"Le mythe de la suprématie humaine"

 

 

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Le Mythe de la suprématie humaine (Derrick Jensen)

 

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Dans ce livre iconoclaste, le philosophe écologiste Derrick Jensen s’en prend à la croyance quasi universelle en une hiérarchie naturelle au sommet de laquelle trôneraient les êtres humains. Selon lui, cette croyance, qu’il nomme « suprémacisme humain », se trouve au fondement du ravage contemporain de la vie sur Terre, entamé il y a plusieurs millénaires avec l’essor des premières civilisations.

  

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Éditions LIBRE

Description

 

Dans ce livre iconoclaste, le philosophe écologiste Derrick Jensen s’en prend à la croyance quasi universelle en une hiérarchie naturelle au sommet de laquelle trôneraient les êtres humains. Selon lui, cette croyance, qu’il nomme « suprémacisme humain », se trouve au fondement du ravage contemporain de la vie sur Terre, entamé il y a plusieurs millénaires avec l’essor des premières civilisations.

Afin de mettre en lumière l’inanité du suprémacisme humain, Jensen explore les étonnantes et complexes réalités de la vie non humaine que nous avons nonchalamment tendance à ignorer, des cultures au sein des communautés de porcs et de chiens de prairie à l’utilisation créative d’outils par les éléphants et les poissons, en passant par la perspicacité des chenilles et des champignons. Il souligne également l’incapacité de l’establishment scientifique et des institutions dominantes en général (médias, gouvernements, etc.) à examiner sérieusement les questions morales et éthiques liées à la place de l’humanité au sein du vivant, et soutient qu’un changement radical de vision du monde est nécessaire (mais non suffisant) pour libérer la Terre de l’empire d’une culture mortifère.

 

 


https://www.cairn.info/revue-pour-2016-3-page-81.htm

 

2016/3

Contre la suprématie des hommes

Comment l’antispécisme récuse-t-il la domestication animale

Marianne Celka

Dans Pour 2016/3 (N° 231), pages 81 à 88

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1Le spécisme se définit comme étant ce que le racisme et le sexisme sont respectivement à la race et au sexe, c’est-à-dire la non-prise en compte des intérêts de certains aux bénéfices d’autres. Le terme s’est récemment institutionnalisé dans l’Hexagone (accompagné d’autres occurrences nouvelles comme véganisme et végan) en faisant son entrée dans les dictionnaires, mais lorsqu’il est précisé par les auteurs animalistes, le spécisme se conçoit comme une discrimination qui « prétexte des différences, réelles ou imaginaires mais sans rapport avec ce qu’elles sont censées justifier », à savoir la domination (physique et morale) des hommes sur les animaux. En ce sens l’antispécisme soutient que « pour la même raison que l’on refuse le racisme et le sexisme, ou les autres discriminations arbitraires entre humains, il faut refuser le spécisme qui est la discrimination fondée sur l’appartenance des individus à d’autres espèces que l’humanité » [1][1]Voir le site francophone dédié à la critique antispéciste :…. Le spécisme serait donc une idéologie du mépris que rien ne justifie et qui, en réalité, ne serait qu’une émanation de la loi du plus fort. Si l’antispécisme connaît aujourd’hui une importante vitalité et participe désormais – sans toujours dire son nom – aux discussions politiques classiques, il devient nécessaire d’en saisir la critique et d’en comprendre les enjeux.

L’antispécisme : une critique politique de la « suprématie des hommes »

2Bien que le néologisme soit initié par le cercle d’Oxford en 1970 avec les mots du philosophe Richard D. Ryder, il était déjà en germe aux prémices du mouvement pour la libération animale dont les racines sont plus anciennes. Le rejet de spécisme se trouve déjà en creux dans l’écologie profonde ou deep ecology des Transcendantalistes de la seconde moitié du XIXe ou encore chez Henry Salt dès 1914 lorsqu’il pose cette question : « toutes les vies valent-elles d’êtres vécues ? » [2][2]Pour la pensée animaliste d’Henry Salt, voir Regan T., Singer…, soulignant ainsi l’intolérable condition animale à l’ère industrielle. Ce n’est qu’à partir des penseurs animalistes de la seconde moitié du XXe que le discours antispéciste se précise et en même temps se clive entre diverses postures parfois antagonistes.

Principes et contradictions

3La question antispéciste ne fait pas consensus et en son sein il est nécessaire de distinguer deux types au moins de positions : celle dite « réformiste » et celle dite « radicale ». La première vise à l’amélioration des conditions de vie des animaux dans le cadre de la Déclaration Universelle des Droits de l’animal (1978) alors que la seconde conteste radicalement la possession et les traitements des animaux dans les sociétés humaines. Ces deux directions sont également appelées, welfarisme et abolitionnisme. Lorsque l’abolitionnisme s’oppose au fait d’exploiter les animaux de manière générale et absolue, le welfarisme lui, s’oppose à la manière dont les animaux sont exploités tout en acceptant dans une certaine mesure qu’ils le soient [3][3]Voir Jeangène-Vilmer J.-B., 2011, L’éthique animale, Paris,….

4Le welfarisme est le plus souvent une posture utilitariste telle que prônée par l’auteur d’« Animal liberation » Peter Singer. Pour lui, l’égalité animale se fonde sur « l’égalité de considération des intérêts » et non sur l’égalité des droits. Ainsi il considère qu’il existe des différences intrinsèques entre hommes, entre animaux et entre animaux humains et non-humains. Lorsque nous prenons en compte l’égale considération des intérêts, alors « les animaux non-humains, les nourrissons humains et les débiles mentaux humains sont dans la même catégorie » [4][4]Peter Singer, L’égalité animale expliquée aux humain-es, trad.…. Dans cette perspective, ôter la vie à un être dont la capacité mentale est inférieure au niveau nécessaire à la conception d’un avenir et de projets n’engendre pas les mêmes conséquences morales que la mise à mort d’un être qui en aurait les capacités. L’égale considération des intérêts proposée par Singer se déploie ainsi comme un système assumé d’analogies et de raisonnements par l’absurde qui doivent selon les cas conduire notre agir et c’est en cela qu’il se démarque profondément de l’abolitionnisme.

5La posture abolitionniste représentée notamment par Tom Regan et Gary Francione, se donne pour objectif de lutter pour l’abolition de toutes les activités dans lesquelles il est fait usage de l’animal. La distinction entre welfaristes et abolitionnistes est toutefois ambiguë et complexe puisqu’elle engendre plusieurs antagonismes. En effet, il existe des abolitionnistes anti-welfaristes et des abolitionnistes welfaristes, les premiers militant contre le fait d’améliorer les conditions de vie et d’exploitation des animaux tandis que les seconds au contraire considèrent que l’amélioration des conditions est un premier pas nécessaire afin qu’advienne plus tardivement l’abolition définitive de l’exploitation animale. Francione est le chef de file du courant abolitionniste anti-welfaristes, et lorsqu’il les nomme « néo-welfaristes », il marque à leur égard un désaccord profond et fondamental. Lui-même se présente comme un promoteur de la « politique du pire » ou encore de la « prise d’otage », c’est-à-dire qu’il s’agit de laisser les animaux existant à ce jour à leur « triste » sort afin qu’ensuite on ne puisse plus voir naître aucun animal dans les conditions d’une suprématie humaine.

Droits des animaux et Théorie des Droits des animaux

6Le développement croissant de la question animale s’est étoffé, au cours des dernières années, de nombreuses critiques internes qui visent la conceptualisation crédible de ce qui pourrait guider l’institutionnalisation de nouvelles manières d’être et d’agir avec les animaux. Les ouvrages sur le sujet se multiplient et ambitionnent de donner des pistes de réflexion qui sont aussi des pistes politiques pour la reconfiguration du statut des animaux, que ce soit dans la nature ou dans le cadre d’une société civile. L’ambiguïté et les contradictions de la critique antispéciste ont été fort bien discutées par les auteurs du récent ouvrage Zoopolis (2016), Will Kymlicka et Sue Donaldson, eux-mêmes penseurs de la Théorie des Droits des Animaux (TDA) qui tente de compléter et d’améliorer les préceptes des Droits des Animaux (DA). Ils ont su faire la démonstration des limites théoriques et pratiques des deux courants majeurs de l’antispécisme, l’utilitarisme hédoniste de Singer et l’abolitionnisme de Francione, ce dernier niant par principe – et cela constitue la critique la plus saillante – l’inextricabilité des relations hommes-animaux que ce soit dans le cadre d’une « suprématie humaine » ou non, rappelant à juste titre que depuis que les hommes se sont réunis en communautés, les animaux ont toujours entretenu des relations de proximité et de réciprocité avec eux.

7Pour leur part, les auteurs de Zoopolis proposent de nouvelles perspectives dans la considération des intérêts des animaux à vivre une vie sans violence tout en considérant le postulat selon lequel il n’y a pas de sociétés humaines sans animaux. Ainsi, ils suggèrent trois nouvelles catégories animales : sauvages (sujets de leur propre souveraineté territoriale), domestiques citoyens (dont nous avons, en tant que nous les avons façonnés et rendu dépendants, la responsabilité) et liminaires résidents (qui ne sont pas domestiqués mais qui vivent dans les sociétés humaines). Là aussi, les trois catégories posent un nombre non négligeable de contradictions et de limites à la fois théoriques et pragmatiques sans que les auteurs ne puissent encore y pallier mais la pertinence du propos réside toutefois dans l’idée selon laquelle les hommes et les animaux ne peuvent qu’entretenir des relations de réciprocité dans ce que d’aucuns ont pu nommer des « communautés hybrides » [5][5]Voir le colloque intitulé « domestication et communautés…. Bien que l’antispécisme ne se reconnaisse pas en tant que critique du capitalisme industriel et financier, préférant s’inscrire dans une critique plus profonde de la « suprématie des hommes » sur les animaux, il semble incontournable de comprendre comment la cadence de ce capitalisme ainsi que les effets qu’il engendre sur la condition animale (élevage intensif et cadence des abattages) constitue un moteur essentiel pour le jaillissement d’un ressentiment collectif à l’endroit de l’exploitation des animaux.

Domestication et sensibilité animaliste

8L’accélération ininterrompue du productivisme relatif à l’exploitation industrielle des animaux doit être comprise comme le contexte historique, économique et social à partir duquel les critiques de la condition animale se sont renouvelées. Ce contexte moderne de l’exploitation animale est dominé par l’idéologie du progrès faisant des sciences et des techniques le moyen d’une constante amélioration des environnements humains. La zootechnie correspond à cet ensemble technoscientifique visant le perfectionnement de la production dans le domaine de l’élevage. Elle s’est mise en place de manière connexe à l’industrialisation et à l’apparition des chaînes de montage, participant de facto à une dynamique générale au cœur des processus de production et accompagnant ainsi la rationalisation du monde occidental. La viande en particulier, produite à la chaîne, participe de ce que Max Weber nommait la démagification du monde, qui est aussi un élan vers la réification des êtres humains et non-humains. À partir de là, il est clair que la société moderne est devenue en quelque sorte « zoophagique », dans le sens d’une propension jamais atteinte dans la consommation carnée perçue et vécue comme indice de progrès, et le débit des abattages selon les modalités des chaînes de production n’a de sens qu’en relation avec l’intensification du rythme de la vie sociale métropolitaine [6][6]Pour ce qui concerne l’accélération du rythme de la vie sociale….

Domestication et exploitation

9On peut faire remonter les racines de la sensibilité animaliste jusqu’à la philosophie antique dont certains penseurs professaient déjà les vertus morales et physiques d’un végétarisme éthique. Plus près, les Transcendantalistes ont enrichi cette sensibilité des philosophies hindouistes et bouddhistes sans pour autant se défaire d’un certain attachement à la morale chrétienne notamment protestante. Aujourd’hui, l’animalisme que nous connaissons ne peut pas se comprendre sans la prise en compte de la déliquescence du mythe moderne du progrès. Il y a, depuis les transcendantalistes R. W. Emerson et D. H. Thoreau, une dimension critique forte érigée à l’encontre du modèle technique et industriel d’exploitation des ressources, à l’encontre de l’adage cartésien aussi qui prétendait que l’homme pouvait se rendre « comme maître et possesseur de la nature ». Cette critique s’est cristallisée à partir de la fin de la Seconde Guerre Mondiale au moment où la société de consommation est devenue d’avantage consumériste. Le renouveau de la sensibilité animaliste doit se comprendre en opposition avec ce consumérisme de la chair animale caractéristique des cinquante dernières années.

10La critique politique et rationaliste antispéciste devient hypercritique lorsque le véganisme s’instaure comme le seul mode de vie exempt de toute souffrance animale, lorsqu’elle déborde les cadres du strictement rationnel et que, dès lors, elle propose une relecture de l’histoire des hommes en société produisant amalgames et confusions, en particulier à l’endroit de la domestication, de l’élevage et de l’exploitation. C’est que cette critique, devenue hypercritique (nourrie par moult références politiques, historiques, scientifiques, parascientifiques, religieuses, etc.), repose sur une vision binaire du monde (bien/mal, faste/néfaste, sauvage/civilisé [7][7]Celka M., 2009, « L’homme de la condition postmoderne dans son…), sur une vision eschatologique aussi considérant que nous vivons depuis l’origine des sociétés dans le péché de l’entre dévoration des espèces, l’une des conséquences terribles de la Chute et de l’éviction de l’Éden primordial [8][8]Celka M., 2012, « Veganisme et idéologie du pathos », in Les…. C’est donc à partir d’une ambition sotériologique que l’animalisme reconfigure les questions relatives à la souillure (Mary Douglas) faisant de la viande le symbole du péché. La relecture de l’histoire par la sensibilité animaliste en vient à rejeter la notion même de domestication animale perçue comme le terreau de notre domination et comme l’erreur première, primordiale, à partir de laquelle se sont multipliés les actes néfastes à l’égard des animaux. L’exploitation industrielle de la condition animale (entendons ici élevages concentrationnaires et abattages à la chaîne) a été une manière rationaliste, et un temps perçue comme progressiste, de faire de l’élevage (élevage intensif, de même que les cultures intensives) mais dès que les croyances en ce mythe du progrès se sont essoufflées, la pensée radicale animaliste, pourrait-on dire, « a jeté le bébé avec l’eau du bain » en récusant l’ensemble historique de nos réciprocités domestiques avec les animaux, sans plus jamais admettre que « l’élevage et les animaux d’élevage participent de la construction de nos sociétés » [9][9]Porcher J., 2004, Bien-être animal et travail en élevage,… et qu’il y a nécessairement participation de l’animal dans le processus de domestication.

Meat Is Murder [10][10]Deuxième titre de l’album éponyme des Smiths dont les paroles…, le tabou de la viande

11Il serait erroné de discuter du développement de la domestication et de l’élevage vers une exploitation industrielle des ressources, en particulier pour ce qui concerne la viande, sans soulever le processus plus général dans lequel il s’inscrit. Ce processus a été largement discuté par Norbert Elias [11][11]Elias N., 2011 (1939), La dynamique de l’Occident, Paris,…, il s’agit de la constante aseptisation des mœurs et donc aussi (et surtout) de notre rapport à la chair. Lorsqu’il montre cette subtile instauration de la pudeur dans les relations sociales, la manière dont celle-là pénètre les sphères publiques et intimes de l’homme occidental, il nous indique le déploiement d’une sensibilité qui s’exacerbe. Du point de vue de la commensalité (et cela est un indice fort pour les mœurs en général), la découpe de la viande qui était jusqu’alors opérée ostensiblement à table au milieu des convives, s’est, à ce moment historique, déplacée vers les coulisses. De la même manière, la mise en exil de l’abattage et de la découpe des carcasses coïncident avec ce changement de la sensibilité qui, selon Noélie Vialles, « ne veut plus voir la mise à mort ni reconnaître dans la viande quelque rapport avec l’animal mort » [12][12]Vialles N., 1987, Le sang et la chair : les abattoirs des pays…. La viande devient de moins en moins animale et se transforme en un objet exsangue.

12Il est crucial de comprendre ce processus pour ensuite saisir la manière dont les images dévoilées par les associations de type L214 heurtent la sensibilité collective. Elles font force de persuasion et de dissuasion par l’obscénité dont elles font preuve. Une obscénité qui trahit ce processus de civilisation dont les rouages visaient à mettre un voile sur les aspérités les plus grotesques, tragiques et bestiales de notre condition humaine. En révélant la brutalité qui se cache derrière les portes des abattoirs pourtant aseptisés, ces images-choc témoignent de l’animalité de cette viande que nous avions soigneusement faite chose et dont l’origine animale devient dès lors comme un tabou. C’est en effet le grand tabou de la chair et du sang qui est comme jeté aux visages de ceux qui regardent ces images. Elles confrontent notre sensibilité à la cruauté de la mort que le processus industriel avait repoussé aux marges de la société. Obscénité aussi de cette mort industrielle des animaux – dont le récit du progrès se tarit toujours davantage – qui ne fait plus sens et exige d’en renégocier l’utilité, la moralité et les modalités d’exercice.

Conclusions

13Suivant l’irréductible processus de civilisation – en tant qu’il est la dynamique de l’Occident [13][13]Elias N., op. cit. – les critiques antispécistes rejettent toujours plus loin cette animalité qui nous tient. Lorsqu’il est question de considérer l’abattage des animaux comme un meurtre, c’est là une manière de perfectionner l’humanité en se dégageant du tragique charnel de la condition de mortel, destin commun qui unit les hommes et les animaux. Dans le cadre d’une renégociation sociétale de nos manières d’être et d’agir avec les animaux, plusieurs directions se mettent en place. Les propositions antispécistes, notamment dans ce qu’elles ont d’abolitionniste, considèrent dans leur grande majorité qu’il serait préférable de ne plus entretenir de relations réciproques avec les animaux (au nom de l’émancipation de tous les sujets « sentients ») afin de se doter d’un mode de vie certifié « sans cruauté » (c’est le sens du veganisme) permettant tout à la fois aux animaux de vivre libérés de notre domination et de nous délivrer nous-mêmes en retour de nos « instincts » les plus bas. En ce sens, le discours antispéciste (au-delà des contradictions et des antagonismes internes), reprend à son compte, et selon ses propres modalités, les contours du mythe de l’« exception humaine » dans la mesure où seuls les animaux-humains seraient capables de faire justice à tous les animaux humains et non-humains en proposant des modalités de l’expérience plus justes que la nature ne le permet puisqu’elle autorise qu’un animal en mange un autre.

14Cependant, en rejetant la domestication dans les arcanes d’une prétendue domination destructrice, en considérant qu’elle est le péché que les hommes ont commis et qu’elle n’est que le fait de la soif de violence des hommes à l’égard des autres, les discours antispécistes négligent la réciprocité intrinsèque qui en est, en réalité, la condition sine qua non. De plus, domestiquer l’environnement, les plantes, les animaux, a constitué pour les hommes les cadres de leur propre domestication. Cela est une seule et même chose et nous pouvons nous poser la question de savoir ce qu’il adviendrait d’une société qui refuse le principe même de domestication, que deviendrait une société qui, au nom l’émancipation de la cruauté humaine et animale, se détournerait des interactions réciproques entre les hommes et les animaux. Il devient évident qu’aujourd’hui les limites du tolérable et de la justice se redessinent selon les exigences d’une sensibilité contemporaine et selon les moteurs aussi de pensées radicales ; toutefois, il nous faut être attentifs aux conséquences d’une bonne volonté qui pourrait bien, in fine, se retourner contre une humanité retranchée de toute animalité.

Notes

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