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  • Ecologie et économie

    Menace sur la biodiversité :

     

    "On ne peut pas à la fois protéger la nature et maintenir un modèle de développement destructeur"

    INTERVIEW – Deux chercheurs du CNRS ont analysé pendant deux ans 13.000 études sur l’état de la biodiversité. Les conclusions de ce travail inédit ont été publiées début septembre dans la revue Trends in Ecology and Evolution et posent la question de la compatibilité entre notre modèle de développement et la protection de la nature.

     - Propos recueillis par Michel Veron

    Cela fait des années, pour ne pas dire des décennies, que les scientifiques et les écologistes s’inquiètent de l’érosion de la biodiversité. Les rapports sont nombreux et pourtant rien ne semble vraiment s’améliorer. Pour en avoir le cœur net, deux chercheurs du CNRS, Vincent Devictor et Laurent Godet, ont analysé pendant deux ans pas moins de 13.000 études sur le sujet, toutes publiées au cours de ces 15 dernières années, afin de faire un bilan précis de l’état de la biodiversité. 

    Que sait-on réellement ? Quelles sont les causes de son érosion ? Et quelles sont les solutions pour la préserver ? Les conclusions de ce travail inédit ont été publiées lundi 10 septembre dans la revue Trends in Ecology and Evolution. Et elles sont sans appel. Explications avec Vincent Devictor, le co-auteur de cette étude.

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    LCI : En quoi votre étude apporte-t-elle un éclairage nouveau sur l’état de la biodiversité, que l’on sait grandement menacée ?

    Vincent Devictor, chercheur au CNRS : L’un de nos objectifs était de faire le bilan des connaissances scientifiques sur la crise de la biodiversité et sur l’état de la nature et des espèces. Et premier constat : on accumule depuis 50 ans les mêmes connaissances sur les mêmes causes. Les premiers lanceurs d’alerte des années 70-80 évoquaient déjà les destructions massives d’habitats naturels, la surexploitation de certaines espèces à des fins commerciales ou encore l’homogénéisation du vivant avec l’introduction d’espèces invasives dans des milieux fermés.

    Toutes ces causes sont connues et reconnues mais rien ne change véritablement. Là où notre étude peut être utile, c’est qu’elle permet de dépasser les discours rhétoriques sur la crise du vivant. Là on est sur des faits. Quand on parle de destruction d’habitats naturels, on donne des détails, qu’ils s’agissent d’hectares de forêt ou bien des récifs coralliens, sur ce qui est détruit. C’est tout à fait concret, ce ne sont pas des déclarations ou des estimations à la louche.

    Et sans surprise, la situation est extrêmement préoccupante…

    V.D : Effectivement. Pour vous donner un exemple, on assiste à des déclins d’espèces d’oiseaux en France qui sont assez spectaculaires. Sur 15 ans, des niveaux de populations ont chuté de 15 à 20%, cela représente des milliers d’oiseaux. Ce n’est pas tant à l’extinction dramatique de quelques espèces ici ou là à laquelle on assiste, mais plutôt à ce que certains chercheurs nomment une "défaunation", c’est-à-dire une sorte d’effondrement de la faune. 

    D’autant qu’à l’image des recherches sur le climat, qui sont de plus en plus précises en raison de la multiplication des programmes de suivi, les recherches sur l’état de la biodiversité sont aujourd’hui plus fines que par le passé. Si on est constant sur l’identification des causes, on est bien meilleur sur la qualité et la quantité de données récoltées. Donc le diagnostic est de plus en plus solide et permet de connaître quel type de biodiversité est en danger, à quel point, à quel endroit, à quelle vitesse, etc. 

    Rassurez-nous, votre étude comporte aussi quelques bonnes nouvelles ?

    V.D : En effet. A travers ce travail, nous voulions vérifier l’idée que nous serions, dans le champ de la recherche, seulement en train d’accumuler des mauvaises nouvelles. Comme s’il y avait un pessimisme structurel dans les recherches menées sur la biodiversité. Eh bien, pas du tout. On a aussi une accumulation de bonnes nouvelles, c’est essentiel de le souligner. Car cela signifie que rien n’est perdu. On a vraiment des espèces qui redémarrent, on a des retours spontanés d’un certain nombre de milieux à des états favorables. 

    C’est notamment le cas dans le milieu marin, quand on met en place des aires marines protégées, en quelques années, vous obtenez des résultats visibles d’amélioration de l’état des populations et de leur effectif. En France, nous avons des zones où l’on assiste à des retours spontanés de certaines espèces. Sur certains cours d’eau, les loutres et les castors reviennent. Ce sont des endroits où il y a bien évidemment un ralentissement des activités humaines. 

    Ceci dit, la situation reste particulièrement préoccupante. En France métropolitaine, la surface d’habitat strictement protégée sont les réserves biologiques intégrales, aucune activité humaine ne peut avoir lieu dans ces zones, c’est 0,02% du territoire. C’est rien du tout. Partout ailleurs l’humain est présent. On ne se rend pas compte de la surdomination des activités humaines et de son intensité. Que reste-t-il à la nature ?

    La bonne question n’est pas : "pourquoi on doit protéger la nature", mais "pourquoi on la détruit".Vincent Devictor

    Venons-en aux causes, quelles sont-elles ?

    V.D : Elles sont parfaitement identifiées depuis plusieurs décennies : destruction massive d’habitats naturels, emploi des pesticides, surpêche, surchasse, etc. Mais plus globalement, c’est notre modèle de développement et une certaine vision utilitariste de la nature qui est en cause.

    C’est-à-dire ?

    V.D : Il existe toute une littérature qui s’est développée depuis une trentaine d’années pour tenter de démontrer coûte que coûte de l’utilité des espèces et des écosystèmes. Comme s’il fallait toujours justifier la nécessité de protéger la biodiversité par son utilité. La bonne question n’est pas : pourquoi on doit la protéger, mais pourquoi on la détruit. Il faut arrêter de se poser la question de son utilité pour justifier sa protection et chercher à la place les motivations plus profondes qui engendrent sa destruction.

    Est-ce vraiment pour faire plus d’emplois ? Moi j’en doute. Il y a beaucoup de projets où finalement la création d’emplois est extrêmement minime. Au final, quelle est la légitimité sociale, les conséquences éthiques et la pertinence économique de détruire la nature ? Si on prend le temps de répondre à cela, on aura des surprises sur certains projets.

    Iriez-vous jusqu’à dire que l’espèce humaine se comporte comme un parasite ?

    V.D : Il y a une grande diversité de comportements dans l’espèce humaine. Il y a des populations, des histoires et des cultures qui ont des anthropologies différentes qui ne sont pas toutes basées sur le mode de l’exploitation et la recherche de bénéfices. Il suffit de voyager un peu pour trouver d’autres types de relation à la nature que celle diffusée par l’économie capitaliste. C’est vrai au sein même de notre culture, nous ne sommes pas tous guidés par le profit et la domination de la nature.

    Et si on voyage dans le temps, c’est la même chose. On s’aperçoit que la surexploitation et la surconsommation n’ont pas toujours existé. C’est d’ailleurs assez récent cette manière d’abîmer la nature à l’échelle industrielle. Donc à la fois dans l’espace et dans le temps, on aboutit à la conclusion qu’il existe d’autres voies que celle de l’exploitation effrénée. 

    "Nous aurions besoin d’un Charlie Chaplin de l’écologie qui nous montrerait, avec humour, l’absurdité de certaines politiques"Vincent Devictor

    Selon vous, il n’est pas possible de préserver véritablement la nature sans renoncer à notre modèle de développement ?

    V.D : Absolument et pour une raison simple. La cause n°1 du déclin de la biodiversité c’est la destruction des habitats naturels et la cause n°2, c’est la surexploitation. Et quand on regarde les conversions de terre à des fins de production industrielle intensive, on a systématiquement le même constat : cela se traduit en cascade par plus de pollution et une destruction nette d’habitats naturels donc d’espèces. La majorité de ces destructions sont irréversibles. Combien de milieux artificiels sont ensuite détruits pour favoriser un retour de la nature ? 

    On peut donc faire assez rapidement le lien entre mode de développement et destruction de la nature. Il y a une forme de contradiction à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui et dont il faut faire l’analyse et la critique. Non, tout n’est pas possible. On ne peut pas à la fois maintenir un modèle de développement destructeur et protéger la nature. Il se trouve que quand vous étudiez la dynamique du vivant, vous tombez sur des contraintes écologiques et il faut admettre les notions de limite et de limitation. 

    Nos sociétés ont fait trop de compromissions. Il a toujours été question de maintenir les espèces ou les habitats naturels juste au-dessus du seuil de viabilité. Or, il y a une grande différence entre une protection minimale de la nature où l’on se contente d’éviter la disparition des espèces et une protection réellement écologique de la nature afin que les populations et les espaces naturels soient dans des dynamiques satisfaisantes sur un espace large et sur un temps long.

    C’est donc le politique qui détient la clé du problème ?

    V.D : Le politique n’est qu’un acteur parmi d’autres. Il y a aussi les associations locales et des acteurs de terrain qui ont un rôle essentiel. Mais oui, on attend du politique qu’il imprime un cap ambitieux qui n’est pas celui qu’on a connu jusqu’ici. 

    Ceci dit, j’ai impression qu’on est en train de changer d’époque. Après une phase de diagnostic et de dénonciation, c’est aujourd’hui une logique de lutte et de combat qui prévaut. Même dans le champ scientifique. Regardez ce qui a été fait sur le climat. Il a fallu des lanceurs d’alerte. Il faut également prendre la réalité du monde biologique pour ce qu’elle est et ne pas avoir peur de dénoncer des projets absurdes.

    Mais il ne faut pas non plus attendre le politique, il faut presque s’en passer car ce n’est pas forcement lui qui détient la clé. Moi, je crois beaucoup à l‘engagement sur un problème précis. Quel barrage ou quel supermarché va être construit ? A quel endroit ? Quand il y a un nouveau projet d’autoroute, est-ce vraiment un projet profitable ? Profitable à certains, probablement mais est-ce qu’il est éthiquement et socialement souhaitable ? Ce sont ces questions-là qu’il faut se poser. Dès lors, un autre projet de vie est possible afin de mettre à mal certaines absurdités. 

    Certes, il y a un cap idéologique à franchir, il ne faut plus avoir peur de dénoncer la faillite du modèle de développement durable. Mais l’engagement, il doit se faire sur des sujets précis. Pour donner une note plus légère à tout ça, je pense que nous aurions besoin d’un Charlie Chaplin de l’écologie qui nous montrerait, avec humour, l’absurdité de certaines politiques. A un moment donné, il faut reconnaitre que notre modèle de croissance économique est frappé d’injonctions contradictoires. On ne peut pas détruire la nature et la protéger en même temps."

  • LES ÉGARÉS (13)

     

     

     

     

     

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    LES ÉGARÉS 

     

     

     

     

     

     

    13

    « La vie réelle, c’est ce qui se manifeste à soi-même dans le vécu de la conscience. Le reste, ce ne sont que les conditions extérieures de vie. Le problème d’une majorité d’humains vient du fait que ces fameuses conditions représentent la trame de leur vie intérieure, qu’ils limitent leur propre extension spirituelle à l’agitation frénétique de leur existence sociale. Ils se contentent de faire et en oublient d’être. Et pour noyer les soubresauts occasionnels de l’âme bafouée, ils se projettent sans cesse dans un temps psychologique qui leur donne l’illusion d’une maîtrise. L’alternance constante entre la nostalgie doucereuse du passé ou les traumatismes anciens et la peur d’un avenir incertain ou l’espérance d’un avenir meilleur, ce chaos temporel les prive de l’instant. Ceux-là ne sont jamais là. Ils n’existent pas. Ils coexistent avec leur être réel, comme deux voisins, sans parvenir à créer la fusion magnifique qui s’offre à eux. Cette identification à leurs rôles les protège de l’angoisse du vide.

    - Et, dès lors, ils ne peuvent pas réaliser que ce vide est la vie réelle. Et qu’il permet l’éveil à la présence et à vouloir se protéger, ils se condamnent.

    - Leslie et Yoann sont sur le chemin. Ils ne le savent pas et leurs tourments leur apparaissent comme des épreuves et non comme des opportunités. Mais ça viendra. Dans cette vie. Ou plus tard. »

     

    L’impression pesante que cette impossibilité d’arrêter le flot des pensées suffit à poser un couvercle sur le réceptacle où tourbillonne l’amalgame hétérogène, la bouillie insipide des réminiscences accumulées, les souvenirs fossilisés, les inquiétudes chroniques, les tourments ingérables. Qu’il suffirait de cesser de penser, d’opérer l’esprit par une lobotomie volontaire pour que disparaisse dans le vide d’une plénitude espérée le magma perpétuel des questionnements ressassés.

    Mais cet espoir, par l’insatisfaction inévitable qu’il déclenche, entretient lui-même la source profonde des ressentis douloureux. L’espoir est un poison, elle le sait, une intoxication inconsciente, immature, futile, illusoire, le ferment des tristesses qui tombent, des sanctions érigées sur l’autel des films intérieurs, un cinéma de basse fosse.

    Elle n’a pas de solution. Elle voudrait trouver le bouchon au fond du réservoir, retirer rageusement cet obstacle à l’évacuation et contempler le tourbillon disparaître dans le siphon vorace, se vider des résidus, retrouver le vide originel.

    Le vide originel.

    Est-il accessible ? Existe-t-il une méthode favorisant l’émergence de la pureté enfouie ? Elle devine en elle, dans les profondeurs de l’esprit envasé, la blancheur cristalline d’un calice souillé de salissures, des boues ingérées par un mental perturbé. Elle reconnaît que ce Mal en elle n’est pas une intrusion forcée, un viol de son intimité spirituelle. C’est elle qui s’est laissée envahir. Elle est l’unique fautive.

    Simultanément, cette constatation nauséeuse l’encourage car elle perçoit dans cet abandon néfaste la possibilité d’une révolte, une rébellion cathartique, une épuration volontaire. Elle n’est pas condamnée à l’emprisonnement puisqu’elle a constitué elle-même les murs de sa geôle. Personne ne la retient prisonnière. Elle est son propre bourreau. Il ne lui reste qu’à inverser le fonctionnement. Une question de lucidité.

    Dans son esprit embrasé jaillissent des espoirs mirifiques, une onde de chaleurs revitalisantes.

    Et aussitôt l’éventualité d’un échec, le gigantesque défi que ce projet représente, la faiblesse dont elle a fait preuve jusque-là, l’exigence nécessaire, la charge émotionnelle de ses imbrications amoureuses, maternelles, familiales, sociales, professionnelles...

    La solitude n’est-elle pas indispensable, l’absence de volonté le ferment nécessaire, l’acceptation de la vie une clause indéfectible ?

    Impossible pourtant de croire que ce lâcher-prise puisse être autre chose qu’une condamnation irrévocable, une chute programmée dans la détresse cuisante des désirs anéantis.

    S’éloigner de Yoann et des enfants. Pas seulement à travers une randonnée solitaire mais dans une situation totalement neuve, étourdissante, exaltante, une expérience qui lui permettrait de briser les chaînes mentales qui la relient à la famille et à ce passé commun dont elle ne parvient pas à se libérer. Créer un présent vierge de tous souvenirs. Découvrir enfin l’être intime, sans identification, sans reconnaissance, sans pression. Être ailleurs. Loin. Et plonger en soi.

    Elle ne voit pas d’autre solution.

    Une autre vie, pour ne plus souffrir de celle-ci.

     

     

     

     

     

    Christian.

    Quatre mois de survie.

    Une remontée lente vers les bonheurs à saisir, une existence à étreindre, oublier l’antichambre de la mort, ne plus penser à ceux qui y croupissent, regarder la mer, les soleils couchants, marcher sur la terre, s’abandonner aux rires, retrouver le goût délicieux de l’insouciance.

    Chaque instant était un défi, chaque journée passée une vie réussie, l’impression de s’éloigner progressivement du bord de la falaise, l’appel du précipice, l’écrin reposant de la tombe.

    Christian avait repris des forces. Suffisamment pour entrer de nouveau dans le bloc opératoire. Reconstituer le front. Une prothèse. Et une première médicale.

    La science l’avait sauvé, affirmait-elle.

    Maintenant elle allait lui rendre figure humaine, combler le vide sous la peau flétrie, ouvrir de nouveau la boîte crânienne, regarder palpiter le cerveau dénudé, mouler une coque en plastique, la placer dans le réceptacle, sans rien déranger, refermer, recoudre, provoquer le réveil.

    Lui, il savait bien que Christian ne pouvait pas mourir. La science … Elle avait évidemment eu un rôle primordial.

    Mais ce patient aurait tout de même dû mourir.

    C’était ce que la science avait annoncé avant de se targuer de l’avoir ramené à la vie.

    L’histoire n’était pas finie.

    Lui, il le savait. Un livre se lit jusqu’à la dernière page, jusqu’au dernier point, jusqu’à l’ultime émotion.

    L’émotion ne s’était jamais éteinte. Elle avait incrusté son empreinte sur son existence, comme une marque aux fers rouges.

     

  • LES ÉGARÉS : L'Ange et la mort (12)

    Portes au dela

    J'ai repris ce roman.

    Je l'ai écrit, il y a dix ans.

    Et depuis ce temps, j'ai réalisé bien davantage encore à quel point ma vie a été modelée par ces jours et nuits de veille. Je sais par exemple que c'est là-bas que j'ai commencé à méditer. Sans savoir que je le faisais, sans y mettre de mots. Je sais que c'est là-bas que j'ai découvert l'incommensurable puissance émotionnelle de l'amour. C'est là-bas que j'ai découvert la force immense de la prière. Celle dont les mots ne viennent pas d'un livre liturgique mais du cœur. De son propre cœur. 

    L'énergie infinie de la vie en soi.

    Le lien avec la nature, un arbre, un parterre d'herbes sauvages, les nuages, le ciel, les oiseaux.

    La méfiance envers le monde humain et l'accueil inconditionnel de l'amour quand il survient. 

    Et la musique, celle de Keith Jarret, celle qui jaillit en moi, parfois, sans prévenir, comme un leitmotiv éternel. 

    Il sera en moi encore quand je serai mort.

     

     

    LES ÉGARÉS 

     

    27 août. Le jour de son anniversaire, dans la chambre d’hôpital, au chevet de son frère.

    Ses parents lui avaient donné de quoi acheter un disque. Keith Jarret. The Köln Concert. Il en rêvait depuis longtemps.

    « Vas-y mon chéri, prends ton temps, promène-toi, écoute des disques, ça fait si longtemps que tu es là. »

    Cette voix adorée.

    « Merci Maman. »

    Il avait glissé le billet dans sa poche. Il avait embrassé ses parents.

     

    « À tout à l’heure Christian, avait-il dit en se tournant vers son frère. Je vais chercher Keith Jarret. »

     

    Il espérait qu’intérieurement l’évocation du piano cristallin le réjouisse, que la pureté des notes l’investisse, adoucisse ses luttes.

    « T’inquiète, je te le prêterai ! » 

     

     

    Deux mois qu’il n’avait pas quitté Christian, deux mois qu’il n’était pas sorti de l’hôpital. Il avait veillé son frère comme on surveille une bougie et il avait fait de son amour pour lui une réserve de cire, l’interdiction de l’usure des forces, l’interdiction de l’affaiblissement de la flamme. Il ne savait pas si cela avait contribué au maintien de la lumière dans l’âme de Christian mais il percevait dans son propre espace intérieur l’émergence d’une force qui le bouleversait, une révélation dont il ne pouvait encore mesurer l’importance.

    En quittant le couloir des urgences, il avait réalisé qu’il allait sortir de l’enceinte de l’hôpital.

    Il s’était arrêté, le cœur battant.

    Une autre vie.

    Un autre monde.

    Des gens heureux, affairés, perturbés, inquiets, amoureux, insouciants, des voitures, des vitrines, le bruit de la ville, les couleurs, des odeurs.

    Plus de murs aux peintures délavées, les effluves écœurants des désinfectants, les blouses des infirmières, les visages abattus des visiteurs, les voix mesurées ou les pleurs, le roulement des chariots, les appels dans les chambres, les sonneries sur le panneau lumineux des salles de veille, les émanations rebutantes des nourritures industrielles, les fenêtres closes, les horizons limités, le silence interminable des nuits, l’ombre invisible de la mort.

    Une nuit, il avait imaginé être dans la mort elle-même. La vie luttait à l'intérieur pour survivre, se reproduire et s'étendre... La vie était comme un cancer pour la mort. Elle la rongeait. Il était fier de participer à cette lutte, à cette multiplication acharnée des cellules vivantes dans le corps de la mort.

    Il avait traversé le parc de l'hôpital puis l’immense parking. Son trouble avait enflé conjointement à la rumeur des rues. Il avait pensé au prisonnier qu’on lâche dans la ville après des années d’enfermement.

    Premier trottoir.

    Il s’était dirigé vers le centre-ville.

    Un autre monde.

    Tous ces gens pressés qui ne savaient rien de l’hôpital, qui ne voulaient sûrement pas en entendre parler, qui géraient leurs existences agitées comme si tout devait durer.

    Un groupe de jeunes croisés sur un passage-piétons. Ils riaient. Il suffisait pourtant d’un chauffard pour que certaines vies s’arrêtent, que d’autres soient projetées dans un monde de douleurs, d’opérations, de rééducations, de médicaments, de dépendance, de dépressions. Ils ne savaient rien de la vie. Parce qu’ils ignoraient que la mort les guettait. Et pire que la mort encore : la souffrance.

    Il avait senti avec une force immense qu’il n’appartenait plus à ces groupes humains, à cette frivolité juvénile, qu’il ne pouvait plus supporter cet aveuglement entretenu, il avait eu envie de crier, de leur dire de se taire, de penser à tous les corps brisés qui luttaient jours et nuits sans connaître l’issue du combat, qui s’accrochaient désespérément au goutte à goutte suspendu au-dessus du lit, l’attente d’une opération de la dernière chance, le corps qui se morcelle, la lucidité de l’esprit qui enregistre chaque dégradation, chaque symptôme, la moindre douleur autopsiée, les médecins qui défilent avec leurs contingents d’adorateurs, leurs dossiers et leur suffisance, leur inhumanité diplômée.

    Il n’était plus de ce monde.

    C'est de ce jour qu'il avait toujours marché en ville les yeux baissés et les yeux levés dans la nature.

    Tous ces gens mourraient un jour, demain ou dans vingt ans, quelle importance. La mort était déjà dans leurs cellules, elle les dévorait, insidieusement. Nous n’étions jamais seul. La mort, en nous, était une compagne fidèle.

    À moins, comme il l'avait imaginé, que nous naissions au cœur de la mort et que nous devions apprendre à y survivre. Certains ne tenaient pas longtemps et nourrissaient très vite le terreau des cimetières. D'autres s'acharnaient. Par défi. Vivre de toutes ses forces et épuiser la mort de l'intérieur.

    Centre-ville, rue de Siam. Il descendait vers le port militaire. Des parfums iodés. Le cri d’un goéland par-dessus les toits.

    C’est là qu’il l’avait vue.

    Elle marchait vers lui. Une tenue, une grâce, une fluidité qui l’avait bouleversé. Un choc inattendu, inespéré, comme si elle évoluait au cœur du monde sans en être aucunement atteinte, comme si le monde n’avait aucune emprise sur elle. Toutes les pensées avaient jailli comme un éclair, une fulgurance qui avait effacé en lui deux mois de cauchemar.

    Une longue robe blanche, une chemisette bleu ciel, froissée comme du papier crépon, elle marchait les yeux baissés, de longs cheveux blonds flottant sur ses épaules, le balancement mélodieux de ses bras, la rondeur de ses seins sous le tissu, pieds nus dans des sandales à lanières qui remontaient sur ses chevilles, dix mètres, il allait la croiser, il s’était arrêté pour retarder l’échéance, le souffle coupé, plus de bruits, plus de mouvements, la ville avait disparu, il ne restait qu’une bulle protectrice, un espace protégé, elle avait levé le visage, elle l’avait regardé, la profondeur d’océan de ses yeux, immenses, bleus, lumineux, il n’avait plus bougé, catalepsie contemplative, elle avait souri, un soleil sur la peau lisse de ses joues, une fleur épanouie, le galbe rosé de ses lèvres, toute la beauté du monde, une envie immense de pleurer, de tomber dans ses bras et de pleurer, de vider toute cette horreur accumulée auprès de son frère, là, sur l’épaule de cette jeune fille, sans bouger, respirer le parfum de sa peau, s’enivrer de douceur, laisser couler les douleurs et s’abandonner à la quiétude, aucun désir, juste la paix, tout oublier.

    « Bonjour. »

    Elle était passée en l’enlaçant de sa voix.

    Le miel de ses notes avait ruisselé en lui et s’était lové au creux de sa mémoire.

    Il pourrait la retrouver aujourd’hui au milieu d’une foule, juste sa voix, deux notes comme une mélodie soyeuse, une caresse indicible, au-delà des choses connues.

    Il s’était adossé à une vitrine, les jambes tremblantes, il ne savait même pas s’il avait répondu, il l’avait regardée s’éloigner, elle flottait au milieu des arabesques de sa robe, suspendue par la grâce, intouchable, intemporelle, une fée.

    Un cadeau d’ange.

    Retour.

    Il avait acheté le disque tant désiré. Il avait demandé à en écouter les premières notes dans le magasin.

    Dom… dom… dom, dom, dom…

    Cristallin. Une joie ineffable, incommensurable, une création au-delà de l'humain, un piano divin.

    Les bâtiments de l’hôpital. Si grands.

    Il s’était arrêté dans la traversée du parking. Il avait levé les yeux.

    Combien d’âmes en souffrance, combien de corps brisés, de vies sur le départ ? Certains en sortaient, aussitôt remplacés, certains y restaient, on les descendait à la morgue, la famille venait chercher le corps, une camionnette noire, le cimetière, des fleurs, des prières, le trou dans la terre, les proches qui pleurent.

    Évaluer le nombre de fenêtres. Le nombre de patients. Deux par chambre, le plus souvent.

    Combien allait mourir avant la fin de la journée ?

    Il avait repris son avancée vers la ligne de front, le couloir d’entrée des urgences puis l’escalier vers le service de neurochirurgie.

    Les cris, les pleurs, les drames, les horreurs, tout était contenu dans les murs blancs, il le sentait, rien ne disparaîtrait jamais.

    Il faudrait raser et brûler chaque pierre, tout réduire en poussière puis tout disperser dans l’océan.

    Il marcha dans les couloirs. La jeune fille flottait dans son âme.

    Elle dansait sur les notes de piano, enveloppée d'amour, l'amour de la vie.

    La grâce d’un ange.

    Septicémie.

    La broche qui consolidait le fémur. Infection nosocomiale. Les chirurgiens avaient décidé de recommencer. Nouvelle anesthésie. Combien Christian en avait-il eue ? Il ne savait plus. Nouvelle attente, les poings serrés. Cette concentration des forces.

    Il savait désormais parfaitement s’y prendre.

    Aucune déperdition d’énergie, une limitation des pensées, juste le maintien du contact avec Christian, il était avec lui, en lui, au cœur de sa survie, dans le courant de son sang, chaque pulsation de son âme, une sollicitation constante de son esprit, ne pas le laisser partir.  

    « Je suis là Christian, je suis là, avec toi, je t’attends. »

    Il avait imaginé se glisser dans une artère et remonter au cerveau, murmurer au cœur des cellules la nécessité de tenir, de ne rien lâcher, il était là, à l’intérieur, sa vie comme un don, son énergie comme une réserve inépuisable, une offrande, enlacer la vie éreintée de Christian, la réconforter, lui prodiguer tout son amour, toute sa force, établir un barrage contre la Mort, dresser des murailles, consolider les brèches, être à l’intérieur comme un guerrier farouche. Le sabre de l’amour prêt à trancher les armées de la Faucheuse.

    Il s’était installé dans le parc, sur un banc. Face à un cèdre majestueux. Adossé, les jambes étendues, il avait basculé la tête en arrière, les yeux fixés sur l’horizon vertical, une échappée par-delà les murs immenses des bâtiments, le ciel translucide semblait imiter les espaces océaniques, quelques risées écumeuses, des courants résistants à la dilution dans le corps immense, des chapelets de récifs cotonneux, la rumeur de la ville montait comme une houle indocile, quelques éclats parfois comme des vagues à l’assaut des écueils, des oiseaux blancs dérivaient sur les grands fonds, leurs arabesques lentes suivaient les vents solaires, des chemins invisibles qu’ils savaient deviner, tant de paix, cette douceur du monde par-delà les enceintes.

    Christian ne pouvait pas partir, il devait replonger dans cet amour, goûter encore aux bonheurs simples, à la vie câline, sans intention, juste la contemplation, l’abandon, la quiétude des émotions originelles, la connivence, l’osmose.

    « Ne pars pas Christian, je t’en prie. La vie a besoin de toi.»

    Toutes ces prières, cette force diffusée, cet attachement fraternel qu’il maintenait.

    Le cèdre lançait vers la lumière son sommet tabulaire, enivrant l’espace de senteurs résinées, des peuples de branches s’étalaient sur des plages de vide, dominaient la pesanteur comme des tapis suspendus, les aiguilles avides captaient les jus nourriciers, le tronc fiché dans la terre jaillissait telle une aiguille rocheuse, une colonne végétale, massive, compacte, dressée contre le Temps, des arrondis de racines couraient sous la surface, étendant leurs ancrages, tellement de forces, tellement de vie. Née d’une graine infime. Il avait pensé au germe de vie que ses parents avaient créé, Christian unifié dans le secret intime de sa mère, la fusion émotionnelle de deux amours au service de la vie. Il était impossible que ça s’arrête. Pas maintenant.

    Christian était remonté du bloc. Placé immédiatement dans une chambre stérile. Ils ne pouvaient aller le voir que deux heures par jour. Ils enfilaient une longue blouse, des chaussons en papier, ils cachaient leurs cheveux sous un fichu, portaient un masque devant la bouche. Tout devait être jeté à chaque fois. Christian ne réagissait à aucune sollicitation, il maigrissait, cinquante kilos pour un mètre quatre-vingt-seize. Branché sur des perfusions aux aiguilles épaisses.

    Charlotte passait prendre des nouvelles.

    « Ne désespérez pas, il est bien suivi. On sait traiter ce genre de problème désormais. Mes collègues m’ont dit que les médicaments étaient efficaces. »

    Ils ne la croyaient pas vraiment.

    Ils regrettaient les crises de folie. Christian y était plus vivant que dans ce sommeil mortuaire.

    L’épuisement de ses parents. Tous ces allers-retours, leur travail, les heures d’angoisse, l’inquiétude d’une sonnerie téléphonique, un appel qu’ils avaient sûrement imaginé. Ils les avaient vus vieillir, perdre le sourire, le goût de la vie.

    La masse solide de son père fléchissait, les épaules tombaient, le visage sombre, abattu.

    Sa mère semblait tendue à se rompre, aux aguets, comme un filament fragile, juste préservé par la vie suspendue de Christian.

    Comme un cordon ombilical restauré et le refus de la lame qui le tranche.

    Tenir, tenir. Ne pas couler en entraînant les autres, ne pas être celui qui perd pied, tenir, tenir, pas de faiblesse, l’interdiction de sombrer. On ne coule pas devant un rescapé. On le veille, on lui transmet son énergie, on résiste à tous les courants sombres, on lutte, on se bat, on le maintient à la surface.

    Cette impression de flotter au milieu d’un océan d’incertitudes et de ne pas avoir le droit de s’enfoncer. Penser constamment à celui qui reste, à la détresse de sa solitude intérieure, à cette lutte viscérale contre l’invasion morbide.

  • "Le temps des forêts"

    Le Temps des forêts, documentaire choc sur les ravages de la sylviculture intensive

     

    Par  le 

    Du Limousin aux Landes, du Morvan aux Vosges, Le Temps des forêts nous emmène en voyage au cœur de la sylviculture industrielle et de ses alternatives. Au cinéma le 12 septembre.

    Le temps des forets, de François-Xavier Drouet
    Le Temps des forêt, l’affiche du film.

    Le genre
    Documentaire

    Le pitch
    Symbole aux yeux des urbains d’une nature authentique, la forêt française vit une phase d’industrialisation sans précédent. Mécanisation lourde, monocultures, engrais et pesticides, la gestion forestière suit à vitesse accélérée le modèle agricole intensif. Du Limousin aux Landes, du Morvan aux Vosges, Le Temps des forêts propose un voyage au cœur de la sylviculture industrielle et de ses alternatives.

    L’auteur
    Né en 1980, François-Xavier Drouet a suivi le master de réalisation documentaire de Lussas après des études en sciences sociales. il vit et travaille sur le plateau de Millevaches où a été tournée une partie du film.

    Mon humble avis
    Ce documentaire engagé a le mérite de donner la parole à toutes les parties, et donc aussi aux partisans de la sylviculture intensive. On découvre dans le film les revers sociaux et environnementaux de ce modèle d’exploitation, qui favorise notamment les espèces de résineux plus rentables : pin maritime dans les Landes et pin Douglas dans le Limousin et le Morvan.

    Ces monocultures mettent en péril la biodiversité de la forêt française : elles conduisent en effet à pratiquer des coupes rases de plus en plus fréquentes, qui nuisent à sa régénération naturelle. Inexorablement, la forêt disparaît pour laisser place à des friches évoquant une scène de bombardement. En outre, les bûcherons d’hier ont été remplacés par des engins énormes de quelques 20 tonnes, qui provoquent des glissements de terrain quand ils opèrent sur les pentes. D’où la pollution des cours d’eau et l’appauvrissement des sols par retournement et tassement.

    Le temps des forets, de François-Xavier Drouet
    Image extraite du film.
    Le temps des forets, de François-Xavier Drouet
    Image extraite du film.

    Vulnérable, la forêt devient peu à peu dépendante de l’agrochimie : les sylviculteurs doivent désormais déverser sur les friches devenues stériles des engrais chimiques et des pesticides pour que les jeunes pousses d’arbres puissent se développer ! Et voilà comme on boucle la boucle pour Monsanto-Bayer…

    Outre le prix des intrants, il faut dans ce modèle acheter ces abatteuses qui valent des fortunes car il s’agit de produire très vite du bois standardisé en masse. Place donc aux résineux qui poussent facilement. Et à des engins comme la John Deere, la 1270G, moteur 6 cylindres turbocompressé refroidi par air qui vous abat et dépiaute un arbre en moins d’une minute chrono (on en a trouvé une sur internet à 149 000 € d’occasion, avis aux amateurs). Et vive l’endettement paysan : avec l’engouement pour ces nouvelles machines, les banquiers agricoles doivent aussi se frotter les mains…

    Enfin, le film nous montre que la France se trouve menacée non de déforestation comme le Brésil mais de « malforestation ». « Quelle forêt voulons-nous demain ? interroge le réalisateur, François-Xavier Drouet. Un champ d’arbres artificiel ou un espace naturel vivant ? »

    Une scène du film
    La scène culte est celle où intervient Michel Boyau, gestionnaire de forêts privées dans les Landes. Il est marrant Michel, dans le genre décomplexé. On roule sur une route rectiligne où les pins maritimes sont alignés en rang d’oignons, comme des soldats au garde à vous. Morne paysage s’il en est.
    — « Ça vous plaît ? » demande le réalisateur en voix off.
    — « Moi ça me va, c’est le mien » grommelle le gestionnaire qui défend le modèle intensif. Et de se comparer à un « général » qui inspecte ses troupes…

    On l’aura compris, Michel aime la forêt au carré, bien dégagée sur les oreilles, qui n’empêche pas ses abatteuses de circuler. La voiture s’arrête dans un chemin et notre homme fait constater fièrement que sur son domaine, on n’entend pas le moindre pépiement. Et oui, l’absence de vieux arbres vieillissants ou morts dotés de cavités, de vieilles souches limite les possibilités de nourriture et d’hébergement tant des insectes que des oiseaux. Seuls subsistent les charançons qui ravagent le pin des Landes puisqu’il n’y a plus d’oiseaux pour les manger. Mais on s’en passe puisqu’il suffit d’épandre des pesticides en forêt (scène que l’on a interdit au réalisateur de filmer) pour éliminer les charançons.

    SAUVER LES APPARENCES

    Et puis une forêt sans volatiles c’est quand même plus propre, pas de chiures sur les aiguilles de pin. Sans compter qu’ils n’arrêtent pas de faire du bruit, ça pourrait gêner le travail des bûcherons… C’est comme ça que Michel aime travailler, il ne voit pas pourquoi il faudrait changer. S’il n’y avait pas ces enquiquineurs de l’administration (il ne le dit pas, mais le pense très fort) qui l’obligent à laisser ça et là un arbre abattu pour préserver un minimum de vie et sauver les apparences…

    Toutes ces petites contraintes, c’est peut-être bon pour la nature, concède-t-il, mais sur le plan de l’économie « c’est mauvais ». Et l’argent (les gestionnaires/exploitants sont souvent rémunérés au rendement), c’est quand même plus important. Si ça se trouve, à cause de ces foutues réglementations, sans compter celles qui pointent à l’horizon, il ne pourra pas se payer à son prochain Noël l’abatteuse de ses rêves. Ou sa piscine, ou son 4×4, on ne sait pas trop. Salauds d’écolos…

    Un extrait du film


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  • Trouver la paix en soi

    Première séance d'écoute musicale en classe.

    J'ai beaucoup parlé ces deux premiers jours.

    Sur l'attention, la concentration, les pensées, les émotions, la paix, la conscience, l'esprit, le mental, le calme, la vie en soi, l'amour.

    Il était temps de les amener à chercher en eux...

     

    « Rien sur la table, aucun objet, enlevez vos montres ceux ou celles qui en ont une. Vous pouvez garder les yeux ouverts mais vous les laissez dans le flou, sans rien fixer, sans rien identifier, juste ouverts sur rien de précis, comme si vous étiez dans le brouillard. Ou vous fermez les yeux. Vous pouvez croiser les bras sur la table et y poser la tête.

    La seule chose qui importe, c’est que vous ne fassiez rien et que vous le fassiez bien. Rien, ça signifie aussi de laisser les pensées aller et venir, sans chercher volontairement à les saisir et à les développer. Vous allez inévitablement avoir des pensées mais ne faites rien avec elles. Laissez-les passer.

    Il arrivera même peut-être à un instant que vous réalisiez que vous ne pensiez à rien mais à ce moment-là, il s’agira de la pensée qui vous dit que vous ne pensiez à rien.

    C’est très bien. Laissez cette pensée partir comme les autres.

    Vous écoutez, c’est tout, c’est la seule chose sur laquelle vous devez être attentifs. Souvenez-vous de mes explications. Etre attentif, c’est percevoir le monde extérieur. Etre concentré, c’est se retirer du monde extérieur et percevoir le monde intérieur.

    Pour entendre la musique, vous devez être attentifs à elle, uniquement à elle puis lorsque la musique vous aura totalement investie, qu’il n’y aura plus qu’elle en vous, qu’il n’y aura qu’elle qui agira sur votre conscience et que les pensées s’apaiseront, doucement, lentement, alors vous sentirez la présence de votre conscience en vous, non pas une conscience vers le monde extérieur mais une conscience de la vie en vous.

    Votre respiration, les mouvements de votre cage thoracique, la chaleur, les points de contact de votre tête sur vos bras, de vos fesses sur la chaise, de votre dos contre le dossier.

    Ne faites rien d’autre que de regarder tout ça depuis l’intérieur.

    Peut-être que vous aurez envie de bouger un peu, faites-le, sans bruit, puis recommencez à observer le calme.

    Ne faites rien d’autre.

    Puis, peut-être qu’à un moment, vous ne ferez plus rien. Rien du tout. Peut-être que vous n’entendrez plus vraiment la musique, peut-être qu’elle ne sera plus que des sons lointains, peut-être que vous n’aurez plus aucune pensée, peut-être que vous commencerez à vous enfoncer dans une sorte de sommeil.

    Laissez faire. Imaginez juste une dernière chose.

    La vie en vous est heureuse de cette paix intérieure.

    Mais n’attendez rien de tout ça, ne vous demandez pas si ça va arriver, ne cherchez pas la paix. Si vous la cherchez avec vos pensées, vous ne la trouverez pas.

    Elle est déjà là. Elle n’a pas besoin de vos pensées. Elle a besoin de votre amour pour elle. Remerciez-là, enlacez-là, serrez-là contre votre coeur mais pas avec vos pensées...Avec votre amour.

    Si vous ne comprenez pas encore tout ce que je dis, si vous ne ressentez pas cette paix et cet amour, ne vous inquiétez pas. Cela aussi, ça s'apprend et pour l'apprendre, il faut commencer par vider de votre conscience tout le bruit que le monde extérieur y a mis. L'amour de la vie s'entend dans le silence intérieur.

    Ecoutez."

     

     

  • Viande et réchauffement

    La surconsommation de viande alimente le réchauffement climatique

    Par : Sarantis Michalopoulos | EURACTIV.com | translated by Manon Flausch

     28 janv. 2016

    Notre surconsommation de viande pèse sur notre santé et sur l'environnement. [David Blackwell / Flickr]

    Langues : English

    Commentaires Imprimer      

    Cet article fait partie de l'édition spéciale La nouvelle PAC se penche sur le changement climatique.

    Édition spéciale. Notre consommation excessive de viande aura inévitablement un impact dangereux sur le climat, avertit une nouvelle étude, qui encourage les gouvernements, plutôt réticents, à agir.

    Les agriculteurs font face à un défi de taille : comment nourrir cette population mondiale qui croît à un rythme effréné ? Un rapport publié en novembre 2015 par Chatham House et le Glasgow University Media Group analyse l’interconnexion entre la consommation de viande et de produits laitiers et le changement climatique.

    Près d’un tiers des terres cultivées dans le monde est utilisé pour l’alimentation animale. Rien que dans l’UE, 45 % de la production de blé est utilisée pour nourrir les animaux. 30 % de la consommation totale est en outre importée. Au niveau planétaire, les problèmes associés à l’augmentation de la consommation de viande ne devraient faire que s’intensifier.

    « La consommation mondiale de viande devrait augmenter de 76 % d’ici 2050. Une ‘transition protéinique’ est en marche dans les pays en développement : avec l’augmentation des revenus, la consommation de viande augmente également », souligne le rapport de Chatham House. Si la demande de viande dans les pays développés stagne, elle s’est stabilisée à un niveau « excessif », poursuivent les auteurs du rapport.

    Surconsommation

    Cette surconsommation rend plus difficile la réalisation de l’objectif de limite du réchauffement climatique à 2°C prévu par l’accord de la COP 21.

    « Ce n’est pas tenable. La population mondiale, qui augmente, ne peut pas se diriger vers le niveau de consommation de viande des pays développés sans que cela entraine des conséquences sociales et environnementales énormes […] C’est un des moteurs principaux de la déforestation, de la destruction des habitats et de l’extinction d’espèces », selon le rapport.

    >> Lire : La viande aussi dangereuse pour la santé que pour le climat

    Les États-Unis, champions du monde la consommation de viande

    C’est aux États-Unis que l’on consomme le plus de viande. Chaque Américain consomme en moyenne environ 250 g de viande par jour, alors qu’un Indien n’en consomme que 10.

    En Europe, l’Allemagne est en tête, suivie du Danemark, de l’Espagne et du Portugal. Un sondage du ministère fédéral allemand de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Protection du consommateur, indique que 83 % des Allemands mangent de la viande plusieurs fois par semaine.

    >> Lire : La surconsommation de viande des Allemands aggrave le changement climatique

    « La production de viande en masse a un impact sur la vie des citoyens, l’environnement, la biodiversité et le climat partout dans le monde », regrette Adrian Bebb, spécialiste de l’alimentation chez les Amis de la Terre Europe. Des alternatives plus durables existent et doivent être encouragées par les institutions publiques. Ce qui se trouve dans nos assiettes n’est plus une question privée. »

    Agriculture et changement climatique

    Au sein de l’UE, l’agriculture représente 10 % des émissions de gaz à effet de serre, principalement à cause de deux gaz : le méthane, libéré lors de la digestion animale et par le fumier, et l’oxyde nitreux (ou protoxyde d’azote), issus des engrais azotés minéraux ou biologiques.

    « L’agriculture est une source importante de gaz à effet de serre. Le secteur pourrait pourtant contribuer de manière importante à la lutte contre le changement climatique en jouant un rôle de siphon et en stockant du carbone dans la matière organique du sol et la biomasse », explique à EURACTIV un porte-parole de la Commission.

    Selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la consommation de viande et de produits laitiers représente près d’un quart de l’impact environnemental de la consommation totale de biens et services dans l’UE à 27. La production d’un kilo de bœuf nécessite par exemple 617 litres d’eau.

    >> Lire : La production de viande bovine coûte cher à l’environnement

    En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, la production de bétail et de fourrage génère plus de six milliards de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone.

    Selon les données Eurostat, en 2014, l’Allemagne, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni sont les pays européens accueillant le plus de têtes de bétail dans l’UE. Les cochons sont surtout présents en Allemagne et en Espagne (respectivement 28,3 et 26,6 millions d’individus), les vaches en France (19,3 millions) et les moutons au Royaume-Uni (23 millions).

    Appel à une action gouvernementale

    À ce jour, les gouvernements craignent une réaction négative des consommateurs et de l’opinion publique et rechignent à agir.

    >> Lire : La réduction des émissions agricoles s’annonce complexe en UE

    Le rapport de Chatham House encourage donc une intervention gouvernementale centrée sur des campagnes de conscientisation nationales. Celles-ci pourraient mettre en évidence le lien entre la surconsommation de viande et l’environnement et d’autres objectifs politiques, comme le budget santé.

    « Le message devrait se concentrer sur les bénéfices associés à une réduction de la consommation », insiste le rapport : une meilleure santé et la protection de l’environnement. L’implication des médias et de « spécialistes non-partisans, comme des scientifiques » est également un élément important.

    Le rapport souligne également qu’un changement d’alimentation nécessitera « des stratégies complètes » combinant la promotion des alternatives à la viande dans les supermarchés et des initiatives qui augmenteraient le prix de la viande. Il pourrait s’agir de « la suppression des subsides directs ou indirects à l’élevage », d’incitations à la production d’aliments alternatifs à la viande ou d’une taxe sur le CO2, par exemple, qui pénaliserait la viande et les autres produits polluants.

    « La capacité des gouvernements à influencer les habitudes alimentaires est de plus en plus importante et le public l’accepte de mieux en mieux », conclut, encourageant, le rapport. Dans certaines régions européennes, comme la Flandres, les cantines scolaires proposent à présent un menu végétarien au moins une fois par semaine. Un engagement pour l’environnement qui se révèle également pratique pour les élèves musulmans ou juifs, par exemple, qui ne mange que de la viande halal ou casher.

    >> Lire : De la viande, mais à quel prix ?

    PLUS D'INFORMATION

    Groupes de réflexion

    • Chatham House et Glasgow Media Group: Meat Atlas (en anglais)

    ONG

    Agences européennes

    ONU

  • KUNDALINI : La Présence et la Grâce

    Kundalini

     

    KUNDALINI


    "Tu veux dire que tout à l’heure, ce sentiment d’amour que j’éprouvais jusqu’à en ressentir un plaisir physique, c’est la vie en moi ?

    -Je pense que la vie renforce dans la réalité ce que nous percevons d’elle. Et elle t’a offert en retour le plaisir que tu lui offrais en l’aimant.

    -Effectivement, c’est bien au-delà d’un simple optimisme béat.

    -C’est même une tâche très exigeante. Ce regard aimant sur la vie n’est pas une chose aisée. J’ai longtemps vécu ma maladie comme une sanction, une pénitence dont j’ignorais la raison. Et puis, j’ai appris, peu à peu, avec des hauts et des bas, à observer objectivement ce que je découvrais grâce à elle. Et il s’agit bien d’un état de grâce d’ailleurs. Je ne pense pas que l’état de grâce suscite du bonheur. C’est l’inverse. Le bonheur éveille en nous l’amour de la vie pour elle-même. C’est ce que j’appelle la Présence. Cette émotion immense qui nous submerge, elle n’est pas de notre ressort. Je pense que la création a multiplié les formes de vie pour prendre conscience d’elle-même et que rien n’est plus beau pour elle que de vibrer amoureusement en nous. Lorsque tu atteins cet état, lorsque la Présence te submerge, la grâce est en toi. »

  • L’œil était dans la cage et regardait l'humain.

     

    Regard bleu cage g

    L'oeil était dans la cage et regardait l'humain.

    Tout comme il était dans la tombe et regardait Caïn.

    Il faut regarder cet oeil, non pas distraitement mais au plus profond de nos coeurs, de nos âmes, de nos consciences.

    Avons-nous conscience de cette ignominie du meurtre répandu sur la Terre comme un fait avéré qu'on ne peut renier ? 

    J'ai mangé des animaux pendant quarante ans et je ne supporte plus ces regards désemparés.

    Je ne sais pas à quoi ce cochon pense mais il pense, c'est une certitude.

    Tout comme les poules et les lapins, les agneaux et les moutons, les vaches et leurs veaux.

    Et je n'oublie pas les animaux de la mer arrachés à leur élément pour mourir sur cette terre ferme où ils n'ont que faire.

    Que me dit ce regard ? Que me dit ce cochon et tous ces êtres vivants que l'on condamne à l'assiette ? 

    Ils pensent peut-être à cette nature perdue qu'ils ont si peu connue et pour certains jamais avant de mourir. 

    Bien entendu, je n'en ai aucune certitude mais je peux avancer en tout cas que ce cochon n'est pas heureux de son sort. 

    Qui donc le serait ?

    Il m'est impossible d'affirmer que les animaux n'éprouvent pas la joie de vivre. Il suffit de les observer dans leur mileu naturel.

    Leur milieu naturel et non une cage. 

    Et il convient dès lors de repenser à la phrase de Spinoza :

    "Nous ne désirons pas les choses parce qu'elles sont bonnes ; nous les considérons bonnes parce que nous les désirons".

    Et dès lors disparaît la joie de vivre de l'animal derrière le paravent immense de nos désirs alimentaires.

    Des désirs que nous jugeons comme de bonnes choses. 

    Et l'oeil de l'animal dans sa cage n'existe même plus. Cette tristesse infinie est bannie des assiettes.

    Il ne reste qu'une tranche de viande.

    Un jour, j'ai donc décidé que je ne mangerai plus jamais d'animaux, qu'ils soient terrestres ou marins.

    J'ai décidé également que je ne porterai plus de graisse superflue parce que cela représente à mes yeux le pillage de la Terre. Je prends un peu de poids en hiver, comme le font les marmottes. Je le reperds en quelques semaines au retour des beaux jours. 

    Je ne mange que selon ma faim. Rien d'autre.

    Et le plaisir de cette conscience de mes actes est un plaisir bien supérieur à celui d'une côtelette d'agneau. 

    Je pesais 75 kilos avant de ne plus manger d'animaux. 

    J'en pèse aujourd'hui 55 pour une taille de 1m76. Pour la médecine, je suis dans un état de maigreur. Mon IMC est trop bas. 

    J'ai pourtant enchaîné cette semaine deux sommets en ski de randonnée et deux sorties de vélo de route. Je retourne en montagne demain.

    En ne mangeant que le matin et le soir. Juste le nécessaire. Et avec grand plaisir et non cette idée fausse de la privation ou de l'ascétisme ou même comme on me l'a dit de l'anorexie.

    C'est juste une question de conscience de mes actes et cette conscience me nourrit bien plus que la matière elle-même.

    Je ne souffre d'aucune carence. Mon médecin généraliste devant mon amaigrissement a tenu à ce que je fasse une prise de sang et son commentaire a été le suivant : "J'aimerais que tous mes patients aient de tels résultats. "

    L'éducation alimentaire de nos sociétés modernes a rendu le meurtre animal légal, banal, généralisé, irréfléchi, inconscient.

    Je voudrais que sur les barquettes de viande et les étals de charcuterie soient affichés les regards des animaux dans leur cage, la terreur dans leurs yeux quand ils sentent la mort s'approcher.

    Bien évidemment qu'ils savent qu'ils vont mourir.

    Je pourrais mettre ici des dizaines de vidéos qui le prouvent. 

    Mais depuis que j'ai commencé à parler de végétarisme, d'écologie, de survivalisme, de collapsologie, je sais que des lecteurs et lectrices ont effacé ce blog de leurs listes.

    Il pourrait ne plus y avoir aucun lecteur que rien ne changerait dans mes convictions. Mais se poserait alors le problème de la diffusion du message. 

    Si j'en viens à écrire dans le vide, quel serait l'intérêt ?

    Je n'ai pas besoin de me convaincre de ce que je dis.

    Doit-on dès lors se taire et espérer que chaque conscience humaine suivra un jour le même chemin que le mien ?

    Je ne me pose plus la question de la légitimité de mon engagement pour la cause animale, pour la planète entière.

    J'ai la certitude que j'ai raison. 

    Il est impossible, humainement, de continuer à remplir nos assiettes d'une telle souffrance. 

    Et le mot "humainement", je l'emploie volontairement. 

    Que sommes-nous sur cette planète ? Des humains ou des bourreaux ?  

    La masse considérable de gens obèses m'interpelle. Je ne parle pas de problèmes médicaux profonds et de leurs effets secondaires mais de ces gens qui se gavent de tout comme pour remplir un vide existentiel.

    L'obésité et le surpoids sont bien souvent des troubles existentiels.

    Et c'est donc à travers la conscience de soi, et de la vie en soi, et de la vie autour de soi que se trouvent la guérison de ces êtres. Je ne les juge pas. Je les plains. 

    Mais je plains plus encore les animaux qui perdent la vie pour les troubles existentiels de ces humains.  

    Des scientifiques ont mis à jour une maladie moderne : la stéatose non alcoolique. L'acronyme "NASH". Ils parlent de pandémie. La "maladie du foie gras".

    Une partie de l'humanité meurt à se nourrir. Se nourrir et mourir. 

    Les Anciens le disaient : "Il ne faut pas vivre pour manger mais manger pour vivre."

    Nous avons enterré nos Anciens et leur sagesse avec.   

    Et nous avançons aveuglément vers un futur immonde.