Articles de la-haut
Satprem : la réalité.
WIKIPEDIA
Biographie [modifier]
Elève au collège de jésuites d'Amiens, il en est renvoyé. Il poursuit ses études secondaires dans un lycée parisien jusqu'au baccalauréat puis intègre une classe préparatoire à l'école coloniale. Il entre alors dans un réseau de résistance de la région de Bordeaux. Il est arrêté par la Gestapo à l'âge de vingt ans et passe un an et demi dans le camp de concentration de Mathausen. Il se retrouve ensuite en Haute-Égypte, puis en Inde, au gouvernement de Pondichéry. Il rencontre Aurobindo Ghose et Mirra Alfassa.
Leur message « l'homme est un être de transition » donne un sens à sa vie. Il démissionne des colonies et part en Guyane où il passe une année en pleine forêt vierge, puis au Brésil et en Afrique.
En 1953, à l'âge de trente ans, il revient définitivement en Inde auprès de celle qui cherchait le secret du passage à la « prochaine espèce », Mirra Alfassa, dont il deviendra le confident et le témoin pendant près de vingt ans. Elle lui présente celle qui restera sa compagne jusqu'à sa mort, Sujata Nahar en 1954.
Le 3 mars 1957, Mirra Alfassa lui donna son nom, Satprem ("celui qui aime vraiment").[2]
En 1959, Satprem quitta à nouveau l'ashram de Pondicherry. Il devint disciple d'un prêtre tantrique du temple de Rameshwaram. Puis, en tant que disciple d'un autre yogi, il passa six mois à errer sur les routes de l'Inde comme mendiant sannyasi pratiquant le Tantra, ce qui lui donnera les bases de son second essai, "Par le corps de la terre, ou le Sannyasin".
Il revint ensuite à l'ashram, auprès de Mirra Alfassa, qui commença à l'inviter de temps en temps dans sa chambre, au départ pour travailler en connexion avec le Bulletin de l'ashram. Lors de ces rencontres, Satprem se mit à poser davantage de question et décida finalement d'enregistrer leurs conversations. Ces enregistrements formèrent L'Agenda, dont le premier volume comprend également des lettres écrites à Mirra Alfassa par Satprem durant ses jours sur les routes.
Sous le regard de Mirra Alfassa, il consacre un premier essai à Aurobindo Ghose, « Sri Aurobindo et l'Aventure de la Conscience » : « Le règne de l'aventure est terminé. Même si nous allons jusqu'à la septième galaxie, nous irons là casqués et mécanisés, et nous nous retrouverons tels que nous sommes : des enfants devant la mort, des vivants qui ne savent pas très bien comment ils vivent ni pourquoi ni où ils vont. Et sur la terre, nous savons bien que le temps des Cortez et des Pizarre est fini : la même Mécanique nous enserre, la souricière se referme. Mais comme toujours, il se révèle que nos plus sombres adversités sont nos meilleures occasions et que l'obscur passage est un passage seulement, conduisant à une lumière plus grande. Nous sommes donc mis au pied du mur, devant le dernier terrain qu'il nous reste à explorer, l'ultime aventure : nous-mêmes. ».[3] Ce livre est l'introduction la plus populaire à l'oeuvre d'Aurobindo Ghose et de Mirra Alfassa.[4]
Le 29 février 1968, lors de l’inauguration d'Auroville, Mirra Alfassa lira la Charte, assise sur un haut tabouret dans sa chambre, Satprem à son côté. « Auroville n’appartient à personne en particulier, mais à toute l’humanité dans son ensemble... »[5]
À l'âge de cinquante ans, Satprem rassemble et publie, l'Agenda de Mirra Alfassa, en 13 volumes, tout en écrivant une trilogie : le Matérialisme divin, l'Espèce nouvelle, la Mutation de la mort puis un dernier essai : Le Mental des Cellules.
Au printemps 1980, Frédéric de Towarnicki, journaliste et critique littéraire, part pour l'Inde et rencontre Satprem. Leurs entretiens ont été diffusés sur France-Culture en décembre puis publiés chez Robert Laffont[6]. Satprem y évoque son passé, retrace son cheminement et l'objet de sa recherche.
En 1981, une équipe de cinéastes dirigée par David Montemurri, réalisateur de la télévision italienne, s’est rendue dans les Nilgiris, les Montagnes Bleues du Sud de l’Inde où Satprem résidait à l’époque, pour l’interviewer. « On n’est pas dans une crise morale, on n’est pas dans une crise politique, financière, religieuse, on est dans une crise évolutive. On est en train de mourir à l’humanité pour naître à autre chose...» C’est ainsi que Satprem répond à David Montemurri qui lui pose, au cours de cet interview, un certain nombre de questions concernant la crise de civilisation que nous traversons actuellement et l’avenir du monde moderne.[7]
À cinquante-neuf ans, il se retire complètement pour rechercher un « grand passage » évolutif vers ce qui suivra l'Homme. Sa dernière entrevue, en 1984, a donné lieu à La Vie sans Mort où il relate le début de son expérience dans le corps.
En 1989, après sept années passées à « creuser dans le corps », Satprem écrit un court récit autobiographique où il fait le point de la situation humaine, La Révolte de la Terre.
Vint ensuite en 1992 Evolution II, où il demande : « Après l'homme, qui ? Mais la question est : après l'homme, comment ? » En 1994 paraissent ses Lettres d'un insoumis, deux volumes de correspondance autobiographique. Il écrit en 1995 La tragédie de la terre - de Sophocle à Sri Aurobindo : « Dans cette vaste fresque, qui n'a rien d'un essai didactique, Satprem met en évidence le fil conducteur qui relie Sri Aurobindo, Sophocle et les Rishis védiques et commente : Entre un Occident post-socratique qui ne croit qu'en ses pouvoirs mécaniques sur la Matière et une Asie post-védique qui ne croit qu'en sa libération de la Matière, Sri Aurobindo incarne un autre grand Tournant de notre destinée humaine...»;[8]
Ce livre fut suivi en 1998 par La clé des songes et en 1999 par Néanderthal regarde, un court texte comme un appel aux hommes à se réveiller et à se mettre en quête de la vraie humanité. Car, dit Satprem, « Même l'homme de Néanderthal aurait honte de ce que nous sommes devenus ».[9] Suivi en 2000 par "La légende du futur". La même année, Satprem entama également la publication de ses Carnets d'une Apocalypse, aujourd'hui 6 volumes d'autobiographie qui s'étendent de 1973, année du départ de Mirra Alfassa à 1987 et décrivent son travail en profondeur dans la conscience du corps.
Satprem est mort le 9 avril 2007.
Sa compagne Sujata Nahar est morte peu après lui, le 4 mai 2007.
A écouter quand on a bien à l'esprit le parcours de vie de cet homme.
http://www.youtube.com/watch?v=9dIXT6WTQ40
http://www.youtube.com/watch?v=pUkaX7B8DGI&feature=related
"La vie n'est pas ce que nous vivons.
Elle est ce que nous imaginons vivre."
Pascal Mercier.
L'illumination.
Etre capable d'expérimenter la réalité telle qu'elle est, sans interférence, sans distorsion, sans apport personnel, dans une complète acceptation, sans projection, sans peur, sans attente, sans espoir, est un état d'illumination. Cela revient à déposer ses charges, ses fardeaux, son passé et toutes les identifications qui s'y sont greffées. Il s'agit des fardeaux d'ordre mental. Ils peuvent bien entendu avoir des répercussions sur le physique. Cette conscience temporelle dont nous disposons peut se retourner contre notre plénitude. Elle installe une charge émotionnelle, majoritairement inconsciente. Pour entrer dans cette acceptation libératrice il est indispensable d'établir la liste de ces fardeaux, de les identifier et de prendre conscience qu'ils ne sont pas ce que nous sommes. Ils sont l'image que nous avons donné de la vie mais ils ne sont pas la vie. La vie n'est rien d'autre que l'énergie qui vibre en chacun de nous. Elle ne doit pas être salie, alourdie, morcelée par cette vision temporelle à laquelle nous nous attachons. Les pensées que nous avons établi comme l'étendard de notre puissance est un mal qui nous ronge. L'égo y prend forme et se détache dès lors de la conscience de la vie. L'individu se couvre d'oripeaux comme autant de titres suprêmes. Ca n'est que souffrance et dans la reconnaissance que nous y puisons nous créons des murailles carcérales. L'illumination consiste à briser ce carcan. L'individu n'en a pas toujours la force, il manque de lucidité, d'observation, il est perdu dans le florilège d'imbrications sociales, familiales, amoureuses, professionnelles. Il se fie à son mental nourri inlassablement par les hordes de pensées.
Survient alors, parfois, le drame. L'évènement qui fait voler en éclat les certitudes, les attachements, les conditionnements. La douleur physique se lie à la souffrance morale. Les repères sont abolis, les références sont bannies. L'individu sombre dans une détresse sans fond, il en appelle à l'aide, il cherche des solutions extérieures, condamne, maudit, répudie, nie, rejette, conspue, insulte le sort qui s'acharne sur lui alors qu'il est lui-même le bourreau, le virus, le mal incarné. Il a construit consciencieusement les murs de sa geôle et jure qu'il n'est pour rien. Dieu, lui-même, peut devenir l'ennemi juré alors qu'il avait jusque là été totalement ignoré. Tout est bon pour nourrir la révolte.
S'installe alors peu à peu l'épuisement. Le dégoût de tout devant tant de douleur. Ca n'est qu'une autre forme de pensée, une autre déviance, une résistance derrière laquelle se cache l'attente d'une délivrance, un espoir qui se tait, qui n'ose pas se dire. Une superstition qu'il ne faut pas dévoiler. La colère puis le dégoût, des alternances hallucinantes, des pensées qui s'entrechoquent, des rémissions suivies d'effondrements, rien ne change, aucune évolution spirituelle, juste le délabrement continu des citadelles. Cette impression désespérante, desctructrice de tout perdre, de voir s'étendre jour après jour l'étendue des ruines.
Il ne reste que l'illumination. Elle est la seule issue. Car lorsqu'il ne reste rien de l'individu conditionné, lorsque tout a été ravagé jusqu'aux fondations, lorsque le mental n'est plus qu'un mourrant qui implore la sentence, lorsque le corps n'a plus aucune résistance, qu'il goûte avec délectation quelques secondes d'absence, cette petite mort pendant laquelle les terminaisons nerveuses s'éteignent, comme par magie, comme si le cerveau lui-même n'en pouvait plus, c'est là que les pensées ne sont plus rien, que le silence intérieur dévoile des horizons ignorés.
Révélation. Illumination.
Je ne suis pas ma douleur, je ne suis rien de ce que je veux sauver. Je ne suis rien de ce que j'ai été.
Je suis la vie en moi. Je suis l'énergie, la beauté de l'ineffable.
Free rider
L'esprit freerider.
http://www.skipass.com/videos/la-grave-ski-bum-freeski-tv--1.html
Et la beauté des cimes.
La maladie du bonheur.
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1.
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Tendance à se laisser guider par son intuition personnelle plutôt que d'agir sous la pression des peurs, idées reçues et conditionnements du passé.
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2.
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Manque total d'intérêt pour juger les autres, se juger soi-même et s'intéresser à tout ce qui engendre des conflits.
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3.
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Perte complète de la capacité à se faire du souci (ceci représente l'un des symptômes les plus graves).
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4.
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Plaisir constant à apprécier les choses et les êtres tels qu'ils sont, ce qui entraîne la disparition de l'habitude de vouloir changer les autres.
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5.
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Désir intense de se transformer soi-même pour gérer positivement ses pensées, ses émotions, son corps physique, sa vie matérielle et son environnement afin de développer sans cesse ses potentiels de santé, de créativité et d'amour.
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6.
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Attaques répétées de sourire, ce sourire qui dit "merci" et donne un sentiment d'unité et d'harmonie avec tout ce qui vit.
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7.
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Ouverture sans cesse croissante à l'esprit d'enfance, à la simplicité, au rire et à la gaieté
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8.
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Moments de plus en plus fréquents de communication consciente avec son âme, ce qui donne un sentiment très agréable de plénitude et de bonheur.
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9.
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Plaisir de se comporter en guérisseur qui apporte joie et lumière plutôt qu'en critique ou en indifférent.
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10.
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Capacité à vivre seul, en couple, en famille et en société dans la fluidité et l'égalité, sans jouer ni les victimes ni les bourreaux.
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11.
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Sentiment de se sentir responsable et heureux d'offrir au monde ses rêves d'un futur abondant, harmonieux et pacifique.
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12.
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Acceptation totale de sa présence sur terre et volonté de choisir à chaque instant le beau, le bon, le léger, le vrai et le vivant.
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Si vous voulez continuer à vivre dans la peur, la dépendance, les conflits, la maladie et le conformisme, évitez tout contact avec des personnes présentant ces symptômes. Cette maladie est extrêmement contagieuse ! Si vous présentez déjà des symptômes, sachez que votre état est probablement irréversible.
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La retraite.
La retraite.
Au bord de l’eau dans un petit village côtier mexicain. Un bateau rentre au port, contenant plusieurs thons. Un Américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer.
Pas très longtemps, répond le mexicain.
Mais alors, pourquoi n’êtes vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ? demande l’Américain.
Le mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille. L’Américain demande alors :
Mais que faites-vous le reste du temps ?
Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie.
L’américain l’interrompt :
J’ai un MBA de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico city, Los Angeles, puis peut-être New York, d’où vous dirigeriez toutes vos affaires.
Le mexicain demande alors :
Combien de temps cela prendrait-il ?
15 à 20 ans, répond le banquier.
Et après ?
Après, c’est là que ça devient intéressant, répond l’américain en riant, Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions.
Des millions ? Mais après ?
Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.
LES ÉGARÉS (roman) 2
Où est Leslie ? Que font les enfants ? Est-ce que son sac n’est pas trop lourd ?
Il s’approche du premier col. Durant toute la montée dans la forêt, puis la traversée des alpages, les pensées se sont entrechoquées follement dans son esprit troublé.
Que fait-il là ? Est-ce qu’il s’agit d’une certaine forme de rupture ? Est-ce que Leslie a cherché à lui montrer qu’elle avait besoin de distance, de liberté, de solitude ? Par rapport au monde en général ? Ou avait-elle surtout besoin de s’éloigner de lui ?
Il a cherché à retrouver toutes les paroles réconfortantes dont elle a usé, toutes les explications qu’elle a avancées. Elle avait toujours parlé d’amour. D’une autre façon de l’éprouver en cherchant à retrouver celui qui aime.
« Qui es-tu quand tu m’aimes ?
Est-ce moi que tu aimes ?
Qui suis-je quand je t’aime ?
Celle que ton amour pour moi constitue ou suis-je toujours moi-même.
Est-ce que cet amour me détourne de mon être réel ou m'enseigne-t-il ce que je suis ? »
Elle avait parlé de l’être réel qu’elle voulait tant rencontrer. L’expression lui avait montré qu’elle considérait donc leur vie de couple comme un obstacle. Il avait difficilement accepté l’idée qu’il puisse être un frein à l’évolution de sa compagne puis il avait convenu que cette réaction n’était que la part narcissique de son ego et qu’il devait tout simplement être heureux de voir que Leslie le considérait capable d’entendre ce genre de remarque. Elle avait confiance en lui et l’estimait suffisamment pour lui faire part de ses intentions les plus intimes. C’était une preuve d’amour bien plus forte qu’un silence craintif. Qu’un non-dit protecteur.
Qui suis-je quand je l’aime ? Est-ce que notre amour nous transforme, est-ce qu'il nous éloigne de ce que nous sommes ?
Il s’arrête au basculement de la pente. De l’autre côté du col s’ouvre un long plateau dénudé. Il pose son sac et prend la gourde.
Est-ce moi ou juste celui qui tient le rôle de l’amant avec l’intention secrète d’obtenir en retour l’amour qu’il prodigue, de trouver un renforcement dans l’identification que la passion amoureuse favorise ?
Mais si je ne suis pas moi quand je l’aime, elle peut aussi ne pas être elle. Les gens savent-ils réellement qui ils aiment dès lors qu'ils ne savent pas eux-mêmes qui ils sont ? La vie en couple se résume-t-elle à une cohabitation entre voisins mais nullement entre deux êtres conscients ? Conscients d'eux-mêmes et donc de l'autre.
Le désir d’amour est-il si puissant que l’être réel succombe à des stratégies machiavéliques ?
Et s’agit-il d’amour ? Ou l’amour est-il ailleurs ?
Est-il possible d'aimer sans être modelé par les amours passés, ces emportements émotionnels auxquels nous attribuons le verbe aimer ? Est-il envisageable de redevenir émotionnellement vierge de tout souvenir, de ne rien projeter de connu dans l'amour présent ? Est-il raisonnable de croire que l'amour ancien ne souffre d'aucun essoufflement, que les cœurs continueront indéfiniment, jusqu'au dernier instant, à battre en mesure ? Est-il possible finalement d'inventer l'amour à chaque instant et de l'oublier aussitôt pour que naisse l'amour suivant ?
Les questions s’enchaînent comme des maillons brûlants.
L’imbrication complexe révélée par les mots. Comment parler d’amour tant que le concept n’est pas clairement établi ? Mais comment l’établir s’il n’est pas ressenti, vécu, dévoré ? Comment savoir s’il s’agit bien de lui et pas d’une hallucination mentale, intellectualisée, un dérivé perverti, un conditionnement social, une représentation éducative, une copie conforme, une répétition trompeuse ? Ne conviendrait-il pas avant de prétendre vivre dans l’amour être certain que celui qui l’affirme sait déjà qui il est ? Car comment aimer quand on n’existe pas, quand rien de solide n’est constitué, quand l’individu fluctue et se modèle au fil des rencontres ?
L’état de pleine conscience. Une évidence. L'ultime solution. Toutes les autres n'étant de toute façon que des soins palliatifs à un mourant qui s'ignore.
Impossible de vivre réellement en dehors de cette exigence.
Il suppose que Leslie ressent l’amour avec une force inimaginable parce qu’elle est sans doute pleinement ce qu’elle est, qu’elle est devenue totalement ce qu’elle porte, que s’est révélée en elle sa vérité la plus intime alors qu’il est enfermé dans des geôles aux murs si vastes que les horizons offerts par l’amour lui restent étrangers, inaccessibles, qu’il est un prisonnier juste concentré sur le maintien et l’embellissement de son enceinte. Et que l’amour dont il parle n’est juste qu’une engeance malfaisante.
Il n’est pas dans l’amour parce qu’il n’est pas en lui-même.
Il range la gourde. Un nœud dans la gorge.
Une vague de frissons interminables. Il ne peut rien comprendre de l’amour tant qu’il n’aura pas atteint ce niveau de conscience. Tant qu’il n’aura pas épuré son être réel, arraché les vieilles peaux mortes qui l’enserrent. Il les sent depuis si longtemps, il étouffe depuis tant d’années.
Croire que l’amour peut se construire sur un champ de ruines sans qu’il ne soit souillé, qu’il aura même le pouvoir de tout restaurer.
Effroyable erreur de celui qui ne sait rien de lui.
Il s’assoit sur une grosse pierre plate. Les jambes molles.
La force des questionnements.
Il croyait avoir fondé sa vie sur la protection des êtres chers alors qu’il se protégeait lui-même et par ce subterfuge sournois se privait de toute évolution réelle.
Le réel. La vigilance. La lucidité. La conscience.
Il sait qu’il doit atteindre ce summum de lui-même, se nourrir du réel et se détourner des réalités inventées. Cette solitude offerte par Leslie est une ouverture et non un enfermement. C'est cela qu'il doit valider s'il veut avancer.
Le col qu’il vient d’atteindre est une première étape.
C’est en lui qu’il marche.
Avec Leslie et les enfants, ses absences n’étaient qu’une fuite édulcorée, une plongée hallucinogène dans les abysses de son ego. Il pensait pouvoir découvrir dans ces confins hospitaliers des vérités supérieures alors qu’il succombait à la supercherie de son mental. Il se forçait au silence.
Aucune sérénité, aucune paix intérieure, l'étouffoir prétentieux des émotions anciennes, un cache-misère qui ne dit pas son nom.
Toxicomane de l’absence.
Des mirages stupéfiants.
Stupéfiants … Le mot le révulse.
Toxicomane de l’absence.
Ce que femme veut.
Le jeune roi Arthur
Le jeune roi Arthur tomba un jour dans une embuscade et fut fait prisonnier par le monarque d’un royaume voisin. Le monarque aurait pu le tuer mais fut ému de la jeunesse et de la joie de vivre d’Arthur. Alors, il lui offrit la liberté contre la réponse à une question très difficile. Arthur aurait une année pour deviner la réponse et s’il ne pouvait la donner au bout de ce délai, il serait tué.
La question était : que veulent réellement les femmes ?
Une telle question laisserait perplexes les hommes les plus savants et, pour le jeune Arthur, cela semblait être une quête impossible. Comme c’était quand même mieux que la mort, il accepta la proposition du monarque de lui ramener la réponse au bout d’un an. Il retourna dans son royaume pour interroger tout le monde : les princesses, les prostituées, les prêtres, les sages, le fou de la cour. Il parla à chacun mais personne ne parvint à lui donner une réponse satisfaisante. Ce que la plupart des gens lui dirent fut d’aller consulter la vieille sorcière qui était la seule à pouvoir connaître la réponse. Le prix en serait élevé car la sorcière était connue dans tout le royaume pour les prix exorbitants qu’elle demandait. Le dernier jour de l’année arriva et Arthur n’avait pas d’autre choix que d’aller parler à la sorcière. Elle accepta de répondre à sa question mais il devait d’abord accepter son prix.
La vieille sorcière voulait épouser Gauvain, le plus noble des Chevaliers de la Table Ronde et le plus cher ami d’Arthur.
Le jeune Arthur fut horrifié : la vieille sorcière était bossue et terriblement laide, n’avait qu’une dent, sentait comme l’eau des égouts, faisait souvent des bruits obscènes, ... Il n’avait jamais rencontré de créature aussi répugnante. Il refusait de forcer son ami à l’épouser et d’endurer un tel fardeau. Gauvain, en entendant la proposition, parla à Arthur. Il lui dit que ce n’était pas un si terrible sacrifice pour sauver la vie d’Arthur et préserver la Table Ronde. Ainsi, le mariage eut lieu et la sorcière répondit à la question :
Ce qu’une femme veut vraiment c’est de pouvoir décider de sa propre vie.
Chacun sut à l’instant que la sorcière venait de dire une grande vérité et que la vie d’Arthur serait épargnée. Et ce fut le cas. Le monarque voisin épargna la vie d’Arthur et lui garantit une totale liberté. Quel mariage ! Arthur était tenaillé entre le soulagement et l’angoisse. Gauvain se montrait agréable comme toujours, charmant et courtois. La vieille sorcière montra ses plus mauvaises manières. Elle mangea avec les doigts, rota et péta et mis tout le monde mal à l’aise. La nuit de noce approcha. Gauvain se préparant psychologiquement entra dans la chambre. Mais quelle surprise ! La plus belle femme qu’il ait jamais vue se tenait devant lui. Gauvain était éberlué et demanda ce qui se passait. La beauté répondit que comme il avait été gentil avec elle, elle serait la moitié du temps horrible et déformée et l’autre moitié une magnifique jeune fille. Quelle forme voulait-il qu’elle prenne le jour et la nuit ? Quelle question cruelle ! Gauvain commença à réfléchir à ce problème : pendant la journée une belle femme à montrer à ses amis mais la nuit, dans l’intimité une vieille et sinistre sorcière ? Ou bien dans la journée une hideuse sorcière mais la nuit une belle femme pour jouir des moments intimes ?
Que feriez-vous ?
Ce que choisit Gauvain est écrit plus bas mais ne lisez pas avant d’avoir fait votre propre choix.
Après avoir mûrement réfléchi, puis fait votre choix, vous pouvez visualiser la réponse de Gauvain.
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Le noble Gauvain répondit à la sorcière qu’il la laisserait choisir elle-même.
En entendant cela, elle annonça qu’elle serait belle tout le temps parce qu’il l’avait respectée et l’avait laissé décider elle-même de sa vie.
L'homme et l'enfant. (spiritualité)
Un homme tomba dans un trou et se fit très mal.
Un Cartésien se pencha et lui dit : Vous n’êtes pas rationnel, vous auriez dû voir ce trou.
Un Spiritualiste le vit et dit : Vous avez dû commettre quelque péché.
Un Scientifique calcula la profondeur du trou.
Un Journaliste l’interviewa sur ses douleurs.
Un Yogi lui dit : Ce trou est seulement dans ta tête, comme ta douleur.
Un Médecin lui lança deux comprimés d’aspirine.
Une Infirmière s’assit sur le bord et pleura avec lui.
Un Thérapeute l’incita à trouver les raisons pour lesquelles ses parents le préparèrent à tomber dans le trou.
Une Pratiquante de la pensée positive l’exhorta : Quand on veut, on peut !
Un Optimiste lui dit : Vous auriez pu vous casser une jambe.
Un Pessimiste ajouta : Et ça risque d’empirer.
Puis un enfant passa, et lui tendit la main...
Anonyme
Les Maîtres.
Je suis un peu décontenancé par le nombre de "Maîtres" spirituels qui annoncent que le lâcher prise suffit à l'éveil et qu'il n'y a donc rien d'autre à faire que de laisser tomber les résistances de l'ego, que "nous sommes déjà tous éveillés," qu'il n'y a même pas à chercher quoique ce soit puisque tout est là, etc...
Combien d'années de travail, de quête, de méditation, de recherches spirituelles dans de multiples voies leur a-t-il fallu pour qu'ils parviennent à cet état ? Peut-être se sont-ils aperçus qu'effectivement "tout" était déjà là et que la recherche n'était qu'un mirage mais c'est bien parce qu'ils ont cherché pendant des années que cette révélation a eu lieu...
Comment serait-il possible que nous, pauvres hères spirituels, hantés par notre passé, tourmentés par notre avenir, poursuivis par les contingences quotidiennes, nous parvenions à cette plénitude en occultant l'immense travail que ces maîtres ont abattu?...
Il y a là quelque chose que je ne saisis pas...
L'impression d'être au pied d'une montagne immense, accompagnés par les Swami Prajnanpad, Krishnamurti, Eckhart Tolle, Jean Klein, Douglas Harding...de regarder l'horizon vers lequel leurs regards apaisés se tournent et de ne rien voir d'autre que cette terrible masse rocheuse...Eux connaissent les horizons qui s'étendent de l'autre côté, ils m'en parlent, ils m'invitent à les rejoindre, ils me disent de lâcher prise...
Qu'il suffit de voir ce qui est déjà là...
Je sais ce qui est là. Ce sont mes tourments. Et je sais que de ne pas les comprendre m'empêchera inlassablement de les abandonner à mes pieds pour pouvoir entamer l'ascension. Ce n'est pas une montagne que l'on gravit chargé. Il faut se dénuder. L'épuration entamée se prolongera jusqu'au coeur de l'âme. Si j'essayais de gravir les pentes avec le fardeau qui m'écrase, je mourrais d'épuisement.
Je ne crois pas que ces Maîtres aient pu se passer de cet arrachement des vieilles peaux. Et je trouve certains un peu malhonnêtes de faire miroiter ainsi la plénitude de l'esprit dans l'acceptation pleine et entière de ce qui est. Quelle est donc cette acceptation ? Un déni ou de la lucidité ? Je pense que le piège est là. S'il ne s'agit que d'un déni, le retour de flamme sera dévastateur car ce n'est que l'ego qui s'impose dans le miroitement hallucinogène de la spiritualité. Je ne serais qu'un menteur infatué.
Il est même assez déconcertant de lire chez certains écrivains cette facilité à tout découvrir alors qu'en observant leurs propres parcours on réalise les immenses difficultés qu'ils ont rencontrées. Comme s'il leur fallait nier ce "chemin de croix" et laisser entendre qu'au contraire, tout a été évident.
Il y a ces révélations spontanées (Virgil, Tolle, Ciusi...) qui nous sont présentées comme d'extraordinaires changements de conscience...Et donc, auparavant, ces gens étaient sans doute des banquiers, des avocats, des chefs d'entreprise matérialistes, des gens obtus, fermés à toutes démarches spirituelles, n'ayant même jamais entendu l'expression... Je n'y crois pas. Je vois plutôt une évolution, lente, peut-être même insignifiante, un travail, des lectures, des échanges, etc...Et puis, effectivement, un jour, un bouleversement considérable, à un tel point que tout ce qui avait été éprouvé auparavant semble inexistant, comme s'il n'y avait jamais eu de vie avant...
Mais ces gens ont pourtant bien vécu avant cet état d'éveil...Pourquoi le nier ?
Il me semble inutile en tout cas de lire des livres remplis de certitudes, d'évidences, de plénitude, ces livres qui conseillent aux lecteurs de tout abandonner,de se laisser porter, de lâcher prise. Tant mieux pour leurs auteurs s'ils le vivent réellement. C'est leur liberté et il m'est inutile de rêver devant leur envol.
Ca ne m'apprendra jamais la légèreté. Je ne ferai que l'imaginer.
Il y a deux façons de sortir d'une cellule : imaginer ou creuser un trou.
Je creuse.
L'instant présent.

NOIRCEUR DES CIMES
"Que reste-t-il de l’individu lorsque celui-ci se libère d’une conscience intentionnelle, lorsque son attention n’est pas tournée vers une perception extérieure à lui-même ? Que reste-t-il lorsqu’il n’y a plus rien de connu?
L’interrogation la tourmente. Depuis des jours et des nuits, elle n’est plus la Sandra universitaire, ni la citadine, elle n’écrit plus, ne reçoit aucun regard associé à un de ses rôles sinon celui de la femme qui attend, les soins qu’elle apporte à son corps se sont considérablement réduits, elle a perdu quasiment tout ce qui constituait l’établissement de la reconnaissance sociale, tous les éléments sur lesquels elle a construit son image, les liens à autrui ne sont plus les apports constructifs de sa propre citadelle, cette purge forcée l’a vidée insensiblement des poisons accumulés pendant des années et elle réalise à quel point ce regard inquiet vers la radio muette n’est qu’un arrachement d’elle-même, une emprise maladive, une extériorité chronique qui la maintient dans un espace où elle n’est rien d’autre qu’un témoin d’elle-même. Cette conscience réfléchie qui réalise qu’elle a besoin d’un support pour prendre forme, n’est pas la conscience de soi. Elle n’est qu’une version fabriquée par une intention. Elle sait qu’elle a goûté à autre chose lorsqu’elle marchait. Que les horizons dégagés par l’absence de projet la plongeaient en elle-même, que la connaissance de soi devenait possible sitôt que s’évanouissait la conscience établie. A travers l’identification à ses rôles, à ses personnages, à ses jugements, à ses perceptions fabriquées, à ses visions réfléchies, à ses volontés de reconnaissance, à ses vigilances anthropophages.
Mourir à soi-même pour renaître. Elle sait qu’elle n’a jamais été aussi proche d’une compréhension totale de l’expression. Cet égo qu’elle a cru être elle-même devient ce qu’il est, un patchwork infini de pensées qui s’est persuadé lui-même que le tissu est plus important que l’entité qu’il couvre, que l’enveloppe a plus d’importance que le courrier qu’elle transporte. Mais cette présence qu’elle devine désormais sous les oripeaux qui se déchirent, elle voudrait pouvoir la saisir, l’étreindre et ne plus jamais l’égarer, ne plus jamais l’étouffer, la laisser à l’air libre.
Elle sait désormais ce qui va constituer le reste de son existence. Elle se corrige en réalisant qu’elle ne répond pas à une volonté propre mais à la vie elle-même. Les volontés ne sont jamais que des détournements de l’égo.
« Laisse la vie te vivre comme elle l’entend ».
Elle se répète la phrase avec un sourire délicat, un regard tendre, un sentiment d’amour inconditionnel.
L’abandon du moi est la source du Soi. "
Je repensais à ces instants intemporels, dans la falaise, lorsque Nathalie et moi, nous tentions de sauver notre peau. (Blog, texte "Délivrance")
Je grimpais sur des prises infimes qui se révélaient sous mes yeux, je trouvais intuitivement le geste à accomplir, comment maintenir l'équilibre, où enlever la terre pour trouver un bout de roche, gratter pour dénicher une racine...Je n'avais aucune pensée durable, juste des flashs instinctifs. Une force phénoménale, aucune intention autre que de rester ancré au-dessus du vide. L'instant présent.
J'essaie de préserver cette énergie fabuleuse, de la retrouver dans les actes quotidiens, de m'impliquer totalement dans tout ce que je fais, un repas, ranger le garage, corriger les cahiers de mes élèves, aimer Nathalie, chérir mes enfants, contempler la nature. Chaque acte.
Il m'était difficile autrefois d'y parvenir concernant les pensées. Comme si le mental possédait une vie propre, une autonomie que je ne parvenais pas à contrôler, comme s'il ne s'agissait que d'un moi indépendant, insoumis et non ce Soi unifié qui m'a tellement bouleversé...Cette sensation nauséeuse de n'être intérieurement qu'un tourbillon anarchique de pensées ingérables, je m'efforçais de m'en libérer.
Il a suffi que j'accepte de cesser de lutter, que j'accepte leurs présences importunes pour qu'elles s'estompent. Il ne s'agissait pas de lutter mais de rompre les résistances, de baisser la garde. Il n'y avait pas d'autre danger que celui que j'imaginais. La peur entraînant l'apparition de nouvelles peurs...Etrange phénomène. A vouloir maîtriser, je perdais le fil essentiel.
Dans la falaise, il n'y avait pas de place pour la peur. Juste la nécessité de l'action.
Si je cesse d'avoir peur de mes pensées insoumises, elles s'effacent comme par épuisement, comme si le désintérêt pour leur présence les liquéfiait. De la même façon que je n'avais pas peur de tomber lorsque je me déplaçais parce que l'action était si intense que l'imagination était figée, en laissant passer en moi les pensées fugitives, je n'ai pas besoin de créer une pensée défensive...Et en regardant s'effriter cette défense, laisser la peur s'installer. Etrange phénomène.
Je suis là, je m'installe dans l'action, j'écris, mes pensées me tiennent au-dessus du vide, il n'y a rien d'autre que cette nécessité d'écrire, rien d'autre n'a d'importance, c'est une situation de survie et si une pensée rebelle s'interpose, je la regarde passer comme un éclair fugace, je ne la scrute pas, je ne me fixe pas sur elle, je n'ai aucune colère contre elle, elle ne me dérange pas, elle n'est qu'un battement de paupières, un papillon éphémère qui volète et disparaît dans la brume épaisse des pensées éteintes.
Je suis là.
Conscience et destin. (spiritualité/conscience)
Carl Gustav Jung
Un choc énorme en lisant cette phrase. Car je ne la vois pas dans une temporalité limitée à une vie mais à une succession de vies. Je suppose d'ailleurs qu'il en était de même pour Jung étant donné ces divers écrits.
Alors, qu'en est-il ? Comment prendre "conscience" de ce que notre inconscient contient si ce mystère en restant irrésolu nous ramène à l'incorporation ?
J'ai essayé "le rêve éveillé" sans y trouver le moindre intérêt. Le fait d'être "guidé" m'est apparu comme une déviance, une manipulation et je suis incapable de certifier que ce qui m'est "apparu" me concernait réellement. Est-ce que je dois essayer l'hypnose, la méditation, les hallucinogènes ?...
J'ai l'impression que l'écriture répond à cette nécessité avec davantage de force. Mais alors que j'avais l'intention d'écrire un thriller, je m'aperçois que cette écriture purement fictive me laisse inerte. J'ai établi tout le synopsis et je reste figé devant l'écran. Comme si une intuition venait me dire que je n'avais rien à trouver dans cette voie, que l'écriture, pour moi, ne peut pas s'égarer dans une dimension ludique... Je n'ai pas le choix.
Que ce soit "Vertiges", "Plénitude de l'unité", Une étrange lumière", "Noirceur des cimes" ou "Les Eveillés", je n'ai jamais pu me détacher de ce que je porte. Est-ce qu'il s'agit d'une voie vers mon inconscient ? J'ai appris bien plus sur moi-même et sur les autres en écrivant "Les Eveillés" qu'en lisant des dizaines de livres.
Vers où dois-je aller désormais ?
Est-ce que les gens avec lesquels j'ai établi des contacts spirituels, et non quotidiens, doivent être des "personnages" de romans afin que je trouve à travers leurs existences et les drames qui les jalonnent les éclaircissements et les révélations dont ma conscience a besoin ?
Lorsque je m'engage vers un sommet, lorsque je cherche à lire un itinéraire, à décrypter les faiblesses du relief afin de me hisser vers les hauteurs, je connais mon objectif et je peux adapter mon parcours, gérer mes forces, changer de cheminement, je sais où je veux aller, je sais à peu près comment m'y prendre.
Mais dans le cas de mon inconscient, je ne sais pas ce qu'il contient. Je ne peux même pas avoir d'objectifs, il n'y a aucune balise, je peux même me dire que je m'intéresse à un espace qui n'existe même pas... Comment établir un projet, une démarche, un horizon ? Il n'y a rien de palpable, de matériel, ni même d'intellectuel, c'est un gouffre sans fond ou un univers sans bornes...
Krishnamurti, Aurobindo ou Jung ont exploré ces espaces. Ils ont établi un contact, cheminé pendant des années, extirpé des tréfonds la quintessence de leur être. Il s'agissait d'individus extraordinaires.
Et moi ? Comment est-ce que je m'en sors ? Faudra t-il recommencer ? Reprendre la tâche inachevée ?
Education, instruction.
Doit-on s'en tenir à l'instruction ou doit-on prendre en charge également l'éducation?
Pour ma part, la réponse est évidente. Sans éducation l'instruction est impossible. Il ne s'agirait que d'un intérêt pour le contenu et pas le contenant. J'entends par "éducation" non pas l'adhésion à une morale mais l'ouverture de l'humain à des notions spirituelles. L'instruction se limite à l'instruction d'un savoir. Pas nécessairement d'un savoir être. On peut être instruit et totalement inapte à la vie. L'éducation suppose une connaissance de soi, une conscience de la vie dans ce qu'elle a de plus profond. L'éducation doit promouvoir le développement de l'individu, un être sensible, intelligent, cultivé, respectueux, ouvert, critique et auto-critique, responsable, aimant, contemplatif et déterminé. Un être engagé et non passif. Celui qui reçoit de l'instruction est un être passif que l'on remplit. Mais dont le vide intérieur est un gouffre gigantesque quand son mental se complaît dans le gavage.
Je n'aime pas ce que l'école propose aux enfants. S'il ne s'agit que d'instruction, je ne suis qu'un subordonné aux mains d'un despote. Je ne veux pas formater, je ne veux pas de statistiques, pas de graphiques, pas de remédiations dès lors qu'on laisse croire que cela suffit à éveiller l'individu.
Je pense que l'enseignant est avant tout un éducateur, "un passeur de sens", comme le dit René Barbier. L'éducateur est en premier lieu celui qui "est" ce qu'il propose de transmettre. Il ne s'agit pas de leurrer l'auditoire, ça serait un mensonge inacceptable. L'enseignant est celui qui met toute sa passion, son énergie, son enthousisame, sa joie de connaître et de "vivre" ses connaissances au service des enfants. Il est impossible de délivrer un message, quelqu'il soit, s'il n'y a pas de messager. Et il ne s'agit pas d'être simplement un facteur. Mais un éveilleur. La meilleure évaluation se trouve au fond des yeux des enfants. Qu'ils soient brillants d'ardeur et la mission est menée. Le reste suivra. Peu importe le temps que ça prendra. Il convient de respecter les rythmes de chacun. Ce qui compte, c'est que le brasier soit allumé. Chaque individu y apportera le combustible nécessaire en fonction de ses désirs, de ses forces. Il n'y a pas de technique, il n'y a que l'énergie. Et l'Amour.
Selon l'étymologie, l'éducation signifie "nourrir" par le latin "educare" et également "conduire hors de" par une seconde version, "educere".
Il n'est pas difficile de comprendre qu'il ne s'agit pas de gaver mais bien d'apporter les éléments et les ressources favorables à une auto-suffisance..."Donne-m
Dans l'idée de conduire l'individu "hors de", j'entends par là la nécessité d'extraire l'individu de son petit moi, de sa suffisance ou de son hébétude, de sa léthargie, de sa complaisance envers lui-même, de ses conditionnements, de ses formatages, de ses abandons, de ses hallucinations...Si l'instruction scolaire entretient, développe, favorise cet embrigadement, elle va à l'encontre de l'homme pour ne s'occuper que du citoyen...Mais le citoyen est manipulable, il croit et se satisfait des "nourritures " qu'il reçoit. Juste des farines animales dont il se délecte au point de jalouser celles du voisin...Consternant. Et magistralement entretenu par les masses opaques du pouvoir. Pas les politiciens, ceux-là ne sont que des marionnettes infatuées. Le pouvoir est aux mains de ceux qui ne se montrent pas, ceux qui possèdent les richesses, ceux qui manipulent les marionnettes. Toutes les marionnettes...
Si l'instruction est destinée à forger des esprits martelés et cadenassés afin que ces individus s'engagent dans une vie sociale légiférée, réglementée et qu'ils s'en satisfassent, alors c'est que l'éducation est morte. Car l'éducation est sans fin. Elle est toujours ce brasier qui ne s'éteindra qu'à la mort. Cette idée répétée aux enfants qu'ils doivent aller à l'école pour avoir un bon métier est une abomination.
Lorsque des enseignants se contentent de recevoir une "formation continue" et s'imaginent dès lors évoluer favorablement parce qu'ils sont au courant des dernières techniques d'apprentissage, ils ne sont que des vaches à lait adorant leur avoine et la main condescendante du fermier qui les trait...
J'avais lu il y a quelques temps que Jacques Salomé avait demandé à intervenir dans une IUFM et que ça avait été refusé par le ministère. Pas question de faire réfléchir les masses enseignantes. Il faut leur apprendre à faire passer des évaluations...Parce que l'impact dans le grand public est très positif...Il faut entretenir une image 'grand public"... En vue des prochaines élections...
Enfin, bon, tout ça, c'est de la politique. Parce que l'instruction est politique.
L'éducation, quant à elle, s'intéresse à l'homme.
Krishnamurti.
" Je me demande si nous nous sommes jamais posé la question du sens de l'éducation. pourquoi va-t-on à l'école, pourquoi étudie t-on diverses matières, pourquoi passe t-on des examens, pourquoi cette compétion pour l'obtention de meilleures notes?
Que signifie cette prétendue éducation et quels en sont les enjeux?
c'est une question capitale, non seulement pour les élèves, mais aussi pour les parents, les professeurs, et pour tous ceux qui aiment cette terre où nous vivons.
Pourquoi nous soumettons nous à cette épreuve qu'est l'éducation...
... la fonction de l'éducation n'est-elle pas plutôt de nous préparer, tant que nous sommes jeunes, à comprendre le processus global de l'existence?
... Assurément la vie ne se résume pas à un travail, un métier; la vie est une chose extraordinaire, un grand mystère, ample et profond, un vaste royaume au sein duquel nous fonctionnons en tant qu'êtres humains..."
" C'est pourquoi il est d'une grande importance que nous soyons éduqués de façon authentique- sans être etouffés par la tradition, sans tomber dans le destin tout tracé d'un groupe racial, culturel ou familial particulier, sans devenir des êtres mécanisés en marche vers une fin déterminée.
Celui qui comprend l'ensemble de ce processus, qui rompt avec lui et qui fait front tout seul,- cet homme là est le moteur de son propre élan..."
Krishnamurti
Le Sens du Bonheur: Chapitre I) l'Education Chap XIII) Egalité et liberté
La quête.
Toute mon expérience est centrée sur moi-même. Je suis celui par lequel tout ce qui vient à moi est reçu, analysé, commenté, rejeté, détesté, magnifié, adoré...Ce moi qui perçoit est au centre. Tout du moins, c'est l'impression qu'il donne. Je me demande si finalement, ce moi serait ce qui m'appartient le moins, une entité constituée de multiples fragments, parfois éparpillés au vent des conditions de vie. Lorsque je sais que quelqu'un pense du mal de moi, je suis en quelque sorte "relié" à cette personne, je me laisse emporter par les pensées générées par cette crise. De la même façon lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui m'aime. C'est à partir du moi que j'entre en relation avec le monde. Je vais donc m'astreindre à confirmer l'existence de ce moi en accumulant des fragments à partir desquelles je pourrais sculpter l'identification dont le moi a besoin pour exister. On devine le piège... Quelle est la réalité de ce moi sitôt qu'il prend forme à travers des pièces diverses qu'il ne maîtrise pas ? Juste un amalgame hétéroclite, comme des pièces de puzzle qui chercheraient à s'emboîter sans même connaître l'image finale. On travaille à l'envers... L'énergie dispensée pour élaborer cette image est pourtant phénoménale. Je vais accumuler et protéger "mes" objets, "mes" relations, mes "connaissances", "mes" pratiques spirituelles, "mes" amours...Tout cela créé un attachement grâce auquel je pense pouvoir donner de la valeur à mon existence. J'appartiens à mes attachements et je m'en glorifie... Il va falloir en plus que je protège mon territoire, "mes" possessions. Je vais devoir lutter contre ceux qui s'opposent à mes droits. Je chercherai sans doute à intégrer un groupe qui me ressemble et qui pourra me défendre. Les corporatismes s'installent, de puissantes images qui me ravissent...
Je vais connaître la peur aussi. C'est inévitable. La peur qu'on me vole mon identification ou qu'on ne la reconnaisse pas, que je sois rejeté ou incompris. J'entrerai en confrontation avec ceux qui ne me reconnaissent pas ou qui défendent leur image. La colère se nourrira de ma peur. Attachement, aversion, colère, peur, réjouissance, reconnaissance, insatisfaction, désillusion, amour, joie, peine, l'écheveau infini de la dualité.
Il se peut qu'un jour, pour une raison connue ou pas, je prendrai conscience de ces tourments insurmontables. Une illumination, un choc, une révélation, quelque chose d'incompréhensible pour la raison mais qui me bouleversera au-delà du connu. J'entrerai peut-être dans une nouvelle dimension, ça sera long évidemment, douloureux sans doute mais je sentirai pourtant que c'est mon chemin. J'aurai l'impression d'être entré dans la "quête". Comme un désir de plénitude.
Alors je chercherai à préserver cette plénitude, à l'accroître même, et dès lors se mettra en place une nouvelle identification. D'autres "agrégats". Juste d'autres perceptions, d'autres sensations, d'autres pensées, d'autres réflexions...J'arriverai peu à peu à identifier mes conditionnements, tout ce qui mène ma vie et ce petit moi que je vénérais. Mais l'insatisfaction liée à l'intention de plénitude me plongera immanquablement dans la désillusion et je reconnaitrais un jour des fragments d'une vie passée.
J'aurai juste changé ma façon de regarder les pièces du puzzle éparpillées.
La quête est une illusion. Une tromperie du moi qui se joue de tout. Je n'ai rien à chercher. Tout est déjà là mais en le cherchant, je m'en éloigne. Le moi, je le reconnais, je connais ses fonctionnements complexes mais je n'ai pas à le craindre. Il est là, en "moi" et je suis en lui. Et ce moi relié au je n'a pas besoin de quête puisque tout est là.
NOIRCEUR DES CIMES : Le corps, l'âme, l'esprit.
En Occident, l'individu est constitué d'un corps physique et d'une âme (psyché) alors que dans la vision orientale, l'individu est ternaire : un corps, une âme et un esprit.
Dans la conception occidentale, la personne correspond au "moi" individualisé. En se développant, celui-ci devient un sujet égocentrique et séparé du monde, il est identifié, reconnaissable par les autres et par lui-même...
Max Weber a montré à quel point l'homme est identifié aux normes légitimées, sociales, religieuses, culturelles...
Jung proposait à l'homme de prendre conscience de ces identifications, de tous les masques qu'il adopte.
Les philosophies orientales reposent également sur cette vision de l'homme qui s'identifie à ce qu'il croit être, à son moi, et qui perd le contact avec son être réel :le Soi.
Le corps est défini comme l'enveloppe de l'homme mais il est aussi le lieu de l'âme. Dans la vision occidentale, nous retrouvons la conception dualiste. Le corps est séparé du psychisme. La médecine s'ouvre lentement à l'idée que la santé psychique peut influer sur la santé physique...C'est long mais on y vient...
La vision orientale du corps est ternaire. Le corps est le lieu de transformation des énergies ; terre, homme, ciel.
Pour Sri Aurobindo, le corps est constitué ainsi :
le corps physique correspond à la survie, aux instincts et aux pulsions.
le corps physiologique assure le fonctionnement des organes.
le corps mental correspond à la fonction intellectuelle et à la construction de l'égo.
Dans la conception d'Aurobindo, le corps mental doit s'ouvrir à l'âme qui doit s'ouvrir à l'esprit. Celui-ci est conscience et énergie pure.
Donc, l'âme ferait partie intégrante du corps mais elle serait aussi le lieu de l'esprit... Le mot âme vient du latin "anima" qui signifie le principe pensant mais surtout "animer". L'âme est ce qui anime le corps et ce qui pense en nous-mêmes.
L'âme, c'est aussi la "psukhê" grecque signifiant l'idée d'un miroir pivotant permettant de se regarder dans toutes les directions et de s'observer complètement.
Elle est à la fois le lieu de la pensée, de l'animation du corps, mais aussi le lieu d'où l'on peut apercevoir si on "oriente" le miroir la lumière de l'esprit...
L'âme est donc l'entité servant de point de jonction entre le corps et l'esprit, pouvant éclairer à la fois l'un et l'autre.
L'esprit peut être compris dans son sens latin "spiritus" qui signifie souffle. Il est, semble-t-il, ce qui donne la vie à l'âme et donc au corps, le souffle de vie qui,lorsqu'il quitte le corps, fait que l'homme meurt. L'esprit est ce qui rattache l'homme à quelque chose de plus "haut" en l'homme et non au-dessus de lui.
Certains, comme les Chrétiens, pensent que l'esprit est une force transcendante provenant de l'extérieur du sujet tandis que d'autres, comme les gnostiques, pensent que la force de l'esprit provient de l'intérieur même de la personne...Vaste débat...
Lors d'expériences psychiques ou/et physiques amenant une "force énergétique" bouleversant tout notre être, nous avons eu l'impression d'être touchée, visitée, ou contactée par cette force que nous pouvons nommer "esprit". Qu'en est-il réellement ? Etait-ce enfoui en nous ou bien est-ce venu de l'extérieur ?

"NOIRCEUR DES CIMES"
Extrait.
« Tu n’es pas au fil des âges un amalgame agité de verbes d’actions conjugués à tous les temps humains mais simplement le verbe être nourri par la vie divine de l’instant présent. »
L’aura étincelante exhale des paroles qui l’investissent avec douceur. Des myriades de cristaux éclatants scintillent autour de l’apparition et l’enlacent délicatement. Il sent les mots glisser en lui et répandre sur leur trajet des tiédeurs qui le tranquillisent. Il ne distingue aucune forme et pourtant il devine qu’il est observé. Les particules lumineuses coulent en lui comme des nourritures, le soutiennent et le revigorent. Il a l’impression de flotter dans une matrice protectrice et l’énergie qui lui parle résonne dans son esprit comme à travers une cloison moelleuse…Il n’a pas de corps, il n’est qu’une entité vibratoire, palpitant sur un tempo étrange, mystérieux, incommensurable. Etrangement lui vient à l’esprit qu’il n’a même plus d’esprit et que cette pensée n’en est pas une, qu’elle n’a pas de source connue et que l’émetteur habituel a disparu. Ni corps, ni esprit, ni matière, ni intellect mais une certitude de vie.
L’idée le sidère et déclenche dans le bain radieux où il flotte un tourbillon dérangeant, une anxiété perturbatrice, l’intuition inquiétante d’avoir égaré une image précieuse.
Aussitôt, la sensation de froid dans son dos l’arrache à son sommeil. Il ouvre les yeux sur des noirceurs insondables.
Il fait terriblement nuit. L’idée que le monde a disparu le panique. Il cherche la lampe frontale dans le duvet et tourne la mollette. Le faisceau étroit est d’une fragilité qui le désespère. Les flocons dansent encore et couvrent minutieusement son abri, la couverture de survie, son sac, la corde, les piolets sur lesquels il est amarré. Il a froid et perçoit son corps comme un bloc solidifié. Entre son nez et la lèvre supérieure, la peau est brûlante. Il regrette les douceurs oniriques et il tente de retrouver quelques bribes d’images. Il se souvient vaguement de phrases murmurées, d’une lumière étrange, nullement aveuglante et pourtant intense, comme si cette intensité était davantage une forme de sentiment qu’une énergie.
Il sent qu’il n’aurait pas dû avoir peur. Qu’il ne devait pas s’attacher à son image égarée.
Il voudrait retrouver la totalité du message. Quelqu’un lui a parlé. Ou quelque chose. Il n’en a pas de représentation exacte, juste un amalgame de sensations tranquillisantes et simultanément la certitude d’un don merveilleux, d’une confiance accordée. On lui a permis de voir quelque chose de rare.
Il est persuadé d’avoir été en contact avec un mystère qu’il doit saisir. C’est une faveur inestimable qu’il n’a pas le droit d’ignorer. Il maudit les miasmes léthargiques qui limitent sa lucidité puis il réalise aussitôt que cette apathie tenace est un écrin protégeant des lumières. A vouloir retrouver d’illusoires capacités intellectuelles, à vouloir comprendre à travers la vitre trompeuse de ses certitudes passées et de ses sens limités, il devine une erreur.
La réalité s’établit-elle dans le champ présent de cette conscience connue ou l’Univers qui vient de se dévoiler recèle-t-il un monde véritable ?
« Suis-je entrain de me souvenir d’un rêve ou bien ce rêve était-il la réalité qui m’a toujours échappé, suis-je revenu dans un monde illusoire, une imposture monumentale ? »
Le questionnement le sidère. Il n’a aucun souvenir de telles interrogations. Il a même du mal à croire que son esprit puisse élaborer de telles hypothèses. Cette intuition que le monde aperçu contenait davantage de vérités que celui dans lequel il souffre actuellement est une probabilité qui l’attire et son inclination à adhérer à ce raisonnement le bouleverse tout autant. Il se corrige en pensant d’ailleurs qu’il ne s’agit pas d’un raisonnement. Mais d’un ressenti. Sa raison s’efforce au contraire de rétablir des conclusions antérieures. Elle fait partie du mensonge. Elle est le ciment qui scelle les murs de la geôle, un élément majeur de l’embrigadement. Ici, une tentative d’évasion lui est proposée.
Jusqu’à ce jour, le cerveau, formé par l’éducation et la dictature d’une vision faiblement humaine, lui a servi à renforcer l’expérience restrictive de la raison. Il sent désormais qu’il doit trancher les tuteurs contre lesquels il s’est enchaîné en acceptant ce fonctionnement négligeable mais qui l’a puissamment endoctriné, l’a inscrit dans le moule carcéral d’une humanité dictatoriale. La perception d’un espace épuré des manifestations communes à tous les êtres humains le ramène vers l’aura qui l’a accueilli dans son rêve. Ou dans cette autre réalité qui l’a touché. Il ne perçoit pas ce ressenti étrange à travers ses cinq sens, mais à l’aide d’une conscience neuve, d’une compréhension atypique à laquelle il s’abandonne avec béatitude, avec un profond apaisement. Cette vision extatique d’une lumière protectrice, matricielle, emplie d’une vérité supérieure, le ravit et le tranquillise tout en insufflant en lui un enthousiasme régénérateur.
Sa vision s’élève au-dessus de la carapace ramassée dans son trou de neige et une immense compassion pour cet être épuisé l’inonde. Il sent qu’il ne s’agit pas de son imagination mais bien d’une partie intime de lui qui l’observe. Il s’est scindé mais il n’a pas peur. Sans qu’aucun mot ne se forme, il sait, avec une certitude absolue, qu’il s’agit d’un privilège.
Il flotte au-dessus de lui, tout du moins, une entité de lui-même, et il ne peut voir dans cet observateur qu’un esprit libéré de son enceinte de chair. Ce n’est pas l’image de cette existence en sursis qui le touche mais l’apparition merveilleuse de cette onde vitale qui palpite dans la matière recroquevillée. N’importe qui verrait dans ce corps misérable, dans cette extrême infortune, cette solitude désespérante, les prémices d’une mort certaine. Lui ne perçoit que la force de vie coulant de l’Univers et le nourrissant. Ce n’est pas son cœur qui bat mais la Vie qui l’alimente, ce n’est pas son sang qui circule mais le courant qui l’anime. Rien n’est à lui, tout lui est offert. C’est un don merveilleux dont il n’avait jamais pris conscience. Et il devine aussitôt que ce mot ne convient pas. Il en faudrait un autre. Il pense à la lucidité, à la clairvoyance. Sa conscience s’est effacée. Il n’est pas dans un état connu et les anciens mots sont insignifiants. Il sait qu’il ne peut plus être privé de ce contact sublime, que la réalité est en lui, que le halo lumineux s’est inscrit à tout jamais dans son esprit éveillé. Son esprit…Lui revient en mémoire une image du rêve, une pensée, quelque chose qu’il ne sait nommer…Ni corps, ni esprit mais la certitude de la vie…Ni esprit…Ni esprit…Il ne parvient pas à imaginer que tout ce qu’il perçoit puisse être capté par une autre entité que cet esprit mais ils ne parvient même pas à l’imaginer clairement, à l’identifier, à l’analyser, le décrire. Il ne s’agit pas de sa raison, ni de son intellect ou de son mental. Ne lui reste dès lors que l’esprit. Une distinction s’impose soudainement. Ce qu’il reçoit est capté par son esprit mais l’Ame qui l’a effleuré est à la dimension de l’Univers. L’esprit est humain, l’Ame vibre dans le Tout. Cette Ame l’a investi et son esprit s’est retiré devant la beauté du contact. Il s’est mêlé au Tout ou plutôt il a enfin saisi au plus profond de ses fibres son appartenance… Oui, il tient la solution, elle coule en lui comme une lave revitalisante. Il est une particule de l’Ame, un fragment du Tout, un élément infime, une image participant à la multitude dans une unité indivisible. Pendant des années d’errance, son égo l’a gonflé de suffisance, l’a gavé de prétention, aspirant follement dans la raison humaine les ingrédients empoisonnés de l’hallucination collective dans laquelle il s’est égaré. Ici, sa propre conscience s’est évaporée devant celle de l’Ame. Et la vérité est apparue.
L’Ame…De qui, de quoi ? Quelle importance ! Il n’en sait rien puisque rien de connu ne lui est proposé. Il n’a aucun repère, aucune connaissance, aucune limitation humaine. Et il ne cherche pas à traduire par sa raison ce qui lui est donné. Il ne veut plus des murs de la geôle. Il est dans l’abandon, l’accueil, l’osmose.
L’osmose. Le mot lui est apparu avec une splendeur indéfinissable, une joie qui le bouleverse.
Il est heureux.
Dans l’antre éclairé de son esprit, il sent grandir un embryon magnifique.
Intemporel.
Cet été, j'ai fait mon premier vol biplace en parapente. Très impressionnant. On n'imagine pas quand on les regarde d'en bas à quel point ça peut brasser quand on monte de 7 mètres par seconde dans une thermique... Il vaut mieux ne pas avoir chargé l'estomac avant...
Mais là n'est pas l'essentiel.
Pour rejoindre le décollage, tous les participants prennent une navette, un mini-bus de neuf places. Douze kilomètres de montée sur une route sinueuse et étroite. Je me suis assis sur la banquette du fond aux côtés de mon plus jeune garçon et de son amoureuse. Tous les autres passagers étaient des adultes. Les gens parlaient entre eux pendant que les deux ados à mes côtés se câlinaient en se regardant dans le fond des yeux.
Sans rien fixer de précis, les yeux envahis par les immensités et les couleurs des montagnes, je regardais rêveusement le paysage par la fenêtre et j'écoutais d'une oreille distraite les quelques échanges qui me parvenaient : des vols merveilleux au-dessus des montagnes, une nouvelle voile performante, la prochaine compétition, un nouveau site à découvrir, des voyages, un accident... Des discussions de passionnés à d'autres passionnés.
A la sortie d'un virage dans lequel je trouvais que le conducteur était passé très près du fossé, j'ai senti que je n'étais pas là.
Une impression indéfinissable. Soudaine. Un vide étrange, comme si je n'existais pas. Je sentais bien que quelque chose était là puisque "je" voyais le paysage, que j'entendais les discussions, que je me faisais des remarques sur le conducteur... Mais je ne parvenais pas à avoir une image de celui qui vivait tout ça, comme si le récepteur de ces impressions n'était pas réel, comme s'il ne s'agissait que d'un rêve et que je n'étais même pas le rêveur.
Je n'arrivais pas non plus à me situer parmi tous les passagers. Je savais très bien que je n'étais pas comme les deux ados à mes côtés mais je ne pouvais pas non plus m'identifier aux adultes présents. Je n'étais pas parmi eux en tant qu'individu reconnaissable, je ne pouvais pas établir à travers leurs regards la consistance de mon être, je ne pouvais pas prendre forme en me nourrissant de leurs attentions, tout ça n'était qu'un mirage.
Je n'avais pas d'âge. J'essayais de visualiser mon visage et je n'en avais aucune image nette, comme s'il me fallait nécessairement un miroir pour pouvoir "matérialiser" cette entité pensante qui s'interrogeait sur son existence.
Un sentiment très étrange.
Intemporel.
Une désidentification totale, brutale, comme un vide incommensurable en moi et pourtant une absence totale de peur, aucune interrogation, aucune inquiétude ou tentative de rappel, de réveil ou je ne sais quelle réaction de survie...Je me suis laissé partir.
La montée était longue.
Je me suis souvenu de toutes ces impressions particulières, dans différentes situations, cette inexplicable sensation de n'avoir pas d'âge, de ne pas faire partie intégrante du groupe de gens, une impossibilité d'exister dans cette activité sociale, comme si au-delà des regards que je pouvais recevoir, des paroles qu'on pouvait me proposer, des idées mêmes qu'on pouvait m'attribuer, qu'au-delà de ce foisonnement d'émotions il n'y avait rien...
Des plongées abyssales dans un néant de plénitude, une abolition totale de toute appartenance intérieure. Les images reçues de l'extérieur n'avaient aucune réalité. Et rien n'était là pour recevoir cette sensation d'inexistence. Impossible de décrypter l'entité. Je n'étais rien, qu'un vide animé par une palpitation inommée. L'idée soudaine que ce vide en moi contenait en fait la source même de la vie, de cette vibration inexpliquée, de la cohésion des cellules, l'aimantation des molécules. La seule réalité. J'ai vu là, dans ce noir d'univers opaque et stable une absorption irrémédiable de toutes les images inhérentes à mon être social, comme un trou noir engloutissant un conglomérat disloqué de matières recyclables...
Je n'ai rien cherché à maintenir. D'alleurs, je ne maîtrisais rien, il n'y avait rien de volontaire, ni de construit, ni d'intentionnel, comme une marée cosmique qui emportait les résidus éparpillés d'un moi illusoire.
C'est l'arrêt brutal du fourgon au bout de la piste qui m'a ranimé en me plongeant de nouveau dans le "sommeil".
Je suis allé voler avec mon moniteur, sous une grande voile rouge dont je voyais l'ombre avancer sur la cîme des arbres.
LES ÉGARÉS (roman) 1
Chapitre 1
Petit matin. Le soleil franchit la crête des montagnes. Le ciel est lisse, un bleu grisé qui semble avoir bu les nuages.
Elle démonte la tente.
Elle est arrivée la veille au soir.
Un petit camping près d’une rivière. Le gérant l’a laissée s’installer au fond du champ. L’isolement relatif lui convenait parfaitement.
Elle avait à peine grignoté, les yeux dans le vide, le ventre serré.
Les images de la gare repassaient en boucle, elle n’y pouvait rien, elles étaient plus fortes que sa volonté de s’en détacher. Elles trouvaient toujours une faille dans les résistances érigées et revenaient à l’assaut.
Il ne restait qu'à les revivre en espérant que la lumière consciente finisse par les consumer et qu'elles sombrent dans l'oubli.
Yoann l’avait longtemps serrée sur le quai en attendant le train. Il n’avait jamais cessé de sourire, de la couvrir d’attention, de l’embrasser, de caresser son dos, son visage, sa nuque, de baiser son front, ses joues.
Cette capacité à la soutenir et simultanément sa fragilité d’homme meurtri, cette peur insoumise devant ses propres ressentis.
Il diffusait tant d’amour et s’interdisait tant de s’aimer.
Le haut-parleur avait annoncé l'entrée en gare du train en provenance de Chambéry et à destination de Gap.
Elle attache le tapis de sol sur le haut du sac. Elle mange une barre de céréales.
Les images tournent en boucle dans un mouvement perpétuel.
Son train partait avant celui de Yoann. Il l’avait accompagnée dans la voiture. Il l'avait embrassée. Une marée de chaleurs et simultanément une gêne prude en pensant aux passagers.
« Je t’aime Leslie. Plus que tout. Tu es ma source de vie.»
La douceur de ses regards ne cachait pas l’inquiétude.
L'annonce du départ dans le haut-parleur de la gare. Ils avaient dû abandonner leur étreinte.
Une fois sur le quai, Yoann ne l’avait pas quittée des yeux.
Le train avait eu un sursaut puis il avait commencé à rouler en grinçant.
Yoann avait suivi le mouvement.
Elle avait collé son front sur la vitre, il avait lancé un baiser avec la main, elle l’avait saisi et placé contre son cœur, les larmes étaient montées, elle avait eu du mal à respirer, une boule dans la gorge, les frissons qui ruissellent, elle avait murmuré un « je t’aime » en s’appliquant à articuler lentement.
Il avait souri.
Elle l'avait vu s'arrêter sur le quai, comme épuisé, un dernier geste de la main.
Elle s’était appuyée contre le dossier.
Soulagée finalement de ne plus le voir.
Le MP3, ajuster les écouteurs sur les oreilles, les yeux fermés, espérer que la musique éteindra le brasier dans son ventre.
C’était hier matin. L’impression de l’avoir quitté depuis des semaines.
Cette douleur insoumise à la pensée du projet et pourtant partir.
Comme une épreuve inévitable.
Elle met le sac sur son dos. Douze kilos. Ils n’ont pas réussi à l’alléger davantage.
D’habitude, Yoann se chargeait du matériel le plus lourd.
Elle sait qu’elle aura mal aux épaules pendant un ou deux jours puis que les douleurs disparaîtront. Juste une question de temps. Elle en a l’expérience.
Elle passe à l’accueil régler la nuit. Elle demande au gérant la direction du sentier. Il lui donne quelques explications et lui souhaite une bonne randonnée. La sincérité de la voix. Le vieux monsieur a un regard si doux. Quelque chose de Jacques Dufilho. Un peu aussi de son père.
Une étrange émotion. Un désir de câlins, de tendresse, de réconfort.
Ce vide affectif de son enfance.
Dans le potager familial. Son père lui apprenait la science de la terre. Cette patience et ce respect des dons naturels, elle ne les avait jamais perdus. Mais cette transmission d’un savoir ancestral n’avait pas comblé le vide de la blessure relationnelle.
La pudeur de son géniteur, cette retenue continuelle, la peur de laisser parler son cœur, elle les avait retrouvées chez Yoann. Ses élans amoureux ne comblaient pas ses silences prolongés. Cet isolement dans lequel il aimait plonger.
Elle salue le vieil homme et prend la direction du GR.
Les bâtons de randonnée comme un tempo qui s’installe. Lire le paysage, deviner les cheminements, s’éblouir des couleurs, du silence, de la pureté de l’air, le ciel grisé qui s'illumine. Se laisser envahir par la paix de ce monde.
Et pourtant souffrir de cette frayeur au creux du ventre.
Cette peur d’être enfermée dans des schémas figés.
La psychanalyse qu’elle suit depuis un an a fissuré les carapaces, entamé les résistances, craquelé les vieux murs de son inconscient endurci. Cette effervescence, ce chaos depuis des semaines, ces interrogations sempiternelles, incontrôlables, ce besoin impérieux de les étreindre comme un désir de maîtrise et pourtant s’y perdre.
Elle devait partir.
S’éloigner de Yoann. S’éloigner surtout de la femme qu’elle était à ses côtés.
Le zazen.
"Dix ans d'expérience avec un moine Zen" de Jacques Brosse.
Troisième fois que je relis ce livre et je suis toujours aussi bouleversé. Comme si je n'avais pas besoin de réfléchir à tous ces mots, que c'était une évidence, une vérité en moi, une réalité que je porte, comme cette "intemporalité " qui me saisit de plus en plus souvent...Ce bain d'apesanteur où je sens vibrer des particules qui ne sont pas moi mais des entités venues d'ailleurs.
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Jacques Brosse
"Ce que nous appelons le moi n'a pas d'existence propre, il n'est que réaction à l'autre, aux contraintes que l'autre lui impose, aux circonstances auxquelles il faut qu'il réponde, il n'est en somme qu'adaptation; aussi haut qu'on remonte dans le temps, on ne peut trouver un moi vraiment fondamental, vraiment original, car, de toute manière, il est déjà le produit de quelque chose d'autre, de ce qui précède son existence même et qui en lui se rassemble, l'hérédité.
Mais alors la seule question qui se pose est celle-ci : qui est donc ce Je qui parle en moi ? Qui est ce Je qui me parle de moi ? Et finalement : qui est ce Je qui un jour est devenu moi ?
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Nous ne nous concevons que comme des égo, des moi, et la disparition possible de ce moi est le fondement de notre angoisse, de toutes nos angoisses, aussi nous nous accrochons désespérément à tout ce qui peut nous en faire espérer la continuation, sa survie, nous le voulons immortel, sinon éternel, oubliant que comme le remarque le Bouddhisme et l'énonce clairement la nature elle-même, tout ce qui est né doit mourir. Ce qui peut subsister après la mort ne saurait donc être ce qui est né mais ce qui existait préalablement à cette naissance, le désir d'existence qui s'était matérialisé, incarné dans et par la naissance.
C'est seulement ce désir d'existence qui instatisfait de cette vie qu'il vient de vivre et qui se termine, peut se réincarner.
C'est là le Karma, ce qui à la mort, n'a pas encore été totalement consumé dans et par la vie, le résidu de la vie vécue, qui fournira les matériaux, bons et mauvais, d'une nouvelle existence et ceci jusqu'au moment où il n'en subsistera plus rien, où de ce fait, le désir d'exister, enfin entièrement satisfait, sera définitivement tari.
L'expriration, la fin du souffle marque la fin du Karma car le souffle est lui-même producteur de Karma.Tout est accompli. Le Parinirvâna est le retour à l'origine, restitution intégrale de l'infime parcelle qui avait été provisoirement extraite du Tout, mais non soustraite au Tout, car du Tout on ne peut rien retirer, pour mener ce destin séparé à travers les kalpa et les milliers d'existences conditionnées successives.
L'existence séparée n'était qu'une illusion. Elle s'est dissipée.
Un jeu, une comédie, des rôles pris inconsidérément au sérieux au point que nous avions oublié que c'était sur un théatre que nous jouiions et seulement pour la durée de la représentation."
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"Répondant à une question, le Maître parle du Karma. Il semble identifier Karma et hérédité. Je comprends qu'en effet, ils sont parfaitement distincts, ils se rejoignent en pratique. C'est en fonction du Karma précédemment acquis que le principe vital migrant choisit sa nouvelle incarnation, donc ses géniteurs, et par-delà eux, son hérédité, soit tous ses ancêtres, la collection complète des gènes qu'ils représentent."
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"Quand notre être est parvenu à retrouver tout au centre de lui-même sa source originelle, alors cesse d'exister le problème du moi.
Car désormais il le voit tel qu'il est, avec détachement, avec humour : il ne le prend plus que pour ce qu'il est en effet, la manifestation la plus extérieure de lui-même, le mélange, à sa propre limite, de lui et de l'autre, le produit aléatoire des circonstances.
Dès lors aussi cesse toute lutte, car elle n'a plus d'objet. Ayant trouvé refuge en soi-même, et non en lui, se tenant désormais fixe en sa stabilité primordiale et là, ayant acquis le sens de la relativité de toutes choses, l'être profond peut accepter son moi comme la très imparfaite, illusoire et impermanente expression de soi-même, et il comprend, que soumis à ses lois, il ne pouvait être autre que ce qu'il est.
Alors, il le regarde faire et s'amuse de ses maladresses, de ses forfanteries, de cette comédie qu'il joue, qu'il se joue à lui-même. Et au fond, que lui importe ce personnage qui le représente si peu, si mal et pour si peu de temps ?
Nul mérite d'ailleurs et nulle illusion, car du fait de son détachement, le moi n'est déjà plus le même, il n'est plus celui contre lequel il y avait à combattre."
L'énergie de l'Univers
D'après Fritjof Capra et d'autres scientifiques, notre univers physique ne serait pas constitué de matière mais d'une force appelée "énergie". La matière serait la forme la plus condensée de cette énergie. Elle se révèlerait sous la forme de particules de plus en plus fines, les unes à l'intérieur des autres pour finalement se réduire à l'état d'énergie pure. D'un point de vue physique, tout ce qui existe serait énergie et l'être humain ferait partie intégrante de cette énergie.
L'énergie émettrait des vibrations, elle vibrerait à des vitesses différentes, sous des formes et des qualités différentes, du plus grossier au plus subtil.
La pensée serait, selon certaines philosophies orientales et certains physiciens quantiques, une énergie relativement subtile...
Une des lois de l'énergie est qu'un niveau vibratoire d'énergie tend à attirer l'énergie de même qualité et de même vibration. Ainsi quelqu'un qui développe sans cesse des énergies "lourdes" attirerait des personnes émettant le même type d'énergie. A l'inverse, une personne cherchant à s'élever au niveau spirituel par la connaissance d'elle-même, peut changer de niveau vibratoire et en émettant des énergies plus positives, elle contribuera à attirer les personnes d'une même fréquence énergétique.
En amour, il conviendrait dès lors de chercher non pas un individu mais une énergie similaire...
Cette théorie rejoint le concept de synchronicité décrit par Jung pour exprimer une coïncidence significative ou une correspondance entre un évènement psychique et un énvènement physique qui ne sont pas causalement reliés l'un à l'autre.
En physique, le principe de causalité affirme que si un phénomène (nommé cause) produit un autre phénomène (nommé effet), alors l'effet ne peut précéder la cause. À ce jour, il n'a pas été mis en défaut par l’expérience.
Le principe de causalité est un moyen de s’assurer qu’une théorie mathématiquement cohérente est physiquement admissible.
Le principe de causalité a été étroitement associé à la question du déterminisme selon lequel dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Cependant, avec la prise en compte de phénomènes de nature intrinsèquement statistique (comme la désintégration radioactive d'un atome ou la mesure en mécanique quantique), il s'en est notablement éloigné. Il prend des formes assez diverses selon les branches de la physique que l'on considère.
Nos pensées pourraient mobiliser une énergie qui tendrait à attirer et à créer la forme correspondante sur le plan matériel. Cela signifierait que nous attirons ce à quoi nous pensons le plus, ce à quoi nous croyons ou ce que nous imaginons avec le plus de conviction.
La vision désastreuse que les médias donnent du monde contribuerait dès lors à amplifier le désastre.
La création artistique ne serait que la matérialisation de l'énergie éprouvée.
On peut également y retrouver les idées développées par Ruppert Sheldrake : les champs morphiques.
Ruppert Sheldrake
Champs morphiques et causalité formative
par Abel Chaouqi
"Cette théorie du biologiste Ruppert Sheldrake suggère que la nature des choses dépend de champs - des champs morphiques. Chaque type de système naturel possède son propre type de champ ; il y a un champ pour l'insuline, un champ pour le hêtre, un champ pour l'hirondelle, etc. Ces champs façonnent les différents types d'atomes, de molécules, de cristaux, d'organismes vivants, de sociétés, de coutumes et de modes de pensée.
Les champs morphiques, sont connus de la physique. Ils sont des régions d'influence non matérielles s'étendant dans l'espace et se prolongeant dans le temps. Quand un système organisé particulier cesse d'exister - lorsqu'un atome est désintégré, qu'un flocon de neige fonds ou qu'un animal meurt - son champ organisateur disparaît du lieu spécifique où existait le système. Mais dans un autre sens, les champs morphiques ne disparaissent pas ce sont des schèmes (des logiciels sans supports) d'influence organisateurs potentiels, susceptibles de se manifester à nouveau, en d'autres temps, en d'autres lieux, partout où et à chaque fois que, les conditions physiques seront appropriées.
Quand c'est le cas, ils renferment une mémoire de leurs existences physiques antérieures.
Le processus par lequel le passé devient présent au sein de champs morphiques est nommé résonance morphique. La résonance morphique implique la transmission d'influences causales formatives à travers l'espace et le temps.
La mémoire au sein des champs morphiques est cumulative, et c'est la raison pour laquelle toutes sortes de phénomènes deviennent de plus en plus habituels par répétition. Lorsqu'une telle répétition s'est produite à une échelle astronomique sur des milliards d'années, comme ce fut le cas pour d'innombrables types d'atomes, de molécules et de cristaux, la nature des phénomènes a acquis une qualité habituelle si profonde qu'elle est effectivement immuable, ou apparemment éternelle.
Toutes ces réflexions sont en contraste flagrant avec les théories orthodoxes en vigueur, il n'existe rien de semblable à la résonance morphique, dans le cadre de la physique, de la chimie ou la biologie contemporaines ; les scientifiques ont, en général, tendance à considérer les champs connus de la physique comme gouvernés par des lois naturelles éternelles.
Or, les champs morphiques se manifestent et évoluent dans le temps et l'espace ; ils sont influencés par ce qui s'est réellement produit dans lé monde. Les champs morphiques sont envisagés dans un esprit évolutionniste, ce qui n'est pas le cas des champs connus de la physique. Ou tout au moins, ce n'était pas le cas jusqu'à ces derniers temps.
Jusqu'aux années 1960, les physiciens ont cru, pour la plupart, que l'univers était éternel - l'univers, mais aussi les propriétés de la matière et des champs, ainsi que les lois naturelles. Ces éléments avaient toujours été et seraient toujours identiques à eux-mêmes. Mais on considère désormais que l'univers est né à la suite d'une explosion primitive. il y a quelque quinze milliards d'années, et qu'il n'a cessé de croître et d'évoluer depuis lors.
Aujourd'hui, la physique théorique est en pleine effervescence. Des théories relatives aux premiers instants de la création voient le jour. Plusieurs scientifiques avancent des conceptions évolutionnistes de la matière et des champs, d'un type novateur.
Le cosmos apparaît plus comme un organisme en pleine croissance et en pleine évolution que comme une machine éternelle. Dans ce contexte, des habitudes sont sans doute plus naturelles que des lois immuables.
A partir de phénomènes réels mais inexplicables par les paradigmes actuels de la science, il a élaboré une théorie complexe, qui certes, demande une étude approfondie pour être validée, mais qui semble prometteuse, en tout cas "elle semble tenir la route".
En simplifiant beaucoup :
Le tout est plus que la somme des parties. Il remet en cause également l'aspect purement mécanique de la biologie au profit d'une causalité formative à la base de la morphogenèse, la biochimie et la génétique n'intervenant qu'à posteriori.
Cette causalité formative s'exprimerait par les champs morphogénétiques.
Les champs morphiques façonneraient les atomes, les molécules, les cristaux, les organelles, les cellules, les tissus, les organes, les organismes, les sociétés, les écosystèmes, le système planétaire, le système solaire, la galaxie etc.
Dans cette complexité croissante, les champs morphogénétiques contiendraient une mémoire inhérente acquise par un processus de résonance morphique, composant la mémoire collective de chaque espèce ( idée émise par l'éminent psychologue suisse Carl Gustav Jung ).
Ainsi, le cerveau, trop petit pour contenir la mémoire, n'est pas un organe de stockage mais un organe de liaison avec la banque de données du champ morphogénétique dans laquelle se mêlent passé, présent et futur. "
Vertiges.
Il n'est plus là et pourtant il se voit. Il flotte au-dessus de son abri. Il monte et descend sur la houle qui respire. Maitenant, il ne se voit plus mais il se sent. Il ne voit pas le paysage, il le vit. Il s'est fondu dans un ailleurs, un autre moi, une enveloppe nouvelle, un univers illimité. Il ne comprend pas ce qui se passe mais il n'en est pas troublé. Il est au-dessus de lui, physiquement mais sans la sensation de son corps.
Il est bouleversé par la misère apparente de son état et par la précarité de son refuge mais l'espace est si beau et le souffle des montagnes en lui est si doux que la plénitude l'envahit. A chaque inspiration, il se liquéfie dans le manteau neigeux, il se solidifie dans le grain de la pierre, il s'évapore dans les nuées glacées. Il n'est plus là et pourtant il perçoit son corps avec une acuité extraordinaire.
Il est dans son corps qui est dans le corps de la montagne qui est lui...
Il entend des sons graves, très bas, presque indistincts, une espèce de murmure répétitif, une mélopée inconnue. Il n'essaie pas de comprendre avec des mots. Tout est déjà en lui. Il entend la Terre. Oui, c'est ça. Il entend la Terre et il la comprend. Il sent étrangement que c'est normal puisqu'il respire en elle, qu'il est dans son souffle et que l'air le nourrit. Il sait qu'il ne regarde pas le monde mais qu'il en fait partie. Il n'est pas lui, il est le monde et le monde se constitue aussi de lui, il n'est pas une particule séparée du reste, il est l'ensemble, l'ensemble n'est pas divisible et pourtant il sait qu'il est multiple...
Il n'a pas envie de redescendre. Il comprend tout ici mais ne pourrait rien en dire. Des galaxies entières s'engouffrent dans son être ouvert et rejoignent les particules étoilées qui le remplissent. Il perçoit l'énergie de ses cellules, électrisées par l'Univers qui le visite. Son étincelle n'a jamais été aussi lumineuse.
Tout en lui est dans le Tout. Et le constitue...
...
A la première tentative, les jambes ne se sont pas pliées. Pourtant, l'ordre était clairement énoncé dans sa tête. Au deuxième essai, le genou droit a cassé la gangue de glace qui le fige et a retrouvé, au plus profond de sa mémoire de genou, un mouvement de flexion. Il est très fier de cette victoire... Il en appelle au deuxième genou, lui expliquant qu'il ne peut pas rester ainsi à la traîne de son compagnon, que lui aussi doit montrer qu'il est capable de vaincre l'impossible, qu'il n'y a qu'un délai d'obtention, que la vie est la plus forte... Il sent des mots jaillir, une allégresse extraordinaire qui le bouleverse... D'où vient-elle cette force, que fait-elle encore là ?
NOIRCEUR DES CIMES : Mourir à soi
Il s’assoit dans la neige et réalise à ce moment qu’il s’est engagé sans y penser dans le manteau instable, qu’il n’a même pas cherché à établir un itinéraire sécurisé, que ses pensées l’ont arraché à la nécessité de se préserver. Et c’est aussitôt un tourbillon effréné qui l’emporte, une clairvoyance ultime qui l’inscrit dans la réalité. Nous ne nous appartenons pas, nous errons dans des univers anarchiques de pensées incontrôlées, toutes mêlées dans un cloaque agité de luttes internes. Education modélisée, histoire personnelle, conditionnements sociétaux, enseignements forcenés, culture aseptisée, médiatisation légiférée, nivellement organisé, objectifs imposés, adoration fanatique des idoles, épuration mentale des masses, embrigadement des enfants incrédules, rebelles pourchassés, enfermés, humiliés, contamination des peuples primitifs, glorification assidue des égos, célébration des apparences, panégyrique exalté des profits, mondialisation armée, planétarisation des idées, il ne veut plus parler de liberté. Pourquoi est-il là d’ailleurs ? Il aimerait le comprendre, dans sa plus parfaite vérité, hors des subterfuges futiles, hors des considérations narcissiques. Et il redoute aussitôt n’avoir en fait aucune autre raison…Il est enfermé dans des schémas de pensées intégrées dans son esprit, infiltrées par des années de soumission passive, enluminées par des activités négligeables mais socialement reconnues. Il ne parvient même pas à retrouver une seule période de sa vie durant laquelle il aurait essayé de progresser d’un point de vue spirituel, d’analyser clairement toutes les influences qui l’ont formaté. Sa colère étouffe le dégoût de lui-même.
Il entame une diagonale en visant une longue arête faite de brisures, de brèches, de névés et de chaos rocheux. Elle lui semble praticable et de toute façon plus sûre que ces pentes mouvantes, collées par des miracles fragiles. Le froid ne le lâche plus. Il ne parvient plus à s’en libérer. Il a dépassé le point ultime à partir duquel son organisme se détériore, sans relâche, sans rémission possible. Il connaît chacun des symptômes. Il se déplace plus lentement, comme si les courants intérieurs faiblissaient et ne permettaient plus la même vivacité, comme si les énergies coulant dans ses muscles se solidifiaient inexorablement et le condamnait à une prochaine fossilisation. Il imagine un court instant son corps dur comme la pierre, ancré à la montagne, serti dans un écrin granitique.
Il s’arrête sur un îlot rocheux. Il enlève son sac. Difficilement. Les gestes les plus simples deviennent pénibles. Les tensions musculaires engorgent les fibres de toxines corrosives. Il sort le thermos de thé et le paquet d’abricots secs. Sans l’abri du sac, la sueur gèle aussitôt dans son dos.
C’est la peur qui mène le monde. L’idée l’a frappé alors qu’il portait le gobelet à ses lèvres. Et c’est parce qu’il est libéré de la peur que son esprit est aussi vif. La peur. Quelle peur ? La peur de quoi ? Il suit le parcours de l’eau tiède dans son ventre vide et l’évidence s’impose. La peur de mourir. Toutes les dérives de l’humanité sont justifiées par cette angoisse primale. L’homme n’a rien pu faire contre cette issue. Le groupe humain a accumulé les progrès, s’est arraché par des efforts millénaires à sa condition précaire et de proie nue est devenu prédateur cuirassé. Mais il n’a rien pu faire contre la mort sinon tenter de l’oublier sous des subterfuges multipliés. Et cette amnésie fabriquée, alimentée, glorifiée, mondialisée est le point d’achoppement qui condamne l’humanité à une éternelle errance. La futilité guide nos pas. Et elle nous prive de la liberté. Nous sommes enfermés dans l’enceinte de notre peur. Ce refus de la lucidité, de la confrontation, de la vigilance, de la clairvoyance, cette frénésie quotidienne, ces priorités fabriquées, nos exigences matérielles, nos quêtes amoureuses, nos loisirs infantiles, tout est fait pour ne pas penser, tout est fait pour oublier, tout est fait pour maintenir en état les murs décorés de nos geôles, inventer sans cesse de nouvelles calligraphies adorées. Il se demande si finalement l’alpinisme n’est pas un bagne comme les autres, si la passion qui le dévore n’est pas aussi pernicieuse que toutes les autres dérives. Elle ne l’a jamais amené vers les territoires intérieurs. C’est la mort de Tanguy, d’Etienne et d’Axel qui a brisé les murs.
C’est la mort qui lui a permis de venir au monde. Et toutes les questions que sa présence a éveillées.
Vieillir n’est rien quand sur le chemin il s’agit de naître. Voilà la liberté. Il s’agit de l’acquérir. Elle ne nous est pas donnée à la naissance. Notre accession à la vie est un enfermement et sans la vigilance et la quête spirituelle nous ne sommes que des décorateurs mais nullement des architectes d’intérieur. L’insignifiance de nos priorités est un boulet que nous tirons, avec plus ou moins d’énergie, mais sans jamais nous attaquer à la chaîne. Elle n’est pourtant pas indestructible. La détermination et la constance, la clairvoyance et l’humilité sont des limes redoutablement efficaces. Il sait désormais ce qui lui reste à faire. Il va couper les passerelles qui relient son égo à son âme. Luc n’est rien, celui-là peut mourir, c’est un fantôme sans matière réelle, un ectoplasme trompeur. C’est l’esprit qu’il convient de libérer. Il réalise à quel point le savoir et la compréhension sont deux choses différentes. C’est la compréhension qui lui est proposée, le savoir n’est qu’une illusion entretenant l’hallucination collective, du vide jeté dans du néant, de la dispersion agitant le tourbillon des jours, un garnissage narcissique. Sandra n’est pas sur une voie lumineuse, elle est aveuglée par les néons multiples que l’humanité a allumé pour se rassurer dans les noirceurs qui l’effrayaient, pour éclairer faussement son parcours trompeur, l’entraîner vers des horizons séduisants, des chimères mirifiques, des labyrinthes infinis qui accroissent inlassablement son égarement. Il fallait accepter les luttes intérieures, ne pas refuser les combats. Il admet pourtant que la culture de Sandra ait pu lui dévoiler quelques horizons éblouissants à travers les brumes et que c’est lui qui n’en a pas voulu. Il cherche à retrouver dans sa mémoire appesantie par l’immense fatigue des paroles salvatrices. Elle en connaît tant et il s’est tellement enfermé dans ses croyances. Il a honte soudainement de son entêtement, de cette obstination maintenue, de cet obscurantisme insipide. Il se voit désormais comme un adepte de l’Inquisition, un bourreau aux oreilles obstruées, un tortionnaire infatué, destructeur des idées révélatrices, consolidateur infatigable des murailles carcérales. Il voudrait s’excuser, là, immédiatement et témoigner à Sandra de son affection, de sa reconnaissance pour cette énergie qu’elle a déployée pour lui pendant des jours et des nuits, de ce désir qu’elle avait de l’arracher aux miasmes léthargiques. S’excuser de tout le mal qu’il lui a fait. Il se promet de l’appeler quand il s’arrêtera pour la nuit. La prochaine nuit…L’échéance le terrorise et le fait se lever.
Descendre, descendre, il ne veut plus s’arrêter. Le repos, c’est la mort.
Rochers verglacés, vires étroites, névés fragiles, couloirs encombrés de blocs tremblants, il serpente consciencieusement, lentement aussi, ne relâchant pas son étreinte sur l’attention vitale. Il devine pourtant dans son esprit ankylosé des sentiers qui se dessinent, des itinéraires rayonnants qui l’appellent. Il sent s’installer de nouveau une distanciation entre la part de son esprit qui assure sa survie et celle qui lui parle de la vie. Les raideurs de son corps éreinté n’influent pas sur ses libertés intérieures.
Il n’y a de prisons que celles que l’on accepte et pire encore celles que l’on se fabrique.
A cette distinction entre son mental appliqué à ne pas commettre d’erreurs et cet esprit qui s’aventure dans les territoires flamboyants de l’accomplissement personnel vient s’ajouter l’entité capable d’observer ce phénomène étrange. Il s’aperçoit alors des limitations qu’il avait lui-même fabriquées et l’extraordinaire euphorie d’accéder enfin à la liberté le bouleverse.
Il repense à l’itinéraire qu’il a suivi depuis la disparition d’Axel. Il sent qu’il doit continuer à tirer vers l’est pour tenter de retrouver la descente originelle. Il ne sait pas ce qu’il va rencontrer plus bas et il ne croit pas qu’il lui soit possible d’atteindre la base de la montagne par une nouvelle voie. Tous les parcours ont été tentés et il n’a jamais entendu parler d’un autre trajet. L’inquiétude le taraude lorsqu’il laisse s’installer en lui l’image d’un obstacle insurmontable, la nécessité de remonter les pentes, de chercher pendant des heures un itinéraire praticable.
Il lève les yeux et s’aperçoit que la lumière s’est intensifiée. Les rayonnements solaires sont de plus en plus diffusés dans la masse fragilisée des nuages. C’est comme une épaisseur qui s’évapore, une marée qui se retire. Les brumes spectrales succombent graduellement sous l’ardeur de la lumière qui coule depuis la haute atmosphère. Il devine dans l’image des similitudes personnelles. Les conditions extérieures et ses luttes physiques ne sont que les reflets de sa décantation spirituelle. Ce monde est un miroir. Une étrange connivence l’envahit, comme une reconnaissance envers un ami qui vous soutient. Il ne voit plus dans cet univers minéral un adversaire inflexible mais un maître exigeant.
Les coups qu’il reçoit sont les gestes affinés d’un ciseleur adroit qui taille dans la masse brute de l’être pour atteindre le diamant caché, l’âme ignorée, le cœur spirituel. L’image l’a surpris comme un coup de tonnerre. Se pourrait-il que tout cela soit issu d’une volonté extérieure ? Est-il entre les mains d’une entité supérieure, un architecte consciencieux qui aurait décidé de sculpter le bloc informe qu’il était jusque là ? L’idée le dérange. Il ne serait donc pas libre. Il ne serait qu’une marionnette sur une scène épique, un pantin manipulé, un acteur dans une pièce tragique. Sa liberté se limiterait à sa capacité à répondre aux exigences du metteur en scène, à jouer son rôle comme si sa vie en dépendait. Et c’est justement le cas. Il est en sursis. Qu’il vienne à décevoir le concepteur de l’histoire et il pourrait être exclu du spectacle. Ce parcours terrestre ne serait dès lors qu’un théâtre intraitable, une arène sanglante où les combattants resteraient à la merci de l’empereur. Dans le scénario présent, il serait le seul rescapé.
Dieu.
Il n’a pas trouvé d’autre nom. Il n’a aucune connaissance dans le domaine sinon les quelques copeaux dérisoires des enseignements émétiques du catéchisme. Ses parents n’avaient eux-mêmes aucune conviction, rien à transmettre mais des soucis de reconnaissance sociale. Dans les petites vallées savoyardes, la participation à la vie religieuse cimente la communauté. Il s’en était retiré.
Et c’est un vide immense qui s’ouvre désormais sous son esprit démuni.
Il songe à Sandra. Ses études lui proposaient au moins des pistes de réflexions, des prolongements raisonnés, des comparaisons entre diverses versions. Il ne possédait aucune base sur laquelle fonder un début de construction, rien que du sable instable, le sol mouvant de ses ignorances. C’est sur le corps immense de la montagne qu’il a pu bâtir le socle favorable à son émancipation. Cette enceinte minérale a permis d’enclencher en lui le cisaillement de la chaîne qui limitait son envol. L’incarcération l’a privé de ses repères et simultanément elle a brisé le carcan de ses certitudes. Plongé dans un instant sans avenir il a découvert la force de la vie immédiate et cette énergie libérée lui a permis de se prolonger. Il lui reste à préserver cette dimension épurée, l’espace illimité du moment présent, la clarté indescriptible de la présence à soi. Même si le destin a une emprise réelle sur son parcours, il possède au moins la liberté de l’exploiter totalement, d’en saisir la quintessence, de ne rien manquer, d’engager son esprit dans cette soumission constructive. Est-il son propre maître ? A quel niveau se situe la liberté ? Il ne parvient pas à dénouer l’écheveau compliqué de ses interrogations puis il réalise que la liberté prend déjà forme dans les questionnements répétés, que ces doutes l’arrachent à l’insignifiance des jours frivoles, à l’étourdissement des actes futiles, à toutes les dérives qui comblent de leur fadeur anxiolytique les abîmes existentiels. Les prisons que l’on accepte…Nos conditionnements, l’éducation reçue, les traditions, l’Histoire familiale, la culture endoctrinée…Toutes les prisons. Et celles que l’on se fabrique…Sa passion pour la haute montagne, cet enfermement dans cet espace étroit dès lors que les objectifs ne sont pas accompagnés par la quête spirituelle, dès lors que l’obsession n’est qu’une limitation au lieu d’être un envol. Il a manqué l’essentiel, il s’est laissé aveugler, il s’est perdu en route…Et les sanctions sont tombées, il ne pouvait en être autrement et il est le seul responsable.
Il aimerait s’arrêter pour appeler Sandra. Il a entendu la radio biper dans son sac mais il n’a pas eu la force de répondre. Il sait qu’une cassure dans sa descente obstinée favoriserait l’intrusion sournoise des somnolences mortifères. Sa clairvoyance et l’effervescence de son esprit sont des déferlements émancipateurs et les seules chaleurs qui lui restent. Son corps est engagé dans un délabrement inéluctable mais son esprit, débarrassé des pesanteurs ancestrales, y puise la lucidité qui lui avait toujours échappé.
Mourir à soi-même pour renaître.
L’expression s’est imposée. Il l’accueille avec un sourire intérieur.
Il repense à Sandra et à sa capacité à vivre chaque instant de la journée comme un accomplissement personnel, à trouver dans chacun de ses actes des raisons à son bonheur. Elle lui avait expliqué qu’il ne dépendait que de lui de considérer la vie quotidienne comme la possibilité de progresser au lieu de souffrir à la répudier, comme l’opportunité d’appliquer des serments de clairvoyance, d’expériences appliquées, de présence perpétuelle. Rien n’était pénible dès lors que l’esprit s’engageait totalement dans l’exploitation de l’instant, qu’il s’impliquait sans relâchement à extraire de chaque situation la conscience épurée de celui qui vit. Aller chercher du pain lui permettait de marcher sur le trottoir en visualisant intérieurement son allure, à ressentir les fibres musculaires, les flux d’oxygène, la douceur de la lumière, à percevoir les horizons lointains au-dessus des toits, les visages multiples des gens affairés, d’écouter les voix, les bruits de la ville, d’absorber chaque ressenti et d’en constituer une collection inestimable, un trésor personnel qu’elle entretenait amoureusement. Elle était passionnée par la vie mais ce flamboiement ne la consumait pas. Il nourrissait son illumination. Il n’avait jamais su percevoir ce bonheur. La vie quotidienne l’emplissait d’un profond dégoût. Ou plutôt il avait constitué lui-même ce vomi infâme. Il était son propre virus, sa propre maladie. Il avait gâché tant de choses…L’humanité elle-même n’était pas cette tumeur maligne rongeant l’Univers du vivant. Là aussi, il s’était trompé. Il n’en avait perçu qu’une vision, celle qui le confortait dans son aversion, celle qui répondait à l’identification factuelle sur laquelle il s’était construit, celle qui l’avait enfermé dans ses propres dérives. Il s’était cru le rebelle quand il n’était que son propre geôlier. L’humanité n’était responsable de rien. Elle n’était que l’amalgame tentaculaire et anarchique des individus égarés, le miroir gigantesque des dérives solitaires. En limitant ses regards aux représentations multiples du Mal, il s’était fourvoyé dans une impasse, luttant constamment contre des murailles infranchissables en ignorant que des brèches étaient déjà constituées, que des individus obstinés, emplis de compassion, de solidarité, de respect, d’attention, de lucidité avaient déjà franchi les premières lignes et avançaient dans les territoires de l’âme en répandant sur leur passage un message d’amour qui convainquait immanquablement certains combattants à déposer les armes. L’égo, lui-même, entretenait les différentes factions, les mercenaires, les armées officielles, manipulant ces groupes soumis et trouvant dans cette perversion immonde sa propre identification. Ces luttes internes étouffaient sous des monceaux de cadavres l’âme épuisée par tant de massacres, tant de folie, tant de génocides. Seul, un regard chaleureux vers le Bien lui permettait de ne pas sombrer définitivement, de ne pas mourir sous les coups répétés.
Il avait enfin laissé la lumière s’infiltrer et les noirceurs des cimes avaient servi d’étincelle.


