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LES ÉGARÉS (roman) 1
Chapitre 1
Petit matin. Le soleil franchit la crête des montagnes. Le ciel est lisse, un bleu grisé qui semble avoir bu les nuages.
Elle démonte la tente.
Elle est arrivée la veille au soir.
Un petit camping près d’une rivière. Le gérant l’a laissée s’installer au fond du champ. L’isolement relatif lui convenait parfaitement.
Elle avait à peine grignoté, les yeux dans le vide, le ventre serré.
Les images de la gare repassaient en boucle, elle n’y pouvait rien, elles étaient plus fortes que sa volonté de s’en détacher. Elles trouvaient toujours une faille dans les résistances érigées et revenaient à l’assaut.
Il ne restait qu'à les revivre en espérant que la lumière consciente finisse par les consumer et qu'elles sombrent dans l'oubli.
Yoann l’avait longtemps serrée sur le quai en attendant le train. Il n’avait jamais cessé de sourire, de la couvrir d’attention, de l’embrasser, de caresser son dos, son visage, sa nuque, de baiser son front, ses joues.
Cette capacité à la soutenir et simultanément sa fragilité d’homme meurtri, cette peur insoumise devant ses propres ressentis.
Il diffusait tant d’amour et s’interdisait tant de s’aimer.
Le haut-parleur avait annoncé l'entrée en gare du train en provenance de Chambéry et à destination de Gap.
Elle attache le tapis de sol sur le haut du sac. Elle mange une barre de céréales.
Les images tournent en boucle dans un mouvement perpétuel.
Son train partait avant celui de Yoann. Il l’avait accompagnée dans la voiture. Il l'avait embrassée. Une marée de chaleurs et simultanément une gêne prude en pensant aux passagers.
« Je t’aime Leslie. Plus que tout. Tu es ma source de vie.»
La douceur de ses regards ne cachait pas l’inquiétude.
L'annonce du départ dans le haut-parleur de la gare. Ils avaient dû abandonner leur étreinte.
Une fois sur le quai, Yoann ne l’avait pas quittée des yeux.
Le train avait eu un sursaut puis il avait commencé à rouler en grinçant.
Yoann avait suivi le mouvement.
Elle avait collé son front sur la vitre, il avait lancé un baiser avec la main, elle l’avait saisi et placé contre son cœur, les larmes étaient montées, elle avait eu du mal à respirer, une boule dans la gorge, les frissons qui ruissellent, elle avait murmuré un « je t’aime » en s’appliquant à articuler lentement.
Il avait souri.
Elle l'avait vu s'arrêter sur le quai, comme épuisé, un dernier geste de la main.
Elle s’était appuyée contre le dossier.
Soulagée finalement de ne plus le voir.
Le MP3, ajuster les écouteurs sur les oreilles, les yeux fermés, espérer que la musique éteindra le brasier dans son ventre.
C’était hier matin. L’impression de l’avoir quitté depuis des semaines.
Cette douleur insoumise à la pensée du projet et pourtant partir.
Comme une épreuve inévitable.
Elle met le sac sur son dos. Douze kilos. Ils n’ont pas réussi à l’alléger davantage.
D’habitude, Yoann se chargeait du matériel le plus lourd.
Elle sait qu’elle aura mal aux épaules pendant un ou deux jours puis que les douleurs disparaîtront. Juste une question de temps. Elle en a l’expérience.
Elle passe à l’accueil régler la nuit. Elle demande au gérant la direction du sentier. Il lui donne quelques explications et lui souhaite une bonne randonnée. La sincérité de la voix. Le vieux monsieur a un regard si doux. Quelque chose de Jacques Dufilho. Un peu aussi de son père.
Une étrange émotion. Un désir de câlins, de tendresse, de réconfort.
Ce vide affectif de son enfance.
Dans le potager familial. Son père lui apprenait la science de la terre. Cette patience et ce respect des dons naturels, elle ne les avait jamais perdus. Mais cette transmission d’un savoir ancestral n’avait pas comblé le vide de la blessure relationnelle.
La pudeur de son géniteur, cette retenue continuelle, la peur de laisser parler son cœur, elle les avait retrouvées chez Yoann. Ses élans amoureux ne comblaient pas ses silences prolongés. Cet isolement dans lequel il aimait plonger.
Elle salue le vieil homme et prend la direction du GR.
Les bâtons de randonnée comme un tempo qui s’installe. Lire le paysage, deviner les cheminements, s’éblouir des couleurs, du silence, de la pureté de l’air, le ciel grisé qui s'illumine. Se laisser envahir par la paix de ce monde.
Et pourtant souffrir de cette frayeur au creux du ventre.
Cette peur d’être enfermée dans des schémas figés.
La psychanalyse qu’elle suit depuis un an a fissuré les carapaces, entamé les résistances, craquelé les vieux murs de son inconscient endurci. Cette effervescence, ce chaos depuis des semaines, ces interrogations sempiternelles, incontrôlables, ce besoin impérieux de les étreindre comme un désir de maîtrise et pourtant s’y perdre.
Elle devait partir.
S’éloigner de Yoann. S’éloigner surtout de la femme qu’elle était à ses côtés.
Le zazen.
"Dix ans d'expérience avec un moine Zen" de Jacques Brosse.
Troisième fois que je relis ce livre et je suis toujours aussi bouleversé. Comme si je n'avais pas besoin de réfléchir à tous ces mots, que c'était une évidence, une vérité en moi, une réalité que je porte, comme cette "intemporalité " qui me saisit de plus en plus souvent...Ce bain d'apesanteur où je sens vibrer des particules qui ne sont pas moi mais des entités venues d'ailleurs.
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Jacques Brosse
"Ce que nous appelons le moi n'a pas d'existence propre, il n'est que réaction à l'autre, aux contraintes que l'autre lui impose, aux circonstances auxquelles il faut qu'il réponde, il n'est en somme qu'adaptation; aussi haut qu'on remonte dans le temps, on ne peut trouver un moi vraiment fondamental, vraiment original, car, de toute manière, il est déjà le produit de quelque chose d'autre, de ce qui précède son existence même et qui en lui se rassemble, l'hérédité.
Mais alors la seule question qui se pose est celle-ci : qui est donc ce Je qui parle en moi ? Qui est ce Je qui me parle de moi ? Et finalement : qui est ce Je qui un jour est devenu moi ?
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Nous ne nous concevons que comme des égo, des moi, et la disparition possible de ce moi est le fondement de notre angoisse, de toutes nos angoisses, aussi nous nous accrochons désespérément à tout ce qui peut nous en faire espérer la continuation, sa survie, nous le voulons immortel, sinon éternel, oubliant que comme le remarque le Bouddhisme et l'énonce clairement la nature elle-même, tout ce qui est né doit mourir. Ce qui peut subsister après la mort ne saurait donc être ce qui est né mais ce qui existait préalablement à cette naissance, le désir d'existence qui s'était matérialisé, incarné dans et par la naissance.
C'est seulement ce désir d'existence qui instatisfait de cette vie qu'il vient de vivre et qui se termine, peut se réincarner.
C'est là le Karma, ce qui à la mort, n'a pas encore été totalement consumé dans et par la vie, le résidu de la vie vécue, qui fournira les matériaux, bons et mauvais, d'une nouvelle existence et ceci jusqu'au moment où il n'en subsistera plus rien, où de ce fait, le désir d'exister, enfin entièrement satisfait, sera définitivement tari.
L'expriration, la fin du souffle marque la fin du Karma car le souffle est lui-même producteur de Karma.Tout est accompli. Le Parinirvâna est le retour à l'origine, restitution intégrale de l'infime parcelle qui avait été provisoirement extraite du Tout, mais non soustraite au Tout, car du Tout on ne peut rien retirer, pour mener ce destin séparé à travers les kalpa et les milliers d'existences conditionnées successives.
L'existence séparée n'était qu'une illusion. Elle s'est dissipée.
Un jeu, une comédie, des rôles pris inconsidérément au sérieux au point que nous avions oublié que c'était sur un théatre que nous jouiions et seulement pour la durée de la représentation."
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"Répondant à une question, le Maître parle du Karma. Il semble identifier Karma et hérédité. Je comprends qu'en effet, ils sont parfaitement distincts, ils se rejoignent en pratique. C'est en fonction du Karma précédemment acquis que le principe vital migrant choisit sa nouvelle incarnation, donc ses géniteurs, et par-delà eux, son hérédité, soit tous ses ancêtres, la collection complète des gènes qu'ils représentent."
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"Quand notre être est parvenu à retrouver tout au centre de lui-même sa source originelle, alors cesse d'exister le problème du moi.
Car désormais il le voit tel qu'il est, avec détachement, avec humour : il ne le prend plus que pour ce qu'il est en effet, la manifestation la plus extérieure de lui-même, le mélange, à sa propre limite, de lui et de l'autre, le produit aléatoire des circonstances.
Dès lors aussi cesse toute lutte, car elle n'a plus d'objet. Ayant trouvé refuge en soi-même, et non en lui, se tenant désormais fixe en sa stabilité primordiale et là, ayant acquis le sens de la relativité de toutes choses, l'être profond peut accepter son moi comme la très imparfaite, illusoire et impermanente expression de soi-même, et il comprend, que soumis à ses lois, il ne pouvait être autre que ce qu'il est.
Alors, il le regarde faire et s'amuse de ses maladresses, de ses forfanteries, de cette comédie qu'il joue, qu'il se joue à lui-même. Et au fond, que lui importe ce personnage qui le représente si peu, si mal et pour si peu de temps ?
Nul mérite d'ailleurs et nulle illusion, car du fait de son détachement, le moi n'est déjà plus le même, il n'est plus celui contre lequel il y avait à combattre."
L'énergie de l'Univers
D'après Fritjof Capra et d'autres scientifiques, notre univers physique ne serait pas constitué de matière mais d'une force appelée "énergie". La matière serait la forme la plus condensée de cette énergie. Elle se révèlerait sous la forme de particules de plus en plus fines, les unes à l'intérieur des autres pour finalement se réduire à l'état d'énergie pure. D'un point de vue physique, tout ce qui existe serait énergie et l'être humain ferait partie intégrante de cette énergie.
L'énergie émettrait des vibrations, elle vibrerait à des vitesses différentes, sous des formes et des qualités différentes, du plus grossier au plus subtil.
La pensée serait, selon certaines philosophies orientales et certains physiciens quantiques, une énergie relativement subtile...
Une des lois de l'énergie est qu'un niveau vibratoire d'énergie tend à attirer l'énergie de même qualité et de même vibration. Ainsi quelqu'un qui développe sans cesse des énergies "lourdes" attirerait des personnes émettant le même type d'énergie. A l'inverse, une personne cherchant à s'élever au niveau spirituel par la connaissance d'elle-même, peut changer de niveau vibratoire et en émettant des énergies plus positives, elle contribuera à attirer les personnes d'une même fréquence énergétique.
En amour, il conviendrait dès lors de chercher non pas un individu mais une énergie similaire...
Cette théorie rejoint le concept de synchronicité décrit par Jung pour exprimer une coïncidence significative ou une correspondance entre un évènement psychique et un énvènement physique qui ne sont pas causalement reliés l'un à l'autre.
En physique, le principe de causalité affirme que si un phénomène (nommé cause) produit un autre phénomène (nommé effet), alors l'effet ne peut précéder la cause. À ce jour, il n'a pas été mis en défaut par l’expérience.
Le principe de causalité est un moyen de s’assurer qu’une théorie mathématiquement cohérente est physiquement admissible.
Le principe de causalité a été étroitement associé à la question du déterminisme selon lequel dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Cependant, avec la prise en compte de phénomènes de nature intrinsèquement statistique (comme la désintégration radioactive d'un atome ou la mesure en mécanique quantique), il s'en est notablement éloigné. Il prend des formes assez diverses selon les branches de la physique que l'on considère.
Nos pensées pourraient mobiliser une énergie qui tendrait à attirer et à créer la forme correspondante sur le plan matériel. Cela signifierait que nous attirons ce à quoi nous pensons le plus, ce à quoi nous croyons ou ce que nous imaginons avec le plus de conviction.
La vision désastreuse que les médias donnent du monde contribuerait dès lors à amplifier le désastre.
La création artistique ne serait que la matérialisation de l'énergie éprouvée.
On peut également y retrouver les idées développées par Ruppert Sheldrake : les champs morphiques.
Ruppert Sheldrake
Champs morphiques et causalité formative
par Abel Chaouqi
"Cette théorie du biologiste Ruppert Sheldrake suggère que la nature des choses dépend de champs - des champs morphiques. Chaque type de système naturel possède son propre type de champ ; il y a un champ pour l'insuline, un champ pour le hêtre, un champ pour l'hirondelle, etc. Ces champs façonnent les différents types d'atomes, de molécules, de cristaux, d'organismes vivants, de sociétés, de coutumes et de modes de pensée.
Les champs morphiques, sont connus de la physique. Ils sont des régions d'influence non matérielles s'étendant dans l'espace et se prolongeant dans le temps. Quand un système organisé particulier cesse d'exister - lorsqu'un atome est désintégré, qu'un flocon de neige fonds ou qu'un animal meurt - son champ organisateur disparaît du lieu spécifique où existait le système. Mais dans un autre sens, les champs morphiques ne disparaissent pas ce sont des schèmes (des logiciels sans supports) d'influence organisateurs potentiels, susceptibles de se manifester à nouveau, en d'autres temps, en d'autres lieux, partout où et à chaque fois que, les conditions physiques seront appropriées.
Quand c'est le cas, ils renferment une mémoire de leurs existences physiques antérieures.
Le processus par lequel le passé devient présent au sein de champs morphiques est nommé résonance morphique. La résonance morphique implique la transmission d'influences causales formatives à travers l'espace et le temps.
La mémoire au sein des champs morphiques est cumulative, et c'est la raison pour laquelle toutes sortes de phénomènes deviennent de plus en plus habituels par répétition. Lorsqu'une telle répétition s'est produite à une échelle astronomique sur des milliards d'années, comme ce fut le cas pour d'innombrables types d'atomes, de molécules et de cristaux, la nature des phénomènes a acquis une qualité habituelle si profonde qu'elle est effectivement immuable, ou apparemment éternelle.
Toutes ces réflexions sont en contraste flagrant avec les théories orthodoxes en vigueur, il n'existe rien de semblable à la résonance morphique, dans le cadre de la physique, de la chimie ou la biologie contemporaines ; les scientifiques ont, en général, tendance à considérer les champs connus de la physique comme gouvernés par des lois naturelles éternelles.
Or, les champs morphiques se manifestent et évoluent dans le temps et l'espace ; ils sont influencés par ce qui s'est réellement produit dans lé monde. Les champs morphiques sont envisagés dans un esprit évolutionniste, ce qui n'est pas le cas des champs connus de la physique. Ou tout au moins, ce n'était pas le cas jusqu'à ces derniers temps.
Jusqu'aux années 1960, les physiciens ont cru, pour la plupart, que l'univers était éternel - l'univers, mais aussi les propriétés de la matière et des champs, ainsi que les lois naturelles. Ces éléments avaient toujours été et seraient toujours identiques à eux-mêmes. Mais on considère désormais que l'univers est né à la suite d'une explosion primitive. il y a quelque quinze milliards d'années, et qu'il n'a cessé de croître et d'évoluer depuis lors.
Aujourd'hui, la physique théorique est en pleine effervescence. Des théories relatives aux premiers instants de la création voient le jour. Plusieurs scientifiques avancent des conceptions évolutionnistes de la matière et des champs, d'un type novateur.
Le cosmos apparaît plus comme un organisme en pleine croissance et en pleine évolution que comme une machine éternelle. Dans ce contexte, des habitudes sont sans doute plus naturelles que des lois immuables.
A partir de phénomènes réels mais inexplicables par les paradigmes actuels de la science, il a élaboré une théorie complexe, qui certes, demande une étude approfondie pour être validée, mais qui semble prometteuse, en tout cas "elle semble tenir la route".
En simplifiant beaucoup :
Le tout est plus que la somme des parties. Il remet en cause également l'aspect purement mécanique de la biologie au profit d'une causalité formative à la base de la morphogenèse, la biochimie et la génétique n'intervenant qu'à posteriori.
Cette causalité formative s'exprimerait par les champs morphogénétiques.
Les champs morphiques façonneraient les atomes, les molécules, les cristaux, les organelles, les cellules, les tissus, les organes, les organismes, les sociétés, les écosystèmes, le système planétaire, le système solaire, la galaxie etc.
Dans cette complexité croissante, les champs morphogénétiques contiendraient une mémoire inhérente acquise par un processus de résonance morphique, composant la mémoire collective de chaque espèce ( idée émise par l'éminent psychologue suisse Carl Gustav Jung ).
Ainsi, le cerveau, trop petit pour contenir la mémoire, n'est pas un organe de stockage mais un organe de liaison avec la banque de données du champ morphogénétique dans laquelle se mêlent passé, présent et futur. "
Vertiges.
Il n'est plus là et pourtant il se voit. Il flotte au-dessus de son abri. Il monte et descend sur la houle qui respire. Maitenant, il ne se voit plus mais il se sent. Il ne voit pas le paysage, il le vit. Il s'est fondu dans un ailleurs, un autre moi, une enveloppe nouvelle, un univers illimité. Il ne comprend pas ce qui se passe mais il n'en est pas troublé. Il est au-dessus de lui, physiquement mais sans la sensation de son corps.
Il est bouleversé par la misère apparente de son état et par la précarité de son refuge mais l'espace est si beau et le souffle des montagnes en lui est si doux que la plénitude l'envahit. A chaque inspiration, il se liquéfie dans le manteau neigeux, il se solidifie dans le grain de la pierre, il s'évapore dans les nuées glacées. Il n'est plus là et pourtant il perçoit son corps avec une acuité extraordinaire.
Il est dans son corps qui est dans le corps de la montagne qui est lui...
Il entend des sons graves, très bas, presque indistincts, une espèce de murmure répétitif, une mélopée inconnue. Il n'essaie pas de comprendre avec des mots. Tout est déjà en lui. Il entend la Terre. Oui, c'est ça. Il entend la Terre et il la comprend. Il sent étrangement que c'est normal puisqu'il respire en elle, qu'il est dans son souffle et que l'air le nourrit. Il sait qu'il ne regarde pas le monde mais qu'il en fait partie. Il n'est pas lui, il est le monde et le monde se constitue aussi de lui, il n'est pas une particule séparée du reste, il est l'ensemble, l'ensemble n'est pas divisible et pourtant il sait qu'il est multiple...
Il n'a pas envie de redescendre. Il comprend tout ici mais ne pourrait rien en dire. Des galaxies entières s'engouffrent dans son être ouvert et rejoignent les particules étoilées qui le remplissent. Il perçoit l'énergie de ses cellules, électrisées par l'Univers qui le visite. Son étincelle n'a jamais été aussi lumineuse.
Tout en lui est dans le Tout. Et le constitue...
...
A la première tentative, les jambes ne se sont pas pliées. Pourtant, l'ordre était clairement énoncé dans sa tête. Au deuxième essai, le genou droit a cassé la gangue de glace qui le fige et a retrouvé, au plus profond de sa mémoire de genou, un mouvement de flexion. Il est très fier de cette victoire... Il en appelle au deuxième genou, lui expliquant qu'il ne peut pas rester ainsi à la traîne de son compagnon, que lui aussi doit montrer qu'il est capable de vaincre l'impossible, qu'il n'y a qu'un délai d'obtention, que la vie est la plus forte... Il sent des mots jaillir, une allégresse extraordinaire qui le bouleverse... D'où vient-elle cette force, que fait-elle encore là ?
NOIRCEUR DES CIMES : Mourir à soi
Il s’assoit dans la neige et réalise à ce moment qu’il s’est engagé sans y penser dans le manteau instable, qu’il n’a même pas cherché à établir un itinéraire sécurisé, que ses pensées l’ont arraché à la nécessité de se préserver. Et c’est aussitôt un tourbillon effréné qui l’emporte, une clairvoyance ultime qui l’inscrit dans la réalité. Nous ne nous appartenons pas, nous errons dans des univers anarchiques de pensées incontrôlées, toutes mêlées dans un cloaque agité de luttes internes. Education modélisée, histoire personnelle, conditionnements sociétaux, enseignements forcenés, culture aseptisée, médiatisation légiférée, nivellement organisé, objectifs imposés, adoration fanatique des idoles, épuration mentale des masses, embrigadement des enfants incrédules, rebelles pourchassés, enfermés, humiliés, contamination des peuples primitifs, glorification assidue des égos, célébration des apparences, panégyrique exalté des profits, mondialisation armée, planétarisation des idées, il ne veut plus parler de liberté. Pourquoi est-il là d’ailleurs ? Il aimerait le comprendre, dans sa plus parfaite vérité, hors des subterfuges futiles, hors des considérations narcissiques. Et il redoute aussitôt n’avoir en fait aucune autre raison…Il est enfermé dans des schémas de pensées intégrées dans son esprit, infiltrées par des années de soumission passive, enluminées par des activités négligeables mais socialement reconnues. Il ne parvient même pas à retrouver une seule période de sa vie durant laquelle il aurait essayé de progresser d’un point de vue spirituel, d’analyser clairement toutes les influences qui l’ont formaté. Sa colère étouffe le dégoût de lui-même.
Il entame une diagonale en visant une longue arête faite de brisures, de brèches, de névés et de chaos rocheux. Elle lui semble praticable et de toute façon plus sûre que ces pentes mouvantes, collées par des miracles fragiles. Le froid ne le lâche plus. Il ne parvient plus à s’en libérer. Il a dépassé le point ultime à partir duquel son organisme se détériore, sans relâche, sans rémission possible. Il connaît chacun des symptômes. Il se déplace plus lentement, comme si les courants intérieurs faiblissaient et ne permettaient plus la même vivacité, comme si les énergies coulant dans ses muscles se solidifiaient inexorablement et le condamnait à une prochaine fossilisation. Il imagine un court instant son corps dur comme la pierre, ancré à la montagne, serti dans un écrin granitique.
Il s’arrête sur un îlot rocheux. Il enlève son sac. Difficilement. Les gestes les plus simples deviennent pénibles. Les tensions musculaires engorgent les fibres de toxines corrosives. Il sort le thermos de thé et le paquet d’abricots secs. Sans l’abri du sac, la sueur gèle aussitôt dans son dos.
C’est la peur qui mène le monde. L’idée l’a frappé alors qu’il portait le gobelet à ses lèvres. Et c’est parce qu’il est libéré de la peur que son esprit est aussi vif. La peur. Quelle peur ? La peur de quoi ? Il suit le parcours de l’eau tiède dans son ventre vide et l’évidence s’impose. La peur de mourir. Toutes les dérives de l’humanité sont justifiées par cette angoisse primale. L’homme n’a rien pu faire contre cette issue. Le groupe humain a accumulé les progrès, s’est arraché par des efforts millénaires à sa condition précaire et de proie nue est devenu prédateur cuirassé. Mais il n’a rien pu faire contre la mort sinon tenter de l’oublier sous des subterfuges multipliés. Et cette amnésie fabriquée, alimentée, glorifiée, mondialisée est le point d’achoppement qui condamne l’humanité à une éternelle errance. La futilité guide nos pas. Et elle nous prive de la liberté. Nous sommes enfermés dans l’enceinte de notre peur. Ce refus de la lucidité, de la confrontation, de la vigilance, de la clairvoyance, cette frénésie quotidienne, ces priorités fabriquées, nos exigences matérielles, nos quêtes amoureuses, nos loisirs infantiles, tout est fait pour ne pas penser, tout est fait pour oublier, tout est fait pour maintenir en état les murs décorés de nos geôles, inventer sans cesse de nouvelles calligraphies adorées. Il se demande si finalement l’alpinisme n’est pas un bagne comme les autres, si la passion qui le dévore n’est pas aussi pernicieuse que toutes les autres dérives. Elle ne l’a jamais amené vers les territoires intérieurs. C’est la mort de Tanguy, d’Etienne et d’Axel qui a brisé les murs.
C’est la mort qui lui a permis de venir au monde. Et toutes les questions que sa présence a éveillées.
Vieillir n’est rien quand sur le chemin il s’agit de naître. Voilà la liberté. Il s’agit de l’acquérir. Elle ne nous est pas donnée à la naissance. Notre accession à la vie est un enfermement et sans la vigilance et la quête spirituelle nous ne sommes que des décorateurs mais nullement des architectes d’intérieur. L’insignifiance de nos priorités est un boulet que nous tirons, avec plus ou moins d’énergie, mais sans jamais nous attaquer à la chaîne. Elle n’est pourtant pas indestructible. La détermination et la constance, la clairvoyance et l’humilité sont des limes redoutablement efficaces. Il sait désormais ce qui lui reste à faire. Il va couper les passerelles qui relient son égo à son âme. Luc n’est rien, celui-là peut mourir, c’est un fantôme sans matière réelle, un ectoplasme trompeur. C’est l’esprit qu’il convient de libérer. Il réalise à quel point le savoir et la compréhension sont deux choses différentes. C’est la compréhension qui lui est proposée, le savoir n’est qu’une illusion entretenant l’hallucination collective, du vide jeté dans du néant, de la dispersion agitant le tourbillon des jours, un garnissage narcissique. Sandra n’est pas sur une voie lumineuse, elle est aveuglée par les néons multiples que l’humanité a allumé pour se rassurer dans les noirceurs qui l’effrayaient, pour éclairer faussement son parcours trompeur, l’entraîner vers des horizons séduisants, des chimères mirifiques, des labyrinthes infinis qui accroissent inlassablement son égarement. Il fallait accepter les luttes intérieures, ne pas refuser les combats. Il admet pourtant que la culture de Sandra ait pu lui dévoiler quelques horizons éblouissants à travers les brumes et que c’est lui qui n’en a pas voulu. Il cherche à retrouver dans sa mémoire appesantie par l’immense fatigue des paroles salvatrices. Elle en connaît tant et il s’est tellement enfermé dans ses croyances. Il a honte soudainement de son entêtement, de cette obstination maintenue, de cet obscurantisme insipide. Il se voit désormais comme un adepte de l’Inquisition, un bourreau aux oreilles obstruées, un tortionnaire infatué, destructeur des idées révélatrices, consolidateur infatigable des murailles carcérales. Il voudrait s’excuser, là, immédiatement et témoigner à Sandra de son affection, de sa reconnaissance pour cette énergie qu’elle a déployée pour lui pendant des jours et des nuits, de ce désir qu’elle avait de l’arracher aux miasmes léthargiques. S’excuser de tout le mal qu’il lui a fait. Il se promet de l’appeler quand il s’arrêtera pour la nuit. La prochaine nuit…L’échéance le terrorise et le fait se lever.
Descendre, descendre, il ne veut plus s’arrêter. Le repos, c’est la mort.
Rochers verglacés, vires étroites, névés fragiles, couloirs encombrés de blocs tremblants, il serpente consciencieusement, lentement aussi, ne relâchant pas son étreinte sur l’attention vitale. Il devine pourtant dans son esprit ankylosé des sentiers qui se dessinent, des itinéraires rayonnants qui l’appellent. Il sent s’installer de nouveau une distanciation entre la part de son esprit qui assure sa survie et celle qui lui parle de la vie. Les raideurs de son corps éreinté n’influent pas sur ses libertés intérieures.
Il n’y a de prisons que celles que l’on accepte et pire encore celles que l’on se fabrique.
A cette distinction entre son mental appliqué à ne pas commettre d’erreurs et cet esprit qui s’aventure dans les territoires flamboyants de l’accomplissement personnel vient s’ajouter l’entité capable d’observer ce phénomène étrange. Il s’aperçoit alors des limitations qu’il avait lui-même fabriquées et l’extraordinaire euphorie d’accéder enfin à la liberté le bouleverse.
Il repense à l’itinéraire qu’il a suivi depuis la disparition d’Axel. Il sent qu’il doit continuer à tirer vers l’est pour tenter de retrouver la descente originelle. Il ne sait pas ce qu’il va rencontrer plus bas et il ne croit pas qu’il lui soit possible d’atteindre la base de la montagne par une nouvelle voie. Tous les parcours ont été tentés et il n’a jamais entendu parler d’un autre trajet. L’inquiétude le taraude lorsqu’il laisse s’installer en lui l’image d’un obstacle insurmontable, la nécessité de remonter les pentes, de chercher pendant des heures un itinéraire praticable.
Il lève les yeux et s’aperçoit que la lumière s’est intensifiée. Les rayonnements solaires sont de plus en plus diffusés dans la masse fragilisée des nuages. C’est comme une épaisseur qui s’évapore, une marée qui se retire. Les brumes spectrales succombent graduellement sous l’ardeur de la lumière qui coule depuis la haute atmosphère. Il devine dans l’image des similitudes personnelles. Les conditions extérieures et ses luttes physiques ne sont que les reflets de sa décantation spirituelle. Ce monde est un miroir. Une étrange connivence l’envahit, comme une reconnaissance envers un ami qui vous soutient. Il ne voit plus dans cet univers minéral un adversaire inflexible mais un maître exigeant.
Les coups qu’il reçoit sont les gestes affinés d’un ciseleur adroit qui taille dans la masse brute de l’être pour atteindre le diamant caché, l’âme ignorée, le cœur spirituel. L’image l’a surpris comme un coup de tonnerre. Se pourrait-il que tout cela soit issu d’une volonté extérieure ? Est-il entre les mains d’une entité supérieure, un architecte consciencieux qui aurait décidé de sculpter le bloc informe qu’il était jusque là ? L’idée le dérange. Il ne serait donc pas libre. Il ne serait qu’une marionnette sur une scène épique, un pantin manipulé, un acteur dans une pièce tragique. Sa liberté se limiterait à sa capacité à répondre aux exigences du metteur en scène, à jouer son rôle comme si sa vie en dépendait. Et c’est justement le cas. Il est en sursis. Qu’il vienne à décevoir le concepteur de l’histoire et il pourrait être exclu du spectacle. Ce parcours terrestre ne serait dès lors qu’un théâtre intraitable, une arène sanglante où les combattants resteraient à la merci de l’empereur. Dans le scénario présent, il serait le seul rescapé.
Dieu.
Il n’a pas trouvé d’autre nom. Il n’a aucune connaissance dans le domaine sinon les quelques copeaux dérisoires des enseignements émétiques du catéchisme. Ses parents n’avaient eux-mêmes aucune conviction, rien à transmettre mais des soucis de reconnaissance sociale. Dans les petites vallées savoyardes, la participation à la vie religieuse cimente la communauté. Il s’en était retiré.
Et c’est un vide immense qui s’ouvre désormais sous son esprit démuni.
Il songe à Sandra. Ses études lui proposaient au moins des pistes de réflexions, des prolongements raisonnés, des comparaisons entre diverses versions. Il ne possédait aucune base sur laquelle fonder un début de construction, rien que du sable instable, le sol mouvant de ses ignorances. C’est sur le corps immense de la montagne qu’il a pu bâtir le socle favorable à son émancipation. Cette enceinte minérale a permis d’enclencher en lui le cisaillement de la chaîne qui limitait son envol. L’incarcération l’a privé de ses repères et simultanément elle a brisé le carcan de ses certitudes. Plongé dans un instant sans avenir il a découvert la force de la vie immédiate et cette énergie libérée lui a permis de se prolonger. Il lui reste à préserver cette dimension épurée, l’espace illimité du moment présent, la clarté indescriptible de la présence à soi. Même si le destin a une emprise réelle sur son parcours, il possède au moins la liberté de l’exploiter totalement, d’en saisir la quintessence, de ne rien manquer, d’engager son esprit dans cette soumission constructive. Est-il son propre maître ? A quel niveau se situe la liberté ? Il ne parvient pas à dénouer l’écheveau compliqué de ses interrogations puis il réalise que la liberté prend déjà forme dans les questionnements répétés, que ces doutes l’arrachent à l’insignifiance des jours frivoles, à l’étourdissement des actes futiles, à toutes les dérives qui comblent de leur fadeur anxiolytique les abîmes existentiels. Les prisons que l’on accepte…Nos conditionnements, l’éducation reçue, les traditions, l’Histoire familiale, la culture endoctrinée…Toutes les prisons. Et celles que l’on se fabrique…Sa passion pour la haute montagne, cet enfermement dans cet espace étroit dès lors que les objectifs ne sont pas accompagnés par la quête spirituelle, dès lors que l’obsession n’est qu’une limitation au lieu d’être un envol. Il a manqué l’essentiel, il s’est laissé aveugler, il s’est perdu en route…Et les sanctions sont tombées, il ne pouvait en être autrement et il est le seul responsable.
Il aimerait s’arrêter pour appeler Sandra. Il a entendu la radio biper dans son sac mais il n’a pas eu la force de répondre. Il sait qu’une cassure dans sa descente obstinée favoriserait l’intrusion sournoise des somnolences mortifères. Sa clairvoyance et l’effervescence de son esprit sont des déferlements émancipateurs et les seules chaleurs qui lui restent. Son corps est engagé dans un délabrement inéluctable mais son esprit, débarrassé des pesanteurs ancestrales, y puise la lucidité qui lui avait toujours échappé.
Mourir à soi-même pour renaître.
L’expression s’est imposée. Il l’accueille avec un sourire intérieur.
Il repense à Sandra et à sa capacité à vivre chaque instant de la journée comme un accomplissement personnel, à trouver dans chacun de ses actes des raisons à son bonheur. Elle lui avait expliqué qu’il ne dépendait que de lui de considérer la vie quotidienne comme la possibilité de progresser au lieu de souffrir à la répudier, comme l’opportunité d’appliquer des serments de clairvoyance, d’expériences appliquées, de présence perpétuelle. Rien n’était pénible dès lors que l’esprit s’engageait totalement dans l’exploitation de l’instant, qu’il s’impliquait sans relâchement à extraire de chaque situation la conscience épurée de celui qui vit. Aller chercher du pain lui permettait de marcher sur le trottoir en visualisant intérieurement son allure, à ressentir les fibres musculaires, les flux d’oxygène, la douceur de la lumière, à percevoir les horizons lointains au-dessus des toits, les visages multiples des gens affairés, d’écouter les voix, les bruits de la ville, d’absorber chaque ressenti et d’en constituer une collection inestimable, un trésor personnel qu’elle entretenait amoureusement. Elle était passionnée par la vie mais ce flamboiement ne la consumait pas. Il nourrissait son illumination. Il n’avait jamais su percevoir ce bonheur. La vie quotidienne l’emplissait d’un profond dégoût. Ou plutôt il avait constitué lui-même ce vomi infâme. Il était son propre virus, sa propre maladie. Il avait gâché tant de choses…L’humanité elle-même n’était pas cette tumeur maligne rongeant l’Univers du vivant. Là aussi, il s’était trompé. Il n’en avait perçu qu’une vision, celle qui le confortait dans son aversion, celle qui répondait à l’identification factuelle sur laquelle il s’était construit, celle qui l’avait enfermé dans ses propres dérives. Il s’était cru le rebelle quand il n’était que son propre geôlier. L’humanité n’était responsable de rien. Elle n’était que l’amalgame tentaculaire et anarchique des individus égarés, le miroir gigantesque des dérives solitaires. En limitant ses regards aux représentations multiples du Mal, il s’était fourvoyé dans une impasse, luttant constamment contre des murailles infranchissables en ignorant que des brèches étaient déjà constituées, que des individus obstinés, emplis de compassion, de solidarité, de respect, d’attention, de lucidité avaient déjà franchi les premières lignes et avançaient dans les territoires de l’âme en répandant sur leur passage un message d’amour qui convainquait immanquablement certains combattants à déposer les armes. L’égo, lui-même, entretenait les différentes factions, les mercenaires, les armées officielles, manipulant ces groupes soumis et trouvant dans cette perversion immonde sa propre identification. Ces luttes internes étouffaient sous des monceaux de cadavres l’âme épuisée par tant de massacres, tant de folie, tant de génocides. Seul, un regard chaleureux vers le Bien lui permettait de ne pas sombrer définitivement, de ne pas mourir sous les coups répétés.
Il avait enfin laissé la lumière s’infiltrer et les noirceurs des cimes avaient servi d’étincelle.
Se libérer du connu.
Ce titre d'un ouvrage de Krishnamurti m'a amené encore une fois à m'interroger sur les religions et l'emprise qu'elles exercent sur l'individu.
Existe t-il une voie d'Eveil passant par les religions ou sont-elles une entrave à l'élévation spirituelle qu'elles annoncent?
Pour Krishnamurti, les enseignements prodigués par Jésus ou Bouddha ont été interprétés puis dogmatisés par ceux-là mêmes qui voulaient transmettre l'enseignement et qui n'avaient sans doute pas atteint le même degré de spiritualité que ces Maîtres. Les messages éducatifs se sont alors transformés en doctrines et sont devenus aliénants, conditionnant pour l'homme au lieu de l'aider à progresser vers lui-même. Les enseignements spirituels expliquent pourtant que l'être humain doit renoncer à l'attachement et à l'identification, se libérer de l'égo pour atteindre une connaissance supérieure ne se trouvant pas dans les livres, une vérité qui est au-delà des mots et du savoir acquis, de la tradition, de la transmission elle-même. La connaissance de soi est une clé pour l'ouverture de l'être et elle peut se produire par l'attention, une lucidité de chaque instant. Les religions en oeuvrant pour elles-mêmes ne détournaient-elles pas les hommes de la voie réelle de l'Eveil ?
Comment cette démarche personnelle pourrait-elle prendre forme dès lors que l'individu situe sa démarche dans une doctrine qu'il n'a pas éprouvée intrinsèquement mais dont il a eu connaissance par un savoir transmis par les livres et les religieux ? Des Textes anciens peuvent-ils conduire à la connaissance de soi ou bien sont-ils un alourdissement de l'âme qui va s'évertuer à suivre des pratiques et des préceptes comme autant de balises ? Où est l'individu dans cet imbroglio émotionnel, liturgique, dogmatique ? N'y a-t-il pas davantage de risque de se perdre en "croyant" s'ouvrir à un état de plénitude ? Les Maîtres l'ont vécu parce qu'ils avaient oeuvré toute leur vie à cette élévation. Se peut-il que les religions dispensent cette connaissance de soi à travers de simples écritures alors que les Maîtres ont effectué un travail personnel gigantesque avant d'éprouver un changement de conscience ?
L'impression qu'on travaille à l'envers... Les religions, si elles ont quelque chose d'essentiel à dire, ne sont accessibles qu'à l'individu ayant déjà oeuvré pour l'élévation du niveau de sa conscience. Entamer une démarche spirituelle en adhérant précocement à une religion revient à mon sens à s'enfermer définitivement et à se priver de toute ascension. Comme un fardeau dont on se charge en pensant qu'il va nous alléger.
Je pense aujourd'hui que l'embrigadement dont les religions se nourrissent, que ce fonctionnement ritualisé, cette adhésion mirifique à des histoires détournées sont devenus des freins gigantesques. Elles ont perdu le Mystère en l'enfermant dans un coffre adoré.
Se libérer du connu, c'est donc également se libérer des religions.
Il est préférable de s'engager sur le chemin vierge de notre existence, de se réjouir des rencontres, de se sustenter prudemment, par petites bouchées de toutes les nourritures spirituelles proposées, que d'adhérer éperdument à un concept.
On ne prend pas le risque d'une errance. On réunit patiemment les pièces de notre propre puzzle. Comme un être divin qu'on inviterait timidement au lieu de se glorifier des fausses certitudes d'une rencontre organisée.
Mon souhait le plus profond est d'émouvoir Dieu, l'Un. Tout autant qu'il me bouleverse. Puisque la Vie diffusée par cette Unité ruisselant de toutes parts me fait pleurer de bonheur, je veux offrir à cette énergie créatrice l'hommage qui viendra de mon coeur, de mon âme et non des Textes sacrés. Je préfère rester libre et ne rien découvrir que d'aliéner mon âme dans l'attente d'une libération post-mortem.
Il ne m'intéresse pas de croire en Dieu. Il m'intéresse de le connaître. Les religions ne sont pas une voie de connaissance mais de croyances. Ca ne me suffit pas.
"Je crois en Dieu" est une phrase pleine de doutes. "Je crois que demain il pleuvra." On est dans le même registre.
Dieu me connaît. Il me reste à le connaître. Il m'a déjà séduit. Je veux en faire de même. A travers mes propres hommages.
La spiritualité.
Ce monde que nous croyons connaître.
La spiritualité est une découverte constante au coeur de la réalité. "L'homme n'est que l'ombre de l'Homme qui est l'ombre de Dieu." Et parce que la spiritualité exige de la part de l'individu une découverte et une élaboration totale, depuis la source, de la voie qui l'élève, il est actif et non "utilisé"...
L'absence de repères établis autorise l'individu à oeuvrer pour lui-même, non dans une voie reconnue et balisée, mais dans l'élaboration obstinée de ses propres horizons. "Voilà où je veux aller." Et non "je voudrais aller là où vous êtes." La spiritualité est un chemin solitaire. Les rencontres sont des apports et non des soumissions, elles enrichissent celui qui y perçoit le diamant qui lui convient et non celui que les instances dirigeantes lui ordonnent d'honorer.
La foi n'est pas là. Ce monde religieux n'est pas le monde spirituel. La spiritualité n'a pas de fil conducteur, elle n'a pas de Bible, aucun texte Sacré, elle ne réclame aucune fidélité, elle accepte les errances, les changements de voie, les recherches multiples, elle reconnaît que l'individu est une unité existentielle et qu'il possède ce droit essentiel du choix.
Le fonctionnement vis à vis de Dieu me semble être le même. Nous nous engorgeons de données liturgiques sans les comprendre autrement que par auto-persuasion, par goût de l'appropriation partagée, comme une nouvelle technologie ou une nourriture exotique. Nous en apprenons l'usage mais nous ne comprenons rien de son origine, de sa réalité, du mystère qui l'habite. Et croyant (justement) que ces religions nous élèvent, nous ignorons respectueusement que nous les servons. La tristesse inhérente à cette absence d'élévation malgré ce don de soi que nous maintenons à travers des pratiques ou des lectures, cette désillusion prolongée ne font que renforcer l'adhésion forcenée dans l'attente impatiente d'un "signe", d'un bonheur, d'une révélation, d'une protection accordée... On entre dans l'addiction. La lucidité est exclue.
L’homme moderne est ainsi un être qui “ne sait rien” au sujet du fonctionnement du monde, de l’économie, de ce qui fait son quotidien, de son corps, de sa vie. Ou, en tout cas, si information il y a, elle lui arrive depuis un extérieur spectaculaire envers lequel il reste passif et éloigné. En d’autres termes, nous sommes chaque jour plus informés des choses dont nous ne savons rien. La tristesse comme symptôme de l’impuissance est alors la conséquence de cette déréalisation du monde. » Miguel Benasayag
« Notre société est constituée d’utilisateurs, de consommateurs qui, le plus souvent, ignorent tout de la façon dont fonctionnent les appareils et mécanismes qui les entourent et qui constituent le monde dans lequel ils vivent. Ainsi, tout en croyant être utilisateurs, nous finissons par devenir nous mêmes “utiles” au service des différentes techniques. Cela vaut bien sûr en ce qui concerne les techniques plus ou moins sophistiquées qui composent le paysage quotidien, mais notre ignorance s’étend également aux domaines économique, politique, etc.
Lutter contre le vent.
J'ai découvert un jour que je pouvais au contraire me fondre en lui, glisser dans ses arabesques, jouer avec lui comme un avec un partenaire exigeant...Cette attitude me comblait de bonheur sans que je comprenne vraiment pourquoi. Je ne luttais plus, j'essayais d'être en osmose. C'était devenu un jeu...
En écrivant "Les Eveillés" et en analysant mon parcours de vie, j'ai réalisé que mes errances et mes douleurs relevaient davantage d'une lutte constante contre les tempêtes de l'existence que des conséquences réelles de ces tempêtes. Je m'appropriais ces difficultés et je m'identifiais à elles. Je n'étais jamais dans l'acceptation des choses mais dans un combat, spirituel, intellectuel et physique...J'y ai laissé une énergie considérable sans jamais trouver la sérénité de l'osmose. J'aurais dû me souvenir de ces expériences à vélo mais je préférais l'image du combattant infatigable. Mon égo me tenait.
Respecter la vie, c'est accepter ce qui est, donner à ce qui est l'image du vent qui souffle. Soit j'adapte mon allure et je me réjouis de l'instant, quelques soient les difficultés pour progresser, soit j'entre dans une lutte déraisonnée en croyant être le plus fort, en pensant que ma raison me sauve alors que c'est mon égo qui me domine. En ne me perdant pas dans une lutte sans issue, je préserve mon énergie pour la concentrer sur l'acte le plus adapté, je ne m'égare pas dans des tentatives et des intentions inaccessibles mais je reste à mon niveau, dans un état de plénitude favorable à une acceptation inconditionnelle de ce qui est. Dès lors, je glisse sans à coups et sans heurts dans la masse invisible de la vie.
"L'enfer est là parce que tu veux en sortir."
Karl Renz.
Nous vivons les pensées comme des croyances auxquelles nous adhérons sans les avoir autopsiées avec la raison nécessaire à l'éveil. Nous sommes "endormis" par les litanies de pensées tourbillonnantes, anesthésiantes ou énergisantes. Elle ne sont que des hallucinogènes et nous sommes des toxicomanes à l'attachement et à notre "sommeil."
Un entretien
Avec Richard KELLER, écrivain.
Très intéressant dans son parcours et la passion qui l'anime.
http://www.savoie-litterature.com/?p=98
Un témoignage utile pour les auteurs en quête d'éditeur...
Corps et conscience. (spiritualité/conscience)
Ai-je un corps ou suis-je mon corps ?
Si je parviens à répondre à la question, il aura bien fallu que j’aille chercher la réponse en moi, c'est-à-dire dans l’antre qui contient ma conscience. Je ne peux concevoir que cette conscience, ou cette raison, soit une entité extérieure que je vais saisir dans mon environnement pour m’en servir. Ma conscience est incarnée. Ma réflexion est inséparable de mon corps, elle y est enracinée comme dans une terre. Mon corps est par conséquent un support, une enveloppe mais il est aussi un « filtre » par lequel toutes les expériences viennent à mon cerveau. Si je peux penser à mon corps, c’est bien parce que je le ressens, je le perçois, j’en reçois également une image. Par contre, il est évident que cette image évolue avec le temps et l’accumulation des expériences. Ce corps n’est pas figé et la conscience que j’en ai fluctue.
Si ces changements surviennent, c’est également que je ne suis pas seulement ce corps, comme une pierre est une pierre, mais que je dispose d’une capacité consciente à « m’extraire » de ce corps pour l’identifier. Ma conscience est par conséquent indépendante de ce corps, elle ne lui est pas seulement inhérente, elle n’est pas intrinsèquement englobée, elle a un pouvoir d’auto réflexion. Elle reçoit les informations reçues par le corps, elle les analyse mais elle a en plus la capacité à conscientiser ce processus. J’ai conscience de ma conscience. Ma conscience n’est pas qu’un récepteur comme peut l’être un ordinateur en état de marche, elle a également le pouvoir d’observer l’expérience et l’expérimentateur… D’avoir conscience de lui, indépendamment du corps. Dans cette situation là, le corps n’est plus le support de l’identité mais l’objet étudié qui permet à la conscience de prendre forme. Je ne suis pas mon corps, j’ai un corps qui me sert d’objet d’expérience afin d’offrir à ma conscience un piédestal.
Ca n’est pas pour autant que ce corps est méprisable et doive être considéré comme un fardeau dont il faut que la conscience se libère. Ca serait absurde, comme une lobotomie sensorielle. A quoi me servirait-il d’analyser ma conscience auto réflexive s’il n’y a aucune expérience à laquelle je puisse me référer ?
Il n'y a pas de conscience sans corps.
"Corps et conscience font un". Pour Spinoza, l'esprit et le corps ne constituent qu'une seule et même substance, une imbrication constante entre le champ d’expérience de la pensée (l'esprit) et le champ sensoriel (le corps).
Pour des philosophes matérialistes comme Diderot ou Nietzsche, la conscience est une simple extension de l'organisme. Les neurologues aujourd'hui déterminent ce que je pense et ce que je ressens qu’en fonction de notre corps. Il semblerait par conséquent que je ne sois qu'un corps qui « raisonne ».
Ma conscience pense "je suis", mais sans pouvoir se passer du récepteur corporel. On pourrait donc valider la phrase et dire "je suis un corps".
Pour Descartes, la conscience, bien qu'étroitement unie au corps, est radicalement distincte de lui. « Je ne suis pas mon corps. »
"La conscience est abstraite". Lorsque je pense "je suis", ma conscience se saisit elle-même comme conscience, en faisant abstraction de mon corps. La conscience du corps n’est qu’une option secondaire. Le corps n'est donc qu'un des objets parmi d'autres qui peuvent occuper la conscience. Descartes est intransigeant et ne veut pas être assimilé à un corps qui souffre et qui lui échappe…
Lorsque je pense, je n'ai pas conscience de mon corps et je n’en ai même pas besoin. Ma conscience et mon corps sont donc distincts et pour Descartes on doit dire "j'ai un corps". Le dualisme cartésien se sert du dualisme chrétien. Il n’y a qu’à lire Schopenhauer pour juger des dégâts…Mesdames, cachez-vous, ne tourmentez pas les consciences supérieures des mâles… Beurk…
Bon, la conscience est donc incarnée, la conscience et le corps ne font qu'un. Je m’en tiens à cette idée.
Il serait illusoire d'imaginer que la conscience puisse être abstraite, totalement coupée du corps. La psychanalyse essaie bien d’ailleurs de réconcilier la conscience et le corps, le moi (ou le surmoi) et l'inconscient, afin de permettre à l'individu de vivre dans la plénitude. Il n’y a aucun « ennemi » en soi, il n’y a que des entités ignorées, par éducation, conditionnement ou traumatismes.
Le zazen travaille également dans cette voie. La maîtrise du corps favorise le développement de la conscience. Il n’est pas question de s’extraire du corps mais de l’éprouver pleinement, en totale conscience, avec amour et cette expérimentation génère un état de conscience sublimé.
On peut s’interroger maintenant sur les états de conscience modifiée déclenchés par des situations particulières.
Les NDE ou d’autres situations moins extrêmes.
De quoi est constituée cette conscience... Elle me semble très liée à la mémoire. Par exemple, je sais très bien que la neige, le glaçon dans mon verre, les nuages, la pluie, la vapeur au-dessus de la casserole sont des états différents d'un même élément. Mais je ne peux le savoir qu'en ayant expérimenté diverses situations cognitives ou sensorielles. Les conclusions sont insérées dans ma mémoire et lorsque je suis confronté à une nouvelle situation, la conscience que j'en ai est générée par le rappel à cette mémoire. Pourtant cette conscience n'est pas qu'une mémoire étant donné qu'il a bien fallu la première fois que j'use uniquement de ma raison pour valider les expériences. On peut donc considérer que la conscience est liée à la mémoire mais qu'elle peut aussi fonctionner sans elle. Il faudra simplement multiplier les situations pour que les acquis soient stables. La conscience a donc besoin d'une "énergie" pour rappeler les acquis. Le corps est bien souvent utilisé comme filtre mais pas nécessairement. Mais qu'en est-il de cette "énergie" qui servirait d'agitateur à la conscience ? Dans un de mes romans, un guide de haute montagne est amputé d'une jambe. Pour l'écrire j'ai passé deux journées dans une clinique spécialisée en prothèse et rééducation et j'ai discuté avec des soignants et des soignés. "Le membre fantôme" est un phénomène étrange puisque la personne amputée a des sensations très précises, jusqu'à la douleur, avec des envies irrépressibles de se gratter les orteils, le mollet...Il reste une "conscience" de l'élément perdu et ça dure parfois jusqu'à la mort malgré les médicaments...La mémoire ne s'efface pas et la conscience reste totale. Un autre témoignage transmis par un kiné faisait état des rêves de personnes tétraplégiques et qui racontaient leurs cavalcades pendant la nuit. Des années après leur accident, elles gardaient en elle une perception très précise de la marche...Elles en avaient encore totalement conscience. D'où vient dès lors l'automatisme du bébé quand on lui fait le test de la "marche"? Il n'y a pas de mémoire là...D'où vient cette "conscience"? Un geste instinctif...Oui, mais c'est quoi l'instinct ? Où le range-t-on par rapport à la conscience ?
Site "philosophie et spiritualité."
Un extrait da la leçon "corps et conscience".
« Deepak Chopra oppose deux images du corps, celle de la sculpture et celle de la rivière. Nous avons tendance à penser la réalité du corps à partir du concept de chose. Nous y voyons une sculpture faite avec de la matière, ou à la rigueur – mais c’est la même idée – un automate fait avec beaucoup de petites choses, des pièces qui en font une machine. Mais comme ce corps, c’est aussi un corps vivant, et remarquablement structuré par une sorte de technicien intérieur, on a imaginé qu’il fallait nécessairement lui adjoindre une âme-vitale : « on a d’abord désigné ce technicien sous le nom d’âme, puis il semble avoir été déchu au rang de fantôme que l’on imagine enfermé dans la machine ». Il y a une faille dans ce raisonnement, car « le corps ressemble bien plus à une rivière qu’à un objet figé dans l’espace ». Et c’est à la physique nouvelle que nous devons ce changement de regard sur les soi-disant objets matériels. Le corps est dans un flux permanent. « Quatre-vingt-dix-huit pour cent des atomes de l’organisme étaient absents un an auparavant. Le squelette qui semble si solide n’était pas le même trois mois plus tôt…La peau se renouvelle tous les mois. La paroi de l’estomac change tous les quatre jours et les cellules superficielles qui sont au contact des aliments sont renouvelées toutes les cinq minutes… C’est comme si l’on vivait dans un immeuble dont les briques seraient systématiquement remplacées chaque année. Si l’on conserve le même plan, il semble alors qu’il s’agisse du même immeuble. Mais en réalité, il est différent ». Le corps ne reste pas le même, il est perpétuellement dans le flux du changement. Or, malgré cette instabilité d’une rivière en mouvement, le corps ne s’effondre jamais comme une simple pile de briques, une intelligence maintient son intégrité, se charge de coordonner la transformation du flux, ce qui permet de dire, vu de l’extérieur (celui qui se regarde dans la glace), que le corps reste le même. « Pour ce qui est de la permanence, le corps est solide et stable comme une sculpture figée. Pour ce qui est du changement, il est mobile et fluctuant comme une rivière ». Seulement, du point de vue du paradigme de la physique classique, c’est là un paradoxe insoutenable, car il est impossible de considérer en même temps ces deux points de vue. Ce serait considérer un même phénomène à la fois comme de l’ordre des choses (corpuscules) ou de l’ordre d’un flux (l’onde). De là suit que, parce que le concept d’objet solide est surtout intelligible du point de vue de la vigilance quotidienne, parce qu’il est en accord avec une vision linéaire de la causalité, qu’il est plus facile à l’esprit de penser le corps comme une sculpture figée, que comme un flux vivant. Il est plus simple de se représenter le changement comme une causalité linéaire, une cause engendrant un effet, dans une séquence qui lie les objets entre eux, comme les boules de billard de Newton. Mais en restant dans ce modèle, on oublie justement ce qui est étonnant dans le corps physique, la beauté du renouvellement constant du corps, du renouvellement qui se produit à chaque instant.
Pour éviter de faire le saut vers une représentation quantique du corps, il reste encore un repli stratégique : celui qui consiste à dire que c’est au cerveau, machine complexe entre toutes, que revient la production de cette intelligence du corps. Cependant, comme l’explique longuement Chopra, si le cerveau est lui-même une machine, extrêmement complexe et perfectionnée, expliquer les phénomènes psychologiques par la présence du cerveau, c’est un peu comme dire que les véhicules sont responsables des accidents de la route, et non leur conducteur. L’intelligence ne se réduit pas aux mécanismes dont elle se sert pour opérer, y compris les mécanismes neurochimiques impliqués dans les échanges synaptiques. Le savoir que nous possédons aujourd’hui sur le cerveau nous permet de beaucoup mieux appréhender le fossé que l’on posait autrefois entre la pensée et la matière. Ainsi, « Les neurotransmetteurs sont les coureurs qui vont et viennent à partir du cerveau, transmettant à chacun de nos organes, émotions, désirs, souvenirs, intuitions et rêves. Aucun événement n’est confiné dans le cerveau seul. De même, ce ne sont pas uniquement des phénomènes mentaux puisqu’ils peuvent être codés sous forme de message chimique… Penser, c’est réaliser une chimie cérébrale qui engendre une cascade de réactions dans tout l’organisme». Ces découvertes ont une importance capitale : « L’entrée en scène des neurotransmetteurs favorise plus que jamais la mobilité et la fluidité de l’interaction entre esprit et matière – qui se rapproche encore plus du modèle de la rivière ». Pour comprendre la transformation subtile de la pensée en matière, il faut cesser de les opposer strictement, il faut se représenter le corps comme doué d’une intelligence propre, et se représenter le mental comme une intelligence consciente s’auto transformant dans le corps en processus matériels. Les conséquences de cette vision sont immenses, elles nous contraignent en effet à penser notamment la médecine comme une médecine corps-esprit et plus comme une simple médecine du corps-objet.
* *
*
C’est une erreur de raisonner sur le corps, comme sur l’esprit à partir d’une hypothèse substantialiste, c’est une erreur de chercher des relations de causalité mécanique entre l’esprit et lui-même, entre le corps et lui-même et entre l’esprit et le corps. Le corps physique est bien plus qu’un automate bien rodé. La pensée est plus qu’une sorte de fantôme dans la machine du corps. L’Intelligence elle-même transcende à la fois le mental pensant et la structure matérielle du corps.
Pour la première fois, il devient possible de tirer parti des découvertes de la physique nouvelle pour redessiner l’image que nous avons du corps, tout en respectant scrupuleusement ce que l’expérience vécue du corps propre a d’original. La subjectivité n’est pas confinée dans un royaume coupé du domaine objectif décrit par la science. Nous sommes à l’aube d’une complète révision de la compréhension classique à la fois de la conscience et du corps. La métaphysique de la représentation et ses différentes doctrines, est insuffisante pour comprendre l'incarnation.
Cela implique des questions nouvelles : en quoi le paradigme mécaniste est-il nécessairement limité et doit-il être dépassé ? Qu’est-ce que cette Intelligence qui transcende à la fois le mental pensant et la structure matérielle du corps ? Y a-t-il dans la conscience une puissance non-mentale qui ne serait pas liée au corps, mais directement liée à l’Intelligence ? De quoi le corps-physique est-il donc capable, si il est non pas seulement une machine, mais aussi l’intelligence qui conduit la machine ? "
Dans "l'Ayurveda", il me semble, l'homme n'est pas une entité duale, corps-esprit ( Descartes) mais une entité tripartite "corps-esprit-âme".
L'esprit serait à nos yeux d'Occidentaux le siège de l'intellect et des pensées alors que l'âme tiendrait le rôle de cette Intelligence citée dans le texte précédent. Cette âme serait reliée à l'Energie vitale...Le corps serait l'enveloppe créée autour de cette âme pour qu'elle ait un point d'ancrage dans le champ d'expériences matérielles. Nous sommes avant tout une Energie, le corps n'est qu'une construction secondaire mais tout de même indispensable et il convient de le développer par les pratiques liées au souffle et à la posture (yoga).
Conscience de soi. (spiritualité/conscience)
La conscience :
1. Ai-je un corps ou suis-je mon corps ?
2. Comment comprendre la notion de vie intérieure ?
3. Comment sait-on que quelqu'un est conscient de ce qu'il fait ?
4. Dans quelle mesure peut-on affirmer que la conscience n'est pas une donnée mais une tâche ?
5. Doit-on apprendre à devenir soi-même ?
6. En quel sens peut-on dire d'un homme qu'il est plus conscient qu'un autre ?
7. Est-ce dans la solitude que l'on prend conscience de soi ?
8. Est-ce que l'attention est la caractéristique essentielle de la conscience ?
9. Est-il légitime de faire prévaloir les exigences de la conscience sur celles de l'Etat ?
10. Est-il vrai de dire que "l'observation directe de soi est loin de suffire pour apprendre à se connaître " ?
11. Est-on fondé à affirmer l'existence d'une conscience collective ?
12. Etre conscient de soi est-ce être maître de soi ?
13. Etre maître de soi, est-ce une visée illusoire ?
14. Faut-il apprendre à percevoir ?
15. Faut-il éprouver pour comprendre ?
16. La connaissance de soi peut-elle être sincère ?
17. La connaissance des lois de l'inconscient nous console-t-elle du désordre de notre conscience ?
18. La conscience de devoir mourir peut-elle susciter chez l'homme d'autres sentiments que la peur ?
19. La conscience de soi est-elle une connaissance ?
20. La conscience de soi suppose-t-elle autrui ?
21. La conscience d'être libre peut-elle être une illusion ?
22. La conscience du temps se réduit-elle à la conscience de la fuite du temps ?
23. La conscience est-elle source de liberté ou de contrainte ?
24. La conscience est-elle source d'illusions ?
25. La conscience immédiate de soi est-elle connaissance de soi ?
26. La conscience me fait-elle connaître que je suis libre ?
27. La conscience morale n'est-elle que le résultat de l'éducation ?
28. La conscience ne s'exprime-t-elle que dans la négation ?
29. La conscience peut-elle errer ?
30. La conscience peut-elle être objective ?
31. La conscience que nous avons de notre liberté vient-elle de ce que l'avenir nous paraît indéterminé ?
32. La duplicité de la conscience rend-elle inutile l'hypothèse de l'inconscient ?
33. Le moi est-il ce qui se cache ou ce qui se manifeste ?
34. Le moi s'identifie-t-il à la conscience ?
35. Le point de vue de la conscience immédiate et celui de la science sont-ils incompatibles ?
36. Le progrès de la science fait-il celui de la conscience ?
37. Le souci de soi recommande-t-il seulement d'être heureux?
38. L'expression "être soi-même" a-t-elle un sens ?
39. L'indignation morale dispense-t-elle de l'analyse ?
40. Peut-on considérer le corps comme le malheur de la conscience ?
41. Peut-on dire que toute conscience est une conscience morale ?
42. Peut-on dire qu'on change avec le temps ?
43. Peut-on dire que « la conscience est l'ennemie secrète des sciences humaines » ?
44. Peut-on échapper aux exigences de la conscience ?
45. Peut-on ne pas être soi-même?
46. Peut-on penser sans être conscient ?
47. Peut-on se connaître soi-même?
48. Peut-on se mentir à soi-même ?
49. Peut-on, au moment où il s'accomplit, avoir conscience de la dimension historique d'un événement ?
50. Pourquoi l'homme peut-il parfois désirer l'inconscience ?
51. Pourquoi refuse-t-on la conscience à l'animal ?
52. Pourquoi un sentiment est-il plus difficile à décrire qu'un objet physique ?
53. Que faut-il entendre par "être conscient" ?
54. Que pensez-vous de l'expression : "C'est plus fort que moi" ?
55. Que peut-on savoir de soi ?
56. Quel sens peut-on donner à l'expression : c'est plus fort que moi ?
57. Quelle origine assignez-vous à la mauvaise conscience ?
58. Quelle origine assignez-vous à la bonne conscience ?
59. Quelle relation la conscience entretient-elle avec ses objets ?
60. Quels sont les obstacles à la prise de conscience de la réalité ?
61. Qu'est-ce que prendre conscience ?
62. Qu'est-ce que rester soi-même ?
63. Si la connaissance de soi est utopique, devons-nous pour autant y renoncer ?
64. Sommes-nous conscients ou avons-nous à nous rendre conscients ?
65. Suffit-il d'avoir bonne conscience pour être innocent ?
66. Suffit-il d'être conscient de ses actes pour en être responsable ?
67. Suffit-il d'être différent des autres pour être soi-même ?
68. Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?
69. Suis-je dans mon corps "comme un pilote dans son navire" ?
70. Suis-je le mieux placé pour savoir ce que je suis ?
71. Suis-je responsable de ce dont je n'ai pas conscience ?
72. Sur quoi ma conscience morale fonde-t-elle sa légitimité ?
73. Toute conscience de soi est-elle une illusion sur soi ?
- La suite vous appartient.
L'ego encapsulé.
L'ego encapsulé.
Le philosophe et théologien Alan Watts a développé cette expression pour mettre en avant le fait que nous fonctionnons sur le modèle d'un moi individuel, séparé, dans une dimension de dualité, "moi" et le monde extérieur.
Alan Wilson Watts (6 janvier 1915 – 16 novembre 1973) est l'un des pères de la contre-culture en Amérique. Philosophe, écrivain, conférencier et expert en religion comparée, il est l'auteur de vingt-cinq livres et de nombreux articles traitant de sujets comme l'identité individuelle, la véritable nature des choses, la conscience et la recherche du bonheur. Dans ses ouvrages, il s'appuie sur la connaissance scientifique et sur l'enseignement des religions et des philosophies d'Orient et d'Occident (bouddhisme Zen, taoïsme, christianisme, hindouisme). Par ailleurs, il était intéressé par les nouvelles tendances apparaissant en Occident à son époque, et se fit l'apôtre d'un certain changement des mentalités quant à la société, la nature, les styles de vie et l'esthétique. Alan Watts était un autodidacte réputé et son interprétation des philosophies asiatiques l'a rendu populaire.
Il est un des personnages des "Clochards célestes" de Kerouac.
Toutes nos expériences sont établies sur ce paradigme et les interprétations que nous en tirons ne peuvent sortir de ce mode de pensée.
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"Le mode de pensée analytique ayant pour support les mots, nous a donné l'habitude, pour définir quelque chose, d'énoncer ce qui la distingue et la rend "caractéristique", bref ce qui définit son identité. Si bien que l'on s'accoutume à penser qu'une identité est une question de séparation, par exemple que mon identité réside en la manière particulière dont je diffère des autres, soulignant la différence comme étant l'essentiel. Dans ces conditions, le monde m'apparaît comme une chose avec laquelle je dois ETABLIR une relation, et non comme une chose avec laquelle J'AI une relation." |
Le moi. (spiritualité/ le moi)
Le trou dans l'arbre est donc ignoré par notre obstination à nous concentrer sur l'environnement et les relations qu'il génère. Notre nature réelle est détournée, étouffée, ignorée parce qu'elle est beaucoup moins saisissable, elle réclame une vigilance constante. Le philososphe écossais du XVIII ème siècle, david Hume, regardait constamment "à l'intérieur de lui-même" pour essayer d'y découvrir une entité qu'il aurait pu appeler son "vrai moi" mais il tombait toujours sur les perceptions sensorielles et les "habitus." (La notion d'habitus (Aristote et Socrate) a été popularisée en France par le sociologue Pierre Bourdieu. L'habitus est pour lui l'ensemble des expériences incorporées et de la totalité des acquis sociaux appris aux cours d'une vie par le biais de la socialisation).
Cette difficulté provient du fait que le moi qui sous-tend toute expérience ne peut pas lui-même être expérimenté d'une façon objective. Dans une expérience, il y a l'objet expérimenté et le sujet d'expérience, l'expérimentateur. Comment faire de l'expérimentateur l'objet d'expérience lui-même ? Comment se détacher du sujet expérimenté lorsque ce sujet est l'expérimentateur ? Si je cherche à éclairer un suet à travers mon raisonnement, je dirige sur lui la "lumière" de mon raisonnement mais que vais-je éclairer si le sujet est lui-même la source de la lumière ? Ce rayon lumineux ne risque -t-il pas d'être manipulé par l'émetteur lui-même, ne risque -t-il pas d'être influencé, détourné, "enluminé" ?
Cela ne signifie pas pour autant que le vide dans le trou de l'arbre ne peut pas être éprouvé mais qu'il ne peut pas l'être dans le même champ d'expériences que l'environnement, avec les mêmes "outils". Ca ne serait qu'une hallucination à laquelle nous finirions par nous identifier comme nous le faisons pour notre "moi". Ca ne servirait à rien. Notre identité sociale, physique, psychologique, émotionnelle est fluctuante, instable, elle varie au fil des expériences. Ce sont des catalogues de caractéristiques qui ne sont pas intangibles. Mais il existe pourtant également un Moi, une entité immuable qui a le pouvoir de considérer ces changements sans que ces changements n'influent sur lui. C'est l'identité véritable. L'expérimentateur. Mais un expérimentateur qui doit parvenir à se dessaisir de lui-même comme "objet"...Ce serait un état de conscience pure, dépourvu de tout contenu. Il ne s'agit pas là de s'observer dans les évènements extérieurs mais d'entrer dans un espace sans expérience et que cette observation ne devienne pas elle-même une expérience...Au risque de renvoyer l'expérimentateur face à son objet... Etre conscient de n'être conscient de rien...Comme si l'on écoutait mais qu'il n'y ait rien à entendre. Mais ce silence est un bruit inaudible, il est toujours là. Alors quelle est cette conscience qui n'a conscience de rien ? Dans quel "univers" intérieur se trouve-t-telle ?
Beaucoup de mystiques ont écrit qu'elle était de l'ordre de "l'inneffable."
Le Tao Te King
"Le Tao qui peut être décrit n'est pas le Tao."
Le Mandukaya Upanishad.
"Ce n'est pas la connaissance extérieure
ce n'est pas la connaissance intérieure
pas plus que la suspension de la connaissance
ce n'est pas savoir
ce n'est pas ignorer
pas plus que ce n'est l'ignorance elle-même
ça ne peut pas être davantage vu que compris
on ne peut pas y indiquer de frontière
c'est ineffable et au-delà de la pensée
c'est indéfinissable
ce n'est connu qu'en le devenant."
Maître Eckhart, le mystique chrétien du XIII ème siècle.
"Tout ce que l'homme vit ici extérieurement en multiple est intrinsèquement Un. Ici, toutes les brindilles d'herbe, bois et pierres, toutes choses sont Unes. C'est la plus profonde profondeur."
Le vide dans le trou de l'arbre, le Moi, comme le point de fusion de la Vie.
Le trou dans le bois. (spiritualité /le moi)
Daniel Cowan fait une analogie entre notre perception de notre moi et un trou dans un morceau de bois...Ce trou peut être décrit par rapport à la couleur du bois, sa forme, sa dimension, la texture du bois, la régularité du contour etc...mais il ne s'agit réellement jamais du trou lui-même, c'est à dire du vide qui le constitue, de la qualité de l'air qui s'y trouve, en fait de tout ce qui se trouve dans l'espace même de ce trou et non de ce qui l'entoure. Les qualités du trou sont trop abstraites pour être clairement définies et surtout nous avons l'habitude (le conditionnement) de porter notre attention vers l'environnement plutôt que vers le sujet lui-même. Il en est de même avec notre "moi". Notre sens d'identité personnelle est généré par notre environnement et toutes les expériences vécues dans cet environnement. Nous construisons notre schéma en fonction de nos interractions avec cet environnement, notre capacité à nous y insérer, à y prendre forme, à nous modeler en fonction de toutes les influences que nous subissons. Possessions, rôles, appartenances, croyances, statuts, sont des données rapportées au fil de l'existence et nous les érigeons en identité. Et pourtant, ce "moi" n'est qu'un ectoplasme fabriqué sur mesure, par l'individu lui-même mais en fonction d'intentions projetées vers l'environnement. Il se moule en choisissant l'atelier de poterie qui répond à ses désirs. Cette identité devient son bien le plus précieux et il s'efforcera de la renforcer par des rencontres, des expériences, des situations qui valideront ces "choix".
Qu'en est-il si par malheur pour lui cet environnement vient à être perturbé à un tel point que les repères s'estompent ou disparaissent ? Que reste t-il de l'individu ? A quoi peut-il se raccrocher pour ne pas tomber dans le vide existentiel qu'il avait justement toujours évité d'explorer ? Cette conscience du vide survient avec une telle violence que tous les repères volent en éclat. Il n'y a plus de bois autour du trou. Divorce, chômage, dépression, maladie, accident, décès d'un proche, les éléments capables de ronger le bois comme des animaux xylophages sont nombreux et redoutables. Le plus souvent inattendus.
Jusque là, le "moi" se nourrissait de tout ce qui était "non moi" mais convenait à l'image de cette "identité". Si l'environnement devient une source de peur et de danger, ce vide jamais exploré n'offre aucun ancrage. C'est le néant qui apparaît, un néant aussi terrifiant que l'image que l'on a de la mort, il ne reste rien, l'individu a disparu parce que l'environnement ne le maintient plus en état. La mort nous sépare de la reconnaissance de nos proches, de la possession de nos biens, de nos réalisations matérielles, de tout ce qui nous entoure autant que de tout ce que nous portons, souvenirs, sentiments, attachements. Ces "pensées" ne sont d'ailleurs bien souvent que des excroissances de nos expériences environnementales. Elles sont générées par nos relations, c'est à dire encore une fois par des éléments autour du trou dans le bois...
Ce travail d'identification exige une dépense d'énergie constante et souvent une imagination débordante afin de multiplier les expériences favorables à cette construction. Les psychologues appellent ce fonctionnement "le renforcement psychologique". La vie devient donc une consolidation permanente par "expériences extérieures." Il se peut très bien que la personne soit parfaitement heureuse de ce fonctionnement. Mais elle instaure un fonctionnement très égotique dans le sens où l'environnement se doit d'entretenir ce fonctionnement. La plupart des activités humaines consistent à défendre cette identité et le bas niveau de synergie s'explique ainsi facilement...Il y a "moi", ce vide entouré par des entités vides qui existent de par leur environnement et qui me font vivre. Ca ne créé aucune cohésion, fusion, osmose mais un entrelac de relations de dépendances.
On en revient par conséquent toujours au même problème. Que se passe -t-il si tout s'effondre ?
La possibilité pour le trou d'exister enfin.
Les voyageurs du possible.
Un film de Priscilla Telmon, une personnalité que j'estime grandement.
"Voyage au Tibet interdit" est un film à voir absolument.
"Les gardiens de l'eau" est un film sur l'Inde et le problème de l'eau.
http://www.dailymotion.com/video/x905vf_inde-les-gardiens-de-leau13_tech
http://www.dailymotion.com/video/x9060u_inde-les-gardiens-de-leau23_tech
http://www.dailymotion.com/video/x90640_inde-les-gardiens-de-leau33_tech
La technique d'épuration naturelle dévoilée dans la troisième partie est un bel exemple de ce que nous pourrions faire ici aussi...
Pyramide de Maslow.
Les besoins que tout individu cherche à satisfaire par ordre de priorité.
1.Survie : besoins physiologiques : faim, soif, sommeil, …
2.Sécurité : besoins de sécurité : protection morale et physique…
3.Socialisation : besoins de socialisation : amitié, affection, échange…
4.Estime : besoins d’estime : respect de soi, considération, prestige…
5.Accomplissement : besoins d’accomplissement : réalisation personnelle…
Où en sommes-nous actuellement dans notre société occidentale ?
Est-ce que cette crise économique a une incidence dans notre cheminement sur cette pyramide ?
La peur générée par la crise écologique (réchauffement climatique, catastrophes naturelles, oppositions exacerbées des scientifiques, atonie des dirigeants, vision court termiste...) ne créé t-elle pas une atteinte immense dans le sentiment de sécurité ?
Si nous ne pouvons même plus être à l'abri sur la planète, comment le serions-nous dans notre pays, dans notre maison ?
La socialisation ne risque -t-elle pas d'être limitée par cette atteinte à ce besoin de sécurité ou va -t-elle engager une conscience commune et par conséquent une démarche planétaire ?
L'estime de soi peut elle être renforcée par cette lutte commune contre un risque général ?
Ne pouvons-nous pas trouver dans la conscience partagée par tous les peuples une unité jamais établie à travers la compétitivité économique ?
Cette réalisation personnelle peut elle user de cet tremplin ?
Existe t-il une quête spirituelle à saisir dans cette problématique planétaire ?
Je n'ai aucune réponse...Je cherche.
JUSQU'AU BOUT : La conscience.
JUSQU'AU BOUT
"On peut considérer les choses de deux façons : soit vous voyez la conscience comme unique mais possédant différents niveaux, comme si elle habitait dans un immeuble. Vous démarrez au rez-de- chaussée et vous essayez de gravir les étages. Le risque dans ce genre de métaphore, c’est de pouvoir à tout moment retomber aux étages inférieurs. Si par contre, vous considérez que les consciences sont multiples, vous les voyez comme possédant chacune une maison. Pour progresser, vous devez quitter la première demeure et intégrer la suivante. La distance vous séparant de la première demeure abandonnée vous protègera quelque peu du risque de faire demi-tour. Il faut en fait établir une séparation importante pour ne pas céder à la tentation. Et les tentations sont extrêmement nombreuses et perverses. Pour notre part, nous voyons quatre niveaux de conscience séparés. Le premier, c’est celui de l’homme endormi. C’est un état passif. Même si l’individu garde quelques souvenirs de ses rêves, il n’a rien contrôlé. Il s’est abandonné et ne cherche rien d’autre dans cet état que le repos. Le deuxième état, c’est celui de l’homme réveillé. A première vue, c’est un état de conscience actif, l’individu semble prendre des décisions, faire des projets, rencontrer d’autres personnes. Il s’agit en fait d’un état de sommeil agité. On dit « agité » car effectivement il connaît des moments d’activité. Mais il n’a toujours pas conscience de son moi profond, de son essence, de sa place comme participant dans une nature identique à lui-même. Il est toujours dans son moi enveloppé. Il n’existe qu’à travers sa personnalité qui n’est pas un état d’existence, ni de conscience. C’est un état d’inconscience où l’individu est actif mais jamais pensif. Tout arrive à cet homme là, ce qui fait qu’en réalité, il n’agit pas. Il réagit ! Malgré tout, il reste persuadé d’être conscient, ce qui rend extrêmement difficile toute tentative de l’attirer sur une autre voie. Le troisième état laisse entrevoir à de brefs instants des halos de clarté, la prescience que quelque chose de supérieur existe, qu’il est possible de le découvrir, qu’on se dirige vers une illumination. Mais tout cela provient de l’extérieur, c’est par exemple une musique, un paysage, une relation amoureuse, un regard d’enfant, parfois l’usage de drogues. Comme il n’y a aucune maîtrise de ces états, tout s’effondre désespérément, parfois au bout de quelques secondes. Nos conditions de vie sont beaucoup trop difficiles et abrutissantes pour permettre à l’individu de se mouvoir durablement dans ces états sublimes. Ce n’est pas l’homme lui-même qui est coupable mais ce que l’homme en général a fait de la vie. Une course effrénée. Il existe néanmoins un grand espoir lorsque l’individu a pu goûter à ce bref instant de bonheur. Si une aide extérieure peut le guider, un professeur ou un livre, à la demande bien sûr de cet individu, il est possible qu’il parvienne peu à peu à s’engager dans une voie nouvelle. C’est un travail très long. Voilà la difficulté principale. Quant au quatrième état, il existe lorsque l’individu parvient à contrôler ces états d’illumination, lorsqu’il a conscience de lui-même, hors de toutes pressions extérieures, baignant dans une paix absolue, et qu’il reçoit l’ensemble des émotions et des connaissances relatives à l’essence de l’être et à sa communion avec l’univers. Ce sont souvent des états décrits par des religieux, des mystiques, des ermites, quelques écrivains, des maîtres yogis, des sportifs parfois lorsque leurs activités impliquent un engagement dans une nature sauvage. Bien souvent, les hommes ne dépassent pas les deux premiers états, ceux qui éprouvent parfois quelques moments de clairvoyance en sont souvent effrayés et rejettent cela sur le compte de la fatigue, de l’alcool, du stress ou de toutes autres excuses réductrices. Le troisième état leur reste donc fermé. Quant au quatrième état, il ne peut être atteint qu’après avoir éprouvé durant de longues années de terribles échecs et quelques moments de sérénité et d’éblouissement, mais surtout après avoir réalisé un considérable travail sur soi."
La vérité
Son maître prit une pomme qui se trouvait là et lui dit:
"Dites moi donc ce qu'est ceci?"
Le jeune moine croyant que son maître se moquait de lui, lui répondit:
"C'est une pomme.
-Et bien non ! lui répondit le maître. "Pomme" est le mot que l'on a inventé pour désigner ce qui est devant toi mais qu'est-ce?"
Le jeune moine, interloqué, réfléchit quelques instant et dit :
"C'est un fruit.
-"Fruit "est également un mot et ce qui est devant toi n'a rien d'un mot, alors qu'est-ce donc?"
Le moine eut beau tourner la question dans tous les sens, les réponses qui lui venaient à l'esprit n'étaient toujours que des mots. Alors, résigné, il demanda à son maître de lui donner la réponse.
Celui-ci dit :
"Lorsque l'esprit n'a plus de réponse à fournir, devant son impuissance, vient la vérité. Crois-tu que l'arbre qui est devant toi soit réellement un arbre ? Pas plus que la pomme car "arbre" est un mot. Si tu revois cette pomme dans quelques jours,elle sera pourrie. Pourtant, tu croiras toujours être en présence d'une pomme mais tu seras passé à côté du processus de la vie qui anime ce que tu appelles "pomme"..
Lâcher prise.

Dans la vie de tous les jours, cette attitude d'acceptation de ce qui est n'est pas une soumission à une quelconque fatalité, c'est au contraire une lutte constante contre les entraves que l'on se fabrique. Ca réclame une lucidité délicate à maintenir...Je suis responsable de ce que je vis et lorsque je ne le suis pas parce qu'il s'agit d'éléments extérieurs et bien je les accepte, je les assume mais sans colère, ils sont là, je dois les éprouver, les surmonter et pour le faire il s'agit avant tout de ne pas les refuser.
Pendant l'ascension, le lâcher-prise consiste à rester dans cet état de sérénité en maîtrisant les actes sur lesquels j'ai une influence et à rejeter de mon esprit les situations qui m'échappent. Le contrôle du mental a dans cette optique une importance considérable. Je sais pour l'avoir vécu que la conscience de l'instant présent ne peut être réelle qu'à partir du moment où ce lâcher-prise est constant. Les tourments psychologiques sont des fardeaux dès lors que la situation réclame une implication totale de l'individu. Il ne me servirait même à rien de regretter par exemple de n'avoir pas pris un coinceur no8 (matériel d'escalade). Il n'est pas là et y penser ne me l'amènera pas dans les mains. Rester là, dans l'instant, ne rien laisser perturber ce que je vis, ne pas créer d'entraves.
Une fois que tout cela aura été effectué, il ne restera qu'à attendre le créneau météo favorable. Ce laps de temps, il serait inutile que je le remplisse de pensées anarchiques sur l'éventualité d'un accident, une retraite compliquée, une issue tragique...Ca ne serait qu'un fardeau que je transporterai en plus de mon sac le jour venu. Il s'agit au contraire d'entrer dans une sérénité apaisante, sachant que j'ai accompli tout ce que je devais faire pour ce projet. Le lâcher-prise consiste à ne pas parasiter tout le travail effectué au risque de créer une peur invalidante. Bien sûr qu'une chute de pierres est toujours possible, un imprévu, mon compagnon de cordée qui fait une erreur mais ce sont des éventualités qui ne m'appartiennent pas, contre lesquelles je ne peux rien, sinon de faire en sorte d'avoir une condition physique irréprochable.
Je prends un exemple : j'ai l'intention de faire un sommet par une voie réputée difficile, un niveau que je n'atteins que rarement et qui va nécessiter de ma part un engagement complet. Je vais m'y préparer, mettre au point un entraînement progressif, une alimentation réfléchie, une hygiène de vie la plus équlibrée possible, des sorties en montagne pour travailler mon endurance, des séances d'escalade avec des objectifs élevés par rapport à mon niveau habituel, etc...
Pour ma part, je ne vois pas le lâcher-prise comme une "perte" de soi mais bien au contraire comme un état de plénitude. Il s'agit d'être dans un état de relâchement vis à vis de mes actes, de mes décisions, de mes intentions, de mes réflexions...
Il s'agit à mon sens de faire la distinction entre les éléments qui sont totalement de mon ressort ( l'idée d'une voie déjà tracée, c'est un autre sujet...) et les éléments qui ne me concernent pas, même s'ils font partie de ma vie, mais sur lesquels je ne peux rien et pour lesquels il est donc inutile que je dépense une quelconque énergie.
Le lâcher-prise consiste dès lors à ne pas m'attarder ou à me tourmenter pour ces éléments qui m'échappent. Il ne reste qu'à les recevoir. Il n'est pas question pour autant de les subir ou de s'y soumettre mais ils n'ont pas à être couverts par des émotions. Les pensées émotionnelles afférentes à ces situations sont des fardeaux et elles ne m'aideront en rien à les régler. C'est ce que j'appelle la "réaction" par rapport à la "réalité".
Un exemple typique est de se tourmenter par rapport à un jugement qui m'est attribué par une personne. Si je sais que ce jugement correspond aux à-priori, aux conditionnements, aux traumatismes de cette personne ou à une mauvaise interprétation de sa part, il est inutile que je cherche à "lutter" pour rétablir ce que je sais être la "vérité" à mon sujet. C'est à cette personne de faire ce travail. Si je sais que je ne suis pas responsable de cet état, je ne peux rien y faire. Ce qui réclame à postériori une observation lucide de ce que j'ai envoyé comme "informations" à cette personne. Si je m'aperçois qu'effectivement je me suis mal exprimé ou mal comporté, alors je me dois d'intervenir pour ME corriger. Mais il ne s'agit pas de vouloir intervenir sur l'opinion que cette personne a de moi. C'est juste la nécessité de faire ce que je dois faire pour ne rien porter, pour n'avoir aucune responsabilité liée à une quelconque erreur de ma part. Ensuite, ce que cette personne va faire de ma rectification ne me concerne pas. C'est SON travail.
Le lâcher-prise consiste à faire cette distinction dans toutes les situations et à laisser tomber les fardeaux, les "emprises" mentalisées qui sont liées à notre égo. Dès lors qu'on a une intention qui ne nous concerne pas, on se place dans la situation de la désillusion éventuelle. On est entièrement responsable dès lors de la tristesse, de la détresse qui nous submerge.
Ne pas lâcher-prise consiste à apporter nos réactions à la réalité, des réactions émotionnelles qui ne sont que les reflets de nos intentions, de nos espoirs, de nos attentes, de nos désirs, de nos conditionnements, de notre histoire, de nos fonctionnements mentalisés...Tout ce qu'on traîne...Et auquel on s'est identifié.
En tout cas, ce "lâcher prise", je pense qu'il est possible de l'appliquer en diverses circonstances dans le sens où il est envisageable de s'ancrer volontairement dans ce "détachement" sensitif et mental, de ne devenir que cette présence dans l'absence...
J'ai l'impression lorsque je marche depuis des heures en montagne que la perdition de mon énergie favorise un "détachement" envers cette enceinte corporelle dans laquelle je prends forme. Le fait d'être entré et de me complaire dans la mécanique lancinante de la marche génère un décrochement du mental mais également une évaporation physique. Non seulement mes pensées tombent avec ma sueur, je les égrène sur les pentes mais je perds aussi cet attachement dans lequel j'existe en permanence. C'est difficile à exprimer en quelques mots sans décrire tout le cheminement.
L'idéal, c'est d'en écrire un roman. Ou plusieurs.
Rendez-vous avec la mort. (spiritualité/mort)
agitation. Il demanda les raisons de cette apparente inquiétude et le vizir lui dit :
- Je t'en supplie, laisse-moi quitter la ville aujourd'hui même.
- Pourquoi ?
- Ce matin, en traversant la place pour venir au palais, je me suis senti heurté à l'épaule.
Je me suis retourné et j’ai vu la mort qui me regardait fixement.
- La mort ?
- Oui, la mort. Je l'ai bien reconnue, toute drapée de noir avec une écharpe rouge. Elle est
ici, et elle me regardait pour me faire peur. Car elle me cherche, j'en suis sûr.
Laisse-moi quitter la ville à l'instant même. Je prendrai mon meilleur cheval et je peux
arriver ce soir à Samarkand.
- Était-ce vraiment la mort ? En es-tu sûr ?
- Totalement sûr. Je l'ai vue comme je te vois. Je suis sûr que c’était elle. Laisse-moi
partir, je te le demande.
Le khalife, qui avait de l'affection pour son vizir, le laissa partir. L'homme revint à sa demeure,
sella le premier de ses chevaux et franchit au galop une des portes de la ville, en direction de
Samarkand.
Un moment plus tard, le khalife, qu'une pensée secrète tourmentait, décida de se déguiser,
comme il le faisait quelquefois, et de sortir de son palais. Tout seul, il se rendit sur la grande
place au milieu des bruits du marché, il chercha la mort des yeux et il l'aperçut, il la reconnut.
Le vizir ne s'était aucunement trompé. Il s'agissait bien de la mort, haute et maigre, de noir
habillée, le visage à demi dissimulé sous une écharpe de coton rouge. Elle allait d'un groupe à
l'autre dans le marché sans qu'on la remarquât, effleurant du doigt l'épaule d'un homme qui
disposait son étalage, touchant le bras d'une femme chargée de menthe, évitant un enfant qui
courait vers elle.
Le khalife se dirigea vers la mort. Celle-ci le reconnut immédiatement, malgré son déguisement,
et s'inclina en signe de respect.
- J'ai une question à te poser, lui dit le khalife, à voix basse.
- Je t'écoute.
- Mon premier vizir est un homme encore jeune, en pleine santé, efficace et honnête.
Pourquoi ce matin, alors qu'il venait au palais, l'as-tu heurté et effrayé ? Pourquoi
l'as-tu regardé d'un air menaçant ?
La mort parut légèrement surprise et répondit au khalife:
- Je ne voulais pas l'effrayer. Je ne l'ai pas regardé d'un air menaçant. Simplement, quand
nous nous sommes heurtés, par hasard, dans la foule et que je l'ai reconnu, je n'ai pas pu
cacher mon étonnement, qu'il a dû prendre pour une menace.
- Pourquoi cet étonnement ? demanda le khalife.
- Parce que, répondit la mort, je ne m'attendais pas à le voir ici. J'ai rendez-vous avec lui
ce soir, à Samarkand.
Farid ud-Dîn Attar, poète et mystique soufi de la Perse.



