Là-Haut

Blog

Lobbies contre décroissance

Par Le 13/08/2021

 

 

Les lobbies contrôlent tout, notre seule option : la décroissance

 

« La crise écologique semble de plus en plus inévitable, et plusieurs experts estiment que la croissance perpétuelle sur laquelle repose notre système économique est responsable de la dégradation de l'environnement. Et donc, pour sauver l’humanité, certains appellent à la décroissance. »

30 août 2018 - Laurie Debove

FacebookTwitter

 

 

Durant l’été, le média canadien Rad a publié une série de vidéos sur la décroissance. Face à l’urgence du dérèglement climatique, cette série explore comment le concept économique de décroissance peut répondre à la crise écologique en cours.

Une croissance infinie sur une planète aux ressources finies

Présentée par le journaliste Olivier Arbour-Masse sur un ton humoristique, la série vidéo commence pourtant par établir la liste des conséquences mortifères d’une société de surproduction et surconsommation poussée à son paroxysme : catastrophes météo de plus en plus violentes, cri d’alarme de 15 000 scientifiques sur le risque climatique, début de la sixième extinction de masse, aggravation des inégalités et accaparement des richesses par un petit nombre.

« La crise écologique semble de plus en plus inévitable, et plusieurs experts estiment que la croissance perpétuelle sur laquelle repose notre système économique est responsable de la dégradation de l’environnement. Et donc, pour sauver l’humanité, certains appellent à la décroissance. » Olivier Arbour-Masse

Le concept de décroissance a émergé dans les années 1970 suite à la publication du rapport Meadows intitulé « Halte à la Croissance » et sous l’impulsion de différentes personnalités, notamment Jacques Ellul, André Gorz et Bernard Charbonneau. 

La paternité du concept est attribué à l’économiste mathématicien Nicholas Georgescu-Roegen (1906 – 1994). En 1971, il a publié le livre « The Entropy Law and the Economic Process » dans lequel il remet en cause la pensée économique occidentale dominante basée sur le concept de croissance.

Pour N. Georgescu-Roegen, une croissance infinie est tout simplement impossible à maintenir sur une planète aux ressources finies. L’économiste mathématicien reproche à la doctrine économique de la croissance d’oublier deux principes fondamentaux :

les limites physiques de notre planète avec le processus de dégradation de l’énergie et de la matière (loi de l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique)

l’homme ne peut pas être réduit au rôle de consommateur/producteur, mais doit s’épanouir à travers différentes dimensions (biologique, politique, philosophique, culturelle, spirituelle).

Crédit Photo : Shutterstock

« Chaque fois que nous produisons une voiture, nous détruisons irrévocablement une quantité de basse entropie qui, autrement, pourrait être utilisée pour fabriquer une charrue ou une bêche. Autrement dit, chaque fois que nous produisons une voiture, nous le faisons au prix d’une baisse du nombre de vies humaines à venir. Il se peut que le développement économique fondé sur l’abondance industrielle soit un bienfait pour nous et pour ceux qui pourront en bénéficier dans un proche avenir : il n’en est pas moins opposé à l’intérêt de l’espèce humaine dans son ensemble, si du moins son intérêt est de durer autant que le permet sa dot de basse entropie ». N. Georgescu-Roegen, source « Aux Origines de la décroissance »

Changer la société dans son ensemble

Le journaliste canadien Olivier Arbour-Masse s’est intéressé à l’application des principes de décroissance à la fois à l’échelle individuelle mais aussi sociétale. Pendant un mois, il a voulu réduire son empreinte carbone en suivant plusieurs défis : réduire sa production de déchets, se passer d’objets et vêtements dans une démarche minimaliste, manger végétalien cinq jours par semaine.


Très vite, et malgré une diminution de son empreinte carbone, le journaliste se trouve limité dans ce qu’il peut accomplir seul. Aux yeux du sociologue Eric Pineault, c’est parce que cette « démarche individuelle de simplicité volontaire » n’est pas l’objectif principal de la décroissance.

« La décroissance mise sur des outils collectifs et des réponses collectives aux problèmes pour que ce soit plus facile et moins traumatisant pour les individus. » Eric Pineault, pour Rad

Les experts interrogés proposent ainsi plusieurs mesures à mettre en place pour que la société s’engage dans la décroissance : diminuer le temps de travail pour mieux partager les emplois et la richesse en dégageant du temps pour d’autres activités, lutter contre l’obsolescence programmée comme le permet la loi française de 2015, et réduire le pouvoir de l’entreprise privée dont le but est de produire toujours plus pour gagner toujours plus.

Crédit Photo : Shutterstock

Si certains économistes attachés au seul PIB comme symbole de richesse d’un pays qualifient la décroissance d’utopiste, d’autres revendiquent au contraire l’urgence de changer de modèle économique.

« La quatrième révolution industrielle en cours n’est vue par les économistes standards qu’au travers des points de croissance supplémentaires qu’elle pourrait apporter pour compenser le risque de stagnation séculaire. Elle devrait être, au contraire, un formidable atout pour gérer la décroissance d’une façon intelligente, et notamment inclusive sur le plan social tant l’explosion des inégalités ces dernières années a un lien étroit avec celle des risques sur la planète. Ce qui compte in fine n’est pas le PIB ou le revenu national brut, mais bien le revenu net, notamment de tous les dégâts du soi-disant « progrès », surtout ceux à venir qui constituent une dette vis-à-vis de nos enfants. C’est une révolution conceptuelle pour les économistes. » Jean-Joseph Boillot, Conseiller économique au club du CEPII, pour Libération

Lors de son entretien sur FranceInter, Nicolas Hulot précisait avant d’annoncer sa démission que le monde entier « s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres » climatiques et humains. L’heure de la décroissance aurait-elle sonné ?

Et parler de quoi d'autre ?

Par Le 10/08/2021

 

Oui, je sais, ce blog n'est plus qu'un condensé des catastrophes et ça ne me réjouit aucunement d'en être arrivé là. Entre les premiers articles qui datent de 2009 et ceux d'aujourd'hui, la différence est de taille. 

Qu'en sera-t-il dans dix ans ? 

Je n'ose même pas l'imaginer.

Il me suffit de regarder les statistiques des visites et pages lues pour réaliser à quel point, ce sujet détourne un grand nombre de lecteurs. Par désintérêt ou par lassitude, je n'en sais rien. C'est juste un constat. 

 

 

Algérie, Californie, Europe... Les incendies continuent de ravager de nombreuses régions du monde

Article rédigé par

franceinfo

France Télévisions

Publié le 10/08/2021 18:40Mis à jour il y a 39 minutes

 Temps de lecture : 4 min.

Des jeunes et des volontaires locaux se rassemblent pour soutenir les pompiers lors d'un incendie de forêt à côté du village de Kamatriades, près d'Istiaia, dans le nord de l'île d'Eubée (Grèce), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Des jeunes et des volontaires locaux se rassemblent pour soutenir les pompiers lors d'un incendie de forêt à côté du village de Kamatriades, près d'Istiaia, dans le nord de l'île d'Eubée (Grèce), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

L'été 2021 est marqué par des incendies spectaculaires et meurtriers, souvent attisés par de fortes chaleurs.

Les images d'incendies ravageurs se multiplient, venant du monde entier. Autour de la Méditerranée, la Turquie et la Grèce traversent depuis près de deux semaines une vague d'incendies violents, favorisés par la sécheresse et des températures caniculaires, qui ont fait 10 morts et des dizaines de blessés hospitalisés.

En Algérie, la région de la Kabylie fait face, mardi 10 août, à de violents incendies qui continuent de progresser dans les montagnes près de la commune de Tizi-Ouzou. En Sibérie, les flammes se sont propagées jusqu'au pôle Nord. De son côté, l'Etat de Californie a connu les troisièmes plus violents incendies de son histoire. Franceinfo vous propose un tour du monde de ces catastrophes en images.

En Algérie, la Kabylie ravagée par les flammes

Une trentaine d'incendies ont débuté dans le nord de l'Algérie, lundi 9 août, notamment en Kabylie. Au moins sept personnes sont mortes dans ces feux attisés par un épisode de canicule, selon les pompiers et les autorités forestières locales.

Dans la vidéo ci-dessus, le journaliste indépendant algérien Messir Hamid partage des images de la Wilaya de Tizi-Ouzou, où les incendies continuent de se propager. 

En Algérie, un homme regarde la fumée s'échapper d'un incendie de forêt dans les collines boisées de la Kabylie, à l'est de la capitale Alger, le 10 août 2021. (RYAD KRAMDI / AFP)

En Algérie, un homme regarde la fumée s'échapper d'un incendie de forêt dans les collines boisées de la Kabylie, à l'est de la capitale Alger, le 10 août 2021. (RYAD KRAMDI / AFP)

Les équipes de la protection civile tentent d'éteindre 31 incendies dans 14 wilayas du nord du pays, selon la préfécture. Dix sont en cours à Tizi-Ouzou. Quatre autres ont éclaté à Jijel, à l'est du pays.

Selon l'agence de presse du gouvernement, l'incendie à Tizi-Ouzou est d'origine criminelle. La multiplication des départs de feux survient alors que l'Algérie connaît un été caniculaire, marqué par une raréfaction de l'eau dans le pays. Les services météorologiques prévoient mardi des températures allant jusqu'à 46 °C.

En Grèce, la situation demeure très préoccupante

L'île d'Eubée est toujours en proie aux flammes et offrait mardi un spectacle de désolation.

Grèce : les incendies continuent de ravager le pays, la situation demeure très préoccupante

franceinfo

 

Près de 70 000 hectares ont été détruits en Grèce. Les feux ont bouleversé le paysage et détruit des centaines de maisons.

Les pompiers et les volontaires utilisent un tuyau d'arrosage pour tenter d'éteindre un incendie dans le village de Glatsona, sur l'île d'Eubée (Eubée), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les pompiers et les volontaires utilisent un tuyau d'arrosage pour tenter d'éteindre un incendie dans le village de Glatsona, sur l'île d'Eubée (Eubée), le 9 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les soldats du feu, aidés par des volontaires, continuaient mardi matin de mener une bataille désespérée sur cette île, pour empêcher un violent incendie d'atteindre la ville d'Istiaia, qui compte 7 000 habitants.

Les résidents locaux regardent l'incendie de forêt s'approchant du village de Gouves, sur l'île d'Eubée (Grèce), le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les résidents locaux regardent l'incendie de forêt s'approchant du village de Gouves, sur l'île d'Eubée (Grèce), le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Ils ont lutté sur plusieurs fronts toute la nuit pour contenir les flammes qui embrasent depuis début août cette immense île montagneuse et arborée à 200 km à l'est d'Athènes.

Les résidents locaux sont évacués sur un ferry du nord de l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021. (INTIME NEWS/ATHENA PICTURES/SHUT/SIPA / SHUTTERSTOCK / AFP)

Les résidents locaux sont évacués sur un ferry du nord de l'île d'Eubée, en Grèce, le 8 août 2021. (INTIME NEWS/ATHENA PICTURES/SHUT/SIPA / SHUTTERSTOCK / AFP)

Plus de 3 000 personnes ont été évacuées par la mer. habitants de l'île ont été évacués et relogés dans des hôtels. Des ferries et des navires militaires étaient en alerte en cas de nouvelles évacuations par la mer.

En Turquie, des incendies en grande partie maîtrisés

La Turquie a traversé depuis près de deux semaines une vague d'incendies violents. Le ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré lundi 9 août que les incendies à Antalya étaient "totalement maîtrisés", comme le rapporte l'agence de presse du gouvernement

Un hélicoptère participe à une opération d'extinction d'incendies de forêt, à Koycegiz dans la région de Mugla (Turquie), le 9 août 2021. (EMRE TAZEGUL/AP/SIPA / SIPA / AFP)

Un hélicoptère participe à une opération d'extinction d'incendies de forêt, à Koycegiz dans la région de Mugla (Turquie), le 9 août 2021. (EMRE TAZEGUL/AP/SIPA / SIPA / AFP)

Le ministre de l'Agriculture et des Forêts, Bekir Pakdemirli, a annoncé que les incendies étaient toutefois toujours en cours à "Milas et Koycegiz dans la province de Mugla".

Un volontaire se repose alors que les flammes s'élèvent d'une forêt qui brûle en arrière-plan près d'Akcayaka, une ville de la province de Mugla (Turquie), le 6 août 2021. (YASIN AKGUL / AFP)

Un volontaire se repose alors que les flammes s'élèvent d'une forêt qui brûle en arrière-plan près d'Akcayaka, une ville de la province de Mugla (Turquie), le 6 août 2021. (YASIN AKGUL / AFP)

La Turquie a subi les pires incendies qu'elle ait connus depuis au moins une décennie. Les soldats du feu se sont demenés pendant plusieurs jours pour endiguer la progression des flammes. 

En Sibérie, les incendies s'aggravent et la fumée atteint le pôle Nord

Les feux de forêt qui ravagent la Sibérie continuaient de s'aggraver lundi, selon les autorités. Ces incendies sont d'une ampleur telle que la fumée a atteint le pôle Nord d'après la Nasa.

Cette image de l'Observatoire de la Terre de la NASA publiée le 7 août 2021 montre la fumée émise par des centaines d'incendies de forêt couvrant la majeure partie de la Russie le 6 août 2021. (HANDOUT / NASA EARTH OBSERVATORY / AFP)

Cette image de l'Observatoire de la Terre de la NASA publiée le 7 août 2021 montre la fumée émise par des centaines d'incendies de forêt couvrant la majeure partie de la Russie le 6 août 2021. (HANDOUT / NASA EARTH OBSERVATORY / AFP)

L'une des régions les plus touchées est la Yakoutie, un territoire immense et très peu peuplé du nord de la Sibérie, où la situation "continue de s'aggraver avec une tendance à la hausse du nombre et de la superficie des feux de forêt", a relevé lundi sur son site internet l'agence météo russe Rosguidromet. 

Un pompier se tient sur les lieux d'un incendie de forêt près du village de Kyuyorelyakh (Russie), le 7 août 2021. (IVAN NIKIFOROV/AP/SIPA / SIPA)

Un pompier se tient sur les lieux d'un incendie de forêt près du village de Kyuyorelyakh (Russie), le 7 août 2021. (IVAN NIKIFOROV/AP/SIPA / SIPA)

L'agence spatiale américaine, la Nasa, a de son côté rapporté dans un communiqué, samedi, que la fumée due aux incendies en Yakoutie avait "traversé plus de 3 000 km pour atteindre le pôle Nord, ce qui semble être une première dans l'histoire documentée".

Aux Etats-Unis, le Dixie Fire poursuit sa course en Californie

Le gigantesque brasier, le troisième plus grand feu de l'histoire de la Californie, a dévasté cette semaine les commerces et habitations de la petite ville de Greenville, ainsi que le village de Canyondam.

 

États-Unis : le gigantesque incendie Dixie Fire a ravagé la ville de Greenville

France 2

 

 

 

Les stigmates de cet incendie, baptisé Dixie Fire, sont visibles sur une série de clichés réalisés par un photographe de l'AFP avant et après le sinistre, qui a détruit des centaines de bâtiments et provoqué l'évacuation de milliers d'habitants dans le nord de la Californie.

 

 

 

 

Rapport du GIEC (4)

Par Le 09/08/2021

Il y aura toujours des climato-sceptiques, il y aura toujours des consommateurs effrénés, il y aura toujours des individus centrés sur leur petit moi et qui ne liront rien de tout ça, en balayant des nouvelles catastrophistes qui pourraient porter atteinte à leur insouciance.

Il y aura même des gens épouvantés par tout ce que le GIEC énonce et qui prendront l'avion pour aller dans les îles pendant leurs vacances et qui continueront à manger de la viande issue de l'élevage intensif et qui continueront à fêter le premier jour des soldes. Parfois, je me demande si ces derniers ne sont pas les pires. Je n'arrive pas à comprendre comment il est possible de se supporter dans une telle contradiction. Savoir et ne rien changer en soi...C'est là qu'apparaît dans sa totale folie la puissance du formatage et la croyance qu'il est impossible d'en sortir. 

 

Changement climatique : ce qu'il faut retenir du sixième rapport des experts du Giec publié aujourd'hui

 

Le Giec publie ce lundi le premier volet de son sixième rapport, consacré aux éléments scientifiques les plus récents concernant l'évolution du climat.

Article rédigé par

Camille Adaoust

France Télévisions

Publié le 09/08/2021 10:02Mis à jour le 09/08/2021 15:56

 Temps de lecture : 6 min.

Les forêts brûlent à Gouves (Grèce), conséquence de la "pire canicule" dans le pays en plus de trente ans, le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Les forêts brûlent à Gouves (Grèce), conséquence de la "pire canicule" dans le pays en plus de trente ans, le 8 août 2021. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Sept ans après son dernier rapport, le document est très attendu. Lundi 9 août, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) publie ses nouvelles évaluations et prévisions climatiques (lien en anglais). "L'influence humaine a réchauffé le climat à un niveau sans précédent depuis au moins 2 000 ans", alertent ses membres dans le sixième "résumé pour les décideurs", que franceinfo a pu consulter. Hausse de la température mondiale, intensification des événements extrêmes, responsabilité des activités humaines... Voici ce qu'il faut retenir de ce document référence. 

Le changement climatique actuel est "sans précédent"

Les scientifiques du Giec commencent par rappeler le constat suivant : "La température globale sur la surface de la Terre était plus chaude de 1,09°C entre 2011 et 2020 qu'elle ne l'était entre 1850 et 1900, avec une hausse plus importante au niveau des terres (1,59°C) qu'au niveau des océans (0,88°C)." Suivent les nombreuses conséquences de ce réchauffement.

Ainsi, entre 1901 et 2018, le niveau des mers a grimpé de 20 centimètres, "plus vite que lors de n'importe quel autre siècle depuis au moins 3 000 ans". Au nord, entre 2011 et 2020, "l'étendue moyenne de la banquise en Arctique a atteint son plus bas niveau depuis 1850", cite encore la communauté de chercheurs. La fonte des glaciers, quant à elle, a causé un recul de leur surface "sans précédent depuis 2 000 ans".

La concentration de CO2 est la plus élevée depuis au moins 2 millions d'années

Depuis son dernier rapport publié en 2014 (lien en anglais), le Giec se fait l'écho d'une situation qui ne s'est pas améliorée. "Depuis 2011 [date des mesures citées dans le précédent rapport], la concentration [de gaz à effet de serre] a continué d'augmenter dans l'atmosphère", écrivent les auteurs. Jusqu'à atteindre en 2019 son plus haut niveau "depuis au moins 2 millions d'années" pour le CO2 et "depuis au moins 800 000 ans" pour le méthane et le protoxyde d'azote, deux autres gaz à effet de serre, déplorent-ils.

Résultat : alors que la capacité du monde à limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle (l'objectif idéal de l'Accord de Paris) sera au centre des discussions de la COP26, le Giec, lui, adapte ses scénarios à la hausse par rapport à sa précédente publication. Le rapport publié ce lundi comprend en effet "un plus large éventail" de trajectoires d'émissions de gaz à effet de serre. Deux d'entre elles étudient les effets d'une hausse des émissions plus importante que précédemment, tandis que le scénario intermédiaire se concentre sur un maintien des émissions actuelles jusqu'en 2050 avant une baisse. La température pourrait alors augmenter de 2,1°C à 3,5°C d'ici la fin du siècle, et de 3,3°C à 5,7°C d'après les pires trajectoires, par rapport à la période 1850-1900. "La dernière fois que la température globale a été de +2,5°C par rapport aux niveaux de 1850 à 1900, c'était il y a plus de 3 millions d'années", alerte le Giec.

Les activités humaines sont, "sans équivoque", à l'origine du réchauffement

"De nouveaux modèles, de nouvelles analyses et méthodes (...) permettent de mieux comprendre l'influence humaine sur un éventail plus large de variables climatiques", décrivent les scientifiques. Et le résultat est "sans équivoque" : "C'est indiscutable, c'est un fait établi, les activités humaines sont à l'origine du changement climatique", a commenté la climatologue et coprésidente du Giec, Valérie Masson-Delmotte, lors d'une conférence de presse. Dans son rapport, le groupe insiste d'ailleurs particulièrement sur la responsabilité des activités humaines. Il est ainsi "probable" –selon les termes d'évaluation utilisés– que l'influence humaine ait contribué au schéma actuel des précipitations, "extrêmement probable" qu'elle ait induit les "changements observés dans la salinité des eaux océaniques proches de la surface", "très probable" que l'activité humaine soit aussi à l'origine du recul des glaciers depuis les années 1990, de la fonte de la banquise en Arctique ou encore "extrêmement probable" que l'homme soit la "cause principale" du réchauffement de la couche supérieure des océans (de 0 à 700 m), répète le Giec au fil des pages. 

"Les activités humaines affectent toutes les composantes du système climatique, certaines d'entre elles réagissant pendant des décennies et des siècles."

Le Giec 

dans le "résumé pour les décideurs"

Alors que les émissions de gaz à effet de serre à l'origine du changement climatique sont toujours à la hausse, le groupe d'experts en décrit les conséquences futures. Vagues de chaleur, inondations, sécheresses, météo propice aux feux... "Toutes les régions vont vivre plus de répercussions du changement climatique", écrit le Giec. Certaines seront même "irréversibles pour des siècles voire des millénaires", en particulier concernant la température des océans, la fonte des glaciers ou encore la montée du niveau de la mer.

Des événements extrêmes attribués au changement climatique

Au milieu d'une avalanche de catastrophes à travers le monde, des inondations en Allemagne et en Chine aux incendies monstres en Europe et en Amérique du Nord, les scientifiques écrivent noir sur blanc que nombre de ces événements sont causés par le changement climatique. "Les preuves qui montrent du changement dans des extrêmes comme les vagues de chaleur, les fortes précipitations, les sécheresses et les cyclones tropicaux (...) ont été renforcées depuis" le dernier rapport de 2014.

Des preuves qui permettent aujourd'hui d'établir que les extrêmes de chaleur ou encore les fortes précipitations sont plus fréquents et plus intenses depuis les années 1950, à cause du changement climatique. "Certaines chaleurs extrêmes au cours de la dernière décennie auraient été extrêmement improbables sans l'influence de l'activité humaine sur le système climatique", note par exemple le rapport. "Chaque 0,5°C additionnel cause, de manière bien visible, une intensification et une augmentation de la fréquence des extrêmes chaleurs (...), des fortes précipitations tout comme des sécheresses."

Plusieurs objectifs évoqués pour ralentir le réchauffement

"Le réchauffement à 1,5°C et 2°C va être dépassé pendant le XXIe siècle, à moins qu'une profonde baisse des émissions de CO2 et des autres gaz à effet de serre ne se produise dans les prochaines décennies", insiste le Giec. Il présente donc plusieurs solutions. Il faut d'abord, d'après les experts, atteindre la neutralité carbone, c'est-à-dire arriver à un équilibre entre les émissions anthropiques et les absorptions de CO2, car "chaque tonne de CO2 émise s'ajoute au réchauffement global".

Le Giec en vient ensuite au budget carbone : il s'agit d'une estimation de la quantité de CO2 que l'humanité peut encore émettre avant de dépasser l'objectif des 1,5°C. Le groupe d'experts estime qu'il ne faut pas aller au-delà d'environ 500 gigatonnes de CO2. Les experts évoquent enfin la capture de carbone, qui a le "potentiel de retirer du CO2 de l'atmosphère et de le stocker durablement dans des réservoirs". Autant de solutions qui seront approfondies dans un autre volet, consacré aux mesures d'atténuation, de ce sixième rapport. Sa publication est prévue pour début 2022.

Rapport du GIEC (3)

Par Le 09/08/2021

 

Le monde politique, les décideurs, les financiers, les économistes, les grands industriels...Tous ces gens ne veulent pas d'un changement de paradigme parce que cela reviendrait pour eux-mêmes à la perte de leur puissance. Tout le problème est là. 

Le deuxième point d'achoppement vient du fait qu'une très grande partie de la population des pays industrialisés n'a aucunement envie de changer de mode de vie. Un pourcentage largement majoritaire continue à consommer tant que c'est possible, bien au-delà des besoins réels. L'idée même de réduire ce train de vie est inacceptable même si le train nous conduit droit dans le ravin.

On en revient toujours à cette réflexion indispensable sur le besoin, le manque et le désir.

J'ai tenté de lancer la discussion sur un des articles parus sur France info. J'ai eu droit à une réponse on ne peut plus claire : "N'importe quoi et c'est quoi le rapport avec le GIEC ? "

Le rapport, c'est très simple. Si chacun s'était efforcé de mener cette réflexion, l'existence même du GIEC n'aurait pas été nécessaire. 

LIEN : Le manque, le besoin, le désir.

 

Climat : état des lieux, base de débat… A quoi servent vraiment les rapports du Giec ?

 

Article rédigé par

Marie-Adélaïde Scigacz

France Télévisions

Publié le 09/08/2021 06:50

 Temps de lecture : 7 min.

Une pancarte dans une manifestation pour le climat, le 9 mai 2021, à Paris.  (JACOPO LANDI / HANS LUCAS / AFP)

Une pancarte dans une manifestation pour le climat, le 9 mai 2021, à Paris.  (JACOPO LANDI / HANS LUCAS / AFP)

Le premier des trois volets qui composent le sixième rapport du Giec, le groupe d'experts internationaux sur le climat, permet de faire le point sur les connaissances scientifiques sur le changement climatique. Mais est-ce suffisant pour faire bouger les choses ?

Des précipitations exceptionnelles en Chine et en Allemagnedes températures hors normes au Canadades incendies ravageurs dans le sud de l'Europe, mais aussi en Turquie et dans l'ouest des Etats-Unis

La publication, lundi 9 août, de la première partie du sixième rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) intervient au milieu d'une avalanche de catastrophes portant les impacts du dérèglement climatique sur le devant de l'actualité. 

Sept ans après la sortie du précédent rapport, le premier des trois volets qui composeront cette nouvelle évaluation – elle sera complète d'ici l'automne 2022 – s'intéresse aux sciences physiques du climat. Des données, des figures, bref, de la science dure pour comprendre l'état de notre planète. Synthèse de milliers d'études publiées par les meilleurs instituts et universités du monde, cette publication ne fait pas de recommandations. Dès lors, comment les rapports du Giec parviennent-ils à appeler à l'action ? 

Ils dressent un état des lieux des connaissances scientifiques

Le Giec rassemble des chercheurs, mais n'est pas un organisme de recherche. Ses auteurs (plusieurs centaines répartis sur les cinq continents) ont pour mission de synthétiser des travaux menés dans les laboratoires du monde entier, afin de faire le point sur les connaissances scientifiques sur le climat. Ainsi, participer à la réalisation d'un rapport constitue un "honneur" qui attire des milliers de postulants, relève le climatologue Jean Jouzel. Parce qu'ils proposent "une base commune des connaissances de notre communauté", ces rapports donnent une force inédite au discours scientifique, poursuit celui qui a participé à la réalisation de quatre de ces publications, en tant qu'auteur ou membre du bureau.

Avant de rendre un rapport complet de quelque 2 000 pages, plusieurs dizaines de milliers d'articles scientifiques sont passés au crible. Cela représente sept ans de travail. Faire ainsi le point sur les connaissances à l'instant T permet de dynamiser la recherche, souligne Jean Jouzel. "J'ai beaucoup appris en participant aux rapports du Giec : cela donne des idées, crée des collaborations. Travailler sur ces rapports permet d'identifier les aspects les moins étudiés des sciences du climat. Si le Giec ne fait pas non plus de recommandations en termes de sujets de recherche, il donne lieu à de nouveaux projets", qui font encore avancer l'état des connaissances, souligne-t-il. 

Ils garantissent une base commune pour les dirigeants

Si les rapports ne font pas de recommandations politiques, "les Etats s'en servent pour guider leur action", explique Eric Brun, secrétaire général de l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc). L'organisme, qui dépend du ministère de la Transition écologique, participe aux discussions qui précèdent l'approbation du "Résumé à l'intention des décideurs", un texte synthétique d'une trentaine de pages qui accompagne chaque rapport et en propose un aide-mémoire plus digeste pour le commun des mortels. Pendant plusieurs semaines, ce "résumé des résumés" fait la navette entre le Giec et les délégations des Etats signataires afin de se mettre d'accord sur des formulations à la fois compréhensibles par tous et implacables du point de vue scientifique.

Une fois adopté par tous les pays, pendant la semaine qui précède la publication des textes du Giec, ce document constitue "un socle commun, une vérité universelle qui va éclairer toutes les décisions jusqu'à ce qu'un nouveau rapport soit publié", poursuit Eric Brun, scientifique de formation. Chaque ligne fait l'objet d'âpres discussions. "Certains pays veulent atténuer certains messages, notamment sur les causes du changement climatique, et d'autres – comme la France, l'Union européenne, la Suisse, la Norvège, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada – veulent au contraire les renforcer", continue-t-il. Car en peu de mots, cette synthèse envoie aux décideurs "des messages très forts". 

Surtout que cette année encore, la publication du premier volet du sixième rapport du Giec intervient avant d'importants rendez-vous diplomatiques, comme l'assemblée générale des Nations unies prévue en septembre à New York ou le sommet du G20 – dont les pays émettent 80% des gaz à effet de serre – en octobre à Rome. En point d'orgue, la COP26 se déroulera en novembre à Glasgow. C'est pourquoi "l'approbation des rapports du Giec [via le "Résumé à l'intention des décideurs"] est une étape cruciale. C'est ce qui fait la force du Giec", martèle Jean Jouzel. 

"Quand les pays arrivent à une COP, leurs gouvernements sont d'accord sur cette base et on n'a pas besoin de rediscuter de ces points à l'ouverture. S'il n'y avait pas cette dernière étape d'adoption, je pense que le rapport du Giec finirait dans les tiroirs."

Jean Jouzel, climatologue 

 

Pour preuve du poids de ces textes, le climatologue cite l'accord de Paris qui reprend, in extenso, les données mises en avant dans le cinquième rapport du groupe. De même, depuis que le Giec a préconisé, en 2018, de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle, plus de 130 pays ont inscrit dans leurs objectifs d'arriver à la neutralité carbone d'ici 2050, insiste-t-il. "Les décideurs politiques prennent appui sur les rapports du Giec pour définir des objectifs. Du moins, dans les textes. Car toute la question est de savoir s'ils respectent ces objectifs", nuance toutefois Jean Jouzel en déplorant "le fossé qui se creuse entre les engagements et les actions".

Ils animent le débat 

En mettant en avant la rigueur des rapports et leur caractère quasi exhaustif, la communauté des sciences du climat a façonné, avec le Giec, un outil de communication efficace pour les ONG, car incontestable aux yeux des politiques, souvent sourds à leurs cris d'alerte. Au sein du Réseau action climat, Aurore Mathieu estime ainsi que les données partagées dans chaque nouvelle production du Giec "renforcent vraiment [leur] plaidoyer". 

Le texte met ainsi en lumière certaines thématiques sur lesquelles se positionner. "Quand le rapport met en avant le rôle du méthane dans le réchauffement climatique, nous nous interrogeons sur ce que nous disons à ce sujet, poursuit Aurore Mathieu. Est-ce que ce point était un angle mort de notre discours, ou est-ce que nous le prenons déjà suffisamment en compte ?"

Surtout, si le Giec ne prend pas position, il "nous donne des éléments scientifiques qui fournissent une base solide sur laquelle appuyer nos demandes et nos revendications". Notamment sur des questions qui divisent, comme celle des technologies proposées pour limiter le réchauffement. 

"Certains pays comptent beaucoup sur des technologies de capture de carbone. Pour nous, les rapports démontrent que leur efficacité n'est pas prouvée, détaille par exemple Aurore Mathieu. Quand les décideurs mettent en avant des solutions simplistes, qui peuvent parler aux électeurs, mais ne sont pas au point scientifiquement, nous pouvons les interpeller sur ces points, avec des faits scientifiques, et non pas des opinions."

Ils témoignent de l'action (ou de l'inaction) des politiques

Alors que la communauté internationale s'apprête à dresser un premier bilan de l'accord de Paris, entré en vigueur il y a cinq ans, le nouveau rapport du Giec constitue enfin une pièce maîtresse pour évaluer ce qui a été fait… ou pas, explique Eric Brun. "C'est une phase extrêmement importante puisque la France – au sein de l'Europe des 27 – demande que ce bilan se traduise en un appel pour relever l'ambition en matière de lutte contre le changement climatique". 

Les engagements de 2015 ont-ils été tenus ? Les émissions de gaz à effet de serre ont-elles diminué ?

A chaque rapport, le Giec fournit la réponse donnée par la science. Et depuis le premier en 1990, ces faits scientifiques démontrent que le monde politique n'a pas relevé les défis posés par le réchauffement climatique, en dépit de la création des Conventions des Nations unies sur le climat en 1992 ou de la signature du protocole de Kyoto en 1997. A l'aube du sixième rapport, il a même pris "un retard hallucinant", note Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France. 

"Ce qui est alarmant, ce n'est pas le rapport du Giec. C'est l'apathie et le manque de réponses politiques à ces constats qui sont saisissants et unanimes. Et c'est d'autant plus déplorable que ces Etats valident les conclusions du Giec et prennent des engagements au sein de l'accord de Paris." 

Clément Sénéchal, porte-parole de Greenpeace France 

à franceinfo

Pour le militant écologiste, "on va vraiment dans le mur les yeux grands ouverts, car on n'a jamais eu autant de données scientifiques unanimes sur un même phénomène". Et, à ses yeux, ces rapports successifs illustrent finalement "une rupture entre le savoir et le pouvoir, notamment le pouvoir politique", sur la question du réchauffement climatique. 

Rapport du GIEC (2)

Par Le 09/08/2021

 

Plus d'une fois, en participant à des discussions sur les réseaux sociaux, j'ai été confronté à des individus persuadés que ce "réchauffement" est une gabégie, une manipulation orchestrée par les gouvernements pour promouvoir des restictions et des atteintes à nos libertés, pour déclencher des marchés juteux destinés à freiner cette évolution mais qui ne seraient au final que l'occasion d'enrichir certains industriels, certains conglomérats, certains secteurs technologiques ou autres. 

Ce que j'imagine pour les années à venir, c'est l'émergence d'un "pass écologique", une sorte de permis de consommer dans les limites imposées par une réalité de plus en plus dramatique. L'interdiction des voitures à moteur thermique en sera une étape. Il y en aura d'autres. On pourrait imaginer qu'il s'agit de permettre aux constructeurs de voitures électriques de s'imposer. Et effectivement, ça ne suffira pas parce que la fabrication et l'empreinte écologique de ces véhicules est bien plus désastreux que la sauvegardde de nos vieilles 4L et R5... Mais qui a encore envie de rouler dans une voiture des années 60 ? La solution, ça n'est pas de chercher un moyen de pouvoir continuer à consommer comme nous l'avons fait. La solution, c'est la déconsommation.

C'est d'ailleurs ce que nous sommes venus chercher ici, dans la Creuse. Ici, c'est la France d'il y a quarante ans. Et celle-là était encore viable. 

 

Rapport du Giec : "Cette évolution du système climatique ne cesse pas et est irréversible", détaille un climatologue

 

A l'image du groupe d'experts internationaux sur le climat, le climatologue Hervé Le Treut tire la sonnette d'alarme et incite à des actions massives, internationales et locales, pour diminuer les effets de la catastrophe qui vient.

Article rédigé par

franceinfo

Radio France

Publié le 09/08/2021 12:14

 Temps de lecture : 3 min.

Les catastrophes climatiques, telles que les inondations meurtrières en Allemagne à la mi-juillet 2021, "seront plus critiques et plus développées", explique le climatologue Hervé Le Treut. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Les catastrophes climatiques, telles que les inondations meurtrières en Allemagne à la mi-juillet 2021, "seront plus critiques et plus développées", explique le climatologue Hervé Le Treut. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

"On a dépassé le stade des alertes" affirme lundi 9 août sur franceinfo Hervé Le Treut, climatologue, professeur à la Sorbonne Université et membre de l’Académie des Sciences, alors que le rapport du Giec, paru le même jour, indique que les températures n'ont pas été aussi chaudes depuis 125 000 ans. 

franceinfo : Les conclusions du rapport du Giec sont alarmistes et souligne que les activités humaines sont responsables de l'accélération du réchauffement. Ce n'est pas une surprise ?

Hervé Le Treut : On est habitués depuis toujours à ce qu'il y ait des fluctuations du climat, qu'on appelle naturelles. Mais aujourd'hui, on a quelque chose de nouveau et très rapide. On a dépassé le stade des alertes, le changement climatique est devenu plus marquant et aura des conséquences de plus en plus fortes sur nos sociétés.

Cela fait de nombreuses années que l'on sait que le changement climatique est à l'œuvre, mais ses effets sont désormais visibles. Notre adversaire unique, ce sont les émissions de gaz à effet de serre qui empêchent la planète de se refroidir et ont des conséquences multiples. Elles se stockent dans l'atmosphère et sont cumulatives. Au fil du temps, l'effet ne peut que s'accélérer, et c'est ce qui se produit aujourd'hui. Cette évolution du système climatique ne cesse pas et est irréversible. On n'a pas seulement un problème de réchauffement, on a un problème qui est également lié à l'eau, on l'a vu avec les inondations récentes. On a dépassé très largement aujourd'hui l'étape de l'alerte pour entrer dans une étape d'actions concrètes : qu'est-ce qu'on fait, comment on le fait ? 

Aujourd'hui on ne peut plus se permettre seulement de regarder les choses qui évoluent. Il faut passer aux actes, que faut-il mettre en place selon vous ? 

Il faut surtout trouver les bonnes solutions face à un problème évolutif. On sait à peu près ce qu'il va se passer, parce qu'on est dans une forme de continuité par rapport à ce qui s'est produit depuis les premières alertes sur les problèmes climatiques. Les choix que l'on va faire seront difficiles et ne seront pas les mêmes selon les territoires. Il y a un travail nécessaire qui doit se faire à l'échelle internationale. Car les gaz à effet de serre se mélangent dans l'atmosphère. Au-dessus de nos têtes, on a des gaz à effet de serre qui viennent de Chine, des États-Unis. Et il y a un travail à faire à l'échelle de nos territoires, puisqu'ils vont être victimes de ces effets irréversibles comme le relèvement du niveau de la mer. Il faut se préparer et anticiper ce qui peut se passer sur nos territoires. Il faut agir à ce niveau de manière très forte et rapide, parce que les choses se développent de manière beaucoup plus rapide qu'on ne le pensait il y a quelques années. 

Le rapport du Giec indique que le réchauffement de la planète devrait atteindre plus 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle autour de 2030, dix ans plus tôt que les dernières estimations. À quoi ressemblera notre quotidien ?

Les situations qu'on a vues ces dernières années seront plus critiques et plus développées. Les évènements extrêmes frappent déjà toutes les parties du monde. On ne peut pas avoir une solution unique, mais des solutions qui vont s'adapter à la nature des différents territoires. Il faut s'y préparer à l'avance.

"Les gaz à effet de serre des dernières décennies vont créer le climat des prochaines décennies."

Hervé Le Treut, climatologue 

 

Il y a une réflexion adaptée à avoir sur les moyens de transport, sur l'agriculture, sur les zones vulnérables. Tout ça doit être pris en compte et être adapté selon les territoires. 

Rapport du GIEC

Par Le 09/08/2021

Diminution de la part des énergies fossiles. 

Oui, mais quoi d'autre à la place ? 

Tout ce temps perdu...Trente ans que les scientifiques alertent. 

Nous sommes dans la même problématique que la crise sanitaire. Les épidémiologistes le prédisaient depuis vingt ans. 

Il faut toujours que nous soyons dans la situation d'urgence pour que la réalité soit comprise.

L'immaturité de cette humanité est effroyable, consternante, désespérante.

 

 

Rapport du Giec : les experts du climat "sonnent le glas" des énergies fossiles, selon le secrétaire général des Nations unies

 

"Il n'y a pas le temps d'attendre et pas de place pour les excuses", a commenté Antonio Guterres après la publication d'un rapport édifiant sur les conséquences des activités humaines sur le climat.

Article rédigé par

franceinfo avec AFP

France Télévisions

Publié le 09/08/2021 10:50Mis à jour le 09/08/2021 11:00

 Temps de lecture : 1 min.

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, lors d'une conférence de presse à Madrid (Espagne), le 2 juillet 2021. (JAVIER SORIANO / AFP)

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, lors d'une conférence de presse à Madrid (Espagne), le 2 juillet 2021. (JAVIER SORIANO / AFP)

Le sixième rapport des experts climat de l'ONU (Giec) est une véritable "alerte rouge" pour l'humanité, a réagi le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lundi 9 août. Ce rapport d'évaluation scientifique, le premier complet depuis sept ans, "doit sonner le glas du charbon et des énergies fossiles, avant qu'ils ne détruisent la planète", a-t-il ajouté dans un communiqué, plaidant pour qu'aucune centrale à charbon ne soit construite après 2021. Les émissions de gaz à effet de serre, à l'origine du changement climatique, sont toujours en hausse, selon les études internationales.

Le rapport du Giec estime notamment que le seuil de +1,5 °C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle sera atteint autour de 2030, dix ans plus tôt que dans les précédentes projections, menaçant l'humanité de nouveaux désastres "sans précédent". "Les pays devraient également mettre un terme aux nouvelles explorations et productions d'énergies fossiles et déplacer les subventions aux énergies fossiles vers les renouvelables", a ajouté le secrétaire général, qui s'en prend encore plus frontalement qu'à l'habitude à ces industries.

"Les émissions de gaz à effet de serre créées par les énergies fossiles et la déforestation sont en train d'étouffer notre planète."

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies 

dans un communiqué

Le secrétaire général de l'ONU a également appelé les dirigeants du monde à s'assurer que la conférence climat COP26 de Glasgow (Ecosse) en novembre soit un "succès" pour conduire à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. "Si nous unissons nos forces maintenant, nous pouvons éviter la catastrophe climatique. Mais comme le rapport d'aujourd'hui le dit clairement, il n'y a pas le temps d'attendre et pas de place pour les excuses."

Juste des images

Par Le 07/08/2021

 

 

229082309 273503481240723 8786424423158870544 n

Des milliards dépensés pour lutter contre un virus, des dissensions dans les populations.

 

"Diviser, c'est régner". Tous les gouvernants le savent.

 

Pendant ce temps-là, des régions immenses sont la proie des flammes et des régions immenses sont noyées sous les eaux.

 

Rien d'efficace ne se produit au niveau des gouvernants parce que ça ne remet pas en cause le système économique. C'est la seule raison de leur inaction.

 

Il arrivera pourtant un moment où le système économique sera impacté. C'est inévitable. 

 

 

 

 

Le sud de la Turquie ravagé par des incendies meurtriers

 

Des dizaines de villages et hôtels ont été évacués dimanche dans le sud touristique de la Turquie face à la progression des incendies qui sévissent depuis cinq jours et ont déjà fait huit morts.

avatar

franceinfoFrance Télévisions

 

La Turquie subit actuellement les pires incendies qu'elle ait connus depuis au moins une décennie. Près de 95 000 hectares ont brûlé jusqu'à présent en 2021, contre une moyenne de 13 516 à ce stade de l'année entre 2008 et 2020. Face à l'impressionnante progression des flammes qui ravagent le sud du pays depuis cinq jours et qui ont fait huit morts, habitants et touristes ont été évacués de leurs hôtels et domiciles dimanche 1er août.

1|11

Des personnes regardent les incendies de forêt qui ravagent la zone autour de la ville de Marmaris, en Turquie, le 1er août 2021. YASIN AKGUL / AFP

2|11

Des riverains participent, à mains nues, à la lutte contre les incendies de forêt qui ont éclaté à Antalya, en Turquie, alors que les opérations terrestres et aériennes se poursuivent le 1er août 2021. SULEYMAN ELCIN / ANADOLU AGENCY / AFP

3|11

Un hélicoptère traverse un nuage de fumée causé par des incendies de fôret, en repandant de l'eau au-dessus d'Antalya, en Turquie, le 1er août 2021.  SULEYMAN ELCIN / ANADOLU AGENCY / AFP

4|11

Un hélicoptère déverse de l'eau au-dessus du village de Sirtkoy en Turquie, le 1er août 2021. AP

5|11

Des personnes patientent, alors que des feux de forêt font rage dans la zone rurale de Marmaris, en Turquie, le 1er août 2021. YASIN AKGUL / AFP

6|11

De nombreuses habitations ont été endommagées par les incendies de forêt en Turquie, comme ici à Antalya, le 31 juillet 2021. MUSTAFA CIFTCI / ANADOLU AGENCY / AFP

7|11

Une habitante, qui a perdu sa maison dans un incendie de forêt à Adana, en Turquie, le 30 juillet 2021, vient constater les dégâts. EREN BOZKURT / ANADOLU AGENCY / AFP

8|11

Des tortues sont sauvées par un habitant de Mugla, en Turquie, alors que des incendies de forêt font rage, le 30 juillet 2021.  MAHMUT SERDAR ALAKUS / ANADOLU AGENCY / AFP

9|11

Un habitant de Manavgat, en Turquie, porte une chèvre née pendant des incendies de forêt. L'animal se prénomme "Mucize", ce qui signifie "miracle" en turc. ORHAN CICEK / ANADOLU AGENCY / AFP

10|11

De la fumée noire s'échappe d'un complexe hôtelier après qu'un incendie de forêt a ravagé une région balnéaire, près de Manavgat, en Turquie, le 29 juillet 2021. ILYAS AKENGIN / AFP

11|11

Des touristes observent les ravages causés par un incendie de forêt alors qu'ils attendent d'être évacués à Bodrum, en Turquie, le 1er août 2021. EMRE TAZEGUL/AP/SIPA / SIPA

TOUS, SAUF ELLE : Anticipation

Par Le 04/08/2021

Je relis le tome 2 de ma trilogie "Tous, sauf elle", la suite de "Les héros sont tous morts".

Je me rends compte à quel point, cette anticipation paraît de plus en plus probable.

Il m'arrive régulièrement de tomber sur des articles qui en développent certains aspects : crise financière, risque pétrolier, démographie, dépendance et perte de la souveraineté des Etats, pandémie, risques climatiques, catastrophes naturelles, menaces technologiques liées à internet, menaces nucléaires, embrasement au Moyen Orient etc etc etc...

On peut se dire que ce sont des délires paranoïaques, on peut se dire que c'est de la fiction, que c'est de l'amusement, que c'est à la mode, on peut se dire que l'humanité sera plus forte que toutes les menaces qui pèsent sur elle. On peut imaginer tout ce qu'on veut. 

Il n'en reste pas moins que l'exemple du Titanic reste à mes yeux une leçon indiscutable.

 

 

TOUS, SAUF ELLE

CHAPITRE 48

Théo était rentré à la ferme dans un état de rage que Laure ne lui connaissait pas. Il lui raconta la journée. Un appel téléphonique anonyme, une altercation dans un coin malfamé de Grenoble, une banlieue connue pour ses dealers, ses vendeurs d’armes, les vols à l’arraché, les bandes organisées qui luttaient pour un coin de rue, les règlements de compte qu’on ne comptait plus, les bagnoles cramées à la moindre occasion, les agressions de pompiers et des services du SAMU, les magasins vandalisés, les pharmacies qui redoublaient de systèmes de sécurité pour ne pas être braquées. Cette fois, il s’agissait d’un tabassage. Une bande de jeunes. Ils avaient pris un adolescent handicapé mental pour cible. Dans un parc, au pied d’un immeuble. Son père l’avait laissé quelques minutes sur un banc pour remonter chercher son portable dans un appartement d’une tour, une de ces cages verticales où se côtoie difficilement une population bigarrée. La bande avait agressé l’adolescent trisomique, juste pour le plaisir de la violence. Le père avait accouru en entendant les cris de son fils. Lui aussi avait fini par succomber à la meute. Des témoins s’étaient enfuis, un seul avait eu la présence d’esprit d’appeler la police. Le temps d’arriver sur les lieux, les deux victimes gisaient inconscientes, les visages tuméfiés, côtes brisées, un coup de poignard au bras du père. Vol d’un portefeuille et du portable, des clés de l’appartement et de la voiture. Personne n’avait voulu témoigner. Les flics arpentaient les appartements dont les fenêtres donnaient sur les lieux du délit.

« Tu vois, Laure, c’est ça l’avenir de ce monde. Des bêtes furieuses et des lâches qui se terrent, de peur des représailles, incapables de comprendre que l’unité les protégerait. Lorsque le chaos surviendra, il sera impossible de maintenir l’ordre dans les rues. Les bandes tiendront les quartiers, comme des zones sans droit et les braves gens prieront pour ne pas être la prochaine cible. Ces jeunes sont les pires, ils n’ont aucun frein à leurs instincts de tueurs, il n’y a aucun cadre éducatif et même chez eux, dans leur famille, certains font la loi alors qu'ils sont mineurs. Quand ça n’est pas les pères qui mènent les bandes. Et c’est comme ça dans toutes les grandes villes de ce pays. Pas seulement ici. Il suffit de lire les comptes-rendus de tous les collègues. Si les médias se mettaient à relater le nombre d’actes violents quotidiens en France, elles n’y parviendraient même pas. Je te parle des banlieues mais c'est partout pareil en fait. Les faits divers avec violence, je t'en trouve cinquante par jours en France dans les archives de la gendarmerie. Et beaucoup sont très violents. Et les armes à feu sont présentes. Il faut voir les raisons aussi et c'est effrayant. Un gars qui se fait tabasser à mort devant ses enfants pour une place de parking, un mari qui cherche à enterrer sa femme vivante dans une soirée alcoolisée, un retraité qui abat au fusil de chasse le propriétaire du chien voisin qui avait apparemment dézingué son chat, des jeunes qui torturent et violent une vieille dame pendant quinze jours, un gars qui abat ses deux enfants et sa femme pour qu'ils ne le quittent pas, des agressions de femmes seules en pagaille, violences conjugales, maltraitance des enfants, pédophilie, des viols, encore et toujours des viols. Tu n'imagines pas le nombre.

Sans parler des femmes qui ne disent rien de leurs souffrances. Tout ce qu'on ne sait pas et qu'on découvre trop tard et pire encore quand ça n'a pas été pris au sérieux, quand il y a eu un déni de cette souffrance, quand les flics eux-mêmes ou la justice ne font pas leur boulot. Parfois, ce monde me révulse. La plupart des hommes sont des pourritures. »

Elle l’avait enlacé sans parvenir à le libérer de sa tension musculaire. Elle avait eu l’impression de serrer dans ses bras un lutteur en action.

« Je ne bosse pas demain. Je fais une pause. Si j’étais payé à l’heure, je serais millionnaire. Il faut que je te montre quelque chose. 

-Maintenant ?

-Non, demain. »

Elle ne chercha pas à élucider le mystère. Demain n’était pas là.

Elle l'invita à prendre une douche chaude et lui proposa un massage.

« Je me sens déjà mieux rien qu'à y penser, » lança-t-il, en l'embrassant.

Lumière du petit matin, soleil levant au-dessus de la chaîne de Belledonne. Ils étaient assis, côte à côte, sur le banc de bois, adossés au mur en pierre, face aux montagnes.

Rien. Pas de parole. Juste les regards qui dérivent lentement. Fascinés.

Il lui avait pris la main.

Il lui avait dit que personne de son entourage professionnel ne connaissait ce qu’elle allait découvrir, que personne n’avait idée de son engagement dans cette dimension du survivalisme.

Une voix froide et pourtant hésitante.

« Je n’ai pas envie de passer pour un déglingué ou de devoir me justifier pendant des plombes... avec des gens qui n’ont aucunement réfléchi au problème et qui vont balayer tout ça... en se foutant de ma gueule. »

Il l'avait invitée à se lever en tendant la main et l'avait entraînée vers cette vaste grange qu'elle n'avait jamais visitée. Théo avait libéré deux cadenas volumineux puis il avait ouvert le lourd panneau fermant le bâtiment.

Laure avait imaginé un intérieur agricole, un sol en terre battue, des rangements à outils, des matériaux de construction pour la rénovation de la ferme. Elle ne s’était pas trompée sur le matériel conséquent qu’elle identifia rapidement mais elle avait totalement faux sur l’aménagement lui-même.

Le hangar était parfaitement habitable. Une dalle de béton, d’un bout à l’autre des murs habillés par des panneaux de contre-placage. Une propreté totale. Rien à voir avec une simple grange de ferme. Cinq fois la surface de son ancien appartement. On aurait pu y ranger plusieurs véhicules mais l’aménagement ressemblait davantage à un lieu de vie qu’à un garage. Elle remarqua pourtant l’absence de fenêtres. Seul le panneau coulissant sur un rail métallique servait d’ouverture. Un énorme stock de bois de chauffage au fond du bâtiment. Un tréteau, un billot, une hache, une scie. Et des outils de toutes tailles. Elle reconnut même une bétonnière et des sacs de ciment. De multiples rangements, étagères, établis, armoires métalliques, un immense panneau d’aggloméré fixé sur un pan de mur et présentant tout l’outillage du bricoleur passionné, impeccablement rangé : tournevis, pinces, marteaux, tenailles, un poste à soudure, des tiges d’acier, des parpaings soigneusement empilés, des néons au plafond, au-dessus de chaque zone de travail…

L’impression qu’il lui faudrait plusieurs heures pour identifier la totalité des objets entreposés. Une caverne d’Ali Baba.

Théo lui prit la main et l’entraîna vers un escalier qui montait à l’étage. La structure s’appuyait contre un des pignons, une rampe épaisse, des marches ajourées. Elle regarda Théo tirer un brin de corde qui passait par un trou au sommet de l’escalier, un lien qui passait dans un système de poulies fixées au mur. Une trappe s’ouvrit, un panneau assurément pesant au regard de l'effort.

Il la devança et lui tendit la main.

Elle déboucha dans une immense pièce. Des fenêtres étroites puisaient la lumière et répandaient sur le plancher des rais flamboyants. Elle le suivit au centre de la pièce. Des placards mélaminés blancs aux portes étiquetées : bocaux, conserves, céréales, légumineuses, produits lyophilisés, fruits secs, ustensiles de cuisine, pharmacie, outils, piles, bougies, lampes frontales… Une table, des chaises, un buffet, une armoire, un plan de travail, un évier et une cuisinière à bois comme celle que possédait sa grand-mère. Elle lui demanda comment il avait pu hisser une telle masse de fonte à l’étage.

« Je l’ai passée par le toit. J’avais enlevé une partie des tôles, juste assez pour que ça passe. On a profité du camion-grue que j’avais loué pour le shelter. C’était chaud mais avec Raymond, on avait bien préparé l’affaire et on s’en est bien sorti. 

–Rien ne t’arrête en fait, lui lança-t-elle, admirative.

–Non, rien, » répondit-il.

Elle trouva l’intonation étrange, presque sombre, mystérieuse, comme si ses quelques explications n’étaient rien au regard de la suite. L’impression que Théo luttait, intérieurement, un conflit majeur, une rupture dans un contrat personnel.

« Il faut que je te montre la suite, Laure. Cette pièce n’est pas un lieu de vie comme un autre. C’est mon bunker. Tu vois ce plancher, je l’ai doublé et entre les deux surfaces, j’ai mis des tôles et c'est pareil dans toutes les cloisons. Si quelqu’un voulait tirer à travers, les balles ne passeraient pas. Je voulais avoir un deuxième lieu de survie, un poste de guet contenant également tout le nécessaire. Ici, à l'étage, c'est le mirador.»

Une insistance respectueuse dans la voix. De la gravité dans le regard.

« Les quatre fenêtres n’existaient pas, je les ai ajoutées et elles permettent d’observer et de couvrir la totalité du terrain. Personne ne peut s’approcher sans être vu. »

Il s’approcha d’une vaste armoire métallique. Comme celle d’un vestiaire sportif. Il prit une clé suspendue à un clou et libéra un cadenas.

Quand il ouvrit les deux panneaux, elle se figea.

Une panoplie de fusils, des cartouches, des armes de poing, une machette, un ensemble de poignards.

C’est là qu’elle eut peur, une peur viscérale. Tout ce qui était écrit dans le cahier. Tout ce que ça impliquait. Théo avait tout planifié.

« Est-ce que tu sais tirer ? » demanda-t-il, sur un ton froid.

Elle ne comprit pas immédiatement la question.

« Est-ce que tu sais te servir d’une arme à feu, Laure ? »

Un bunker. Il avait parlé d’un bunker. Elle avait cru qu’il souhaitait simplement s’isoler, se protéger du monde extérieur. Elle comprenait avec une brutalité sauvage qu’il projetait bien pire.

« Il n’y a que Raymond qui sait ce qu'il y a ici. Et toi maintenant. Est-ce que tu sais tirer, Laure ? »

–Que va-t-il se passer, Théo ? demanda-t-elle.

Les yeux de Figueras brillaient au fond d’elle. Le rêve vibrait dans ses fibres.

« Est-ce que tu sais tirer ? » répéta Théo, en la regardant fixement.

Elle s’approcha du râtelier et libéra un fusil à lunettes.

Théo, intrigué, l’observa sans un mot.

Laure étudia les diverses boîtes de cartouches rangées sur une étagère et se servit.

Deux balles.

Elle les inséra dans l’arme, sans aucune hésitation.

Elle s’approcha d’une fenêtre et l’ouvrit.

Théo cherchait à comprendre mais décida de ne pas intervenir. Il prit les jumelles Bushnell, suspendues à une poutre, et ajusta la mise au point.

« Le premier poteau en bois, à droite de la barrière métallique, » annonça Laure.

Quatre cents mètres de distance. Théo observa la prise en main du fusil, l’ajustement de la crosse sur l’épaule, le positionnement du corps, l’ancrage au sol, l’orbite venant s’appuyer sur l’œilleton de la lunette de visée.

Elle savait tirer. Une évidence. Il observa son visage. Une concentration totale, un instant suspendu, hors de portée du monde extérieur, l’ataraxie émotionnelle du tireur, l’enceinte attentionnelle qui limite le monde à une cible.

Il vit l’interruption du souffle, l’arrêt du mouvement thoracique. Deux secondes d’immobilité totale.

Le coup partit. La balle traversa le sommet du poteau et se ficha dans le sol.

Éjection de la douille. Théo scruta chaque geste. Elle connaissait parfaitement l’usage de cette arme.

Laure reposa l’œil sur la lunette de visée.

« Troisième poteau à droite. Il y a un nœud, une tâche sombre, » annonça Laure.

Théo eut à peine le temps d’ajuster les jumelles. La balle se ficha comme au cœur d’une cible. Une pièce de vingt centimes.

Il sentit jaillir alors en lui une joie ineffable, la certitude absolue du cadeau inestimable d’avoir rencontré son âme sœur et l’expression le surprit. Un message venu d’ailleurs, un rêve qui aurait pu croupir dans l’illusion jusqu’à sa mort.

Regards croisés.

Laure esquissa un sourire et son visage se détendit.

« Lorsque j’étais à l’université, je suis entrée dans l’équipe de biathlon féminin. J’ai fait de la compétition au niveau régional puis finalement j’ai choisi le trail. J’adorais le tir tout autant que le ski mais j’étais trop indépendante et solitaire pour supporter l’encadrement, au grand dépit de mes entraîneurs qui me prédisaient une belle carrière. »

Elle éjecta la douille.

« C’est une arme efficace. 

–C’est un Remington 700, pas du tout le fusil de biathlon.

–Oui, je sais, Théo. Portée de neuf cents mètres. Cartouches 308 Winchester.

–Et tu tiens ça d’où ?

–Mon entraîneur était un passionné. Et nous étions assez…proches. »

Elle détourna la tête. Il n’insista pas. Un passé qu’il ne souhaitait pas connaître.

« Et comment tu es arrivé à posséder un tel arsenal ? demanda-t-elle en désignant l’armurerie.

–Les banlieues regorgent de fusils et d'armes en tous genres. La guerre dans l’ex-Yougoslavie avait déjà éparpillé un stock conséquent mais maintenant, ça vient de partout et c'est un marché florissant et varié. On trouve tout ce qu’on veut dans les grandes agglomérations françaises. Entre Marseille, Grenoble et Lyon, je n’ai aucun mal à m’équiper. Ce soir, si tu veux, je te trouve une Kalachnikov avec cinq mille cartouches. Aucun problème.

–Tout au black, je suppose. »

Il acquiesça.

« Celui-là m’a coûté mille cinq cents euros avec mille cartouches.

–Et tu penses que tu auras à t’en servir un jour, ici ?

–C’est possible.

–Quand ?

–Entre demain ou jamais. Si le chaos ne monte pas jusqu’ici. »

Elle pensa à ses parents et se surprit à n’identifier aucune autre personne à laquelle elle tiendrait.

« J’aimerais te raconter un rêve, Théo, un rêve particulier. 

– Tu sens la vie dans les arbres, Raymond m’a dit que tu avais une très bonne énergie avec les plantes, les biches ne te craignent pas, tu m’as... il chercha ses mots... entraîné dans une dimension amoureuse et spirituelle que je ne connaissais pas et dont j’ignorais en fait l’existence, tu lis dans les pensées ou dans les émotions, tu as guéri Fabien même si tu ne veux pas le reconnaître alors tu sais, quand tu me dis que tu as un rêve étrange à me raconter, je n’imagine même pas que tu puisses avoir d’autres sortes de rêves que des rêves étranges. »

Ils retournèrent à la maison et Théo écouta.

« Impressionnant, commenta-t-il. Je n'ai jamais fait de rêves de ce genre, et tant mieux. Je pense que ça me mettrait la tête à l'envers. J'aimerais bien le rencontrer ce Figueras.

– Il te plairait sûrement. »

Laure décida de poser une question. Un doute qui la troublait depuis sa lecture du cahier de Théo.

« Je ne te l’ai pas dit mais j’ai lu une bonne partie de tes cahiers de survie. »

Théo la regarda, une inquiétude sourde au creux du ventre. Cette peur ancrée d’être abandonné, une nouvelle fois.

« Que feras-tu lorsque le chaos surviendra ? » demanda-t-elle.

L’expression l’étonna. Il n’aurait pas imaginé que Laure ait pu être convaincue, elle aussi, de l’imminence du désastre.

« Est-ce que tu resteras flic ou est-ce que tu quitteras ton poste ? »

Il n’hésita pas une seule seconde.

« Les flics qui voudront jouer aux héros ne vivront que quelques heures ou quelques jours. Moi, je veux tenir le plus longtemps possible. Et c’est ici que ça se fera. Avec toi, si tu le souhaites.

–Et tes collègues ? Fabien et les autres ?

–Je ne peux rien pour eux. Et ils ne me croiraient pas si je décidais de les prévenir.

–Et tu penses vraiment que nous deux, ici, on peut survivre à un tel bouleversement ?

–Bien plus en tout cas qu’en espérant une quelconque survie dans les villes.

–Et mes parents ? »

Elle s’attendait à un temps de réflexion mais Théo répondit immédiatement.

« J’y ai déjà pensé, Laure. Ton père était militaire et ta mère infirmière. Deux personnes qui peuvent être utiles ont leur place ici. C’est à eux de décider.

–Et les réserves de nourriture ?

–Il y a un aliment qui n’est pas en rayon mais qu’il faudra aller chercher. Et il faudra de bons tireurs.

–Les animaux ?

–Oui. Chevreuils, sangliers, cerfs, chamois. Je sais que tu ne manges pas d’animaux. C’est toi qui décideras mais en temps de guerre, tout ce qui nourrit est à prendre. Et nous serons en guerre. 

–Une dernière question. Je n’ai aucune connaissance sur le sujet et même si je lis tes cahiers tous les jours, je n’ai pas trouvé de réponse. C’est quoi le nouvel ordre mondial ? 

–  Soit le délire d’esprits paranoïaques, soit une vérité terriblement bien cachée. C’est comme pour Dieu, en fait. Tu peux refuser de croire en son existence ou décider de l’honorer mais aucun de ces choix ne t’assurera d’une quelconque certitude. Des centaines d'heures de lectures m'ont convaincu de l’existence de cette entité qu’on appelle le nouvel ordre mondial et je vois dans son organisation la puissance de certains maîtres, des puissants, des privilégiés, des gens ultra-riches, désignés par héritages, de génération en génération. Ceux-là ne sont pas nés avec une cuillère d'argent dans la bouche mais avec une mine d'or. Le peuple qui vote et se croit décideur de son destin ne sait rien des vrais dirigeants. Les maîtres réels vivent dans des sphères inaccessibles. Avec comme projet principal et commun la pérennité de leur puissance, quel qu’en soit le prix pour le reste de l’humanité.

–Jusqu’à fomenter une disparition partielle du groupe humain ?

–Ces maîtres ne voient pas en nous des êtres vivants mais les ouvriers de leur puissance. Ce dont ils ont besoin, c’est d’une population globale obéissante. Mais si l'humanité, elle-même, devient le problème principal, c'est l'humanité qu'il faut réduire. Ils ne vont pas chercher à résoudre les problèmes mais à supprimer leurs auteurs. »

Elle ne répondit rien. La consternation se mêla au dégoût.

« Les hommes sont comme les pommes ; quand on les entasse, ils pourrissent. » Je ne sais plus qui a dit ça, Mirabeau, je crois mais c’est bien d’actualité. Il était en avance sur son temps, ajouta-t-il.

–Un flic cultivé. Tout est devenu effectivement possible en ce monde. »

Il s’approcha et l’enlaça.

« Si ça peut te convaincre de rester avec moi, je suis prêt à lire l’intégralité de l’encyclopédie universalis. »

Ils restèrent silencieux, dans les bras l’un de l’autre.

« Si j’avais pu imaginer que cette mallette me mènerait jusqu’à toi, je l’aurais ramassée sans penser à autre chose, murmura-t-elle.

–Et tes Indiens Kogis alors ?

–Je te rappelle qu’ils n’ont pas voulu de l’argent.

–Et je leur donne raison. Leur liberté et leur intégrité sont bien plus importantes. C’est ce que la majorité du monde a oublié. »

CHAPITRE 49

Le visage de Tian. Louna ne l’avait jamais vu aussi marqué. Il ruisselait de sueur.

« Allume la télé, Louna ! » lança-t-il, en laissant tomber son sac.

Il sortit son smartphone de sa poche et lança une recherche.

« Qu’est-ce qu’il y a, Tian ? demanda-t-elle en cherchant la télécommande.

–Un attentat, une voiture a foncé dans la foule sur le boulevard Haussmann. Elle a roulé sur le trottoir, il y a des morts, des ambulances et des camions de pompiers dans tous les sens, partout, la police, c’était la panique. »

Flash d’informations, émissions suspendues, des journalistes sur place.

Tian et Louna découvrirent l’impensable. Des corps étendus sur le trottoir, des toiles blanches, des dizaines de policiers, des secours, des barrières, les sirènes.

« Comment tu sais ça ?

–J’étais entré dans un bar, j’avais envie d’un café et la télé était allumée. Deux flics sont intervenus et ont descendu le terroriste. On ne connaît pas encore le nombre de morts ni celui des blessés. Mais une trentaine de personnes au moins. Tous les hôpitaux de la ville sont en alerte. La circulation est bloquée, c’est le merdier. »

Tian et Louna laissèrent le poste allumé et tombèrent dans une totale sidération. Le bouleversement des pensées les mura dans le silence.

Tian se leva et récupéra son sac. Il l’ouvrit et en sortit deux pièces métalliques, noires, la taille d’une baguette de batterie. Il en prit une dans la main, la serra fermement et d’un geste sec vers le bas, il en libéra la totalité dans un claquement sec.

« C’est une matraque télescopique de défense, Louna, et je voudrais vraiment que tu la gardes avec toi, en permanence. Tu comprends pourquoi maintenant. Même si dans le cas de cet attentat, ça ne t’aurait servi à rien. Mais un terroriste avec un couteau, tu auras une chance de plus, tu sais te battre. 

–Tu en as une aussi ?

–Oui, et j’ai acheté deux couteaux. Il faut qu’on s’entraîne, Louna. Il le faut absolument. J’ai acheté également de quoi constituer deux sacs de survie. »

Elle ne répondit rien cette fois, ne se moqua pas, ne détourna pas la conversation. Mais elle eut immensément envie de pleurer.

« Cet attentat, Louna, aussi terrifiant soit-il, ça n’est rien du tout comparé à ce dont je te parle depuis des semaines. Même si sur le coup, c’est difficile à imaginer. Et il y en aura d’autres. Des terroristes, y en a plein en France, d’anciens combattants de Daesh, de faux migrants qui ont réussi à passer les contrôles qui de toute façon ne contrôlent pas grand-chose et je ne te parle pas des tarés qui vont se croire investis d’une mission divine. C’est comme un virus, ça se propage et plus il y aura d’attaques, plus ça excitera les dingues. »

Là, elle ne put retenir le flot de larmes.

...

« Voilà, je ne sais rien d’autre. Les collègues cherchent à identifier le gars, ils vont trouver."

Ils avaient discuté de l’attentat. Théo disposait d’informations que les médias ne pouvaient connaître et Laure l’avait écouté. Les bras croisés sous sa poitrine, comme enlacée par elle-même, une protection contre les vagues d’émotions.

"Maintenant, il va y avoir un renforcement des patrouilles dans les grandes villes, des contrôles dans les grands magasins, tous les indics sur le trottoir, des tonnes d’écoutes téléphoniques, surveillance de la toile et tout le chambardement habituel. On en coincera un, deux, trois, peut-être davantage, et puis il y en aura un autre qui échappera au filet et qui tuera encore. »

Un silence et des regards croisés. L’acceptation de l’inéluctable, comme s’il fallait s’y habituer.

« J’ai continué la lecture de ton cahier, annonça Laure avec une voix monocorde, comme étouffée par le fardeau des images, mais c’est parfois difficile de décrypter l’ensemble de tes pensées. Tu ne développes pas assez pour moi.»

Ils étaient allongés, nus, sur le lit. Par la fenêtre ouverte coulaient des laitances de lune et de confettis d’étoiles. Le silence était si profond qu’il invitait aux murmures, comme si des voix trop fortes risquaient d’en briser la faïence.

« Tu as déjà entendu parler de ce qu’on appelle le suicide des lemmings ?

–Oui, j’étais tombée sur un article dans une revue, pendant un voyage en Suède. J’étais inscrite à une course swim and run.

–Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Théo.

–L’Ottilo, c’est un ultra trail qui mélange la course à pied et la natation. On passe d’île en île à la nage, on traverse des forêts en courant, parfois, il faut franchir des zones de blocs, des rochers entassés, parfois des torrents et l'eau est encore plus froide, puis on retourne à la mer pour la traversée suivante. Soixante-quatre kilomètres de course et dix kilomètres de nage cumulés, c’est dur, vraiment dur.

–Et tu as fait cette course ?

–Je l’ai finie surtout et c’était mon seul objectif. Je me suis un peu baladée ensuite, pendant quelques jours, mais je n’ai jamais vu de lemmings.

–Normal, il n’y en a pas en Suède. Ils vivent en Norvège, en Russie et au Canada. Quant au soi-disant suicide, c’est une interprétation humaine. En réalité, c’est l’accroissement exponentiel de la population qui déclenche de multiples accidents, noyades entre autres, quand ils tentent de traverser des lacs ou des rivières. C’est juste un cycle naturel qui tourne en boucle : une démographie galopante, la diminution des ressources alimentaires et de l'espace disponible, une élimination partielle dans un mouvement de masse puis un renouvellement. En tout cas, on peut établir un parallèle avec l’humanité. Moins il y a de nourriture et d’espace disponible et plus l’ambiance est détestable. Sans parler de l’augmentation proportionnelle de prédateurs. Tu vois où je veux en venir ?

–Oui, parfaitement. La démographie humaine est une bombe à retardement.

–Et la mèche est de plus en plus courte.

–Et l’ambiance de plus en plus détestable. »

Le silence des pensées qui s’entrechoquent et les regards qui se croisent.

« La différence avec les lemmings, c’est quand même que l’homme est son propre prédateur, reprit Laure.

–Je ne suis pas persuadé qu’il en sera toujours de même dans quelque temps.

–Tu penses à quoi ?

–Des épidémies, par exemple, comme Ebola ou des maladies plus anciennes qui seraient réactivées par des conditions favorables à leur réapparition.

–Même ici ?

–Tu sais, Laure, j’ai lu des tonnes de documents là-dessus. Les populations des pays industrialisés sont à l’abri derrière des paravents très fragiles. Tes Indiens Kogis, par exemple, seront certainement plus aptes à survivre. Enlève les services médicaux chez nous et tu compteras les morts par milliers au bout de quelques jours.

–C'est-à-dire ? Tu penses à quoi ?

–Plus de transports, plus de médicaments disponibles. Il suffira de quelques jours. Personne n’a idée de l’ampleur de la catastrophe. Il y a des millions de personnes qui ne survivent que grâce à leur traitement. Pense aux diabétiques par exemple, à l’hypertension, aux antidépresseurs, à tous les traitements contre la douleur, à la trithérapie et imagine les effets sur des personnes schizophrènes. Déjà, depuis quelques temps, les médias parlent de pénuries de certains médicaments. Juste une histoire puante de rentabilité pour les gros laboratoires. Les principes actifs des médicaments vendus en Europe viennent de Chine. Tout est en flux tendu aujourd'hui. Et je ne te parle pas des besoins en sang dans les hôpitaux. Ça leur arrive d’être à la limite des stocks alors même que tout va bien dans le pays et que les dons de sang peuvent être effectués. Le sang ne se conserve pas bien longtemps, ses qualités périclitent dès le prélèvement et les plaquettes ne se conservent que cinq jours. Là aussi, c’est un système en flux tendu, tout comme l’alimentaire. Je te laisse imaginer si en plus, le pays est victime d’une atteinte majeure sur le réseau électrique. Aucun système de conservation. Tu peux tout balancer après quelques jours ou quelques heures.

–Oui, c’est bon, Théo, n’en rajoute pas. C’est affreux." 

–Une dernière chose pourtant et qui est de plus en plus probable et qui a déjà été annoncée par d'éminents scientifiques, des épidémiologistes, des biologistes, des médecins. »

Elle se força à l'écouter malgré les douleurs dans son corps, une tension lourde et brûlante.

« Une pandémie, annonça Théo. C'est à dire une maladie qui contaminerait l'ensemble de l'humanité, un virus mortel. Soit un microbe échappé d'un laboratoire, soit un acte volontaire, soit une apparition inconnue, issue de la nature elle-même. Il existe de plus en plus de lieux sur la planète dans lesquels la cohabitation entre les animaux et les humains se révèlent éminemment dangereuse. On appelle ça des zoonoses. Il faut imaginer des virus que les humains ne sont pas censés croiser, des virus portés par les animaux sauvages. Leur habitat est de plus en plus dévoré par la démographie effrénée et la contamination intervient. Nous ne savons pas traiter ces virus et il suffit que ça ait lieu dans un pays fortement impliqué dans la mondialisation pour que la propagation prenne une ampleur incontrôlable. Pense à la Chine par exemple, ou l'Asie du Sud-Est, pense à toutes les jungles, les forêts tropicales et toutes les mégapoles qui se trouvent à proximité. Pense à tous les échanges commerciaux, les lignes aériennes, les cargos, le brassage de population. Tu te souviens d'Ebola en Afrique ? Imagine une situation comme celle-là à l'échelle planétaire. On peut voir survenir en quelques mois ou semaines ou même quelques jours une extension dramatique, un impact gigantesque sur les économies. Et si un virus venait à porter atteinte au système économique, le système financier serait impacté, on peut imaginer des crises systémiques. Le fameux jeu de dominos. N'oublie pas que le système financier maintient la croissance, qu'elle en est le moteur. Et ce moteur a absolument besoin du pétrole. Une crise systémique, qu'elle soit économique, financière, qu'elle prenne sa source dans des phénomènes naturels, comme une pandémie ou des catastrophes climatiques, rien ne pourra être stoppé si le pétrole venait à manquer.

–Comment fais-tu pour dormir, Théo, avec de telles réflexions ?

–Je ne dors que d'un œil. »

Cette impression de voir le monde suspendu à un fil de soie. Le rêve de Figueras en fond d’écran.

«Le pétrole est le goutte à goutte du malade et c'est nous qui sommes en soins palliatifs, c'est bien ça ?

– La France, comme tous les pays industrialisés, possède des stocks stratégiques de carburant, tu l'as peut-être lu dans mes cahiers. Environ deux mois de consommation en France. Sauf que dans une crise majeure, avec l’établissement d’un état d’urgence, c’est l’armée et les forces de l’ordre qui seront prioritaires et pas les particuliers et il faudra compter aussi sur l’approvisionnement des groupes électrogènes des centrales nucléaires pour pallier un black-out électrique. Il suffirait par exemple de plusieurs attaques d’envergure sur les raffineries de pétrole. Des groupes terroristes avec quelques dizaines de kamikazes et on y a droit. Ajoute des cyberattaques sur le réseau électrique, sur les communications, des incendies volontaires de transformateurs, des nuages toxiques d’usine chimiques par exemple et des abandons de site par manque de personnel, des déplacements de population à très grande échelle. Je connais la carte des sites français classés Seveso, il y en a mille deux cent cinquante, plus de dix mille dans l’Union européenne, des bombes en puissance ! Souviens-toi de l’usine AZF à Toulouse, de Bhopal en Inde et pense à La Fos-sur-Mer, à l’ensemble de l’étang de Berre, à Feyzin près de Lyon. Dans la région parisienne, on compte actuellement 81 sites classés Seveso en seuil haut, c'est à dire la plus grande dangerosité et il y a inévitablement des failles dans la sécurité de ces sites. Un jour, peut-être, les terroristes ne se contenteront plus de voitures béliers ou de bombes ou de mitraillage dans des salles de concert. Et tu peux être certaine que pour le financement, ça ne pose aucun problème. Il faut juste trouver les hommes. La raffinerie de Baïji, en Irak, a été partiellement détruite en 2015 par trois kamikazes djihadistes, juste trois gars. Ils savaient comment s’y prendre. »

Il s’efforçait de rester calme, il ne voulait pas donner de lui l’image d’un illuminé, il avait peur encore de la portée de ses propos.

« Quand je t’écoute, Théo, j’ai l’impression que ce monde vit dans une complète hallucination collective, un déni forcené des menaces, comme si rien de tout ça ne pouvait arriver, que les États garantissent notre sécurité. C’est complètement dingue.

–Oui, voilà, c’est complètement dingue, reprit-il, rassuré. Tu comprends maintenant la raison de ma détermination à anticiper l’inéluctable.

–Et tu penses vraiment que des groupes terroristes peuvent mener ce genre d’attaques au niveau national ou européen ?

–Je n’en sais rien mais si j’attends que ça se produise pour réaliser que c’est possible, ça sera trop tard. Imagine ce qui serait arrivé si les passagers du Titanic avaient eu un exercice d’évacuation d’urgence au début du voyage. J'en reviens toujours à ça. C'est l'absence de préparation qui a provoqué un tel drame. Imagine maintenant que tu mettes dix fois plus de passagers à bord, dans la même inconscience. Tu penses que ça va aider ou que ça sera encore pire ?»

Elle avait vu le film, elle se souvenait des images, des cris, de la panique, des bousculades, de ces canots de sauvetage à moitié vides alors que flottaient les noyés.

« Tu ne crois pas que tu devrais en parler autour de toi, Théo ? demanda-t-elle, la voix aussi douce que possible.

–Sonia m’aimait encore la première fois que je lui en ai parlé. »

Elle sentit la douleur, comme une plaie à vif.

Elle s’approcha et l’enlaça.

« Je te remercie Théo d’avoir eu le courage de prendre une nouvelle fois ce risque. Je ne peux pas avoir de preuve plus grande de ton amour pour moi. Et mon amour pour toi est à la mesure de la peur que tu as du éprouver le jour où tu l’as fait.»