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C'était pourtant écrit.

Par Le 19/08/2026

Un article sur un livre oublié. Un de ceux qui n'auraient jamais dû disparaître.

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Patrick Maurieres

n͏o͏o͏e͏t͏p͏r͏S͏d͏s͏i͏0͏a͏a͏7͏a͏2͏g͏g͏i͏5͏6͏5͏7͏0͏9͏2͏m͏ ͏1͏a͏2͏1͏9͏t͏u͏g͏h͏7͏h͏0͏c͏3͏a͏g͏3͏0͏t͏6͏m͏7͏9͏7͏h͏6͏9͏l͏u͏2͏t͏  ·

Comment avons-nous pu passer totalement à côté ?

En cette période caniculaire, j’ai trouvé dans une boîte à livres un ouvrage de René Dumont que j’ai lu avec cette question comme fil conducteur.

Je parle de ma génération, celle qui a été, pour reprendre une formule, « biberonnée au marxisme ».

L’ouvrage date de 32 ans.

Et pourtant, à sa lecture, une question s’impose : comment ai-je pu à ce point, passer à côté de ce que René Dumont nous disait déjà ?

Que développe-t-il ?

Que les risques écologiques sont dramatiquement sous-estimés et que l’avenir de l’humanité est menacé.

Le propos est précis, documenté, affûté. Et, à mes yeux d’aujourd’hui, d’une actualité saisissante.

On lit ainsi, page 53 :

« Un système économique âpre et défaillant aboutit à dilapider un patrimoine essentiel : celui des ressources rares non renouvelables. D’abord les combustibles fossiles et les minerais que les formations géologiques ont accumulés dans le sous-sol et que l’on devrait traiter comme le patrimoine de l’humanité. »

Et page 107 :

« Pour la première fois nous sommes en train de démolir systématiquement — dans l’indifférence générale — les climats de la planète. »

René Dumont ne déclame pas, jamais. Il démontre.

Il détaille l’effet de serre et la détérioration des climats avec des chiffres et des faits. Il parle de biodiversité, de déforestation, de l’eau qui, prévient-il, « va manquer presque partout — même en Bretagne ».

Et ma génération, celle qui se voulait critique du capitalisme, a largement ignoré, occulté ou, plus simplement, pas pris au sérieux ces avertissements.

Dumont dénonce également « l’inacceptable droit d’embargo », dont Cuba crève littéralement en ce moment, et analyse la guerre du Golfe comme une guerre du pétrole.

Il écrit :

« Les complexes militaro-industriels, pour prospérer, ont besoin de guerre donc d’ennemis. »

Difficile, aujourd’hui, de ne pas penser aux profits colossaux engendrés par une industrie qui fabrique et vend les engins de mort utilisés par les protagonistes des conflits actuels.

Il perçoit également, alors que le fascisme national n’est pas encore la menace qu’il deviendra, que le Front national pourra surfer sur les problèmes de la misère et de l’immigration.

Il voit l’agonie du monde paysan et, dans le même temps, les gros céréaliers protégés par l’Europe.

Son discours anticapitaliste ferait aujourd’hui pâlir bien des écologistes autoproclamés.

René Dumont, qui votera non au référendum sur la ratification du traité de Maastricht, développe également une réflexion sur la dette qui résonne singulièrement avec le débat politique actuel : il milite pour l’annulation des dettes, « le temps de respirer » écrit-il

Et surtout, l’ensemble s’articule comme un véritable programme politique qui, 32 ans plus tard, fait toujours sens :

« Réhabiliter le chemin de fer. »

Développer l’énergie géothermique.

Refuser la politique du tout-autoroutier.

Je ne peux évidemment pas m’empêcher de penser à l’A69, voulue par Mme Delga, dans ma région. Il est fort à parier que René Dumont aurait été aux côtés des « écureuils » pour tenter de préserver les arbres.

Il développe aussi toute une série de propositions en direction de « la femme, grande oubliée des droits de l’homme ».

Il cherche « où trouver l’espoir », dénonce déjà les renoncements socialistes et combat évidemment la droite.

Bref, sans vouloir refaire l’histoire, je me demande vraiment comment ma génération, « biberonnée au marxisme », a pu passer à ce point à côté de ses réflexions.

Pourquoi, à quelques exceptions près, n’avons-nous ni écouté ni entendu René Dumont ?

Et je terminerai avec cet extrait, page 170 :

« Cherchons à regrouper les associations, et les personnes qui s’inquiètent des menaces écologistes ; les pacifistes qui refusent de tuer, les groupes qui œuvrent contre la misère… et tous les bénévoles qui s’efforcent d’aider les chômeurs, les exclus, les sans-logis ; les organisations qui défendent les prisonniers politiques… et enfin l’ensemble des tiers-mondistes qui n’acceptent pas que les 15 % de privilégiés du globe continuent à accaparer et dilapider 80 % de ses ressources limitées. »

Lui qui se définissait comme un héritier« des communes organisées au Moyen Âge, de 1789, de 1871 », concluait :

« Il nous faut accorder le premier rang au social, à l’écologie, aux droits des humains (de tous les humains) à ne plus être dominés et écrasés-piétinés… »

Cette phrase résonne particulièrement en moi, à l’aube d’un combat décisif dans quelques mois.

Nous avions sous les yeux, il y a 32 ans, une partie des réponses aux questions que nous nous posons aujourd’hui.

Regarder la vie

Par Le 19/08/2026

Regarder la vie autour de soi, voir les "petits", les discrets, ceux auprès de qui on peut passer si on ne reste pas attentif, aux aguets, près à dégainer l'appareil photo, chasseur de clichés.

Je me suis pris la tête avec un chasseur sur FB, dans une publication qui parle de la chasse aux oiseaux migrateurs et que les chasseurs veulent continuer à abattre "puisqu'ils n'ont pas eu à souffrir de la canicule"...Et ce hkhdlkjsdvkks de chasseur me sort la phrase suivante : "Tant qu'il y aura des chasseurs, les animaux sauvages et la nature seront préservés".

Qu'est-ce que vous voulez faire de ça ?

Ben, je retourne "chasser" les insectes et autres habitants sur le terrain pour tenter d'oublier ça. 

 

Ce matin, alors que je faisais le tour des jeunes arbres, j'ai le bonheur de tomber sur un machaon qui venait juste de sortir de sa chrysalide.

Les feuilles de l'érable sont grillées mais de nouvelles feuilles poussent au pied, à l'abri de la paille et de l'humidité du sol. Il ne lâche pas l'affaire :) 

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Crise de l'eau, planète terre invivable ? Emma Haziza

Par Le 18/08/2026

"L'écologie punitive". Cette expression, elle me rend dingue.

On sait, en tout cas pour ceux et celles qui s'informent, que nous allons dans le mur.

Les scientifiques qui ne sont pas écoutés et quand ils le sont sont moqués, je n'imagine même pas ce qu'ils doivent éprouver.

Diffusée en direct le 17 mai 2022 Environnement

Emma Haziza est hydrologue, spécialiste de la résilience des territoires face aux risques climatiques extrêmes. Fondatrice de Mayane, centre de recherches appliquées dédié à l'adaptation climatique.

Mega-bassines : état des lieux

Par Le 18/08/2026

Texte de Rémi Camus

"Une mégabassine n’est pas une immense piscine qui récupère simplement l’eau de pluie.

Ce serait presque trop simple.

Ce qu’on appelle plus précisément une réserve de substitution est généralement remplie grâce à des prélèvements réalisés dans les nappes ou les cours d’eau, principalement en période hivernale, pour stocker cette eau et l’utiliser ensuite en période d’irrigation.

L’idée défendue est assez simple : prélever lorsque la ressource est davantage disponible pour éviter de pomper l’été lorsqu’elle est sous tension.

Sur le papier, ça peut sembler logique.

Mais la vraie question est peut-être ailleurs.

Pourquoi avons-nous besoin de stocker autant d’eau pour maintenir certaines productions agricoles dans des territoires où l’eau devient justement de plus en plus problématique ?

Parce que derrière le débat technique sur les mégabassines se cache aussi un débat sur notre modèle agricole.

Quelles cultures voulons-nous continuer à irriguer ?

Pour quels usages ?

Avec quelle quantité d’eau ?

Et surtout : est-ce à notre environnement de continuer à s’adapter à notre modèle agricole, ou est-ce désormais à notre agriculture de s’adapter aux ressources réellement disponibles sur nos territoires ?

Je n’ai rien contre l’irrigation par principe.

Un agriculteur a évidemment besoin d’eau pour produire.

Mais entre irriguer ponctuellement une production adaptée au territoire et construire des réserves de plusieurs centaines de milliers de mètres cubes pour maintenir un système fortement dépendant de l’irrigation, il me semble qu’on a le droit de poser des questions.

D’autant qu’il existe d’autres pistes : restaurer les zones humides, ralentir les écoulements, améliorer l’infiltration dans les sols, travailler sur les haies, les pratiques culturales, les variétés cultivées ou encore la capacité des sols à retenir naturellement l’eau.

Finalement, c’est peut-être ça le débat que j’aimerais avoir.

Est-ce qu’on veut adapter nos territoires à notre agriculture actuelle, ou adapter progressivement notre agriculture aux territoires de demain ?

Parce qu’avec le changement climatique, cette question risque de se poser de plus en plus souvent."

 

Rendements en chute libre, évaporation record… Le bilan des méga-bassines de l’été 2026

 

Publication :

15/08/2026

Picture of Thibaut Schepman

Thibaut Schepman

©Crédit Photographie : DAMIEN MEYER / AFP La bassine de Sainte Soline en 2023

Le bon sens serait de stocker de l’eau en hiver, pour arroser les cultures en été. Défendue par le syndicat agricole majoritaire FNSEA, cette solution technique est relayée par un large bloc politique réunissant l’extrême droite du Rassemblement national, l’extrême droite de la droite de Bruno Retailleau et François-Xavier Bellamy mais aussi la droite et la majorité présidentielle. 

Ensemble, ce bloc politique vient de voter une loi d’urgence facilitant la construction d’ouvrages de stockage de l’eau et limitant le débat démocratique à leur sujet. Alors que l’on vient de vivre un hiver extrêmement pluvieux suivi d’une fin de printemps et d’un été caniculaire, tous crient à l’unisson pour aller encore plus loin afin de s’adapter à la sécheresse qui mine le monde agricole. 

Mais qu’en est-il des dizaines de bassines déjà construites ? Peut-on mesurer leur efficacité et leur utilité dans ce contexte caniculaire ? Comment a été utilisée l’eau de ces réserves depuis le début de l’été ? Entre opacité totale sur le partage de l’eau et évaporation monstre, les chiffres que diffusons pour la première fois montrent une solution loin d’être satisfaisante. 

Guerre de l’eau : où se trouvent les méga-bassines ?

Si on trouve des méga-bassines dans beaucoup de départements, les réserves les plus nombreuses et les plus célèbres se situent dans un vaste triangle allant de La-Roche-sur-Yon à Angoulême et à Poitiers. Ce territoire entoure le marais poitevin et se situe sur plusieurs bassins versants (la Sèvre Niortaise, Mignon, Charente) et plusieurs départements (Vendée, les Deux-Sèvres, la Vienne et la Charente-Maritime). 

Depuis les années 1980, des milliers d’hectares ont été drainés dans et autour du marais poitevin, dans le but d’arroser les cultures céréalières et notamment le maïs. L’assèchement de cette zone humide a été terrible et a réduit d’un tiers la surface du marais. Cette catastrophe écologique a valu une condamnation de la France par la Cour de justice européenne en 1999.   

Par la suite, des autorisations de pompage gigantesques ont malgré tout été accordées aux agriculteurs locaux afin de les autoriser à pomper dans les cours d’eau dans des proportions largement supérieurs aux capacités du milieu.

Depuis le début des années 2010, une partie du monde agricole défend en prime la construction de bassines, dites réserves de substitution. Ces réserves sont des trous artificiels qui peuvent stocker plusieurs centaines de milliers de m3 d’eau et se remplissent via des pompes qui puisent l’hiver dans les nappes ou dans les rivières. L’argument en leur faveur est d’affirmer que ces prélèvements se substituent et donc seraient préférables à des prélèvements faits en période estivale. De nombreux arguments en leur défaveur ont été détaillés
sur Bon Pote : l’eau stagnante dans les bassines chauffe, s’évapore et se détériore, cette eau bénéficie à un petit nombre d’usagers, ces réserves maintiennent un modèle agricole gourmand en eau au lieu de le faire évoluer. 

La construction d’une partie de ces ouvrages était illégale, ce qui n’a pas empêché le soutien de l’Etat et de certains préfets. Au bout de longues procédures, la justice a récemment ordonné la destruction de plusieurs ouvrages. Par ailleurs, la tristement célèbre bassine de Sainte-Soline, connue pour avoir été le théâtre de violences policières, a aussi fait l’objet d’une interdiction de remplissage l’hiver dernier par une décision de justice visant à prévenir les impacts sur la biodiversité locale. En dehors de ces cas précis, plusieurs dizaines de bassines ont bien été remplies pendant l’hiver dernier. 

Combien d’eau reste-t-il dans les méga-bassines ? 

Aujourd’hui, ces bassines sont en majorité quasiment vides. Selon les informations partagées par le système d‘Information sur l‘Eau du Marais Poitevin et que nous avons pu consulter,  il ne restait ainsi que 2000 mètres cubes d’eau dans la réserve de Mauzé-sur-le-Mignon (l’une des plus anciennes du coin) ce vendredi 14 août. Elle était presque pleine avec encore plus de 200 000 m3 au 10 juin dernier.

Volume d’eau dans la réserve de Mauzé sur le mignon Source : SIEMP

La bassine de Priaires est vide depuis le 7 août. Celle d’Epannes le sera d’ici à quelques jours. Beaucoup de réserves ne comptent plus que quelques dizaines de milliers de mètres cubes. Les réserves les plus grandes ont encore des quantités d’eau un peu plus importantes en stock, dont celle de Sainte Gemme la Plaine avec 110 000 mètres cubes. Mais cela ne durera pas : la courbe de son stock s’effondre aussi vite que les autres, au rythme actuel elle sera vide avant la fin du mois. 

Volume d’eau dans la réserve de Sainte Gemme la Plaine Source : SIEMP

Cette chute s’explique par des consommations d’eau importantes pour l’irrigation. Mais ce n’est pas tout, comme le montre le cas de la bassine de Sainte-Soline. Inexploitée, elle est tout de même complètement vide depuis mi-juillet alors qu’elle a stocké jusqu’à 50 000 m3 au 2 juin dernier.

Ce n’est pas une surprise pour l’hydroclimatologue Florence Habets qui rappelle pour Bon Pote un point important : l’évaporation énorme dans ces réserves : « On a du mal à faire comprendre à quel point l’évaporation peut être conséquente. L’ordre de grandeur, c’est la consommation de plusieurs centaines de personnes qui s’évapore chaque jour dans chaque réserve ». L’hydrologue, qui travaille justement sur un
projet de mesure de l’évaporation des réserves, partage par ailleurs les résultats d’une étude récente menée en Afrique du Nord et qui montre que ces réservoirs perdent une quantité d’eau considérable par évaporation, parfois jusqu’au double de leur capacité de stockage annuelle. 

Les quantités d’évaporation constatées dans les réserves d’eau destinées à l’agriculture en Afrique du Nord

Source :
Water storage paradox of reservoir expansion and evaporative losses in the MENA region

Ce qui donne un paradoxe : pour sécuriser l’accès à l’eau, les agriculteurs construisent davantage de bassines qui subissent des taux d’évaporation tels qu’elles contribuent in fine au manque d’eau. Dans ce contexte, certains souhaitent encore plus de bassines… Jusqu’à quand ?

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Qui a exploité l’eau stockée dans les méga-bassines ? 

Ces réserves, largement subventionnées, servent principalement à alimenter de grosses exploitations produisant des céréales, dont du maïs. Une enquête de Médiapart a montré que les douze exploitants bénéficiaires de la bassine de Sainte-Soline sont liés à l’agro-industrie intensive, possèdent des structures nettement supérieures à la moyenne nationale et bénéficient d’importantes subventions publiques. La quasi-totalité de leurs parcelles irriguées est dédiée à deux cultures clés de ce modèle industriel : le maïs et le blé tendre d’hiver, souvent destinés à l’exportation. C’est aussi le cas dans beaucoup d’autres territoires. Dans la vidéo ci-dessous, on peut voir un exploitant céréalier installé dans le bassin versant du Mignon expliquer qu’il irrigue 400 hectares de maïs.

La plupart des agriculteurs locaux estiment le système inéquitable. C’est le cas, il faut le dire, des bénéficiaires des bassines à l’arrêt qui crient à l’injustice. Ils ont mis à l’arrêt leurs forages privés et s’estiment doublement victimes, n’ayant plus accès ni à leur forage privé ni aux réserves de substitution qu’ils ont contribué à financer. 

Mais d’autres voisins s’estiment encore plus floués. De nombreux agriculteurs locaux dénoncent la hausse du prix de l’eau causé par les méga-bassines auxquels ils n’ont pas accès.  Dans une interview à Médiapart, une maraîchère dénonce :  « Pour les petits maraîchers et pépiniéristes, il est difficile d’avoir accès à l’eau, même en petites quantités. Globalement, la priorité est donnée à des productions qui sont loin d’être indispensables. C’est totalement déraisonnable. » Un témoignage auquel il faut ajouter la réaction scandalisée de beaucoup d’habitants des Deux-Sèvres, qui voient les champs locaux arrosés massivement pendant la canicule. Est-ce bien raisonnable, alors que les températures élevées rendent le pollen stérile et les récoltes minables, le maïs restant sans épis ? Est-ce même rentable économiquement de récolter aussi peu de maïs en arrosant autant ?

Le caractère très inégalitaire de l’accès à l’eau stockée dans les bassines est confirmé et dénoncé par l’hydrologue Florence Habets, qui rappelle : « Rien n’est prévu pour gérer la pénurie en cas de crise. Il faudrait prendre des décisions courageuses, pour mieux décider à qui et à quoi on consacre l’eau disponible. Beaucoup d’eau est perdue pour arroser des parcelles qui ne vont de toute façon pas ou peu produire, alors qu’à l’inverse des agriculteurs aux besoins beaucoup plus faibles, comme les maraîchers, auraient pu en profiter. Cela demande des discussions collectives, avec bien sûr des indemnisations pour les agriculteurs lésés ». 

Au lieu de ça, c’est bien la règle du chacun pour soi qui semble prédominer. D’où les prélèvements très rapides et l’effondrement des réserves constatés dans les bassines, même si, déplore Florence Habets la situation manque beaucoup de transparence : aucun outil ne permet de suivre en direct qui utilise l’eau des bassines, les déclarations de font a posteriori et ne peuvent être connue qu’avec deux ans de retard. Dans un contexte de véritable bataille pour l’eau, plusieurs affaires de vol d’eau et d’irrigations illégales ont été constatés. Trois barrages ont notamment été vandalisés fin juin pour dévier l’eau sur la Sèvre niortaise. En 2022, un agriculteur avait déjà été condamné pour avoir capté illégalement de l’eau d’irrigation en Charente-Maritime. Une situation qui n’a pas empêché la Coordination rurale d’appeler officiellement dans un communiqué de presse les agriculteurs à ne pas respecter la loi et à irriguer les cultures de façon illégale. 

Un système non seulement injuste mais aussi inefficace

La situation serait peut-être acceptable si elle permettait des productions agricoles décentes. C’est loin d’être le cas. Dans les Deux-Sèvres, le préfet a récemment alerté sur une situation désastreuse pour l’agriculture locale, avec des rendements “catastrophiques» pour le blé, le maïs, les pois, les féveroles, le maraîchage, les vergers et le fourrage… Le président de la FNSEA locale annonce des pertes de 60 à 70% sur sa propre exploitation de maïs. En Poitou-Charentes, les récoltes de maïs sont nulles dans certains territoires. Suffirait-il de remplacer le maïs par du sorgho, comme on le lit souvent ? Cette enquête de Mediapart montre que les plants de sorgho du coin sont si petits qu’ils sont toxiques pour les vaches, alors qu’à l’échelle nationale les rendements ont décliné pendant cet été caniculaire.

Légende : Source / Agreste

Malgré tout, les bassines semblent encore et toujours présentées comme la solution unique et incontestable au chaos climatique qui nous frappe. L’Etat, à travers le préfet de Charente, s’est même opposé à la destruction des bassines jugées illégales et dont la destruction a été demandée par le rapporteur public dans le cadre d’une procédure judiciaire qui a démarré il y a plus de quinze ans. 

Très contestable, la focalisation du débat sur les bassines empêche de mettre sur la table des solutions urgentes et validées par la recherche scientifique : réduire l’artificialisation des sols, protéger les zones humides, freiner l’eau, protéger les nappes phréatiques et réduire la vitesse de l’écoulement de l’eau et, bien sûr, végétaliser notre alimentation et diminuer de façon massive les émissions de gaz à effet de serre.

Les opportunités des marchés financiers

Par Le 18/08/2026

Les financiers et leurs alliés politiques vendraient père, mère et la Terre tant est que ça leur rapporte. 

On sait depuis longtemps qu'après chaque cyclone aux USA, les marchands de bateaux de luxe remplissent leurs carnets de commandes. Juste un exemple parmi des dizaines d'autres. 

Et rien ne change et rien ne changera. 

Ce sont nos vies qui sont entre leurs mains car il faut bien comprendre que toutes les marchandisations des désastres nourrissent les prochaines. 

 

"Les opportunités du désastre".

Un copié/collé de Daniel Tanuro :

CATASTROPHE CLIMATIQUE: LA BARCLAYS BANK VANTE A SES CLIENTS LES "OPPORTUNITES" DU DESATRE

Les effets d'un "super El Nino" s'ajouteront dans les mois qui viennent a ceux du rechauffement croissant, qui provoque des incendies meurtriers en Europe et au Canada, des inondations gigantesques en Asie (170.000 personnes evacuees en Chine) et autres phénomènes météo extrêmes un peu partout.

Selon les Nations unies, l'impact d'El Nino accroîtra dans le domaine agricole les difficultés déjà créées par les accidents climatiques, difficultés amplifiées par la guerre contre l'Iran du genocidaire Netanyahou et du roi Ubu Trump (accès aux engrais passant par Ormuz!). 150 millions de gens auront besoin d'aide alimentaire dès décembre de cette année. La situation risque de devenir dramatique au Sud Soudan et en Somalie, notamment.

Cette perspective ne désole pas tout le monde. Dans un courrier à ses clients, la Barclays Bank rassure: ces phénomènes ne doivent pas être vus comme "unilatéralement négatifs". En effet, "si un El Niño plus intense engendre des risques pour certains secteurs et régions (sic), il crée également des opportunités, les épisodes historiques entraînant souvent d'importantes fluctuations de prix sur les marchés sensibles aux conditions météorologiques." (Cité par "Investigative journalism")

Sous-entendu: ces "importantes fluctuations de prix" sont pour les speculateurs autant d'occasions de se faire très vite beaucoup d'argent. Elle est pas belle, la vie? Profitons-en, Messieurs! "Let's look on the bright side of life"...

Monstrueux? Évidemment! Mais cette monstruosité est systémique. C'est celle du capitalisme, ce système de prostitution généralisée dont Marx, évoquant le banquier Shylock de Shakespeare, disait qu'il marche sur la tête, fait voir tout à l'envers, et noie l'humanité "dans les eaux glacées du calcul égoïste". On peut ajouter: ou dans les flammes attisees par l'esprit de lucre!...

Pour information, Barclay est la banque européenne qui a investi le plus dans les combustibles fossiles ces dernières années. Elle continue à le faire et accélère même le rythme. À lire la prose adressée à ses clients, on comprend que ce n'est pas un hasard, une erreur, ou le résultat d'une quelconque inertie: le Capital investit dans le désastre parce que le désastre crée des "opportunités ".

"Les marchés financiers ont commencé à fixer des prix selon El Niño", par Roberta Boscolo, cheffe de l'unité Energie et Climat de l'Organisation Météorologique Mondiale.

Un article précis dans le Financial Times cette semaine illustre comment un fonds spéculatif lève un fonds spécialement conçu pour tirer profit de l’El Niño de cette année et pourquoi les banques du secteur publient désormais des guides clients sur ses implications sur le marché.

☕ Les prix du café et du cacao ont grimpé alors que les commerçants anticipent des dégâts liés aux récoltes en Afrique de l’Ouest et au Brésil

Le blé en Australie et le riz en Inde font face à de sérieuses menaces, car les précipitations de mousson indienne sont déjà plus d’un dixième en dessous de la moyenne

Les prix des enchères de transit du canal de Panama ont atteint des sommets records, alors que les inquiétudes concernant la baisse du niveau de l’eau font écho à la sécheresse sévère de 2023–24

⚡ L’exploitation minière du cuivre est perturbée en Zambie par la sécheresse et au Chili par les inondations sous le même effet de l’événement, générant des risques opposés dans des endroits différents

Un impact sur la production sucrière indienne est suivi de près par les analystes

Le réchauffement climatique augmente les impacts de chaque événement qui se produit, superposant l’augmentation typique de température de 0,1 à 0,2°C d’El Niño à un réchauffement déjà dangereux de 1,4°C, et chargeant une atmosphère plus chaude d’humidité pour alimenter des averses plus fortes là où El Niño apporte déjà de la pluie.

Le chiffre le plus alarmant n’est pas un chiffre de marché. Le World Food Programme avertit que cet événement menace de plonger au moins 49 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire, rappelant que les vrais dégâts touchent le plus durement ceux qui ont le moins de capacité à les absorber. Et cela va durer : une étude publiée en 2023 dans Science a révélé que les épisodes majeurs d’El Niño freinent la croissance dans les pays touchés pendant des années.

Les marchés se positionnent déjà autour de cet événement, des mois avant son pic. La question est de savoir si cette même prévoyance atteint les petits exploitants, les planificateurs de la sécurité alimentaire et les communautés vulnérables avec la même urgence qu’elle atteint les fonds spéculatifs. ️

Source : Financial Times, "How will El Niño hit the world economy?" (Moral Money, 12 August 2026)

Lien vers le post de Roberta Boscolo : https://www.linkedin.com/.../urn:li:activity.../

(par Adrien Couzinier)

 

Camp fire

Par Le 18/08/2026

Y a-t-il eu une prise de conscience ? 85 morts, 296 disparus. Coût total de l'incendie  : 16 milliards de dollars. 

On parle toujours d'écologie punitive ? 

Imaginons 85 morts et 296 disparus en France. 

Est-ce qu'il y aurait une prise de conscience de l'urgence climatique, de l'urgence à changer notre mode de vie ? 

wikipedia

Le Camp Fire est un feu de forêt actif du 8 au 26 novembre 2018 dans le comté de Butte, en Californie. En détruisant notamment la ville de Paradise, il est le plus meurtrier de l'histoire de cet État américain, avec 85 morts, selon le bilan officiel du 3 décembre 2018[1]. Au 26 novembre 2018, date à laquelle les pompiers américains ont annoncé que le feu était « maîtrisé à 100% », on comptabilisait encore 296 disparus[2].

Déroulement

Le feu aurait débuté le 8 novembre 2018 au lever du jour. Les pompiers sont alertés à 6 h 33 heure locale (UTC−08:00), pour un feu de végétation. Un feu qui a commencé sous des lignes électriques haute tension de l'entreprise Pacific Gas and Electric Company (PG&E). L'enquête devra déterminer si l'origine du feu a un lien avec ces lignes électriques. Les premiers pompiers arrivent 10 minutes plus tard, à 6 h 43[3]. Les vents soufflant à plus de 56 kilomètres par heure aident à la propagation du feu.

Bilan

Le feu fut plus destructeur que le Tubbs Fire (en) d'octobre 2017. Il s'inscrit dans la lignée des incendies majeurs qui ont ravagé la Californie à la suite de la sécheresse que connaît cet État depuis plusieurs années. Cet incendie a ravagé 620 km2 de forêt, détruit 13 500 maisons. Le bilan humain au 3 décembre 2018 s'élevait à 85 morts, 3 blessés et 11 disparus et plusieurs dizaines de milliers d'habitants[1] ont été déplacés. La population de la ville de Paradise dans la Sierra Nevada au moment de l'incendie était estimée à elle seule à environ 26 000 habitants[4].

L'incendie a couvert une superficie de 620,5 km2 et a détruit plus de 18 000 structures, la plupart des destructions se produisant dans les quatre premières heures. Les villes de Paradise et Concow ont été presque complètement détruites, chacune perdant environ 95 % de leurs structures. Les villes de Magalia et Butte Creek Canyon ont également été en grande partie détruites[5]. En janvier 2019, le total des dommages était estimé à 16,5 milliards de dollars ; un quart des dommages, 4 milliards de dollars, n'était pas assuré. Le feu de forêt a également coûté plus de 150 millions de dollars en coûts de suppression des incendies, portant le coût total de l'incendie à 16,65 milliards de dollars.

Le même mois, Pacific Gas and Electric Company (PG&E), la société de services publics responsable de la ligne électrique défectueuse, dépose son bilan, invoquant un passif prévu pour les incendies de forêt de 30 milliards de dollars. Basé à San Francisco, PG&E est, selon le Figaro, « depuis des années accusé de faire passer les profits et ses actionnaires avant la sécurité du public, avec des installations désuètes et des manquements répétés à l'entretien et au débroussaillage de ses lignes à haute tension »[6]. Le 6 décembre 2019, le service public a fait une offre de règlement de 13,5 milliards de dollars pour les victimes des incendies de forêt ; l'offre couvrait plusieurs incendies dévastateurs causés par le service public, y compris le Camp Fire. Le 16 juin 2020, le service public a plaidé coupable de 84 chefs d'accusation d'homicide involontaire[7].

Dans la culture populaire

En 2025, le film The Lost Bus : Au cœur des flammes, distribué par Apple TV+, s'inspire de l'histoire de Kevin McKay et Mary Ludwig, un chauffeur et une enseignante, ayant sauvé 22 enfants lors de l'incendie. Ces personnages sont joués par Matthew McConaughey et America Ferrera. Le film a été principalement produit par Jamie Lee Curtis.

Un cinquième

Par Le 14/08/2026

J'écris beaucoup, tous les jours, tous les soirs et parfois la nuit.

Et j'y pense énormément, quand la situation s'y prête, ils sont tous là, Laure, Théo, Tim, Francis, Ange, tous les autres, plus de 70 personnages il me semble, je ne sais plus, je ne les compte plus, ils surviennent quand ils sont nécessaires. Je raconte l'élimination partielle de l'humanité et je n'ai jamais usé d'autant de personnages. Mais ce soir, je suis allé ouvrir les quatre tomes sur mon ordinateur et j'ai regardé la taille des documents en word

LES HÉROS SONT TOUS MORTS : 134 pages / 42 613 mots

TOUS SAUF ELLE : 335 pages / 85 170 mots

LE DÉSERT DES BARBARES : 334 pages / 109 146 mots

TERRE SANS HOMMES : 312 pages / 91 674 mots 

Je ne m'explique pas la différence du nombre de mots pour un nombre quasi identique de pages dans le tome 2 et le tome 3.

Mais le problème majeur, c'est que je suis loin du point final dans le tome 4. Je sais tout ce que je dois encore raconter, sans parler de ce qui pourrait survenir et que je n'ai pas encore imaginé...

Donc, c'est bien vers un tome 5 que je me dirige.

Et lorsque j'en ai pris conscience, j'ai vraiment eu un vertige, quelque chose qui alternait entre la joie et l'inquiétude. Le plaisir de prolonger cette aventure créatrice et le délai que ça va me prendre.

 

J'ai écrit "Les héros sont tous morts" en 2016. Il a été publié en 2018.

J'ai écrit "Tous, sauf elle", en 2017

"Le désert des Barbares" en 2018

Puis, je les ai repris, réécrits, transformés, raccourcis, rallongés, lus, relus, recorrigés, lus, relus, recorrigés.

J'ai beaucoup lu aussi, des tas d'ouvrages, essais, documentaires, romans, visionné des tas de vidéos, écouté un grand nombre de personnes.

J'ai commencé "Terre sans hommes" en 2023.

Je n'en revenais pas quand j'ai lu cette date, le premier texte de ce roman sur mon blog. En 2023...

Il y a donc dix ans que j'ai commencé cette quadrilogie, du tome 1, en 2016, à celui en cours.

Et maintenant, je réalise qu'un cinquième tome va devenir indispensable. Et je ne sais même pas si ces romans seront publiés un jour. Je connais les difficultés des petites maisons d'édition et les éditions du 38 ne jouent pas encore dans la cour des grands. La directrice m'a dit que le tome 2 pourrait paraître fin 2026, début 2027. Mais sera-t-il retenu par le comité de lecture ? 

J'en suis toujours à la même question en fait. Depuis mon premier roman publié, rien n'a changé. Que valent mes romans ? 

 

Se ressourcer encore et encore.

Par Le 07/08/2026

Ce que je vais écrire est affreux : c'est parce qu'il existe des moyens de se ressourcer que malgré les multiples alertes données par les scientifiques, les sociétés matérialistes perdurent et que perdurent avec elles toutes les dégradations, dévastations, et les canicules et sécheresses et dans quelque temps, les inondations et les tempêtes du siècle" (qui ne sont en fait que celles de l'année en attendant l'année suivante.)

Nous avons mis en place des méthodes pour tenir. Ces méthodes n'étant que le prolongement de ce qui aurait dû cesser. Les centres de "bien-être", les "soignants" de toutes sortes, les vacances, la consommation, la course au pouvoir d'achat, les vols en avion pour cinquante euros, les fêtes, et même les arts, tout est bon pour se ressourcer. Il ne s'agit pas de s'interroger sur les raisons qui mènent à un besoin de ressourcement mais uniquement de quoi se reconstruire, respirer, se refaire une santé.

J'en ai fait tout autant jusqu'à penser et c'est le comble au regard de ce que je dis aujourd'hui, qu'il serait utile, juste et bon que je m'installe comme sophrologue. J'ai suivi une formation, obtenu une certification mais je ne suis pas allé jusqu'à l'ouverture d'un cabinet. L'éducation nationale m'avait refusé la prime de départ volontaire, nécessaire financièrement mais j'avais de toute façon dans un coin de ma tête ronde un doute existentiel quant à la justesse de cette voie. 

Cette crise estivale génère un stress important, en tout cas, chez les gens conscients que nous ne sommes qu'à l'orée du désert.

Je plains ceux et celles qui ont perdu leurs maisons et leurs souvenirs.

Je pleure les forêts calcinées et les centaines de milliers d'animaux morts.

Je pleure pour les pompiers morts.

L'automne finira par arriver et cette crise estivale disparaîtra sous le flot permanent de l'actualité. Et dès le mois de mai 2027, dès les premières chaleurs, on recommencera à s'inquiéter. Car rien n'aura changé. Le processus de réchauffement est enclenché depuis longtemps déjà. On ne peut que tenter d'en réduire les effets, freiner des quatre fers pour éviter de faire grimper encore plus le thermomètre planétaire.

Alors, se ressourcer pour tenir dans les difficultés de la vie quotidienne devient peu à peu un sujet secondaire. Car il ne s'agira pas de tenir dans son travail, dans les difficultés de la vie de couple, dans les tourments associés aux enfants, dans le coût de la vie, dans l'inflation, dans les emmerdes en tous genres mais de tenir dans le registre de la survie. Et je sais, en utilisant le terme de survie, que beaucoup penseront que j'exagère. Et je l'espère.  

 

 

Pourquoi se ressourcer ?

 

Série :  Anti-manuel de philosophie

Mardi 23 juin 2020

France Culture

5 min

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Provenant du podcast

Le Journal de la philo

Par Géraldine Mosna-Savoye

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Il y a un paradoxe dans l'injonction à se ressourcer : pourquoi vouloir reprendre des forces, puiser de l’énergie, si c’est, au final, pour reprendre la course telle quelle, pour continuer, pour tenir coûte que coûte ? Pourquoi ne pas réfléchir sur le pourquoi du besoin de se ressourcer ?

Prendre du recul, faire le plein d’énergie, revenir à l’essentiel, ce sont les quelques expressions que l’on entend et qu’on lit un peu tout le temps, sur les couvertures des magazines, sur les plateaux télé et parfois radio, et que même des amis ou nos parents peuvent nous dire quand on se dit fatigué ou inquiet. Elles culminent à l’approche de l’été et se condensent souvent en cette injonction : se ressourcer. 

Les moyens et la fin 

Se ressourcer est vraiment un très joli mot. On y entend le bruit d’une source d’eau, on y distingue le calme d’un lieu champêtre, à l’abri de la rumeur citadine. On y perçoit aussi les origines, un retour aux sources salvateur et authentique. En un peu moins poétique, c’est aussi l’argent, les ressources humaines, le mental : tout ce qui nous donne l’énergie d’agir, de continuer, de tenir. 

De manière générale, qu’on puise dans un cours d’eau, en nous, ou dans notre compte bancaire, se ressourcer, a, malgré ses allures bucoliques, un aspect intéressé.
On ne se ressource pas comme ça, de manière gratuite, pour le plaisir, mais en vue d’une fin qui dépasse largement ces moyens et ce moment.
La ressource, quoiqu’on en dise, quoi qu’on y voie, est la petite musique typique du développement personnel dont la finalité n’est bizarrement jamais la personne mais le développement en tant que tel.
Et c’est une des choses qui m’a toujours frappée dans cette littérature. Pourquoi vouloir se développer ? Et pourquoi vouloir se ressourcer pour se développer ?
Le paradoxe est là : pourquoi vouloir arrêter sa course, reprendre des forces, puiser de l’énergie si c’est, au final, pour reprendre la course telle quelle, pour continuer, pour tenir coûte que coûte ?
Là est le problème posé par le fait de se ressourcer : tient-il aux ressources disponibles pour se développer ou dans le développement en tant que tel ? Faut-il ainsi s’interroger sur les moyens (de la ressource) ou sur la fin (de la ressource) ? 

Avoir de la ressource ou revenir aux sources 

La critique est classique : le développement personnel, en prônant des règles pour s’extraire de la course existentielle, fournit au final tous les remèdes pour s’y remettre de plus bel. Autrement dit, alors qu’on pense trouver les outils spirituels pour contrer la fameuse “société de la performance” (dont je me demande encore en quoi elle consiste), ces outils-là, et il y en a plein (de l’art d’être zen au retour à l’essentiel), ne font qu’entériner cette efficacité de tous bords. 

“Se ressourcer”, à cet égard, l’idée de se ressourcer, me semble paradigmatique de cette bizarrerie. Pourquoi se ressourcer si c’est juste pour continuer à faire la même chose mais en plus fort, en plus armé, en plus performant ? Là est le problème de ce terme de “ressources”, il est hypocrite, car il n’est qu’un moyen de plus pour persévérer sans s’interroger sur ce dans quoi et pour quoi on persévère. Mais pourquoi court-on ? Pourquoi faudrait-il être efficace, énergique, avoir de la ressource ?
Cette question-là aussi est classique, elle est même existentielle, traitée et surtraitée par les philosophes : qu’est-ce qui nous anime ? quel est le but d’une vie ? à quoi bon la vivre ? Et sans tomber dans la dépression ou le nihilisme, ce simple terme, cette injonction bête et méchante de “se ressourcer” nous révèle cette quête insensée et absurde. Mais quand on y pense, et c’est là l’ironie, l’idée de “se ressourcer” porte pourtant bien son nom : il s’agit de revenir aux sources, et la source, s’il y en a une, c’est celle-ci : se demander “à quoi bon ?”. 

Du comment au pourquoi 

Si je récapitule, voici donc le problème : on prend au mot l’idée de se ressourcer comme de reprendre de l’énergie, en soi ou ailleurs, sans pourtant revenir à la source même de la ressource, de ce pourquoi on a à se ressourcer, de ce pourquoi on devrait à tout prix avoir de l’énergie pour agir, exister, pour vivre.
À l’injonction “il faut se ressourcer”, on trouve moult conseils : méditer, faire du sport, voir ses amis, prendre du temps pour soi… comme si on avait besoin de le voir écrit noir sur blanc pour le savoir. On trouve, quoiqu’il en soit, moult déclinaisons pour répondre à la question du “comment se ressourcer”.
Mais pourquoi ne jamais poser la question du pourquoi : pourquoi se ressourcer ? vers quoi, en vue de quoi, pour obtenir quoi, se développer pour quoi ? 

Il y aurait beaucoup à dire sur cette fameuse société de la performance que beaucoup fustige tout en la réactivant avec des mantras comme se ressourcer, mais je suis pourtant d’accord : oui, il faut se ressourcer, oui, il faut revenir à la source et se demander sans cesse pourquoi on veut tant tenir.