L'esprit de solitude

Oh, combien, je me retrouve là...Tout ce que j'ai essayé de traduire dans "les Eveillés. "


L'esprit de solitude de Jacqueline Kelen :
http://www.psychologies.com/Moi/Moi-et-les-autres/Solitude/Livres/L-Esprit-de-solitude

La solitude est un cadeau royal que nous repoussons parce qu’en cet état nous nous découvrons infiniment libres et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins préparé.

L’« égo », que toute quête spirituelle authentique conduit à soumettre ou à effacer, représente un noyau de fermeture, d’unique préoccupation de soi, d’arrogance, qui rend un individu vampirique, épris de pouvoir et destructeur. C’est l’égo qui résiste le plus, qui revient l’assaut le plus souvent, qui grossit sans problème.

Le moi, qui reflète une individualité particulière, est fait d’héritage humain et de conditionnements divers. Il dépend de l’histoire, de la société, de la psychologie, de la génétique. Quoique particulier, d’apparence non semblable aux autres, il est un produit. Il recherche la conservation de soi, la sécurité et la survie. Il se rallie au plus grand nombre, il est à la fois narcissique et grégaire. C’est le « gros animal » qu’évoque Platon, qui reproduit les opinions, les modes et les préjugés de la foule, au lieu de mener une recherche personnelle. Gros animal manipulable à merci. (De nos jours, le gros animal se plait dans toutes les manifestations collectives, dans les loisirs de masse et il s’exprime par les sondages.

Le « je » affirme sa différence, il se dégage des divers conditionnements, il s’élève au-dessus de la conscience collective commune. Il exerce son jugement et son libre-arbitre. Il est auteur de ses pensées et de ses actes, il se sent responsable. Là où le « moi » revendique et réclame des droits, le « je » se reconnaît des devoirs. C’est l’individu conscient, singulier, en marche. Il se met en question, il est capable d’évoluer, de se transformer, tandis que l’« égo » demeure statique, lourd, tentaculaire, et que le « moi » reste dépendant et esclave. Seul ce « je « est capable d’éveil.

On comprend qu’une société matérialiste, coupée du sacré, uniquement préoccupée de possessions et de pouvoir, ne prenne en compte chez l’être humain que l’« égo » et le « moi » et les flatte exclusivement ; et qu’elle empêche, surveille ou limite toute émergence du « je » qui conduirait à la grande, à la seule Liberté.

Cette voie royale du « je » est une voie de solitude. Celui qui a maîtrisé ou dissous son « égo » et qui a pris des distances avec son « moi » se retrouve dès lors séparé d’un bon nombre de ses contemporains. Cette distance qui s’est instaurée entre la foule et lui est invisible mais irréversible, elle se nomme conscience et elle surgit en certains instants de manière inattendue.

Personne ne nous apprend à être seul. Au contraire, toute éducation, qu’elle soit dispensée par la famille ou à l’école, vise à ne jamais laisser l’enfant dans le silence, face à lui-même : on l’oblige à jouer avec ses camarades, à faire partie d’une équipe sportive, à embrasser les cousins éloignés et à parler avec les amis des parents, bref, à « communiquer » et à « s’intégrer », ces 2 poncifs tyranniques de la société contemporaine.

Depuis qu’il est né, on l’a détourné de sa solitude : on lui fait croire que sans les autres, il ne sert à rien. Lui qui n’a jamais appris à compter sur lui, à se connaître et à se faire confiance, le voici démuni, apeuré. Sans les autres, il n’existe pas, mais il se rend compte que « les autres » n’ont pas de visage, que la foule est une abstraction, et ce qu’on appelle avec emphase « l’humanité » terriblement dépourvue de chaleur humaine.

Les êtres qui chérissent la solitude sont souvent considérés comme des misanthropes : ils n’apprécient pas les bains de foule, les stades vociférants, les manifestations dites populaires, donc ils méprisent ou détestent leurs semblables.
Or le solitaire n’est pas celui qui n’aime pas les autres mais celui qui apprécie certains autres, celui qui en tout fait preuve d’élection et cultive les affinités. Le solitaire a le sens de l’amitié, qui célèbre une relation unique entre 2 personnes, tandis que de toute part est martelé le mot d’ordre de solidarité, qui fait référence à des populations indistinctes. Il préfère toujours la rencontre particulière à la dilution dans une collectivité. Pour lui, l’individu est d’un grand prix et c’est le mépriser profondément que de le traiter en termes généralisateurs : les jeunes, les travailleurs, les immigrés, les sans-abri…

La solitude s’avère le contraire de l’égocentrisme, du repliement sur soi et de la revendication pour sa petite personne. Le véritable solitaire se passe de témoins, de courtisans et de disciples.
Le solitaire sait qu’il a beaucoup à apprendre alors que la plupart ne cherchent qu’à enseigner, à avoir des disciples.
Il lit, écoute, réfléchit, mûrit ses pensées comme ses sentiments. En cet état, il pèse le moins possible sur autrui : il ne cherche pas, au moindre désagrément, une oreille où déverser ses plaintes, il ne rend pas l’autre responsable de ses faiblesse et de ses incompétences, il ne peut exercer sur personne un chantage collectif.
La solitude est bien une école du respect de l’autre et de maîtrise de soi.

Vivre ainsi, c’est choisir la voie buissonnière, c’est aussi prendre le maquis. Et à tout instant aimer l’imprévisible. Tant que l’on n’a pas compris que la solitude est une force et une alliée, on accepte l’assujettissement et le compromis. Il n’est pas de remède à la solitude, c’est elle qui nous sauve de la médiocrité et de l’abêtissement.

Affronter sa solitude revient à aborder sa peur, surtout la peur de mourir, et à mesurer sa propre puissance. Tant qu’un individu demeure accroché aux autres, tant qu’il craint le jugement d’autrui, il ne sait pas de quoi il est véritablement porteur.
Or, la traversée de la solitude ne débouche pas sur le néant mais sur une mise au monde.

Savoir accueillir la solitude comme une amie rend plus fort et plus libre face aux épreuves et devant la mort –ce qui ne veut pas dire moins sensible. La fermeté d’âme n’a jamais empêché les élans du cœur.

La solitude n’a rien de triste, mais elle a la gravité de l’amour, de la beauté, des choses essentielles. Elle enjoint de vivre avec courage, lucidité et attention. Envisager chaque être comme une solitude, comme un monde à part, est le plus grand respect que nous puissions accorder.

Être seul, c’est se tenir devant l’inconnu. Et prendre le risque de cet inconnu.

L’épreuve de solitude, belle comme une rencontre et difficile comme une maladie, a pour sens d’ouvrir et de défricher nos terres intérieures.
Le premier fruit de solitude que l’on recueille est d’émerveillement et d’intensité : je me découvre unique, irremplaçable et d’un grand prix.

Finalement, notre appréhension de la solitude, notre volonté de la combattre ou de la déprécier serait le signe d’une permanente lâcheté, d’une peur à frayer son propre chemin particulier.

Toute solitude renvoie toujours aux ressources secrètes et imprévisibles de l’individu. Si je me tiens seul face à une épreuve, cela signifie déjà que je suis capable de l’affronter, de la traverser.

La solitude ressemble à une armure impalpable : elle ne protège de rien, elle ne garantit aucune victoire, mais elle permet tous les possibles, la confiance comme la ruse, le courage comme l’inventivité, elle se tient dans l’inattendu de la grâce.

Faut-il rappeler cette évidence ? Le seul compagnon avec qui chacun est assuré de partager toute son existence n’est autre que soi-même. Il est donc recommandé de bien le connaître, ce compagnon de voyage, fin d’éviter une défection, une trahison, une mauvaise surprise.

La connaissance de soi s’avère recherche solitaire et elle n’est guère encouragée par les diverses institutions (famille, école, religion, gouvernement …) qui risquent de se voir mises à mal et ne peuvent plus tourner rond, tourner en rond.

L’intériorité que l’on découvre dans la solitude n’a rien à voir avec la promotion du moi, avec l’autosatisfaction : c’est le silence de soi, c’est une attention au monde.
Loin d’être une coupure, la voie solitaire brûle les limitations que nous imposent le corps, la raison, les préjugés, la peur, et elle nous dilate aux dimensions de l’univers.

On comprend que cette immensité intérieure puisse dérouter de nombreux mortels et qu’ils préfèrent se raccrocher à un territoire plus restreint mais plus tangible.

Lorsque par une patiente solitude, un être humain prend mesure de sa liberté sans limites, il rencontre en même temps sa dimension d’éternité.

Être bien tout seul, être seul et heureux, cela n’a rien à voir avec l’égocentrisme. C’est le signe clair de la liberté. La maturité commence lorsqu’un individu se sent auteur et responsable de son existence, lorsqu’il ne demande pas aux autres de le rendre heureux, lorsqu’il n’accuse pas systématiquement les autres de ses propres faiblesses et insuffisances.
Ainsi, l’idéal du Sage est de se suffire à lui-même.

L’expérience de solitude est une voie de liberté, avec des conséquences non négligeables en des temps de globalisation, d’uniformité : personne ne peut penser à ma place, personne ne peut dire ce qui est bon pour moi, ce qui doit faire mon bonheur, ma vie.
Vivre solitaire renvoie toujours à son jugement personnel, à son intuition, à son esprit critique. C’est un barrage sûr contre la manipulation mentale, la récupération sectaire, les phénomènes de mode.

Tout le mal vient du fait que les hommes, dans très grande majorité, n’ont pas de vie intérieure, et pour cette raison désirent, convoitent, veulent la vie d’autrui. Plus un organisme est évolué, plus il est autonome et solitaire.

Le véritable solitaire ne ressent pas le besoin d’une stabilité que lui fournirait un travail régulier ou une vie conjugale établie parce qu’en lui il se sent structuré et parce qu’il sait que ce qui sécurise devient tôt ou tard ce qui emprisonne.

Vivre solitaire est la meilleure façon de lutter contre l’inertie sous toutes ses formes. On conçoit que cela puisse inquiéter les gens férus d’ordre et de réglementation.
Beaucoup préfèreront répondre à des sollicitations extérieures et à des obligations plutôt que d’exercer bon plaisir et leur libre choix.

N’est véritablement chevalier que l’être humain qui seul s’aventure, qui se met en danger et aborde les surprises et les douleurs que la vie lui octroie. La dignité du chevalier tient à cet honneur de ne pas démériter des rencontres et des périls.

La vie solitaire d’un penseur, d’un artiste, d’un ermite est un engagement, jamais une solution. Résister à la facilité comme à la résignation, demeurer discret sinon secret. Il faut un courage constant, une passion tenue pour oser être soi, pour ne pas renier ses valeurs ni ses rêves.

Le véritable solitaire ne cherche ni à plaire ni à être réconforté. Sa grande force est qu’il n’est point troublé par les agissements et les opinions du monde : quand on vit seul, on ne donne pas prise, on ne se situe plus en rapport au général mais par rapport à l’absolu.

Beaucoup de personnes se montrent incapables de vivre à distance les unes des autres. Comme si de se rassembler tenait chaud et permettait de lutter contre le désespoir et la mort.

Qu’est donc ce danger que sans cesse veut conjurer la vie en collectivité si ce n’est la découverte de soi, de ses désirs, de ses rêves personnels, de sa liberté ?

Ainsi, on continue de vivre ensemble pour éviter de se retrouver seul, pour se croire aimé et protégé, alors que d’être passé par la solitude permet de respecter l’autre, de l’apprécier et de ne pas le charger d’obligations diverses.

Faire cavalier seul, c’est défendre jalousement sa liberté, c’est en toutes circonstances, sauvegarder son intégrité.

Cet état qui paraît fier s’avère surtout précaire, il est donc peu envié par des contemporains soucieux de sécurité. Le cavalier seul allie la force à la fragilité : si la fragilité vient de sa liberté, sa force vient de sa solitude.

La solitude nous rappelle notre condition éphémère qu’aucun argent ne viendra consoler. Elle nous renvoie à l’essentiel.

Libre de tout pouvoir et de toute dépendance, le solitaire sait être heureux sans attendre l’approbation d’autrui. Il a conscience que les jours passent vite, qu’il ne faut pas remettre à plus tard d’aimer, de rire, de connaître, de bâtir. Il se tient volontiers à l’écart d’un monde où règne le cynisme, où s’oublie la ferveur. Il ne se dissout pas dans le genre humain ni dans une vague génération, mais il a le sens de l’amitié –relation d’égalité par excellence- il favorise les relations désintéressées, il aime les personnes avec lesquelles il peut aussi bien se taire que converser. Il apprécie autant la présence d’un chat, d’un arbre, d’une pierre, que la compagnie des hommes, car tout a valeur à ses yeux.
Il se moque bien de plaire ou d’avoir raison. Ce qui lui importe surtout est de ne pas s’avilir, de ne pas abjurer. Ce qu’il déteste le plus a nom insignifiance.

Le vrai rebelle a toute la vie, tous les libres devant lui, il ne se restreint ni à une philosophie, ni à une stratégie. C’est du reste pour cela qu’il demeure insaisissable : il n’est jamais prisonnier de ses idées.

Celui qui n’appartient à personne acquiert une aisance souveraine, comparable à celle du sage qui se trouve bien partout, qui est toujours à la juste place parce que d’abord, il s’est établi en lui, parce qu’il s’est ancré dans la solitude.

Le solitaire ne se sent jamais arrivé, ce qui le garde jeune et créateur. Encore convient-il, pour demeurer libre et vivant, de changer de monture sans arrêt. Pour éviter la récupération autant que l’adulation ou la consécration. Pour ne pas être suivi, imité ou statufié. Ainsi le véritable cavalier seul ne peut être que passager.

A vivre en groupe continûment, un homme régresse dans sa vie émotionnelle, intellectuelle et spirituelle. C’est pourquoi dès que quelqu’un, même un enfant, veut réfléchir ou faire le point sur une situation, il se met à l’écart.

L’intelligence sera toujours seule contre tous parce qu’elle cherche une ouverture toujours plus ample et non l’assentiment des autres. Elle avance les mains vides tandis que le savoir, qui amasse des informations et des certitudes, a volontiers les mains pleines.

La solitude apprend à affermir sa propre pensée et à s’ouvrir à celle des autres. Celui qui n’a aucune idée personnelle se montre aussi incapable de jugement que de tolérance : il se rallera au plus grand nombre.

Faut-il le répéter ? La liberté de pensée ne se trouve ni à droite ni à gauche ni même dans l’anarchisme. Elle ne loge dans aucune religion, dans aucun système politique ou philosophique, pas plus dans l’athéisme que dans la laïcité. Elle est dans ce refus de tout conditionnement et de toute appartenance. Elle n’a pas de dévots, de suiveurs mais seulement des relais.

Le goût de la solitude signe la maturité et parfois le génie. Nul ne peut se dire philosophe, écrivain ou artiste s’il n’a pas exploré, épousé sa solitude.

C’est là le défi titanesque d’une solitude choisie : demeurer « hors » - hors jeu, hors champs, hors d’atteinte. Etranger et passant sur terre. Avec honneur et humilité.

Les épousailles avec soi, dans le secret d’une solitude fertile, permettent une alliance avec l’autre qui ne portera pas atteinte à l’intégrité de chacun. Mais tant que l’individu cherche à l’extérieur celui qui le complétera, qui répondra à ses manques, il ne pourra que nouer des relations intéressées ou précaires. Lorsqu’il est mis au monde, lorsqu’il se sait entier, il envisage avec les autres des liens sous le signe de la liberté et de la gratuité. On ne veut posséder l’autre que si soi-même on se sait incomplet.

Aimer quelqu’un, c’est honorer sa solitude et s’en émerveiller. L’amour ressenti pour un être ne met pas fin à sa solitude mais il l’enrichit, l’enchante et la fait rayonner.
L’élu, l’être aimé serait paradoxalement celui avec qui j’ai envie d’être seul.

Au début du XII siècle, en terre d’Oc, dames et troubadours inaugurèrent une forme d’amour inouïes qu’ils estimaient parfaite et qui n’avait rien à voir avec le mariage ni avec le libertinage. Chacun se savait unique, élu, et sans vivre avec l’autre dans la continuité des jours, étant même éloigné, il se sentait non séparable. Ces amants courtois venaient d’inventer une érotique et une mystique du désir et de la liberté.

Je crois au plaisir de la chair et à la solitude irrémédiable de l’âme.

Veiller sur sa solitude demande du courage, une fermeté d’âme certaine. Une vie solitaire a beaucoup plus de chance d’atténuer, de dissoudre l’égo que de le renforcer.

Un solitaire n’est pas un homme au cœur sec ou impassible, mais un être qui a le goût du secret et de la liberté avant toute chose et qui pratique le plus souvent le retour à soi. Il est capable d’entrer en relation avec autrui sans se perdre et il n’a pas peur de s’attacher car ce lien affectif, même intense, ne porte pas atteinte à son intégrité.

Aimer quelqu’un sans créer une dépendance est un véritable défi à la nature humaine et ce défi, les amants courtois ont eu la fierté de le relever.

Seul un homme libre est capable de vivre un attachement qui ne restreint ni ne ligote et de ressentir un désir incandescent qui n’a rien d’un manque.

Autrement dit, seul un être libre est capable d’aimer, seul il est assez fou pour aimer en toute liberté.
Tous les autres ne savent, sous couvert d’aimer, que posséder l’autre ou lui appartenir.

De même que le véritable attachement se révèle liberté inouïe, enchantement renaissant, de même le vrai détachement conduit à être humble et passant sur la terre, à ne rien posséder ou si peu, à ne rien savoir ou presque, et il devient ainsi libération, allègement joyeux.

On en arrive à ce paradoxe que le plus haut attachement mène au plus grand détachement.

Le vrai solitaire n’a rien à perdre et ne cherche à rien posséder. En rencontrant des personnes diverses, il ne craint pas le jugement d’autrui puisqu’il se connaît et s’est affermi dans cet état ; il ne risque pas de perdre une image de marque déjà évaporée et ne redoute pas la déception puisque de l’autre il n’attend nulle gratification mais avant tout le plaisir de la découverte, le goût de l’échange. Et ainsi il peut aimer l’autre d’être l’autre.

Une vie solitaire fait lâcher les illusions et les convoitises pour faire briller le noyau essentiel. Une telle expérience ouvre à une gratuité totale dans les relations humaines – d’amitié, d’amour, de fraternité- qui peut se formuler ainsi :
« Je n’ai pas besoin de toi, tu n’as pas besoin de moi, mais il est bon de vivre ce moment, ce jour, avec toi. »

Celui qui vit souvent seul apprécie d’autant plus la diversité des individus qu’il rencontre, la qualité des relations qui s’offrent à lui. Dans cet état, je fais l’expérience que tout peut être neuf à chaque instant au lieu de se prolonger, de se répéter. Tout devient possible, surtout l’incroyable.
Il n’y a plus de vie ordinaire, de vie quotidienne, puisque la solitude procure ce goût de l’unique et de l’inattendu.
La solitude apprend à aimer, elle apprend à poser un regard étonné et bienveillant sur les êtres et à respecter leur secret.

Dans la petite enfance, on est aimé et protégé bien plus qu’on aime. Le chemin de maturité conduit à aimer bien plus que d’être aimé. Un individu ne devient intéressant qu’à partir du jour où il s’enquiert d’aimer bien plus que d’être apprécié, choyé ou courtisé.

A demeurer longtemps solitaire, en silence, on oublie les repères habituels et le temps n’est plus compté. Les heures ne tombent plus comme une menace, un couperet, le temps devient une ample respiration.

Un ermite véritable n’a pas besoin de se tenir éloigné des autres, il demeure retiré malgré le brouhaha du monde.

Est infiniment libre celui qui se découvre éternel et vit désormais comme tel.

Ces solitaires mettent à rude épreuve la sécurité et la présomption où se conforte notre époque. Ils mettent en péril les certitudes, les acquisitions, la fierté même. Ils portent en eux-mêmes une immense soif d’absolu.


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Commentaires (6)

Thierry
  • 1. Thierry | 25/04/2014

Je pense Estelle que c'est inévitable..Les rencontres d'ordre spirituel sont éminemment rares...Mais l'essentiel est de ne pas passer à côté de soi. Et c'est justement quand on succombe à la peur de cette solitude que le chemin se perd. Mais je sais combien l'épreuve est difficile au regard de nos conditionnements éducatifs. Nous sommes si vite catalogués dès lors que la quête spirituelle l'emporte sur les relations sociales...

Estelle
  • 2. Estelle | 25/04/2014

Bonjour,
Je ne peux parler d'isolement me concernant, je ne suis pas isolée, et l'ai jamais été. Toujours une personne dans les moments où c'était trop dur seule,et pratiquement toujours quelqu'un si j'ai envie de suivre. Mais très seule lorsqu'il s'agit de nouvelles expériences, de découverte, et autres. Je pensais que découvrir la vie à plusieurs était plus simple, à deux, ou plus, on s'encourage. Mais la désillusion est tombée, je peux faire ce qui m'attire, mais personne ne m'accompagnera, du moins dans l'immédiat, faute d'attirance, où autres. Bref, je ne passerais pas à côté de ma vie sous prétexte que personne ne me tient la main... Mais la peur, et aussi une certaine gêne m'attristait. La solitude pour moi, c'était comme un vide, bien que être seule m'ai à une certaine époque amené énormément, je pensais que ce n'étais qu'une situation temporaire, qui demandais toutefois à être comblé de présence. Je l'ai comblé de relations, mais au fond, je ne réalise que peu de choses qui me tiennent à coeur, et ma liberté de pensé et de ressentir est flou. Si je souhaite m'accomplir, m'épanouir sans oppression, je me retrouve seule, et cela me faisait peur.

Thierry
  • 3. Thierry | 25/04/2014

Bonjour Estelle
la solitude à mon sens n'a rien à voir avec l'isolement. La première est un choix e vie, la deuxième est une condamnation. Celle du SDF par exemple ou du malade abandonné par des proches qui ne supportent pas la mort en approche. J'aime infiniment ma solitude. Elle m'a tellement appris. Au plaisir de vous lire.

Estelle
  • 4. Estelle | 25/04/2014

Merci. Je cherchais quelque paroles pour m'aider à faire de ma solitude une alliée... ben maintenant, c'est très clair. La peur laisse place à la curiosité. Wouahou, MERCI .

Thierry
  • 5. Thierry | 17/05/2012

Bonjour Josette. Merci pour ce commentaire. Toujours heureux de savoir que ce blog peut servir à quelque chose.

Josette
  • 6. Josette | 17/05/2012

Ma solitude dérange, étonne....mais comment expliquer que je ne suis jamais seule ? Elle est ma meilleure amie, mon alliée ! Alors, quel bonheur lorsqu' à la lecture de l' " esprit de solitude" je me retrouve en ces écrits - merci à Jacqueline Kelen d'avoir su si bien ramener cette solitude à sa juste réalité et merci à Thierry de me l' avoir fait découvrir !

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