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La solitude et l'isolement.

Par Le 18/01/2010

 

 

L'isolement est un état involontaire et une souffrance. Une personne âgée qui vit seule dans un quartier animé et qui meurt sans que personne ne le sache...On l'a déjà vu, on le reverra. Bien souvent, c'est l'épicier qui s'étonne de l'absence et qui prévient la police. Le commerçant comme dernier lien avec le monde. Toujours mieux que rien...L'isolement du prisonnier, l'isolement de l'expatrié, l'isolement du SDF...Il y a toujours une souffrance, une exclusion, un rejet, un abandon, une indifférence ou même une sanction.

 

La solitude est un état volontaire. Je suis seul parce que je souhaite me retrouver, explorer le monde intérieur en me retirant du monde agité. Ca n'est pas une souffrance parce que je l'assume. C'est un besoin. Ce retrait ponctuel, parfois durable, me permet d'analyser ce que je vis, sans les distorsions occasionnées par les interférences sociales. Je suis seul à m'observer et je n'ai pas besoin du regard des autres. Ca ne signifie pas que cette altérité est nécessairement néfaste ou intrusive. Il s'agit d'opérer une double vue : la mienne du fond de ma solitude et celle des autres quand je me mêle à eux.

 

L'isolement est une condamnation et la solitude une opportunité.

Entre l'isolement forcé et désespérant du SDF au milieu d'une métropole et la solitude de l'aventurier au Pôle Nord, je n'hésite pas un seul instant. 

 

Qu'en est-il alors de la personne qui se sent "seule" et sans amour. Plutôt que de solitude, ne devrait-elle pas parler plutôt d'isolement ? Est-ce juste une nuance de dialectique ? D'où vient cette souffrance ?

A mon sens, il s'agit essentiellement d'un déni de soi en tant qu'entité individuelle. L'individu n'existe que dans le rapport à l'autre et s'il en est privé cette solitude le plonge dans les affres de l'isolement. Il ne peut même pas se rencontrer étant donné qu'il ne peut exister qu'à travers le sentiment amoureux ou celui de l'amitié, en tout cas, cette fusion existentielle qu'il envisage à travers le lien social.

"J'aime être avec les autres. " Ce sentiment d'exister à travers l'autre est avant tout une quête de reconnaissance de soi, la condisération, le sentiment d'existence. Et c'est bien là tout le problème car si l'autre en vient à ne pas répondre suffisamment à ce besoin et cette demande, il sera "accusé" de ne pas savoir aimer. 

Lorsque je suis seul, je ne le suis pas. Parce que je suis avec moi et que je me suffis à moi-même. Je n'attends pas de l'être aimé qu'il vienne combler le vide qui me rongerait et apaiser la douleur de l'isolement. L'autre que j'aime, je ne l'aime pas pour ce qu'il m'apporte mais pour ce qu'il me laisse lui offrir. Bien sûr qu'il m'est doux et agréable qu'il se sente bien à mes côtés mais je ne lui demande pas d'être là pour exister. Ce que j'aime en l'autre que j'aime, c'est sa façon de s'aimer et par là d'aimer la vie en lui. Ce qu'il me donne, je ne peux le recevoir qu'à partir du moment où le vide existentiel en moi je l'ai déjà comblé au coeur de ma solitude.

Nulle prétention à travers cette auto-suffisance mais bien au contraire un cheminement long et ardu qui m'a vu partir de très bas et accepter les douleurs qui me torturaient afin de les appréhender clairement au lieu de les combattre. Il a fallu que je m'abandonne, sans résistance et que je plonge dans le puits du délabrement, que je délaisse ma prétention et l'image rutilante de mon ego. La solitude m'a enseigné l'humilité et le respect de l'autre.

Je ne peux pas être isolé car je vis dans ma solitude. Et dès lors je peux aimer.

Je ne suis jamais seul. Il y a la Vie en moi. 

Virgil et Jean Bouchart d'Orval

Par Le 17/01/2010

Virgil, comment pourriez-vous résumer votre expérience d’ouverture ?

Illumination, Révélation. On peut y mettre le nom qu'on veut, ça reste du domaine de l'ineffable...

 

http://www.omalpha.com/jardin/virgil.html

"Ce n’était pas une expérience ; c’est venu comme cela. Pour moi, ce n’était pas une expérience. Je ne m’attendais à rien. C’est arrivé spontanément, le matin. Je ne savais pas ce que c’était, mais c’était quelque chose de très grand, d’immense. Je n’avais jamais entendu parler d’une telle chose. C’était beau, très beau. C’était une joie. C’était quelque chose d’autre, quelque chose de formidable.

Y a-t-il eu des peurs qui ont surgi à ce moment-là ?

Non, non, absolument pas. C’était plutôt la joie : une joie énorme. Je me sentais partout à travers l’espace. Je pouvais sentir tout ce qui pouvait m’entourer, en dehors de la pièce, dans l’univers. C’était immense, beau. On ne peut pas le décrire, il faut le vivre. C’est difficile à exprimer.

Cela a duré plusieurs heures ?

Oui. Cela a duré de 5h45 jusqu’à environ 13h00.

Étiez-vous toujours seul durant ce temps ?

Au début j’étais seul, mais après un certain temps ma femme est venue. Mais j’étais toujours dans cet état, dans cette vibration très forte. Est-ce qu’il faut décrire toute cette chose ? Parce qu’il y avait beaucoup d’éléments ! Je ne peux pas décrire tous les phénomènes et ils ne sont pas importants. On ne peut pas vivre dans cet état dans la vie quotidienne habituelle ; c’est quelque chose d’extraordinaire.

Avez-vous ressenti quelque chose de différent dans votre corps ?

Oui, oui ! À l’intérieur, tout mon corps. J’avais vraiment l’impression que je n’étais pas seul, que je ne pouvais pas créer cette chose avec mon mental : c’est impossible ! Je me demandais : « Qu’est-ce qui m’arrive ? » L’énergie était telle que j’avais l’impression de ne pas toucher le sol. Je me sentais comme soulevé, léger, avec une vibration très forte. Et une joie ! Une joie ! Je pleurais de joie.

Et vous étiez bien, dans votre corps ?

Oh ! Très très bien. Super bien. Je sentais une joie énorme au plexus et au cœur. En quelques minutes tout mon corps était purifié. Durant les deux jours suivants, j’entendais une voix persistante me répéter de prendre soin de mon corps.

Quand cela vous est arrivé, compreniez-vous ce qui se passait  ?

Non, je ne savais pas ce qui m’arrivait. Alors, je me disais que quelqu’un était avec moi à l’intérieur. Mais qui ? Auparavant, je n’avais aucune idée qu’il y avait un tel intérieur ! Quand j’ai vu ma femme, plus tard, je lui ai dit : « Paulette, le Seigneur est avec nous. » Elle m’a regardé avec étonnement, parce que jamais je ne parlais de cela : le Seigneur, Dieu. Je n’y croyais pas en ces choses.

Voyez-vous un élément qui aurait pu déclencher cette expérience  ?

Rien. Sur le moment, lorsque je vivais cette expérience, je ne pouvais voir comment cela s’était déclenché ; je le vivais, simplement. Après, je me demandais…

Vous vous posiez parfois des questions auparavant  ?

Jamais ! Je ne connaissais pas la vie spirituelle, je ne savais pas que cela existait.

Avez-vous eu envie de communiquer avec des gens alors  ?

Oui, mais ça ne les intéressait pas. J’ai demandé à ma femme : « Est-ce que j’ai l’air différent des autres jours ? » Elle m’a répondu : « Non, tu es pareil, sauf que les yeux sont très brillants. »

Il fallait que je me touche souvent au plexus solaire, tellement c’était fort : ça me faisait pleurer. Je voyais toute cette souffrance dans les gens, je voyais en eux. Je les voyais pleurer en dedans, mais ils prétendaient que non. Mais c’est un phénomène ; ce n’est pas important.

Mais plus tard, quand Paulette a vu que vous étiez différent et que les gens commençaient à venir vous voir, comment réagissait-elle à ce moment ?

Elle était quelque peu contrariée de ce que cela m’arrivait à moi et pas à elle aussi. Plus tard, je lui ai dit : « Si tu crois que c’est le Christ ou un dieu qui est venu pour moi, il pouvait aussi t’inclure, qui était à côté de moi. Mais tu vois, cela n’a rien à voir avec l’extérieur ! »

Avez-vous rencontré de l’incompréhension  ?

Oui, une grande incompréhension. Certaines personnes se sont éloignées de moi. En général, les gens sont attachés à l’aspect mondain de l’existence ou à ce qu’ils ont entendu sur l’Église et Dieu. On m’a demandé si j’étais dans ce genre d’état ; j’ai dit que non.

À partir de ce moment-là, vous viviez quelque chose de très différent. Votre vie devais être changée, peut-être pas extérieurement, mais intérieurement.

Tout était changé ! Tout était beau, tout était magnifique. La création est belle et il n’y a aucune raison de se plaindre. Tout de suite après cette expérience, je suis sorti : j’observais les gens marcher ou conduire dans la rue et je voyais des automates. Un automate qui conduit un autre automate. Je les percevais très très soucieux. Je sentais leur souffrance à l’intérieur.

À la maison, il y avait une statuette fabriquée au Mexique. Ce matin-là, je la tenais dans mes mains et je pouvais voir là où elle avait été fabriquée, qui l’avait faite, comment, l’endroit exact, les gens qui avaient travaillé sur elle. J’ai pensé : « Mon Dieu ! Qu’est-ce qui m’arrive ? » Alors, il y a des phénomènes, mais on n’est plus dans la peur. Il y a bien des éléments, mais je ne peux pas les raconter.

Qu’avez-vous fait pour tenter d’intégrer cela  ?

Rien. J’ai laissé cela comme cela était. Je me disais : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Je ne peux pas travailler comme cela. C’était le paradis. J’ai dit à ma femme que si j’allais voir un psychiatre il me dira que je suis fou. Si j’allais voir un évêque ou un cardinal, il me dirait : « J’ai cherché pendant toute ma vie et tu viens me dire que tu as rencontré Dieu ! » Et il me donnerait des coups de pieds et me jetterait dehors ! Alors, j’ai décidé d’attendre, de vivre et d’observer. Je me suis accepté tout de suite, parce que c’était beau. On ne peut pas résister à une chose pareille : il n’y a pas de mental qui juge et décide quoi faire. Je vivais dans cet état-là. Il n’y avait pas de pensée, sauf celles que j’ai mentionnées, parce qu’il fallait que le lendemain j’aille au travail. Mais dans le moment même, je ne sentais pas ce que je devais faire.

Et quand vous êtes arrivé au travail ensuite…

Ah ! À 13h30, le jour de l’ouverture, c’était parti, dans le sens que je sentais moins cette présence. Mais il est resté une énergie très forte aussi : différente de celle qui était partie, mais elle était là, très forte, quelque chose de très vivant.

Au travail aussi je me taisais. Là aussi on s’est aussi éloigné de moi. Je ne pouvais pas trop m’approcher, car je ne parlais plus comme avant ; c’était fini !

Je me suis approché de quelqu’un qui était malade. Je ne connaissais pas son état. Je lui ai dit tout de suite qu’il était malade. Il disait que non, mais moi je lui disais que oui ! Alors il a fini par dire que oui : « J’ai des problèmes de reins et de poumons. » Il me venait un vertige, des nausées  : j’étais mal, comme si j’allais tomber. Quand je rencontrais quelqu’un de malade c’est l’effet que ça me faisait. Je les sentais malades et alors je n’étais pas bien : j’avais des vertiges, je perdais le souffle, etc.

Saviez-vous immédiatement que ce n’était pas vous mais la personne en face de vous qui…

Oui ! C’était clair. C’était comme une communication en moi, qui me disait : «  Il est malade. » C’était une très grande force. Si la personne me disait « oui », je me remettais vite : en quelques secondes. S’il niait son état, le malaise persistait. On ne peut pas mentir devant quelqu’un qui vit la vérité. La spiritualité c’est l’honnêteté toute pure. La première chose est l’honnêteté : l’honnêteté avec soi-même. Avec l’honnêteté vient l’amour. C’est l’amour. C’est une force énorme. On ne décide pas de l’honnêteté, on la vit. Je ne dis pas : « Je serai honnête » ou « je ne le serai pas. » Je le suis, je le vis : c’est comme la respiration. Nous sommes cela.

Après votre expérience, avez-vous senti qu’il y avait des choses à ajuster dans votre vie ?

Non ! Rien. Je ne connaissais rien en matière de spiritualité et pendant un an et demi j’ai cherché à l’extérieur, pour voir s’il y avait des gens qui s’intéressaient à cette chose : j’ai trouvé que oui. Il y avait des revues, des livres. Je suis allé dans des librairies et j’ai connu des gens qui se rencontraient les week-ends. Parfois j’y assistais. J’ai interrogé beaucoup de gens, même ceux qui venaient de la France et des États-Unis. Après un an et demi j’ai vu qu’il n’y avait rien à chercher à l’extérieur et que nulle part quelqu’un me dirait ce qu’était cette chose. Là, j’ai arrêté de chercher et j’ai commencé à progresser par moi-même, seul.

Lors des deux années qui ont suivi, avez-vous fait l’expérience de phénomènes bizarres dans votre corps ?

Oui, oui, beaucoup. Mais ce sont des phénomènes et ce n’est pas très important.

Je pensais surtout à des phénomènes qui auraient pu vous faire croire qu’il y avait quelque problème à votre corps.

Pas vraiment, parce que c’est quelque chose de très pur, très clair. Il n’y avait pas de peur, aucun sentiment d’être enfermé. En tout cas, c’était une liberté totale, une joie, une clarté, une lucidité. Dès que cela est arrivé, ma vie ne fut plus ce qu’elle était. Il n’y avait plus de ténèbres, plus de pensées : tout était clair et présent. Peut-être d’autres gens se posent des questions, peut-être y a-t-il d’autres formes d’éveil ; mais en ce qui me concerne, c’était pur et clair.

Deux semaines après l’ouverture, il y avait un homme au travail qui avait mal au genou. Je savais qu’il était malade. Je lui ai fait part de ma perception et il m’a dit qu’il avait un problème à son genou et qu’il devait être opéré. Je lui ai répondu : « Ça va te passer. » Je l’ai touché sur le genou et il est tombé endormi ! J’ai tenté de le réveiller en le giflant un peu. Je ne savais pas ce qui lui arrivait. Il est revenu doucement et je lui ai appliqué un peu d’eau froide. Depuis ce temps, le problème au genou est passé : il ne l’a jamais plus éprouvé. Il a senti une force et moi je ne savais pas que cette force pouvais agir ainsi. Au début, pour moi c’était une catastrophe, parce que je ne savais pas qu’une telle chose pouvait passer par moi !

Quand vous avez réalisé que de telles manifestations pouvaient survenir à travers vous, comment vous-êtes-vous ajusté à cela ?

Je ne voulais pas en parler ; quand quelqu’un m’approchait, je gardais le silence. Leurs maux passaient en quelques secondes, mais je ne parlais pas. Cela ne m’intéressait pas. Au début, oui, je croyais que je pourrais aider les gens. Mais j’ai vu qu’il y en a six milliards sur la Terre ? Qu’est-ce que je pouvais faire ? Alors je ne cherchais rien.

Quand l’ouverture est arrivée, j’ai vu qu’il y avait une souffrance énorme dans l’être humain. Je me suis dit :« Je ne suis pas la solution pour la souffrance de la Terre ; c’est impossible ! Le monde entier est dans la souffrance, dans la douleur. Je n’ai pas voulu m’éloigner, mais je ne voulais pas m’engager dans cette voie qui consiste à vouloir sauver tout le monde. Je me sentais démuni, impuissant. Je vivais : je vivais ce paradis, comme aujourd’hui.

Ne m’aviez-vous pas dit, un jour, que vous aviez eu un petit problème et que vous croyiez avoir quelque chose au cœur  ?

Oui, il y a eu beaucoup de phénomènes, mais je n’aime pas en parler, parce que ce ne sont que des phénomènes et les gens ne comprendraient pas. Je ne vois pas pourquoi je devrais raconter ces histoires. Mais il y a eu beaucoup de choses qui sont arrivées, comme des rencontres dans une autre dimension. Quand ces choses arrivent, il n’y a rien à faire : c’est quelque chose de très pur, très intelligent. Il n’y a pas à s’inquiéter : quelque chose de très intelligent travaille en nous. C’est nous. Tout se stabilise très vite et bien.

Un jour, peut-être quatre ans après l’ouverture, j’ai eu un vertige alors que j’étais seul à la maison. J’ai commencé à manquer d’air et je sentais que j’allais m’évanouir. J’ai pensé que si je signalais le 911, les secours ne pourraient pas entrer dans la maison. Alors suis sorti, comme si quelqu’un me poussait dehors. Je suis sorti et j’ai rampé jusque chez le voisin pour appeler. L’ambulance est venue. Ils m’ont mis le masque à oxygène et je me sentais vouloir laisser mon corps, partir. C’était seulement un des phénomènes. L’infirmier criait : « Réveillez-vous, monsieur ! Parlez, parlez ! » Mais non, je me sentais bien de partir. Ils ont arrêté l’ambulance, car le cœur avait cessé de battre. J’étais bien : c’était une joie énorme ! Ils m’ont forcé, ils ont crié : « Quel âge avez-vous ? Comment vous appelez-vous ? » Tout cela s’est passé en quelques secondes, très vite.

Je suis revenu. Je suis resté une heure à l’hôpital. Le médecin ne savait pas ce que j’avais et m’a dit de retourner à la maison. Ils ont fait des tests de toutes sortes, mais il n’y avait rien, absolument rien. Quand je suis revenu à la maison, une heure et demi après que cela fut arrivé, les voisins étaient encore là. Ils dirent : « Oh ! Il est là ! » Et je m’approchais en disant : « La mort, elle est belle ! C’est beau ! » Ils me croyaient fou. Ce sont des choses comme ça qui sont arrivées.

Avez-vous compris pourquoi c’était comme cela  ?

C’est une énergie qui circule et qui est toujours là, que les scientifiques ne connaissent pas, mais qui est disponible dans l’univers, en nous-mêmes. Elle circule dans le corps. C’est cette énergie qui, lorsqu’elle circule, nous fait vivre cette spiritualité. C’est partout dans l’univers. Je veux dire ici : l’univers est ici ! Je la sens constamment circuler à travers moi. Je la sens : elle passe par la tête. Probablement que cette énergie était bloquée à quelque part et a créé cette impression. Mais ce n’était pas une maladie.

C’est seulement quand cette énergie devient manifeste, quand on peut la vivre, qu’on peut vivre la spiritualité. Sans cette énergie, il n’y aurait ni Christ, ni dieu, ni Bouddha, ni Dalaï Lama, ni personne.

Une autre fois, quelque chose de similaire est arrivé et ma femme avait appelé le médecin. Il m’a dit que j’étais très bien. Je lui ai demandé à quoi il le savait. Il a dit que c’était à mes ongles et qu’il aurait voulu en avoir de pareils : très beaux, roses. Il m’a dit que j’étais en pleine santé. Après cela ce genre de choses n’est plus arrivé. Peut-être que cela s’est stabilisé. Mais beaucoup de phénomènes du genre arrivent après un éveil : on n’est plus le même. On ne vit plus dans le quotidien de la souffrance. C’est une liberté totale, une joie.

Je vis comme cela. Je vois les gens comme ils sont ; ils ne sont pas bien, mais je n’ai pas le choix, s’ils veulent vivre comme cela. J’ai pensé me retirer dans la solitude. Mais il y avait constamment quelqu’un qui m’appelait pour quelque problème, quelqu’un qui avait besoin d’aide. J’ai alors pensé que je serais un égoïste de me retirer pour moi-même. J’aimerais que les gens aient cette liberté et cette joie totales, qu’ils s’y intéressent, qu’ils essaient de la vivre. Mais comment leur dire ? Je vous le dis, c’est sérieux.

Mais avez-vous vu une évolution en vous après l’ouverture  ?

Oui. Pendant un an et demi j’étais très attaché à cette ouverture. J’y pensais et il y avait une très forte émotion qui montait. Je pleurais, je pleurais. Je sentais la souffrance humaine. Mais un soir, vers 21h00, j’ai pensé que j’en avait assez de m’interroger sur ce qui était arrivé le jour de l’éveil. « C’est fini, c’est mort, c’est passé. » J’ai vu que je rêvais. J’étais attaché à une idée de l’éveil, que c’était Dieu, ceci, cela. J’ai pensé : « Mais c’est faux ! C’est fini ! C’était la vérité quand c’est arrivé, mais pas aujourd’hui ! Aujourd’hui, je suis dans l’imagination. » Alors, j’ai laissé tout tombé, comme ça, et je suis parti dormir !

À 3h00, je me suis réveillé. C’était comme quelqu’un qui communiquait à l’intérieur de moi. Mon corps me communiquait quelque chose. Je me sentais tellement bien ! Je me sentais léger et plein de force, et j’avais l’impression de ne plus toucher le lit. Je me disais : « Tu vois, pourquoi luttais-tu ? Il n’y a rien à voir. Il n’y à rien à quoi s’attacher au sujet de ce qui est arrivé. » Je sentais fortement que je n’avais qu’à vivre au présent. Depuis ce jour-là, c’était fini : il n’y avait plus cette émotion sur l’éveil. J’ai progressé très vite. Tout est dans la vérité de l’instant même, de ce qu’on voit et connaît. C’est comme si je n’aurais jamais vu le monde autour de moi auparavant.

À quoi voyiez-vous que vous faisiez du progrès  ?

Je vous donne un exemple. Avant l’éveil, j’allais au supermarché et c’était lourd. Mais tout de suite après cette réalisation, celle survenue à 3h00 du matin, je croyais être dans un autre monde : « Mais d’où viennent ces choses ? Qu’est-ce qu’ils vendent ? » Je ne voyais pas cela auparavant. Mais c’était quelque chose de clair désormais. Je voyais comment ce sont les gens qui produisaient cela, la Terre, la nature ! Je ne voyais pas cela auparavant : où étais-je pour ne pas l’avoir vu ? J’ai même demandé à ma femme : « Est-ce que c’était là auparavant ? » Elle me dit : « Oui, tu passais ici avec moi. »

Alors, voilà l’être humain qui est aveugle. Il ne voit pas son entourage. Il regarde des dizaines d’années en arrière et fait des plans pour le futur, mais il ne voit pas le moment même ! Mais je voyais désormais cette clarté. J’ai changé, c’était fini ! Je voyais vraiment le printemps, l’été, les plantes, les animaux. C’était le paradis sur la Terre, ici ! Les idées de passé et de futur s’étaient évanouies ; tout était présent. Si je vous disais, vous ne me croiriez pas.

Je conseillerais aux gens qui ont une ouverture de ne pas se mettre dans la peur. Ils devraient s’en tenir à eux-mêmes et ne pas se laisser influencer par d’autres, qui leur diront toutes sortes de choses, surtout les voyants, les cartomanciens et autres personnes du genre. Ne pas écouter ces gens-là, mais s’écouter soi-même plutôt. Ils ne devraient pas se tenir à ce qui est arrivé ; plutôt, ils devraient vivre chaque instant. On peut lire des livres, mais seulement pour corroborer ce qu’on connaît, c’est tout. Autrement, on n’apprendra rien dans les livres. C’est comme un témoignage, les livres ; c’est tout.

Vous vous connaissez alors et vous connaissez tout ce qu’il y a à l’extérieur. Toutes les choses qu’on croit banales sont alors neuves chaque jour. À ce moment il ne vous vient pas de vous laisser guider par les pensées.

C’est un lâcher-prise. On n’apprend jamais rien en forçant. Quand un conflit survient par rapport à quelque chose d’extérieur, ne prenez pas position. Ne jugez pas : ne jugez personne. Mais je sens fortement l’injustice dans ce monde : l’homme qui exploite l’homme, qui le fait souffrir.

Tout est possible dans l’avenir. Mais il faut apprendre cela aux enfants quand ils sont encore tout petits, à l’école. Ceux qui sont intéressés à un chemin spirituel, peuvent y arriver s’ils le veulent. Il faut être persévérant, vraiment persévérant avec soi-même. Ils y arriveront. Tout le monde peut y arriver. Il faut persévérer et ne pas se laisser prendre par ces gurus et tout ce non-sens. C’est possible que certains voient la vérité, qu’ils la vivent ; mais voyez en général comment ils entraînent les gens et ce qu’ils leur font.

Je l’ai vu !

Ce n’est pas bon. Je veux dire aux gens qu’ils devraient être prudents avec cette énergie, parce qu’on peut l’utiliser négativement. Et alors on est pire. Si vous la laissez agir, vous allez grandir ; mais si vous l’utilisez, vous allez devenir un monstre, vous serez méchant.

L’homme doit être totalement libre par lui-même. Nous sommes tous cette source. C’est ici !

Gitta Mallasz "Dialogues avec l'Ange"

Par Le 16/01/2010

Parce qu'au début, tout semble si "étrange" et qu'ensuite tout semble si évident...

 

http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=1853

 

Gitta Mallasz, la baroudeuse des anges

par Patrice van Eersel


Celle dont le nom restera synonyme du livre Dialogues avec l’Ange était-elle un simple « scribe », comme elle disait, ou un maître spirituel ? Aujourd’hui, ses anciens « élèves » divergent à ce sujet - les uns se sentant d’abord attachés au livre, les autres à la personne. Une chose est sûre, l’ancienne nageuse austro-hongroise, rugueuse, drôle et débordante d’énergie, fut le catalyseur d’une expérience hors norme, qui déboucha - aux portes de la Shoah - sur une sidérante leçon de joie. Une leçon qui répond exactement aux questions d’aujourd’hui.



Sans Gitta, l’expérience des Dialogues n’aurait certainement pas eu lieu. « Celle qui rayonne », comme la qualifiait la « voix de son ange », constitua l’un des deux pôles d’un arc extraordinairement puissant. L’autre pôle, « celle qui mesure », une femme également, de la bouche de qui sortirent les fameux Dialogues, était son amie Hanna Dallos. Tout l’inverse d’elle : douce et patiente, d’une intelligence fine et d’une grande culture. Gitta fournissait l’énergie animale. Hanna lui donnait une forme. Nulle opposition, mais un formidable bras de fer amoureux. Dans l’enseignement qui se dégagea finalement de leur questionnement réciproque, énergie et forme, matière et lumière, corps et esprit furent constamment décrits comme « amoureux l’un de l’autre », l’humain constituant la clé de leur rencontre, la clé du cosmos entier !

Mais il faut camper le contexte, pour ceux qui ne connaîtraient pas cette histoire sublime et tragique. Une histoire à laquelle nombre de nos proches auront la chance de se frotter, rétroactivement, après que Gitta Mallasz se fut enfuie de la Hongrie communiste et réfugiée en France, en 1960, où elle resta jusqu’à sa mort, en 1992.

Explosion de sens en pleine modernité

L’histoire commence dans l’Autriche-Hongrie impériale. Fille d’un général magyar et de son épouse autrichienne, Gitta Mallasz est une diablesse haute comme trois pommes de Slovénie, qui fait tôt parler d’elle dans tout le pays. Les Hongrois aiment la natation et la jeune fille est une championne - en piscine et dans le Danube. C’est aussi un pitre - elle gardera jusqu’à la fin un goût des blagues à vous faire tordre de rire (ses hôtes des dernières années, Bernard et Patricia Montaud, en savent quelque chose). C’est enfin une amoureuse redoutable, dont les fiancés tomberont les uns après les autres, sans qu’elle s’en soucie beaucoup. Quand elle rencontre Hanna Dallos, sur les bancs des Beaux Arts, tout les oppose. Fille d’instituteurs juifs raffinés et doux, Hanna est plutôt fragile. Mais elle a aussi beaucoup d’humour et Gitta l’amuse énormément. Contre toute attente, elles deviennent amies - après le mariage de Hanna avec le styliste ébéniste Joseph Kreutzer.

Budapest est alors une ville moderne très en vue. Nos jeunes gens se retrouvent dans un atelier de design, d’art graphique et de publicité, que dirigent Joseph et Hanna. Avec les ans, la fascination s’inverse. Gitta est folle d’admiration pour Hanna, plus mûre qu’elle et jouant vis-à-vis de ses collaborateurs et apprentis un rôle de guide artistique, intellectuel et spirituel. D’une culture éclectique, Hanna les entraîne dans des discussions passionnées. Un petit groupe se forme, auquel participe aussi Lili Strauß, une jeune femme connue pour sa douceur et sa capacité à enseigner, en Hongrie, une méthode de rééducation corporelle d’avant-garde, tirée du yoga... Mais les temps s’assombrissent. L’idéologie antisémite envahit tout. Hanna, Joseph et plusieurs collaborateurs ne peuvent plus travailler. Fille d’un général antibolchevique (il a maté la révolution de Bela Kun en 1919), Gitta peut les « couvrir » et passer les commandes à leur place. Le petit groupe poursuit ses conversations en catimini. Si Hanna, Joseph et Lili sont nés juifs et Gitta catholique, aucun ne se reconnaît dans une religion. En avance sur leur temps, ils s’intéressent par contre à toutes les traditions spirituelles, d’Occident comme d‘Orient. La conversation tourne beaucoup autour du mensonge, « bien plus grave que la violence ». Sur de nombreux points, Hanna est influencée par les explorateurs orientaux de la « non-dualité », qui lui soufflent que « le corps et l’esprit sont un » et que « le mal n’est que du bien immature ». Mais les religions du Livre sont très présentes aussi. Question : si le Verbe crée le monde (thème judéo-chrétien omniprésent, de la Genèse à l’Apocalypse de saint Jean), le vrai péché n’est-il pas de le trahir, autrement dit de mentir ? Or, que font d’autre les dirigeants du monde, et pas seulement les totalitaires ? À ce stade, Gitta est une élève parmi d‘autres, à l’écoute de Hanna ; si elle dépasse ses camarades, c’est surtout dans le genre étourdi, zélé et chien fou.

La guerre éclate et l’atmosphère devient de plomb. Comme toute la noblesse hongroise, le dictateur Horthy n’aime pas les Allemands nazis. S’il collabore avec eux, c’est de loin, à la manière de l’Espagnol Franco ou du Portugais Salazar. Bien qu’antisémite, il refuse de livrer « ses » juifs, qui constituent l’essentiel de la bourgeoisie de Budapest, son économie. Presque jusqu’à la fin, les nazis, trop occupés ailleurs, toléreront cette indépendance... Résultat, pour 750 000 juifs, la Hongrie va devenir un balcon sur l’enfer. Une cocotte-minute. Dans tous les pays alentour on déporte à tour de bras... et ici non ? Cinquante ans après, ayant traversé la guerre dans le ghetto de Pest, Maria Torok, juive hongroise devenue psychanalyste en France, assurera que, dans cette atmosphère surtendue, plusieurs phénomènes similaires aux Dialogues avec l’ange ont littéralement « explosé ». De quoi s’agit-il donc ?

Le mystère de l’inspiration créatrice

Le petit groupe finit par se réfugier à Budaliget, un faubourg, sur les hauteurs de Buda. C’est là que, le vendredi 25 juin 1943, à 15 heures, tandis que Hanna et Gitta conversent, seules, éclate un événement qui va les catapulter à un autre niveau de conscience. Alors que rien ne l’annonce, Hanna change soudain de ton et déclare à Gitta : « Attention, ce n’est plus moi qui parle ! », avant de partir dans un discours extrêmement beau - et sévère - adressé à son amie. Sur le coup, Gitta se trouve écrasée. Son « guide » lui assène : « On va te faire perdre l’habitude de poser des questions inutiles ! » Le ton est donné. À partir de là, pendant dix-sept mois, ce phénomène se reproduira une centaine de fois, tous les vendredis à 15 heures - quatre-vingt-huit de ces « Dialogues » seront pris en note, dans des cahiers à couverture de moleskine noire qui deviendront célèbres... trente-trois ans plus tard. Dès le premier entretien, c’est un enseignement de très haut niveau qui s’énonce, dans un hongrois somptueux, lapidaire et tranchant (que les traducteurs auront grand mal à rendre, comme pour toute poésie forte).

Très vite, Lili rejoindra ses deux amies - et la voix de son guide à elle sera infiniment douce. Joseph, sceptique de nature, mettra plusieurs semaines avant de suivre - le sien s’avérant presque aussi muet que lui. Finalement, c’est à quatre - structure carré servant d’« antenne » ? - qu’ils recevront les très frappants messages de leurs « guides » (le mot ange ne viendra que beaucoup plus tard). À chaque fois, c’est Hanna qui parle, tandis que Gitta et Lili notent, chacune son tour, ce que la voix répond aux questions de l’autre. Attention : ni parole automatique, ni transe - « Il faut absolument que vous compreniez que tout cela était parfaitement na-tu-rel ! » ne cessera de nous répéter Gitta, une fois exilée en France, avec le fort accent austro-hongrois qu’elle ne perdra jamais. Pas de channeling, ni de médiumité ! Encore que...

Quelle différence entre l’inspiration d’un Mozart, avouant recevoir sa musique « sous la dictée des anges », et celle d’un médium proférant, endormi, des paroles venues d’on ne sait quel inconscient ? Interrogé à ce sujet, le théologien, philosophe et psychothérapeute Jean-Yves Leloup n’hésite pas à dire que, exception faite des tricheurs, les « inspirations » ne diffèrent pas en nature, mais en degré de conscience, le channel endormi représentant en quelque sorte le niveau zéro, et le grand prophète - mettons Moïse - l’autre bout d’une même échelle transpersonnelle (l’artiste présentant cette grosse différence avec le prophète qu’il conserve un ego, généralement énorme). Hanna, quand elle parle, est « transparente » et pourtant plus éveillée que jamais, tellement « en forme » qu’elle profère des paroles qui la surprennent elle-même ! Lesquelles par exemple ?

Un manifeste esthétique radical

Les Dialogues avec l’ange rassemblent un contenu très riche, dont on ne peut donner ici que de minces aperçus. Les « guides » des quatre amis (Celui qui mesure, Celui qui rayonne, Celui qui aide et Celui qui bâtit) se présentent comme leurs « moitiés créatrices », à jamais liés à eux - eux dont les consciences, encore prisonnières du rêve, se croient réduites à leurs « moitiés créées », à la fois « animales » et « mentales », deux états soumis au temps et donc appelés à disparaître avec la mort du corps. Jamais pourtant le corps n’est méprisé, bien au contraire. Un amour fou, disent les messagers invisibles, attire la lumière et la matière l’une vers l’autre. C’est un appel pressant à l’incarnation : « Le poids est la voie », dit l’entretien du 1er octobre 1943. Mais la participation à la pesanteur ne peut se faire que dans la joie : pour accomplir son destin, l’humain doit peser joyeusement ! On est loin des voyages astraux. Loin aussi du dolorisme. La souffrance n’est utile qu’à l’animal, à qui elle sert de boussole. Pas d’abstinence mortifère : la sexualité, par exemple, est vue comme une passerelle supérieure pour créer « l’Homme », et non pour faire « beaucoup d’hommes ». Le divin (désigné en hongrois par l’intraduisible pronom « Ö », ni masculin, ni féminin, ni neutre) se réalise Lui-Même dans un jaillissement en permanente innovation, dont chaque humain peut devenir acteur à condition d’oser hisser sa vie et ses questions à la hauteur de ce « manifeste esthétique radical », comme l’écrira Michel Cressole dans Libération, le 5 juillet 1990. Les « guides » insistent particulièrement sur cet aspect « éternellement nouveau » de la force divine, dont ils se disent les humbles messagers, pris à l’intérieur d’une hiérarchie angélique qui fait penser à la Kabbale juive.

Danser de joie dans la Shoah !?!

Sentant leur défaite inéluctable, les nazis envahissent la Hongrie en mars 1944. En quelques semaines à peine, ils déportent 95 % de la communauté juive, jusque-là épargnée et à présent jetée droit dans les fours ! C’est alors que, cessant d’être simple assistante ou catalyseur sidéré, Gitta Mallasz devient actrice de l’« expérience » que les anges disent « tenter » sur les quatre amis.

Poussée par une intelligentsia catholique d’exception, la fille du général accepte d’abord de prendre la tête d’une « usine de guerre » fabriquant des uniformes et servant, comme dans la Liste Schindler, à cacher des femmes juives transformées à la hâte en couturières. Mais si une centaine d’entre elles seront bien sauvées (avec leurs enfants), Hanna et Lili, elles, choisiront de mourir déportées (Joseph les y précède). Jusqu’à la dernière goutte d’énergie, ployant mais ne rompant pas, elles continueront à donner corps au plus incroyable et au plus insolent des messages. La guerre ? Un vieux réflexe, une habitude, une routine, un ennui mortel... - tous les signes du « Menteur ». La véritable Paix, les hommes ne la connaissent pas encore : c’est la danse des noces de la Terre et du Ciel, et celle-ci passe par l’Humain, conscient de sa part créatrice et donc immortel ! Jusqu’à la fin, dans la « cabane du commandant » de l’usine de guerre, et même ensuite à Ravensbrück, soutenue par Lili et deux autres femmes (dont Eva Dànos qui en réchappera et témoignera), Hanna et Lili, pourtant transpercées de tristesse, accueilleront l’invitation à « danser l’ébauche du nouveau monde » et à la transmettre aux déportées, transformées en cadavres ambulants, mais souriant une dernière fois et n’en croyant pas leurs oreilles.

Transmettre le message au monde entier

C’est toute seule que Gitta Mallasz vivra l’autre moitié de l’épopée. Ayant réussi à devenir la décoratrice des Ballets nationaux de la Hongrie communiste (malgré son père, général anti-bolchevique !), elle voyagera dans le monde entier, attendant que ses parents meurent pour demander l’asile politique en France. Commencera alors une longue ascension, occupée à survivre (en dessinant des pochettes de disque), puis à traduire le contenu des cahiers qu’elle a miraculeusement réussi à préserver. Avec l’aide de Laci Walder, un réfugié hongrois, épousé en mariage blanc, mais devenu son vrai (et seul) mari, et de quelques amis (dont Françoise Maupin et Marguerite Kardos), Gitta Mallasz mettra quinze ans à parvenir à un texte français publiable. C’est Dominique Raoul Duval, éditrice chez Aubier, qui trouvera le titre Dialogues avec l’Ange (Gitta avait titré : Les 4 Messagers). Quant à la promotion, elle sera assurée par trois hommes de radio, subjugués par la fougue de cette Hongroise inclassable : Claude Mettra, de France Culture, et Jacques Chancel, de France Inter - ce dernier, commencera sa « Radioscopie » de Gitta très sceptique et se retournera stupéfait, en cours d’émission, après que Gitta, inspirée, lui ait fait lire à l’antenne le passage sur le sourire...

En peu d’années, les Dialogues seront traduits dans le monde entier, sous la surveillance ultra attentive de Gitta Mallasz qui, aidée par Robert Hinshaw, éditeur de la Fondation Jung, réussira à faire parrainer plusieurs traductions par de grands esprits, souvent des musiciens, par exemple Narciso Yepes et Yehudi Menuhin [1]. Refusant catégoriquement de devenir gourou et interdisant très explicitement à quiconque de s’ériger en interprète ou en exégète des Dialogues, Gitta, devenue veuve, s’apprêtera à finir ses jours dans un village de Dordogne. Mais le sort en décidera autrement...

Elle a 81 ans quand, roulant en pleine tempête, elle écrase sa 2CV sur une autre voiture et se fracasse les deux bras. Astreinte à ne plus rouler, elle est heureuse d’accepter, sur les conseils de Marguerite Kardos, l’invitation d’un homme chaleureux qui, depuis plusieurs années, organise les conférences qu’il lui arrive de donner : Bernard Montaud. Avec sa femme Patricia, celui-ci propose à la vieille baroudeuse de venir habiter chez eux, au milieu des vignes des Côtes du Rhône.

Là se déroulera une dernière et étonnante phase d’un parcours déjà chargé. Pressée par ses hôtes - et par des centaines de lecteurs - d’expliquer, le plus concrètement possible, comment chacun peut contacter sa « moitié créatrice », Gitta Mallasz, acceptera finalement d’enseigner la manière la plus simple, pour chacun, d’entendre la voix de son guide intérieur (et pas celle de son délire !), dans un dialogue intime dont elle finira par dire qu’il s’agit d’une « fonction naturelle » de la condition humaine. [2]

À lire :

Les Dialogues avec l’Ange, éditions Aubier.

Quatre commentaires signés Gitta Mallasz :

Les Dialogues tels que je les ai vécus, Les Dialogues ou l’Enfant né sans parents, Les Dialogues ou le Saut dans l’inconnu, et Petits Dialogues d’hier et d’aujourd’hui, éd. Aubier.

Quand l’ange s’en mêle, entretiens de Gitta Mallasz avec Bernard et Patricia Montaud, éditions Dervy.

César l’éclaireur et César l’enchanteur, Bernard Montaud, éditions Dervy/Edit’as.

La Source blanche, l’étonnante histoire des dialogues avec l’ange, Patrice van Eersel, éditions Grasset et Livre de Poche.

Les amis de Gitta Mallasz : www.lesamisdegittamallasz.org

Association pour la Diffusion des Dialogues avec l’Ange (ADDA) : m.kardos@wanadoo.fr

Sur l'indentité nationale.

Par Le 16/01/2010

Un forum que j'aime bien, un débat d'actualité. Personnellement je lis avec le même intérêt les commentaires. J'aime beaucoup celui qui dit que l'identité est une notion figée et qu'il ne veut pas qu'on le limite dans une Histoire.

 

http://philomag.com/fiche-philinfo.php?id=155

 

L'identité planétaire, quand est-ce que ce débat sera d'actualité ?...

Haïti

Par Le 16/01/2010

http://www.swissinfo.ch/fre/multimedia/video/Le_journal_19:30.html?cid=8100072&itemId=8100068

 

Il est là Dieu ? Dans ce monde ?
Ou juste des hommes imparfaits.
Pourquoi devrait-Il porter le fardeau de ce que nous créons ?
Entre deux pierres, je peux casser une noix. Je peux aussi fracasser un crâne. Est-ce qu'Il est responsable de cette folie en moi ? Il aurait créé la pierre, la noix, moi et l'autre. Il aurait dû savoir que je pouvais prendre le crâne de l'autre pour une noix ? Ca paraît quand même relever de l'intuition divine ! Ah, ben oui, justement me direz-vous...Encore faudrait-il que je puisse analyser les conséquences de mon acte au-delà de la vision de la cervelle qui s'écoule. Peut-être y a-t-il l'intention insaisissable dans ce geste de déclencher en moi la commisération, le remord, une possible révélation à moi-même de l'amour envers l'autre, peut-être y a-t-il au-delà l'opportunité pour des masses humaines de prendre conscience de l'horreur de mon geste, peut-être n'est-ce qu'un exemple proposé tout comme la catastrophe épouvantable de Haïti est l'opportunité pour les survivants de sortir d'un état misérable, pour l'humanité entière de créer une solidarité jamais connue, peut-être que Dieu a des méthodes qui nous échappent.
Si je Le comprenais, ne serais-je pas un Dieu ? Ma vision étriquée n'est qu'une parcelle infime du chaos intentionnel. Je n'y comprends rien parce que je ne suis pas à Sa place. Alors, je doute, je souffre de cette horreur planétaire et je vais marcher en montagne pour calmer mes entrailles. Et je m'extasie devant un champ de neige et je me dis que la Création est vraiment merveilleuse.
Et là, bien évidemment, devant la futilité de mon mental vagabond et versatile, je réalise à quel point je ne suis qu'un esprit infantile.
Peut-être qu'un jour je grandirai. C'est peut-être ça l'intention finale.

Le Bien et le Mal (1)

Par Le 14/01/2010

Un habitant du nord de la Chine vit un jour son cheval s’échapper et passer de l’autre côté de la frontière. Le cheval fut considéré comme perdu.

A ses voisins qui venaient lui présenter leur sympathie, le vieil homme répondit :

La perte de mon cheval est certes un grand malheur. Mais qui sait si dans cette malchance ne se cache pas une chance ?

Quelques mois plus tard, le cheval revint accompagnée d’une magnifique jument. Les voisins félicitèrent l’homme, qui leur dit, impassible :

Est-ce une chance, ou est-ce une malchance ?

Le fils unique du vieil homme fut pris d’une véritable passion pour la jument. Il la montait très souvent et finit un jour par se casser la jambe pour de bon.

Aux paroles désolées des voisins, l’homme répondit, imperturbable :

Et si cet accident était une chance pour mon fils ?

L’année suivante les Huns envahirent le nord du pays. Tous les jeunes du village furent mobilisés et partirent au front. Aucun n’en revint. Le fils estropié du vieil homme, non mobilisable, fut le seul à échapper à l’hécatombe.

(d’après Hoài-Nam-Tu)




"Laisse la vie te vivre, elle sait où elle va."

Je n'en démords pas. A ces situations auxquelles nous apportons notre réaction, nous ne comprenons en fait rien du tout. Nous cherchons à les enluminer ou à les exorciser par des paroles insignifiantes qui nous donnent un sentiment de puissance, une soi-disant maîtrise, une analyse, une reconnaissance ou un déni...
Tout ce à quoi nous nous identifions en insérant dans la Vie nos conditions de vie.
Cette réaction est à mon sens issue de cet orgueil immense de l'homme à qui on apprend, enfant, que la Vie est une lutte redoutable, une alternance constante entre le bonheur et le malheur, le bien et le mal, toutes ces notions archaîques ensemencées par les religions, les conditonnements, les formatages, l'inconscient collectif.
Cette Vie devient effectivement une lutte dès lors que nous y insérons les résidus d'un mental incontrôlé, les éducations adorées comme autant de divinités. Nous sommes des esprits supérieurs, que diable !! Que diable...Oui, effectivement, on pourrait penser qu'il s'agit de lui. Le mental comme un Satan sortant constamment de sa boîte et pervertissant la Vie.

Mais la Vie n'a rien à voir avec nos conditions de vie, avec les évènements qui jalonnent notre parcours, avec les errances, les tourments, les douleurs, les réalisations, les bonheurs, les amours, les désastres...Tout cela n'est qu'un vaste puzzle dont les pièces emboîtées constituent l'image de la Vie qui nous a été donnée.
Il est absurde de vouloir en changer les couleurs, les dessins, les arabesques, les nuances en insérant dans l'étendue les commentaires d'un mental qui se veut le maître. Il n'est pas le dessinateur, il n'est pas l'architecte, il n'est pas le coloriste. Il n'est que le commentateur bavard et indiscipliné d'un "dessein" dont il ne comprend rien.



La lucidité consiste à envelopper dans son ensemble et non uniquement dans ses détails l'estampe infiniment complexe où nous demeurons.

Humour.

Par Le 13/01/2010

Pour une fois...

 

GELLUCK

Les perles du chat

- Pour avoir de l’argent devant soi,
les gens mettent de l’argent de côté.

- On dit que boire du café empêche de dormir.
Par contre, dormir empêche de boire du café.humour-chat-velo

- Prendre un coup de vieux, ça ne veut pas obligatoirement dire qu’on se fait taper dessus par un octogénaire.

- La différence entre l’amour et l’argent,
c’est que si on partage son argent, il diminue.
Tandis que si on partage son amour, il augmente.
L’idéal étant d’arriver à partager son amour avec quelqu’un qui a du pognon.

- Moi l’augmentation du prix de l’essence, je m’en fous. J’en prends toujours pour 75 euros.

- Il n’est pas nécessaire d’être gros pour être un gros con. Il suffit d’être con.

- Il y a malgré tout un avantage à tomber en panne sèche : c’est moins lourd de pousser la voiture que si le réservoir est plein.

- Allez donc faire comprendre à des élèves :
Que l’enseignement primaire n’est pas primaire,
que le secondaire est loin d’être secondaire et
que le supérieur est parfois moyen…

- Plus mon cigare raccourcit
et plus je dois tendre le bras vers le cendrier.

- Il y a des livres qui rendent con.
Le problème, c’est que c’est après les avoir lus...
que l’on s’en rend compte.

- J’essaye de noyer mon chagrin dans l’alcool mais depuis le temps... Il a appris à nager.

- Savez-vous quel est le point commun entre un robot et une sauce napolitaine ?
J’ose à peine le dire :
Ils sont tous les deux automates. !!!

- Dans la vie, il y a deux choses que l’on ne peut pas faire à moitié : c’est naître et mourir.

- La différence entre un artiste et une paire de chaussures,
c’est que l’artiste doit pouvoir partir avant de lasser,
tandis que les chaussures il vaut mieux les lacer avant de partir.

Vigneault, Charlebois, Leclerc.

Par Le 13/01/2010

Un titre inoubliable.

 

http://www.youtube.com/watch?v=DTi3GfOv4ms&feature=related

 

et une humanité qui ne comprend toujours pas.

Le désir.

Par Le 13/01/2010

Textes philosophiques
Swami Prajnanpad les attentes vis-à-vis d'autrui

"De qui est-ce que j'attends quelque chose? De qui? De "lui". Mais c'est absurde. Moi et lui sommes-nous pareils? Le désir implique que je veux quelque chose. L'action est la manifestation du désir. L'action dépend donc du désir. Mais le désir est "mien", tandis que l'action je l'attends de "lui". Il y a d'abord le désir, puis l'action vient. "Son" action à "lui", va donc suivre "son" désir. Comment alors une action"chez lui", pourrait-elle suivre "mon" désir qui est "en moi"? C'est impossible.

La logique des faits, en conséquence, c'est que vous ne pouvez rien attendre. Vous n'avez aucun droit d'attendre. Vous n'avez pas le droit de juger. Vous êtes un homme et votre seul droit est de comprendre... oui, de comprendre.

Tant que vous ne réaliserez pas que l'attente n'est rien d'autre qu'une illusion, votre mental continuera à fonctionner en partant de l'hypothèse que cette attente correspond à la réalité. Le mental continuera à chérir cette illusion, en sera satisfait et continuera à rejeter les torts sur autrui.

Pourquoi dit-on que ce sont les autres qui ont tort? Parce que l'on se refuse (deny) soi-même. On refuse de voir sa propre erreur... Qui en est responsable? Votre attente a été déçue. L'échec ne vient-il pas alors de votre propre attente? Comment blâmer l'autre personne pour cela? Car c'est vous qui avez attendu et espéré. Mais de qui? ... Qu'est-ce qui cause cette attente? La possibilité d'obtenir quelque chose. J'attends signifie "je crois qu'il il a une possibilité" Mais pouvez-vous espérer quand vous savez qu'il n'y a aucune possibilité? Pour éliminer l'attente à sa racine, vous devez détruire la racine même de cette possibilité. Il n'y a aucune possibilité. Aucune. Vous deux, vous et lui, sont différents. Où se trouve alors la possibilité que l'un puisse répondre à l'attente de l'autre? Il n'y en a aucune.

Pourquoi? Parce que toute action dépend d'un désir. Et je suis seul en position d'agir selon mon désir. Si le désir est ici, où se trouve l'action? Le désir est "mien" mais j'attends une action de "lui". Quel est l'ordre des choses? D'abord un souhait ou un désir puis une action. Le désir ou le souhait précèdent toujours l'action. En conséquence quand le désir est "mien", l'action doit aussi venir de "moi" et non pas de "lui". J'oublie que son action dépend de "son" désir à lui. J'ignore "son" désir et je mets "mon" désir à la place du "sien" et j'attends que "il" agisse selon "mon" désir. C'est un non-sens. Personne ne fait quelque chose, personne ne peut faire quoi que ce soit pour quelqu'un d'autre. Nous en arrivons à la seconde maxime concernant la vérité: si le désir est en moi, l'action aussi doit être mienne... L'attente est une illusion, c'est un mensonge. Aussi longtemps que vous ne le réaliserez pas, vous continuerez à justifier vos espoirs, prenant l'attente pour une réalité et vous aurez à en payer le prix ".

L'Expérience de l'Unité, L’originel, p. 57, 58, 61, 62. sq.
"Chaque fois que vous êtes malheureux, vous ajoutez quelque chose à la réalité et c'est cette addiction qui vous rend malheureux. Je vous le répète, vous ajoutez quelque chose : vous ajoutez votre réaction négative.

La réalité procure le stimulus, vous procurez la réaction. Vous ajoutez quelque chose en réagissant. Et si vous examinez cette chose, vous constatez que c'est toujours une illusion, une exigence, une attente, un désir insatiable. Toujours. Les exemples d'illusions abondent. " Anthony de Mello

Je ne peux pas me plaindre de l'obscure réalité étant donné que mon regard lui donne cette teinte. La réalité n'est rien d'autre que la réalité. Si mon désir est un étouffoir de la réalité je ne peux pas me plaindre de ne plus rien voir. Etant donné qu'un désir se projette vers une entité extérieure à moi je ne peux pas maîtriser tous les paramètres. Soit je l'accepte, soit je me retire. Soit je reste dans cette réalité et je l'assume, soit je sombre dans l'éventualité de la désillusion. C'est la peur qui l'emporte dès lors et parfois c'est cette peur qui entretient le désir...Le désir a une force considérable et il est indispensable d'établir en soi la vigilance qui convient.

 

Où est le centre ?

Par Le 13/01/2010

Où est le centre ?

 

Si j’épluche un oignon pour parvenir à son « cœur », je vais enlever des épaisseurs, des enveloppes d’abord épaisses, résistantes, les premières seront légèrement teintées par leur contact avec l’environnement, ridées, cassantes, plus je descendrais vers le cœur et plus la matière sera brillante, gorgée de jus, dense, compacte mais tendre, des fibres nourries sans relâche par l’énergie vivace.

Les enveloppes tombent les unes après les autres. Elles ne sont pas séparées entre elles, il n’y a pas de vide. Je distingue des liens, des filaments comme autant de points de contact, des passerelles par lesquelles le principe vital se transmet.

Je continue ma tâche, je veux arriver au cœur, l’oignon dans ma main est de plus en plus petit.

Et puis il n’y a plus rien. Rien de dur, rien de solide, juste un « cœur » aussi tendre et fragile que toutes les peaux que j’ai enlevées. Je peux ainsi continuer jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’une accumulation de voiles diaphanes et fragiles. Rien ne résiste à la lame de mon couteau.

L’embryon au centre n’est qu’un infime grain.

 

L’homme est un oignon !

Il n’y a rien au centre, pas de nœud vital, pas de cœur dur, solide, pas de structure figée. Il est couvert de peaux internes, toutes les expériences liées à ses conditions de vie. Elles forment un entrelacs de matières toutes reliées entre elles par des réseaux gorgés d’énergie. Il lui appartient de ne pas perturber les flux, de ne pas obstruer les canaux nourriciers.

Il est inutile de vouloir éplucher » l’individu en quête d’un centre primaire. Il n’y a rien. L’énergie est le centre elle-même. L’égo, l’âme, l’esprit, le corps, l’intellect, le corps émotionnel, le corps astral, l’aura, tout cela n’est qu’un amalgame de peaux nourries par le principe vital. Il est vain de vouloir s’en défaire en espérant atteindre le nœud, le cœur, la plénitude, la source, le nirvana…

Rien n’existe hors de cette énergie. Les entités sur lesquelles l’individu fixe son attention ne sont que des structures imaginées par la vie elle-même comme autant de supports. Celui qui envisage l’éveil en se débarrassant des « peaux » internes court à sa perte. Il n’y a pas de cœur, il n’y a pas de centre. L’énergie est là, constamment, elle ne cesse jamais son œuvre. C’est notre mental prétentieux qui le couvre d’intentions enluminées par des désirs de maîtrise. Comme si un gourou pouvait ressentir la vie en moi et me la faire trouver. Il ne peut que me parler de ce qui coule en lui et de sa façon de le percevoir. En quoi cela pourrait-il m’aider ? Il va me nourrir de l’illusion de ce que j’imagine. Si je deviens ce gourou infatué et me gave de connaissances livresques, de méthodes méditatives, de mantras récités pendant des heures sur mon coussin, de rejets de toutes les « peaux » qui me constituent je nie en moi les flux nourriciers, je m’oppose à ce que la vie a constitué et qui doit me servir de guide. Je suis le centre, je suis le cœur, il n’y a rien de caché, il n’y a rien à découvrir, tout est là, tout est à portée de mains, à portée de cœur, à portée de conscience, peu importe l’expression, ce ne sont que des mots, la réalité est là, visible, palpable, offerte. Si je m’épluche, si je cherche à me défaire des vieilles peaux, si je cherche à me dénuder je ne fais que me fragiliser, je détruis la structure en croyant me trouver. Mais qu’est-ce que je trouve ? Un individu limité par le nombre de liens perdus, par toutes les fibres disparues, des connexions qui se réduisent comme peau de chagrin. Je perds toutes les opportunités de saisir la vie, de l’exploiter dans le champ du réel.

J’aime serrer la femme que j’aime dans mes bras, j’aime sentir en moi l’amour qui me bouleverse. Est-ce que je devrais m’en priver pour ne pas en être dépendant, pour ne pas risquer d’en souffrir, pour ne pas imaginer ce qui adviendrait si elle disparaissait de ma vie ? Tout cela n’est pas réel. Ca n’est que mon imagination qui s’emballe. La réalité, c’est ce bouleversement délicieux lorsque je plonge dans ses yeux, cette communion d’énergie, cette osmose d’énergie qui nous amène à nous relier par nos corps. Tant que je suis dans cette réalité et que je ne l’affuble pas de dispersions mentalisées, tant que ce mental reste au service des caresses que je lui prodigue, ouvrier de la tendresse, de l’attention, de l’amour partagé, je suis au centre de l’énergie, je suis le cœur de la vie.

Je suis amoureux, je suis père, je suis mari, je suis instituteur, alpiniste, cycliste, marcheur, écrivain, émerveillé, contemplatif, actif, attendri, bouleversé, amoureux, amoureux, amoureux…

Je suis ce que la vie fait de moi. Rien d’autre. Il ne me reste qu’à l’accueillir à travers toutes les peaux qui me constituent, sans rien rejeter, dans le plus pur détachement, rien ne m’appartient, tout m’est donné. Je suis le réceptacle, le calice et si je cogne à grands coups de burins sur la masse en pensant l’embellir je créé une brèche et le flux s’écoule et se perd. Et je m’étiole comme un ruisseau coupé de sa source.

Je suis dans le courant et il me constitue. Il est le centre et de me donne forme.

Et j’aime infiniment la multitude de ses arabesques.

 

 

Sur la souffrance : Krishnamurti

Par Le 11/01/2010

"Lorsque vous souffrez, lorsque vous avez une douleur, quel sens cela a-t-il ? Je ne pense pas que votre question se rapporte à la douleur physique, mais à la souffrance et à la douleur psychologiques, qui ont des sens différents, à différents niveaux de la conscience. Quel est le sens de la souffrance ? Pourquoi voulez-vous qu'elle ait un sens ? Non point qu'elle n'en ait pas: nous allons chercher à le savoir. Mais pourquoi voulez-vous le savoir ? Pourquoi voulez-vous savoir "pourquoi" vous souffrez ? Lorsque vous vous posez cette question "pourquoi est-ce que je souffre ?" et que vous cherchez la cause de la souffrance, n'êtes-vous pas en train de fuir la souffrance, d'essayer de vous évader ? Le fait est celui-ci : je souffre ; mais dès l'instant que je fais intervenir ma pensée pour agir sur ma souffrance en demandant "pourquoi ?" j'en ai déjà atténué l'intensité. En d'autres termes nous voulons que la souffrance soit diluée, allégée, écartée par des explications. Mais cela ne peut certes pas nous donner une compréhension de la douleur. Si je suis affranchi de ce désir de la fuir, je peux alors comprendre le "contenu" de la souffrance.

Qu'est-ce que la souffrance ? Une perturbation à différents niveaux, depuis le niveau physique jusqu'aux différentes couches du subconscient. C'est une forme aiguë de perturbation, qui m'est pénible. Mon fils est mort ; j'avais construit autour de lui tous mes espoirs (ou autour de ma fille, ou de mon mari, prenez n'importe quel exemple). J'en avais fait mon idole, à l'image de tout ce que je désirais. Et c'était mon compagnon, etc..., vous savez tout ce qu'on dit. Or, soudain, il n'est plus là. C'est une grave perturbation, n'est-ce pas ? Et cette perturbation, je l'appelle souffrance. Si je n'aime pas cette souffrance, je me dis: "Pourquoi est-ce que je souffre ?" "Je l'aimais tellement." "Il était ceci." J'essaye, ainsi que le font la plupart des personnes, de fuir dans des mots, qui agissent comme des narcotiques. Si je ne fais pas cela, qu'arrive-t-il ? Il arrive que je suis complètement conscient de la souffrance. Je ne la condamne pas, je ne la justifie pas, je souffre et c'est tout. Mais alors, je peux suivre son mouvement, je peux suivre tout ce contenu de sa signification ; le "suivre" dans le sens d'essayer de le comprendre.

Que veut dire souffrir ? Qu'est-ce qui souffre ? Je ne me demande pas "pourquoi" il y a souffrance, ni quelle est la "cause" de la souffrance, mais "que se passe-t-il en fait" ? Je ne sais pas si vous voyez la différence : je suis simplement dans l'état où la souffrance se perçoit ; elle n'est pas distincte de moi à la façon dont un objet est séparé de l'observateur ; elle est partie intégrante de moi-même, tout moi souffre. Dès lors, je peux suivre son mouvement, voir où elle me mène. Et ainsi elle se révèle et je vois que j'ai donné de l'importance à moi-même et non à la personne que j'aimais. Celle-ci avait comme rôle de me cacher ma misère, ma solitude, mon infortune. J'espérais qu'elle aurait pu accomplir tout ce que "moi" je n'avais pas pu être. Mais elle n'est plus là, je suis abandonné, seul, perdu. Sans elle, je ne suis rien. Alors je pleure. Non parce qu'elle est partie, mais parce que je demeure. Je suis seul.

Parvenir à ce point est très difficile. Il est difficile de simplement admettre, "je suis seul", de ne pas ajouter : "comment me débarrasser de cette solitude ?" ce qui serait une évasion. Il est difficile d'être parfaitement conscient de cet état et d'y demeurer, de voir son mouvement. Graduellement, si je lui permets de se révéler, de s'ouvrir à moi, je vois que je souffre parce que je suis perdu ; mon attention se trouve malgré moi attirée vers quelque chose que je n'ai pas envie de regarder ; quelque chose m'est imposé qu'il me déplaît de voir et de comprendre. Et d'innombrables personnes sont là pour m'aider à m'évader : des milliers de personnes soi-disant religieuses, avec leurs croyances, leurs dogmes, leurs espoirs et leurs fantaisies: "c'est votre karma", "c'est la volonté de Dieu" ... vous connaissez toutes ces voies d'évasion. Mais si je peux demeurer avec cette souffrance, ne pas l'éloigner de moi, et ne pas essayer de la circonscrire ou de la nier, qu'arrivera-t-il ? Quel est l'état de mon esprit, lorsqu'il suit ainsi le mouvement de la souffrance ?

La souffrance n'est-elle qu'un mot, ou est-ce un fait ? Si c'est un fait, le mot, au point où j'en suis, n'a plus de sens ; il n'y a en moi que la perception d'une intense douleur. Une douleur par rapport à quoi ? Par rapport à une image, à une expérience, à quelque chose que je n'ai pas (lorsque je l'avais, je l'appelais plaisir). La douleur, la peine, est par rapport à quelque chose. Ce "quelque chose", n'est-ce qu'une représentation de mon esprit ou est-ce une réalité ? Si la souffrance n'existe que par rapport à quelque chose, il est important de savoir ce qu'est ce "quelque chose". De même que la peur n'existe pas "en soi" mais est toujours la peur de quelque chose, la souffrance est toujours en relation avec un individu, un incident, un sentiment. Me voici maintenant pleinement conscient de la souffrance. Est-elle distincte de moi, ne suis-je que l'observateur qui la perçoit, ou est-elle "moi" ? Lorsqu'il n'y a pas un "observateur" qui souffre, la souffrance est-elle autre chose que moi-même ? Je "suis" elle. Et alors que se passe-t-il ? Il n'y a pas de mot, pas d'étiquette qui vienne écarter cette douleur en lui donnant un nom. Je ne suis que cela, cette souffrance, ce sentiment d'agonie. Et lorsque je ne suis que cela, que se produit-il ? Lorsque je ne la nomme pas, lorsqu'il n'y a pas de peur suscitée par elle, est-ce qu'il existe une relation entre cette souffrance et le moi en tant que centre de conscience ? Si ce centre est en état de relation avec cette souffrance, il en a peur. Mais s'il "est" cette souffrance même, que peut-on faire ? Il n'y a rien que l'on puisse faire. On "est" cela, on ne peut ni l'accepter ni le refuser, ni lui donner un nom. Si vous "êtes" cela, qu'arrive-t-il ? Pouvez-vous encore dire que "vous" souffrez ? Mais déjà une transformation fondamentale s'est produite. Il n'y a plus le "je" souffre, parce qu'il n'y a pas de centre pour souffrir. Le centre ne souffre que parce que nous n'avons pas examiné ce qu'est ce centre. Nous ne vivons qu'en passant d'un mot à un autre mot, d'une réaction à une autre réaction. Nous ne disons jamais: "voyons ce qu'est cette chose qui souffre".

Et on ne peut pas la voir en se forçant, en se disciplinant. Il faut regarder avec intérêt, avec une compréhension spontanée. Et alors on s'aperçoit que ce que nous appelions souffrance, douleur, et que nous cherchions à éviter ou à discipliner, que tout ce processus a disparu. Tant que je ne suis pas en relation avec cette souffrance comme si elle était extérieure à moi, le problème n'existe pas. Dès que j'établis un rapport entre elle et moi, comme si elle m'était extérieure, le problème existe. Tant que je considère ma douleur comme une chose extérieure - "je souffre parce que j'ai perdu mon frère, parce que je n'ai pas d'argent, à cause de ceci ou cela" - j'établis une relation entre elle et moi et cette relation est fictive. Mais si je "suis" elle, si je vois ce fait, tout est transformé, tout a un autre sens. Car je suis dans un état d'attention totale, d'attention intégrée et ce qui est complètement considéré est complètement compris et dissous. Alors il n'y a pas de peur et, par conséquent, le mot "affliction" n'existe pas."


Jiddu Krishnamurti.

Le regard des autres.

Par Le 11/01/2010

Merci à Claude-Alain Luthi, ami précieux.
Suis-je ce que je vois dans le regard des autres ?

Non. Tout d’abord, ce qu’on CROIT voir dans le regard des autres, c’est ce qu’on y projette : c’est ce qu’on croit être. C’est un reflet de l’image qu’on a de soi, terni par ses doutes, ses craintes et ses complexes.

Le timide croit être ce qu’il voit dans le regard des autres. Et comme il n’a pas confiance en lui, il y voit quelque chose d’imparfait, d’inadéquat et dont il a honte.

La réponse est à chercher ailleurs.

Ce que je montre ?

Suis-je ce que je vois en me regardant dans un miroir, en m’écoutant parler ?
Non. Parce que croire que l’on est ce que l’on montre, revient à dire que ce que l’on ne montre pas n’existe pas, ou nous est étranger.

Ca revient à nier toute vie intérieure, toute profondeur.

Le narcissique qui mise tout sur son apparence, jusqu’à être fasciné par son image, n’est finalement qu’un névrosé soumis au regard des autres et à leur approbation - un timide extraverti, parce qu’il ignore tout de qui il est : il a besoin du regard des autres pour se sentir visible, il ne se comprend qu’à travers le regard des autres.

Ce qu’on me dit que je suis ?

Ça … ça dépend de vous : si vous êtes un mouton, alors oui, vous êtes ce que le troupeau vous dit que vous êtes. Un mouton.

Certaines personnes, désespérées par leur désir de trouver leur place, leur besoin de reconnaissance et d’approbation, passent leur vie à essayer de se conformer aux attentes des autres. Pour faire plaisir, pour ne pas avoir d’emmerdes, pour ne pas sentir le poids de la pression sociale, qui fait peur et pousse à regarder en soi.

Ces personnes, encore une fois, croient être ce que leur renvoie le regard des autres, parce qu’elles ignorent où regarder pour se voir réellement et comprendre qui elles sont réellement - ou alors, parce que ça ne les intéresse pas, et qu’elles veulent simplement une vie peinarde et sans histoires.
Vous, je sais pas, mais pour moi, une vie sans histoires c’est pas la vie.

On est ce qu’on veut être ?

Non.

Si on était ce qu’on veut être, je serais une rock star.

Bon, assez de taquinerie. La réponse est finalement simple.

On est ce qu’on OSE être (et dans une certaine mesure, ce qu’on pense être).
Sans vouloir faire dans le dramatique, prenez 5 minutes pour réfléchir à ça et à ce qui suit.

On est ce qu’on ose être

C’est ce que tu oses faire dans / de ta vie qui définit les contours de celle-ci.
Ta personnalité est délimitée par l’image que tu as de toi : ce que tu crois être, ce dont tu es fier en toi, ce dont tu as honte, tes croyances limitantes (”Je suis un looser”), tes complexes… Ta personnalité va s’épanouir à l’intérieur de ces limites.

… sachant que c’est l’image que tu as de toi et la richesse / solidité de ta personnalité qui conditionnent ta propension (ta tendance et ta capacité) à prendre des risques et à oser aller de l’avant pour affronter l’inconnu et avancer / évoluer dans ta vie.

En fait :

1. On est ce qu’on ose faire et être

2. On ose faire et être ce qu’on pense AVOIR LE DROIT et ÊTRE CAPABLE d’oser faire et être.
Un timide qui pense qu’il ne vaut rien, ou que tout est compliqué et que de toute façon, c’est un looser, aura du mal à développer une personnalité riche et équilibrée, et aura du mal à vivre une vie passionnante.

Une personne qui pense que le monde l’attend, et qu’il lui suffit d’aller chercher ce que la vie a à lui offrir aura une vie bien plus intéressante. Chaque vie se vaut, nous sommes d’accord, mais à choisir, je prends celle-là et pas celle du timide.

Une autre façon de se définir est de dire qu’on est la somme de ses expériences et de ses rencontres. Oui, c’est vrai - mais finalement, la somme de ses expériences et rencontres, c’est tout ce qu’on a osé faire et être dans sa vie.

Si les seules limites dans la vie à ce qu’on peut accomplir, construire et conquérir, c’est ce qu’on pense avoir le droit et être capable d’oser faire et être (hormis le facteur « difficulté technique / physique, qui se travaille malgré tout), alors travailler sur ses croyances limitantes et sa perception de soi et du monde ouvre des perspectives quasi illimitées à celui qui veut réussir sa vie.

Et là, comme toujours, tout est question de courage intellectuel et de volonté.
A vous de voir :-))

Pour finir, une réflexion intéressante, lue sur le net en réponse à quelqu’un qui posait la question “est-on ce qu’on veut être” :

Nietzsche a dit : “Deviens ce que tu es.”
Pour lui, chaque homme fabrique deux représentations de lui même : ce qu’il est d’une part et ce qu’il voudrait être d’autre part. Pour l’homme qui agit (et cela répond grandement à ta question, à savoir l’acte qui est la mise en œuvre de notre volonté de devenir “ce qu’on veut être”) pour atteindre son idéal, la différence s’estompe et ne reste réelle que dans la représentation que nous avons de nous même. Ainsi, d’une certaine façon, nous nous efforçons à devenir ce que nous sommes déjà en un sens : devenons ce que nous sommes."

L'Amour véritable

Par Le 11/01/2010

L'amour.
Faut-il le confondre avec le désir ? L’amour se réduit-il au désir et à la recherche du plaisir ? Le désir engendre l’attachement qui, pour la plupart d’entre nous, est effectivement confondu avec l’amour. On dit que l’on aime quelqu’un tant qu’il répond à notre demande affective, notre demande de sécurité : quand il nous appartient. Au moment où il se détourne de nous, apparaît la jalousie, le mépris et la haine. L’attachement tisse des liens serrés qui étouffent et emprisonne. Il ligote l’un et l’autre, il interdit l’amour. Il interdit la liberté de l’autre, aussi est-il perpétuellement remis en cause. L’attachement engendre l’amour passionnel et l’amour passionnel se mue en haine passionnelle. Ce nous disons en fait, c’est : « Tant que vous m’appartenez, je vous aime, dès l’instant où vous ne m’appartenez plus je vous hais » ! ! L’attachement est possessif, il est aussi prédateur que le désir dont il est la manifestation directe. Est-ce cela l’amour ? Si nous aimions vraiment, nous saurions laisser l’autre libre « lorsque l’on aime, il faut être libre, non seulement de l’autre personne, mais par rapport à soi ».

Faut-il faire de l’amour un devoir ? Lorsque l’on agit par devoir, y a-t-il de l’amour ? Ce qui est fait par devoir n’est pas fait avec le cœur. L’amour n’est pas comme le respect moral, il ne se commande pas. Tant que l’on s’oblige à agir par devoir, on n’aime pas ce que l’on fait. Inversement, quand l’amour est réellement présent, il y a aussi le respect, car il l'enveloppe. Quand on aime, on respecte celui que l’on aime dans la chaleur de l’affection.

Cela ne veut pas dire pour autant que l’amour soit émotionnel, au sens d’une réaction sentimentale, telles que les larmes du chagrin. Par exemple, quand nous perdons un être aimé, nous pleurons. Mais pour qui pleurons-nous ? Est-ce sur nous-mêmes, parce que nous sommes privés de l’autre en qui nous avions investi une affection ? Mais se prendre soi-même en pitié et pleurer sur soi n’est pas de l’amour. « Lorsque vous pleurez votre frère mort, que ce soit donc pour lui. Il vous est facile de pleurer pour vous en pensant qu’il est parti. En apparence, vous pleurez parce que votre cœur est blessé, mais ce n’est pas pour votre frère que vous souffrez, c’est pour vous, car vous vous prenez en pitié et cette pitié vous endurcit, vous replie sur vous—mêmes, vous rend terne et stupide ». Le déballage de sentimentalisme émotionnel, quand il n’a d’objet que l’ego, n’est pas de l’amour.

Si nous pouvons voir toutes ces confusions et laver en quelque sorte notre compréhension de l’amour que reste-t-il ? Sûrement pas une discipline que nous devrions cultiver. Ce qui peut-être cultivé, c’est la politesse, la gentillesse, le respect. L’amour se donne comme sentiment, il ne se cultive pas comme une vertu. L’amour est le don du soi du cœur qui n’attend pas de retour, qui n’exige pas la réciprocité, le don qui trouve sa joie dans le seul fait de se donner. Il est exprimé dans la pensée : « je vous aime, mais cela ne vous regarde pas » : je ne trafique pas des sentiments, je n’attends rien de vous, je n’impose rien. L’amour se répand comme un fleuve qui suit son cours. « l’amour ne peut prendre naissance que dans un total abandon de soi ». La fleur qui offre son parfum le fait sans calcul et sans intention, elle ne cherche pas à profiter du regard que l’on pose sur elle, elle rayonne ce qu’elle est, libre à vous de respirer son parfum et de jouir de sa beauté ou de vous en détourner. La rose donne de sa beauté sans raison, comme l’amour donne sans attendre. Malheureusement, nos relations sont si intéressées, si égocentriques, que nous raisonnons au sujet de l’amour comme nous le faisons avec les valeurs en bourse. Nous « plaçons » de l’affection et nous exigeons que celle-ci « rapporte », nous voulons « profiter » des autres. Si l’autre se détourne, s’il ne répond pas à notre demande, nous éprouvons de l’amertume, de la jalousie, de la haine. Notre interprétation de l’amour est si sensuelle et si personnelle qu’elle exclue par avance le don de soi. Et il n’y a pas d’amour sans don de soi. Le don de soi n’a pas de limite fixe. L’amour est à la fois personnel et impersonnel, il peut sans contradiction aller vers un seul ou le grand nombre.

L’amour véritable est union et émerveillement, joie du don et de la présence (texte). Le désir ne cesse de demander, l’amour ne cesse de se répandre. L’amour ne saurait être un marchandage avec l’autre afin de lui soutirer de l’affection. C’est pourquoi l’amour peut laisser libre, entourer de soin, aider l’enfant à grandir. L’amour ouvre les yeux, permet de comprendre au lieu de juger. Il révèle en l’autre ce qu’il a de meilleur. Mieux : quand on aime « l’autre » disparaît, il s'efface au sens de la dualité conflictuelle, du face à face. L’amour met l’unité là où d’ordinaire règne la dualité, il nous fait traverser la souffrance de la séparation en donnant l’unité du sentiment.

Extrait du site Philosophie et Spiritualité
lien :
 
Dans le désir il y a une intention, celle de l'accomplissement de ce désir et dès lors il y a une pression qui est exercée sur celui ou celle vers qui se tourne ce désir . Peut-on considérer qu'il y a amour lorsque s'exerce une pression, une attente, une intention ? Ne court-on pas le risque d'être déçu, désillusionné et dès lors faire porter cette déception sur celui ou celle qu'on disait "aimer"?
Ce que j'aime dans la femme que j'aime c'est sa façon d'aimer la vie. Ce n'est pas le fait que son amour se porte vers moi. Si cet amour se porte vers moi c'est que je réponds à sa vision de l'amour, c'est ce qui m'importe. Dès lors cette osmose dans la conception même de l'amour permet le désir sans qu'il n'y aucune intention. Ca n'est qu'un supplément, pas un objectif ou une fin en soi. C'est la plénitude de l'unité qui porte en elle la source du désir et non le désir qui favorise pour sa part la remontée vers la source.

LES ÉGARÉS (roman) 3

Par Le 10/01/2010

 LES ÉGARÉS 

 

Il écoute le silence de la nuit. Et rêve d’un silence intérieur aussi apaisant. Il s’est réveillé et sans même le vouloir, sans aucun désir, sans aucune volonté, les idées tourmentées ont jailli comme une bourrasque. Cette impression de gâchis qui ne le quitte pas. Cet aveuglement constitué par un amour sans parole. Tous ces non-dits étouffés par des attitudes irréfléchies, des étreintes anxiolytiques, des câlins entretenant les somnolences spirituelles. Ca n’était pas de l’amour. Le mot ne convient plus, il ne veut plus le salir, le couvrir des gravats sombres et froids de son histoire, l’entacher d’intentions secrètes. Il ne veut plus user de cet amour machinal pour cautériser les plaies ardentes. C’est un détournement qui le révolte désormais. L’amour n’a pas de projet, il n’a même pas de désir. Il est là, juste là, dans un don immédiat, une énergie constante qui ne cherche rien. C’est le mental de l’homme incomplet qui l’alourdit, l’asphyxie, le ceint d’armures invalidantes. Il n’avait rien compris. Il devine dans la lente exploration de son inconscient défriché des révélations saisissantes, des découvertes inespérées. Mais il doit accepter la moiteur étouffante des airs viciés par les souvenirs purulents, supporter les dards empoisonnés des cauchemars réactivés, les poisons mielleux des enlacements passionnés. Le mental est une jungle indomptée, un inextricable foisonnement de plantes carnivores se dévorant sans cesse les unes les autres, se nourrissant des cadavres putréfiés, se hissant impitoyablement sur les corps écrasés des idées anciennes, pompant dans le terreau inépuisable des refoulements archaïques les sucs névrotiques, les sèves acides des pensées corrompues.

Il doit labourer cette terre souillée par les charognes immondes de ses traumatismes. Rien de lumineux ne pourra pousser dans cette mélasse excrémentielle, ces vases putrides, ces mémoires enkystées.

Le sillon qu’il doit tracer. Il n’a pas le choix. Rien ne pourra guérir tant qu’il refusera de creuser cette tranchée dans la terre brûlée par les anciens incendies, de revivre les drames étouffés par les cendres fossilisées de sa mémoire anesthésiée.

Il sort du duvet. Il fait nuit. Cinq heures trente-deux. Il allume le réchaud. Un café. Un dernier sursis. Il devine déjà les nausées à venir. Il les connaît si bien. Des années de résistance acharnée. L’armée ennemie lui est aussi familière que ses propres forces.

Assis en tailleur, il fixe les flammes bleues et cloisonne son esprit dans le ronronnement régulier du gaz. Il parcourt en pensée le labyrinthe de ses muscles. Les épaules talées par les sangles. Les mollets durcis par les longues remontées. Tout va se mettre en place. Il suffit d’être patient. L’expérience a l’avantage de cloîtrer les inquiétudes vivaces dans des écrins de certitudes. Une journée de marche et les douleurs disparaîtront. Mettre un pas devant l’autre ne signifie pas que l’on sait marcher. L’accomplissement ne survient qu’au-delà des contractures lorsque le corps a réussi à trouver le rythme et les nourritures nécessaires pour épurer les muscles engourdis. Il faut puiser dans les sources les plus profondes. Il doit franchir un seuil, dépasser la lassitude, ignorer les fibres plaintives. La vie horizontale n’autorise pas les dépassements. Elle limite l’individu à des mécaniques anxiolytiques. Il a toujours détesté cette insignifiante platitude, cette absence de vie, ce sommeil paralytique. Les défis physiques qu’il s’est imposé devaient prolonger ses éveils, favoriser les envols. L’impression de mort prématurée à travers les jours glauques de la vie quotidienne le dégoûtait, cette léthargie avilissante le révoltait. Cette nausée comateuse insufflait à l’existence des relents de pourriture, il imaginait son corps se délabrer insidieusement, les tissus se flétrir, les chairs se racornir, la mort l’envahir. Il devait lutter pour rester en vie, c’était la seule issue. Il percevait tous les gens rencontrés au fil du hasard comme des vampires assoiffés de vigueur, des monstres camouflés sous des parures sociales, des costumes fabriqués, des masques trompeurs. Pour combler l’horreur de leur néant intérieur, ces zombies voraces multipliaient les rencontres comme autant de festins à prendre. Il les fuyait et calcinait son écoeurement dans des incendies corporels. Toujours des défenses, des protections outrancières. Un mal ancré.

Des chapelets de bulles remontent du fond de la gamelle. La chaleur insuffle dans le liquide translucide des agitations bénéfiques. Il imagine son esprit clairvoyant animé de pensées lumineuses, des lucidités réveillées par sa vigilance. Le magma de ses traumatismes enfouis bouillonne et cherche une faille. Il ne veut plus cimenter les fissures. Les défis physiques ne doivent plus servir à épuiser les flots révélateurs.

Il verse l’eau sur le café soluble, ajoute du lait concentré, coupe une tranche de pain, étale de la confiture. 

Il voudrait dire à Leslie ce qu’il ressent. Les enceintes se craquellent et il s’en réjouit. La peur s’étiole. Une onde de chaleur le parcourt, une vibration qui l’illumine. Il s’abandonne au sourire qui se dessine.

Il sait qu’il va avancer.

 

Des embryons de clartés pâles gonflent le tissu opaque du ciel quand il charge le sac sur son dos. Douleurs des épaules. Il s’applique à placer correctement les sangles, il vérifie le laçage des chaussures, la hauteur des bâtons de randonnée, regarde machinalement la carte et lance le premier pas. Des étoiles de rosée gorgées de lumières lunaires parsèment de brillances les tapis d’herbes impassibles. Rien ne bruit.

Leslie. Une immense bouffée d’amour. Un sourire ébloui. Un bain pétillant de jouvence. Immédiatement s’éveille la certitude qu’il ne peut retourner vers elle que dans l’épuration de son âme, le cisèlement affiné de ses excroissances morbides. Retrouver le diamant pur. Eclater toutes les cristallisations fossilisées au fil du temps et qui l’alourdissent, l’enlaidissent, l’isolent dans une gangue néfaste. Il reconnaît aussitôt que ce polissage le concerne intimement et que vouloir l’entamer pour Leslie est une erreur. Ca ne serait qu’un enfermement supplémentaire, une projection mentalisée, une supplique existentielle, le désir d’une reconnaissance. Il sait que Leslie l’accueillera s’il parvient enfin à être ce qu’il porte, à se libérer de ses fardeaux. Il doit exister pour lui au lieu de vouloir vivre à travers les regards des autres. Et même ceux de Leslie.

Edgar Morin

Par Le 10/01/2010

"L'orientation développement/envelop-pement signifie que l'objectif n'est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de l'efficacité, de la rentabilité, du calculable, il est aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, le grand retour à la vie intérieure et au primat de la compréhension d'autrui, de l'amour et de l'amitié."

 

 

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/09/eloge-de-la-metamorphose-par-edgar-morin_1289625_3232.html

 

N'oubliez pas la deuxième page.

 

 

Apprendre à aimer

Par Le 08/01/2010

 

Un meurtrier ne tue pas par méchanceté mais parce qu’il aime les impulsivités qui le domine, parce qu’il aime les actes dans lesquels il se retrouve, dans lesquels il se sent exister. Sa victime n’est pas un ennemi mais l’opportunité de s’aimer davantage.

Un militaire peut tuer par amour pour sa patrie, par amour pour les ordres, par amour pour les armes, par amour pour les idées qui le conditionnent.

Les marins d’un baleinier tuent par amour pour l’argent.

Les politiciens mentent par amour du pouvoir.

Les dictateurs tuent par amour d’eux-mêmes.

 

 

Nos actes sont en grande partie générés par cet amour que nous nous portons. Amour pour nos idées, nos passions, nos obsessions, nos certitudes, amour de la confrontation, toujours ce désir de convaincre… Tout est porté par cet amour pour nous-mêmes.

 

Lorsque nous aimons une autre personne, ne cherchons-nous pas en priorité à recevoir ce qui nous conforte dans cet amour narcissique ? Que l’autre en vienne à ne plus apporter cette nourriture égotique et nous le repousserons. Et si l'amour est vraiment là et qu'il reste à s'en réjouir, il convient d'accepter l'idée que même celui qui aime l'autre, aime ce qu'il fait et s'aime à travers cet amour qu'il donne. Il ne s'agit nullement d'une critique ou d'une présentation qui se voudrait cynique et désabusée. Pour moi, il n'y a rien de néfaste dans cet état de fait. C'est juste une réalité.

 

Nous sommes des toxicomanes de l’amour propre. Cet amour qui nous forme, qui nous identifie, qui nous remplit, qui nous conditionne. Personne d’autre que nous n’en est responsable. Personne d'autre que nous n'est à même de travailler sur cette affliction... Encore faut-il l'admettre. 

 

L’état de la planète, l’état de l’humanité ne sont-ils pas les reflets de cet amour personnifié, individualisé, détourné ?

Nous avons appris à aimer ce que nous portons, appris à respecter les valeurs que nous avons reçues. Il ne s’agit que d’amour et nous aimons ce fonctionnement.

 

Ne devrions-nous pas apprendre à ne plus aimer ?

Cet ego qui fait qu’un industriel n’ira jamais contre son amour et sa fascination pour l’argent, le pouvoir, sa capacité à transformer la matière en valeur ajoutée, sans aucune considération pour l’équilibre ou le respect de la vie, cet amour qu’il porte et qui détruit, la solution ne serait-il pas de l’en priver ?

Mais c’est évidemment impossible… Le mal est fait et c’est pour son bien. Pourquoi s’en priverait-il ?

Alors ne devrions-nous pas apprendre à nos enfants à ne pas aimer ?

L’expression est trop effroyable…

 

Alors c’est qu’il faut aimer autrement.

Ou commencer à aimer vraiment.

Il ne s’agit pas de s’aimer soi mais d’aimer ce qui vit en soi. Et dès lors, cet amour devient universel puisque ce qui vit en soi vit de la même façon où que je sois.

L’industriel ne pourrait plus détruire ce qui est en lui.

L’enfant ne pourrait plus détruire gratuitement la vie de cette plante qu’il arrache.

L’agriculteur ne disperserait plus d’engrais chimiques au cœur de la vie qui est en lui.

Les Amérindiens connaissaient cet amour. Nous n’y avons vu que des « sauvages. » Les Aborigènes, les Inuits, les Tchouktches, les Lapons, les Mentawais, les Kogis… Nous les exterminons à travers la mondialisation car ils sont les images maintenues de notre violence et c’est insupportable à contempler.

 

Nous ne sommes que des images multiples de la vie. Nous n’existons pas individuellement autrement que sous la forme d’images. La source est commune, les gouttelettes sont innombrables.

Nous avons appris à aimer les gouttelettes jusqu’à oublier l’océan. Et chaque gouttelette, lorsqu’elle en vient à n’aimer qu’elle, porte en elle la destruction de l’océan, son assèchement.

 

Nous ne savons pas aimer parce que nous sommes enfermés dans notre amour pour nous-mêmes.

Beaucoup pensent qu'il s'agit de liberté.

 

"La vie en société me permet de vivre comme je l'entends, dans le respect des lois et ça me convient."

 

Mais il n'y a pas eu de choix. Le lieu de naissance ne nous appartient pas. Tout ce que nous connaissons dans notre début d'existence conditionne la suite, c'est inévitable. Nous nous adaptons à notre geôle originelle. Et il arrivera même un moment de l'existence où la personne sera en mesure, si tout se passe pour le mieux, de quitter ce lieu, d'aller chercher une autre terre, voir si c'est plus vert ailleurs. C'est une liberté que certains n'ont même pas. A moins de risquer sa vie.

Nous sommes donc libres, selon la majorité. 

Nous sommes libres par exemple de prendre l'avion pour aller passer les fêtes de fin d'année dans un pays exotique. Juste un exemple de tout ce que notre liberté nous autorise. Et tout est pour le mieux puisque j'en suis heureux. Cela signifie donc que notre liberté de nous comporter comme bon nous semble, dans la limite des lois, n'induit aucune restriction quand il est pourtant évident que cela porte atteinte à tous, c'est à dire à la Terre et au clan.

 

"Les Kogis ne prennent pas l'avion.

-Oui, mais ce sont des sauvages qui se contentent de leurs montagnes. Ils ne voient pas l'intérêt de voyager. 

-Si, ils voyagent, ils se déplacent même beaucoup, mais à pied.

-Ils vont à pied parce qu'ils n'ont pas les moyens de prendre l'avion. Ils ne sont pas libres de faire tout ce que nous on peut faire.

-Ils sont libres autrement."

Etc etc etc... Discussion sans fin.

 

 

Un iceberg fondu n’a pas disparu, il a juste réintégré la source.

C’est cette disparition qui nourrit notre peur. On apprend aux enfants à se lancer dans le monde comme autant de gouttelettes uniques. L’erreur est effroyable et il y a parmi eux les futurs industriels, les futurs baleiniers, les futurs financiers, les futurs politiciens, les futurs assassins, tous ceux qui vivront dans l’hallucination de leur amour pour eux-mêmes.

 

L’humanité ne connaîtra l’amour que lorsqu’elle aura disparu dans l’océan d’amour pour la vie.

Ça prendra le temps qu’il faudra. Et si l’humanité n’y parvient pas et se condamne, ça n’a aucune importance pour l’océan de vie. Son imagination est sans limite.

Il ne s'agit donc pas de ne pas s'aimer mais d'aimer ce qui vit en tout.
Dès lors il est possible et même sain de nous aimer puisque cette vie a jugé bon et sain de vivre en nous.
Au lieu d'être le point central de notre amour nous en devenons l'élément secondaire mais pourtant indispensable.
 
Aimer l'océan avant d'aimer la gouttelette. 
 

 

La légèreté.

Par Le 07/01/2010

"Puisqu'on ne peut être universel et savoir tout ce qui se peut savoir sur tou, il faut savoir peu de tout.
Car il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d'une chose; cette universalité est la plus belle."
Blaise Pascal.
J'aime dans ce texte l'idée que l'individu gagne sa liberté en s'ouvrant à tous les savoirs dans la mesure du possible plutôt que de voir l'individu courir le risque de s'enfermer dans un savoir limité par l'horizon qu'il propose.
Cette recherche et cette ouverture vers d'autres horizons, cette interdiction que je m'impose à refuser ce qui n'entre pas dans le cadre de mon éducation, je la vois comme la possibilité pour l'égo de ne pas établir sa préséence sur un piédestal mais bien plutôt pour l'égo la nécessaire extension depuis une base sans cesse rejointe. On pourrait y voir une certaine similitude avec le Sysiphe de Camus sauf que le rocher, c'est ce savoir qui redescend sans cesse au pied de la montagne. Il faut à mon sens lâcher ses certitudes et s'astreindre à se charger de nouveaux fardeaux.
Peut-être qu'à force de me charger ainsi je finirai par découvrir la légèreté.

Les Amérindiens.

Par Le 06/01/2010

Le destin des Indiens d'Amérique annonçait celui de l'ensemble des habitants de la planète qui assistent impuissants à la destruction de leur environnement, après la confiscation de leur espace et de leurs ressources.

Le message des Indiens est aussi une source de sagesse, fondée sur le respect de la nature et la compréhension de "l'Esprit qui est en toute chose"...

 

 

"Mes jeunes gens ne travailleront jamais.
Les hommes qui travaillent ne peuvent rêver. Et la sagesse nous vient des rêves."

Smohalla, chef indien Sokulls

 
"Le Grand Esprit nous a donné une vaste terre pour y vivre, et des bisons, des daims, des antilopes et autres gibier. Mais vous êtes venus et vous m'avez volé ma terre. Vous tuez mon gibier. Il devient dur alors pour nous de vivre.
Maintenant vous nous dites que pour vivre, il faut travailler. Or le Grand Esprit ne nous a pas fait pour travailler, mais pour vivre de la chasse.

Vous autres, hommes blancs, vous pouvez travailler si vous le voulez. Nous ne vous gênons nullement. Mais à nouveau vous nous dites « pourquoi ne devenez-vous pas civilisés? » Nous ne voulons pas de votre civilisation ! Nous voulons vivre comme le faisaient nos pères et leurs pères avant eux."

Crazy Horse, grand chef Sioux du clan Oglalas

 
"Vous êtes déjà si misérables que vous ne pouvez le devenir plus. Quels genre d'homme doivent être les Européens? Quelle espèce de créature choisissent-ils d'être, forcés de faire le bien et n'ayant pour éviter le mal d'autre inspiration que la peur de la punition? (...) L'homme n'est pas seulement celui qui marche debout sur ses jambes, qui sait la lecture et l'écriture et montrer mille exemples de son industrie...

En vérité mon cher frère, je te plains du plus profond de mon âme. Suis mon conseil et devient Huron. Je vois clairement la profonde différence entre ma condition et la tienne. Je suis le maître de ma condition. Je suis le maître de mon corps, j'ai l'entière disposition de moi-même, je fais ce qui me plaît, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains absolument aucun homme, je dépends seulement du Grand Esprit.

Il n'en est pas de même pour toi. Ton corps aussi bien que ton âme sont condamnés à dépendre de ton grand capitaine, ton vice-roi dispose de toi. Tu n'as pas la liberté de faire ce que tu as dans l'esprit. Tu as peur des voleurs, des assassins, des faux-témoins, etc. Et tu dépends d'une infinité de personne dont la place est située au-dessus de la tienne. N'est-ce pas vrai ?"

Kondiarionk, chef Huron, s'adressant au baron de Lahontan, lieutenant français en Terre-Neuve

 

"Les hommes blancs annonçaient bien haut que leurs lois étaient faites pour tout le monde, mais il devint tout de suite clair que, tout en espérant nous les faire adopter, ils ne se gênaient pas pour les briser eux-mêmes.

Leurs sages nous conseillaient d'adopter leur religion mais nous découvrîmes vite qu'il en existant un grand nombre. Nous ne pouvions les comprendre, et deux hommes blancs étaient rarement d'accord sur celle qu'il fallait prendre. Cela nous gêna beaucoup jusqu'au jour où nous comprîmes que l'homme blanc ne prenait pas plus sa religion au sérieux que ses lois. Ils les gardait à portée de la main, comme des instruments, pour les employer à sa guise dans ses rapports avec les étrangers."

Pachgantschilhilas, chef des Delawares

 
"Chaque année notre envahisseur blanc devient plus avide, exigeant, oppressif et autoritaire... La misère et l'oppression, tel est le lot qui nous échoit... Ne sommes-nous pas dépouillés jour après jour du peu de liberté qui nous reste ?

A moins que les tribus ne se liguent unanimement pour modérer les ambitions et l'avidité des Blancs, ils nous auront bientôt tous conquis et désunis, nous serons chassés de notre pays natal et éparpillés comme les feuilles d'automne par le vent."

Tecumseh, chef Shawnee, en 1812

 
"Nous ne voulons pas des chariots de feu qui font du bruit (trains à vapeur) sur les terrains de chasse au bisons. Si les Visages Pâles s'avancent encore sur nos terres, les scalps de vos frères seront dans les wigwams des Cheyennes. J'ai dit !"

Roman Nose, chef-guerrier des Cheyennes, s'adressant au général Palmer en 1866 dans le Kansas

 

"Regardez mes frères, le printemps est venu, la terre a reçu les baisers du soleil et nous verrons bientôt les fruits de cet amour. Chaque graine est éveillée, et de même, tout animal est en vie. C'est à ce pouvoir mystérieux que nous devons nous aussi notre existence. C'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même nos voisins animaux, autant de droit qu'à nous d'habiter cette terre.

Cependant écoutez-moi mes frères, nous devons maintenant compter avec une autre race, petite et faible quand nos pères l'ont rencontrée pour la première fois, mais aujourd'hui, elle est devenue tyrannique. Fort étrangement, ils ont dans l'esprit la volonté de cultiver le sol, et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ce peuple a fait des lois que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour eux seuls et ils se barricadent contre leurs voisins. Ils défigurent la terre avec leurs constructions et leurs rebuts. Cette nation est comme le torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage."

Tatanka Yotanka, ou Sitting Bull, grand chef Sioux

 
"Frère, notre territoire était grand et le vôtre était petit. Vous êtes maintenant devenus un grand peuple, et il nous reste à peine l'espace pour étendre nos couvertures. Vous avez notre pays, mais cela ne vous suffit pas. Vous voulez nous forcer à épouser votre religion.

Frère, continue à écouter. Tu te dis envoyé ici pour nous apprendre à rendre le culte au Grand Esprit d'une manière qui lui soit agréable. Et tu prétends que si nous n'adoptons pas la religion que vous les Blancs vous prêchez, nous seront malheureux ici-bas. Tu dis être dans le vrai et que nous sommes perdus. Comment pourrions-nous vérifier la vérité de tes paroles? (...)

Frère, tu dis qu'il n'y a qu'une seule façon d'adorer et de servir le Grand Esprit. Si il n'y a qu'une religion, pourquoi le peuple blanc est-il si partagé à ce sujet? Nous savons que votre religion est écrite dans un livre. Pourquoi n'êtes-vous pas tous d'accord, si vous pouvez tous lire le livre?

Frère, nous ne comprenons pas ces choses. On nous dit que ta religion a été donnée à tes ancêtres, et s'est transmise de père en fils. Nous aussi nous avons une religion que nos ancêtres ont reçue et nous ont transmise, à nous, leurs enfants. Nous rendons le culte de cette manière. Il nous apprend à être reconnaissants pour toutes les faveurs que nous recevons, à nous aimer les uns les autres et à être unis. Nous ne nous querellons jamais à propos de religion parce que c'est un sujet qui concerne chaque homme devant le Grand Esprit."

Sa-go-ye-wat-ha, ou Red Jacket, chef Seneca (Iroquois) et grand orateur des Six Nations

 

 

La 11eme heure, le dernier virage.

Par Le 05/01/2010


"La 11è heure, le dernier virage"

"La 11è heure" est une profonde réflexion sur l'homme et sa relation avec l'environnement, un film qui rejoint "Home" de Yann Arthus Bertrand dans la prise de conscience du parcours de l'humanité.

Pendant des millénaires, l'homme avait pour seule source d'énergie le Soleil. Les végétaux tirent leur énergie du Soleil, et l'homme utilisait ces végétaux pour se nourrir, pour s'habiller ou pour se chauffer. Il utilisait aussi les animaux, nourris eux-mêmes par les végétaux, donc là encore par le Soleil. La quantité maximale d'énergie disponible pour l'humanité était donc déterminée exclusivement par l'énergie reçue du Soleil et transformée par d'autres organismes vivants. Tant que cette limite a existé, la population humaine est toujours restée en dessous de 1 milliard.

Puis, l'homme a découvert le moyen d'utiliser des énormes réserves d'énergie solaire: les carburants fossiles, c'est à dire "l'énergie de millions d'arbres pendant des millions d'années", comme le dit très bien Yann Arthus Bertrand dans "Home". Il y eut d'abord le charbon, puis une énergie encore plus concentrée avec le pétrole et le gaz.

Dès lors, en 150 ans (c'est à dire une fraction de seconde dans l'histoire de la Terre), les moyens de la civilisation humaine ont été décuplés, permettant à l'homme d'améliorer radicalement son confort matériel, de voyager ou de transporter des marchandises facilement d'un bout à l'autre de la planète, d'édifier de gigantesques mégapoles, d'exploiter encore plus de ressources naturelles, de transformer des milliards de tonnes de matières premières en objets matériels, et même d'aller sur le Lune.

Mais cette énergie a aussi donné à l'humanité davantage de puissance destructrice, rendant possible des guerres et une pollution de l'environnement à une échelle inédite.

Enfin, ce pactole énergétique a permis d'augmenter considérablement la production agricole, ce qui a rendu possible l'augmentation exponentielle du nombre d'humains sur la planète.

Toute la société que nous connaissons a été édifiée sur le pétrole. Or le pétrole est en voie d'épuisement, et son utilisation massive est en train de provoquer un réchauffement climatique (bien réel) dont les conséquences seront la disparition de l'humanité (ou son retour à l'âge de pierre) dans le cas d'un emballement probable de ce réchauffement si la température globale augmente de plus de 2°.

Beaucoup de choses concernant le futur sont incertaines. Mais il existe un petit nombre de choses absolument certaines et prévisibles. Et l'une de ces certitudes est que notre modèle de société fondé sur le pétrole est condamné à brève échéance.

 

Sur ce site, vous pouvez voir le film.

http://blog.syti.net/index.php?article=236

 

Conscience.

Par Le 03/01/2010

Il y a une chose qui m'interpelle. Dans l'évolution de l'enfant, il existe une période, la petite enfance, pendant laquelle l'enfant parle de lui à la troisième personne.
"Thierry a faim, Thierry veut aller jouer dans la neige ^^."
En fait, le langage est en majeure partie, il me semble, le reflet des ressentis, des sentiments, des désirs, de tout ce qui est "corporisé"( le corps émotionnel).
Et puis l'enfant évolue et finit par se représenter lui-même, par s'identifier, par se conscientiser...La socialisation et l'acquisition du langage sont prépondérants. (il n'est qu'à voir les "enfants sauvages")
C'est à cette période que s'installe le dualisme, ce qui est moi et ce qui n'est pas moi. La rupture avec l'immanence du "petit animal" est consommée. L'enfant est une personne.
Cette évolution ne s'est pas faite par les perceptions corporelles mais par la pensée. Ce n'est pas un phénomène inné mais généré par l'environnement. La conscience se construit par la pensée.
Bon, c'est très sommairement résumé évidemment...
Maintenant, ce qui m'embête, c'est que cette évolution de la conscience se fige dans ce dualisme et ne fusionne pas avec la "conscience" primaire du corps émotionnel.
N'y aurait-il pas une troisième étape à franchir dans l'osmose consciente de ces deux entités ?
Ces gens qui se guérissent eux-mêmes et pour lesquels la médecine n'a aucune explication ne sont-ils pas entrés dans une conscience "supérieure", comme une étape supplémentaire reliant la conscience émotionnelle et la conscience réflexive. Bien au-delà de celle vécue par le petit enfant bien évidemment. Une certaine forme de complétude, comme si au lieu de rester segmentés, ils parvenaient à créer une conscience énergétique.
Je ne suis pas celui qui se pense, je ne suis pas celui qui se ressent, je suis celui qui créé la fusion de toutes les consciences.

 
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