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  • "Printemps silencieux" de Rachel Carson

    Le livre précédent, Cabane" d'Abel Quentin et celui-ci sont mes deux dernières lectures. Et le constat que j'en retire, c'est que nous sommes véritablement et définitivement une espèce toxique, néfaste, destructrice et que nous sommes incapables de prendre conscience des problèmes les plus profonds et les plus dramatiques parce que nous sommes pris dans un courant planétaire, une forme d'embrigadement auquel nous adhérons, quoi qu'il en coûte. 

    J'ai au moins la satisfaction de lire les commentaires écrits par les lecteurs et lectrices de ces deux ouvrages et il est apaisant de se sentir moins seul. Bien que nous ne soyons qu'une minorité impuissante. 

    Ce livre a été écrit en 1962, mon année de naissance et le rapport Meadows est paru en 1972. Bien évidemment, je n'avais aucune connaissance de ces écrits. Mais plus tard, j'aurais pu et j'aurais dû m'y intéresser. J'ai attendu d'avoir quarante ans pour vraiment commencer à m'instruire.Ce sont nos trois enfants qui ont été le maillon manquant, celui qui manquait à ma motivation, à cette prise de conscience. Quel monde allais-je leur léguer ? 

    Lorsque j'ai eu mon permis de conduire et ma première voiture, l'été de mes 18 ans, je suis tout de suite parti à Chamonix, pour les sommets. Je traversais la France de nuit, Quimper-Chamonix, non-stop et je vidais le ballon de liquide de nettoyant de pare-brise tellement l'hécatombe d'insectes était volumineux. Aujourd'hui, pour chaque long trajet, nous roulons toujours de nuit et des insectes de nuit, il n'y en a quasiment plus. Ça peut paraître anecdotique mais c'est en réalité symptomatique de cette dévastation et de la vitesse à laquelle elle se réalise. 

    Un autre exemple : quand j'étais à l'école primaire puis au collège, j'aimais aller à la pêche à la ligne sur une digue, au Cap-Coz. J'avais un équipement rudimentaire et je n'étais aucunement un spécialiste et pourtant je ramenais toujours du poisson à la maison, au grand plaisir de mes parents. Il y avait toujours d'autres pêcheurs, dix, vingt, parfois il fallait être attentif pour ne pas mélanger les lignes sur cette digue, c'était un coin réputé. On y est retourné il y a deux ans, en plein juillet et il n'y avait plus un seul pêcheur. Il n'y a plus de poissons. Dévastation. 

    Le bois où je passais tous mes jours de congé était habité par des vols de pigeons et de tourterelles, j'aimais leurs roucoulements. Il n'y en a plus, le silence dans les arbres est complet. De la même façon, au printemps, alors que j'ai toujours dormi avec la fenêtre ouverte, j'aimais être réveillé par le chant des oiseaux, une cacophonie qui honorait le lever du soleil, je sautais dans mes habits des bois et je filais. Aujourd'hui, c'est le silence ou le chant de quelques oiseaux que j'entends comme des plaintes. 

    J'ai 62 ans et j'ai l'impression d'assister à une mise à mort constante, une nature qui s'éteint, qui tombe dans le silence, un dépeuplement de tout. 

    Nous sommes tous responsables, à différents niveaux. Responsables de notre indifférence, de notre ignorance, de cette adoration de la futilité, du déni de la mort propagée. Nous avons écouté les gouvernements, nous avons amassé des biens confortables, nous avons rejeté les lanceurs d'alerte, ignoré les scientifiques, nous nous sommes amusés et nous nous sommes contentés de gérer nos existences, au mieux. Quoi qu'il en coûte. 

    Moi, comme tous les autres. 

    Je n'ai plus aucun espoir de voir se produire, volontairement, une inversion du processus. J'espère par contre vivre assez vieux pour être encore là lorsque l'inversion surviendra parce qu'il ne pourra en être autrement. 

    Je n'adhère pas aux arguments de ceux qui disent que nous n'allons pas vers la fin du monde mais vers la fin de l'humanité car il est trop facile de balayer d'un revers de main méprisant les milliards d'animaux, les milliards de plantes, toute cette vie que nous entraînons dans notre chute. Oui, la Terre s'en remettra mais il faut bien admettre qu'elle se reconstruira sur un épouvantable charnier. Que la planète ait déjà connu des dévastations totales, c'est certain mais celle vers laquelle nous allons sera de notre faute.

    Voilà les trois citations en exergue du tome 3 de ma quadrilogie, "Le désert des Barbares"

    Actuellement, l'humain mène une guerre contre la  nature. S'il gagne, il est perdu. »

    Hubert REEVES

    « L’enfer est vide, tous les démons sont ici. »

    William SHAKESPEARE

    Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.

    Kenneth BOULDING

     

    Printemps silencieux par Carson
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    Al Gore (Préfacier, etc.)Jean-François Gravrand (Traducteur)Baptiste Lanaspeze (Traducteur)

    EAN : 9782918490005
    288 pages

    Wildproject Editions (20/05/2009) AUTRES EDITIONS

    4.32/5   162 notes

    Résumé editeurRésumé Membres

    HistoriqueModifierLire

    Premier ouvrage sur le scandale des pesticides, Printemps silencieux a entraîné l'interdiction du DDT aux États-Unis.
    Cette victoire historique d un individu contre les lobbies de l'industrie chimique a déclenché au début des années 1960 la naissance du mouvement écologiste.
    Printemps silencieux est aussi l'essai d'une écologue et d'une vulgarisatrice hors pair. En étudiant l'impact des pesticides sur le monde vivant, du sol aux rivières, des plantes aux animaux, et jusqu à l'ADN, ce livre constitue l'exposition limpide, abordable par tous, d'une vision écologique du monde.
    50 ans après sa conception, on redécouvre Printemps silencieux au moment où l'on commence à s'intéresser, en France, à la philosophie de l'écologie.
    « Ce n est pas moi, c est Rachel Carson qui a inventé l'écologie profonde », affirme en effet le philosophe norvégien Arne Næss.
    Vendu à plus de 2 000 000 exemplaires, traduit en 16 langues, Printemps silencieux n'est pas seulement un best-seller : c'est un monument de l histoire culturelle et sociale du XXe siècle. Point de référence difficilement contournable de l'histoire de l'écologie, cet ouvrage fait partie de la bibliothèque de l'honnête homme.
    C’est le livre-symbole du mouvement écologiste et un modèle de contre-lobbying (Rachel Carson est la première des « lanceurs d’alerte »).
    « Printemps silencieux est l’acte de naissance du mouvement écologiste. » Al Gore.

    Trollibi

    Trollibi

    12 février 2019

    "Les générations à venir nous reprocherons probablement de ne pas nous être souciés davantage du sort futur du monde naturel, duquel dépend toute vie." (p.38)

    En lisant l'ouvrage de Rachel Carson, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette génération, celle de mes parents, celle de ces hommes politiques, qui se dédouane de l'enjeu climatique que nous vivons aujourd'hui en disant "Mais euh! Faut pas nous faire de reproches, on n'était pas au courant!" Et bien si... ils étaient au courant... depuis près de 60 ans, depuis 1962, depuis cette recherche, si bien documentée et qui fait froid dans le dos...

    C'est toute l'histoire de la biodiversité en péril que nous raconte Rachel Carson dans "Printemps silencieux" : eaux polluées qui deviennent meurtrières pour la faune qui s'y développe, disparition d'espèces animales et végétales, conséquence directe de l'empoissonnement aux pesticides mais aussi par destruction de leur habitat naturel ou de leur nourriture. Et que dire des cas de mutations génétiques, de cancers et leucémies, qui augmentent depuis que les pesticides sont utilisés ?
    Dans ce texte, très abordable même pour un non-scientifique, Rachel Carson accumule les exemples, les cas, les études, les points de vue et on ne peut rester insensible aux catastrophes écologiques qu'elle étale sous nos yeux. Elle nous rappelle que les insectes, les oiseaux, la flore sont des parties d'un tout, d'un cycle que l'homme et son désir de contrôle de la nature viennent perturber alors que l'homme lui aussi fait partie de ce cycle...
    Les solutions biologiques pour lutter contre ce que l'homme juge "indésirable" existent, Rachel Carson en donne de nombreux exemples dans son ouvrage. Nul besoin de produits chimiques : le respect de chaque être vivant, l'observation et la compréhension de la nature offrent tout un tas de possibilités de trouver des solutions autre que la destruction d'une espèce pour le confort d'une autre...

    Si "Printemps silencieux" a suscité une réelle prise de conscience dans les années 60, interdisant l'emploi du DDT et provoquant la naissance du mouvement écologiste, où en est-on aujourd'hui ? L'homme continue à utiliser des produits chimiques dangereux, en agriculture intensive, dans les jardins... Les populations d'insectes, d'oiseaux continuent de régresser, les abeilles sont en danger, de nombreuses espèces sont en disparues ou en voie d'extinction...

    Incompréhension, tristesse, révolte, colère et dégoût pour la race humaine qui se croit supérieure à la nature sont les sentiments qui m'ont accompagnée tout au long de ma lecture et je me dis une fois encore qu'il y a beaucoup de travail à faire pour que l'homme moderne cesse de se croire le maître d'un monde dont il n'est qu'une infime partie et encore plus de travail pour qu'il comprenne qu'il provoque lui-même à sa propre autodestruction...

    "Deux routes s'offrent à nous (...). Celle qui prolonge la voie que nous avons suivie est facile, trompeusement aisée ; c'est une autoroute, où toutes les vitesses sont permises, mais qui mène droit au désastre. L'autre, "le chemin moins battu", nous offre notre dernière, notre unique chance d'atteindre une destination qui garantit la préservation de notre terre." (p.258)

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  • Abel Quentin : Cabane

    Cabane par Abel Quentin

    Cabane

     

    infosCritiques (130)Critiques presse (12)Citations (132) Forum 

    des Libraires de Nancy et des journalistes du Point - 2024


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    EAN : 9791032925430
    477 pages

    L'Observatoire (21/08/2024) AUTRES EDITIONS
     
    Existe en édition audio

    3.84/5   689 notes

    Résumé editeurRésumé Membres

    HistoriqueModifierLire

    Berkeley, 1973. Département de dynamique des systèmes. Quatre jeunes chercheurs mettent les dernières touches au rapport qui va changer leur vie. Les résultats de l'IBM 360, alias « Gros Bébé », sont sans appel : si la croissance industrielle et démographique ne ralentit pas, le monde tel qu'on le connaît s'effondrera au cours du XXIe siècle.
    Au sein de l'équipe, chacun réagit selon son tempérament ; le couple d'Américains, Mildred et Eugene Dundee, décide de monter sur le ring pour alerter l'opinion ; le Français Paul Quérillot songe à sa carrière et rêve de vivre vite ; et l'énigmatique Johannes Gudsonn, le Norvégien, surdoué des maths ? Gudsonn, on ne sait pas trop. Certains disent qu'il est devenu fou.
    De la tiède insouciance des seventies à la gueule de bois des années 2020, Cabane est le récit d'une traque, et la satire féroce d'une humanité qui danse au bord de l'abime.
    Après Soeur (sélection prix Goncourt 2019) et Le Voyant d'étampes (prix de Flore, finaliste Renaudot et sélection Goncourt 2021), Cabane est le troisième roman d'Abel Quentin.

     

     

    3,84 sur 689 notes

    5★48 avis

    4★38 avis

    3★28 avis

    2★5 avis

    1★5 avis

    Kirzy

    Kirzy

    23 novembre 2024

    °°° Rentrée littéraire 2024 # 41 °°°

    Abel Quentin s'est inspiré du rapport Meadows, Les Limites de la croissance, dans lequel des scientifiques du MIT prédisaient en 1972 la fin du monde tel que nous le connaissons, un effondrement économique et démographique total si la croissance continue de façon exponentielle. Il a conservé le nombre d'auteurs pour inventer quatre personnages et leurs trajectoires sur cinquante années.

    « Ils étaient quatre, comme les Beatles ou les évangélistes »

    L'auteur aurait pu opter pour un roman camouflé en essai politique moralisateur pour évoquer ces cinquante années où on savait mais rien fait, cinquante ans perdus, gâchés à cause de l'indifférence, l'hybris ou l'aveuglement des sociétés. Il fait au contraire le choix d'appréhender l'angoisse existentielle qui a saisi ces quatre jeunes gens, âgés d'une vingtaine d'années, pour raconter, avec des accents quasi balzaciens, comment on vit après ça, après fait la découverte terrifiante d'un effondrement futur inéluctable.

    C'est l'aventure humaine qui intéresse
    Abel Quentin. Chacun des personnages incarne une réaction possible face au déni collectif. Les Américains Mildred et Eugene Dundee sont ceux qui partent au combat, ceux qui durant toute leur vie portent le fardeau/ flambeau et prêchent en Cassandre dans le désert. le Français Paul Quérillot, c'est le cynique, celui qui ne veut pas se faire emporter par le rapport et décide de profiter, épousant son temps en travaillant pour une industrie pétrolière tout en étant travaillé par sa mauvaise conscience. Et il y a le Norvégien, Johannes Gudsonn, le génie des maths, celui qui ne supporte par la réalité d'une croissance exponentielle inarrêtable et disparaît des radars.

    «  le rapport 21 a mis au jour un mal sans visage, un crime collectif dénué d'intention criminelle : la croissance. Des milliards d'individus qui, pris isolément, ne poursuivent aucune intention malveillante : ils vont pourtant entraîner la mort de millions d'autres, provoquer des famines et noyer des deltas. »


    Cabane est construit avec une précision d'horloger. Une courte partie pour contextualiser la rédaction du rapport. Une deuxième partie consacrée aux trois premiers scientifiques, à tour de rôle. Je me suis régalée de la plume malicieuse de l'auteur qui par mille détails d'entomologiste raconte leurs parcours à travers l'angle des faiblesses et des vanités humaines. Même si ces personnages relèvent de l'archétype, la façon dont Abel Quentin a de coller à eux fait que leur évolution physique et leur rapport à leur corps dit tout de leur psyché, de leurs tourments et de leurs failles.

    Et puis, changement -génial- de braquet avec la troisième partie. Totalement inattendu alors que le récit commençait à ronronner dans cette succession de portraits. Un nouveau personnage fait irruption, Rudy, un journaliste français qui est né après le rapport de 1972 et part enquêter sur le plus énigmatique du quatuor : le Norvégien qui a disparu, dont on ne sait même pas s'il est toujours vivant. Un coup de fouet romanesque qui transforme le récit en quasi thriller pour savoir ce qu'il est devenu.

    « Je ne vois plus que les famines, les pénuries, les monstruosités que préparent nos orgies présentes. San Francisco, où je me suis aventuré hier, me débecte : l'atmosphère paresseuse de la fête est partout, les gens boivent et rotent, l'air ahuri, satisfaits. »

    Johannes Gudsonn est LE personnage du roman. C'est vers lui que converge tout le récit. La mue de ce prodige des maths ayant soif d'absolu en
    Saint-Just hanté par la fin du monde, décrit à travers le regard des autres, est absolument passionnante de complexité et radicalité, jusqu'aux confins de la folie.

    Plus le roman avance, plus il se teinte de réflexions philosophico-existentielles qui résonnent forcément avec notre époque. Car comment ne pas devenir fou lorsqu'on sait ce que va devenir l'Humanité et que le déni collectif est un mur ? Johannes est la première victime de la solastalgie, cette détresse psychologique lié à la prise de conscience d'une urgence écologique.

    Derrière ses tonalités volontiers sarcastiques et ironiques, c'est finalement la sincérité de l'auteur, sa colère, son effroi, son désenchantement, qui affleurent. Derrière les portraits de ces quatre scientifiques, c'est la solitude de l'Homme face à sa conscience qui émerge.

    Le titre est impeccablement choisi. La
    cabane, il nous en faudrait toute une, matérielle ou mentale. Pour fuir, s'isoler, se protéger, penser l'action, vivre sans compromis dans une intégrité radicale. En écho à d'autres cabanes : celle du philosophe naturaliste Thoreau qui s'est retiré à Walden pour critiquer la société américaine moderne ? Celle de Theodore Kaczynski, dit Unabomber, dans le Montana, mathématicien devenu le premier éco-terroriste ?

    Mildred Dundee souhaitait comme épitaphe : « On vous avait prévenus, abrutis ». La fin du roman est toute aussi abrupte. Sur le coup, elle ne m'a pas convaincue avec son nihilisme à la
    Houellebecq, mais elle est totalement cohérente. C'est juste que j'aurais bien continué d'avancer dans le récit. Reste que ce roman, érudit et intelligent, est d'une virtuosité absolument remarquable et rare.

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  • JARWAL : Le gardien du livre

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    Il est arrivé !

    Mon huitième roman. Le sixième aux édtions du 38.

    475 pages de lecture pour tout le monde.

    Peu importe l'âge.

     

    Jarwall - Le gardien du livre

     

    Nolwen (12 ans), Zack (10 ans) et Tom (8 ans) sont trois enfants amoureux de la nature. Nolwen, organisatrice et chef incontesté du trio est leur guide, celle qui connaît les mystères de la forêt, les lieux enchantés, les chemins secrets, les légendes du monde.
    Alors qu'ils sont partis tous les trois en montagne, Jarwal le lutin se présente à eux comme le Gardien du Livre du Petit Peuple. Il explique que les pages du Livre s'effacent sous le pouvoir maléfique du progrès. Les enfants, fascinés et envoûtés par le monde moderne, ne lisent plus assez et les compagnons de vie de Jarwal tombent dans l'Oubli. Le lutin doit trouver des êtres capables d'écouter puis de transmettre la mémoire du monde pour que ses compagnons reprennent vie, que l'équilibre avec l'énergie vitale soit rétabli, que l'amour de la Nature soit à la source des existences. Les trois enfants ont été désignés par le conseil des Sages comme les Elus parce qu'ils résistent aux illusions technologiques et qu'ils aiment la Terre.
    Les trois enfants vont-ils accepter cette mission ?

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    Caractéristiques
    Date de publication 07/02/2025
    ISBN 9782384832231

    Livre broché

    26,00 €
    TTC

    Version numérique

    FORMAT epub

    Prix TTC : 6,99 €
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  • Apprendre pour vivre.

    « Ce qu'il faut faire quand on est triste, répondit Merlin en soufflant et en soupirant, c'est apprendre quelque chose. C'est la seule chose qui ne faillit jamais. Peu importe que tu sois vieux, le corps tremblant et affaibli, que tes nuits soient peuplées d'insomnies à écouter la maladie qui s'insinue dans tes veines. Peu importe que tu aies perdu ton seul amour, que tu voies le monde autour de toi ravagé par le mal, ou que ton honneur soit foulé aux pieds dans les égouts des esprits les plus vils. Il n'y a qu'une seule chose que tu puisses faire : apprendre. Apprends pourquoi le monde tourne et ce qui le fait avancer. C'est la seule chose qui ne lasse jamais l'esprit, qui ne l'aliène jamais, qui ne peut être torturée, ni effrayée, ni intimidée, ni regretter. Apprendre est tout ce dont tu as besoin. Regarde toutes ces choses qu'il y a à découvrir. »

    – L'Épée dans la pierre, T. H. White.

     

    Le problème est donc d'identifier ce qu'il est bon d'apprendre, ce qui aura une utilité, un sens, un apport réel et donc d'identifier ce qui ne relève que de l'encombrement.

    Là, je suis en mode "vie intérieure" parce qu'il arrive un moment où la réalité de ce monde matériel et égotique me révulse. Donc, j'opte pour la voie de l'ours, l'ermite, le retraité qui bat en retraite.

    Il n'en reste pas moins que j'ai trop longtemps vécu dans la sphère du "moi" qui se fichait royalement du monde matériel et qui par conséquent le subissait en croyant en profiter, puis au regard de mon histoire personnelle, j'ai basculé dans la sphère spirituelle, par obligation, en mode de survie et lorsque j'ai rétabli le contact avec la "réalité" du monde extérieur, j'ai réalisé à quel point ça n'était qu'un chaos, une dévastation et dès lors j'ai voulu comprendre et ne plus subir béatement.

    Et depuis, j'alterne entre les phases de compréhension de cette réalité et la dimension du réel, c'est à dire la spiritualité. Je me demande de plus en plus souvent si je ne vais pas finir par me retirer totalement et définitivement et laisser ce monde chaotique continuer son chemin, un chemin dans lequel il m'entraînera inévitablement au regard de l'impact sur la nature mais qui ne m'atteindra plus à travers les phases de colère ou de dégoût. D'autant que je sais très bien que le mal se nourrit également de ma colère et que cette colère est une porte pour qu'il m'envahisse. La difficulté que je rencontre au regard de ce désir de retrait, c'est que nous avons trois enfants et bientôt trois petits-enfants et que ce monde sera le leur encore pour longtemps. Je ne changerai pas le monde mais je peux au moins m'appliquer à en comprendre les rouages pour accompagner ceux que j'aime, s'ils m'en font la demande.

  • La cause de tout

    Tant que le coût des dégâts et des reconstructions ne sera pas pharaonique, les dirigeants, où qu'ils soient, resteront figés et obnubilés par un seul critère, un seul objectif, une seule cible : les points de croissance.

    Les assureurs l'ont déjà compris d'ailleurs en augmentant considérablement les contrats où même désormais en les refusant. Ils savent bien qu'à un moment, ils ne pourront plus suivre au risque de déposer le bilan. Il va être intéressant dans les prochaines années de lister les zones géographiques où il ne sera plus possible d'être assuré. Une carte appelée à évoluer rapidement.

     

    Climat: l'adaptation au dérèglement pourrait entraîner un ralentissement "transitoire et modéré" de la croissance, selon un rapport

     

    AFP •27/01/2025 à 20:39

    Les adaptations au changement climatique pourraient entraîner un "ralentissement transitoire et modéré" de la croissance économique et coûter près d'un point de PIB en 2030, selon un rapport de la Direction générale du Trésor diffusé lundi.

    Les agents de la Direction générale du Trésor se sont penchés sur les enjeux économiques de la transition vers la neutralité carbone en fonction de différents scénarios.

    La France s'est fixé l'objectif de réduire de 50% ses émissions brutes de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990, et vise à réduire fortement la part d'énergies fossiles dans sa consommation finale d'ici 2030.

    Et "la transition qui est réalisée de manière ordonnée et coordonnée représenterait un coût économique (…) qui resterait modéré et transitoire", a indiqué Nathalie Georges, cheffe du service des politiques macroéconomiques et des affaires européennes à la Direction générale du Trésor.

    Les auteurs du rapport relèvent qu'une augmentation de la tarification carbone et des coûts liés aux émissions de gaz à effet de serre --par la fiscalité carbone, des subventions ou des réglementations-- pourrait entraîner un double choc négatif, de demande pour les ménages, et d'offre pour les entreprises.

    Cela pourrait se traduire par une baisse du niveau d'activité qui pourrait coûter un peu moins d'un point de PIB à la France en 2030 (-0,9 en 2030), par rapport à un scénario sans mesures de décarbonation supplémentaires.

    La perte se résorberait partiellement à partir de 2040 et la France pourrait atteindre "-0,6 point de PIB en 2050", a détaillé Nathalie Georges.

    Décarboner nécessitera d'importants investissements privés et publics qui pourraient atteindre 110 milliards d'euros en 2030 en France, peut-on lire dans le document de la Direction générale du Trésor, "et dépendront au-delà de cet horizon de l'évolution des technologies".

    Mais ces coûts sont "bien inférieurs aux coûts des dommages des changements climatiques", relève Nathalie Georges. Selon une estimation du réseau des banques centrales, l'inaction pourrait coûter "environ 6 points de PIB pour la France et l'Union Européenne", et "9 points de PIB au niveau mondial" en 2050, a-t-elle indiqué.

  • Supporter le constat de notre insignifiance.

     

     

    Je suis quelque peu dépité de lire nombre d'articles, de commentaires et de visionner des vidéos sur le duo Trump/Musk et de constater qu'un certain nombre de ces commentaires écrits ou audio mettent en avant le fait qu'il n'y a rien de nouveau, que des personnalités extrêmes, il y en a toujours eu, de tous côtés, qu'on peut trouver aussi agressifs dans bien d'autres coins du monde et même ici, en France et qu'il est donc inadéquat, voire injustifié de faire un "procès public" à Musk pour ce salut aux connotations quelque peu "étranges" ou aux frasques de Trump et ces propos glaçants et qu'on ferait mieux de regarder tout ce qui se passe ailleurs etc...etc... Et on en revient donc toujours au fait, qu'effectivement, le pire n'est jamais certain et que dès qu'on se lance dans une critique, on se place dans la situation d'être mis face à d'autres comportements tout aussi discutables.

    Mais le problème n'est pas là. Le vrai problème, pour moi, c'est qu'on discute sur des faits et des personnalités qui posent problème, des tas de problèmes et pendant ce temps-là, on ne parle pas des gens honorables, des gens qui œuvrent pour le bien, des gens dont les valeurs ne mettent aucunement en péril celles des autres, des gens qui ne demandent qu'à vivre en paix, en osmose, en harmonie, dans la plénitude, loin des conflits.

    Non, il ne s'agit pas d'une vision édulcorée, de rêves enfantins, d'immaturité, il s'agit de mettre juste en avant le fait que le monde qu'on nous montre, à travers les vitrines médiatiques, c'est un monde de confits. Et que les discussions qui émanent de ce monde génèrent d'autres conflits, d'autres prises de positions, d'autres arguments aussitôt contrés par les arguments des autres.

    Et au final, nous nous retrouvons tous, les uns contre les autres, cherchant à savoir si le clan des uns est plus important que celui des autres, si l'équipe 1 est plus honorable que la 2 ou si la 1 est juste plus manipulatrice que la 2. Il n'y a plus de vérité, il n'y a que des oppositions qui détiennent leurs vérités, des vérités d'ailleurs modulables en fonction des alliances, des arrangements entre amis, des conflits d'intérêts ou des intérêts communs.

    Et j'en arrive à me dire que le mieux à faire est de fuir, de me terrer dans un trou, de me boucher les oreilles, de ne plus dire un mot, de ne regarder que mes pieds et là où je les pose. Et d'écouter les oiseaux.

    "“Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre.” Marc Aurèle.

    Si je m'en tiens à cette maxime et que je tente d'identifier les situations sur lesquelles j'ai un réel pouvoir, c'est à dire celui de changer ce qui ne répond pas à mes valeurs, il est clair qu'il n'y a pas grand-chose et certainement pas les luttes qui ont lieu au niveau mondial par l'entremise de personnalités dont la puissance dépasse l'entendement.

    Mais se pose aussi le problème de ma responsabilité envers des agissements contraires à mes valeurs car on peut considérer que la fuite renforce le pouvoir des malfaisants. Cette lutte intestine est devenue un leitmotiv désespérant, assommant, une rumeur de fond aussi prégnante qu'une respiration. Mais si je me lance dans un état des lieux au regard de mes prises de position et que je tente d'établir un constat sous la forme d'un pourcentage de réussite et d'échecs quant aux résultats de mes engagements, il n'y a aucun doute quant au fait que mes actes se sont révélés dérisoires, insignifiants, inexistants au regard de l'ampleur du désastre actuel.

    Rien de bon n'est advenu dans le constat que je fais de l'état du monde, de l'humanité, de la nature, de la préservation de la vie. On s'enfonce, on s'enfonce...

    Alors, j'en suis là, encore une fois, avec le même questionnement, celui qui revient systématiquement lorsque cette fatigue dans l'observation du monde devient plus forte, plus lourde, plus dévorante. Dois-je continuer à chercher à comprendre au détriment de mon bien-être ou la quête du maintien de mon bien-être est-elle une fuite inacceptable ?

    Il me reste malgré tout un point d'ancrage dans ma propre histoire, celle de "la désobéissance civique" que j'ai choisie pour m'opposer à la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon. Je l'ai payé cher, je ne vais pas revenir en détail là-dessus mais il y a un élément qui est resté considérablement important dans cette épreuve, c'est que j'ai toujours eu la possibilité de me regarder dans un miroir sans avoir honte de moi-même. Si j'avais collaboré à cette réforme alors qu'elle s'opposait totalement à mes valeurs, les dégâts existentiels auraient été plus profonds que les dégâts physiques et psychologiques. Je n'ai pas collaboré et ça reste un tuteur qui m'a tenu debout.

    Alors, aujourd'hui, dans la multitude de conflits et de dégradations de toutes sortes au niveau social et écologique, quels sont les comportements, les attitudes, les actes, les prises de positions qui peuvent concourir à ce que je puisse marcher "droit dans mes bottes" ? Tout ce qui concerne ma vie quotidienne. Rien d'autre.

    Ce qui relève de la démarche intellectuelle ne doit être considéré qu'à travers le filtre de son inutilité réelle. Il reste ensuite à supporter ce constat.

  • Trumpusk

    Vous voyez de qui il s'agit, ces deux personnages qui occupent la scène. Voilà deux ans déjà que je me demande si la quadrilogie que j'écris est bien de l'anticipation ou bien une série de romans contemporains avant de devenir une série historique. Très clairement, ces deux individus et Musk, particulièrement me font penser à cette phrase taguée sur un mur :" Le fond de l'ère m'effraie".

    Ce que je crains par dessus tout, c'est que Musk, après le deuxième passage de Trump ne vienne à se présenter aux présidentielles ou pire encore, qu'il devienne le Walter Zorn de mes romans. Ce Walter Zorn, plus grande fortune jamais connue sur Terre qui élabore un projet démentiel.

    « Toutes les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours au-dessous de la vérité. »

    BALZAC

     

     

     

    TOUS, SAUF ELLE

     

    CHAPITRE 3

    L'hélicoptère survolait des forêts immenses. Au loin se dressaient les sommets partiellement enneigés du parc national d'Arthur's Pass.

    Début mai. L'hiver posait les premiers manteaux.

    L'appareil effectua une rotation au-dessus de vastes forêts puis se dirigea vers un immense assemblage de bâtiments rectilignes. Des routes goudronnées reliaient les différents éléments du complexe militaire disséminés sur plusieurs centaines d'hectares. Les bâtiments où vivaient les militaires, une serre de cent mètres carrés, des champs cultivés, un verger avec des dizaines d'arbres, un parc arboré de plusieurs hectares, un terrain d'entraînement pour les soldats, un gymnase, une salle pour le tir et un stade extérieur. Deux rangées de grillages ceinturaient l'ensemble sur quatre mètres de haut.

    L'engin se posa sur l'hélisurface.

    Protégé par quatre hommes en arme, un couple descendit de l'hélicoptère et monta dans une Cadillac blanche.

    Le véhicule emprunta une voie rectiligne menant à une vaste demeure, à travers d'immenses étendues de pelouses soignées, ornées de bassins aux fontaines majestueuses.

    Domaine de Walter Zorn, Nouvelle-Zélande.

    Une architecture moderne, un bâtiment colossal, à la blancheur éclatante, une immense façade agrémentée d'étranges fenêtres, des hublots opaques comme des judas scrutateurs. L'ensemble figurant une citadelle redoutable mais dégageant pourtant une beauté stupéfiante.

    Une construction récente dont la magnificence contrastait si fortement avec l'ensemble militaire qu'un diamant au milieu de galets aurait eu le même effet.

    Une Maison-Blanche, bunkérisée, solidement implantée dans l'hémisphère sud, au milieu de nulle part.

    Arrivé à destination, le couple descendit du véhicule, accompagné jusqu'au perron par deux militaires en armes.

    Ils empruntèrent une allée couverte, un entablement soutenu par des colonnades de pierre blanche.

    Un majordome accueillit le couple et les salua.

    « Bienvenue, Monsieur Zorn. Bienvenue, Madame. 

    – Bonjour Zack. »

    L'homme prit les manteaux du couple qui emprunta immédiatement le hall en marbre blanc.

    Treize hommes et une femme réunis dans une salle ovale, une coquille d’œuf éclairée par des hublots dépolis, une bulle insonorisée, isolée du monde extérieur.

    Aucune décoration. Des murs nus, lisses, couleur crème, un sol marbré, une immense table en verre translucide, des sièges noirs à accoudoirs.

    « Combien avez-vous dit, cher Helmut ?

    –Douze milliards.

    –Quelle échéance ?

    –David, ce sont de simples prévisions avec leur contingent d’erreurs mais avant la fin de ce siècle, cette population mondiale semble tout à fait probable. Nous en avons déjà parlé et rien aujourd’hui ne vient contredire nos prédictions.

    –J'ai toujours du mal à enregistrer ce nombre tellement il semble fou.

    –Vous connaissez tous les problèmes planétaires que nous rencontrerons,» intervint Walter Zorn, fondateur de l’Ordre des Immortels. 

    Carrure de rugbyman, quarante-deux ans, adepte du régime végétarien, cheveux courts taillés à la tondeuse, un visage imperturbable ciselé au cordeau, une large mâchoire, des yeux si marron qu’ils en paraissaient noirs, une profondeur de gouffre et simultanément une puissance de pénétration redoutable. Personne ne soutenait son regard.

    Les quelques femmes de la haute société qui avaient entendu parler de lui en rêvaient secrètement. Les rumeurs les plus exaltées se diffusaient inévitablement sur cet homme insaisissable. Les rares individus qui se permettaient d’évoquer son existence usaient de la déférence accordée habituellement à un saint : le saint le plus fortuné de toute la planète.

    « Je me permets de vous en brosser un petit descriptif afin que tout soit clair pour les trois jours à venir, continua-t-il. Je vous rappelle également que nous accueillons aujourd’hui la première femme de notre communauté. C’est un honneur, un privilège, une très grande satisfaction que notre projet corresponde à une personnalité aussi charismatique que Fabiola Mesretti et je me réjouis de sa venue. Vous connaissez tous le parcours exceptionnel de Fabiola et ses extraordinaires compétences. Elle tient à ce que ses talents nous servent et je l’en remercie, au nom de l’Ordre des Immortels.»

    Tous les visages se tournèrent vers la beauté fatale, assise aux côtés du maître des lieux. La trentaine, tailleur clair vantant des formes parfaites, une longue chevelure brune couvrant les épaules, un visage fin, la femme hispanique dans toute sa grâce et son mystère. Présidente de la principale banque espagnole, un réseau de plus de cent vingt agences sur la péninsule et trente-deux succursales en Amérique du Sud. Une femme d’affaires de haut vol. Tous les hommes qui avaient tenté de s’opposer à ses projets avaient fini par abandonner. La détermination psychologique de Fabiola était à l’égal de sa flamboyance.

    Walter inclina la tête, un geste empreint d’un profond respect et un plaisir évident.

    Elle lui répondit en posant délicatement une main sur son avant-bras.

    L’assemblée observa silencieusement la scène. Walter et Fabiola. Dix ans d’écart, le couple dont rêve la presse people. La classe, la fortune, la beauté, la réussite. Tout le monde savait que la venue de la banquière ne pouvait souffrir de la moindre contestation. Et d’ailleurs, contempler une aussi belle femme ne déplaisait à aucun des hommes présents.

    « Avec cette densité planétaire, reprit Walter, l’approvisionnement alimentaire sera un problème majeur. L’accès à l’eau potable tout autant. Aux environs de 2050, selon nos modélisations, les deux tiers de la population mondiale, c'est-à-dire de nos fameux douze milliards, seront affectés par une pénurie d’eau. Entre quatre et cinq milliards de personnes déjà vers 2030. Dans un avenir très proche, quelques années, il faudra compter sur un milliard de réfugiés climatiques avec toutes les tensions que cela va générer et qui ne pourront que s'étendre. Nous entrerons par conséquent dans une période très troublée. Un peuple qui meurt de faim et de soif se révolte parfois avant d’être trop faible et il est toujours possible de le ramener au silence. Nous en avons une longue expérience. Mais si dix peuples se révoltent, cela s'apparente à une contagion beaucoup plus difficile à enrayer. Nous pourrions évidemment trouver quelques moyens pour circonscrire ces mouvements de masse durant quelque temps. Nous pouvons toujours fomenter des guerres pour obtenir des traités qui nous servent, profiter des marchés issus de la reconstruction des pays ravagés par la vente de nos armes, bénéficier de la faiblesse des États pour nous accaparer leurs matières premières. Nous pouvons propager des virus pour réduire les populations et nous saisir de leurs territoires, nous pouvons soumettre des peuples par la force et instaurer une illusoire démocratie. Nous pouvons produire une alimentation suffisante pour les pays développés en pillant les pays pauvres. Mais il est un élément contre lequel nous sommes impuissants et dont nous aurons, nous aussi, à souffrir, un élément qui nous contraint à changer radicalement de modes d'intervention : le ré-chauf-fe-ment cli-ma-ti-que. »

    Chaque mot minutieusement articulé, un découpage syllabique qui intensifiait la portée.

    « Vous le savez, désormais, nous ne pouvons plus nous contenter d’inventer des procédés technologiques ou des lois qui nous avantagent sans nous préoccuper des dégâts que l’humanité entière a provoqués et amplifie encore, jour après jour, en utilisant ce que nous lui vendons. »

    Walter adressa un regard aimant à Fabiola qui versait de l'eau dans sa flûte de cristal puis il reprit son allocution.

    « D'un milliard d’individus en 1830, nous sommes passés à deux milliards en 1930. Désormais, nous dépassons les huit milliards et la population mondiale augmente de quatre-vingt-dix millions d'individus par an. La consommation d’énergie a été multipliée par dix sur un siècle et elle ne cesse d'augmenter. La quasi-totalité de la planète court après le mode de vie occidental. On peut dire aujourd'hui que le matérialisme fait partie de l'ADN des humains. Vous savez également qu’aucune des restrictions énergétiques ou des technologies d’énergies renouvelables ne parviendront à stopper le processus du réchauffement climatique renforcé par les paramètres précédents. Tout au plus sera-t-il ralenti mais les phénomènes naturels ont pris déjà une ampleur considérable : inondations, cyclones, tornades, sécheresse, canicules et incendies gigantesques, atteinte générale à la biodiversité, épuisement des sols par surexploitation et empoisonnement, augmentation constante des températures, jusque dans les zones polaires, fonte des banquises et de l'inlandsis, réchauffement et élévation du niveau des océans auxquels il faut ajouter une pollution exponentielle par des millions de tonnes de plastique, épuisement des ressources halieutiques, affaiblissement considérable du corail à l'échelle mondiale, épuisement des nappes phréatiques et de l'eau potable, pollution de l'air dans toutes les mégalopoles, disparition des insectes et hyménoptères pollinisateurs et d’autres constats encore sur toute la biodiversité. Vous avez tous entendu parler de la sixième extinction de masse. Il serait absurde de croire que tout cela ne peut pas porter préjudice à l'Ordre des Immortels. »

    Walter balaya l'assemblée attentive et pensa soudainement à ce bref échange avec le jardinier en chef du domaine, au printemps dernier. L'homme, attristé, avait évoqué la disparition des abeilles dans le parc. « Des fleurs qui ne sont plus aimées, c'est à pleurer, » avait-il dit. Walter avait répondu qu'il allait très prochainement s'occuper du problème et qu'entre-temps, il invitait le jardinier à installer des ruches dans l'enceinte du domaine et à récolter le miel produit.

    Il considéra enfin, avec un certain amusement, que le projet Némésis contribuerait au retour des abeilles et que l'enjeu valait bien la disparition partielle de l'humanité.

    « Ces phénomènes, une fois enclenchés, poursuivit-il, deviennent exponentiels. Il serait ridicule de compter sur un retour à des données acceptables mais il faut surtout comprendre que l’inertie de ces courbes dépasse l’entendement. Très peu d’humains ont conscience de l’avenir parce qu’ils n’ont pas la volonté intellectuelle de s’y confronter. Nous ne sommes donc pas dans des délires apocalyptiques. Vous connaissez tous désormais la réalité indéniable de ce désastre. Pour résumer en une phrase, nous allons droit au bûcher. L’humanité se condamne mais condamne avec elle l’Ordre des Immortels et cela, nous ne pouvons l'accepter. »

    Walter laissa le silence inscrire dans les esprits les images que ses paroles provoquaient. Que chacun, encore une fois, prenne l’exacte mesure de la situation.

    « Nous savons également, Walter, qu’il n’est plus temps d’attendre et c’est bien pour cela que nous sommes tous réunis ici, intervint Fernando.

    –Et que nous devons tous nous entendre pour agir communément et définitivement, reprit Walter, sans qu’aucun intérêt personnel ne vienne entraver notre mission. Six ans que nous travaillons à élaborer ce projet. Le temps est venu de l’appliquer sur le terrain et cette dernière rencontre marquera le début d’un nouveau monde. Nous avons tous hérité de la sueur et de la détermination de nos pairs et ceux ou celles qui nous rejoignent sans être issus de cette lignée, adhèrent intégralement à nos idées. Nous devons donc nous montrer dignes de nos prédécesseurs et implacables pour le bien de nos descendants. Le plan que nous allons finir d’élaborer ici devra entrer en vigueur le plus efficacement possible. Nous possédons toutes les connaissances pour cela. Némésis entre dans sa phase finale, messieurs et chère madame, et nous ne pouvions l’appeler autrement.

    Walter accentua l’hommage en plongeant ses yeux dans ceux de Fabiola puis il invita l’assemblée à se lever. Chacun croisa les mains sur la poitrine. Comme des récitants respectueux, des prêtres antiques invoquant leurs dieux.

    La voix de Walter s’imposa :

    « Némésis est notre salut, Némésis nous libérera de l’humanité. »

    Tous les hommes et Fabiola répétèrent la sentence d’une même voix puis le silence retomba. Quelques secondes de réflexions ciblées, le scénario à venir.

    Les treize hommes se dispersèrent par petits groupes. Fabiola se joignit à l’un d’eux. Quatre salles furent investies puis les portes fermées.

    Trois jours pour finaliser le plan « Némésis. »

    Trois jours pour modifier à tout jamais la face du monde.

     

  • Jarwal : de l'origine à la publication

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    Jarwal le lutin, c’est qui, c’est quoi, de quoi s’agit-il ? J’ai créé ce personnage pour nos trois enfants quand on sortait pour marcher en montagne. Marine avait sept ans, Rémi, six ans et Léo quatre ans.

    Je racontais une nouvelle aventure à chaque sortie et je leur disais que Jarwal ne pouvait me les transmettre qu’une fois dehors, à marcher vers les sommets. Pour eux, c'était une motivation très forte pour se lever de bonne heure et sortir par tous les temps, à toutes les saisons.

    Et puis, les enfants ont grandi et ils n’ont plus eu besoin d’histoires pour les entraîner à marcher pendant des heures. C’est Nathalie et moi qui avions du mal à les suivre.:)

    Mais Jarwal n’a pas disparu de ma tête. Je l’aimais beaucoup en fait car à travers ces années à parler de sa vie et des innombrables aventures, je me suis retrouvé à réfléchir à ce qu’il disait. Oui, je sais, c’est curieux. Je faisais parler un personnage et ce qu’il racontait m’invitait à approfondir ce qu’il disait. Mais je pense qu’un écrivain ne maîtrise pas tout ce qu’il invente et qu’il se crée en lui des arborescences dont il n’a pas conscience a priori. Et de ces histoires pour nos jeunes enfants, je suis parti vers des histoires à plusieurs niveaux de lecture.

    De jeunes enfants peuvent lire Jarwal le lutin et des adultes tout autant car les situations amènent des réflexions qui vont au-delà du simple événement.

    On peut trouver par exemple une réflexion sur l’embrigadement des enfants par les adultes pour extraire de leurs esprits tout ce qui peut être utile à la puissance, à l’enrichissement, à la pérennité de systèmes de pensées qui ne cherchent pas prioritairement le bien-être de l’individu mais son exploitation par les maîtres, les dirigeants, les financiers.

    On peut trouver des réflexions sur l’imagination et la peur et l’apprentissage émotionnel,sur la colère, l'amitié, la tendresse, l'amour, la solidarité afin de parvenir à distinguer en soi de ce qui relève du réel et non d’une réalité conçue par un mental insoumis.

    On peut trouver des réflexions sur l’émergence de l’identité, ce qui la constitue au fil du temps, l’établissement du moi et toutes les défenses qui s’instaurent pour en préserver ce qui semble être une intégrité quant il ne s’agit que d’une enceinte auto-programmée.

    Quel est le rôle de la mémoire dans l’identité ? Son pouvoir nous échappe-t-il au point de nous priver de l’accès au réel quand nous ne voyons plus qu’à travers les filtres de cette mémoire ? Et quel est donc ce réel alors que nous nous limitons à notre réalité ? Le réel est universel quand la réalité est individuelle. Comment le découvrir, comment l’explorer, comment se libérer de nous-mêmes alors que nous nous considérons la plupart du temps comme des individus libres ? La nature y trouve une place prépondérante également, une nature pillée ou préservée, le problème majeur de son exploitation, de l'extraction, de l'indifférence envers la vie pour répondre aux besoins exacerbés de nos existences.

    Alors, bien sûr que des lecteurs de dix ans s’intéresseront au lutin et à ses amis, aux elfes et aux korrigans, aux fées, aux être magiques comme les Maruamaquas et aux trois enfants qui rencontrent Jarwal et écoutent ses aventures, à sa compagne Gwendoline, à ce terrible Jackmor, l'esprit du mal, à la mouche bleue qui accompagne Jarwal et se révèle un compagnon inestimable, aux savoirs des Indiens Kogis, à cet autre monde que les enfants découvrent avec eux, bien sûr que les enfants se laisseront entraîner dans les aventures, les dangers, les traquenards et les ressources du lutin pour s’en échapper mais tout le reste, je l’espère, s’inscrira en eux, comme des graines à germer et qu’ils reviendront, au fil des années, puiser dans un passage du livre, un enseignement qui leur avait échappé mais qui s’était malgré tout glissé en eux, dans un recoin, jusqu’à ce qu’il devienne incontournable.

    J’ai écrit Jarwal en imaginant un livre pour tous les âges.

    La sortie est prévue pour le 7 février.