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Les principes de l'agroforesterie

Par Le 30/07/2026

 

Publié : 18 Juillet 2026

https://www.librairie-permaculturelle.fr/blog/l-agroforesterie-a-l-echelle-du-jardin-une-agriculture-pensee-pour-100-m-a-1-h-n58

L'agroforesterie à l'échelle du jardin, une agriculture pensée pour 100m² à 1 ha

 

Catégories : Jardinage , Permaculture

 

1. À quoi sert l'agroforesterie sur un petit terrain ?

2. Qu'est-ce que l'agroforesterie, et en quoi diffère-t-elle de la permaculture ?

3. Passer à l'action : les voies agroforestières adaptées à un petit terrain

3.1 La haie, la porte d'entrée la plus accessible

3.2 Le verger permaculturel, la méthode Sobkowiak

3.3 Le verger classique et la haie fruitière, l'amélioration de l'existant

3.4 Le jardin-forêt, imiter la forêt pour produire toute l'année

3.5 La guilde fruitière, l'unité de base du jardin-forêt

3.6 La syntropie, une agroforesterie inspirée des tropiques

3.7 L'agroforesterie maraîchère, du potager à la microferme

Quels sont les principes de l'agroforesterie ?

Quelle est la différence entre permaculture et agroforesterie ?

Quels sont les inconvénients de l'agroforesterie ?

Quel type d'arbre choisir pour l'agroforesterie ?

Quel est le prix d'une plantation agroforestière ?

Toute la littérature sur l'agroforesterie parle d'exploitations agricoles, d'hectares et de rendements. Rien, ou presque, pour qui possède un jardin, un ancien verger ou une parcelle de quelques centaines de mètres carrés. Voici comment transposer les principes de l'agroforesterie à cette échelle, et par quelle voie commencer selon votre terrain.

1. À quoi sert l'agroforesterie sur un petit terrain ?

Un arbre planté au milieu d'une culture change tout. Il modifie le microclimat, ralentit le vent, ombrage aux heures chaudes et restitue en surface une partie de l'eau et des minéraux puisés en profondeur par ses racines. Sur une grande exploitation, ces effets se mesurent en tonnes de récolte à l'hectare. Sur un terrain de 500 m² ou 1 ha, ils se traduisent très concrètement : un sol qui retient mieux l'eau en été, des cultures moins stressées par la chaleur, une biodiversité auxiliaire (pollinisateurs, oiseaux, insectes prédateurs) qui s'installe durablement.

L'arbre n'est pas un concurrent du potager, c'est son allié le plus sous-estimé.

Cela permet aussi de diversifier la production sur une même surface, de réduire la dépendance à un seul type de récolte, et souvent d'amortir un aléa climatique (gel tardif, canicule) grâce à la variété des strates végétales en présence.

2. Qu'est-ce que l'agroforesterie, et en quoi diffère-t-elle de la permaculture ?

L'agroforesterie associe, sur une même parcelle, des arbres et une production agricole, cultures ou élevage. C'est une pratique agricole simplifiée, structurée en France depuis les années 90. Elle tire ses inspirations d'anciennes pratiques traditionnelles en usage dans les zones tropicales du globe, qu'Emmanuel Torquebiau a nommées "agroforêts" dans son ouvrage de référence.

L'agroforesterie, des arbres et des champs, Emmanuel Torquebiau, propose une synthèse complète sur les origines et les formes de l'agroforesterie à travers le monde, utile pour comprendre d'où viennent les pratiques que l'on retrouve aujourd'hui en France.

Les oasis du désert sont elles aussi une forme d'agroforesterie, elles mélangent toutes sortes d'arbres fruitiers aux cultures pour protéger celles-ci du climat aride. L'agroforesterie telle qu'elle est pratiquée et promue en France reste, en comparaison, une pratique agricole simplifiée. La forme la plus courante aux champs, ce sont des lignes d'arbres d'une seule espèce avec une culture de plein champ entre les lignes, soit deux types de végétaux seulement, quand une agroforêt ou une oasis peut en compter une quinzaine de différentes.

Agroforesterie, des arbres et des cultures, Fabien Liagre, coécrit avec Christian Dupraz, est le manuel de référence pour comprendre les fondamentaux techniques de cette version française : associations arbres-cultures, gestion de la concurrence racinaire, choix des essences selon le sol.

La permaculture, elle, n'est pas une technique mais une démarche de conception globale, elle s'inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels et cherche à en reproduire les principes. Or les écosystèmes les plus résilients sont bien souvent des forêts, ce qui explique que la permaculture utilise si naturellement l'arbre, plante vivace de surcroît, comme pilier central de n'importe quel aménagement. L'agroforesterie s'y intègre donc naturellement, notamment via le jardin-forêt, qui applique ces principes à l'imitation d'un écosystème forestier comestible.

Introduction à la permaculture, Bill Mollison, est le texte fondateur du mouvement, par son créateur. Utile pour situer où s'arrête la technique agroforestière et où commence la démarche de conception qui l'englobe.

3. Passer à l'action : les voies agroforestières adaptées à un petit terrain

Pour le regard d'un permaculteur, il n'existe pas une seule façon de faire de l'agroforesterie sur un petit terrain. Le choix de la forme que vous retiendrez dépend de votre surface, de votre terroir (votre type de sol et le climat spécifique du lieu) et du temps que vous pouvez y consacrer.

3.1 La haie, la porte d'entrée la plus accessible

Sur quelques dizaines de mètres linéaires, une haie champêtre associant essences fruitières, arbustives et fixatrices d'azote (aulne, robinier) constitue déjà une forme d'agroforesterie linéaire. Elle protège du vent, héberge des auxiliaires et peut produire du bois de chauffage à terme.

Planter des haies, Dominique Soltner, est un guide pratique et précis pour choisir les essences selon votre sol et votre climat, calculer les densités de plantation et anticiper l'entretien sur les dix premières années.

3.2 Le verger permaculturel, la méthode Sobkowiak

Le verger permaculturel, forme la plus documentée de verger agroforestier, est issu du travail du québécois Stefan Sobkowiak. Sur son verger de Miracle Farms, il associe pommiers, poiriers et pruniers à des arbustes fruitiers et des plantes couvre-sol, en lignes courbes plutôt qu'en rangs rectilignes, pour rompre la propagation des maladies et faciliter la circulation des auxiliaires.

Le verger permaculturel, Stephan Sobkowiak, filme concrètement la conception et l'entretien d'un verger permaculturel sur plusieurs années, un format particulièrement parlant pour visualiser la méthode avant de se lancer.

3.3 Le verger classique et la haie fruitière, l'amélioration de l'existant

Sur un terrain déjà planté d'un verger classique, en lignes ou en quinconce, il n'est pas nécessaire de tout redessiner pour le rendre agroforestier. Evelyne Leterme a développé le concept de haie fruitière, qui consiste à border ou entrecouper les rangs de fruitiers existants d'arbustes et de vivaces choisis pour leur intérêt mellifère et leur capacité à héberger des auxiliaires.

La biodiversité amie du verger, Evelyne Leterme, explique comment un verger bien conçu attire naturellement pollinisateurs et prédateurs de ravageurs, réduisant d'autant les interventions phytosanitaires, sans nécessiter de replanter l'existant.

3.4 Le jardin-forêt, imiter la forêt pour produire toute l'année

Le jardin-forêt superpose plusieurs strates végétales (canopée, arbustes, vivaces, sol) sur une surface réduite, de 10 m² à plusieurs hectares.

La forêt gourmande, Fabrice Desjours, présente vingt projets concrets, du micro-jardin urbain à la parcelle d'un hectare, avec un niveau de détail qui permet de transposer directement à votre surface.

3.5 La guilde fruitière, l'unité de base du jardin-forêt

La guilde fruitière est l'unité de base du jardin-forêt, et non de l'agroforesterie au sens strict. Elle s'inspire d'une observation de terrain : sur des terroirs similaires, on retrouve souvent les mêmes cohortes de plantes occuper les strates supérieures, intermédiaires et inférieures autour d'un arbre. Pour qui possède déjà un ou plusieurs arbres fruitiers isolés au milieu du jardin, il est judicieux d'y créer une guilde en ajoutant une plante grimpante, des couvre-sols et quelques aromatiques vivaces.

Créer des guildes d'abondance, Lionel Rimbert, détaille des associations testées, arbre par arbre, pour tirer parti de chaque strate autour du fruitier sans concurrence excessive.

3.6 La syntropie, une agroforesterie inspirée des tropiques

Développée au Brésil par Ernst Götsch, l'agriculture syntropique densifie les plantations et accélère la succession végétale pour restaurer un sol dégradé en quelques années. Elle devient une stratégie particulièrement intéressante face aux étés caniculaires qui se succèdent désormais presque chaque année, la densité de plantation et la couverture permanente du sol limitent l'évaporation et protègent les cultures des pics de chaleur.

Bienvenue en syntropie, Anaëlle Théry, adapte ces principes aux climats occidentaux, avec des repères concrets pour un jardin d'abondance sous nos latitudes.

3.7 L'agroforesterie maraîchère, du potager à la microferme

L'enjeu principal de l'agroforesterie maraîchère est la praticité des récoltes, afin d'économiser du temps sur une activité qui en manque déjà. C'est pourquoi on retrouve le plus souvent, chez les maraîchers inspirés par la permaculture, des planches de légumes séparées par des lignes d'arbres fruitiers avec des plantes à petits fruits intercalées, plutôt qu'un mélange dense difficile à récolter.

Permaculture, guérir la Terre, nourrir les hommes, Charles et Perrine Hervé-Gruyer, raconte la ferme du Bec Hellouin, référence française de l'agroforesterie maraîchère à petite échelle.

Agroforesterie et maraîchage, Leon Schleep, plus technique, détaille les associations arbres-légumes qui fonctionnent réellement en planches maraîchères, densités et espacements à l'appui.

Jardin-forêt en permaculture avec strates végétales superposées

Vous n'avez pas besoin d'un hectare pour commencer. Une haie de dix mètres ou une guilde autour d'un pommier suffisent à tester les principes de l'agroforesterie avant de les étendre à l'ensemble du terrain.

Quels sont les principes de l'agroforesterie ?

L'agroforesterie associe sur une même parcelle des arbres et une production agricole, cultures ou élevage. L'arbre y joue plusieurs rôles à la fois : il ombrage aux heures chaudes, améliore la fertilité du sol par son système racinaire profond, favorise la biodiversité auxiliaire et peut lui-même produire du bois ou des fruits. Sur un petit terrain, ces principes se traduisent à l'échelle d'une haie, d'un verger ou d'une simple guilde autour d'un fruitier.

Quelle est la différence entre permaculture et agroforesterie ?

L'agroforesterie est une technique agricole précise, avec des règles de densité et d'association éprouvées. La permaculture est une démarche de conception globale qui s'inspire du fonctionnement des écosystèmes naturels. Les deux se complètent très bien, vous pouvez intégrer des pratiques agroforestières dans un design permacole, notamment via le jardin-forêt, qui applique ces principes à l'imitation d'un écosystème forestier comestible.

Quels sont les inconvénients de l'agroforesterie ?

La concurrence entre arbres et cultures pour la lumière, l'eau et les nutriments reste le principal point de vigilance. Elle se gère par un bon choix d'essences et un design réfléchi, qui transforment cette concurrence en complémentarité. C'est exactement ce que détaille Agroforesterie, des arbres et des cultures, Fabien Liagre, qui explique comment limiter cette concurrence racinaire selon le type de sol.

Quel type d'arbre choisir pour l'agroforesterie ?

Fruitiers, fixateurs d'azote comme l'aulne ou le robinier, arbres fourragers ou de bois d'œuvre, le choix dépend de vos objectifs et de votre sol. Mieux vaut mélanger les essences plutôt que de miser sur une seule espèce, à l'image de ce que propose Créer des guildes d'abondance, Lionel Rimbert, pour organiser plusieurs essences complémentaires autour d'un même arbre.

Quel est le prix d'une plantation agroforestière ?

À l'échelle d'une exploitation agricole, comptez de 300 à 500 euros par hectare pour environ 60 arbres, selon les essences. À l'échelle d'un jardin, quelques dizaines d'euros suffisent pour démarrer avec de jeunes plants, une haie de dix mètres ou une première guilde autour d'un fruitier existant.

A la maison

Par Le 29/07/2026

 

Il n'y avait qu'un tout petit potager quand on a acheté cette maison en mars 2025. J'ai tout de suite construit une pergola. L'expérience dans la Creuse pendant quatre ans nous a montré que l'ombrage est absolument indispensable désormais. Rien ne peut survivre en plein soleil. Des paillasses couvrent toute la surface et peu à peu toutes les plantes grimpantes, vignes, akabias, muriers sans épines, chèvrefeuille et autres "lianes" prennent la place. 

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Maintenant, l'ombrage ne suffit pas. Il faut également protéger le potager du vent chaud, celui qui fait l'effet d'un "sèche-cheveu" et pour ça il faut des arbres, beaucoup d'arbres, une barrière naturelle. 

Il n'y avait aucun arbre dans cette zone du terrain quand on est arrivé. Et très peu d'arbres sur l'ensemble de la propriété ( 1 hectare). On connait les bienfaits de l'agro-foresterie. Donc, on a planté, planté, planté et maintenant, on lutte pour que tout ça survive. Quatrième canicule... Le vent brûlant et les températures sont infernales.  

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La source nous sauve et quand elle ne donne plus assez, on prend sur le réseau. On ne devrait pas avoir besoin d'arroser autant mais si quelqu'un se souvient de quand date la dernière pluie, il a bonne mémoire...Sans ce vent brûlant, ça pourrait tenir mais imaginez qu'on vous passe un sèche-cheveu sur la tête pendant des jours et des jours. Les érables, les frênes, les chênes, les bouleaux, et même les robiniers faux-acacias ont déjà des feuilles sèches, brûlées, elles craquent dans les mains. Heureusement, on voit sous le paillage, des nouvelles pousses qui résistent. On espère qu'elles tiendront jusqu'à l'automne. La plupart des jeunes arbres sont ombragés par des tipis de planches qui les protègent du soleil et leur laissent quand même la lumière. J'ai vu sur le saule tortueux des feuilles qui dépassaient des planches griller en quelques jours alors que le reste de l'arbre tient le coup. Il faut qu'on les sauve, encore un été au moins et ils seront assez enracinés pour résister. Sauf au vent brûlant pour ceux qui seront isolés. Et donc, à l'automne, on va reprendre nos plantations en essayant de faire partir des arbres qui auront au moins un mètre de haut. Plus de résineux sauf les cèdres. Les autres, sapins et épicéas, ne tiennent pas, sauf s'ils sont ombragés. 

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Il n'y avait aucun arbre à cet endroit du terrain. Pour l'instant, ils survivent. Mais le sol est très "pauvre", les trois gros résineux qui bordent cette partie du terrain ne sont aucunement favorables pour l'amendement du sol. On couvre de broyat et à l'autome, on y dépose toutes les feuilles qu'on ramasse. Dans deux, trois ans, avec tous les feuillus qu'on a plantés, ça ira mieux. Pommiers, pêchers, abricotiers, muriers, saules, frênes, polownia, des amaranthes, des tournesols, oliviers châtaigners etc etc...Nourrir le sol, nourrir le sol, le couvrir, le protéger. Planter pour faire de l'ombre et protéger du vent. On est dans la phase cruciale. Si 90 % des plantations survivent, dans trois, quatre ans, on sera bien.

Si aucun incendie ne vient tout détruire... 

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Parc solaire géant

Par Le 27/07/2026

Voilà un projet qui pourrait bien refaire surface.

Non, je ne critique pas le solaire. On a seize panneaux solaires sur le toit de la maison.

Non, je ne suspecte pas un feu volontaire pour accélérer les démarches... Disons que certains financiers ne vont pas manquer de revenir à la charge. Le problème n'est ni le solaire, ni l'éolien, ni le nucléaire mais de savoir ce qu'on fait de l'électricité produite. S'il s'agit de s'en servir à des fins secondaires, alors je suis contre toutes les formes de productions électriques. S'il s'agit de les employer à des fins nécessaires, indispensables, incontournables alors, toutes les productions sont justifiables. Je n'inclus pas le charbon, bien évidemment. Le problème, c'est que nous, citoyens, n'avons aucun regard, aucun droit, aucune possibilité d'intervenir sur l'usage fait de l'électricité. Là encore, ce sont les gouvernants et par conséquent les financiers qui les dirigent qui restent les maîtres des choix. Il nous reste le choix d'économiser ou de gaspiller l'électricité qui nous est fournie. Là, en ce moment, pour éclairer mon clavier, j'utilise une lampe solaire sur pied, portable. (45 euros, 7 heures d'autonomie); Pas de télévision. La seule consommation électrique "secondaire", c'est celle de mon ordinateur et celui de Nathalie. 

 

Gironde

Le plus grand « méga-parc » solaire d’Europe sera-t-il construit en France en 2026 ?

Rémy Martineau

Projet de méga parc photovoltaïque dans la forêt

Article publié le 18 septembre 2025
✅ Mis à jour le 4 janvier 2026

Au sud de Bordeaux, Horizeo devait devenir le symbole du solaire français. Engie et Neoen veulent y installer un méga-parc photovoltaïque de 820 mégawatts de puissance sur 680 hectares de forêt, soit l’équivalent de l’alimentation électrique de plus de 600 000 habitants. L’objectif officiel reste une mise en service en 2026, mais le projet est à l’arrêt depuis plus d’un an. La loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN), qui limite les centrales solaires en forêt à 25 hectares, bloque ce chantier hors norme.

Les défenseurs de l’environnement dénoncent déjà la destruction d’un massif forestier unique en Europe et les pompiers du département alertent sur un risque d’incendie accru. Les porteurs du projet assurent que 2026 reste possible, mais tout dépend d’une décision politique qui se fait attendre.

Le chantier du « méga-parc » solaire en suspens

Les demandes d’autorisation ont été déposées en février 2024, mais l’enquête publique n’a toujours pas démarré. Le rapport sur la plateforme énergétique bas carbone et mise en compatibilité du PLU de Saucats, publié le 5 juillet 2025, souligne que « l’État n’a pas fait connaître sa position quant à l’inscription d’Horizeo sur une nouvelle liste de projets de grande ampleur ». La commune de Saucats rappelle aussi que le site consommerait près de la moitié de la capacité foncière prévue par le SCoT local, un chiffre qui alimente la polémique. Sans dérogation de la loi Zéro Artificialisation Nette (ZAN), impossible de dépasser la limite légale des 25 hectares.

Face à ce blocage, les dirigeants d’Engie et de Neoen ont durci le ton. Le 10 avril 2025, Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, a déclaré au Sénat :

« Je serai bientôt contrainte d’y mettre un terme, malgré le soutien local et les millions d’euros déjà investis. »

Projet Horizeo en Gironde : vers un abandon du plus grand parc photovoltaïque de France ?

En juin 2025, Xavier Barbaro, PDG de Neoen, a ajouté :

« Tout est prêt, à la fois le projet et les zones de reboisement. Ce qui nous manque, ce sont les autorisations zéro artificialisation nette. »

Le gouvernement envoie des signaux ambigus. Michel Barnier, Premier ministre, s’est dit en novembre 2024 « favorable à une exemption de cinq ans pour l’industrie » et, le 1er octobre 2024, il a promis d’« adapter la réglementation de manière pragmatique ». Mais aucun texte n’a encore été adopté. La proposition de loi TRACE, adoptée en première lecture au Sénat en mars 2025, pourrait exclure les projets d’énergies renouvelables du calcul d’artificialisation, mais son parcours parlementaire reste incertain.

La forêt des Landes de Gascogne sous tension

Le site choisi se trouve au cœur du massif des Landes de Gascogne, l’un des plus grands ensembles forestiers d’Europe. Associations écologistes, chasseurs et syndicats sylvicoles redoutent la fragmentation des habitats et un risque accru d’incendie.

Les pompiers rappellent que des départs de feu ont déjà touché des parcs solaires du Sud-Ouest en 2018. Les promoteurs promettent de replanter le double de la surface défrichée, de créer des couloirs de biodiversité et d’installer un vaste système de batteries de stockage pour sécuriser la production, mais la contestation reste vive.

Forêt des Landes

Forêt des Landes

Photovoltaïque : l’Europe avance, la France piétine

Pendant que le dossier girondin stagne, les projets de parcs photovoltaïque géants se multiplient en Europe. En Allemagne, la centrale de Witznitz a été raccordée en 2024 : 605 MW sur 500 hectares, construits en moins de deux ans et sans subvention publique.

Au Portugal, la centrale Fernando Pessoa, annoncée pour 2025, vise 1 200 MWc et deviendra la plus puissante d’Europe, capable d’alimenter près de 430 000 foyers.

En Espagne, la centrale Francisco Pizarro fournit déjà 590 MWc depuis 2022, et d’autres parcs dépassant le demi-gigawatt sont en préparation en Andalousie. L’Italie et la Grèce annoncent elles aussi des centrales de grande ampleur d’ici la fin de la décennie.

Ces chantiers montrent qu’une réglementation plus souple et des procédures rapides peuvent diviser les délais de construction par deux. Pendant que Berlin, Lisbonne ou Madrid renforcent leur indépendance énergétique, la France hésite. Chaque mois de silence administratif élargit l’écart et rend l’ouverture d’Horizeo en 2026 toujours plus hypothétique, malgré les engagements répétés de ses promoteurs.

Le pari économique inédit d’Horizeo

Le projet Horizeo représente un budget d’environ 600 millions d’euros, financé uniquement par des contrats d’achat direct avec de grandes entreprises, sans subvention publique. Les promoteurs défendent des économies d’échelle : un site unique de 800 MW coûterait environ 7 % de moins que cent petites centrales. Ce modèle prouverait la maturité économique du solaire français, mais chaque mois de blocage complique la signature des contrats et repousse la rentabilité.

Ce projet concentre plusieurs débats de la société française : urgence climatique contre protection des forêts, ambition industrielle contre blocage réglementaire… Les écologistes dénoncent un précédent qui pourrait ouvrir la voie à d’autres coupes massives dans les massifs forestiers. Les porteurs du projet maintiennent que 2026 reste possible, mais sans décision rapide du gouvernement, la plus grande ferme solaire d’Europe pourrait rester une promesse plutôt qu’un chantier.

Rémy Martineau

Rémy Martineau

Originaire des Landes, je vis à Bordeaux depuis une quinzaine d’années. Passionné par le Sud-Ouest, je partage des actus et des bons plans pour faire découvrir la Nouvelle-Aquitaine.

Comment pourrais-je parler d'autre chose ?

Par Le 27/07/2026

Huit kilomètres aujourd'hui pour arroser tous nos jeunes arbres avec mes arrosoirs de dix litres dans chaque main. J'ai sué et je leur ai parlé à chaque fois que je les arrosais, "Tenez bon, je ne vous laisserai pas, même si je dois prendre l'eau sur le réseau et payer une facture dantesque, je suis responsable de vous, c'est moi qui vous ai plantés ici, je suis responsable de vous."

Nathalie arrose le potager, sème pour les prochains mois, désherbe, coupe, paille, récolte, accroche des plantes grimpantes. Tous les deux, une matinée entière, 8 h - 13 heures.

La source a besoin de trois jours minimum sans tirage pour remonter suffisamment dans le bassin avant qu'on puisse s'en servir. Et je pense à tous ceux et celles qui n'ont pas de source et qui doivent arroser avec le réseau pour sauver leurs productions parce qu'ils en vivent, parce que c'est leur gagne-pain. Un maraîcher du coin se lève à 4 heures tous les jours et finit sa journée à 21 heures, épuisé. Il nous dit que c'est sa dernière année.

Et on guette tous l'horizon, à longueur de journée, pour repérer une fumée suspecte.

On connait très bien le village du Porge, c'est dans ce secteur de la côte qu'on a passé de merveilleux moments avec nos trois enfants, des balades à VTT dans les forêts, des journées plage à jouer dans les vagues, on reconnaît des maisons, des quartiers sur les vidéos de vues aériennes, la boule au ventre pour ces gens qui ont perdu leur bien, 175 maisons totalement détruites. On entend les habitants qui disent que le secteur de Lège Cap Ferret a été rendu prioritaire, on connaît aussi ce secteur et ces villas luxieuses avec des terrains immenses, totalement mûrés, je comprends parfaitement les gens qui parlent de "lutte des classes", le village du Porge, ce sont des gens comme vous et moi (je n'imagine pas qu'un multi millionnaire soit en train de lire mon blog...). Ce qui semble évident dans ces décisions prises par les pompiers de lutter à tel endroit plutôt qu'un autre, c'est bien le manque de matériel et de personnel. Ce qui les oblige à faire des choix, non pas, je l'espère, pour protéger certains secteurs en raison d'un caractère social de la population mais bien pour limiter l'extension des feux. C'est comme un chirurgien de guerre qui décide de sauver tel blessé plutôt qu'un autre parce que le premier a davantage de chance de survivre. Et je n'ose imaginer le conflit intérieur que ça déclenche. Un pompier a le sens de sa mission et devoir choisir est nécessairement douloureux. 

Bon, il y aurait tant à dire, tellement de colère, de dégoût envers les gouvernants, ceux de maintenant comme les précédents et ceux à venir. Ils n'en ont rien à faire. Il faut bien en avoir conscience, se rappeler que Macron a fait tabasser les pompiers par les "forces de l'ordre", que la préfette de la Gironde "ne veut pas voir les agriculteurs se promener avec leurs citernes à eau" sur les incendies en soutien aux pompiers, que Attal a refusé l'enveloppe pour le renforcement de la flotte des canadairs etc etc etc etc etc etc etc.

Des pyromanes. Tous.

Il reste pourtant à chercher à comprendre, à quitter les réseaux sociaux pour aller fouiner, sortir les informations passées pour comprendre le présent, analyser la situation en cours pour comprendre les décisions prises, se projeter à partir de tout ça pour tenter de trouver des solutions pour l'avenir. Même si le mot "avenir" est devenu particulièrement anxiogène et qu'on préférerait ne pas en entendre parler.

Une première chose : il est certain que les pompiers vont devoir stopper les feux avant qu'ils n'atteignent la région bordelaise, non pas seulement pour les habitations mais parce que s'y concentrent un nombre conséquent de sites répertoriés dans la catégorie SEVESO, et là on entre dans le domaine de la catastrophe dont les conséquences ne sont pas à l'échelle de l'imaginable. 

Je remets en lien ces anciens articles qui, à mon sens, ont toutes raisons d'être lus. De notre côté, l'évacuation est préparée, depuis plusieurs années, c'est une règle de vie : sacs à dos, vêtements, papiers photocopiés, clés USB, pharmacie, réserves d'eau et filtres, nourriture lyophilisée, lampes frontales, sacs à viande et duvets, tapis de sol gonflables etc... On peut penser que c'est exagéré, que vivre dans la peur, c'est malsain etc etc. Ce sont des arguments que j'ai entendus mille fois et je n'en parle plus à personne. Ici, je m'en fiche, j'ai l'habitude de recevoir des commentaires moqueurs et parfois injurieux. Je les supprime, c'est tout. Mais expliquer de vive voix pour quelles raisons il est essentiel d'anticiper, ça ne m'arrive plus. Comme disait ma Mémé Crédou "A chacun sa merde et les culs seront bien torchés" Merci Mémé.

Quant à ceux qui ont un doute sur l'anticipation, qu'ils aillent écouter les témoignages des gens qui ont été évacués à 3 heures du matin. Le temps de s'habiller et c'est tout...Et là, ils pleurent. 

Site gouvernemental sur les risques majeurs

Carte des risques naturels

 

 

Ils doivent bien discuter au sein du gouvernement au vu des risques sur la région bordelaise. C'est sûr que les lotissements des "sans-dents", ne seront pas les priorités.

Bordeaux et sa région, des bastions de l’industrie militaire menacés par les flammes

26 juillet 2026Ecologie, État d'urgence

Guerre et écocide, premières menaces pour la population

 

La France est le deuxième pays exportateur d’armes du monde, et des usines militaires se trouvent dans tous les départements. Nous écrivions il y a quelques jours que l’industrie de l’armement et le changement climatique étaient une bombe à retardement.

Le 8 juillet, c’est dans le département du Cher qu’une catastrophe a été évitée de peu. Un incendie menaçait une usine de la firme KNDS, qui produit des munitions, notamment des obus. Le feu a atteint le périmètre du site, en enjambant une route départementale, à cause de cendres incandescentes emportées par le vent, et a commencé à toucher les clôtures barbelées de l’entreprise. Les flammes se sont approchées du bâtiment où se trouve «le stockage, ce que l’on appelle la soute à munitions» et les travailleurs évacués en urgence. Par miracle, le feu a été stoppé, faute de quoi, toute la zone aurait été soufflée, des riverains tués et les sols pollués pour longtemps.

Autour de Bordeaux, le risque prend une dimension infiniment plus inquiétante encore. La périphérie de la ville est le cœur du complexe militaro-industriel de la France. Une véritable poudrière, au sens littéral du terme, dont les médias dominants préfèrent ne pas trop parler.

À Mérignac, en banlieue immédiate de Bordeaux, se situe le siège principal de l’entreprise Dassault qui produit les avions de guerre Rafale. On y trouve donc de la très haute technologie militaire, et des chantiers d’avions de guerre, conçus pour larguer des missiles et des bombes nucléaires. Dans la même commune, il y a la firme Thalès qui produit notamment des drones tueurs et des composants électroniques. Toujours à Mérignac se trouvent trois centres nationaux de décision militaire. Au total, ce sont près de 15.000 emplois liés à la production d’armes concentrés sur une même commune.

Juste à côté, à Saint-Médard-en-Jalles, à 15 kilomètres du cœur de Bordeaux, il y a des sites d’ArianeGroup. Des ingénieurs et des ouvriers y construisent des missiles balistiques M51. Il s’agit d’énormes fusées contenant chacune 10 têtes nucléaires, pouvant être propulsées à 10.000 kilomètres, à une vitesse supersonique. Chacune des têtes est 10 fois plus puissante que la bombe d’Hiroshima. Sur ce site d’ArianeGroup, on charge ces missiles en propergol, un produit chimique servant à la propulsion des fusées, hautement dangereux, instable et toxique. Un autre site de la même entreprise, dans la commune de Sainte-Hélène, produit des explosifs.

Plus au sud, à Biscarosse, il y a le Centre d’essais missiles, considéré comme le cœur de la «dissuasion nucléaire française». Ce site est «spécialisé dans les essais en vol de missiles et de cibles aériennes» : l’armée y teste ses nouveaux systèmes de destruction. C’est à Biscarosse que se trouve le deuxième grand incendie qui ravage en ce moment la Gironde.

Le feu s’approche aussi du centre Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (CESTA), situé à Barp, à 30 kilomètres de Bordeaux. Un site du Commissariat à l’énergie atomique, chargé de concevoir les têtes nucléaires. Il héberge le Laser Mégajoule, un outil qui concentre une énergie destructrice phénoménale grâce à des faisceaux, permettant de recréer les conditions qui règnent lors d’une explosion nucléaire.

Pour ne rien arranger, la commune d’Ambès abrite un site de Yara, entreprise polluante stockant de grandes quantités d’engrais, explosifs au contact du feu. Yara a fait l’objet de multiplies alertes dans l’estuaire de la Loire pour non-respect des règles de sécurité. Un site Yara dans les flammes serait une véritable bombe.

La nuit dernière, la préfecture de Gironde expliquait que l’incendie s’est «propagé rapidement sous l’effet combiné de la végétation sèche et du vent, avec des rafales pouvant atteindre 40 km/h», et que le feu est désormais «ingérable» pour les pompiers, qui manquent de moyens. Des pare-feux sont actuellement réalisés pour tenter de contenir sa progression, notamment autour des sites industriels SEVESO. Le département de la Gironde compte 36 sites classés SEVESO, dont 18 «seuil haut».

L’ordre capitaliste s’est imposé par la guerre, les empires se sont constitués sur le sang, le vol et la spoliation. L’avènement d’une société de consommation ultra-carbonnée, basée sur l’industrie fossile, est responsable du désastre climatique en cours. Ainsi, ce système mortifère s’auto-alimente : des guerres pour les ressources, des ressources pillées pour financer les guerres, et toujours plus de pollution entraînant d’autres canicules, incendies et chaos.

 

Une crise humaine

Par Le 25/07/2026

On est rentré de notre virée en montagne, six sommets, dont certains à plus de 3000 mètres. Il faisait bon là-haut. Et puis en retrouvant le fourgon, on écoutait les infos. Et le décalage nous mettait mal à l'aise. Les paysages de montagne, les fleurs, les animaux, le silence, l'immensité, le calme, les lacs (dont le niveau était déjà très bas...)

Et puis les forêts qui brûlent. En approchant de la maison, on voyait une fumée au loin, pas très loin. Tous les départs de feu ne sont pas mentionnés dans les médias. Ils ne parlent que des plus graves. Demain, ça sera "là-bas", puis ensuite, "là-bas" et puis encore un autre "là-bas". Partout, toute la végatation du pays est en souffrance.

 

"On entend dire que l'humanité est confrontée à une crise écologique.

Non, c'est faux.

La nature est confrontée à une crise humaine."

Arthur Keller. 

Oui, bien évidemment que nous sommes responsables.

Il y a trois sortes de pyromanes :

1) les gouvernants, les décideurs, les financiers

2) les gens qui n'ont jamais rien voulu changer à leur mode de vie

3) les détraqués qui aiment le feu.

Nous sommes la raison de tout ça. Il ne s'agit pas de s'auto-flageller sinon certains vont encore clamer haut et fort qu'ils en ont assez de "l'écologie punitive". Ou que c'est normal puisqu'on est en été.

Il s'agit de prendre conscience que non seulement rien ne changera si nous ne changeons pas mais qu'en plus, nous ne sommes qu'au début des problèmes.

 

J'ai entendu sur France Info l'interview de ce pilote de canadair. Le texte ne peut rendre pleinement compte de la colère de cet homme.

Je me suis dit qu'en fait, cet homme, comme tous ses collègues, luttent au risque de leur vie, avec acharnement contre des méga-feux contre lesquels les gouvernants n'ont jamais pris les décisions adéquates mais pire encore ont continué à promouvoir le fonctionnement qui contribue à ces incendies. Et qu'un grand nombre des gens qui aujourd'hui en sont victimes ont continué à croire que ce système extractiviste pouvait perdurer sans que les conséquences ne les frappent. 

 

«  Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Jacques-Bénigne BOSSUET

 

"C'est scandaleux" d'avoir cinq Canadair disponibles sur 12 pour lutter contre les incendies, déplore un commandant de bord de Canadair

 

Le pilote considère même que le travail des Canadair face aux incendies d'une telle ampleur est "inefficace".

Article rédigé par franceinfo

Radio France

Publié le 25/07/2026 09:23

Temps de lecture : 2min Illustration d'intervention d'un Canadair (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Illustration d'intervention d'un Canadair (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

"Sur les douze Canadair que la France possède, nous n'en avons que cinq disponibles, c'est juste scandaleux", déplore sur franceinfo samedi 25 juillet Grégory Prats, commandant de bord Canadair et chef de noria (nom donné à un groupement de Canadair). Il a été récemment en exercice à Fontainebleau(Nouvelle fenêtre), en Corse et vendredi dans le Var.

"À chaque fois qu'il y a un feu, il faut diviser nos forces par le nombre de feux, puisqu'on essaye d'intervenir sur chacun des feux", explique Grégory Prats, "et on se retrouve avec des norias, des patrouilles d'avions, qui sont insuffisantes, c'est-à-dire deux avions pour un feu et c'est très insuffisant", regrette-t-il. En effet, selon lui, ce manque d'avions rend "pratiquement totalement inefficace" l'action des Canadair. Sur un feu, il faudrait au moins quatre Canadair, quand ils se sont que deux actuellement.

Une maintenance qui ne suit pas

"L'industriel privé qui s'occupe de la maintenance n'arrive pas à suivre le rythme, les pièces détachées n'arrivent pas en temps et en heure" pour réparer les avions Canadair qui ne peuvent pas être actuellement utilisés par les sapeurs-pompiers, relate le commandant de bord de Canadair. Ces avions sont "sont entretenus correctement durant une année normale, mais là nous avons une année exceptionnelle, certaines pièces cassent et il faut les remplacer" et "malheureusement, elles arrivent trop tard", détaille Grégory Prats. Il souligne que la flotte française est "vieillissante", avec des premiers Canadair qui sont "arrivés en France en 1995".

Le pilote est par exemple intervenu à Fontainebleau et "mesure le tragique de situation. J'étais en train d'écoper sur sur la Seine, j'étais en train de prendre de l'eau qui avait coûté 2 milliards d'euros aux Français pour une dépollution, alors qu'avec 2 milliards d'euros on peut acheter quinze Canadair et dix ans de maintenance", se désole Grégory Prats.

"Nous faisons face à des feux d'une puissance énorme."

Grégory Prats, commandant de bord Canadair et chef de noria

à franceinfo

"On change un peu de de logiciel mental à ce moment là. Quand on voit qu'on ne sert pas à grand chose, on va éviter d'aller larguer sur le feu et on se raccroche au principe de base. La protection des personnes, la protection des biens et loin derrière la protection de la végétation. Donc on va garder cette eau pour des largages de sécurité sur des pompiers qui seraient en difficulté ou sur des maisons qui seraient menacées par les flammes. On en est réduits à faire ça" déplore le pilote.

L'avion militaire A400M mobilisé : un effet d'annonce

À propos de la mobilisation de l'avion de transport militaire Airbus A400M, déployé le mercredi 29 juillet en France pour lutter contre les incendies, "c'est un pansement sur une jambe de bois", estime Grégory Prats. "Effectivement, au niveau des chiffres, au niveau des annonces politiques, c'est exceptionnel. Vous avez un avion qui qui emporte 20 tonnes d'eau ou de retardant, mais ce n'est pas comme ça qu'il faut qu'il faut raisonner", balaie-t-il.

"Il faut raisonner en nombre de tonnes délivrées sur un sinistre à l'heure. Cet avion, il ne pourra se poser qu'à Orléans, à Mont de Marsan ou à Istres. Il n'y aura trois bases pour couvrir toute la France, c'est à dire qu'il aura des rotations de plus de 45 à 1 heure. Il va délivrer 20 tonnes sur un chantier toutes les heures ou toutes les heures et demie, alors que quatre Canadair avec un plan d'eau qui en général se situe aux alentours de de 20 kilomètres du début du chantier, nous on est capable de délivrer 120 tonnes à l'heure", conclut le pilote qui se dit "désabusé".

 

 

  

Ecrire en été

Par Le 18/07/2026

Un titre énigmatique mais qui ne l'est pas pour moi.

A cette époque-ci de l'année, on est en montagne, on fait un raid à vélo, on parcourt les Alpes avec le fourgon mais on n'est pas à la maison.

Depuis le début du mois de mai, on est parti trois fois, entre six et huit jours. Alpes et Pyrénées. D'ailleurs, le secteur montagneux du Diois qui a brûlé, on y était au printemps. On sait que ces forêts qu'on a traversées n'existent plus. C'est effrayant.

Donc, c'est un été très peu sportif au regard des années précédentes. Les canicules et la sécheresse, les risques d'incendies, le potager, les jeunes arbres. Voilà une bonne partie de notre vie maintenant. Je ne me plains pas parce que je sais que les maraîchers qui vivent de leur travail sont dans un stress mille fois plus puissant que le nôtre.

Mais c'est quand même la première fois de ma vie que tous les jours, je vérifie le branchement des tuyaux d'arrosage aux deux robinets extérieurs de la maison, je vérifie qu'il n'y a pas de noeuds dans les 50 mètres de tuyaux. Non pas pour l'arrosage des plantes mais pour être prêts à lutter contre un incendie qui atteindrait le terrain. On est entouré de prés et de forêts, au bout d'une impasse, avec une toute petite route unique qui n'offirait que deux voies possibles, gauche ou droite. Si le feu venait du côté de la route, on n'aurait aucune issue.

Jamais on n'aurait pu imaginer qu'un jour on en serait à se poser la question de la protection de la maison et du terrain contre un incendie. Donc, en dehors de ces trois périodes d'échappées montagnardes, on n'a pas quitté la maison.

On repart demain pour dix jours. Il a plu ici pendant une partie de la nuit dernière. Le vent brûlant s'est calmé, les températures ont baissé, le soleil ne cuit plus autant les plantes.

Alors, c'est quoi ce titre ? "écrire en été". Juste qu'hier soir, j'ai réalisé que depuis le mois de mai et la première canicule, j'avais écrit une cinquantaine de pages du tome 4 et que ça ne m'est jamais, jamais, jamais arrivé d'écrire autant à "la belle saison", celle qui désormais porte mal son nom. Mais étant donné que j'écris une histoire qui parle de l'extinction partielle de l'humanité, j'ai bien conscience que je ne sors jamais de cette vision cauchemardesque de notre présent et que cette anticipation n'en est plus une.

Regardez les images des incendies au Canada. Tous les ans, sur des surfaces sans cesse de plus en plus grandes. Comme disait Coluche en parlant des conflits au Moyen-orient (eh oui, déjà à son époque et déjà quand j'étais enfant et ça sera toujours le cas quand mes petits-enfants auront mon âge), "Tout va bien, c'est loin."

Non, ça n'est pas loin, maintenant, c'est ici en France, tous les étés. Et penser que les forêts du Canada qui brûlent, ça ne nous concernerait pas, c'est juste tellement fou que je n'arrive pas à imaginer que des gens en sont toujours là.

Alors, voilà, j'écris, j'écris tous les jours, l'après-midi quand les températures dehors sont intenables et le soir et la nuit. Je suis un privilégié, à la retraite, qui vit dans une maison en pierres avec des murs de cinquante centimètres, il fait frais.

Solidarité pour ceux et celles qui travaillent dehors.

Vivement l'automne.

Marc-André Selosse : l'impasse agricole

Par Le 16/07/2026

 

 

INTERVIEW. « On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas » : Marc-André Selosse alerte sur l'impasse agricole

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climat

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Face à la crise qui secoue le monde agricole, en partie due à la canicule et la sécheresse, Marc-André Selosse affirme que des solutions existent... à condition d'écouter la science.

Face à la crise qui secoue le monde agricole, en partie due à la canicule et la sécheresse, Marc-André Selosse affirme que des solutions existent... à condition d'écouter la science. • © Jean-Marc Selosse

David Bobin

Publié le16/07/2026 à 06h10

Temps de lecture : 5 min

Occitanie

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Alors que les vagues de chaleur mettent à genoux les exploitations françaises, le biologiste Marc-André Selosse, professeur au Muséum national d'histoire naturelle, oscille entre compassion pour les agriculteurs et colère face à un désastre annoncé. Pour ce spécialiste des sols et de la biodiversité, les crises agricole, climatique et écologique n'en font plus qu'une.

Des outils simples pour agir à votre échelle sur le climat Découvrir les solutions

Professeur au Muséum national d'histoire naturelle, biologiste reconnu pour ses travaux sur les sols et la biodiversité, Marc-André Selosse estime que les crises agricole, climatique et écologique ne font désormais plus qu'une. Alors que les canicules fragilisent les exploitations françaises, il juge que les difficultés actuelles étaient largement prévisibles et que les solutions existent déjà. À condition, dit-il, d'accepter enfin d'écouter la science.

France 3 Occitanie : Le monde agricole traverse une nouvelle crise avec cette canicule. Quel regard portez-vous sur la situation ?

Marc-André Selosse : Aujourd'hui, l'agriculture subit plusieurs crises en même temps. Il y a la chaleur et le manque d'eau, bien sûr, mais aussi la hausse du prix des engrais, qui dépend directement du gaz. Ces difficultés arrivent dans un secteur où les revenus étaient déjà dramatiquement faibles : près de 43 % des agriculteurs ne gagnent même pas le SMIC alors qu'ils travaillent bien davantage que quarante heures par semaine.

Je suis profondément touché par cette situation, parce que j'ai toujours essayé de mettre la biologie au service de l'agriculture. Mais si je fais un pas de côté, il faut aussi dire une chose : cette catastrophe était annoncée. Les changements climatiques, les tensions sur les ressources, tout cela avait été décrit par la science. Le drame, c'est que ceux qui souffrent aujourd'hui sont aussi les victimes d'un monde qui n'a pas voulu écouter ce que la science disait depuis des décennies.

À lire aussi : INTERVIEW. Canicule, scandales sanitaires, féminicides : un sociologue dévoile "la machine à catastrophes" qui nous empêche d'agir

France 3 Occitanie : Vous avez le sentiment que les politiques persistent dans les mauvaises réponses ?

Marc-André Selosse : Oui. Regardez les retenues d'eau. Creuser des trous pour stocker de l'eau, c'est un peu comme les autruches qui mettent la tête dans le sable lorsqu'il y a un problème. Cela peut répondre à une partie de la question, mais quid de la température ? Le vrai sujet est ailleurs. Il faut remettre de la matière organique dans les sols pour qu'ils retiennent davantage d'eau. Il faut restaurer leur vie biologique. Il faut aussi adapter les cultures. Je suis désolé de le dire, mais dans certains territoires le maïs n'a plus sa place. Peut-être faudra-t-il du sorgho, peut-être d'autres cultures. Ce n'est pas de l'idéologie. C'est simplement la réalité climatique. Si nous avions commencé cette transition plus tôt, nous n'en serions probablement pas là.

À lire aussi : Changement climatique. La culture du sorgho moins gourmande en eau fait son chemin

France 3 Occitanie : La crise est aussi celle de la biodiversité ?

Marc-André Selosse : Oui, et c'est même une partie de la solution. Deux pratiques agricoles détruisent massivement le vivant : le labour intensif et les pesticides. Nous le savons parce que des agriculteurs expérimentent autre chose. Ceux qui abandonnent le labour voient la biomasse des sols augmenter d'environ 20 %. En agriculture biologique, on retrouve environ 50 % de biomasse supplémentaire et près de 30 % d'espèces en plus. Autrement dit, nous avons déjà la démonstration que d'autres modèles fonctionnent.

France 3 Occitanie : Pourquoi la biodiversité est-elle si importante pour les agriculteurs ?

Marc-André Selosse : Parce qu'elle travaille gratuitement. Quand les pesticides ou le labour détruisent les organismes du sol, ils détruisent aussi des champignons microscopiques qui aident les racines à se nourrir. Sans eux, il faut davantage d'engrais. Ils détruisent aussi des pollinisateurs. Aujourd'hui, selon les estimations, entre 30 et 50 % des productions agricoles sont limitées par leur disparition. Dans certaines cultures, comme le cassis, la présence d'osmies peut multiplier les rendements.

Prenons aussi les chauves-souris. Aux États-Unis, leur disparition a conduit à augmenter d'environ 30 % l'utilisation des pesticides dans certaines régions. Autrement dit, on paie pour remplacer un travail que la nature faisait gratuitement. Cette hausse des pesticides s'est même accompagnée d'une augmentation de la mortalité infantile. Tout cela raconte la même histoire : chaque fois que nous détruisons la biodiversité, nous augmentons le coût de notre agriculture. La biodiversité n'est pas un supplément d'âme. C'est un capital économique.

France 3 Occitanie : Vous paraissez partagé entre compassion et colère.

Marc-André Selosse : Je suis partagé entre l'envie de pleurer parce que je vois la souffrance des agriculteurs et l'envie de pleurer parce que cette situation était prévisible. Nous disposons de solutions. Elles existent dans les fermes de démonstration de l'Inrae, dans l'agriculture biologique, dans l'agriculture de régénération des sols. Elles montrent qu'il est possible de réduire les intrants tout en restaurant les sols. Pourquoi continue-t-on alors à défendre des modèles dont nous savons qu'ils aggravent les problèmes ?

À lire aussi : "La plante est en mode survie, on a absolument besoin d'eau" : la canicule et la sécheresse record mettent les agriculteurs à l'épreuve et font s'effondrer les récoltes

France 3 Occitanie : Les nouvelles techniques génomiques (NTG) sont souvent présentées comme une réponse au changement climatique. Vous n'y croyez pas ?

Marc-André Selosse : Pour moi, les NTG sont des OGM. La première embrouille consiste à changer de nom pour faire oublier l'histoire des OGM. La seconde est de supprimer l'étiquetage. Le citoyen ne saura plus ce qu'il achète. Je trouve cela profondément anormal. On nous avait promis que les OGM réduiraient les pesticides et qu'ils régleraient la faim dans le monde. Or les pays qui les utilisent massivement montrent exactement l'inverse. La faim n'a pas disparu. Les pesticides non plus. Certaines plantes résistantes aux herbicides ont même conduit à en utiliser davantage. Ces semences coûtent aussi plus cher et concentrent le marché entre quelques grands groupes. Ce n'est ni une solution écologique ni une solution économique pour les agriculteurs.

France 3 Occitanie : Le climat est-il désormais un sujet politique plus que scientifique ? Christophe Cassou disait récemment qu'il fallait « politiser » cette crise. Partagez-vous son analyse ?

Marc-André Selosse : Oui, complètement. Mais il faut comprendre le mot « politiser » dans son sens premier, celui de la polis, de la cité. Ces questions concernent toute la société. Moi, je serais très heureux de passer mes journées à identifier des champignons. Si je parle aujourd'hui des pesticides, des sols ou du climat, ce n'est pas parce que cela m'amuse. C'est parce que ces connaissances sont utiles aux citoyens.

Si la société ne s'en empare pas, si les responsables politiques ne prennent pas leurs responsabilités, alors mon travail ne sert à rien. Les impôts qui financent la recherche ne servent à rien. Nous savons déjà ce qui se passe. Nous savons déjà ce qu'il faudrait faire. La question n'est plus scientifique. Elle est devenue profondément politique.

Sentir le pétrichor

Par Le 12/07/2026

On a laissé le bassin se remplir pendant six jours et pendant ce temps, on a arrosé avec le réseau. Sinon, tout serait mort. On a un bouleau qui a plus de vingt ans, il a jauni en une semaine. Les jeunes arbres n'ont aucune chance sans un arrosage régulier.

J'ai fait 82 kilomètres cette semaine avec mes arrosoirs. 

Le bassin s'est de nouveau suffisamment rempli pour qu'on puisse se passer du réseau.

Sans les ombrages au-dessus du potager et les ombrages au-dessus des jeunes arbres, tout serait mort.

Je suis en contact avec plusieurs adeptes de permaculture et tous disent la même chose. Aujourd'hui, toute culture en plein soleil est condamnée, qu'il s'agisse de potager ou de jeunes arbres fruitiers. 

On rêve tous de sentir enfin ce pétrichor.  

L'odeur que vous sentez après la pluie ne vient pas de la pluie : elle était là bien avant que la première goutte ne tombe

Source: DR

L’odeur que vous sentez après la pluie ne vient pas de la pluie : elle était là bien avant que la première goutte ne tombe

par 31 mai 2026, 10 h 41 min

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Première goutte. Le sol se fissure à peine sous l’impact et déjà l’air change. Cette odeur de terre mouillée, entre champignon et herbe froissée, surgit avec une précision presque chirurgicale. Tout le monde la connaît, quasi personne ne sait ce qu’elle est vraiment. La réponse est dans le sol, pas dans le ciel : cette odeur était là bien avant la pluie.

À retenir

Les bactéries du sol produisent l’odeur bien avant l’arrivée de la pluie

Notre nez détecte la géosmine à des concentrations impossibles pour la plupart des laboratoires

Ce signal olfactif a 500 millions d’années : c’est un système de communication entre espèces souterraines

Sommaire

Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds

Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse

Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années

Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire

Une chimie silencieuse qui travaille sous nos pieds

Dans un seul gramme de sol, les scientifiques estiment qu’il y aurait entre un et deux milliards de micro-organismes. C’est ce fourmillement invisible qui fabrique, jour après jour, le parfum que l’on croit venir du ciel. Le principal contributeur à cette odeur est une famille de bactéries appelées actinobactéries. Ces micro-organismes se trouvent aussi bien en milieu rural qu’urbain. Leur rôle : décomposer la matière organique morte en composés simples qui deviennent des nutriments pour les plantes. Sous-produit de cette activité, une molécule organique nommée géosmine.

La géosmine est donc la molécule principalement responsable des notes terreuses du pétrichor. Elle est produite par les bactéries Streptomyces et autres actinobactéries vivant dans les sols. Son nom vient du grec, « gê » (terre) et « osmê » (odeur), ce qui en dit long sur l’ancienneté de ce phénomène. Cette odeur est en réalité un exemple de communication chimique vieux de 500 millions d’années, ayant évolué pour aider certaines bactéries à se reproduire. Autant dire que ce n’est pas un accident de la nature : c’est un mécanisme rodé depuis avant l’apparition des premiers dinosaures.

La géosmine est un type d’alcool, comme l’alcool à 90°. Mais là s’arrête la comparaison avec un produit banal. Le nez humain perçoit la géosmine à des concentrations aussi basses que 5 parties par trillion. Cette sensibilité extraordinaire aurait probablement évolué parce que la molécule signale la présence d’eau dans l’environnement. Pour donner une échelle : détecter 5 parties par trillion, c’est repérer une goutte d’encre dans l’équivalent de 20 piscines olympiques. Notre odorat est, sur ce point précis, bien plus performant que la plupart des instruments de laboratoire.

Le mécanisme : le sol se met en route avant même l’averse

Pendant les longues périodes de sécheresse, l’activité de décomposition des actinobactéries ralentit. Juste avant la pluie, l’air devient plus humide et le sol commence à s’humidifier. Ce processus accélère l’activité des bactéries, qui produisent alors davantage de géosmine. le sol « sent » l’orage arriver et s’active en réponse. La pluie, elle, n’est que l’étincelle finale d’un processus déjà bien engagé.

Quand les gouttes tombent sur le sol, surtout sur des surfaces poreuses comme la terre meuble ou le béton rugueux, elles s’éclatent et éjectent de minuscules particules appelées aérosols. La géosmine et les autres composés du pétrichor présents au sol ou dissous dans les gouttes sont libérés sous forme d’aérosol et transportés par le vent. Ces bulles qui s’effondrent projettent dans l’air des gouttelettes ultrafines contenant de la géosmine. De plus, des spores bactériennes et d’autres métabolites. Ce processus, nommé aérosolisation par projection, explique également comment des communautés microbiennes aériennes se forment pendant les orages, reliant chimie atmosphérique et microbiologie terrestre.

Il y a un autre acteur dans cette symphonie olfactive, moins connu : le pétrichor désigne aussi un liquide huileux sécrété par certaines plantes, absorbé par le sol et les roches argileuses pendant les périodes sèches. Après la pluie, cette huile combinée aux composés de sédiments dégage des composés organiques volatils qui, en se combinant avec la géosmine, produisent cette odeur de terre très particulière qui reste peu de temps dans l’atmosphère. Éphémère par nature : si la pluie est trop abondante, elle noie les molécules avant qu’elles atteignent nos narines. C’est précisément la première averse, sur un sol sec, qui donne le résultat le plus intense.

Un mot né en 1964, une réalité vieille de 500 millions d’années

Le terme pétrichor a été forgé en 1964 par Isabel Joy Bear, chimiste, et Roderick G. Thomas, minéralogiste, tous deux Australiens, à partir du grec ancien « pétra » (pierre) et « ikhṓr » (le sang des dieux dans la mythologie grecque). Le sang des dieux distillé dans la terre. Pour une fois, la poésie scientifique n’exagère pas.

Des chercheurs ont identifié que les collemboles, de minuscules animaux vivant dans les sols humides, sont très réactifs à la géosmine. Ces arthropodes sont attirés par les bactéries Streptomyces, qui constituent une excellente source de nourriture. En échange, les collemboles dispersent les spores des Streptomyces. Les deux organismes y gagnent. La géosmine n’est donc pas seulement une odeur : c’est un signal de rendez-vous entre espèces, un langage chimique que la pluie se contente de traduire en parfum perceptible pour nous. Ce phénomène est si particulier et si complexe qu’il n’a jamais pu être synthétisé : cette odeur reste purement naturelle et éphémère.

Ce que notre nez perçoit, notre cerveau en fait une mémoire

Si la pluie est suffisamment forte, le parfum de pétrichor peut se propager rapidement sous le vent et alerter des personnes situées à distance que la pluie est imminente. Un système d’alerte météo gratuit, embarqué dans nos narines depuis des millénaires. Certains chercheurs avancent que les humains apprécient si instinctivement cette odeur parce que nos ancêtres dépendaient de la pluie pour survivre dans des environnements arides : l’eau signifiait la vie, et son signal olfactif annonçait la survie.

La géosmine est également présente dans la betterave rouge, ce qui explique son goût légèrement terreux, et dans le vin contaminé par certaines bactéries, où elle constitue un défaut recherché par les dégustateurs. Ce composé organique d’origine microbienne est aussi un marqueur de contamination de l’eau potable par des micro-algues. La même molécule qui enchante au bord d’un sentier peut alerter un ingénieur d’une station de traitement des eaux. Tout est affaire de contexte, et de concentration. La prochaine fois que la pluie arrive, ce que vous respirez, c’est la signature chimique de milliards de bactéries qui travaillaient en silence depuis des semaines, attendant patiemment leur instant de visibilité.

Sources : radiolac.ch | slate.fr

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