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  • Vivre autrement : la simplicité volontaire (humanisme)

    MODES DE VIE ALTERNATIFS

     

    http://www.permatheque.fr/

    Prenant conscience du manque de sens de nos vies modernes, régis par la consommation et la quête de superflus, nombre d’entre nous tendent à retrouver une certaine harmonie par le “retour aux sources”, se rapprochant de la nature et retrouvant le goût des choses simples et vrais.

    Le système ne facilite pourtant pas les choses, beaucoup de barrières ont été mises en place pour nous brider, afin de maintenir le peuple dans la société capitaliste. Pourtant, malgré les obstacles, et faisant parfois certaines concession, gardant tout de même quelques liens avec le système, certains on réussi à changer de voie, et à retrouver la simplicité.

    Voici quelques documentaires et vidéos nous montrant ces personnes ayant quitté le circuit imposé pour vivre librement :

    Être Sans Avoir

    Ce reportage de 52 minutes nous emmène découvrir une famille s’étant installée sur un terrain isolé en campagne, contournant la loi pour construire leur future maison en prétextant un bâti agricole,  et vivant de débrouille dans la quête de simplicité, loin du système de consommation. Non reliés aux réseaux, ils disposent pour autant du confort nécessaire, et offrent à leurs enfants un cadre de vie sain et agréable. Un bel exemple de réussite.


    Vivre Autrement

    Un beau documentaire nous menant à la rencontre de ces personnes qui ont choisi de vivre autrement et de manière plus saine, pour eux, pour leurs enfants, pour l’environnement. En solitaire, en couple, en famille, ou bien en communauté, tous on choisi de repartir sur de meilleurs bases, plus proche de la nature, loin du système de sur-consommation et d’illusions.

     


    Volem Rien Foutre Al Païs

    Un documentaire partant en quête de propositions alternatives conrètes et expérimentées. On y découvre de nombreux lieux où les gens ont décidé de vivre autrement, et mis en place des systèmes autonomes et viables sur le long terme.

     


    Vivre Autonome et en Autarcie, c’est Être Heureux

    Ils ont quittés leurs vie “classiques” et leurs boulots d’ingénieurs, d’infirmières… où ils n’avaient même plus le temps de vivre pour se retrouver, en paix, au cœur de la forêt. Vivant dans des abris auto-construits et se nourrissant en majorité de plantes sauvages comestibles, ils réapprennent à vivre simplement.

     


    Les Décroissants, Moins Consommer Pour Mieux Vivre

    Un reportage d’Envoyé Spécial sur la décroissance nous présentant plusieurs voies relativement différentes par leur cadre, mais toutes dans une même optique : s’éloigner de la sur-consommation. En seconde partie, une ex-professeur ayant choisi de quitter la société pour vivre dans une yourte, dans un confort rudimentaire mais avec la liberté de vivre telle qu’elle l’a décidé : en harmonie avec la nature, et ses animaux.

     


    Vivre Dans Une Yourte

    David Lebouille et sa petite famille on décidé d’emménager temporairement dans une yourte le temps de construire leur éco-habitat. S’y plaisant tellement, ils envisagent maintenant d’y rester à l’année.

     

    Ici une très courte vidéo d’un couple vivant, avec plusieurs autres familles, en yourtes, sur un terrain aménagé dé débrouille.

     

    Inspiré du livre de Sylvie Barbe, ce film/reportage de Florence Chaumont intitulé “Un Chemin de Liberté” nous présente son mode de vie en yourte, autonome en énergie grâce à des dispositifs d’énergie renouvelable et enclin à la simplicité, au milieu de la forêt.

     

    Montage d’une Yourte

     


    En Route Vers La Simplicité

    Bref résumé d’un voyage de 16 mois à travers le monde en quête de lieu et modes de vie alternatifs dans des fermes biologiques, petits villages et communautés autonomes.

     


    Vivre Sans Argent

    A la suite d’un travail université ayant pour but de traverser l’atlantique sans argent, Benjamin Lesage décida de changer radicalement de mode de vie. Il nous explique son point de vue dans cette vidéo d’une douzaine de minutes.

     


    Une Génération sur la Route

    De plus en plus de jeunes fuient le système, se lançant sur les routes, à pieds ou en camions, seuls ou en groupe, vers un mode vie emprunt de liberté et de simplicité.

     


    Les Sentiers de l’Utopie

    Un voyage à la fois réel et imaginaire, vers ces lieux où l’on a décidé de vivre de manière “utopiste”. Ce périple en camping car nous invite à découvrir divers lieux et pensées alternatifs.


    Les Sentiers de l’Utopie – Le Livre à partir de 13 €
     


    Marinaleda, Un Autre Monde Possible

    Voilà plus de 30 ans que Marinaleda, village espagnol, mène une vie dite utopiste : la véritable démocratie, directe, où chacun a la parole et la possibilité d’intervenir dans les décisions collective. Chaque habitant y touche également le même salaire, afin de maintenir l’égalité entre tous.

     


    Le Dernier Trappeur

    Un film de Nicolas Vannier, mettant en scène le quotidien d’un trappeur en Amérique du Nord, tentant une dernière année de vivre en liberté dans ces immensités menacées par l’expansion de l’industrie forestière. Le film nous montre le déroulement de la construction à la main d’une fuste, maison authentique des trappeurs canadiens, ainsi que de magnifiques paysages de nature sauvage. A voir.


    Le Dernier trappeur en DVD à partir de 5 €
     

    Dans cette lignée je vous invite également à regarder Le Triathlon Historique, où Nicolas Vannier et ses compagnons traversent l’Amérique du Nord à la manière des Pionniers, sans matériel moderne, uniquement à cheval, traineau et radeaux construits de leurs mains au fil du voyage. D’ailleurs, tous ces films sont très beaux et à voir.


    Vie Sauvage – [Bande Annonce Seulement]

    Le film est surtout axé sur le combat d’un homme face au système, souhaitant à l’inverse de sa femme que ses enfants grandissent en marge, de nature et de simplicité. La mise en scène pousse certains à lui donner tord, même si le fond est honorable.


    Vie Sauvage en DVD à partir de 14.99 €
     


    Into The Wild – [Bande Annonce Seulement]

    Un jeune quitte le système, pour vivre de liberté, sur la route et dans les grands espaces d’Alaska. Tiré d’une histoire vraie relatée dans le titre du même nom.

    Into the Wild en DVD à partir de 6.59 €


    Les Ondes de Robert – [Bande Annonce]

    Robert Episse a choisit de vivre de simplicité, en dehors de la société, dans une cabane de sa construction en campagne ardéchoise. Vivant avec ses bêtes, il ne s’est pourtant pas couper du monde, restant en contact régulier avec les gens, ses amis, la famille. Il pose dans ce documentaire, la question : Où se trouve l’Essentiel ? Lire Plus

     

     

     

     


    Découvrir nos autres Listes :

    Documentaires sur la Société

  • Le manque, le besoin, le désir.

     

     

    Le manque crée un besoin et le désir de l'assouvir.

    Je ne vois pas les besoins comme étant à la source de nos actes. Il n’y a pas de « besoin spontané » mais a priori la conscience d’un manque qui va générer un besoin et donc un désir.

    « Je manque de sommeil et j’ai donc besoin d’aller dormir, je désire être au calme. »

    « Je manque de contacts humains et j’ai donc besoin de voir du monde. Je désire aller là où je trouverai de la compagnie. »

    « Je manque d’affection et j’ai donc besoin de tendresse. Je désire rencontrer un ou une partenaire. »

    « Je manque de reconnaissance et j’ai donc besoin d’être vu, entendu, écouté, aimé…Je ne pourrai m’aimer que si je suis aimé et je désire donc prendre une place qui me fera exister aux yeux des autres et m’apportera la satisfaction personnelle d’être reconnu. »

    Etc etc etc

    On pourrait penser que le besoin précède le manque mais à mon avis, je ne peux pas prendre conscience d'un besoin de façon spontanée. Si je décide de mettre des chaussettes plus chaudes, c'est parce que mes pieds manquent de chaleur. Il n'y a rien sinon qui me pousserait vers ce désir de trouver des chaussettes plus épaisses. Il n'y a pas de besoins a priori. Ils sont nécessairement issus d'un manque.  

    Il me semble qu’une bonne partie de nos actes sont déterminés par ces états de manque et parfois même de souffrances. Il est donc indispensable d’établir en soi une hiérarchie immuable quant aux manques fondamentaux, aux besoins puis aux désirs qu’ils éveillent. C’est dans cette autopsie spirituelle que peut s’instaurer une forme d’autonomie existentielle. L’individu qui a une parfaite connaissance de ses fonctionnements internes peut se libérer des attachements secondaires. Il arrive un moment où les désirs disparaissent, où les besoins sont tous rassasiés et où les manques sont comblés. Le seul désir qui soit alimenté, c’est de maintenir la plénitude atteinte et par conséquent de rester parfaitement appliqué à user de l’instant. Aucun regret, aucun espoir. Juste être là. Lucide, conscient, stable, observateur. Jusqu'à ce ce que disparaisse le désir de la plénitude lui-même puisque ce désir entrave la conscience de l'instant.

    Quand on ne manque plus de rien, il n'y a plus de besoin, sinon celui que ça dure. Les désirs répondent par conséquent à des données essentielles.

    Il convient donc d'établir la liste des manques fondamentaux et de vérifier si les besoins qui leur sont associés sont assouvis. C'est là que la paix intérieure s'installe. Dans "la simplicité volontaire" et ça n'est pas simple à réaliser...

    Si on repense aux travaux de Maslow, « le besoin de s’accomplir » représente le sommet de l’aspiration humaine. Mais ce « sommet » est devenu avec la société marchande une course à la puissance, à la possession et par conséquent à la consommation. Dans l’esprit de nombreux individus, il s’agit de « s’accomplir » dans l’échelle sociale et non dans la dimension spirituelle.

    Pour faire un point personnel, il suffit de se poser cette question : « Quelle est mon idée du bonheur ? » Les réponses détermineront l’engagement dans la société marchande.

     Tout le problème actuel et qui est à la source des problèmes de la planète entière, c’est que l’état de plénitude est incompatible avec la consommation et le maintien de la "croissance matérielle".

    Un individu en paix ne consomme que l'essentiel et n'éprouve donc plus aucun manque. Il devient donc indispensable pour les Maîtres financiers d'organiser la société de façon à ce que les individus éprouvent continuellement des désirs, même si les données vitales sont déjà contentées. Sur ces désirs, les Marchands induiront l'idée d'un besoin qui génèrera la révélation, fausse évidemment, d'un manque...Pour eux, le désir est le moteur et il faut l'envelopper en créant des besoins qui ne répondent à aucun manque. Les Médias se chargeront de propager la façon d'assouvir ces désirs. Il suffit d’ouvrir un magazine « people »dans une salle d’attente ou de s’asseoir une journée entière devant la télévision ou d’allumer la radio et d’aller sur une chaîne « commerciale. » Le matraquage est constant…

    Le monde occidental n'est qu'une machine à consommer, un système adorant la "croissance matérielle" et maudissant la "croissance spirituelle". Rien de bon n'est à attendre du sommet de cette pyramide. C'est à chaque individu de choisir à quelle croissance il souhaite s'attacher...

    Ce fonctionnement changera le jour où les adultes n'induiront plus ce schéma de pensées aux enfants...Donc, il faut que le nombre d'adultes "conscients" augmente et augmente encore et il arrivera un jour où le "nombre déclencheur" sera atteint et où le paradigme spirituel deviendra la norme...

    De toute façon, c'est la seule solution pour que l'humanité survive. Car c'est dans la croissance spirituelle que se fera la décroissance matérielle. La COP21, celles qui suivront et toutes les autres grandes messes des Papes de la finance ne serventt qu'à imposer des restrictions dérisoires et bien souvent éphémères mais ces rencontres n'ont aucun impact philosophique. Les dirigeants iraient même jusqu’à dire que la croissance spirituelle est une atteinte à la liberté de consommer…

    C'est là justement qu'il fallait laisser parler les "terroristes écologiques" qui sont dispersés à coups de lacrymogènes et de matraques. Ils ne viennent pas que pour dénoncer les malversations mais aussi pour présenter un autre fonctionnement.

    Être capable d'anticiper, ça paraît fou mais les politiciens en sont incapables au-delà de la durée de leur mandat. La pression des Financiers qui contribuent à leurs élections est trop forte pour que leur ego carriériste s’y oppose. C’est le rêve de leur vie qui leur tend les bras. Le pouvoir….

    Les indiens Kogis, de leur côté, ne prennent une décision collégiale qu'à partir du moment où ils sont certains que ça n'impactera pas négativement l'existence des deux prochaines générations...

    Dans les pays "modernes", on se projette sur les prochaines élections mais pas plus loin. Il faut préserver la « croissance ». Jusqu'à inventer l'idée d'une "croissance verte". Aucune croissance ne peut être verte, ni vertueuse. 

     Sur l'impact aux enfants, il n'est qu'à regarder la période de Noël....Il suffirait d'aller voir débarquer les porte containers venus d'Asie avec les millions de jouets en plastique...Plastique, pétrole, usines, pollutions, déchets....La consommation matérielle...Le formatage au "bonheur matérialiste"...

    Une fois adultes, les jouets en plastique deviendront des voitures, la piscine dans le jardin ou des écrans plats, super plats, super plats arrondis, super arrondis dans les coins plats ou super plats dans les angles arrondis, avec un son super dolby mega bass sound heavy clear et une télécommande reliée également au robot ménager qui va chercher la bière au frigo avec écran incorporé où apparaît la liste des victuailles disponibles etc etc etc etc...Tout cela sera toujours présenté comme une absolue nécessité quand il ne s'agit que de désirs inventés de toutes pièces.

    Les Marchands trouvent toujours une dernière astuce « absolument indispensable », le "progrès" qui va changer notre vie….

    Il n’y a évidemment aucun manque fondamental, ni par conséquent aucun besoin réel mais tout sera mis en place pour instiller malgré tout les désirs d’avoir…

    On ne s'intéressera évidemment pas à la quête de "l'être"...

    Les fêtes marchandes continuelles. Si vous calculez le temps de télévision quotidienne attaché à l’idée de consommation, c’est effrayant.

    Il suffit de penser aux millions de sapins tronçonnés et qui finiront dans une benne à Noël. Acheter un sapin en pot avec racines et aller le replanter dans la forêt serait déjà un acte hautement symbolique....

    Et les lendemains de fêtes aux repas pantagruéliques qui seront suivis de "régimes alimentaires". Sans parler des millions d'animaux abattus pour remplir les assiettes. 

    Et cette humanité se croit évoluée ? C'est consternant, pitoyable et infiniment destructeur.

    Ils existent pourtant ces adultes conscients. C'est juste que la masse n'en entend pas beaucoup parler....Les Medias s'abstiennent de les présenter étant donné que ces médias travaillent prioritairement à la diffusion des désirs....Financiers, Politiciens, Marchands, Médias....Et face à ce gang, il reste les individus isolés qui se regroupent de plus en plus....Il y a beaucoup de monde chez les Colibiris....Un joli vol d'oiseaux qui ne bat pas des ailes pour aller aux soldes....

    Quand je vois par exemple, les restrictions « légales » qui se multiplient contre les individus « rebelles » qui décident de vivre dans un camion, dans une yourte mobile, un container aménagé ou une cabane au fond des bois, il faut comprendre qu’il s’agit essentiellement pour les Gouvernants financiers de casser ce mouvement de « dé-consommation » contraire à la « croissance ». Ces gens sont des dangers pour la société marchande. Il faut donc limiter leur extension.

    Les « éco-villages » représentent une autre mise en forme de cette vie « dé-consommatrice ». C’est l’autonomie qui est visée par la communauté et bien entendu, c’est encore une fois incompatible avec les objectifs de la société marchande et les règles et les lois que les Gouvernants instaurent. C’est un défi gigantesque de développer une communauté de ce type, un travail colossal…

    Et c’est bien pourtant vers là qu’il faudra se tourner.

    Identifier les manques fondamentaux.

    Analyser les besoins.

    Autopsier les désirs.

    Une fois ce travail achevé, chercher une existence compatible et s’y engager.   

    Se pose malgré tout le problème des gens qui n'ont même pas les moyens d'assouvir les manques vitaux et qui en sont réduits à limiter les besoins. Ceux-là n'ont pas d'autre désir que de vivre un peu mieux. Ou de survivre. Ceux-là, les "sans dents", n'intéressent pas les financiers. Leur pouvoir d'achat est trop dérisoire. Il faut juste contenir leur colère et leur éventuelle désir de rébellion.

    Platon l'a écrit il y a bien, bien longtemps : Pour maintenir un peuple dans l'obéissance, il faut q'une partie conséquente soit misérable et que les autres craignent trop de le devenir pour aller les soutenir. Les désirs doivent se porter vers le haut de la pyramide et non vers la solidarité envers la masse démunie.

    Rien n'a changé depuis. 


     

  • L'amour des âmes

    "Malheur à qui n'aura aimé que des corps, des formes, des apparences 

    La mort lui ôtera tout 

    Tâchez d'aimer des âmes 

    Vous les retrouverez "

    Victor Hugo


     

    Peut-on parler d'amour s'il n'y a pas de rencontres d'âmes ?

     

  • KUNDALINI : L'Unité

    "Tout dans l'Univers est fait d'une danse d'atomes. Tout est vibration. Les animaux, les plantes, la forêt sont conscience mais aussi le minéral. Ainsi, les pratiques tantriques cherchent à produire en nous une conscience directe de cette nature vibrante du monde. La pratique du yoga ou de la danse tantrique peut nous faire sortir de l'ego et nous faire connaître l'expérience directe de cette réalité vibratoire. L'ego s'arrête sur les formes et nous fait concevoir comme étant isolés du monde. Cependant, nous pouvons être amenés à percevoir que non seulement, nous sommes vibration mais que cette vibration et la vibration extérieure sont en réalité une seule chose. Notre pensée peut concevoir cela mais cela restera un concept. D'où l'importance des pratiques corporelles dans le tantra. Le corps a la faculté de nous faire ressentir l'illimité. Il est comme un bébé. Ce n'est pas la peine d'expliquer à un bébé qu'il est en lien avec le cosmos, il le vit directement. Donc, finalement, le premier ressenti que nous avons, c'est de faire un avec la totalité. C'est la chose la plus naturelle. Puis nous ""apprenons"" avec l'éducation et l'enseignement à séparer les choses et à nous éloigner de cette unité."

    Daniel ODIER

     


     

     

     Je réalise, qu'en fait, depuis que j'écris des romans, c'est ce que je cherche à transcrire. Et il en est de même dans "KUNDALINI" où l'expérience de la sexualité sacrée plonge les individus dans cette conscience vibratoire.

    Je réalise, qu'en fait, j'ai eu la chance immense, enfant, de vivre dans la nature, près de l'Océan, dans les bois, de courir sur les rochers, de grimper aux arbres, de faire des cabanes, de manger des châtaignes cuites sur un feu de bois, d'écouter les oiseaux, le murmure d'un ruisseau, de jouer avec les nuages, de nager tout nu dans les vagues, de sentir mon corps vivant, aimant, puissant...

    Je réalise, qu'en fait, aujourd'hui, tout ce que je vis est dans la continuité de ces expériences originelles, que la contemplation d'un lever de soleil ou le jeu des rayons de l'astre avec les nuages, que le silence du petit matin, la rosée sur les plantes, le cheminement aléatoire d'une chenille dans l'herbe, l'eau d'un torrent de montagne, tout ce que j'aimais enfant est toujours là mais avec une conscience vibratoire de plus en plus profonde, intense, bouleversante.   

    J'aime infiniment tout ce que ces ressentis unitaires génèrent de transformations dans ma vie quotidienne. La conscience de l'unité, de ma responsabilité envers tout ce qui vit, de l'osmose qui me tend les bras, de cet effacement de l'ego dans la contemplation du monde, de l'amour infini que j'éprouve en plongeant dans les yeux de la femme qui partage ma vie dans une dimension spirituelle commune, dans le bonheur d'accompagner les trois enfants que la Vie nous a offerts...

    Tout le reste est si insignifiant, si dérisoire. Cette dispersion quotidienne dans des événements sans cesse renouvelés, des agitations d'égos qui voudraient exister autant que les autres égos qu'ils croisent sans jamais prendre conscience que tout ça n'est qu'un jeu de marionnettes, des bouts de tissus cousus sur des corps nus, des âmes pures, des consciences divines. 

    Je veux retrouver la nudité originelle. Je veux arracher de mon âme tout ce qui a été rajouté au fil du temps, tout ce qui n'est pas de ce monde naturel, de cet espace vibratoire, de cette communion avec la Vie en moi, en nous, en Tout.

    Je veux mourir totalement nu, l'âme légère. 

     


     

    Kundalini web 1

    « C’est bon, Maud, tu peux y aller. »

    Elle n’avait plus peur des vagues. Elle les aimait.

    Elle apprendrait à se laisser porter, sans crainte, offerte à l’épreuve, ouverte et confiante, sans aucun ancrage, sans attachement, sans remord ni tentation de se projeter au-delà de l’instant quand il porte lui-même la plénitude.

    Elle posa les mains sur le rocher et le regarda comme un partenaire. Juste la joie d’être là et de partager la présence.

    Elle s’appliqua à lire les prises et à se positionner, à anticiper les gestes dans une simple observation, sans aucune émotion craintive.

    Être là. Juste là. Comme les grains de la roche, comme les tapis ras des mousses éparses, cette petite plante grasse près de sa main, fragile et pourtant tenace, enfouie dans une faille au-dessus du vide, seule, sans espoir de croissance faste, sans espoir de compagnie.

    Pourquoi là ?

    Et pourquoi se poser la question puisque c’est inéluctable ? Pourquoi interpréter à travers un mental limitant l’extension de la vie ?

    Être juste là, légère, aimante.

    Aimante.

    Aimantée à la vie.

    Non pas par nécessité mais par choix. Non pas dans la dépendance mais dans la conscience qui libère.

    Elle ancra les doigts sur deux réglettes plates. Elle appuya le chausson du pied droit sur une bossette et monta la jambe gauche à hauteur du bassin. Elle appliqua la pointe du chausson sur un relief aigu. Elle inspecta le mètre suivant et visualisa le geste à accomplir. Ramener la jambe droite à hauteur de la main et crocheter un becquet qui pointait sur la gauche, prendre appui sur les deux jambes fléchies comme une grenouille et se déployer pour atteindre la fissure horizontale.

    Être juste là et aimer l’instant pour que vive le suivant, dans sa complète mesure, dans un déploiement intégral, sans aucune interférence, sans aucune impureté.

    Le choix lui appartenait.

    L’existence égotique ou le saisissement de la vie.

    Elle atteignit le relais, une petite vire, juste assez large pour les pieds. Elle noua la corde dans les mousquetons pour être libre de ses gestes.

    Quand elle leva les yeux, elle croisa le regard de Sat.

    Un regard étrangement soutenu, comme une interrogation envoutée qui ne sait s’exprimer.

    « Maud ?

    -Oui.

    -Comment tu te sens ?

    -Très bien, merveilleusement bien.

    -Tu grimpais régulièrement avant ?

    -Non, pas vraiment. Une ou deux fois par mois, guère plus. »

    Un moment de silence.

    Elle finit par sourire devant son air ébahi.

    « Qu’est-ce que tu as ? Tu me regardes bizarrement.

    -Qu’est-ce que j’ai ? reprit-il. Eh bien, tout simplement que de te regarder grimper, j’en suis resté bouche bée. On dirait que tu as fait ça tous les jours de ta vie. »

    Elle l’observa, intriguée puis elle se pencha. Observation du parcours.

    Une dalle inclinée, peu de prises visibles, un cheminement qui ne l’avait nullement inquiétée.

    Un flash, comme une évidence.

    Aucune peur, aucune projection, elle ne se souvenait même pas d’une émotion quelconque, rien ne s’était figé, comme si dans l’exigence de l’effort, les troubles mentalisés n’avaient trouvé aucune faille, aucun support, aucun amarrage. Se laisser porter par les vagues.

    Tout était là.

    La sexualité sacrée.

    Tout était là.

    Aucune peur. Être là, impliquée en soi, concentrée et aimante, dans un saisissement ultime de chaque instant.

    Elle buvait les révélations comme des élixirs de conscience.

    Une ébullition joyeuse et lucide. Elle en sentait les parfums colorés, des senteurs capiteuses qui l’envahissaient, une effervescence qui irradiait dans l’intégralité de son corps, comme une nourriture dynamisante, un élixir de jouvence.

    Tout se mettait en place et même si l’observation n’aboutissait pas encore à l’émergence d’une structure stable et durable, elle devinait une naissance à venir, comme ces matins calmes des cieux ouverts, lorsque la lumière de l’astre montant enlace les altitudes.

    Elle percevait la clarté et elle acceptait l’attente. Elle en contemplait même les effets.

    Sans aucun trouble, sans le moindre sentiment de menace ou cette peur absurde de ne pas être à la hauteur.

    « Je ne t’ai pas quittée des yeux, Maud. Tu avais un visage concentré mais également une espèce de douceur, comme un sourire intérieur. Tu avais l’air si heureuse. Comme si ton bonheur te portait. Tes déplacements, chacun de tes gestes. J’avais l’impression que les prises naissaient sous tes mains. C’était beau, juste beau et je t’ai contemplée. Vraiment contemplée.»

    Cette jubilation neutre. Elle n’en avait jamais connu les délices. Cet amour de la vie en soi, cette force sereine. L’étonnant assemblage de la joie et de la clairvoyance. Tout devenait possible.

    « Qu’est-ce qui est beau, Sat ? Moi ou ce que la vie fait de moi ? Je n’ai rien choisi dans tout ce qui m’arrive. Je n’y suis pour rien. Ça pourrait être déprimant d’ailleurs et pourtant j’ai juste envie de jouir de mon bonheur. »

    Elle apprenait si vite. Il en fut subjugué. L’impression d’assister à l’apparition d’une âme pure, comme libérée de toutes entraves, un guide spirituel qui prenait la parole.

    Elle avait les yeux brillants des femmes comblées.

    « Il faut que tu grimpes, Sat. Parce que là, j’ai très envie de te déshabiller et d’honorer ton corps. Il faut que tu t’éloignes et moi il faut que je fasse sortir tout ça. J’ai l’impression de bouillir. »

    Il éclata de rire et fit semblant de s’empresser.

    Il posa les lèvres sur la bouche de Maud, juste un effleurement et elle l’étreignit aussitôt. Une langue avide et gourmande, des mains baladeuses.

    « C’est bon, je file, je file, » lança-t-il, amusé.

    Elle le regarda reprendre l’ascension sans quitter des yeux l’émotion pétillante qui la tourmentait délicieusement.

    « Moi ou ce que la vie fait de moi ? »

    La question tournait comme un carrousel. Elle devait l’explorer. Quelle était la part réelle de ses choix ?

    Elle choisit justement de ne plus y penser et s’en amusa.

    Elle suivit Sat des yeux, émoustillée et contemplative.

    Elle laissa le sourire s’étendre, comme une fleur qui s’ouvre, un amour qui s’offre.

    Lorsqu’elle s’engagea à son tour, elle ressentit immédiatement cette vague intérieure, cette chaleur qui l’avait inondée dans les bras de Sat. Elle observa avec amusement l’accélération de son cœur, l’impression qu’il gonflait de bonheur, qu’il absorbait sans aucune retenue le souffle originel du monde.

    « Moi ou ce que la vie fait de moi ? »

    Indissociable complicité. Aucune prédominance. Elle pouvait être ce que la vie lui proposait de devenir. Elle pouvait être, à l’opposé, ce qu’elle refusait d’éprouver, comme un déni du partage, comme un enfermement égotique. Nul jugement mais un choix. La conscience de ce choix, il fallait la saisir.

    C’est là que sa vision sembla s’étendre, sans qu’elle ne comprenne le phénomène. Elle passa une main sur les yeux et respira profondément.

    Aimer au-delà de l’amour identifié, au-delà des formes, aimer au-delà des balises anciennes, au-delà des connaissances apprises.

    Des frémissements dans son ventre, des picotements dans ses mains. Un déversement continuel de perceptions vierges de toute mémoire, un champ visuel qui s’étendait au-delà des limites connues.

    Elle leva les yeux vers Sat et elle se figea.

    Là, sur la roche, comme des risées écumeuses sur la mer, chaque point de contact de Sat avec la roche.

    Là où il était passé.

    Des balises qui rayonnaient.

    Non, elle n’était pas folle.

    La roche suintait d’amour. Elle n’avait pas d’autres explications. Des atomes excités, des étincelles de matière éthérée. Elle ne chercha pas à comprendre.

    Le monde nous aimait quand nous l’aimions. C’est tout.

    Se pouvait-il d’ailleurs que la vie soit ailleurs que dans cet amour diffusé ? Ne portions-nous pas également l’exact contraire du projet originel ? N’étions-nous pas les propres fondateurs du chaos ? Notre mental se privait de l’amour et le remplaçait par la possession. Incapables d’aimer la vie en nous, nous en adorions follement les artifices. Un gâchis qui la tourmentait puis soudainement, la conscience que ce constat amer contribuait à l’étouffement du bonheur.

    Être là, aimer et se libérer de l’empoisonnement des regards toxiques.

    Des atomes dansants devant les yeux. Un plant de fougères inséré dans une fissure. Elle en contempla les formes, les symétries parfaites, les arrondis et les veines, les canaux diffuseurs, les entonnoirs à lumière. Elle caressa les feuilles du bout de l’index et en absorba la douceur.

    Partenaire de vie.

    Tout était là.

    Le territoire de l’amour.

    Elle dansa sur la roche dans une étreinte souple et délicate, aérienne et joyeuse.

    Elle rejoignit Sat au sommet de la falaise et éclata de rire.

  • Le sol se meurt

    Rémi, le plus âgé des deux garçons a fini ses études, master en biologie.

    Léo, son petit frère a pris la même voie. Jusqu'au doctorat en écologie. 

    Marine, notre fille aînée a depuis longtemps choisi une voie personnelle dans laquelle la société de consommation ne représente nullement un modèle. Elle vit avec son chien et ses chèvres dans un lieu qu'elle a fabriqué de ses mains, au milieu de la forêt. 

    C'est dire "l'engagement" de nos enfants. 

    Les discussions à la maison ont toujours été passionnantes durant toute leur enfance et le sont tout autant aujourd'hui.

    Tout ce qu'ils nous ont appris...Tout ce qu'ils ont contribué à changer en nous... À se demander qui dans l'histoire est le plus influencé par l'autre. Un échange constant finalement. Nous les avons emmenés vivre dans la Nature de multiples expériences, nous avons parlé et parlé pendant des milliers d'heures, ils ont saisi l'importance de la culture, du savoir, de la réflexion, de l'esprit critique, de l'analyse objective.

    Et nous avons réalisé au fur et à mesure l'impact de cette histoire commune.

    Aujourd'hui, la prise de conscience dont ils font preuve me renvoie à ce que j'étais à leur âge et je réalise à quel point j'étais inscouciant et immature. C'était une chance finalement puisque cela signifiait que l'état de ce monde ne produisait pas encore d'inquiétudes chroniques et diverses. 

    Tous les enfants vivent aujourd'hui dans un monde d'urgence.

    Il y aura ceux qui refuseront obstinément de le voir et qui contribueront à accentuer le désastre et puis les autres, ceux qui, ne pouvant bien souvent pas s'opposer aux mécanismes en place, "sortiront du cadre" et construiront, au mieux, une "société familiale" ou peut-être une communauté qui leur permettront de respecter leurs convictions. Et je pense, finalement, que c'est la meilleure solution. 

    S'en tenir à ses idéaux. Et si quelqu'un finit par s'y intéresser, ce sera SA décision et non un mouvement de masse qui comme tous les mouvements de masse finira par être récupéré par les mécanismes du système qu'il pensait combattre...

    Alors, nous lisons tout ce que nos enfants diffusent, nous les écoutons, nous réfléchissons avec eux. Et c'est magnifique de réaliser qu'ils nous éveillent. 

    Il reste malgré tout ce sentiment honteux de gâchis au regard de l'involution de ce monde occidental et cet état des lieux pitoyable.

    J'en suis responsable, vous, tout le monde, comme tous ceux qui nous ont précédés.

    À défaut de pouvoir réparer toutes nos lâchetés, nos ignorances, nos aveuglements, notre naïveté, nos paresses, nos fuites, nos dénis, notre bêtise, il nous reste au moins à écouter ce que les jeunes ont à nous dire. Tous les jeunes. Et mieux encore, à accompagner ceux qui ont encore l'énergie et la foi pour tenter de sauver ce qui reste. 

    Je ne voudrais pas mourir honteux.

    Et j'aimerais savoir que les générations futures n'auront pas à ériger un musée de la honte contenant toutes les folies de leus ancêtres. Il serait d'ailleurs impossible d'imaginer la taille du bâtiment. 

     


    L'article du jour, envoyé par Rémi.


    9-12-2013
    Mots clés

    Alimentation
    Agriculture 
    France 

    Pollué, labouré, oublié : le sol français est en train de disparaître

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    Pollué, labouré, oublié : le sol français est en train de disparaître

    (Crédit photo : LSDSL - Wikimedia)

    On croit souvent cette ressource illimitée. Mais près d'un quart des sols français sont menacés de disparition. Explication.

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    ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

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    Sous les pavés et le bitume, la terre est bien mal en point. Dans de nombreux champs, c’est encore pire. Les sols de France sont en danger, et on commence à peine à s’en rendre compte. « On a longtemps considéré les sols comme un simple support de l’agriculture, et on pensait qu’on savait très bien les gérer. Les scientifiques ont commencé à réaliser dans les années 1990 que ce n’était pas le cas, mais il a fallu attendre 2012 pour qu’il y ait une prise de conscience internationale du phénomène » , alerte Dominique Arrouays, président de l’Association française pour l’étude des sols (Afes) et organisateur d’un colloque dans le cadre de la journée mondiale des sols, la semaine passée, le 5 décembre.

    Difficile à concevoir, mais le sol qui nous entoure est bien une ressource très limitée. La couche de 30 cm de terre qui recouvre une bonne partie des terres non immergées (et non bétonnées) de la planète est le subtil résultat de la très lente dégradation des roches. On trouve plus d’organismes vivants dans une poignée de ce mélange richissime que d’êtres humains sur la surface de la planète. De ces terres dépend la quasi-totalité de notre alimentation bien sûr, mais aussi notre climat. En effet, les sols du monde contiennent sur à peine 30 cm de hauteur autant de CO2 que toute l’atmosphère terrestre (environ 800 milliards de tonnes).

    Touche pas à mon sol

    Et pourtant nous dégradons ce patrimoine à grande vitesse. Une partie des sols s’érode et finit sa course dans les rivières et les océans. La faute principalement à l’agriculture intensive qui laboure et laisse les sols nus et donc sans défense une bonne partie de l’année. Et qui a détruit les haies et prairies qui limitaient le ruissellement des eaux. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) estime que cette seule érosion frappe 24 milliards de tonnes de sols par an, soit 3,4 tonnes par être humain. Enorme. En France, la situation est inquiétante notamment en région parisienne mais aussi dans une partie de la Bretagne et de la Picardie (voir carte ci-dessous réalisée dans le cadre du projet GISSOL).

    « Dans ces régions, on peut voir l’érosion à l’œil nu avec les ravines, les rigoles ou les rivières qui sont marrons, pleines de boues », indique Dominique Arrouays. L’autre grand danger pour le sol, c’est le béton. D’après le ministère du Développement durable (aujourd’hui remplacé par le Service de l’observation et des statistiques), 600 km2 de terres sont artificialisées chaque année en France, soit l’équivalent d’un département tous les dix ans. « Le sol n’est alors plus exploitable à jamais. Et il ne joue plus son rôle de filtration des eaux de pluie », note le spécialiste. On s’en rend compte souvent trop tard, lors d’événements violents, comme les inondations. Et la liste des mauvais traitements infligés aux sols ne s’arrête pas là : ils sont aussi tassés, pollués, contaminés, acidifiés et perdent en biodiversité.

    « Le pic sol »

    Le problème, c’est que l’on dégrade ces sols beaucoup plus vite que la nature n’en crée. A-t-on atteint le « pic sol », comme on a atteint le pic du pétrole ou le pic de certains métaux ? « A mon avis on l’a déjà dépassé oui. Il y a des régions en France où l’on perd entre 20 tonnes de sol par hectare et par an, alors qu’il s’en forme entre 100 kilos et une tonne par hectare et par an », s’alarme le président de l’Afes qui estime qu’au moins 20% des sols français sont en situation de déficit. Soit autant de territoires qui pourraient se retrouver sur le caillou à l’échelle de quelques dizaines d’années. A tel point que, selon l’expression du spécialiste des sols Claude Bourguignon« nous manquerons de blé avant de manquer de pétrole ». La course au sol est déjà lancée, notamment en Afrique où l’accaparement des terres se fait au détriment des populations locales

    Peut-on faire machine arrière ? De nombreuses solutions sont connues. D’abord, reconquérir les milliers d’hectares de friches industrielles plutôt que de bétonner des sols « vivants ». Ensuite, changer les pratiques agricoles, en labourant moins, voire plus du tout, en cultivant des plantes « pièges à nitrates » entre deux cultures, en retrouvant les bienfaits de la prairie. Cela passe aussi par nos jardins où ne pousse trop souvent qu’une pelouse bien tondue et où les pesticides sont répandus sans façon. Chacun peut aussi contribuer à nourrir la terre de ses déchets organiques en adoptant des lombrics. Pas d’excuses, de nombreux citadins montrent que c’est possible même sans jardin, voire même au pied des immeubles.


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  • "Unus Mundus"

     

    Unus mundus, du latin « Monde un », renvoie à la notion d'une réalité unifiée sous-jacente, de laquelle tout émerge et à laquelle tout retourne. Elle a été popularisée par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Ce terme apparaît pour la première fois au XVIe siècle chez Gerhard Dorn, un étudiant de Paracelse.

    Les concepts jungiens d'archétype et de synchronicité sont liés à l'unus mundus, les archétypes étant des manifestations de l'unus mundus et la synchronicité, ou « coïncidence significative », étant dépendante de l'union de l'observateur et du phénomène via l'unus mundus.

    Synchronicité et Hasard

    par Hans Primäs


    http://www.metapsychique.org/synchronicite-et-hasard.html

    Les phénomènes synchronistiques sont caractérisés selon Carl Gustav Jung par la coïncidence significative d’un phénomène physique objectif avec un phénomène psychique sans qu’on puisse imaginer une raison ou un mécanisme de causalité évident. A partir de la correspondance maintenant disponible de Jung avec le théoricien de la physique Wolfgang Pauli, on constate que Pauli a eu une participation décisive pour la préparation finale de cette idée. On évoquera les questions qu’ils se sont posées dans leurs discussions sur la causalité, la reproductibilité, le hasard, la probabilité et l’évolution biologique.

    Le problème de la complémentarité entre psyché et matière, signalé plusieurs fois par Pauli, est aujourd’hui reformulé par la vision de la physique quantique moderne. Comme la partie matérielle de l’unus mundus est décrite correctement par la mécanique quantique, il est concevable de supposer que les structures les plus fondamentales de cette théorie puissent avoir une validité en dehors du domaine matériel. On montrera que, selon cette supposition, des corrélations holistiques entre la psyché et la matière sont possibles si, et seulement si, il existe des propriétés incompatibles non seulement dans le domaine matériel mais aussi dans le domaine psychique.

    (Par Hans Primäs) [1]

    En 1992 est apparue dans les éditions Springer la correspondance entre le psychiatre Carl Gustav Jung et le physicien théorique Wolfgang Pauli - un document de premier ordre relatif à l’histoire des idées [2]. A côté de beaucoup d’informations personnelles - qui ne nous intéressent ici que de façon secondaire - il s’agit surtout de discussions sur la relation entre la psyché et la matière. En partant de leurs domaines professionnels respectifs, le psychologue Jung et le physicien Pauli sont parvenus tous les deux avec une concordance remarquable à la supposition de "l’existence d’un seul monde, dans lequel la psyché et la matière seraient une seule et même chose, que nous distinguons uniquement pour mieux les connaître en eux-mêmes" [3]. Jung a écrit dans une lettre datée de 1956 :

    "Je ne doute pas que la psyché objective contienne des images qui éclaircissent le secret de la matière. On peut se rendre compte de telles relations dans les phénomènes synchronistiques et leur a-causalité. Aujourd’hui, ces phénomènes ne sont encore que de vagues idées, et c’est à l’avenir qu’est réservé le travail de regroupement des expériences qui éclaircissent un peu cette incertitude" [4].

    A première vue on pourrait s’étonner que ce soit Pauli qui se soit occupé intensivement de façon théorique de la psychologie des profondeurs de Jung. Pauli - le rationaliste et l’inexorable physicien à l’esprit critique, surnommé par ses collègues "la conscience vivante de la physique théorique" ou encore "le terrible Pauli". Cependant le "problème psychophysique" a toujours été parmi ses principaux centres d’intérêt. Dans une lettre à Markus Fierz en novembre 1949 Pauli a écrit :

    " ... la possibilité des lois de la nature m’a toujours paru fondée sur la coïncidence archétypique de nos attentes (psychique) avec un phénomène naturel extérieur (physique). Pour l’organisateur abstrait, la distinction "physique-psychique" n’existe justement pas. Sur ce point il me semblerait que la "pensée scientifique" serait seulement un cas particulier parmi des possibilités plus générales [5].

    1. Premières idées de Jung sur la synchronicité

    Les études de Jung sur des "phénomènes inexplicables" ont commencé en 1902 avec sa thèse "Psychopathologie des phénomènes dits occultes" [6] et ont abouti à l’interprétation archétypique de la synchronicité. Selon cette interprétation, l’archétype à la base des phénomènes de synchronicité serait un coordinateur de la réalité psychique et matérielle où la coordination se déroule selon leur signification commune. Jung considère la psyché et la matière comme deux aspects d’une "unité" non divisée qui est inaccessible par voie directe :

    "De même que la psyché et la matière sont contenues dans un seul et même monde, elles sont en outre en contact permanent et reposent finalement sur des facteurs transcendants incompréhensibles ; De fait, il est possible et même très probable que la matière et la psyché soient deux aspects différents d’une seule et même chose. Les phénomènes synchronistiques me semblent incliner dans ce sens : du non-psychique pourrait se comporter comme du psychique, et inversement, sans qu’il y ait de relation causale entre eux." [7]

    Les conceptions de Jung se distinguent par principe de celles de Freud, en particulier par rapport à l’autonomie de l’inconscient, qu’il a nommé plus tard la "réalité de l’âme". Contrairement à Freud, Jung s’intéressait surtout aux "grands rêves" qui ont une signification numineuse et dans lesquels se trouveny des contenus symboliques qu’on rencontre souvent dans l’histoire de l’humanité, comme des motifs mythologiques ou des images primordiales que Jung qualifiait d’"archétypes" dans ses premières oeuvres.

    Le concept de "principe synchronistique" apparaît très discrètement par la première fois dans un éloge funèbre pour Richard Wilhelm dans le Neuen Zürcher Zeitung du 6 mars 1930 :

    "La science du "Yi King" n’est pas basée sur le principe de causalité mais sur un principe qui n’est pas nommé jusqu’ici - car il n’apparaît pas chez nous - que j’appelle à titre d’essai le principe synchronistique. Mon occupation avec la psychologie des phénomènes inconscients m’a contraint, il y a plusieurs années déjà, à chercher un autre principe explicatif car le principe de causalité m’est apparu insuffisant pour expliquer certains phénomènes étranges de la psychologie de l’inconscient. [8]"

    Dans ses Tavistock Lectures en 1935 Jung a répondu à une question sur le parallélisme psychophysique :

    "Le corps et l’esprit sont deux aspects de l’être humain, et cela est tout ce que nous savons. Pour cette raison je préfère dire que les deux choses surviennent ensemble d’une façon mystérieuse et en rester là, car on ne peut pas s’imaginer les deux choses comme étant une seule. Pour mon usage personnel, j’ai conçu un principe qui doit montrer ce fait d’être "ensemble", j’affirme que l’étrange principe de la synchronicité agit dans le monde lorsque certaines choses se produisent d’une façon plus ou moins simultanée et se comportent comme si elles étaient la même chose, tout en ne l’étant pas de notre point de vue. [9]"

    "L’Orient fonde sa pensée et son évaluation des faits sur un autre principe. On n’a même pas de mot pour rendre compte de ce principe. L’Orient a bien sûr un mot pour cela mais nous ne le comprenons pas. Le mot oriental est Tao... J’utilise un autre mot pour le nommer mais c’est assez pauvre. Je l’appelle synchronicité. [10]"

    La synchronicité selon Jung se réfère à des événements où il se passe des choses dans la réalité extérieure qui sont en correspondance significative avec une expérience interne. Les phénomènes synchronistiques sont des coïncidences significatives où l’espace et le temps apparaissent comme des grandeurs relatives. "Synchronicité" ne veut pas dire "en même temps" mais "avec le même sens". La partie du phénomène synchronistique qui se produit dans la réalité extérieure est perçue par nos sens naturels. L’objet de la perception est un événement objectif. Cependant Jung écrit :

    "Il demeure pourtant un événement inexpliqué, car dans les conditions de nos présupposés physiques, on ne pouvait pas s’attendre à sa réalisation. [11]"

    Bien entendu, la synchronicité n’est pas une explication, c’est en premier lieu le fait de donner un nom aux faits empiriques suggérant l’existence des coïncidences significatives. Jung a souligné qu’"en ce que concerne la synchronicité, la principale difficulté réside dans le fait de voir sa cause dans le sujet tandis que, selon ma conception, elle se trouve dans la nature des processus objectifs" [12] . Les phénomènes synchronistiques remettent en question le concept physique d’objet tout comme les concepts classiques d’espace et du temps et ils concernent donc également les physiciens intéressés aux questions philosophiques.

    Jung traîna avec lui ses idées sur des "coïncidences significatives" pendant des années, sans leur donner leur forme définitive. Il a longtemps hésité avant de les présenter au grand public. Après une conversation avec Pauli, en novembre 1948, ils ont commencé une correspondance intensive [13], dans laquelle Pauli a encouragé Jung à rédiger ses pensées sur la synchronicité. En juin 1949 Jung a envoyé à Pauli un brouillon "entouré partout de signes d’interrogations" [14] pour qu’il l’examine en détail. Pauli a pris vivement part à la mise au point ultérieure du concept de la synchronicité de Jung. Dans leur correspondance (partiellement) publiée, il ressort que la critique constructive de Pauli a été essentielle. La version définitive de Jung a été le résultat de beaucoup de révisions - inspirées par les commentaires critiques de Pauli - et elle est apparue en 1952 sous le titre La synchronicité comme principe des relations acausales [15] dans un volume publié conjointement avec Pauli et intituléExplication de la nature et de la psyché [16]. Ici, il ne s’agit "pas du tout d’un travail complet de description et d’élucidation de ces faits complexes", comme Jung l’a souligné dans son préambule, "mais uniquement d’un essai afin de... soulever le problème."

    Les phénomènes synchronistiques se comportent selon Jung comme des hasards gorgés de sens. Ils sont caractérisés par la coïncidence porteuse d’une signification d’un phénomène objectif physique avec un événement psychique sans qu’on puisse imaginer une raison ou un mécanisme causal. Jung a listé parmi les exemples de coïncidences significatives la télépathie, des pratiques divinatoires comme le Yi King ou encore la technique d’interprétation de l’astrologie, mais aussi les effets secondaires souvent observés en cas de décès : une horloge s’arrête, une photo tombe du mur, un verre se brise. L’existence des événements synchronistiques est souvent mise en doute car ils sont rares voire exceptionnels. L’argument le plus convaincant de leur réalité est une tradition millénaire et - en dernière instance, la seule valable - l’expérience personnelle propre.

    Les phénomènes synchronistiques perdent beaucoup de leur force de conviction quand on les raconte simplement. Ils ont une qualité d’expérience numineuse et on doit l’expérimenter soi-même. La seule chose qui compte est le saisissement personnel. Une discussion de tels phénomènes subjectifs fait sauter le cadre de la science traditionnelle, dite "objective" mais jamais le cadre d’un examen sérieux. Des véritables événements synchronistiques ont un caractère numineux, tel qu’on ne les crie pas sur les toits. Pour ne pas délayer complètement le concept de synchronicité, on pourrait envisager de le restreindre aux événements qui sont inouïs et bouleversants.

    2. Wolfgang Pauli et la synchronicité

    Pauli était réceptif aux idées de Jung sur les "coïncidences significatives" principalement pour deux raisons : d’abord, il était bien préparé philosophiquement parlant. L’essai de Schopenhauer Le sens du destin : spéculation transcendante sur l’intentionnalité apparente dans le destin de l’individu a eu sur Pauli "un effet fascinant et très durable et il semble avoir préparé Pauli pour un changement futur dans les sciences physiques et naturelles" [17]. Dans son article important publié en 1956, La science et la pensée occidentale, Pauli a écrit : "L’ancienne question de savoir si, sous certaines conditions, l’état psychique de l’observateur pourrait influencer le déroulement de la nature matérielle extérieure n’a pas de place dans la physique d’aujourd’hui. La réponse était évidemment affirmative pour les anciens alchimistes. Dans le siècle dernier, un esprit critique tel que le philosophe Arthur Schopenhauer, excellent connaisseur et admirateur de Kant, a considéré dans son essai Magnétisme animal et magie que les effets dits magiques étaient largement possibles et il les a interprétés dans sa terminologie particulière comme des "influences directes de la volonté qui vont au delà des limites de l’espace et du temps". Sous cet angle on ne peut pas dire que des raisons philosophiques a priori soient suffisantes pour refuser immédiatement de telles possibilités" [18].

    Mais l’intérêt que portait Pauli aux "coïncidences significatives" n’était pas purement académique. Dans sa jeunesse Pauli avait été marqué par une mentalité rationnelle extrêmement spécialisée, avec laquelle il a eu des sérieuses difficultés à l’âge de trente ans. En août 1934, il a écrit à son collègue et ami Ralph Kronig :

    "Après être tombé en dépression durant l’hiver 1931/32, j’ai commencé lentement à remonter la pente. J’ai rencontré alors des événements psychiques que je ne connaissais pas auparavant et que je nommerai ici simplement l’activité propre de l’âme. Il ne fait pour moi aucun doute qu’il y a ici des choses qui se sont développées spontanément et qui peuvent être désignées comme des symboles ; une chose à la fois psychique et objective qui ne peut s’expliquer par des causes matérielles. [19]"

    Sa crise psychologique a conduit Pauli à prendre contact avec Jung en 1930, lequel l’a confié au jeune médecin Erna Rosenbaum, une débutante dans ce domaine. Pendant cette analyse de cinq mois et durant les trois années qui suivirent, Pauli a produit sans aucune influence directe de Jung environ 1500 grands rêves avec des contenus archétypiques surprenants.

    On peut glaner quelques informations sur cette activité propre de l’âme, comme disait Pauli, dans la monumentale oeuvre de Jung, Psychologie et alchimie [20].

    Pauli a souvent fait l’expérience - comme toute personne ayant une activité créatrice - de la relation mystérieuse entre son travail sur des problèmes de physique théorique et l’activité animique inconsciente. Ajoutons à ceci que Pauli a été hanté pendant toute sa vie par des phénomènes très étranges - c’est ce que l’on a surnommé "L’effet Pauli". Il s’agit ici du fait - attesté de source sûre - que les instruments de mesure avaient de temps en temps des perturbations ou ne fonctionnaient pas lorsque Pauli faisait irruption dans un laboratoire.

    On pourrait considérer ces effets comme la manifestation du revers de la médaille chez Pauli. Pauli n’avait pas de bonne relation avec les sciences de l’ingénieur ; il n’avait pas de bonnes aptitudes manuelles et il ressentait notre monde technique comme inquiétant et menaçant. Cet état de tension était bien perceptible pour ses collègues et tout le monde était convaincu que des effets "mystérieux et inquiétants" émanaient de Pauli [21]. Son collègue Markus Fierz raconte :

    "Même des spécialistes de la physique expérimentale, des savants objectifs et réalistes partageaient l’opinion selon laquelle c’était bien de Pauli qu’émanaient ces effets étranges. On croyait par exemple que sa simple présence dans un laboratoire générait pas mal d’ennuis dans la conduite des expériences, elle réveillait pour ainsi dire la malignité des choses. C’était cela, "l’effet Pauli". Pour cette raison, son ami Otto Stern, l’artiste renommé des jets moléculaires, ne l’a jamais laissé entrer dans son institut. Ce n’est guère une légende, je connaissais très bien Stern tout comme Pauli ! Même Pauli croyait absolument en son effet. Il m’a raconté qu’il ressentait le malheur à l’avance sous la forme d’une tension désagréable et que si ensuite l’ennui pressenti se produisait véritablement, alors il se sentait bizarrement libéré et soulagé. On peut tout à fait considérer "l’effet Pauli" comme un phénomène synchronistique. [22]"

    3. La synchronicité comme une relation de signification

    Dans ses premières oeuvres, Jung parlait de "synchronistique" en général voulant dire "simultanément". Plus tard il était devenu évident que, par "synchronistique", il fallait plutôt comprendre "avec une même signification". L’essentiel pour la synchronicité est donc le lien de sens entre les événements et non pas leur simultanéité [23]. Pauli a écrit à Jung en 1949 :

    "Le mot "synchron" me paraît ... en quelque sorte illogique, sauf si vous voulez qu’il ait un rapport avec un "chronos" qui soit essentiellement différent du temps ordinaire... A priori ce n’est pas évident de voir pourquoi des événements qui "expriment la présence d’une même image et/ou d’une même signification" devraient être simultanés : le concept du temps me donne plus de difficultés que le concept desens.

    Quel est le rapport entre Sens et Temps ? A titre d’essai j’interprète votre conception à peu près comme ceci : d’abord, les événements qui partagent un même sens peuvent être perçus plus facilements’ils sont simultanés. Ensuite, la simultanéité est aussi la qualité qui constitue l’unité des contenus de la conscience. [24]"

    Pauli préférait parler uniquement d’une relation du sens, et il le souligna dans une lettre à Fierz (octobre 1949) :

    "Pour moi la nouveauté dans cette façon de voir les choses c’est qu’en utilisant le concept de "relation de sens", je ne perçois pas de distinction trop nette entre le reproductible et le cas individuel, comme on avait pu le supposer auparavant. Est-ce vraiment très différent de la mécanique quantique lorsque Jung suppose une relation de sens entre la situation psychique ("état de conscience") de l’observateur et ce qui se passe à l’extérieur ?" [25]

    Jung et Pauli croyaient que les coïncidences significatives pourraient être un apport essentiel à l’explication des relations entre la psyché et la matière. Ils estimaient qu’en supplément du principe d’action causale dans le cadre de la description spatio-temporelle, une correspondance entre la psyché et la matière à travers un sens préexistant était nécessaire pour une compréhension plus vaste de la nature. Jung a même proposé de détacher le facteur de la signification de l’avis subjectif de l’être humain, et de l’élever jusqu’à en faire un principe métaphysique général :

    "La synchronicité présuppose un sens a priori par rapport à la conscience humaine, un sens qui en apparence se trouve à l’extérieur de l’être humain." [26]

    Mais un sens autonome n’a pas de place dans notre vision scientifique actuelle du monde. Jung déclare :

    "On est habitué à considérer que le concept de "sens" implique un phénomène ou un contenu physique dont on ne suppose pas qu’il puisse exister également à l’extérieur de notre psyché... Lorsque l’on considère l’hypothèse qu’un même sens (transcendant) peut se dévoiler à la fois dans la psyché humaine et dans l’arrangement d’un événement simultané extérieur et indépendant, alors on entre en conflit avec nos idées scientifiques et épistémologiques traditionnelles." [27]

    Déjà en 1934, Jung insistait, lors de sa conférence d’Eranos, sur l’idée que le « sens » est un archétype [28] . Cette conception platonique d’un sens préexistant donne naturellement lieu à de grandes difficultés qui n’ont nullement échappées à Jung. Dans une correspondance révélatrice avec Erich Neumann, Jung écrivait en 1959 :

    "Le sens semble toujours être d’abord inconscient et ne peut donc être découvert que post hoc ; c’est pourquoi on risque toujours de voir un sens là où il n’y a rien de ce genre. On a besoin des expériences synchronistiques pour pouvoir justifier l’hypothèse d’un sens latent, qui est indépendant de la conscience. Tout comme une création n’a pas de sens discernable sans la conscience humaine qui la reflète, l’hypothèse du sens latent attribue à l’être humain une signification cosmogonique, une véritable "raison d’être"(*En français dans le texte) [29].

    Sous l’influence de Pauli, Jung a considéré plus tard le concept de synchronicité caractérisé à travers un sens préexistant, comme un cas particulier d’un arrangement plus général appelé l’ordre acausal [30]. L’acausalité de la mécanique quantique, réglée par des lois statistiques strictes est - selon Pauli - également un cas particulier de cet "ordre acausal" :

    "Pour moi, il n’y a pas de doute que la "correspondance statistique" de la mécanique quantique soit plus proche de l’ancien déterminisme que des phénomènes synchronistiques. Du point de vue de ces derniers, la mécanique quantique doit apparaître comme une généralisation très faible de l’ancienne causalité. Cependant, la mécanique quantique semble également pointer vers l’autre direction, où l’on ne peut plus parler de reproduction à volonté des résultats. La mécanique quantique prendrait une sorte de position intermédiaire." [31]

    4. Synchronicité et acausalité

    Même si Pauli a considéré l’idée de la synchronicité de Jung comme un pas génial dans la bonne direction et qu’il a eu une influence essentielle dans les réflexions de Jung, il ne faut pas supposer que Pauli était entièrement satisfait des formulations faites par Jung.

    En effet la caractérisation de Jung de la synchronicité comme "la simultanéité de deux phénomènes partageant un sens, mais liés de façon acausale" [32] n’est pas opportune. Bien entendu, Pauli a critiqué dès le début l’utilisation particulière de l’expression "acausal" par Jung :

    "Il me semble que le concept "acausal" et l’utilisation particulière du concept du temps ont besoin d’être éclaircis plus en détail. Selon votre conception du phénomène "synchronistique"... celui-ci se produit à travers la duplication ou multiplication d’un "organisateur abstrait" dont l’aspect extérieur est justement double ou multiple. Dans ce sens on pourrait qualifier également cet "organisateur" comme étant lacause du phénomène synchronistique. Cette cause ne serai plus alors dans l’espace-temps." [33]

    On peut donc voir, d’après les lettres de Pauli, que lui et Jung avaient des opinions considérablement différentes en ce qui concerne le concept de causalité. Jung ne précisait jamais ce qu’il entendait par "causal" et "acausal". Dans une lettre à Fierz, Pauli parle d’une conversation avec Jung :

    "Jung souligna comme particulièrement important l’application du concept de "causalité" uniquement aux causes "concrètes" ou "mesurables" se trouvant dans le temps et l’espace (pour exclure de la causalité les causes "magiques" ou "symboliques" qui sont en dehors de l’espace-temps). Ceci est bien entendu un point décisif car c’est uniquement dans ce sens que les "liens transversaux" des événements simultanés de Schopenhauer sont "acausals" [34].

    Même en limitant le concept de causalité aux événements spatio-temporels, l’absence d’un lien causal ne peut jamais être prouvé empiriquement car une liaison de causalité peut être tellement complexe qu’elle échappera à nos méthodes de recherche. Le point essentiel, selon Jung, c’est le fait que, pour comprendre les coïncidences significatives, l’impensabilité du lien causal localisable dans l’espace et dans le temps doit contraindre l’esprit à renoncer à toute discussion d’un tel lien. Jung a découvert des concepts précurseurs à son idée de synchronicité dans des textes anciens comme la théorie de la "sympathie universelle" et dans la "correspondentia" des descriptions de la nature du Moyen-Âge. En résumé on peut par conséquent affirmer que, dans les phénomènes synchronistiques, le lien du sens est évident tandis qu’un éventuel lien causal spatio-temporel est sans importance et en général indiscernable. Mais il faut souligner qu’un lien de causalité dans les phénomènes synchronistiques n’est pas à priori exclu.

    5. Les phénomènes synchronistiques et le principe Verum-Factum

    Dans la science moderne, les faits dits "scientifiques" sont seulement créés à travers la réplication. Une caractéristique de la science moderne est le fait que ses objets peuvent être fabriqués. Dans la pratique scientifique actuelle, le "critère de vérité" effectivement réalisé est le principe Verum-Factum de Giovanni Battista Vico : "Verum et factum convertuntur" [35], c’est-à-dire que c’est le fait d’être réalisable ou non qui est décisif pour la pensée scientifique moderne. Si un phénomène n’est pas réalisable, alors, selon la conception de la plupart des scientifiques modernes, il y a un objectif essentiel de recherche qui n’est pas encore atteint. Le coeur de l’exigence de la possibilité de répétition est donc la question de la possibilité de réalisation et du statut de l’objet.

    Les événements synchronistiques ne sont pas une qualité régulière de la psyché. Ils apparaissent spontanément et ne peuvent pas être déclenchés par un acte conscient de la volonté, voilà pourquoi ils ne sont pas "réalisables" - ils se produisent purement et simplement de temps à autre [36]. Si on accepte le principe Verum-Factum de Vico comme constitutif de la science, alors les effets synchronistiques sont exclus d’elle, car ils ne sont pas "réalisables". Bien entendu, on se demande si une science ne se limite pas d’une façon artificielle quand elle se base essentiellement sur le critère de la possibilité de réalisation.

    Quand les événements sont reproductibles, cela aide beaucoup à obtenir des renseignements sur la nature des phénomènes impliqués, toutefois cette qualité ne peut être indispensable pour décider si un examen est scientifique ou non - dans le cas contraire beaucoup de sciences établies (comme par exemple les sciences sociales) devraient perdre leur statut de science.

    Si on se restreint à la reproductibilité statistique, c’est-à-dire si on veut fonder la connaissance scientifique sur des données statistiques, alors on présuppose tacitement la validité conceptuelle de la théorie mathématique de la probabilité - ce qui ne va pas de soi. En outre il faut souligner que le postulat de la reproductibilité seulement exige qu’il se produise toujours les mêmes événements quand on a les mêmes conditions initiales. Dans des systèmes complexes les conditions initiales identiques ne sont jamais réalisables, on doit donc se satisfaire d’une reproductibilité statistique. Celle-ci demande alors uniquement la possibilité de réalisation d’une distribution de probabilité des conditions initiales essentielles. Souvent on n’a besoin que de très peu de paramètres (comme par exemple la température) pour décrire de façon reproductible le comportement statistique de systèmes à grand nombre de particules en physique - et ceci est une singularité remarquable.

    Cependant, rien n’indique qu’il faille attendre, de façon générale, qu’une distribution de probabilité des conditions initiales essentielles soit réalisable en pratique. La science expérimentale exclut les événements non reproductibles statistiquement bien qu’évidemment la réalité d’un phénomène ne dépende pas de sa reproductibilité statistique.

    Pauli a toujours souligné - et plus tard Jung a adopté cette idée [37] - que la méthode statistique de la science est en relation de complémentarité avec la synchronicité. Dans une lettre à Fierz, Pauli écrivait en octobre 1949 :

    "Je crois que les coïncidences synchronistiques sont détruites lorsqu’on élimine tous les facteurs incontrôlables et inconscients afin d’obtenir des conditions expérimentales reproductibles (Complémentarité)." [38]

    6. Le hasard, la probabilité et la complexité

    Dans les sciences physiques et naturelles on parle d’un événement dû au hasard, quand il peut se produire sous certaines conditions mais pas avec certitude. Un tel événement est caractérisé par lafréquence relative avec laquelle il se produit parmi les événements possibles d’une totalité de conditions données. Dans un premier temps, on ne précise pas si un événement dû au hasard est soumis ou non à la causalité. Dans les sciences de l’ingénieur, les phénomènes ou processus aléatoires sont caractérisés par des changements dans le temps, ce qui rend imprévisible le cas particulier.

    La théorie de la probabilité empirique-statistique se réfère toujours à la discussion de la fréquence relative d’un événement durant une longue série d’observations. On suppose tacitement qu’en prolongeant indéfiniment cette série statistique, la fréquence relative convergera vers une valeur limite et on nomme cette limite la probabilité de cet événement.

    Beaucoup de mathématiciens et de scientifiques pensent que tous les problèmes de la théorie de la probabilité sont en principe résolus à travers les axiomes de Kolmogoroff [39] de 1933, c’est-à-dire qu’ils sont réduits à des problèmes purement mathématiques. En effet on considère que la théorie mathématique de la probabilité moderne a commencé lorsque Kolmogoroff créa la formulation basée sur la théorie de la mesure. Il est cependant important d’observer qu’avec ceci, ses problèmes conceptuels n’ont pratiquement pas été abordés. Dit plus cyniquement, la théorie de la probabilité basée sur les axiomes mathématiques de Kolmogoroff n’est rien d’autre qu’un chapitre de la plus générale théorie de la mesure, mais avec une sélection particulière des problèmes et avec une terminologie étrange. Jusqu’à présent, on ne connaît pas d’arguments solides qui suggéreraient que les axiomes de Kolmogoroff seraient pertinents pour toute sorte de recherche empirique.

    Kolmogoroff lui-même était conscient de ce problème et il est revenu là-dessus 30 ans plus tard dans le cadre de ses approches avec ses concepts d"information" et de "complexité" pour mieux éclaircir la définition conceptuelle de la probabilité [40]. Schnorr a pu montrer ultérieurement que la formulation algorithmique de la théorie mathématique de la probabilité est mathématiquement équivalente à sa version constructive de la théorie de mesure [41]. D’un point de vue conceptuel la version algorithmique est largement préférable. Dans cette version on peut voir en particulier que chaque définition de la complexité, de l’information ou de la probabilité est nécessairement dépendante du contexte. Ce qui dans une description est considéré comme aléatoire peut tout à fait être régulier dans une autre description.

    Pour pouvoir appliquer la théorie mathématique de la probabilité à des problèmes concrets, on a besoin d’une interprétation du système formel. L’interprétation subjective considère le degré de probabilité comme un critère pour la sensation de certitude ou d’incertitude attribuée à des déclarations ou suppositions spécifiques. Ce qu’on appelle l’interprétation objective considère chaque énoncé de probabilité numérique comme une prédiction d’une fréquence relative. Mais cette interprétation de la fréquence, populaire en physique, implique des difficultés encore plus grandes.

    Pour évaluer si la distribution empirique de valeurs se différencie seulement un peu de la distribution de valeurs asymptotique, on a besoin non seulement de la loi mathématique des grands nombres mais aussi de la contestable règle suivante [42] : Si la probabilité d’un événement est suffisamment petite, alors on peut être pratiquement sûr qu’en réalisant une seule fois les conditions, l’événement n’apparaîtra pas.

    Mais la théorie ne donne aucun critère pour décider quand une quantité de répétitions serait "suffisamment grande", ni non plus de critère pour savoir ce qu’on entend par "suffisamment petite". Comme l’a montré Rudolf Carnap, l’interprétation de la probabilité comme équivalente à une fréquence est adéquate ("probabilité n°1 de Carnap ou "fréquence relative pour le long terme") à condition de l’utiliser avec un "degré de crédibilité" ("probabilité n°2" de Carnap ou "degré de confirmation") [43]. De ce fait, il faut toujours tenir compte d’un facteur subjectif dans l’interprétation de la probabilité, considérée habituellement comme objective. Dans les mots de Pauli :

    "... même la réalisation unique d’un événement très improbable est considérée à partir d’un certain point de vue comme pratiquement impossible... Ici, on est confronté à la limite fondamentale de la viabilité de l’ancien programme de l’objectivisation rationnelle de l’attente subjective unique." [44]

    De temps en temps, le "hasard" est opposé - par Jung également - à la "causalité", comme s’il était son antonyme. Ici, il semble y avoir une confusion conceptuelle. Dans la physique classique, des systèmes crypto-déterministes [45], dynamiques, instables et complexes peuvent générer des événements aléatoires [46]. Antoine Augustine Cournot (1801-1877) et John Venn (1834-1923) ont clairement remarqué que la dynamique dans des systèmes suffisamment complexes peut être extrêmement sensible aux conditions initiales et aux conditions aux limites. La dynamique chaotique qui en résulte peut générer objectivement des événements aléatoires qui peuvent être décrits par des fréquences relatives [47].

    Par exemple, on peut décrire des expériences avec une planche de Galton grâce à la dynamique d’un système mécanique crypto-déterministe. Notre manque de connaissance des conditions initiales et aux limites précises nous empêche de prédire un événement isolé. Cependant, la distribution observable dans les expériences avec une planche de Galton ne dépend pas du tout de nos connaissances. Dans ce cas, on peut parler de hasard objectif. Pourtant, ce serait une grossière erreur de supposer que des événements "aléatoires" obéissent toujours aux lois de la théorie mathématique de la probabilité [48]. Par exemple, les coïncidences synchronistiques ne sont pas calculables à partir de la théorie de la probabilité de Kolmogoroff. Pauli a écrit dans une lettre à Fierz :

    "Les phénomènes synchronistiques observés par Jung... échappent aux "lois" naturelles, car ils ne peuvent pas être reproduits, c’est-à-dire qu’ils sont uniques et qu’ils s’estompent à travers le traitement statistique appliqué aux grands nombres. Par contre, les "acausalités" sont justement saisissables en physique grâce aux lois statistiques (des grands nombres)." [49]

    7. Le hasard et l’évolution

    Le hasard joue un grand rôle dans la théorie de l’évolution. Comme l’ont par exemple toujours souligné Walter Elsasser, Jacques Monod et Manfred Eigen [50], le hasard est constitutif pour la compréhension de la théorie de l’évolution et de l’apparition des formes de vie. Francis Crick résume : "La seule source des véritables innovations est le hasard" [51]. Cependant ce qu’il faut entendre par hasard n’est pas clair. Manque de causes ou manque de connaissances ? Monod parle du "hasard essentiel" qui serait caractérisé par "l’indépendance totale de deux séries d’expériences" . Mais des raisonnements quantiques nous poussent à douter de l’existence d’une telle "indépendance totale" [52] .

    Pauli a remarqué que l’idée de la synchronicité pouvait avoir de l’importance pour la théorie biologique de l’évolution. Il a surtout discuté des arguments scientifiques théoriques contre la théorie de l’évolution de Darwin et il souligna la possibilité de synchronicités dans l’évolution :

    "Le modèle de l’évolution de Darwin est un essai afin d’éliminer entièrement toute finalité par une nouvelle théorie. La finalité a donc dû être remplacée par l’introduction du "hasard" (chance)." [53]

    Pauli a souligné que des événements rares ou même uniques sont particulièrement importants pour l’évolution biologique, contrairement aux lois statistiques vérifiables empiriquement [54]. Ensuite, il a admis la possibilité des processus physiques finaux. Il écrivit à un ami, le biologiste Delbrück :

    "Probablement que la solution est complexe, et qu’à côté du hasard sacré, il existe aussi des processus avec un but dirigé et des influences causales de l’environnement..." [55]

    Officiellement, les considérations finales sont mal vues dans la biologie moderne mais elles ne sont pas superflues. Comme le dit le généticien J.S.B. Haldane dans un de ses bons mots :

    "La téléologie est comme une maîtresse pour le biologiste : il ne peut pas vivre sans elle, mais il ne veut pas être vu avec elle en public." [56]

    Un thème central dans les rêves de Pauli des années cinquante était la question d’une nouvelle physique. A plusieurs reprises, il y a dans ses rêves la question d’une nomination de professeur de physique théorique. Pauli commente ceci avec la remarque qu’il ne s’agit pas de la chaire universitaire conventionnelle, vu que Pauli, lauréat du prix Nobel, était déjà professeur de physique théorique à l’ETH Zurich depuis plusieurs années. Il s’agit de la nouvelle physique, de la nouvelle science. Et l’université en question ne se trouve pas dans la fameuse ville de Zurich mais à Esslingen - connue par les habitants de Zurich pour n’être que le terminus d’un train régional. Dans ce lieu inconnu de la science traditionnelle serait cultivée la nouvelle science. Et si Pauli veut se décider pour Esslingen, sa démarche n’est absolument pas assurée. En tout cas, Pauli doit y aller pour donner des cours à titre d’essai devant des inconnus.

    Fort heureusement, il existe un manuscrit de quatre pages sous le titre Le cours devant les inconnus qui décrit cette situation [57]. Le point de départ du cours fictif de Pauli est le "hasard aveugle et sans but" de la mécanique quantique avec ses probabilités primaires associées. La deuxième sorte de lois naturelles est essentiellement liée au fait que l’observateur peut intervenir dans les événements à travers le libre choix du dispositif expérimental. D’après Pauli, la nouvelle science doit se consacrer surtout à la troisième sorte de lois naturelles. Après une discussion critique sur les conceptions traditionnelles de la biologie et du hasard, les concepts de l’évolution de Lamarck et Darwin, Pauli a écrit :

    "Selon cette hypothèse, différente de la conception de Darwin et de celle de Lamarck, on rencontre justement ici la troisième sorte de lois naturelles, qui consiste en la correction des fluctuations aléatoires à travers des coïncidences significatives ou finales d’événements reliés de façon acausale. ... en rapport avec ceci, je voudrais maintenant soumettre à la discussion l’hypothèse que cette apparitionglobale de coïncidences porteuses de signification dans l’évolution biologique met en évidence un facteur psychique qui va de pair avec elles et qui apparaît comme émotion ou excitation portée à son degré le plus élevé." [58]

    Le cours fictif se termine avec une indication sur la synchronicité dans le sens de Jung :

    "En outre, je pense ici aux coïncidences significatives non déclenchables par l’intention et qui se produisent uniquement dans des conditions particulières, auxquelles C.G. Jung a fait référence à plusieurs reprises. En appelant ces coïncidences des "synchronicités", il a établi une relation étrange entre ces phénomènes et le concept du temps. Dans la mesure où les phénomènes d’adaptation de l’évolution biologique distinguent visiblement une direction de la flèche du temps, il devrait sembler naturel de considérer tous les phénomènes présentés ici, ces phénomènes non-causaux liés à un sens ou à un but, comme de nature analogue." [59]

    Une conception du monde qui inclut des correspondances significatives conduit à une nouvelle évaluation du problème psychophysique. Les tentatives prudentes de Jung et Pauli indiquent quel chemin pourrait être emprunté. Il me semble qu’il n’est pas a priori impossible que ces idées soient intégrables dans une science de la nature élargie, dont la concrétisation reste pour le moment une question ouverte. Pauli a remarqué dans sa conférence La science et la pensée occidentale :

    "Je n’oserai pas faire des prévisions sur l’avenir, averti que je suis par les échecs de tous les efforts prématurés d’unification de l’histoire de l’esprit. Je remarque seulement que, depuis le XVIIème siècle, les activités de l’esprit humain ont été divisées de façon stricte, mais que je conçois qu’une victoire des contraires, comprenant également la synthèse de la compréhension rationnelle et de l’expérience mystique de l’unité, est le mythe - déclaré ou non - de notre époque." [60]

    8. La relation globale entre la psyché et la matière

    La mécanique quantique est une théorie de la matière et, en tant que telle, elle ne donne pas de renseignements directs sur le problème de la relation entre la psyché et la matière. Mais le fait que la mécanique quantique soit une théorie holistique, cohérente et qui rassemble des concepts opposés, nous pousse à penser que les rapports de complémentarité intervenant ici puissent avoir une validité qui aille au-delà de la physique. Dans une lettre à Fierz du 10 août 1954, Pauli spécule :

     

  • Krishnamurti : L'authenticité

    "Est-il possible d’observer, de contempler la beauté d’une montagne, la splendeur d’un bel arbre au milieu d’un champ isolé ¬observer seulement, sans enregistrer ? Dès qu’on enregistre, la pensée entre en jeu. Quand vous contemplez une montagne avec tous vos sens en éveil, c’est la félicité. Il y a une immense joie à poser le regard sur une merveilleuse cathédrale, une architecture splendide, un bel arbre, ou une personne, ou l’infini du ciel, ou quand on aperçoit l’étoile du berger. Mais dès que la pensée entre en jeu, enregistre, et dit : « Encore, encore », tout cela se mue en plaisir. Et lorsqu’il n’est pas satisfait, vous vous sentez frustré.

    Notre conscience est faite de tout cela - ce sentiment immense d’isolement, de solitude, de désespoir, de dépression et d’exaltation, d’aspirations, d’angoisses, de peur, de plaisir, et de l’énorme fardeau de la souffrance. Telle est notre vie, telle est notre conscience ; et c’est sur la base de cette conscience que nous agissons. Et c’est pourquoi, notre conscience étant en proie à la confusion, aux contradictions, aux conflits perpétuels, toutes ’nos actions sont inévitablement source de confusion. Et c’est cela même que nous avons suscité dans le monde qui nous environne. Il suffit qu’un petit noyau d’entre nous, quelques-uns, le perçoivent et disent : « Eh bien nous allons créer à l’intérieur de nous un monde différent », et notre monde alors sera merveilleux. Mais personne n’est prêt à aller aussi loin. Nous faisons des compromis - avec nos désirs, pas avec le monde.

    Si vous ne comprenez pas cela de façon très claire, alors la méditation n’a aucun sens. Le propos, ici, est d’instaurer l’ordre - ce qui ne signifie pas inventer l’ordre, en disant : « Je veux faire ceci, je refuse de faire cela, je me plierai à la discipline ». Toute cette exploration du mouvement de l’authenticité dans toute son ampleur, ce sens de la grandeur, ce sens réel du sacré, a pour but d’instaurer l’ordre au sein de notre vie, de notre vie quotidienne, de nos relations, de nos actions. C’est là, sans aucun conteste, le fondement de notre vie. A partir de là, nous pouvons avancer, car c’est une base solide, stable, absolument indestructible ; comme un rocher au milieu d’un immense fleuve. Et cette chose est l’authenticité, et c’est de là que naît l’action."

    Krishnamurti

    Krishnamurti conférence en plein air

  • Le courage d'abandonner

    Le bonheur 1

     

    Bien sûr que cette phrase me parle, bien sûr qu'elle résonne et me stimule...Mais j'y ai longuement pensé la nuit dernière et il y a quelques nuances à apporter...

    Quand j'ai commencé la compétition de vélo, je passais les lignes d'arrivée une fois que le podium était démonté et que tout le monde était rentré....Il m'a fallu trois ans pour gagner ma première course.

    Quand je suis arrivé pour la première fois à Chamonix, je n'avais escaladé que des falaises de cinquante mètres de haut en Bretagne...Et l'été de mes 17 ans, j'étais au sommet du Mont-Blanc et les années suivantes, j'ai sorti quelques belles et longues voies dans les Aiguilles de Chamonix. 

    J'ai commencé à écrire l'été de mes 16 ans et j'ai été édité la première fois l'année de mes 42 ans....

    Je n'aime pas l'idée de l'abandon.

    Et j'ai pourtant abandonné ma classe et mon métier.

    Je fais une différence entre l'expression : "ne jamais abandonner" et l'expression "ne jamais s'abandonner"...

    Et la différence est de taille. 

    Je peux m'engager fortement, avec conviction et énergie dans un "défi" qui me "grandira" mais certains défis peuvent aussi se révéler redoutablement destructeurs, sans en avoir l'air.

    Je lis souvent sur les forums enseignants des collègues dire à ceux et celles qui n'en peuvent plus : "Courage!!"

    Personnellement, je trouve cela contradictoire et passablement destructeur en fait car cela signifie que la personne doit s'efforcer de tenir, c'est son job, c'est comme ça....

    Le courage, à mes yeux, consiste bien davantage à ne pas s'abandonner et par conséquent à abandonner ce qui va à l'encontre de soi.  C'est un courage d'opposition et non de participation ou de prolongation. 

    Toute la problèmatique tient dans le regard que l'on se porte au regard de cet "abandon". Pourquoi est-il culpabilisant ? Pourquoi est-il si douloureux ? Plusieurs forces opposées sont en jeu. Une force sociale, principalement culpabilisante et une force existentielle mais qui bien souvent n'a pas été développée. Nous sommes biens plus éduqués à la soumission passive parce qu'elle entretient ce fameux lien social qu'à la rébellion lorsque les forces en présence viennent s'opposer à nos convictions.

     

    Il m'est arrivé en montagne de faire demi-tour lorsque je me sentais trop en danger. L'idée du sommet et du bonheur du défi accompli passait au second plan. Une certaine "intuition" qui se faisait entendre... 

    C'est elle que je veux écouter, c'est elle que je veux laisser s'étendre, qu'elle soit "le juge de paix" des conflits. 

    Le courage d'abandonner et d'en accepter les conséquences n'est pas de tout repos.

    J'ai dû rencontrer 18 personnes depuis ma rupture avec l'Education Nationale. Qu'on ne vienne pas me dire qu'il s'agit d'une voie de facilité.....Et ça n'est pas fini...L'analyse de soi est constante pour pouvoir exprimer au mieux ce qui nourrit cette rupture. Et l'impact sur la vie sociale est réel. 

    Dès lors qu'on ne participe plus à un mouvement social, on devient "associal". 

    Pour ma part, au lycée, on m'appelait déjà "Maverick", c'est le nom donné aux veaux qui quittent le troupeau dès qu'ils sont sevrés et qui choisissent de vivre en solitaire....