'épuration naturelle dévoilée dans la troisième partie est un bel exemple de ce que nous pourrions faire ici aussi...

Pyramide de Maslow.

Par Le 12/12/2009

Les besoins que tout individu cherche à satisfaire par ordre de priorité.

1.Survie : besoins physiologiques : faim, soif, sommeil, …

2.Sécurité : besoins de sécurité : protection morale et physique…

3.Socialisation : besoins de socialisation : amitié, affection, échange…

4.Estime : besoins d’estime : respect de soi, considération, prestige…

5.Accomplissement : besoins d’accomplissement : réalisation personnelle…

Où en sommes-nous actuellement dans notre société occidentale ?

Est-ce que cette crise économique a une incidence dans notre cheminement sur cette pyramide ?

La peur générée par la crise écologique (réchauffement climatique, catastrophes naturelles, oppositions exacerbées des scientifiques, atonie des dirigeants, vision court termiste...) ne créé t-elle pas une atteinte immense dans le sentiment de sécurité ?

Si nous ne pouvons même plus être à l'abri sur la planète, comment le serions-nous dans notre pays, dans notre maison ?

La socialisation ne risque -t-elle pas d'être limitée par cette atteinte à ce besoin de sécurité ou va -t-elle engager une conscience commune et par conséquent une démarche planétaire ?

L'estime de soi peut elle être renforcée par cette lutte commune contre un risque général ?

Ne pouvons-nous pas trouver dans la conscience partagée par tous les peuples une unité jamais établie à travers la compétitivité économique ?

Cette réalisation personnelle peut elle user de cet tremplin ?

Existe t-il une quête spirituelle à saisir dans cette problématique planétaire ?

Je n'ai aucune réponse...Je cherche. 

JUSQU'AU BOUT : La conscience.

Par Le 11/12/2009

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JUSQU'AU BOUT

 

"On peut considérer les choses de deux façons : soit vous voyez la conscience comme unique mais possédant différents niveaux, comme si elle habitait dans un immeuble. Vous démarrez au rez-de- chaussée et vous essayez de gravir les étages. Le risque dans ce genre de métaphore, c’est de pouvoir à tout moment retomber aux étages inférieurs. Si par contre, vous considérez que les consciences sont multiples, vous les voyez comme possédant chacune une maison. Pour progresser, vous devez quitter la première demeure et intégrer la suivante. La distance vous séparant de la première demeure abandonnée vous protègera quelque peu du risque de faire demi-tour. Il faut en fait établir une séparation importante pour ne pas céder à la tentation. Et les tentations sont extrêmement nombreuses et perverses. Pour notre part, nous voyons quatre niveaux de conscience séparés. Le premier, c’est celui de l’homme endormi. C’est un état passif. Même si l’individu garde quelques souvenirs de ses rêves, il n’a rien contrôlé. Il s’est abandonné et ne cherche rien d’autre dans cet état que le repos. Le deuxième état, c’est celui de l’homme réveillé. A première vue, c’est un état de conscience actif, l’individu semble prendre des décisions, faire des projets, rencontrer d’autres personnes. Il s’agit en fait d’un état de sommeil agité. On dit « agité » car effectivement il connaît des moments d’activité. Mais il n’a toujours pas conscience de son moi profond, de son essence, de sa place comme participant dans une nature identique à lui-même. Il est toujours dans son moi enveloppé. Il n’existe qu’à travers sa personnalité qui n’est pas un état d’existence, ni de conscience. C’est un état d’inconscience où l’individu est actif mais jamais pensif. Tout arrive à cet homme là, ce qui fait qu’en réalité, il n’agit pas. Il réagit ! Malgré tout, il reste persuadé d’être conscient, ce qui rend extrêmement difficile toute tentative de l’attirer sur une autre voie. Le troisième état laisse entrevoir à de brefs instants des halos de clarté, la prescience que quelque chose de supérieur existe, qu’il est possible de le découvrir, qu’on se dirige vers une illumination. Mais tout cela provient de l’extérieur, c’est par exemple une musique, un paysage, une relation amoureuse, un regard d’enfant, parfois l’usage de drogues. Comme il n’y a aucune maîtrise de ces états, tout s’effondre désespérément, parfois au bout de quelques secondes. Nos conditions de vie sont beaucoup trop difficiles et abrutissantes pour permettre à l’individu de se mouvoir durablement dans ces états sublimes. Ce n’est pas l’homme lui-même qui est coupable mais ce que l’homme en général a fait de la vie. Une course effrénée. Il existe néanmoins un grand espoir lorsque l’individu a pu goûter à ce bref instant de bonheur. Si une aide extérieure peut le guider, un professeur ou un livre, à la demande bien sûr de cet individu, il est possible qu’il parvienne peu à peu à s’engager dans une voie nouvelle. C’est un travail très long. Voilà la difficulté principale. Quant au quatrième état, il existe lorsque l’individu parvient à contrôler ces états d’illumination, lorsqu’il a conscience de lui-même, hors de toutes pressions extérieures, baignant dans une paix absolue, et qu’il reçoit l’ensemble des émotions et des connaissances relatives à l’essence de l’être et à sa communion avec l’univers. Ce sont souvent des états décrits par des religieux, des mystiques, des ermites, quelques écrivains, des maîtres yogis, des sportifs parfois lorsque leurs activités impliquent un engagement dans une nature sauvage. Bien souvent, les hommes ne dépassent pas les deux premiers états, ceux qui éprouvent parfois quelques moments de clairvoyance en sont souvent effrayés et rejettent cela sur le compte de la fatigue, de l’alcool, du stress ou de toutes autres excuses réductrices. Le troisième état leur reste donc fermé. Quant au quatrième état, il ne peut être atteint qu’après avoir éprouvé durant de longues années de terribles échecs et quelques moments de sérénité et d’éblouissement, mais surtout après avoir réalisé un considérable travail sur soi."

La vérité

Par Le 11/12/2009

Un jour, un jeune disciple alla voir son maître et lui dit : "Maître, je vous en prie, dites-moi tout de la vérité car je n'arrive pas à la trouver."
Son maître prit une pomme qui se trouvait là et lui dit:
"Dites moi donc ce qu'est ceci?"
Le jeune moine croyant que son maître se moquait de lui, lui répondit:
"C'est une pomme.
-Et bien non ! lui répondit le maître. "Pomme" est le mot que l'on a inventé pour désigner ce qui est devant toi mais qu'est-ce?"
Le jeune moine, interloqué, réfléchit quelques instant et dit :
"C'est un fruit.
-"Fruit "est également un mot et ce qui est devant toi n'a rien d'un mot, alors qu'est-ce donc?"
Le moine eut beau tourner la question dans tous les sens, les réponses qui lui venaient à l'esprit n'étaient toujours que des mots. Alors, résigné, il demanda à son maître de lui donner la réponse.
Celui-ci dit :
"Lorsque l'esprit n'a plus de réponse à fournir, devant son impuissance, vient la vérité. Crois-tu que l'arbre qui est devant toi soit réellement un arbre ? Pas plus que la pomme car "arbre" est un mot. Si tu revois cette pomme dans quelques jours,elle sera pourrie. Pourtant, tu croiras toujours être en présence d'une pomme mais tu seras passé à côté du processus de la vie qui anime ce que tu appelles "pomme"..

Lâcher prise.

Par Le 10/12/2009

 

Dans la vie de tous les jours, cette attitude d'acceptation de ce qui est n'est pas une soumission à une quelconque fatalité, c'est au contraire une lutte constante contre les entraves que l'on se fabrique. Ca réclame une lucidité délicate à maintenir...Je suis responsable de ce que je vis et lorsque je ne le suis pas parce qu'il s'agit d'éléments extérieurs et bien je les accepte, je les assume mais sans colère, ils sont là, je dois les éprouver, les surmonter et pour le faire il s'agit avant tout de ne pas les refuser.

Pendant l'ascension, le lâcher-prise consiste à rester dans cet état de sérénité en maîtrisant les actes sur lesquels j'ai une influence et à rejeter de mon esprit les situations qui m'échappent. Le contrôle du mental a dans cette optique une importance considérable. Je sais pour l'avoir vécu que la conscience de l'instant présent ne peut être réelle qu'à partir du moment où ce lâcher-prise est constant. Les tourments psychologiques sont des fardeaux dès lors que la situation réclame une implication totale de l'individu. Il ne me servirait même à rien de regretter par exemple de n'avoir pas pris un coinceur no8 (matériel d'escalade). Il n'est pas là et y penser ne me l'amènera pas dans les mains. Rester là, dans l'instant, ne rien laisser perturber ce que je vis, ne pas créer d'entraves.
Une fois que tout cela aura été effectué, il ne restera qu'à attendre le créneau météo favorable. Ce laps de temps, il serait inutile que je le remplisse de pensées anarchiques sur l'éventualité d'un accident, une retraite compliquée, une issue tragique...Ca ne serait qu'un fardeau que je transporterai en plus de mon sac le jour venu. Il s'agit au contraire d'entrer dans une sérénité apaisante, sachant que j'ai accompli tout ce que je devais faire pour ce projet. Le lâcher-prise consiste à ne pas parasiter tout le travail effectué au risque de créer une peur invalidante. Bien sûr qu'une chute de pierres est toujours possible, un imprévu, mon compagnon de cordée qui fait une erreur mais ce sont des éventualités qui ne m'appartiennent pas, contre lesquelles je ne peux rien, sinon de faire en sorte d'avoir une condition physique irréprochable.
Je prends un exemple : j'ai l'intention de faire un sommet par une voie réputée difficile, un niveau que je n'atteins que rarement et qui va nécessiter de ma part un engagement complet. Je vais m'y préparer, mettre au point un entraînement progressif, une alimentation réfléchie, une hygiène de vie la plus équlibrée possible, des sorties en montagne pour travailler mon endurance, des séances d'escalade avec des objectifs élevés par rapport à mon niveau habituel, etc...
Pour ma part, je ne vois pas le lâcher-prise comme une "perte" de soi mais bien au contraire comme un état de plénitude. Il s'agit d'être dans un état de relâchement vis à vis de mes actes, de mes décisions, de mes intentions, de mes réflexions...

 

 

 

Il s'agit à mon sens de faire la distinction entre les éléments qui sont totalement de mon ressort ( l'idée d'une voie déjà tracée, c'est un autre sujet...) et les éléments qui ne me concernent pas, même s'ils font partie de ma vie, mais sur lesquels je ne peux rien et pour lesquels il est donc inutile que je dépense une quelconque énergie.
Le lâcher-prise consiste dès lors à ne pas m'attarder ou à me tourmenter pour ces éléments qui m'échappent. Il ne reste qu'à les recevoir. Il n'est pas question pour autant de les subir ou de s'y soumettre mais ils n'ont pas à être couverts par des émotions. Les pensées émotionnelles afférentes à ces situations sont des fardeaux et elles ne m'aideront en rien à les régler. C'est ce que j'appelle la "réaction" par rapport à la "réalité".
Un exemple typique est de se tourmenter par rapport à un jugement qui m'est attribué par une personne. Si je sais que ce jugement correspond aux à-priori, aux conditionnements, aux traumatismes de cette personne ou à une mauvaise interprétation de sa part, il est inutile que je cherche à "lutter" pour rétablir ce que je sais être la "vérité" à mon sujet. C'est à cette personne de faire ce travail. Si je sais que je ne suis pas responsable de cet état, je ne peux rien y faire. Ce qui réclame à postériori une observation lucide de ce que j'ai envoyé comme "informations" à cette personne. Si je m'aperçois qu'effectivement je me suis mal exprimé ou mal comporté, alors je me dois d'intervenir pour ME corriger. Mais il ne s'agit pas de vouloir intervenir sur l'opinion que cette personne a de moi. C'est juste la nécessité de faire ce que je dois faire pour ne rien porter, pour n'avoir aucune responsabilité liée à une quelconque erreur de ma part. Ensuite, ce que cette personne va faire de ma rectification ne me concerne pas. C'est SON travail.
Le lâcher-prise consiste à faire cette distinction dans toutes les situations et à laisser tomber les fardeaux, les "emprises" mentalisées qui sont liées à notre égo. Dès lors qu'on a une intention qui ne nous concerne pas, on se place dans la situation de la désillusion éventuelle. On est entièrement responsable dès lors de la tristesse, de la détresse qui nous submerge.

Ne pas lâcher-prise consiste à apporter nos réactions à la réalité, des réactions émotionnelles qui ne sont que les reflets de nos intentions, de nos espoirs, de nos attentes, de nos désirs, de nos conditionnements, de notre histoire, de nos fonctionnements mentalisés...Tout ce qu'on traîne...Et auquel on s'est identifié.

En tout cas, ce "lâcher prise", je pense qu'il est possible de l'appliquer en diverses circonstances dans le sens où il est envisageable de s'ancrer volontairement dans ce "détachement" sensitif et mental, de ne devenir que cette présence dans l'absence...
J'ai l'impression lorsque je marche depuis des heures en montagne que la perdition de mon énergie favorise un "détachement" envers cette enceinte corporelle dans laquelle je prends forme. Le fait d'être entré et de me complaire dans la mécanique lancinante de la marche génère un décrochement du mental mais également une évaporation physique. Non seulement mes pensées tombent avec ma sueur, je les égrène sur les pentes mais je perds aussi cet attachement dans lequel j'existe en permanence. C'est difficile à exprimer en quelques mots sans décrire tout le cheminement.

L'idéal, c'est d'en écrire un roman. Ou plusieurs. 
 

 

 
 

Rendez-vous avec la mort. (spiritualité/mort)

Par Le 09/12/2009

Un matin, le khalife d'une grande ville vit accourir son premier vizir dans un état de vive
agitation. Il demanda les raisons de cette apparente inquiétude et le vizir lui dit :
- Je t'en supplie, laisse-moi quitter la ville aujourd'hui même.
- Pourquoi ?
- Ce matin, en traversant la place pour venir au palais, je me suis senti heurté à l'épaule.
Je me suis retourné et j’ai vu la mort qui me regardait fixement.
- La mort ?
- Oui, la mort. Je l'ai bien reconnue, toute drapée de noir avec une écharpe rouge. Elle est
ici, et elle me regardait pour me faire peur. Car elle me cherche, j'en suis sûr.
Laisse-moi quitter la ville à l'instant même. Je prendrai mon meilleur cheval et je peux
arriver ce soir à Samarkand.
- Était-ce vraiment la mort ? En es-tu sûr ?
- Totalement sûr. Je l'ai vue comme je te vois. Je suis sûr que c’était elle. Laisse-moi
partir, je te le demande.
Le khalife, qui avait de l'affection pour son vizir, le laissa partir. L'homme revint à sa demeure,
sella le premier de ses chevaux et franchit au galop une des portes de la ville, en direction de
Samarkand.
Un moment plus tard, le khalife, qu'une pensée secrète tourmentait, décida de se déguiser,
comme il le faisait quelquefois, et de sortir de son palais. Tout seul, il se rendit sur la grande
place au milieu des bruits du marché, il chercha la mort des yeux et il l'aperçut, il la reconnut.
Le vizir ne s'était aucunement trompé. Il s'agissait bien de la mort, haute et maigre, de noir
habillée, le visage à demi dissimulé sous une écharpe de coton rouge. Elle allait d'un groupe à
l'autre dans le marché sans qu'on la remarquât, effleurant du doigt l'épaule d'un homme qui
disposait son étalage, touchant le bras d'une femme chargée de menthe, évitant un enfant qui
courait vers elle.
Le khalife se dirigea vers la mort. Celle-ci le reconnut immédiatement, malgré son déguisement,
et s'inclina en signe de respect.
- J'ai une question à te poser, lui dit le khalife, à voix basse.
- Je t'écoute.
- Mon premier vizir est un homme encore jeune, en pleine santé, efficace et honnête.
Pourquoi ce matin, alors qu'il venait au palais, l'as-tu heurté et effrayé ? Pourquoi
l'as-tu regardé d'un air menaçant ?
La mort parut légèrement surprise et répondit au khalife:
- Je ne voulais pas l'effrayer. Je ne l'ai pas regardé d'un air menaçant. Simplement, quand
nous nous sommes heurtés, par hasard, dans la foule et que je l'ai reconnu, je n'ai pas pu
cacher mon étonnement, qu'il a dû prendre pour une menace.
- Pourquoi cet étonnement ? demanda le khalife.
- Parce que, répondit la mort, je ne m'attendais pas à le voir ici. J'ai rendez-vous avec lui
ce soir, à Samarkand.

Farid ud-Dîn Attar, poète et mystique soufi de la Perse.

L'enfant et la mort

Par Le 08/12/2009

On parlait de la vie et de la mort en classe cet après-midi et une élève a dit :


"En fait la vie en nous, c'est comme une boisson gazeuse. Ca s'agite beaucoup et les bulles vont vers le haut parce que ça veut dire qu'on s'améliore, c'est un peu comme le Paradis mais à l'intérieur et quand on va vers la mort, les bulles sont moins agitées parce que ça fait longtemps que c'est ouvert. Et quand on est mort, c'est comme une eau plate."

Un grand moment de bonheur.

Spiritualité laïque

Par Le 06/12/2009

http://www.barbier-rd.nom.fr/journal/article.php3?id_article=556

Depuis l'année universitaire 2005-2006, avec une petite équipe d'enseignants et de tuteurs militants, nous poursuivons une passionnante expérience de recherche-action pédagogique, dans le cadre de la licence de Sciences de l'éducation en ligne de l'Institut d'Enseignement à Distance (IED) de notre université. Au deuxième semestre, dans mon cours sur "le recherche-action existentielle et transpersonnelle", j'utilise la fonction du WIKI du logiciel CLAROLINE qui permet une écriture collective et anonyme sur une thème de recherche. C'est ainsi qu'autour de "Qu'est-ce qu'une spiritualité laïque", les étudiants de licence, tous travailleurs salariés, élaborent, progressivement, la réflexion présentée ici à la date du 11 mars 2006.


Recherche-action existentielle et transpersonnelle sur le thème "Qu'est-ce qu'une "spiritualité laïque ?"

C'est une démarche expérientielle et existentielle de soi-même, indépendante des institutions religieuses. Il s'agit d'une réflexion profonde sur l'ensemble des expériences de la vie en reliance avec l'Autre et ce qui nous entoure, qui nous amène à avoir une meilleure perception du réel et une conscience de plus en plus grande de l'être humain au sein de son environnement. Ces expériences et cette conscience d'être en interdépendance constante avec le monde, forment la manière d'être en vie. La spiritualité se traduit par des paroles et des attitudes d'ouverture à l'égard des autres, par des attitudes de tolérance et de compassion. La spiritualité s'éprouve avant de se penser. Quand on se sent envahi, lors de certaines expériences de vie, par cette dimension spirituelle de soi-même, on en ressort différent, ça nous émeut, ça nous chahute, ça nous bouscule, ça nous change. C'est comme un rendez-vous avec l'essentiel en soi, une écoute de ce qui s'exprime le moins. Ce sont des instants qui bouleversent une vie.

Atteindre un accomplissement spirituel en accord avec ses valeurs et principes, sans relation quelquonque avec la religion. Juste l'accomplissement de son être. Etre en accord avec soi-même et aller dans le sens que l'on souhaite donner à sa vie sans influence quelconque.

C'est une compréhension de soi et du divin en nous et en toutes choses, sans aucun artifice religieux particulariste qui divise par des symboles des dogmes et autres attributs. Un esprit laic, universel, sans aucun teintage ethnico-religieux sous la forme clivatrice, pour en terminer avec les enfantillages des religions qui tentent de s'appropier une vérité inébranlable. Une union constante en ce fond commun, en cet amour universel et inconditionnel qui transcende les divisions et nous unit TOUS.

C'est une liberté absolue de conscience éprouvée et mise en pratique pour le bonheur d'être au monde, en disponibilité avec soi et les autres, et comme toutes les libertés, elle n'est pas seulement voyage imaginaire, philosophique et fraternel mais aussi engagement social. La spiritualité laïque est de l'ordre de "l'imaginaire sacral et philosophique". L'être spirtuel se pose la question de la façon dont il vit, que fait-il de sa vie avec les autres et quelles valeurs sociales contribue-t-il à dispenser. La spiritualité laîque commence par une mise en action de sa pensée.

La spiritualité entraîne un travail intérieur de l'être, la spiritualité laïque peut être le moyen de se libérer de la religion ou de toute autre forme de pensée, de croyance imposées sous prétexte d'une Verité. La spiritualité laïque permet de trouver sa propre harmonie, une dimension sacrée de la vie en découle. Elle entraîne l'être tout entier dans différents univers qui lui sont connus ou encore inconnus.

Une spiritualité laïque s'adresse à ceux qui ont l'intuition d'une dimension sacrée de la vie. Tendre à plus de cohérence dans sa vie et de se porter mieux, de trouver une certaine harmonie intérieure, ou encore de donner un sens à nos actions et plus généralement à notre vie, au-delà de la satisfaction des besoins matériels. Cette spiritualité doit être personnelle et ne doit pas tendre vers un mouvement sectaire. De plus, nous n'en avons pas forcément conscience de cette spiritualité laïque au quotidien, souvent les personnes qui ont connu une expérience proche de la mort, relativisent leur vie matérielle et ont un sens plus profond de la vie. Mais on peut se poser la question, en se libérer de croyances, du dogme religieux, avons-nous tous une spiritualité ?

Mais finalement spiritualité et laïcité sont -ils bien des termes que l'on peut lier ? Une personne laïque peut elle accepter cette notion de spiritualité ? Les laïcs n'ont ils pas cette façon de penser qui les laisse neutres quant à toute source de croyance et la spiritualité n'est elle pas une croyance à quelque chose ? La spiritualité laïque est conforme au besoin qu'on éprouve de se libérer de mythologies religieuses et de croyances qui ne correspondent pas aux découvertes fondamentales de la science moderne. Cette tendance est éprouvée par le besoin que l'on a de se libérer de toutes formes matérielles, de toutes technologies, de se sentir en paix sans aucun accessoires.

La laïcité est une sorte de neutralité bienveillante à laquelle fait référence une société pour s'établir et se développer, affirmant ainsi une certaine autonomie vis-à-vis des religions. Une telle société prône la liberté de conscience de sujets libres et responsables, capables de penser par eux-mêmes en vue de faire avancer des questions de société car la laïcité évolue avec son temps. En ce sens, on peut dire qu'elle a un lien avec la spiritualité car elle est tournée vers l'autre, avec une réelle capacité d'écoute, de compréhension et de tolérance pour tenter de mieux vivre ensemble.

Peut-être qu'il peut y avoir plusieurs approches dans la compréhension de ce qu'est "la spiritualité laïque". Et si, pour répondre à la question de savoir si on peut lier ces deux termes que sont "spiritualité" et "laïcité", on commençait par consulter le dictionnaire pour définir les termes ?

« Spiritualité : qualité de ce qui est esprit : la spiritualité de l'âme. Tout ce qui a pour objet la vie spirituelle. Spirituel : qui appartient à l'esprit, à l'âme. Relatif à la religion, à la vie de l'âme. Relatif à l'Eglise. Où il y a de l'esprit, de la finesse, de l'intelligence. Spiritualiser : donner un esprit, une âme « à »… dégager de toute matérialité. Larousse 1979. » « Relatif au domaine de l'intelligence, de l'esprit, de la morale. Valeurs spirituelles. Relatif à la religion, à l'église. Larousse 1989. »

« Laïque : qui n'appartient pas au clergé. Laïcité : système qui exclut les Eglises de l'exercice du pouvoir politique ou administratif, et notamment de l'organisation de l'enseignement. Laïciser : éliminer tout principe de caractère religieux. Dictionnaire Larousse 1979 » « Laïque : indépendant des organisations religieuses, neutre sur le plan confessionnel ; qui est étranger à la religion, au sentiment religieux. Laïcité : caractère de ce qui est indépendant des conceptions religieuses ou partisanes. Système qui exclut les églises du pouvoir politique ou administratif. Laïciser : soustraire à l'autorité religieuse. Dictionnaire Larousse 1989. Idem Larousse 1994 » « Laïque : qui n'a pas de caractère religieux. Laïcité : principe de séparation des églises et de l'état. Laïciser : ôter tout caractère religieux à. Dictionnaire de poche Hachette 2003 »

Si on pense le terme de « spiritualité » comme figé dans la sphère du religieux, et le terme de « laïcité » comme ce qui est « anti-religieux », il semble alors que la spiritualité laïque soit quelque chose d'incompréhensible. Il y a une exigence d'ouverture dans la compréhension des termes de spiritualité et de laïcité pour penser la spiritualité laïque. Le terme "spiritualité" tire son origine du terme "esprit" mais ce dernier était entendu dans certains milieux comme synonyme de "l'esprit saint". Il faudra attendre E.Mounier pour voir apparaître l'utilisation du mot esprit "sans étiquette". Les termes de laïc et ses dérivés : laïcat, laïcité… furent longtemps réservés à la désignation des non-clercs, puis des anticléricaux, et ce sens envahit fort longtemps le champ des relations entre l'Eglise comme institution (les clercs, le dogme, les pratiques) et le reste de la société. Il faudra le compagnonnage né des luttes sociales et des guerres de la première moitié du XXème siècle pour qu'apparaissent une laïcité plus ouverte et le début d'une tolérance à son égard dans les milieux religieux traditionnels. En témoigne un texte de 1949 signé André Latreille et Joseph Vialatou dans la revue "Esprit", définissant la laïcité comme "l'expression juridique de la liberté de l'acte de foi". Il fallut attendre 1946 pour que certaines autorités ecclésiastiques déclarent que "la laïcité pouvait être tolérée".

Mais ce serait une erreur de confondre laïcité et esprit anti-religieux .Le mot "laïque" est parfois interprété dans un sens anti-religieux.Mais l'important dans la spiritualité laïque à ce qu'il me semble, c'est d'apprendre à vivre avec d'autres, à tolérer les différences, à porter secours à celui qui est dans le besoin, se mettre d'accord sur une éthique, une morale.La "spiritualité laïque" n'a pas de sens anti-religieux. Certes la religion peut être comprise d'abord comme une institution qui se définit en fonction de la collectivité tandis que la spiritualité se ramène au travail intérieur de l'individu. Mais s'il est juste d'avancer que l'encadrement devient parfois un enrôlement, une forme de soumissions au dogme, faut-il nier qu'il soit possible de poursuivre une expérience spirituelle dans le cadre d'une religion ?

La spiritualité laïque apparait comme une nouvelle tendance qui manifeste le besoin que l'homme éprouve de trouver une certaine harmonie intérieure, ou encore de donner un sens à ses actions et plus généralement à sa vie, au-delà de la satisfaction des besoins matériels. Une spiritualité laïque s'adresse à ceux qui ont l'intuition d'une dimension sacrée de la vie et qui cherchent à vivre en accord avec cette intuition. Cela se traduit jour après jour par des paroles et des attitudes d'ouverture à l'égard des autres, des attitudes de tolérance et de compassion, par une droiture dans l'engagement et par un travail sur soi, jour après jour, que ce soit avec ou sans Dieu. Les voies sont multiples, mais la sagesse est Une. Cela suppose d'être d'une grande rigueur avec soi-même. La spiritualité laïque ce serait donc l'expression d'un besoin de spiritualité avec ou sans Dieu.

La spiritualité laïque est la recherche en toute liberté de connaissance pour construire sa vie et trouver l'art de vivre. Elle n'est pas anti-religieuse, car elle permet l'ouverture aux autres sans distinction de culture, religion, classe sociale.

Personnellement je suis athée (limite anti-cléricale, précise cet interlocuteur) et je ne pense pas que la spiritualité laïque soit un besoin de spiritualité à tout prix, mais effectivement une recherche de connaissances pour construire sa propre vie, trouver un art de vivre qui permet de m'ouvrir aux autres, c'est là qu'est la vraie richesse.

spiritualité laïque… c'est toucher le ciel comme on se gratte le menton. Sans y faire attention- comme ça- car ça nous prend. Mais, en le faisant, c'est être attentif à soi et à l'univers. On se relie à l'univers parce que ça va de soi et l'on fait de cette façon là parce que ca ne va pas de soi. Spirituel par réflexe, laïque par vigilance.

En vérité, toucher le ciel de la sorte n'est pas si facile, ce n'est pas un nouvel acte de foi, un nouvel « au-dessus » de l'existence, d'ailleurs il n'y a pas de récompense éternelle pour nos souffrances et paradoxalement la spiritualité laïque demande pourtant de « sacrés » efforts et ne délivre parfois qu'une simple fragilité.

Je ne suis pas sûre que le but d'une spiritualité se soit de toucher le ciel car même dans la religion, toucher le ciel n'est pas l'important en soi. Bien sûr, c'est une image, mais je n'aurai peut-être pas employé ce terme là. La spiritualité représente plus pour moi, l'ascension au sommet de son âme, équipé de toutes ces connaissances, de son amour, de l'amour de la vie en général. Et la laïcité peut-être la capacité de croire que l'on peut se réaliser avec soi même, la laïcité est certainement la croyance en l'homme, à la vie. D'où ce contraste saisissant entre l'association de ces deux mots qui me paraissent bien différents dans leurs significations respectives !

Considérons l'importance du retour du spirituel dans nos sociétés : il faut remarquer qu'il n'est plus rattaché nécessairement à des églises, à des croyances religieuses. Il s'est laïcisé. En ce sens, on parle d'une différence entre religion et spiritualité. Pour bien des gens, la religion est identifiée à un ensemble de normes, d'obligations morales et à une appartenance à des institutions ecclésiales, plutôt qu'à une vie spirituelle plus personnelle et incarnée. Aujourd'hui on cherche une spiritualité plus respectueuse du corps et qui valorise les réalités matérielles. On se distancie d'une religion à tendance dualiste et manichéenne ; celle-ci présentait la matière et la sexualité comme mauvaises, et prêchait une moralité stérile et qui générait des sentiments de culpabilités maladives, comme la psychanalyse l'a mis en évidence. Une religion qui n'est pas en mesure de favoriser une spiritualité, c'est à dire une rencontre existentielle, n'est qu'idolâtrie ou même une idéologie. Si on peut utiliser les termes de religion et de spiritualité comme synonyme c'est dans le sens où à la base de l'expérience religieuse on trouve une dimension constitutive de l'anthropologie qui est que la personne est un être d'altérité. La personne est un être « avec ». Elle n'est pas jetée dans le monde mais reliée à la réalité, à autrui, à la transcendance. C'est l'autre qui lui révèle son humanité ; autrui est le miroir qui la renvoie au plus profond d'elle-même. On se reconnaît humain en présence d'un autre être humain. Découvrir l'autre comme autrui et non comme projection de ses propres besoins est l'aboutissement du développement humain. La nudité de l'être humain exprime bien cette dimension relationnelle, cette dimension de dépendance existentielle (pas comprise comme soumission mais comprise comme révélatrice d'une altérité qui fonde nos libertés) des hommes. L'homme n'est donc pas habillé de soi-même mais référé à autrui. C'est en s'acceptant nu que l'homme dépasse sa tendance possessive et dominatrice pour être dans un rapport de liberté et de gratuité avec autrui. L'altérité est opposée à une dépendance maladive. C'est à l'intérieur de cette dimension d'altérité que s'enracine la spiritualité laïque, la question de la transcendance, voire l'expérience religieuse. En ce qui concerne la spiritualité laïque, c'est une spiritualité qui n'est en rien fondée sur la peur et le déni. Elle est ouverture aux autres, enracinée dans une dimension d'altérité. Et on ne peut parler d'ouverture et de respect que si nos paroles sont authentiques, que si nous ne nous cachons pas derrière des masques. La relation aux autres ne peut être authentique que si nous sommes honnêtes et, ce, déjà avec nous même. L'autre a le droit à la vérité, sinon il ne peut pas nous respecter vraiment tel que l'on est. La meilleure façon de respecter l'autre c'est de ne pas lui mentir sur nous-même. Parler de spiritualité laïque c'est parler d'une spiritualité authentique parce qu'elle ne nous fait pas peur, parce qu'elle ne fait pas peur aux autres. Elle nous donne la liberté de nous exprimer sans peur du « qu'en dira t-on ? ». Elle nous autorise à penser autrement. Parce que respecter l'autre, c'est parfois lui dire : « là, je ne suis pas d'accord avec toi ». On a le droit d'être différent. Spiritualité laïque et ouverture ne font pas « sens » ensemble si on plie les genoux, si on baisse les bras, si on dit « amen à tout », si on courbe l'échine et si finalement on baisse les yeux en signe de soumission. On n'a pas à avoir peur d'être qui on est. Et c'est ce que permet la spiritualité laïque. Une spiritualité fondée sur la peur et qui engendre la peur n'est pas une spiritualité authentique. Elle est une idéologie.

Gestionnaire(s) du cours ELE 616 : René Barbier

La société civile.

Par Le 06/12/2009

La grippe A et la société civile : [11/11/2009]

 

http://www.olivierclerc.com/welcome/index.php?accueil=1

l’avènement d’un 3e pouvoir fort

 

J’observe avec intérêt, comme des millions de gens, le combat international qui se livre actuellement autour de la grippe A et de son vaccin, opposant d’un côté les pouvoirs politiques et pharmaceutiques, et de l’autre les citoyens de nombreux pays du monde.

Ce combat me semble crucial et emblématique à plus d’un titre.

Divers auteurs, dont Nicanor Perlas (La société civile : le 3e pouvoir), ont en effet souligné l’importance d’une répartition triangulaire du pouvoir qui, en plus du politique et de l’économique, ferait intervenir la société civile. Chacun peut voir tous les jours ce que devient le monde quand il est seulement livré au pouvoir et à l’argent, et aux alliances immanquables qui se tissent entre les deux. Il est devenu impératif qu’au-delà des seuls processus démocratiques, dont chacun connaît les faiblesses, les citoyens puissent aussi massivement exprimer et défendre leurs revendications, quand celles et ceux qu’ils ont élus ne représentent plus leurs opinions, leurs idées, leurs valeurs.

Depuis le Sommet de la Terre de Rio, en 1992, auquel assistaient des milliers d’ONG venues du monde entier, réunies dans un sommet parallèle (le Forum Global), depuis aussi l’avènement d’Internet, on assiste à une évolution et un développement formidables de la société civile. Celle-ci présente plusieurs particularités spécifiques.

D’abord, une ramification phénoménale, comme on peut le voir dans le cas de la grippe : des informations, des messages, des pétitions, des vidéos et articles, ont été propagés de toutes parts, avec une grande diversité d’opinions, d’éclairages, de sources. Immanquablement, on a pu voir des infos très folkloriques, certaines carrément paranoïaques, d’autres mal ou pas étayées, mais loin de m’en offusquer, je vois plutôt là le signe de quelque chose de riche, multiforme, non régimenté, duquel finit quand même par se dégager un fond commun qui – on le voit aujourd’hui – peut réussir à s’imposer. Face à la pensée unique, face à la concentration des pouvoirs économiques, médiatiques et politiques, un tel réseau vivant, un tel maillage polymorphe se révèle être une force et prévient toute prise de pouvoir par une personne, une association, une ONG.  

Ensuite, une forme de désintéressement, puisque contrairement aux pouvoirs économiques et politiques, les membres de la société civile qui s’engagent pour une cause n’ont le plus souvent rien à en attendre personnellement. Ils ne sont pas rémunérés pour cela, ils n’en tirent ni pouvoir, ni argent. Tout le contraire : ils dépensent souvent beaucoup de temps et d’énergie pour défendre une cause collective, et prennent parfois des risques personnels importants. Même si des dérives sont toujours possibles (et existent), dans l’ensemble ce désintéressement – associé au maillage multiforme évoqué ci-dessus – prévient la corruption et la récupération des acteurs civils. Dans le cas de la grippe A, je connais de nombreuses personnes qui depuis des mois n’économisent pas leur temps, leur énergie et leurs moyens pour contrer la désinformation massive à laquelle nous avons eu droit initialement, et dont les recherches ont pu ensuite être relayées par des millions de gens.

Enfin, la société civile est de plus en plus la garante d’une certaine conscience collective, là où au contraire tant de décisions politiques et de productions de l’économie n’ont servi qu’à favoriser l’inconscience, l’abrutissement et l’irresponsabilité à tous les niveaux. Dans les modèles de répartition triangulaire des pouvoirs, la société civile est d’ailleurs traditionnellement associée à ce qui est culturel (au sens large) et spirituel (au sens non religieux du terme). A travers la société civile, l’humanité semble en voie d’acquérir une conscience collective, ce dont il y a tout lieu de se réjouir, tant c’est devenu impératif face aux défis qui nous attendent.

Face à cette manipulation massive des pouvoirs politiques et économiques qu’est l’affaire de la grippe A, la société civile s’est galvanisée, mobilisée, renforcée : elle a réagi avec de plus en plus de force, de solidarité, de richesse et d’élan.

L’enjeu, aujourd’hui, dépasse donc largement la seule grippe A. Ce qui est véritablement en jeu, à travers cette bataille éminemment symbolique, c’est la prise par la société civile de la place qui lui revient, une bonne fois pour toutes. Si la situation se retournait (en imaginant que les pouvoirs publics recourent à la force, p. ex.), si cette bataille était perdue, ce serait désastreux non seulement pour notre santé à tous, évidemment, mais en raison du symbole fort que représente actuellement ce combat. A travers cette lutte bien précise, en effet, la société civile est en train de prouver qu’elle est désormais incontournable, qu’elle représente bel et bien ce 3e pouvoir avec lequel les deux autres devront à l’avenir devoir systématiquement compter. Pas seulement en matière de santé, mais aussi d’écologie, de social, d’éducation, et ainsi de suite.

Les tentatives classiques dérisoires auxquelles on assiste çà et là, ces derniers jours, de vouloir mettre la lutte anti-vaccin de la grippe A sur le dos d’une ou de secte(s), dans l’espoir de jouer une fois de plus la carte de la peur et de manipuler l’opinion, montrent bien à quel point le politique et l’économique sont à court d’arguments valables pour contrer ce formidable mouvement de la société civile.

Il est donc important que la dite société civile ne baisse pas la garde trop tôt, sur ce sujet de la grippe : l’histoire et l’expérience ont montré que lorsque de tels intérêts sont en jeu, on peut s’attendre à tout.

Ce serait un joli retournement des choses, au final, si cette campagne mondiale autour de la grippe provoquait dans la société civile un tel sursaut immunitaire contre le virus de la désinformation et le cancer des intérêts privés qu’elle soit à l’avenir prête à livrer de nombreux autres combats de même importance collective !

 

Les trois portes.

Par Le 06/12/2009

Les trois portes

 

Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

 "Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie", demanda le Prince.
 "Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras trois portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d’entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi."

Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.

Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire "CHANGE LE MONDE".

"C’était bien là mon intention, pensa le Prince, car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas."

Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent.

Bien des années passèrent.

Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande :
 "Qu’as-tu appris sur le chemin ?"
 "J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas".
 "C’est bien, dit le Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise." Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire "CHANGE LES AUTRES".

"C’était bien là mon intention, pensa-t-il. Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration." Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts. Ce fut là son deuxième combat.

Bien des années passèrent.porte mauve

Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :
 "Qu’as-tu appris sur le chemin ?"
 "J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses."
 "Tu as raison, dit le Sage. Par ce qu’ils réveillent en toi,les autres te révèlent à toi-même. Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir." Et le Vieil Homme disparut.

Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots "CHANGE-TOI TOI-MEME".

"Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire," se dit-il. Et il entama son troisième combat.

Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal. Après bien des années de ce combat où il connut quelque succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda :
 "Qu’as-tu appris sur le chemin ?"
 "J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser."
 "C’est bien" dit le Sage.
 "Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de ma battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise."
 "C’est justement ton prochain apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru." Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait "ACCEPTE-TOI TOI-MEME."

Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens. "Quand on combat on devient aveugle, se dit-il." Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer. Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer. Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
 "Qu’as-tu appris sur le chemin ?"
 "J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement."
 "C’est bien, dit le Vieil Homme, c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la troisième porte."

A peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut au loin la face arrière de la seconde porte et y lut "ACCEPTE LES AUTRES".

Tout autour de lui il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu’il avait aimées comme celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.
 "Qu’as-tu appris sur le chemin ?" demanda ce dernier.
 "J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement."
 "C’est bien" dit le Vieux Sage. C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.

Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut "ACCEPTE LE MONDE".

Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois. Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose. Par leur perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ? Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :
 "Qu’as-tu appris sur le chemin ?"
 "J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’estni triste ni gai. Il est là ; il existe ; c’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à l’accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement."
 "C’est la troisième Sagesse, dit le Vieil Homme. Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde."

Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita.
 "Tu es prêt, maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit le Vieux Sage, celui du passage du silence de la plénitude à la Plénitude du Silence"

Et le Vieil Homme disparut.

Sysiphe.

Par Le 06/12/2009

Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux."

("Le mythe de Sisyphe", Albert Camus, Gallimard, 1942)

 

Wikipédia.

Inspiré par la philosophie existentialiste, il fait le rapprochement entre la vie comme un éternel recommencement obéissant à de grands cycles du lambda avec Sisyphe, héros de la mythologie grecque. Pourquoi une telle punition ? Camus cite plusieurs versions du mythe, la plupart expliquant la punition de Sisyphe par une insulte faite aux dieux. Une version prête à Sisyphe, mourant, la volonté d'éprouver l'amour de sa femme, en lui demandant de ne pas lui donner de sépulture et de jeter son corps sur la place publique, après sa mort. Selon une autre version, Sisyphe découvrit la liaison entre le maître de l'Olympe, Zeus, et Egine ; il s'en alla monnayer l'information auprès du père, le fleuve Asopos. En échange de sa révélation il reçoit une fontaine pour sa citadelle. Sa trop grande perspicacité irrita les dieux qui le condamnèrent à porter un bandeau et à pousser au sommet d'une montagne un rocher, qui roule inéluctablement vers la vallée avant que le but du héros ne soit atteint.

Contrairement au Sisyphe que l'on présente habituellement dans la littérature, Camus estime qu'"il faut imaginer Sisyphe heureux". Sisyphe trouve son bonheur dans l'accomplissement de la tâche qu'il entreprend, et non dans la signification de cette tâche.

"Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux."

Il fonde son raisonnement sur de nombreux traités philosophiques et l'œuvre de romanciers comme celle de Dostoïevski et de Kafka et que le bonheur revient à vivre sa vie tout en étant conscient de son absurdité, car la conscience nous permet de maîtriser davantage notre existence.

La révolte

Refusant le suicide, Camus catégorise trois genres : le héros absurde (dont il donne l'exemple de Don Juan, du comédien et du conquérant), le suicidaire et le croyant :

  • Le héros absurde fait face à l'absurdité de la vie. Il va même jusqu'à l'apprécier, recherchant toujours la même flamme, la même passion qui l'anime, comme le fait Don Juan en recherchant toujours cette première passion de femme en femme.
  • Le suicidaire ne voit plus aucun sens à sa vie et fait le « Grand Saut », au même titre que le croyant, échappant ainsi à l'absurdité de sa condition.
  • Le croyant, quant à lui, se livre à une cause et ne se préoccupe pas de l'essence existentialiste qui ronge tant les humains qui y ont fait face, ayant perdu la lumière et se retrouvant seuls face à leurs pensées.

Derrière ces trois archétypes de l'absurdité, Camus entend montrer que la révolte est le seul moyen de vivre sa vie dans un monde absurde. Cette révolte est plus importante dans le fait de se révolter que dans les causes défendues en elles-mêmes. Camus propose donc une théorie de l'engagement passionné et conscient qui est compatible avec le climat politique de son temps.

 

J'ai repris avec plaisir la lecture de cet ouvrage et j'ai retrouvé l'émotion qui m'avais étreint lorsque, adolescent, j'avais plongé dans ce texte. J'y avais trouvé le fondement dans mon engagement vers les montagnes. Une "révolte," un certain rejet des valeurs matérialistes, un désir de "conquête", non des sommets mais de mon potentiel, l'utilisation lucide et totale de mes capacités, même s'il fallait sans cesse "redescendre, " je sentais combien ces voyages en altitude me remplissait, comblait le vide d'une existence sans autre but que l'insertion sociale, les projets d'avenir, le parcours scolaire...C'était absurde effectivement, dérisoire bien que nécessaire. Mais cette nécessité n'était pas de mon ressort, elle m'était totalement imposée. L'alpinisme m'offrait au contraire une "voie" personnelle, l'inutilité du geste, de l'objectif. Monter pour redescendre ensuite, sans rien rapporter d'autres que le développement d'une quête spirituelle. Je prenais ma liberté.  

Je suis heureux aujourd'hui de ressentir ceette flamme. Elle ne s'est jamais éteinte, elle a survécu aux trombes d'eau qui auraient pu l'éteindre...Je retourne toujours vers les sommets et j'y trouve désormais une paix intérieure, un apaisement à travers le jeu. Il ne s'agit plus d'une révolte, d'une euphorie "conquérante" mais de l'observation de ce que je suis devenu, de mon insertion aussi dans ce monde que je fuyais, de l'amour pour cette nature, pour la vie, de ma façon d'éprouver l'existence. Comme s'il me fallait monter en altitude pour pouvoir juger lucidement de ce qu'est réellement cet observateur.

L'amour et la nature sont les ciseleurs talentueux du diamant qui brille en chacun de nous.   

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