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  • L'autoroute de la pluie.

     

    Parmi nos 200 plantations, on a planté cinq paulownias sur notre terrain et leur croissance est impressionnante. Moins que les robiniers faux acacias mais ils n'en sont pas loin. Dans cinq ans, ils seront immenses.  

     

    Ils veulent planter 10 millions d’arbres du pays basque au massif central pour réguler la pluie

     

    « Nous visons une continuité de 40 à 80 arbres par hectare sur une zone délimitée au sud par le Piémont Pyrénéen, au nord par la Montagne Noire, la Garonne à l’ouest et le partage des eaux à l’est, afin de créer de l’ombre, refroidir les sols, accueillir la biodiversité et condenser de l’eau. Cela représente près de 260 000 hectares. »

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    Texte: Liza TourmanPhotographie: Mordolff28 octobre 2024

    Si, à la place de dégrader toujours plus impunément le climat, nous mettions à contribution l’inventivité du Vivant pour pérenniser ses cycles, assurer l’équilibre de nos écosystèmes et ainsi contribuer à la sauvegarde de notre planète ? C’est l’objectif que se sont donnés Cédric Cabrol (chimiste), Roméo Teyssier Dumont (gestion de projet) et Joris Dedieu avec leur projet « L’autoroute de pluie », lequel prône une agroforesterie d’urgence. En phase d’expérimentation, Cédric Cabrol nous en explique le concept.

    Une agroforesterie d’urgence

    L’autoroute de la pluie est un projet en gestation qui plaide en faveur d’une agroforesterie d’urgence. Les trois associés sont partis du constat que la simplification des paysages, l’érosion, l’artificialisation, la dévégétalisation etc. avaient fait perdre aux sols leur capacité à infiltrer, condenser et stocker l’eau. Même si l’idée d’augmenter les pluies en développant la végétalisation n’est pas neuve, le concept d’agroforesterie d’urgence, l’est. L’autoroute de la pluie est un projet qui vise à adapter nos paysages pour augmenter la connectivité climatique, générer de la fraîcheur et de l’humidité.

    « Nous visons une continuité de 40 à 80 arbres par hectare sur une zone délimitée au sud par le Piémont Pyrénéen, au nord par la Montagne Noire, la Garonne à l’ouest et le partage des eaux à l’est, afin de créer de l’ombre, refroidir les sols, accueillir la biodiversité et condenser de l’eau. Cela représente près de 260 000 hectares soit, sans tenir compte de l’existant, environ 10 millions d’arbres à  planter » explique Cédric pour La Relève et la Peste.

    Ils se sont inspirés du peuple Dogon au Mali qui plantent 40 arbres à l’hectare en utilisant majoritairement l’espèce Faidherbia Albida. Cette densité leur permet de constater des rendements de culture supérieurs de 40% par rapport aux parcelles dépourvues d’arbres. Pour Cédric, le choix de l’arbre est crucial. Le paulownia est, selon lui, une essence idéale pour l’agroforesterie d’urgence et le contexte climatique. Cependant, dans les terrains trop humides, d’autres espèces sont préférables, comme par exemple le peuplier.

    « Le paulownia possède plusieurs stratégies intéressantes, notamment dû à un mode de photosynthèse hybride. Il peut à la fois saturer au printemps, c’est-à-dire saturer l’atmosphère en vapeur d’eau et, comme un cactus, utiliser très peu d’eau lorsqu’elle devient un GES en été. Le gros intérêt est de faire rapidement de l’ombre pour capter la rosée sur les sous-couverts et directement sur le paulownia. Ses feuilles sont très efficaces pour cela. Condenser de la vapeur d’eau : c’est aussi éliminer du GES » nous explique Cédric.

    Pour améliorer le climat, Cédric aimerait créer des corridors avec ces systèmes agroforestiers. Les arbres capteraient la rosée et provoqueraient une pluviométrie invisible. De l’eau qui ne tombe pas du ciel mais que l’on capte. Faire de l’ombre, c’est perdre 5 à 10°C soit autant que pour un gain de 1000 m d’altitude.

    Feuilles de Paulownia ayant capté la rosée – Crédit : Cédric Chabrol

    L’autoroute de la pluie : un corridor d’arbres

    Alors que les continents représentent une surface équivalant à 40% des surfaces des océans, seuls 10% des volumes d’eau qu’ils évaporent arrivent à venir y alimenter les pluies. Pour Cédric, la cause principale est le manque de conductivité pour amener l’eau dans les territoires. L’autoroute de la pluie, à l’image du bocage normand ou breton, serait un “supraconducteur” pour améliorer la diffusion de l’humidité dans le continent. Cela marchera avec la captation de rosée sur les substrats ou directement sur le paulownia. A court terme, la plantation d’arbres offre la possibilité de faire une préparation de sol.

    « L’idée de l’autoroute de la pluie est de relier la porte d’entrée du climat frais humide régulier, c’est-à-dire le climat océanique, qui serait le climat du pays basque et de le relier avec le château de la France qui est le massif central. Ma vision c’est que la transition agroécologique est compliquée au regard de l’urgence. J’ai essayé de trouver quelque chose de plus simple et accessible où l’on dit que l’on ne plante qu’un arbre et après l’idée est d’amener les gens là-dedans mais par étape. On commence par se mettre en sécurité avec une agroforesterie d’urgence. »

    Cédric travaille sur la démonstration de faisabilité. Avec son frère, ils ont lancé vingt hectares d’agroforesterie d’urgence sur leur exploitation. Pour le moment, leur succès est mitigé. Dans leur pépinière, ils ont des paulownias de 3m30, planté en 2023, malgré une gelée qui a remis à zéro les arbres. Le gel leur a fait perdre 2.5 mètres de potentiel de croissance en pépinière et en plein champ. Actuellement, ils font 1m50 pour les plus grands, sans que l’eau n’apparaisse limitante. Cependant, les objectifs restent atteignables.

    Avec le scientifique Jean-Pierre Sarthou, Cédric et ses compères ont ouvert une thèse en partenariat avec Météo France pour voir quel est l’impact de la dégradation des sols sur le climat. Actuellement, Cédric a eu une quarantaine d’heures de discussions avec 35 climatologues. Il est intervenu dans un colloque scientifique pour proposer une vision d’agro-éco-climatologie qui mélange plusieurs sciences.

    Le paulownia, l’arbre couteau suisse

    Le paulownia est un arbre pré-pionnier qui précède la forêt. Dans les nombreux avantages qu’on lui attribue, le paulownia a une croissance rapide, résiste à des hautes températures (jusqu’à 55° en serre), sa photosynthèse fonctionne jusqu’à 35/38°. Il est endomycorhizien, c’est-à-dire qu’il ne va pas venir concurrencer les cultures mais plutôt leur donner du sucre pendant les phases caniculaires.

    « Il va jouer le rôle d’ascenseur hydrique. Il nous permet d’humidifier et de capter la rosée. Il remonte les minéraux. Il est comestible pour le bétail, la teneur en protéine est de 22 %. D’un point de vue économique, il rapporte de l’argent à court terme. » s’amuse Cédric auprès de La Relève et la Peste

    Dans un contexte changeant, si l’on considère que cette essence va améliorer la captation de la rosée et ainsi augmenter la pluviométrie, il peut être intéressant de constater qu’il modifie l’écosystème pour participer à sa résilience.

    « Pour moi, cette modification est positive. Il y a aussi le rôle des pollens hydrophiles qui peuvent participer à la saison des pluies ou la dissiper. J’ai tendance à penser que le paulownia est un arbre qui va amener la pluie grâce à son pollen ».

    La pollinisation hydrophile consiste en un transfert à la surface de l’eau ou sous l’eau des pollens. Sa reproduction est assurée par l’eau. Ainsi, le pollen hydrophile permet de condenser la vapeur d’eau et de former la goutte de pluie. On parle de noyau de condensation. Et pour les détracteurs du projet ou ceux du paulownia qui argumentent que ce dernier peut être invasif. Cédric répond :

    « Si l’on avait des modifications du climat qui ne convenaient pas, on serait capables de remodeler le dispositif et de l’ajuster le temps que les autres se mettent à niveau. Mais, il faut songer que le Paulownia ne se développe aujourd’hui que sur les concassés SNCF et trottoirs. Il a trop besoin de lumière pour résister à quelques brins d’herbes. »

    En tant qu’arbre pionnier, le paulownia a donc une durée de vie limitée et pourrait être remplacé par des arbres endémiques qui auront bénéficié de sa protection.

    « A terme, l’idéal est bien sûr de planter des espèces natives. On dit que le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans. Planter le paulownia permet de faire comme si on en avait compris la pertinence. A nous, de comprendre la pertinence de planter des graines ou de laisser la nature les planter au pied de ces arbres. »

    Les prochaines étapes sont de réussir à faire une preuve de concept d’ici à l’an prochain. Passer de 20 hectares à 30 ou 40.

    Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.

    Liza Tour

  • Le parti d'en rire

     

    Paroles de la chanson Le Parti D'en Rire par Chansons Enfantines

     

    Oui
    Notre parti
    Parti d'en rire
    Oui
    C'est le parti
    De tous ceux qui n'ont pas pris de parti
    Notre parti
    Parti d'en rire
    Oui
    C'est le parti
    De tous ceux qui n'ont pas pris de parti

    Sans parti pris nous avons pris le parti
    De prendre la tête d'un parti
    Qui soit un peu comme un parti
    Un parti placé au dessus des partis

    En bref, un parti, oui
    Qui puisse protéger la patrie
    De tous les autres partis
    Et ceci
    Jusqu'à ce qu'une bonne partie
    Soit partie
    Et que l'autre partie
    C'est parti
    Ait compris
    Qu'il faut être en partie
    Répartis
    Tous en seul parti
    Notre parti

    Nous avons placé nos idéaux
    Bien plus haut
    Que le plus haut
    Des idéaux

    Et nous ferons de notre mieux
    Cré vindieu de vindieu de vindieu
    Pour que ce qui ne va pas aille encore mieux
    Oui pour vivre heureux
    Prenons le parti d'en rire
    Seules la joie et la gaieté peuvent nous sauver du pire
    La franche gaieté
    La saine gaieté
    La bonne gaieté des familles

    Nos buts sont déjà fixés:
    Réconcilier les oeufs brouillés
    Faire que le veau d'or puisse se coucher
    Apprendre aux chandelles à se moucher
    Aux lampes-pigeons à roucouler
    Amnistier les portes condamnées
    A l'exception des portes-manteaux

    (tiens ça rime pas, ah oui je sais:)
    C'est pour ça qu'y peuvent s'accrocher
    Exiger que tous les volcans
    Soient ramonés une fois par an
    Simplifier les lignes d'autobus
    En supprimant les terminus
    Et pour prouver qu'on n'est pas chiches
    Faire beurrer tous les hommes-sandwichs

    Voilà quel est notre programme
    Voilà le programme
    Demandez le programme
    On le trouve partout
    Je le fais cent sous

    Mais... pas d'hérésie!

    - Notre parti

    - Parti d'en rire, oui
    - Non!
    - Si!
    - Crétin!
    - Pauvre type!
    - Abruti!

    Et voici... ce qu'est notre parti
    Oui!

     

  • TERRE SANS HOMMES : Ange

     

    Je n'avais pas écrit depuis des semaines, des mois peut-être. Je ne sais plus.

    Je sais que ça ne me sert plus à rien de me forcer à m'asseoir devant l'ordinateur et d'écrire quelques lignes. J'ai beaucoup changé ma façon de travailler. D'ailleurs, je ne parle même plus de "travail".

    Je n'écris que lorsque ça devient nécessaire, lorsque tout est là et qu'il faut que je le pose devant moi, que je le vois en lettres, en mots, en lignes, en chapitres. Que ça ne soit plus seulement que des images, que le film dans ma tête réclame lui-même de s'extraire de cette enceinte, comme s'il n'avait plus de place.

    C'est ce qui vient de se passer pour Ange. Un nouveau personnage qui est apparu de façon fugace il y a quelque temps et pour lequel je n'avais encore rien écrit. Comme si cette femme devait d'abord prendre forme, qu'elle se matérialise, qu'elle se construise, dans le secret de mes pensées et de mes rêves.

    Ce qui suit, je l'ai écrit hier et ce soir. J'écris uniquement le soir. Parfois, la nuit. 

    Je sais que ça devra être repris, affiné, précisé mais l'essentiel est fait.

    Maintenant, Ange est entrée dans le livre. 

     

     

     

    TERRE SANS HOMMES

     

    « Je m'appelle Ange...Je m'appelle Ange... Le cri est parti, c'est vide dans ma tête mais je sais que je m'appelle Ange. C'est bien. Je n'ai pas tout perdu. »

    Elle marchait dans l'herbe détrempée et parfois elle avait l'impression que la terre cherchait à l'absorber. Elle entendait des succions, des baisers aimants et elle se réjouissait de ces câlins répétés. Elle avait pris de la boue et s'en était couvert le visage et maintenant que la terre avait séché, elle s'amusait à tendre et à détendre la peau de son visage pour en sentir l'étreinte. Des volutes d'haleine d'arbres s'enroulaient autour d'elle et elle écoutait attentivement toutes leurs paroles parfumées.

    Depuis que le cri s'était éteint, elle sentait en elle un sourire d'enfant, une sorte de joie figée, l'impression d'être ouverte à tout, comme un antre qui n'aurait plus d'enceintes, une bulle sans paroi, un placenta sans membrane. Elle s'amusait des images.

    Parfois, elle caressait son fusil dont elle avait oublié le nom du modèle tout comme ceux des deux pistolets rangés dans des ceintures, en travers de sa poitrine, elle aimait le poids du métal, elle aimait le poids du sac sur son dos, la fatigue de ses épaules, elle aimait tout ce que son corps délivrait, non pas que ça soit nouveau pour elle mais juste parce que le cri s'était éteint et qu'il lui était délicieux de se sentir revivre.

    Elle marchait hors du temps passé et elle ne cherchait pas à le retrouver, à reconstruire son existence, à rétablir le chemin parcouru. Seuls les pas devant elle l'attiraient. Elle éprouvait cette paix étrange qui enlace celui qui vient de frôler la mort, non pas dans une fraction de seconde mais pendant des jours et des nuits et des milliers d'heures et des milliards de secondes sans que jamais le moindre répit ne soit accordé.

    Le cri dans sa tête était parti et c'était comme s'il avait avalé son existence, comme s'il s'était évaporé après avoir phagocyté la totalité de ses souvenirs. Le cri avait asséché sa mémoire, comme une éponge abandonnée sous un soleil cuisant, toute l'eau disparue, des alvéoles vides, la matière craquelée. L'horreur du cri l'avait déshydratée jusque dans les circonvolutions de son cerveau. Elle imaginait les lobes craquelés comme des oasis asséchés.

    Et maintenant, elle marchait dans les marais, le long de canaux aux eaux sombres, sous les frondaisons, sur des chemins enherbés où elle distinguait les passages d'animaux. Hier soir, elle avait surpris un chevreuil et bien qu'il ne lui restait plus grand-chose à manger dans son sac, elle n'avait pas utilisé son fusil. Le chevreuil ne la menaçait pas et elle ne mourait pas de faim. L'animal l'avait regardé quelques instants, comme étonné, le cou tendu, les oreilles agitées, elle distinguait l'écarquillement de ses yeux, le frémissement fébrile de ses narines. Puis, il avait bondi dans les buissons, un saut magnifique et elle en avait ri de bonheur.

    « Je m'appelle Ange... Je le sais. J'aime bien. »

    Au fil de ses avancées lui revenaient en brides fugaces des images de chaos, explosions, cris, courses tendues, tout le corps en alerte, les souffles puissants, des armes qui balayent l'espace devant elle, des flashs qui la laissaient démunie, dans une incompréhension lourde.

    « Je m'appelle Ange mais je ne sais pas ce que j'ai fait. »

    Depuis que son nom lui était revenu, depuis que le cri s'était tu et avait laissé de la place, des souvenirs remontaient. Elle ne les désirait pas tous, elle aurait même voulu en repousser certains, qu'ils retombent dans leurs abysses. Mais elle n’y pouvait rien.

    Son corps, désormais apaisé, s’appliquait à déverser dans le cerveau tout ce qu'il portait dans ses fibres, dans sa chair, dans ses muscles, dans sa peau. L'idée l'amusa et elle s'étonna de l'étrangeté de cette intuition. Elle se reconstruisait en humant les parfums de l’eau, de l’herbe grasse, en laissant les doigts effleurer les écorces, en écoutant le silence, l’absence de bruits humains et les sons du monde. Elle se reconstruisait en absorbant la totalité de chaque instant maintenant que le cri avait disparu. Mais elle ne pouvait pas repousser les images qui fusaient, insoumises et la raidissaient, une violence écarlate, des explosions, des incendies, des combats. Des morts. Ils étaient là, enfouis, prêts à jaillir, elle n’y pouvait rien.

    Alors, elle s’appliquait à marcher, les sens en alerte, le corps ouvert, affamée de sensations, désireuse de combler le vide de sa mémoire pour en couvrir le chaos inexplicable, elle enregistrait chaque pas dans l'herbe comme ceux d'un nouveau-né qui s’émerveille, elle regardait les arbres et leurs branches nues, les feuilles pourrissant en tapis colorés, elle franchit un ruisseau sans chercher de gué, l'eau froide remplissant ses Rangers et elle s'en accommoda. Le monde, autour d'elle, n'était que végétation, le silence d'un ciel plombé, un océan gris suspendu, immobile, silencieux, un couvercle au-delà duquel elle devinait parfois la clarté laiteuse d'un soleil d'automne.

    Elle avait passé beaucoup de temps le dos appuyé contre le tronc d'un arbre immense et elle avait imaginé le cheminement ralenti de la sève. Ces moments-là lui importaient bien davantage que la quête fébrile d'une mémoire dévorée. Le cri l'avait consumée mais elle avait survécu. Et l'instant restait la seule certitude d'être toujours là.

    Elle avait passé plusieurs jours dans une cabane de pêcheur, ça sentait le poisson, au bord d'un bras d'eau serpentant sous les branches nues. Avant la nuit, quand elle allait remplir sa gourde filtrante de survie dans le canal, elle observait les gerris aux longues pattes qui patinaient sur l'eau immobile puis, les rares fois où le plafond nuageux s'entrouvrait, elle contemplait les rayons du couchant à travers les innombrables toiles d'araignées tissées dans les iris et les massettes. Elle s'amusait à siffler avec les petits oiseaux, à répéter les mélodies qu'ils s'échangeaient entre congénères.

    Elle était seule et elle ne voulait pas de congénère.

    Elle en avait tué beaucoup. Elle n'avait aucun visage sur ces morts, juste des silhouettes affolées, des gens armés qui cherchaient à l'abattre, elle s'était enfuie, elle avait appartenu à un groupe mais elle était partie, le cri dans sa tête l'avait condamnée à la solitude, c'est elle qui avait décidé de laisser ses hommes, c'était la règle, elle ne devait pas les contaminer, elle était la chef. Elle avait pris un des 4X4, elle avait chargé de la nourriture, de l'eau, des armes, des munitions, du matériel de survie et elle était partie et elle avait roulé pour s'éloigner des zones habitées, la certitude en elle que seuls les arbres pourraient la sauver de la folie dans son crâne. Elle se souvenait vaguement avoir suivi la côte, empruntant des routes secondaires, évitant les zones habitées. Elle dormait dans le véhicule, sur des chemins de terre, sous les arbres, loin des routes. Une nuit, elle s'était réveillée en sursaut, trempée de sueur, elle se souvenait d'une explosion gigantesque, une raffinerie, c'était sa mission, Donges, elle retrouvait ce nom, la raffinerie de Donges, des roquettes, elle avait tiré des roquettes, puis le cri l'avait envahie, les souvenirs revenaient dans le désordre, comme si elle devait reconstruire un puzzle, alors elle avait longé la côte, des gens, une fois, avaient voulu l'arrêter et ils étaient morts parce qu'elle refusait de s'arrêter et qu'ils ne savaient pas qu'elle pouvait tuer n'importe qui.

    Elle suspendit son pas au moment où elle allait déposer sa lourde chaussure sur un escargot, une coquille volumineuse à peine visible dans l'herbe drue. Elle se baissa et le prit délicatement pour le poser dans la paume de sa main. L'animal, aussitôt rentré à l'abri, attendit quelques instants avant de ressortir une tête prudente, puis deux yeux observèrent la situation, deux petits ronds noirs perchés à la pointe des fines tentacules. Elle approcha l'animal de ses yeux, émerveillé par les corpuscules couvrant le corps gluant.

    « Il ne reste plus grand-monde pour te faire du mal mais tu dois quand même rester prudent, » murmura-t-elle en le déposant dans l'herbe.

  • Cédric Vilani sur le rapport Meadows.

     

     

    On ne peut dire que ce monsieur est un allumé du bulbe qui délire... Donc, il est important de l'écouter.

    En 1972 c'est un coup de tonnerre quand Dennis et Donella Meadows, et leurs collaborateurs, rendent public le rapport que le Club de Rome leur a commandé. Cible d'attaques de tout genre, taxés d'obscurantisme, ils croyaient au contraire en la capacité de la science pour mettre nos activités en équations. Un demi-siècle plus tard, que dire de leurs conclusions et de leurs méthodes ?

    Cédric VILLANI

    Cédric VILLANI, mathématicien (médaille Fields 2010), professeur à l’Université Claude Bernard Lyon 1, membre de l’Académie des sciences. Très engagé en médiation scientifique (Théorème vivant, Un Mathématicien aux métallos, Les Rêveurs lunaires...), député sortant de l’Essonne, président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques au cours du mandat écoulé.

     

  • Situation de crise

    Donc, tout ce que les scientifiques ont annoncé depuis cinquante ans n'ayant pas été écouté et aucune décision d'anticipation n'ayant été prise, nous allons désormais entrer dans la période de crise, une crise à laquelle nous allons devoir nous adapter.

    Mais si au lieu de vouloir adapter la nature à nos exigences de consommation, nous avions changé notre fonctionnement, à l'échelle planétaire, nous n'aurions pas à nous adapter maintenant aux effets que nous avons nous-mêmes générés. 

    D'autre part, quand je repense aux attaques, aux moqueries et au déni dont les survivalistes ou citoyens prévoyants sont victimes depuis des lustres, je réalise à quel point les gouvernements, quels qu'ils soient, où que ce soit, ne sont jamais capables d'anticiper et de comprendre ce qui ne fonctionne pas, ce qui doit être modifié, ce qui doit être planifié. Il est si facile d'attaquer ceux qui ont compris, qu'il s'agisse des citoyens prévoyants ou des scientifiques. Alors, maintenant, nos politiciens vont chercher à se faire passer pour des protecteurs par des annonces qui seront de toute façon annihilées par la puissance des marchés financiers qui eux continueront à vouloir bétonner, consommer, exploiter, construire, soutenir la croissance, celle qui nous mène au gouffre. 

     

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    Intempéries : "Nous devons développer une culture du risque", insiste la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher

     

    Un plan national d'adaptation au changement climatique va être présenté vendredi par le Premier ministre. Il va être "soumis à la concertation pendant deux mois" avant d'être déroulé, précise Agnès Pannier-Runacher.

    Article rédigé parfranceinfo

    Radio France

    Publié le 24/10/2024 09:02

    Temps de lecture : 1minAgnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, de l'Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, le 24 octobre sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

    Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition écologique, de l'Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, le 24 octobre sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

    "Nous devons développer une culture du risque", insiste jeudi 24 octobre sur franceinfo la ministre de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, Agnès Pannier-Runacher, alors qu'un plan national d'adaptation au changement climatique va être présenté vendredi par le Premier ministre Michel Barnier, avec des mesures pour les particuliers et les collectivités locales. Un plan qui sera, selon la ministre, "l'enjeu de l'année 2025".

    :à lire aussiChangement climatique : Oxfam dénonce le manque de mesure d'adaptation face au réchauffement en France

    Un plan pour "regarder si on va faire face à de nouveaux virus et comment on se prémunit, comment on organise le travail, comment on organise le temps dans les écoles, comment on protège les personnes âgées dans les Ehpad, comment on construit mieux et comment on adapte nos constructions pour faire face à des épisodes de grande chaleur ou à l'inverse d'inondations", détaille la ministre. Selon elle, les inondations que la France a connu lors du mois d'octobre sont "la conséquence du dérèglement climatique, il va falloir s'y habituer, ils vont se répéter et donc c'est une culture du risque que nous devons développer".

    En terme de calendrier, ce plan sera "soumis à la concertation pour deux mois, de façon à recueillir le point de vue des parties prenantes, de faire éventuellement bouger certains éléments". Puis, après cette concertation de deux mois et de "la synthèse que nous ferons des remontées qui nous seront faites, on le déroulera".

  • Vider ma rage

     

    J'avais besoin d'aller à la déchèterie pour vider la remorque. Et encore une fois, il y avait une file d'attente. La disposition des containers est absolument désastreuse. Deux voitures engagées suffisent à bloquer toutes les autres.

    Et encore une fois, je me suis retrouvé au milieu de la file. Et comme d'habitude, je suis donc sorti de la voiture et j'ai commencé à faire des allers-retours jusqu'aux différents containers avec tous les encombrants que j'avais.

    Je ne compte plus le nombre de fois où je passe à côté de voitures dont le moteur tourne toujours alors que personne ne peut avancer. Et que pour une raison que j'ignore le conducteur n'a pas l'idée de couper le moteur. Cette fois, c'était un 4X4, un vieux 4X4, avec une fumée bien noire et à l'intérieur, un homme à casquette, grosse barbe, massif. Après être passé trois fois près de lui, je me suis arrêté, la vitre était ouverte, il fumait une cigarette. Je lui ai demandé sur un ton aimable s'il lui serait possible d'éteindre son moteur étant donné qu'il n'était pas prêt de pouvoir avancer. 

    "Ben pourquoi ? m'a-t-il demandé, étonné.

    -Parce que ça pollue, tout simplement.

    "Ah, un écolo ! a-t-il lancé. Eh bien, moi, j'en ai rien à foutre de polluer l'atmosphère. C'est des conneries tout ça."

     

    Que faire ? 

    Ma première idée a été de lui prendre la tête et de la fracasser contre sa portière puis j'ai sorti le cran d'arrêt que j'ai toujours sur moi et je le lui ai planté dans le bras. 

     

     

    Non, c'est faux, je ne l'ai pas fait. Je l'ai juste regardé et je suis parti. Parce que je sais ce dont je pourrais être capable. 

     

    Je suis rentré à la maison et j'ai pris mon vélo et je suis allé vider ma rage. 

     

  • Rien à foutre

    Il y a plus de vingt ans qu'on a jeté la télévision. Mais on a chacun un ordinateur portable et on y regarde, uniquement en replay pour virer les publicités, des jeux de réflexion, SLAM, notamment. 

    Je suis effaré par le nombre de candidats qui annoncent sans aucun problème que s'ils gagnent suffisamment, ils s'offriront une croisière dans les Caraïbes, un séjour aux îles Seychelles, un safari au Kenya, des vacances à Bali etc etc...

    Après moi, le déluge.

    Rien à faire des effets de mes actes, j'ai gagné du pognon, j'en profite et j'emmerde les autres.

    Il y a des jours où j'aimerais que tous ces gens disparaissent. J'en suis même arrivé à ne plus ressentir la moindre compassion quand un avion de ligne s'écrase ou qu'un paquebot de croisière s'échoue ou coule. La première fois, c'était pour le naufrage du Costa Concordia.

    Rien à foutre. Clair et net. 

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  • Reverdir les villes

     

     

    La Métropole de Lyon va enlever 400 ha de béton pour limiter les inondations

     

    « Sur l’ensemble de la métropole, on a déjà décrouté 20 ha. Cela demande beaucoup d’ingéniosité aux différents métiers (espaces verts, voiries) pour arriver à planter car selon la rue, le profil est différent. Il a fallu que les agents comprennent pourquoi il fallait le faire, s’approprient les différentes techniques, et que cette eau qui arrive n’est pas mauvaise pour les arbres »

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    Texte: Laurie DebovePhotographie: Gregory Dubus / iStock21 octobre 2024

    Face à l’intensité du dérèglement climatique, précipitations et inondations font partie des événements météorologiques que nous subirons de plus en plus en France. Pour réparer le cycle de l’eau en milieu urbain, la Métropole de Lyon a commencé à enlever le béton au pied des arbres. Ravie des premiers résultats, la Métropole s’est fixée comme objectif de désimperméabiliser 400ha d’ici 2026.

    Lyon : des arbres pour réparer le cycle de l’eau

    La Métropole de Lyon, constituée de 59 communes, compte 1,3 million d’habitants sur 55 000 hectares. Avec autant de foyers, les fortes pluies entraînent un problème de saturation des stations d’épuration, qui rejettent alors de l’eau sale dans le Rhône. Surtout, des années de politique d’aménagement du territoire favorisant le tout-béton entraînent des inondations de plus en plus fortes dans un contexte de dérèglement climatique.

    Pour favoriser la captation de l’eau dans le sol, la métropole a mis en place un grand programme de désimperméabilisation. Parmi les outils utilisés, un concept au nom poétique : « les arbres de pluie ». Il s’agit d’enlever le bitume au pied des arbres sur une zone d’environ 10m2 pour que l’eau de pluie s’infiltre mieux dans le sol.

    « Un arbre de pluie est capable de récolter de l’eau sur 400m2. L’eau est aiguillée vers une fosse pour ne pas raviner le pied des arbres, qui est donc plus bas que le reste de la chaussée. Cela a si bien marché qu’on a décidé d’intégrer cette technique sur un système de fosse continue. En prime, connecter les arbres entre eux les rend beaucoup plus résistants grâce aux mycorhizes qui les relient dans le sol » explique Pierre Athanaze, vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’environnement, pour La Relève et La Peste

    Les cinq premiers arbres de pluie ont été aménagés rue Vauban dans le Lyon 6e en novembre 2021. Le suivi de ces arbres montre que l’infiltration complète des pluies de la rue (660m2) est possible avec une surface perméable de 65 m2 pour des pluies de faible à moyenne intensité. Pendant l’hiver, les arbres ont infiltré 24mm par jour et pendant l’été jusqu’à 40 mm par jour, et 20 mm en 20 min.

    Un arbre de pluie – Crédit : Métropole Grand Lyon / J.Sanabria

    En 2023, la Métropole de Lyon a vu les choses en grand. Suite à trois ans de préparation, elle a planté 52 000 arbres, un chiffre record sur une année, supérieur aux trois dernières années réunies.

    « Sur l’ensemble de la métropole, on a déjà décrouté 20 ha. Cela demande beaucoup d’ingéniosité aux différents métiers (espaces verts, voiries) pour arriver à planter car selon la rue, le profil est différent. Il a fallu que les agents comprennent pourquoi il fallait le faire, s’approprient les différentes techniques, et que cette eau qui arrive n’est pas mauvaise pour les arbres » précise Pierre Athanaze pour La Relève et La Peste

    Mise en place d’une fosse continue – Crédit : Métropole Grand Lyon, Livret Technique « Les arbres de pluie »

    Pendant des décennies, certaines villes mettaient des bordures autour des arbres pour empêcher l’eau considéré comme polluée d’aller à leurs pieds. Point de préoccupation majeure : le sel utilisé pour déneiger les routes en hiver. Des échanges avec Montréal leur ont montré qu’il n’était pas si nocif que ça selon les quantités appliquées. La métropole est suivie dans le cadre du programme européen « LIFE artisan » pour mesurer les résultats en termes de volume d’eau connectés, mais également de la viabilité des arbres et de la biodiversité qui revient.

    « On mesure la tensiométrie (mesure de tension de l’eau du sol, ndlr), la température mais également le nombre d’espèces. On s’est d’abord intéressés aux espèces aériennes que sont les insectes pollinisateurs et les oiseaux. On va désormais recenser la faune du sol comme les vers de terre et les collemboles » détaille Pierre Athanaze pour La Relève et La Peste

    En finir avec les îlots de chaleur

    Cerise dans la canopée : les arbres libérés du béton poussent beaucoup plus vite avec des croissances de 15 à 30cm pour certains. Cela accroît d’autant plus rapidement la biodiversité tout en créant des îlots de fraîcheur bénéfiques à toutes les espèces humaines et non-humaines du territoire.

    « Le système de fosse continue permet de rafraîchir nos quartiers car cela rapproche les arbres de hauteur différente, les grands arbustes et les couvres-sols. Dans les endroits végétalisés, on gagne 4,2°C de fraîcheur en moyenne et jusqu’à 7,4°C pendant les canicules ! » se réjouit Pierre Athanaze pour La Relève et La Peste

    Avec sa position en sortie de la vallée du Rhône et l’absence de vents d’Est, Lyon est en effet l’une des villes qui se réchauffe le plus vite en France. Selon un rapport de L’European Data Journalism Network, publié en 2018, Lyon est la plus grande ville de France touchée par le réchauffement climatique. La température y aurait augmenté de plus de 4 degrés en moyenne selon la ville de Lyon. Au-delà de réparer le cycle de l’eau, la plantation d’arbres a donc des effets vertueux pour faire face aux canicules qui seront de plus en plus fréquentes.

    Place Jules Guesde

    Place Jules Guesde

    « Nous avons repris 9 hectares de bitume grâce à la plantation de végétaux. Cela correspond à 13 terrains de football. Si nous voulons rendre la ville moins chaude en été, c’est toujours mieux que le soleil tape sur des arbres que sur du goudron » se félicite Grégory Doucet, maire de Lyon issu d’une coalition politique écologique et gauche

    2024 verra moins d’arbres plantés dans la Métropole pour que les agents puissent se concentrer sur l’entretien et la viabilisation de tous ceux plantés en 2023. La suite s’organise désormais sur le temps long : la métropole de Lyon veut débitumer 400 hectares de son territoire d’ici à 2026, entre anciennes et nouvelles plantations.

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